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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 22:59




Naissance et Histoire du Dieu cosmique


par Thomas Lepeltier

Notes sur le livre La révélation d'Hermès Trismégiste.
II. Le Dieu cosmique  d'André-Jean FESTUGIERE



En admirant la structure des êtres vivants et le ciel étoilé, on peut être amené à considérer que le monde est beau et harmonieux. Fascinés, certains sont allés jusqu'à estimer qu'un tel ordre supposait un Ordonnateur ; de sorte que, selon eux, la vue du monde conduirait naturellement à la connaissance et à l'adoration d'un Dieu cosmique. Inversement, d'autres, plus sensibles au désordre qui y règne, peuvent jeter un regard négatif sur ce monde. Si, de plus, frappés par la dualité qui semble exister entre le corps et l'esprit, ils se détournent du premier en faveur du second, ils ont alors tendance à concevoir un Dieu qui ne peut être directement le créateur du monde, ou qui ne peut avoir pour fonction de le régir. Ce Dieu est éloigné du monde, il est hypercosmique ; pour l'atteindre, la vue du ciel n'est dès lors d'aucune utilité. 

Voila deux tendances qui se retrouvent souvent dans différentes sensibilités religieuses. Mais elles ne tombent pas du ciel, si l'on peut dire : elles ont une histoire. Elles trouvent leur source commune dans Platon et on les retrouve explicitement, toutes les deux, dans les très influents écrits philosophiques de l'hermétisme, c'est-à-dire dans les écrits attribués pendant longtemps au Dieu Hermès et qui furent composés aux IIe et IIIe siècles après Jésus-Christ. En se concentrant sur l'idée du Dieu cosmique, dans le tome II de ce grand livre, André-Jean Festugière nous raconte ainsi comment est apparue la première tendance, comment elle s'est ensuite transmise durant la période hellénistique -- période qui va de la mort d'Alexandre à la conquête romaine --, et comment, enfin, elle a pris place dans le milieu où l'hermétisme se développa. C'est donc à rentrer en profondeur dans l'histoire des sentiments religieux que nous invite ce livre érudit et passionnant
.

Inférer l'existence de Dieu à partir de l'ordre du monde n'est pas la même chose que ressentir la présence du divin en contemplant le ciel étoilé. Dans le premier cas, on a affaire à un argument philosophique ; dans le second, on se trouve en présence d'une attitude religieuse, qui peut éventuellement tendre vers un mysticisme. Or, en Grèce, cette dernière attitude ne vint historiquement qu'après le développement des arguments en faveur d'un Dieu ordonnateur. Ceux-ci ne semblent toutefois pas encore être explicitement présents à Athènes vers le milieu du IVe siècle avant notre ère ; en tout cas, Aristote qui discute, dans sa Métaphysique, des différentes thèses de l'origine de l'univers jusqu'au séjour d'Anaxagore dans cette cité (entre 450 et 432) ne les mentionne pas. En revanche, de tels arguments se trouvent clairement dans Les Mémorables de Xénophon qui datent de 369-366 av. J.-C. Et tout mysticisme est effectivement absent des chapitres destinés à prouver l'existence et la providence du divin. Le monde n'y est considéré encore que d'une manière abstraite, à titre de preuve dans un argument. Il y est moins question de sa beauté, que des aspects utilitaires. On est donc encore loin de l'idée qu'une contemplation du ciel nocturne met l'âme dans un état d'extase qui la rapproche du divin.

Mais ce n'est pas Xenophon qui exerça l'influence la plus décisive sur la philosophie religieuse de l'âge hellénistique : c'est Platon. Or, on peut discerner dans son oeuvre un double mouvement. Il y a d'abord le mouvement dualiste qui oppose radicalement le monde de l'Intelligible, immuable et divin, qui est le Bien Absolu, au monde du sensible, où tout change et se corrompt, qui représente le mal. L'âme étant enchaînée dans le corps comme dans une prison, le sage doit alors s'efforcer de s'en délivrer. Mais il y a aussi le platonisme du Timée (360-354 av. J.-C.) et des Lois (360-347 av. J.-C.). Ici, le monde matériel, tel un grand être vivant, est animé par une Ame qui, contemplant le monde des Idées, imprime à l'univers un mouvement ordonné ; il n'y a donc plus d'opposition radicale entre le sensible et l'intelligible. Le désordre, simple conséquence de l'existence de la multiplicité des êtres, n'y trouve plus place comme mal absolu, mais seulement comme moindre bien. Et le sage qui arrive à embrasser d'une seule vue l'ensemble de l'univers voit disparaître ce désordre apparent, qui se résorbe dans l'Ordre auquel préside l'Idée du Bien.

Suivant l'une ou l'autre de ces deux tendances, le statut de la contemplation du ciel change. En raison du mépris du sensible, la première n'y voit, au mieux, qu'une propédeutique à la contemplation des Idées, qui doit elle-même conduire à l'intuition synoptique de tous les Intelligibles, c'est-à-dire à l'intuition de l'Un. En quelque sorte, elle n'est, comme toutes les autres sciences du nombre, qu'un moyen de purifier et d'exciter l'esprit pour qu'il apprenne à découvrir l'intelligible. Une fois cette propédeutique achevée, l'univers est considéré comme un obstacle à la montée vers l'Un qui unifie les Idées ; il faut alors, pour y parvenir, fermer les yeux à tout ce qui relève du sensible. En revanche, dans le Timée, l'astronomie mène directement à la connaissance de Dieu et, par suite, à la béatitude. La connaissance du mouvement régulier des astres permet en effet à notre pensée de s'accorder avec l'Ame du monde qui dirige éternellement ce bel ordre et ainsi de participer au divin. Dès lors, la contemplation des astres est bien plus qu'une simple étape dans l'approche du divin, elle en est le chemin par excellence. C'est que l'objet auquel on aspire n'est plus l'Un, mais l'Intellect qui meut le monde d'un mouvement ordonné. Platon ouvre ainsi les deux voies du mysticisme hellénistique. La première est celle qui répudiera toute considération du sensible, pour passer d'emblée à l'intelligible et, de degré en degré, à un Dieu hypercosmique infiniment éloigné de la matière ; voie qui pourra admettre l'existence d'un second Dieu créateur du monde, un Dieu qui comme le monde lui-même sera mauvais. L'autre voie portera à la contemplation du monde sensible considéré comme beau et bon, comme une émanation de Dieu.

Quoiqu'il en soit, de son vivant, Platon n'avait pas fondé une véritable religion cosmique : le monde visible n'était-il pas pour lui uniquement l'image d'un autre monde qui était le vrai terme de la contemplation ? Et puis sa doctrine n'avait pas supplanté la religion populaire ; elle n'avait pas pris racine dans les coeurs. Mais l'esprit du temps changea. D'abord, la doctrine des Idées fut abandonnée dès la mort de Platon. Puis, les Cités subissant de plus en plus de revers militaires face aux Macédoniens (Philippe, puis Alexandre, puis ses diadoques), le public cultivé se détacha des dieux traditionnels qui n'apportaient aucun secours. Se désengageant aussi de la vie politique, l'élite se tourna alors vers une vie plus théorétique et trouva, dans l'étude de ces êtres majestueux que sont les astres, à la fois une explication du monde, une satisfaction esthétique et un réconfort. Il devenait possible de contempler le Ciel pour lui-même ; contemplation qui pouvait même apparaître comme le but de la vie. Deux textes -- l'Epinomis et le Sur la philosophie -- dessinèrent alors clairement les traits de la religion cosmique.

 Le premier, issu du platonisme, défend l'idée que l'objet suprême de la contemplation est le monde céleste. Mais il s'agit désormais d'une vraie religion et non plus seulement de la piété intime du philosophe : les astres doivent être célébrés comme les vrais dieux. L'Epinomis est en effet un véritable manifeste, une sorte d'évangile, qui veut substituer aux théogonies des poètes une théogonie qui s'appuie sur tous les acquis de la science des astres. Le second texte fut écrit par Aristote, vraisemblablement vers 346 ; c'est aussi le manifeste d'une nouvelle religion qui prônait le culte du ciel. Mais alors que la religion annoncée par Platon et explicitée dans l'Epinomis se fondait sur une doctrine mathématique, le livre Sur la philosophie s'appuie sur la théorie de l'éther pour défendre l'idée que l'âme humaine vient du monde céleste, et qu'en raison de cette parenté la contemplation et la vénération du Ciel sont nécessaires pour participer pleinement à la divinité. Quoiqu'il en soit de ces différences, tous deux conçoivent le Dieu cosmique comme étant essentiellement l'Ame motrice du Ciel ; Ame qui est en même temps un Intellect parfait, comme en témoignent la régularité et la parfaite ordonnance des mouvements des corps célestes. Le sentiment religieux était donc tributaire d'une science, l'astronomie ; ce n'était encore qu'une religion de savants.

Qui plus est, cette religion n'était pas universelle, c'est-à-dire qu'elle ne s'adressait pas à tous les peuples. La distinction entre Grecs et Barbares était en effet encore très présente dans l'oeuvre de Platon et d'Aristote. Ce n'est qu'avec Alexandre, à la fin du IVe siècle, que l'idée d'une religion cosmique universelle apparut clairement. Animé de la volonté d'unifier toutes les terres qu'il avait conquises, Alexandre affirmait que tous les hommes ne formaient qu'un seul peuple, qu'ils étaient tous frères et qu'ils avaient tous un même Dieu comme Père. Et ce Dieu qu'il concevait n'avait bien sûr plus rien à voir avec les dieux nationaux, puisqu'il s'identifiait tout simplement avec le Cosmos. Il n'en demeurait pas moins que l'homme grec pouvait se sentir désemparé. C'était avant tout un être social, qui ne concevait le culte de la divinité que dans le cadre de sa Cité. Or, après les conquêtes d'Alexandre, des royaumes immenses, regroupant des éléments disparates, s'étaient substitués politiquement aux petites villes avec leur campagne environnante. La religion civique et traditionnelle en perdait son sens ; quant à la religion cosmique développée par des esprits éclairés, elle n'avait pas non plus d'attache dans les traditions nationales.

 Il revint alors à Zénon -- qui fonda son école vers l'an 300 av. J.-C. -- d'offrir avec le stoïcisme une conception de la divinité qui pouvait répondre aux attentes spirituelles de son temps. Son Dieu était conçu comme une Raison souveraine qui pénétrait et dirigeait tous les êtres du Cosmos. C'était donc une religion qui élevait à la contemplation du monde. Mais c'était aussi une religion civique car Zénon remplaça la notion classique de Cité par la doctrine d'une Cité du monde qu'il était beau de servir. Tout homme devenant citoyen du monde, il redevint possible de définir un idéal de la vie pratique. Qui plus est, le stoïcisme ne se coupa pas de la religion traditionnelle mais, au contraire, en annexa les dieux : en affirmant que le monde en sa totalité était régi par un Dieu Logos, il affirmait en effet que ces dieux n'étaient que les symboles des éléments qui constituaient le Cosmos. De ces principes résultait une doctrine de la vertu et du bonheur : si le monde était dirigé par la raison, il suffisait à l'homme de consentir à l'ordre divin pour être à la fois sage et heureux. Le stoïcisme était donc une école de pensée qui donnait aux hommes une règle d'action qui s'intégrait dans une vision rationnelle du Cosmos ; ce fut en tout cas surtout cet aspect moral que développa Zénon. Mais Cléanthe, son successeur, en mettant davantage l'accent sur la participation du divin à toute chose, accentuait l'aspect religieux, voire mystique, du stoïcisme. Ainsi le sage qui voyait l'Ordre cosmique pénétrer tous les êtres pouvait s'emplir de cette présence ; il pouvait communiquer avec Dieu. 

Mais si la religion du Monde avait pu s'intégrer aux nouvelles structures politiques, elle dépendait toujours d'un système philosophique déterminé (le platonisme ou le stoïcisme).

Or, après une éclipse d'un siècle et demi dans les textes (du début du IIe siècle au milieu du Ier siècle av. J.-C.), elle réapparaît en transcendant les doctrines d'écoles. Elle est alors le bien commun de tout individu un peu cultivé. Statut qu'elle gardera jusqu'à l'hermétisme, et au-delà encore. Pour tout païen, il devint évident dès cette époque que le monde était beau et qu'il était une grande merveille digne d'adoration et d'amour. Ce n'était plus une conception liée à des systèmes philosophiques, mais une croyance diffuse. André-Jean Festugière explique cette transformation par les nouvelles orientations de la société qui se mettait à donner plus d'importance aux sciences positives et aux techniques qu'à la spéculation pure et où désormais seuls quelques rudiments de philosophie étaient nécessaires pour tout jeune homme qui voulait réussir. Aussi recourait-on de plus en plus à des manuels d'introduction aux doctrines philosophiques. Or, par ces lectures faciles, les doctrines s'émoussaient, perdaient de leur originalité et tendaient à se confondre. On ne retenait que des lieux communs qui permettaient de se donner une teinture de sagesse. Et puis après les grandes constructions du IVe et du IIIe siècles, on se complaisait beaucoup dans la critique de toutes les grandes doctrines. Mais à force de renvoyer dos à dos les philosophes, le public, même cultivé, n'apprit pas à distinguer les traits caractéristiques qui distinguaient chaque doctrine et n'acquit, pour cette raison, qu'une vision vague des systèmes philosophiques. Ainsi, par excès de confusion, l'éclectisme se généralisa.

Cela n'empêcha pas la religion cosmique de continuer à évoluer. Quand elle réapparut dans l'oeuvre de Cicéron, elle avait progressé dans trois directions. D'abord, elle avait accentué le sentiment de l'omniprésence de Dieu. Certes, ce sentiment existait auparavant, mais on voyait Dieu surtout dans le ciel et les astres. Désormais, Il était dans chaque être, jusqu'aux plus humbles. Ensuite, la religion du Monde s'était annexé le domaine de la science politique. Si Dieu pénétrait tout l'univers, il fallait en effet reconnaître qu'il régissait les affaires humaines. Aussi la classe dirigeante romaine conçut-elle son action comme un prolongement de celle de Dieu. Bien gouverner, c'était être, sur terre, l'image de Dieu même. Enfin, la religion cosmique développa l'eschatologie. Si Dieu était le grand ordonnateur et si l'âme venait de Dieu, elle pouvait espérer après la mort remonter jusqu'à Lui et prendre part au gouvernement du monde. L'idée n'était certes pas nouvelle, mais elle devenait un lieu commun. 

C'est avec Philon (Ier siècle ap. J.-C.) qu'André-Jean Festugière termine cette histoire du Dieu cosmique. Non pas que ce juif d'Alexandrie formé par les Livres Saints et l'éclectisme en soit le dernier terme, mais après lui tous les auteurs n'apporteraient, sur ce thème, rien de neuf. Or, ce qui est caractéristique chez Philon, c'est qu'il reconnaît à la fois l'utilité de la contemplation du monde pour atteindre à la connaissance de Dieu, mais aussi le danger qu'il y aurait de s'arrêter à la seule vue de l'univers pour approcher l'essence du divin. Il opère donc un syncrétisme entre les deux tendances issues de la philosophie platonicienne : celle qui mène à Dieu par le monde, et cette autre, qui mène à Dieu par le renoncement au monde. La contemplation du monde n'est donc pour lui qu'une première étape pour s'approcher de l'Intelligence ordonnatrice ; mais pour rentrer en contact avec Elle, il faut ensuite se replier sur soi-même. Il faut en quelque sorte passer d'une connaissance déductive de Dieu à une intuition de Dieu. Ainsi, en réunissant ces deux tendances, Philon préparait directement la voie à l'hermétisme, qui, comme on l'a dit en introduction, avait aussi cette singularité de les réunir toutes les deux.

