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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 11:12




Le quatrième jour de la Genèse 2/2


par André Savoret



CREATION DES LUMINAIRES


Voici d'abord le texte du Sepher ; « Et ALEYM dit : Il y aura des Luminaires (MAoRoTh) dans l'espace éthéré, pour opérer le partage entre le Jour ou lumière manifestée et la Nuit, ou ténèbre manifestée. Ils seront en signes à venir pour les « mois », les « jours » et les « années ». Et ils seront comme des sources lumineuses sensibles (MAOROTh) dans l'espace éthéré des cieux pour inciter la lumière (intellectuelle) à briller sur la terre. Et il fit cette gémination de Luminaires virtuels (MAOROTh), les grands : Le Grand Luminaire ou foyer lumineux principal pour présider symboliquement au Jour, le foyer lumineux secondaire ou Petit Luminaire, pour présider symboliquement à la Nuit, et l'ipséité des étoiles ».

    Naturellement, la tentation était grande de rendre les expression employées par Moïse, (Grand Luminaire, Petit Luminaire) par soleil et lune. On ne s'en fit pas faute, Ce point de vue terre-à-terre, géocentrique, ne pouvait être celui d'un initié de la trempe de Moïse. Fabre d'Olivet, souvent moins réticent, se cantonne ici dans un hermétisme prudent. Il faut l'avoir assez assidûment fréquenté pour se livrer au jeu périlleux de commenter à sa place. Sa pensée transparaît toutefois dans le bref passage où il explique « étoiles » (KOKaBYM) par « facultés virtuelles de l'univers ». Reprenons le fil du texte sacré. Nous y voyons l'Oeuvre de Résurrection entrer dans une nouvelle phase.

Le tourbillon chaotique de la partie de la création infernalisée, qui semblait vouée aux ténèbres immuables, va être par la sollicitude du Créateur, éclairé par des foyers lumineux sensibles (foyers virtuels et non matériellement visibles comme l'est notre soleil physique). Ces foyers virtuels, réfléchiront un peu cette Lumière intelligible (et non sensible) qui, avant la grande révolte, éclairait directement les créations spirituelles, maintenant dégradées et opacisées, tout en constituant des centres d'attraction qui atténueront le mal en transformant une chute sans terme dans un indéfini de ténèbres, en gravitation universelle. Tels sont les « luminaires » ou MAoRoTh. Si le singulier, MAOR, peut signifier « astre », c'est dans un sens bien restreint. L'auteur de la Genèse, toujours synthétique, emploie ce terme dans sa simplicité étymologique : Ma-AO.R, c'est - à - dire « foyer ou réflecteur de la Lumière du Verbe ». Et pour nous faire entendre qu'il a en vue les foyers virtuels des soleils physiques, il emploie deux fois le pluriel avec valeur collective, en ayant soin de remplacer la voyelle - mère O par le point - voyelle qui la représente « virtuellement » ; il en use de même pour la terminaison du pluriel : OTh, afin que nous sachions que cette pluralité de Luminaires n'est qu'implicite, « virtuelle », elle aussi.

Elohim déclare donc qu'il y aura des Luminaires dans l'orbe éthéré des cieux pour servir de moyen de séparation entre la lumière et les ténèbres. Ces luminaires, dit le texte, feront briller (la lumière spirituelle) sur la terre. Par « Terre » il faut entendre ici toutes les planètes prises collectivement, toutes les terres. Il est permis de supposer que ce ne sont pas seulement la chaleur et la lumière physique d'un soleil visible qui sont susceptibles de réveiller sur les globes la lumière spirituelle obnubilée par la Chute. La forme hiphil du verbe AOR « briller, éclairer », dont se sert Moïse ou ses transcripteurs en cette occasion, est dite factitive, incitative ou excitative : E-AYR. La préformante est l'affaiblissement du S- factitif de toutes les langues apparentées (3). Elle donne ici à ce verbe le sens de « rendre lumineux, inciter à briller » qui est d'ailleurs donné dans les dictionnaires les plus classiques.

    Nos soleils ne sont que les reflets amoindris d'un des Soleils spirituels qui sont les émanations et les répartiteurs des énergies du Grand Soleil central, pivot de tous les univers visibles et invisibles. Ainsi, le « mythe solaire », si mal entendu par les modernes, recèle, bien compris, une très haute vérité : Chaque soleil est non seulement un symbole expressif du Verbe - Lumière pour les terres qui lui ont été confiées, mais constitue le « Petit Luminaire », réfléchissant le « Grand Luminaire », centre virtuel et flambeau de la Lumière du Verbe pour la sphère qu'il a charge d'illuminer et de vivifier. 

Ainsi, pour peu qu'on veuille approfondir la pensée de Moïse et celle de Fabre d'Olivet - son meilleur interprète à ma connaissance, nonobstant les erreurs de détail qu'on peut relever chez lui - réduire les « Luminaires » aux seuls soleils qu'étudie l'astronomie, c'est rétrécir presque caricaturalement cette pensée. Et c'est la méconnaître bien davantage que faire de leur cortège planétaire d'anciens anneaux solaires détachés de leur masse en cours de refroidissement. Soleils et planètes ont des origines différentes, des fonctions différentes, et sont formés d'éléments en partie semblables, en partie différents. Revenons maintenant à la Genèse. Elle nous expose qu'ALEYM fit non point deux Luminaires mais deux catégories complémentaires et inséparables, ATh-SheNI, de Luminaires (création principielle indépendante en soi de tout nombre défini) ; Le Grand, pour régner sur le « Jour », et le Petit (en réciprocité du Grand) pour dominer sur la « Nuit ». Mais quelle est cette « Nuit » ? C'est notre misérable « jour », qui, sans les soleils physiques, ne serait que ténèbres immuables !

Donc, ALEYM crée, nous dit la Genèse, le principe d'une double catégorie de foyers lumineux ; ensuite, apparaissent les étoiles, KOKaBYM, selon les besoins des mondes en perdition, Ici, la préposition ATh, que l'auteur de la Genèse emploie assez systématiquement lorsqu'il s'agit d'une création potentielle ou principielle, a été omise.
Les étoiles ou les soleils sont des faits qui se développent et se posent dans des circonstances relatives et définies de temps et d'espace. Fabre d'Olivet a donné de leur nom une étymologie séduisante, de laquelle je m'écarterai peu. Je noterai seulement que KOKaBYM est le même mot que l'akkadien KAKKABY "les étoiles", forme à redoublement expressif syncopé *KOB-KOB- dont le radical, toujours en akkadien, s'applique dans l'adjectif KAB-TU à ce qui est important, grave, auguste.

Dans l'ensemble, il m'apparaît que le Grand Soleil Virtuel, centre des créations divines dans l'ordre ici considéré, reflète, ainsi qu'un prisme les couleurs, toutes les forces divines, toutes les énergies spirituelles, et les propage indéfiniment en multiples phénomènes. Il constitue le prototype des « Grands Luminaires » qui dépendent de lui directement. Les soleils visibles les réfléchissent ainsi que des miroirs, concentrant et propageant, à leur tour, telles ou telles de ces forces, suivant le rôle particulier qu'ils sont appelés à jouer dans le monde. Les soleils « obscurs » ou virtuels, centres de forces d'origine divine, peuvent évertuer chacun plusieurs univers différents. Ils servent donc d'intermédiaires, de relais, entre le Soleil central (Trône de la Trinité créatrice et les soleils plus ou moins distants du Grand Centre.

    Quant aux planètes, quelles qu'elles soient, il semble assez évident par ce qui précède qu'elles sont l'oeuvre de Lucifer, car la matière est un résidu, inerte par lui-même. Le Verbe l'a pénétrée et vivifiée, l'Esprít a soufflé sur elle, elle a donc pu produire et produira des formes, afin d'être évoluée, transmuée, par ceux-là même qui l'ont faite ce qu'elle est. Pour les y aider, le « Petit Luminaire » (qui est notre soleil, ou tout autre du même ordre) fut créé. Et fut le Jour ! Mais le globe opaque de matière, en révoluant devant son soleil, ne peut exposer à ses rayons qu'une partie de sa surface ; l'autre est dans l'obscurité. Et fut la Nuit ! Toutefois, ces planètes, reflètent elles aussi, en proportion de leur éloignement, la lumière solaire et répandent à leur tour clarté et force : Pâles clartés, forces souvent nocives, provenant de leur sombre origine !

Le « Petit Luminaire », dans la pensée de Moïse, si toutefois je l'ai à peu près saisie, n'est donc nullement la lune (que nous verrons nommée en une autre occasion, comme production symbolique de YaQTaN, dans la lignée de SeM. En fait, n'y a-t-il pas autant de « lunes » que de planètes ? Toutes ne réfléchissent-elles pas la lumière de leur soleil respectif ? Pour nous, terriens, ce moindre Luminaire est notre soleil ; Moïse, parlant toujours au collectif, c'est chaque Soleil, chaque « étoile », visible ou invisible, tirant son énergie d'un Soleil virtuel. Outre ce point, il est bon de noter que chaque astre visible, stellaire ou planétaire, comporte un « double » invisible et même (pour les soleils) plusieurs. Pour notre terre, ce double n'est autre que la TheBaH ou « Arche » dont il est question dans la Genèse à propos du Déluge (ou plutôt des trois cataclysmes diluviens que Moïse confond habilement en un seul, à savoir : le Diluvium du Proche - Orient ou déluge babylonien ; l'engloutissement d'Atlantis ; et, en dernier lieu, le plus important, ce déluge très spécial, analogue au Pralaya des textes de l'Inde).

    Chacun sait que les planètes décrivent une course elliptique autour d'un double foyer. L'un d'eux est occupé par notre soleil visible. Je tenterai de m'expliquer plus loin sur l'autre et, afin de ne pas rester entièrement dans le domaine de la spéculation pure, de tirer de là une déduction touchant l'astrologie pratique.

Pour l'instant, je noterai que les centres irradiants de lumière spirituelle réfléchie par les soleils tend à réveiller nos facultés supérieures engourdies et atrophiées. Ces influences stellaires sont d'un autre ordre que les influences planétaires. Les planètes nous renvoient la lumière et les énergies qu'elles ont reçues, mais viciées par leur propre ambiance, colorées, pour ainsi dire, par leurs virtualités propres, bonnes et mauvaises - en principe, plutôt mauvaises - au regard de l'esprit. Inversement, notre inadaptabilité actuelle à la vie véritable de l'esprit, rend souvent périlleuse pour nous l'influence stellaire. C'est ce qu'expose Ptolémée, d'une façon différente, lorsqu'il nous dit que les étoiles fixes promettent souvent des chances extraordinaires, payées très cher si les promesses de l'horoscope ne s'accordent pas avec les leurs.

J'ai essayé ici, bien maladroitement sans doute, de replacer l'oeuvre du « Quatrième Jour » dans la perspective générale de cette seconde « Création » ou « Résurrection » décrite par la Genèse. J'espère n'avoir pas trop trahi la pensée de son auteur, ni trop déformé celle de Fabre d'Olivet, dont je me suis, en somme, rarement écarté.

    J'en viens maintenant au double foyer des gravitations planétaires. Ce qu'on peut désigner pour simplification sous le vocable « second foyer » n'est pas exactement le même pour toutes les planètes de notre système. Ainsi, il y aurait multiplicité de foyers virtuels. En réalité, le vrai foyer virtuel n'est pas physiquement localisé dans notre espace. Toutes les forces destinées à évertuer l'ensemble des planètes s'y trouvent bien à l'état potentiel, mais ne s'actualisent physiquement qu'en élisant chacune un centre plus particulier de manifestation et de condensation. Sédir, qui fut en contact à un certain moment avec d'authentiques porteurs de la tradition rosicrucienne, écrit dans son « Histoire et Doctrines des Rose - Croix », ceci, qui pourrait être compris comme une élucidation du problème des foyers virtuels, chaque planète dépendant plus particulièrement d'un des centres de forces composant ensemble ce foyer : 
   
« La vie terrestre est fille du soleil jaune qui nous éclaire. Mais il y a six autres soleils qui font vivre la terre, soleils actuellement invisibles, mais qui, tour à tour, entreront dans notre arc de visibilité. Notre soleil jaune est préposé à l'assimilation des fonctions vitales. Au-dessous, il y a le soleil rouge préposé à l'agglomération des cellules de la vie terrestre. Ce soleil dirige les groupements en cristaux dans les molécules minérales ; il régit la morphologie, les affinités physiques et chimiques. Ce soleil rouge est l'habitat du génie, de l'ange, du dieu directeur de l'Institut des Rose - Croix, Elias Artiste. »

Il faut, évidemment, des circonstances particulières, très particulières même, pour entrevoir - non par les yeux physiques - l'un de ces soleils virtuels, chacun apparaissant avec sa couleur particulière, en concordance avec l'une des couleurs attribuées aux planètes. Le soleil rouge pourrait être défini, en employant une comparaison avec nos sensations colorées physiques, comme un rouge de carmin d'intensité moyenne (5° ton). Son disque apparent peut avoir les 2/3 de celui du soleil en diamètre. Quant aux autres, n'en sachant rien de précis, je n'en dirai rien. 

    De mes différentes recherches, lesquelles ne sont pas toutes d'un intérêt actuel, je veux, pour terminer, tirer une indication promise plus haut, La voici : Dans l'espace où s'échelonnent les systèmes et les constellations, notre soleil régente effectivement une zone qu'on pourrait représenter par un ovoïde ou mieux par un ménisque. Très puissante dans sa zone équatoriale, l'influence solaire décroît assez rapidement pour être pratiquement nulle dans la zone polaire.

    Cet effet est quantitatif et non qualitatif. Il ne s'agit que de l'intensité de ce qu'on peut appeler, plus ou moins justement, son « influx ». Si cette vue est juste, il s'en déduit naturellement que la latitude des planètes joue un rôle dans le dosage, toujours délicat, de l'intensité de leur influence dans un thème. Cette intensité doit donc décroître à mesure que la planète envisagée s'écarte de la latitude nulle.

Dans son petit pamphlet contre l'astrologie, l'astronome Couderc s'autorise du fait que les planètes ont des constitutions analogues pour décréter que des corps semblables ne peuvent avoir sur les affaires humaines des actions différentes et même contradictoires. Il se gausse de ceux qui admettent « que des blocs rocheux entourés d'une atmosphère agissent différemment parce qu'ils portent des noms de personnages de contes de fées ». Si, en effet, l'influence planétaire ne pouvait s'expliquer que par des phénomènes physico-chimiques, ou se traduire en vibrations ou en potentiel électro - magnétique, il aurait raison. Et trop d'astrologues qui se veulent « scientifiques » - au sens moderne du terme - lui tendent bénévolement les verges avec lesquelles il les fustige. En étudiant de mon mieux le texte de la Genèse, celui-ci m'a transporté sur un autre terrain. Et, si je ne m'abuse pas, c'est seulement sur ce terrain-là que l'astrologie peut trouver sa justification valable. Le « caillou appelé Mars » et le « caillou appelé Jupiter », pour identique que nous apparaisse leur composition, pour identique que soit également la lumière du soleil physique qui les éclaire, n'ont pas la même affinité pour chacun des soleils virtuels qu'il est permis de soupçonner, soleils dont les énergies ne sont pas du ressort des sciences qu'étudie et pratique M. Couderc, quelle que soit sa compétence dans leur domaine. Qu'on me passe une boutade pour terminer : M. Couderc et moi, sommes formés d'éléments matériels identiques à peu de choses près. Ce qui ne nous empêche nullement d'avoir des vues « différentes et même contradictoires » sur un même sujet !...

(l)  Notons déjà ici que c'est dans cet oeuf éthéré, RaQY'a, et non dans les Cieux  proprement dits, que s'effectuera au quatrième jour la création des Luminaires. Dons le nom des Cieux (ShaMaYM) on retrouve celui des Eaux (MaYM) et la racine SheM, affectée à toute supériorité, à toute glorification. L'hermétiste Khunrath avait senti la même vérité, en l'interprétant selon ses préoccupations propres : Shamaim - écrit-il dans son Amphithéâtre - est comme Esch v' Maim (feu et eaux).

(2)  « Du commencement à la fin »... Je note que Moïse emploie une expression apparemment contraire : Va YEY 'ReB, Va YEY BOQeR : « Et fut soir, et fut matin ».
    Voici pourquoi : eReB, presque l'Erebos des Grecs - encore que ce rapprochement ne soit pas forcément fondé sur une parenté linguistique - signifie « soir » dans le sens d'obscurité. BOQeR exprime, au contraire, un dégagement de lumière. Chacun des « jours » ou cycles lumineux décrits par Moïse constitue une nouvelle étape de la lutte victorieuse du Verbe - Lumière contre la Ténèbre infernale. Chacune de ces Périodes débute donc dans un stade relativement plus ténébreux que celui où elle se termine. Toute la narration est ainsi subordonnée aux phases de cette lutte entre la Lumière et les Ténèbres qui en est le noeud.

(3)  Par exemple, égyptien S-WSER « rendre vigoureux », auprès de WSER « vigoureux »; berbère marocain : GEN « dormir », S-GEN « faire dormir »


Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 21:43


Le quatrième jour de la Genèse


par André Savoret



    I1 est un texte qui ne figure guère dans nos traités d'astrologie (si j'en excepte, autant qu'il m'en souvienne, celui d'Abel Haatan), est celui de la création des « Luminaires », oeuvre du quatrième « jour » de la Genèse.

    Sans doute est-il permis de l'estimer fort éloigné des préoccupations dominantes du lecteur qui ne vise qu'à apprendre ou à perfectionner les connaissances nécessaires à l'interprétation d'un horoscope ! J'en conviens volontiers, mais je veux m'adresser ici à une catégorie de chercheurs un peu plus restreinte : j'entends parler ici de ceux qui ne dédaignent nullement d'ajouter le savoir au « savoir faire ».

    Ceux-là savent aussi bien que moi quelles graves lacunes renferme ce qu'on est convenu d'intituler « la Tradition »; ils savent que les Anciens y compris Ptolémée, leur ultime écho, déjà affaibli se sont gardés de livrer les principes de leur science, n'en découvrant guère que les applications les plus extérieures. Leur cosmologie, même, se réduit le plus souvent à quelques énoncés symboliques ou à de sèches énumérations. En somme, il n'est point trop paradoxal d'énoncer que l'astrologie antique nous est connue, « grosso modo », comme nous le serait la chimie, réduite à quelques recueils d'expériences et à quelques procédés de manipulations !...

    Dans son remarquable ouvrage, qui a le courage de poser bien des problèmes occultes sans avoir la prétention de les résoudre tous, « L'Esotérisme de l'Astrologie », A. Volguine fait une constatation pénible : « De même que les manuels de vulgarisation ne font que recopier, d'une façon plus ou moins identique, les mêmes données sans faire un effort personnel, de même, depuis un demi - siècle, aucun élément nouveau n'a vu le jour en Astrologie Esotérique; aucune production de qualité n'est venue tenter sérieusement de forcer la porte de ce domaine ».
    Pourquoi cela ? Les causes en sont multiples et complexes. Mais - et ce n'est certes pas Volguine que me contredira - l'une des principales est que l'on ne peut pas plus aborder l'astrologie vraie avec une mentalité d'astronome moderne qu'on ne peut aborder avec fruit l'alchimie, par exemple, avec une mentalité de chimiste. Je veux préciser ma pensée sur ce point : lorsque je dis « mentalité », je n'entends nullement « science ». L'alchimiste qui ne saurait pas manipuler, et l'astrologue qui ignorerait les données de la cosmographie ne devraient pas tenir cette lacune pour un élément de succès !

    Je crois avoir déjà exposé des vues analogues dans ma modeste réplique à Couderc : « Preuves... et Epreuves de l'Astrologie », mais certaines redites sont nécessaires. Quoi qu'il en soit, parmi les méthodes ou les procédés, j'allais écrire « les tactiques » qui permettraient de pénétrer au coeur du sanctuaire, l'étude bien menée des cosmogonies antiques n'est pas à négliger, sous la réserve déjà formulée : Ne pas les aborder avec une mentalité trop étrangère à celle qui a procédé à leur élaboration ; ne pas exiger qu'un prophète de Zehwty (Thôth) ou qu'un Voyant d'lsraël pensent et écrivent dans le style d'un rationaliste moderne.

    Justement, il m'a semblé que le début de la Genèse en particulier l'oeuvre du Quatrième Jour, présentait pour un astrologue averti une vue cosmologique singulièrement suggestive. Je voudrais que l'esquisse que je vais en tenter, pour insuffisante qu'elle soit, inspirât à des chercheurs bien doués le désir d'aller plus avant dans l'élucidation d'un texte dont Antoine Fabre d'Olivet, génie admirable, presqu' aussi mal compris de nos jours que des siens, a levé les difficultés majeures. Je rappellerai seulement que sa « Langue hébraïque restituée » ne constitue que la charpente, la substructure d'un commentaire .dont les premières pages seules ont été publiées, sous le titre « Thédoxie universelle », et dont les éléments essentiels se rencontrent, habilement disséminés, dans ses autres écrits, parmi lesquels son « Caïn » et son « Histoire philosophique du Genre humain » sont d'une lecture à peu près indispensable. Certes, on a pu lui reprocher des étymologies parfois douteuses... et à juste titre. Mais la manie de son temps était justement l'étymologie (et quelle !) de même que la mode était au phénicien, depuis Court de Gébelin et ses émules. Il se plia donc à ces exigences pour se faire entendre, mais je crois pouvoir affirmer que l'étymologie fut pour lui, ce que les procédés cryptiques de la Quabbale furent pour d'autres : Un moyen d'enseignement et non un instrument de recherches !...
    L' « instrument » était autre - et incomparablement plus sûr...
    Ceci dit, abordons notre sujet.


