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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 21:46

  Article intéressant de John Lash où il prône un concept -la Contre-Violence- que pratiquent depuis déjà pas mal de temps, les Guerriers de Lumière investis de la Puissance Elohim afin de mettre un terme à la NUISANCE DES PREDATEURS. Ceci est le Droit Absolu des Protecteurs de l'Humanité. Car que voyons-nous aujourd'hui ? Une horde de barbares à l'assaut de la Planète qui s'est fixée comme But de décimer l'espèce humaine. Le combat contre ces nuisibles se fait SANS ARMES LETALES HUMAINES, sans bombe atomique, sans recours au terrorisme, sans se salir les mains et sans connaître de visu ou personnellement la ou les "cibles" à abattre. Ceci est d'ailleurs la condition sine qua none.

 

Tout se passe avec la Force de l'Esprit en communication directe avec les Puissances Terrestres et Cosmiques. Il suffit de se concentrer sur l'Entité et les Forces Supérieures exécutent le Travail. Selon la Loi Sacrée :

 

"Les demi-initiés, reconnaissant la non-réalité relative de l'Univers, s'imaginent qu'ils peuvent défier ses Lois ; ce sont des sots insensés et présomptueux qui vont se briser contre les écueils et que les éléments déchirent à cause de leur folie.

 

Le véritable initié, connaissant la nature de l'Univers, se sert de la Loi contre les lois, du supérieur contre l'inférieur, et par l'Art de l'Alchimie, il transmute les choses viles en des choses précieuses ; c'est ainsi qu'il triomphe.

 

La Maîtrise ne se manifeste pas par des rêves anormaux, des visions et des idées fantastiques, mais par l'utilisation des forces supérieures contre les forces inférieures, en évitant les souffrances des plans inférieurs en vibrant sur les plans supérieurs. La Transmutation n'est pas une négation présomptueuse mais l'Epée du Maître."

 

Tout ce qui nuit à l'Humanité ici-bas doit être détruit comme on éradique les virus de la peste ou de la lèpre. Car si nous ne les détruisons pas, c'est eux qui nous détruirons. Et c'est d'ailleurs, ce qu'ils sont en train de faire. Qui peut-être dupe ? Et qui peut croire que l'on peut les amadouer avec l'Amour ou la Compassion ? Ces entités inhumaines sont incapables du moindre sentiment. Ils sont froids comme la Mort. Les Forces Supérieures sont donc à l'oeuvre pour stopper leur nuisance avec tous les moyens dont elles disposent... la Chasse aux Prédateurs est ouverte !

 

 

 

 

La Chasse aux Prédateurs est Ouverte

 

La Contre-Violence au service de la Paix dans le Monde

 

1ère partie

 

par John Lash

 

 

Traduction de Dominique Guillet

 

En mai 2008, je lançai la rubrique “Contre-Violence et Ethique du Guerrier” sur mon site de Métahistoire avec un essai d’orientation pour en préciser les fondements. Cet essai était abrégé et incomplet. A cette époque, les conditions présidant à l’existence de mon site internet ne me permettaient pas de présenter une vision plus conséquente de la contre-violence et de ses applications, incluant la magie rituelle d’intention protectrice et létale. C’est maintenant le moment d’expliciter cette vision en termes très clairs.

 

Ma recension du film Avatar suggère certains points qui peuvent servir à réintroduire la contre-violence et qui en souligne la nécessité comme une voie vers la paix dans le monde à notre époque. Dans cette recension, j'ai déclaré “la chasse ouverte aux prédateurs”.

 

De prime abord, permettez-moi de clarifier très précisément que la contre-violence doit être dirigée vers les prédateurs humains qui s’attaquent à ceux de leur propre espèce au travers d’orchestrations globalistes et qu’elle ne peut jamais être utilisée pour une cause privée. La cible individuelle de la rage transpersonnelle ne peut pas être quelqu'un que vous connaissiez personnellement mais quelqu’un qui vous est connu en dehors de tout contact personnel: c’est un principe-clé de l’éthique des guerriers dans la vision Gaïenne.

 

andeanpuma1.jpg

 

Le Puma des Andes: l'animal sacré de pouvoir, symbole de la contre-violence

 

 

L'Action Juste

 

Dans mon ouvrage “The Hero - Manhood and Power”, j’ai suggéré que l’on puisse définir un héros par ce contre quoi il s’oppose. C’est une manière de déterminer, sur le plan individuel, une motivation héroïque. Si l’humanité, quant à elle, possède aussi un aspect héroïque, incluant la capacité de se battre pour se défendre et pour vaincre tout ce qui menace sa survie, cette définition ciblée peut sans doute être appliquée, alors, sur le plan générique ou universel. Ainsi donc, contre quoi s’oppose l’espèce humaine qui requerrait une réaction héroïque? La réponse est la suivante: la prédation à l’encontre de ses propres congénères, à l’intérieur de l’espèce. La contre-violence constitue la réponse correcte et authentique, d’un point de vue éthique, à une telle prédation.