 

Note : Le premier volume de La révélation d'Hermès Trismégiste comprend le tome L'Astrologie et les Sciences Occultes. Le second, dont ce texte est un compte rendu, correspond au tome Le Dieu cosmique. Enfin, le troisième volume comprend deux tomes : Les Doctrines de l'Ame et Le Dieu inconnu et la Gnose.

Sources
Revue des Livres

Posté par Adriana Evangelizt

 

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5 février 2008 2 05 /02 /février /2008 22:06

        Des âmes douées d’Esprit

            par Richard Khaitzine   

                  Ses livres      

   

« … Le corps n’est rien d’autre qu’amour devenu matière… », dit l’Ange… Corps d’amour.

           Le corps d’amour

          L’âge du Verseau

 

     C’est par cette très belle phrase que s’achevait le superbe livre de  ma « consoeur » Diane Saunier, publié, en 1990 – déjà ! – par notre amie Florence Belfond. On pouvait y lire, également : «  La peau fut notre premier acte de connaissance terrestre. N’as-tu pas senti que les âmes se frôlaient mystérieusement, avec une grâce indicible… » C’est que les âmes se frôlent avant que les corps ne se touchent. La plupart du temps, nous ne sommes pas conscients de la présence de cet hôte discret qui nous habite et pourtant il est là, bien présent. C’est lui qui nous relie à notre essence véritable… notre origine divine – ou cosmique, si vous préférez user d’une terminologie moins connotée. Les plus sensitifs d’entre-nous sentent sa présence et surtout l’entendent lorsqu’il décide de murmurer, de nous prodiguer ses conseils. C’est lui qui est responsable de ce que l’on nomme des intuitions. C’est de lui que nous entretint l’écrivain américain Ross Lockridge (1914- 1946) dans son chef-d’œuvre Raintree County, dont l’action se situe durant la guerre de sécession, un roman plus profond et bien moins mièvre qu’Autant en emporte le vent. Il est dommage que l’adaptation cinématographique, sous le titre L’Arbre de vie, n’en ait pas restitué l’essentiel. Toujours est-il que, dans le livre Mr Shawhnessy – personnage interprété à l’écran par Montgomery Clift est confronté à un bien étrange phénomène : « Mr Shawnessy était un chef de famille et respectable citoyen (…) Seul son double entreprenant, m. shawnessy (sans majuscule) était capable d’imaginer de femmes nues dans des bureaux de poste. Mais ce monsieur shawnessy (sans majuscule) était d’une caste inférieure qui n’admettait ni les noms propres (fût-ce le sien), ni les convenances. Il était pourtant normal de l’appeler monsieur shawnessy (sans majuscule) puisqu’il passait son temps à entrer et sortir de Mr Shawnessy avec une surprenante rapidité et à user de  cet obligeant compagnon comme d’une gare. En réalité monsieur shawnessy se servait de Mr Shawnessy comme d’un homme de paille, d’un masque facile qu’il s’était efforcé pendant toute son existence d’adapter à sa vie sociale… »

Toutes les religions, toutes les philosophies, avant que leurs enseignements n’aient été déviés et pervertis, enseignaient que l’Homme était trois en un et qu’il était composé d’un corps, d’une âme et d’un esprit. Certains reprochent à la religion catholique d’avoir supprimé l’un des composants de cette « tripartion », en enseignant que l’être humain était composé d’un corps et d’une âme. Il y avait une raison à ce raccourci. Je vais m’efforcer d’expliquer ce point, non pas que je craigne d’être soupçonné de complaisance envers une confession ; ce que j’ai écrit de la chrétienté me met à l’abri d’une telle accusation. [1] En fait, si l’Église substitua à la notion d’esprit, en la faisant disparaître, celle d’âme, ce fut afin de mieux attirer l’attention sur l’identité qui existe entre la substance (le corps) et l’essence (l’esprit) qui lui donne naissance. Les traités alchimiques anciens font référence à une conception identique quant à la connaissance de la composition de la matière… à ceci près que, pour les savants de l’époque, ce qui était vrai pour l’Homme  l’était également pour les règnes animal et végétal ou minéral. Cela peut vous paraître surprenant et pourtant…

Lorsque les alchimistes évoquaient le sel, le soufre, et le mercure, ils n’entendaient pas parler de corps chimiques. Dans leur langage, le sel était un équivalent de « corps », d’où la phrase prêtée à Jésus par l’Évangile : « Vous êtes le sel de la terre », ce qui doit s’entendre : vous êtes la lumière, le feu ou l’esprit divin incarnée dans un corps physique. De même, la notion de soufre a trait à l’âme et celle de mercure à l’esprit. Pour ces mêmes alchimistes, dont on aurait tort de croire qu’ils étaient uniquement préoccupés de transmuter le plomb en or, il y avait unité de la matière, opinion qui leur valut de passer pour crédules aux yeux des scientifiques avant que la physique moderne ne cautionne ce point de vue. En réalité, l’alchimie, science à part entière est rationnelle dans ses buts comme dans les moyens qu’elle emploie et ses enseignements sont fortement imprégnés de métaphysique. L’alchimie se définit comme étant « une permutation de la forme par la lumière, le feu ou l’esprit ». Sa théorie se fonde sur le fait que tout ce qui existe est constitué à partir d’un élément unique : de la lumière, pour simplifier ou, pour être plus exact, du dynamisme vibratoire. Seules la vitesse de vibration de ce composant et sa densification expliquent la variété des formes qu’affecte la matière. Un exemple simple vous permettra de mieux comprendre ce point. Un cube de glace – forme matérielle tangible, possédant une forme, un poids et une certaine densité, constitue un corps (le sel alchimique). Pour un chimiste, la glace n’est que de l’eau solidifiée, soit deux atomes d’hydrogène plus un atome d’oxygène mêlés par de la chaleur ou du feu. Si vous chauffez ce cube de glace, il va fondre, adopter une autre forme, une autre densité, un autre poids ; pour autant le nouveau corps obtenu (l’eau ou âme du cube de glace, le soufre de cette glace) se résume par la même formule : H2 O plus de la chaleur. Continuez à chauffer votre eau. Elle disparaît à la vue, change de forme, de densité, de poids, elle se transforme en vapeur. Pour autant cette vapeur (l’esprit ou mercure de la glace et de l’eau) n’en demeure pas moins un composé  de formule identique : H2 O plus de la chaleur.

La philosophie alchimique reposait sur ces observations. Traduite dans un langage accessible au profane, elle enseignait que la lumière (esprit divin, mercure universel ou esprit saint de la chrétienté, tissait l’âme des êtres et des choses et que cette âme tissait à son tour ce que nous appelons la matière tangible : le corps. Il s’ensuit que le corps et l’âme ne sont que de l’esprit densifié à des stades différents et qu’il y a une parfaite identité entre le corps l’âme et l’esprit.

Dans cette composition, le corps est périssable, l’âme ou médiateur, votre moi, votre individualité ou esprit divin individualisé est perfectible. Quant à l’esprit, il n’est pas sujet à amélioration étant parfait et immortel. Tout le but de l’existence consiste à travailler sur notre part individuelle, l’âme, à la rendre meilleure afin qu’elle puisse participer aux « noces divines », c’est-à-dire s’unir à son principe créateur : l’esprit. Si vous avez bien intégré ce qui vient d’être exposé, vous comprendrez sans aucun doute pourquoi il vous est recommandé « d’aimer l’autre comme vous-même ». Vous êtes « l’autre » et l’autre est vous.   

La physique actuelle ne nous dit pas autre chose lorsqu’elle évoque la théorie dite de la lanière de botte (bootstrap). Ladite théorie énonce que la nature ne peut être comprise que dans son auto consistance, chaque composant étant consistant avec lui-même et avec tous les autres. Plus simplement, cela revient à dire que « Tous sont dans un et un dans tous. » Cette théorie fut développée depuis 1968 par Geoffrey Chew. Il s’agit d’un modèle spécifique de description de phénomènes subatomiques et d’une cosmologie « non scientifique ». Dans le langage de la physique, « la lanière de botte » expose que chaque particule consiste en toutes les particules. Les hadrons ou particules lourdes du noyau atomique sont des structures composées dont les composants sont à nouveau des hadrons, dont aucun n’est plus élémentaire que les autres. Chaque hadron est « maintenu » par des force associées avec l’échange d’autres hadrons, chacun de ces hadrons, étant maintenu à son tour par des forces émanant du premier hadron. Ainsi, chaque particule aide à créer les autres particules qui la créent elle-même. La globalité des hadrons s’auto génère de cette façon et, en quelque sorte, « se tire par ses lanières de botte. » Au niveau du langage philosophique, « la lanière de botte » adopte une signification cosmique et passe de la trame à l’hologramme. Chacun connaît ces médaillons vendus dans le commerce et présentant une image à trois dimensions, ou en relief, si vous préférez. Ces images possèdent une propriété remarquable, celle d’exister dans la plus petite parcelle du médaillon. Autrement dit, l’image figurant dans le médaillon est composée d’une multitude d’images semblables à elle-même. Ces quelques précisions vont nous permettre de comprendre la « théorie de la lanière de botte » appliquée à l’univers. Non seulement l’univers est semblable à une trame d’événements interconnectés mais, de plus, aucune des propriétés d’une quelconque partie de la trame n’est fondamentale ; elles sont toutes générées par les propriétés des autres parties et « la consistance globale » de leurs interrelations détermine la structure de la trame entière. Par conséquent, il n’existe pas de point de vue privilégié, ni de lois fondamentales de la nature. Pour comprendre un phénomène, il nous faut comprendre tous les autres. L’univers serait donc un hologramme d’entités en constante inter génération, dans lequel chaque entité doit savoir ce que toutes les autres font pour savoir ce qu’elle a à faire. L’holonomie correspond à la vision du Tout dans l’Un et à celle de l’univers dans le grain de sable. Cela ouvre bien de perspectives et devrait, notamment, amener les responsables – qu’ils soient politiques, scientifiques, industriels ou philosophes – à s’interroger quant à leur action sur la nature et aux répercussions dramatiques qui ne manqueront pas de s’ensuivre. [2]

Afin de conclure cette première partie, il me reste à vous faire part de quelques réflexions toujours bonnes à méditer. Vous pouvez vous interroger sur la présence de la racine hébraïque aour (lumière) dans le mot amour.  Vous pouvez, également, vous demander pourquoi les locutions « pousser un dernier soupir » et « rendre l’esprit » ou « rendre l’âme » sont passées dans le langage populaire. Rendre l’esprit ne revient-il à restituer ce qui nous a été prêté ?

Et pour finir sur une note humoristique,ce qui n’est nullement incompatible avec un sujet austère, j’ai été très étonné, récemment, d’entendre une chef d’entreprise, se prenant pour une personne cultivée, affirmer péremptoirement, sur une station radio que les animaux n’avaient pas d’anima ou d’âme. Proférer une telle ânerie avec autant d’assurance rend perplexe. Cette précieuse ridicule semblait ignorer que le mot animal possède justement pour source étymologique le latin anima. Comme quoi certains individus feraient bien de réfléchir avant de renvoyer l’image de leur ignorance et de se couvrir bêtement de ridicule.

Les animaux, comme les plantes – il y aurait beaucoup à dire sur le ressenti émotionnel de ces dernières – et même les minéraux, possèdent en commun avec l’Homme d’avoir un corps, une âme et un esprit, et d’éprouver des émotions lesquelles, pour être moins perceptibles que chez l’humain, n’en existent pas moins réellement.  

Espérant que ce texte vous aura donné matière à réflexion, et que vous en tirerez profit, je vous propose de nous retrouver prochainement afin d’évoquer l’étrange rencontre que fit, dans un village du Japon, un célèbre samouraï alors qu’il souhaitait faire aiguiser ses sabres. Certes, l’anecdote est trop belle pour être authentique, mais si belle qu’on souhaiterait qu’elle l’ait été…

Rendez-vous donc avec Miyamoto Mushashi et le rémouleur…    

 

 


1 . Lire Marie Madeleine et Jésus, de Richard Khaitzine - éditions M.C.O.R.

2. Sur ce sujet important et d’actualité, lire Quand la Terre gronde… de Richard Khaitzine – éditions M.C.O.R.

Posté par Adriana Evangelizt

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans HERMETISME
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3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 15:30

 Un beau texte... le ciel est dans le coeur de l'homme libre...

 

 

DE LA LOI MORALE ET DE LA LIBERTÉ

 

par Victor Cousin

 

Extrait de l'ouvrage Cours de l'histoire de la philosophie moderne

Tome I

1846

 


La loi morale ne peut commander qu'à une volonté libre. Le monde moral est celui de la liberté. La où il y a libre détermination, acte voulu et délibéré, là est le monde spirituel. Or nous ne vivons, nous ne subsistons que par des actes continuels de volonté et de liberté. Le monde spirituel est donc déjà pour nous sur cette terre. Nous vivons en quelque sorte sur les confins de deux empires séparés dont nous formons la mystérieuse réunion. Pour pénétrer dans le ciel, il n'est pas besoin de percer les ombres du tombeau ; le ciel est déjà dans le cœur de l'homme libre, et cœlum et virtus, dit Lucain. Je suis citoyen du royaume invisible des intelligences actives et libres. Mais quelle est la détermination de ma volonté qui éclaire à mes yeux ce monde invisible? Demandez-le à la conscience. Examinez-vous quand vous faites votre devoir, et le ciel vous apparaîtra au fond de votre cœur. Ce n'est pas par des raisonnements qu'on acquiert la conviction du monde spirituel : c'est par un acte libre de vertu, qui est toujours suivi d'un acte de foi a la beauté morale, et d'une vue intérieure de Dieu et du ciel. Le monde sensible agit sur moi, et l'impression que je reçois est pour moi une occasion de vouloir. Ma volonté détermine à son tour un changement dans le monde sensible. C'est là l'ordinaire de la vie humaine,le vouloir ne se manifeste qu'à la suite de mouvements sensibles et  par des mouvements sensibles. Faites plus : contenez votre vouloir en lui-même, qu'il agisse sans se manifester au dehors, que ses libres déterminations ne sortent pas du sanctuaire intérieur ; et votre vie est toute spirituelle, vous êtes parvenu à la source de la véritable activité; vous avez une vue intérieure de la vie divine qui se révèle dans la vôtre. Ou peut parler de liberté et de spiritualité : mais on ne combine que des mots lorsqu'on ne s'est point affranchi soi-même. On n'obtient, dit le christianisme, le sens de la vie éternelle qu'en renonçant au monde et a ses fins. Alors la foi en l'Éternel entre dans l'âme. Enfin, selon les images de la doctrine chrétienne, il faut mourir et être enfanté de nouveau pour entrer dans le royaume des cieux.

La philosophie n'est que la vue de l'âme généralisée. Si la volonté est
attachée au monde sensible, comment peut-on croire à l'esprit et a une autre vie? On traite l'immortalité de fable, ou on y croit par préjugé. Réformer la vie pour réformer la philosophie. Les lumières de l'entendement ne seraient que ténèbres sans la lumière de la vertu. Oh ! si l'âme du dernier des Brutus, si l'âme de saint Louis s'étaient racontées elles-mêmes, quelle belle psychologie morale nous aurions !

La volonté infinie et éternelle se révèle à nous
dans la conscience morale, dans ce commandement suprême : Veux le bien; et la volonté humaine individuelle se mêle à la volonté infinie en obéissant librement à sa voix. La est le grand mystère de l'éternité se découvrant à l'humanité, et de l'humanité se revêtant librement de l'éternité. L'homme est tout entier dans ce mystère : donc la morale est la source de toute vérité, et la vraie lumière réside dans les profondeurs de l'activité volontaire et libre.

