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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 18:15

Abrégé de l'origine de tous les cultes 4

par Charles-François Dupuis

1830

6e partie

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

5ème partie

CHAPITRE III - 2


De l'Univers animé et intelligent.

Dans la théologie des Grecs, on supposait que les dieux avaient partagé entre eux les différentes parties de l'Univers, les différents arts, les divers travaux. Jupiter présidait au Ciel, Neptune aux eaux , Pluton aux enfers, Vulcain au feu, Diane à la chasse, Cérés à la terre et aux moissons, Bacchus aux vendanges, Minerve aux arts et aux diverses fabriques. Les montagnes eurent leurs Oréades, les fontaines leurs Naïades, les forêts leurs Dryades et leurs Harna-dryades ; c'est le même dogme sous d'autres noms ; et Origène, chez les Chrétiens, partage la même opinion lorsqu'il dit :

« J'avancerai hardiment qu'il y a des vertus célestes qui ont le gouvernement de ce Monde : l'une préside à la terre, l'autre aux plantes, telle autre aux fleuves et aux fontaines, telle autre à la pluie, aux vents. »

L'astrologie plaçait une partie de ces puissances dans les Astres : ainsi les Hyades présidaient aux pluies, Orion aux tempêtes, Sirius aux grandes chaleurs, le Bélier aux troupeaux , etc.

Le système des anges et des dieux qui se distribuent entre eux les diverses parties du Monde et les différentes opérations du grand travail de la Nature, n'est autre chose que l'ancien système astrologique, dans lequel les Astres exerçaient les mêmes fonctions qu'ont depuis remplies leurs anges ou leurs génies.

Proclus fait présider une Pléiade à chacune des sphères : Céléno préside à la sphère de Saturne, Sténopé à celle de Jupiter, etc.

Dans l'Apocalypse, ces mêmes Pléiades sont appelées sept anges, qui frappent le Monde des sept dernières plaies.

Les habitants de l'île de Thulé adoraient des génies célestes aériens, terrestres; ils en plaçaient aussi dans les eaux, dans les fleuves et les fontaines.

Les Sintovistes du Japon révèrent des Divinités distribuées dans les étoiles, et des esprits qui président aux éléments, aux plantes, aux animaux, aux divers événements de la vie.

Ils ont leurs Udsigami, qui sont les Divinités tutélaires d'une province, d'une ville, d'un village, etc.

Les Chinois rendent un culte aux génies placés dans le Soleil et dans la Lune, dans les planètes, dans les éléments, et à ceux qui président à la mer, aux fleuves, aux fontaines, aux bois, aux montagnes, et qui répondent aux Néréides, aux Naïades, aux Dryades et autres Nymphes de la théogonie des Grecs. Tous ces génies, suivant les lettrés, sont des émanations du grand comble, c'est-à-dire, du Ciel ou de l'ame universelle qui le meut.

Les Chen, chez les Chinois de la secte de Tao, composent une administration d'esprits ou d'intelligences rangées en différentes classes, et chargées de différentes fonctions dans la Nature. Les unes ont inspection sur le Soleil, les autres sur la Lune, celles-ci sur les étoiles, celles-là sur les vents, sur !a pluie, sur la grêle; d'autres sur les temps, sur les saisons, sur les jours, sur les nuits, sur les heures.

Les Siamois admettent, comme les Perses, des anges qui président aux quatre coins du Monde; ils placent sept classes d'anges dans les sept cieux : les astres, les vents, la pluie, la terre, les montagnes, les villes, sont sous la surveillance d'anges ou d'intelligences. Ils en distinguent de mâles et de femelles : ainsi l'ange gardienne de la Terre est femelle.

C'est par une suite du dogme fondamental qui place Dieu dans l'ame universelle du Monde, dit Dow, âme répandue dans toutes les parties de la  Nature, que les Indiens révèrent les éléments et toutes les grandes-parties du corps de l'Univers, comme contenant une portion de la divinité. C'est là ce qui a donné naissance, dans le peuple, au culte des Divinités subalternes ; car les Indiens, dans leurs vedams, font descendre la Divinité ou l'âme universelle dans toutes les parties de la matière. Ainsi ils admettent, outre leur trinité ou triple puissance, une foule de Divinités intermédiaires, des anges, des génies, des patriarches, etc. Ils honorent Voyoo, dieu du vent : c'est l'Éole des Grecs; Agny, dieu du feu; Varoog, dieu de l'Océan; Sasanko, dieu de la Lune ; Prajapatée, dieu des nations : Cubéra préside aux richesses, etc.

Dans le système religieux des Indiens, le Soleil, la Lune et les Astres sont autant de dewatas ou de génies. Le Monde a sept étages, dont chacun est entouré de sa mer et a son génie : la perfection de chaque génie est graduée comme celle des étages. C'est le système des anciens Chaldéens sur la grande mer ou firmament, et sur les divers cieux habités par des anges de différente nature et composant une hiérarchie graduée.

Le dieu Indra, qui chez les Indiens préside à l'air et au vent, préside aussi au Ciel inférieur et aux Divinités subalternes, dont le nombre se monte à trois cent trente-deux millions : ces dieux subalternes se sous-divisent en différentes classes. Le Ciel supérieur a aussi ses Divinités ; Adytya conduit le Soleil ; Nishagara, la Lune, etc.

Les Chingualais donnent à la Divinité des lieutenans : toute l'île de Ceylan est remplie d'idoles tutélaires des villes et des provinces. Les prières de ces insulaires ne s'adressent pas directement à l'Être suprême, mais à ses lieutenans et aux dieux inférieurs, dépositaires d'une partie de sa puissance.

Les Moluquois ont leur Nitos, soumis à un chef supérieur qu'ils appellent Lanthila. Chaque ville, chaque bourg, chaque cabane, a son Nitos ou sa Divinité tutélaire ; ils donnent au génie de l'air le nom de Lanitho.

Aux îles Philippines, le culte du Soleil, de la Lune et des Étoiles est accompagné de celui des intelligences subalternes, dont les unes président aux semences, les autres à la pêche, celles-ci aux villes, celles-là aux montagnes, etc.

Les habitants de l'île de Formose, qui regardaient le Soleil et la Lune comme deux Divinités supérieures, imaginaient que les Étoiles étaient des demi-dieux ou des Divinités inférieures.

Les Parsis subordonnent au Dieu suprême sept ministres, sous lesquels sont rangés vingt-six autres qui se partagent le gouvernement du Monde. Ils les prient d'intercéder pour eux dans leurs besoins, comme étant médiateurs entre l'homme et le Dieu suprême.

Les Sabéens plaçaient entre le Dieu suprême, qu'ils qualifiaient de seigneur des seigneurs, des anges qu'ils appelaient des niédiateurs.

Les insulaires de l'île de Madagascar, outre le Dieu souverain, admettent des intelligences chargées de mouvoir et de gouverner les sphères célestes; d'autres qui ont le département de l'air, des météores; d'autres celui des eaux : celles-là veillent sur les hommes.

Les habitants de Loango ont une multitude d'idoles de Divinités, qui se partagent entre elles l'empire du Monde. Parmi ces dieux ou génies, les uns président aux vents, les autres aux éclairs, d'autres aux récoltes : ceux-ci dominent sur les poissons de la mer et des rivières, ceux-là sur les forêts, etc.

Les peuples de la Celtique admettaient des intelligences que le premier Être avait répandues dans toutes les parties de la matière, pour l'animer et la conduire. Ils unissaient au culte des différentes parties de la Nature et des Éléments, des génies qui étaient censés y avoir leur siège et en avoir la conduite. Ils supposaient, dit Peloutier, que chaque partie du Monde visible était unie à une intelligence invisible qui en était l'âme. La même opinion était répandue chez les Scandinaves.

« De la Divinité suprême, qui est le Monde animé et intelligent, dit Mallet, était émanée, suivant ces peuples, une infinité de Divinités subalternes et de génies, dont chaque partie visible du Monde était le siège et le temple : des intelligences n'y résidaient pas seulement, elles en dirigeaient aussi les opérations. Chaque élément avait son intelligence ou sa Divinité propre. Il y en avait dans la Terre, dans l'Eau, dans le Feu, dans l'Air, dans le Soleil, dans la Lune, dans les Astres. Les arbres, les forêts, les fleuves, les montagnes, les rochers, les vents, la foudre, la tempête, en contenaient aussi, et méritaient par là un culte religieux. »

Les Slaves avaient Koupalou, qui présidait aux productions de la terre; Bog, dieu des eaux. Lado ou Lada présidait à l'amour.

Les Bourkans des Kalmouks résident dans le Monde qu'ils adoptent, et dans les planètes ; d'autres occupent les contrées célestes. Sakji-Mouni habite sur la Terre ; Erlik-Kan aux Enfers, où il règne sur les ames.

Les Kalmouks sont persuadés que l'air est rempli de génies ; ils donnent à ces esprits aériens le nom de Tengri: les uns sont bienfaisants, les autres malfaisants.

Les habitants du Thibet ont leurs Lahes, génies émanés de la substance divine.

En Amérique, les sauvages de l'île de Saint-Domingue reconnaissent, au-dessous du Dieu souverain, d'autres Divinités sous le nom de Zémés, auxquelles on consacrait des idoles dans chaque cabane.

Les Mexicains, les Virginiens, supposaient aussi que le Dieu suprême avait abandonné le gouvernement du Monde à une classe de dieux subalternes. C'est avec ce Monde invisible ou composé d'intelligences cachées dans toutes les parties de la Nature, que les prêtres avaient établi un commerce qui a fait tous les malheurs de l'homme et sa honte. Il reste donc démontré, d'après l'énumération que nous venons de faire des opinions religieuses des différents peuples du Monde, que l'Univers et ses parties ont été adorés, non seulement comme causes, mais encore comme causes vivantes, animées et intelligentes, et que ce dogme n'est pas celui d'un ou de deux peuples, mais que c'est un dogme universellement répandu
par toute la Terre.

Nous avons également vu quelle a été la source de cette opinion : elle est née du dogme d'une âme unique et universelle, ou d'une âme du Monde, souverainement intelligente, disséminée sur tous les points de la matière, où la Nature exerce comme cause quelqu'action importante, ou produit quelqu'effet régulier, soit éternel, soit constamment reproduit.

La grande cause unique ou l'Univers-Dieu se décomposa donc en une foule de causes partielles, qui furent subordonnées à son unité, et qui ont été considérées comme autant de causes vives et intelligentes de la nature de la cause suprême, dont elles sont, ou des parties, ou des émanations.

L'Univers fut donc un dieu unique, composé de l'assemblage d'une foule de dieux qui concouraient comme causes partielles à l'action totale qu'il exerce lui-même, en lui-même et sur lui-même.

Ainsi se forma cette grande administration, une dans sa sagesse et sa force primitive, mais multipliée à l'infini dans ses agents secondaires , appelés
dieux, anges, génies, etc., et avec lesquels on
a cru pouvoir traiter comme l'on traitait avec les ministres et les agents des administrations humaines.

C'est ici que commence le culte; car nous n'adressons des vœux et des prières qu'à des êtres capables de nous entendre et de nous exaucer. Ainsi Agamemnon dans Homère, apostrophant le Soleil, lui dit :

« Soleil, qui vois tout et entends tout. »

Ce n'est point ici, une figure poétique; c'est un dogme constamment reçu, et l'on regarda comme impie le premier philosophe qui osa avancer que le Soleil n'était qu'une masse de feu. On sent combien de telles opinions nuisaient aux progrès de la physique, lorsqu'on pouvait expliquer tous les phénomènes de la Nature par la volonté de causes intelligentes qui avaient leur siège dans le lieu où se manifestait l'action de la cause.

Mais si par là l'étude de la physique éprouva de grands obstacles, la poésie y trouva de grandes ressources pour la fiction. Tout fut animé chez elle, comme tout paraissait l'être dans la Nature.

Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre,
C'est Jupiter armé pour effrayer la Terre ;
Un orage terrible aux yeux des matelots,
C'est Neptune en courroux qui gourmande les flots, -
Écho n'est plus un son qui dans l'air retentisse,
C'est une Nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse.
BOILEAU, Art poétique, l. III.


Tel fut le langage de la poésie dès la plus haute antiquité; et c'est d'après ces données que nous procéderons à l'explication de la mythologie et des poëmes religieux, dont elle renferme les débris.

Comme les poètes furent les premiers théologiens, c'est aussi d'après la même méthode que nous analyserons toutes les traditions et les légendes sacrées, sous quelque nom que les agens de la nature se trouvent déguisés dans les allégories religieuses, soit que l'on ait supposé les intelligences unies aux corps visibles qu'elles animaient, soit qu'on les en ait séparées par abstraction, et qu'on en ait composé un Monde d'intelligences, placé hors du Monde visible, mais qui fut toujours calqué sur lui et sur ses divisions.

A suivre

Posté par Adriana Evangelizt

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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 17:59

Abrégé de l'origine de tous les cultes 4

par Charles-François Dupuis

1830

5e partie

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

CHAPITRE III - 1


De l'Univers animé et intelligent.


Avant de passer aux explications de notre système et aux résultats qu'il doit donner, il est bon de considérer dans l'Univers tous les rapports sous lesquels les Anciens l'ont envisagé.

Il s'en faut de beaucoup qu'ils n'aient vu dans le Monde qu'une machine sans vie et sans intelligence, mue par une force aveugle et nécessaire. La plus grande et la plus saine partie des philosophes ont pensé que l'Univers renfermait évidemment le principe de vie et de mouvement que la Nature avait mis en eux, et qui n'était en eux que parce qu'il existait éternellement en elle, comme dans une source abondante et féconde dont les ruisseaux vivifiaient et animaient tout ce qui a vie et intelligence. L'homme n'avait pas encore la vanité de se croire plus parfait que le Monde, et d'admettre dans une portion infiniment petite du grand Tout, ce qu'il refusait au grand Tout lui-même; et dans l'être passager, ce qu'il n'accordait pas à l'être toujours subsistant.

Le Monde paraissant animé par un principe de vie qui circulait dans toutes ses parties, et qui le tenait dans une activité éternelle, on crut donc que l'Univers vivait comme l'homme et comme les autres animaux, ou plutôt que ceux-ci ne vivaient que parce que l'Univers, essentiellement animé, leur communiquait, pour quelques instants, une infiniment petite portion de sa vie immortelle, qu'il versait dans la matière inerte et grossière des corps sublunaires.

Venait-il à la retirer à lui, l'homme et l'animal mouraient, et l'Univers seul, toujours vivant, circulait autour des débris de leurs corps par son mouvement perpétuel, et organisait de nouveaux êtres. Le feu actif ou la substance subtile qui le vivifiait lui-même, en s'incorporant à sa masse immense, en était l'âme universelle. C'est cette doctrine qui est renfermée dans le système des Chinois, sur l'Yang et sur l'Yn, dont l'un est la matière céleste, mobile et lumineuse, et l'autre la matière terrestre, inerte et ténébreuse dont tous les corps se composent.

C'est le dogme de Pythagore, contenu dans ces beaux vers du sixième livre de l'Énéide, où Anchise révèle à son fils l'origine des âmes, et le sort qui les attend après la mort.

« Il faut que vous sachiez , lui dit-il, ô mon fils ! que le Ciel et la Terre, la Mer, le globe brillant de la Lune, et tous les Astres, sont mus par un principe de vie interne qui perpétue leur existence; qu'il est une grande ame intelligente, répandue dans toutes les parties du vaste corps de l'Univers, qui, se mêlant à tout, l'agite d'un mouvement éternel. C'est cette âme qui est la source de la vie de l'homme, de celle des troupeaux, de celle des oiseaux et de tous les monstres qui respirent au sein des mers. La force vive qui les anime émane de ce feu éternel qui brille dans les cieux, et qui, captif dans la matière grossière des corps, ne s'y développe qu'autant que le permettent les diverses organisations mortelles qui émoussent sa force et son activité. A la mort de chaque animal, ces germes de vie particulière, ces portions du souffle universel, retournent à leur principe, et à leur source de vie qui circule dans la sphère étoilée. »

Timée de Locres, et après lui Platon et Proclus, ont fait un Traité sur cette âme universelle, appelée âme du Monde, qui, sous le nom de Jupiter, subit tant de métamorphoses dans la mythologie ancienne, et qui est représentée sous tant de formes empruntées des animaux et des plantes dans le système des Égyptiens. L'Univers fut donc regardé comme un animal vivant, qui communique sa vie à tous les êtres qu'il engendre par sa fécondité éternelle.