 

Dans le Bouddhisme, le Noble Chemin Octuple, est constitué de huit membres, huit genres de choses correctes à réaliser: l’action juste, la parole juste, les moyens d’existence justes, etc. Mais qui définit ce qu’il est correct de réaliser? Et sur quels fondements? John Lash définit-il personnellement ce qu’il est juste de faire sous l’égide de ce qu’il appelle “l’action rituelle juste”, en faisant une allusion délibérée au Noble Chemin Octuple? Non, John Lash n’est pas en train de définir ce qu’il est juste de faire au niveau de la surro-prédation: il démontre que, dans cet exemple spécifique, la situation qui menace globalement l’espèce humaine doit définir ce qu’il est juste de faire. C’est la menace elle-même qui en définit la réponse correcte. D’où le besoin impératif de discerner et de diagnostiquer la menace du mal socialement orchestré à notre époque. (se reporter à la rubrique Télestique).

 

L’auteur n’est pas une figure d’autorité et certainement pas un moraliste dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou proposant des principes très élevés tels que les huit membres du Noble Chemin Octuple du Bouddhisme qui sont pacifiques par nature. Soulignons au passage que ces huit directives n’ont absolument rien à voir avec la quête de l’illumination qui est supposée être la finalité principale des pratiques et de la méditation Bouddhistes; de telles pratiques ne sont pas mêmes d'ailleurs préparatoires à cette quête. Le Noble Chemin Octuple est la voie de garage de l’enseignement Bouddhiste. Ce commentaire nécessite une petite digression.

 

Il faut se souvenir qu’au 6 ème siècle avant EC, les enseignements du Prince Siddharta constituèrent une hérésie à l’encontre des doctrines Védiques et Brahmaniques et elles étaient considérées comme telles à cette époque. Dans le Noble Chemin Octuple, Siddharta - ou plus probablement ceux, plus tard, qui furent chargés de ses relations publiques - adopta une position antagoniste vis à vis de l’éthique guerrière proclamée par Lord Krishna dans la Bhagavad Gita, le coeur vibrant des écritures Védiques-Brahmaniques. Dans ce discours poétique, Krishna (supposément une incarnation de l’amour divin) conseilla à son conducteur de char, Ajurna, d’accepter la mission du guerrier et de combattre sur le champ de bataille. Ce faisant, Krishna ne prôna pas la guerre ni n’approuva la violence en soi mais considéra que c’était la chose juste et adéquate à réaliser dans la situation confrontée par Ajurna.

 

A cette époque, le Noble Chemin Octuple constituait une déviation de l’antique standard guerrier de Lord Krishna, un tournant libéral en direction du pacifisme et de la passivité éthique. Les pratiques du chemin octuple semblent être altruistes mais, en réalité, elles ne servent que l’intérêt personnel. Elles permettent aux adeptes de rester dans leur cocon éthique, tranquillement à l’abri des challenges posés par les orchestrations en 3 D du mal social (division, domination, dissimulation). Ce sont des platitudes égoïstes et auto-gratifiantes, relativement moins dangereuses que les Béatitudes du Sermon sur la Montagne mais conçues, néanmoins, dans la même veine d’apaisement psychosocial. Elles sont, en fin de compte, anodines et constituent une distraction eu égard à la libération spirituelle. Le chemin de l’illumination, à notre époque, est tracé ailleurs et Siddharta le savait for bien: c’est pour cela qu’il conféra des enseignements oraux secrets à son cousin et proche disciple (qui coïncidence ou pas, s’appelait également Ajurna) au sujet de l’approche exceptionnelle de la libération adaptée au Kali Yuga. (J’ai souligné dans les essais sur 2012 que le Kali Yuga débuta avec la mort de Krishna en 3102 avant EC et qu’il se terminera en 2216 EC et que la vie du Bouddha historique tomba exactement au point-médian de cette période de temps).

 

L’intention de cet exposé, sur l’éthique guerrière, n’est ni de prêcher ni de proposer ce que autrui devrait faire. Loin s’en faut. C’est plutôt de rendre explicite ce qu’il va falloir sans doute réaliser, et qui peut être réalisé, à l'encontre de la prédation vis à vis de l’espèce humaine par des membres-même de cette espèce. La chose correcte à réaliser, dans cet exemple, est l’action qui sera opérationnelle sur le plan de l’auto-défense de l’espèce. La finalité déclarée de l’action juste est la même que la finalité réelle: vaincre les machinations en 3D: la division, la dissimulation et la domination utilisées par ceux-là même qui orchestrent délibérément le mal social, tout en comptant sur d’autres pour l’exécuter à leur place. La chose correcte à faire dans ce cas serait la contre-violence dirigée à l’encontre des principales factions en contrôle de l’orchestration ainsi que de ceux qui exécutent leurs objectifs, que cela soit en complicité naïve ou autrement. Il n’existe pas de participants innocents dans le psychodrame du mal social et il peut se produire des “dommages collatéraux” dans une attaque de contre-violence sur les prédateurs globalistes.

