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24 décembre 2006 7 24 /12 /décembre /2006 23:55

Pourquoi on est patron ou ouvrier... les devoirs de chacun... très très intéressant...

 

Le travail professionnel

 

par Sédir

 

2ème partie

 

1ère partie

 

D'abord, une remarque générale. L'employeur et l'employé se regardent presque toujours en ennemis.


Le premier vit dans la méfiance du second; et celui-ci murmure contre la tyrannie ou l'avarice de celui-là. Le patron est certain que ses ouvriers perdent leur temps et le volent; les ouvriers, à leur tour, se persuadent qu'ils sont des victimes sans défense; et ces soupçons, savamment cultivés par de bons apôtres qui vivent de ces enfantillages, s'exaspèrent et amènent des violences.


Et pourtant tout serait si facile, avec un peu de calme et de bon sens! Celui-ci est le maître, celui-là le manœuvre; aujourd'hui, oui. Mais, hier, qu'étaient-ils? Et demain, que serez-vous? Croyez-vous donc que c'est par votre propre mérite que vous possédez maintenant une usine florissante ? Votre intelligence, votre habileté, votre fermeté furent les instruments de votre fortune ? D'accord; mais d'où vous viennent ce sens des affaires, cette énergie ? Vous n'avez fait que développer des germes latents, et la force même de ce développement ne vient pas de vous. Ne méprisez donc pas vos inférieurs, ne les craignez pas; ils seront pour vous ce qu'il est juste qu'ils soient. Et vous, prolétaires, ne haïssez pas vos chefs; ils sont tels qu'il faut pour le bien de votre âme. Vous êtes, nous sommes tous les collaborateurs de tous; l'humanité entière travaille au même chef-d'œuvre, quelque divergentes que paraissent ses besognes particulières.

Le but n'est pas d'enfermer quelques liasses de plus dans un coffre-fort ou de marier ses enfants plus richement; ouvrons tout grands nos yeux pour voir la vie dans son plus vaste horizon. Nous ne sommes que des cellules du corps social, que des atomes du règne hominal, de bien misérables petites choses. Au point de vue du simple sociologue, toutes les fatigues de tout un peuple ne concourent-elles pas à la même œuvre? Combien plus des spiritualistes ne doivent-ils pas mettre en commun leurs efforts?
   Dans notre corps, les cellules de l'intestin et celles du cervelet travaillent dans le même sens; si elles se désunissent, cela fait une maladie. De même, si le paysan, le maçon et l'homme de lettres n'effacent pas leurs désirs personnels devant les besoins de la patrie ou, mieux encore, devant la Volonté de Dieu, cela fait aussi une maladie: crise économique, intrigues, déséquilibre de pouvoirs, révolution.

*
*   *

C'est le moment de rechercher quels sont les devoirs des supérieurs envers les inférieurs.
Posons en principe que les premiers sont responsables des seconds. Toute leur conduite ne doit être que la pratique de cette maxime. Ce n'est pas l'homme qui inventa la hiérarchie, et ce n'est pas non plus le jeu du hasard qui rangea les créatures et les fonctions ontologiques dans un ordre de dépendance. La loi de hiérarchie est divine; et le patron, le contremaître même, aussi bien que le prince, tiennent leur autorité de Dieu; les causes secondes qui paraissent les avoir placés à leurs postes respectifs, comme l'intelligence, l'énergie, l'habileté, la naissance, ne sont que les apparences par lesquelles le décret divin se signifie selon la faiblesse de notre compréhension ou la débilité de notre jugement.
Si cet état de choses oblige l'inférieur à la soumission, il pèse sur les épaules du supérieur en le chargeant d'une responsabilité très grave. Quels ne doivent pas être les scrupules et les examens de conscience et les implorations vers la Lumière d'un homme qui se sent pourvu d'une dignité aussi écrasante que celle de représentant de Dieu sur la terre?
Le peuple ne sait pas assez combien il est facile de n'avoir qu'à obéir. Il est pauvre en argent, en instruction, en toutes sortes de biens; mais il peut toutefois offrir à ses dirigeants l'aumône de sa docilité, de sa résignation, de son coeur simple. Il collabore ainsi de la façon la plus efficace au grand œuvre social et humanitaire.

Quant aux chefs, ils doivent être justes, mais ni faibles, ni tyranniques. Ils sont responsables dans une certaine mesure de la conduite de leurs subordonnés. Ils doivent être leurs soutiens dans les défaillances, leurs guides dans les passes difficiles. Surtout ils doivent donner: leur argent, leur temps, leur instruction, leur éducation, tous ces trésors, qu'ils sachent qu'ils n'en sont pas les propriétaires mais les dépositaires, pas les maîtres mais les intendants.


Ils doivent s'occuper du peuple, non point pour l'avantage moral ou matériel qui résultera de leurs soins, mais du fond du cœur; parce que nous sommes tous frères; parce que notre Maître à tous est descendu jusqu'au plus misérable des hommes. Ainsi, lorsqu'un père empêche son fils de faire l'école buissonnière, c'est une souffrance pour le petit, mais qu'un plus grand bien effacera quelques années ensuite.
Les classes supérieures n'ont pas à se considérer comme extraites d'un limon de qualité superfine. Une âme s'incarne dans une famille riche, noble ou puissante, bien plus parce que là se trouve son juste destin que parce qu'il s'est acquis des mérites antérieurement. Les qualités physiques, nerveuses ou intellectuelles qui différencient les classes sociales ne sont que des vêtements ou des instruments de travail; elles n'impliquent pas du tout une élévation ou une bassesse correspondante, au spirituel. L'athlète, le politique génial, l'artiste, le savant, le thaumaturge même peuvent très bien n'être que des monstres dans le plan de la Lumière surnaturelle. En réalité, nous ignorons tout de notre prochain; il n'est donc que strictement équitable de le traiter en égal.

Et, ici, permettez-moi d'insister sur la différence qui se trouve entre la philanthropie humanitaire et la charité divine. De nos jours on a enfin compris qu'il faut d'abord pourvoir aux besoins matériels des pauvres et ne s'occuper qu'ensuite de leurs besoins moraux et intellectuels. Ce n'est pas encore suffisant pour que luise sur cette terre de meurtre l'aurore de la fraternité universelle. Regardez autour de vous, regardez-vous vous-mêmes. Combien de personnes plus évoluées, plus fortes, plus intelligentes que vous vous ont déjà donné leurs soins ! Vos parents, vos instituteurs, les inventeurs, les héros de la patrie, de la pensée, de l'art, du divin, tous ont travaillé et souffert pour vous; et combien d'entre eux sont morts à la tâche! La culture dont vous êtes fiers, les commodités matérielles dont il vous semble si naturel de jouir sont tissées avec la vie même d'innombrables ancêtres, de contemporains anonymes et de cohortes d'êtres invisibles plus nombreux que les grains de sable des plages.


La rumeur de tous ces êtres en travail forme une grande voix à l'accent impérieux de laquelle je veux vous rendre attentifs. Vous devez descendre vers les plus petits que vous comme vos aînés sont descendus jusqu'à vous. Vous y êtes strictement obligés pour peu que le sentiment de la justice palpite en vous. et l'obligation s'accentue encore si, non contents de ce que vous possédez déjà, vous désirez accroître ce trésor vivant de forces, de sensations, de sentiments, d'idées, de pouvoirs, d'intuitions que le Père a confié à votre gérance. Si vous n'allez pas vers vos inférieurs, les anges ne s'approcheront point de vous. Vous donc, chef de bureau, patron; notable, acceptez l'invitation de votre commis, de votre ouvrier, de votre artisan; provoquez-la au besoin; allez avec bonhomie dans le logement modeste. Donnez avec tact; mais, quant aux conseils, attendez qu'on vous les demande. Si vous vous montrez homme de sens, judicieux, inaccessible à la flatterie, vos subalternes s'en apercevront vite et s'empresseront de vous consulter.

En matière de philanthropie, la première précaution à prendre est d'établir la confiance; la seconde est de ne pas laisser voir qu'on attend de la reconnaissance, de ne pas prendre une attitude de bienfaiteur. Cela paraît simple, mais c'est difficile. Pour cela, le mieux, c'est de s'assimiler au préalable cet axiome mystique qui exprime avec la plus grande précision le mécanisme invisible de la charité : à savoir que celui qui fait l'aumône est l'obligé de celui qui la reçoit.


En d'autres termes, et dans un cercle plus général, le meilleur procédé pour agir, celui par lequel l'acte est à la fois riche en résultats et adapté avec le milieu, tout en ne liant pas son auteur à l'enchaînement de ses conséquences, c'est le procédé que détaille l'évangile: faire le bien en secret, dans l'intention la plus désintéressée, avec l'humilité la plus grande.

*

Appliquez cette remarque à l'étude des devoirs des inférieurs envers les supérieurs et vous trouverez rapidement tous les sommaires des nombreux traités qu'on a écrits là-dessus. Car on s'est beaucoup plus occupé de ce sujet que du précédent.
Le Ciel place un homme dans une position subalterne, d'abord pour lui apprendre la soumission. S'ajouteront en outre d'autres leçons; mais celle-ci renferme l'essentiel. Nous avons en nous-mêmes un foyer inextinguible et vivace de révolte; inutile d'apprendre la révolte; Nous la savons de naissance. C'est pourquoi toute l'immense chaîne de nos transmigrations, des terres désolées perdues aux confins de l'univers jusqu'aux soleils inimaginables, des enfers aux paradis, des séjours les plus denses jusqu'aux plus éthérés, ces milliards de renaissances, de morts, de joies, de larmes, d'unions, de séparations, tout cela n'est que la longue école de l'obéissance.
Obéir par contrainte, ce n'est pas obéir; obéir par conscience, c'est bien; obéir parce qu'on aperçoit Dieu derrière le maître, c'est parfait.
Les Règles des grands ordres religieux renferment souvent de véritables traités de l'obéissance; mais leur application stricte a quelque chose d'un peu trop rigide pour les laïcs. La vie séculière demande une certaine souplesse pour répondre à toutes les éventualités qu'engendrent ses mille combinaisons. La difficulté d'y accomplir la loi divine est donc plus grande que dans la vie conventuelle, on tout au moins d'un autre ordre; les vertus et les mérites qu'on y acquiert diffèrent également.

Aussi ne suivrons-nous pas les docteurs de l'Eglise dans leurs admirables et minutieuses analyses qui mettent à nu les mouvements les plus cachés des péchés capitaux. Nous nous bornerons à résumer un ou deux des plus caractéristiques de leurs écrits. Mais tout ceci est plutôt pour satisfaire à la curiosité légitime de ceux d'entre vous qui ont le temps et les moyens de se livrer aux études spéculatives. Les autres, et c'est le plus grand nombre, n'ont besoin sans doute que d'un petit nombre de maximes, déduites d'un nombre encore plus réduit de principes généraux.
L'homme, dans quelque position qu'il se trouve, devrait jeter un coup d'œil sur ses rapports actuels avec ses frères, avec l'Invisible et avec Dieu. S'il s'efforce d'accomplir à la lettre les préceptes évangéliques, cette enquête, il est vrai, n'est plus indispensable; mais elle l'aidera beaucoup à saisir plus intimement telles applications inédites des paroles de l'Ami divin.
Dans le cas qui nous occupe, nous voyons d'abord qu'obéir, c'est se conformer aux lois biologiques universelles, c'est aider de la façon la plus plénière au travail général des créatures.
La première précaution à prendre est donc de remédier à notre incompétence, c'est de demander le secours du Ciel. Demandons, avant de nous mettre à la besogne, le secours du Verbe, ce grand Ouvrier de l'œuvre cosmique. Tout acte devrait être fait, toute parole prononcée, tout sentiment cultivé, toute pensée élaborée au nom de Dieu, tout emploi de nos forces et de celles des créatures auxiliaires fait pour Son service. Sinon ces dynamismes, objectifs ou subjectifs, seront mis en mouvement pour le service d'un dieu : dieu de l'orgueil, des vices, des égoïsmes, des honneurs, de l'argent. Et ces énergies, non dirigées vers le centre éternel du monde, deviendront des centres d'individualisations, de parasitismes et de vampirismes.

Pour que l'offrande de nos fatigues soit transmise directement jusque sur les marches du trône de Dieu, il est inutile de s'embarrasser des complications formalistes dont les cultes orientaux sont si richement pourvus. Inutile de combiner les sons et les articulations de formules hiératiques; inutile de manier le sanscrit, l'hébreu ni même le latin; inutile d'observer l'heure, le lieu, l'attitude. Le Christ nous a libérés de toutes ces lisières. Les dieux auxquels s'adressent les polythéismes antiques et les savants ésotérismes sont des dieux jaloux; le Père seul est bon; et c'est pourquoi le joug de Jésus est léger.


Quelques paroles jaillies du profond du cœur suffisent.
Comment faire ensuite pour que notre collaboration avec l'ensemble du monde soit meilleure? En ne remettant pas au lendemain ce que nous pouvons accomplir le jour même. En effet, nous ne sommes jamais seuls; le maçon ne cimente pas une pierre, le commis ne trace pas un chiffre sans que certains invisibles les aident, sans que d'autres invisibles profitent de leur geste. Tout est tellement réglé dans l'immense machinerie cosmique que, pour chacun des actes de chacun des hommes, à toute heure, en tout lieu, de véritables tribus d'esprits de la Nature, de génies, parfois des dieux mêmes descendent, soit comme collaborateurs, soit pour s'instruire et se nourrir des émanations mystérieuses des actions humaines.


Si mon destin, représenté par l'ordre de mes supérieurs ou par l'impulsion de la conscience, me donne aujourd'hui un certain travail, n'importe lequel : une visite, une page à écrire, un voyage, un clou à forger, et que je le remette à demain, tous ces visiteurs seront partis; je serai seul demain, ou plutôt, qui pis est, je serai entouré d'autres visiteurs envoyés pour l'acte qui fut inscrit dès avant ma naissance comme devant être accompli demain. Rien ne correspond plus, dès lors, à mon œuvre; elle en reçoit du dommage; elle demeure incomplète; le trouble a été mis par ma faute dans au moins deux groupes d'invisibles; et il faudra, pour être à même de réparer ce désordre, que j'attende le moment où les combinaisons futures des événements reproduiront, à une époque indéterminable, la même coïncidence de l'acte que j'ai différé et des invisibles désignés primitivement pour en être les témoins.

Les mêmes raisons nous imposent de ne pas être paresseux, de ne pas chercher des moyens d'éviter une corvée, puisque tout ce que l'enchaînement naturel des circonstances nous apporte est toujours pour nous l'occasion du meilleur effort et du meilleur progrès, pour nous personnellement et non pour notre voisin. Et, de plus, la notion la plus simple de la charité nous prescrit de faire nous-même la chose fatigante, ennuyeuse ou désagréable plutôt que de mettre notre camarade dans l'obligation de s'en charger.


Celui qui essaye d'aimer son prochain comme soi-même peut aller plus loin et toucher à la perfection par trois efforts pénibles. Le premier, c'est de faire soi-même le travail qui répugne au camarade; le second, est d'aider de ses conseils et de ses mains le maladroit, sans le dire aux chefs; le troisième effort, enfin, c'est, lorsqu'un collègue malhabile ou malintentionné cause les dommages à l'usine, à l'administration, de réparer ces pertes, de donner pour cela, toujours sans que personne ne le sache, de son temps et même de son argent.
Voilà une des mille occasions que la vie commune nous offre de devenir de vrais chrétiens; et cet héroisme sans gloire a souvent plus de prix au regard du Père que celui dont la renommée magnifie le mérite.


Si le travailleur envisage maintenant l'influence fécondante, vivificatrice et assainissante de l'effort, lorsqu'il aura quelques instants de loisir et que son corps ne sera pas accablé de fatigue - car il faut être charitable envers ce corps par qui s'accomplissent les merveilles célestes -, il devra chercher une occupation plutôt que de demeurer inactif. N'entendez pas qu'on doive se consumer dans une hâte fébrile, dans des inquiétudes artificielles incessantes; non; il vaut mieux se tenir dans le calme, mais que ce calme ne dégénère pas en indolence. Souvenons-nous du « Hâte-toi lentement » des anciens.

Une dernière conséquence du fait axiomatique, que tout ce qui se rencontre sur le chemin d'un cœur dévoué aux choses du Ciel est le signe fidèle de la Volonté du Père, c'est que nous devons faire notre métier le mieux possible. Si on veut aimer Dieu, il faut aimer Ses œuvres, c'est-à-dire le prochain et toute créature. Et si on aime les œuvres de Dieu, il faut les accomplir. Or, la première et la plus facile de toutes, c'est notre profession. Appliquons-nous donc à notre métier comme il est écrit qu'il faut aimer Dieu : de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toutes ses forces, quelque monotone que soit ce métier. Celui qui recherche la volonté du Père et non pas sa satisfaction personnelle, si noble qu'elle puisse être, sait que le Destin ne lui donnera une besogne nouvelle que lorsqu'il aura montré pratiquement sa soumission et son bon vouloir. Si habile que soit un ouvrier, il y a toujours une habileté plus grande. Et, dans la grande école de la Vie, on ne nous fait passer à la classe supérieure que quand nous avons parfaitement appris la leçon de la classe précédente.

*
*   *

Rien n'arrive ici-bas que par la permission expresse du Ciel. Par la qualité de leurs actes, les hommes modifient la trame de leur destinée future; et ils retrouvent, en revenant sur la terre, la juste réaction des énergies antérieurement émises par eux. Laissez-moi vous le redire : l'injustice n'existe pas; tout est motivé, même les circonstances les plus extraordinaires. Avant que nous naissions, tout est déterminé: la race, la patrie, la religion, les parents, la chambre même et les meubles qui la garnissent; notre vie est écrite d'avance dans ses plus petits détails. Et cependant notre liberté existe, infinitésimale mais réelle. L'usage que nous en faisons est presque toujours maladroit. Si nous étions sages, nous emploierions cette faculté précieuse, la plus divine de nos facultés, par laquelle nous sommes essentiellement des fils de Dieu, nous l'emploierions à faire la Volonté du Père. Que notre route serait abrégée et nos peines diminuées !
Mais nous sommes vains; une haute idée de notre intelligence nous abuse. Certains se croient même plus habiles que les autres en entrant de force dans le monde fermé des Esprits de la Nature; en cherchant à s'en attacher par des cérémonies, des talismans, des calculs; en suivant les indications des bonzes, des tantriks, des kabbalistes, d'Agrippa et d'autres, plus modernes. Ils espèrent ainsi se rendre maîtres des génies de leur personne, de leur profession, de leur demeure; et ils se leurrent délibérément, disant qu'ils ont fait toutes ces opérations par la permission divine ou par le nom du Christ.

Leur illusion est commune . « Que Ta Volonté soit faite », dit-on tout haut; et on pense : « Pas avant que j'aie contenté mon désir. » Ah ! l'homme est une pitoyable chose, et ridicule !
Cessons ces atermoiements; laissons ces misérables ruses. Le Père voit tout et a tout prévu. Ayons confiance en Lui.


Vous avez vu certainement de ces braves garçons pleins de zèle intempestif, qui courent çà et là, se hâtent, vocifèrent, accumulent les maladresses et empêchent tous les camarades de faire leur travail à force de vaniteuse ou de sotte agitation. Tout le monde finit par les malmener et par les fuir. Tels sont les orgueilleux ou les naïfs qui cherchent dans l'occultisme les moyens de se rendre utiles à autre chose que ce à quoi ils sont destinés. Le lycéen qui fait de la littérature pendant le cours d'algèbre et de la chimie pendant le cours d'anglais est un maladroit ou une mauvaise tête. Si le destin nous fait raboter des planches ou labourer, c'est que nous ne sommes bons qu'à faire un menuisier ou un paysan. Que si, à force de souplesse on d'énergie, je m'élève à une position plus haute, quels que soient les avantages que je tire de cette élévation, quels qu'en soient les bénéfices pour mes concitoyens, ce seront des bénéfices apparents, et passagers, parce que, si beau, si noble qu'ait été mon effort, j'ai fait ma volonté et non celle du Père.

Et, plus tard, quand il me sera donné d'apercevoir en esprit l'ensemble de ma carrière, j'apercevrai, avec d'amers regrets, tout le bien que j'aurais pu faire par ma soumission à Dieu, et tout le mal réel que j'ai causé au milieu et à moi-même, sous le bien apparent pour lequel les hommes m'auront peut-être élevé des statues.


Tous les esprits que dénombrent les ésotérismes existent; les dieux sont bien plus que trente-trois millions. Mais nous n'avons à nous occuper que du plan matériel, puisque c'est de la matière que nous avons la conscience la plus parfaite. Au-dessus de tous les esprits qui nous apportent notre nourriture, nos vêtements, nos amis, nos idées, nos sensations, qui conduisent vers nous des parents, des amis, des événements, des honneurs et des douleurs, il y a la sollicitude du Père pour chacun de nous.

 
Or chaque pensée du Père est un ange vivant, un être individuel, intelligent, sensible, dont cette pensée même est l'âme immortelle. A chaque fois que Dieu envoie un homme en ce monde, Il le suit d'un regard d'amour, comme la mère sur le seuil de la porte regarde son petit s'éloigner qu'elle envoie à l'école. Ce regard de Dieu, c'est notre ange gardien.

Il ne faut pas chercher à sentir sa présence, à entrevoir sa forme radieuse ni son tendre visage. Sachez qu'il est là et que ses yeux vont sans arrêt de vous au Verbe et du Verbe à vous. Et nul potentat au fond de son palais, derrière ses gardes, n'est mieux à l'abri que le plus indigne d'entre nous aux côtés de cette présence ineffable.

Résumons. Les Invisibles coopèrent à notre travail professionnel en bien plus grand nombre et d'une façon plus continue, plus saine et plus active qu'aux œuvres mystérieuses de l'illuminisme, du spiritisme et du magnétisme. Si nous pouvions nous rendre compte de la sollicitude avec laquelle le Père nous aide à progresser, nous ne craindrions aucune des douleurs de l'existence. Mais alors notre mérite serait nul et nous ne ferions pas grandir la semence surnaturelle de la foi. Acceptons l'ignorance bénie dans laquelle Dieu nous laisse; tout ce qu'il nous est vraiment nécessaire de savoir, le Ciel nous l'apprend, selon la preuve que nous Lui donnons de notre bonne volonté.

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1. C'est là une explication de la conque symbolique que portent la plupart des dieux hindous.

2. les amateurs d'ésotérisme pourront, au lieu de la clé quaternaire, se servir ici du ternaire, du quinaire, du septénaire ou de tout autre nombre. Tout est dans tout. Les aspects des choses changent simplement selon l'endroit où se place celui qui les observe. Du moins il en est ainsi tant que l'on n'est pas entré dans le plan Un, dans le Royaume de Dieu.

3. Cette espèce de suggestion ou décontagion ne s'exerce pas toujours; elle demande certaines conditions. Bien plus souvent les mouvements soudains qui se font en nous viennent d'un acte antérieur, un peu comme un homme qui se jette à l'eau, plonge et reparaît dix mètres plus loin sans que le spectateur sur la rive - la conscience - ait pu suivre son trajet sous les flots.

Sources Livres mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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24 décembre 2006 7 24 /12 /décembre /2006 22:26

Alors poursuivons La Voie mystique de Sédir, le deuxième chapitre... après le corps, le travail où l'Invisible est aussi bien présent mais pas toujours lumineux notamment pour ceux qui sont dans les affaires, les jeux, les lois...

 

 

Le travail professionnel

 

par Sédir

 

1ère partie

 

 

L'homme a, en face de la collectivité, des droits et des devoirs.

Les premiers, on les connaît, et l'un des grands soucis de notre époque est de les défendre. Nous autres spiritualistes, donnons-nous un peu d'originalité; laissons nos droits et occupons-nous un peu de nos devoirs.
Aussi bien ne sera-ce que la vraie manière de devenir des hommes, de remplir la fin pour laquelle nous vinmes ici-bas, de collaborer à la progression du monde, de développer sainement toutes nos puissances, de soutenir enfin d'un regard calme la présence déconcertante de la mort. Et la chose en qui se confondent toutes ces prérogatives, c'est le travail.


Quoiqu'on le dise par plaisanterie, le travail, c'est réellement la liberté, ou, plus exactement, c'est le chemin qui mène à la liberté. Personne ne se libère de ses dettes en les niant, mais en les payant. Or quiconque vit est, par le fait, débiteur envers la Vie. On doit à ses parents, à ses maîtres, à sa patrie, au sol natal, au soleil, aux ancêtres, à sa religion, aux forces cosmiques, à la civilisation, à l'art, à la science, à bien d'autres entités encore extérieures à la conscience. La Nature, qui soupire vers l'harmonie comme l'océan vers l'équilibre de ses eaux, attend de l'individu qu'il restitue quelque peu de ce qu'elle lui a prêté. Et si l'homme ne veut pas s'acquitter de bonne grâce, elle sait le contraindre. Les huissiers ne sont pas une invention de nos législateurs; il y a des recors dans l'Invisible, plus impitoyables que ceux du Tribunal de Commerce.