Non-seulement il fut réputé vivant, mais encore souverainement intelligent, et peuplé d'une foule d'intelligences partielles répandues par toute la Nature, et dont la source était dans son intelligence suprême et immortelle.

Le Monde comprend tout, dit Timée; il est animé et doué de raison : c'est ce qui a fait dire à beaucoup de philosophes que le Monde était vivant et sage.

Cléanthe, qui regardait l'Univers comme Dieu ou comme la cause universelle et improduite de tous les effets, donnait une âme et une intelligence au Monde et c'était à cette âme intelligente qu'appartenait proprement la Divinité. Dieu, suivant lui, établissait son principal siège dans la substance éthérée, dans cet élément subtil et lumineux qui circule avec abondance autour du firmament, et qui de là se répand dans tous les Astres, qui par cela même partage la nature divine.

Dans le second livre de Cicéron sur la nature des Dieux, un des interlocuteurs s'attache à prouver par plusieurs arguments que l'Univers est nécessairement intelligent et sage. Une des principales raisons qu'il en apporte, c'est qu.'il n'est pas vraisemblable que l'homme, qui n'est qu'une iniiniment petite partie du grand Tout, ait des sens et de l'intelligence, et que le Tout lui-même, d'une nature bien supérieure à celle de l'homme , en soit privé.

« Une même sorte d'âmes, dit Marc-Aurèle, a été distribuée à tous les animaux qui sont sans raison et un esprit intelligent à tous les êtres raisonnables. De même que tous les corps terrestres sont formés d'une même terre, de même que tout ce qui vit et tout ce qui respire ne voit qu'une même lumière, reçoit et ne rend qu'un même air, de même il n'y a qu'une âme, quoiqu'elle se distribue en une infinité de corps organisés : il n'y a qu'une intelligence, quoiqu'elle semble se partager. Ainsi !a lumière du Soleil est une, quoiqu'on la voie dispersée sur les murailles, sur les montagnes, sur mille objets divers. »

Il résulte de ces principes philosophiques que la matière des corps particuliers se généralise en une matière universelle dont se compose le corps du Monde; que les âmes et les intelligences particulières se généralisent en une âme et en une intelligence universelle, qui meuvent et régissent la masse immense de matière dont est formé le corps du Monde.

Ainsi l'Univers est un vaste corps mu par une âme, gouverné et conduit par une intelligence, qui ont la même étendue et qui agissent dans toutes ses parties, c'est-à-dire, dans tout ce qui existe, puisqu'il n'existe rien hors l'Univers, qui est l'assemblage de toutes choses. Réciproquement, de même que la matière universelle se partage en une foule innombrable de corps particuliers sous des formes variées, de même la vie ou l'âme universelle , ainsi que l'intelligence, se divisant dans les corps, y prennent un caractère de vie et d'intelligence particulière dans la multitude infinie de vases divers qui les reçoivent : telle la masse immense des eaux, connue sous le nom d'Océan, fournit par l'évaporation les diverses espèces d'eaux qui se distribuent dans les lacs, dans les fontaines , dans les rivières, dans les plantes, dans tous les végétaux et les animaux, où circulent les fluides sous des formes et avec des qualités particulières, pour rentrer ensuite dans le bassin des mers, où elles se confondent en une seule masse de qualité homogène. Voilà l'idée que les Anciens eurent de l'âme ou de la vie et de l'intelligence universelle, source de la vie et des intelligences distribuées dans tous les êtres particuliers, à qui elles se communiquent par des milliers de canaux.

C'est de cette source féconde que sont sorties les intelligences innombrables placées dans le Ciel, dans le Soleil, dans la Lune, dans tous les Astres, dans les Éléments, dans la Terre, dans les Eaux, et généralement partout où la cause universelle semble avoir fixé le siège de quelque action particulière et quelqu'un des agents du grand travail de la Nature. Ainsi se composa la cour des dieux qui habitent l'Olympe, celles des Divinités de l'Air, de la Mer et de la Terre; ainsi s'organisa le système général de l'administration du Monde, dont le soin fut confié à des intelligences de différents ordres et de dénominations différentes, soit dieux , soit génies, soit anges, soit esprits célestes, héros, ireds, azes, etc.

Rien ne s'exécuta plus dans le Monde que par des moyens physiques, par la seule force de la matière et par les lois du mouvement : tout dépendit de la volonté et des ordres d'agents intelligents. Le conseil des dieux régla le destin des hommes, et décida du sort de la Nature entière, soumise à leurs lois et dirigée par leur sagesse. C'est sous cette forme que se présente la théologie chez tous les peuples qui ont eu un culte régulier et des théogonies raisonnées.

Le sauvage, encore aujourd'hui, place la vie partout où il voit du mouvement, et l'intelligence dans toutes les causes dont il ignore le mécanisme, c'est-à-dire, dans toute la Nature : de là l'opinion des Astres animés et conduits par des intelligences ; opinion répandue chez les Chaldéens, chez les Perses, chez les Grecs et chez les Juifs et les Chrétiens ; car ces derniers ont placé des anges dans chaque astre, chargés de conduire les corps célestes et de régler le mouvement des sphères.

Les Perses ont aussi leur ange Chur, qui dirige la course du Soleil; et les Grecs avaient leur Apollon, qui avait son siège dans cet astre. Les livres théologiques des Perses parlent des sept grandes intelligences sous le nom d'Amschaspands, qui forment le cortège du dieu de la Lumière, et qui ne sont que les génies des sept planètes. Les Juifs en ont fait leurs sept archanges, toujours présents devant le Seigneur. Ce sont les sept grandes puissances qu'Avenar nous dit avoir été préposées par Dieu au gouvernement du Monde, ou les sept anges chargés de conduire les sept planètes; elles répondent aux sept ousiarques, qui, suivant la doctrine de Trismégiste, président aux sept sphères. Les Arabes, les Mahométans, les Cophtes, les ont conservées. Ainsi, chez les Perses, chaque planète est surveillée par un génie placé dans une étoile fixe : l'astre Taschter est chargé de la planète Tir ou de Mercure, qui est devenu l'ange Tiriel, que les cabalistes appellent l'intelligence de Mercure ; Hafrorang est l'astre chargé de la planète Behram ou de Mars, etc. Les noms de ces astres sont aujourd'hui les noms d'autant d'anges chez les Perses modernes.

Au nombre sept des sphères planétaires on a ajouté la sphère des fixes et le cercle de la Terre ; ce qui a produit le système des neuf sphères. Les Grecs y attachèrent neuf intelligences, sous le nom de Muses, qui, par leur chants, formaient l'harmonie universelle du Monde. Les Chaldéens et les Juifs y plaçaient d'autres intelligences, sous le nom de Chérubins et de Séraphins, etc., au nombre de neuf chœurs, qui réjouissaient l'Éternel par leurs concerts.

Les Hébreux et les Chrétiens admettent quatre anges chargés de garder les quatre coins du. Monde. L'astrologie avait accordé cette surveillance à quatre planètes; les Perses, à quatre grandes étoiles placées aux quatre points cardinaux du Ciel.

Les Indiens ont aussi leurs génies, qui président aux diverses régions du Monde. Le système astrologique avait soumis chaque climat, chaque ville à l'influence d'un astre. On y substitua son ange, ou l'intelligence qui était censée présider à cet astre et en être l'âme. Ainsi les livres sacrés des Juifs admettent un ange tutélaire de la Perse, un ange tutélaire des Juifs.

Le nombre douze ou celui des signes donna lieu d'imaginer douze grands anges gardiens du Monde, dont Hyde nous a conservé les noms. Chacune des divisions du temps en douze mois eut son ange, ainsi que les Éléments. Il y a aussi des anges qui président aux trente jours de chaque mois. Toutes les choses du Monde, suivant les Perses, sont administrées par des anges, et cette doctrine remonte chez eux à la plus haute antiquité.

Les Basilidiens avaient leurs trois cent soixante anges qui présidaient aux trois cent soixante cieux qu'ils avaient imaginés. Ce sont les trois cent soixante Éons des gnostiques.

L'administration de l'Univers fut partagée entre cette foule d'intelligences, soit anges, soit izeds, soit dieux, héros, génies, gines, etc. ; chacune d'elles était chargée d'un certain département ou d'une fonction particulière : le froid, le chaud, la pluie, la sécheresse, les productions des fruits de la terre, la multiplication des troupeaux, les arts, les opérations agricoles, etc., tout fut sous l'inspection d'un ange.

Bad, chez les Perses, est le nom de l'ange qui préside aux vents, Mordad est l'ange de la mort. Aniran préside aux noces. Fervardin est le nom de l'ange de l'air et des eaux. Curdat, le nom de l'ange de la terre et de ses fruits. Cette théologie a passé chez les Chrétiens. Origène parle de l'ange de la vocation des Gentils, de l'ange de la grâce. Tertullien, de l'ange de la prière, de l'ange du baptême, des anges du mariage, de l'ange qui préside à la formation du fœtus. Chrysostôme et Basile célèbrent l'ange de la paix. Ce dernier dans sa liturgie, fait mention de l'ange du jour. On voit que les Pères de l'Église ont copié le système hiérarchique des Perses et des Chaldéens.

6 ème partie

Posté par Adriana Evangelizt

 
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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 20:01

 

 

 

 

Abrégé de l'origine de tous les cultes 4

par Charles-François Dupuis

1830

1ère partie

2ème partie

3ème partie  

CHAPITRE II.

Universalité du culte rendu à la Nature,

prouvé par l'histoire

et par les monuments politiques et religieux.

3ème partie

Il en fut de même du nombre sept. Tel le chandelier à sept branches, qui représentait le système planétaire dans le temple de Jérusalem; les sept enceintes du temple ; celles de la ville d'Ecbatane, également au nombre de sept, et teintes de couleurs affectées aux planètes; les sept portes de l'antre de Mithra ou du Soleil; les sept étages de la tour de Babylone, surmontés d'un huitième qui représentait le Ciel, et qui servait de temple à Jupiter; les sept portes de la ville de Thèbes , portant chacune le nom d'une planète; la flûte aux sept tuyaux, mise entre les mains du Dieu qui représente le grand tout ou la Nature, Pan; la lyre aux sept cordes, touchée par Apollon ou par le Dieu du Soleil; le livre des Destins, composé de sept tablettes; les sept anneaux prophétiques des Brachmanes, où était gravé le nom d'une planète; les sept pierres consacrées aux mêmes planètes en Laconie; la division en sept castes, adoptée par les Égyptiens et les Indiens dès la plus haute antiquité ; les sept idoles que les Bonzes portent tous les ans en pompe dans sept temples différents ; les sept voyelles mystiques qui formaient la formule sacrée proférée dans les temples des planètes; les sept pyrées ou autels du monument de Mithra ; les sept Amchaspands ou grands génies invoqués par les Perses ; les sept archanges des Chaldéens et des Juifs; les sept tours résonnantes de l'ancienne Byzance; la semaine chez tous les peuples, ou la période de sept jours consacrés chacun à une planète ; la période de sept fois sept ans chez les Juifs; les sept sacrements chez les Chrétiens, etc. C'est surtout dans le livre astrologique et cabalistique, connu sous le nom d'Apocalypse de Jean, qu'on retrouve les nombres douze et sept répétés à chaque page. Le premier l'est quatorze fois, et le second vingt-quatre.

Le nombre trois cent soixante, qui est celui des jours de l'année, sans y comprendre les épagomènes, fut aussi retracé par les trois cent soixante dieux qu'admettait la théologie d'Orphée ; par les trois cent soixante coupes d'eau du Nil, que les prêtres égyptiens versaient, une chaque jour, dans un tonneau sacré qui était dans la ville d'Achante ; par les trois cent soixante Éons ou génies des gnostiques; par les trois cent soixante idoles placées dans le palais du Daïri au Japon ; par les trois cent soixante petites statues qui entouraient celle d'Hobal ou du dieu Soleil, Bel, adoré par les anciens Arabes; par les trois cent soixante chapelles bâties autour de la superbe mosquée de Balk, élevée par les soins du chef de la famille des Barmécides; par les trois cent soixante génies qui saisissent l'âme à la mort, suivant la doctrine des Chrétiens de saint Jean ; par les trois cent soixante temples bâtis sur la montagne Lowham à la Chine ; par le mur de trois cent soixante stades, dont Sémiramis environna la ville de Bélus ou du Soleil, la fameuse Babylone. Tous ces monuments nous retracent la même division du Monde, et du cercle divisé en degrés que parcourt le Soleil. Enfin la division du zodiaque en vingt-sept parties, qui exprime les stations de la Lune, et en trente-six, qui est celle des décans, furent pareillement l'objet des distributions politiques et religieuses.

Non seulement les divisions du Ciel, mais les constellations elles-mêmes, furent représentées dans les temples, et leurs images consacrées parmi les monuments du culte et sur les médailles des villes. La belle étoile de la Chèvre, placée aux cieux dans la constellation du Cocher, avait sa statue en bronze dorée dans la place publique des Phliassiens. Le Cocher lui-même avait ses temples, ses statues, ses tombeaux, ses mystères en Grèce, et il y était honoré sous les noms de Myrtile, d'Hippolyte, de Sphéroeus, de Cillas , d'Érecthée , etc.

On y voyait aussi les statues et les tombeaux des Atlantides ou des Pléiades, Steropé, Phœdra, etc.

On montrait près d'Argos le tertre qui couvrait la tête de la fameuse Méduse, dont le type est aux cieux, sous les pieds de Persée.

La Lune ou la Diane d'Éphèse para sa poitrine de la figure du Cancer, qui est un des douze signes, et le domicile de cette planète. L'Ourse céleste, adorée sous le nom de Calysto, et le Bouvier sous celui d'Arcas, avaient leur tombeau en Arcadie, près des autels du Soleil.

Ce même Bouvier avait son idole dans l'ancienne Byzance, ainsi qu'Orion, le fameux Nembrod des Assyriens : ce dernier avait son tombeau à Tanagre en Béotie.

Les Syriens avaient consacré dans leurs temples les images des poissons, un des signes célestes.

Les constellations Nesta ou l'Aigle, Aiyûk ou la Chèvre, Yagutho ou les Pléiades, et Suwaha ou Al-hauwaa, le Serpentaire, eurent leurs idoles chez les anciens Sabéens. On trouve encore ces noms dans le commentaire de Hyde sur Ulug-Beigh.

Le système religieux des Égyptiens était tout entier calqué sur le Ciel, si nous en croyons Lucien, et comme il est aisé de le démontrer.

En général, on peut dire que tout le Ciel étoilé était descendu sur le sol de la Grèce et de l'Égypte pour s'y peindre, et y prendre un corps dans les images des dieux, soit vivantes soit inanimées.

La plupart des villes étaient bâties sous l'inspection et sous la protection d'un signe céleste. On tirait leur horoscope : de là les images des Astres empreintes sur leurs médailles. Celles d'Antioche sur l'Oronte représentent le Bélier avec le croissant de la Lune; celle des Marmétins , l'image du Taureau ; celle des rois de Comagène, le type du Scorpion ; celles de Zeugma et d'Anazorbe, l'image du Capricorne. Presque tous les signes célestes se trouvent sur les médailles d'Antonin ; l'étoile Hespérus était le sceau public des Locriens, Ozoles et Opuntiens.