 

La contre-violence est l’usage de la rage violente au service de la défense de l’espèce et de la défaite de la prédation, au travers d’une application ritualisée d’une telle rage - par exemple, des charmes pour tuer à distance. Dans les cultures de tous les âges, et jusqu’à ce jour, les shamans ont été reconnus tout autant pour leur capacité à guérir que pour leur capacité à tuer. A ma connaissance, le renouveau actuel du shamanisme en a totalement écarté ce dernier aspect. Cela risque, évidemment, de donner une mauvaise image du shamanisme que de déclarer qu’un shaman qui peut communier avec la nature, et guérir le cancer, peut également tuer, en ayant recours à la technologie magique des plantes ou aux “dards magiques”, telle que la recherche dans ce domaine en témoigne. Il sera sûrement objecté qu’en orientant l’attention vers cet aspect du shamanisme - développé dans l’écosorcellerie Gaïenne, telle que je l’appelle - je cautionne et je promeus de nuire à autrui et même de tuer autrui. Certains diront que c’est une proposition ountrancière émanant d’un esprit malsain; que, de plus, cet allumé, que nous prenions autrefois pour un érudit posé, est maintenant en train de proposer l’usage de la magie rituelle, une sorte de vaudou d’inspiration Gaïenne, pour nuire et pour tuer; que c’est un appel à la démence et à la superstition; qu’un tel appel va reconduire illico la société dans les voies sombres du passé, avec des shamans se bataillant méchamment, maléfiques et immoraux, une magie noire échappant à tout contrôle.

 

Serais-je dans l’illusion totale de proposer une approche magique pour vaincre les orchestrations du mal social? Et encore pire, se pourrait-il que je propose une forme de mal pour en soigner une autre. Comment répondre à une telle objection?

 

Tout d’abord je voudrais suggérer que nous, en tant qu’espèce, nous sommes sans doute déjà profondément plongés dans une sorte de guerre shamanique sur cette planète, et qui est beaucoup plus grave et plus destructrice, et de loin, qu’une escarmouche tribale. Selon ce que certaines personnes affirment, il existe une guerre dont notre mental est la cible. Et que faire, s’il est vrai que la guerre psychologique a été utilisée à l’encontre des populations depuis les années 1950, l’époque du “Candidat Mandchou”? Que faire, si nous sommes déjà dans un monde où la “magie noire” a échappé à tout contrôle. Et s’il en est ainsi, nous serions bien avisés de découvrir qui sont les magiciens (informations à venir dans la voie rapide de l’instruction Kalika), ce que sont leurs méthodes et intentions sous tous aspects (clarification éminente à venir) et comment définir les règles de la confrontation (cramponnez-vous).

 

Secondement, gardez à l’esprit que les chamailleries shamaniques, dans les sociétés tribales, impliquaient toujours des finalités privées ou personnelles. Il n’est que de prendre en considération les nombreux récits de la tradition Aborigène en Australie. Dans cette culture, les individus sont persuadés que la mort ne vient pas naturellement mais au travers d’une intention meurtrière émanant d’une personne qui possède les moyens de la provoquer, généralement à l’aide de dards magiques. L’homme de médecine Aborigène, qui attaque mortellement une autre personne, a une relation directe avec elle et une affaire à régler; ou bien il est en relation de parenté avec cette personne, via des intermédiaires. Par contre, dans la contre-violence, il n’existe aucun lien intermédiaire, même lointain, avec l’individu qui en est la cible. Dans l’écosorcellerie Gaïenne, l’intention mortelle ou blessante ne peut pas être dirigée à l’encontre d’un individu connu personnellement du praticien. L’éthique du guerrier requiert que l’intention d’un tel rituel reste purement transpersonnelle. Ce principe étant observé, il est impossible que l’action juste rituelle dégénère dans des empoignades classiques de vendettas et de jeux de pouvoirs shamaniques. L’orientation de la magie planétaire est totalement différente de celle de la magie tribale shamanique du passé et sa réalisation est, de même, immensément différente.

 

En ce qui me concerne, je ne prendrais même pas la peine de parler du shamanisme de nos jours, en pagayant assez rapidement pour garder le rythme de la vulgarisation chic de ce thème, sans attirer l’attention sur la capacité d’un shaman authentique de guérir tout autant que de tuer.

 

Avec l'écosorcellerie Gaïenne, les arts létaux du shamanisme ne peuvent plus être ignorés car l’espèce humaine, aujourd’hui, en a besoin pour son auto-défense. Je déclare donc que la chasse est ouverte aux prédateurs mais, ce faisant, que la contre-violence n’est pas un appel à une insurrection sociale violente, à des bains de sang dans les rues, à des assassinats, à des batailles diaboliques, et à tout ce qui s’en rapproche. La contre-violence est un appel héroïque à protéger l’espèce humaine et, dans la même cause, à protéger l’habitat offert par la planète mère, là où les tribus de cette espèce, et leurs cousins non-humains, peuvent survivre et prospérer dans un pacte symbiotique d’existence paisible.