Ce n'est donc que par des restitutions au moins équivalentes aux dépôts à lui confiés par les ministres du Père que l'homme évite l'étreinte de la dure Nécessité, ou plutôt la fait impuissante; et encore il lui faut payer spontanément, de bon cœur. Les paraboles évangéliques des économes disent cette loi. Bien peu comprennent cependant, et c'est pour cela que tant de chaînes, de barrières, d'ordonnances civiles, commerciales, religieuses, politiques, morales et physiques nous ligotent et semblent nous faire esclaves. A vrai dire, ces liens ne gênent que l'égoïsme en nous et la troupe turbulente et cruelle de ses enfants. Si les lois étaient inutiles, elles ne pourraient pas être dans l'Au-Delà, et les législateurs visibles et invisibles ne pourraient pas leur donner l'existence ici-bas.


L'individu se libère de ses dettes de deux façons. Par la première il subit les réactions de ses mauvaises actions passées, et rend aux autres ce qu'il leur prit autrefois indûment : la maladie, la catastrophe, le chagrin, la ruine, l'échec, l'inimitié. Voilà les modes principaux de cette restitution passive.


Par la restitution active il fait fructifier les prêts du Destin. Il gagne de l'argent, fonde des entreprises, crée une famille, développe la science, élève l'art, évertue les forces de la Nature, en un mot il travaille. Ainsi son être grandit après avoir été purifié, les bornes intérieures de son esprit reculent, comme le rayon augmente de sa puissance matérielle. Il vit, dans le sens le plus large et le plus auguste du mot. Et si son cœur est assez ferme pour que les fruits de ses fatigues ne l'entraînent pas dans l'esclavage d'une forme quelconque de l'avarice, l'homme accomplit vraiment la volonté du Père et prépare efficacement la descente du Règne céleste.

*
*   *

Je ne suis pas digne d'entonner un hymne au travail. Mais laissez-moi un instant élever vos regards vers le plus haut des Ciels. Là, dans les fleuves de clarté qui ruissellent des mains terribles du Verbe, s'entrevoit la forme vibrante et pathétique de l'Ange du Labeur. Il est le bras de Dieu; sur la trame des aurores cosmiques sa stature surnaturelle se dessine et bouge en flamboiements; et les montagnes de diamants qui sont les os spirituels du monde s'amollissent et fusent entre ses doigts, et des comètes en jaillissent. Il harcèle les créatures et verse aux tièdes les vins de feu des désirs; car il sait que l'inertie est le pire des maux. Infatigable, il brasse la pâte où fermente le levain de la vie éternelle; jamais il ne s'assied, jamais il ne s'arrête, ses regards allument des incendies, et sa voix d'orage porte par intervalles, de l'une à l'autre borne du monde, la terreur salutaire du néant primordial.


Parfois, sans quitter son séjour essentiel, il apparaît simultanément à divers points de l'Espace, à des milliards de lieues d'intervalle. Sous ses pieds nus incandescents la vie foisonne, il saisit les chaos à bras le corps, et le fracas des lutteurs monte jusqu'aux nuages. L'Ange jette un coup d'œil, alors, sourit et repart à plein essor vers quelque autre planète où se ralentit le goût de peiner.

 Ce fomentateur de la Vie mène toujours à sa suite un compagnon fraternel. La forme de celui- ci est trop éblouissante et trop subtile presque pour que les prunelles des élus mêmes puissent la réfléchir avec netteté. C'est une présence plutôt qu'une forme; il émane de lui une douceur victorieuse à qui aucune violence ne résiste; il presse contre son flanc le vaste calice d'or cristallin où il recueille les larmes de l'extase, les larmes des souffrances, les sueurs et le sang que versent les hommes ivres du philtre que leur verse l'Ange du Travail. Ainsi, dans les yeux qu'il éclaire de sa propre clarté, l'Ange de la Prière apparaît tendre, pitoyable et fraternel.


Voilà l'origine de l'intuition qui fait du travail une prière. Nous considérerons avec soin cet aphorisme un peu plus tard; aujourd'hui, sachons seulement la gravité, la grandeur, la vertu du travail, comment il nous hausse à notre véritable stature et nous fait accomplir la Volonté bénie de notre Père.
Dans quelle direction aiguiller les études de l'enfant ? Ou bien les parents lui imposent leur volonté, on bien on s'en remet au hasard des circonstances, ou, enfin, une vocation irrésistible le conduit envers et contre tout.

Dans le premier cas, très fréquent autrefois, l'enfant bénéficie de l'atavisme, des secrets gardés dans la famille, de l'expérience ancestrale. Cela donne une base plus solide au collectif social et contribue à l'unité nationale. Mais des formes conservatrices dégénèrent facilement en stagnation et elles préparent le pullulement des médiocrités, affaiblissent les initiatives, appesantissent les élans.
D'autre part, si les vocations impérieuses régénèrent à merveille les métiers, les professions et les carrières, si, parfois, elles exercent une influence salvatrice sur la fortune publique, sur la science, l'art ou la religion, elles épuiseraient bientôt, si elles se produisaient seules, les forces vitales d'un peuple. La Nature, les dieux ou le Père ont donné la preuve d'une sagesse admirable en faisant régner, sur la détermination des destins terrestres des individus, la même loi d'alternance harmonieuse qui mène l'Idée, la civilisation, la vie physique et, en général, toutes les révolutions biologiques de cet univers. Cette loi s'exprime toujours schématiquement par cette spirale conique dont la spirale logarithmique est la projection sur un plan (1).

Les trois méthodes précitées pour le choix d'une profession présentent donc chacune des avantages et des inconvénients. La perplexité augmente si, aux considérations pratiques et matérielles, on ajoute les incertitudes spirituelles. Où les parents, où les enfants, désireux de bien faire, trouveront-ils une règle ? «Soyez, dit jésus, prudents comme les serpents et simples comme les colombes. » Soyez précautionneux, réfléchis, avisés, comme ceux qui rampent sur le sol des intérêts temporels, soyez soucieux de réussir comme les cupides, examinez toutes les faces de vos projets comme ceux qui ne croient qu'au bon sens, à la considération, aux biens palpables; et, une fois vos plans mûris comme par le plus avisé des capitalistes, montez dans le ciel de l'intuition, comme la colombe. Oubliez vos prudences, reconnaissez votre ignorance, confiez-vous aux sollicitudes divines comme l'oiseau se fie au soleil, aux arbres et aux champs. Vous aurez fait votre possible, vous vous serez aidés; le Ciel, à Son tour, vous aidera en modifiant pour le mieux la courbe de votre destin.

Surtout, jeunes gens et hommes mûrs, ne vous croyez pas injustement enfermés dans un cadre indigne de vos talents. De nos jours, presque tout le monde a du talent; mais il y a moins de génie qu'à d'autres époques. On dirait que la Nature nivelle. Les « chers Maîtres » sont légion. Le talent s'acquiert; mais le génie est autre chose qu'une longue patience. Le talent produit des œuvres expressives, ingénieuses, savantes, pleines de goût même et de finesse; le génie possède le style; il n'est pas joli, mais beau; il n'est pas, correct, mais il parle à l'âme; il peut choquer la mode, mais il est poignant; il a peu de succès, mais il deviendra le phare des siècles futurs; il ne travaille pas sur des formules toutes prêtes, il invente ses procédés; et les critiques, les grammairiens, les commentateurs, les industriels, les hommes d'affaires le disséqueront et en fabriqueront des sciences, des formules et des rouages sociaux. Le sort de toute Lumière est d'être crucifiée.

Que de choses il faudrait dire ici! Mais retournons à notre sujet. Prenez seulement garde de ne pas repousser, quand il vient à vous, tel malheureux utopiste, malchanceux et obstiné. Aidez-le, tout au moins réconfortez-le; ses rêves, pour insensés qu'ils paraissent à ses contemporains, seront peut-être de magnifiques réalités pour la génération prochaine.

 
En aucun cas ne méprisez la tâche qui vous donne du pain, ne vous lassez pas des recommencements. L'inutile même a son utilité; c'est une plante dont nous n'apercevons pas les racines et dont nous ne prévoyons pas les fruits. Car tout se tient dans ce vaste univers. Le bûcheron ne fait pas qu'assurer le chauffage de quelques logis; il change de forme et de lieu des milliers de petites existences, non seulement quant à leur état solide, liquide ou gazeux, mais aussi quant à leur identité spirituelle. Voici un promeneur dans la campagne. Ses muscles et ses poumons travaillent; des cellules meurent; des toxines naissent, avec de la chaleur, de l'électricité et vingt autres choses; il use ses vêtements, il se met en gaité, il tue des insectes, des herbes; il modifie le milieu; il fait gagner un peu d'argent à la guinguette. Voici donc de la vigueur physique, de la force morale, des échanges hygiéniques, des morts, des souffrances et des joies. L'insecte écrasé, la tige fauchée, le cabaretier ont vu un corps énorme, une canne, quelques pièces de monnaie; et ces trois sont une même chose: la promenade.

Etendez à l'innombrable série des plans occultes de la Nature ces ramifications d'une seule cause, vous sentirez qu'un coup de bêche peut, çà et là, dans l'inconnu des espaces intérieurs, tuer, guérir, transformer, produire des sons, des couleurs, des catastrophes. Le prince qui signe en une demi-seconde un décret détermine peut-être des batailles; l'hécatombe et la signature ne sont que deux des formes de la même entité, du même cliché. Souvenons-nous que tout s'interpénètre; que, si je puis employer cette image, l'univers est un milieu élastique; mais nous n'avons pas encore donné à la Nature des preuves suffisantes de notre sagesse pour qu'elle nous laisse voir ses rouages mystérieux. Contentons-nous de savoir que le visible et l'invisible s'influencent réciproquement.


Tout travail est honorable par le simple fait que c'est du travail. La dignité de l'individu réside dans sa collaboration plus ou moins étroite à l'activité générale. Les êtres les plus vils ne sont pas ceux qui accomplissent des besognes répugnantes; ce ne sont pas les criminels, ces bourreaux du Destin; ce sont ceux qui, sans travailler, vivent du labeur d'autrui : parasites et vampires qu'on rencontre, hélas ! un peu partout, dans le palais et dans le ruisseau.

De plus, le Père veut que chacun d'entre nous passe par le plus grand nombre d'expériences possibles. Toutes les combinaisons physiques, sociales, sentimentales, intellectuelles et ontologiques nous attendent, comme le sillon espère le semeur. Il n'y a donc ni honte ni vanité à ressentir les fluctuations de l'existence. C'est le Père qui donne, c'est le Père qui reprend; béni soit-Il dans la fortune comme dans la détresse ! Ne nous préoccupons que de mener à bien la tâche qu'Il nous a aujourd'hui confiée.

*
*   *

Pour s'assurer qu'une influence secrète de l'Invisible existe bien, il faut chercher un groupement synthétique des formes de notre activité professionnelle.
Les unes ont pour objet le travail de la matière; tels sont les métiers. D'autres remuent et transforment l'argent : le commerce, l'industrie, la finance. D'autres surveillent les deux premières par les administrations civiles ou politiques, la magistrature, l'armée. Les dernières, enfin, sont les canaux par où s'élève la quintessence de l'activité nationale et descendent les forces inconnues qui vitalisent sans cesse le corps collectif de l'Etat. Ce sont les carrières du savant, du philosophe, de l'artiste, du prêtre.


Il vous suffira d'ouvrir un traité de physiologie élémentaire pour vous apercevoir que ces quadruples rouages offrent une analogie complète avec les fonctions de nutrition, de respiration, de relation et d'innervation de la vie animale; il vous suffira d'ouvrir un Abécédaire d'astronomie pour saisir la même loi gouvernant le jour, la lunaison, l'année et les grands cycles cosmiques. La pensée ne fonctionne que sur ce modèle et tout ce que l'œil du chercheur peut fixer dans l'univers se déroule dans l'ordre de ces quatre temps (2).
Voilà l'Invisible intelligible, celui que Lao Tze, Bouddha, Pythagore aperçurent et glorifièrent.

Si nous ajoutons à cette hâtive ébauche les types analogues du prince dans l'Etat et de la volonté dans l'individu, de l'esprit collectif de la nation avec ses deux conseilleurs, et de l'esprit de l'homme avec son bon et son mauvais ange, nous aurons une vue d'ensemble mystique sur l'origine et le mode des forces invisibles dont les forces et les actions visibles ne semblent être que les cristallisations.

Ainsi l'homme n'invente rien; il ne fait que copier les formes ontologiques qui l'entourent. La plupart du temps il n'aperçoit même pas qu'il est plagiaire; et les efforts les plus vigoureux de son génie n'arrivent qu'à reproduire ou adapter tel mécanisme admirable dont la Nature a multiplié autour de lui les exemplaires à profusion.
Cherchons maintenant les rapports de ces classes professionnelles avec l'Invisible central.
Chaque brin d'herbe a son génie, selon la Kabbale. Je dirai plus : chaque cellule, chaque molécule même, chaque atome même possède un esprit qui leur infuse, en proportions variables, la vie, l'intelligence et la volonté. Mais, pour qu'un observateur perçoive cet esprit, les instruments de laboratoire ne suffisent point, ni la voyance des fluides et des auras; il faut que ce chercheur ait pénétré dans le temple de la Vie universelle, que tout en lui, depuis les hauteurs mystérieuses de son esprit propre jusqu'aux dynamismes les plus infimes de sa physiologie, soient en accord avec la Loi organique du Monde, c'est-à-dire avec la Volonté du Père; il faut que son cœur batte à l'unisson avec le cœur de l'Univers, qu'il ait maîtrisé les myriades d'individualités dont l'assemblage constitue son individualité; qu'en un mot il ait, dès ici-bas, réintégré sa patrie éternelle, le Royaume de Dieu.

Un tel être est rarissime; en un siècle, à peine s'en trouve-t-il un seul sur la terre entière. Mais quittons ces hauteurs vertigineuses; redescendons dans notre sujet; aussi bien l'idée seule de cette possibilité, et le témoignage que j'en rends, suffisent pour aiguiller vos intuitions et raviver en vous l'ardeur vers le Ciel.
Rien n'est laissé au hasard dans cette immense Nature. L'arbre qui croît en silence dans la forêt profonde, le minerai qui sommeille dans les entrailles de la montagne maternelle, l'animal qui vague dans la jungle, l'heure est marquée pour chacun de la hache, de la dynamite ou de la flèche. La minute est fixée de même où le tronc énorme subira le suppliée de la scie, où le minerai souffrira le haut fourneau, le laminoir ou le marteau. Chose merveilleuse, le génie qui animait le chêne ou le rocher les quitte au moment où ils tombent et chacune des planches, chacun des objets en quoi l'industrie humaine les transforme reçoit un nouvel esprit, à l'instant de ces diverses transformations.
Et ce dernier est plus affiné que le premier, plus intelligent, plus réceptif des influences que les hommes qui l'emploient lui communiquent. De sorte que le poignard de l'assassin, le bâton du voyageur, le clou, la lime ou le rabot de l'ouvrier emmagasinent de la cruauté, de la fatigue, de la joie, de la paresse, et tous les états mentaux de ceux qui s'en servent.

Non seulement les objets que nous touchons, les lieux où nous vivons se saturent de nos émanations fluidiques, mais encore nous leur conférons la qualité spirituelle de nos cœurs. Si, dans la rue, se lève à l'improviste en moi une mauvaise pensée ou une bonne, c'est que, peut-être, un criminel ou un saint a posé le pied sur le pavé où je suis (3). Prenons ici conscience de notre pouvoir et de notre responsabilité, et comprenons combien il importe de vivre purement.


Ce qui touche au commerce, à l'industrie, à la finance ne vit pas avec moins d'intensité et n'entretient pas avec l'Invisible des rapports moins intimes. Mais c'est une autre qualité de la Vie. Dans cette sphère, les mouvements sont plus rapides; la fièvre y règne à l'état endémique; les convoitises y font rage, et les esprits qui dirigent tout ce vaste ensemble de transactions se meuvent, meurent et renaissent avec une rapidité qui éblouit, paraît-il, le regard du voyant. Tant qu'il ne s'agit que de mise en œuvre de matières premières et de commerce réel, les choses se passent encore à peu près normalement. Mais, si l'on s'approche de la spéculation pure, de la haute banque, tout s'affole; c'est pour cela que les sujets donnent des pronostics si incertains sur le jeu, la Bourse ou la loterie.

Le grand chef de toute cette armée de génies multiformes est appelé Mammon, dans le mysticisme occidental. Il est lui-même un des généraux du Prince de ce monde. La vertigineuse rapidité de mouvements de tous ces dispensateurs de richesses exige, chez les hommes qui veulent se les concilier, ou un coup d'œil excessivement mobile et fin ou une grande force de stabilité; tels sont, par exemple, les tempéraments mercuriens ou Jupitériens des astrologues.


Les professions qui se rapportent aux intérêts généraux de l'Etat, qui le légifèrent, l'administrent, le défendent, le surveillent, ont un invisible plus calme, mais guère plus accessible ni plus maniable. Elles forment le corps terrestre de la justice cosmique, de cette force équilibrante qui enchaîne les effets aux causes et les réactions aux actions. Les hommes qui la représentent ne sont pas sentimentaux; ils ne connaissent que le règlement, le texte, la consigne; ils ne comprennent pas l'indulgence ni la miséricorde. Tout ceci se voit d'ailleurs fort clairement à la forme que revêtent les génies des administrations, des ministères, des tribunaux, de la police, de l'armée et des divers corps de cet ordre, lorsqu'ils apparaissent dans la spontanéité du rêve ou dans le développement de certaines opérations théurgiques.

Mais la connaissance de ces formes jette un jour parfois trop vif sur les rouages secrets de la chose publique; c'est pourquoi nous nous abstiendrons d'en parler. je ne veux pas laisser entendre que la fonction du magistrat, du soldat, du gendarme est mauvaise en soi; mais que son état actuel est imparfait. Ce sont des organismes en progrès; il faut leur donner du temps; et d'ailleurs rien ne pourrait subsister sans l'autorisation du Père.


Quant aux professions où s'incarne l'intelligence du collectif social, ce sont les plus hautes, mais non les plus vivantes. Dans l'individu, l'intellect est le pôle opposé à la matière; mais l'abstrait spéculatif dont il découle le glace. La race blanche fut longtemps malade d'une hypertrophie de force brutale; aujourd'hui elle est peut-être plus dangereusement atteinte par l'hypertrophie cérébrale. Quoi qu'il en soit, le substratum invisible des professions libérales se trouve dans les régions supérieures de l'âme de la terre. Il est difficilement perceptible. Il est l'habitat des créatures qui reçoivent des sphères empyrées les inventions, les métaphysiques, les formes esthétiques des sons, des lignes et des couleurs, qui les acclimatent et qui les rendent assimilables à ceux des habitants de la terre dont l'esprit possède les qualités requises.

C'est parce que l'inventeur, le philosophe, l'artiste vraiment géniaux, vraiment dignes de porter ces noms comme des couronnes, appartiennent à l'aristie du genre humain, c'est parce que leur moi habite réellement des lieux où l'air est de diamant, où brillent des soleils inconnus, où les formes sont eurythmiques, que, sans cesse en extase involontaire, ces hommes tombent en dehors de la vie pratique, que tout de cette existence, nourrie uniquement des sucs de la matière, les heurte et les blesse en mille endroits, que les autres, prosaïques et « plus sérieux », les piétinent sans pitié dans la course commune à la richesse ou à la puissance.


Pour incarner les chérubins et les séraphins du Beau et du Vrai, il faut que l'on se donne tout entier. Cette offrande complète est quelquefois même insuffisante. Diviser en plusieurs parts ses forces, sa vie ou sa journée est un holocauste indigne de ces sublimités. Notre terre est infiniment loin du Beau et du Vrai; presque rien, en elle, ne provient de ces étoiles immatérielles. Le savant et l'artiste vrais ne trouvent donc, ici-bas, ni nourriture ni point d'appui; il leur faut se lancer à cœur perdu dans l'éther immense au fond duquel scintillent leurs idéals. Et toutes leurs puissances, physiques, intellectuelles et surtout animiques, ne sont pas superflues.

Puisque l'Etat moderne, méconnaissant leurs obligations, laisse ces hardis explorateurs livrés à leurs propres ressources, c'est aux individus à les aider. Vous donc, épouses, maris, frères, sœurs, enfants ou amis de quelqu'un de ces porteurs de flambeaux, prenez garde de ne point vous dérober au devoir dont le Destin vous charge en vous plaçant auprès d'eux. Ecartez de leurs pieds les cailloux du chemin, et de leur front les moustiques; donnez-leur du pain; pardessus tout versez-leur le vin très réconfortant de votre enthousiasme et de votre admiration.


Si l'exercice intègre des professions libérales exige une vertu aussi haute, combien plus pur et plus ardent ne doit pas être celui qui prétend devenir ici-bas le ministre de la Divinité ? Il faut qu'il soit un saint. Et si les religions se corrompent et meurent, c'est par l'insuffisance spirituelle de leur clergé. Il n'est pas nécessaire qu'un prêtre soit savant, éloquent, habile; il est indispensable qu'il soit disciple vrai du Christ. 


 L'Invisible religieux resplendit d'une clarté unique. Tout un monde nouveau se dévoile; l'émerveillement qu'il suscite place le contemplateur sur le chemin de ce Temple surnaturel où le Verbe Se tient en personne et en permanence.
Les fonctions sacerdotales sont les seules, dans la société, qui ne s'appuient pas sur la matière, ou qui ne devraient, en aucun cas, s'y appuyer. Leur racine est dans l'Invisible d'en-Haut, tandis que celle des autres corps de profession est dans l'Invisible d'En-Bas.

Mais quittons ces généralités; voyons les conséquences pratiques de ces hypothèses dans le travail de chaque jour.

 

2ème partie

 

Posté par Adriana Evangelizt

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24 décembre 2006 7 24 /12 /décembre /2006 22:07

 

L'EXISTENCE DE L'INVISIBLE

 

par Sédir

 

2ème partie

1ère partie


 



Au contraire, il faut que tout notre être collabore à toutes nos activités. Quand le paysan laboure, qu'il laboure aussi avec son intelligence et avec son cœur; quand le savant pense, que l'esprit de son corps accompagne l'esprit de son cerveau; quand le saint aime, que ses pensées et ses membres collaborent à sa charité.
En un mot,
vivons dans la plénitude de l'unité; nous sommes les intendants de notre corps, non les maîtres; il faut lui donner de la nourriture, du sommeil, de l'abri, sans pour cela obéir à ses instincts.
La ménagère débarrasse chaque matin sa maison de la poussière.
La saleté, faite de décompositions et de déchets, est une créature de ténèbres; la propreté, faite de vigilance et de soins, est une créature de lumière. Le corps a besoin de celle-ci et souffre de celle-la.
Tout marche, en ce monde, par couples de contraires. C'est pourquoi il faut entretenir les poumons, l'estomac, les muscles et la peau. Une hygiène scrupuleuse peut prévenir bien des faiblesses et bien des maladies. La peau est un exutoire, il faut en tenir propres les pores; cela active la circulation, de proche en proche, jusqu'au centre cardiaque.

La propreté obtient encore d'autres résultats à plus longue échéance. Prenons quelques exemples. Voici un prolétaire qui se lève avant l'aube, après avoir dormi dans une chambre exiguë; il revêt à la hâte des habits tout imprégnés de poussière, il se lave à peine, et pourtant il se garde vigoureux et dispos; la Nature le secourt; son corps reçoit de l'atmosphère seconde le supplément de forces nécessaires pour compenser les soins qu'il n'a pas le temps matériel de prendre.
Voilà un employé qui est rentré tard d'un café-concert quelconque : première veulerie. Il se lève à grand-peine : deuxième veulerie. Il sort en courant après une toilette trop hâtive: troisième paresse; et, des années plus tard, cela fait
un pauvre corps fripé, un être vide, pusillanime, hésitant, et dont l'idéal estne rien faire.

Voyez, par contre, l'homme qui sacrifie tout aux dehors. A force de soigner sa tenue pour le plaisir d'être bien habillé, il attire l'esprit même de la banalité; il devient un être neutre, poli, inexistant,
incapable d'une pensée personnelle ni d'une préoccupation autre que celle des apparences.
Par contre, le savant, l'idéologue, l'artiste, perdus dans leur rêve, ont tort de se laisser prendre si totalement. Ils sortiraient, une demi-heure chaque matin, de leurs idées fixes pour soigner leur corps et leur tenue que tout n'en irait que mieux. Rien n'est constant dans la Nature, rien n'y est continu; les laboratoires de la Sorbonne démontrent cela: il en est de même dans le domaine des forces psychiques, Le cerveau ou le coeur toujours tendus se fatiguent et s'hallucinent.
Mais voyez enfin cet homme entre mille qui s'est voué au service de Dieu. Voilà notre idéal. Cet homme aime son corps comme un bon ouvrier aime ses outils; il soigne ce corps avec dignité, avec raison; il lui donne le nécessaire et sait parfois ajouter un peu de superflu. Un organisme, pense-t-il, n'est pas une machine de fonte et d'acier; un rendement uniforme l'épuise; il lui faut de petits excès de travail et de petits excès de repos.

