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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 21:22

 

 

L’ESPRIT

de Nicolas Berdiaev

 

Tableau de Duncan Long

 

Il est impossible de définir rationnellement l’esprit, ce serait là pour la raison une vaine tentative. Une telle définition tue l’esprit, le transforme en objet, tandis qu’il est sujet. On ne peut élaborer un concept de l’esprit. Mais on peut saisir les caractères de l’esprit. On peut dire que la liberté, le sens, l’activité créatrice, l’intégralité, l’amour, la valeur, la tendance vers un monde supérieur et divin et l’union avec celui-ci figurent parmi ces caractères. Cette série de caractères englobe le pneuma de l’Écriture Sainte et le nous de la philosophie grecque. En tant que l’esprit est liberté, le spirituel se caractérise principalement par son indépendance par rapport aux déterminations de la nature et de la société. L’esprit s’oppose avant tout au déterminisme. L’esprit est l’intérieur par rapport à l’extérieur, à tout ce qui dépend de l’extérieur. L’intérieur est le symbole de l’esprit. On peut également définir le caractère de l’esprit par des symboles spatiaux : profondeur et hauteur. L’esprit est profondeur infinie et hauteur céleste. On ne peut, comme le fait Max Scheler, retirer l’activité à l’esprit pour la conférer uniquement à la vie. L’esprit, précisément, est activité; quant à la vie au sens biologique de ce mot, elle est passivité. Mais Scheler comprend parfaitement que l’esprit n’est pas un épiphénomène de la vie, qu’on ne saurait le comprendre d’une manière vitaliste. L’esprit est une évasion hors de ce monde alourdi, il représente l’élément dynamique, créateur, une sorte d’envol. Pic de la Mirandole affirme que l’esprit humain est d’origine céleste, c’est-à-dire qu’il ne provient pas du monde naturel. L’esprit ne serait pas déterminé par le monde naturel, il échapperait à celui-ci. C’est l’esprit qui fait de l’homme l’image de Dieu. L’esprit est l’élément divin dans l’homme. Et c’est grâce à l’esprit que l’homme peut accéder aux plus hautes sphères divines. L’esprit est l’acte créateur intégral de l’homme. L’esprit est la liberté qui se perd dans les profondeurs préontiques du monde. La liberté a la primauté sur l’être qui est une liberté déjà figée. C’est pourquoi l’esprit ne peut se définir par l’être, qui a une forme complètement finie, qui est pour ainsi dire statique. C’est pourquoi l’esprit est l’acte créateur; l’esprit crée un être nouveau. L’activité créatrice, la liberté créatrice du sujet est primitive. Le principe de causalité ne s’applique ni à l’esprit, ni à la vie spirituelle.
L'esprit est de Dieu, et l’esprit mène à Dieu. L’homme reçoit tout de Dieu par
  l’esprit et c’est par l’esprit que l’homme donne tout à Dieu, qu’il multiplie les dons qu’il a reçus, qu’il crée ce qui n’existait pas auparavant. L’esprit vient de Dieu. L’esprit n’est pas créé par Dieu comme l’est la nature, il émane de Dieu, il est versé, insufflé par Dieu à l’homme.

 Nicolas Berdiaeff, Esprit et Réalité, 1937.

 

L’esprit est toujours vérité, vérité orientée vers l’éternel. L’esprit échappe au temps et à l’espace. Par son caractère intégral, il s’oppose au morcellement temporel et spatial.
L’esprit n’est pas être, mais il est le sens de l’être, la
vérité de l’être. L’esprit est également intelligence, mais une intelligence intégrale. L’esprit est aussi bien transcendant qu’immanent. En lui le transcendant devient immanent et l’immanent transcendant.
L’esprit n’est pas identique à la conscience, mais la conscience se construit par l’esprit, et c’est aussi l’esprit qui transcende les limites de la conscience, qui atteint au supraconscient. L’esprit présente un aspect prométhéen, il se révolte contre les dieux de la nature, contre le déterminisme du destin humain; l’esprit est une évasion, une évasion vers un monde supérieur et libre?

Nicolas Berdiaeff, Ibid.

 

 

La réalité de l'Esprit - Esprit et Être

Premier chapitre

 

Le monde tend à nier la réalité de l'esprit. Il ne doute pas des objets visibles qui forcent son adhésion. Mais l'esprit n'est pas un objet visible; du moins pas un objet parmi d'autres objets. Il n'est personne, il est vrai; s'agît-il du matérialiste le plus endurci, qui ne reconnaisse à l'esprit une certaine réalité, de nature moins consistante. Il ne saurait en être autrement, car l'esprit est présent en chacun de nous, même chez celui qui en nie l'existence. Dans ce cas, pourtant, l'esprit n'est reconnu qu'en tant qu'épiphénomène de la matière, comme produit d'une série de processus matériels. Mais une telle formule est toujours restée parfaitement inintelligible. La négation matérialiste de l'esprit n'est à vrai dire qu'une description erronée des données de l'expérience, aussi fausse que celle d'un daltonien décrivant des couleurs. Le matérialiste se tire d'embarras en attribuant à la matière toutes les facultés de l'esprit : raison, liberté, activité. D'autres écoles philosophiques, plus raffinées, considèrent l'esprit non comme l'épiphénomène de la matière, mais comme l'épiphénomène de la vie en attribuant à celle-ci des forces créatrices inépuisables. C'est la conception vitaliste de l'esprit. Les écoles spiritualistes se sont fait une spécialité de défendre la réalité de l'esprit. Le spiritualisme conçoit généralement l'esprit comme une substance, comme une réalité qualitativement distincte des autres objets du monde naturel, mais du même type qu'eux. La pensée philosophique a souvent naturalisé l'esprit en le situant tout en haut dans la hiérarchie homogène des objets du monde objectif. Tout en lui attribuant une plus haute dignité, c'est encore comme un objet qu'on a conçu l'esprit et la réalité qu'on lui attribue ainsi est homogène à celle des objets du monde objectif. Mais est-il possible de saisir et de démontrer la réalité de l'esprit, tout en y voyant une réalité cosmique du même type que les autres? C'est là toute la difficulté de notre problème. Toute philosophie qui tend à objectiver et à hypostasier la pensée identifie par là même réalité et objectivité. Au contraire, ceux qui nient la substantialité de l'esprit le réduisent à un état subjectif de l'âme humaine. Les phénomènes spirituels se trouvent identifiés ainsi avec les phénomènes psychiques qu'on qualifie généralement de subjectifs. Aussi bien les défenseurs de l'esprit tiennent-ils à démontrer l'objectivité des phénomènes spirituels. L'ontologie spiritualiste affirme que l'esprit est l'être authentique, la substance de l'être, que l'esprit par conséquent est être, être objectif.