 

Kali = Délivrance

 

Il pourrait être objecté que Kali est une déesse Hindoue dégénérée, et tout autant un produit de la pathologie collective que les cerveaux du mal social contre lesquels je déclare la chasse ouverte. C’est certainement vrai de la forme de Kali qui vénérée, en une dévotion servile et insensée, par des millions d’Hindous de nos jours. Je rejette totalement la Kali populaire dont j’ai visité les sanctuaires à Calcutta, et ailleurs, dans le sous-continent. Les ghats en feu sont des crématoires puants où les natifs sacrifient des poulets à Kali Ma dans une frénésie de supplications. Ces dévots sont des esclaves misérables du malheur qui croient que la déesse guerrière Durga va intervenir en leur faveur. Ces stupidités sont ridicules. Je n’ai rien à voir avec ces gens.

 

Mon expérience de Kali a été intime depuis l’âge de quatre ans. Je peux vous dire comment je la perçois et comment je crois qu’elle est perçue par les guerriers Gaïens, les praticiens de la contre-violence au service de la Terre. Kali est la patronne de tels guerriers et non pas la salvatrice des masses grouillantes qui larmoient à ses pieds. Ces gens ne sont que des décombres pour Kali. Elle n’aime que les braves qui, en sa compagnie, vont défendre les voies sacrées de Bhudevi, la déesse de la Terre - pour ne citer qu’un de ses nombreux noms prononcés dans le Voeu Gaïen. Kali déteste les êtres humains faibles, crédules et obséquieux.

 

Il pourrait être également objecté que Kali, ou Bhudevi, ou Gaïa-Sophia, ou toute autre déesse que je nomme, ne sont simplement que des produits de l’imagination et peut-être même d’une imagination malsaine, fébrile et pathologique. Est-ce que je crois que de telles déesses sont réelles? Je le crois certainement, tout autant que je croie que le jet-stream est physiquement réel. Ou que la photosynthèse est physiquement réelle. Ou que l’anneau hexagonal du benzène est physiquement réel. Cependant, ces déesses ne sont pas physiquement et continuellement réelles dans une incarnation littérale: c'est comme si elles pouvaient se manifester dans des hologrammes permanents. Elles ne se manifestent pas de cette manière à l’exception de cas extrêmement rares avec certains individus, mais jamais pour un show collectif ou un spectacle de masse. On peut les concevoir, imaginativement, comme des projections des émotions humaines et des formes d’ondes des émotions de la mère animale planétaire, mais elles ne possèdent pas non plus seulement une existence imaginative. Elles sont des forces surnaturelles oeuvrant à la frontière entre la nature et la psyché, là où les profondeurs invisibles du monde naturel pénètrent dans le psychisme. Elles sont de magnifiques expressions vivantes et palpitantes du Nagual, l’autre monde dénié par le rationalisme étroit et exclu de la vision par les limites rationnellement définies de la perception. Cependant, par la pratique de l’écosorcellerie Gaïenne, ces limites se dissolvent et les paramètres de la perception sont transformés à jamais.

 

Les guerriers mystiques appellent cette transformation de la perception “la métamorphose bleue” en allusion à un phénomène connu: la lumière qui s’approche du témoin tend à passer vers l’extrémité bleue du spectre visible alors que la lumière qui repart passe vers l’extrémité rouge. Au fil des âges, les shamans et les visionnaires ont détecté l’équivalence surnaturelle de cette métamorphose, dont a émergé la tradition de dépeindre des divinités, tel que Krishna, en bleu. Dans son ouvrage “When the Impossible Happens”, le psychiatre Stanislav Grov décrit le phénomène mystique de la Perle Bleue, un signal ou une augure de cette métamorphose. Il évoque, en connaissance de cause, l’Etre Bleu rencontré par certains praticiens du Siddha Yoga. Dans le cycle d’essais sur 2012, je décris ma rencontre avec les Visages Mayas Bleus, les shamans itinérants intergalactiques qui vivent de façon permanente dans cette métamorphose. Quelque chose inspira James Cameron - selon son témoignage, lors d’un rêve - à dépeindre les chasseurs-cueilleurs Na’vi de Pandora avec des peaux bleues. A l’image des dévots de Kali, les Na’vi d’Avatar sont des guerriers shamaniques qui combattent pour protéger leur mode de vie en immersion profonde avec Eywa, la Gaïa-Sophia de leur planète.

 

Lorsque je parle de Kali, je ne me complais nullement dans des faux-semblants et je ne demande à personne de se joindre à moi dans un jeu de fantaisie grandiose. Vous pouvez soit expérimenter par vous-mêmes la réalité de ces déesses, soit, sous le joug de votre incrédulité, vous en distancer, à vos risques et périls. L’incrédulité de l’agnosticisme, ou de l’athéisme matérialiste, constitue également une pathologie, et tout aussi pernicieuse, à sa façon, que la foi fanatique en un dieu créateur ou en un messie.

 

Lorsque j’invoque des déesses, particulièrement cette paire, Kali et Gaïa, je n’attends ou je ne requiers aucune réponse de croyance consentante: je vous invite à une expérimentation, à un challenge d’intention visionnaire. Je vous convie, vous l’individu, à contempler le destin de votre espèce.