Nous remarquons pareillement que les fêtes anciennes sont liées aux grandes époques de la Nature et au système céleste. Partout on retrouve les fêtes solsticiales et équinoxales. On y distingue surtout celle du solstice d'hiver : c'est alors que le Soleil commence à renaître, et reprend sa route vers nos climats; et celle de l'équinoxe du printemps : c'est alors qu'il reporte dans notre hémisphère les longs jours , et la chaleur active et bienfaisante qui met en mouvement la végétation , qui en développe tous les germes, et qui mûrit toutes les productions de la terre. Noël et Pâques chez les Chrétiens, adorateurs du Soleil sous le nom de Christ, substitué à celui de Mithra, quelque illusion que l'ignorance ou la mauvaise foi cherche à se faire, en sont encore une preuve subsistante parmi nous. Tous les peuples ont eu leurs fêtes des quatre-temps ou des quatre saisons.

On les retrouve jusque chez les Chinois. Un de leurs plus anciens empereurs, Fohi, établit des sacrifices dont la célébration était fixée aux deux équinoxes et aux deux solstices. On éleva quatre pavillons aux Lunes des quatre saisons.

Les anciens Chinois, dit Confucius, établirent un sacrifice solennel en l'honneur de Chang-Ty, au solstice d'hiver, parce que c'est alors que le Soleil, après avoir parcouru les douze palais, recommence de nouveau sa carrière pour nous distribuer sa bienfaisante lumière.

Ils instituèrent un second sacrifice dans la saison du printemps, pour le remercier en particulier des dons qu'il fait aux hommes par le moyen de la terre. Ces deux sacrifices ne peuvent être offerts que par l'empereur de la Chine, fils du Ciel.

Les Grecs et les Romains en firent autant, à peu près pour les mêmes raisons.

Les Perses ont leur Neurouz ou fête du Soleil dans son passage sous le Bélier ou sous le signe de l'équinoxe du printemps, et les Juifs leur fête du passage sous l'Agneau. Le Neurouz est une des plus grandes fêtes de la Perse. Les Perses célébraient autrefois l'entrée du Soleil dans chaque signe, au bruit des instruments de musique.

Les anciens Égyptiens promenaient la vache sacrée sept fois autour du temple, au solstice d'hiver. A l'équinoxe du printemps, ils célébraient l'époque heureuse où le feu céleste venait tous les ans embraser la nature.

Cette fête du feu et de la lumière triomphante, dont notre feu sacré du samedi saint et notre cierge pascal retracent encore l'image, existait dans la ville du Soleil, en Assyrie , sous le nom de fête des Bûchers.

Les fêtes célébrées par les anciens Sabéens en honneur des planètes étaient fixées sous le signe de leur exaltation ; quelquefois sous celui de leur domicile, comme celle de Saturne chez les Romains l'était en décembre sous le Capricorne, domicile de cette planète. Toutes les fêtes de l'ancien calendrier des pontifes sont liées au lever ou au coucher de quelque constellation ou de quelque étoile, comme on peut s'en assurer par la lecture des fastes d'Ovide.

C'est surtout dans les jeux du cirque, institués en honneur du dieu qui distribue la lumière, que le génie religieux des Romains et les rapports de leurs fêtes avec la Nature se manifestent. Le Soleil, la Lune, les Planètes, les Éléments, l'Univers et ses parties les plus apparentes, tout y était représenté par des emblèmes analogues à leur nature. Le Soleil avait ses chevaux, qui, dans l'Hippodrome, imitaient les courses de cet astre dans les cieux.

Les champs de l'Olympe étaient représentés par une vaste arène consacrée au Soleil. Ce dieu y avait au milieu son temple, surmonté de son image. Les limites de la course du Soleil, l'orient et l'occident, y étaient tracées, et marquées par des bornes placées vers les extrémités du cirque.  

Les courses se faisaient d'orient en occident, jusqu'à sept tours, à cause des sept planètes.

Le Soleil et la Lune avaient leur char, ainsi que Jupiter et Vénus. Les conducteurs des chars étaient vêtus d'habits de couleur analogue à la teinte des divers éléments. Le char du Soleil était attelé de quatre chevaux, et celui de la Lune de deux.

On avait figuré dans le cirque le zodiaque par douze portes ; on y retraça aussi le mouvement des étoiles circompolaires ou des deux Ourses.

Dans ces fêtes tout était personnifié : la Mer ou Neptune, la Terre ou Cérés, ainsi que les autres éléments. Ils y étaient représentés par des acteurs qui y disputaient le prix.

Ces combats furent, dit-on, inventés pour retracer l'harmonie de l'Univers, du Ciel, de la Terre et de la Mer.

On attribue à Romulus l'institution de ces jeux chez les Romains, et je crois qu'ils étaient une imitation des courses de l'Hippodrome des Arcadiens et des jeux de l'Élide.

Les phases de la Lune furent aussi l'objet de fêtes, et surtout la néoménie ou la lumière nouvelle dont se revêt cette planète au commencement de chaque mois; car le dieu Mois eut ses temples, ses images et ses mystères. Tout le cérémonial de la possession d'Isis, décrite dans Apulée, se rapporte à la Nature, et en retrace les diverses parties.

Les hymnes sacrés des Anciens ont le même objet, si nous en jugeons par ceux qui nous sont restés, et qu'on attribue à Orphée: Quel qu'en soit l'auteur, il est évident qu'il n'a chanté que la Nature.

Un des plus anciens empereurs de la Chine, Chun, fait composer un grand nombre d'hymnes qui s'adressent au Ciel, au Soleil, à la Lune, aux Astres, etc. Il en est de même de presque toutes les prières des Perses contenues dans les livres zends. Les chants poétiques des anciens auteurs, de qui nous tenons les théogonies, connus sous les noms d'Orphée, de Linus, d'Hésiode , etc., se rapportent à la Nature et à ses agents. « Chantez, dit Hésiode aux Muses, les dieux immortels, enfants de la Terre et du Ciel étoilé, dieux nés du sein de la Nuit, et qu'a nourris l'Océan; les Astres brillants, l'immense voûte des cieux et les dieux qui en sont nés; la Mer, les Fleuves, etc. »

Les chants d'Iopas, dans le repas que Didon donne aux Troyens, contiennent les sublimes leçons du savant Atlas sur la course de la Lune et du Soleil, sur l'origine des hommes, des animaux, etc. Dans les pastorales de Virgile, le vieux Silène chante le chaos et l'organisation du monde; Orphée en fait autant dans les Argonautiques d'Apollonius; la cosmogonie de Sanchoniaton ou celle des Phéniciens cache sous le voile de l'allégorie les grands secrets de la Nature, que l'on enseignait aux initiés. Les philosophes qui ont succédé aux poètes qui les précédèrent dans la carrière de la philosophie, divinisèrent toutes les parties de l'univers, et ne cherchèrent guère les dieux que dans les membres du grand Dieu ou du grand tout appelé Monde, tant l'idée de sa divinité a frappé tous ceux qui ont voulu raisonner sur les causes de notre organisation et de nos destinées.

Pythagore pensait que les corps célestes étaient immortels et divins ; que le Soleil, la Lune et tous les Astres étaient autant de dieux qui renfermaient avec surabondance la chaleur, qui est le principe de la vie. Il plaçait la substance de la Divinité dans ce feu Éther, dont le Soleil est le principal foyer.

Parménide imaginait une couronne de lumière qui enveloppait le Monde, il en faisait aussi la substance de la Divinité, dont les Astres partageaient la Nature. Alcméon de Crotone faisait résider les dieux dans le Soleil, dans la Lune et dans les autres Astres. Antisthène ne reconnaissait qu'une seule Divinité, la Nature. Platon attribue la Divinité au Monde, au Ciel ; aux Astres et à la Terre. Xénocrate admettait huit grands dieux, le Ciel des fixes et les sept Planètes. Héraclide de Pont professa la même doctrine. Théophraste donne le titre de causes premières aux Astres et aux signes célestes. Zénon appelait aussi dieux l'Éther, les Astres, le Temps et ses parties. Cléanthe admettait la dogme de la divinité de l'Univers, et surtout du feu Éther, qui enveloppe les sphères et les pénètre. La Divinité toute entière, suivant ce philosophe, se distribuait dans les Astres, dépositaires d'autant de portions de ce feu divin. Diogène le babylonien rapportait toute la mythologie à la Nature ou à la physiologie. Chrysippe reconnaissait le monde pour Dieu. Il faisait résider la substance divine dans le feu Éther, dans le Soleil, dans la Lune et dans les Astres, enfin dans la Nature et ses principales parties.

Anaximandre regardait les Astres comme autant de dieux ; Anaximène donnait ce nom à l'Éther et à l'Air ; Zénon, au monde en général, et au Ciel en particulier.

Nous ne pousserons pas plus loin nos recherches sur les dogmes des anciens philosophes, pour prouver qu'ils ont été d'accord avec les plus anciens poètes, avec les théologiens qui composèrent les premières théogonies, avec les législateurs qui réglèrent l'ordre religieux et politique, et avec les artistes qui élevèrent les premiers des temples et des statues aux dieux.

Il reste donc démontré, d'après tout ce que nous venons de dire, que l'Univers et ses parties, c'est-à-dire, la Nature et ses agents principaux, ont non seulement dû être adorés comme dieux, mais qu'ils l'ont été effectivement ; d'où il résulte une conséquence nécessaire; savoir : que c'est par la Nature et ses parties, et par le jeu des causes physiques, que l'on doit expliquer le système théologique de tous les anciens peuples ; que c'est sur le Ciel, sur le Soleil, sur la Lune, sur les Astres, sur la Terre et sur les Éléments que nous devons porter nos yeux si nous voulons retrouver les dieux de tous les peuples, et les découvrir sous le voile que l'allégorie et la mysticité ont souvent jeté sur eux, soit pour piquer notre curiosité, soit pour nous inspirer plus de respect.

Ce culte ayant été le premier et le plus universellement répandu , il s'ensuit que la méthode d'explication qui doit être employée la première et le plus universellement, est celle qui porte toute entière sur le jeu des causes physiques et sur le mécanisme de l'organisation du Monde. Tout ce qui recevra un sens raisonnable, considéré sous ce point de vue ; tout ce qui, dans les poëmes anciens sur les dieux et dans les légendes sacrées des differents peuples, contiendra un tableau ingénieux de la Nature et de ses opérations, est censé appartenir à cette religion que j'appelle la religion universelle.

Tout ce qui pourra s'expliquer sans effort par le système physique et astronomique doit être regardé comme faisant partie des aventures factices que l'allégorie a introduites dans les chants sur la Nature. C'est sur cette base que repose tout le système d'explication que nous adoptons dans notre ouvrage. On n'adora, avons- nous dit, on ne chanta que la Nature, on ne peignit qu'elle : donc c'est par elle qu'il faut tout expliquer : la conséquence est nécessaire.

5e partie

Posté par Adriana Evangelizt

 

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 19:52

 

Abrégé de l'origine de tous les cultes 3

par Charles-François Dupuis

1830

1ère partie

2ème partie

CHAPITRE II.

Universalité du culte rendu à la Nature,

prouvé par l'histoire

et par les monuments politiques et religieux.

2ème partie

Les anciens Grecs, si l'on en croit Platon, n'avaient d'autres dieux que ceux qu'adoraient les Barbares du temps où vivait ce philosophe, et ces dieux étaient le Soleil, la Lune, les Astres, le Ciel et la Terre.

Épicharmis, disciple de Pythagore, appelle dieux le Soleil, la Lune, les Astres, la Terre, l'Eau et le Feu. Orphée regardait le Soleil comme le plus grand des dieux, et, montant avant le jour sur un lieu élevé, il y attendait l'apparition de cet astre pour lui rendre des hommages.

Agamemnon , dans Homère, sacrifie au Soleil et à la Terre.

Le chœur, dans l'Œdipe de Sophocle, invoque le Soleil, comme étant le premier de tous les dieux et leur chef.

La Terre était adorée dans l'ile de Cos : elle avait un temple à Athènes et à Sparte ; son autel et son oracle à Olympie. Celui de Delphes lui fut originairement consacré. En lisant Pausanias, qui nous a donné la description de la Grèce et de ses monuments religieux, on retrouve partout des traces du culte de la Nature; on y voit des autels, des temples, des statues consacrés au Soleil, à la Lune, à la Terre, aux Pléiades, au Cocher céleste, à la Chèvre, à l'Ourse ou à Calisto, à la Nuit, aux Fleuves, etc

On voyait en Laconie sept colonnes élevées aux sept planètes. Le Soleil avait sa statue, et la Lune sa fontaine sacrée à Thalma, dans ce même pays.

Les habitants de Mégalopolis sacrifiaient au vent Borée, et lui avaient fait planter un bois sacré.

Les Macédoniens adoraient Estia ou le Feu, et adressaient des prières à Bedy ou à l'élément de l'eau. Alexandre, roi de Macédoine, sacrifie au Soleil, à la Lune et à la Terre.

L'oracle de Dodôme, dans toutes ses réponses, exige que l'on sacrifie au fleuve Achéloùs. Homère donne l'épithète de sacrées aux eaux de l'Alphée.

Nestor et les Pyliens sacrifient un taureau à ce fleuve. Achille laisse croître ses cheveux en honneur du Sperchius ; il invoque aussi le vent Borée et le Zéphyr.

Les fleuves étaient réputés sacrés et divins , tant à cause de la perpétuité de leurs cours, que parce qu'ils entretenaient la végétation, abreuvaient les plantes et les animaux, et parce que l'eau est un des premiers principes de la Nature, et un des plus puissants agents de la force universelle du Grand-Être.

En Thessalie, on nourrissait des corbeaux sacrés en l'honneur du Soleil. On trouve cet oiseau sur les monuments de Mithra en Perse.

Les temples de l'ancienne Byzance étaient consacrés au Soleil, à la Lune et à Vénus. Ces trois astres, ainsi que l'Arcture ou la belle étoile du Bouvier, les douze signes du Zodiaque, y avaient leurs idoles.

Rome et l'Italie conservaient aussi une foule de monuments du culte rendu à la Nature et à ses agents principaux. Tatius, venant à Rome partager le sceptre de Romulus, élève des temples au Soleil, à la Lune, à Saturne, à la Lumière et au Feu. Le feu éternel ou Vesta était le plus ancien objet du culte des Romains : des vierges étaient chargées de l'entretenir dans le temple de cette déesse, comme les Mages en Asie dans leurs Pyrées ; car c'était le même culte que celui des Perses. C'était, dit Jornandès, une image des feux éternels qui brillent au Ciel.

Tout le monde connaît le fameux temple de Tellus ou de la Terre, qui servit souvent aux assemblées du sénat. La Terre prenait le nom de mère, et était regardée comme une Divinité avec les mânes.

On trouvait dans le Latium une fontaine du Soleil, auprès de laquelle étaient élevés deux autels, sur lesquels Énée, arrivant en Italie , sacrifia.

Romulus institua les jeux du cirque en honneur de l'astre qui mesure l'année dans son cours, et des quatre éléments qu'il modifie par son action puissante.

Aurélien fit bâtir à Rome le temple de l'astre du jour, qu'il enrichit d'or et de pierreries. Auguste, avant lui, y avait fait apporter d'Égypte les images du Soleil et de la Lune, qui ornèrent son triomphe sur Antoine et sur Cléopâtre.

La Lune avait son temple sur le mont Aventin. Si nous passons en Sicile, nous y voyons des bœufs consacrés au Soleil. Cette île elle-même porta le nom d'île du Soleil. Les bœufs que mangèrent les compagnons d'Ulysse en arrivant étaient consacrés à cet astre.

Les habitants d'Assora adoraient le fleuve Chrysas, qui coulait sous leurs murs, et qui les abreuvait de ses eaux. Ils lui avaient élevé un temple et une statue. A Enguyum on adorait les déesses-mères, les mêmes Divinités qui étaient honorées en Crète, c'est-à-dire la grande et la petite Ourse.