Mais qu'est-ce que l'être ? C'est là le problème fondamental de la philosophie. Généralement, nous usons du concept d' « être » comme s'il était d'une évidente clarté et ne posait aucune question. Mais la critique de la connaissance se demande dans quelle mesure les produits de notre pensée viennent s'ajouter à ce que nous appelons l'être, jusqu'à quel point l'activité du sujet construit cet « être » que nous considérons ensuite comme originel. Ce fut là le travail essentiel de Kant qui doit être réhabilité d'une façon toute nouvelle. Les néo-kantiens nous ont voilé les mérites éternels de leur maître
en déformant ses doctrines. Kant n'était nullement un idéaliste au sens péjoratif du terme : il tendait précisément au réalisme. Nous trouvons chez Kant les bases de la seule vraie métaphysique — le dualisme de l'ordre de la liberté et de l'ordre de la nature, le volontarisme, l'indéterminisme (le caractère intelligible), le personnalisme, la doctrine des antinomies, la reconnaissance d'une autre réalité plus authentique dissimulée par le monde des phénomènes visibles. Les métaphysiciens allemands du début du XIX0 siècle, Fichte, Schelling et Hegel, se sont par trop empressés à prétendre surmonter le dualisme de Kant par des systèmes monistes. Le dualisme de Kant garde une vérité plus durable que le monisme, né sans doute des efforts d'une pensée géniale, mais d'une pensée qui s'objective et s'hypostasie. La métaphysique se laisse entraîner trop aisément à hypostasier des concepts; elle prend le concept pour l'être et elle crée un concept de l'être qui réponde à sa pensée. L'ontologie cherche un être qui soit objectif, et l'être qu'elle découvre n'est que l'objectivation de ses concepts : l'être objectif qui s'offre à elle résulte lui-même d'une élaboration de ses propres concepts. Ainsi l'ontologie n'accède qu'à un être qui est un produit de la pensée et le fruit d'un labeur rationnel. Toute métaphysique qui use de la catégorie ontologique apparaît donc comme entachée de naturalisme. J'appelle naturaliste toute métaphysique qui considère l'être comme objet, comme « nature », s'agît-il d'une nature spirituelle. Bien qu'il ait reculé lui-même devant cette voie, c'est Kant qui a rendu possible une considération existentielle de la philosophie qui surmonte le naturalisme.

 

Esprit et réalite
Nicolas Berdiaeff
Editions Montaigne, 1934

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans Nicolas Berdiaeff
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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 20:47

Une biographie de Nicolas Berdiaev dont je conseille vivement de lire les ouvrages pour ceux qui ne le connaissent pas. La première fois que j'ai lu un de ces textes, une porte s'est ouverte au fond de mon âme. C'était un peu comme si j'étais en attente de ses mots. Il traduisait dans un langage lumineux tout ce que j'avais longtemps pressenti sans savoir l'exprimer. Berdiaev est un philosophe mystique, le prince de la Véritable Liberté. « La liberté n'est pas un droit mais une obligation. » disait-il. Il avait saisi le sens de la véritable libération de l'homme. Je pense qu'il parlait comme une âme seule pourrait le faire, il en avait saisi l'androgyne... il était ici pour nous parler de l'Ailleurs. Pour nous laisser des messages riches et nous pousser à chercher et à essayer de trouver...

 

NICOLAS BERDIAEV

« Enfin un pneumatologue ! Près de lui, je respirais, j’étais heureuse ;
la Déité me semblait plus proche et le monde habitable »

Marie-Madeleine Davy

Nicolas Berdiaev (1874-1947)

Si Marie-Madeleine Davy parle de Nicolas Berdiaev comme d’un « pneumatologue », celui-ci se définissait comme un homo mysticus - plutôt qu’un homo religiosus. Certes, il faut donner ici son sens au mot « mystique » tel que Berdiaev l’utilise, dans l’ordre de la pensée orthodoxe. Il dira lui-même à ce sujet : « J’ai du monde une conception mystique à l’origine et, par comparaison, le moment religieux, organisé, n’est que secondaire. Eckhart, Jacob Boehme, Angélus Silesius sont plus près de mon cœur que les Pères de l’Eglise. Je crois à la présence d’une mystique universelle, d’un spiritualisme universel. (…) J’ai cependant toujours été plus attiré par la mystique gnostique et la mystique prophétique que par la mystique ayant reçu l’approbation officielle de l’Eglise, celle qui a été reconnue comme la mystique orthodoxe, quoiqu’elle mériterait mieux le nom d’ascèse », In Essai d’autobiographie spirituelle.

 

Aperçus sur la vie et l'œuvre de Nicolas Berdiaev

Nicolas Berdiaev est né le 19 mars 1874 près de Kiev dans une famille de la haute aristocratique et c’est à Kiev qu’il passa son enfance et son adolescence, nourrissant progressivement sa révolte contre la société mondaine et aristocratique à laquelle il appartenait jusqu’à la rupture et son entrée – alors étudiant – dans le monde révolutionnaire – il découvre le marxisme à 20 ans. En 1898, il est emprisonné pour menées révolutionnaires, libéré puis exclu de l’Université et en résidence surveillée pendant 2 ans à Kiev – il y fera la connaissance de Léon Chestov. Condamné à 3 années d’exil à Vologda, il aurait pu regagner Kiev après quelques semaines, après les démarches. De retour à Kiev, il se tourne vers la religion orthodoxe, sous l’influence de Serge Boulgakov, se marie avec Lydie Trouchev. 1904 : Saint-Pétersbourg où la société qu’il fréquente s’est « convertie » à la Théosophie, selon Hélène Blavatsky et Annie Besant : « Par la réaction qu’elle provoqua en moi, elle contribua fort à ma conversion à l’Église orthodoxe. »