De plus, notre serviteur du Père sait que l
es gens se fient aux apparences; il desservirait donc l'Idéal qu'il représente s'il montrait un extérieur négligé ou trop luxueux; il se tient dans le juste équilibre; il use de tout ce que la vie lui permet de recevoir. Aujourd'hui il a ses aises, une bonne santé, de la réussite : il est heureux et remercie le Père; demain il sera misérable, malade et guignard : il sera encore heureux et remerciera avec plus d'effusion.
Ainsi, pour le commun des mortels, la sagesse, c'est de se conformer au destin, de s'accommoder des circonstances. Un homme est-il né prolétaire, qu'il accepte gaiement; les ouvriers ont des joies que les riches ne peuvent se procurer. Un homme est-il né « fils à papa» et le vide d'une existence de luxe lui est-il fastidieux ? Qu'il le supporte, qu'il utilise sa richesse pour se cultiver et pour agir socialement.
Les riches ont des douleurs et des corvées dont les prolétaires ne se doutent pas.

Le riche qui donnerait sa fortune pour être délivré des soucis qu'elle comport
e ne serait pas plus sage que le pauvre qui voudrait devenir riche pour jouir de la vie. Aucun homme ne devrait rien craindre. Riches, fixez la misère possible d'un regard calme; misérables, ne vous troublez pas devant des monceaux d'or; ne soyez esclaves ni l'un ni l'autre, non parce que ces choses ne sont que des apparences. Au contraire, tout est réel; mais tout ne doit valoir à nos yeux que comme le signe de la volonté divine; n'adorez pas les signes ni ne les craignez; aimez plutôt Celui qui les a faits.



* * *



Voilà l'essentiel de ce que je voulais vous dire. Abordons maintenant le côté curieux ou mystérieux de la question, mais très vite, et pour que vous jugiez par vous-mêmes qu'« une seule chose est nécessaire ».
Si vous avez jamais lu les lois de Manou, le Mahava Dharma Shastra, vous vous souvenez sans doute d'un fort long chapitre qui règle minutieusement les rites des ablutions quotidiennes de l'Hindou. C'est quelque chose de stupéfiant. Des centaines de dieux sont invoqués, des vingtaines de gestes sont faits; chaque goutte de l'eau dont s'asperge le brahmane nu reçoit une bénédiction; chaque partie du visage et des membres est incantée; tout l'Olympe du Mérou est mis en branle.

Ouvrez le Talmud, vous trouverez une complication aussi étonnante pour l'acte de se baigner ou de se laver les mains. Aucune religion n'a manqué de ritualiser ces soins si naturels. Notre catholicisme même donne, dans son Rituel, des formules pour consacrer, purifier, sanctifier toutes choses : le pain, les fruits, les aliments, l'eau, les maisons, les semences, les fontaines, les chemins de fer, le télégraphe, les machines . électriques, le beurre, le fromage, les chevaux, le bétail, l'étable, les habits, etc.
La trame de ces rites est la même dans toutes les religions. Une invocation au Dieu suprême, une formule expliquant la demande propre à l'objet avec mention de ce qui s'y rapporte, un acte significatif : aspersion, encensement, imposition des mains; des gestes sacrés; d'autres prières tirées des Écritures et se rapportant au même objet par allusion directe ou par symbole, des demandes à des dieux intermédiaires on à de saints personnages défunts, intercesseurs. Ainsi procède le brahmane, le rabbin ou le prêtre. je ne puis vous donner des détails; il faudrait étudier la composition du collectif invisible de chaque religion, le côté magique de la langue sacrée qu'elle emploie, le son des mots latins, hébreux ou sanscrits, leurs valeurs hiéroglyphiques, le dynamisme des gestes du sacerdote, et combien d'autres éléments encore.

Mais ce que je viens de vous dire suffit sans doute à vous faire voir que, si les théologies n'en parlent pas, les inventeurs des rites croyaient à la vie des choses.
Sur mille prêtres qui récitent : « Exorcizo te, créatura aquæ, ou « auri », ou « thuris », etc... », neuf cent quatre-vingt-dix-neuf ne voient là
qu'une formule littéraire, et non pas l'expression d'une réalité. Et combien d'officiants prononcent sur les degrés de l'autel: « Asperges me, Domine, hyssopo, et mundabor », sans se douter que, si leur prière est humble, descend, à cette seconde, des profondeurs refoulées de l'Invisible, un purificateur qui lave vraiment la forme occulte de leur âme ?

De cette digression ne retenez qu'une chose :
c'est que l'Invisible existe et qu'il bouge à la voix de l'homme. Ne lui parlez donc pas en vain; gardez-vous de l'idolâtrie des formes et de la superstition de l'ésotérisme; si vous avez besoin des rites pour vous appuyer, prenez ceux du catholicisme; il n'en existe pas de meilleurs. Si vous n'en sentez pas le besoin, laissez-les; mais souvenez-vous alors, à toute minute, des graves paroles de jésus: « C'est ce qui sort de la bouche de l'homme qui le souille. »




* * *



Vous me pardonnerez d'évoquer, à propos d'un sujet aussi connu que l'hygiène, les paroles les plus vénérables, et le Type même de toute sainteté. Mais tout est dans tout; et les choses se magnifient à proportion de l'ardeur du regard qui les contemple. C'est dans les objets qu'il faut mettre de la grandeur, tandis que nous nous prosternons devant les voiles précieux des divines clartés. Ainsi nous sortirons des opinions courantes,. des philosophies, de l'empirisme, de l'expérience borgne et de la raison myope.
Aucun explorateur, aucun alpiniste, aucun aéronaute ne peut embrasser d'un coup d'oeil la moitié seulement de la surface de la terre. Le métaphysicien, le savant ne peuvent pas davantage saisir l'ensemble de la Nature. Supposez un voyant idéal, posté au centre de ce globe, et dont le regard percerait les abîmes liquides et les croûtes géologiques; il pourrait se rendre compte de la vie terrestre in toto. Cette hypothèse, impossible au matériel, est possible au spirituel;
abandonner tous les systèmes de connaissance révélés par les dieux ou inventés par les hommes, « renoncer à soi » de toutes manières, et « suivre » le Verbe Jésus jusque dans Sa résidence, on parvient ainsi à ce poste central d'observation où confluent la biologie, la métaphysique, l'ontogénie et la morphologie, où les êtres apparaissent sans voiles, où coule le sang même de la vie universelle, où enfin toute antinomie se résout dans l'équilibre de l'Etre, du Néant et du Savoir.

Cette plateforme, le coeur du monde, est aussi n
otre coeur spirituel qu'illumine l'étincelle divine, la semence de Lumière, l'âme par laquelle nous pouvons nous dire des hommes. C'est le plan de l'unité, de la vérité, de la vie, c'est l'état où notre intellect, notre sensorium et notre sentiment ne sont qu'une seule force dans la main de la volonté; c'est la Lumière que tamisent les versets évangéliques; c'est le système de canaux qui relie une créature à toutes les créatures; c est le roc de la stabilité intérieure; c'est le sentier imperceptible, le plus court de tous les chemins.
L'âme est l
'absolu au sein du relatif, l'éternel immergé dans le temps, l'infini dont se sature l'espace. De même que, en tournant le pignon central d'une horloge, tous les rouages tournent, de même modifiez l'état de votre coeur et ses mobiles; vous modifierez vos méditations, vos affections, vos actions et jusqu'à vos sensations. Ainsi a-t-on dit avec justesse : « Aime et fais ce que tu veux. » joignant ma voix inconnue aux exhortations puissantes des anciens chevaliers de Dieu, je vous adjurerai à mon tour.

Choisissez votre idéal. Il est impossible d'en trouver un plus beau que le service d'autrui; mais choisissez le mode de ce service; et ensuite mettez vous au travail; réalisez dans tous les plans, par tous les moyens; ne regardez pas en arrière, mais en avant. « Servir, servir et rien de plus. » L'Amour est le Maître, le Dieu, le Mystère suprême, le Néant, l'Ignorance, la Toute-puissance et l'Omniscience. Il est l'initiateur pour le monde et pour l'homme; il est sa propre raison, le commencement et la fin de tout; il est la souffrance et la récompense, la folie et la sagesse, la mort et la vie. je vous propose
cette pierre philosophale qui est un feu vivant, cet élixir qui guérit tout, cette arme qui brille dans les yeux des enfants et des saints. Sa présence change l'enfer en paradis; son absence glace et enténèbre les plus radieuses splendeurs.
Puissiez vous recevoir l'initiation ineffable de l'Amour ! Vous y gagneriez le sens vif de votre identité; vous mettriez à leur place les choses de ce corps, puisque c'est de lui que nous nous occupons aujourd'hui; vous n'en prendriez soin que comme d'un vêtement admirable et précieux. De même que les princes et les femmes fascinent la foule par la beauté de leurs costumes, la vue de notre corps enchante parfois certains êtres invisibles; il faut donc entretenir pur et sain ce chef-d'oeuvre de Dieu. Traitons-le, par respect pour son Auteur, avec sollicitude et fermeté; mais, si c'est la c
rainte de la fatigue, la sensualité, la vanité qui nous guident, ces déesses néfastes, évoquées par nos coeurs, viendront un jour habiter ce corps mal choyé et lui apporteront la laideur ou la maladie.

Voici la grande leçon que je voudrais inculquer en vous jusqu'au tréfonds de vos intelligences et surtout de vos coeurs. C'est que
l'homme est l'image de Dieu; il porte le sceau de l'Unité et ne peut remplir sa fin que dans la mesure où il consomme cette Unité, en lui et autour de lui.
Mais, objecterez vous, tout est multiple dans cette création; tout se divise, s'oppose, se combat, se tue et se dévore; rien ne s'agglomère et ne s'organise que pour redevenir un peu plus tard de la décomposition et de la putréfaction.
Les êtres semblent ne s'aimer que comme s'ils se haïssaient; tous sont en fureur; la vie est une tuerie incessante; le minéral, la plante, l'animal, la société, les eaux, les montagnes, les sentiments, les idées, les religions, les peuples, les continents, les planètes, tout cela s'exècre, ne respire que la destruction et ne semble avoir d'autre but que le retour du chaos primordial.

Certainement oui,
telle est la loi de la matière. Mais la loi de l'Esprit, c'est l'unification, la synthèse et l'amour. L'un et l'autre obéissent à leur nature propre. Supprimer le corps au profit de l'intelligence, et l'intelligence au profit de la volonté, ce ne serait pas résoudre le problème de l'unification de l'homme. On obtiendrait une entité abstraite et non un organisme vivant. Ce serait un regrès et non un progrès, un meurtre et non une création.
Rendre ce corps homogène ou cette intelligence immuable n'est pas davantage une solution; ce serait créer de l'immobilité, de l'inertie, quelque chose d'antinaturel, d'antivital au premier chef.
La solution, c'est que chaque organisme coopère, dans son plan, au mouvement central, à l'évolution générale de l'être dont il fait partie. Nos corps viennent
du royaume de la multiplicité; nos coeurs viennent du royaume de l'unité. L'oeuvre à entreprendre, quant au sujet qui nous occupe aujourd'hui, est donc de rassembler en un faisceau les mouvements divers des muscles, des organes, des nerfs, de toute notre vie physique, et de les faire concourir à l'expression la plus parfaite de l'activité centrale et une de notre âme. Pratiquons la sincérité. Il faut que la propreté du corps, l'élégance de l'attitude, la netteté du vêtement ne soient pas les masques d'une intelligence obtuse, d'un coeur malsain, d'une volonté veule, mais les images vraies des vertus de l'homme intérieur.

La doctrine des Jésuites, qui est aussi la vieille doctrine de l'ésotérisme, à savoir que les actes finissent par produire en soi les sentiments qui leur correspondent, est bien vraie; mais l'application en reste délicate. Tandis que
la doctrine de Jésus peut être mise sans danger dans les mains les plus faibles ou même les plus perverses.
Elle demande
de purifier l'interne, et l'externe se purifiera de lui-même; elle conseille de ne pas mettre de pièce neuve à un vieux vêtement, et le Père fera tisser par Ses anges le vêtement nouveau; elle ordonne enfin de se soumettre par la patience et, après avoir conquis de la sorte la pleine possession de soi, le Seigneur nous donnera le gouvernement de l'un de Ses domaines.
Le soin des plus petits détails est indispensable pour la réussite de cette entreprise immense. C'est pourquoi je n'ai pas cru indignes de votre attention ces quelques rapides aperçus de l'ésotérisme de l'hygiène.

Sources Livres mystiques

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23 décembre 2006 6 23 /12 /décembre /2006 14:58

Laissons nous entraîner par Sédir dans L'existence Invisible, premier chapitre de son oeuvre fabuleuse La Voie Mystique... où il est question du corps et de son importance par rapport à tout ce qui ne se voit pas à l'oeil nu...

 

 

L'EXISTENCE DE L'INVISIBLE

 

par Sédir

 

1ère partie...



Tableau de Bruce Huffman




Avant tout, je vous dois des remerciements cordiaux pour la faveur avec laquelle vous accueillez ces causeries. Acceptez-les, je vous prie, en souvenir du Messager de Lumière à la suite duquel les plus secrets désirs de nos cœurs se hâtent dans la nuit de l'existence. Les objets de nos recherches, vastes comme l'Infini, exhalent un attrait impérieux, inépuisable et toujours plus enflammé, comme le Mystère divin dont ils sont les efflorescences indéfiniment renaissantes.

Tous, vous êtes informés des points théoriques principaux du psychisme et de l'ésotérisme; un bon nombre d'entre vous ont même approfondi telle ou telle tradition de l'antique Sagesse. Vos âmes, fatiguées des monotones horizons quotidiens, se sont lancées, avec la ferveur la plus candide, à la recherche des cimes idéales, des sublimités lointaines pressenties, des paysages de rêve où les dieux se meuvent, où resplendissent des statures surhumaines dans des gloires de volonté dont chaque rayon est un triomphe sur les êtres et les choses de la matière. Vous avez soupiré vers les tours d'ivoire de la Connaissance intégrale. Vous avez convoité l'extase du contemplatif, la baguette de l'Hiérophante, le glaive invincible du mage, la nudité toute-puissante du solitaire anachorète, immobile et muet dans la luxuriance innombrable de la jungle. Rêves sublimes, espoirs qu'il faut vénérer.

C'est un peu comme cela que pense le bambin amené à la revue du 14 juillet et qui, voyant les généraux et leurs panaches et leurs montures piaffantes , s'écrie qu'il veut devenir officier. Et, pendant trois jours au moins, il s'applique, il est sage et il rapporte des bons points. Il ne prévoit pas les années d'études, le dur internat de Saint-Cyr, les besognes fastidieuses, les marches forcées, les privations de la guerre, les blessures. Ainsi
le débutant du spiritualisme se voit tout de suite général. Et cet enthousiasme est heureux, parce qu'il nous faut des illusions par intervalles, pour réchauffer notre zèle. L'homme n'aime pas Dieu assez pour travailler par pure obéissance.

Quand certains initiateurs disent :
«Ce que tu veux être, tu l'es», c'est une hyperbole grandiloquente. La Vérité, plus raisonnable, prononce : « Ce que tu veux être, tu le deviendras, si tu le veux avec persévérance.»
Nous allons nous entretenir de ces vouloirs inlassablement réitérés, de ces persévérances obscures, de ces gênes silencieusement souffertes. Nous verrons comment ennoblir les bas soucis de l'existence, comment en rendre attrayantes les mornes besognes, comment, enfin, y découvrir les plus hautes lumières qu'il soit donné à l'homme d'apercevoir et les mystères les plus profonds sur lesquels il puisse pencher son intelligence.



* * *




Quand certaines traditions enseignent que la matière est une scorie de l'esprit, une telle vue n'est pas conforme à la réalité intérieure; elle n'est conforme qu'à l'opinion a priori que tel occultiste a conçue de la nature des choses. Si l'on admet les philosophies naturelles, les panthéismes émanationistes ou subjectivistes, comme l'ont fait beaucoup de systèmes ésotériques qui ne sont que des membres dispersés de la synthèse patriarcale antédiluvienne, l'univers apparaît logiquement comme un immense assemblage de sphères concentriques et dépendantes où la pure clarté de l'esprit s'obscurcit en approchant des limites de la Création. et cependant ce tableau n'est visible que lorsque l'on contemple le monde avec le seul regard de l'intellect, lorsqu'on l'étudie par le procédé progressif de l'expérience externe et interne et du raisonnement; lorsque, en un mot, on aperçoit dans l'œuvre du Créateur des forces mouvantes et non des êtres vivants.

Si l'on pouvait découvrir la plate-forme centrale de notre Moi et s'y asseoir pour observer de là l'Univers, si l'on pouvait regarder les créatures ave
c l'œil de lumière éternelle toujours ouvert dans notre cœur, on s'apercevrait avec surprise que tout est égal aux yeux du Père, que tout Lui est, au même degré, proche et précieux, ce caillou comme Sirius, et le bandit comme le saint, qu'il n'y a ni haut ni bas, ni distance ni durée, selon le mode éternel de la Création; on s'apercevrait surtout, avec une félicité sereine, que la connaissance expérimentale du Vrai est facile comme de voir le soleil au milieu du jour. Prenons acte de ceci; simplifions-nous; oublions, pour entendre la voix de l'Évangile, les voix mêlées qui nous arrivent des Écoles et des Sanctuaires; souvenons-nous enfin que, pour bien faire quelque chose, il faut s'y adonner de toutes ses forces.

Les misères constitutionnelles nous entourent et nous pressent de toutes parts; quelle infirmité est la nôtre! Mais si, alentour, vont et viennent des Invisibles pour qui nous sommes de fort petites choses, d'autres invisibles également voisins nous regardent comme des dieux splendides et très puissants. L'homme est une antithèse déconcertante; semblable à Dieu, il réunit, comme Lui, en sa personne, tous les couples d'antinomies.
L'homme est tout et rien; actuellement il
est l'ignorance, un jour il sera l'omniscience; j'entends parler de cette science vivante et vécue, spéculative et réalisée par les actes, qu'aucune créature ne peut nous enseigner, serait-elle des millions de fois plus spiritualisée que nous, mais que le Messie nous a descendue du Trésor de Son Père et qu'Il nous offre chaque jour encore, frappant à la porte de notre âme avec une patience divine.

C'est parce que nous sommes si faibles, si gauches,
si près encore de l'animalité, que le Père S'émeut au spectacle de nos misérables efforts, dont Il est pourtant le principe et le but secrets; et, parce qu'Il est l'Absolu, chaque battement de compassion de Son cœur insondable crée un ange de miséricorde, de sollicitude et d'amour, et notre pauvre cœur tremblant se calme au vent frais des grandes ailes de l'invisible Envoyé. Or le chef de ces multitudes consolatrices, c'est notre Jésus, le Fils éternel, l'Alpha et l'Oméga.
Ainsi, nous sommes aidés; une force longanime balance la force rigide de ce Destin qu'aux pays de Bharat on nomme le Karma. Toutefois, pour apercevoir la compassion divine, il faut lui être un peu apparenté, c'est-à-dire avoir accompli des actes de compassion humaine.

D'autre part, le Seigneur n'est pas un tyran fantasque ou capricieux. Quand Il nous donne un travail, Il nous en fournit les instruments; ceci est de toute évidence. Toutefois certains hommes, qu'on appelle des sages, ne pensent pas ainsi. Ce corps physique, ce sensorium, ce mental, tout ce qui nous procure la conscience pleine du plan physique, selon eux,
tout cela n'existerait que pour que nous ayons la peine de le détruire, afin d'entrer en relation avec des plans autres que ceux sur lesquels la Nature nous a fait naître. Quand un apprenti a gâché un travail, le patron ne lui en donne cependant pas un autre plus difficile; il lui fait recommencer le même. Ces sages dénient à Dieu une sagesse aussi simple.
C'est donc sur cette terre que se tiennent nos premiers devoirs, les inévitables, les indispensables; c'est notre personnalité terrestre qu'il faut d'abord connaître, pratiquement; ce sont enfin les rapports de ce moi avec le milieu où il habite qu'il faut expérimenter.
Voilà la carrière que nous allons parcourir ensemble.




* * *



Toutefois, si l'on sépare l'Univers pondérable de l'impondérable, il ne reste plus, dans les creusets et dans les balances de l'analyse, que du vide. Les savants officiels admettent aujourd'hui une thèse que les initiés des anciens temples enseignaient depuis toujours - c'est l'existence d'un véritable monde de forces inconnues, imperceptibles, incompréhensibles. De cela les psychistes sont convaincus. Mais les savants se révoltent à l'idée que cet univers puisse être habité; et toutes les preuves qu'accumulent les chercheurs spirites ne les convainquent pas. Ces négations n'ont pas d'importance; elles sont dans l'ordre. Rappelez-vous l'accueil que les académiciens ont fait à la vapeur, au chemin de fer, au téléphone. L'impossible d'aujourd'hui est le banal de demain.

Et cependant je veux vous entraîner au delà de ces régions que dévoilent le magnétisme, le spiritisme, la magie et les sciences occultes. Vous êtes des pionniers; il vous faut avancer, sans arrêt, toujours plus loin, sans plus de crainte des horizons que nous allons découvrir ensemble que de ceux que vous avez déjà explorés.
L'Invisible existe, mais le monde des fluides n'en constitue qu'une des mille divisions Les fluides sont dans l'impondérable ce qu'étaient, dans les pondérables les quatre éléments des Anciens: ce sont des milieux, des habitats. Et c'est avec les êtres qui peuplent ces pays inconnus que nous allons essayer de converser. Entreprise hardie, certes, mais moins chimérique peut-être que
d'établir des relations matérielles avec les habitants de Mars. L'ethnologie décore des noms de fétichisme, d'anthropomorphisme, les manières d'envisager l'invisible dont nous allons nous occuper, et elle les donne comme caractéristiques des civilisations les plus rudimentaires. Ayons le courage ou la modestie de l'avouer, les sauvages n'ont pas toujours tort; ce ne sont pas des ignorants complets; ils savent des choses que nous avons oubliées, ils possèdent des sensitivités que nous avons oblitérées au profit d'autres développements.

Le sauvage croit que toute chose a son esprit; il adore les phénomènes naturels, les forces météorologiques, taudis que l'homme très civilisé ne voit en tout que principes métaphysiques ou combinaisons d'énergies. Nous autres spiritualistes qui, par définition, par vocation plutôt, sommes des chercheurs impartiaux, des libres penseurs au sens étymologique du mot, sachons reconnaître que le philosophe et le nègre ne font qu'apercevoir chacun l'aspect contraire d'une vérité centrale.
Oui, l'idée abstraite existe, le concept métaphysique est un être vivant; mais aussi bien des mondes invisibles évoluent autour de notre terre, au travers de notre terre, peuplés de races innombrables, parmi lesquelles se trouvent des créatures plus fantastiques que toutes celles dont les mythologies et les folklores nous disent les hauts faits.

L'Invisible est partout, pénètre tout, vivifie tout. Ce monde tangible, même s'il contient les quatre cent cinquante mille étoiles du catalogue de Bonner, n'est en face de la création universelle que comme un grain de sable sur une plage. De même que dans les vides inter-moléculaires des corps les plus compacts on trouve de l'air, de même le monde physique est baigné, pénétré, saturé par d'invisibles océans de forces inconnues, sur les terres et dans les cieux fluides desquels vont et viennent, se battent, s'aiment, hurlent et chantent des armées de créatures mystérieuses. Les solitaires contemplatifs en aperçoivent parfois quelques unités, et cette rapide vision suffit à éblouir pour toujours leurs prunelles désormais aveugles aux spectacles d'ici-bas.

Sans l'Invisible, le visible serait en une seconde vaporisé dans le Néant originel. L'Invisible est le grand réservoir de la vie, le générateur des forces terrestres, la semence de toutes les formes, l'alambic immense où elles accomplissent leurs incessantes métamorphoses.
Nous nageons dans l'Invisible comme les poissons dans la mer, comme les oiseaux dans l'air; c'est par lui que tout nous arrive : aliments, idées, passions, maladies, catastrophes et joies; c'est en lui que se déversent tous nos rayonnements. Intellect, magnétisme, intuition, volonté sont construits avec les matériaux que ses ouvriers nous apportent. Notre corps, nos œuvres, nos sciences, nos arts ne subsistent qu'avec le ciment plastique qu'il nous fournit.
Tels sont les objets que nous allons examiner ensemble. Comment l'Invisible intervient dans la physiologie, la famille, la société, la science, l'art, la religion; comment il est la trame même de toutes ces choses; comment c'est lui qui fait descendre les âmes, comment il les emmène vers d'autres demeures cosmiques, comment il prépare en nous les élargissements nécessaires de notre conscience; comment enfin il dessille les yeux de notre âme et les habitue à fixer les splendeurs extasiantes de notre véritable patrie : voilà la carrière immense qui s'ouvre à nos investigations. Mais j'ai besoin de votre aide pour la parcourir; je vous demande de faire lever en vous le fervent désir de la Lumière et la vocation impérieuse d'en devenir les serviteurs fidèles.




* * *




Quels rapports notre être physique entretient-il avec l'Invisible? Autant à coup sûr que notre intelligence ou notre passionnalité. L'Invisible est partout, il est également proche de tout; ses adaptations seules diffèrent.
L'individu a, en face de son milieu, des droits et des devoirs. Nos droits, nous ne les connaissons que trop bien; nous en inventons même, selon les besoins de nos égoïsmes. Aussi nous occuperons nous uniquement de nos devoirs.
Au préalable, qu'est-ce que l'individu? Ce n'est pas notre corps physique, puisque, sans la vie, il demeure inerte; ce n'est pas non plus notre mentalité, puisqu'elle ne déploie ses forces qu'au moyen du réactif psychique qu'on appelle la conscience. C'est donc le Moi qui est la racine de l'individu.