ANTECEDENTS COSMOLOGIQUES

    Pour bien situer le texte du Quatrième Jour (création des Luminaires) dans l'ensemble de la Genèse ou Sepher Bereschith, il importe de situer exactement le point de départ de celle-ci.
    L'auteur de La Langue hébraïque restituée pensait que la cosmogonie proprement dite, de Moïse, était renfermée dans les dix premiers chapitres du Sepher, considérant le premier de ceux-ci comme le dixième de sa théogonie, et le dixième comme le premier de sa géologie. Moïse ne nous ayant pas laissé cette théogonie, force nous est de faire le point, afin de nous rendre compte si le début de la Genèse expose la création primordiale ou s'il a trait seulement à une création secondaire, dont l'intérêt résulte surtout du fait que nous lui appartenons.

    De fortes et multiples raisons nous entraînent à pencher pour cette seconde hypothèse : Le fait même des ressemblances de cette cosmogonie avec celles d'Akkad et de Sumer, la notion, sans doute implicite, mais nullement explicite,
de la chute des anges : l'omission de la création du monde angélique, sont déjà de bonnes présomptions en faveur de cette opinion. C'est dans ce sens que nous pourrions interpréter la phrase, lourde de signification, qu'énonce Fabre d'Olivet dans sa Théodoxie universelle : « Je vous dis que le développement de l'univers est une résurrection ».

    Si, comme le pensait Fabre d'Olivet, la cosmogonie du Sepher se renferme dans les dix premiers chapitres comme dans une Décade symbolique, il n'est peut-être pas trop osé d'affirmer que les dix premiers versets, décade de cette décade, en énumèrent tous les principes. Que la division en versets soit
due à Moïse ou qu'on l'attribue à Esdras, peu importe ; ce qui importe vraiment, c'est que cette division ait été intentionnelle, comme j'en ai la forte conviction.

    Ces dix versets nous offrent, groupés autour du Principe Central, ALEYM (Elohim), douze principes ou modifications de principes, dont voici la transcription littérale : ThEUM (l'Abime), MaYM (les Eaux), HOSheK (l'obscurité), RUaH-ALEYM (le Souffle divin), AOR (la Lumière), YQM (le Jour), LYLE (la Nuit), ShaMaYM (les Cieux), RaQY'a (le « Firmament »), .YMYM (les Mers), YBeShE l'Aridité), AReTS (la Terre).
    De ces principes, certains ne sont qu'un aspect particulier ou un développement des autres, et je ne crois pas m'égarer beaucoup en les hiérarchisant comme suit ;

1° - Principes primaires, relevant de la théogonie, ou, tout au moins, de la Création primitive (dont la Genèse ne s'occupe pas directement) :
ALEYM : la Divinité, conçue à travers l'Angélité ;
ThEUM : l'Abîme primordial, source passive des « possibles »;
RUaH-ALEYM : le Souffle divin, la puissance créatrice et ordonnatrice du Très-Haut,s'exprimant par et en le Verbe - Lumière, parole de IEVE.

2° - Principes seconds, sur lesquels va porter l'effort créateur, ou plutôt, pour parler comme Fabre d'Olivet, principes entrant en jeu dans « l' oeuvre de résurrection » :
            MaYM : les Eaux primitives, spécification de ThEUM, l'Abîme ;
            HOSheK : le Feu ténébreux, engendré par la« chute » de l'Archange.
3° - Principes particuliers ou médiateurs, destinés à remédier à l'état de choses conséquentiel à la rébellion archangélique :
            AOR : la Lumière verbale, manifestation de RUaH-ALEYM ; c'est l'Agent qui, exerçant son action sur les deux principes seconds, c. à d. sur les Eaux enténébrées, va s'opposer comme YOM (Jour) à HOSheK, l'Obscurité, réagissant comme LYLE (Nuit).

            De cette lutte vont naître :
a)  Des eaux (MaYM) séparées des Ténèbres :  
         ShaMaYM : les Eaux Spiritualisées, source des existences spirituelles ;
         RaQY'a : Les Eaux moyennes ou éthérées ; 

b) De la Ténèbre (HOSheK) se séparant des Eaux :          
            YBeShE ; l'Aridité, l'Aridisation, origine de :
            AReTS : la « Terre », source des formes matérielles.

    Ces distinctions opérées, il sera plus facile de saisir le sens interne des dix premiers versets du Sepher. Je ne veux transcrire ici que les versets 7 et 8, plus proches de nos préoccupations astrologiques, en m'excusant de rappeler que toute transcription de cet ordre demeure extérieure, donc partiellement illusoire et inadéquate sans l'illumination intérieure :

    - V. 7. - Et ALEYM effectua ce qui allait constituer RaQY'a (la raréfaction éthérée) afin de différencier les Eaux d'après ce moyen terme, préposé entre les, Eaux qui s'alourdissaient, se condensaient et celles qui s'allégeaient, se dilataient, par rapport à ce même orbe éthéré : et ainsi fut.

    - V. 8. - Alors, ALEYM caractérisa l'espace du nom de Cieux (ShaMaYM) ; Eaux glorifiées, libérées (1). Ainsi fut, du commencement à la fin, du « soir » au « matin » (2), le second Jour (ou seconde phase de l'OEuvre de Résurrection). Le lecteur aura déjà noté la nuance qui sépare les « cieux », proprement dits, de l'expansion éthérée, traduite tantôt par « Etendue », tantôt par « Firmament ».

    Il y aurait, évidemment, beaucoup à dire, si l'on voulait commenter un peu sérieusement les deux versets dont je viens de donner une transcription approximative. Mais pour rendre ce commentaire intelligible, il eût fallu d'abord transcrire les dix premiers versets et les commenter mot par mot.

    Je dois y renoncer pour l'instant. Ceux qui ont la bonne fortune de posséder les oeuvres maîtresses de Fabre d'Olivet pourront s'y reporter, ce qui simplifiera leur tâche.

    Il me suffira de résumer en quelques phrases les conséquences de ce qui précède : La Genèse, débute au moment où une catastrophe cosmique incommensurable, d'origine luciférienne, a fait d'une partie de la Création divine un Chaos. C'est sur ce chaos que va s'exercer l'activité restauratrice et rédemptrice de la partie de la Création non entraînée dans la « Chute ». La création particulière de l'humanité adamique, destinée à régenter ce Chaos et à en surveiller le retour à la norme salvatrice s'en déduira au sixième Jour. Le « firmament des Cieux » réalisera dans une portion croissante de ce Chaos un ordre relatif : des cycles temporels s'y dérouleront au sein d'un ovoïde spatial, et cette élaboration du monde « astral » sera l'oeuvre du quatrième Jour. Je dirai donc quelques mots rapides sur ce qu'on a appelé « la Chute des Anges » avant d'aborder la création des Luminaires dont ces vues préalables faciliteront un peu l'étude, du moins, je l'espère.


LA REBELLION LUCIFERIENNE

    Nous venons de voir que le Sepher, tel qu'il nous est parvenu, supposait la chute de l'Archange sans la décrire explicitement.
    Moïse parle bien des anges au cours de ses cinquante chapitres, mais il reste muet sur leur création qui, on le sent, ne fait pas partie de l'oeuvre des Six Jours. Autre remarque, en passant, dans l'énumération des espèces animales (cinquième Jour) il ne fait
pas mention des insectes. Ces omissions ne sont pas l'effet du hasard ni de l'inadvertance. Si, comme tout porte à le supposer, les insectes sont les créatures terrestres où le sceau satanique s'imprime le plus profondément, on comprend pourquoi l'auteur du Sepher préfère les passer sous silence.

    Ici, il n'est peut-être pas inutile de souligner que, dans la conception de l'auteur de la Genèse, la Ténèbre est la résultante générale, dans l'ordre cosmologique, de l'acte par lequel Lucifer se détache de Dieu, se pose en démiurge en face de lui et ose une création dont il puisse s'enorgueillir d'être l'auteur. Et ce n'est pas par pure coïncidence que Moïse se sert pour désigner la Ténèbre chaotique, HosheK, et le « Serpent » tentateur, Na-Hash, du même élément radical, Hosh, pour mieux nous pénétrer de leur commune origine.

    Je sais bien que, pour beaucoup de penseurs, Lucifer n'est rien d'autre qu'une froide abstraction sans réalité objective. Je ne discuterai pas cette vue, me contentant d'affirmer simplement qu'elle n'est nullement conforme à l'esprit du texte du Sepher.

    Quoique il soit bien difficile, presque impossible même, de mesurer à notre aune un être aussi gigantesque, aussi hors de proportions avec nos modes d'être, de sentir et d'agir, je vais essayer, très grossièrement, de tenter une esquisse de son acte et de ses conséquences. L'Archange Lucifer, l'ex-porte-lumière, a voulu s'égaler à son Créateur. Certes, sa puissance était immense, inconcevable pour notre entendement actuel ; il pouvait « créer », à son tour, des êtres spirituels, susceptibles à leur tour d'en « créer » d'autres à leur image. Cependant, malgré sa grandeur et l'éclat de ses attributs, Lucifer n'était qu'une créature, subordonnée à son Créateur, et toutes les créatures spirituelles émanées de lui étaient, comme lui, des « créatures de Dieu ». La VIE qui les animait et qu'ils transmettaient, quoique étant en eux, ne leur appartenait pas en propre.

    Lucifer, donc, se prétendant égal à son Créateur et s'étant dressé en rival devant son Père, s'éloigna de Lui, entraînant avec lui des légions de ses créatures, orgueilleuses comme lui. Dieu pouvait retirer à Lui le Souffle de Vie qui donnait l'être au Grand Révolté...
    Mais la justice de Dieu n'est pas celle des hommes aux horizons bornés, Il n'a ni foudroyé ni empêché Lucifer, car il veut laisser à sa créature la possibilité de revenir vers Lui, librement. Si Lucifer revenait, tel l'enfant prodigue de la parole évangélique, l'Enfer n'existerait plus. Car, telle semble bien l'origine des mondes infernaux ou infernalisés : Lucifer et les siens ont créé des formes, encore des formes, mais la Vie divine a toujours animé ces formes, car, si le Verbe (qui est la Vie) ne les avait animées, elles fussent demeurées à jamais inertes et insensibles. Pendant bien des Eons de temps, les créations réalisées par Lucifer et les siens furent d'autres créatures spirituelles ; mais, tout en s'éloignant de Dieu et par leur perversité même, leur spiritualité allait en décroissant. S'éloignant du Soleil lumineux, ces êtres devenaient de plus en plus sombres ; l'Abîme obscur les attirait : ils s'étaient flattés de l'éclairer de leur lumière propre, mais cette lumière n'était qu'un reflet et les Ténèbres n'en peuvent être illuminées. Rendons-nous compte, à ce point, qu'il est impossible à l'intelligence humaine de saisir et classer la totalité des formes innombrables du mal, dans le visible et l'invisible, depuis l'infinité des Sphères jusqu'aux vibrions.

    Les planètes, par exemple, sont, en partie, l'oeuvre de l'Esprit du mal; chacune d'elles a son "Prince de ce Monde", pour reprendre l'expression de l'Evangile. Et, si les cosmogonies antiques l'ont, le plus souvent, donné à entendre sans l'exposer ouvertement, quelques-unes, comme celle des Parsis, le disent crûment. A. Volguine (chap. V de « L'Esotérisme de l'Astrologie ») nous en donne quelques extraits suffisamment explicites.

    Je n'ai pas ici à rechercher pour quelles raisons ni de quelle façon l'humanité terrestre ou, plus largement, les humanités planétaires, apparurent sur leurs globes respectifs. Si la mission d'Adam fut, comme je le suppose, de ramener l'harmonie dans la partie de la création perturbée par Lucifer et les siens, il est fort probable que la chute de cet être collectif, dont nous sommes des sous-multiples quasi infinitésimaux dans notre phase individuelle présente, était de même nature que celle du Révolté et que, dès cet instant indescriptible, l
'Humanité, guide et gardienne des créations lucifériennes, perdit ses prérogatives, en devint l'esclave et se vit impliquée dans leur mécanisme implacable.
Si les créations lucifériennes avaient été abandonnées à elles - mêmes, elles ne seraient jamais sorties de ce stade, impensable pour nous, que nous désignerons sous le nom de « Chaos », ou sous celui de « Ténèbre », selon la cosmogonie à laquelle nous nous référerons. Nous venons de voir que chaque « jour », chaque « acte » de la Genèse correspondait à une phase évolutive amorcée sur la phase involutive à laquelle elle apportait le remède approprié, « en principe » d'abord, son efficience devant se déployer progressivement à l'aide du Temps.

Des ésotéristes du début de ce siècle, malencontreusement influencés par l'auteur de la « Mission des Juifs », ont fait du temps « le grand Centralisateur », l'assimilant à Caïn, C'est justement l'inverse qui serait logique. Et, puisque je m'appuie souvent sur Fabre d'Olivet, je tiens à faire remarquer que dans les notes explicatives de son « Caïn », ce dernier dit ouvertement que le temps est le moyen par lequel la Providence entend pallier, peu à peu, les conséquences de la chute d'Adam. Je dirai d'ailleurs ici que, si j'ai bien compris le philosophe de Ganges, Qaïn est ce qu'il nomme « Instinct universel » dans son Histoire Philosophique du Genre humain. Nous pouvons maintenant aborder l'oeuvre du Quatrième Jour.

A suivre...

Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 23:30




La langue hébraïque restituée

et le Véritable sens des mots hébreux rétabli et prouvé par leur analyse radicale

par FABRE-D'OLIVET

PREMIERE PARTIE

§. II. Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ;

vicissitudes que ce livre a éprouvées. (fin)



Chapitre I

Chapitre II - 1

Moyse avait pénétré dans les sanctuaires de l'Égypte, et il avait été initié aux mystères ; on le découvre facilement en examinant la forme de sa Cosmogonie. Il possédait sans doute un grand nombre d'hiéroglyphes qu'il expliquait dans ses écrits, ainsi que Phylon l'assure 55 ; son génie et son inspiration particulière faisaient le reste. Il se servait de la langue égyptienne dans toute sa pureté 56. Cette langue était alors parvenue au plus haut degré de perfection. Elle ne tarda pas à s'abâtardir entre les mains d'une peuplade grossière, abandonnée à elle-même au milieu des déserts de l'Idumée. C'était un géant qui s'était montré tout à coup au sein d'une troupe de pygmées. Le mouvement extraordinaire qu'il avait imprimé à sa nation ne pouvait pas durer, mais ils suffisait que le dépôt sacré qu'il lui laissait dans le Sépher fût gardé avec soin pour que les vues de la Providence fussent remplies. II paraît, au dire des plus fameux rabbins 57, que Moyse lui-même prévoyant le sort que son livre devait subir, et les fausses interprétations qu'on devait lui donner par la suite des temps, eut recours à une loi orale qu'il donna de vive voix à des hommes sûrs dont il avait éprouvé la fidélité, et qu'il chargea de transmettre, dans le secret du sanctuaire, à d'autres hommes qui, la transmettant à leur tour d'âge en age, la fissent ainsi parvenir à la postérité la plus reculée 58. Cette loi orale, que les Juifs modernes se flattent encore de posséder, se nomme Kabbale 59, d'un mot hébreu qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui se passe de main en main, etc. Les livres les plus fameux qu'ils possèdent, tels que ceux du Zohar, le Bahir ; les Medrashim, les deux Gemares, qui composent le Thalmud, sont presque entièrement kabbalistiques.

55 De vitâ Mos.

56 Je ne me suis point arrêté à combattre l'opinion de ceux qui paraissent croire que le copte ne diffère point de l'égyptien antique ; car, comment s'imaginer qu'une pareille opinion soit sérieuse ? Autant vaudrait dire que la langue de Bocace et du Dante est la même que celle de Cicéron et de Virgile. On peut faire montre d'esprit en soutenant un tel paradoxe ; mais on ne fera preuve ni de critique, ni même de sens commun.

57 Moyse de Cotsi : Pref. au grand Livre des Command. de la Loi. Aben-Esra, Jesud Mora, etc.

58 Boulanger : Antiq. dev. L. I. c. 22.

59 קבל

Il serait très difficile de dire aujourd'hui si Moyse a réellement laissé cette loi orale, ou si, l'ayant laissée, elle ne s'est point altérée, comme paraît l'insinuer le savant Maimonides, quand il écrit que ceux de sa nation ont perdu la connaissance d'une infinité de choses sans lesquelles il est presque impossible d'entendre la Loi 60. Quoi qu'il en soit, on ne peut se dissimuler qu'une pareille institution ne fut parfaitement dans l'esprit des Égyptiens, dont on connaît assez le penchant pour les mystères.

60 Rambam. More. Nevoch. Part. I. c. 21.

Au reste, la chronologie peu cultivée avant les conquêtes de Kosrou, ce fameux monarque persan que nous nommons Cyrus, ne permet guère de fixer l'époque de l'apparition de Moyse. Ce n'est que par approximation qu'on peut placer, environ quinze cents ans avant l'ère chrétienne, l'émission du Sépher. Après la mort de ce législateur théocratique, le peuple auquel il avait confié ce dépôt sacré demeure encore dans le désert pendant quelque temps, et ne s'établit qu'après plusieurs combats. Sa vie errante influe sur son langage, qui dégénère rapidement. Son caractère s'aigrit ; son esprit turbulent s'allume. Il tourne les mains contre lui-même. Sur douze tribus qui le composaient, une, celle de Benjamin, est presque entièrement détruite. Cependant la mission qu'il avait à remplir, et qui avait nécessité des lois exclusives, alarme les peuples voisins ; ses moeurs, ses institutions extraordinaires, son orgueil, les irritent ; il est en butte à leurs attaques. En moins de quatre siècles, il subit jusqu'à six fois l'esclavage ; et six fois il est délivré par les mains de la Providence, qui veut sa conservation. Au milieu de ces catastrophes redoublées, le Sépher est respecté : couvert d'une utile obscurité, il suit les vaincus, échappe aux vainqueurs, et pendant longtemps reste inconnu à ses possesseurs mêmes. Trop de publicité eût alors entraîné sa perte. S'il est vrai que Moyse eût laissé des instructions orales pour éviter la corruption du texte, il n'est pas douteux qu'il n'eût pris toutes les précautions possibles pour veiller à sa conservation : On peut donc regarder comme une chose très probable, que ceux qui se transmettaient en silence et dans le plus inviolable secret, les pensées du prophète, se confiaient de la même manière son livre ; et, au milieu des troubles, le préservaient de la destruction.

Mais enfin, après quatre siècles de désastres, un jour plus doux semble luire sur Israël. Le sceptre théocratique est partagé ; les Hébreux se donnent un roi, et leur empire, quoique resserré par de puissants voisins, ne reste pas sans éclat. Ici un nouvel écueil se montre. La prospérité va faire ce que n'ont pu les plus effroyables revers. La mollesse, assise sur le trône, s'insinue jusque dans les derniers rangs du peuple. Quelques froides chroniques, quelques allégories mal comprises, des chants de vengeance et d'orgueil, des chansons de volupté, décorés des noms de Josué, de Ruth, de Samuel, de David, de Salomon, usurpent la place du Sépher. Moyse est négligé ; ses lois sont méconnues. Les dépositaires de ses secrets, investis par le luxe, en proie à toutes les tentations de l'avarice, vont oublier leurs serments. La Providence lève le bras sur ce peuple indocile, le frappe au moment où il s'y attendait le moins. Il s'agite dans des convulsions intestines ; il se déchire. Dix tribus se séparent et gardent le nom d'Israël. Les deux autres tribus prennent le nom de Juda. Une haine irréconciliable s'élève entre ces deux peuples rivaux ; ils dressent autel contre autel, trône contre trône : Samarie et Jérusalem ont chacune leur sanctuaire. La sûreté du Sépher naît de cette division.

Au milieu des controverses que fait naître ce schisme, chaque peuple rappelle son origine, invoque ses lois méconnues, cite le Sépher oublié. Tout prouve que ni l'un ni l'autre ne possédait plus ce livre, et que ce ne fut que par un bienfait du ciel qu'il fut trouvé, longtemps après 61, au fond d'un vieux coffre, couvert de poussière, mais heureusement conservé sous un amas de pièces de monnaie que l'avarice avait vraisemblablement entassées en secret, et cachées à tous les yeux. Cet évènement décida du sort de Jérusalem. Samarie privée de son palladium, frappée un siècle auparavant par la puissance des Assyriens, était tombée ; et ses dix tribus, captives, dispersées parmi les nations de l'Asie, n'ayant aucun lien religieux, ou, pour parler plus clairement, n'entrant plus dans les vues conservatrices de la Providence, s'y étaient fondues : tandis que Jérusalem, ayant recouvré son code sacré, au moment de son plus grand péril, s'y attacha avec une force que rien ne put briser. Vainement les peuples de Juda furent conduits à l'esclavage ; vainement leur cité royale fut détruite comme l'avait été Samarie, le Sépher, qui les suivit à Babylone, fut leur sauvegarde. Ils purent bien perdre, pendant les soixante-dix ans que dura leur captivité, jusqu'à leur langue maternelle, mais non pas être détachés de l'auteur pour leurs lois. Il ne fallait pour les leur rendre qu'un homme de génie. Cet homme se trouva, car le génie ne manque jamais là où la Providence l'appelle.