Voici un fait de conscience incontestable, et en même temps simple et indécomposable :

« Fais le bien, sans égard aux conséquences; c'est-à-dire, veux le bien. »

Puisque ce commandement n'a pas d'objet terrestre, visible, matériel, applicable aux besoins de cette vie et de ce monde sensible, il suit que : ou il n'a pas de fin, de but, ou
il a une fin, un but invisible, et qu'il regarde un monde différent du nôtre, où les mouvements externes qui résultent des volitions sont comptés pour rien, et où les volitions elles-mêmes sont tout.

S'il n'y a pas un monde invisible, où toutes nos bonnes volontés nous sont comptées
, quel est donc sur la terre le but de la vertu ?

1° Sert-elle au mécanisme de l'univers?


2° A-t-elle pour fin la civilisation du globe?


3° L'amélioration de la destinée humaine sous le rapport des commodités matérielles et physiques?


4° La paix du monde?


5° Le
plus grand développement moral du genre humain, d'où sortirait sa plus grande perfection en général, avec son plus grand bonheur?

Pour tout cela il n'était
pas besoin de vertu. Dieu n'avait qu'à construire des machines sans liberté; il aurait eu un aussi beau spectacle, s'il ne voulait que le spectacle du bonheur. Mais, dira-t-on, il le voulait produit par nous-mêmes. Il ne l'aura jamais ; le bonheur universel sur la terre est une chimère. Ensuite Dieu, pour arriver à ce but, pouvait se dispenser de nous donner la loi morale el la conscience ; il suffisait de l'égoïsme. Remarquez que dans le monde sensible peu importe pourquoi un fait a lieu, pourvu qu'il ait lieu. Donnez plus de lumière à mon égoïsme, ou augmentez la force de ma sympathie naturelle, je ferai autant ou plus de bien aux autres que par le seul sentiment du devoir.

Il faudrait avoir toujours présentes à l'esprit les maximes suivantes :

1° Les conséquences d'une action, quelles qu'elles soient, ne la rendent ni bonne ni mauvaise moralement :
l'intention est tout. A parler rigoureusement, il n'y a pas d'action morale, il n'y a que des intentions morales.

2° Pour qu'une intention soit
bonne moralement, il faut qu'elle ne soit pas intéressée.

3° Sont regardées
comme intéressées toutes intentions où il y a un retour personnel. Ainsi, faire une chose pour avoir des honneurs, de la gloire, des applaudissements, des plaisirs, soit sensuels, soit intellectuels, des plaisirs externes ou internes, pour entendre dire que l'on est généreux ou pour pouvoir se le dire à soi-même, pour avoir des récompenses sur la terre ou même dans le ciel, tout cela est également en dehors de la morale.

4° Sont regardées comme moralement indifférentes les actions, même les plus utiles, qui viennent de l'impulsion de l'organisation.

5° Est regardé seulement comme
être vertueux celui qui, après avoir pesé une action et l'avoir trouvée juste, la fait uniquement parce qu'il croit qu'il faut la faire, et par cette seule raison qu'elle est juste.

Posté par Adriana Evangelizt

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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 16:09

 

 

À quoi sert la vie ?


par Fernand Schwarz

Tableau de Joséphine Wall


À quoi sert la vie ? Qu’est-ce que vivre ? Est-ce vivre en dépendant des circonstances, dans le confort, la satisfaction des pulsions et désirs ou est-ce agir en toute liberté, avec discernement et intelligence pour atteindre la sérénité et le bonheur ?

À qui sert la vie ?

La vie a la valeur que nous lui donnons, en fonction de ce que nous sommes. Pour une pierre, la vie sert à résister. Pour une plante, la vie sert à croître et à pousser. Pour un animal, la vie sert à sentir et à se faire plaisir. L’homme possède en lui des éléments minéraux, végétaux et animaux. Ce qui le différencie des trois règnes est la faculté qui lui permet de se poser la question : à quoi sert la vie ?

Pour Pierre Hadot, philosophe spécialiste de l’Antiquité, la philosophie n’est pas un système théorique mais une expérience vécue, une confrontation au réel, de ses idées, rêves et décisions et une remise en question, sans lesquelles il n’y a pas de vie.

La vie est un mouvement

Qu’est-ce que vivre ? Est-ce vivre en fonction de l’inertie des choses et de la facilité, ou vivre en se réalisant avec détermination, décision, responsabilité et intelligence ?

Vivre est un mouvement. Les choses sont vivantes parce qu’il y a mouvement. Mais si ce mouvement devient inertie, mécanicité, artificialité, répétition, dépendance, résistance et routine, la vie s’échappe et meurt. L’inertie est une force qui naît d’une autre : au billard, quand une boule en touche une autre, elle lui transmet sa force ; l’autre boule bouge par inertie et non par elle-même.

Pour sortir du confort, de la paresse, de la vie au jour le jour, de l’instinct de conservation qui nous protège, il faut prendre des risques, donner des finalités à nos mouvements. Plus ces finalités et ces rêves sont ambitieux, plus ils sont capables de nous mettre en mouvement.

Vivre en autonomie

La vie et le vivant se caractérisent par l’autonomie.

Le vivant se répare lui-même, panse ses plaies. Un objet ne peut pas le faire. Il faut une intervention humaine.

La vie s’auto-reproduit. Quand on se programme soi-même, on peut diriger son existence vers quelque chose d’autre. On peut se reproduire biologiquement ou par les idées et les sentiments. Un objet ne peut le faire.

La vie s’auto-régule et s’équilibre. C’est la base de l’écologie. Si notre corps n’arrivait pas à s’autoréguler, il serait tout le temps malade !

La vie sert à être en mouvement et à comprendre les lois du mouvement. Certains passent devant ces lois, en n’étant simplement qu’un effet de mouvement, comme la boule de billard. Ils courent derrière la vie mais ne vivent pas. Ils vivent de façon inconsciente et sont mus par les instincts et les pulsions D’autres s’interrogent : «Où vais-je, qui suis-je ? À quoi sert la vie ?» Ils cherchent une finalité, un sens. Ils s’émerveillent devant la vie, l’univers et tout ce qui les inspire et leur permet d’apprendre avec intelligence.

L’expression de la conscience

Le mouvement se trouve dans le mot «exprimer» qui veut dire faire sortir ce qu’on a de potentiel en soi pour le faire devenir.

Mais qu’exprime-t-on ? Ici intervient la notion de conscience. Nous pouvons exprimer ce que nous avons de bon et de bien en nous, notre besoin de reconnaissance sociale, notre désir de réalisation, notre quête du Bon, du Vrai, du Beau et du Bien et nous pouvons également exprimer le côté faux, artificiel et le laisser-aller. En résumé, exprimer l’être ou le paraître.

Socrate a inventé, en Occident, le concept de la conscience. Il dit : «J’ai en moi-même une petite voix, un daïmon, (pas un démon mais un génie, une conscience) qui me dit parfois ce qu’il ne faut pas faire mais pas ce qu’il faut faire.» Il y a une conscience en chacun de nous. Et parfois cette conscience fait souffrir et est refoulée dans l’inconscient, où elle continue encore à agir, même sans y penser, sur le corps ou les sentiments.

L’expression d’une destinée

L’expression implique l’acceptation de se confronter aux autres et d’expérimenter pour pouvoir améliorer ce que nous pensons être ou devenir. Vivre c’est exprimer ce qui est positif, créatif, harmonieux, simple mais beau et bon. Ce n’est pas s’exprimer sous l’effet de la pulsion ou du désir, c’est-à-dire se défouler et engendrer la violence pour soi et les autres. Exprimer une destinée n’est pas exprimer l’avenir ni l’horoscope. D’un point de vue philosophique, les auteurs classiques antiques expliquent que dans le théâtre des mystères, le genre de la tragédie grecque exprime l’histoire d’un personnage qui a le choix entre vivre tranquille et accomplir un exploit, qui le transcende, le transforme, parfois au prix de sa vie. Nous avons tous en potentiel une destinée. Celle-ci s’exprimera à condition de choisir de ne pas faire comme tout le monde, d’assumer sa propre vie, d’être ce que nous voulons devenir et non devenir ce que les autres attendent de nous. La vie, c’est affronter l’inconnu, accepter le mystère, vivre avec.

Le pouvoir de vie et de liberté

Un mouvement pour exprimer une destinée rappelle la maïeutique de Socrate ou l’art d’accoucher les âmes, c’est-à-dire se faire naître soi-même, vivre, chercher en soi-même un potentiel, un rêve, et le devenir. C’est ce que prône la philosophie pratique, expérimentale, art de vivre au quotidien et non la philosophie spéculative et académique.

Comme le dit Hegel, la vraie conscience n’est pas une faculté théorique mais un pouvoir de vie et liberté. La vie sert à exprimer un pouvoir sur soi-même qui affranchit vers la liberté. Pour qu’un être humain devienne libre, il ne doit être conditionné ni par les circonstances ni par ses passions. Il doit décider et agir avec intelligence.

On peut vivre comme un animal, une pierre ou un arbre. Pour vivre comme un être humain, il faut avoir de l’esprit. D’un point de vue philosophique, le mot esprit est cette capacité que nous avons de comprendre et de nous libérer du monde. Cette faculté peut être associée à l’intelligence (intellegere : pouvoir entrer). L’esprit permet à l’humain de comprendre le réel, d’agir sur lui en devenant indépendant des circonstances et non en étant submergé par elles. On garde notre esprit clair malgré les situations. La spiritualité est un combat pour garder l’intelligence, le discernement et la possibilité de voir les choses dans leur unité et non dans leur partialité. La raison nous permet de couper les choses, l’intelligence permet de les réunir. Vivre intelligemment n’est pas seulement vivre raisonnablement.

La finalité de la vie est pour chacun le bonheur. Non pas un bonheur immédiat, éphémère, satisfait par la pulsion, mais ce que Socrate appelle eudemonia, un état intérieur de sérénité, de sagesse et de calme, un état d’être sans attachement, tout en gardant sa faculté de discernement. Une opportunité pour chacun d’être heureux.

Sources Nouvelle Acropole

Posté par Adriana Evangelizt

 






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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 15:49

 

"Se tenir à l'écart de la mort est mauvais pour l'homme."

 

Par Fernand Schwarz

Président de la Fédération française des Nouvelle Acropole

Tableau de Duncan Long

 

Cette phrase de sagesse égyptienne, extraite des Textes des Pyramides, montre que les Ègyptiens avaient déjà compris que ce n'était pas en refusant l'idée de la mort que l'on pouvait bien réussir sa vie. En cela, ils se situaient à l'opposé de nos sociétés occidentales contemporaines qui veulent à tout prix occulter la mort, jusqu'à occulter leurs propres vieillards et tout ce qui pourrait rappeler cette confrontation inéluctable à soi-même et au temps.

 

L'on sait pourtant que c'est au moment où les hommes ont intégré la mort dans leur vie, à travers les rites funéraires, que l'homme est devenu véritablement humain. La conscience, telle que nous l'entendons, a pu émerger, devenant capable de faire face aux contradictions nées de l'impermanence de notre vie terrestre. À travers la prise de conscience de la mort, il est devenu possible de se questionner sur l'avenir, sur l'ici et l'ailleurs, et d'accepter les nécessaires transformations de l'existence en apprenant à mourir plusieurs fois dans une vie : mourir à l'ignorance, aux préjugés, à certains sentiments, etc. La mort-anéantissement peut alors devenir mort-transfiguration et stimuler la vie.

Se tenir à l'écart de la mort

Se tenir à l'écart de la mort, c'est d'abord se tenir à l'écart des autres. C'est ne pas vouloir regarder ni affronter les symptômes de la fin de l'existence : la douleur, la maladie et la vieillesse, jusqu'au point même, dans nos sociétés modernes, de réserver des quartiers aux personnes âgées. Ce refus nous isole des autres, entraînant un déracinement par rapport à nos familles, nos parents et nos enfants et une perte de solidarité générale.

Se tenir à l'écart de la mort, c'est aussi refuser la difficulté. C'est aussi vouloir fuir dans la quête de paradis artificiels, tels que l'utopie de l'éternelle jeunesse, cultivée grâce à des moyens technologiques de plus en plus sophistiqués. Nous vivons dans des sociétés qui cherchent à tel point l'effacement de la douleur, associée au vieillissement et à la mort, que nous sommes devenus très fragiles. Non seulement sommes-nous devenus petit à petit inaptes à supporter la souffrance, qu'elle soit physique ou psychologique, mais avons-nous également perdu de notre capacité à développer une force morale qui nous permette de faire face aux difficultés. Nous ne savons plus être sage parce que nous ne savons plus être vieux, comme le vieillard des sociétés traditionnelles, qui est sage parce que capable de résister à la difficulté.

Se tenir à l'écart de la mort, c'est encore perdre sa créativité. Du point de vue anthropologique, intégrer la mort dans la conscience, implique l'imagination en plus de la mémoire. Pour représenter quelque chose qu'il ne peut pas voir, quelque chose qui existe pourtant et qu'il ressent, l'homme commence à symboliser. C'est ainsi que l'émergence de la conscience de la mort a produit la découverte de la dimension du sacré et de l'art, associé depuis la nuit des temps aux rites funéraires. 

La mort cohabite avec nous tous les jours. Mieux vaut donc apprendre à l'apprivoiser pour qu'elle nous aide à nous transfigurer. C'est dans cette dialectique quotidienne que l'homme se transcendera et deviendra véritablement lui-même.

 

 

 

Sources Nouvelle Acropole
 

Posté par Adriana Evangelizt

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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 23:51

 Un texte trouvé à Nag Hammadi comme L'Authentikos Logos posé il y a quelques jours. Hermès Trimégiste discute avec Asclepios dans le sanctuaire d'un temple Egyptien et ce qui est très curieux c'est qu'il dit des choses qui sont dans notre monde actuellement. Exemple... l'inversion des valeurs. Quand on voit ce qu'il se passe, effectivement, ce texte caché depuis au moins 1600 ans laisse songeur... d'autant que la tradition d'Hermès est beaucoup plus ancienne...

On préférera les ténèbres à la lumière
et l’on préférera la mort à la vie.
Personne n’élèvera plus son regard vers le ciel ;
mais
l’homme pieux sera compté pour fou
,
l’homme impie sera honoré comme un sage
,
le couard sera compté pour vaillant
et
l’on châtiera l’homme de bien comme un malfaiteur.

 

Résumé. Le texte grec en partie perdu du Logos Teleios, et traduit en latin dans l’Asclepius, correspond aux pages 152-200 du volume. La version latine est donnée avec le texte copte et sa traduction française. Ce texte, prétendument un dialogue entre Hermès Trismégiste et son disciple Asclépius, commence avec une surprenante comparaison très explicite entre une union charnelle et la transmission de mystères sacrés (65,35). Cette association est également présente dans le texte 7 du codex VI, mais de façon beaucoup moins explicite. Suit une discussion sur l’origine et la nature de l’homme. Dans cette discussion, les humains sont dits supérieurs aux dieux, parce qu’ils sont à la fois mortels et immortels. L’immortalité s’acquiert par l’apprentissage et la connaissance. Ce passage semble être une défense du culte des idoles.

Par la suite, l’Égypte est exaltée comme étant une image du ciel (70,4-5), mais le texte prédit de terribles choses pour cette terre. Le dialogue prend prétendument place dans un passé lointain, son auteur utilise cette fiction pour donner son opinion sur des événements passés: la désacralisation de la terre d’Égypte et son abandon par les dieux (71,12-13). Dans le passage suivant, Hermès se lamente sur le monde qui deviendra bientôt un fardeau pour l’homme alors qu’il était une si belle chose (71,35-72,26). Cependant, après ces fléaux, une régénération du monde est à venir «et telle est la naissance du monde[….], le rétablissement des choses saintes et bonnes» (74,6-74,9). Le texte fini par la description du grand démon qui a été assigné «pour être inspecteur ou juge des âmes humaines» (76,24-20). En quittant son corps, l’âme monte vers le ciel où elle rencontre le grand démon. Si l’âme est bonne, elle pourra continuer son ascension, mais «les âmes qui sont entièrement remplies de méchanceté ne seront pas admises à circuler dans l’air, mais seront établies dans les lieux (relevant) des démons» et seront punies cruellement (78,24-27).