            Survient alors, en 1907, un événement singulier qu’il décrira brièvement dans son Essai d’autobiographie spirituelle : « Je me rappelle un moment - c’était en été, à la campagne, - je me trouvais dans le jardin, à l’heure du crépuscule et le cœur lourd… Sous les  nuages, la nuit s’épaississait, mais subitement une lumière intérieure surgit ». Ce que fut cette lumière, c’est sans doute cette « lumière non crépusculaire » dont parle Soloviev qui invite à « se mettre en route », en sa direction. Il dira lui-même que ce ne fut pas une « conversion », parce qu’il ne trouva pas la paix du cœur en cette circonstance, et l’on ne peut parler d’une initiation au sens strict. Il passera l’hiver 1907 à Paris, puis retournera à Moscou où il retrouve Serge Boulgakov. C’est de cette époque que date son admiration pour Jacob Boehme – et on peut se demande si ce dernier - son « ange » - n’est pas pour quelque chose dans l’évolution ultérieure de Berdiaev. Jacob Boehme donc, ainsi d’ailleurs qu’un singulier personnage, un paysan illettré, Akimouchka, avec il s’est lié : « Nos entretiens étaient d’une grande profondeur spirituelle, il se trouvait au niveau des thèmes mystiques les plus arides, particuliers à la mystique germanique. (…) L’union existe dans le règne de l’esprit ».

            Vint la révolution de 1917. Nommé membre du Conseil provisoire de la République, il se détourne rapidement de l’activité politique, rédige La Philosophie de l’inégalité, qui est une attaque contre le bolchevisme et qui ne sera pas publié, est nommé ensuite vice-président de l’Union des Écrivains et professeur à l’université de Moscou. Ses ennuis avec le régime commencent en 1920, et il sera finalement expulsé de Russie, en 1922, « pour des raisons idéologiques et non politiques ».  Commence l’exil, à Berlin d’abord, de 1922 à 1924, où il est Doyen de l’Institut scientifique russe, puis à Paris où il vécut jusqu’en 1947, date de sa mort, le 23 mars. Plus de vingt années donc où il se consacrera exclusivement à son œuvre.

          Toute l’œuvre de Nicolas Berdiaev part d’un postulat selon lequel « l’esprit est « inversé » dans le monde, il s’en détache, y redescend, se symbolise en lui » et toute sa vie s’explique par sa revendication de l’action créatrice – et donc par son refus de ce qui la limite : « Ma voie spirituelle m’ayant mis en contact avec le monde de l’orthodoxie, j’éprouvais la même angoisse que j’avais ressentie dans les mondes aristocratiques et révolutionnaire, j’y retrouvais la même atteinte à la liberté, la même hostilité envers l’indépendance de la personne et de son action créatrice ». Toute sa démarche philosophique ou plutôt gnostique repose sur la notion d’Ungrund, selon Maître Eckhart : « Dieu en tant que créateur du monde et de l’homme est corrélatif à la création. Il surgit des profondeurs de la Divinité, de l’inexprimable Néant. Telle est l’idée la plus profonde et la plus secrète de la mystique allemande ». Mais c’est à Jacob Boehme – auquel il consacrera de nombreuses pages – qu’il est redevable de certaines « percées », en particulier en ce qui concerne sa conception de la sexualité humaine. Quant au fond de sa pensée, elle découle de cette « action créatrice » qui en constitue le moteur, du fait qu’il accorde à l’esprit la précellence sur l’être : « L’esprit est l’acte créateur ; l’esprit crée un être nouveau. L’activité créatrice, la liberté créatrice du sujet est primitive. Le principe de causalité ne s’applique ni à l’esprit ni à la vie spirituelle. L’esprit est de Dieu, et l’esprit mène à Dieu. L’homme reçoit tout de Dieu par l’esprit et c’est par l’esprit que l’homme donne tout à Dieu, qu’il multiplie les dons qu’il a reçus, qu’il crée ce qui n’existait pas auparavant. L’esprit vient de Dieu. L’esprit n’est pas créé par Dieu comme l’est la nature, il émane de Dieu, il est versé, insufflé par Dieu à l’homme ».

            Pour Nicolas Berdiaev, l’homme peut contempler Dieu par une « orientation ascendante » de l’esprit. Pour y parvenir, il doit d’abord passer du monde de la chair au monde de l’âme, puis de celui-ci au monde de l’esprit, dans une démarche typiquement « pneumatique ». Cette même démarche lui permet d’affirmer aussi que l’Église de Pierre, « dont l’Église orthodoxe reçoit aussi sa prééminence », s’oppose à l’Église de Jean dont « les saints et les mystiques sont les vivants dépositaires ». Car, ce qui caractérise la tradition johannique est qu’elle suppose chez l’homme une connaissance de type « pneumatique », et quand nous disons, elle s’oppose, c’est bien à la manière dont l’âme s’oppose à l’esprit et le psychique au spirituel. Voici justement ce qu’il dit de la tradition johannique : « L’Église de l’amour est l’Église de Jean, l’Église éternelle, recelant en elle la plénitude la vérité à la fois sur le Christ et sur l’homme. »

           S’agissant de la sexualité humaine, pour Nicolas Berdiaev, « l’homme intégral comprenait en lui la nature féminine », et surtout il dira : « Ce n’est ni l’homme ni la femme qui sont faits à la ressemblance divine, mais seulement l’androgyne, l’être intégralement bisexué ». C’est d’ailleurs ce qui le conduira à pratiquer l’abstinence, et à parler de la virginité comme d’une « énergie sexuelle positive ». On reconnaît bien sûr ici la marque de Jacob Boehme : « Selon l’enseignement génial de Boehme, l’homme perdit la Vierge éternelle (Sophia), celle-ci le quitta et se réfugia dans le ciel. La nature féminine se détacha de l’homme-androgyne, et devint pour lui une nature extérieure » ; « L’enseignement de Boehme concernant la Sophia est précisément celui de la Vierge et de l’image androgyne, image intégrale et virginale de l’homme », écrira-t-il à ce propos.

Sources JM Saliege

 

La philosophie de Berdiaev

 

Sa pensée est l'un des sommets de l'existentialisme chrétien. Elle reflète aussi l'influence de Jacob Boehme dont il traduisit en français le Mysterium Magnum, précédé de deux précieuses études.