61 Voyez Chroniq. II. c. 34. v. 14 et suiv. : et conférez Rois. II ch. 12.

Esdras était le nom de cet homme. Son âme était forte, et sa constance à l'épreuve de tout. Il voit que le moment est favorable, que la chute de l'empire assyrien, renversé par les mains de Cyrus, lui donne la facilité de rétablir le royaume de Juda. Il en profite habilement. Il obtient du monarque persan la liberté des Juifs ; il les conduit sur les ruines de Jérusalem. Mais avant même leur captivité, la politique des rois d'Assyrie avait ranimé le schisme samaritain. Quelques peuplades cuthéennes ou scythiques, amenées à Samarie, s'y étaient mêlées à quelques débris d'Israël, et même à quelques restes de Juifs qui s'y étaient réfugiés. On avait à Babylone conçu le dessein de les opposer aux Juifs dont l'opiniâtreté religieuse inquiétait 62. On leur avait envoyé une copie du Sépher hébraïque, avec un prêtre dévoué aux intérêts de la cour. Aussi, lors qu'Esdras parut, ces nouveaux samaritains s'opposèrent de toutes leurs forces à son établissement 63. Ils l'accusèrent auprès du grand roi de fortifier une ville, et de faire plutôt une citadelle qu'un temple. On dit même que, non contents de le calomnier, ils s'avancèrent vers lui pour le combattre.

62 Rois, II. ch. 27. v. 17.

63 Joseph : Hist. Jud. L. XI. c. 4.

Mais Esdras était difficile à intimider. Non seulement il repousse ces adversaires, déjoue leurs intrigues ; mais les frappant d'anathème lève entre eux et les Juifs une barrière insurmontable. Il fait plus ne pouvant leur ôter le Sépher hébraïque, dont ils avaient reçu la copie de Babylone, il songe à donner une autre forme au sien, et prend la résolution d'en changer les caractères.

Ce moyen était d'autant plus facile, que les Juifs ayant, à cette époque, non seulement dénaturé, mais perdu tout à fait l'idiome de leurs aïeux, en lisaient les caractères antiques avec difficulté, accoutumés comme ils l'étaient au dialecte assyrien, et aux caractères plus modernes dont les Chaldéens avaient été les inventeurs. Cette innovation que la politique seule semblait commander, et qui sans doute s'attachait à des considérations plus élevées, eut les suites les plus heureuses par la conservation du texte de Moyse, ainsi que j'en parlerai  dans ma Grammaire. Elle fit naître entre les deux peuples une émulation qui n'a pas peu contribué à faire parvenir jusqu'à nous un livre auquel devait s'attacher de si hauts intérêts.

Esdras, au reste, n'agit pas seul dans cette circonstance. L'anathème qu'il avait lancé contre les Samaritains ayant été approuvé par les docteurs de Babylone, il les convoqua, et tint avec eux cette grande synagogue, si fameuse dans les livres des rabbins 64. Ce fut là que le changement de caractères fut arrêté ; qu'on admit les points-voyelles dans l'usage vulgaire de l'écriture, et que commença l'antique massore qu'il faut bien se garder de confondre avec la massore moderne, ouvrage des rabbins de Tibériade, et dont l'origine ne remonte pas au delà du cinquième siècle de l'ère Chrétienne 65.

64 R. Eleasar.

65 La première mashore dont le nom indique l'origine assyrienne, ainsi que je le démontrerai dans ma Grammaire, règle la manière dont on doit écrire le Sépher, tant pour l'usage du temple que pour celui des particuliers ; les caractères qu'on doit y employer, les différentes divisions en livres, chapitres et versets que l'on doit admettre dans les ouvrages de Moyse ; la seconde massore, que j'écris avec une orthographe différente pour la distinguer de la première, outre les caractères, les points-voyelles, les livres, chapitres et versets dont elle s'occupe également, entre dans les détails les plus minutieux touchant le nombre de mots et de lettres qui composent chacune de ces divisions en particulier, et de l'ouvrage en général ; note ceux des versets où quelque lettre manque, est superflue, ou bien a été changée pour une autre ; désigne par le mot Keri et Chetib les diverses leçons qu'on doit substituer, en lisant, les unes aux autres; marque le nombre de fois que le même mot se trouve au commencement, au milieu ou à la fin d'un verset; indique quelles lettres doivent être prononcées, sous-entendues, tournées sens dessus dessous, écrites perpendiculairement, etc. etc. C'est pour n'avoir pas voulu distinguer ces deux institutions l'une de l'autre, que les savants des siècles passés se sont livrés à des discussions si vives : les uns, comme Buxtorff qui ne voyait que la première mashore d'Esdras, ne voulaient point accorder qu'il y eût rien de moderne, ce qui était ridicule relativement aux minuties dent je viens de parler : les autres, comme Cappelle, Morin, Walton, Richard Simon même, qui ne voyaient que la massore des rabbins de Tibériade, niaient qu'il y eût rien d'ancien, ce qui était encore plus ridicule, relativement aux choix des caractères, aux points voyelles et aux divisions primitives du Sépher, parmi les rabbins, tous ceux qui ont quelque nom ont soutenu l'antiquité de la massore ; il n'y a eu que le seul Elias-Levita qui l'ait rapportée à des temps plus modernes. Mais peut-être n'entendait-il parler que de la massore de Tibériade. Il est rare que les rabbins disent tout ce qu'ils pensent.

Esdras fit plus encore. Tant pour s'éloigner des Samaritains que pour complaire aux Juifs qu'une longue habitude et leur séjour à Babylone avaient attachés à certaines écritures plus modernes que celle de Moyse, et beaucoup moins authentiques, il en fit un choix, retoucha celles qui lui parurent défectueuses ou altérées, et en composa un recueil qu'il joignit au Sépher. L'assemblée qu'il présidait approuva ce travail, que les Samaritains jugèrent impie ; car il est bon de savoir que les Samaritains ne reçoivent absolument que le Sépher de Moyse 66, et rejettent toutes les autres écritures comme apocryphes. Les Juifs eux-mêmes n'ont pas aujourd'hui une égale vénération pour tous les livres qui composent ce que nous appelons la Bible. Ils conservent les écrits de Moyse avec une attention beaucoup plus scrupuleuse, les apprennent par coeur, et les récitent beaucoup plus souvent que les autres. Les savants qui ont été à portée d'examiner leurs divers manuscrits, assurent que la partie consacrée aux livres de la Loi est toujours beaucoup plus exacte et mieux traitée que le reste 67.

66 Walton. Proleg. XI. Richard Simon : Hist. crit. L. I. Ch. 10.

67 Rich. Simon : Hist. crit. L. I. Ch. 8.

Cette révision et ces additions ont donné lieu de penser par la suite qu'Esdras avait été l'auteur de toutes les écritures de la Bible. Non seulement les philosophistes modernes ont embrassé cette opinion 68, qui favorisait leur scepticisme, mais plusieurs Pères de l'église, et plusieurs savants l'ont soutenue avec feu, la croyant plus conforme à leur haine contre les Juifs 69 : ils s'appuyaient surtout d'un passage attribué à Esdras lui-même 70. Je pense avoir assez prouvé par le raisonnement que le Sépher de Moyse ne pouvait être une supposition ni une compilation de morceaux détachés ; car on ne suppose ni ne compile jamais des ouvrages de cette nature : et quant à son intégrité du temps d'Esdras, il existe une preuve de fait qu'on ne peut accuser : c'est le texte samaritain. On sent bien, pour peu qu'on réfléchisse, que dans la situation où se trouvaient les choses, les Samaritains, ennemis mortels des Juifs, frappés d'anathème par Esdras, n'auraient jamais reçu un livre dont Esdras aurait été l'auteur. Ils se sont bien gardés de recevoir les autres écritures : et c'est aussi ce qui peut faire douter de leur authenticité 71. Mais mon dessein n'est nullement d'entrer dans une discussion à cet égard. C'est seulement des écrits de Moyse dont je m'occupe ; je les ai désignés exprès du nom de Sépher, pour les distinguer de la Bible en général, dont le nom grec rappelle la traduction des Septante, et comprend toutes les additions d'Esdras, et même quelques unes plus modernes.

68 Brolinbroke, Voltaire, Fréret, Boulanger, etc.

69 St. Basil. Epist. ad Chil. St. Clém. Alex. Strom. I. Tertull. de habit. mulier. c. 35. St. Iren. L. XXXIII. c. 25. Isidor. Etymol. L. VI. c. I. Leclerc : Sentim. de quelq. théolog. etc.

70 Esdras IV. c. 14. Ce Livre est regardé comme apocryphe.

71 Rich. Simon. Hist. crit. L. I. ch. 10.

A suivre...

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 23:18



La langue hébraïque restituée

et le Véritable sens des mots hébreux rétabli et prouvé par leur analyse radicale

par FABRE-D'OLIVET

PREMIERE PARTIE

Chapitre I

 

 

 

§. II. Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ;

vicissitudes que ce livre a éprouvées.

 

 

 

En choisissant la Langue hébraïque, je ne me suis dissimulé aucune des difficultés, aucun des dangers auxquels je m'engageais. Quelque  intelligence de la Parole et des langues en général, et le mouvement inusité que j'avais donné à mes études, m'avaient convaincu dès longtemps que la Langue hébraïque était perdue, et que la Bible que nous possédions était loin d'être l'exacte traduction du Sépher de Moyse. Parvenu à ce Sépher original par d'autres voies que celle des Grecs et des Latins, porté de l'orient à l'occident de l'Asie par une impulsion contraire à celle que l'on suit ordinairement dans l'exploration des largues, je m'étais bien aperçu que la plupart des interprétations vulgaires étaient fausses, et que, pour restituer la langue de Moyse dans sa grammaire primitive, il me faudrait heurter violemment des préjugés scientifiques ou religieux que l'habitude, l'orgueil, l'intérêt, la rouille des âges, le respect qui s'attache aux erreurs antiques, concouraient ensemble à consacrer, à raffermir, à vouloir garder.

Mais s'il fallait toujours écouter ces considérations pusillanimes, quelles seraient les choses qui se perfectionneraient ? L'homme clans son adolescence a-t-il besoin des mêmes secours que l'enfant à la lisière ? Ne change-t-il pas de vêtements comme de nourriture ? Et n'est-il pas d'autres leçons pour l'âge viril que pour la jeunesse ? Les nations sauvages ne marchent-elles pas vers la civilisation ? Celles qui sont civilisées, vers l'acquisition des sciences ? Ne voit-on pas la tanière du troglodyte faire place au chariot du chasseur, à la tente du pasteur, à la cabane de l'agriculteur ; et cette cabane se transformer tour à tour, grâce au développement progressif du commerce et des arts, en commode maison, en château, en palais magnifique, en temple somptueux ? Cette cité superbe que vous habitez, et ce Louvre qui étale à vos yeux une si riche architecture, ne reposent-ils pas sur le même sol où s'élevaient naguères quelques misérables baraques de pêcheurs.

Il est, n'en doutez pas, des moments marqués par la Providence, où l'impulsion qu'elle donne vers de nouvelles idées, sapant des préjugés utiles dans leur origine, mais devenus superflus, les force à céder, comme un habile architecte déblayant les grossières charpentes qui lui ont servi à supporter les voûtes de son édifice. Autant, il serait maladroit ou coupable d'attaquer ces préjugés ou d'ébranler ces charpentes, lorsqu'ils servent encore d'étai soit à l'édifice social, soit à l'édifice particulier, et d'aller, sous prétexte de leur rusticité, de leur mauvaise grâce, de leur embarras nécessaire, les renverser hors de propos ; autant il serait ridicule ou timide de les laisser en place les uns et les autre, par l'effet d'un respect frivole ou suranné, d'une faiblesse superstitieuse et condamnable, lorsqu'ils ne servent plus à rien, qu'ils encombrent, qu'ils masquent, qu'ils dénaturent des institutions plus sages, ou des portiques plus nobles et plus élevés. Sans doute, dans le premier cas, et pour suivre ma comparaison, ou le Prince ou l'architecte doivent arrêter l'ignorant audacieux, et l'empêcher de s'ensevelir lui-même sous des ruines inévitables ; mais dans le second, au contraire, ils doivent accueillir l'homme intrépide qui, se présentant, ou le flambeau ou le levier à la main, leur offre, malgré quelques périls, un service toujours difficile.

Si j'étais né un siècle ou deux plus tôt, et que des circonstances heureuses, servies par un travail opiniâtre, eussent mis les mêmes vérités à ma portée, je les aurais tues, comme ont dû les taire ou les renfermer hermétiquement plusieurs savants de toutes les nations ; mais les temps sont changés. Je vois, en jetant les yeux autour de moi, que la Providence ouvre les portes d'un nouveau jour. Partout les institutions se mettent en harmonie avec les lumières du siècle. Je n'ai point balancé. Quel que soit le succès de mes efforts, ils ont pour but le bien de l'humanité, et cette conscience intime me suffit.

Je vais donc restituer la Langue hébraïque dans ses principes originels, et montrer la rectitude et la force de ces principes en donnant, par leur moyen, une traduction nouvelle de cette partie du Sépher qui contient la Cosmogonie de Moyse. Je me trouve engagé à remplir cette double tâche par le choix même que j'ai fait, et dont il est inutile d'expliquer davantage les motifs. Mais il est bon, peut-être, avant d'entrer dans les détails de la Grammaire et des notes nombreuses qui précèdent ma traduction, la préparent et la soutiennent, que j'expose ici le véritable état des choses afin de prémunir les esprits droits contre les mauvaises directions qu'on pourrait leur donner, montrer le point exact de la question aux esprits explorateurs, et bien faire entendre à ceux que des intérêts ou des préjugés quelconques guideraient ou égareraient, que je mépriserai toute critique qui sortira des limites de la science, s'appuiera sur des opinions ou des autorités illusoires ; et que je ne connaîtrai de digne athlète que celui qui se présentera sur le champ de bataille de la vérité, et armé par elle.

Car, s'agit il de mon style ? Je l'abandonne. Veut-on s'attaquer à ma personne ? Ma conscience est mon refuge. Est-il question du fond de cet ouvrage ? Qu'on entre en lice ; mais qu'on prenne garde aux raisons qu'on y apportera. Je préviens que toutes ne seront pas également bonnes pour moi. Je sais fort bien, par exemple, que les Pères de l'Église ont cru, jusqu'à St.-Jérôme, que la version hellénistique dite des Septante, était un ouvrage divin, écrit par des prophètes plutôt que par de simples traducteurs, ignorant souvent même, au dire de St Augustin, qu'il existât un autre original 34 ; mais je sais aussi que St.-Jérôme, jugeant cette version corrompue en une infinité d'endroits, et peu exacte 35, lui substitua une version latine, qui fut jugée seule authentique par le Concile de Trente, et pour la défense de laquelle l'Inquisition n'a pas craint d'allumer la flamme des bûchers 36. Ainsi les Pères ont d'avance contredit la décision du Concile, et la décision du Concile a condamné à son tour l'opinion des Pères ; en sorte qu'on ne saurait tout à fait trouver tort à Luther d'avoir dit que les interprètes hellénistes n'avaient point une connaissance exacte de l'hébreu, et que leur version était aussi vide de sens que d'harmonie 37, puisqu'il suivait le sentiment de St.-Jérôme, approuvé en quelque sorte par le Concile ; ni même blâmer Calvin et d'autres savants réformés d'avoir douté de l'authenticité de la Vulgate, malgré la décision infaillible du Concile 38, puisque St.-Augustin [XXIV] avait bien condamné cet ouvrage d'après l'idée que toute l'Église s'en était formée de son temps.

34 Walton, Proleg. IX. Rich. Simon. Hist. crit. L. II. ch. 2. August. L. III. c. 25.

35 Hieron. in quaest. hebr. Rich. Simon. Ibid. L. II. ch. 3.

36 Mariana : pro Edit. vulg. C. I.

37 Luther. sympos. Cap. de Linguis.

38 Fuller, in miscell. Causabon, adv. Baron.

Ce n'est donc ni de l'autorité des Pères, ni de celle des Conciles, qu'il faudra s'armer contre moi ; car l'une détruisant l'autre, elles restent sans effet. Il faudra se montrer avec une connaissance entière et parfaite de l'hébreu, et me prouver, non par des citations grecques et latines que je récuse, mais par des interprétations fondées sur des principes meilleurs que les miens, que j'ai mal entendu cette langue, et que les bases sur lesquelles repose mon édifice grammatical sont fausses. On sent bien qu'à l'époque où nous vivons ce n'est qu'avec de tels arguments qu'on peut espérer de me convaincre 39.

Que si des esprits droits s'étonnent que seul, depuis plus de vingt siècles, j'aie pu pénétrer dans le génie de la langue de Moyse, et comprendre les écrits de cet homme extraordinaire, je répondrai ingénument que je ne crois point que cela soit ; que je pense, au contraire, que beaucoup d'hommes ont en divers temps et chez différents peuples possédé l'intelligence du Sépher de la même manière que je la possède ; mais que les uns ont renfermé avec prudence cette connaissance dont la divulgation eût été dangereuse alors, tandis que d'autres l'ont enveloppée de voiles assez épais pour être difficilement atteinte. Que si l'on refusait obstinément de recevoir cette explication, j'invoquerais le témoignage d'un homme sage et laborieux, qui ayant à répondre à une semblable difficulté, exposait ainsi sa pensée : "Il est très possible qu'un homme retiré aux confins de l'Occident, et vivant dans le XIXème siècle après J. C., entende mieux les livres de Moyse, ceux d'Orphée et les fragments qui nous restent des Étrusques, que les interprètes Égyptiens, les Grecs et les Romains des siècles de Périclès et d'Auguste. Le degré d'intelligence requis pour entendre les langues anciennes, est indépendant du mécanisme et du matériel de ces langues : il est tel que l'éloignement des lieux ne saurait lui porter atteinte. Ces livres anciens sont mieux entendus aujourd'hui qu'ils ne l'étaient même par leurs contemporains, parce que leurs auteurs, par la force de leur génie, se sont autant rapprochés de nous qu'ils se sont éloignés d'eux. Il n'est pas seulement question de saisir le sens des mots, il faut encore entrer dans l'esprit des idées. Souvent les mots offrent dans leurs rapports vulgaires un sens entièrement opposé à l'esprit oui a présidé à leur rapprochement… 40"

39 Les Pères de l'Eglise peuvent sans doute être cités comme les autres écrivains, mais c'est sur des choses de fait, et selon les règles de la critique. Lorsqu'il s'agit de dire qu'ils ont cru que la traduction des Septante était un ouvrage inspiré de Dieu, les citer en pareil cas est irrécusable ; mais si l'on prétend par là prouver que cela est, la citation est ridicule. Il faut étudier, avant de s'engager dans une discussion critique, les excellentes règles que pose Fréret, le critique le plus judicieux que la France ait possédé. (Voyez Acad. de Belles-Let. T. VI. Mémoir. p. 146. T. IV. p. 411. T. XVIII. p. 49. T. XXI. Hist. p. 7. etc.

40 Court-de-Gébelin : Mond. primit. T. I. p. 88.

Voyons maintenant quel est l'état des choses. J'ai dit que je regardais l'idiome hébraïque renfermé dans le Sépher comme une branche transplantée de la langue des Égyptiens. C'est une assertion dont je ne puis en ce moment donner les preuves historiques, parce qu'elles m'engageraient dans des détails trop étrangers à mon sujet ; mais il me semble que le simple bon sens doit suffire ici : car, de quelque manière que les Hébreux soient entrés en Égypte, de quelque manière qu'ils en soient sortis, on ne peut nier qu'ils n'y aient fait un fort long séjour. Quand ce séjour ne serait que de quatre à cinq siècles, comme tout porte à le croire 41 ; je demande de bonne foi, si une peuplade grossière, privée de toute littérature, sans institutions civiles ou religieuses qui la liassent, n'a pas dû prendre la langue du pays où elle vivait ; elle qui, transportée à Babylone, seulement pendant soixante-dix ans, et tandis qu'elle formait un corps de nation, régie par des lois particulières, soumise à un culte exclusif, n'a pu conserver sa langue maternelle, et l'a troquée pour le syriaque araméen, espèce de dialecte chaldaïque 42 ; car l'on sait assez que l'hébreu, perdu dès cette époque, cessa d'être la langue vulgaire des Juifs.