 

 

 

EXTRAIT DU DISCOURS PARFAIT

 

Traduit du copte par Jean-Pierre Mahé

 

 

 

 

(Trismégiste dialogue avec Asclépius dans le sanctuaire d’un temple égyptien . Tat et Ammon assistent silencieusement à l’entretien)

I. L’HOMME ET LE DIVIN

 

1° L’homme et le Dieu suprême

Le mystère de fécondité

(TRISMÉGISTE) (Ascl 21…) Et si tu veux contempler la réalité de ce mystère, regarde l’image merveilleuse de l’union consommée par  le mâle et la femelle : une fois arrivée à son terme, la semence jaillit. Alors, la femelle reçoit la puissance du mâle et le mâle, de son côté, reçoit pour lui la puissance de la femelle, car tel est bien l’effet de la semence !

C’est pourquoi le mystère de l’union est accompli en secret, de crainte que les deux sexes ne semblent indécents à la foule qui ne sait pas vraiment à quoi s’en tenir en cette matière. En effet, c’est en particulier que chacun transmet son principe générateur. Car, pour ceux qui ignorent ce qu’est vraiment cette œuvre,  si elle se produit en leur présence, elle devient un objet de raillerie  et d’incrédulité ! Pourtant, tout au contraire, il s’agit de mystères sacrés  en paroles et en actes : non seulement on ne saurait les entendre, mais on ne saurait non plus les voir.

La science et la gnose, remèdes de l’âme

Aussi,  les gens de cette espèce, (les ignorants), sont des blasphémateurs, des athées et des impies. Quant à ceux de l’autre sorte, les hommes pieux, ils ne sont pas nombreux, mais bien peu qu’on puisse dénombrer !

La raison pour laquelle la malice se rencontre en beaucoup, c’est qu’ils n’ont pas la science des choses qui existent réellement. Car la gnose des choses qui existent réellement est, en vérité, le remède aux vices de la matière. C’est pourquoi  la science est issue de la gnose.

Or, quand il y a de l’ignorance et que la science fait défaut à l’âme humaine,  les vices y persistent et n’ont point de remède, tandis que la malice les accompagne, à la façon d’une blessure irrémédiable. Cette blessure gangrène  l’âme, qui s’empuantit, rongée aux vers par la malice.

La création de l’homme

Toutefois, Dieu est innocent de ces maux, car il a envoyé aux hommes la gnose et la science.

ASCLÉPIUS - Ô Trismégiste, est-ce seulement aux hommes qu’il les a envoyées ?
TRISMÉGISTE - Oui, ô Asclépius, il ne les a envoyées qu’à eux ! Mais il vaut la peine que nous te disions pourquoi c’est seulement aux hommes, qu’il a accordé en grâce la gnose et la science, comme leur part de sa bonté.

Maintenant donc, écoute :

Le Dieu, Père et Seigneur, a créé l’homme après les dieux, et il l’a tiré de  l’élément matériel. Comme il a introduit dans sa fabrication la matière en quantité égale 3à son souffle, les vices y demeurent. De là, ils se répandent sur son corps, car il ne saurait subsister sans user de cette matière comme nourriture, lui qui est un être vivant. Puisqu’il est mortel, il est en outre inévitable que des désirs lui viennent hors de propos et lui fassent du mal.

Mais les dieux, qui sont tirés d’une matière pure, n’ont pas besoin de science ni de gnose. Car l’immortalité des dieux est pour eux la science et la gnose : puisqu’ils sont tirés d’une matière pure, c’est elle qui leur a tenu lieu de gnose et de science, conformément à la Nécessité.

L’homme, au contraire, Dieu l’a distingué, il l’a établi dans la science et la gnose. Pour les raisons que nous avons dites avant, il a porté ces facultés à leur perfection afin que, grâce à elles, l’homme éloignât les vices et les malices d’ici-bas, selon sa divine volonté.

2° L’homme et les dieux-astres

La nature mortelle de l’homme, Dieu l’a menée vers l’immortalité. L’homme est devenu  bon et immortel, ainsi que je l’ai dit. Dieu lui a créé en effet, deux  natures : l’immortelle et la mortelle ; et il est arrivé ainsi selon la volonté de Dieu, que l’homme est supérieur aux dieux, car les dieux, pour leur part, sont seulement  immortels, mais les hommes, eux, sont immortels et mortels à la fois.

C’est pourquoi l’homme est devenu parent des dieux, et ils ont mutuellement connaissance de leurs affaires, avec certitude. Les dieux, de leur côté, connaissent ce qui est aux hommes, et les hommes connaissent ce qui est aux dieux.

Je ne parle cependant, ô Asclépius, que des hommes qui ont reçu la science et la gnose : quant à ceux qui en sont dépourvus, il vaut mieux que nous n’en disions rien de fâcheux, car, puisque nous sommes consacrés aux dieux il nous sied de tenir des propos épurés.

3° L’homme créateur de dieux sur terre

Puisque nous en sommes venus à parler de la communion des dieux et des hommes, apprends, ô Asclépius, ce que l’homme aura de puissance grâce à cela !

De même, en effet, que le Père, Seigneur du Tout, fait des dieux, ainsi l’homme, de son côté – cet être qui vit au ras du sol, ce mortel qui ressemble également à Dieu – lui aussi, à son tour, il fait des dieux ! Non seulement il est fortifié, mais il fortifie, non seulement il est divinisé, mais il fait des dieux ! Admires-tu cela, ô Asclépius, ou es-tu, toi  aussi, incrédule comme la foule ?

ASCLÉPIUS -Ô Trismégiste, je ne trouve pas de paroles à répondre ; je te crois bien quand tu parles, mais je suis stupéfait de ce que tu dis là, et je compte l'homme pour bienheureux d’avoir reçu cette grande puissance !

TRISMÉGISTE -De fait, lui qui est plus grand que tous ces êtres, ô Asclépius, il est digne d’admiration !

Ce qui nous apparaît pour l’engeance des dieux – et nous en tombons d’accord, ainsi que tout un chacun – c’est qu’elle est tirée d’une matière pure. Leurs corps sont donc uniquement des têtes. Mais ce que les hommes façonnent, c’est la ressemblance des dieux. Puisque les hommes sont tirés du dernier élément de la matière, et que ce qui est façonné est issu de l’essence inférieure des hommes, non seulement ces dieux ont des têtes, mais aussi toutes les autres parties du corps, à la ressemblance de leurs auteurs.

De même que Dieu a voulu que l’homme intérieur fût fait à son image, de même, pour sa part, l’homme fait des dieux sur terre, à sa ressemblance.

ASCLÉPIUS -Ô Trismégiste, n’est-ce pas des statues que tu parles ?
TRISMÉGISTE -Ô Asclépius, c’est toi qui parles de « statues » !

Tu vois comme, toi aussi, ô Asclépius, tu es incrédule à l’égard de la parole quand tu dis, à propos d’êtres qui ont en eux âme et souffle : « les statues » !
Elles qui accomplissent de si grands miracles !
Tu dis, à propos d’êtres qui délivrent des prédictions : « les statues » !
Elles qui causent des maladies et qui les guérissent, qui envoient aussi les épidémies !

 

II. PRÉDICTION SUR L’ÉGYPTE ET SES DIEUX

1° Annonce d’une catastrophe

DÉPART DES DIEUX

Ne sais-tu pas, ô Asclépius, que l’Égypte est une image du ciel, bien plutôt la demeure du ciel et de toutes les puissances qui sont dans le ciel ?
S’il nous convient de dire la vérité, notre pays est le temple du monde !

Il ne faut pas non plus que tu ignores qu’un temps viendra où les Égyptiens sembleront avoir déployé en vain leur zèle envers la divinité, et leur application toute entière au culte divin sera méprisé.
En effet, la divinité toute entière quittera l’Égypte et remontera au ciel, et l’Égypte sera veuve, elle sera désertée des dieux.

Invasion étrangère

Car les étrangers entreront en Égypte et ils domineront sur elle. L’Égypte, et, avant tout, les Égyptiens, seront empêchés de rendre un culte à Dieu. Bien plus, ils encourront le suprême châtiment, comme quiconque, parmi eux, sera pris à honorer Dieu pieusement.

Et en ce jour-là ce pays, qui est pieux au-dessus de tous les pays, se verra devenir  impie.
Il ne sera plus rempli de temples, mais rempli de tombeaux et il ne sera plus rempli de dieux, mais de cadavres.

O Égypte, Égypte !

Mais tes dévotions passeront pour des fables, et tes cultes divins, nul n’y croira plus, bien qu’il s’agisse d’œuvres prodigieuses et de paroles saintes.
Or, si tes mots qui font merveille ne sont plus que des pierres gravées,
alors le barbare l’emportera contre toi, ô Égyptien, par sa piété :
qu’il soit Scythe ou Indien, ou tout autre du même genre !
Mais pourquoi même parler de l’Égyptien ?
Car ceux-ci quitteront eux-aussi l’Égypte. Une fois, en effet, que les dieux auront abandonné l’Égypte et seront remontés au ciel, alors, tous les Égyptiens périront et l’Égypte sera vidée des dieux et des Égyptien.

Et toi, ô fleuve !

Un jour viendra où tu couleras de sang, plutôt que d’eau ; quant aux cadavres, ils iront jusqu’à s’entasser au-dessus des digues !
Pourtant, on ne pleurera pas le mort autant que le vivant : pour celui-ci, on ne le reconnaîtra comme Égyptien qu’à sa langue et en s’y prenant à deux fois – à quoi bon pleurer, ô Asclépius – car il aura tout l’air d’un étranger, d’après son comportement !

Inversion des valeurs

Mais la divine Égypte endurera des maux encore plus grands que ceux-là :
L’Égypte, l’amante des dieux,
la demeure des dieux,
 l’école de la piété,
deviendra l’image de l’impiété !

Alors, en ce jour-là, l’univers ne sera plus admiré.
On ne l’adorera plus quand nous disons : « il est aussi beau que bon, et il n’y en a jamais eu un semblable ni pareil spectacle ! »
Au contraire, le voilà qui risque de devenir un fardeau pour tous les hommes.

C’est pourquoi, on le méprisera, ce monde magnifique créé par Dieu,
œuvre qui n’a pas sa pareille,
 réalisation pleine de vertu,
spectacle multiforme,
chorégie exercée sans envie,
remplie de tout objet de contemplation !
On préférera les ténèbres à la lumière
et l’on préférera la mort à la vie.
Personne n’élèvera plus son regard vers le ciel ;
mais l’homme pieux sera compté pour fou,
l’homme impie sera honoré comme un sage,
le couard sera compté pour vaillant
et l’on châtiera l’homme de bien comme un malfaiteur.

Quant à l’âme et aux choses de l’âme, ainsi qu’à celles de l’immortalité et au reste de ce que je vous ai dit, ô Tat, Asclépius et Ammon, non seulement on pensera qu’il s’agit là de choses ridicules, mais encore, on les bafouera.
Bien plus, croyez-moi sur ce point, les spirituels de cette sorte encourront, pour leur vie, le suprême péril.

Une loi nouvelle sera établie :
rien de saint, rien de pieux,
rien de digne du ciel ni des dieux célestes
ne s’entendra ni ne se croira plus.

CATASTROPHE COSMIQUE

Ils s’en  iront alors, les génies bienfaisants, et les mauvais anges resteront avec les hommes, se joignant à eux pour les entraîner au mal en toute impudence, à l'impiété, aux guerres, aux brigandages, leur enseignant ce qui est contre nature.

En ces jours-là,
la terre n’aura plus d’assise
et l’on ne naviguera plus sur la mer,
on ne connaîtra plus les étoiles au ciel.

Toute voix sainte ou parole de Dieu,
on sera  forcé de s’en taire,
et l’air sera malade.

Telle est la vieillesse du monde :
athéisme et déshonneur,
dédain de toute parole de bien
 !

2° Rétablissement de l’ordre

Renaissance du monde

Quand cela se produit, ô Asclépius, alors le Seigneur, Père et Dieu, Démiurge du Premier Dieu unique, commence par observer ce qui est arrivé.
Puis, dressant contre les désordre, son conseil qui est le bien, il extirpe l’erreur et retranche la malice : tantôt il la consume dans un feu violent, et tantôt, il l’écrase sous les guerres et les pestilences, jusqu’à ramener
et rétablir son univers à l’état ancien, de sorte qu’il paraisse à nouveau digne d’adoration et d’émerveillement et que Dieu lui-même soit glorifié comme Créateur de cette œuvre.

Telle est donc la naissance du  monde :
le rétablissement de  la nature
des choses saintes et bonnes,
qui se produira par l’effet
du mouvement circulaire du temps
qui n’a  jamais eu de commencement.

La volonté divine

Car  la volonté de Dieu n’a pas de commencement, non plus que sa nature, qui est sa volonté. En effet, la nature de Dieu, c’est  la volonté, et sa volonté, c’est le bien.


ASCLÉPIUS - Ô Trismégiste, son conseil, est-ce sa volonté ?
TRISMÉGISTE -Oui, ô Asclépius, puisque sa volonté est dans son conseil.
En effet, ce qu’il a, ce n’est pas dans la déficience qu’il le veut : étant de partout Plénitude, il veut ce qu’il possède en plénitude et c’est tous les biens qu’il possède. Or, l’objet de sa volonté, il le veut, et il a le bien qu’il veut ; donc il a le Tout.
Ainsi, Dieu conçoit sa volonté et le monde, qui est bon, est l’image d’un Dieu bon.

Hiérarchie des dieux

ASCLÉPIUS -Ô Trismégiste, est-ce que le monde est bon ?
TRISMÉGISTE -Ô Asclépius, il est bon, comme je vais te l’enseigner.
De même, en effet, que pour tous les genres et individus qui sont au monde, tous ces bienfaits, l’intellect, l’âme et la vie proviennent de Dieu, de même le Soleil dispense les biens dans la matière : les changements de l’atmosphère, et la beauté de la maturation des fruits et tout ce qu’il y a de semblable.
C’est pourquoi  Dieu règne au-dessus de la cime du ciel : il est partout et regarde partout. Mais, au lieu qui est sien, il n’y a ni ciel ni étoiles ; il est bien éloigné des corps !
Quant au Démiurge,  il domine le lieu qui est entre la terre et le ciel. C’est lui qu’on appelle Zeus, c’est-à-dire  la Vie.
Et Zeus-Ploutonios, c’est lui qui est Seigneur sur la terre et la mer. Mais il ne détient pas la nourriture de tous les vivants mortels, car c’est Korè qui porte  les moissons.
Ces puissances, en tout temps, exercent leur pouvoir tout autour de la terre ; celles des autres dieux, en tout temps, sur tout ce qui existe.

Retour des dieux tutélaires

Mais ils se retireront de là-bas,
les Seigneurs de la terre,
et ils s’établiront dans une ville
située à l’extrémité de l’Égypte,
que l’on construira du côté du soleil couchant :
tous les hommes y entreront
soit ceux qui arriveront par mer,
soit ceux qui arriveront par la terre ferme !

ASCLÉPIUS  -Ô Trismégiste, pour l’instant, ces dieux-là, où seront-ils établis ?
TRISMÉGISTE Ô Asclépius, dans la grande ville qui est sur la montagne de Libye. Mais en voilà assez sur cette question.