En Espagne, les peuples de la Bétique avaient bâti un temple en l'honneur de l'étoile du matin et du crépuscule. Les Accitains avaient élevé au Dieu Soleil, sous le nom de Mars, une statue dont la tête rayonnante exprimait la nature de cette Divinité. A Cadix, ce même dieu était honoré sous le nom d'Hercule dès la plus haute antiquité.

Toutes les nations du nord de l'Europe, connues sous la dénomination générale de nations celtiques, rendaient un culte religieux au Feu, à l'Eau, à l'Air, à la Terre, au Soleil, à la Lune, aux Astres, à la voûte des Cieux , aux Arbres, aux Rivières, aux Fontaines, etc.

Le vainqueur des Gaules, Jules-César, assure que les anciens Germains n'adoraient que la cause visible et ses principaux agents, que les dieux qu'ils voyaient et dont ils éprouvaient l'influence, le Soleil, la Lune, le Feu ou Vulcain, la  Terre sous le nom d'Herta.

On trouvait dans la Gaule narbonnaise un temple élevé au vent Circius, qui purifiait l'air. On voyait un temple du Soleil à Toulouse. Il y avait dans le Gévaudan le lac Hélanus, auquel on rendait des honneurs religieux.

Charlemagne, dans ses Capitulaires, proscrit l'usage ancien où l'on était de placer des chandelles allumées auprès des arbres et des fontaines pour leur rendre un culte superstitieux.

Canut, roi d'Angleterre, défend dans ses États le culte que l'on rendait au Soleil, à la Lune, au Feu , à l'Eau courante, aux Fontaines, aux Forêts, etc.

Les Francs qui passent en Italie sous la conduite de Theudibert, immolent les femmes et les enfants des Goths, et en font offrande au fleuve du Pô, comme étant les prémices de la guerre. Ainsi les Allemands, au rapport d'Agathias, immolaient des chevaux aux fleuves, et lesTroyens au Scamandre, en précipitant ces animaux tout vivants dans leurs eaux.

Les habitants de l'Ile de Thulé, et tous les Scandinaves, plaçaient leurs Divinités dans le Firmament, dans la Terre, dans la Mer, dans les Eaux courantes, etc.

On voit, par ce tableau abrégé de l'histoire religieuse de l'ancien continent, qu'il n'y a pas un point des trois parties de l'ancien Monde où l'on ne trouve établi le culte de la Nature et de ses agents principaux, et que les nations civilisées, comme celles qui ne l'étaient pas, ont toutes reconnu l'empire qu'exerçait sur l'homme la cause universelle visible, ou le Monde et ses parties les plus actives.

Si nous passons dans l'Amérique, tout nous présente sur la terre une scène nouvelle, tant dans l'ordre physique que dans l'ordre moral et politique. Tout y est nouveau : plantes, quadrupèdes, arbres, fruits, reptiles, oiseaux, mœurs, usages. La religion seule est encore la même que dans l'ancien Monde : c'est toujours le Soleil, la Lune, le Ciel, les Astres, la Terre et les Éléments qu'on y adore.

Les Incas du Pérou se disaient fils du Soleil ; ils élevaient des temples et des autels à cet astre, et avaient institué des fêtes en son honneur : il y était regardé, ainsi qu'en Égypte et en Phénicie, comme la source de tous les biens de la Nature. La Lune, associée à son culte, y passait pour la mère de toutes les productions sublunaires; elle était honorée comme la femme et la sœur du Soleil. Vénus, la planète la plus brillante après le Soleil, y avait aussi ses autels, ainsi que les météores, les éclairs, le tonnerre, et surtout la brillante Iris ou l'arc-en-ciel. Des vierges étaient chargées, comme les Vestales à Rome, du soin d'entretenir le feu sacré perpétuel.

Le même culte était établi au Mexique, avec toute la pompe que donne à sa religion un peuple instruit.

Les Mexicains contemplaient le Ciel, et lui donnaient le nom de Créateur et d'admirable ; il n'y avait point de partie un peu apparente dans l'Univers qui n'eût chez eux ses autels et ses adorateurs.

Les habitants de l'isthme de Panama, et de tout ce qu'on appelle terre-ferme, croyaient qu'il y a un Dieu au Ciel, et que ce Dieu était le Soleil, mari de la Lune; ils adoraient ces deux astres comme les deux causes suprêmes qui régissent le Monde. Il en était de même des peuples du Brésil, des Caraïbes, des Floridiens, des Indiens de la côte de Cumana, des sauvages de la Virginie, et de ceux du Canada et de la baie d'Hudson.

Les Iroquois appellent le Ciel Garonthia ; les Hurons, Sironhiata, et les uns et les autres l'adorent comme le grand génie, le bon maître, le père de la vie; ils donnent aussi au Soleil le titre d'Être suprême.

Les sauvages de l'Amérique septentrionale ne font point de traité sans prendre pour témoin et pour garant le Soleil, comme nous voyons que fait Agamemnon dans Homère, et les Carthaginois dans Polybe. Ils font fumer leurs alliés dans le calumet, et en poussent la fumée vers cet astre. C'est aux Panis, qui habitent les bords du Missouri, que le Soleil a donné le calumet, suivant la tradition de ces sauvages.

Les naturels de l'île de Cayenne adoraient aussi le Soleil, le Ciel et les Astres. En un mot partout où l'on a trouvé des traces d'un culte en Amérique, on a aussi reconnu qu'il se dirigeait vers quelques-unes des parties du grand tout ou du Monde.

Le culte de la Nature doit donc être regardé comme la religion primitive et universelle des deux Mondes. A ces preuves tirées de l'histoire des peuples des deux continents s'en joignent d'autres tirées de leurs monuments religieux et politiques, des divisions et des distribution s de l'ordre sacré et de l'ordre social, de leurs fêtes, de leurs hymnes et de leurs chants religieux, des opinions de leurs philosophes.

Dès que les hommes eurent cessé de se rassembler sur le sommet des hautes montagnes pour y contempler et y adorer le Ciel, le Soleil, la Lune et les autres Astres, leurs premières Divinités, et qu'ils se furent réunis dans les temples, ils voulurent retrouver dans cette enceinte étroite les images de leurs dieux et un tableau régulier de cet ensemble admirable, connu sous le nom de Monde ou du grand tout qu'ils adoraient.

Ainsi le fameux labyrinthe d'Égypte représentait les douze maisons du Soleil, auquel il était consacré par douze palais, qui communiquaient entre eux, et qui formaient la masse du temple de l'astre qui engendre l'année et les saisons en circulant dans les douze signes du zodiaque. On trouvait dans le temple d'Héliopolis ou de la ville du Soleil, douze colonnes chargées de symboles relatifs aux douze signes et aux Éléments.

Ces énormes masses de pierres consacrées à l'astre du jour avaient la figure pyramidale, comme la plus propre à représenter les rayons du Soleil, et la forme sous laquelle s'élève la flamme.

La statue d'Apollon Ageyus était une colonne terminée en pointe, et Apollon était le Soleil.

Le soin de figurer les images et les statues des dieux en Égypte n'était point abandonné aux artistes ordinaires. Les prêtres en donnaient les dessins, et c'était sur des sphères, c'est-à-dire, d'après l'inspection du Ciel et de ses images astronomiques, qu'ils en déterminaient les formes. Aussi voyons-nous que dans toutes les religions les nombres sept et douze, dont l'un rappelle celui des planètes et l'autre celui des signes, sont des nombres sacrés, et qui se reproduisent sous toutes sortes de formes. Tels sont les douze grands dieux ; les douze apôtres ; les douze fils de Jacob ou les douze tribus ; les douze autels de Janus; les douze travaux d'Hercule ou du Soleil; les douze boucliers de Mars; les douze frères Arvaux ; les douze dieux Consentes ; les douze membres de la lumière, les douze gouverneurs dans le système manichéen ; les douze adeetyas des Indiens; les douze azes des Scandinaves ; la ville aux douze portes de l'Apocalypse ; les douze quartiers de la ville dont Platon conçoit le plan ; les quatre tribus d'Athènes, sous divisées en trois fratries, suivant la division faite par Cécrops ; les douze coussins sacrés sur lesquels est assis le Créateur dans la cosmogonie des Japonais ; les douze pierres du rational du grand-prêtre des Juifs, rangées trois par trois, comme les saisons; les douze cantons de la ligue étrusque, et leurs douze lucumons ou chefs de canton ; la confédération des douze villes d'Ionie; celle des douze villes d'Éolie; les douze Tcheou dans lesquels Chun divise la Chine; les douze contrées entre lesquelles les habitants de la Corée partagent le Monde; les douze officiers chargés de traîner le sarcophage dans les funérailles du roi de Tunquin ; les douze chevaux de main ; les douze éléphants, etc. conduits dans cette cérémonie.

Quatrième partie

Posté par Adriana Evangelizt

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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 11:54

 Il semblerait qu'il y ait des problèmes sur Over-Blog en ce moment et que le blog vous paraisse très bizarre, ce qu'il est en fait. Il ne ressemble à rien. Nous pensons qu'ils sont en train de nous passer en version V2 car d'autres ont aussi le même problème. Alors nous nous excusons de ce désagrément bien que nous n'y soyons pour rien...

On continue donc le voyage dans l'Origine de tous les cultes pour se rendre compte que nos ancêtres adoraient le Soleil, le Ciel, les Constellations et la Terre-Mère avec tous ses éléments. Aussi pour mieux comprendre la rouerie des religieux qui ont trafiqué non seulement la tradition orale mais aussi les premiers écrits tracés sur la pierre, vous remplacez l'Eternel ou Seigneur par le Soleil et vous avez la vraie signification des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament ou de l'Apocalypse. On prend un verset au hasard...

Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l'honneur et la puissance; car tu as créé toutes choses, et c'est par ta volonté qu'elles existent et qu'elles ont été créées.Apocalypse 4/11

Effectivement, c'est grâce au Soleil que tout a été créé.

 

Abrégé de l'origine de tous les cultes 2

par Charles-François Dupuis

1830

1ère partie

CHAPITRE II.

Universalité du culte rendu à la Nature,

prouvé par l'histoire

et par les monuments politiques et religieux.

1ère partie

 

Ce n'est plus par des raisonnements que nous chercherons à prouver que l'Univers et ses parties, considérés comme autant de portions de la grande cause ou du Grand-Être, ont dû attirer les regards et les hommages des mortels. C'est par des faits et par un précis de l'histoire religieuse de tous les peuples que nous pouvons démontrer que ce qui a dû être a été effectivement, et que tous les hommes de tous les pays, dès la plus haute antiquité, n'ont eu d'autres dieux que les dieux naturels, c'est-à-dire, le Monde et ses parties les plus actives et les plus brillantes, le Ciel, la Terre, le Soleil, la Lune, les Planètes, les Astres fixes, les Éléments, et en général tout ce qui porte le caractère de cause et de perpétuité dans la Nature.

Peindre et chanter le Monde et ses opérations, c'était autrefois peindre et chanter la Divinité. De quelque côté que nous jetions nos regards dans l'ancien comme dans le nouveau continent, partout la Nature et ses principaux agents ont eu des autels. C'est son corps auguste, ce sont ses membres sacrés qui ont été l'objet de la vénération des peuples. Chérémon et les plus savants prêtres de l'Égypte étaient persuadés, comme Pline, qu'on ne devait admettre rien hors le Monde ou hors la cause visible, et ils appuyaient leur opinion de celle des plus anciens Égyptiens, « qui ne reconnaissaient, disent-ils, pour dieux que le Soleil, la Lune, les Planètes, les Astres qui composent le zodiaque, et tous ceux qui, par leur lever ou leur coucher, marquent les divisions des signes, leurs sous-divisions en décans, l'horoscope et les astres qui y président, et que l'on nomme chefs puissants du Ciel. Ils assuraient que les Égyptiens, regardant le Soleil comme un grand Dieu, architecte et modérateur de l'Univers, expliquaient non-seulement la fable d'Osiris, mais encore toutes leurs fables religieuses, généralement par les astres et par le jeu de leurs mouvements, par leur apparition , leur disparition ; par les phases de la Lune, par les accroissements ou la diminution de sa lumière, par la marche progressive du Soleil, par les divisions du Ciel et du temps dans leurs deux grandes parties, l'une affectée au jour et l'autre à la nuit ; par le Nil; enfin, par l'action des causes physiques. Ce sont là, disaient-ils, les dieux arbitres souverains de la fatalité , que nos pères ont honorés par des sacrifices, et à qui ils ont élevé des images. »

Effectivement, nous avons fait voir, dans notre grand ouvrage, que les animaux mêmes, consacrés dans les temples de l'Égypte, et honorés par un culte, représentaient les diverses fonctions de la grande cause, et se rapportaient au Ciel, au Soleil, à la Lune et aux différentes constellations, comme l'a très-bien aperçu Lucien. Ainsi la belle étoile Sirius ou la Canicule fut honorée sous le nom d'Anubis, et sous la forme d'un chien sacré nourri dans les temples. L'épervier représenta le Soleil, l'ibis la Lune, et l'astronomie fut l'ame de tout le système religieux des Égyptiens.

C'est au Soleil et à la Lune, adorés sous les noms d'Osiris et d'Isis, qu'ils attribuaient le gouvernement du Monde, comme à deux divinités premières et éternelles, dont dépendait tout le grand ouvrage de la génération et de la végétation dans notre Monde sublunaire. Ils bâtirent, en l'honneur de l'astre qui nous distribue la lumière, la ville du Soleil ou d'Héliopolis, et un temple dans lequel ils placèrent la statue de ce dieu. Elle était dorée, et représentait un jeune homme sans barbe, dont le bras était élevé, et qui tenait en main un fouet, dans l'attitude d'un conducteur de chars ; dans sa main gauche était la foudre et un faisceau d'épis. C'est ainsi qu'ils désignèrent la puissance et tout ensemble la bienfaisance du dieu qui allume les feux de la foudre, et qui verse ceux qui font croître et mûrir les moissons.

Le fleuve du Nil, dont le débordement périodique vient tous les ans féconder par son limon les campagnes de l'Égypte, fut aussi honoré comme dieu ou comme une des causes bienfaisantes de la Nature. Il eut des autels et des temples à Nilopolis ou dans la ville du Nil. Près des cataractes, au-dessus d'Éléphantine, il y avait un collège de prêtres attachés à son culte. On célébrait les fêtes les plus pompeuses en son honneur, au moment surtout où il allait épancher dans la plaine les eaux qui tous les ans venaient la fertiliser. On promenait dans les campagnes sa statue en grande cérémonie ; on se rendait ensuite au théâtre ; on assistait à des repas publics ; on célébrait des danses, et l'on entonnait des hymnes semblables à ceux qu'on adressait à Jupiter, dont le Nil faisait la fonction sur le sol d'Égypte. Toutes les autres parties actives de la nature reçurent les hommages des Égyptiens.

On lisait sur une ancienne colonne une inscription en l'honneur des dieux immortels, et les dieux qui y sont nommés sont le Souffle ou l'Air, le Ciel, la Terre, le Soleil, la Lune, la Nuit et le Jour.

Enfin le Monde, dans le système égyptien, était regardé comme une grande Divinité, composée de l'assemblage d'une foule de dieux ou de causes partielles, qui n'étaient autre chose que les divers membresdu grand corps appelé Monde ou de l'Univers-Dieu.

Les Phéniciens, qui, avec les Égyptiens, ont le plus influé sur la religion des autres peuples, et qui ont répandu dans l'Univers leurs théogonies, attribuaient la divinité au Soleil, à la Lune, aux Étoiles, et ils les regardaient comme les seules causes de la production et de la destruction de tous les êtres. Le Soleil, sous le nom d'Hercule, était leur grande Divinité.

Les Éthiopiens, pères des Égyptiens, placés sous un climat brûlant, n'en adoraient pas moins la divinité du Soleil, et surtout celle de la Lune, qui présidait aux nuits, dont la douce fraîcheur faisait oublier les ardeurs du jour. Tous les Africains sacrifiaient à ces deux grandes Divinités. C'est en Éthiopie que l'on trouvait la fameuse table du Soleil. Ceux des Éthiopiens qui habitaient au-dessus de Méroë, admettaient des dieux éternels et d'une nature incorruptible, nous dit Diodore, tels que le Soleil, la Lune, et tout l'Univers ou le Monde. Semblables aux Incas du Pérou, ils se disaient enfants du Soleil, qu'ils regardaient comme leur premier père : Persina était prêtresse de la Lune, et le roi, son époux, prêtre du Soleil.