 

Kali = Délivrance. Cette déesse est la plus grande protectrice des êtres humains mais elle ne protège pas l’humanité, en général. Elle protège ceux qui protègent l’humanité. Et à ceux de son camp, les guerriers mystiques pour Gaïa, Kali confère sa délivrance de la condition humaine. Le paradoxe incroyable de cette déesse est qu’elle protège l’humanité au travers de ceux qu’elle délivre des limitations propres à l’espèce. Comment Kali délivre-t-elle? Par la destruction de l’illusion, plus particulièrement l’illusion de la compassion. A sa manière, c’est une mère nourricière: elle nourrit avant tout le courage. Mais la seule chose que Kali ne nourrisse pas, ce sont les illusions humaines. Elle les détruit, et, dans le même élan, elle détruit ces gens qui ne peuvent pas se dépouiller de leurs précieuses illusions, de leurs illusions auto-gratifiantes. A cet égard, elle ne fait aucune distinction entre les victimes et les perpétrateurs unis en une collusion pernicieuse et partageant l’illusion évaluatrice des justes versus les méchants. Les guerriers consacrés à sa cause ne témoignent pas plus de respect pour cette distinction.

 

Il n’est demandé à personne de croire que les déesses Kali et Gaïa existent dans quelque jeu de faux-semblants exacerbés de divinités. Tenez compte de ce que j’ai écrit à l’encontre des religions, prenez en considération mon oeuvre de mythologie comparée, et de déconstruction des croyances qu’ils encodent, et vous verrez que je suis la dernière personne au monde pour exiger de telles croyances.

 

Ce en quoi vous avez besoin de croire, c’est en votre faculté de rencontrer, en contact direct et rapproché, ces puissances surnaturelles divines qui imprègnent le monde ordinaire. Le challenge de l’intention visionnaire, de vivre et d’agir dans le rêve lucide de Gaïa-Sophia, est de vous connaître vous mêmes engagé dans cette dimension divine et surnaturelle, en interaction avec elle. C’est de là que Kali émerge. Elle vient pour protéger et pour délivrer. Elle vous invite en sa présence.

 

Ce long discours sur les déesses pourrait sembler déplacé dans le présent exposé. Il est vrai que je peux me laisser emporter par ce sujet mais, dans ce cas précis, mon intention est claire et précise: c’est de vous informer que la contre-violence ne peut pas être pratiquée par des humains seuls, à savoir pratiquée sans connexion surnaturelle. Et plus particulièrement la connexion avec Gaïa et Kali, qui porte le courroux de Gaïa. Ainsi qu’il a été dépeint brillamment dans le film Avatar, la mère animale planétaire n’intervient pas dans les affaires humaines. Neytiri dit à Jake: “elle oeuvre uniquement pour protéger l’équilibre de la vie”. Kali intervient dans la condition humaine alors que Gaïa elle-même s’approche de l’humanité, dans ses moments les plus sombres, au travers de la matrice des animaux de pouvoir.

 

Il est impossible de pratiquer la contre-violence sans l’assistance intime de Kali la Libératrice et de ces animaux de pouvoir qui sont les expressions incarnées de la furie protectrice de la mère planétaire. J’invoque donc la déesse Kali afin de s’harmoniser avec les desseins de Gaïa parce que la mère animale planétaire a sélectionné ces membres de l’espèce féline, avec des marques particulières, pour se connecter intimement avec l’humanité dans le dessein de réaliser un monde plus moralement équilibré et plus paisible. Elle a sélectionné les félins avec des taches en forme de goutte.

 

Nuisance Intentionnelle

 

La contre-violence est une voie destinée à ceux qui sont opposés à la violence afin qu’ils puissent utiliser la capacité pour la violence dans une attaque rituellement exercée à l’encontre des malfaisants. Vous pouvez rejeter la violence exercée physiquement comme un moyen de contrôle et de domination, une manière de blesser ou de maîtriser autrui mais si vous acceptez la violence en tant qu’accessoire de la self-défense, vous pourriez être qualifiés pour cette pratique. Si, cependant, vous êtes quelqu’un qui ne va pas se défendre lorsqu’attaqué dans la rue, la contre-violence n’est pas pour vous. Elle requiert la reconnaissance de la potentialité pour la violence en soi-même.

 

La contre-violence est le recours à la potentialité violente, selon des voies altruistes et bienveillantes, à l’encontre de ceux qui exercent la violence dans des buts égoïstes ou maléfiques. C’est un chemin d’action intentionnellement pris à l’encontre de la violence en contraste avec la non-action de laisser la violence s’exercer en toute impunité ou d’y résister passivement. Ce chemin se dirige radicalement au-delà des stratégies moralement acceptables de la résistance passive et de la dissension non-violente. Gandhi élabora son éthique de résistance non-violente à partir du concept Jain d’ahimsa, le non-nuire. L’éthique guerrière embrasse la nécessité de faire face à la violence, et aux orchestrations du mal qui nécessitent la violence pour être réalisées, par une force contre-active. Toute personne croyant que l’orchestration sociale, et le mal délibéré, peuvent être vaincus par l’amour et la résistance passive est invitée à conserver ses croyances bien au chaud. Elle pourrait tout aussi bien se convaincre qu’un garçon brutal, dans une cour d’école, peut être maîtrisé, et empêché de nuire, en sollicitant de lui une raclée et en l’aimant pour ce service.