41 On lit au second Livre du sépher, intitulé ואלה שׁמות W'aleh-Shemoth, ch. 12. v. 40. que ce séjour fut de 430 ans.

42 Walton Proleg. III. Rich. Simon : Hist. crit. L. II. ch. 17.

Je crois donc qu'on ne peut, sans fermer volontairement les yeux à l'évidence, rejeter un assertion aussi naturelle, et me refuser d'admettre que les Hébreux sortant d'Égypte après un séjour de plus de quatre cents ans, en emportèrent la langue. Je ne prétends pas détruire par là ce qu'ont avancé Bochart, Grotius, Huet, Leclerc 43, et les autres érudits modernes, touchant l'identité radicale qu'ils ont admise avec raison, entre l'hébreu et le phénicien ; car je sais que ce dernier dialecte, porté en Égypte par les rois pasteurs, s'y était identifié avec l'antique égyptien, longtemps avant l'arrivée des Hébreux sur le bord du Nil.

43 Bochart, Chanaan L. II. ch. I. Grotius : Comm. in Genes. c. 11. Huet : Démonst.Evan. prop. IV. c. 13. Leclerc : Diss. de Ling. hebr.

Ainsi donc l'idiome hébraïque devait avoir des rapports très étroits avec le dialecte phénicien, le chaldaïque, l'arabe, et tous ceux sortis, d'une même souche ; mais longtemps cultivé en Égypte, il y avait acquis des développements intellectuels qui, avant la dégénérescence dont j'ai parlé, en faisaient une langue morale tout à fait différente du chananéen vulgaire. Est-il besoin de dire ici à quel point de perfection était arrivée l'Égypte ?

Qui de mes Lecteurs ne connaît les éloges pompeux que lui donne Bossuet, quand sortant un moment de sa partialité théologique, il dit que les plus nobles travaux et le plus bel art de cette contrée consistait à former les hommes 44 ; que la Grèce en était si persuadée, que ses plus grands hommes, un Homère, un Pythagore, un Platon, Lycurgue même, et Solon, ces deux grands législateurs, et les autres qu'il se dispense de nommer, y allèrent apprendre la sagesse. Or, Moyse n'avait-il pas été instruit dans toutes les sciences des Égyptiens ? N'avait-il point, comme l'insinue l'historien des Actes des Apôtres 45, commencé par là à être puissant en paroles et en oeuvres ? Pensez-vous que la différence serait très grande, si les livres sacrés des Égyptiens, ayant surnagé sur les débris de leur empire, vous permettaient d'en faire la comparaison avec ceux de Moyse ? Simplicius qui, jusqu'à un certain point, avait été à même de la faire, cette comparaison, y trouvait tant de conformité 46, qu'il en concluait que le prophète des Hébreux avait marché sur les traces de l'antique Taôth.

44 Bossuet : Hist. Univers. III. part. §. 3.

45 Act. VII. v. 22.

46 Simplic. Comm. phys. arist. L. VIII. p. 268.

Quelques savants modernes, après avoir examiné le Sépher dans des traductions incorrectes, ou dans un texte qu'ils étaient inhabiles à comprendre, frappés de quelques répétitions, et croyant voir, dans des nombres pris à la lettre, des anachronismes palpables, ont imaginé, tantôt que Moyse n'avait point existé, tantôt qu'il avait travaillé sur des mémoires épars, dont lui-même ou ses secrétaires avaient maladroitement recousu les lambeaux 47. On a dit aussi qu'Homère était un être fantastique ; comme si l'existence de l'Iliade et de l'Odyssée, ces chefs-d'oeuvre de la poésie, n'attestaient pas l'existence de leur auteur ? Il faut être bien peu poète, et savoir bien mal ce que c'est que l'ordonnance et le plan d'un oeuvre épique, pour penser qu'une troupe de rapsodes se succédant les uns aux autres, puisse jamais arriver à l'unité majestueuse de l'Iliade. Il faut avoir une idée bien fausse de l'homme et de ses conceptions, pour se persuader qu'un livre comme le Sépher, le King, le Veda, puisse se supposer, s'élever par supercherie, au rang d'Écriture divine, et se compiler avec la même distraction que certains auteurs apportent à leurs libelles indigestes.

47 Spinosa : tract. theol. c. g. Hobbes : Leviath. Part.III. c. 33. Isaac de la Peyrère : Syst. theol. Part. I. L. IV. c. I. Leclerc, Brolinbroke, Voltaire, Boulanger, Frérot, etc. etc.

Sans doute quelques notes, quelques commentaires, quelques réflexions écrites d'abord en marge, ont pu se glisser dans le texte du Sépher ; Esdras a pu mal restaurer quelques passages mutilés ; mais la statue d'Apollon Pythien, pour quelques brisures légères, n'en reste pas moins debout, comme le chef-d'oeuvre d'un sculpteur unique dont le nom ignoré est ce qui importe le moins. Méconnaître dans le Sépher le cachet d'un grand homme, c'est manquer de science ; vouloir que ce grand homme ne s'appelle pas Moyse, c'est manquer de critique. Il est certain que Moyse s'est servi de livres plus anciens et, peut-être de mémoires sacerdotaux, comme l'ont soupçonné Leclerc, Richard Simon et l'auteur des conjectures sur la Genèse 48. Mais Moyse ne le cache point ; il cite dans deux ou trois endroits du Sépher le titre des ouvrages qu'il a sous les yeux : c'est le livre des Générations d'Adam 49 ; c'est le livre des Guerres de IÔHAH 50, c'est le livre des Prophéties 51. Il est parlé dans Josué du livre des Justes 52. Il y a fort loin de là à compiler de vieux mémoires, à les faire compiler par des scribes, comme l'ont avancé ces écrivains ; ou bien à les abréger, comme le pensait Origène 53. Moyse créait en copiant : voilà ce que fait le vrai génie. Est-ce qu'on pense que l'auteur de l'Apollon Pythien n'avait point de modèles ? Est-ce qu'on imagine, par hasard, qu'Homère n'a rien imité ? Le premier vers de l'Iliade est copié de la Démétréide d'Orphée. L'histoire d'Hélène et de la guerre de Troie était conservée dans les archives sacerdotales de Tyr, où ce poète la prit. On assure même qu'il la changea tellement, que d'un simulacre de la Lune il fit une femme, et des Éons, ou Esprits célestes qui s'en disputaient la possession, des hommes qu'il appela Grecs et Troyens 54.

 

48 Leclere, in Diss. III. de script. Pentateuch. Richard Simon : Hist. crit. L. I. c. 7.

49 Sépher. I. c. 5.

50 Ibid. IV. c. 21.

51 Ibid. IV. c. 21 v. 27.

52 Jos. c. 10. v. 13.

53 Epist. ad Affric.

54 Beausobre, Hist. du Manich. T. II. p. 328.


La suite 3

Posté par Adriana Evangelizt

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 23:12

La langue hébraïque restituée

et le Véritable sens des mots hébreux rétabli et prouvé par leur analyse radicale

PREMIERE PARTIE

par FABRE-D'OLIVET

 

LA LANGUE HÉBRAÏQUE RESTITUÉE (parties une et deux) est un OUVRAGE dans lequel on trouve réunis :

1°. Une DISSERTATION INTRODUCTIVE sur l'origine de la Parole, l'étude des langues qui peuvent y conduire, et le but que l'Auteur s'est proposé ;

2°. Une GRAMMAIRE HÉBRAÏQUE, fondée sur de nouveaux principes, et rendue utile à l'étude des langues en général ;

3°. Une série de RACINES HÉBRAÏQUES, envisagées sous des rapports nouveaux, et destinées à faciliter l'intelligence du langage, et celle de la science étymologique ;

4°. Un Discours PRÉLIMINAIRE ;

5°. Une traduction en français des dix premiers chapitres du Sépher, contenant la COSMOGONIE de MOYSE.

Cette traduction, destinée à servir de preuve aux principes posés dans la Grammaire et dans le Dictionnaire, est précédée d'une VERSION LITTÉRALE, en français et en anglais, faite sur le texte hébreu présenté en original avec une transcription en caractères modernes, et accompagnée de notes grammaticales et critiques, où l'interprétation donnée à chaque mot est prouvée par son analyse radicale, et sa confrontation avec le mot analogue samaritain, chaldaïque, syriaque, arabe, ou grec.

PAR FABRE-D'OLIVET.

DISSERTATION INTRODUCTIVE

 

§ I. Sur l'origine de la Parole, et sur l'étude des Langues qui peuvent y conduire.

L'ORIGINE de la Parole est généralement inconnue. C'est en vain que les savants des siècles passés ont essayé de remonter jusqu'aux principes cachés de ce phénomène brillant qui distingue l'homme de tous les êtres dont il est environné, réfléchit sa pensée, l'arme du flambeau du génie, et développe ses facultés morales ; tout ce qu'ils ont pu faire, après de longs travaux, a été d'établir une série de conjectures plus ou moins ingénieuses, plus ou moins probables, fondées en général sur la nature physique de l'homme qu'ils jugeaient invariable, et qu'ils prenaient pour base de leurs expériences. Je ne parle point ici des théologiens scholastiques qui, pour se tirer d'embarras sur ce point difficile, enseignaient que l'homme avait été créé possesseur d'une langue, toute formée ; ni de l'évêque Walton, qui, ayant embrassé cette commode opinion, en donnait pour preuve les entretiens de Dieu même avec le premier homme, et les discours qu'Ève avait tenus au serpent 1 ; ne réfléchissant pas que ce prétendu serpent qui s'entretenait avec Ève, et auquel Dieu parlait aussi, aurait donc puisé à la même source de la Parole, et participé à la langue de la Divinité. Je parle de ces savants qui, loin de la poussière et des cris de l'école, cherchaient de bonne foi la vérité que l'école ne possédait plus. D'ailleurs les théologiens eux-mêmes avaient été dès longtemps abandonnés de leurs disciples. Le père Richard Simon, dont nous avons une excellente histoire critique du Vieux-Testament, ne craignait pas, en s'appuyant de l'autorité de St. Grégoire de Nysse, de rejeter l'opinion théologique à cet égard, et d'adopter celle de Diodore de Sicile, et même celle de Lucrèce 2, qui attribuent la formation du langage à la nature de l'homme, et à l'instigation de ses besoins 3.

1 Walton, prolegom. I.

2 Rich. Sim. Histoire crit. L. Ier, ch. 14 et 15.

3 Diod. Sic. L. II.

Ce n'est point parce que j'oppose ici l'opinion de Diodore de Sicile ou de Lucrèce à celle des théologiens, qu'on doive en inférer que je la juge meilleure. Toute l'éloquence de J.-J. Rousseau ne saurait me la faire approuver. C'est un extrême heurtant un autre extrême, et par cela même, sortant du juste milieu où réside la vérité. Rousseau dans son style nerveux et passionné, peint plutôt la formation de la société que celle du langage : il embellit ses fictions des couleurs les plus vives, et lui-même, entraîné par son imagination, croit réel ce qui n'est que fantastique 4. On voit bien dans son écrit un commencement possible de civilisation, mais non point une origine vraisemblable de la Parole. Il a beau dire que les langues méridionales sont filles du plaisir, et celles du nord de la nécessité : on lui demande toujours comment le plaisir ou la nécessité peuvent enfanter simultanément des mots que toute une peuplade s'accorde à comprendre, et surtout s'accorde à adopter. N'est-ce pas lui qui a dit, avec une raison plus froide et plus sévère, que le langage ne saurait être institué que par une convention, et que cette convention ne saurait se concevoir sans le langage ? Ce cercle vicieux dans lequel l'enferme un Théosophe moderne peut-il être éludé ? Ceux qui se livrent à la prétention de former nos langues, et toute la science de notre entendement par les seules ressources des circonstances naturelles, et par nos seuls moyens humains, dit ce Théosophe 5, s'exposent de leur plein gré à cette objection terrible qu'ils ont eux-mêmes élevée ; car qui ne fait que nier ne détruit point, et l'on ne réfute point un argument parce qu'on le désapprouve : si le langage de l'homme est une convention, comment cette convention s'est-elle établie sans langage ?

4 Essai sur l'origine des Langues.

"At varios linguae sonitus natura snbegit
Mittere, et utilitas expressit nomina rerum".

Lucret

5 St.-Martin, Esprit des choses, T. II. p. 127.

Lisez avec attention et Locke et Condillac, son disciple le plus laborieux 6 ; vous aurez, si vous voulez, assisté à la décomposition d'une machine ingénieuse, vous aurez admiré peut-être la dextérité du décompositeur ; mais vous serez resté aussi ignorant que vous l'étiez auparavant et sur l'origine de cette machine, et sur le but que s'est proposé son auteur, et sur sa nature intime, et sur le principe qui en fait mouvoir les ressorts. Soit que vous réfléchissiez d'après vous-même, soit qu'une longue étude vous ait appris à réfléchir d'après les autres, vous ne verrez bientôt dans l'habile analyste qu'un opérateur ridicule, qui s'étant flatté de vous expliquer et comment et pourquoi danse tel acteur sur le théâtre, saisit un scalpel et dissèque les jambes d'un cadavre. Socrate et Platon vous reviennent dans la mémoire. Vous les entendez encore gourmander les physiciens et les métaphysiciens de leur temps 7 ; vous opposez leurs irrésistibles arguments à la vaine jactance de ces écrivains empiriques, et vous sentez bien qu'il ne suffit pas de démonter une montre pour rendre raison de son mouvement. Mais si l'opinion des théologiens sur l'origine de la Parole choque la raison, si celle des historiens et des philosophes ne peut résister à un examen sévère, il n'est donc point donné à l'homme de la connaître. L'homme, qui selon le sens de l'inscription du temple de Delphes 8, ne peut rien connaître qu'autant qu'il se connaît lui-même, est donc, condamné à ignorer ce qui le place au premier rang parmi les êtres sensibles, ce qui lui donne le sceptre de la Terre, ce qui le constitue véritablement homme ; la Parole ! Non, non cela ne peut être, parce que la Providence est juste. Un nombre assez considérable de sages parmi toutes les nations a pénétré ce mystère, et si malgré leurs efforts, ces hommes privilégiés n'ont pu communiquer leur science et la rendre universelle, c'est que les moyens, les disciples ou les circonstances favorables leur ont manqué pour cela.

6 Lock. an Essay concern. human. Underst. B. III, Condillac, Logique.

7 Plat. dial. Thett. Phedon. Cratyl.

8 Cette fameuse inscription connais-toi toi-même, était, selon Pline, du sage Chicon, célèbre philosophe grec qui vivait vers l'an 560 avant J.-C. Il était de Lacédémone, et mourut de joie, dit-on, en embrassant son fils, vainqueur aux jeux olympiques.

Car la connaissance de la Parole, celle des éléments et de l'origine du langage, ne sont point au nombre de ces connaissances que l'on transmet facilement à d'autres, ou qu'on démontre à la manière des géomètres. Avec quelque étendue qu'on les possède, quelques racines profondes qu'elles aient jetées dans un esprit, quelques fruits nombreux qu'elles y aient développés, on n'en peut jamais communiquer que le principe. Ainsi, rien dans la nature élémentaire ne se propage ni tout de suite, ni tout à la fois : l'arbre le plus vigoureux, l'animal le plus parfait, ne produisent point simultanément leur semblable. Ils jettent, selon leur espèce, un germe d'abord très différent d'eux, qui demeure infertile, si rien d'extérieur ne coopère à son développement.

Les sciences archéologiques, c'est-à-dire toutes celles qui remontent aux principes des choses, sont dans le même cas. C'est en vain que les sages qui les possèdent s'épuisent en généreux efforts pour les propager. Les germes les plus féconds qu'ils en répandent, reçus par des esprits incultes, ou mal préparés, y subissent le sort de ces semences qui, tombant sur un terrain pierreux, ou parmi les épines, y meurent stériles ou étouffées. Les secours n'ont pas manqué à nos savants ; c'est l'aptitude à les recevoir. La plupart de ceux qui s'avisaient d'écrire sur les langues ne savaient pas même ce que c'était qu'une langue ; car il ne suffit pas pour cela d'avoir compilé des grammaires, ou d'avoir sué sang et eau pour trouver la différence d'un supin à un gérondif ; il faut avoir exploré beaucoup d'idiomes, les avoir comparés entre eux assidûment et sans préjugés ; afin de pénétrer, par les points de contact de leur génie particulier, jusqu'au génie universel qui préside à leur formation, et qui tend à n'en faire qu'une seule et même langue.

Parmi les idiomes antiques de l'Asie, il en est trois qu'il faut absolument connaître si l'on veut marcher avec assurance clans le champ de l'étymologie, et s'élever par degrés jusqu'à la source du langage. Ces idiomes, que je puis bien, à juste titre, nommer des langues dans le sens restreint que l'on donne à ce mot, sont le chinois, le sanscrit, et l'hébreu.

Ceux de mes Lecteurs qui connaissent les travaux des savants de Calcutta, et particulièrement ceux de William Jones, pourront s'étonner que je nomme l'hébreu en place de l'arabe dont cet estimable écrivain fait dériver l'idiome hébraïque, et qu'il cite comme l'une des langues-mères de l'Asie. Je vais expliquer ma pensée à cet égard, et dire en même temps pourquoi je ne nomme ni le persan ni le tatare oïghoury que l'on pourrait penser que j'oublie. Lorsque W. Jones jetant sur le vaste continent de l'Asie et sur les îles nombreuses qui en dépendent, un oeil observateur, y plaça cinq nations dominatrices entre lesquelles il en partagea l'héritage, il créa un tableau géographique d'une heureuse conception, et d'un grand intérêt, que l'historien ne devra pas négliger 9 ; mais il eut égard en établissant cette division, plutôt à la puissance et â l'étendue des peuples qu'il nommait, qu'à leurs véritables titres à l'antériorité ; puisqu'il ne craint pas de dire que les Persans, qu'il range au nombre des cinq nations dominatrices, tirent leur origine des Hindous et des Arabes 10, et que les Chinois ne sont qu'une colonie indienne 11 ; ne reconnaissant ainsi que trois souches primordiales, savoir : celle des Tatares, celle des Hindous, et celle des Arabes. Quoique je ne puisse lui accorder entièrement cette conclusion, je ne laisse pas d'en inférer, comme je viens de le dire, que cet écrivain en nommant les cinq nations principales de l'Asie, avait eu plus d'égard à leur puissance qu'à leurs véritables droits à l'antériorité. Il est évident du moins, que s'il n'eût pas dû céder à l'éclat dont le nom arabe s'est environné dans ces temps modernes, grâce à l'apparition de Mahomet, et à la propagation du culte et de l'empire islamiste, W. Jones n'eut point préféré le peuple arabe au peuple hébreu, pour en faire une des souches primordiales de l'Asie. Cet écrivain avait fait une étude trop sûre des langues asiatiques pour ne pas savoir que les noms que nous donnons aux Hébreux et aux Arabes, quoiqu'ils paraissent très dissemblables, grâce à notre manière de les écrire, ne sont au fond que la même épithète modifiée par deux dialectes différents. Tout le monde sait que l'un et l'autre peuple rapporte son origine au patriarche Héber 12 : or, le nom de ce prétendu Patriarche ne signifie rien autre chose que ce qui est placé derrière ou  au-delà, ce qui est éloigné, caché, dissimulé, privé du jour ; ce qui passe, ce qui termine, ce qui est occidental, etc. Les Hébreux, dont le dialecte est évidemment antérieur à celui des Arabes, en ont dérivé hébri, et les Arabes harbi, par une transposition de lettres qui leur est très ordinaire dans ce cas. Mais soit qu'on prononce hébri, soit qu'on prononce harbi, l'un ou l'autre mot exprime toujours que le peuple qui le porte se trouve placé ou au-delà, ou à l'extrémité, ou aux confins, ou au bord occidental d'une contrée. Voilà, dès les temps les plus anciens, quelle était la situation des Hébreux ou des Arabes, relativement à l'Asie, dont le nom examiné dans sa racine primitive, signifie le Continent unique, la Terre proprement dite, la Terre de Dieu.

9 Asiat. research. T. I.

 

10 Ibid. T. II. p. 51.

11 Asiat. research. T. II. p. 368. 379.

12 Suivant l'orthographe hébraïque עבר habar, suivant l'arabe مابر hâbar. Le dérivé hébraïque est עברי habri, un Hébreu le dérivé arabe est مربي harbi, un Arabe.

Si, loin de tout préjugé systématique, on considère attentivement l'idiome arabe, on y découvre les marques certaines d'un dialecte qui, en survivant à tous les dialectes émanés d'une même souche, s'est successivement enrichi de leurs débris, a subi les vicissitudes du temps, et, porté, au loin par un peuple conquérant, s'est approprié un grand nombre de mots étrangers à ses racines primitives ; s'est poli, s'est façonné sur les idiomes des peuples vaincus, et peu à peu s'est montré très différent de ce qu'il était à son origine ; tandis que l'idiome hébraïque, au contraire, et j'entends par cet idiome celui de Moyse, éteint depuis longtemps dans sa propre patrie, perdu pour le peuple qui le parlait, s'est concentré dans un livre unique, où presque aucune des vicissitudes qui ont altéré l'arabe n'a pu l'atteindre. C'est là surtout ce qui le distingue, et ce qui me l'a fait choisir.