Les Troglodytes avaient dédié une fontaine à l'astre du jour. Près du temple d'Ammon on voyait un rocher consacré au vent du midi, et une fontaine du Soleil.

Les Blemmyes, situés sur les confins de l'Égypte et de l'Éthiopie, immolaient des victimes humaines au Soleil. La roche Bagia et l'île Nasala, situées au- delà du territoire des Ichtyophages, étaient consacrées à cet astre. Aucun homme n'osait approcher de cette île, et des récits effrayants en écartaient le mortel assez hardi pour y porter un pied profane.

C'est ainsi que, dans l'ancienne Cyrénaïque, il y avait un rocher sur lequel personne ne pouvait sans crime porter la main : il était consacré au vent d'orient.

Les divinités invoquées comme témoins dans le traité des Carthaginois avec Philippe, fils de Démétrius, sont le Soleil, la Lune, la Terre, les Rivières, les Prairies et les Eaux. Massinissa, remerciant les dieux de l'arrivée de Scipion dans son empire, s'adresse au Soleil.

Encore aujourd'hui les habitants de l'île Socotora et les Hottentots conservent l'ancien respect que les Africains eurent toujours pour la Lune, qu'ils regardaient comme le principe de la végétation sublunaire; ils s'adressent à elle pour obtenir de la pluie, du beau temps et de bonnes récoltes. Elle est pour eux une Divinité bienfaisante, telle que l'était Isis chez les Égyptiens.

Tous les Africains qui habitaient la côte d'Angola et de Congo révéraient le Soleil et la Lune. Les insulaires de l'île de Ténériffe les adoraient aussi, ainsi que les planètes et les autres astres, lorsque les Espagnols y arrivèrent.

La Lune était la grande Divinité des Arabes. Les Sarrasins lui donnaient l'épithète de Cabar ou de Grande : son croissant orne encore les monuments religieux des Turcs. Son exaltation sous le signe du taureau fut une des principales fêtes des Sarrasins et des Arabes sabéens. Chacune des tribus arabes était sous l'invocation d'un astre : la tribu Hamiaz était consacrée au Soleil; la tribu Cennah l'était à la Lune; la tribu Misa était sous la protection de l'étoile Aldebaran ; la tribu Taï, sous celle de Canopus ; la tribu Kaïs, sous celle de Sirius; les tribus Lachamus et Idamus honoraient la planète de Jupiter; la tribu Asad celle de Mercure et ainsi des autres.

Chacune révérait un des corps célestes, comme son génie tutélaire. Atra, ville d'Arabie, était consacrée au Soleil, et renfermait de riches offrandes déposées dans son temple. Les anciens Arabes donnaient souvent à leurs enfants le titre de serviteurs du Soleil.

Le Caabah des Arabes, avant Mahomet, était un temple consacré à la Lune ; la pierre noire que les Musulmans baisent avec tant de dévotion aujourd'hui, est, à ce qu'on prétend, une ancienne statue de Saturne. Les murailles de la grande mosquée de Koufah , bâtie sur les fondements d'un ancien Pyrée ou temple de feu, sont chargées de figures de planètes artistement sculptées. Le culte ancien des Arabes était le sabisme, religion universellement répandue en Orient : le Ciel et les Astres en étaient le premier objet.

Cette religion était celle des anciens Chaldéens, et les Orientaux prétendent que leur Ibrahim ou Abraham fut élevé dans cette doctrine. On trouve encore à Hellé, sur les ruines de l'ancienne Babylone, une mosquée appelée Mesched Eschams, ou mosquée du Soleil. C'est dans cette ville qu'était l'ancien temple de Bel ou du Soleil, la grande Divinité des Babyloniens; c'est le même dieu auquel les Perses élevèrent des temples et consacrèrent des images sous le nom de Mithra. Ils honoraient aussi le Ciel sous le nom de Jupiter, la Lune et Vénus, le Feu, la Terre, l'Air ou le Vent, l'Eau, et ne reconnaissaient pas d'autres dieux dès la plus haute antiquité.

En lisant les livres sacrés des anciens Perses, contenus dans la collection des livres Zends, on trouve à chaque page des invocations adressées à Mithra, à la Lune, aux astres, aux éléments, aux montagnes, aux arbres et à toutes les parties de la Nature. Le feu Éther, qui circule dans tout l'Univers, et dont le Soleil est le foyer le plus apparent, était représenté dans les Pyrées par le feu sacré et perpétuel entretenu par les Mages.

Chaque planète, qui en contient une portion, avait son Pyrée ou son temple particulier, où l'on brûlait de l'encens en son honneur : on allait dans la chapelle du Soleil rendre des hommages à cet astre et y célébrer sa fête ; dans celle de Mars et de Jupiter, etc., honorer Mars et Jupiter, et ainsi des autres planètes.

Avant d'en venir aux mains avec Alexandre, Darius, roi de Perse, invoque le Soleil, Mars et le feu sacré éternel. Sur le haut de sa tente était une image de cet astre, renfermée dans le cristal, et qui réfléchissait au loin des rayons. Parmi les ruines de Persépolis, on distingue la figure d'un roi à genoux devant l'image du Soleil ; tout près est le feu sacré conservé par les Mages, et que Persée, dit-on, avait fait autrefois descendre sur la Terre.

Les Parsis, ou les descendants des anciens disciples de Zoroastre, adressent encore leurs prières au Soleil, à la Lune, aux Étoiles, et principalement au Feu , comme au plus subtil et au plus pur des éléments.

On conservait surtout ce feu dans l'Aderbighian, où était le grand Pyrée des Perses, et à Asaac, dans le pays des Parthes. Les Guèbres établis à Surate conservent précieusement dans un temple, remarquable par sa simplicité, le feu sacré dont Zoroastre enseigna le culte à leurs pères. Niébuhr vit un de ces foyers où l'on prétend que le feu se conserve ; depuis plus de deux cents ans sans jamais s'éteindre.

Valarsacès éleva un temple à Armavir dans l'ancienne Phasiane, sur les bords de l'Araxe, et il y consacra la statue du Soleil et de la Lune, Divinités adorées autrefois par les Ibériens, par les Albaniens et les Colchidiens. Cette dernière planète surtout était révérée dans toute cette partie de l'Asie, dans l'Arménie et dans la Cappadoce, ainsi que le dieu Moïs, que la Lune engendre par sa révolution. Toute l'Asie mineure, la Phrygie, l'Ionie, étaient couvertes de temples élevés aux deux grands flambeauxde la Nature. La Lune, sous le nom de Diane, avait un magnifique temple à Éphèse. Le dieu Mois a vaitle sien près Laodicée et en Phrygie. Le Soleil était adoré à Thymbrée dans la Troade, sous le nom d'Apollon.

L'île de Rhodes était consacrée au Soleil, auquel on avait élevé une statue colossale connue sous le nom de Colosse de Rhodes.

Au nord de l'Asie, les Turcs établis près du Caucase avaient un grand respect pour le feu, pour l'eau, pour la terre, qu'ils célébraient dans leurs hymnes sacrés.

Les Abasges, relégués au fond de la mer Noire, révéraient encore du temps de Justinien, les bois, les forêts, et faisaient des arbres leurs principales Divinités.

Toutes les nations scytiques qui erraient dans les immenses contrées qui sont au nord de l'Europe et de l'Asie, avaient pour principale Divinité la Terre, d'où ils tiraient leur subsistance, eux et leurs troupeaux; ils la faisaient femme de Jupiter ou du Ciel, qui verse en elle les pluies qui la fécondent. Les Tartares qui habitent à l'orient de l'Imaüs adorent le Soleil, la Lumière, le Feu, la Terre, et offrent à ces Divinités les prémices de leur nourriture, principalement le matin.

Les anciens Massagètes avaient pour Divinité unique le Soleil, à qui ils immolaient des chevaux.

Les Derbices, peuples d'Hyrcanie, rendaient un culte à la Terre.

Tous les Tartares en général ont le plus grand respect pour le Soleil ; ils le regardent comme le père de la Lune, qui emprunte de lui sa lumière ; ils font des libations en l'honneur des éléments, et surtout en l'honneur du feu et de l'eau.

Les Votiaks du gouvernement d'Orenbourg adorent la divinité de la Terre, qu'ils appellent Mon-Kalsin; le dieu des eaux, qu'ils nomment Vou-Imnar : ils adorent aussi le Soleil, comme le siège de leur grande Divinité.

Les Tatars, montagnards du territoire d'Oudiusk, adorent le Ciel et le Soleil.

Les Moskaniens sacrifiaient à un Être suprême qu'ils appelaient Schkai : c'est le nom qu'ils donnent au Ciel. Lorsqu'ils faisaient leurs prières, ils regardaient l'orient, ainsi que tous les peuples d'origine tchoude.

Les Tchouvasches mettaient le Soleil et la Lune au nombre de leurs Divinités ; ils sacrifiaient au Soleil au commencement du printemps, au temps des semailles, et à la Lune à chaque renouvellement.

Les Toungouses adorent le Soleil, et ils en font leur principale Divinité ; ils le représentent par l'emblème du feu.

Les Huns adoraient le Ciel et la Terre, et leur chef prenait le titre de Tanjaou ou de fils du Ciel.

Les Chinois, placés à l'extrémité orientale de l'Asie, révèrent le Ciel sous le nom du grand Tien, et ce nom désigne, suivant les uns, l'esprit du Ciel ; suivant d'autres, le Ciel matériel : c'est l'Uranus des Phéniciens, des Atlantes et des Grecs. L'Être suprême, dans le Chou-King, est désigné par le nom de Tien ou de Ciel, et de Chang-Tien, Ciel suprême.

Les Chinois disent de ce Ciel qu'il pénètre tout et comprend tout.

On trouve à la Chine les temples du Soleil et de la Lune, et celui des étoiles du nord.

On voit Thait-Tçoum aller au Miao offrir un holocauste au Ciel et à la Terre. On trouve pareillement des sacrifices faits aux dieux des montagnes et des fleuves.

Agoustha fait des libations à l'auguste Ciel et à la Terre reine.

Les Chinois ont élevé un temple au Grand-Être résultant de l'assemblage du Ciel, de la Terre et des Éléments, être qui répond à notre Monde, et qu'ils nomment Tay-Ki : c'est aux deux solstices que les Chinois vont rendre un culte au Ciel.

Les peuples du Japon adorent les astres, et les supposent animés par des intelligences ou par des dieux. Ils ont leur temple de la splendeur du Soleil; ils célèbrent la fête de la Lune le 7 de septembre. Le peuple passe la nuit à se réjouir à la lumière de cet astre.

Les habitants de la terre d'Yeço adorent le Ciel.

Il n'y a pas encore neuf cents ans que les habitants de l'île Formose ne connaissaient point d'autres dieux que le Soleil et la Lune, qu'ils regardaient comme deux Divinités ou causes suprêmes, idée absolument semblable à celle que les Égyptiens et les Phéniciens avaient de ces deux astres.

Les Arrakanois ont élevé dans l'île de Munay un temple à la lumière, sous le nom de temple des atomes du Soleil.

Les habitants de Tunquin révèrent sept idoles célestes, qui représentent les sept planètes, et cinq terrestres consacrées aux éléments.

Le Soleil et la Lune ont leurs adorateurs dans l'île de Ceylan, la Taprobane des Anciens : on y rend aussi un culte aux autres planètes. Ces deux premiers astres sont les seules Divinités des naturels de l'île de Sumatra : ce sont les mêmes dieux que l'on honore dans l'île de Java, dans l'île Célèbes, aux îles de la Sonde, aux Moluques, aux îles Philippines.

Les Talapoins ou les religieux de Siam ont la plus grande vénération pour tous les éléments et pour toutes les parties du corps sacré de la Nature.

Les Indiens ont un respect superstitieux pour les eaux du fleuve du Gange ; ils croient à sa divinité, comme les Égyptiens à celle du Nil.

Le Soleil a été une des plus grandes Divinités des Indiens, si l'on en croit Clément d'Alexandrie. Les Indiens, même les spiritualistes, révèrent ces deux grands flambeaux de la Nature, le Soleil et la Lune, qu'ils appellent les deux yeux de la Divinité. Ils célèbrent tous les ans une fête en honneur du Soleil, le 9 janvier. Ils admettent cinq éléments, auxquels ils ont élevé cinq pagodes.

Les sept planètes sont encore adorées aujourd'hui sous différents noms dans le royaume de Nepale : on leur sacrifie chaque jour.

Lucien prétend que les Indiens, en rendant leurs hommages au Soleil, se tournaient vers l'orient, et que, gardant un profond silence, ils formaient une espèce de danse imitative du mouvement de cet astre. Dans un de leurs temples on avait représenté le dieu de la Lumière monté sur un quadrige ou sur un char attelé de quatre chevaux.

Les anciens Indiens avaient aussi leur feu sacré, qu'ils tiraient des rayons du Soleil, sur le sommet d'une très-haute montagne qu'ils regardaient comme le point central de l'Inde. Les Brames entretiennent encore aujourd'hui, sur la montagne de Tirouna- maly , un feu pour lequel ils ont la plus grande vénération.

Ils vont, au lever du Soleil, puiser de l'eau dans un étang, et ils en jettent vers cet astre, pour lui témoigner leur respect et leur reconnaissance de ce qu'il a voulu reparaître et dissiper les ténèbres de la nuit. C'est sur l'autel du Soleil qu'il allumèrent les flambeaux qu'ils devaient porter devant Phaotès, leur nouveau roi, qu'ils voulaient recevoir.

L'auteur du Bagawadam reconnaît que plusieurs Indiens adressent des prières aux étoiles fixes et aux planètes. Ainsi le culte du Soleil, des Astres et des Éléments a formé le fond de la religion de toute l'Asie, c'est-à-dire, des contrées habitées par les plus grandes, par les plus anciennes comme les plus savantes nations, par celles qui ont le plus influé sur la religion des peuples d'Occident, et en général sur celle de l'Europe. Aussi, lorsque nous reportons nos regards sur cette dernière partie de l'ancien Monde, y trouvons-nous le sabisme ou le culte du Soleil, de la Lune et des Astres également répandu, quoique souvent déguisé sous d'autres noms et sous des formes savantes qui les ont fait méconnaître quelquefois de leurs adorateurs.

Troisième partie

Posté par Adriana Evangelizt

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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 11:15

 Nous commençons à poser un ouvrage passionnant qui dévoile l'origine des religions et d'où est né le mot DIEU. Où plus exactement qui vénéraient les premiers humains, nos ancêtres, les survivants d'un grand cataclysme qui les avait projeté à l'âge de pierre que nous nommons "Âge préhistorique". A l'heure où la planète est en train de basculer pour changer d'axe, il est important que tous les humains axés sur la Religion sache qu'ils ont été bernés. Comme vous avez pu le constater déjà, ce n'est point Dieu qui fait la loi sur terre mais ceux qui -au nom d'intérêts souvent personnels ou politique- mettent la planète à feu et à sang. Alors que devant l'imminence de ce qui se prépare -nommé symboliquement le retour du Grand Monarque- l'Humanité mériterait de vivre en paix et personne ne devrait crever de faim ni de soif. Et encore moins être chassé de son sol ou colonisé. Car notre planète n'appartient certainement pas à tous ces individus sans âme et sans conscience n'ayant aucun respect pour le genre humain. D'autant que notre thèse sur le basculement des pôles est plus que jamais renforcé comme nous en parlons sur d'autres sites. Hier encore, les scientifiques russes se sont exprimés sur le réchauffement climatique l'attribuant encore et toujours au soleil. Mais leur avis est rejeté, on les prend pour des ignares. Quand on ne les fait pas passer pour des fous. Car le réchauffement climatique est une histoire de gros sous visant à empêcher la modernisation des pays en voie de développement. Le Soleil flamboyant n'est certainement pas présent dans les symboles égyptiens ou maçonniques pour faire joli ! Il est le créateur. Le générateur de Lumière, de chaleur et de Vie. Depuis l'Origine, les premiers humains rescapés de la grande catastrophe lui vouaient un adoration sans pareille. Mais de génération en génération, sous l'impulsion des religieux toujours avides de puissance et de pouvoir, les symboles ont été kidnappés pour les recouvrir de mensonge et leurrer l'Humanité. Ceux qui savent la vérité et qui la cachent sont des criminels. Car devant l'impermanence de notre vie où tout peut basculer du jour au lendemain, l'empire de l'argent n'a aucune raison d'être. Chaque Être, sur cette planète, notre Mère, a le droit d'être heureux et de ne manquer de rien.