III. l’au-delà et le jugement des Âmes

 

Ne pas craindre la mort

Il nous faut maintenant parler de la mort, car la mort effraie la foule comme le plus grand mal, par  ignorance de la réalité.
En fait, la mort survient comme le détachement des souffrances du corps, et une fois accompli le nombre d’années imparti aux jointures du corps. Le nombre est en effet la jointure du corps, et le corps meurt quand il ne peut plus soutenir l’être humain.
Voici donc ce qu’est la mort : dissolution du corps et suppression de la sensibilité corporelle. Il ne faut craindre ni l’une ni l’autre, mais bien plutôt ceci, que l’on ignore par incrédulité.

Le jugement

ASCLÉPIUS -Qu’est-ce donc, ô Trismégiste, que l’on ignore et qui laisse incrédule ?
TRISMÉGISTE -Écoute, ô Asclépius !
Il y a un Grand Démon que le Grand Dieu a préposé comme inspecteur ou juge des âmes humaines. Or, Dieu l’a installé au milieu de l’air, entre la terre et le ciel. Quand donc l’âme sortira du corps, inéluctablement, elle rencontrera ce Démon.
Alors, il fera rebrousser chemin à cet homme, l’examinant sur la façon dont il aura agi durant sa vie : et, s’il trouve qu’il a accompli avec piété toutes les œuvres en vue desquelles il est venu au monde, cet homme-là, il le placera
dans la région qui lui sied. Mais s’il voit, qu’un tel homme a passé sa vie dans les œuvres mauvaises,  il l’attrape au moment où il prend son essor vers les hauteurs, et il le précipite vers le bas, en sorte que le voilà suspendu dans le ciel inférieur, où on lui inflige un grand  châtiment ;

L’enfer aérien

Or, cet homme-là sera privé de son espérance, demeurant en grande affliction : et cette âme-là n’a pu trouver assiette ni sur terre, ni dans le ciel, mais elle a abouti dans la mer aérienne, là où il y a un grand feu, avec de l’eau glacée, ainsi que des traînées de flammes et un grand tourment, où les corps se voient supplicier, jamais semblablement entre eux : tantôt ils sont précipités dans des eaux courantes, tantôt ils sont jetés au fond du feu, qui doit les anéantir.
Toutefois, je ne dirai pas que c’est là la mort de l’âme – car voilà qu’elle serait délivrée du mal – mais c’est là une sentence de mort.
Ô Asclépius, il faut croire à ces peines, et tu dois bien les redouter, de crainte que nous n’y tombions. Car, pour les incrédules, ils sont impies et ils pèchent. Mais après, ils seront contraints d’y croire. En effet, il n’y aura plus seulement des discours à entendre, mais ils subiront la réalité  même : aussi bien, ils ne croyaient pas qu‘ils endureraient cela !

Équité des sentences

ASCLÉPIUS -N’est-ce pas seulement la loi humaine qui punit les péchés des hommes, ô Trismégiste ?


TRISMÉGISTE -Tout d’abord, ô Asclépius, tout ce qui est terrestre est mortel et corps ... qui sont mauvais. Toute forme qui est bonne auprès des gens de cette sorte.
Car les choses de ces lieux-ci, ne ressemblent pas à celles de là-bas. Comme les génies [  ]  les hommes, méprisent [  ] de là-bas n’est pas de même espèce. Mais, en réalité, les dieux de ce lieu-là puniront spécialement le coupable qui est resté caché ici-bas, lui infligeant chaque jour un rude châtiment.


ASCLÉPIUS -O Trismégiste, de quelle nature est  l’impiété la plus grande ?
TRISMÉGISTE -Ne penses-tu donc pas, ô Asclépius, que si quelqu’un vole un objet dans un temple, il se comporte en impie, – car c’est un brigand que l’homme de cette espèce, et un voleur – et de cette affaire-là, dieux et hommes en sont affligés ?
Mais les choses d’ici-bas et celles de l’autre lieu, ne les compare pas entre elles !

Supplice des âmes perverses

Or, je veux te tenir ce propos comme un mystère, car il ne recevra absolument aucun crédit : les âmes qui sont entièrement remplies de méchanceté ne seront pas admises à circuler dans l’air, mais seront établies dans les lieux relevant des démons qui ont abondance de supplices. En tout temps ils sont pleins de sang et de meurtre et leur nourriture, c’est les larmes, le deuil et le sanglot !


ASCLÉPIUS -Ô Trismégiste, qui sont-ils ?
TRISMÉGISTE -Ô Asclépius, ceux qu’on appelle les « Étrangleurs » et ceux qui roulent les âmes du haut des collines vers le bas, et ceux qui leur donnent le fouet, qui les jettent à l’eau, qui les jettent au feu, et qui travaillent aux tourments des  hommes et à leur malheur.
Car ces maux-là ne sont pas conçus d’une âme divine, ni d’une âme raisonnable et humaine, mais ils sortent du plus mauvais de la malice.

La piété, unique sauvegarde

Or, il n’y a qu’une seule sauvegarde, et qui est de soi nécessaire, c’est la piété ; car sur l’homme pieux, saint et vénérable, ni mauvais génie, ni Fatalité ne sauraient jamais dominer ou avoir prise ! Dieu, en effet, protège de tout mal l’homme qui est ainsi véritablement pieux. Le seul et unique bien parmi les hommes, c’est la piété.

Sources : Bibliothèque de Nag Hammadi

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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 12:47

 

 

Moyens de connaître l’avenir par les songes

par Henri Delaage

Texte extrait du Monde prophétique ou moyens de connaître l’avenir, (1853)

« Le songe est la vision d’une âme qui veille dans un corps endormi »

 

C’est une croyance commune de tous les peuples, et, de plus, une vérité primordiale que nous allons entreprendre de rendre visible dans ce chapitre, aux yeux de l’intelligence en lui prouvant victorieusement que, dans le silence des sens endormis, le réveil de l’âme se manifeste par un acte miraculeux de vision que l’on nomme songe. L’avenir est caché, Dieu seul le connaît ; néanmoins l’âme, dégagée par un sommeil bienfaisant de la servitude du corps, déchiffre quelquefois d’une manière pénible quelques lignes du livre de l’avenir.

La lumière, il est vrai, qui éclaire l’âme pendant le sommeil est trop fugitive, pas assez nette ni assez brillante pour qu’elle puisse saisir dans l’ensemble de leurs détails les événements futurs ; ensuite elle n’est pas assez dégagée des sens et de leur domination aveugle pour qu’elle ne participe pas en quelque chose à ce phénomène de vision surnaturelle. C’est pour cette raison que les songes présentent l’avenir d’une manière symbolique, car le songe ne peut le saisir qu’à travers le voile d’une révélation qui le lui montre en le recouvrant d’une allégorie propre à impressionner les sens et à graver son image sur les tables de la mémoire.

Nous croyons nécessaire de signaler une confusion déplorable parmi les hommes d’un esprit superficiel qui leur fait employer le mot rêve dans le même sens que le mot songe. La différence entre ces deux phénomènes du sommeil a cependant l’immensité qui existe entre le ciel et la terre, le fini et l’infini. Le songe est une vision de notre âme débarrassée, par l’assoupissement des sens et le sommeil des organes matériels, de l’empire exercé durant l’état de veille par le corps sur elle ; le rêve, au contraire, n’est qu’un travail incohérent du cerveau qui n’est pas guidé par la raison. Aussi, tandis que les songeurs ont été vénérés par tous les peuples comme des prédestinés et des interprètes de la Divinité, les rêveurs, au contraire, ont toujours été considérés comme des infortunés dont le cerveau, dérangé dans son invisible mécanisme, ne pouvait plus penser. En un mot, le titre de songeur est sublime, celui de rêveur est ridicule.

Les rêves étant presque toujours déterminés par la concentration de l’esprit de vie, source de la pensée, sur une faculté, on peut en tirer cette conclusion que le cerveau continue, dans le sommeil, le travail commencé dans l’état de veille, et le poursuit avec la divagation effrénée d’un coursier qui a cessé d’être guidé par la sage main de la raison qui sommeille en ce moment.

Les songes ont eu, dans la plus haute antiquité, un crédit si considérable, qu’ils servaient de motif aux plus importantes déterminations, et, dans leur croyance, songer était synonyme de converser avec Dieu. Cependant, les anciens étaient loin de considérer tous les songes comme célestes. Ainsi, Platon fait dire à Socrate : « Ecoute le songe que j’ai eu afin de décider s’il a passé par la porte de corne ou par celle d’ivoire, c’est-à-dire s’il est vrai ou faux ».

Pour tout esprit intuitif l’erreur n’a pas la même apparence que la vérité, et il est impossible de confondre les fantaisies chimériques de l’imagination avec une vision de l’âme. C’est pour cela que saint Augustin rapporte que sa sainte mère discernait aisément, dans les songes qu’elle avait, les révélations qui lui venaient de Dieu d’avec les suggestions de son imagination. Le peuple grec croyait aux songes, mais il n’y croyait pas en aveugle, il y croyait en peuple éclairé de la lumière de la vérité, comme nous le voyons dans ce passage si remarquable de Xénophon où il dit : « Rien ne ressemble plus à la mort que le sommeil : c’est alors que l’âme se montre toute divine, et qu’elle voit les choses futures comme si elle était entièrement libre ». Et Platon, que les siècles ont nommé le Divin, et que nous nommerons en changeant une lettre, le Devin, a proclamé que « la fureur de l’inspiration divine l’emportait sur la sagesse des hommes ».

Chaque jour nous rencontrons des femmes qui nous disent : « Dieu m’envoie en songe l’avertissement de tout ce qui doit m’arriver ». Au lieu de regarder ces femmes comme des esprits faibles et superstitieux, nous les regardons comme des êtres chéris de la Divinité, qui daigne converser avec leur âme réveillée par le sommeil des sens.

Ce qui a répandu la croyance que Dieu dévoilait les événements futurs à l’âme pendant le sommeil du corps, ce sont les nombreux passages de la Bible, livre qui se trouve dans toutes les mains, et dont les opinions passent généralement pour les oracles de la divine vérité. Nous avouons qu’il est difficile de ne pas y croire après ces paroles du livre de Job : «Dieu parle pendant les songes et dans les visions de la nuit. Lorsque les hommes sont accablés de sommeil et qu’ils dorment dans leur lit, c’est alors que Dieu leur ouvre l’oreille, qu’il les avertit et les instruit de ce qu’ils doivent savoir. » Et ces mots du livre de Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards seront instruits par des songes et vos jeunes gens auront des visions ».

Fils du dix-neuvième siècle, nous avons dans notre enfance sucé le lait de la sagesse dans les saintes Écritures ; ce fait est devenu la chair de nos os, le sang de nos veines : l’inspiration qui dégage l’âme du corps endormi ou simplement engourdi est donc trop inhérente à notre nature pour la réfréner, aussi, nous arrive-t-il souvent, semblables au coursier de race, qui mord rageusement son frein et frappe la terre d’un pied fringant, impatient qu’il est de s’élancer bondissant à travers la campagne, de sentir l’esprit se saisir de nous, et nous emporter dans les régions inconnues du monde surnaturel. C’est une suprême béatitude d’aller ainsi chercher la vérité au-delà des sphères créées sur l’aile de l’inspiration : c’est une prédestination divine.

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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 15:39

 

 

La conscience cosmique


par Ralph Maxwell Lewis

Extrait du chap. XXII du Sanctuaire intérieur

 


L'état mystique normal est celui dans lequel un homme ressent l'impulsion, la stimulation et la détermination pour fortifier son caractère, suivre la voie de la droiture et développer les vertus couramment admises. De tels états de conscience mystique sont encouragés par la société. La civilisation et la société en général ont besoin de toutes les religions et de tous les systèmes philosophiques qui conduisent l'homme à vivre plus près de Dieu ou du Dieu qu'il conçoit, qui fortifient son caractère et l'amènent à suivre ce qui, selon lui, procède des aspects spirituels de son être intérieur.

L'une de ces expériences mystiques véritables est celle de l'inspiration, cette illumination soudaine et complète de l'homme qui surgit intuitivement plutôt que par les procédés laborieux de la raison ou de l’étude. Cependant, toute inspiration, résultat de l’état de conscience extatique ou mystique, n’est pas un influx soudain de connaissance ou de vérité nouvelle, ou une révélation de faits et de circonstances. Fréquemment, l'inspiration est une consécration, le stimulant qui pousse à consacrer sa vie à un certain idéal, à être loyal, véridique, ou à atteindre un noble but. Il existe certains tests pour déterminer les expériences mystiques véritables. Disons ici que les expériences mystiques n’échappent pas aux tests auxquels toute autre expérience éprouvée par un observateur rationnel serait soumise. C'est une sérieuse erreur que de croire que l'incohérence et l'obscurité sont des signes de Conscience Mystique, car l'expérience mystique doit être cohérente ; elle doit être rationnelle et compréhensible.

Quatre critères permettent de déterminer si on a vécu ou non une expérience mystique et si l'on a véritablement atteint l’état de Conscience Cosmique. Les mystiques et beaucoup de psychologues éminents sont d'accord sur ces quatre points.

Le premier est connu sous le nom d'ineffabilité. Le mystique découvre, lorsqu'il revient à son état normal de conscience, qu'il est incapable d'exprimer par des mots ce qu'il a éprouvé et qu'il ne peut expliquer aisément son expérience à une personne qui n'a pas connu d'expériences semblables. La conscience mystique, en effet, est plus un phénomène de sensation et d'émotion qu'une expérience intellectuelle. Nous savons tous combien il est difficile de décrire fidèlement la valeur ou le développement de certains sentiments que nous avons éprouvés. L'oreille du musicien peut déceler des sons délicats qu'il est seul à pouvoir percevoir et apprécier. Il ne peut faire comprendre ou ressentir sa perception aux autres, à moins qu'ils n'aient une oreille semblable à la sienne. Le grand artiste peut discerner certaines symétries de formes et certaines nuances de couleurs qui échappent à l'oeil de l'individu moyen, mais il ne peut les faire percevoir.

Le deuxième critère est connu sous le nom de qualité intellectuelle. Le mystique comprend que ce qui lui est transmis vient d'une Intelligence Suprême ou Supérieure, que c'est une connaissance ou une sagesse qui transcende tout ce qu'un être humain pourrait lui communiquer oralement ou par écrit. De plus, il fait l'expérience de l'aperception, c'est-à-dire d'une compréhension complète, d'une illumination. Il ne s'agit pas simplement de la réception de certaines sensations ou impressions, mais d'une compréhension complète et totale. L'homme découvre la nature de Dieu et les profondeurs de l’âme. De plus, la connaissance acquise fait toujours autorité. Ce que l'on éprouve n'est jamais obscurci ou amoindri par aucune question ni aucun doute quant à son authenticité. Il existe toujours une conviction intérieure.

Le troisième critère est connu sous le nom de nature passagère et concerne la durée de l’état de Conscience Cosmique. D'après les témoignages, on s'accorde généralement à dire que cet état ne peut pas durer plus d'une demi-heure à une heure. De plus, celui qui en fait l'expérience n'a qu'un souvenir imparfait des détails de cet état. Il conserve une appréciation complète du résultat de l'expérience, de l’état dans son ensemble, mais il ne peut se rappeler objectivement tous les détails qui y ont contribué. Nous pouvons comparer cela à une boisson absorbée par une personne assoiffée. Quand sa soif est étanchée, elle éprouve une grande satisfaction. Il lui serait pourtant extrêmement difficile de décrire cette boisson. Les termes fraîcheur et humidité ne suffisent pas pour exprimer en détail la satisfaction éprouvée. En outre, chaque fois que l'état de conscience mystique revient, cela se traduit toujours par un progrès. Autrement dit, chaque expérience commence là où la dernière s'est arrêtée. Il n'y a pas d'intervalles inexpliqués ; le développement est toujours progressif. Tout se passe comme si l'on regardait un film, et que, soudain, on coupait la lumière. Les images disparaîtraient alors. Des minutes, des heures ou des jours plus tard peut-être, si la lumière était remise, les impressions visuelles sur l'écran reprendraient exactement à l'endroit où l'histoire s'était arrêtée. Rien ne resterait inachevé ou inexpliqué. On ne retourne jamais en arrière, et il n'y a pas de régression dans l'état de Conscience Cosmique.