La pensée de Berdiaev est une philosophie de la liberté. Elle s'oppose à la philosophie ontologique. Le premier principe n'est pas l'être mais la liberté. Autrement dit, la liberté l'emporte sur l'être. A partir de cette liberté, Dieu crée l'homme, l'être libre. La liberté étant par nature irrationnelle peut donc conduire aussi bien au bien qu'au mal. Pour Berdiaev, le mal, c'est la liberté qui se retourne contre elle-même, c'est l'asservissement de l'homme par les idôles de l'art, de la science et de la religion qui reproduisent « les rapports d'esclavage et de domination dont est issue l'histoire de l'humanité ». Berdiaev se révolte contre les conceptions rationalistes, déterministes, téléologiques qui brisent le règne de la liberté. Le problème de l'existence humaine est donc celui de sa libération. Ici, Berdiaev fonde une véritable philosophie de la personne qui influencera Mounier et le personnalisme. L'homme se définit d'abord comme une personne. La personne, catégorie éthique et spirituelle s'oppose à l'individu, catégorie sociologique et naturaliste. La personne n'est pas nature, mais liberté. Contrairement à l'individu qui est partie de l'espèce et de la société, la personne n'est pas la partie d'un tout quelconque. Elle s'oppose aux fausses totalités que forment le monde naturel, la société, l'état, la nation, l'Église, etc. Ses fausses totalités constituent les sources majeures de l'objectivation qui aliène la liberté de l'homme dans des productions qu'il finit par idolâtrer en se soumettant à leur tyrannie. Pour se libérer de toutes les formes d'objectivations aliénantes, Berdieav prône la redécouverte de l'acte créateur fondé sur un travail d'élimination de la contrainte, de la connaissance et de l'amour, ses forces libératrices qui luttent et se révoltent contre les structures ossifiées, refroidies, inhumaines.

Retournant à un messianisme christique d'essence joachimiste et écrivant à l'époque de la montée des totalitarismes, Berdiaev a dénoncé, l'un des premiers « le messianisme de la race élue et de la classe élue ». Se dressant contre toutes les formes d'oppression sociale, politique, religieuse, dépersonnalisantes et déshumanisantes, l'œuvre de Berdiaev agit comme un vaccin contre toutes les formes d'utopies meurtrières du passé et de l'avenir. Par opposition, elle souligne les vrais besoins et la vraie destination de l'homme qui est surnaturelle, liberté issue du mystère divin et fin de l'histoire dans une annonce du Royaume de Dieu que l'homme doit d'ores et déjà préparer dans l'amour et la liberté.

Dans ses grandes lignes, la pensée de Berdiaev est conforme à la tradition du messianisme russe, mais un messianisme purifié et éclairé par la critique radicale des forces qui s'y opposent, y compris à travers la critique du phénomène Église, qu'il dénonce comme une source majeure d'aliénation spirituelle.

On cite de lui cette phrase: Dieu est moins puissant qu'un agent de police.

Œuvre

        # La Signification de l'acte créateur (1916)

        # L'esprit de Dostoievski (1921)  

        # La Destinée de l'Homme (1931)

        # Solitude et Société (1934)

        # Cinq méditations sur l'existence (1936)

        # Esprit et Réalité (1937)

        # Esclavage et Liberté (1939)

        # Essai de métaphysique eschatologique (1946)

        # L'idée russe (1946)

        # Dialectique existentielle du divin et de l'humain (1947)

Rééditions :

        # Esprit et liberté, éd. Desclée de Brouwer, 1992, ISBN 2-22002-480-6

        # Khomiakov : L'épître aux serbes, éd. L'Age d'Homme, 1990, ISBN 2-82512-222-X

        # Le nouveau Moyen-Âge, éd. L'Age d'Homme, 1990, ISBN 2-82512-223-8

        # De la destination de l'homme, éd. L'Age d'Homme, 1990, ISBN 2-82512-221-1

        # Christianisme, marxisme, éd. Centurion, 1975, ISBN 2-22731-007-3

 

Liens externes

        # http://jm.saliege.com/berdiaev.htm

        # http://www.berdyaev.com/ (site en anglais)

Sources Wikipedia

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans Nicolas Berdiaeff
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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 18:57

Continuons sur notre lancée avec un autre texte du génial Nicolas Berdiaeff... après l'Argent, seconde plaie de ce monde dirons-nous, la première étant l'Amour galvaudé, dénaturé, trahi, parce qu'aussi "marérialisé" et pour nombre de gens associé à la "propriété". Je t'Aime donc tu m'appartiens. C'est sans compter l'amalgame Désir-Envie = Amour. Alors que dire à la Jeunesse qui rêve au fond de son cœur du Grand Amour ? Et oui, la Princesse ou le Prince Charmants dorment au fond de chaque adolescent nourri dans son enfance par les contes de la Belle au Bois dormant ou de Blanche-Neige. Mais plus sûrement, il faut savoir que l'Âme porte en elle la souvenance du "pays" dont elle s'est exilée pour s'incarner. Elle en a ramené la Lumière mais aussi le sentiment ineffable que toutes les âmes -dépourvues de corps- éprouvent entre elles.. Rien de comparable à ici-bas. Là-bas, tout n'est que radiance. A peine les âmes s'effleurent-elles que jaillit du noyau de leur essence une énergie luminescente qui explose dans l'éther en gerbes de lumière. Et c'est cette sensation purement idéale tapie au fond de lui que l'humain cherchera toute sa vie. Que sont les orgasmes humains comparés à cette fulgurance ? Il y a toujours pour l'Âme quelque chose d'inassouvi dans les étreintes corporelles. Et c'est ce qu'elle fait ressentir à l'humain. A ce triste humain -dont moi-même je fus- qui croit trouver l'Âme sœur au travers d'une belle apparence. Mais ce qui plaît au corps ne plaît pas forcément à son Être Intérieur. Voilà où se situe le problème de l'Amour sur Terre. Voilà pourquoi il cause tant de souffrance, tant de haine et tant de violence.