 

La contre-violence n’est pas inoffensive: elle peut intentionner la nuisance, même la nuisance létale. Le terme opérationnel est ici “l'intention”. La contre-violence canalise et focalise l’intention de nuire pour la cause de la protection de l’espèce humaine et dans le but d’éliminer les surro-prédateurs, à savoir les humains dont la proie est constituée d’autres humains. La première règle de l’action juste rituelle, la libération ritualisée de la rage transpersonnelle, stipule qu’elle ne peut jamais être utilisée sur quiconque qui vous soit connu en relation directe.

 

La contre-violence est un mal dirigé vers ceux qui font le mal avec des visées égoïstes d’une telle manière que le mal prolifère globalement. En ayant recours à l’action juste rituelle, l’individu qui pratique la contre-violence intentionne la violence sans entreprendre les moyens physiques de l’exécuter, sans utiliser une quelconque arme physique ou instrument tel que le poison, sans assaut en contact direct et sans agir au travers d’un intermédiaire (tels que les tueurs à gages) ou d’un réseau d’intermédiaires. La contre-violence a recours à “l’action à distance” sans lien physique qui puisse être retracé du praticien à la cible identifiée. Lorsque l’intention est létale, elle résulte en une mort magique. Les shamans ont exécuté des actions à distance depuis des lustres dans les sociétés tribales. La contre-violence est la pratique de l’agression shamanique à l’échelle planétaire.

 

S’il semble objectionnable, du point de vue des principes, d’intentionner le mal vis à vis d’autrui, méditez sur le point suivant: le mal intentionnel est une situation inéluctable qui procède de la condition humaine, une inclination innée hautement exploitée par certains et déniée ou réprimée par d’autres qui se considèrent comme de meilleures personnes que les premiers (en assumant “une base morale supérieure”). Mais si le mal intentionnel, vis à vis d’autrui, est tenu d’arriver, telle que la situation prévaut chez certains membres de la race humaine, on pourrait alors estimer que c’est une responsabilité d’intentionner le mal sans aucun autre propos que celui de contrecarrer et de vaincre ceux qui le font à propos, avec des visées égoïstes telles que l’acquisition, le contrôle et la domination. Pratiquer la contre-violence, c’est rendre la pareille pour le mal exécuté avec des visées égoïstes. Cet acte spécifique et crucial de réciprocation ramène l’équilibre moral dans l’ordre social. L’équilibre est restauré par des actions contre-violentes: se restreindre à intentionner le mal envers autrui juste par principe, en insistant catégoriquement que faire le mal à autrui n’est pas acceptable, résulte en ce que la balance penche lourdement en faveur des perpétrateurs qui ne s'embarrassent pas de tels scrupules.

 

Le mal à autrui est fait en permanence sur cette planète. Ce qui fait une différence, c’est qui fait du mal à qui et pour quelle raison. L’objection selon laquelle retourner le mal pour le mal ne va faire que générer un cycle d’escalade de violence ne tient pas debout dans le cas de la contre-violence: parce que le cours qui est promu n’est pas la violence pour répondre à la violence mais l’intention violente dirigée vers son équivalent de violence physique et réelle. Il est possible de pratiquer l’intention violente et d’être une personne aimante. Cependant, l’amour ressenti n’est jamais dirigé vers l'acteur de l’intention violente. L’amour n’est pas la solution ultime pour la paix dans le monde. Cela le serait si tout le monde optait pour l’amour. Mais il n’est que trop évident que tout le monde ne veut pas opter pour l’amour.  L’amour ne possède aucune force de persuasion sur les êtres humains pervers et déments qui ne cherchent qu’à nuire, qu’à orchestrer le mal social et qu’à s’attaquer aux membres de leur propre espèce. Pris dans une démence létale et terminale, ils se retournent contre l’espèce et y projette leur monstrueuse infatuation de supériorité et même de divinité. Ils cherchent à détruire l’humanité physiquement afin qu’il n’en reste rien qui puisse leur démontrer l’absence d’humanité en eux-mêmes.  L’amour ne peut rien faire pour de telles personnes. Il ne peut pas les atteindre ou les inspirer ou les convertir magiquement en personnes plus nobles. La contre-violence est la manière de les éliminer. Toute société qui ne peut pas détecter et éliminer de tels perpétrateurs, et de tels prédateurs, est condamnée à disparaître de par sa propre faiblesse morale.