Cette considération n'a point échappé à W. Jones. Il a bien vu que l'idiome arabe, pour lequel il sentait d'ailleurs beaucoup de penchant, n'avait produit aucun ouvrage digne de fixer l'attention des hommes avant le Koran 13, qui n'est encore qu'un développement du Sépher de Moyse ; tandis que ce Sépher, refuge sacré de l'idiome hébreu, lui paraissait contenir, indépendamment d'une inspiration divine 14, plus de vraie sublimité, de beautés exquises, de moralité pure ; d'histoire essentielle et de traits de poésie et d'éloquence, que tous les livres ensemble, écrits dans aucune langue, et dans aucun siècle du monde.

13 Asiat. research. T. II. p. 13.

14 Ibid.T. III. p. 15.

Quoique ce soit beaucoup dire, et qu'on pût, sans faire le moindre tort au Sépher, lui comparer et même lui préférer certains ouvrages également fameux parmi les nations, j'avoue qu'il renferme pour ceux qui peuvent le lire, des choses d'une haute conception et d'une sagesse profonde ; mais ce n'est point assurément dans l'état où il se montre aux lecteurs vulgaires qu'il mérite de tels éloges,, à moins qu'on ne veuille se couvrir les yeux du double bandeau de la superstition et du préjugé. Sans doute W. Jones l'entendait dans sa pureté, et c'est ce que j'aime à croire.

Au reste, ce n'est jamais que par des ouvrages de cette nature qu'une langue acquiert des droits à la vénération. Les livres des principes universels appelés King par les Chinois, ceux de la science divine appelés Veda ou Beda par les Hindous, le Sépher de Moyse, voilà ce qui rend à jamais illustres et le chinois, et le sanscrit, et l'hébreu : Quoique le tatare oïghoury soit une des langues primitives de l'Asie, je ne l'ai point fait entrer au nombre de celles dont l'étude est nécessaire à celui qui veut remonter au principe de la Parole ; parce que rien ne saurait ramener à ce principe, dans un idiome qui n'a point de littérature sacrée. Or, comment les Tatares auraient-ils eu une littérature sacrée ou profane, eux qui ne connaissaient pas même les caractères de l'écriture ? Le célèbre Gengis khan, dont l'empire embrassait une étendue immense, ne trouva pas, au rapport des meilleurs auteurs, un seul homme parmi ses Moghols, en état d'écrire ses dépêches 15. Timour-Lenk, dominateur à son tour d'une partie de l'Asie, ne savait ni lire, ni écrire. Ce défaut de caractère et de littérature, en laissant les idiomes tatares dans une fluctuation continuelle, assez  semblable à celle qu'éprouvent de nos jours les dialectes informes des peuples sauvages de l'Amérique, rend leur étude inutile à l'étymologie, et ne peut servir qu'à jeter dans l'esprit des lueurs incertaines, et presque toujours fausses.

On ne doit rechercher l'origine de la Parole que sur des monuments authentiques, où la Parole elle-même ait laissé son empreinte ineffaçable. Si le Temps et la faux des révolutions eussent respecté davantage les livres de Zoroastre, j'aurais égalé sans doute à l'hébreu l'ancienne langue des Perses appelée Zend, dans laquelle sont écrits les fragments qui nous en restent ; mais après un examen long et impartial, je n'ai pu m'empêcher de voir, malgré toute la reconnaissance que j'ai ressentie pour les travaux inouïs d'Anquetil-du-Perron qui nous les a procurés, que le livre appelé aujourd'hui le Zend-Avesta par les Parses, n'est qu'une sorte de bréviaire, une compilation de prières et de litanies, où sont mêlés par-ci par-là quelques morceaux des livres sacrés de Zérédosht, l'antique Zoroastre, traduits en langue vivante ; car c'est précisément ce que signifie le mot Zend, langue vivante. L'Avesta primitif était divisé en vingt et une parties appelées Nosk, et entrait dans tous les détails de la nature 16, comme font les Védas et les Pouranas des Hindous avec lesquels il avait peut-être plus d'affinité qu'on ne pense. Le Boun-Dehesh qu'Anquetil-du-Perron a traduit du Pehlvi, sorte de dialecte plus moderne encore que le Zend, ne paraît être que l'abrégé de cette partie de l'Avesta qui traitait particulièrement de l'origine des Êtres et de la naissance de l'Univers.

15 Traduct. franc. des Recher. Asiat. T. II. p. 49. Notes.

16 Zend-Avesta, T. I. part. II. p. 46.

W. Jones, qui juge comme moi que les livres originaux de Zoroastre sont perdus, pense que le Zend, dans lequel sont écrits les fragments que nous en possédons, est un dialecte du sanscrit, où le Pelhvi, dérivé du chaldaïque et du tatare cimmérien, a mêlé beaucoup de ses expressions 17. Cette opinion assez conforme à celle du savant d'Herbelot qui rapporte le Zend et le Pelhvi au chaldaïque nabathéen 18, c'est-à-dire à la plus ancienne langue de l'Assyrie, est d'autant plus probable que les caractères du Pelhvi et du Zend sont évidemment d'origine chaldaïque.

17 Asiat. research, T. II. p. 52 et suiv.

18 Bibl. ori. p. 514.

Je ne doute pas que les fameuses inscriptions qui se trouvent dans les ruines de l'ancienne Isthakar 19, nommée Persépolis par les Grecs, et dont aucun savant n'a pu déchiffrer encore les caractères, n'appartiennent à la langue dans laquelle étaient écrits originairement les livres sacrés des Parses, avant qu'ils eussent été abrégés et traduits en pehlvi et en zend. Cette langue, dont le nom même a disparu, était peut-être parlée à la cour de ces monarques de l'Iran, dont fait mention Mohsen-al-Fany dans un livre très curieux intitulé Dabistan 20, et qu'il assure avoir précédé la dynastie des Pishdadiens, que l'on regarde ordinairement comme la première.

Mais sans m'engager plus avant dans cette digression, je crois en avoir dit assez pour faire entendre que l'étude du Zend ne peut être du même intérêt, ni produire les même fruits que celle du chinois, du sanscrit et de l'hébreu, puisqu'il n'est qu'un dialecte du sanscrit, et qu'il n'offre que quelques fragments de littérature sacrée, traduits d'une langue inconnue plus ancienne que lui. Il suffit de le faire entrer comme une sorte de supplément dans la recherche de l'origine de la Parole, en le considérant comme le lien qui réunit le sanscrit à l'hébreu.

19 Millin : Monumens inédits, etc. T. I. p. 58-68.

20 On ne connaît cet ouvrage qui traite des moeurs et usage de la Perse, que par un seul extrait, inséré dans le New Asiatic Missellany, publié à Calcuta par Gladwin, en 1789.

Il en est de même de l'idiome scandinave, et des poésies runiques conservées dans l'Edda 21. Ces vénérables débris de la littérature sacrée des Celtes, nos aïeux, doivent être regardés comme un moyen de réunion entre les langues de l'antique Asie, et celle de l'Europe moderne. Ils ne sont point à dédaigner comme étude auxiliaire, d'autant plus qu'ils sont tout ce qui nous reste d'authentique touchant le culte des anciens Druides, et que les autres dialectes celtiques, tels que le Basque, le Breton armorique, le Breton wallique, ou cumraig, ne possédant rien d'écrit, ne peuvent mériter aucune espèce de confiance dans l'objet important qui nous occupe.

21 Edda Irlandorum Haoniae, 1665, in-4".

Mais revenons aux trois langues dont je recommande l'étude : le chinois, le sanscrit et l'hébreu : jetons un moment les yeux sur elles, et sans nous inquiéter, pour l'heure, de leurs formes grammaticales, pénétrons dans leur génie, et voyons en quoi il diffère principalement.

La Langue chinoise est de toutes les langues actuellement vivantes sur la surface de la terre, la plus ancienne ; celle dont les éléments sont les plus simples et les plus homogènes. Née au milieu de quelques hommes grossiers séparés des autres hommes par l'effet d'une catastrophe physique arrivée au globe, elle s'est renfermée d'abord dans les plus étroites limites, ne jetant que des racines rares et matérielles, et ne s'élevant pas au-dessus des plus simples perceptions des sens. Toute physique dans son origine, elle ne rappelait à la mémoire que des objets physiques : environ deux cents mots composaient tout son lexique ; et ces mots, réduits encore à la signification la plus restreinte, s'attachaient tous à des idées locales et particulières. La Nature, en l'isolant ainsi de toutes les langues, la défendit longtemps contre le mélange ; et lorsque les hommes qui la parlaient, s'étant multipliés, purent se répandre au loin et se rapprocher des autres hommes, l'art vint à son secours et la couvrit d'un rempart impénétrable. J'entends par ce rempart les caractères symboliques dont une tradition sacrée rapporte l'origine à Fo-hi. Ce saint homme, dit cette tradition, ayant examiné le ciel et la terre, et recherché la nature des choses mitoyennes, traça les huit Koua, dont les diverses combinaisons suffirent pour exprimer toutes les idées alors développées dans l'intelligence du peuple. Au moyen de cette invention il fit cesser l'usage des noeuds dans les cordes qui avait eu lieu jusqu'alors 22.

22 Cette tradition est tirée de la grande histoire Tsée-tchi-Kien-Kang-Mou, que l'empereur Kang-hi fit traduire en tatare, et décora d'une préface.

Cependant à mesure que le peuple chinois s'étendit, à mesure que son intelligence fit des progrès, et s'enrichit de nouvelles idées, sa langue suivit ces divers développements. Le nombre de ses mots, fixés par les Koua symboliques, ne pouvant pas être augmenté, l'accent les modifia. De particuliers qu'ils étaient, ils devinrent génériques ; du rang de noms, ils s'élevèrent à celui de verbes ; la substance fut distinguée de l'esprit. Alors on sentit la nécessité d'inventer de nouveaux caractères, symboliques, qui en se réunissant facilement les uns avec les autres, pussent suivre l'essor de la pensée, et se prêter à tous les mouvements de l'imagination 23. Ce pas fait, rien n'arrêta plus la, marche de cet idiome indigène, qui, sans jamais varier ses éléments, sans admettre rien d'étranger dans sa forme, a suffi, pendant une suite incalculable de siècles aux besoins d'une nation immense ; lui a donné des livres sacrés qu'aucune révolution n'a pu détruire, et s'est enrichi de tout ce que le Génie métaphysique et moral peut enfanter de plus profond, de plus brillant et de plus pur.

23 Mém. concer. les Chinois. T. I. p. 273 et suiv. Ibid. T. VIII. p. 133 et suiv. Mém. de l'Acad. des Inscript.T. XXXIV. in-4°. p.25.

Telle est cette langue qui, défendue par ses formes symboliques, inaccessible à tous les idiomes voisins, les a vus expirer autour d'elle, de la même manière qu'un arbre vigoureux voit se dessécher à ses pieds une foule de plantes frêles que son ombre dérobe à la chaleur fécondante du jour.

Le sanscrit n'est point originaire de l'Inde. S'il m'est permis d'exposer ma pensée, sans m'engager à la prouver, car ce ne serait ici ni le temps, ni le lieu ; je crois qu'un peuple de beaucoup antérieur aux Hindous, habitant une autre partie de la terre, vint dans des temps très reculés s'établir dans le Bharat-Wersh, aujourd'hui l'Indostan, et y porta un idiome célèbre appelé Bali ou Pali, dont on rencontre des vestiges considérables à Singala, capitale de l'île de Ceilan, aux royaumes de Siam, de Pegu, et dans tout ce que l'on appelle l'empire des Burmans. Partout cette langue est considérée comme sacrée 24. W. Jones qui a pensé comme moi, relativement à l'origine exotique du sanscrit, sans pourtant lui donner la langue balic pour souche primitive, montre que le pur hindi, originaire de la Tatarie, jargon informe à l'époque de cette colonisation, a reçu d'une langue étrangère quelconque, ses formes grammaticales et se trouvant dans une situation convenable à être, pour ainsi dire, greffé par elle, a développé une force d'expression, une harmonie, une abondance, dont tous les Européens qui ont été à même de l'entendre parlent avec admiration 25.

24 Descript. de Siam. T. I. p. 25. Asiat. resear. T. VI. p. 307.

25 Ibid. T. I. p. 423.

En effet, quelle autre langue posséda jamais une littérature sacrée plus étendue ? Avant que les Européens, revenus de leurs préjugés, aient épuisé la mine féconde qu'elle leur offre, que d'années s'écouleront encore !

Le sanscrit, au dire de tous les écrivains anglais qui l'ont étudié, est la langue la plus parfaite que les hommes aient jamais parlée 26. Elle surpasse le grec et le latin en régularité comme en richesse, le persan et l'arabe en conceptions poétiques. Elle conserve avec nos langues européennes une analogie frappante, qu'elle tient surtout de la forme de ses caractères, qui, se traçant de gauche à droite, ont servi, selon l'opinion de W. Jones, de type ou de prototype à tous ceux qui ont été et qui sont encore en usage en Asie, en Afrique et en Europe.

26 Wilkin's Notes on the heetopades. p.294. Halhed, dans la préface de la Gramm. du Bengale,et dans le Code des lois des Gentoux.

Maintenant passons à la Langue hébraïque. On a débité un si grand nombre de rêveries sur cette Langue, et le préjugé systématique ou religieux qui a guidé la plume de ses historiens, a tellement obscurci son origine, que j'ose à peine dire ce qu'elle est, tant ce que j'ai à dire est simple : Cette simplicité pourra cependant avoir son mérite ; car si je ne l'exalte pas jusqu'à dire avec les rabbins de la synagogue, ou les docteurs de l'Eglise, qu'elle a présidé à la naissance du monde, que les anges et les hommes l'ont apprise de la bouche de Dieu même, et que cette langue céleste, retournant à sa source, deviendra celle que les bienheureux parleront dans le ciel ; je ne dirai pas non plus avec les philosophistes modernes, que c'est le jargon misérable d'une horde d'homme malicieux, opiniâtres, défiants, avares, turbulents ; je dirai, sans partialité aucune, que l'hébreu renfermé dans le Sépher est le pur idiome des antiques Égyptiens.

Cette vérité ne plaira pas aux gens passionnés pour ou contre, je le sens bien ; mais ce n'est pas ma faute si la vérité flatte si rarement les passions.

Non, la Langue hébraïque n'est ni la première ni la dernière des langues ; ce n'est point la seule des langues-mères, comme l'a cru mal à propos un théosophe moderne que j'estime d'ailleurs beaucoup, parce que ce n'est pas la seule qui ait enfanté des merveilles divines 27 ; c'est la langue d'un peuple puissant, sage, religieux ; d'un peuple contemplatif, profondément instruit dans les sciences morales, ami des mystères ; d'un peuple dont la sagesse et les lois ont été justement admirées. Cette langue, séparée de sa tige originelle, éloignée de son berceau par l'effet d'une émigration providentielle dont il est inutile de rendre compte en ce moment, devint l'idiome particulier du peuple hébreu ; et semblable à la branche féconde qu'un habile agriculteur ayant transplantée sur un terrain préparé à dessein, pour y fructifier longtemps après que le tronc épuisé d'où elle sort a disparu, elle a conservé et porté jusqu'à nous le dépôt précieux des connaissances égyptiennes.

27 St-Martin : Esprit des choses, T. II. p. 213.

Mais ce dépôt n'a point été livré aux caprices du hasard. La Providence, qui voulait sa conservation, a bien su le mettre à l'abri des orages. Le livre qui le contient, couvert d'un triple voile, a franchi le torrent des siècles, respecté de ses possesseurs, bravant les regards des profanes, et n'étant jamais compris que de ceux qui ne pouvaient en divulguer les mystères.

Ceci posé, revenons sur nos pas. J'ai dit que le chinois, isolé dès sa naissance, parti des plus simples perceptions des sens, était arrivé de développements en développements aux plus hautes conceptions de l'intelligence ; c'est tout le contraire de l'hébreu : cet idiome séparé, tout formé d'une langue parvenue à sa plus haute perfection, entièrement composé d'expressions universelles, intelligibles, abstraites, livré en cet état à un peuple robuste, mais ignorant, est tombé entre ses mains de dégénérescence en dégénérescence, et de restriction en restriction, jusqu'à ses éléments les plus matériels ; tout ce qui était esprit y est devenu substance ; tout ce qui était intelligible est devenu sensible ; tout ce qui était universel est devenu particulier.

Le sanscrit, gardant une sorte de milieu entre les deux, puisqu'il était le résultat d'une langue faite, entée sur un idiome informe s'est déployé d'abord avec une admirable promptitude ; mais après avoir, comme le chinois et l'hébreu, jeté ses fruits divins, il n'a pu réprimer le luxe de ses productions : son étonnante flexibilité est devenue la source d'un excès qui a dû entraîner sa chute. Les écrivains hindous, abusant de la facilité qu'ils avaient de composer des mots, en ont composé d'une excessive longueur : non seulement ils en ont eu de dix, de quinze, de vingt syllabes, mais ils ont poussé l'extravagance jusqu'à renfermer, dans de simples inscriptions, des termes qui s'étendent jusqu'à cent et cent cinquante 28. Leur imagination vagabonde a suivi l'intempérance de leur élocution ; une obscurité impénétrable s'est répandue sur leurs écrits ; leur langue a disparu.

28 Asiat. Research. T. I. p. 279, 357, 366, etc.

Mais cette langue déploie dans les Védas une richesse économe. C'est là qu'on peut examiner sa flexibilité native, et la comparer à la rigidité de l'hébreu, qui, hors l'amalgame de la Racine et du Signe, ne souffre aucune composition ; ou bien, à la facilité que laisse le chinois à ses mots, tous monosyllabiques, de se réunir ensemble sans se confondre jamais. Les beautés principales de ce dernier idiome résident dans ses caractères, dont la combinaison symbolique offre comme un tableau plus ou moins parfait, suivant le talent de l'écrivain. On peut dire, sans métaphore, qu'ils peignent le discours 29. Ce n'est que par leur moyen que les mots deviennent oratoires. La langue écrite diffère essentiellement de la langue parlée 30. Celle-ci est d'un effet très médiocre et pour ainsi dire nul ; tandis que la première transporte le Lecteur en lui présentant une suite d'images sublimes. Les caractères sanscrits ne disent rien à l'imagination, et l'oeil qui les parcourt n'y fait pas la moindre attention ; c'est à l'heureuse composition de ses mots, à leur harmonie, au choix et à l'enchaînement des idées, que cet idiome doit son éloquence. Le plus grand effet du chinois est pour les yeux ; celui du sanscrit est pour les oreilles. L'hébreu réunit les deux avantages, mais dans une moindre proportion. Issu de l'Égypte, où l'on se servait à la fois et des caractères hiéroglyphiques et des caractères littéraux 31, il offre une image symbolique dans chacun de ses mots, quoique sa phrase conserve dans son ensemble toute l'éloquence de la langue parlée. Voilà la double faculté qui lui a valu tant d'éloges de la part de ceux qui la sentaient, et tant de sarcasmes de la part de ceux qui ne la sentaient pas.

29 Mem. concern. les Chinois. T. I.

30 Ibid. T. VIII. p. 133 à 185.

31 Clem.Alex. Strom L.V. Herodot. L. II. 36.

Les caractères chinois s'écrivent de haut en bas, l'un au dessous del'autre, en rangeant les colonnes de droite à gauche : ceux du sanscrit suivent la direction d'une ligne horizontale, allant de gauche à droite les caractères hébraïques, au contraire, procèdent de droite à gauche. Il semble que, dans l'arrangement des caractères symboliques, le génie de la langue chinoise rappelle leur origine, et les fasse encore descendre du ciel, comme on a dit que fit leur premier inventeur. Le sanscrit et l'hébreu, en traçant leurs lignes d'une manière opposée, font aussi allusion à la manière dont furent inventés leurs caractères littéraux ; car, comme le prétendait très bien Leibnitz, tout a sa raison suffisante ; mais comme cet usage appartient spécialement à l'histoire des peuples, ce n'est point ici le lieu d'entrer dans la discussion qu'entraînerait son examen. Je dois remarquer seulement que la méthode que suit l'hébreu était celle des anciens Égyptiens, comme le rapporte Hérodote 32.

32 Herodot. Ibid.

Les Grecs, qui reçurent leurs lettres des Phéniciens, écrivirent aussi quelque temps de droite à gauche ; mais leur origine, tout à fait différente, leur fit bientôt modifier cette marche. D'abord ils tracèrent, leurs lignes en forme de sillons, en allant de droite à gauche et revenant alternativement de gauche à droite 33 : ensuite ils se fixèrent à la seule méthode que nous avons aujourd'hui, et qui est celle du sanscrit, avec lequel les langues européennes ont, comme je l'ai déjà dit, beaucoup d'analogie. Ces trois manières d'écrire méritent d'être considérées avec soin, tant dans les trois langues typiques, que dans les langues dérivées qui s'y attachent directement ou indirectement. Je borne là ce parallèle : le pousser plus loin serait inutile, d'autant plus que ne pouvant exposer à la fois les formes grammaticales du chinois, du sanscrit et de l'hébreu, je courrais risque de n'être pas entendu. Il faut faire un choix.