Il faut savoir que l'Âme génère de l'Energie à l'état pur qui se dissémine dans tout le corps. Cette énergie mal maîtrisée provoque des pulsions incontrôlables pour l'Humain qui n'en est encore qu'au stade Animal. Cela donne la colère, la jalousie mais aussi dans le pire des cas, le viol. Et ne pas croire que le viol est l'apanage de ce que l'on nomme les désaxés sexuels. Il y a des tas de femmes mariées ou vivant en couple qui sont obligées de subir les assauts de leurs conjoints de gré ou de force. Comme si c'était un dû. Un prix à payer du soit-disant Amour. Et ce fait se trouve tant chez les gens cultivés que chez les incultes. Mais il est vrai que lorsque nous nous  penchons sur les écrits judéo-chrétiens, on comprend vite d'où vient le mal... et on comprend surtout comment sont traitées les femmes. On va commencer par le Deutérome qui à lui seul pourrait remplir des pages... suivi de près par le Lévitique dont les rabbins orthodoxes se font fort d'inculquer les aberrations à leurs élèves... la femme est un être impur, qu'on se le dise ! Elle n'est bonne que pour assouvir les pulsions de ces messieurs et procréer ! 

Lorsqu'un homme aura pris et épousé une femme qui viendrait à ne pas trouver grâce à ses yeux, parce qu'il a découvert en elle quelque chose de honteux, il écrira pour elle une lettre de divorce, et, après la lui avoir remise en main, il la renverra à sa maison.
Deutéronome 23/1

Parle aux enfants d'Israël, et dis : Lorsqu'une femme deviendra enceinte, et qu'elle enfantera un mâle, elle sera impure pendant sept jours ;
elle sera impure comme au temps de son indisposition menstruelle.
Lévitique 12/2

Elle restera encore trente-trois jours à se purifier de son sang ; elle ne touchera aucune chose sainte,
et elle n'ira point au sanctuaire,
jusqu'à ce que les jours de sa purification soient accomplis.

Si elle enfante une fille, elle sera impure pendant deux semaines,
comme au temps de son indisposition menstruelle ;
elle restera
soixante-six jours à se purifier de son sang
. Lévitique 12/4-5

Poussons plus loin l'infériorité de la femme grâce à ces chers rabbins et à leurs Saintes Ecritures... qu'ils disent...

"Eve elle-même ressemblait à un singe, comparée à Adam,
dont le talon -
pour ne pas parler du visage- surpassait l'éclat du soleil."
(B.Baba Bathra 58a ; Lev. Rab 20, 2)

"Dieu créa Lilith (la femme) mais pour la créer,
il a utilisé des ordures et de la boue
au lieu de poussière vierge"
(Num. Rab. 16, 25)

"L'acte d'amour est une chose mauvaise qu'Adam et Eve ont seulement appris de Samaël,
le diable, après qu'ils aient été chassés du Paradis"

(Sefer Adam 64-67 p.35)

Mais il est bien évident que l'Eglise Catholique Romaine n'est pas en reste... ainsi parle Pierre...

Femmes, soyez de même soumises à vos maris...
Pierre1/3-1

Quant à Paul qui avait été éduqué chez les Pharisiens, on peut constater qu'il en reste quelque chose...

Que la femme écoute l'instruction en silence, avec une entière soumission.
Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre l'autorité sur l'homme ;
mais
elle doit demeurer dans le silence.
Timothée2/11-12*

Monsieur ne permet pas... La femme doit juste se taire et ne même pas être belle...

Je veux aussi que les femmes vêtues d'une manière décente,
avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses,
ni d'or, ni de perles, ni d'habits somptueux...

Timothée2/9

Il en trépigne presque de rage et trouve même une explication pour confirmer l'infériorité de la femme et son statut de procréatrice forcée...

Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite ;
et ce n'est pas Adam qui a été séduit,
c'est la femme qui, séduite,
s'est rendue
coupable de transgression.
Elle sera néanmoins
sauvée en devenant mère...
Timothée 2/14-15

On est loin là de l'Enseignement de Ieschoua don't les paroles ont bien sûr été traficotées par les scribes catholiques romains... *

Jésus leur répondit :
les enfants de ce siècle prennent des femmes et des maris ;
mais ceux qui seront trouvés dignes... ne prendront ni femmes ni maris.
Car ils ne pourront plus mourir, parce qu'ils seront semblables aux anges.

Luc 20/34-35-36

Il est bien évident qu'il parlait des Âmes. Ces dernières étant androgynes. Il n'y a donc nulle supériorité dans les sexes. Dans le mot Amour, il y a Ame... et l'Ame vient d'un monde libre. L'Amour l'est donc également. Nul ne peut le forcer ni le contraindre. Il est comme le vent. Il va là où il veut... s'arrête là où il se sent le mieux. Une âme vibrant au diapason d'une autre âme est le seul Véritable Amour. Il faut, pour cela, passer le cap du regard charnel. Toutes les beautés ne sont pas visibles à l'oeil nu. D'ailleurs vous remarquerez que nombre d'amours platoniques ont donné naissance à des oeuvres superbes. Quand la chair se tait, le cœur exulte, l'Âme rayonne. Car l'Amour sincère du cœur transcende avec l'énergie lumineuse de l'Âme et celui qui la maîtrise devient à son tour Créateur avec tout le génie que cela comporte. Ceci est très bien expliqué dans un autre texte de Berdiaeff que j'ai posé voilà quelques temps... La Création...

 

L'Amour

 

de Nicolas Berdiaeff

 

Tableau de Wojtek Siudmak

 

Dans l’acte créateur de l’amour, se dévoile le secret créateur de la face de l’aimé. Celui qui aime aperçoit l’aimé, à travers le nuage du monde naturel, à travers le masque qui s’étend  sur chaque visage. L’amour est le chemin qui mène à la découverte du secret d’un visage, de la compréhension de la personne jusqu’à la profondeur de son être. Celui qui aime sait sur l’être aimé ce que le monde ignore, et en cela il est
plus près de la vérité que le monde entier. Ce n’est
qu’en aimant qu’on peut comprendre intégralement une personnalité, pénétrer son génie. Nous tous qui n’aimons pas, nous ne connaissons les êtres qu’en surface, et non dans leur ultime secret. La tristesse mortelle de l’acte sexuel réside en ceci que dans son impersonnalité se perd et s’obscurcit le secret à la fois de l’aimant et de l’aimé. L’acte sexuel fait pénétrer dans le cycle de la nature impersonnelle, il se place entre la personne de celui qui aime et celui qui est aimé, et dissimule le secret de leurs visages.
Ce n’est pas dans l’espèce, ce n’est pas dans l’acte sexuel, que s’accomplit l’union amoureuse, celle qui crée une vie différente, la vie éternelle de la personne. C’est en Dieu que se rencontrent l’aimant avec l’aimé, c’est en Dieu que s’incarne le visage de l’amour. Dans le monde de la nature, ceux qui s’aiment se divisent.
La nature de l’amour est cosmique et supra-individuelle, et l’on ne peut saisir son secret à la lumière de la psychologie individuelle.
L’amour est
destiné à la hiérarchie cosmique; c’est cosmiquement qu’il réunit, sous la forme de l’androgyne, ceux qui dans l’ordre de la nature restaient séparés. L’amour est la voie par quoi chacun peut découvrir en soi l’homme androgyne.