Toutes les forces qui entourent ce centre ne sont que des instruments, des organes pour la perception, l'émotion, l'intelligence et l'action. Nos premiers devoirs se rapporteront dès lors au plus nécessaire de ces instruments, à notre corps physique. C'est ce que les Anciens avaient admirablement compris. Mais ici se cache un piège assez subtil que je voudrais vous démasquer.
Puisque, disaient ces sages, - et leurs successeurs le répètent encore aujourd'hui - puisque la pure lumière de l'âme a besoin, pour se manifester à la conscience, de se tamiser sur les écrans de plus en plus opaques de l'organisme intellectuel, de l'animique et du sensoriel, si l'on rend ceux-ci diaphanes, le travail de celle-la est grandement facilité. En conséquence furent instituées plusieurs séries de règles pour obtenir une coordination plus parfaite, une aisance plus souple des mouvements biologiques des trois enveloppes terrestres du Moi.

Et cela semble d'une logique irréfutable. Mais avisons-nous d'une toute petite remarque.
Le mécanicien qui veut perfectionner son moteur doit d'abord le connaître à fond; si la plus petite vis ne lui est pas familière, s'il ne sait pas donner ici un coup de lime, verser là une goutte d'huile, démonter et remonter chaque pièce, il tâtonnera et provoquera des accidents. Le disciple qui soumet son corps physique à un régime alimentaire, son corps fluidique à un régime pneumatologique, son corps mental à un régime psychologique, son corps sentimental à un régime contemplatif, si scrupuleusement réglés à l'avance que soient ces régimes, ce disciple est un mécanicien qui lime, qui plane, qui tape et qui graisse au petit bonheur, et qui finit
par faire tout sauter. Si son moteur marche, ce sera par hasard.

C'est ainsi que l'immense majorité de ceux qui suivent
des entraînements pseudo-ésotériques aboutissent à de la consomption, à de la phtisie, ou à une pathogénie nerveuse et même mentale plus redoutable encore, parce qu'elle entame l'avenir post mortem du sujet. Cherchons le juste milieu. J'essaie de vous faire toucher du doigt les risques du végétarisme fanatique, du magnétisme personnel, de la magie cérémonielle, de la méditation systématique. Mais je ne veux pas dire que tout soin du corps est superflu, toute hygiène inutile et toute thérapeutique négligeable. Il ne faut pas rendre au corps un culte à la façon de certains Grecs, ni le condamner à un martyre perpétuel à la façon de certains ascètes religieux.

Ici encore la maxime de suprême sagesse se trouve dans notre Évangile. Quand cesserons-nous de chercher au loin les perles que la Providence a placées sous nos yeux? « Vous valez bien plus qu'un passereau, dit Jésus, et tous les cheveux de votre tête sont comptés. » Le problème est bien simple. Purifier un organisme matériel avec de la matière demande une connaissance complète de notre corps et du médicament; le purifier par des fluides, par le pouvoir mental, par la volonté, exige la même connaissance complète de ces forces, parce qu'elles ne sont que secondaires; mais employer dans ce but la force-principe dont ce corps et ces forces tirent leur origine nous donnera à coup sûr un résultat parfait, parce qu'alors la purification sera spontanée, automatique, libre des soins maladroits de notre immense ignorance.

Qu'est-ce que cette force-principe? C'est l'Esprit. Aurions-nous donc à notre disposition plénière ce qui est le but suprême de tous les travaux des sages? Oui, parce que l'Esprit, c'est l'Amour, c'est la Vie, et que notre Jésus nous a donné tout cela depuis deux mille ans.
La conquête du Ciel ne dépend point d'un régime physiologique, mais
de la transformation de notre cœur. Ce cœur seul nous appartient; tout le reste de notre personne n'est que dépôts confiés à notre gérance. Il faut soigner son corps, lui donner la nourriture, le vêtement, le sommeil, les remèdes et aussi les travaux; tout cela est nécessaire pour le garder sain, pour en faire évoluer les principes vitaux. Donnons-lui même, quand l'occasion est favorable, un peu de superflu, sous forme d'élégance et d'eurythmie; mais n'hésitons pas, quand le devoir l'exige, à lui imposer, avec la permission du Ciel, des fatigues et des privations.

Ornez votre corps parce qu'il est le chef-d'œuvre de la Nature;
arrachez-en toutes les paresses parce qu'il est le temple du Saint-Esprit.
Et si tout temple recèle un mystère, bien plus notre corps contient-il la cristallisation même du grand mystère cosmique. Il faut se souvenir que c'est Dieu qui a donné aux dieux l'ordre et le pouvoir de construire notre corps. Le plus élémentaire des livres de physiologie nous confond en nous détaillant la complexité, la richesse, l'ingéniosité et la délicatesse des différentes parties de ce corps; la science humaine, l'industrie humaine n'ont fait, dans leurs plus grands efforts, que
copier une fonction ou un organe de l'homme physique. Un muscle, c'est toute la mécanique; une artère, c'est toute l'hydraulique; un courant nerveux, c'est toute l'électricité; une sensation qui devient consciente, une idée qui s'exprime, c'est toute la cosmologie. Et combien d'autres fonctions que nous n'avons pas pu encore comprendre ni reproduire !

Matières brutes que l'âme façonne, fleurs de l'évolution naturelle, cristallisations du Verbe,
nos corps sont, en vérité, les membres du Christ.
Chacun de nous peut devenir physiquement, par une alchimie divine, une molécule de ces gemmes vivantes et intelligentes dont sera bâtie la Cité céleste. Ce corps de chair peut devenir, par le feu sublimant du travail vrai, une cellule étincelante du corps glorieux du Verbe, et le Saint- Esprit y résidera en réalité.
Permettez-moi de préciser. Ce Saint-Esprit, dont le Christ annonce au monde l'existence,
n'est pas la lumière astrale des Paracelse, ni des Eliphas Lévi; il diffère de la Shekinah des Kabbalistes, des Éléments hindous, de l'Ame du monde platonicienne ou hermétique; il n'est ni les grandes déesses de la Chine ou de l'Égypte, ni le Paradis des Chrétiens, ni les océans lumineux des Soufis; il est la réalité essentielle et indicible dont toutes ces substances splendides et tous ces grands êtres éclatants ne sont que des ombres réfléchies sur les voiles des royaumes mystiques des différentes religions.

Nous ne nous imaginons pas
la très haute dignité de l'homme vrai; l'homme peut tout ce qu'il veut; et ce privilège terrible nous impose du coup la surveillance la plus assidue et le contrôle le plus rigoureux de nos volontés.
Le désir, père de la volonté, et l'intention, sa mère, donnent aux actes leurs valeurs dans le relatif et dans l'absolu. Ici le goût de l'analyse devient néfaste. Ne séparez pas, unissez; ne calculez pas les dynamismes physico-chimiques, électriques, magnétiques, émotifs, intellectuels, volitifs, pour l'examen des mobiles de vos déterminations; car, plus vous serez savants, plus le nombre de ces facteurs augmentera. Notez-en six cent treize comme les kabbalistes, quatre mille trente deux comme les taoïstes, moins comme les memphites, beaucoup plus comme certains yogis, vous serez toujours au-dessous du nombre possible des divisions du composé humain, et toujours aussi distants du réel point de vue.

La Nature a, en effet, concentré
autour du Moi des énergies de toutes provenances, par dizaines de mille; l'homme ne doit pas disséquer cet ensemble organique si harmonieux; par-dessus tout il n'a pas le droit de supprimer un certain nombre de ces énergies sous le prétexte de les faire revivre sous une forme plus élevée. Le boxeur qui transforme en fibres musculaires trop de cellules graisseuses est un tyran cruel, au même titre que l'alchimiste qui fait parcourir en un an la courbe que la Nature met un siècle à laisser suivre au minéral, au même titre que le fakir qui mue en ondes magnétiques les forces sexuelles. C'est la sagesse humaine, des savants et des initiés, sagesse à courte vue et à long col.
Si les dieux rassemblent dans la circonférence d'une seule individualité tant d'êtres, de fluides et de substances disparates, c'est pour les conduire à un état de synthèse homogène.
Ne trahissons pas les vues providentielles; ne séparons pas ce que Dieu a uni. Donner au Père son intelligence, par exemple, et, pour rendre l'offrande plus digne, l'enrichir par la suppression d'une faculté physique, c'est vouloir entrer dans le lieu de la Paix avec des armes encore sanglantes à la main; c'est faire pousser en serre les plantes spirituelles; le premier vent de la montagne les fera périr.



 

2ème partie

 

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21 décembre 2006 4 21 /12 /décembre /2006 21:54

Troisième et dernière partie du Sacrifice de Sédir... le Sacrifice du Disciple qui est tout simplement de faire le bien autour de soi, de soulager son prochain en prenant sur son temps, sur son énergie ou sur son argent... compassion, gentillesse, aide... la liste est longue mais chaque geste doit être accompli en offrande à Celui qui donna sa Vie pour l'Amour Fraternel...

 

 

LE SACRIFICE DU DISCIPLE

 

par Sédir





Le sacrifice est un devoir essentiel de la créature. Les anges même y sont astreints. Les dieux aussi. Les pierres, les plantes et les animaux le célèbrent sous les auspices de l'esprit de l'homme juste.
Mais, pour ce dernier, roi de la Création, le sacrifice extérieur n'est que le signe du sacrifice intérieur duquel il reçoit toute sa vertu. De plus, le sacrifice intérieur change de mode selon la place que la créature qui l'offre occupe dans la hiérarchie universelle.
Notre terrestre condition comporte
des besoins impérieux que nous ne pouvons satisfaire toujours par nous-mêmes, et que nous implorons le Ciel de combler : c'est le sacrifice de demande, propre à toutes les créatures en évolution.
Ces mêmes créatures commettent
des erreurs et des désobéissances; si elles s'en aperçoivent et qu'elles soient de bonne volonté, elles offrent, pour les réparer, le sacrifice d'expiation.
Quand elles ont obtenu, elles remercient; c'est le sacrifice d'action de grâces ou de reconnaissance.
Et si elles parviennent, à force de recevoir les bienfaits divins, à cet état angélique où l'on aime le Père
non plus seulement pour Ses bienfaits, mais pour Lui même, elles offrent alors le sacrifice d'adoration.

Tel est l'état d'âme du disciple. Il sait, d'abord théoriquement, puis de plus en plus expérimentalement, qu'il doit tout à son Créateur. Adorer ce Père si bon, offrir en hommage à ce Père les fruits de tous les dons reçus de Lui avec une reconnaissance et des remerciements perpétuels, présenter à Sa justice
des épreuves subies avec patience afin d'émouvoir Sa miséricorde, appuyer enfin les appels à l'aide qui naissent des incessants besoins de chaque jour : telles sont les quatre grandes sortes de sacrifice que le disciple présente sans arrêt au Père par les mérites de Jésus-Christ, selon qu'il se trouve dans l'état du besogneux misérable, dans celui du fils prodigue, dans celui du serviteur fidèle.


La cohorte des disciples parfaits, enseigne le chef des Apôtres, est un peuple de sacerdotes. Non pas que des laïques aient à usurper les fonctions du clergé; non, tout ce qui existe, n'existant que par la permission ou par l'ordre de Dieu, porte en soi sa raison d'être et sa légitimité. Mais si un laïque obéit de toutes ses forces aux commandements de l'Évangile, il reçoit une lumière spéciale qui, lorsqu'il continue dans le fond de son coeur à s'en reconnaître indigne, devient un sacerdoce officieux qui s'exerce dans les cas particuliers que la Providence lui réserve.
Ce
sacerdoce secret constitue un privilège redoutable; qui voudrait le conquérir s'en rendrait à jamais indigne. Et le Christ ne le confie qu'à ceux de Ses serviteurs qui se tiennent constamment et sincèrement à la dernière place. Personne n'est inscrit parmi les serviteurs du Christ s'il ne pratique l'amour fraternel et le pardon des offenses. Mais les chefs de ces serviteurs ajoutent à l'indulgence et à la charité la très rare vertu d'humilité.

Devenir humble est une entreprise presque impossible. En face d'un grand artiste, d'un penseur sublime, d'un puissant industriel, se sentir fruste, inintelligent, faible, ce n'est pas de l'humilité, c'est du bon sens, c'est de la modestie. Mais lorsqu'on subit en silence des attaques injustes en se disant qu'on les a peut-être méritées; lorsque, croyant avoir raison, on se dit que peut-être l'on voit faux; lorsqu'on parvient à dompter l'amour-propre qui se cabre : alors on marche vers l'humilité. Et le signe qu'on est parvenu au fond de cet abîme, c'est lorsque ni moqueries, ni insultes, ni injustices ne nous font plus rien; elles nous laissent insensibles; c'est comme si nous étions devenus trop petits, trop minuscules pour qu'aucune flèche ne puisse nous atteindre. Or, chacun de nos pas, dans cette marche descendante, est un sacrifice.



L'homme intérieur, tout cet organisme complexe qui s'étend de l'aura électrique irradié du corps jusqu'aux étincellements sublimes de notre esprit immortel, apparaît parfois comme un ensemble de sphères tournantes, de soleils et d'étoiles, semblables aux mondes astronomiques; et parfois comme tout un peuple d'êtres divers, aux formes infiniment variées, pourvus chacun de leur sensibilité, de leur intelligence et de leur liberté particulières.
Selon le premier point de vue,
le développement des vices et la culture des vertus se poursuivent comme les phases d'une vaste opération chimique au cours de laquelle la matière psychique se purifie dans les lentes distillations de la souffrance, dégage son esprit subtil, dépose des résidus épais et, pour parler comme les alchimistes, se putréfie, comme une graine confiée au sol. Lorsque cette putréfaction est complète, comme un terreau riche en éléments nutritifs, la noirceur de la matière représente cette double ténèbre de l'humilité confondue avec la foi, nuit pleine de promesses et d'espoirs, nuit où fourmillent les germes de splendeurs futures, nuit bienheureuse au plus épais de laquelle jaillit l'éclair du Verbe, et l'aurore de la régénération définitive.

Mais si l'on considère l'homme sous son aspect d'entité collective, sous le regard du visionnaire se déploient les armées fabuleuses des esprits des cellules, des organes et des fonctions, avec leurs hiérarchies, leurs chefs,
leurs mercenaires, s'engendrant tour à tour et s'assassinant, construisant, détruisant, s'organisant, se révoltant, se réjouissant, s'affligeant, blasphémant ou priant, tout comme nous le voyons faire, le long des siècles, aux multitudes sociales. Sous ce jour, la culture des facultés, le foisonnement des vices, l'ascèse des vertus sont des actes, des travaux, des voyages des diverses familles d'esprits parcellaires dont se compose l'esprit humain, vivant sous l'autorité centralisante du Moi. L'orgueil s'exprime alors comme une montée au sommet de quelque échafaudage artificiel, ou comme une monstruosité de ce même Moi qui prend une trop grosse tête, ou un trop long cou, ou des jambes trop hautes; l'humilité produit une descente vers des lieux souterrains, un rapetissement de la stature spirituelle.

On me dira : Tout ceci, c'est des histoires pour primitifs, c'est de l'anthropomorphisme, c'est de l'animisme ! Oui, je l'accorde, mes théories sont simplettes et ressemblent à des contes de bonnes femmes. Mais, si frustes qu'elles soient, elles me paraissent plus vraies, ou, si vous préférez, plus proches de la réalité, que la métaphysique. Il y a deux manières de se représenter le monde : la concrète et l'abstraite, l'objective et la subjective, l'expérimentale et la méditative. La première conduit à considérer chacun des modes de l'existence universelle comme des lieux; la seconde, au contraire, y voit en définitive des états de conscience. L'une et l'autre vues sont incomplètes. Tout est à la fois un individu, une collectivité, un volume dynamique, une entité métaphysique, un lieu et un mode d'être. Prenons comme exemple un sujet connu : l'enfer, le paradis.
Partout où un être souffre, c'est l'enfer; partout où un être est heureux, c'est le paradis. Les métaphysiciens diront : Vous voyez bien que l'enfer n'est qu'un état d'âme, puisque telle situation, celle par exemple de n'avoir pas de logement, est un supplice pour beaucoup, mais un plaisir pour quelques-uns, vagabonds par vocation. Oui, certes, l'enfer est un état d'âme; mais je prétends que c'est aussi un lieu précis dans un espace inconnu; car l'esprit de celui qui souffre subit réellement les tortures du feu ou d'une certaine faim; de même que l'Européen vit mal dans les forêts du Gabon qui constituent pour son corps un enfer, de même le noir vit mal dans les brouillards du Nord, tandis que la chaleur accablante de sa forêt natale est un paradis pour son corps. La vraie vérité rassemble et synthétise toujours tous les points de vue possibles.

Cette parenthèse me conduit à vous dire que la vie du disciple peut être comprise
comme un long sacrifice, composé d'innombrables sacrifices partiels, de tout ordre. Chacun de nos gestes, s'il est accompli en vue d'un idéal, peut être considéré de différentes façons et, en particulier, comme un sacrifice. On y retrouve toujours en effet : le dieu : l'idéal de réussite matérielle, d'art, de science, de pensée, d'humanité, de religion;
la victime
: les cellules physiques, les forces psychiques, animiques, intellectuelles, volitives qui se consument et s'immolent dans l'effectuation de l'acte; le prêtre : le moi, la conscience qui décide l'acte; l'autel : l'organe qui effectue l'acte; le feu : l'intention qui anime l'acte.

 


Je pourrai, si vous voulez bien me le permettre, pousser l'analyse plus au détail; ce développement nous donnera peut-être une notion plus sérieuse de la gravité de tout ce que nous faisons et de la profondeur des échos que le moindre de nos gestes peut éveiller dans l'univers total.
Prenons un exemple concret. Soit un disciple qui, au lieu d'aller, le dimanche, faire une partie de campagne, décide de rendre visite à quelques malades dans le dénûment. S'il veut faire de cet acte un chef d'oeuvre spirituel, s'il veut l'accomplir avec toutes les garanties possibles de pureté, de légitimité, de fécondité, s'il espère véritablement qu'en retour le Ciel lui fera la grâce sans prix de descendre sur ses malades, si enfin et plus simplement il songe à se tenir sans intermédiaire en la présence réelle et vivante de Dieu, il mettra tous ses soins à la préparation et à l'accomplissement de cette oeuvre fraternelle.

Le disciple, en tant que tel, se trouve être
le représentant du Christ sur la terre. Cette fonction redoutable s'accomplit dans la mesure où le serviteur s'efface, s'anéantit et, retirant de tout son être les effluves du Moi dont il est d'ordinaire saturé, laisse toute la place au Verbe. Les facultés mentales, les passions, les énergies vitales du corps baignent dans l'atmosphère de l'égoïsme; il faut chasser ces vapeurs délétères, afin que les rayonnements de l'Esprit descendent dans l'intelligence, purifient les sentiments, régénèrent la vitalité physique. Tout ce que l'homme le plus fort peut faire, c'est ce lavage, cette mundification, ce nettoyage.

Le Ciel aime l'homme; le plus vif désir de Dieu, si j'ose m'exprimer ainsi,
c'est de descendre en nous, d'habiter en nous. de Se donner à nous. Cette renaissance dans l'Esprit-Saint, toujours impossible, puisque le fini, l'enchaîné, le passager ne peut rien sur l'infini, sur le libre, sur l'éternel, cette renaissance, dont les épreuves des anciennes initiations et les baptêmes des religions ne sont que les figures, c'est Dieu seul, comme Verbe, qui la peut effectuer.


Chaque disciple, à proportion de son avancement, est un membre, une cellule organique du corps spirituel du Christ dans le monde de la Gloire. De même que la santé physiologique n'est possible que lorsque tous les organes et toutes les fonctions obéissent aux ordres de la flamme vitale siégeant dans le coeur, le disciple ne jouit de la santé spirituelle que si tous les organes de son être conscient obéissent à l'étincelle éternelle qui, en lui, brille comme la semence du Verbe. De même la perfection universelle, la nouvelle Jérusalem. Le royaume des Cieux sur la terre, ne seront possibles que lorsque tous les disciples vivront en parfaite harmonie les uns avec les autres, dans l'amour fraternel complet, sous la direction de leur Seigneur unique, le Verbe.

Tous
les travaux mystiques des disciples passés, présents et futurs ne sont qu'un seul travail, parachevant les travaux du Christ. Ils donnent à leurs frères, moins éclairés, les fruits de leurs fatigues, et c'est la communion centrale de tous les membres du genre humain. Mais ils reçoivent de leur Seigneur leur communion à eux, qui est Lui-même : double symphonie de sacrifices innombrables dont on peut trouver la figure la plus exacte dans les sacrifices de la Messe chrétienne.



Ainsi les seules valeurs que peuvent prendre les fatigues du disciple, ce sont les idées qui les dynamisent : diminution de la souffrance humaine, obéissance au Maître qu'on adore, diminution des souffrances infinies de ce Maître martyr. Un tel état d'âme ne s'établit pas en quelques minutes; il résulte d'un désir incessant d'union mystique, d'une lutte perpétuelle contre les appétits sensuels et les passions égoïstes. On doit imiter Jésus dans Ses souffrances avant de pouvoir Le représenter dans Sa puissance. Le Verbe est prêtre dans le Ciel, le disciple aspire à être prêtre sur la terre.
Ceci posé, avant d'entreprendre une oeuvre de bien, le disciple renouvellera sa mise en présence de Dieu, la connaissance de son néant
, le repentir de ses fautes et la demande de son pardon. Il demandera que son coeur devienne pur et sa volonté droite, par le Père qui l'a élu, par le Fils dont il est une cellule et qu'il imitera en s'offrant comme victime puisque l'effort nécessaire à accomplir la visite à ces malades, que nous avons prise comme exemple, est un sacrifice de quelques-unes des énergies du Moi, par l'Esprit enfin qui est la force réalisatrice de l'oeuvre entreprise.
Cette oeuvre, si banale qu'elle paraisse à première vue, est immense et grave puisqu'elle est une oeuvre de Dieu. Elle demande
un coeur renouvelé, une âme allègre et la simplicité d'un petit enfant. Elle demande l'aide de toute la Lumière que le disciple peut recevoir, et de toute la Vérité que son bon sens peut comprendre, Le disciple regardera donc de nouveau ses maladresses et ses fautes, et cette confession secrète sera suivie de l'imploration de la miséricorde suprême, puisqu'il va être comme Jésus-Christ un prêtre, comme Jésus-Christ une victime, comme Jésus-Christ un autel et comme Jésus Christ un feu pur.

Voici la préparation terminée. La seconde phase du sacrifice mystique comporte la concentration de toutes les forces du disciple. Il est écrit en effet :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toutes tes forces ». Et nous savons que l'homme est une multitude, trop souvent anarchique. Il s'agit de l'organiser.
Du fond de son coeur, le disciple s'élancera vers la Gloire divine et vers la bonté du Père, et son esprit rejoindra les hiérarchies angéliques.
En effet, il y a deux vastes systèmes de communications qui relient la terre à son Créateur. Le premier est celui des invisibles : dieux, génies, entités élémentaires et forces cosmiques, fonctionnant selon l'ordre établi aux premiers jours du monde; là tout descend et tout remonte de proche en proche, par intermédiaires successifs, fixés chacun à un poste défini. C'est par cet ordre-là que montaient les prières et les oeuvres des anciens, ce sont
ses secrets qu'enseignent les initiations polythéistes et l'antique magie.
Le second est celui des Anges : créatures engendrées sans cesse par le Père pour des missions précises, et dont les chemins passent à l'intérieur de tous les espaces créés, à travers les foules les plus denses, comme l'électricité par exemple passe à travers les atomes infiniment condensés du cristal le plus compact.
Ces anges ne servent que Dieu et les serviteurs de Dieu. Avant la descente du Verbe, ils n'intervenaient que dans des cas fort rares. Mais, depuis, comme ils accompagnèrent par foules leur Maître le long de Sa route stellaire, ils ont frayé des chemins directs entre tous les lieux de la Nature où leur Seigneur passa et Sa résidence éternelle. C'est eux qui portent les prières de Ses serviteurs terrestres et qui en rapportent les exaucements. Quand un adepte de l'ancien temps guérissait un malade, c'était par un commandement à telles créatures invisibles. Depuis le Christ, quand un disciple guérit un malade, c'est un ange qui rapporte du Ciel le remède mystique insaisissable.
Après avoir appelé le Ciel, le disciple rassemblera les énergies de tout ordre qui composent sa personnalité, pour les présenter à son Dieu. Et, dans cet état de concentration aussi parfaite que possible,
il se ressouviendra de la parole évangélique qui convient à son projet, pour en faire l'assise de son oeuvre. En un mot, il tâchera de refaire son unité, que les mille distractions de la vie courante éparpillent d'ordinaire.