33 Mém. de l'Acad. des Inscript. T. XXXIX. in.-12, p. 129. Court-de-Gébelin, Orig. du Lang. p. 471.

Si j'avais espéré d'avoir le temps et les secours nécessaires, je n'aurais pas balancé à prendre d'abord le chinois pour base de mon travail, me réservant de passer ensuite du sanscrit à l'hébreu, en appuyant ma méthode d'une traduction originale du King, du Veda et du Sépher : mais dans la presque certitude du contraire, et poussé par des raisons importantes, je me suis déterminé à commencer par l'hébreu, comme offrant un intérêt plus direct, plus général, plus à la portée de mes Lecteurs, et promettant d'ailleurs des résultats d'une utilité plus prochaine. Je me suis flatté que si les circonstances ne me permettaient pas de réaliser mon idée à l'égard du sanscrit et du chinois, il se trouverait des hommes assez courageux, assez dociles à l'impulsion que la Providence donne vers le perfectionnement des sciences et le bien de l'humanité, pour entreprendre ce travail pénible et pour terminer ce que j'aurais commencé.

 

La suite...

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10 octobre 2007 3 10 /10 /octobre /2007 00:25

 

 

 

LA COSMOGONIE DE MOYSE

Selon Fabre d'Olivet

Traduction des 10 premiers chapitres de la Genèse,

et de ses 243 versets

5ème et dernière partie

4ème partie 

3ème partie

2ème partie

1ère partie

Chapitre IX

La restauration cimentée

 

1. Ensuite, il bénit, LUI-les-Dieux, l'existence de Noé, et celle des êtres émanés de lui, et il leur dit fructifiez et multipliez-vous, et remplissez entièrement l'étendue terrestre.

2. Que la splendeur éblouissante, que l'éclat terrifiant qui vous entourera, frappe de respect l'animalité entière, depuis l'oiseau des régions les plus élevées jusqu'au reptile qui reçoit le mouvement originel de l'Élément adamique, et jusqu'au poisson des mers : sous votre puissance ils sont tous également mis.

3. Usez pour aliment de tout ce qui possède en soi le principe du mouvement et de la vie : je vous l'ai donné sans exception de même que l'herbe verdoyante :

4. Mais quant à la substance corporelle qui possède en son âme même le principe homogène de son assimilation sanguine, vous n'en ferez pas aliment :

5. Car je poursuivrai la vengeance de cette assimilation sanguine, dont le principe réside en vos âmes, de la main de tout être vivant ; j'en poursuivrai la vengeance et de la main de l'Homme universel, et de la main de son frère, l'homme individualisé par son principe volitif ; je leur demanderai compte à l'un et à l'autre, de cette âme adamique.

6. Celui qui répandra l'assimilation sanguine d'Adam, l'Homme universel, verra son sang répandu par le moyen même d'Adam : car c'est en son ombre universellement réfléchie, que LUI-les-Dieux a fait l'existence d'Adam, l'Homme universel.

7. Et vous, existence universelle, fructifiez et multipliez-vous, propagez-vous sur la Terre, et étendez-vous en elle.

8. Ensuite, l'Être des êtres, déclarant sa volonté à Noé et aux êtres émanés de lui, leur dit :

9. Voici que, selon ma promesse, je vais établir substantiellement ma force créatrice en vous, et en la postérité à naître de vous, après vous.

10. Je vais l'établir également en toute âme de vie qui se trouvait avec vous, tant volatile que quadrupède ; en toute l'animalité terrestre, en tous les êtres enfin issus de la Thebah, selon leur nature animale et terrestre.

11. Je la ferai exister en vous, cette Loi créatrice, dans l'ordre corporel ; en sorte que l'eau de la grande intumescence ne pourra plus, comme autrefois, briser la forme corporelle et la détruire, ni causer encore un déluge qui oppresse la Terre et la dégrade entièrement..

12. Et il ajouta, LUI-les-Dieux : voici le signe caractéristique de cette Loi créatrice que j'établis entre moi et entre vous, et entre toute âme vivante : Loi pour jamais inhérente en vous, dans les âges de l'immensité des temps.

13. Cet arc que j'ai mis dans l'espace nébuleux, sera le signe caractéristique de cette force créatrice existante entre moi et la Terre.

14. Lorsque j'obscurcirai la Terre et que je la couvrirai de nuages, cet arc paraîtra dans l'espace nébuleux.

15. Je me rappellerai cette Loi créatrice établie entre moi et entre vous, et entre toute âme vivante, en toute corporéité : et il n'y aura point une révolution nouvelle des eaux de la grande intumescence, pour la suppression entière de la substance corporelle.

16. Cet arc, paraissant dans l'espace nébuleux, je le considérerai en mémoire de la Loi créatrice établie pour l'immensité des temps entre l'Être des êtres et toute âme de vie, et toute forme corporelle existante sur la Terre.

17. Ensuite, il dit de nouveau, LUI-les-Dieux : voici le signe de la force créatrice que j'ai fait exister substantiellement entre moi et entre toute forme corporelle existante sur la Terre.

18. Or, tels avaient été les enfants de Noé, repos de la Nature élémentaire sortant de la Thebah, l'enceinte sacrée : Shem, ce qui est élevé et brillant ; Cham, ce qui est courbe, incliné, obscur et chaud ; et Japheth, ce qui est étendu : et ce fut Cham, lui-même, qui fut le père de Chanaħan, l'existence physique et matérielle.

19. Ainsi les êtres émanés de Noé, par qui la Terre fut partagée, furent donc au nombre de trois.

20. Ce fut Noé, qui, dégageant avec effort le principe volitif intellectuel, de l'Élément adamique, le rendit à la liberté, et cultiva les productions élevées de la spiritualité.

21. Mais s'étant trop abreuvé de l'esprit de cette production, il enivra sa pensée, et dans son exaltation, se révéla au centre même et dans le lieu le plus secret de son tabernacle.

22. Et Cham, père de l'existence physique et matérielle, ayant considéré les mystères secrets de son père, les divulgua à ses deux frères, et les profana à l'extérieur.

23. Alors Shem prit avec Japheth, le vêtement de gauche, et l'ayant élevé au-dessus d'eux, ils allèrent à reculons en couvrir les mystères secrets de leur père : en sorte que, comme ils avaient le visage tourné en arrière, ils ne virent pas ces mystères qui devaient leur rester cachés.

24. Cependant Noé, étant sorti de son ivresse spiritueuse, connut ce qu'avait fait le moindre de ses enfants.

25. Et il dit : maudit soit Chanaħan l'existence physique et matérielle ; il sera le serviteur des serviteurs de ses frères :

26. Et béni soit IHÔAH, LUI-les-Dieux de Shem ; et que Chanaħan soit le serviteur de son peuple.

27. Qu'il étende, LUI-les-Dieux, l'étendue de Japheth, et le fasse habiter dans les tabernacles de Shem, l'élévation brillante ; et que Chanaħan, l'existence physique et matérielle, le serve lui et son peuple.

28. Or, Noé, exista encore après la grande intumescence des eaux, trois centaines entières de mutation temporelle, ontologique, et huit décuples de mutation.

29. Ainsi les périodes lumineuses de Noé, le repos de la Nature élémentaire, furent ensemble au nombre de neuf centaines de mutation temporelle, et de huit décuples de mutation ; et il passa.

 

Chapitre X

La puissance agrégative et formatrice

 

1. Maintenant Voici quelles furent les générations caractéristiques des enfants de Noé, repos de la Nature élémentaire : Shem, Cham, et Japheth ; et les productions émanées d'eux, après la grande intumescence des eaux.

2. Or, les productions émanées de Japheth, l'Étendue absolue, furent : la Cumulation élémentaire ou la force agrégative, l'Élasticité, la Divisibilité, la Ductilité générative, la Diffusibilité, la Perceptibilité, et la Modalité ou la faculté de paraître sous une forme déterminée.

3. Et les productions émanées de la Cumulation élémentaire, furent : le Feu latent ou le calorique, la Rarité ou la cause de l'expansion, et la Densité ou la cause de la corporisation universelle.

4. Et les productions émanées de la Ductilité générative, furent : la Force délayante et pétrissante, et le Principe sympathique des Répulsions et des Affinités naturelles.

5. C'est au moyen de ces deux dernières facultés, l'une répulsive, et l'autre attractive, que les centres de volonté, furent différenciés sur la Terre, dans les corps organisés tant particuliers que généraux, intelligibles ou naturels.

6. Et les productions émanées de Cham, l'inclinaison ténébreuse et chaude, furent : la Force ignée ou la combustion, les Facultés subjuguantes et captivantes, la Mofete ou l'azote, et l'Existence physique et matérielle.

7. Et les productions émanées de la Force ignée, furent : l'Humide radical, cause universelle de toute sapidité, l'Énergie naturelle, le Mouvement déterminant ou la cause, le Tonnerre, et le Mouvement déterminé ou l'effet. Le Tonnerre enfanta à son tour, la Réintégration des principes, et l'affinité élective ou l'Électricité.

8. Et la Force ignée donna aussi naissance au Principe de la Volonté désordonnée, principe de rébellion, d'anarchie, de despotisme, de toute puissance, tant particulière que générale, n'obéissant qu'à sa propre impulsion : lui qui fit de violents efforts pour être le dominateur de la Terre.

9. Lui qui, superbe adversaire aux yeux de IHÔAH, donna lieu à ce proverbe : semblable au Principe de la volonté anarchique, superbe adversaire aux yeux de IHÔAH.

10. Or, l'origine de son empire fut au sein des Révolutions civiles, la Vanité, la Mollesse ou le relâchement des mœurs, l'Isolement ou l'égoïsme, et l'Ambition ou le désir de tout posséder.

11. Mais ce fut du sein de ces mêmes Révolutions civiles, que sortit le Principe harmonique, le Principe éclairé du gouvernement, l'ordre, le bonheur résultant de ce principe ; lequel établit ce qui concerne l'accroissement extérieur, la Colonisation, l'éducation de la jeunesse ; et ce qui concerne les Institutions intérieures de la Cité ; et ce qui concerne le perfectionnement des lois, le rassemblement des vieillards, le Sénat :

12. Et ce qui concerne la Puissance législative, ou les Rênes du gouvernement, placée entre la force extérieure et intérieure, l'action et la délibération, la jeunesse et le sénat : Puissance très-grande, et boulevard de la société.

13. Cependant les Facultés subjuguantes et captivantes, nées de la Force ignée, produisirent l'existence des Propagations physiques, celle des Appesantissements matériels, celle des Exhalaisons enflammées, et celle des Cavernosités.

14. Elles produisirent aussi le principe des Brisures infinies, et celui des Épreuves expiatoires, d'où sortirent les Rejetés et les Convertis.

15. Et l'Éxistence physique et matérielle produisit l'Insidieux adversaire ou la Ruse, son premier né, et l'Affaissement moral ou l'avilissement.

16. Elle produisit aussi les Refoulements intérieurs, les Exprimations extérieures, et les Remâchemens réitérés :

17. Elle donna naissance aux Vies animales, aux Passions brutales, aux Passions haineuses :

18. Elle enfanta enfin, les Ardeurs du butin, la Soif du pouvoir, et l'Avarice insatiable : ensuite ses tribus furent dispersées.

19. Or, voici les limites générales qu'atteignirent les émanations de l'Existence physique et matérielle, depuis la naissance de l'Insidieux adversaire : à force de convulsion intestine, elles parvinrent à l'affermissement de leur empire : à force de détours obscurs, d'intrigues, de sourdes menées, de tyrannie, d'insensibilité et de guerres, elles devinrent le gouffre des richesses.

20. Voilà tous les enfants de Cham, ce qui est courbe, incliné, ténébreux et chaud ; selon leurs tribus, leurs langues, leurs régions, leurs organisations diverses.

21. Et voici quels furent ceux de Shem, l'élévation brillante, frère aîné de Japheth, l'Étendue absolue ; auquel il fut accordé d'être le père de toutes les productions ultra-terrestres.

22. Or, les productions émanées de Shem, furent donc : la Durée infinie ou l'Éternité ; le Principe du pouvoir légal, et l'ordre immuable, l'harmonie, la béatitude qui en résultent ; le Principe médiateur de la Providence, la Propagation intellectuelle, et l'Universelle Élémentisation :

23. Et les productions émanées de l'Universelle Élémentisation, furent : la Substantiation, le Travail virtuel, la Pression abondante, et la Récolte des fruits spirituels.

24. Et le Principe médiateur de la Providence donna naissance à l'émission active : et l'Émission active ou la grâce divine, produisit ce qui est Ultra-terrestre ; c'est-à-dire, ce qui passe au de là de ce Monde.

25, Or, il fut accordé à ce qui est Ultra-terrestre, de générer deux enfants. Le premier reçut le nom de Pheleg, c'est-à-dire la dialection, la classification ; à cause que ce fut à l'époque de son apparition que la Terre fut divisée en différentes classes : et le second fut appelé Jaktan, c'est-à-dire l'Atténuation ou la réduction en atomes spirituels.

26. Et la Réduction en atomes spirituels, donna l'existence à la Mensuration probatoire et divine, à l'Émission réfléchie, à la Scission opérée par la mort, à la Manifestation radieuse et fraternelle ou la Lune.

27. Cette Atténuation spirituelle produisit la Splendeur universelle, le Feu épuré et divin, la Raréfaction éthérée et sonore :

28. Elle enfanta l'Orbe infini, le Père de la Plénitude, et la Réintégration ou la Rédemption :

29. Et enfin, elle fut l'origine de la Fin Élémentaire, de la Vertu éprouvée, et de la Jubilation céleste.

30. Et tel fut le cours et le lieu de la Réintégration de ses produits, depuis l'époque de la Récolte des fruits spirituels, à force de travail d'esprit, jusqu'au principe générateur de l'Antériorité des Temps.

31. Voilà tous les enfants de Shem, ce qui est direct, élevé, sublime et brillant ; selon leurs tribus, leurs langues, leurs régions, leurs organisations diverses.

32. Voilà les tribus entières des Enfants de Noé, repos de l'Existence élémentaire, selon leurs générations caractéristiques, et leurs organisations constitutionnelles ; et c'est par leur moyen que les organisations particulières et générales ont été diversifiées sur la Terre, après la grande intumescence des eaux.

FIN DU LIVRE

 

 

 

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LA COSMOGONIE DE MOYSE

Selon Fabre d'Olivet

Traduction des 10 premiers chapitres de la Genèse,

et de ses 243 versets.

4ème partie

 

3ème partie

2ème partie

1ère partie

 

Chapitre VII

La consommation des choses

Tableau de Boris Vallejo

 

 

 

 

1. Ensuite, IHÔAH dit à Noé : viens toi ! et tout l'intérieur à toi, en la Thebah, l'asile mutuel ; car ta nature s'est montrée juste à mes yeux en cet âge de perversion.

2. Prends, du genre quadrupède, sept couples de chaque espèce pure, chaque couple composé du principe et de sa faculté volitive efficiente : et deux couples de chaque espèce non pure, chaque couple également composé du principe et de sa faculté volitive efficiente.

3. Prends aussi du genre volatile des cieux, sept couples de chaque espèce, mâle et femelle, afin d'en conserver l'existence sementielle sur la Terre.

4. Car, dans la septième période actuelle des manifestations phénoméniques, moi-même je vais faire mouvoir l'élément aqueux sur la Terre, quatre décuples de jour, et quatre décuples de nuit ; afin d'effacer entièrement de l'Élément adamique cette Nature substantielle et plastique que j'y ai faite.

5. Et Noé se conforma avec exactitude à tout ce que lui avait sagement recommandé IHÔAH.

6. Or, Noé était fils de six centaines entières de mutation temporelle ontologique ; c'est-à-dire, qu'il en émanait comme repos de la Nature élémentaire, lorsque la grande intumescence des eaux commença d'avoir lieu sur la Terre.

7. Et Noé, accompagné des être émanés de lui, de sa faculté volitive efficiente, et des facultés physiques dépendantes de ses productions, alla vers la Thebah, la demeure mystérieuse, afin d'éviter les eaux de la grande intumescence.

8. Du genre quadrupède pur, et du genre quadrupède non pur, et du genre volatile, et de tout ce qui est animé d'un mouvement reptiforme sur l'Élément adamique

9. Les couples de toute espèce se rendirent vers Noé, le repos de l'existence, en l'asile mutuel de la Thebah, mâle et femelle, selon ce qu'avait sagement recommandé l'Être des êtres.

10. Ainsi ce fut à la septième des manifestations phénoméniques, que les eaux de la grande intumescence furent sur la Terre.

11. Dans la mutation ontologique des six centuples de mutation des vies de Noé, en la seconde Néoménie, en la dix-septième période lumineuse de cette Néoménie, en ce jour même, furent ouvertes toutes les sources de l'abîme potentiel, furent déliées dans les Cieux les forces multiplicatrices des eaux livrées à leur propre mouvement de dilatation.

12. Et la chute de l'atmosphère aqueuse, tombant en masse et sans discontinuité sur la Terre, fut de quatre décuples de jour, et de quatre décuples de nuit.

13. Dans le principe même de cette septième manifestation phénoménique, Noé, le repos de l'existence élémentaire, s'était retiré ainsi que Shem, l'élévation brillante, et Cham, l'inclination ténébreuse, et Japheth, l'espace étendu, productions émanées de lui, sa faculté volitive efficiente, et les trois facultés physiques de ses productions, vers la Thebah ; l'enceinte mutuelle, la place de refuge.

14. Et avec eux, la Vie entière de la Nature animale, selon son espèce ; tout quadrupède, tout reptile rampant sur la terre, tout volatile ; chacun selon son espèce : tout être courant, tout être volant

15. Tous, couple à couple, s'étaient rendus auprès de Noé, en la Thebah, de quelque forme qu'ils fussent, possédant en soi le souffle des Vies :

16. S'avançant ensemble mâle et femelle, de toute figure extérieure, dociles à suivre le mouvement imprimé par l'Être des êtres, et dont IHÔAH marqua la conclusion par son éloignement.

17. Cependant la grande intumescence continuant d'avoir lieu sur la Terre, quatre décuple de jour, les eaux grossirent de plus en plus et portèrent dans leur sein la Thebah, exhaussée au dessus de la Terre.

18. Elles envahirent, elles dominèrent la Terre entière ; elles s'y multiplièrent en tout sens ; tandis que, suivant tous leurs mouvements, la Thebah flottait à la face des ondes.

19. Les eaux prévalurent enfin, selon tonte l'étendue de leurs forces, et tellement que les montagnes les plus élevées qui se trouvent sous les cieux, en furent couvertes.

20. Elles dominèrent au-dessus de leurs sommets de cinq et un décuple de mesure-mère, et couvrirent entièrement les montagnes.

21. Ainsi fut dissoute et s'évanouit, toute forme corporelle se mouvant sur la Terre, dans l'oiseau et dans le quadrupède, et dans l'existence animale, et dans la Vie originelle et vermiforme, issue de la Terre, et dans tout l'Homme universel, tout Adam !

22. Tout ce qui possédait une essence émanée de l'esprit des Vies dans sa compréhension spirituelle, atteint par le fléau destructeur, passa.

23. La trace même de la nature substantielle et plastique fut effacée de l'Élément adamique, depuis le règne hominal jusqu'au quadrupède, depuis le reptiforme jusqu'à l'oiseau des cieux : et tous ces êtres, également effacés, disparurent de la Terre. Il ne resta que Noé seul, le repos de la Nature élémentaire, et ce qui était ensemble lui dans la Thehah, la retraite sacrée.

24. Et les eaux prévalurent sur la Terre, et y dominèrent cinq décuples et une centaine de périodes lumineuses.

 

 

Chapitre VIII –

L'entassement des espèces

 

 

1. Mais il se souvint, LUI-les-Dieux, de l'existence de Noé, et de celle de la vie animale, et de tout le genre quadrupède, renfermés ensemble dans la Thebah, cet asile sacré ; et il fit passer de l'Orient à l'Occident, un souffle sur la Terre qui réprima la dilatation des eaux.

2. Les sources de l'abîme potentiel indéfini furent fermées, les forces multiplicatrices des eaux s'arrêtèrent dans les cieux ; et l'atmosphère aqueuse tombant en masse, s'épuisa.

3. Agitées d'un mouvement périodique de flux et de reflux, les eaux balancées sur la Terre, revinrent enfin à leur premier état : elles se retirèrent en elles-mêmes au bout de cinq décuples et une centaine entière de périodes lumineuses.

4. Et dans le septième renouvellement lunaire, au dix-septième jour de ce renouvellement, la Thebah s'arrêta sur les hauteurs de l'Ararat ; C'est-à-dire, aux premières lueurs du cours réfléchi de la lumière.

5. Mais les eaux, toujours agitées d'un flux et reflux continuel, furent en proie à ce double mouvement de se porter en avant et de se retirer en elles-mêmes, jusqu'au dixième renouvellement lunaire. Ce ne fut que le premier de cette dixième Néoménie, que parurent les prémices des éléments, les principes des enfantements naturels, les sommets des montagnes.

6. Là se terminèrent les quatre décuples de jour ; et Noé, dégageant la lumière qu'il avait faite à la Thebah,

7. Lâcha l'Erebe, l'obscurité occidentale, qui, prenant un mouvement alternatif de sortie et de rentrée, suivit et suivra ce mouvement périodique jusqu'à l'entier dessèchement des eaux de dessus la Terre.