 

  Nicolas Berdiaeff, Le Sens de la création,
Un essai de justification de l’homme, 1916.

 L’éternelle tragédie de la famille est due à ce que l’homme et la femme représentent deux mondes distincts, dont les fins ne coïncident jamais. Ce principe tragique existe déjà dans l’amour, mais il se cristallise dans la famille, où tout s’alourdit, se solidifie, et où le tragique lui-même acquiert un caractère banal. La femme a une structure psychique et un sentiment de la vie qui se différencient radicalement de ceux de l’homme. Elle attend de la famille et de l’amour incommensurablement plus que lui. Il y a, en effet, dans son attitude à l’égard du sexe une intégralité et une absoluité, auxquelles ne peuvent correspondre le dédoublement et la relativité de l’attitude masculine. En somme, la plupart des mariages sont malheureux. Ils dissimulent de pénibles conflits mettant aux prises le conscient et l’inconscient. Le premier, élaboré par la quotidienneté sociale, cherche à étouffer le second, qui engendre dans la famille un nombre incalculable de difficultés. Seul l’amour authentique parvient à surmonter leurs conflits et à résoudre merveilleusement leurs relations. Mais l’amour véritable est une fleur rare dans notre monde, il n’appartient pas à la quotidienneté.

Lorsque l’amour existe, en tant que fondement ontologique de l’union conjugale, la question de la nécessité de la monogamie absolue ne se pose pas. Elle ne se pose que lorsque le sentiment véritable a disparu, qu’il s’est refroidi ou a péri et que l’on s’efforce de substituer à l’intérieur ce qui est extérieur, à l’énergie bienfaisante, la loi. L’union monogamique absolue n’est créée qu’en prévision d’un malheur possible, car dans le bonheur, on n’y songe même pas et il n’est point utile d’avoir recours à la loi pour l’affirmer. La monogamie n’apparaît contradictoire que dans l’amour malheureux, dans l’incompatibilité fatale. Et il faut bien reconnaître qu’en fait elle ne correspond pas à la loi naturelle de l’union sexuelle. Elle n’est en aucune façon inhérente à la "nature" de l’homme, elle n’a pas toujours existé et ne s’est formée qu’à un certain stade du développement humain. Si la monogamie est possible, elle ne l’est réellement que selon la grâce, mais nullement selon la nature ou selon la loi. Elle est bien plus un phénomène d’ordre spirituel et mystique que d’ordre naturel et social. C’est en cela que réside d’ailleurs son paradoxe fondamental. En effet, le mariage monogamique est revendiqué par la quotidienneté sociale, à laquelle précisément il n’est pas inhérent par sa nature. Nous sommes donc amenés à reconnaître qu’on ne peut l’affirmer que nominalement, mais non réellement. Dans le royaume de la banalité civilisée, le foyer monogamique trouve son corrélatif et son correctif dans l’effroyable phénomène de la prostitution, au sens large du terme, un des phénomènes les plus infamants de la vie humaine, légalisés par la quotidienneté.
À vrai dire, la monogamie réelle n’existe pas dans la société contemporaine; elle n’est qu’un mensonge, qu’une hypocrisie conventionnelle et qu’un nominalisme de la loi. Aussi une révolte contre la vieille famille monogamique était-elle absolument normale.

 

 Nicolas Berdiaeff, De la Destination de l’homme,
Essai d’éthique paradoxale, 1931.

 

 La débauche ne peut être vaincue que par le retour de l’élément sexuel à sa signification universelle, sa fusion avec le sens de la vie. L’indignation "bourgeoise" et "mondaine" qui accueille la débauche n’en saisit absolument pas le sens, et les vérités superficielles, utilitaires, conditionnelles, émises à ce sujet, n’atteignent pas le fond métaphysique du problème. Le moralisme d’opportunité, le traditionalisme social, ne sont pas de force à percer le mystère accablant de la débauche, le secret du non-être. Dans ce qu’on appelle le mariage, la débauche trouve un abri comme dans tous les lieux qui ne se justifient pas. La débauche a sa place partout où le but ne semble pas être l’union de ceux qui s’aiment, l’élucidation par l’amour du secret d’une personne. Le problème de la débauche n’est pas d’ordre moral, mais métaphysique. Tous les critères biologiques et sociologiques ne sont que conditionnels, c’est la voix de la bourgeoisie de ce monde qui parle en eux. Selon ce code, la débauche représente une forme vénale et monstrueuse de l’union des sexes, alors qu’en fait c’est l’absence d’union qui crée la monstruosité. L’acte sexuel est un acte de débauche en ce qu’il est incapable de réaliser une union profonde. Aussi la définition de la débauche, en tant qu’anomalie sexuelle, apparaît-elle superficielle. Notre vie sexuelle est elle-même une anomalie, "le normal" pourrait apparaître plus débauché que "l’anormal". La débauche ne doit pas être interdite, elle doit être vaincue ontologiquement, par un être différent. L’amour est l’antidote de la débauche, et l’autre antidote en est une vie spirituelle supérieure. La volupté en elle-même n’est pas la débauche, seule est débauchée la volupté de la désunion, et sainte, au contraire, la passion voluptueuse de la réunion.
Est débauche la volupté qui ne pénètre pas dans l’objet, qui s’absorbe en elle-même, et sainte l’extase orgiaque de l’amour, se répandant sur l’être aimé.

 

 Nicolas Berdiaeff, Le Sens de la création,
Un essai de justification de l’homme, 1916.