 

Abrégé de l'origine de tous les cultes 1

par Charles-François Dupuis

1830

Chapitre Premier

De l'Univers-Dieu et de son culte.

 

Fresque présente dans le tombeau vide d'Akhénaton


Le mot Dieu paraît destiné à exprimer l'idée de la force universelle et éternellement active qui imprime le mouvement à tout dans la Nature, suivant les lois d'une harmonie constante et admirable, qui se développe dans les diverses formes que prend la matière organisée, qui se mêle à tout, anima tout, et qui semble être une dans ses modifications infiniment variées, et n'appartenir qu'à elle-même. Telle est la force vive que renferme en lui l'Univers ou cet assemblage régulier de tous les corps qu'une chaîne éternelle lie entre eux , et qu'un mouvement perpétuel roule majestueusement au sein de l'espace et du temps sans bornes.

C'est dans ce vaste et merveilleux ensemble que l'homme, du moment qu'il a voulu raisonner sur les causes de son existence et de sa conservation, ainsi que sur celles des effets variés qui naissent et se détruisent autour de lui, a dû placer d'abord cette cause souverainement puissante qui fait tout éclore, et dans le sein de laquelle tout rentre pour en sortir encore par une succession de générations nouvelles et sous des formes différentes. Cette force étant celle du Monde lui-même, le Monde fut regardé comme Dieu ou comme cause suprême et universelle de tous les effets qu'il produit, et dont l'homme fait partie. Voilà le grand Dieu, le premier ou plutôt l'unique Dieu qui s'est manifesté à l'homme à travers le voile de la matière qu'il anime, et qui forme l'immense corps de la Divinité. Tel est le nom de la sublime inscription du temple de Sais : Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera, et nul mortel n'a encore levé le voile qui me couvre.

Quoique ce Dieu fût partout, et fût tout ce qui porte un caractère de grandeur et de perpétuité dans ce Monde éternel, l'homme le chercha de préférence dans ces régions élevées où semble voyager l'astre puissant et radieux qui inonde l'Univers des flots de sa lumière, et par lequel s'exerce, sur la Terre, la plus belle comme la plus bienfaisante action de la Divinité. C'est sur la voûte azurée, semée de feux brillants, que le Très-Haut paraissait avoir établi son trône; c'était du sommet des cieux qu'il tenait les rênes du Monde, qu'il dirigeait les mouvements de son vaste corps, et qu'il se contemplait lui-même dans les formes aussi variées qu'admirables sous lesquelles il se modifiait sans cesse.

« Le Monde, dit Pline, ou ce que nous appelons autrement le Ciel, qui dans ses vastes flancs embrasse tous les êtres, est un Dieu éternel , immense, qui n'a jamais été produit et qui ne sera jamais détruit. Chercher quelque chose au-delà est un travail inutile à l'homme et hors de sa portée. Voilà l'Être véritablement sacré, l'Être éternel, immense, qui renferme tout en lui ; il est tout en tout, ou plutôt il est lui-même tout. Il est l'ouvrage de la Nature et la Nature elle-même. »

Ainsi parle le plus philosophe comme le plus savant des naturalistes anciens. Il croit devoir donner au Monde et au Ciel le nom de cause suprême et de Dieu. Suivant lui, le Monde travaille éternellement en lui-même et sur lui-même; il est en même temps et l'ouvrier et l'ouvrage. Il est la cause universelle de tous les effets qu'il renferme. Rien n'existe hors de lui; il est tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera, c'est-à-dire, la Nature elle-même ou Dieu; car, par Dieu, nous entendons l'Être éternel, immense et sacré, qui, comme cause, contient en lui tout ce qui est produit. Tel est le caractère que Pline donne au Monde, qu'il appelle le grand Dieu , hors duquel on ne doit pas en chercher d'autre.

Cette doctrine remonte à la plus haute antiquité chez les Égyptiens et chez les Indiens. Les premiers avaient leur grand Pan , qui réunissait tous les caractères de la Nature universelle, et qui originairement n'était qu'une expression symbolique de sa force féconde.

Les seconds ont leur Dieu Vichnou, qu'ils confondent souvent avec le Monde lui-même, quoique quelquefois ils n'en fassent qu'une fraction de la triple force dont se compose la force universelle. Ils disent que l'Univers n'est autre chose que la forme de Vichnou; qu'il le porte dans son sein; que tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera, est en lui ; qu'il est le principe et la fin de toutes choses; qu'il est tout; qu'il est un Être unique et suprême, qui se produit à nos yeux sous mille formes. C'est un Être infini, ajoute le Bagawadam, qui ne doit pas être séparé de l'Univers, qui est essentiellement un avec lui ; car, disent les Indiens, Vichnou est tout, et tout est en lui ; expression parfaitement semblable à celle dont Pline se sert pour caractériser l'Univers-Dieu ou le Monde, cause suprême de tous les effets produits.

Dans l'opinion des Brames, comme dans celle de Pline, l'ouvrier ou le grand Demiourgos n'est pas séparé ni distingué de son ouvrage. Le Monde n'est pas une machine étrangère à la Divinité, créée et mue par elle et hors d'elle ; c'est le développement de la substance divine ; c'est une des formes sous lesquelles Dieu se produit à nos regards. L'essence du Monde est une et indivisible avec celle de Brama qui l'organise. Qui voit le Monde voit Dieu, autant que l'homme peut le voir ; comme celui qui voit le corps de l'homme et ses mouvements, voit l'homme autant qu'il peut être vu, quoique le principe de ses mouvements, de sa vie et de son intelligence reste caché sous l'enveloppe que la main touche et que l'œil aperçoit. Il en est de même du corps sacré de la Divinité ou de l'Univers-Dieu. Rien n'existe qu'en lui et que par lui ; hors de lui tout est néant ou abstraction.

Sa force est celle de la Divinité même. Ses mouvements sont ceux du Grand-Être, principe de tous les autres; et son ordre admirable, l'organisation de sa substance visible et de la partie de lui-même que Dieu montre à l'homme. C'est dans ce magnifique spectable que la Divinité nous donne d'elle-même que nous avons puisé les premières idées de Dieu ou de la cause suprême ; c'est sur lui que se sont attachés les regards de tous ceux qui ont cherché les sources de la vie de tous les êtres. Ce sont les membres divers de ce corps sacré du Monde qu'ont adorés les premiers hommes, et non pas de faibles mortels que le torrent des siècles emporte dans son courant. Et quel homme, en effet, eût jamais pu soutenir le parallèle qu'on eût voulu établir entre lui et la Nature?

Si l'on prétend que c'est à la force que l'on a élevé d'abord des autels, quel est le mortel dont la force ait pu être comparée à cette force incalculable répandue dans toutes les parties du Monde, qui s'y développe sous tant de formes et par tant de degrés variés, qui produit tant d'effets merveilleux, qui tient en équilibre le Soleil au centre du système planétaire, qui pousse les planètes et les retient dans leurs orbites, qui déchaîne les vents, soulève les mers ou calme les tempêtes, lance la foudre, déplace et bouleverse les montagnes par les explosions volcaniques, et tient dans une activité éternelle tout l'Univers?

Croyons-nous que l'admiration que cette force produit aujourd'hui sur nous n'ait pas également saisi les premiers mortels qui contemplèrent en silence le spectacle du Monde, et qui cherchèrent à deviner la cause puissante qui faisait jouer tant de ressorts? Que le fils d'Alcmène ait remplacé l'Univers-Dieu et l'ait fait oublier, n'est-il pas plus simple de croire que l'homme, ne pouvant peindre la force de la Nature que par des images aussi faibles que lui, a cherché dans celle du lion ou dans celle d'un homme robuste l'expression figurée qu'il destinait à réveiller l'idée de la force du Monde?

Ce n'est point l'homme ou Hercule qui s'est élevé à la hauteur de la Divinité; c'est la Divinité qui a été abaissée au niveau de l'homme, qui manquait de moyens pour la peindre. Ce ne fut donc point l'apothéose des hommes, mais la dégradation de la Divinité par les symboles et les images, qui a semblé déplacer tout dans le culte rendu à la cause suprême et à ses parties, et dans les fêtes destinées à chanter ses plus grandes opérations.

Si c'est à la reconnaissance des hommes pour les bienfaits qu'ils avaient reçus, que l'on croit devoir attribuer l'institution des cérémonies religieuses et des mystères les plus augustes de l'antiquité, peut-on penser que des mortels, soit Cérés, soit Bacchus, aient mieux mérité de l'homme que cette terre qui de son sein fécond fait éclore les moissons et les fruits que le Ciel alimente de ses eaux, et que le Soleil échauffe et mûrit de ses feux ? que la Nature, qui nous prodigue ses biens, ait été oubliée, et qu'on ne se soit souvenu que de quelques mortels qui auraient enseigné à en faire usage? Penser ainsi, c'est bien peu connaître l'empire que la Nature a toujours exercé sur l'homme, dont elle tient sans cesse les regards tournés vers elle, par l'effet du sentiment de sa dépendance et de ses besoins.

Il est vrai que quelquefois des mortels audacieux ont voulu disputer aux vrais dieux leur encens, et le partager avec eux ; mais ce culte forcé ne dura qu'autant de temps que la flatterie ou la crainte eut intérêt de le perpétuer. Domitien n'était déjà plus qu'un monstre sous Trajan. Auguste lui-même fut bientôt oublié ; mais Jupiter resta en possession du Capitole. Le vieux Saturne fut toujours respecté des descendants des antiques peuplades d'Italie, qui révéraient en lui le dieu du temps, ainsi que Janus ou le génie qui lui ouvre la carrière des saisons. Pomone et Flore conservèrent leurs autels; et les différents astres continuèrent d'annoncer les fêtes du calendrier sacré, parce qu'elles étaient celles de la nature.

La raison des obstacles qu'a toujours trouvés le culte d'un homme à s'établir et à se soutenir parmi ses semblables, est tirée de l'homme même, comparé au Grand-Être que nous appelons l'Univers.

Tout est faiblesse dans l'homme : dans l'Univers, tout est grandeur, tout est force, tout est puissance.

L'homme naît, croît et meurt, et partage à peine un instant la durée éternelle du Monde, dont il occupe un point infiniment petit. Sorti de la poussière, il y rentre aussitôt tout en entier, tandis que la Nature seule reste avec ses formes et sa puissance, et des débris des êtres mortels elle recompose de nouveaux êtres. Elle ne connaît point de vieillesse ni d'altération dans ses forces. Nos pères ne l'ont point vue naître ; nos arrière-neveux ne la verront point finir. En descendant au tombeau, nous la laisserons aussi jeune qu'elle l'était lorsque nous sommes sortis de son sein. La postérité la plus reculée verra le Soleil se lever aussi brillant que nous le voyons et que l'ont vu nos pères. Naître, croître, vieillir et mourir expriment des idées qui sont étrangères à la Nature universelle, et qui n'appartiennent qu'à l'homme et autres effets qu'elle produit.

« L'univers, dit Ocellus de Lucanie, considéré dans sa totalité, ne nous annonce rien qui décèle une origine ou présage une destruction : on ne l'a pas vu naître, ni croître, ni s'améliorer ; il est toujours le même, de la même manière, toujours égal et semblable à lui-même. »

Ainsi parlait un des plus anciens philosophes dont les écrits soient parvenus jusqu'à nous, et depuis lui nos observations ne nous en ont pas appris davantage. L'Univers nous paraît tel encore qu'il lui paraissait être alors. Ce caractère de perpétuité sans altérations n'est-il pas celui de la Divinité ou de la cause suprême ? Que serait donc Dieu s'il n'était pas tout ce que nous paraissent être la Nature et la force interne qui la meut? Irons-nous chercher hors du Monde cet Être éternel et improduit, dont rien ne nous atteste l'existence? Placerons- nous dans la classe des effets produits cette immense cause au-delà de laquelle nous ne voyons rien que les fantômes qu'il plaît à notre imagination de créer?

Je sais que l'esprit de l'homme, que rien n'arrête dans ses écarts, s'est élancé au-delà de ce que son oeil voit, et a franchi la barrière sacrée que la Nature avait posée devant son sanctuaire. Il a substitué à la cause qu'il voyait agir une cause qu'il ne voyait pas hors d'elle et supérieure à elle, sans s'inquiéter des moyens d'en prouver la réalité. Il a demandé qui a fait le Monde, comme s'il eût été prouvé que le Monde eût été fait; et il n'a pas demandé qui a fait son Dieu, étranger au Monde, bien persuadé qu'on pouvait exister sans avoir été fait; ce que les philosophes ont pensé effectivement du Monde ou de la cause universelle et visible.

L'homme, parce qu'il n'est qu'un effet, a voulu que le Monde en fût aussi un ; et dans le délire de sa métaphysique il a imaginé un être abstrait appelé Dieu, séparé du Monde et cause du Monde, placé au-dessus de la sphère immense qui circonscrit le système de l'Univers, et lui seul s'est trouvé garant de l'existence de cette nouvelle cause; c'est ainsi que l'homme a créé Dieu.

Mais cette conjecture audacieuse n'est point le premier pas qu'il a fait. L'empire qu'exerce sur lui la cause visible est trop fort pour qu'il ait songé sitôt à s'y soustraire. Il a cru longtemps au témoignage de ses yeux avant de se livrer aux illusions de son imagination , et de se perdre dans les routes inconnues d'un Monde invisible. Il a vu Dieu ou la grande cause dans l'Univers avant de le chercher au-delà, et il a circonscrit son culte dans la sphère du Monde qu'il voyait, avant d'imaginer un Dieu abstrait dans un Monde qu'il ne voyait pas.

Cet abus de l'esprit, ce raffinement de la métaphysique est d'une date très-récente dans l'histoire des opinions religieuses, et peut être regardé comme une exception à la religion universelle, qui a pour objet la Nature visible et la force active et intelligente qui paraît répandue dans toutes ses parties, comme il nous est facile de nous en assurer par le témoignage des historiens, et par les monuments politiques et religieux de tous les peuples anciens.

Deuxième partie

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 16:21

 

 

LE CONCEPT DE DIEU

 

par Ralph Maxwell Lewis

Extrait du Sanctuaire intérieur




Selon une doctrine de base de la théologie, tous les hommes ont en eux la même parcelle divine. Si tous les hommes appréciaient cette essence, en étaient conscients de la même façon, s'ils définissaient rationnellement et de la même manière sa nature et sa fonction, il y aurait unification de toutes les religions. Hélas, il n'en est rien ! Aussi avons-nous différentes religions, et chaque religion a son Dieu. Chacune a ses prophètes qui se déclarent inspirés par Dieu et transmettent à leurs disciples un idéal de Dieu qu'ils ont découvert dans une communion directe. Les idéaux s'opposent. Les fanatiques des religions s'invectivent et s'élèvent contre les idéaux qui ne sont pas les leurs. Dieu est-Il donc imparfait ? S'avance-t-il vers une réalisation finale et une perfection définitive ? Une telle hypothèse ne serait pas approuvée par la théologie moderne et ne serait même pas compatible avec les conceptions religieuses d'un peuple barbare. Ce serait refuser de reconnaître Sa suprématie et Son omnipotence. Pourtant, l'examen de l'histoire des religions et l'étude des doctrines des sectes actuelles révèlent une idée ressemblant étrangement à cette hypothèse, essentiellement en raison des divergences sur la définition de la nature de Dieu.