8. Ensuite, il laissa aller d'avec lui, l'Iônah, la force plastique de la Nature ; afin de reconnaître si les eaux s'allégeaient sur la face de l'Élément adamique.

9. Mais l'Iônah ne trouvant point de lieu de repos pour communiquer son action génératrice, revint vers lui, vers la Thebah, parce que les eaux occupaient encore toute la surface terrestre : il déploya donc sa puissance, et l'ayant retirée, la fit venir à lui vers la Thebah.

10. Et lorsqu'il eut attendu un septenaire d'autres périodes lumineuses, il émit de nouveau l'Iônah hors de la Thebah.

11. Mais elle ne revint à lui, cette faculté plastique de la Nature, qu'au temps même de l'Erebe, telle qu'une colombe fuyant le noir corbeau : une sublimation de l'essence ignée avait été saisie par sa faculté conceptive ; en sorte que Noé reconnut à ce signe que les eaux s'étaient allégées sur la Terre.

12. Néanmoins il attendit encore un septenaire d'autres jours, après lesquels il émit de nouveau l'Iônah ; mais cette faculté génératrice étant sortie, ne revint plus vers lui.

13. Ce fut donc dans l'unité et six centaines de mutation temporelle, dans le principe principe, au premier du renouvellement lunaire, que les eaux se défirent et s'usèrent sur la Terre : alors Noé élevant le faite de la Thebah, considéra, et vit qu'en effet, les eaux s'étaient séparées et défaites à la surface de l'Élément adamique.

14. Ainsi la Terre étant séchée au second renouvellement lunaire, au vingt-septième jour de ce renouvellement,

15. Il parla, LUI-les-Dieux, à Noé, disant :

16. Sors de la Thebah, toi ! et ensemble avec toi, ta faculté volitive efficiente, tes productions émanées, et les facultés physiques de tes productions.

17. Et fais sortir ensemble toi, toute Vie animale, de toute forme corporelle, en oiseau, en quadrupède, en toute sorte de reptile serpentant sur la Terre : qu'ils y pullulent, y fructifient, y multiplient en abondance.

18. Noé sortit donc de la Thebah, lui et les productions émanées de lui, sa faculté volitive, et les facultés physiques de ses productions ; ensemble lui.

19. Toute l'espèce animale, reptiforme ou volatile, tout ce qui se meut d'un mouvement contractile sur la Terre ; ces êtres divers se produisirent hors de la Thebah, selon leurs tribus diverses.

20. Alors Noé édifia un autel à IHÔAH, et prenant de toute espèce pure de quadrupède, et de toute espèce pure d'oiseau, il fit exhaler vers les cieux une exhalaison sainte de ce lieu de sacrifice.

21. Et IHÔAH, respirait l'esprit odorant de cette suave offrande, dit au fond de son cœur ; Je ne maudirai plus désormais l'Élément adamique dans le seul rapport d'Adam ; car le cœur de cet être universel a, conçu le mal dès ses premières impulsions. Je ne frapperai pas non plus toute l'existence élémentaire aussi violemment que je l'ai fait.

22. Pendant que les périodes lumineuses se succéderont sur la Terre, la sémence et la récolte, le froid et le chaud, l'été et l'hiver, le jour et la nuit, ne cesseront point de s'entresuivre.

Cinquième partie

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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 23:38

 

LA COSMOGONIE DE MOYSE

Selon Fabre d'Olivet

Traduction des 10 premiers chapitres de la Genèse,

et de ses 243 versets.

3ème partie

2ème partie

1ère partie

 

Chapitre V

 La compréhension facultative

 

1. Ceci est le Livre des caractéristiques générations d'Adam, l'Homme universel, dès le jour où le créant, LUI-les-Dieux, suivant les lois de son action assimilante, il en détermina l'existence potentielle :

2. Le créant d'une manière collective mâle et femelle, cause et moyen ; le bénissant sous ce rapport collectif, et lui donnant le nom universel d'Adam, au jour même où il l'avait universellement créé.

3. Or, Adam existait depuis trois décuples et une centaine de mutations ontologiques temporelles, lorsqu'il lui fut accordé de générer, au moyen de sa faculté assimilatrice, en son ombre réfléchie, un être émané auquel il donna le nom de Sheth, comme étant destiné à être la base et le fond même des choses.

4. Et les périodes lumineuses d'Adam, après qu'il lui eut été accordé de produire l'existence de Sheth, furent au nombre de huit centaines de mutation ; et il produisit d'autres êtres émanés.

5. Ainsi, le nombre total des périodes lumineuses d'Adam, pendant lesquelles il exista, fut de neuf centaines entières et de trois décuples de mutation ontologique temporelle ; et il passa.

6. Cependant Sheth, la base des choses, existait depuis cinq mutations temporelles et une centaine de mutation, lorsqu'il généra Ænôsh, l'être muable, l'homme corporel.

7. Et Sheth exista encore après cette génération, sept mutations temporelles et huit centaines entières de mutation ; et il produisit d'autres êtres émanés.

8. Or, les périodes lumineuses pendant lesquelles Sheth exista, furent ensemble au nombre de deux mutations temporelles, un décuple et neuf centaines entières de mutation ; et il passa.

9. Cependant Ænôsh, l'homme corporel existait depuis neuf décuples de mutation temporelle, lorsqu'il produisit l'existence de Kaînan, c'est-à-dire celui qui s'approprie, qui envahit, qui enveloppe la généralité des choses.

10. Et Ænôsh exista encore après cette génération, cinq mutations temporelles, un décuple et huit centaines entières de mutation ; et il produisit d'autres êtres émanés.

11. Ainsi le nombre total des périodes lumineuses d'Ænôsh, s'éleva à cinq mutations temporelles, et neuf centaines entières de mutation ; et il passa.

12. Cependant Kaînan, l'envahissement général, existait depuis sept décuples de mutation temporelle lorsqu'il produisit l'existence de Mahollâel, l'exaltation puissante, la splendeur.

13. Et Kaînan exista encore, après cette génération, quatre décuples de mutation temporelle, et huit centaines entières de mutation ; et il produisit d'autres êtres émanés.

14. Or, les périodes lumineuses de Kaînan, furent ensemble au nombre de dix mutations temporelles, et de neuf centaines entières de mutation ; et il passa.

15. Cependant Mahollâel, l'exaltation puissante, la splendeur, existait depuis huit mutations et six décuples de mutation temporelle, lorsqu'il généra Ired, le mouvement persévérant en exaltation ou en dégénérescence.

16. Et Mahollâel exista encore après cette génération, trois décuples de mutation temporelle, et huit centaines entières de mutation ; et il produisit d'autres êtres émanés.

17. Ainsi le nombre total des périodes lumineuses de Mahollâel, l'exaltation glorifiée, fut de cinq mutations temporelles, de neuf décuples, et de huit centaines entières de mutation ; et il passa.

18. Cependant Ired, le mouvement persévérant, avait existé pendant deux mutations temporelles, six décuples, et une centaine entière de mutation lorsqu'il produisit l'existence de Ħenôch, le mouvement de centralisation et de contrition, qui rend stable et consolide le bien ou le mal.

19. Or, Ired exista encore après cette génération, huit centaines entières de mutation temporelle ; et il produisit d'autres êtres émanés.

20. Ainsi toutes les périodes lumineuses d'Ired, le mouvement persévérant en exaltation ou en dégénérescence, furent au nombre de deux mutations temporelles, six décuples et huit centaines entières de mutation ; et il passa.

21. Cependant Ħenôch, le mouvement de centralisation, avait déjà existé pendant cinq mutations temporelles et six décuples, lorsqu'il produisit l'existence de Methoushalê, l'émission de la mort.

22. Or, Ħenôch, mouvement de contrition et sentiment de pénitence, suivit constamment les traces d'Ælohîm, LUI-les-Dieux, après cette génération, et il produisit d'autres êtres émanés.

23. Et le nombre de ses périodes lumineuses fut de cinq mutations temporelles, six décuples, et trois centaines de mutation.

24. Comme il continua toujours à suivre les traces d'Ælohîm, LUI-les-Dieux, il cessa d'exister sans cesser d'être ; car, l'Être des êtres le retira à LUI.

25. Cependant Methoushalê, le trait de la mort, existait depuis sept mutations temporelles, huit décuples, et une centaine entière de mutation, lorsqu'il produisit l'existence de Lamech, le nœud qui lie la dissolution, et l'arrête.

26. Or, Methoushalê exista encore, après cette génération, deux mutations temporelles, huit décuples, et sept centaines entières de mutation ; et il produisit d'autres êtres émanés.

27. Ainsi les périodes lumineuses de Methoushalê, l'émission de la mort, furent ensemble au nombre de neuf mutations temporelles, six décuples, et neuf centaines de mutation ; et il passa.

28. Cependant Lamech, le flexible lien des choses, avait existé pendant deux mutations temporelles, huit décuples, et une centaine entière de mutation, lorsqu'il généra un fils.

29. Il lui assigna le nom même de Noé, le repos de la Nature élémentaire, en disant : celui-ci reposera notre existence, et allégera les travaux dont le poids insupportable accable nos facultés, à cause de l'Élément adamique dont IHÔAH a maudit avec force le principe.

30. Or, Lamech exista encore, après avoir donné naissance à ce fils, cinq mutations temporelles, neuf décuples, et cinq centaines entières de mutation : et il généra d'autres êtres émanés.

31. Et le nombre total des périodes lumineuses de Lamech, le flexible lien des choses, fut de sept mutations temporelles, sept décuples, et sept centaines entières de mutation ; et il passa.

32. Ainsi Noé, le repos de l'existence élémentaire, était le fils de cinq centuples de mutation temporelle ontologique, lorsqu'il produisit l'existence de Shem, ce qui est élevé et brillant, celle de Cham, ce qui est courbe et chaud, et celle de Japheth, ce qui est étendu.

 

Chapitre VI

La mesure proportionnelle

 

1. Mais c'était une suite nécessaire de la chute d'Adam et de la dissolution de cet Homme universel, que des formes sensibles et corporelles naquissent de ses divisions sur la face de la Terre, et en fussent abondamment produites.

2. Or, les êtres émanés d'Ælohîm, LUI-les-Dieux, effluences spirituelles, ayant considéré ces formes sensibles, les trouvèrent agréables, et s'unirent comme à des facultés génératrices, à toutes celles qui leur plurent de préférence.

3. Cependant IHÔAH avait dit : mon souffle vivifiant ne se prodiguera plus désormais durant l'immensité des temps, chez l'Universel Adam, dont la dégénérescence est aussi rapide que générale ; puisqu'il est devenu corporel, ses périodes lumineuses ne seront plus qu'au nombre d'une centaine et de deux décuples de mutation temporelle.

4. Dans ce temps-là, les Néphiléens, les élus parmi les hommes, les Nobles, existaient sur la Terre ; ils étaient issus de la réunion des effluences spirituelles aux formes sensibles, après que les êtres émanés de LUI-les-Dieux eurent fécondé les productions corporelles de l'Universel Adam : c'étaient ces illustres Ghiboréens, ces héros, ces hyperboréens fameux, dont les noms ont été célèbres dans la profondeur des temps.

5. Alors IHÔAH, considérant que la perversité d'Adam s'augmentait de plus en plus sur la Terre, et que cet être universel ne concevait plus que des pensées mauvaises, analogues à la corruption de son cœur, et portant avec elles la contagion du vice sur toute cette période lumineuse :

6. Renonça entièrement au soin conservateur qu'il donnait à l'existence de ce même Adam, sur la Terre, et se réprimant lui-même en son cœur, il se le rendit sévère :

7. Disant : j'effacerai l'existence de cet Homme universel que j'ai créé, de dessus la face de l'Élément adamique ; je l'effacerai depuis le règne hominal jusqu'au quadrupède, depuis le reptile jusqu'à l'oiseau des cieux ; car j'ai renoncé tout à fait au soin conservateur à cause duquel je les avais faits.

8. Noé seul, le repos de la Nature élémentaire, trouva grâce aux yeux de IHÔAH.

9. Or, telles avaient été les générations caractéristiques de Noé : de Noé, principe intellectuel, manifestant la justice des vertus universelles dans les périodes de sa vie : de Noé, toujours occupé à suivre les traces d'Ælohîm, LUI-les-Dieux.

10. Noé, le repos de l'existence, avait généré une triade d'êtres émanés ; Shem, l'élévation brillante ; Cham, l'inclination obscure ; et Japheth, l'étendue absolue.

11. Ainsi donc, la Terre avilie, ravalée, se dégradait aux yeux de l'Être des êtres, en se remplissant de plus en plus d'une ardeur ténébreuse et dévorante.

12. Et considérant la Terre, LUI-les-Dieux, il vit que sa dégradation avait pour cause l'avilissement de toute corporéité vivante, dont la loi s'y était dégradée.

13. Alors manifestant sa parole, il dit à Noé : le terme de toute corporéité vivante s'approche à mes yeux : la Terre s'est comblée d'une ardeur ténébreuse et dévorante qui la dégrade et l'avilit d'une extrémité à l'autre : me voici, laissant naître de cette même dégradation, l'avilissement qu'elle entraîne et la destruction.

14. Fais-toi une Thebah, une enceinte sympathique ; fais-la d'une substance élémentaire conservatrice ; compose-la de chambres et de cavaux de communication ; et lies-en la circonférence tant intérieure qu'extérieure, avec une matière corporisante et bitumineuse.

15. C'est ainsi quel tu feras cette demeure mystérieuse, cette Thebah : tu lui donneras trois centuples de mesure-mère en longitude, cinq décuples en latitude, et trois décuples en solidité.

16. Selon la même mesure régulatrice, tu feras l'étendue orbiculaire de cette enceinte sympathique, en sa partie supérieure, accessible à la lumière et la dirigeant ; tu mettras sa dilatation en la partie opposée ; et tu feras les parties basses, doubles et triples.

17. Et me voici, moi-même, conduisant sur la Terre la grande intumescence des eaux pour y détruire et consumer entièrement toute substance corporelle possédant en soi le souffle des Vies : tout ce qui est sur la Terre, au dessous des Cieux, expirera.

18. Mais je laisserai subsister ma force créatrice auprès de toi : et tu viendras en la Thebah, toi et tes fils, les êtres émanés de toi, et ta faculté volitive efficiente, et les facultés corporelles des êtres émanés de toi, ensemble toi.

19. Et tu feras aussi venir en la Thebah, en cette demeure mystérieuse, couple à couple, les êtres de toute existence, de toute forme, afin qu'ils continuent d'exister en toi : ils seront, tout ces êtres, mâle et femelle.

20. Du genre volatile et du quadrupède, selon leur espèce, et de tout animal reptiforme provenu de l'élément adamique, les couples de chaque espèce, viendront près de toi pour y conserver l'existence.

21. Et toi, cependant, prends de tout aliment capable d'alimenter ; rassemble-le en toi, afin qu'il te serve de nourriture et pour toi-même et pour eux.

22. Et Noé, en faisant toutes ces choses, se conforma en tout à ce que lui avait sagement prescrit Ælohîm, LUI-les-Dieux.

Quatrième partie

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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 23:10

 

LA COSMOGONIE DE MOYSE

Selon Fabre d'Olivet

Traduction des 10 premiers chapitres de la Genèse,

et de ses 243 versets.

2ème partie

1ère partie

Chapitre III

 

L'extraction

Tableau de Ilaya

 

1. Cependant, Nahash, l'attract originel, la Cupidité, cette ardeur interne, appétante, était la passion entraînante de la vie élémentaire, le principe intérieur de la Nature, ouvrage de IHÔAH. Or, cette Passion insidieuse dit à Aîshah, la faculté volitive d'Adam, pourquoi vous a-t-il recommandé, LUI-les-Dieux, de ne pas vous alimenter de toute la substance de la sphère organique ?

2. Et la Faculté volitive répondit à cette Ardeur cupide : nous pouvons sans crainte nous alimenter du fruit substantiel de l'enceinte organique.

3. Mais quant au fruit de la substance même qui est au centre de cette enceinte, il nous a dit, LUI-les-Dieux, vous n'en ferez pas aliment ; vous n'y aspirerez pas votre âme, de peur que vous ne vous fassiez inévitablement mourir.

4. Alors Nahash, l'attract originel, reprit : non, ce n'est pas de mort que vous vous ferez inévitablement mourir.

5. Car, sachant bien, LUI-les-Dieux, que dans le jour où vous vous alimenterez de cette substance, vos yeux seront ouverts à la lumière, il redoute que vous ne deveniez tels que LUI, connaissant le bien et le mal.

6. Aîshah, la faculté volitive, ayant considéré qu'en effet cette substance, mutuellement désirée par le sens du goût, et par celui de la vue, paraissait bonne, et la flattait agréablement de l'espoir d'universaliser son intelligence, détacha de son fruit, s'en nourrit ; et en donna aussi avec intention à son principe intellectuel, Aîsh, auquel elle était étroitement unie ; et il s'en nourrit.

7. Et soudain leurs yeux s'ouvrirent également, et ils connurent qu'ils étaient dénués de vertu, de lumière propre, stériles, révélés dans leur obscur principe. Ils firent alors naître au-dessus d'eux une élévation ombreuse, voile de tristesse mutuelle et de deuil ; et se firent de vêtements passagers.

8. Cependant ils entendirent la voix même de IHÔAH, l'Être des êtres, se portant en tous sens dans l'enceinte organique, selon le souffle spiritueux de la lumière du jour. L'universel Adam se cacha de la vue de IHÔAH, avec sa faculté volitive, au centre de la substance même de l'enceinte organique.

9. Mais IHÔAH, l'Être des êtres, se fit entendre à Adam, et lui dit : où t'a porté ta volonté ?

10. Et Adam répondit : j'ai entendu ta voix dans cette enceinte ; et voyant que j'étais dénué de vertu, stérile, révélé dans mon obscur principe, je me suis caché.

11. Et l'Être des êtres reprit : qui t'a donc enseigné que tu étais ainsi dénué, si ce n'est l'usage de cette même substance dont je t'avais expressément recommandé de ne t'alimenter nullement ?

12. Et Adam répondit encore : Aîshah, la faculté volitive que tu m'as donnée pour être ma compagne, c'est elle qui m'a offert de cette substance, et je m'en suis alimenté.

13. Alors, IHÔAH, l'Être des êtres, dit à la Faculté volitive, pourquoi as-tu fait cela ? et Aîshah répondit : Nahash, cette passion insidieuse, a causé mon délire, et je me suis alimentée.

14. Et IHÔAH, l'Être des êtres, dit à Nahash, l'attract originel : puisque tu as causé ce malheur, tu seras une passion maudite au sein de l'espèce animale et parmi tout ce qui vit dans la Nature : d'après ton inclination tortueuse tu agiras bassement, et d'exhalaisons élémentaires tu alimenteras tous les moments de ton existence.

15. Je mettrai une antipathie profonde entre toi, Passion cupide, et entre Aîshah, la faculté volitive ; entre tes productions et ses productions : les siennes comprimeront en toi le principe du mal, et les tiennes comprimeront en elle les suites de sa faute.

16. S'adressant à Aîshah, la faculté volitive, il lui dit : je multiplierai le nombre des obstacles physiques de toutes sortes, opposés à l'exécution de tes désirs, en augmentant en même temps le nombre de tes conceptions mentales et de tes enfantements. Avec travail et douleur tu donneras l'être à tes productions ; et vers ton principe intellectuel, entraînée par ton penchant, tu subiras son empire, et il se représentera en toi.

17. Et à l'Homme universel, Adam, il dit ensuite : puisque tu as prêté l'oreille à la voix de ta faculté volitive, et que tu t'es nourri de cette substance, de laquelle je t'avais expressément recommandé de ne l'alimenter nullement, maudit ! Soit l'élément adamique, homogène, et similaire à toi, relativement à toi : avec angoisse tu seras forcé d'en alimenter tous les moments de ton existence.

17. Et les productions tranchantes, et les productions incultes et désordonnées, germeront abondamment pour toi : tu te nourriras des fruits âcres et desséchés de la Nature élémentaire.

18. Tu t'en nourriras dans l'agitation continuelle de ton esprit, et jusqu'au moment de ta réintégration à l'Élément adamique, homogène et similaire à toi : car, comme tu as été tiré de cet élément, et que tu en es une émanation spiritueuse, ainsi c'est à cette émanation spiritueuse que tu dois être réintégré.

20. Alors l'universel Adam, assigna à sa faculté volitive Aîshah, le nom de Hewah, existence élémentaire ; à cause qu'elle devenait l'origine de tout ce qui constitue cette existence.

21. Ensuite IHÔAH, l'Être des êtres, fit pour Adam et pour sa compagne intellectuelle, des sortes de corps de défense dont il les revêtit avec soin.

22. Disant, IHÔAH, LUI-les-Dieux : voici Adam, l'Homme universel, devenu semblable à l'un d'entre nous, selon la connaissance du bien et du mal. Mais alors, de peur qu'il n'étendît la main, et qu'il ne se saisît aussi du principe substantiel des Vies, qu'il ne s'en nourrit, et qu'il ne vécût en l'état où il était, durant l'immensité des temps ;

23. IHÔAH, l'Être des êtres, l'isola de la sphère organique de la sensibilité temporelle, afin qu'il élaborât et servit avec soin cet Élément adamique, hors duquel il avait été tiré.