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 13:01

Salutations fraternelles à tous... je ne vous oublie point et je tiens à remercier tous ceux qui m'écrivent auxquels je n'ai pas encore répondu mais je reçois plus de mille mails par jour, ce qui m'oblige à quelques retards. Je remercie notamment la "Jeunesse" qui s'intéresse et qui cherche à comprendre... c'est pour Elle que nous créons tous ces sites. Pour lui ouvrir les yeux. Pour qu'elle prenne conscience, bien plus tôt que nous n'avons su le faire, du mal qui mine notre monde. Le combat de l'Ombre contre la Lumière n'est pas une fiction destinée à faire rêver les amoureux de science-fiction justement. Encore faut-il savoir ce qui appartient à l'Ombre et ce qui revient à la Lumière. Le décryptage des symboles est essentiel à celui qui cherche. L'Ombre travaille pour le prince de ce monde. Pour le matériel, le matérialisme donc le Satanisme. Et ses symboles puisées dans la nuit des temps mais inversés souvent -comme la svatiska fut inversé par l'Ordre nazi- s'opposent à ceux de la Lumière, dont le domaine se situe Ailleurs... dans un monde spirituel. Un monde dématérialisé, invisible à l'oeil nu. Pour appréhender cet Univers, il faut laisser tomber tous ses acquis. Muer. Laisser tomber la vieille dépouille qui nous a été léguée par d'autres et revêtir l'Armure de l'Homme Nouveau... c'était l'Enseignement de Ieschoua qui ne doit pas être pris au sens littéral comme le fait l'Eglise Catholique Romaine... lire avec les yeux de son âme et non avec ses yeux de chair... savoir Décrypter...

Ne mentez pas les uns aux autres,
vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres
,

et
ayant revêtu l'homme nouveau,
qui se renouvelle, dans la connaissance,
selon l'image de celui qui l'a créé.

Colossiens 3/9-10

 

Je commence par poser un texte de Nicolas Berdiaeff... sur l'Argent... domaine du Prince de ce monde... et une plaie pour l'Humanité... ce que Ieschoua nommait Mammon... soit vous suivez la route de votre Ego, de votre corps donc du Matériel soit vous suivez la route de votre Âme... de votre dieu Intérieur...

Nul ne peut servir deux maîtres ;
car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre;
ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre.
Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon.
Matthieu 6/24

L’argent

 

 

 

 

Si la propriété est une garantie de la liberté et de l’indépendance de l’homme, de tous les hommes, l’existence d’un prolétariat privé de propriété est inadmissible. Mais le bourgeois ne veut l’indépendance et la liberté que pour lui-même, et il ne connaît pas d’autre liberté que celle que lui assure la propriété. Celle-ci remplit en effet une double fonction: elle peut être une garantie de la liberté et de l’indépendance, mais elle peut aussi faire de l’homme un esclave du monde matériel, du monde des objets. La propriété perd de plus en plus son caractère individuel. Telle est l’action de l’argent, ce grand facteur de l’esclavage de l’homme et de l’humanité. L’argent est le symbole de l’impersonnel, il rend possible l’échange impersonnel de toute chose contre n’importe quelle chose. Mais même en tant que propriétaire le bourgeois perd son nom propre et devient un anonyme. Dans le royaume de l’argent, dans les livres de comptabilité des banques, on ne trouve que des chiffres, derrière lesquels les noms des propriétaires disparaissent. L’homme s’éloigne de plus en plus du monde réel, pour se perdre dans un monde fictif. Le règne de l’argent est doublement affreux, car son pouvoir ne constitue pas seulement une offense pour le pauvre et le non-possédant, mais fait de l’existence humaine une fiction, quelque chose de spectral. Le règne du bourgeois aboutit à la victoire de la fiction sur la réalité. Or la fiction constitue l’expression extrême de l’objectivation de l’existence humaine. Contrairement à ce qu’on pense généralement, la réalité est l’attribut non de l’objectif, mais du subjectif. La primauté revient au sujet, et non à l’objet. Que la propriété soit en mauvaise posture, c’est ce qui ressort déjà du fait que les gens se sentent mal à l’aise toutes les fois qu’il est question d’argent et de propriété.

Nicolas Berdiaeff, De l’esclavage et de la liberté de l’homme, 1939.

L’argent est la force et la puissance d’un monde séparé de l’esprit, c’est-à-dire de la liberté, de la signification, de l’acte créateur, de l’amour. Il existe deux symboles : le symbole du pain et celui de l’argent, et deux mystères : le mystère du pain, ou mystère eucharistique, et le mystère de l’argent, ou mystère satanique. Une grande tâche s’offre à nous : renverser la puissance de l’argent et constituer un gouvernement du pain. L’argent sépare l’esprit et le monde, l’esprit et le pain, l’esprit et le travail. L’argent est l’ennemi essentiel d’une spiritualité intégrale englobant toute la vie humaine. Séparée de la plénitude de la vie, la spiritualité justifie la puissance de l’argent et trahit le symbole du pain. Dans le symbole du pain, l’esprit s’unit à la matière de ce monde. Le monde retranché de l’esprit se place sous le signe de l’argent. Le règne de l’argent est précisément le règne de l’objectivation. Le symbole du pain nous ramène au contraire à l’existence authentique. Le règne de l’argent est le règne des fictions, le règne du pain est le retour aux réalités. Le socialisme lutte contre un règne qui se situe sous le signe de l’argent. Mais si le socialisme est retranché de l’esprit et de la spiritualité, il reviendra fatalement au règne de l’argent. Le règne de l’argent est celui du prince de ce monde, le règne du bourgeoisisme. Ce sera le cas également du royaume socialiste, si le socialisme ne s’unit pas à la spiritualité. Seule la spiritualité, c’est-à-dire la liberté, c’est-à-dire l’amour, c’est-à-dire la signification, s’oppose efficacement au règne de l’argent, au règne du prince de ce monde.

Nicolas Berdiaeff, Esprit et Réalité, 1939.