Le quatrième critère, dans le test et la détermination de ce qui constitue l'expérience mystique de la Conscience Cosmique, est la passivité. Indépendamment du moyen employé pour provoquer l’état de conscience mystique, qu'il s'agisse d'une concentration sur quelque idée, mot ou lieu ou de l'effet produit par quelque exercice physique, une fois que cet état de conscience est atteint, l'individu se sent en présence d'une Puissance supérieure, d'une omniscience. Un sentiment d'humilité l'envahit. L'ego, la vanité, l'arrogance, l'individualité, tout cela se détache de lui, et son âme se dresse dans sa pure nudité devant l'autorité suprême. Il n'y a aucune inclination à vouloir, à exiger, à commander. On aspire simplement à être réceptif, à recevoir une révélation, tel un spectateur, avec une grande espérance, mais toujours avec humilité.

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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 18:46

 

Un article pour la "jeunesse"... qu'elle apprenne la Jeunesse ! Qu'elle trouve le sens caché des choses et qu'elle comprenne. Qu'elle comprenne que l'humain n'est pas fait pour vivre en servitude. Pour vivre asservi par les religions et les idéologies. Et c'est parce qu'Adam et Eve avaient désobéi au Dieu Cerbère régnant sur le Jardin d'Eden qu'ils ont été virés. Jetés  au dehors du Jardin comme des malpropres avec juste un pagne pour les couvrir. C'est peu, direz-vous... mais ils n'avaient pas que ça, en fait. Ils possédaient aussi de grands pouvoirs dont il n'est pas parlé dans la Torah. Souvenez-vous, en Eden, ils possédaient déjà le pouvoir de parler et de s'approcher des animaux, même de ce que l'on nomme aujourd'hui "les plus féroces...". Ils possédaient aussi le pouvoir de faire tomber le feu du ciel. Science que connaissaient les Egyptiens et par là même les Lévites... il en est question ICI...

Zoroastre possédait ce pouvoir. Car du Connaissant en Eden à Ieschoua assassiné il y a deux mille ans, c'est toujours la même Grande Âme Universelle qui s'incarne pour porter son message de Libération aux hommes... Zoroastre, Hermès, Osiris et tant d'autres...

 

 

 

    

MAGIE DES MAGES

par Eliphas Levi

Chapitre II de "Histoire de la Magie"

 

       Sommaire du chapitre - Mystères de Zoroastre ou magie des mages.--La science du feu. - Symboles et enchantements des Perses et des Assyriens. - Les mystères de Ninive et de Babylone. - Domaine de la foudre. - Art de charmer les animaux. - Le bûcher de Sardanapale. 

 

       Zoroastre est très probablement un nom symbolique, comme celui de Thot ou d'Hermès. Eudoxe et Aristote le font vivre six mille ans avant la naissance de Platon; d'autres, au contraire, le font naître cinq cents ans avant la guerre de Troie. Les uns en font un roi de la Bactriane, les autres affirment l'existence de deux ou de trois Zoroastres différents. Eudoxe et Aristote seuls nous semblent avoir compris le personnage magique de Zoroastre en mettant l'âge kabbalistique d'un monde entre l'éclosion de son dogme et le règne théurgique de la philosophie de Platon. Il y a, en effet, deux Zoroastres, c'est-à-dire, deux révélateurs, l'un fils d'Oromase et père d'un renseignement lumineux, l'autre fils d'Arimane et auteur d'une divulgation profane; Zoroastre est le Verbe incarné des Chaldéens, des Mèdes et des Perses. Sa légende semble une prédiction de celle du Christ, et il a dû avoir aussi son antéchrist, suivant la loi magique de l'équilibre universel. 

       C'est au faux Zoroastre qu'il faut attribuer le culte du feu matériel et le dogme impie du dualisme divin qui a produit plus tard la gnose monstrueuse de Manès, et les principes erronés de  la fausse maçonnerie. Le faux Zoroastre est le père de cette magie matérialiste qui a causé le massacre des mages, et fait tomber le vrai magisme sous la proscription et dans l'oubli. L'Église, toujours inspirée par l'esprit de vérité, a dû proscrire sous les noms de magie de manichéisme, d'illuminisme et de  maçonnerie, tout ce qui se rattachait de près ou de loin à cette profanation primitive des mystères.

       L'histoire jusqu'à présent incomprise des templiers, en est un exemple éclatant. 

       Les dogmes du vrai Zoroastre sont les mêmes que ceux de la pure kabbale, et ses idées sur la divinité sont les mêmes que celles des Pères de l'Église. Les noms seuls diffèrent: ainsi il nomme triade ce que nous appelons trinité, et dans chaque nombre de la triade, il retrouve le ternaire tout entier. C'est ce que nos théologiens appellent la circum-insession des personnes divines. Zoroastre renferme dans cette multiplication de la triade par elle-même la raison absolue du nombre neuf et la clef universelle de tous les nombres et de toutes les formes. Ce que nous appelons les trois personnes divines, Zoroastre le nomme les trois profondeurs. La profondeur première ou paternelle est la source de la foi; la seconde ou celle du Verbe est la source de la vérité; la troisième ou l'action créatrice est la source d'amour. On peut consulter, pour se convaincre de ce que nous avançons ici, l'exposition de Psellus sur les dogmes des anciens Assyriens, dans la Magie philosophique de François Patricius, page 2, édition de Hambourg, 1593. 

       Sur cette échelle de neuf degrés, Zoroastre établit la hiérarchie céleste et toutes les harmonies de la nature. Il compte par trois toutes les choses qui émanent de l'idée, par quatre tout ce qui se rattache à la forme, ce qui lui donne le nombre sept pour type de la création. Ici finit l'initiation première, et commencent les hypothèses de l'école; les nombres se personnifient, les idées prennent des emblèmes qui plus tard deviendront des idoles. Voici venir les Synochées, les Télétarques et les Pères, serviteurs de la triple Hécate, puis les trois Amilictes, et les trois visages d'Hypézocos; puis les anges, puis les démons, puis les âmes humaines. Les astres sont les images et les reflets des splendeurs intellectuelles, et notre soleil est l'emblème d'un soleil de vérité, ombre lui-même de cette source première d'où jaillissent toutes les splendeurs. C'est pour cela que les disciples de Zoroastre saluaient le lever du jour, et passaient parmi les barbares pour des adorateurs du soleil. 

       Tels étaient les dogmes des mages, mais ils possédaient, en outre, des secrets qui les rendaient maîtres des puissances occultes de la nature. Ces secrets, dont l'ensemble pourrait s'appeler une pyrotechnie transcendentale, se rattachaient tous à la science profonde et au gouvernement du feu. Il est certain que les mages connaissaient l'électricité, et avaient des moyens de la produire et de la diriger qui nous sont encore inconnus. 

       Numa, qui étudia leurs rites et fut initié à leurs mystères, possédait, au dire de Lucius Pison, l'art de former et de diriger la foudre. Ce secret sacerdotal dont l'initiateur romain voulait faire l'apanage des souverains de Rome, fut perdu par Tullus Hostilius qui dirigea mal la décharge électrique et fut foudroyé. Pline rapporte ces faits comme une ancienne tradition  étrusque, et raconte que Numa se servit avec succès de sa batterie foudroyante contre un monstre nommé Volta, qui désolait les campagnes de Rome. Ne croirait-on pas, en lisant cette révélation, que notre physicien Volta est un mythe, et que le nom des piles voltaïques remonte au siècle de Numa ? 

       Tous les symboles assyriens se rapportent à cette science du feu qui était le grand arcane des mages; partout nous retrouvons l'enchanteur qui perce le lion et qui manie les serpents. Le lion c'est le feu céleste, les serpents sont les courants électriques et magnétiques de la terre. C'est à ce grand secret des mages qu'il faut rapporter toutes les merveilles de la magie hermétique, dont les traditions disent encore que le secret du grand oeuvre consiste dans le gouvernement du feu

       Le savant François Patricius a publié, dans sa Magie philosophique, les oracles de Zoroastre recueillis dans les livres des platoniciens, dans la théurgie de Proclus, dans les commentaires sur Parménide, dans les commentaires d'Hermias sur Phèdre, dans les notes d'Olympiodore sur le Philèbe et le Phédon. Ces oracles sont d'abord la formule nette et précise du dogme que nous venons d'exposer, puis viennent les prescriptions du rituel magique, et voici en quels termes elles sont exprimées: 

                          LES DÉMONS ET LES SACRIFICES.

 

       «La nature nous enseigne par induction qu'il existe des démons incorporels, et que les germes du mal qui existent dans la matière, tournent au bien et à l'utilité commune.  

       »Mais ce sont là des mystères qu'il faut ensevelir dans les  replis les plus impénétrables de la pensée.  

       »Le feu toujours agité et bondissant dans l'atmosphère peut prendre une configuration semblable à celle des corps. 

       »Disons mieux, affirmons l'existence d'un feu plein d'images et d'échos. 

       »Appelons, si vous le voulez, ce feu une lumière surabondante qui rayonne, qui parle, qui s'enroule. 

       »C'est le coursier fulgurant de la lumière, ou plutôt c'est l'enfant aux larges épaules qui dompte et soumet le coursier céleste. 

       »Qu'on l'habille de flamme et d'or ou qu'on le représente nu comme l'Amour en lui donnant aussi des flèches. 

       »Mais si ta méditation se prolonge, tu réuniras tous ces emblèmes sous la figure du lion; 

       »Alors qu'on ne voit plus rien ni de la voûte des cieux ni de la masse de l'univers. 

       »Les astres ont cessé de briller, et la lampe de la lune est  voilée. 

       »La terre tremble et tout s'environne d'éclairs. 

       »Alors n'appelle pas le simulacre visible de l'âme de la nature. 

       »Car tu ne dois point le voir avant que ton corps ne soit purifié par les saintes épreuves. 

       »Amollissant les âmes et les entraînant toujours loin des travaux sacrés, les chiens terrestres sortent alors de ces limbes ou finit la matière, et montrent aux regards mortels des apparences de corps toujours trompeuses. 

       »Travaille autour des cercles décrits par le rhombus d'Hécate. 

       »Ne change rien aux noms barbares de l'évocation: car ce sont les noms panthéistiques de Dieu; ils sont aimantés des adorations d'une multitude et leur puissance est ineffable. 

       »Et lorsque après tous les fantômes, tu verras briller ce feu incorporel, ce feu sacré dont les flèches traversent à la fois toutes les profondeurs du monde; 

       »Écoute ce qu'il te dira !» 

       Cette page étonnante que nous traduisons en entier du latin de Patricius, contient tous les secrets du magnétisme avec des profondeurs que n'ont jamais soupçonnées les Du Potet et les Mesmer. 

       Nous y voyons:

       1° d'abord la lumière astrale parfaitement décrite avec sa force configurative et sa puissance pour refléter le verbe et répercuter la voix; 

       2° La volonté de l'adepte figurée par l'enfant aux larges épaules monté sur le cheval blanc; hiéroglyphe que nous avons retrouvé sur un ancien tarot de la Bibliothèque impériale; 

       3° Le danger d'hallucinations dans les opérations magiques mal dirigées; 

       4° L'instrument magnétique qui est le rhombus, espèce de jouet d'enfant en bois creux qui tourne sur lui-même avec un ronflement toujours croissant; 

       5° La raison des enchantements par les paroles et les noms barbares

       6° La fin de l'oeuvre magique, qui est l'apaisement de l'imagination et des sens, l'état de somnambulisme complet et la parfaite lucidité. 

       Il résulte de cette révélation de l'ancien monde, que l'extase lucide est une application volontaire et immédiate de l'âme au feu universel, ou plutôt à cette lumière pleine d'images qui rayonne, qui parle et qui s'enroule autour de tous les objets et de tous les globes de l'univers. 

       Application qui s'opère par la persistance d'une volonté dégagée des sens et affermie par une série d'épreuves. 

       C'était là le commencement de l'initiation magique. L'adepte, parvenu à la lecture immédiate dans la lumière, devenait voyant ou prophète; puis, ayant mis sa volonté en communication avec cette lumière, il apprenait à la diriger comme on dirige la pointe d'une flèche; il envoyait à son gré le trouble ou la paix dans les âmes, communiquait à distance avec les autres adeptes, s'emparait enfin de cette force représentée par le lion céleste. 

       C'est ce que signifient ces grandes figures assyriennes qui tiennent sous leurs bras des lions domptés. 

       C'est la lumière astrale qui est représentée par ces gigantesques sphinx, ayant des corps de lions et des têtes de mages

       La lumière astrale, devenue l'instrument de la puissante magique, est le glaive d'or de Mithra qui immole le taureau sacré. 

       C'est la flèche de Phoebus qui perce le serpent Python.  Reconstruisons maintenant en esprit ces grandes métropoles de l'Assyrie, Babylone et Ninive, remettons à leur place ces colosses de granit, rebâtissons ces temples massifs, portés par des éléphants ou par des sphinx, relevons ces obélisques au-dessus desquels planent des dragons aux yeux étincelants et aux ailes étendues. 

        Le temple et le palais dominent ces entassements de merveilles; là se tiennent cachées en se révélant sans cesse par des miracles les deux divinités visibles de la terre, le sacerdoce et la royauté. Le temple, au gré des prêtres, s'entoure de nuages ou brille de clartés surhumaines; les ténèbres se font parfois pendant le jour, parfois aussi la nuit s'illumine; les lampes du temple s'allument d'elles-mêmes, les dieux rayonnent, on entend gronder la foudre, et malheur à l'impie qui aurait attiré sur sa tête la  malédiction des initiés! Le temple protége le palais, et les serviteurs du roi combattent pour la religion des mages; le roi est sacré, c'est le dieu de la terre, on se prosterne lorsqu'il passe, et l'insensé qui oserait sans ordre franchir le seuil de son palais, serait immédiatement frappé de mort ! 

       Frappé de mort sans massue et sans glaive, frappé par une main invisible, tué par la foudre, terrassé par le feu du ciel! Quelle religion et quelle puissance! quelles grandes ombres que celles de Nemrod, de Bélus et de Sémiramis! Que pouvaient donc être avant les cités presque fabuleuses, où ces immenses royautés trônèrent autrefois, les capitales de ces géants, de ces magiciens, que les traditions confondent avec les anges et nomment encore les fils de Dieu et les princes du ciel ! Quels mystères dorment dans les tombeaux des nations; et ne sommes-nous pas des enfants lorsque, sans prendre la peine d'évoquer ces effrayants souvenirs, nous nous applaudissons de nos lumières et de nos progrès ! 

       Dans son  livre sur la magie, M. Du Potet avance, avec une certaine crainte, qu'on peut, par une puissante émission de fluide magnétique, foudroyer un être vivant. 1

       La puissance magique s'étend plus loin, mais il ne s'agit pas  seulement du prétendu fluide magnétique. C'est la lumière astrale tout entière, c'est l'élément de l'électricité et de la foudre, qui peut être mise au service de la volonté humaine; et que faut-il faire pour acquérir cette formidable puissance ? Zoroastre vient de nous le le dire: il faut connaître ces lois mystérieuses de l'équilibre qui asservissent à l'empire du bien les puissances mêmes du mal; il faut avoir purifié son corps par les saintes épreuves, lutté contre les fantômes de l'hallucination et saisi corps à corps la lumière, comme Jacob dans sa lutte avec l'ange ; il faut avoir dompté ces chiens fantastiques qui aboient dans les rêves; il faut, en un mot, pour nous servir de l'expression si énergique de l'oracle, avoir entendu parler la lumière. Alors on est maître, alors on peut la diriger, comme Numa, contre les ennemis des saints mystères; mais si l'on n'est pas parfaitement pur, si la domination de quelque passion animale vous soumet encore aux fatalités des tempêtes de la vie, on se brûle aux feux qu'on allume, on est la proie du serpent qu'on déchaîne, et l'on périra foudroyé comme Tullus Hostilius. 