Seul avec lui-même, comme un prêtre devant la foule qui remplit son église, le disciple examinera l'oeuvre qu'il veut accomplir, dans toutes ses circonstances matérielles; pour l'exemple choisi, ce sera le malade à visiter, sa maladie, sa situation, ses besoins, les remèdes nécessaires, les paroles à dire pour le consoler, pour l'encourager, les sentiments plus ou moins chaleureux qui naissent en son coeur à l'égard de ce malade, quel petit présent agréable ou utile il peut lui offrir; et d'abord, il offrira au Christ ces remèdes, ces paroles, ces objets, puisque le Christ, c'est ce malade lui-même ainsi qu'il est écrit dans le Livre éternel. Il demandera au Ciel de bénir ces choses, de les rendre bienfaisantes au malade et à l'humanité et à la Nature entière. En toute exactitude il peut dire à Dieu : « Voici mon dérangement, le plaisir dont je me prive, l'argent que je vais dépenser, les forces que je vais employer, les paroles que je vais dire, la compassion que je m'efforcerai de répandre sur ce pauvre souffrant : prenez tout cela, mon Dieu, car tout cela, c'est Vous qui d'abord me l'avez donné, et en tout cela se cache une Lumière émanant de Votre Fils, c'est-à-dire de Vous-Même, tout cela porte quelque vertu, sortie du corps et du sang de Votre Fils. »

A cette offrande doivent, je le répète, prendre part, non seulement la ferveur dévote du coeur, mais encore la pensée du disciple et les innombrables petites forces de son corps; afin que
tout ce qu'il y a de ténébreux en lui se tourne vers la Lumière, et que tout ce qu'il y a de lumineux monte vers une Lumière plus pure et plus subtile.

En quatrième lieu, le disciple rappelle à tout son être qu'il essaie en ce moment d'imiter Jésus-Christ, avec le concours de ce même Christ, et en Son honneur. L'aide qu'il se propose d'apporter au malade, dont il a fait hommage déjà à son Maître, va recevoir de ce même Maître une vertu particulière, et tout cela ensemble, l'effort du disciple, avec toute sa personne, l'acte de fraternité qu'il a en vue, le malade, et le Christ vont prendre une unité essentielle qui enlèvera tout jusqu'aux cieux de la Gloire.
Cette sublime transmutation d'un ensemble d'actes banals dans leur forme extérieure profite à toutes les forces et à tous les êtres qui y collaborent.
Elle purifie le disciple, elle fait descendre sur lui un peu plus de Lumière, elle le monte vers Dieu, elle le réunit à tous les autres disciples morts ou vivants qui s'efforcent vers le même idéal, elle améliore son harmonie intérieure, elle transforme tous les objets qui serviront à l'oeuvre prévue en porteurs de Lumière, elle sanctifie les lieux où se passent tous ces faits.

L'épisode de la vie terrestre du Christ le mieux correspondant à ces idées, c'est la dernière Cène. Il y a là deux actes du Christ aussi importants l'un que l'autre, bien que le second paraisse avoir accaparé toute la vénération des foules. Jésus partage le pain et fait circuler la coupe en disant : «
Prenez et mangez, ceci est mon corps; prenez et buvez, ceci est mon sang ». Ces paroles constituent l'axe de tout le culte chrétien. Mais Il avait d'abord accompli un autre geste :Il avait bu et mangé avec l'homme qui allait devenir son assassin. Ce premier geste, perfection de l'Homme, précède le second, perfection de Dieu. N'est-il pas logique de penser que le chrétien, avant de recevoir le sacrement, doit d'abord se réconcilier avec ses ennemis ? Et de se demander comment une communion peut être valable si le fidèle n'a d'abord apaisé les haines, arrêté les procès, indemnisé ceux auxquels il a fait du tort ?
Voilà donc ce à quoi le disciple doit se résoudre avant de jouer les saint Vincent de Paul. Et voilà pourquoi il ne doit rien faire qui ne puisse être
véritablement et dignement « en mémoire de Jésus ».
Ayant contemplé ces faits, d'un esprit lucide et d'un coeur ardent, avec la même ferveur le disciple offrira sa bienfaisance à Celui qui la lui a inspirée, dans la foi que tout ce qu'il va dire et faire à son malade, ce sera sous les regards et avec le secours de Jésus-Christ, ce sera par Jésus-Christ, en Jésus-Christ, pour Jésus-Christ.




Résumant toutes ses aspirations, le disciple redira les demandes dont son Maître nous donna le modèle. L'oraison dominicale lui permettra de résumer, d'unifier, d'universaliser tous ses voeux.
Remarquons ici que cette prière est adressée à « notre Père qui est dans les cieux », non pas au Père d'avant les cieux, d'avant la création, d'avant les premiers prodromes de l'incarnation du Verbe. Les amateurs d'orientalisme sont mal venus de reprocher au christianisme l'ignorance de ces régions métaphysiques, qu'ils considèrent comme leur domaine propre, et où ils se croient seuls à contempler ce qui est au delà de l'Etre et au delà du Non-Etre. Le Dieu que l'homme peut atteindre est un Dieu vivant, son Père, l'Etre subsistant par lui-même : c'est un Dieu pour tout le monde; et Il accueillera ceux qui L'ont dédaigné pour un abstrait insaisissable, aussi bien que les simples auxquels Il ne demande que de vivre, avant que de spéculer.

L'oraison dominicale est en somme
une prière pour la paix, pour l'harmonie, pour l'unité. Le disciple qui la prononce à l'intention de quelque souffrant demande que la paix vienne sur cet homme, sur son corps, sur son coeur, sur sa pensée, sur son destin. Et la paix descend selon que le demandeur, par l'habitude de sa vie courante, se fait un avec Celui à l'ombre de qui il implore et de qui le dernier legs à Ses premiers serviteurs fut la paix.
Dès lors, les secours matériels ou autres que le disciple se propose de porter à son frère malheureux ont dû recevoir toutes les forces spirituelles nécessaires, puisqu'il nous est promis que
tout ce que nous demanderions au Père au nom du Fils, Il nous l'accorderait, et que le disciple est supposé faire tout son possible, d'une façon constante, pour demeurer dans le chemin de ce Fils.

L'une des grandes difficultés de l'état du disciple,
c'est de ne pas tomber dans l'habitude des formules, dans la satiété des choses divines. Les longs commentaires que je viens de me permettre pour la préparation d'un geste aussi simple que d'aller rendre visite à un malade, ont surtout pour but de souligner l'importance extraordinaire du moindre de nos actes quand nous y mêlons Dieu. La majesté, la magnificence, la toute-puissance sont, sur terre et même dans toute la nature, des choses extérieures. Dans le monde divin, ce sont des choses intérieures, imperceptibles, non sensibles. Là réside le danger des formules pieuses; on en vient à les réciter mécaniquement, au lieu qu'elles devraient rester, à chaque fois qu'on les prononce, des jaillissements spontanés de notre amour ou de notre détresse.






Mais, d'autre part, l'état actuel de l'homme est réellement si loin de l'Esprit, que des répétitions innombrables des mêmes sentiments lui sont nécessaires, comme sont nécessaires les innombrables exercices du virtuose. Sauf que, pour l'entraînement mystique, la personne tout entière doit y participer.

Ainsi le disciple se redira sans cesse qu'il n'est rien, que tout ce qu'il fait de bien,
c'est le Christ qui le fait en lui et par lui; que ce Christ l'aime infiniment plus que lui ne L'aime; que ce Christ désire ce pauvre coeur infirme bien plus que nous ne savons désirer les plus précieux trésors; que c'est du Christ qu'il doit tout attendre, tout dans l'intelligence, tout dans l'amour, tout dans la force et que, par la merveilleuse folie de l'Amour, le pauvre homme, si inférieur à ses aspirations, si misérable dans ses idolâtries, si versatile dans ses volontés, cette pauvre ébauche d'homme enfin peut être reçue par le Verbe, peut devenir une partie de cette splendeur, et un rayon de ce soleil.

Je crains d'avoir trompé votre attente. Ce que je viens de vous dire, en effet, vous l'auriez trouvé dans beaucoup de livres de dévotion; vous pourriez même, si vous suivez votre religion, l'avoir compris en assistant à la messe ou au culte. J'aurais pu vous dire
des choses curieuses sur la vie invisible de la messe catholique, de la Cène protestante ou de l'office orthodoxe. Au lieu de mets rares et compliqués, je vous ai offert un morceau de pain. Mais le bon pain lui-même devient rare à notre époque. Brillat-Savarin a sans doute bien des gouttes et des dyspepsies sur la conscience, tandis qu'avec du pain de campagne et l'eau de la fontaine on peut vivre. Avant l'agréable, ne faut-il pas prendre l'utile ?

Ceux d'entre vous qui ont fait l'expérience du Christ vivant savent que ce que je dis est la vérité. Pourquoi les autres n'essaieraient-ils pas ? On offre à nos contemporains tant de choses baptisées nouvelles, et qui sont bien vieilles ! Ce que je vous offre est très vieux : plus vieux que tous les siècles; je souhaite que vous trouviez en vous-mêmes
le courage d'abandonner les petites expériences des systèmes qui passent et des théories extraordinaires, pour entreprendre l'expérience que je vous propose : durable plus que l'univers, et simple pour les plus simples.

Le disciple, en se consacrant au Père, a célébré le plus beau, le plus vivant, le plus fructueux des sacrifices. Chacune des actions de son existence, chacune des méditations qui les préparent, chacune des ardeurs qui les vivifient constituent les développements du sacrifice initial, et l'incorporent peu à peu à l'esprit du grand Sacrifié, à l'esprit de Jésus-Christ. On annonce aujourd'hui comme une grande découverte que nos sentiments et nos pensées sont des substances; évidemment,
cette antique notion est vraie. Mais au dedans de tout cela, au centre de notre être réside une étincelle de la substance incréée dont les autres énergies de notre personne ne sont que les reflets inconsistants, comme l'ombre des nuages sur un lac tranquille. Cette étincelle, voilà le principe de notre vie future; c'est elle qui nous incline vers les malheureux, c'est elle qui nous enlève vers notre Père; c'est elle qui, nous unissant à son foyer, le Verbe, nous rassemble, nous consolide, nous organise; c'est elle qui nous transporte sur les collines de la paix et, au milieu même des privations et des fatigues, nous inonde d'une joie secrète, délicieuse et adorante.

Ce bonheur qui transparaît sur le visage des amis de Dieu, cette douceur qui coule de leurs mains fraternelles, cette pure tendresse qui palpite sur leurs lèvres,
ce sont les prolongements humains de l'extase où les a ravis un seul regard reçu de leur Maître; comme fait un voile soudain entr'ouvert puis retombant, ce regard leur a montré les souveraines splendeurs de la Cité divine. Ils ont compris alors que leur Maître S'est rendu à eux infiniment plus qu'ils ne se sont donnés à Lui; la foi a pris possession d'eux; ils oublient la crainte et le doute; les tourments terrestres perdent leur cruauté essentielle; ils peuvent toujours souffrir certes, mais l'enivrement de l'Amour endort leurs blessures; ils ne trouvent plus rien à demander puisqu'ils possèdent le Tout; ils ne savent plus que remercier, et leur vie désormais n'est plus qu'un chant d'adoration, de louanges et de reconnaissance heureuse.

On me reproche parfois de ne proposer à ceux qui m'écoutent
qu'humiliations, renoncements, fatigues et soucis. Sans doute, je fais cela. Mais le problème se pose d'autre façon. Imaginez des voyageurs parcourant péniblement une contrée inhospitalière. Ils souffrent certes, et de toutes façons. On leur dit de ne pas craindre la souffrance, et que s'ils veulent bien chasser l'inquiétude, la force reviendra dans leurs membres, l'air s'adoucira, et leur pénible marche deviendra une promenade. Or, ils conservent leurs inquiétudes, ils les entretiennent et s'y accrochent. Ils restent donc misérables et malheureux.
Si l'on ne veut pas
s'abstenir de respirer l'esprit de ce monde, les essais qu'on pourra faire de vivre selon Dieu ne donneront que de nouvelles peines et plus cuisantes. Mais si, résolvant d'agir selon Dieu, on ferme son coeur à l'atmosphère terrestre et qu'on l'ouvre à l'air du Ciel, tout change, et les pires supplices deviennent vagues et presque insensibles. Il faut donc choisir; on ne peut pas s'écarteler, les pieds dans la boue, la tête dans l'azur. Il n'y a qu'un pas à faire, un simple rideau à soulever; notre esprit immortel ne peut vivre que dans sa patrie; ne le maintenons pas dans les Ténèbres tout en le lançant vers la Lumière.

Vous voyez donc combien le problème des rapports de l'homme avec Dieu, en apparence déconcertant, se simplifie au simple appel du bon sens. Que ceci nous encourage à nous tourner une fois pour toutes vers ce Père si bon, de qui seul peuvent venir la paix, la certitude et le bonheur, aussi bien pour les corps que pour les intelligences, pour les individus que pour les sociétés. Croyez-moi, le temps presse; les heures définitives, qui ne sonneront peut-être qu'au prochain siècle, peuvent cependant sonner demain. Souvenons-nous que
le Maître paraîtra tout à coup « comme un voleur ». Et décidons-nous.

Sources
Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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21 décembre 2006 4 21 /12 /décembre /2006 20:19

Deuxième volet de l'Etude du Sacrifice par Sédir. Après le sacrifice antique -dont on retrouve trace dans l'Ancien Testament- établi par Moïse qui s'inspirait de la tradition Egyptienne, Jésus le Réformateur a essayé d'expliquer le vrai sens du Sacrifice mais on sait ce qu'il advint...

 

 

LE SACRIFICE DE JÉSUS-CHRIST 

 

par Sédir

 

 


  
 Nous avons donc vu le sacrifice extérieur offrant à un dieu quelconque l'immolation d'une victime de matière dont l'âme libérée sert de véhicule à la puissance de ce dieu.  
 Mais le temps approche où se révélera aux hommes
la possibilité d'un sacrifice intime par lequel les vrais adorateurs du Dieu-Un lui rendront un culte en esprit, c'est-à-dire sans victime corporelle, et en vérité, c'est-à-dire sans symbole ni figures.  
 Alors se dévoilera le véritable aspect du mystère de la Création : un Dieu indépendant de son oeuvre, transcendant à elle, infini, insaisissable, et dont le seul souci est le bonheur de cette création.  Puis un être humain, synthèse de toute cette création, dépendant et
prisonnier de ses lois, limité, impuissant, et par là même saisi de crainte ou ivre d'orgueil illusoire, mais, dans les deux cas, égoïste et esclave de son Moi.  
 Pour intégrer cette créature en son Créateur,
il faut sans doute un sacrifice. Mais, comme le principe de la faiblesse de la créature est son égoïsme, le sacrifice devra être de même ordre que cette force cupide, c'est-à-dire tout spirituel.  
  
 Comme la distance de cette créature finie à son Créateur infini, est infinie, il faudra une victime qui souffre la mort injustement, donc innocente, parce que sa douleur alors prendra une valeur infinie.  
 Comme l'Etre suprême qu'il s'agit d'atteindre est infiniment libre, il faudra un prêtre tout-puissant.  
 Comme les besoins de l'homme implorant, quoique innombrables et perpétuels, se réduisent tous au même besoin, il faudra un autel unique, permanent, et fait d'une substance éternelle.  
 Comme le morcellement de la Création qu'il s'agit de ramener tout entière à l'unité principe se propage jusqu'à l'indéfini du Néant, il faudra un feu pur, né de lui même et subsistant par lui-même.  
 La victime innocente et immortelle, c'est Jésus-Christ; 
 Le prêtre tout-puissant, c'est Jésus-Christ; 
 L'autel perpétuel, c'est Jésus-Christ; 
 Le feu pur, c'est Jésus-Christ, maître de l'Esprit. 
 

* * * 

 Le royaume de Dieu sur la terre, ou plutôt tout ce que la terre est capable de recevoir du Royaume de Dieu, c'est Jésus-Christ.  Le seul moyen d'imaginer ce que peut être la vie dans ce Royaume inconcevable, c'est de regarder ce que Jésus-Christ a fait ici-bas.  

 Jésus-Christ est la Réalité; tout ce qui a eu lieu avant Lui ne fut qu'intersigne et tout ce qui a lieu après Lui n'est que répétition ou commémoration.  
 Nous avons vu que, dans l'ordre religieux, le sacrifice est l'acte essentiel, et nous verrons que, aussi bien dans la liturgie que dans la vie intérieure et dans la vie extérieure du disciple, tout équivaut à des sacrifices.  En toute manière religieuse de vivre, il y a quelque chose qu'on offre à Dieu en espérant en retour une faveur quelconque.  
 Cette chose est d'abord choisie, et c'est la consécration.  
 Elle est ensuite présentée à Dieu, et c'est l'offrande.  
 Puis elle est effectuée, et c'est l'immolation.  
 Ensuite, elle reçoit la force divine, et c'est la consumation.  
 Enfin, elle est utilisée, et c'est la communion.  

 Regardons maintenant Jésus-Christ.  
 Le Verbe, par obéissance à Son Père, S'incarne.  Il est ce que Dieu a de plus précieux, Son Fils bien-aimé et, en même temps, l'homme parfait, la fleur et le joyau de la Création tout entière. Choisi dès le commencement des siècles, en tant que Fils de Dieu, appelé, évoqué par les soupirs de tous les justes de la terre, en tant que Fils de l'Homme, Il apparaît de qualité unique et seule victime assez pure et assez précieuse pour contrebalancer les rigueurs de la justice divine et pour représenter devant elle l'ensemble total des créatures. Telle est Sa consécration.  
 Le seul être capable de prendre sur soi la somme effroyable et indéfinie du mal passé, présent et futur, commis par les créatures, devait être infini  et parfaitement indemne de la plus légère tache.  Jésus-Christ seul pouvait donc S'offrir à Dieu, et Il l'a fait en S'astreignant à accomplir en tout, à toute heure, de toute manière la volonté de Son Père.  Révérons ici l'accord parfait entre la décision du Père de donner au monde Son Fils unique et l'obéissance du Fils qui accepte les souffrances corporelles, puis
ces souffrances spirituelles que la perversité des hommes Lui infligera jusqu'à la fin des temps.   
   

 


 Jésus-Christ a accepté la mort physique; Il S'est réellement immolé, succombant sous le faix du mal universel. La maladie, pour nous, n'est que la réaction fatale d'une désobéissance antérieure; nos souffrances sont des contre-parties et des pénalités. La souffrance du Christ est innocente et injuste.  Innocente, elle efface la perversité dans les coeurs; injuste, elle surmonte la justice immanente. Illogique, déraisonnable, antinaturelle, elle dépasse les lois, bondit par delà les univers, ébranle les portes de l'infini; elle bouleverse le Surnaturel et le force à descendre ici-bas avec la miséricorde et la libération.  
  
 Après sa mort, le corps du Christ s'est envolé de la terre,
comme consumé par un invisible feu, le feu de l'Esprit-Saint.  Tel est le véritable aspect de la résurrection.  Le feu terrestre les feux subtils, les feux cosmiques ne sont que les fumées de ce feu surnaturel qui ne brûle pas, qui ne détruit pas, et qui subsiste par lui-même.  C'est lui qui a transformé le corps du Christ, qui l'a immortalisé, qui lui a fait surmonter les lois physiques, le rendant plus fort que toutes les chaînes et lui infusant cette liberté prodigieuse que nos philosophes s'imaginent être le privilège exclusif de l'Esprit.  

 Enfin, en Jésus se retrouve, excellente et parfaite,
cette cinquième phase du sacrifice qui est le partage de la victime, alors saturée de la force divine, entre tous les assistants.  L'humanité, toutes les humanités connaîtront un jour le Christ; tous Le recevront. Mais pour que Lui, Dieu, l'Infini, puisse entrer dans Sa créature, ténébreuse et bornée, sans la réduire en cendres sous l'incandescence soudaine de Sa toute-pureté, il Lui avait fallu au préalable visiter ce séjour obscur, lui insuffler le pressentiment de la Lumière, l'habituer à Sa présence insupportable, émouvoir les inconsistants souvenirs de la patrie éternelle, lui rendre l'appétit du Ciel, ouvrir ses yeux sur sa propre misère; il fallait que le Christ vive d'abord la vie de tous les hommes.  

 S'il était permis de porter les yeux sur ces mystères, on pourrait dire que le Verbe, en prenant un corps humain, a complété la Création et, après être ressuscité, qu'Il a pris dans la gloire une vie inédite et effectué une troisième création plus inconcevable encore que n'était l'Éternité antérieure.  Nous sommes ici dans le domaine de l'impossible, nous le voyons par deux fois envahir le possible : d'abord quand le Verbe Se fait chair; ensuite quand le Verbe, disparu dans la Gloire, reparaît cependant dans le coeur de chaque disciple fidèle, et S'y réincarne. La cérémonie de la Messe n'est pas autre chose que le rappel constant de cette déraisonnable possibilité. Car les anciens ont eu les figures de la Vérité, mais les chrétiens ont la Vérité sous des figures.  En d'autres termes, la Messe est la forme terrestre du sacrifice éternel.  
  
 La religion est toute spirituelle, ou plutôt le sera, ainsi que l'annonce le Christ Lui-même.  Un dieu de la Nature est honoré, appelé, remercié par des actes naturels.  Dieu, auteur de la Nature, n'est honoré, appelé, remercié que par des actes surnaturels, c'est-à dire contraire à l'égoïsme, et spirituels, c'est-à-dire par les mouvements les plus purs de notre volonté. 
Le vrai sacrifice sera donc spirituel, et cela est écrit en toutes lettres dans l'Évangile.  Ceci est la doctrine constante de l'Église, saint Ambroise et saint Augustin l'ont formulée les premiers, je crois, et saint Thomas après eux.  

 Dieu est un; Sa création est une; mais, comme elle cherche la multiplicité avec une ardeur sans cesse croissante, Dieu endigue ce vertige par des ouvrages d'unification.  Ainsi, en Son Fils, Jésus-Christ, Il Se joint à l'humaine nature; par l'Assemblée des disciples, Il réunit les âmes en un seul organisme; par Son Esprit, Il réunit à Lui-même l'esprit de l'homme individuel; par la loi de charité, Il réunit ensemble les esprits divergents des humains; par le sacrifice, Il unit à Son Fils, qui est Lui même, l'âme, l'esprit et jusqu'au corps des fidèles.  Tout est en Dieu, et rien de ce qui s'agite hors de Lui n'a d'existence véritable.  

 Aussi dans le sacrifice, qui est l'essence même des rapports de l'homme avec son Créateur, Dieu Se trouve partout.  
  D'abord, c'est à Lui et à Lui seul qu'il doit être dédié : à Lui, principe premier, origine de tout, fin de tout.  
 Il y faut un prêtre : un homme exceptionnel, pourvu de qualités insignes.  Un homme assez haut d'intelligence pour comprendre les pensées de la foule et les réunir, un homme assez bon pour compatir à toutes les souffrances, pour rester indulgent à toutes les faiblesses, pour sympathiser avec tous les désirs, un homme assez maître de soi pour qu'aucune renonciation, aucune crainte, aucune ténèbre ne fassent hésiter ses pas.  Parmi les milliards qui ont vécu, qui vivent et qui vivront jamais, il n'en est point qui remplisse complètement ces conditions; il n'en est point, sauf un seul : Jésus.  

 


 Jésus est aussi la victime parfaite. Voici comment. Il est homme et tout ce qui trouve accès à la nature humaine trouve accès en Lui.  Il reçoit toutes les visites : celles des anges et celles des démons, celles des vertueuses oeuvres et celles des perverses, celles des intelligences et celles des substances matérielles. Rien n'a lieu sur la terre et dans l'univers, aucun soupir, aucune larme, aucun enthousiasme, aucun ricanement, aucune noblesse, aucune bassesse, rien ne bouge qu'à travers Son corps spirituel. Il présente tout le bien à Son Père, Il travaille tout le mal, en en subissant l'opprobre, pour le convertir en bien.  Il a été une fois physiquement égorgé pour les péchés du monde; mais Son esprit, Son âme, Son intelligence continuent d'être égorgés pour ces péchés, et continueront de subir jusqu'à la fin de ce monde le supplice de la croix.   

 



 Jésus est encore Celui pour qui le sacrifice est offert.  N'a-t-Il pas dit que le pauvre, le malade, le vaincu, le prisonnier, le persécuté, le désespéré, quiconque enfin souffre de n'importe quelle manière, c'est Lui-même ?  Or, comme personne ne souffre qu'à cause du mal antérieurement commis, Jésus Se met par ces paroles à la place du pécheur, Il prend en Lui et sur Lui le péché, Il S'identifie au pécheur, et Se présente devant le Père, tout ployé sous l'opprobre universel, écrasé de misères et saignant de mille plaies.  Le Père alors, reconnaissant sous cette monstrueuse détresse le visage bien-aimé de Son unique Fils, S'émeut et accorde un pardon que n'auraient pu lui arracher les tièdes repentirs des hommes ni leurs égoïstes lamentations.  

 


 Le temple éternel, c'est encore Jésus-Christ.  La plénitude divine habita dans Sa personne humaine terrestre et habitera toujours Sa personne spirituelle.  De plus, toutes Ses pensées, toutes Ses paroles, toutes Ses actions humaines furent toujours des invocations vivantes adressées à Son Père et faisant descendre en Lui les souffles de l'Esprit. Mais, si l'on considère le Verbe, le Dieu, et non plus l'homme, le Verbe à la fois créateur et rédempteur, cet être immense à la fois omniprésent et insaisissable, sans lequel rien de ce qui existe n'a été fait, on s'apercevra qu Il constitue encore le double temple du Père dans le temps et dans l'éternité, dans l'espace et dans l'illimité, puisqu'Il est, dans toute créature, ce par quoi elle peut remonter vers le Père.  