24. Ainsi il éloigna de son poste cet Homme universel, et fit résider du principe de l'antériorité des temps, à la sphère sensible et temporelle, un être collectif appelé Cherubim, semblable à la puissance multiplicatrice universelle, armé de la flamme incandescente de l'extermination, tourbillonnant sans cesse sur elle-même, pour garder la route de la substance élémentaire des Vies.

Chapitre IV

La multiplication divisionnelle

 

1. Cependant, Adam, l'Homme universel, connut Hewah, l'existence élémentaire, comme sa faculté volitive efficiente ; et elle conçut, et elle enfanta Kaîn, le fort et le puissant transformateur, celui qui centralise, saisit et assimile à soi ; et elle dit : j'ai formé, selon ma nature, un principe intellectuel de l'essence même, et semblable à IHÔAH.

2. Et elle ajouta à cet enfantement celui de son frère Habel, le doux et pacifique libérateur, celui qui dégage et détend, qui évapore, qui fuit le centre. Or, Habel était destiné à diriger le développement du Monde corporel ; et Kaîn, à élaborer et servir l'Élément adamique.

3. Or, ce fut de la cime des mers, que Kaîn fit monter vers IHÔAH une oblation des fruits de ce même élément :

4. Tandis qu'Habel offrit aussi une oblation des prémices du Monde qu'il dirigeait, et des vertus les plus éminentes de ses productions : mais IHÔAH s'étant montré sauveur envers Habel et envers son offrande,

5. Ne reçut point de même Kaîn, ni son oblation ; ce qui causa un violent embrasement dans ce fort et puissant transformateur, décomposa sa physionomie, et l'abattit entièrement.

6. Alors, IHÔAH dit à Kaîn : pourquoi cet embrasement de ta part ? et d'où vient que ta physionomie s'est ainsi décomposée et abattue ?

7. N'est-ce pas que si tu fais le bien, tu en portes le signe ? et que si tu ne le fais pas, au contraire, le vice se peint sur ton front ? qu'il t'entraîne dans son penchant qui devient le tien ; et que tu te représentes sympathiquement en lui ?

8. Ensuite, Kaîn déclarant sa pensée à Habel, son frère, lui manifesta sa volonté. Or, c'était pendant qu'ils étaient ensemble dans la Nature productrice, que Kaîn, le violent centralisateur, s'éleva avec véhémence contre Habel son frère, le doux et pacifique libérateur, l'accabla de ses forces, et l'immola.

9. Et IHÔAH dit à Kaîn : où est Habel ton frère ? A quoi Kaîn répondit : je ne le sais pas. Suis-je donc son gardien, moi ?

10. Et IHÔAH lui dit encore : qu'as-tu fait ? la voix des générations plaignantes, qui devaient procéder de ton frère, et lui être homogène, s'élève jusqu'à moi de l'Élément adamique.

11. Maintenant, sois maudit ! toi-même par ce même élément, dont l'avidité a pu absorber par ta main ces générations homogènes qui devaient procéder de ton frère.

12. Lorsque tu le travailleras, il ne joindra point sa force virtuelle à tes efforts. Agité d'un mouvement d'incertitude et d'effroi, tu seras vaguant sur la Terre.

13. Alors, Kaîn dit à IHÔAH, que mon iniquité doit être grande ; d'après la purification !

14. Vois ! tu me chasses aujourd'hui de l'Élément adamique ; je dois me cacher avec soin de ta présence ; agité d'un mouvement d'incertitude et d'effroi, je dois être vaguant sur la Terre : ainsi donc ; tout être qui me trouvera pourra m'accabler.

15. Mais IHÔAH, déclarant sa volonté, lui parla ainsi tout être qui croira accabler Kaîn, le fort et puissant transformateur, sera, au contraire, celui qui l'exaltera sept fois davantage. Ensuite, IHÔAH mit à Kaîn un signe, afin que nul être qui viendrait à le trouver, ne pût lui nuire.

16. Et Kaîn se retira de la présence de IHÔAH, et il alla habiter dans la terre de l'exil, de la dissension et de l'effroi, le principe antérieur de la sensibilité temporelle.

17. Cependant Kaîn connut sa faculté volitive efficiente, et elle conçut, et elle enfanta Ħenôch, la force centrale et fondatrice ; ensuite il se mit à édifier un circuit sphérique, une enceinte fortifiée, à laquelle il donna le nom de son fils Ħenôch.

18. Et il fut accordé et ce même Ħenôch de produire l'existence de Wħirad, le mouvement excitateur, la cause motrice ; et Wħirad, produisit celle de Meħoujâel, la manifestation physique, la réalité objective ; et Meħoujâel produisit celle de Methoushâel, le gouffre appétant de la mort ;

et Methoushâel produisit celle de Lamech, le nœud qui arrête la dissolution, le lien flexible des choses.

19. Or, Lamech prit pour lui, comme ses épouses corporelles, deux facultés physiques : le nom de la première était Wħadah, l'évidente ; et celui de la seconde, Tzillah, la profonde, l'obscure, la voilée.

20. Wħadah donna naissance à Jabal, principe aqueux, celui d'où découlent l'abondance et la fertilité physique, père de ceux qui habitent les demeures fixes et élevées, et qui reconnaissent la propriété.

21. Et Jabal eut pour frère Joubal, fluide universel, principe aérien, d'où découlent la joie et la prospérité morale, père de ceux qui se livrent aux conceptions lumineuses et dignes d'amour : les sciences et les arts.

22. Et Tzillah aussi donna naissance à Thoubal-Kaîn, la diffusion centrale, principe mercuriel et minéral, instructeur de ceux qui s'adonnent aux travaux mécaniques, qui fouillent les mines et forgent le fer. Et la parenté de Thoubal-Kaîn fut Nawħomah, le principe de l'agrégation et de l'association des peuples.

23. Alors Lamech, le nœud qui arrête la dissolution, dit à ses deux facultés physiques, Wħadah et Tzillah écoutez ma voix, épouses de Lamech, prêtez l'oreille à ma parole : car, de même que j'ai détruit l'intellectuel individualisé par sa faculté volitive, pour me dilater et m'étendre ; de même que j'ai détruit l'esprit de lignée pour me constituer en corps de peuple.

24. Ainsi, comme il a été dit que celui qui voudrait accabler Kaîn, le puissant transformateur, en septuplerait les forces constitutives centralisantes ; celui qui voudra accabler Lamech, le flexible lien des choses, en augmentera septante sept fois la puissance ligatrice.

25. Cependant Adam, l'Homme universel, avait encore connu sa faculté volitive efficiente ; et elle avait enfanté un fils auquel elle avait donné le nom de Sheth, la base, le fond des choses ; parce qu'elle avait dit : il a placé en moi, LUI-les-Dieux, la base d'une autre génération, émanée de l'affaissement d'Habel, au moment où il fut immolé par Kaîn.

26. Or, il fut accordé aussi à Sheth de générer un fils auquel il donna le nom d'Ænôsh, c'est-à-dire l'être muable, l'homme corporel ; et dés lors il fut permis d'espérer et d'attendre un soulagement à ses maux dans l'invocation du nom de IHÔAH.

Troisième partie

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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 16:54

 Pour les inconditionnels de Fabre d'Olivet... dont nous sommes...

 

 

LA COSMOGONIE DE MOYSE

Selon Fabre d'Olivet

Traduction des 10 premiers chapitres de la Genèse,

et de ses 243 versets.

 

Chapitre I

 

La principiation

1ère partie

 

1. Dans le Principe, Ælohîm, LUI-les-Dieux, l'Être des êtres, avait créé en principe ce qui constitue l'existence des Cieux et de la Terre.

2. Mais la Terre n'était qu'une puissance contingente d'être dans une puissance d'être ; l'Obscurité, force astringente et compressive, enveloppait l'Abîme, source infinie de l'existence potentielle ; et l'Esprit divin, souffle expansif et vivifiant, exerçait encore son action génératrice au-dessus des Eaux, image de l'universelle passivité des choses.

3. Or, il avait dit, LUI-les-Dieux ; la Lumière sera, et la Lumière avait été.

4. Et, considérant cette essence lumineuse comme bonne, il avait déterminé un moyen de séparation entre la Lumière et l'Obscurité.

5. Désignant, LUI-les-Dieux, cette Lumière, élémentisation intelligible, sous le nom de Jour, manifestation phénoménique universelle, et cette Obscurité, existence sensible et matérielle, sous le nom de Nuit, manifestation négative et nutation des choses : et tel avait été l'occident, et tel avait été l'orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la première manifestation phénoménique.

6. Déclarant ensuite sa volonté, il avait dit, LUI-les-Dieux : il y aura une expansion éthérée au centre des eaux ; il y aura une force raréfiante opérant le partage de leurs facultés opposées.

7. Et LUI, l'Être des êtres, avait fait cette Expansion éthérée ; il avait excité ce mouvement de séparation entre les facultés inférieures des eaux, et leurs facultés supérieures ; et cela s'était fait ainsi.

8. Désignant, LUI-les-Dieux, cette expansion éthérée du nom de Cieux, les eaux exaltées : et tel avait été l'occident, et tel avait été l'orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la seconde manifestation phénoménique.

9. Il avait dit encore, LUI-les-Dieux : les ondes inférieures et gravitantes des cieux tendront irrésistiblement ensemble vers un lieu déterminé, unique ; et l'Aridité paraîtra : et cela s'était fait ainsi.

10. Et il avait désigné l'aridité sous le nom de Terre, élément terminant et final, et le lieu vers lequel devaient tendre les eaux, il l'avait appelé Mers, immensité aqueuse : et considérant ces choses, LUI l'Être des êtres, il avait vu qu'elles seraient bonnes.

11. Continuant à déclarer sa volonté, il avait dit, LUI-les-Dieux : la Terre fera végéter une herbe végétante, et germant d'un germe inné, une substance fructueuse portant son fruit propre, selon son espèce, et possédant en soi sa puissance sémentielle : et cela s'était fait ainsi.

12. La Terre avait fait pousser de son sein une herbe végétante et germant d'un germe inné, selon son espèce, une substance fructueuse possédant en soi sa puissance sérnentielle selon la sienne : et LUI, l'Être des êtres, considérant ces choses, avait vu qu'elles seraient bonnes.

13. Et tel avait été l'occident, et tel avait été l'orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la troisième manifestation phénoménique.

14. Déclarant encore sa volonté, il avait dit, LUI-les-Dieux : il y aura dans l'Expansion éthérée des cieux, des Centres de lumière, destinés à opérer le mouvement de séparation entre le jour et la nuit, et à servir de signes à venir, et pour les divisions temporelles, et pour les manifestations phénoméniques universelles, et pour les mutations ontologiques des êtres.

15. Et ils seront, ces Centres de lumière, comme des foyers sensibles chargés de faire éclater la Lumière intelligible sur la terre : et cela s'était fait ainsi.

16. Il avait déterminé, LUI, l'Être des êtres, l'existence potentielle de cette Dyade de grands foyers lumineux ; destinant le plus grand à la représentation du jour, et le plus petit à celle de la nuit ; et il avait déterminé aussi l'existence des facultés virtuelles de l'Univers, les étoiles.

17. Les préposant dans l'expansion éthérée des cieux, ces foyers sensibles, pour faire éclater la Lumière intelligible sur la terre.

18. Pour représenter dans le jour et dans la nuit, et pour opérer le mouvement de séparation entre la lumière et l'obscurité : et considérant ces choses, LUI, l'Être des êtres, il avait vu qu'elles seraient bonnes.

19. Et tel avait été l'occident, et tel avait été l'orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la quatrième manifestation phénoménique.

20. Ensuite, il avait dit, LUI-les-Dieux : les Eaux émettront à foison les principes vermiformes et volatiles d'une âme de Vie, mouvante sur la terre, et voltigeante dans l'expansion éthérée des cieux.

21. Et LUI, l'Être des êtres, avait créé l'existence potentielle de ces immensités corporelles, légions de monstres marins, et celle de toute âme de Vie, animée d'un mouvement reptiforme, dont les eaux émettaient à foison les principes, selon leur espèce, et celle de tout oiseau à l'aile forte et rapide, selon son espèce : et considérant ces choses, LUI-les-Dieux, il avait vu qu'elles seraient bonnes.

22. Il avait béni ces êtres, et leur avait déclaré sa volonté, disant : propagez-vous et multipliez-vous, et remplissez les eaux des mers ; afin que l'espèce volatile se multiplie sur la terre.

23. Et tel avait été l'occident, et tel avait été l'orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la cinquième manifestation phénoménique.

24. Et LUI-les-Dieux avait dit encore, la Terre émettra de son sein un souffle de vie selon son espèce, animé d'un mouvement progressif, quadrupède et reptile, Animalité terrestre, selon son espèce, et cela s'était fait ainsi.

25. Il avait donc déterminé, LUI, l'Être des êtres, l'existence potentielle de cette Animalité terrestre, selon son espèce, et celle du Genre quadrupède, selon son espèce ; et considérant ces choses, il avait jugé quelles seraient bonnes.

26. Continuant ensuite à déclarer sa volonté, il avait dit, LUI-les-Dieux : nous ferons Adam, l'Homme universel, en notre ombre réfléchie, suivant les lois de notre action assimilante ; afin que, puissance collective, il tienne universellement l'empire, et domine à la fois, et dans le poisson des mers, et dans l'oiseau des cieux, et dans le quadrupède, et dans toute l'animalité, et dans toute vie reptiforme se mouvant sur la terre.

27. Et LUI, l'Être des êtres, avait créé l'existence potentielle d'Adam, l'Homme universel, en son ombre réfléchie ; en son ombre divine il l'avait créé ; et puissance collective, l'avait identifié ensemble mâle et femelle.

28. Il avait béni son existence collective, et lui avait déclaré collectivement sa volonté, disant : propagez-vous et multipliez-vous ; remplissez la Terre et subjuguez-la ; tenez universellement l'empire et dominez dans le poisson des mers, et dans l'oiseau des cieux, et dans toute chose jouissant du mouvement vital sur la Terre.

29. Et il lui avait également déclaré, LUI-les-Dieux, voici : je vous ai donné, sans exception, toute herbe germant d'un germe inné, sur la face de la Terre entière, ainsi que toute substance portant son fruit propre, et possédant en soi sa puissance sémentielle, pour vous servir d'aliment.

30. Et à toute animalité terrestre, à toute espèce de volatile, d'être reptiforme se mouvant sur la terre, et possédant en soi le principe inné d'un souffle animé de vie, j'ai donné en totalité l'herbe verdoyante pour aliment. Et cela s'était fait ainsi.

31. Alors considérant toutes ces choses qu'il avait faites en puissance, comme présentes devant lui, il avait vu, LUI-les-Dieux, qu'elles seraient bonnes selon leur mesure. Et tel avait été l'occident, et tel avait été l'orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la sixième manifestation phénoménique.

 

Chapitre II

La distinction

 

1 Ainsi, devant s'accomplir en acte, s'accomplirent en puissance et les Cieux et la Terre, et la Loi régulatrice qui devait présider à leurs développements.

2. Et l'Être des êtres ayant terminé à la septième manifestation phénoménique, l'acte souverain qu'il avait conçu, revint à son état primitif dans cette septième période, après l'entier accomplissement de l'oeuvre divine qu'il avait effectuée.

3. C'est pourquoi il bénit, LUI-les-Dieux, cette septième manifestation phénoménique, et en sanctifia à jamais l'existence symbolique comme étant l'époque de son retour à son état primitif, après l'entier accomplissement de l'acte souverain dont il avait créé le dessein selon sa puissance efficiente.

4. Tel est le type des générations des Cieux et de la Terre, suivant le mode de leur création, au jour où IHÔAH, LUI-les-Dieux, déployant sa puissance créatrice, fit en principe les Cieux et la Terre.

5. Et la conception entière de la Nature, avant que la Nature existât sur la Terre, et sa force végétative, avant qu'elle eût végété : car IHÔAH, l'Être des êtres, ne faisait point pleuvoir sur la Terre, et l'universel Adam n'existait point encore en substance actuelle, pour élaborer et servir l'Élément adamique.

6. Mais une émanation virtuelle, s'élevant avec énergie du sein de la Terre, abreuvait toute l'étendue de ce même élément.

7. Or, IHÔAH, l'Être des êtres, ayant formé la substance d'Adam, de la sublimation des parties les plus subtiles de l'Élément adamique, inspira dans son entendement une essence exhalée des Vies, et dès lors Adam, l'Homme universel, devint une similitude de l'Ame vivante, universelle.

8. Ensuite il traça, IHÔAH, LUI-les-Dieux, une enceinte organique dans la sphère de la sensibilité temporelle, extraite de l'antériorité universelle des temps ; et il y plaça ce même Adam, qu'il avait formé pour l'éternité.

9. Ordonnant à l'Élément adamique de faire croître toute espèce de substance végétative, aussi belle à la vue, selon sa nature, que bonne au goût ; et voulant en même temps que le principe substantiel des Vies se développât au centre de l'enceinte organique avec la substance propre du bien ou du mal.

10. Cependant une émanation lumineuse, telle qu'un vaste fleuve, coulait de la sphère sensible pour la vivification de l'enceinte organique ; s'y divisait, et paraissait au dehors selon la puissance quaternaire multiplicatrice, en quatre principes.

11. Le nom du premier de ces principes émanés était Phîshôn, c'est-à-dire, la réalité physique, l'être apparent : il enveloppait toute la terre de Hawilah, l'énergie virtuelle, lieu natal de l'or.

12. Et l'or de cette terre-là, emblème de la réflexion lumineuse, était bon. C'était encore le lieu natal du Bedolla, division mystérieuse, et de la pierre Shohâm, sublimation universelle.

13. Le nom du second de ces principes émanés était Gîhôn, le mouvement formatif : il enveloppait toute la terre de Choush, le principe igné.

14. Le nom du troisième de ces principes émanés était Hiddekel, le rapide propagateur, servant de véhicule au principe de la félicité. Le quatrième, enfin, recevait le nom de Phrath, à cause de la fécondité dont il était la source.

15. Ainsi donc, IHÔAH, l'Être des êtres, ayant pris Adam, l'Homme universel, le plaça dans l'enceinte organique de la sensibilité temporelle, pour qu'il l'élaborât et la gardât avec soin.

16. Et il lui recommanda fortement, IHÔAH, LUI-les-Dieux, en lui déclarant ainsi sa volonté : "de toute la substance végétative de l'enceinte organique, tu peux t'alimenter sans Crainte :

17. Mais de la substance propre de la connaissance du bien et du mal garde-toi de faire aucune consommation car au jour même où tu t'en alimenteras, tu deviendras muable ; et tu mourras".

18. Ensuite il dit, IHÔAH, l'Être des êtres, il n'est pas bon qu'Adam soit dans la solitude de lui-même : je lui ferai une compagne, une aide élémentaire, émanée de lui-même, et formée dans la réflexion de sa lumière.

19. Or, il avait formé hors de l'Élément adamique, toute l'animalité de la nature terrestre, et toute l'espèce volatile des cieux, il les fit venir vers Adam pour voir quel nom relatif à lui-même, cet Homme universel assignerait à chaque espèce ; et tous les noms qu'il assigna à ces espèces, dans leurs rapports avec lui, furent l'expression de leurs rapports avec l'Ame vivante universelle.

20. Ainsi donc, Adam assigna des noms à l'espèce entière des quadrupèdes, à celle des oiseaux, et généralement à toute l'animalité de la nature ; mais il fut loin d'y trouver cette compagne, cette aide élémentaire, qui, émanée de lui-même, et formée dans la réflexion de sa lumière, devait lui présenter son image réfléchie.

21. Alors IHÔAH, l'Être des êtres, laissa tomber un sommeil profond et sympathique sur cet Homme universel, qui s'endormit soudain ; et rompant l'unité de ses enveloppes extérieures, il prit l'une d'elles, et revêtit de forme et de beauté corporelle, sa faiblesse originelle.

22. Ensuite il rétablit cette enveloppe qu'il avait extraite de la substance même d'Adam, pour la faire servir de base à celle d'Aîshah, sa compagne intellectuelle ; et il l'amena vers lui.

23. Et Adam, déclarant sa pensée, dit : celle-ci est véritablement substance de ma substance, et forme de ma forme ; et il l'appela Aîshah, faculté volitive efficiente, à cause du principe volitif intellectuel Aîsh, dont elle avait été tirée en substance.

24. Voilà pourquoi l'homme intellectuel, Aîsh, doit quitter son père et sa mère, et se réunir à sa compagne intellectuelle, Aîshah, sa faculté volitive ; afin de ne faire avec elle qu'un seul être sous une même forme.

25. Or, ils étaient l'un et l'autre entièrement découverts, sans aucun voile corporel qui déguisât leurs conceptions mentales, l'universel Adam, et sa faculté volitive Aîshah ; et ils ne se causaient entre eux aucune honte.

 

 

Deuxième partie

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