 

L’action juste rituelle, l’expression ritualisée de la contre-violence, n’implique pas de nuire à ceux qui ne nuisent pas ou qui ne veulent pas nuire à autrui. Cette voie n’implique aucune complaisance avec les jeux de pouvoir pseudo-Sataniques. Les praticiens n’exécutent pas de sacrifices humains ou animaux dans la réalisation de ces rituels. Ils ne maltraitent pas les enfants. Ils n’utilisent pas de femmes dans des rites dégradants de pouvoir sexuel. En tant que précepteur de la contre-violence, je condamne strictement de telles pratiques. Un guerrier Gaïen n’utilise pas de puissance létale sur quiconque à l’exception des surro-prédateurs, des humains qui considèrent d’autres humains comme leur proie. Le principe fondamental de l’éthique des guerriers est de ne pas nuire à ceux qui ne nuisent pas. Aimer ses ennemis, tendre l’autre joue pour se la faire claquer, et faire le bien à ceux qui vous font le mal et qui vous persécutent, ne sont définitivement pas des principes prévalant sur ce chemin. Les guerriers Gaïens considèrent de telles platitudes comme les stratagèmes schizoïdes des perpétrateurs qui comptent sur la collusion victime-perpétrateur pour garder la main haute et gagner dans leurs jeux de division, de dissimulation et de  domination.

 

Les perpétrateurs du mal social oeuvrent à l’encontre de l’espèce humaine et de l’unité symbiotique de la vie planétaire. Avec leur scénario de fin de partie, qui est en train d’émerger dans le monde entier, ils conspirent en toute démence pour décimer la race humaine. L’eugénisme est leur signature, la bureaucratie est leur couverture. Dans leur démence, ils se considèrent comme une race spéciale jouissant du privilège d’asservir l’humanité ou de l’annihiler, en fonction de leur programme du jour.

 

Ceux qui croient pouvoir contrôler le monde ne sont pas même capables de se contrôler eux-mêmes. Ceux qui répandent la terreur au travers de la mystification du terrorisme vivent dans un état de peur perpétuelle. Ils requièrent des mesures élaborées de protection et de secrets afin de perdurer dans leurs fantaisies psychotiques de domination. Ce sont des mauviettes qui ne tiennent pas debout, dans le sens moral du terme. Ils ne possèdent aucune puissance autonome mais ils doivent s’en remettre à des réseaux de soutien et de complicité. Ils acquièrent leur pouvoir du consentement passif des gens qui ne sont pas assez avisés pour percer au grand jour leur petit jeu. Ils ont toute liberté de s’attaquer à leurs congénères tant qu’il n’existe pas assez d’êtres humains avec les tripes de les pourchasser. Non pas seulement de dévoiler leurs machinations, non pas seulement de caqueter à l’infini au sujet de la grande intelligence impliquée dans leurs tromperies, non pas seulement de les accuser de leur malfaisance évidente, non pas seulement de caresser le rêve futile qu’un jour ils auront à répondre de tout cela: non, juste de les pourchasser à mort. Faites les choir. C’est la fin du Kali Yuga, mes amis. La chasse est ouverte aux prédateurs.

 

Quelle est la proie, sélectionnée par la nature, de l’espèce humaine. Réponse: nous sommes l’unique animal qui puisse pourchasser n’importe quelle autre espèce mais nous n’avons pas de proie naturellement sélectionnée. C’est ce qui nous rend différent de toute autre espèce: pas supérieur, mais différent, exceptionnel d’une certaine manière. Cela rend compte également de la perversion bizarre par laquelle des êtres humains considèrent d’autres êtres humains comme leur proie. La surro-prédation implique une proie de substitution. Les masses deviennent la proie de quelques individus qui se retournent contre leur propre espèce plutôt que de se détruire eux-mêmes: cependant, ces surro-prédateurs sont sous l'emprise de la phase terminale de leur démence auto-destructrice. Ils substituent d’autres êtres humains pour la proie de leurs propres impulsions meurtrières, plutôt que de laisser ces impulsions les consumer eux-mêmes. Dans un certain sens, ils se servent de l’humanité comme d’une offrande sacrificielle à leur propre démence.

 

Il peut s’avérer difficile, au prime abord, de comprendre ce processus de surro-prédation. C’est quelque chose qui n’a pas encore été mis en exergue, à ma connaissance. Pour le comprendre correctement, il faut examiner attentivement la collusion victime-perpétrateur, qui est de facture purement humaine, en contraste avec la relation proie-prédateur, qui est une des lois les plus sublimes de la symbiose Gaïenne.

 

C’est le long de ce chemin d’investigation que l’on trouve le royaume des grands félins prédateurs, les chats tueurs aux marques en goutte d’eau...

 

John Lash. Andalousie. 10 février 2010.

 

Sources Liberterre

 

Posté par Adriana Evangelizt

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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 08:45

 

 

 

Quête du Graal et secrets de l'Eveil

(2ème partie)

par Guillaume DELAAGE

Son blog

LE SECRET  DE  MONTSALVAGE

 

Le Graal est un mot magique qui, depuis des siècles, se pare du manteau merveilleux de la légende. Son nom évoque l'épopée fantastique des valeureux chevaliers du roi Arthur qui partirent à sa Quête, affrontant mille périls, mille coups du sort. Aujourd'hui, tout cela paraît enfantin et désuet. Pourtant la Quête du Graal symbolise l'aventure spirituelle située en dehors du temps et de l'espace, qui correspond aussi bien au Moyen Age qu'à l'aube du XXIe siècle...