       Il n'est pas conforme aux lois de la nature que l'homme puisse être dévoré par les bêtes sauvages. Dieu l'a armé de puissance pour leur résister ; il peut les fasciner du regard, les gourmander avec la voix, les arrêter d'un signe,. et nous voyons, en effet, que les animaux les plus féroces redoutent la fixité du regard de l'homme, et semblent tressaillir à sa voix.  Les projections de la lumière astrale les paralysent et les frappent de crainte. Lorsque Daniel fut accusé de fausse magie et d'imposture, le roi de Babylone le soumit, ainsi que ses accusateurs, à l'épreuve des lions. Les animaux n'attaquent jamais que ceux qui les craignent ou ceux dont eux-mêmes ils ont peur. Un homme intrépide et désarmé ferait certainement reculer un tigre par le magnétisme de son regard. 

       Les mages se servaient de cet empire, et les souverains de l'Assyrie avaient dans leurs jardins des tigres soumis, des léopards dociles et des lions apprivoisés. On en nourrissait d'autres dans les souterrains des temples pour servir aux épreuves de l'initiation. Les bas-reliefs symboliques en font foi; ce ne sont que luttes d'hommes et d'animaux, et toujours on voit l'adepte couvert du vêtement sacerdotal les dominer du regard et les arrêter d'un geste de la main. Plusieurs de ces représentations sont symboliques sans doute, quand les animaux reproduisent quelques-unes des formes du sphinx; mais il en est d'autres où l'animal est représenté au naturel et où le combat semble être la théorie d'un véritable enchantement. 

       La magie est une science dont on ne peut abuser sans la perdre et sans se perdre soi-même. Les souverains et les prêtres du monde assyrien étaient trop grands pour ne pas être exposés à se briser si jamais ils tombaient; ils devinrent orgueilleux et ils tombèrent. La grande époque magique de la Chaldée est antérieure aux règnes de Sémiramis et de Ninus. A cette époque déjà la religion se matérialise et l'idolâtrie commence à triompher. Le culte d'Astarté succède à celui de la Vénus céleste, la royauté se fait adorer sous les noms de Baal et de Bel ou Bélus. Sémiramis abaisse la religion au-dessous de la politique et des conquêtes, et remplace les vieux temples mystérieux par de fastueux et indiscrets monuments; l'idée magique toutefois domine encore les sciences et les arts, et imprime aux merveilleuses constructions de cette époque un caractère inimitable de force et de grandeur. Le palais de Sémiramis était une synthèse bâtie et sculptée de tout le dogme de Zoroastre. Nous en reparlerons lorsque nous expliquerons le symbolisme de ces sept chefs-d'oeuvre de l'antiquité, qu'on appela les merveilles du monde. 

       Le sacerdoce s'était fait plus petit que l'empire, en voulant matérialiser sa propre puissance; l'empire en tombant devait l'écraser, et ce fut ce qui arriva sous l'efféminé Sardanapale. Ce prince, amoureux de luxe et de mollesse, avait fait de la science des mages une de ses prostituées. A quoi bon la puissance d'opérer des merveilles si elle ne donne pas du plaisir? Enchanteurs, forcez l'hiver à donner des roses; augmentez la saveur du vin; employez votre empire sur la lumière à faire resplendir la beauté des femmes comme celle des divinités! On obéit et le roi s'enivre. Cependant la guerre se déclare, l'ennemi s'avance.... Qu'importe l'ennemi au lâche qui jouit et qui dort? Mais c'est la ruine, c'est l'infamie, c'est la mort !... la mort! Sardanapale ne la craint pas, il croit que c'est un sommeil sans fin; mais il saura bien se soustraire aux travaux et aux affronts de la servitude... La nuit suprême est arrivée; le vainqueur est aux portes, la ville ne peut plus résister; demain c'en est fait du royaume d'Assyrie.... Le palais de Sardanapale s'illumine, et il rayonne de si merveilleuses splendeurs qu'il éclaire toute la ville consternée. Sur des amas d'étoffes précieuses, de pierreries et de vases d'or, le roi fait sa dernière orgie. Ses femmes, ses favoris, ses complices, ses prêtres avilis l'entourent; les clameurs de l'ivresse se mêlent au bruit de mille instruments, les lions apprivoisés rugissent, et une fumée de parfums sortant des souterrains du palais en enveloppe déjà toutes les constructions d'un épais nuage. Des langues de flamme percent déjà les lambris de cèdre... les chants d'ivresse vont faire place aux cris d'épouvante et aux râles de l'agonie.... Mais la magie qui n'a pu, entre les mains de ses adeptes dégradés, conserver l'empire de Ninus, va du moins mêler ses merveilles aux terribles souvenirs de ce gigantesque suicide. Une clarté immense et sinistre telle que n'en avaient jamais vu les nuits de Babylone, semble repousser tout à coup et élargir la voûte du ciel.... Un bruit semblable à celui de tous les tonnerres éclatant ensemble ébranle la terre et secoue la ville, dont les murailles tombent.... La nuit profonde redescend; le palais de Sardanapale n'existe plus, et demain ses vainqueurs ne trouveront plus rien de ses richesses, de son cadavre et de ses plaisirs. 

       Ainsi finit le premier empire d'Assyrie et la civilisation faite par le vrai Zoroastre. Ici finit la magie proprement dite, et commence le règne de la kabbale. Abraham, en sortant de la Chaldée, en a emporté les mystères. Le peuple de Dieu grandit en silence, et nous trouverons bientôt Daniel aux prises avec les misérables enchanteurs de Nabuchodonosor et de Balthazar

    

 1 - Du Potet, La Magie dévoilée, ou Principes de science occulte, 1852, 1 vol. in-4.

2 - Suivant Suldas, Cedrénus et la chronique d'Alexandrie, ce fut Zoroastre lui-même qui, assiégé dans son palais, se fit disparaître tout à coup avec tous ses secrets et toutes ses richesses dans un immense éclat de tonnerre. En ce temps-là, tout roi qui exerçait la puissance divine passait pour une incarnation de Zoroastre, et Sardanapale se fit une apothéose de son bûcher.

 

 Posté par Adriana Evangelizt

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans HERMETISME
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28 septembre 2006 4 28 /09 /septembre /2006 13:39

L'homme de désir

de Louis Claude de Saint-Martin

Si des éclairs brillants et passagers sillonnent

quelquefois dans nos ténèbres, ils ne font que

nous les rendre plus affreuses, ou nous avilir

davantage, en nous laissant apercevoir

ce que nous avons perdu.

 

1
Les merveilles


      Les merveilles du seigneur semblent jetées sans ordre et sans dessein dans le champ de l'immensité.
      Elles brillent éparses comme ces fleurs innombrables dont le printemps émaille nos prairies.
      Ne cherchons pas un plan plus régulier pour les décrire. Principes des êtres, tous tiennent à toi.
      C'est leur liaison secrète avec toi, qui fait leur valeur, quelle que soit la place et le rang qu'ils occupent.
      J'oserai élever mes regards jusqu'au trône de ta gloire. Mes pensées se vivifieront en considérant ton amour pour les hommes, et la sagesse qui règne dans tes ouvrages.
      Ta parole s'est subdivisée lors de l'origine, comme un torrent qui du haut des montagnes se précipite sur des roches aiguës.
      Je le vois rejaillir en nuages de vapeurs ; et chaque goutte d'eau qu'il envoie dans les airs, réfléchit  à mes yeux la lumière de l'astre du jour.
      Ainsi tous les rayons de ta parole font briller aux yeux du sage ta lumière vivante et sacrée ; il voit ton action produire et animer tout l'univers.
      Objets sublimes de mes cantiques, je serai souvent forcé de détourner ma vue de dessus vous.
      L'homme s'est cru mortel parce qu'il a trouvé quelque chose de mortel en lui ; et même celui qui donne la vie à tous les êtres, l'homme l'a regardé comme n'ayant ni la vie, ni l'existence.
      Et toi, Jérusalem, quels reproches n'ont pas à te faire les prophètes du seigneur !
      Tu as pris ce qui servait à te parer, dit le seigneur, et qui était fait de mon or et de mon argent, que je t'avais donnés ; tu en as formé des images d'hommes auxquelles tu t'es prostituée.
      Cris de la douleur, mêlez-vous à mes chants d'alégresse ; la joie pure n'est plus faite pour le triste séjour de l'homme.
      Des preuves irrésistibles sur les vérités premières, n'ont-elles pas déjà été manifestées aux nations ?
      S'il vous reste des doutes, allez vous purifier dans ces sources. Puis vous reviendrez unir votre voix à la mienne ; et nous célébrerons ensemble les joies de l'homme de désir, qui aura eu le bonheur de pleurer pour la vérité.

2
La Lumière


      Sois bénie, lumière brillante, splendeur visible de la lumière éternelle, d'où ma pensée a reçu l'existence.
      Si ma pensée n'était une de tes étincelles, je n'aurais pas le pouvoir de te contempler.
      Je ne pourrais être saisi d'admiration pour ta grandeur, si tu n'avais semé en moi quelques éléments de ta mesure.
      Hommes célebres, ne dites plus : la lumière d'un flambeau se communique à d'autres flambeaux sans décroître, et c'est ainsi que les esprits sont produits par Dieu.
      Ne déshonorez plus la lumière visible en ne nous parlant que de son mécanisme matériel.
      Le flambeau peint la vie d'entretien, et non pas la loi de génération.
      Ne faut-il pas une substance hors de ce flambeau pour qu'il lui communique la lumière visible ?
      Mais notre Dieu est lui-même la lumière ; il tire de son propre sein la substance lumineuse de l'esprit.
      Tout est complet sortant des mains du principe de tout. Il a voulu que la sensation de la lumière visible tînt à la vie de mon corps.
      Il a voulu que le soleil réveillât dans mes yeux cette sensation de la lumière visible.
      Mais il a voulu réveiller lui-même dans mon âme la sensation de la lumière invisible ; parce que lui-même a puisé dans cette lumière le germe sacré dont l'âme de l'homme est animée.
      Des rameaux ne sortent-ils pas du chandelier vivant, et leur sève n'est-elle pas l'huile sainte qui nourrit en moi la lumière ? N'est-elle pas cette huile qui se consume toujours et ne tarit jamais ?
      Que la vie s'unisse à la vie, et qu'elle régénère en moi la vie qu'elle y a produite.
      Que ma croissance immortelle et divine soit continue comme celle de mon éternelle source.
      C'est en pénétrant dans les êtres que Dieu leur fait sentir leur vie ; ils sont dans la mort dès qu'ils ne sont plus en communion avec lui.
      Vous tous, habitants de la terre, tressaillez de joie, vous pouvez contribuer à la communion universelle.
      Vous pouvez, comme autant de vestales, entretenir le feu sacré, et le faire briller dans toutes les parties de l'univers.
      Pourquoi les sages et les prudents chérissent-ils la lumière ? C'est qu'ils savent que la lumière et l'âme de l'homme sont deux flambeaux qui ne pourront jamais s'éteindre.
      Et toi, agent suprême, pourquoi ne peux-tu cesser de tout pénétrer, de tout voir et de porter partout ta clarté ?
      C'est que l'huile sainte puisée dans ta source est disséminée dans toutes les régions, et que ta lumière trouve partout un aliment qui lui est propre.


3
La nature


      J'ai promené mes regards sur la nature.
      Fleuves, où courez-vous avec tant d'impétuosité ?
      Nous allons aider à combler l'abyme, et ensevelir l'iniquité sous les eaux.
      Nous allons éteindre ces volcants, ces tisons fumants qui sont comme les restes du grand incendie.
      Quand nous aurons accompli cette œuvre, nos sources s'arrêteront.
      Le limon s'amassera dans les gouffres.
      Des plaines fertiles s'élèveront à la place des précipices.
      Les troupeaux paîtront en paix dans les lieux où nageaient les poissons voraces ; et les habitants paisibles vivront heureux au milieu de leurs champs fertiles, là où autrefois les vagues de la mer étaient agitées par des tempêtes.
      L'homme insouciant et inattentif traverse ce monde sans ouvrir les yeux de son esprit.
      Les différentes scènes de la nature se succèdent devant lui sans que son intérêt se réveille, et sans que sa pensée s'agrandisse.
      Il n'était venu dans ce monde que pour embrasser l'univers par son intelligence, et il laisse continuellement engloutir son intelligence par les moindres objets dont il est environné.
      Faut-il que les catastrophes de la nature se renouvellent pour te réveiller de ton assoupissement ? Si tu n'es pas exercé, elles t'effraieraient et elles ne t'instruiraient pas.
      La face de la terre présente les traces de trois lois qui ont dirigé ses révolutions.
      Tous les éléments agités, qui ont mis le globe en convulsion et ont produit les montagnes secondaires et les volcans : voilà le feu et le nombre.
      Les ondulations lentes et successives des vagues qui ont produit les monticules et les vallées : voilà l'eau et la mesure.
      Et la gravité paisible et tranquille qui a produit les plaines : voilà la terre et le poids.
      La vie s'efforce partout de se montrer ; tous les désordres étaient étrangers à la nature.
      L'âme de l'homme annonce partout de la fertilité ; elle annonce partout qu'elle est faite pour la vie.
      Elle a aussi en elles des traces des horribles convulsions qu'elle a souffertes.
      Mais elle peut, comme la flamme des volcans, s'élever au dessus de ces gouffres, et voguer dans les régions pures de l'atmosphère.


4
L'épée et l'amour


      Homme, voudrais-tu affliger ton ami ? Ne voudrais-tu pas renoncer à faire souffrir ton ami ?
      Il souffre cependant, tant que l'homme ne cherche pas à connaître ce que c'est que l'œuvre du seigneur.
      Qui pourrait donc concevoir ce que les prévaricateurs doivent faire souffrir à Dieu, quand ils portent leurs écarts jusqu'à agir contre lui ?
      Non homme, tu ne soutiendrais pas la vue d'un tableau si accablant. Quel autre que Dieu en aurait la force ?
      Aussi il n'y a que lui qui pardonne, et ce n'est que de lui que nous apprenons la charité.
    Fraie chaque jour les sentiers de cette école, si tu veux apprendre ce que c'est que l'œuvre du seigneur.
    Que le maître qui y donne des enseignements, trouve en toi le plus assidu de ses auditeurs. Tes pâtiments intérieurs causés par la charité, peux-tu les croire inutiles à ton ami ?
      Ce n'est pas trop de dire qu'ils te rapprochent de Dieu, qu'ils font plaisir à Dieu, en ce qu'ils t'associent avec lui, et qu'ils te rendent semblable à son amour.
      Voilà l'œuvre ; voilà le premier degré de l'œuvre. Que toutes les nations m'entendent.
      Qu'elles deviennent assez pures pour sentir les pâtiments intérieurs de la charité.
      Je vois deux mots écrits sur cet arbre de vie : épée et amour.
      Par l'épée de la parole je soumettrai tous les ennemis de mon Dieu, je les lierai, et je les empêcherai de faire de la peine à mon Dieu.
      Par l'amour je le supplierai avec zèle de verser en moi un rayon de sa charité ; et de faire que je le soulage en me chargeant de quelques-uns des pâtiments de son amour.
      Ne t'offense pas, ô mon Dieu, de la hauteur de cette idée, c'est toi qui l'as fait naître dans mon cœur ; et elle est si vive que j'y crois voir tracés les plus beaux titres de ma destination primitive.
      Ce sont nos liens terrestres qui voilent pour nous cette antique et divine destination.
      Elle ne peut manquer de se faire connaître naturellement à ceux dont l'âme a la force de soulever ses fers.