Nous découvrons que la splendeur attribuée à Dieu par la théologie contemporaine surpasse à bien des points de vue celle du passé. De plus, nous constatons qu'on lui attribue beaucoup plus d'œuvres aujourd'hui qu'en d'autres ères. Autrefois, l'homme le revêtait d'une multitude d'aspects; aujourd'hui, il le tient pour une seule entité, et même pour une Intelligence impersonnelle qui pénètre toute chose. Et pourtant, les confessions et les sectes modernes déclarent avec ferveur que le Dieu d'hier, d'aujourd'hui et de demain est le même. Elles déclarent que Lui seul est immuable dans un univers de changement. S'il est immuable, parfait, s'il est l'excellence suprême, comment justifier alors les différences manifestes de nature qui lui sont attribuées par ceux qui le reconnaissent ? Il est évident que
toutes les conceptions ne peuvent être justes. Certaines doivent être erronées. Si un groupe d'individus ne peut interpréter correctement l'impulsion divine qu'il éprouve, tous les hommes sont alors susceptibles d'errer de la même façon. A la défense des partisans des religions, on peut affirmer que certains perçoivent le Divin en eux plus intimement que d'autres, et que l'idée qu'ils en ont participe de plus près à la réalité divine. Mais qui sont-ils ? Quel critère avons-nous pour affirmer qu'un homme a la perception exacte de Dieu ?


(...)


L'homme ne peut connaître Dieu, si attirante et magnifique que puisse lui en être faite la description si cette connaissance ne répond à une impulsion spirituelle intérieure. L'homme ne peut pas accepter le Dieu défini par un autre si la description n'éveille pas en lui un écho, une réponse. Un artiste et un physicien peuvent contempler la même aurore, mais les idées qui surgissent dans la conscience des deux hommes sont différentes. L'un apprécie le mécanisme, la loi physique qui explique le phénomène : l'autre, l'artiste, sent l'harmonie des couleurs, leur équilibre, leur proportion et la joie de vivre jaillie de la beauté véritable qui émeut son âme. Chacun peut comprendre l'idée de l'autre, mais aucun des deux ne peut ressentir l'émotion de l'autre. Pour le théiste, Dieu est le Summum Bonum et il s'efforce instinctivement de régler sa vie sur ce bien divin qu'il voit dans la vie et dans la conduite humaine. C'est là le plus grand devoir de la religion : définir ce qui constitue le bien dans les actions humaines et en toutes choses perçues par l'homme. Pour cette raison, les religions pourraient facilement être unifiées; mais, en s'efforçant de limiter Dieu à une forme, de décrire sa nature, elles font surgir la confusion et c'est de là que viennent ceux que l'on appelle les athées.

Posté par Adriana Evangelizt

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 02:11

 

 

Confiteor

 

 

par Bernard Besret

 


 

Par sa conscience, l’homme est à cheval entre deux mondes. D’un côté il est lié au morcellement de l’espace et au déroulement du temps. Il participe de l’éphémère dans lequel il est inséré. Mais de l’autre, il a la capacité de le dépasser, de penser en catégories d’ailleurs, de passé, de futur. Il parvient même, c’est du moins ma conviction, en certains moments privilégiés de sa vie, à élargir sa conscience à la perception de l’univers dans sa globalité, comme s’il participait alors, même de façon modeste et timide, à la vision que Dieu a du monde.

Cette conscience de la transcendance, loin de dévaloriser celle de l’éphémère, lui confère au contraire une importance et une valeur d’éternité. Chaque instant vécu est le moment, chaque être croisé est le lieu d’un rendez-vous avec le Réel qui les transcende mais que chacun exprime à sa manière. Ils sont donc éminemment précieux. D’autre part, tout instant du temps étant co-actuel à l’instant éternel de Dieu, tout acte que Je pose, toute parole que je profère, toute pensée que j’émets qui ne laissent qu’une trace éphémère dans ma mémoire et à fortiori dans celle des autres hommes, imprime une marque éternelle dans la conscience que Dieu en a. A chaque instant je sécrète donc de l’information éternelle.

Le point Oméga de l’humanité avec Dieu n’est donc pas situé en avant de nous, en un moment mythique du futur. Il est co-actuel à chaque instant que nous vivons et se déplace comme un curseur sur la ligne du temps. L’idée que l’humanité tend par le progrès vers son achèvement ultime, qu’elle y travaille par la recherche scientifique et technique, par l’élaboration d’une civilisation de la communication, loin de valoriser le travail de l’homme me semble au contraire en dévaloriser tous les moments. En privilégiant un hypothétique point du futur, elle inhibe la conscience que nous pouvons prendre du verso éternel du chaque instant de notre vie.

C’est en effet à chaque instant et en chaque homme, quelle que soit l’évolution de la civilisation à laquelle il appartient, que l’humanité débouche sur l’éternité de Dieu. C’est ce que j’entends lorsque Jésus déclare : Il n ’y a rien de caché qui ne devienne manifeste, ni rien de secret qui ne doive être connu et venir au grand jour (Lc 8, 17). De même que tous nos cheveux sont comptés, de même tous nos sentiments, toutes nos pensées, toutes nos paroles, tous nos actes, sont inscrits à l’encre indélébile dans le livre de vie qui n’est autre que la conscience éternelle que Dieu a du monde.

La substance vidée

Revenons maintenant aux modalités quotidiennes de notre vie sociale. Nous sommes sollicités de toutes parts et la pression s’est encore accentuée sur chacun d’entre nous depuis que par le biais des médias la planète entière est devenue notre entourage et que notre prochain a pris le visage de multitudes innombrables. Nous risquons vite d’y épuiser nos énergies et d’être vidés de notre substance (cela me rappelle un dessin humoristique de Sempé dont tous les personnages, dans les rues de la ville ou les étages des immeubles, se saluaient les uns les autres en se plaignant d’être crevés ! Être crevé semble en effet devenir la condition universelle de l’homme contemporain). Mais que vaut la parole d’un crevé ? Que vaut l’action d’un crevé ? Où trouveront leur puissance et leur signification la parole de celui qui parle et l’action de celui qui agit, sinon dans son intériorité ? Sinon dans sa relation roboratrice à la Source qui lui donne d’être, de vivre et de devenir ?

In ipso enim vivimus, et movemur et sumus (Actes. 17,28). Plus je me ressource et mieux je puis agir. L’un n’est pas le contraire de l’autre mais bien sa condition.

Or je n’ai de lieu et de moment pour me brancher sur le Réel qui me fonde qu’ici et maintenant, selon l’expression commune aux spirituels de toutes les traditions. Je ne dois surtout pas m’évader de l’instant présent car il est ma seule prise sur l’au-delà du temps. Ma capacité à atteindre la Transcendance est donc à la mesure même de la qualité de ma présence dans l’espace et le temps. Autrement dit, à la mesure de mon incarnation.

L’inverse est également vrai. Je ne contribuerai à métamorphoser le monde et les êtres qui m’entourent, à leur apporter lumière et vie que si je suis moi-même habité par une lumière et une vie qui puisent leur force génératrice à la source de toute lumière et de toute vie. En toi est la source de vie par ta lumière nous verrons la lumière (Ps 38, 10)

L’action et la contemplation, loin d’être deux sœurs ennemies, s’appellent l’une l’autre pour se féconder mutuellement. Le dehors n’est pas le contraire du dedans. Il en est le verso. Plus le dedans s’ouvre sur la transcendance, mieux le dehors peut se développer à la dimension du monde sans risquer de s’y disperser et de s’y épuiser.

Au sens strict, Dieu est la seule source d’énergie absolument inépuisable puisqu’elle n’a pas même besoin de se renouveler. Celui qui sait y puiser sa force intérieur ne s’épuisera jamais.

Il pourra être économe en gestes et en paroles car son geste et sa parole seront éminemment signifiants et efficaces.

C’est l’histoire bouddhiste du gros chat qui, sans bouger, par sa seule présence, éloigne les souris à plusieurs lieues à la ronde ! Il ne sert à rien de crier ou de s’agiter pour être efficace. Comme le pensait Maître Eckhart et comme aimait à le rappeler Raymond Abellio, ce ne sont pas nos actes qui nous sanctifient, c’est nous qui sanctifions nos actes. C’est donc en dernière analyse la qualité de notre être qui leur confère leur valeur et non l’inverse.

Ma méditation revient inlassablement à son point de départ : la conviction métaphysique que le monde tel que nous le connaissons en appelle à un Dieu qui le crée, non pas en un hypothétique instant zéro de son histoire, mais bien tout au long et en tout instant de sa durée, c’est à dire en ce moment même où j’écris ces lignes autant qu’en tout autre et que par conséquent tout être mais aussi tout acte et tout événement n’existent l’espace et dans le temps que parce que Dieu les pose dans l’existence. C’est le mystère de la création.

Je n’aurai pas trop de ma vie entière pour en scruter tous les arcanes. Ils contiennent en germe une sorte de mythe de l’incarnation puisque tout phénomène que nous percevons est, du fait même de son existence, une manifestation de Dieu, un signe qu’il nous donne, une parole qu’il nous adresse.

L’univers créé est le véritable livre de la révélation. Comme tout langage, il nous voile et à la fois nous dévoile sa signification. Il nous voile et nous dévoile le Créateur. Il nous le voile, car si tout, dans l’univers créé, nous parle de lui, rien ne peut être purement et simplement identifié à lui. Dieu reste irrémédiablement au-delà des portes de la perception. Le monde nous le dévoile cependant, parce qu’à travers le visible, nous pressentons l’invisible qui le fonde, per visibilia ad invisibilia (Logion 3).

Pour le meilleur ou pour le pire, notre destin spirituel ne se joue nulle part ailleurs qu’en nous-même. Il ne se joue pas dans l’appartenance à une caste, un peuple, une secte, une chapelle ou une Église. Nous ne pouvons pas nous en démettre sur quelqu’un d’autre. Il se joue en chacun de nous. Hors de soi, point de salut ! Tout au plus pouvons-nous trouver des amis ou des précurseurs qui, en éclaireurs, nous font part de leur expérience. A nous d’en tirer parti, avec discernement.

Dans "l’Évangile selon Mathieu", Jésus ne dit pas autre chose : Pour vous, ne vous faites pas appeler Rabbi car vous n’avez qu ’un Maître et tous vous êtes les frères. N’appelez personne votre Père sur la terre car vous n’en avez qu’un, le Père céleste. Ne vous faites pas non plus appeler Docteur : car vous n’avez qu’un Docteur : le Christ (Mt. 23,8-10).

Le véritable guide n’est pas à rechercher parmi les hommes. Il est au plus profond de chacun d’entre nous. Comme nous le rappellent les Upanishads : Tat Twam asi : Tu es cela...

Pour prier ou méditer, je puis me sentir mieux dans un lieu donné parce qu’il est plus chargé d’histoire et qu’il est alors un puissant stimulant pour ma mémoire. Je puis aussi me sentir mieux dans certains lieux dont on m’affirme, mais je n’ai aucun moyen de le vérifier, qu’ils sont chargés de vibrations telluriques. Mais Dieu, lui, est présent en tous lieux. Aujourd’hui, comme il y a deux mille ans, comme dans cent mille ans.

Crois-moi, femme, l’heure vient

où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem

que vous adorerez le Père.

Dieu est esprit et ceux qui adorent,

c’est en esprit et vérité qu’il doivent adorer. ( Jn 4, 21 et 24)

Retraverser la mer rouge

Personne n’a le droit de s’approprier Dieu sans risquer le plus grave des dénis de justice. Dieu n’appartient à personne en particulier et n’a passé de contrat d’exclusivité avec aucune agence de communication.

Il est présent en tous et potentiellement accessible à tous. Il est le dedans de nous et nous n’avons aucune raison de laisser une religion, quelle qu’elle soit, nous en spolier au profit de son institution et de son système. Dieu est le fondement de notre liberté, non de notre aliénation. Au cours de ce voyage à Jérusalem, l’urgence m’apparut, impérative, de retraverser la Mer rouge. Retraverser la Mer rouge, c’est cesser de considérer que notre histoire commence avec Moïse et se décline nécessairement en judaïsme, christianisme, Islam ou, par défaut, athéisme.

Je revendique le droit de ne me reconnaître vraiment dans aucun de ces corps constitués, de renoncer à toute orthodoxie définie par des gardes patentés et de développer en toute liberté, mon hétérodoxie. A chacun d’entre nous de créer la sienne en dehors de tout dogmatisme.

Il n’y a rien à craindre. Dieu y reconnaîtra les siens ! Si j’ose reprendre, en l’inversant, la formule tristement célèbre d’un moine cistercien qui a laissé une bien sinistre mémoire en terre albigeoise. Retraverser la Mer rouge, c’est aussi poser un regard nouveau et désembué de tout à priori, sur l’univers des dieux. C’est s’interroger sans préjugé sur la signification réelle du polythéisme à l’aube des temps historiques.

Les dieux de l’Antiquité étaient-ils vraiment les rivaux du Dieu de la métaphysique ? La confusion a-t-elle été essentiellement linguistique ? André Chouraqui reproche aux occidentaux jusqu’à l’usage du mot Dieu, Deus, Theos, dont il trouve, à tort ou à raison, l’origine étymologique dans le nom de Zeus, le célèbre dieu de l’Olympe. Il reproche en somme au Dieu des occidentaux de n’être qu’un dieu mal dégrossi.

Mais ne pourrions-nous pas renvoyer cette mise en question à la tradition juive ? Le Dieu du peuple hébraïque n’était-il pas à l’origine un dieu ethnique comme tant d’autres ? Le génie de Moïse n’a-t-il pas été de se convaincre puis de convaincre son peuple et enfin de convaincre jusqu’à un certain point le reste du monde, que ce Dieu-là n’était pas seulement le seul valable parmi tous les autres, mais qu’il s’identifiait aussi avec le Principe, le Créateur de l’univers ?

Au fond n’est-il pas, lui aussi, un dieu mal dégrossi ? D’où ses colères, ses parti-pris, ses alliances politiques, qui le font apparaître si souvent comme bien peu universel et, à certains égards, bien peu sympathique ? Le chant des psaumes dont certains sont d’une grande beauté sapientielle mais dont beaucoup d’autres sont d’inspiration guerrière, n’était tolérable à longueur de nuit dans nos monastères que parce qu’ils étaient chantés en latin et que, la musique répétitive de la psalmodie aidant, il était possible de faire totalement abstraction de leur contenu. Leurs textes ne servaient alors que de prétexte.

Quand je demandais à Dom Alexis comment il s’en appropriait le contenu que je trouvais pour ma part assez pénible (en particulier, je n’aimais pas passer mon temps à rappeler le massacre des premiers nés d’Égypte pour lequel nous étions sensés rendre grâce à Dieu, car éternel est son amour !), il me répondait qu’il pensait à la misère des petits chinois !

Nous étions loin de la transparence du signe et de sa signification.

Illuminer l’histoire

Les premiers chapitres de la Genèse trébuchent d’ailleurs sur cette question du polythéisme. L’un des récits de la création parle des Élohim, ces dieux dont l’exégèse s’efforce aussitôt de faire oublier le pluriel. Ces dieux qui par la suite deviennent des anges, beaucoup moins encombrants, sont encore au chapitre 6 de la Genèse, capables de faire des enfants aux filles des hommes. De ces accouplements qui ne semblent pas avoir été totalement contre nature, naissent des géants, les néphilim, qui rappellent les Titans des autres traditions (notons en passant que cet épisode redonne du sens à la querelle byzantine sur le sexe des anges car les anges dont il est question n’ont en vérité rien d’angélique au sens éthéré que nous avons donné au mot au cours des siècles suivants).