 L'ensemble, parmi les créatures, de toutes celles qui ont obéi jusqu'au bout à la douce influence de ce Verbe qu'elles portaient, ce sont les disciples, les saints, les laboureurs du Christ, Ses soldats, Ses amis; c'est l'Église intérieure, le corps mystique du Verbe sur la terre, le temple réel et vivant dont chaque pierre est un être pur et qui, après que tout sera consommé, continuera de vivre avec une splendeur, une force, une joie infiniment accrues, dans le royaume du Père.  

 Il est difficile, il est impossible de parler du monde divin avec exactitude. Vu d'ici-bas, il apparaît comme immuable, immobile et homogène.  On devrait plutôt le décrire comme infiniment mobile, infiniment fertile, comme se renouvelant sans arrêt. Dans la Nature, l'existence s'alimente par la souffrance et par la mort; personne n'y subsiste que par la mort d'une foule inférieure. Dans l'Incréé, chacun se donne sans cesse et retrouve dans la plénitude même de ce don une vie plus belle et plus haute. Ici l'on progresse pas à pas, moyennant mille blessures et mille fatigues.  Là haut on s'agrandit sans mesure, dans la joie croissante de s'anéantir en obéissant et en aimant.  

 Aussi les immolations perpétuelles du Verbe, sous toutes les formes sensibles que Sa bonté veut bien revêtir, si elles sont pour ces formes des souffrances, ne procurent à Son essence que cette paix et cette joie qu'Il offre à Ses amis terrestres. Comment donner de ce paradoxe une explication raisonnable ?  Tout, en Jésus-Christ, n'est-il pas ténèbres pour la logique autant qu'évidente clarté pour le coeur ?  

 L'ivresse du sacrifice possède donc le Verbe;
Il est le sacrifice même en son entier.  Si le Père réserva dès l'origine une partie de la ville éternelle aux hommes justes, c'est que le Verbe L'y détermina.  Si, plus tard, le Père agrandit Son palais, afin d'y recevoir un plus grand nombre d'amis de Son Fils, ce fut ce dernier qui L'y obligea.  Les hommes n'ont jamais rien inventé.  S'ils ont bâti des villes, des maisons et des temples, c'est parce que les anges au Ciel ont bâti des villes, des maisons et des temples, dont toutes les pierres sont des êtres vivants, intelligents et libres.  Si, dans nos temples, il y a un vestibule, une nef, des autels, un tabernacle, c'est parce que le temple éternel comporte diverses parties et notamment un saint-des-saints où siège le Père, où nul n'a encore pénétré, et où seul Jésus-Christ Se présentera au jour de la délivrance universelle.  
  
 Je m'excuse de m'étendre si longuement sur cette identification du Temple éternel avec l'un des corps glorieux du Verbe; mais, en religion, l'endroit où s'effectue un acte sacré prime l'importance de cet acte.  Ce n'est pas l'offrande qui sanctifie l'église, c'est l'église qui sanctifie l'offrande.  De même que le climat de la montagne ou du littoral communique à ses habitants des qualités particulières, de même l'enceinte où vivent les serviteurs de Dieu, où ils prient, où ils se dévouent, communique à tout ce qu elle reçoit une vertu spéciale.  
  
 Ainsi, comme rien n'est plus pur et plus près du Père que Son Fils bien-aimé.  Il sera d'abord temple, et cela dès l'éternité antérieure, puis, plus tard, prêtre, victime et peuple pieux.  Car le Verbe, Jésus Christ, contient tout ce que nous pouvons concevoir ou imaginer de Dieu.  

 

 

 Jean l'Évangéliste raconte avoir vu sous l'autel céleste les âmes de ceux qui étaient morts pour le service du Père.  Or, ceux-là, ce sont les serviteurs du Christ devenus membres de Son corps de gloire.  L'autel du temple divin, c'est donc encore une forme du Verbe.  
 Tout ce que les hommes font de bien, tout ce qu'ils peuvent offrir à Dieu, hommages, reconnaissance, supplications, renoncements, et surtout dévouements, ils ne le peuvent offrir qu'en les présentant à Jésus-Christ : « Nul, dit-Il, nul ne vient au Père que par moi ».  Ici encore, le Christ est l'autel.  La doctrine constante de l'Église catholique, s'appuyant sur l'Apocalypse de Jean, affirme cette identité.  Il est dit, dans le rituel de l'ordination des sous-diacres, que Jésus est l'autel élevé devant Dieu.  

 Corporellement même, le Fils de l'Homme ne fut-Il pas l'autel construit des éléments les plus purs que les anges aient pu trouver dans l'univers, aussi purs du moins
que l'impureté de ce monde-ci pouvait le permettre ?  Nous voyons vivre les hommes supérieurs par une sorte de dédoublement grâce auquel ils se regardent agir et ils agissent.  Jésus était en état de dissociation constante, puisqu'Il jouait simultanément des rôles plusieurs fois opposés : commandant et suppliant, méditant et agissant, guérissant et reprenant, aimant et se faisant aimer, toujours seul et toujours au milieu d'une foule visible et invisible, Se donnant et demandant qu on se donne.  
 Ainsi, prêtre et victime, dieu et fidèle,  pierre du sacrifice et hostie de communion, Jésus--Christ médiateur entre les hommes et Son Père, médiateur des hommes entre eux, Jésus-Christ Se trouve toujours tout entier dans chacune de ces fonctions, parce que Son être immense contient les types de toutes les formes de la vie, parce que chacune des substances pondérables ou impondérables qui le composent se trouvent en Lui à leur stade de perfection propre, parce qu'aucune durée, aucun espace ne sont pour Lui des liens.   


 Si le temple de Dieu est le corps cosmique du Verbe, le coeur de Jésus-Christ est l'autel de ce temple.  Toute bonne oeuvre, toute demande, tout remerciement va du coeur de l'homme à Jésus-Christ et à Son coeur. De ce coeur, le Père l'accepte, et Il n'accepte rien qui ne soit passé par ce coeur, qui n'ait été purifié, sublimisé par les soins indulgents de notre éternel Ami.  

 Tout ce que l'homme peut sortir de plus beau et de plus net reste tout de même h
umain, troublé, étriqué.  Ce que nous appelons à tort nos mérites, il faut que le grand Alchimiste le prenne, le recuise, le transmute en précieuse quintessence; alors seulement ces mérites peuvent résister à ces fulgurations de l'Esprit-Saint, qui les réduiraient en cendres.  Voilà ce que c'est que sanctifier une chose : c'est la transmuer, c'est la transplanter du naturel dans le surnaturel, du local dans l'universel, du temps dans l'éternité, de la mort dans la vie.  Et nul ne peut faire cela que le Seul qui soit descendu de là-haut jusqu'ici.   


 Incidemment, apercevons ici pourquoi l'alchimie promet plus qu'elle ne peut tenir.  
 Quoi qu'en pensent les métaphysiciens, le créé est incapable de rentrer de lui-même dans l'incréé.  Entre un homme parfait, comme le fut Jésus, et le Verbe, il y a un abîme, que seule l'incarnation de ce Verbe et Son sacrifice ont comblé.  Aussi le prêtre, commémorant ce sacrifice par les cérémonies de la Messe, devrait-il voir le Verbe dans tout ce qui l'entoure : dans l'édifice, dans l'autel, dans les espèces, dans les livres sacrés, dans les paroles rituelles et les chants, dans les reliques et les parfums, dans les fidèles, dans Lui même; toutes ces choses, ce sont des formes du Christ, des fonctions du Verbe.  Et la
saine théologie autorise ces contemplations qui dépassent l'intelligence.   


De même que le Dieu est uni à l'Homme, en Jésus-Christ, non pas juxtaposé, mais mêlé, conjugué, combiné, de même ce que nous présentons à Dieu est pris par Jésus-Christ, assimilé par Lui, combiné avec Sa substance.  Et l'ordre divin du sacrifice nous démontre ainsi comment l'amour dont notre Maître nous enveloppe en nous pénétrant, envahit du même flux l'univers tout entier, réalise l'impossible et nous béatifie en nous transfigurant.  

 

 Si le Seigneur à qui s'adresse le sacrifice est le Verbe vu sous Son rapport avec le Père, le feu qui consomme le sacrifice est ce même Verbe dans Son rapport avec l'Esprit.  
 Il faut nous l'avouer : nous employons les termes de Père, de Fils, d'Esprit, pour spécifier des fonctions, des attitudes ou des aspects de l'Etre inconnaissable. Mais nous ne pouvons concevoir que des symboles ou des analogies quand nous réfléchissons sur le Mystère suprême et, entre les trois personnes divines, c'est l'Esprit la plus insaisissable.  
  
 Dans l'ordre religieux, de l'Esprit-Saint descendent toutes les larmes et toutes les joies, et partout Il rassemble les extrêmes. Il souffle partout et nulle part, entre le Lieu non localisé où trône le Père et tous les points du Monde où passe le Fils. De même que l'Amour se comporte en ennemi de celui qu'il possède,
puisqu'il le pousse à la souffrance et à la mort, l'Esprit est l'ennemi du Fils, puisque c'est par amour que le Fils S'est immolé. Par contre, dans le monde de la Gloire, c'est le Fils le Maître de l'Esprit. En mourant, Jésus a légué à Sa Mère le genre humain tout entier et, par surcroît, au genre humain Il a légué l'Esprit ou, comme Il L'appelle, le Consolateur. « L'Esprit souffle où Il veut »; Il est le libre par excellence, Il est la liberté, Lui seul délivre les créatures.  Il est un ouragan dont la violence est telle qu'on ne la sent plus.  Il est un feu dont l'ardeur est tellement incandescente qu'elle consume le disciple et le recrée enfant de Dieu sans qu'il s'en aperçoive.  Car Dieu vient toujours en nous comme un voleur, à l'improviste, et Il entre où nous ne sommes pas sur nos gardes d'obstination.  L'homme ne résiste à Dieu que par un endurcissement, une pétrification, donc en se mettant lui même en prison.  Mais Jésus guette et, soudain, par une fissure, Il fait passer l'Esprit.  Alors commence le travail de notre libération : influence douce, souple, et tenace.  Et cette libération est gratuite : la grâce, le don du Ciel, et la liberté progressent de pair en nous.  

 Tel est le combat de l'homme avec Dieu; Dieu reçoit inlassablement tous les coups; mais, quand l'orgueil est arrivé à sa limite de tension,
alors commence notre défaite.  Dès ce moment, Jésus S'éloigne, comme fait la mère pour encourager la marche hésitante du tout petit; et le Consolateur, qui suit Son Maître, S'infiltre peu à peu en nous, comme l'air pur à travers les fentes de la hutte.  A nous dès lors de contrôler les impulsions récalcitrantes du Moi, et d'obéir à celles de l'Initiateur divin.  De Lui nous viennent la confiance, l'espérance et l'amour, l'illumination de notre intellect, la force de notre bonne volonté.  C'est à Son opération très secrète que le saint doit cette paix, cette douceur, cette patience, cette bénévolence, cet équilibre qui attirent sans effort les malheureux auprès de lui.  C'est Lui en effet de qui la vertu subtile rénove peu à peu tout notre être, donne à toutes nos ombres la clarté, et nous apprend à tirer du Cep éternel les nourritures que nous demandions auparavant à la matière, au savoir, à l'or, à l'amour humains.  
 L'action de l'Esprit sur l'homme consiste essentiellement à faire passer de puissance en acte les semences d'éternité que nous portons à notre insu, par delà le conscient, le subconscient et le surconscient.  

 En ce qui concerne l'accomplissement du sacrifice, l'Esprit procède d'une façon analogue; Il pénètre la victime spirituelle, que ce soit l'une des substances du Verbe, ou l
'une des formes de notre Moi, Il la sature, il la transforme, la transmue, la régénère et l'emporte ainsi, devenue libre et pure, jusque devant la face de l'Éternel.  L'oeuvre propre du Père, qui consiste à envoyer perpétuellement Son Fils construire le monde, le soutenir, remédier à ses fautes, le ramener vers l'harmonie de l'Amour, conduire les créatures vers l'unité au moyen des gestes de la fraternité pratique, leur inspirer le désir du Ciel, les prosterner dans la reconnaissance, cette oeuvre, commencée au premier jour de la Création et qui ne se terminera qu'au dernier jour, c'est l'Esprit-Saint qui la réalise.  

 

 Tout l'immense dispositif de l'univers, les innombrables mouvements de la Nature, les travaux de tous les êtres visibles ou invisibles vont vers un seul objectif : la synthèse, l'harmonie dans l'unification totale.  Pour le genre humain, cette harmonie se nomme la fraternité.  Le genre humain étant le coeur de l'univers et le pivot par lequel Dieu Se communique à toute l'immense machine, on comprend que l'amour fraternel soit l'unique moyen, nécessaire et indispensable d'une part, suffisant et complet d'autre part, pour ramener à Dieu le grand enfant prodigue qu'est cet univers.  
 Pratiquement, tout en revient à la charité. Le sacrifice ne sera parfait que s'il devient charité, c'est-à-dire don de soi, volontaire, libre et généreux.  La condition de la victime,
esclave enchaînée, rend tous les sacrifices antiques imparfaits et incapables d'atteindre l'Absolu, domaine par excellence de la liberté. Dans le seul sacrifice de Jésus-Christ, la victime est libre, innocente et volontaire; seul, ce sacrifice-là touche l'Absolu.  Les sacrifices partiels des disciples de Jésus-Christ touchent aussi l'Absolu,  par l'intermédiaire unique de ce même Christ, dans la mesure où ils sont offerts avec spontanéité, humilité, charité.  
 
Le Père voit les oeuvres, bonnes ou mauvaises, de Ses créatures, non pas tant sous leur grandeur ou leur volume, mais Il les juge bien plutôt selon l'esprit dans lequel on les a effectuées.  Un ermite peut bien s'imposer les pénitences les plus cruelles; c'est son humilité, son amour qui les rendront fructueuses.  Jésus, parce que Sa personne physique était toute parfaite, a souffert infiniment plus que nous; à Sa place, aurions-nous souffert des mêmes fatigues, des mêmes veilles, des mêmes supplices et des mêmes animosités ?  Mais Sa pénitence surhumaine a été multipliée à l'infini parce qu'une compassion infinie L'animait à toujours.  Cette petite phrase du catéchisme : Jésus nous aime..., tant de millions de fois répétée, banalisée, incomprise, inentendue, c'est le Grand Arcane, le secret des secrets.  
 Le prêtre offre son holocauste dans l'intention générale de l'ensemble des fidèles, et dans les intentions particulières de quelques-uns d'entre eux.  Mais le pontife éternel, le Verbe, voit rangés devant Lui l'humanité totale, les générations disparues, celles d'aujourd'hui, celles de l'avenir, les foules terrestres et les autres nombreuses foules qui peuplent ces astres énormes que nos savants déclarent inhabités; chacun de ces milliards d'individus est présent, distinct, et vivant sous le regard de ce Christ dont toute la bonté est nécessaire pour que nous ne tremblions pas devant Sa formidable grandeur.  

 Or, les multitudes
qui s'intitulent chrétiennes, non seulement la foule éreintée par la fatigue du pain quotidien, et qui trouve à peine le soir la force de tendre les bras vers le seul Dieu dont presque toutes les paroles vont aux misérables, non seulement cette foule harassée, toute poignante de la plus douloureuse beauté, mais surtout l'autre partie des chrétiens à qui un destin plus clément, mais peut-être plus cruel, permet de prendre du repos et du plaisir, ces multitudes errantes entre l'indéfini de leurs vagues aspirations et le défini de leur mécontentement plausible ou injustifié, elles devraient recevoir, dans leurs coeurs incertains, la certitude du mystère suprême : cet amour que Jésus offre à chacun et qui peut remplir l'infini de chacun sans que personne ne trouve sa part diminuée.  
  
 Voilà la figure saisissable et terrestre du sacrifice indescriptible que le Verbe célèbre devant le trône de Dieu à tous les moments de l'éternité.  Pour nous ici-bas, et pour toute créature, même pour la plus magnifique,
ce mot de sacrifice éveille un sentiment pénible de gêne et de privation.  Mais, dans le royaume de Dieu, nous serons tellement comblés de béatitudes, de beautés, de puissance, que, semblables à des enfants dont la jeune vigueur débordante exhale son trop-plein en bondissements et en clameurs joyeuses, notre vie sera un chant perpétuel de reconnaissance et d'adoration. Chacun de nos regards découvrira une merveille inédite qui engendrera un ravissement nouveau, et chacun de nos désirs se trouvera aussitôt rassasié pour faire place à un désir nouveau plus pur et plus rempli de félicité.  
  
 Nous serons uns avec le Verbe, nous agirons avec Lui, nous L'aimerons et Il nous aimera à découvert, nous nous aimerons les uns les autres, et aucune joie ne béatifiera plus l'un de nous que tous les autres n'en ressentent immédiatement une exaltation de leur propre joie.  

 L'existence présente ne doit être
qu'entraînement vers la vie éternelle. Aujourd'hui, nous devons lutter, nous devons triturer l'égoïsme, nous devons faire de nos corps et de toutes nos facultés les images aussi ressemblantes que possible de ce que nous devinons de leur transfiguration future. Nous devons être des victimes et pour nous mêmes et pour nos frères; nous devons appeler sur nous le feu du Ciel, qui est l'Esprit-Saint, qu'Il transmue en esprit tout ce qui est matière, en splendeur tout ce qui est obscurité, en joie tout ce qui est souffrance. Et cet Esprit, qui Se nomme aussi le Consolateur, par un effort supplémentaire de la tendresse du Christ à notre égard, nous infusera de Sa force, et nous rendra capables de nous sentir heureux au milieu même des soucis et des misères terrestres.  

 Comment nous rendre capables de cette paix singulière, c'est ce dont nous essaierons de nous rendre compte à notre prochaine réunion.  

Sources : Livres mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

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18 décembre 2006 1 18 /12 /décembre /2006 16:50

LE POETE

 

par Sédir


(Voile d’isis. Août 1909.)

 

 



L'un des littérateurs modernes qui ont donné, de la fonction biologique du poète la description la mieux vivante, c'est, voici tantôt douze on quatorze ans, Saint Pol Roux le Magnifique. Le poète, à son dire, "
figure l'entière humanité dans un seul homme, il contient l'univers en puissance: quand le poète s'adonne à l'oeuvre, cela signifie que l'univers ferme son vaste éventail, se replie sur soi, se réduit à sa plus simple expression, en un mot, s'élexirise, ou plus simplement, s'individualise, c'est-à-dire s'incarne dans le poète élu pour héraut, afin de se mettre davantage a la Portée des âmes et de communiquer plus directement avec l'éparse attention ".

On voit, dans ces formules, où revit la pure élégance intellectuelle de Platon avivée par
la tendresse qui vient de Jésus, le clair pressentiment, d'un état de Beauté où le Sacerdoce poétique sera une création. " Les mots exprimés depuis les origines par des races à la suite sont une seule et continue évocation qui, au cours des âges, amasse des forces virtuelles Jusqu à ce que, le pouvoir magique enfin à son paroxysme, êtres et choses évoqués cohérent, germent se contexturent, s'accusent de peu en prou, pour définitivement peupler le solide empire des sens ".

Ceci est une expression moderne de l'antique croyance, partout encore flottante sur les hauts lieux où se déployaient, les analogies
dans les souterrains sacrés, sous le vieil arbre où enseignait le gourou nu ; la parole est une magie ; la parole absolue est le Verbe divin: sa réfraction terrestre est le langage: et si Dieu quand il parle, crée, conglomère, édifie les mondes, peint les décors cosmiques, combine les symphonies des sphères,, trace les épures des forces zodiacales, règle les danses des Muses, c'est à dire la marche des lois ontologiques, - l'homme dans sa minuscule opération, configure à l'image du Verbe, des corps de mots, de formes, de couleurs et de sons, aux visiteurs invisibles qui lui viennent en foule des royaumes de la Connaissance et de la Beauté.

De sorte que
chacun peux être poète, harmoniste et peintre: le désir essentiel de la race sacrée des Artistes est, comme l'écrit Saint Pol-Roux : " que la Beauté descende s'asseoir parmi les hommes ainsi que Jésus s'asseyait, parmi les pêcheurs de Galilée... coaguler l'Abstrait, iconiser l'absolu, figurativer le mystère, organiser l'invisible, meubler l'espace, coloniser l'inconnu, sont la neuve ambition du génie".

"Le poète est la souffrance humaine tout entière, dit encore le protagoniste des " Magnifiques ", c’est, par là qu'il est uni au Crucifié et c'est pour cela que, le plus grossier des hommes, si le désir de Dieu lui brûle le coeur sera poète par un geste, par un regard, par un mot.

Il y a, en effet, un terreau indispensable aux fleurs esthétiques pour qu'elles s'épanouissent, :
c'est notre coeur que laboure la charrue du Malheur; si au Poète d'action, la vie quotidienne apporte la fumure par l'effort physique, au poète proprement dit. c'est la culture mentale qui enrichit le soi intérieur.

On ignore généralement de quel prix
les artistes qui atteignent la splendide simplicité du Beau paient leur maîtrise. Une page de Flaubert, une strophe de Verlaine reposent sur les invisibles fondations de cette sorte de culture dont l'érudit possède bien les éléments, mais que le docte seul a digéré avec intelligence pour, en extraire par la méditation une forme de science personnelle et originale. A lire Salammbô ou les Tentations, on se rend encore compte de la mémoire et, de la compréhension de l’écrivain. Mais qui se douterait que l'exquise candeur du chantre de Sagesse jaillit, comme la pariétaire aux murailles ruinées, d'une connaissance minutieuse de la théologie. Verlaine possédait ses Pères de l’Eglise comme un professeur de Saint Sulpice mais ce métier, ce sous oeuvre étaient en lui, si intimement assimilés, que passés dans les cryptes de l'inconscient, ils soutenaient, sans effort, spontanément, naturellement, de leur basse continue, les mélodies du concerto intérieur.

Les modes de la matière, les panaches des mondes lancés dans l'espace, les êtres individuels, les feux d'artifices de la pensée, les constructions du savoir, les jets flamboyants des amours, tout possède son hégémonie, tout est le vêtement d'un esprit,
tout aussi est, un combattant. Dans ces tableaux innombrables, le poète surprend la seconde où l'harmonie éternelle de la cause et des moyens, du mobile et des organes, s'inscrit dans le geste, dans le contour, dans la résonnance, dans les mots, dans la couleur. Toute chose possède plusieurs âmes, créées, et une âme essentielle: cette dernière oeuvre toujours selon le mode de 1'unité, et, le beau en est l'irradiation longtemps captive mais qui éclate à coup sûr dès que les relativités adverses arrivent, enfin à une combinaison harmonieuse quoique fugace.

L’artiste est le chasseur à l'affût de cet éclair, il promène son butin afin que la foule sente, plutôt, que comprenne, la splendeur de l'Univers : l’Art est donc un sacerdoce: son mode central est religieux: son intégration est l'Absolu.


Sources
Livres mystiques

 

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18 décembre 2006 1 18 /12 /décembre /2006 16:13

 

 

 

LA RELIGION

 

 

par Sédir

 






Je n'entends désigner par ce titre ni une théologie ni un culte.

Tourner les coeurs vers le sanctuaire intime où, derrière les inquiétudes quotidiennes, derrière les sentiments habituels, palpitent ces désirs nostalgiques du Bien, du Beau et du Vrai qui sont le signe de la noblesse humaine et les principes vivants de toute théologie comme de tout culte; parler de Dieu, en somme,
mais autrement qu'en philosophe ou en prêtre; voilà ce que je me propose. Je n'espère pas que tous mes lecteurs sortent, à cause de ces pages, de la tour d'ivoire où ils se sont réfugiés. Je ne le voudrais pas. Ce que je souhaite, c'est que quelques-uns descendent de cette tour jusqu'au puits où les vieux Sages disaient que se cache la Vérité : dans le fond de leur coeur. Tout existe dans l'Univers; tout existe en même temps dans l'Homme.

Voilà les deux points de vue sous lesquels je vais regarder la Religion, la vraie, la réelle, celle qui préexiste à toutes les religions, qui coexiste avec toutes, qui subsiste après toutes : cette religion de l'Esprit, dont le Christ fut le premier à nous instruire.



* * *

 



Le mot : religion signifie relier. Reconnaissons ici le voeu le plus ancien de l'homme : ne pas être seul, s'unir à d'autres, toujours plus fortement.

Dès l'instant où, à force d'expériences malheureuses, un coeur rejette les créatures pour s'offrir définitivement à Celui qu'il ne connaît pas, mais qu'il sait être - au Créateur - , la Religion vraie en ce coeur est fondée. La Gloire, l'Argent, la Science, ce sont des routes aux nombreux détours qui aboutissent fatalement à la voie étroite de l'Évangile; et celle-ci mène seule à l'éternelle Réalité.

Faut-il donc,
avant de rencontrer Dieu, avoir sondé tous les vides et goûté la lie de toutes les ivresses ? Non, car Dieu est partout, Dieu est avec tous, et d'abord avec les sincères et les humbles. A suivre jusqu'à leur terme les prolongements des actes humains, on s'aperçoit que tout effort est un acte religieux. La fatigue du bon ouvrier, les veilles du savant, les angoisses de l'artiste, ce sont des prières, les plus vivantes, les plus saintes des prières, bien plus précieuses et belles que toutes les patenôtres machinalement débitées.