5
La mort et la vie


      Vous n'aviez produit aucun être ô sagesse profonde, sans lui donner une mesure de désir et de force pour se conserver.
      Vous aviez fondé tous les êtres sur cette base, parce qu'ils sont tous un reflet de votre puissance, et que vous aimez à vous produire dans toutes vos œuvres.
      Vous aviez donné à l'homme la plus abondante mesure de ce pouvoir.
      Eh ! D'où viendrait cet art de multiplier ses jouissances ; cette industrie  à repousser de lui les maux, et à les guérir ?
      Si ce n'est d'une mesure suprême de ce désir conservateur et de cet instinct que vous avez départi à tous les êtres !
      Et seul il joint à la mesure suprême de ce désir conservateur, la mesure suprême de la puissance opposée !
      Et seul il peut combattre et étouffer cet instinct vivace, plus impérieux en lui que dans aucun autre être !
      Et seul enfin il peut se tuer ! Seul il peut combiner et choisir les moyens de se donner la mort !...
      Doctrine de mensonge, applaudis-toi de ton triomphe, tu as complétement aveuglé l'homme.
      Tu ne lui as fait voir dans ces deux extrêmes, qu'un seul et même principe ; tu lui fais vouloir, que le seul et même agent se conserve et se détruise ; tu lui fais croire que la mort et la vie, la production et la destruction appartiennent au même germe.
      En vain tu cherches de quoi te justifier dans les exemples des animaux, tu n'y trouves rien qui diminue aux yeux de la pensée cette effroyable contradiction.


6
Dent pour dent


      S'il est dit : dent pour dent, œil pour œil, dans les rigueurs de l'ordre matériel ; pourquoi dans l'ordre bienfaisant de l'esprit, cette vérité n'aurait-elle pas un emploi qui fût à notre avantage ?
      Donne de ta vie, si tu veux recevoir de la vie.
    Donne de ta vie sans réserve, si tu veux que la vie se donne à toi dans la plénitude de son unité.
      Tant que tu as à languir dans tes désirs, ou même tant que tu t'arrêtes à contempler tes jouissances, la vie n'est pas encore en toi dans la plénitude de son unité.
      Quand ce terme sera arrivé pour toi, tu n'auras plus à calmer ton trouble par des sacrifices, ni à te précautionner contre tes saintes satisfactions.
      L'esprit de vérité te pressera ; il te tourmentera, il te poussera dans le désert ; et tu diras aux nations : rendez droites les voies du seigneur.
      Puissances célestes, puissances terrestres, puissances universelles, respectez l'âme humaine : le seigneur vient de renouveller son alliance avec elle, il l'a liée à lui par un nouveau traité de paix.
      Il lui a ouvert les archives divines ; elle y a admiré tous les trésors préparés pour l'homme de paix.
    Elle y a contemplé les flambeaux de l'intelligence, toujours allumés, et les sources vivantes de l'amour, qui n'interrompent jamais leur cours.
      Elle y a parcouru les livres de vie, où sont puisées les lois des nations.
      Elle y a lu l'histoire des peuples passés, présents et futurs.
      Elle y a respiré la douce vapeur des baumes employés journellement à guérir les plaies des mortels.
      Elle y a vu les armes terribles destinées à renverser les ennemis de la patrie.
      L'âme de l'homme peut aujourd'hui entrer à son gré dans ces divers dépôts, selon ses besoins et ceux de ses frères.
      Âme de l'homme, monte vers ton Dieu par l'humilité et la pénitence. Ce sont là les routes qui conduisent à l'amour et à la lumière.
      Tu redescendras ensuite remplie de tendresse pour tes frères, et tu viendras partager avec eux les trésors de ton Dieu.
      Vous ouvrez vos trésors pécuniaires au pauvre, mais songez-vous plus encore aux besoins de son esprit qu'à ceux de son enveloppe passagère ?
      Désirez-vous par ces secours, qu'il recouvre une partie de sa liberté et de son activité, qui lui sont otées par sa misère ?
      Désirez-vous qu'il recouvre par cette liberté le moyen de louer plus facilement et plus constamment son Dieu, et de s'enrichir par la prière ?

      Voilà le vrai but de l'aumône ; voilà comment l'aumône peut avancer l'œuvre de Dieu.
      Dieu est esprit ; il veut que tout ce que vous opérez soit spiritualisé.
      Si en faisant votre aumône vous vous contentez de dire au pauvre de prier pour vous, vous lui demandez plus que vous ne lui donnez ; vous songez plus à vous qu'à lui ; et cependant il est moins libre que vous pour se livrer à la prière.
      Spiritualisez vos œuvres si vous voulez qu'elles soient en tout point selon la justice.


7
Les doctes ignorants


      Interprètes de la mythologie, pourquoi dites-vous qu'elle ne voilait que la marche des astres, et les lois de la nature matérielle et corruptible ?
      Quelle proportion y aurait-il là, entre la figure et la chose figurée ? L'allégorie n'est-elle pas inutile quand elle est supérieure à son objet ?
      Ne cesse-t-elle pas d'être allégorie ? Oui, alors elle est puissance, et elle agit à force ouverte.
      Encore si vous vous étiez élevés jusqu'aux principes actifs de la nature, dont la connaissance et l'emploi doivent rester ignorés du vulgaire !
      Mais un nouvel obstacle s'élève : la mythologie et la physique seraient en litige.
      La mythologie, pour être admissible, devrait au moins se reposer sur les principes actifs de la nature ; et la physique ne veut point de ces principes ; et elle veut tout former par des agrégats.
      Tandis que s'il n'y a qu'une unité, avec quoi parviendrait-on à l'agréger ?
      Mythologie, physique, vous ne pourrez vous concilier qu'en abandonnant chacune votre système, et en vous élevant ensemble à un degré plus simple, où vous trouveriez chacune la clef de votre temple.
      Quand vous l'aurez trouvée, usez-en encore avec prudence. Toutes les altérations tiennent à la source putréfiée ; toutes les rectifications tiennent à la source pure. Sans le coup d'œil supérieur, comment appliquerez-vous donc vos principes ?
      Que faites-vous, doctes ignorants, quand vous nous peignez les lois de la formation du monde ?
      C'est avec la mort que vous composez la vie ; vous prenez toute votre physique dans les cimetières.
      De quoi vos cabinets de science sont-ils remplis ? De squelettes et de cadavres, dont vous avez soin de bien conserver la forme et les couleurs, mais dont le principe et la vie sont séparés.
      Votre pensée ne vous dit-elle pas, qu'il y a une physique meilleure que celle-là et que c'est celle où l'on ne s'occupe que des principes, et d'où les corps morts sont éloignés ?
      Mais non, vous avez porté ce coup d'œil mort et destructeur, sur tous les objets de vos spéculations.
      Vous l'avez porté sur la base du rectangle isocèle que vous avez cherché à connaître, parce que vous avez trouvé des rapports matériels entre ses résultats et les résultats de ses côtés ;

     Tandis que le nombre et le vrai rapport de cette base ne nous seront jamais confiés, attendu que si nous les connaissions, nous pourrions créer des esprits.
    Ne vous suffit-il pas de calculer la base à deux centres qui a osé tenter de l'imiter, et qui ouvre à la fois une source inépuisable à vos larmes, à votre intelligence et à votre admiration ?
      Vous l'avez porté, ce coup d'œil destructeur, sur un sujet bien plus près de vous, puisque vous l'avez porté jusques sur la parole.
      Faculté suprême et distinctive, tu n'es plus pour eux que le fruit de l'accumulation des signes sensibles.
      Les langues ne sont plus pour eux qu'un agrégat, au lieu d'être l'expression et le fruit de la vie même.
    Aussi n'en cherchent-ils pas l'origine ailleurs que dans nos rapports élémentaires ; tandis qu'on leur a enseigné hautement que la parole avoit été nécessaire pour l'institution de la parole.
      Tandis qu'ils voient par quelle voie les enfants apprennent les langues, et qu'il n'y a qu'une loi qui se prête et se mesure à tous les besoins et à tous les âges.
      Matière, matière, quel funeste voile tu as répandu sur la vérité !
      La parole n'est venue sur la terre que comme par renaissance ; elle avait d'abord été réduite pour nous.
      Elle ne pouvait renaître que par semence comme les végétations ; mais il fallait qu'elle eût fourni d'abord son propre germe, pour pouvoir ensuite produire ses fruits parmi l'espèce humaine.
      Ecroulez-vous, échafaudages des sciences abusives ; réduisez-vous en poussière : vous ne pouvez tenir contre le moindre principe lumineux.


8
Dieu le frère


      La vraie manière de demander le secours, n'est-elle pas d'aller courageusement le chercher où il est ? Et n'est-ce pas par l'action que la force se nourrit ?
      Aussi il n'y a de grand que celui qui sait combattre, parce que c'est le seul moyen de savoir jouir ; et que le premier secret pour être élevé au dessus de nos ténèbres et de nos fautes, c'est de nous y élever nous-mêmes.
      C'est pour les épreuves que Dieu nous envoie, que nous avons droit de le prier, et non pas pour les torts que nous nous faisons par notre lâcheté.
      Quand ton cœur est plein de Dieu, emploie la prière verbale, qui sera alors l'expression de l'esprit, comme elle devrait toujours l'être.
      Quand ton cœur sera sec et vide, emploie la prière muette et concentrée ; c'est elle qui donnera à ton cœur le temps et le moyen de se réchauffer et de se remplir.
      Tu apprendras bientôt à connaître par ces secrets simples, quels sont les droits de l'âme de l'homme, quand des mains vivantes l'ont comprimée pour en exprimer la corruption, et qu'elle reprend ensuite sa libre étendue par son élasticité naturelle.
      Tu apprendras bientôt à  connaître quelle est son autorité sur l'air, sur le son, sur la lumière et sur les ténèbres.
      Veille, veille tant que tu seras au milieu des fils de la violence. Ils te persuaderaient qu'ils peuvent quelque chose, et ils ne peuvent rien.
    Comment feraient-ils les amis de la vérité, tandis que les comparaisons qu'ils nous présentent sont toujours fausses?
      Dans les êtres apparents, il ne reste nulle impression de l'action des êtres vrais ; voilà pourquoi les ténèbres ne peuvent comprendre la lumière.
      Si tu veux la comprendre, cette lumière, ne la compare à rien de ce que tu connais.
      Purifie-toi, demande, reçois, agis : toute l'œuvre est dans ces quatre temps.
      Se purifier n'est-ce pas prier, puisque c'est combattre ?
      Et quel homme oserait marcher sans se purifier, puisqu'il ne peut faire un pas sans porter le pied sur les marches de l'autel ?
    Ce n'est point assez de ne pas douter de la puissance du seigneur, il faut encore ne pas douter de la tienne.
      Car il t'en a donné une, puisqu'il t'a donné un nom, et il ne demande pas mieux que tu t'en serves.
      Ne laisse donc point l'œuvre entière à la charge de ton Dieu, puisqu'il a voulu te laisser quelque chose à faire.
      Il est prêt sans cesse à verser dans toi tous les biens ; il ne te demande que de veiller sur les maux qui t'environnent, et de ne pas te laisser surprendre.
      Son amour a chassé pour toi ces maux hors du temple ; ton ingratitude irait-elle jusqu'à les y laisser rentrer ?
      Homme, homme, où trouver une destinée qui surpasse la tienne, puisque tu es appelé à fraterniser avec ton Dieu, et à travailler de concert avec lui !


9
Les prophètes


      Qui donnera à l'homme l'intelligence pour comprendre la marche de la parole ?
      Dieu a dit par la bouche de ses prophètes : voici à quoi vous connaîtrez si celui qui prophétise est véritable, ou s'il ne parle pas par un esprit de mensonge : quand ce qu'il aura dit arrivera, vous croirez alors la vérité du prophète.
      Mais n'a-t-il pas consommé toute la loi ? Et depuis le grand signe, tous les anciens signes ne sont-ils pas devenus fragiles ?
      Ne doit-il pas paraître des prophètes d'erreur et de mensonge, qui auront le pouvoir de séduire les élus mêmes ?
      Je les vois faire des œuvres merveilleuses ; je les vois annoncer des événements qui arriveront.
      Je les vois, comme Elie, faire tomber le feu du ciel.
      Malheur au temps futur, où le mensonge pourra si bien ressembler à la vérité !
      En tout temps précautionnez-vous contre les imitateurs. Depuis que l'homme a été vendu pour être assujetti au péché, le péché se sert de lui, aussi bien que la sagesse.
    Il faudra donc que l'homme creuse plus profondément en lui-même, pour y trouver de nouveaux signes.
      Le prophète est-il humble et doux ? Prêche-t-il pour le règne de Dieu, et non pour le sien ?
      Montre-t-il par ses larmes et ses sanglots les élans de la charité ? Est-il prêt à donner sa vie pour ses frères ? Joint-il à ces vertus une doctrine sûre et à l'épreuve ?
      Tournez-vous vers lui, suivez ses pas, attachez-vous à son esprit ; la charité du cœur et la sûreté dans la doctrine, sont des dons qui ne se peuvent pas feindre.
      Fussiez-vous au milieu de la confusion et des ténèbres, un cercle lumineux vous environnera, et vous en tiendra séparés.
      Plus le temps avance vers le complément de son désordre, plus l'homme devra s'avancer vers son terme de lumière.
      Comment s'y pourra-t-il avancer, si ce n'est en se laissant pénétrer de l'esprit de vie, et se portant avec ardeur vers lui, comme s'il y était poussé par une faim dévorante ?
      Non, il n'y a pas de joie qui soit comparable à celle de marcher dans les sentiers de la sagesse et de la vérité.


10
Le principe invisible


      Les œuvres de Dieu se manifestent paisiblement, et leur principe demeure invisible.
      Prends ce modèle dans ta sagesse, ne la fais connaître que par la douceur de ses fruits ; les voies douces sont les voies cachées.
      Si l'air était visible comme les substances qui composent les corps, tiendrait-il un rang si merveilleux dans la nature ?
      Quels rapports y a-t-il entre la vie de l'esprit, et la mort de cet univers extraligné ? L'homme promet plus qu'il ne donne, l'esprit donnera un jour plus qu'il ne promet.
      Le seigneur a conduit son peuple par une voie obscure, afin que ses desseins s'accomplissent. Il a parlé à son peuple en paraboles ; sans cela les juifs n'auraient pu méconnaitre le salut des nations, et alors ils n'auraient pu être excusables de l'avoir sacrifié, et s'ils ne l'avaient pas sacrifié, les nations n'auraient pas reçu l'héritage.
      Voiles des prophéties, favorisez l'ignorance de la fille de mon peuple, c'est par là que la porte de miséricorde lui reste ouverte.
      Dieu voulait suspendre les juifs, et non pas les réprouver.
      Eh ! Quel sang ont-ils demandé qui retombât sur eux et sur leurs enfants ? Ce sang était esprit et vie, pouvait-il jamais leur donner la mort ?
      L'industrieuse charité de mon Dieu, ne s'occupe que des moyens de pouvoir sauver ses enfants.
      L'ignorance des peuples, est la ressource qu'il se ménage sans cesse pour leur pardonner.
      Quel abîme que la sagesse, la puissance et l'amour de notre Dieu !
      Hommes, vous condamnez vos semblables à des supplices, quand ils sont coupables selon vos lois : ne le sommes-nous pas bien davantage selon les lois du seigneur ?
      Et cependant nous pouvons satisfaire à la justice avec une prière. Nous le pouvons avec un élan secret, opéré dans la profondeur de notre être ; et plus cet élan sera concentré, plus il aura d'efficacité et de puissance ; parce qu'il tiendra davantage du caractère de l'unité, de l'invincible et irrésistible unité.

A suivre...

Posté par Adriana Evangelizt

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans HERMETISME
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