 

 

 

Posté par Adriana Evangelizt
 

 

 

 

 

 

 

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2 octobre 2006 1 02 /10 /octobre /2006 18:19

Quelques textes de Nicolas Berdiaeff, mon philosophe préféré... il a développé une philosophie -qui se rapproche fort de l'Hermétisme- cnnférant à l'homme une responsabilité à nulle autre pareille... faire se réaliser le "Royaume de Dieu" par ses "actes créateurs". Réaliser en lui l'image divine et ainsi réaliser la divino-humanité de Dieu lui-même. L'acte transcendant qui libère et apporte la réalisation de l'Être ici et maintenant pour se rapprocher de l'Au-delà...

 

 

La Création

 

 

par Nicolas Berdiaeff

 

 

 

Nicolas Berdiaeff, Le Sens de la création,

Un essai de justification de l’homme, 1916.

 

La source de l’extase créatrice et de l’aperception géniale est incluse dans l’énergie sexuelle : tout ce qui est authentiquement génial est érotique. Mais cette génialité créatrice est étouffée dans le courant sexuel qui aboutit à l’acte sexuel. C’est l’acte sexuel lui-même qui est contraire à toute génialité et à toute universalité; il reste toujours provincial. Si la génialité est pénétrée d’érotisme, elle n’est à aucun égard sexuelle au sens différencié et spécialisé de ce mot. Sans doute, un être de génie peut vivre une vie sexuelle différenciée, il peut s’adonner à la plus extrême débauche, mais la génialité en lui sera un obstacle à cette direction prise par son énergie sexuelle, et il y aura au fond de lui-même comme une profonde cassure. La génialité est incommensurable à l’aménagement des formes bourgeoises de la vie, au point que la vie de l’homme génial peut ne pas être une vie "naturelle". Ce sont ces profondes convulsions de la sexualité humaine qui doivent amener l’avènement de l’époque nouvelle créatrice.

 

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Essai de métaphysique eschatologique

 

par Nicolas Berdiaeff

 

 

 

Pour la philosophie de la création, il est fondamental de reconnaître que l’homme ne  se trouve pas dans un système achevé et stabilisé d’être ; ce n’est qu’à cette condition que l’acte créateur de l’homme est possible et se comprend. Il y a aussi une autre thèse capitale, c’est que l’acte créateur de l’homme n’est pas seulement un regroupement et une nouvelle répartition de la matière du monde, n’est pas seulement une émanation, un écoulement de la matière primordiale du monde, n’est pas non plus une simple mise en forme de la matière dans le sens d’une superposition qu’on lui imposerait de formes idéales. À l’acte créateur de l’homme s’ajoute un élément nouveau, qui n’a jamais existé, qui n’est pas inclus dans le monde tel qu’il nous est donné dans sa constitution, un élément provenant d’un autre plan du monde et qui se fraie un passage, un élément qui n’a pas son origine dans des formes idéales éternellement données, mais dans la liberté, non point une liberté obscure, mais une liberté éclairée. La possibilité d’une puissance de création dans le monde témoigne de l’insuffisance de ce monde, d’une victoire continuelle sur lui, de l’existence pour lui d’une force partant d’un autre monde ou de couches plus profondes que ce monde de platitude. En outre, la puissance créatrice de l’homme atteste que l’homme appartient à deux mondes et qu’il est appelé à une situation royale dans le monde. Pascal prononçait une parole très profonde quand il disait que la conscience que prend l’homme de son néant est un signe de sa grandeur.

J’ai déjà dit que l’apparition de puissants créateurs ne pouvait être déduite du milieu ni expliquée par un rapport causal. Pouchkine ne pouvait être engendré par le milieu de son temps, et son apparition, de ce point de vue, doit être présentée comme un miracle. Et cela est vrai pour toute conception créatrice en elle expire toujours le vieux monde. Non seulement ce que crée le "moi", mais l’existence même du "moi" est déjà un effort créateur, un acte créateur synthétique. Gundolf a raison quand il dit que la puissance de création est une expression de toute la vie de l’homme. L’homme crée sa personne et dans la puissance créatrice il exprime cette personne. Dans l’autoconstruction du moi, de la personne, l’esprit humain accomplit un acte créateur de synthèse. Un effort créateur de l’esprit est nécessaire pour empêcher la désagrégation du moi, le dédoublement et la décomposition de la personne. L’homme n’est pas seulement appelé à la puissance créatrice comme activité dans le monde et sur le monde, mais il est lui-même puissance de création et sans cette puissance il n’a pas de personnalité. L’homme est un microcosme et un microthéos. Il n’est une personne que quand il ne veut pas être partie de quelque chose ou être composé de parties. La figure de l’homme est unité créatrice.

 

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De la destination de l'homme

 

par Nicolas Berdiaeff


Essai d’éthique paradoxale, 1931

 

Il serait faux de croire que le culte de la création est celui de l’innovation et de l’avenir. Car l’acte créateur authentique n’est pas plus tendu vers l’ancien que vers le nouveau : il est dirigé vers l’éternel. Mais tout en étant orienté vers lui, il peut avoir pour résultat quelque chose de nouveau, l’innovation dans le temps n’étant que la projection, la symbolisation du processus créateur se déroulant dans la profondeur de l’éternité. La création peut donner le bonheur, mais celui-ci n’est qu’une conséquence ; car jamais la félicité n’est la fin de l’acte créateur, qui connaît ses souffrances et ses tourments. L’esprit humain a deux tendances, deux orientations : l’une le portant vers la lutte, l’autre vers la contemplation. La création se déroule à la fois dans les deux ; elle comporte une inquiétude et la contemplation marque en elle un temps de repos. Aussi est-il impossible de scinder ces deux tendances, ou de les opposer l’une à l’autre. Car l’homme est un être destiné à la lutte et à la manifestation de sa force créatrice, à la conquête d’un rang royal dans la nature, tout en étant un être destiné à la contemplation mystique de Dieu et des mondes spirituels. La contemplation ne nous apparaît comme étant passive, inactive, que par comparaison avec l’énergie que déploie la lutte dirigée vers le monde. Mais l’activité créatrice orientée vers Dieu équivaut à une contemplation. On ne peut pas conquérir Dieu au moyen d’une lutte active, analogue à celle que nous soutenons contre les éléments de la nature. Nous ne pouvons que le contempler à l’aide d’une orientation ascendante de notre esprit. Mais cette contemplation constitue notre réponse à l’appel divin. Car on ne peut voir dans la contemplation qu’un amour, qu’une extase d’amour; or, l’amour est toujours une création.


Posté par Adriana Evangelizt

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