Chouraqui a raison : nous ne devrions pas employer le même mot pour parler des dieux et de Dieu. Il s’agit bien en effet de réalités parfaitement hétérogènes. Mais ce constat une fois établi, il me semble, pour ma part, que nous devrions reprendre, l’esprit dégagé de toute attitude défensive, l’étude du polythéisme que nous retrouvons sous des vocabulaires différents à l’origine de toutes les grandes civilisations.

A quoi correspondent ces dieux, ces anges, ces célestes dont les premiers textes historiques laissent entendre qu’ils ont joué un rôle primordial juste avant que ne commence l’histoire répertoriée ? Après tout c’est un problème à caractère historique ou tout du moins protohistorique que nous devrions traiter sans passion partisane. Ce n’est pas un problème métaphysique. Dieu (puisque je n’ai pas d’autre mot en français pour le désigner) n’est nullement en danger. Il n’est pas du même ordre. Il n’est pas en guerre contre ces dieux qui sont probablement des messagers, à leur manière, comme nous le sommes nous aussi à la nôtre.

Retraverser la Mer rouge, ce n’est pas nécessairement faire allégeance à la religions des pharaons. C’est élargir l’horizon. C’est s’ouvrir à toutes les cultures, toutes les traditions du monde, sans le regard condescendant de ceux qui estiment, à priori, avoir un point de vue supérieur, parce qu’il se trouve qu’ils bénéficient dune élection ou d’une révélation divines, indépendamment d’ailleurs de leur volonté puisqu’il s’agit, dans la grande majorité des cas, d’une affaire de naissance.

Retraverser la Mer rouge, c’est se mettre à l’écoute de toutes les voix de Dieu. C’est, si le cœur vous en dit, partir en explorateur sur toutes les voies de Dieu. Cela n’exclut ni les profondeurs de la sagesse hébraïque, ni les fulgurances des intuitions chrétiennes, ni la pureté du mysticisme musulman. Refuser le système ne signifie pas refuser l’héritage. Je suis fier pour ma part de la lignée dans laquelle je m’insère. Cela dénie seulement aux religions du Livre toute primauté congénitale et la prétention à un monopole sur la communication avec Dieu.

Retraverser la Mer rouge, pour moi, c’est au bout du compte revenir à la sagesse sous-jacente à toutes les grandes traditions. C’est revenir à la Philosophie éternelle d’Aldous Huxley.

La boucle est ainsi bouclée.

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 00:46

 

La Quête du Retour


par Khalil Gibran

 

Tableau de Martina Hoffman

 




Je vis depuis l’alpha de la création et je vivrai jusqu’à l’oméga de l’Eternité. Et mon existence ne sera jamais étiolée.

J’ai vogué dans l’univers de l’infini et volé dans les éthers de l’imaginaire. Et me voilà près du cercle à divine lumière, me voici dans la geôle de la matière.

J’ai écouté les enseignements de Confucius et la sagesse de Brahma. Et avec Bouddha j’ai partagé l’ombre de l’arbre-Savoir. Et à présent j’affronte l’ignorance et l’apostasie.

J’ai gravi le Mont-Sinaï où surgit jadis Jéhovah devant les yeux de Moïse. Je me suis purifié le corps dans le Jourdain et j’ai vécu les miracles du Nazaréen. Et à la Médine j’ai écouté ce Messager réitérer le Verbe en arabe. Et maintenant je suis indécis.

J’ai connu la force de Babel, la gloire de l’Egypte et la magnificence des Grecs. Et je ne cesse de voir la faiblesse et la bassesse, toujours là dans toutes ces oeuvres.

J’ai même habité la magie de l’oeil d’un oisillon. Par ailleurs j’ai été l’hôte des ermites assyriens, et j’ai suivi les prophètes en terre de Palestine. Et je suis toujours en quête de la vérité.

J’ai appris la sagesse révélée en Inde et la poésie exhalée en Arabie. Et j’ai saisi les mélodies qui ont pris corps dans les coeurs du pays où le soleil se meurt. Et je me vois encore aveugle et je suis toujours sourd à mes lèvres muettes.

J’ai enduré la férocité et la cupidité des conquérants et j’ai souffert sous le joug des tyrans. Et je demeure une force qui lutte à chaque battement de minute.

J’ai vu et entendu tout cela, étant encore enfant, et je continuerai à ouvrir l’oeil et à prêter l’oreille à tous les actes en herbe de ma jeunesse. Dès lors que ma tête devient chenue, j’effleurerai alors les pans de la plénitude et je regagnerai la demeure de Dieu.

Si vous êtes morts, il vous rendra la vie.

Et si vous l’êtes à nouveau, il saura vous relever jusqu ’à l’heure de votre retour en lui.

Ce poème est extrait de textes inédits de l’anthologie de textes de Gibran : L’Oeil du Prophète, paru chez Albin Michel, col. Spiritualités Vivantes Poche.

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 00:27

 

L’innommable


par Jacques Brosse

 

Tableau de Mark Harrison

Au nom de Dieu, on a commis tant d’injustices, tant d’infamies que le mot en est resté souillé. Nommer Dieu, n’est-ce pas, ainsi que le croit la pensée primitive, vouloir se l’approprier, lui assigner un rôle, en faire un masque sous lequel s’abritent le fanatisme, le refus de celui qui ne pense pas comme vous ? Ainsi agirent les monothéismes qui, à l’origine, firent de Dieu le chef de la tribu, le maître d’un peuple qu’il aurait élu, excluant tous les autres, un Dieu vengeur, un Père céleste et tout puissant, qui récompense et qui punit.


Une telle conception de Dieu, on comprend qu’on l’ait combattue avec acharnement. L’Être suprême n’était plus que l’horloger de l’univers une hypothèse commode, mais provisoire et en définitive invérifiable. Enfin, on a pu penser que l’on n’avait même plus besoin de lui. Dieu était mort : on était libre. Alors l’athéisme militant devint à son tour un culte, aussi persécuteur que le précédent. Pouvaient à nouveau s’exprimer ce que l’on avait cru éliminer, l’intolérance, le refus d’autrui. Comment formuler ce qui est par essence indicible ? Aujourd’hui cependant il le faut, même si l’on préfère le non-dit, si l’on sait que dans ce cas dire peut trahir, car les autres interrogent, il ont besoin que l’on nomme ce qu’ils n’osent plus nommer.

Dieu meurt peut-être, mais il ressuscite, tant il a dans le coeur de l’homme de profondes racines. Seulement, il ne peut ressusciter que sous une autre forme. C’est à une telle renaissance que nous assistons aujourd’hui.

Il y a de moins en moins de "fidèles", mais de plus en plus de "convertis", en prenant ce mot en son sens premier : celui qui s’est retourné, qui a regardé derrière lui. La véritable conversion est retournement vers le dedans et révélation d’une Présence. Il s’agit d’un éveil, du réveil du Dieu intérieur, celui du Mémorial de Pascal, du Mémorial de Jakob Böhme ; révélation soudaine, toujours inattendue, qui n’arrive pas seulement aux incroyants, mais peut aussi bien intervenir dans la vie du croyant qu’elle change du tout au tout, ainsi qu'en témoignent ceux que Je viens de citer. Pour eux, elle est "seconde naissance". "Il faut que vous naissiez de nouveau, si vous voulez voir le royaume de Dieu" (Evangile de Jean, III, 7).

Ce Dieu caché, qui au plus intime de l’être se révèle comme son principe, comme sa source, n’est plus celui de la foi historique, transmise et reçue ; il fait l’objet d’une expérience personnelle, la plus profonde, la plus bouleversante qui soit. Ce qui en nous l’appréhende n’est plus la raison, mais l’intuition qui seule procure évidence et certitude, puisque annulant toute distance entre le sujet et l’objet : elle les réunifie.

Lorsque Dieu parle à Moïse à travers le Buisson ardent et que celui-ci demande par quel nom il faut l’appeler, Dieu répond : "Je suis celui qui suis", ce qui ne peut signifier que ceci : il est le seul Être dont nous sommes les existants. Exister, c’est se tenir dehors, l’existant est à l’extérieur, au-dedans il y a Dieu. Nous sommes des créatures sorties de Lui, des êtres vivants qui naissent et par conséquent meurent, mais susceptibles peut-être d’un autre destin, puisque conçus "à l’image et à la ressemblance de Dieu", donc comme ses reflets, mais aussi comme des miroirs qui Le reflètent et avec Lui sa manifestation, la Création, dont nous faisons partie. S’il s’agissait seulement d’un Dieu intérieur, le péril serait grand de s’égarer, de s’abuser ; ce pourrait n’être là qu’une idée, qu’une rêverie qui retrancheraient l’individu en lui faisant croire qu’il est seul en commu­nication personnelle avec le Divin.

Mais le Dieu intérieur est aussi le plus extérieur qui soit puisque, créateur de toutes choses visibles et invisibles, il est l’univers entier, l’Essence unique de la folle diversité des existants. Une telle vue aurait pu naguère être qualifiée de panthéiste, mais seulement dans le cadre du christianisme occidental, non dans l’orthodoxie pour laquelle Dieu est à la fois transcendant et immanent ; ce ne sont là en effet que des mots, ceux d’un vocabulaire rationaliste et scolastique qui n’a ici guère de sens.

La Création, pour qui sait la voir, est la manifestation tangible du Divin. Humainement, le Créateur peut être considéré comme l’Artiste suprême et incomparable, centre, source et unité de l’oeuvre. De cette Création, nous avons en tant qu’humains le privilège d’être les témoins par excellence, les témoins conscients. Notre rôle en son sein devient dès lors évident. Nous sommes nés pour la contempler, en jouir, mais la respecter, non pour la "maîtriser", usurpant une place qui ne saurait être la nôtre, ce qui veut dire finalement la violenter, la détruire, et nous avec. La vie de l’esprit propre à l’homme ne lui indique-t-elle pas sa véritable destinée ?

Pour celui qui a accompli la traversée des apparences, tout change de signe, tout redevient sacré. N’est-ce pas au fond ce que recherche, sans oser se l’avouer, l’homme d’aujourd’hui, celui tout au moins qui s’est rendu compte de l’absurdité d’un monde exclusivement profane, matérialiste et faussement rationaliste, qui ne peut trouver en lui-même sa signification, qui n’est plus que mort et anéantissement ?

Vertige de la vérité


Ce Dieu de l’expérience n’a évidemment plus de nom. Il est Celui qui est. Il ne s’appelle ni Yahwé ni Allah, ni même Dieu ni non plus le Tao (la Voie) dont il est dit que le Tao que l’on peut nommer n’est pas le véritable Tao. "Sans nom, il représente l’origine de l’univers. Avec un nom, il est la Mère de tous les êtres." Le Tao tö king distingue donc le Principe préalable à toute création et l’acte créateur. Ainsi, le fait que la Kabbale qui postule l’Infini (Ayn Soph), inconnaissable, impensable, antérieur à toutes extériorisations, mais dont toutes découlent par voie de procession, descendant l’échelle triple des séphiroths qui, d’étage en étage se matérialisent, donc se dégradent pour aboutir à notre monde, le Royaume (Malkhut). Ce schéma correspond au corps humain, de la tête aux Pieds, à celui du premier homme avant la chute, Adam Kadmon, lequel est aussi notre "visage originel", celui que par la méditation nous découvrons, nous redécouvrons au-dedans de nous. A ce titre, on a pu comparer l’arbre triple des séphiroths aux trois nadis du tantrisme que parcourt l’Énergie vitale, la Kundalini, qui monte et qui descend, du divin à l’incarnation, mais que le yogi comme le kabbaliste peut remonter. Ainsi vont et viennent, sur l’échelle de Jacob, les anges entre Dieu et l’homme. Autrement dit, si l’Énergie se dégrade en matière, pourquoi la matière ne redeviendraIt-elle pas Énergie ? Voilà, certes, qui donne le vertige. Mais pourquoi pas ? La Vérité ne peut être que vertigineuse.

Le Tao tö king parle de la création comme de l’œuvre de la Mère de tous les êtres, parèdre divine, comparable à ce qu’est dans le tantrisme la shakti, l’aspect féminin de l’absolu, l’Énergie secrètement à l’oeuvre en l’homme comme dans l’univers. Pourquoi en effet et comment Dieu serait-il seulement Père ? Sinon parce que les monothéismes sont issus de sociétés patriarcales. Les traditions considèrent bien plutôt la divinité comme androgyne, unissant, et transcendant en elle l’un et l’autre sexes, ce qui n’est évidemment encore qu’une façon trop humaine de parler.

La Création serait donc division divine. La réflexion chrétienne, fondée sur la personne du Christ à la fois Dieu et homme, distingue en Dieu trois Personnes, le Père Créateur, le Fils, Verbe et sauveur et l’Esprit, le Souffle, le Feu qui anime tout être, préfigurés dans l’Ancien Testament par les trois anges venus trouver Abraham, scène sublimement représentée par le grand moine peintre russe, Andreï Roublev.

Comment ne pas rapprocher cette Trinité de la Trimurti hindouiste : Brahma, le Créateur, Vishnou, le Mainteneur, le Conservateur et Shiva, le Destructeur, mais qui ne détruit la matière impermanente que pour libérer l’Esprit ? Ces trois dieux distincts ne sont eux aussi que les émanations de Brahma, le Dieu unique, immuable et absolu, mais qui réside pourtant dans le coeur de l’homme. La séparation entre monothéisme et polythéisme est artificielle et de surcroît malveillante. La pluralité des dieux n’est qu’une manière d’exprimer la diversité infinie des aspects du divin pour l’homme, les dieux n’étant que les hypostases du Principe unique.

Enfin, par une évolution inévitable, le christianisme a retrouvé l’antique Mère Divine, qui est Vierge, en la personne de Marie, femme devenue la Mère de Dieu et de ce fait intercesseur naturel entre l’homme et son divin Fils. Seulement, l’orthodoxie chez qui la Théotokos, celle qui enfante Dieu, fut de tout temps l’objet d’un culte fervent, ne présente pas le destin de l’homme, son rapport à Dieu de la même manière que le catholicisme et moins encore que les protestantismes, lesquels empruntèrent à Saint Kadmon, lequel est aussi notre Augustin, manichéen converti, le dogme aberrant de la double prédestination. Les Pères grecs de l’Église montrent que la Rédemption n’a pas seulement pour effet de vaincre le péché originel et sa conséquence, la mort.

Elle permet le retour d’Adam à Dieu - le Christ étant considéré comme le Nouvel Adam -, elle est promesse de la déification de l’homme et par lui de la Création tout entière. Saint Paul déjà l’avait dit : "La Création, en effet, a été assujettie à la vanitas (qu’il faut ici traduire en son sens premier de non-réalité, de vide intrinsèque), non de son gré, mais par la volonté de Celui qui l’y a soumise, avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu" (Romains, 8). Faut-il rappeler que le premier vœu du moine bouddhiste se formule ainsi : "Aussi nombreux que soient les êtres, je fais le voeu de les faire tous parvenir avec moi à l’Eveil" ?

"L’homme a été créé pour participer de tout son être (y compris le corps) à la vie divine, et la communiquer à l’univers" (O. Clément).

Pour l’orthodoxie, "Dieu s’est fait homme afin que l’homme puisse devenir Dieu. Il est devenu chair pour que l’homme devienne esprit." Dans cette perspective, elle met l’accent sur l’aspect intérieur du Divin, privilégie la méditation en tant que réunification du corps et de l’esprit, qui est hésychia, paix du cœur et prépare la contemplation infuse de la Présence divine.

Ainsi que l’exprime Maître Eckhart, si proche par certains côtés des mystiques grecs : "Tout ce que Dieu demande de la façon la plus pressante, c’est que tu sortes de toi-même, dans la mesure où tu es la créature, et de laisser Dieu être Dieu en toi."

La théologie occidentale est celle du Verbe qui divise, la théologie orientale celle de l’Esprit, du silence qui réunifie.

Sources
Nouvelles Clés

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans DIEU
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