Les forces qui soutiennent ces travailleurs, analysez-les, disséquez-les : vous en trouverez toujours une seule derrière toutes; l'intuition la nomme Dieu; elle s'appelle aussi l'Amour, la Vie, le Sacrifice.

Cette colonne du monde est en même temps le pivot de l'être humain. Ame éternelle de tout, acteur infatigable, mobile secret, rectificateur très sage de nos apparentes incohérences, l'Amour nous guide, pas à pas, malgré nous, avec une inlassable sollicitude. Rien d'imprévu dans nos destins, rien sans motif, rien sans but. Pas de vie sans désir, pas de vie sans amour; l'enfant aime avant de raisonner; l'Amour en nous précède la Connaissance; l'Amour donne une connaissance directe. L'essentiel est de choisir les objets de notre amour; les moins égoïstes seront les plus hauts. Et, puisque l'Amour est la forme la plus pure de la vie, pourquoi ne pas nous consacrer à lui ?

Il y a des hommes capables d'une telle vocation. Leur personne est le temple, le sacrificateur et la victime, perpétuellement : leur loi. c'est leur conscience incorruptible; leur récompense, c'est de parvenir à sécher quelques larmes autour d'eux. Ces apôtres de la vraie philanthropie sont les plus heureux des hommes; et leur sérénité rayonne parce qu'elle est saine et vivante. Toute joie, en effet, consiste dans l'expansion de quelqu'une de nos forces; la joie la plus haute vient de l'expansion la plus profonde et la plus vaste. Or, le don de soi-même, le don de ce que nous croyons posséder, le sacrifice en un mot : n'est-ce pas cette expansion parfaite qui agrandit jusqu'à leurs limites les développements de tout ce qui vit en nous ?

La méthode vraie de notre culture, c'est donc le sacrifice; et nul livre ne l'explique mieux que l'Évangile.



*  *  *



Les variétés du sacrifice sont innombrables. L'aumône, encore que bien peu la pratiquent convenablement, est la plus facile. Mais offrir son temps, offrir ses aises, supprimer ses manies, s'imposer une attitude affectueuse quand l'indifférence ou l'antipathie nous éloignent d'un être qui souffre : voilà des charités possibles au plus pauvre, plus coûteuses que l'aumône. Ces contraintes sont des communions réelles, des eucharisties créatrices de miracles; voilà l'essentielle religion, le culte éternel; voilà le seul rite bon pour tous les hommes et sans lequel aucun autre rite n'a de valeur.

Prenons garde de nous
sculpter des idoles avec les rites; ils sont utiles certes; à beaucoup de volontés faibles ils servent d'appuis; à beaucoup d'imaginations désordonnées ils servent de garde-fous. Mais ils ne sont jamais que des auxiliaires, des symboles et quelquefois des clôtures. Ils ne sont que les voiles de la Réalité mystique. N'imitons pas les Israélites qui ne voulaient espérer du Messie qu'une royauté temporelle. N'imitons pas la foule dévote qui croit toucher Dieu par la seule vertu de certains gestes et qui étouffe l'Amour sous les bandelettes du formalisme. Ravivons en nous cette vérité presque éteinte, mais qui toutefois ne meurt jamais : Dieu est le Père universel; de Lui seul nous tenons tout ce que nous sommes et tout ce que nous deviendrons; parce qu'il est Amour, l'Amour seul Le rejoint.



*  *  *



Telles sont les données du problème : Un idéal extérieur à nous - évidemment, puisque c'est un idéal; un désir invincible de l'atteindre; et la certitude intuitive que, puisque ce désir existe, une étincelle de la Lumière suprême et parfaite couve au fond de notre coeur.

Chaque système religieux propose une solution de ce problème; nécessairement donc, une seule de ces solutions est vraie, une seule juste, une seule à la portée de tous les hommes; elle doit contenir les caractères des termes du problème; elle doit être comme notre Ame, simple et une; elle doit être comme notre idéal, complète et totale; elle doit être comme serait un désir tout-puissant, active et universelle.

Qu'est la vie de notre âme ? L'Amour agissant.

Qu'est la vie de Dieu, la Vie éternelle ? L'Amour agissant.

Que sera le lien de ce couple ? Encore l'Amour agissant.

Aucun moraliste, aucun religieux, aucun intellectuel n'a trouvé d'autre solution à notre problème, que l'amour du prochain, que la pratique de la fraternité.

De quoi se nourrit l'Amour, sinon d'actes ? De quels actes, sinon des plus intenses ? Quels actes exigent la plus forte dépense d'énergie, sinon ceux-là où s'ajoutent à l'effort pour notre frère, l'effort contre le milieu et l'effort contre soi-même ?

Mais ceci est plus haut que l'altruisme et plus complet que la philanthropie. Son vrai nom, c'est la charité.

Tel est le rite unique de la vraie religion.



*  *  *



Voici un homme que le spectacle de la douleur universelle a ému et qui s'est voué à la guérir autour de lui. Après de longues fatigues, ayant subi l'ingratitude, la raillerie, les bas calculs de paresses incurables, ses forces morales le trahissent; il se découvre impuissant; il se décourage. Mais sa délicate compassion subsiste; les larmes qu'il voit couler le désolent toujours; cependant, il ne peut plus rien, il est épuisé. C'est alors que du fond de son coeur part un cri d'appel involontaire, vers Quelque Chose de plus grand, vers Quelqu'un de plus fort. Et cet appel ne peut jaillir que parce que cette Chose surnaturelle et ce Personnage surhumain existent réellement. Sinon la Vie ne serait qu'un effroyable mensonge.

Ainsi l'homme, qui se voit vaincu et désemparé, seulement alors découvre Dieu. A cause de cela il est écrit : " Vous n'entrerez dans le Royaume du Ciel que si vous devenez semblables au petit enfant ".

La compassion aux misères d'autrui ne suffit pas; il nous faut souffrir nous-mêmes, et cela pour notre bien, pour notre agrandissement, pour notre ennoblissement.

Chaque douleur subie est une mort, mais chaque mort, même partielle, annonce une renaissance plus haute et plus pure. Reconnaître qu'on ne sait rien, n'est-ce pas la condition indispensable pour apprendre ? Reconnaître sa faiblesse, c'est rendre possible la descente de la Force.

Voilà l'origine de la prière, ce visage secret de la véritable religion.

Aucune plainte légitime qui ne parvienne infailliblement au Veilleur perpétuel; aucune de nos pauvres larmes qu'Il ne recueille; aucune de nos douleurs qu'Il ne souffre avec nous. Voilà ce qu'est Celui que les philosophes nomment l'Absolu - et la foule, le bon Dieu. La preuve de ces choses reste personnelle; je vous demande de la trouver, chacun pour son propre compte, en expérimentant, en vivant, surtout aux heures de désarroi. A bien des hommes ces clartés furent un viatique; elles en seront un encore à tous ceux qui, dans la tourmente, sentiront défaillir et le vouloir et le pouvoir.



* * *



Dans tout l'univers, Dieu est le seul qui ne pense jamais à soi. Lui seul connaît à fond chacun de Ses enfants; Lui seul les entoure de la sollicitude la plus vigilante quoique invisible. Par intervalles passent au milieu de nous des pèlerins de l'Éternité; mais l'espérance et la paix qu'ils répandent ne sont que l'ombre de la Lumière divine.

Cette compassion, cette sollicitude, cette force, totales et parfaites, trouvent dans la figure du Christ leur entière incarnation. Le Christ, c'est le veilleur, c'est le pèlerin, c'est le frère aîné qui, autrefois, parcourut les routes terrestres, prenant les coeurs d'un seul regard, chassant les maux d'un simple geste. Son corps s'en est allé. Mais Son Esprit, la plénitude de Sa vie, ce par quoi Il est Dieu en même temps qu'homme, tout cela demeure au milieu de nous, toujours saisissable, malgré les oripeaux dont les siècles l'ont affublé.

Ne regardez pas Jésus à travers les commentateurs.
Mettez-vous en face de Lui, seuls en vous-mêmes avec Lui; contemplez-Le avec les yeux de l'enfant qui, du seuil, regarde venir l'Inconnu sur la route. Et vous verrez que Jésus est un homme devant des hommes, un homme fort et prudent qui inspire confiance et à qui rien de ce qui palpite en nous n'est étranger.

Unique parmi les initiateurs religieux, le Christ S'est placé à notre niveau, et avec quelle ingénieuse tendresse ! Les autres nous parlent de loin, du haut de leurs nuées, du fond de leurs retraites intérieures. Lui met tout Son coeur dans Ses yeux et toute Sa Lumière sur Ses mains. Il ne nous dit pas : " Faites telles et telles choses, pour telles raisons ". Il nous exhorte familièrement : " Aimez-vous les uns les autres, secourez vos pauvres et vos malades, parce que, tous, vous êtes en moi et je suis en vous, tellement je vous aime; parce que ce que vous faites à ces malheureux, c'est à moi que vous le faites; parce que je vous aime, tous et chacun, je suis prêt à souffrir de nouveau, à mourir encore, à tout quitter pour n'importe lequel d'entre vous. Si je vous aime ainsi, cela vous oblige à m'aimer. Que mon amour pour vous triomphe de vos petites colères contre moi, ce serait peu; mais il triomphera aussi de vos indifférences; je vous aime assez pour vous forcer à m'aimer, pour que le germe de l'Amour vrai lève enfin
dans vos coeurs de pierre. Ainsi, j'ai le droit de vous demander des efforts à cause de moi ".

Lisez tout cela entre les lignes de l'Évangile de Jean. Reprenez ce livre; reprenez-le dans vos heures tristes; et vous apercevrez, derrière la stature surhumaine de Jésus, l'auréole surnaturelle du Dieu qu'Il est simultanément.



*  *  *



Aimons d'abord; nos oeuvres ensuite seront toujours bonnes. Puis, choisissons les objets de notre Amour; choisissons-les beaux et durables et suprêmes; aimons l'humanité d'aujourd'hui comme si elle atteignait déjà le terme de son progrès; aimons nos frères, tous porteurs d'un germe d'Infini.

Ensuite, épurons notre amour; aimons nos frères sans attendre de reconnaissance; et si l'ingratitude paie nos efforts, soyons heureux de ressembler davantage au Grand Calomnié, notre Maître, notre Ami.

Enfin - et ceci constitue le grand mystère religieux - apprenons à sentir autour de nous la réalité permanente d'une Présence divine.

Car rien ne meurt. L'esprit de Platon, celui de Marc-Aurèle planent sur l'étudiant qui médite leurs pensées. L'esprit des ancêtres plane sur les petits-fils qui continuent leur effort; les phénomènes psychiques ne sont que la forme la moins haute de cette obombration. Combien plus Celui qui a vaincu la matière, brisé les chaînes du temps, surmonté les espaces, ne résidera-t-Il pas auprès de Ses disciples ? Lui, qui a si magnifiquement incarné l'Amour fraternel, Il demeure en ceux qui perpétuent Son oeuvre, en ceux même qui, sans Le reconnaître, se dépensent pour les pauvres et pour les affligés. Tout homme de bien marche à la suite de Jésus.

Comme la mère fait pour son petit enfant, Dieu place les créatures à l'autre bout du Jardin du monde, afin que, dans leur désir de retourner à Lui, elles apprennent à marcher. Comme la mère encore, Il accourt à la rencontre des petits qui trébuchent; or, les pas de Dieu franchissent les zodiaques, tandis que nos pas à nous semblent nous laisser sur place. La sollicitude divine à la rencontre de l'inquiétude humaine, c'est le Christ Jésus.

Nous dormons dans la hutte obscure des convoitises matérielles; mais à la porte se tient le Veilleur; par Ses soins, quelque jour,-un rayon du Soleil de l'Esprit passant par une fente du mur fera s'entrouvrir nos paupières, et se dressera enfin en nous la nostalgie salvatrice des collines éternelles.

Ce Jésus a fait une promesse à ceux qui veulent Le suivre : " Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles ". Il n'y a point là de rhétorique; quiconque s'est donné à Dieu vérifie l'exactitude de ces paroles; mais celui-là seul qui se sent tout petit possède la force pour le sacrifice complet de soi-même. Souvenez-vous de ces naïves histoires d'un vagabond recevant, sous un toit de chaume, une fraternelle hospitalité; et le lendemain, sur le seuil, apparaissant aux yeux ravis des hôtes, lumineux et transfiguré.

Or, le surnaturel existe, le miracle est toujours possible. Tout homme, un jour, dans la rue, n'importe où, recevra d'un inconnu le regard qui le transformera. Quand Jésus parcourait les campagnes d'Israël, c'était un voyageur comme tous les voyageurs. S'Il revenait aujourd'hui ce serait un passant, aux yeux de la foule, comme tous les passants. Ceux-là seuls Le reconnaîtraient qui déjà en eux-mêmes portent Sa Lumière et vivent de Sa vie.

Cherchez deux époux unis par le véritable amour; les peines ne leur sont plus que des motifs pour s'aimer davantage; rien ne les atteint, dans l'existence; leurs visages sont éclairés par-dedans et leurs regards calmes comme des lampes sous les voûtes du sanctuaire. Attisez une telle flamme, haussez-la jusqu'au zénith, élargissez-la jusqu'aux bornes du monde et vous obtiendrez une approximation de l'extase où vivent les coeurs qui se sont offerts, de fond en comble, à l'appel du Berger.

Le vrai Dieu donne la béatitude; transposez dans le réel ce terme théologique; souvenez-vous aussi que le Christ déclare : " Mon joug est doux et mon fardeau léger " et vous comprendrez mieux que
l'abandon de tout le matériel, que le détachement de tout mobile égoïste, que l'acceptation d'une volonté toute sage et toute puissante allègent le coeur du mystique. Dès maintenant l'homme peut atteindre une parfaite paix intérieure.

Comme nos ruisseaux et nos fleuves, tour à tour limpides, boueux, calmes ou écumants, les hiérarchies des créatures s'écoulent, par une pente irrésistible, jusqu'à la mer immense de l'Amour éternel où les purifie et les sublimise en formes angéliques le labeur mystérieux de Celui qui marche sur les eaux.

Celui-là, ce Christ, dont j'aurais voulu pouvoir vous peindre un portrait véridique, croyez-moi, Il nous tient tous. Il Se cache, Il S'efface; nous croyons être nos maîtres : oui, partiellement; mais c'est Lui, le vrai Maître; c'est Lui, le Guide des guides; Il ne nous laisse libres que juste le temps nécessaire pour que nous expérimentions notre faiblesse;
car Il souffre du mal que nous nous faisons. Et parce qu'Il est toute la Vie, parce qu'Il est tout l'Amour, personne ne peut vivre sans tomber dans les filets de Jésus, le pêcheur d'âmes.

Je ne vous demande pas de me croire; je vous demande de faire l'expérience que je vous propose. Contrairement à l'opinion commune, les réalités invisibles, les phénomènes de la vie intérieure peuvent être constatés avec précision, tout comme les phénomènes de laboratoire. Toutefois, il faut honnêtement disposer les éléments de l'expérience; encore que ces éléments soient délicats, puisque c'est notre caractère, notre mental, nos nerfs, tout nous-mêmes enfin qui doit subir le feu et le réactif.

Mais soyez sans crainte; durant nos essais, le grand Alchimiste est là; à l'enquête d'un coeur sincère, Il répond toujours, et toujours au-delà des questions; et à peine avons-nous commencé le travail que déjà Il distribue des récompenses d'encouragement, en avance sur la récompense éternelle.

Sources
Livres mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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18 décembre 2006 1 18 /12 /décembre /2006 15:15

 

Les tentations du Christ

 

par Sédir

 

2ème partie

 

1ère partie



« JÉSUS FUT EMMENÉ PAR L'ESPRIT DANS LE DÉSERT
POUR Y ETRE TENTÉ PAR LE DIABLE ». (MATTHIEU IV, I.)

 


La première des trois tentations s'applique au corps; la seconde, au goût de posséder; la dernière, à l'orgueil spirituel. Les trois centres psychiques sont ainsi éprouvés. « Fais que ces pierres deviennent du pain », dit l'Insidieux; et, si on l'écoute, on commence à douter du Père et tout l'échafaudage de la maison intérieure s'écroule. Le Christ répond : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Remarquez la tournure singulière de la phrase. Elle signifie à première vue que l'observance de la Loi assure notre subsistance matérielle. Parce que quiconque obéit à Dieu est enfant de Dieu, et Dieu S'occupe spécialement de lui; parce que quiconque obéit à Dieu recouvre sa splendeur d'homme, et qu'alors les invisibles le reconnaissent et le servent. Mais, de plus, cette parole laisse entendre que le pain lui-même est une parole, et qu'il ne possède sa qualité nutritive que parce qu'il est une parole de Dieu, vivante et active au sein d'un agrégat physico-chimique.

Reconnaissons ici la valeur des formes matérielles de la Vie. Elles sont là pour entretenir notre existence, oui d'abord; mais également pour que nous respections la Vie, pour que nous la développions, pour que nous lui infusions la Lumière éternelle qui brille en nous. Ceci est une des grandes formes
de la charité, cette charité dont on parle tant et que l'on connaît si peu. Si les hommes savaient, s'ils cherchaient le réel visage ardent de la charité, s'ils ouvraient leurs yeux à son fort regard, comme ils l'aimeraient, comme ils se précipiteraient sur ses pas, comme ils se feraient partout ses auxiliaires infatigables !

En refusant de transmuer les pierres en pain, chose facile à Lui, Seigneur de la Terre, Jésus nous donne la leçon la plus précieuse : ne pas abuser de notre force, laisser à toute chose son cours normal, ne pas compter sur nous-mêmes, mais sur la seule bonté du Père. Quand le curé d'Ars tire d'une petite soupière une soixantaine d'écuellées pour ses orphelines, c'est une multiplication fort semblable aux multiplications des pains que relatent les Évangiles. Moi-même, j'ai vu, de mes yeux vu, une carafe d'eau limpide se matérialiser soudain sur la table, parce qu'un soldat du Ciel avait soif. J'ai vu des pièces de monnaie remplir une bourse que son possesseur venait de vider entre les mains de quelques malheureux. Le disciple vit dans une atmosphère de miracle; n'ayez donc
jamais peur du dénûment matériel; c'est la moins pénible de toutes les sortes de pauvretés.

Ensuite Satan transporte Jésus sur une montagne, Lui montre tous les royaumes, et les Lui offre, s'Il consent à l'adorer. Tout ce qui s'est accompli de surhumain s'est accompli sur une montagne; le Mérou, le Potala, le Sinaï, le Nebo, le Thabor, le Calvaire sont les phares de l'humanité. Le symbole s'en dévoile visiblement; c'est la loi même du progrès; les créatures s'élèvent à leur zénith, alors le Ciel descend à leur rencontre. D'ailleurs certaines oeuvres ne peuvent s'accomplir que dans l'isolement des cimes, sur les os nus de notre mère commune, là où les fluides circulent selon d'autres axes, où le corps de l'extatique est libéré de certaines pressions. La grande voix du silence ne parle que dans la solitude. Et c'est par les cimes, paratonnerres naturels, que certains courants ignés descendent et pénètrent le sol sans le bouleverser.

Prosternés sur le roc accueillant, ou réfugiés sur la montagne mystique de notre esprit, n'oublions jamais qu'alors c'est à Dieu seul que doivent aller nos adorations et nos supplications. Voyez comme
les idoles habitent les bas lieux : l'argent, la gloire, la passion, le meurtre, la science externe, où, tout cela, sinon dans la ville, dans la plaine ? Il y a des correspondances révélatrices entre les deux faces de l'univers; et le grand livre de la Nature se laisse déchiffrer facilement aux regards des simples. Souvenez-vous : tout désir est une adoration qui commence. Gardez ces forces précieuses, les désirs, pour Celui-là seul qui les a mis en nous et qui, seul, peut les combler, d'une mesure trop pleine et débordante.

Satan reporte Jésus sur le sommet du Temple :
« Si tu es le Fils de Dieu, dit-il, jette-toi en bas, car il est écrit : Les anges te porteront ». En effet, voilà cet inconnu, sur l'identité duquel l'Adversaire hésite et qui vient de refuser les satisfactions du corps et celles du moi; Il peut se croire légitimement le favori de Dieu. Regardons-nous. A qui n'est-il pas arrivé, après un sacrifice pénible et courageux, de se dire : « Eh bien ! maintenant, j'ai été sage; le bon Dieu me doit bien quelque chose ». On oublie qu'on n'est qu'un serviteur inutile; cela, c'est l'infiltration de l'orgueil spirituel : cela, c'est tenter Dieu.



* * *


Jésus triomphe du doute, de la cupidité, de l'orgueil; du doute le plus fort : l'inquiétude matérielle; de la cupidité la plus belle et la plus enivrante : la gloire; de l'orgueil le plus subtil : se croire saint. Quelle fresque ! En quelques traits, tous les rouages de la psychologie, toutes les luttes morales, toutes les grandeurs, toutes les humilités. Chaque phrase de l'Évangile est un monde. Et encore me suis-je confiné dans le seul point de vue moral. En quelques veilles, vos méditations vous montreront dans cet épisode toute une sociologie, toute une physiologie, toute une cosmologie, et tant d'autres mystères si vous en êtes curieux.

Dans la version de Marc, ce récit tient en trois phrases : « Il fut quarante jours dans le désert, tenté par Satan; Il était parmi les bêtes sauvages; et les anges Le servaient ». Arrêtons nos regards sur ce spectacle. Un pathétique sublime s'en élève. L'enfer, le Ciel, des animaux; au centre, un homme, l'Homme, le Verbe. Le scribe au lion n'a mis que l'indispensable; mais la scène apparaît en pleine clarté. Elle déborde son cadre; sa simplicité délie les ailes de l'enthousiasme et amplifie jusqu'au firmament l'envergure de nos méditations. Voyez ce paysage de pierres blanches et jaunes, que bornent les nobles lignes violettes des montagnes arabiques; la tache sombre de la mer Morte souligne l'ondulation d'une colline; çà et là des buissons secs, des cactus. Sur un roc, un homme; ses larges vêtements sont de la couleur des sables. On distingue un visage hâlé, un visage aux traits immobiles et qui bouge cependant, comme si des lueurs changeantes l'éclairaient par dedans. Visage de mystère où éclate l'énergie la plus magnifique; visage taciturne où chaque ligne est éloquente, où chaque trait rayonne une émotion profonde; visage de tendresse, aux lèvres plissées, dont l'Amour colore le teint et incline le regard. Cet homme marche comme on imagine que les séraphins volent; il se tient haussé vers le soleil, comme si son corps athlétique ne tenait pas à la terre. Pourtant, quelques années plus tard,
il s'effondrera sous le fardeau devenu physique des péchés du monde.

Tout le jour, Il est seul, sauf le dernier soir où, dans les rayons déclinants qui diaprent les vapeurs lointaines, des formes translucides descendent, qui déposent à Ses pieds de l'eau - une certaine eau - , du pain - une certaine manne. Le soleil disparaît;
les fauves sortent; ils s'approchent à pas précautionneux et les farouches prunelles, les cauteleuses comme les fières, celles des chacals et celles des lions, se lèvent vers le calme regard insondable qui leur parle sans paroles. Puis l'atmosphère s'alourdit; les ténèbres devenues palpables roulent des formes imprécises; les animaux se cachent; et un être apparaît soudain, un homme plus beau que le rêve. Il est nu, parce que toute créature se présente devant le Verbe dans sa nudité essentielle; ses membres souples, son visage ambigu, le feu de ses yeux secs, secouent tout alentour comme un manteau d'effroi, et ils se tiennent face à face, l'Esclave volontaire et le Révolté, la victime et le futur bourreau.

Quelques voyants ont aperçu des démons; mais o
n ne peut saisir que le degré de bien ou de mal qui se trouve à notre niveau. La plupart des visionnaires disent que les diables sont laids; pas toujours. Leur prince est beau; tellement beau que personne ne saurait résister à l'enivrement de son charme, si l'on n'était d'abord incapable de subir sans une terreur mortelle l'émanation délétère de sa présence.

J'ai connu un homme qui avait dit à un soldat du Ciel : « Moi, je ne crois pas au diable; il n'existe pas, c'est un symbole ». « Eh bien ! répondit le soldat, regarde donc à la fenêtre de cette maison ». Et le visage que l'incrédule aperçut était tel qu'il prit sa course dans une agonie d'effroi et qu'on ne le revit que le lendemain, suppliant d'être débarrassé du souvenir de cette figure.

Messieurs, arrêtons nos regards sur la scène du désert; Jésus, vainqueur de l'enfer, servi par le Ciel, familier avec les animaux
, mais seul parmi les hommes. Et, en effet, depuis deux mille ans, comme l'humanité oublie son Sauveur ! Depuis notre naissance, comme nous délaissons notre Ami !



* * *


Les pharisiens tentèrent souvent Jésus, par la suite, c'est-à-dire qu'ils voulurent prendre en défaut Sa doctrine. Ces épreuves furent les moins pénibles; elles ne s'attaquaient qu'à la théorie. Les pharisiens étaient les intellectuels de l'époque; et aux intellectuels tout est incompréhensible, sauf la métaphysique et la casuistique. Si Jésus revenait aujourd'hui et renouvelait Ses miracles, Il rencontrerait certaine- ment les mêmes méfiances.

J'ai hâte d'en arriver aux dernières tentations, aux martyres spirituels, à ces tortures indicibles que nul dieu n'aurait pu subir sans mourir.

C'est d'abord
la nuit du Jardin des Oliviers.

Il y a, dans les campagnes provençales, des morceaux de collines qui ressemblent à ce qu'était alors ce jardin. Imaginez une pente en terrasses, comme celles des olivaies; dans la montagneuse Judée, les paysans construisaient déjà des murs de pierres sèches pour retenir les terres meubles. Un sentier serpente sous les vieux arbres et un ruisseau le coupe : c'est le Cédron. Au loin la rumeur de Jérusalem s'est éteinte avec les lumières; la lune fait briller les feuillages d'argent. Çà et là, sur le gazon haut, tout chargé de fleurs sauvages, des hommes se sont couchés. Mais l'un d'eux, le plus grand, remonte la pente, jusqu'à l'endroit où un rocher ménage comme un abri et, faisant signe à trois de ses compagnons : « Priez, leur dit-il, afin que vous n'entriez pas en tentation; mon âme est triste jusqu'à la mort; demeurez ici et veillez avec moi ». Puis, cet homme, celui-là même que nous avons vu tout à l'heure commander à Satan, se prosterne sur le sol. Et voici : la lueur nocturne s'obscurcit; les étoiles rougeoient; les parfums agrestes s'abolissent;
les ténèbres spirituelles renforcent les ténèbres physiques; l'effroi, la terreur, l'accablement descendent sur ces hommes. Au-dessus de la grande forme blanche étendue se déploient les ignominies imminentes de la Passion : reniements, abandons, supplices, et la terrible solitude intérieure. Et Jésus dit : « Mon Père, si tu voulais éloigner cette coupe. Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne ». Quelque surhumaine que fut Sa résistance nerveuse, Son coeur s'arrêta de battre, et Il commença de mourir. Mais un ange vint
- Gabriel, dit la tradition - et Lui donna à boire. Alors
Son âme rentra dans Son corps exténué.

L'effroyable tableau était toujours là, mais par-dessous s'en déroule un autre plus terrible
: la haine de l'enfer, et les hordes démoniaques, instigatrices des bourreaux. Jésus souffre alors, non plus les verges, les épines et les clous, mais, intérieurement, les tortures que les démons auraient voulu Lui infliger, s'ils en avaient trouvé le moyen matériel. Alors Jésus S'attache plus étroitement au Père, Se jette plus profondément dans la volonté du Père, Se plonge de tout Son élan dans l'Amour et le pardon. Son effort est tel que, le coeur battant à coups désordonnés, sous la pression du sang, les vaisseaux capillaires se rompent et une sueur rouge Le baigne tout entier. Quelles misérables choses sont nos larmes en face de ceci !

Jésus revient vers les trois disciples préférés,
et Il les trouve endormis. « Vous n'avez donc pas pu veiller une heure avec moi ? » Voilà tout le reproche de Son immense Amour. Puis Il retourne sous la pierre d'agonie et reprend la prière et la lutte.

C'est maintenant
tout le mal futur qui tombe sur Lui; tout ce que les hommes feront contre le Père, contre leurs frères, contre eux-mêmes, et contre la vie. Jésus aperçoit les meurtres, les cruautés, les bassesses sans nombre, avec cette rapidité vertigineuse et cette netteté que connaissent ceux qui ont approché les portes de la mort. Mais Il accepte tout. Les nuages se lèvent; la ténèbre se fait moins obscure; c'est la tentation qui s'éloigne; c'est l'espoir quand même que Jésus conçoit : le Père ne laissera personne se perdre et quelques fidèles L'aideront, au prix même de leur sang. Il le voit, Il en est certain. Il Se relève donc, épuisé mais calme; et à peine a-t-IL réveillé les apôtres pour la troisième fois, qu'arrive le traître avec sa troupe de mercenaires.

Ici la vie intérieure du Christ apparaît visiblement. Sachant tout, pouvant tout, Son coeur n'éprouvait personnellement ni désirs, ni inquiétudes; Sa volonté n'avait pas, pour elle-même, de lutte à entreprendre. Mais, comme je vous l'ai dit en commençant, pour aider les hommes, pour sauver les autres créatures, pour modifier la marche inexorable du Destin, pour améliorer l'évolution, Jésus ouvrit Son coeur à tous ces êtres, leur offrant Ses propres forces, présentant Sa douceur aux démons, Sa patience aux destins, Sa tendresse aux désespoirs, afin que tous prennent en Lui une nourriture pure, et par là se purifient. Cela, aucun autre que le Verbe ne pouvait le réaliser.

Tout ce que le Christ a fait, ce fut par compassion. Par compassion, Il a pris un corps, Il a guéri, Il a parlé. S'Il précipita les porcs dans la mer et sécha le figuier, ce fut afin que
les massacreurs d'animaux et les destructeurs de forêts soient jugés moins sévèrement. Par compassion, Jésus subit la tristesse afin que nous, qui sommes souvent tristes parce que nous oublions le Ciel, ne recevions pas la visite du doute que nos mélancolies appellent. Par compassion, à la minute dernière de Son martyre très précieux, Il a proféré une plainte : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » afin que nous tous, qui croyons toujours souffrir injustement, nos désespoirs puérils aient une excuse.

Est-ce donc pas légitime de dire et de redire que Jésus nous aime, comme jamais une mère n'aima son fils, ni un époux son épouse ? Ah ! dès que le rayon le plus ténu de cet Amour percera les triples cuirasses de nos coeurs, que les métaphysiques nous sembleront vides, et les sciences vaines, et
les joies terrestres écoeurantes !

Que ferons-nous ? Et s'il se trouve dans cet auditoire un seul coeur qui saisisse, à travers mes paroles incolores, l'immense ardeur de l'Amour éternel, c'est à lui que je demande : quoi faire pour que tous ces soins ne nous aient pas été prodigués en vain ? Dussé-je interroger des foules et pendant des années, je me tiendrai pour satisfait si, parvenu au seuil de l'Au-delà, j'ai enfin reçu une seule réponse, j'ai enfin rencontré une seule âme prête à réaliser par des actes cette réponse.



* * *


Dans ce domaine du positif et du pratique, le disciple doit d'abord comprendre que la tentation est une grâce, les postes de danger sont des postes d'honneur pour des soldats, le commun des hommes a bien assez de se vaincre soi-même. N'ayons pas l'hallucination du diable; le mal qui est en nous, les perversités du corps, de l'intelligence et du coeur, suffisent à nous faire tomber. Il n'y a que les disciples aguerris que les Ténèbres attaquent; et ils sont très peu; le Diable est trop fort pour nous; il n'y aurait même pas un simulacre de combat.

La tentation à laquelle on résiste est le meilleur travail,
pourvu qu'on ne s'y soit
pas exposé par bravade ou pour son avantage spirituel. En la combattant dans ces dispositions, on tomberait dans l'orgueil. Toutes les tentations peuvent se vaincre par l'humilité, le calme et la prière.

En voici succinctement le mécanisme. Le démon du vol, par exemple, entre en mon esprit. Aussitôt s'émeuvent en moi les molécules de tout ordre qui ont pu, antérieurement, participer à des larcins;
sur elles le tentateur a prise. Si je résiste, il s'en va, affaibli, inquiété même par mon calme; si je succombe, il prend possession de toutes les cellules, même physiques, qui ont participé au vol. Quand les esprits de ces cellules, par le jeu de leur évolution, parviendront au rang de cellules cérébrales, où elles dirigent tout, je serai presque incapable alors de résister au penchant du vol; je succomberai fatalement.

Voilà pourquoi il faut engager la lutte tout de suite, pas demain, pas ce soir, à l'instant même. A cause du jeûne de Jésus
, celui qui résiste à un vice pendant quarante jours, s'il reste humble, il le vaincra dans la suite.

On dit souvent à la fin du Pater : « Ne nous induisez pas en tentation »; c'est une demande craintive. Le soldat du Ciel, que n'effraient pas les coups, dit : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation ». Il ne la recherche pas; il accepte le combat, avec l'aide du Ciel. Ce courage naît d'une constante possession de soi. Comme vous l'avez certainement compris, le mysticisme ne consiste pas dans les seules oraisons dévotionnelles; il est un état permanent d'enthousiasme, mais aussi une sérénité plénière. Le Christ dit plusieurs fois : « Veillez et priez ». D'abord veiller,
être éveillé; pas de rêveries, pas d'aspirations vagues, pas de sentimentalités diffuses; se rendre compte de ce qui se passe en soi et autour de soi; surveiller les frémissements du désir; ne pas s'exalter pour des idéals qui ne sont beaux qu'en apparence.

Car ce n'est pas seulement d
ans les extases des moniales que Satan se transfigure en ange de lumière; il ment de la sorte dans les événements, dans les relations, dans les doctrines, dans les personnalités éminentes. Souvenez-vous des récits évangéliques. Jésus a dit : « Soyez simples comme les colombes », mais Il ajoute aussitôt : « Soyez prudents comme les serpents ». Ceux à qui on élève des statues sont parfois des malfaiteurs publics. Ne vous jetez pas à la suite de n'importe qui; examinez votre élan.
Tel thaumaturge, dont les guérisons se comptent aujourd'hui par milliers,
tient cependant ses pouvoirs d'ennemis implacables du Christ. Tel système d'ésotérisme, admirablement construit, ne mènera cependant ses adeptes qu'aux royaumes glacés de la Mort essentielle. Plus les années coulent, plus beaux seront les fruits que l'antique Tentateur va nous offrir, plus séduisantes leurs couleurs, plus délicieuse leur première saveur. Cela s'appellera tolérance, altruisme, paix universelle, unité des religions, pouvoirs psychiques.

Veillez ! Développez en vous un sens exquis de la vérité; luttez d'abord
contre l'erreur dans votre propre personnalité; luttez ensuite contre l'erreur que l'Ennemi des hommes tentera de vous inoculer. Alors descendra la bénédiction que je vous souhaite, la joie immuable, la joie parfaite : la présence réelle de la Divinité.

Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

 

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18 décembre 2006 1 18 /12 /décembre /2006 10:21

 

 

Les tentations du Christ

 

par Sédir

 

1ère partie



« JÉSUS FUT EMMENÉ PAR L'ESPRIT DANS LE DÉSERT
POUR Y ETRE TENTÉ PAR LE DIABLE ». (MATTHIEU IV, I.)

 

 



Puisque nous avons accordé l'épithète de
mystique au seul disciple de l'Évangile, le Christ doit être l'unique sujet de notre étude. Ses guérisons forment, vous vous en souvenez, l'oeuvre capitale de Sa vie extérieure; je veux aujourd'hui découvrir dans Ses tentations le travail essentiel de Sa vie intérieure.

Il se peut - permettez-moi de vous en prévenir à l'avance - que les choses dont je vais vous parler paraissent aux catholiques, aux protestants, aux ésotéristes, aux israélites ou aux orthodoxes, soit des hérésies, soit des panégyriques. Telle n'est pas mon intention.
Je ne veux rien attaquer; je ne veux entraîner personne dans aucune voie particulière. Devant vous j'oublie tout ce que j'ai pu apprendre; je ne dis que ce que j'aperçois à l'instant par la mince lueur du Verbe qu'il m'a été donné de saisir. Et ce que je désire de vous, c'est que, vous étant placés dans les conditions morales convenables, vous n'acceptiez mes affirmations qu'après les avoir contrôlées.



* * *


Pourquoi les tentations du Christ sont-elles la clef de Sa vie intérieure ? Voici :
Le Verbe revêtit la nature humaine pour donner un exemple universel et parfait. Sa mission essentielle n'était pas de souffrir; la souffrance est seulement le corollaire de Ses travaux. A regarder Jésus, tout homme, en tous temps, en toutes situations matérielles et morales, trouve son modèle; Jésus est l'Homme primitif dans la fraîcheur de l'innocence, l'Homme final dans la splendeur de la connaissance, l'Homme éternel dans l'immutabilité de l'union au Père. Toutes les difficultés, toutes les angoisses du coeur, toutes les inquiétudes matérielles, Il les a subies, ou plutôt Il les a délibérément appelées en Lui. Au centre de toutes ces choses Il a déposé une semence de Lumière; en les hébergeant, Il a modifié tous ces êtres. De sorte que nous autres, ensuite, bénéficions de ces innombrables bienfaits.

Soit que cette goutte de pureté céleste et de douceur propitiatoire déposée voici vingt siècles
dans l'âme des ministres du Destin en amollisse l'implacable probité; soit que, si nous cédons aux invites du Très-Bas, ces mêmes ministres nous excusent parce qu'autrefois le Seigneur des créatures consentit à paraître écouter ces propositions insidieuses; tous, dans les désespoirs dévastateurs et dans les péchés anodins, nous pouvons par la foi nous raccrocher à la lueur que la souffrance de l'Agneau fit briller lorsque ces mêmes tentations et ces mêmes ravages entrèrent dans l'enceinte immense de Sa personne humaine.

Les douleurs du Christ commencèrent avec
la première parole tombée de la bouche du Créateur; elles dureront jusqu'à ce que la dernière onde de la dernière parole créatrice s'éteigne aux plages imprécises du Néant. Chacune de nos désobéissances, Il en ressent la blessure; chaque supplice que les Ténèbres infligent à Ses amis L'atteint; chaque haine, chaque blasphème, chaque oubli du Ciel frappe Son corps cosmique. Le Calvaire ne fut que la cristallisation terrestre et locale du martyre permanent auquel S'offre le Fils de l'Homme dans le lieu spirituel où aboutissent tous les actes des créatures. Mais chaque coup mortel Le ressuscite pour une autre agonie; chaque martyre exalte le triomphe de Son Amour; chaque goutte de Sa vie très précieuse est le salut d'un être; et une étoile nouvelle s'allume au firmament des esprits avec chaque larme que l'angoisse de notre bonheur final arrache à Ses yeux divins. Telle est la splendeur de l'immense, de l'incompréhensible Amour dont Il nous poursuit.

Tentation veut dire épreuve. Un fardeau est l'épreuve des muscles qui le soulèvent. On ne peut être certain de posséder aucune vertu que si on a lutté contre le vice qui s'y oppose. Le Rédempteur, en tant que Dieu, est au-dessus des tentations, puisque c'est de Lui qu'elles tiennent l'existence. En tant qu'homme, Il leur donne accès en Lui pour les améliorer, modifier leur marche ultérieure et laisser à Ses frères cadets qui, ensuite, se réclameront de Lui, une chance plus grande de victoire, à cause de Sa victoire. La tentation n'est pas seulement un phénomène psychologique; c'est aussi un processus biologique. Soit que le tentateur vienne m'attaquer, soit que moi-même je l'aie cherché, en corps ou en esprit, le contact, le colloque, ou l'entrevue ont employé des cellules; car toute sensation est un contact. Les mauvais désirs peuvent se dresser en moi, de mon propre fonds, par le jeu de mes organismes mentaux, comme mon estomac fabrique des ferments et mes muscles des toxines. Mais la tentation est le mauvais désir jeté en moi par une main étrangère. On appelle diable ce tentateur, on l'injurie, on le maudit; mais le soldat du Ciel ne redoute pas sa visite et ne le maltraite pas; il sait bien que ce n'est qu'un ouvrier qui fait son travail, tout simplement.

Nous verrons tout à l'heure quelle est la conduite à tenir en l'occurrence; mais étudions d'abord notre modèle.



* * *


Le Christ fut tenté au début de Sa vie publique par Satan; pendant Sa mission, par Ses adversaires; à Sa mort enfin, par l'excès de Son propre épuisement. C'est la première de ces trois épreuves qui nous est la plus compréhensible et qui offre le plus de leçons immédiates.

Tous les mots portent dans le récit évangélique; et chaque détail est un enseignement. Ainsi, c'est l'Esprit qui emmène Jésus au désert; et, en effet, le serviteur du Ciel ne fait plus rien de sa propre volonté; il n'a plus de volonté; il s'est rendu esclave une fois pour toutes, et son effort se borne à réaliser, jour par jour, les ordres qu'il reçoit de son Maître. A maintes reprises Jésus affirme cette dépendance complète vis-à-vis de Son Père, duquel Il certifie tenir directement connaissances et pouvoirs. Son guide, dans l'événement qui nous occupe, c'est le principe de vérité, d'énergie, de sagesse qui se tient à l'opposite de la matière, comme l'être en face du néant, comme la force en face de l'inertie. C'est surtout - et je n'insiste pas, quoiqu'à regret, pour rester dans mon sujet - c'est surtout la liberté, cet apanage essentiel du plan divin, cette splendeur des êtres qui se meuvent dans l'Absolu. L'Esprit donc, c'est-à-dire le Dieu en Jésus, avait décrété la tentation, avait donné à Satan l'ordre de venir, avait conduit « l'Homme » au désert. Pourquoi ? Nous le saurons lorsque le monde créaturel sera derrière nous; aujourd'hui nous pouvons seulement tirer des actes de l'Esprit quelques-unes des vérités qu'ils renferment.

Avant de commencer Sa propagande, le Christ voulut, si j'ose dire, essayer Ses forces; ou, plutôt, il fallait qu'avant de combattre les représentants visibles du Mal, ses chefs invisibles aient été affrontés et vaincus. Pourquoi le désert ? A cause de la solitude. La solitude est quelque chose de mystérieux; soeur du silence, elle affaiblit les faibles, elle exalte les forts. Elle déterge les plaies de l'âme, que le feu rouge du repentir cautérise; elle nous met de force en face de nous-mêmes; et quelles leçons terribles ces regards prolongés ne nous apprennent-ils pas ! On en sort, ou en lambeaux, ou trempé contre tous les chocs. Mais tournez vos yeux vers la solitude de Jésus; fixez-la, si l'éclat immobile et blanc de ce désert surchauffé ne vous aveugle pas. La solitude de Jésus : des roches, des sables, un soleil torride, un azur implacable; par intervalles, la silhouette furtive de quelque fauve, une caravane aux confins de l'horizon, un rapace dans le ciel éblouissant. Pas même la sensation d'un voisinage possible. Dormir seul, se promener seul, penser seul, prier seul, oublier le son de sa propre voix, prévoir seul les tortures prochaines, les voir, appréhender les morsures des chiens funèbres de l'Enfer. Seul au dehors, seul au dedans, ainsi fut notre Jésus. Seul Il était depuis le commencement sur les grandes routes qui relient les planètes aux soleils et les tribus errantes des étoiles aux cités des constellations sédentaires; seul Il était sur les sentiers perdus où, à peine chaque mille ans, passe un voyageur mystérieux. Nous, qui prétendons aimer notre Ami, Le laisserons-nous encore jusqu'à la fin achever seul Ses infatigables pérégrinations ?

Car seul Il fut quant au corps, seul dans les espaces de Sa pensée, seul dans les élans et les accablements de Son amour, seul dans l'exaltation progressive de Sa volonté, seul enfin dans Ses correspondances invisibles. Pendant ces quarante jours, tout fut retiré au Christ, même les cohortes angéliques qui auparavant assuraient Ses constantes communications avec Son Père et avec le monde. Pendant ce jeûne, Il fut comme s'Il n'existait pas; quittant peu à peu les régions habitées de l'Au-Delà, Il parvint en esprit jusqu'au bord de l'Abîme originel. Sans cette rigueur d'isolement, le but de cette retraite n'aurait pas été atteint.

Concevrons-nous cette solitude, nous qui avons peur d'être seuls; nous qui, lorsque nos affaires nous laissent un répit, nous précipitons là où se trouve la foule; nous qui cherchons les passe-temps les plus fades plutôt que de rester en face de notre conscience; nous qui, dès la jeunesse, gâchons parfois toute notre existence par peur de rentrer, le soir, dans une chambre vide ? Imaginerons-nous le silence immense du désert, les symphonies magnifiques du soleil sur les grands horizons; les porphyres, les marbres et les montagnes lointaines transformées matin et soir en architectures de rêve; les nuits profondes, les étoiles par myriades, et la lune inquiétante; toujours le silence, toujours la solitude; et les tempêtes intérieures plus effrayantes que le simoun; pas un livre, pas un visage, pas une lueur; cela, quarante jours et quarante nuits ?...

Parmi les hiéroglyphes de la très mystérieuse science des Nombres, le quarante est un des plus célèbres. Il signifie expiation et pénitence; il a gouverné le déluge, le sommeil d'Adam, l'exil des Hébreux; il est le chiffre de la matière, de la mère, de la mort, de tout ce qui transforme; il a un rapport avec la Vierge et avec le Christ, puisqu'il procède d'un autre nombre non moins célèbre, le treize. Mais retenons seulement cette thèse connue que le Messie, venu pour réparer la faute d'Adam, doit subir les mêmes situations et refaire les mêmes actes, mais en sens inverse. Ceci donne la clef de bien des énigmes évangéliques.

Je ne vous expliquerai pas cet enfer que rencontre Jésus. Vous savez qu'il est l'ombre nécessaire à la splendeur, le sol nécessaire à l'éther, l'individualisme favorable à l'altruisme, l'obstacle indispensable à l'élan, le passé sans lequel l'avenir n'existerait pas, l'immobilité point d'appui du mouvement. Il remplit donc une fonction utile, et nous ne devons ni le haïr, ni le craindre. Il y a partout des esprits mauvais; les uns sont attachés aux choses, les autres vivent dans l'atmosphère, d'autres enfin, et ce sont les assaillants directs de l'homme, vivent dans le mental. Ils ont un chef universel : Lucifer, roi de l'orgueil, image renversée du Verbe; il est, dans l'état immobile, glacé, impénétrable de la cristallisation, ce qu'est Jésus dans le jaillissement innombrable de la vie éternelle. Il tente tous les hommes, mais par son influence naturelle, de sorte que nous ne nous en apercevons même pas. Sous ses ordres se tiennent, dit la tradition, Asmodée, prince des convoitises matérielles, Mammon, prince de ce monde, dieu de l'argent, Belzébuth, prince de l'idolâtrie et des oeuvres sinistres. Lucifer, lui influe, par son immobilité; il est le zéro métaphysique, le point fixe du monde.

Autour de lui, de tous les côtés à la fois, s'agite
l'adversaire, le diable, Satan, le tueur, celui qui se met en travers et, tout à fait à l'extérieur, tout près du plan des corps, grouillent les démons, qui amollissent, corrompent, putréfient et dissolvent les composés vitaux; c'est eux que l'on nomme Légion.

Mais quelle fut l'utilité d'un jeûne aussi rigoureux et aussi prolongé ? N'était-ce pas provoquer l'épuisement, l'hyperesthésie, le délire ? A quoi cela répondait-il ?

Le Christ fut un être exceptionnel. Ce qui aurait affaibli un homme ordinaire ne faisait qu'exciter Ses énergies vitales. L'affaiblissement du jeûne se restaure par un appel aux réserves nerveuses; mais le corps de Jésus n'avait pas été construit par la terre; les matériaux en avaient été apportés directement d'un monde bien plus beau et bien plus pur que le nôtre. Il était plus fort et plus vigoureux qu'un enfant de la terre; Ses os étaient durs comme l'acier; Ses sens, exquis; Sa résistance à la fatigue, invraisemblable; Sa rapidité à réparer l'usure, extraordinaire. La dixième partie de Ses veilles et de Ses souffrances aurait tué l'homme le plus vigoureux. La nourriture matérielle ne Lui était pas nécessaire; Sa vitalité physique tirait un aliment du monde d'où elle provenait. Des forces arrivaient sans cesse sur Lui; et la conscience de Sa filiation divine maintenait toute Sa personne dans une tension surnaturelle.

L'histoire des contemplatifs nous montre d'ailleurs mille exemples d'abstinences extraordinaires. Le curé d'Ars, pour prendre un cas bien proche encore, travailla toute sa vie vingt-deux heures sur vingt-quatre, sans autre soutien que la moitié d'une pomme de terre. Et Jésus n'a-t-II pas dit : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé » ? Quiconque se dévoue corps et âme au service du Ciel, le Ciel lui conserve la vie et lui délivre des forces surnaturelles; à moins que l'heure n'ait sonné pour ce soldat de partir en mission sur une autre planète.

On reçoit dans la mesure où on se donne. Et Jésus S'était donné tout entier. Vous-mêmes, Messieurs, l'exaltation d'un simple sentiment humain, d'un amour, d'une oeuvre, d'une ambition, ne vous a-t-elle pas rendus capables d'efforts extraordinaires ? Il ne s'agit pas ici de déséquilibre nerveux; mais, actuellement,
notre vie est entée sur la matière; si l'on parvient à la déraciner et à la transplanter dans le royaume du plus pur Idéal, combien ne recevra-t-elle pas d'aliments miraculeux ?

Ainsi, le jeûne du Christ n'est pas incroyable. Des saints en ont fait presque autant, qui ont conservé, en dépit de cet effort, le calme et le bon sens pratique nécessaires à des fondations, la lucidité qu'exigeaient les conseils qu'on venait en foule leur demander. L'abstinence facilite une concentration plus fixe, une union plus profonde, si, entendez-le bien, l'ascète prépare et vivifie les privations corporelles par les privations du moi.



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Sources Livres Mystiques

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