      Avant de considérer les aspects de la Quête, il faut brièvement faire un peu d'histoire pour rappeler comment les Anciens considéraient la Divine Coupe. D'aucuns penseront que le Graal est uniquement lié aux chevaliers de la Table Ronde puisque, d'après la légende, se serait le calice de la Sainte Cène que Joseph d'Arimathie aurait approché de la plaie du Christ en croix, afin d'y recueillir le Sang qui s'en écoulait. Il est bien évident que cela fait partie de la légende et qu'il fallait transposer pour le christianisme un symbole universel connu de toute antiquité.

      Chez les Egyptiens, le Graal est préfiguré par les cornes du dieu Apis portant le disque solaire ; pour les Mystères d'Eleusis, c'était le fameux Panier sacré ; pour la tradition judéo-chrétienne, c'est le lapis exillis (pierre tombée du front de Lucifer) ; ou encore, pour les Celtes, le chaudron de Dagda et la Coupe de Souveraineté ; et pour les Orientaux, la Corne d'abondance… Nous voyons donc que les religions et les civilisations n'ont fait qu'adapter à leur croyances ce symbole universel.

      Pour les auteurs du Moyen Age comme Chrétien de Troyes, Robert de Boron, Wauchier, Wolfram d'Esenhbach,
graal veut dire récipient, plat, coupe, puisque l'on retrouve sa racine dans des mots comme gruau, devenu ensuite grasal en langue d'oc. Mais arrêtons là ces considérations historiques pour arriver au thème même de cet exposé : la Quête du Graal.

      Nous venons de voir que cette quête conserve la même actualité qu'au Moyen Age. Au travers de ces paroles, certains pourraient objecter qu'il est difficile aujourd'hui de partir armé d'un écu, d'une lance d'un heaume et d'une épée, pour conquérir un vase sacré dans un royaume imaginaire. Rien n'est plus vrai. Mais alors qu'est-ce que la Quête ?


« Grimpez le long de cette brèche »


      La Tradition est très explicite à ce sujet puisqu'elle définit la Quête du Graal non comme une épopée extérieure à l'être, mais comme une grande aventure spirituelle intérieure offerte au chevalier prêt à l'affronter. D'après la légende du Graal, trois personnages réussirent cette Quête : Perceval, Bohort et Galaad. Leur aventure les met en présence de différents combattants, du Roi Pêcheur et enfin du château de Montsalvage. Ces trois thèmes se retrouveront dans toutes les traductions. En fait, il faut trouver, pour le chevalier, la brèche qui conduit d'un monde à un autre. Perceval l'a trouvée et son nom révèle cette découverte. N'est-il pas celui qui a percé le secret du Val ? En fait, il a su obéir au conseil du mystérieux Roi Pêcheur, à qui il rend visite dans le château du Graal :

      «
Grimpez le long de cette brèche, lui dit-il, qui est taillée dans le rocher, et, quand vous serez arrivé là-haut, vous verrez devant vous, dans une vallée, une maison où j'habite. Dans le roc, symbole de la densité, une brèche s'ouvre et monte : telle est la voie. »

      Nous n'insisterons pas sur les symboles propres à la chevalerie, mais cela fait certainement penser a Excalibur, l'épée du roi Arthur plantée dans la pierre. L'épée, symbole de la conscience, plantée dans la densité minérale, fait penser au plomb et à l'or. La coagulation de la matière censée représenter le corps physique mais aussi tout le psychisme de l'humain, et cette épée qui est la conscience aussi pure que l'or. Délivrer la conscience de la densité du corps et des multiples agrégats qui l'habitent, c'est le but de l'Eveil.

      La quête du Graal serait donc une transformation radicale de soi, la véritable alchimie. «
Découvre la pierre cachée au fond de toi... » dit le vieil adage alchimique. Il faut donc transformer le vieil homme en soi pour parvenir à découvrir l'Etre intérieur, c'est-à-dire le VÉRITABLE nous-mêmes. Trouver la faille qui permet de passer de ce monde d'apparences, où l'on croit être un EGO, à celui de la Réalité, où nous sommes une CONSCIENCE, tel est le secret du val ! Perce-val l'a trouvé, et après avoir grimpé vers la brèche sur la montagne qui symbolise la minéralité âpre du corps physique et de la densité du monde émotionnel, s'offre à lui le val -- c'est-à-dire cette étendue claire et paisible que connaissent tous les montagnards.

      Au fond, nous revenons ici sur un point très important de toute la quête initiatique transformer : notre être vil, c'est-à-dire équilibrer vertus et vices, canaliser l'énergie anarchique en nous-mêmes. Du reste, dans le
Perceval de Chrétien de Troyes, nous voyons le héros combattre à plusieurs reprises avec sept chevaliers gardant le château. Perceval les bat tous.

      Un vieil homme lui raconte ensuite que ces combats symbolisent le combat intérieur avec ce que l'Eglise nomme les 7 péchés capitaux. Nous avons là la clef qui permet de comprendre que la découverte de soi passe par le combat en soi., à travers le monde. C'est pour cette raison que la Table Ronde symbolise ce monde, et Arthur qui préside à cette Table, (à rapprocher du latin
arctus) associe ce roi aux constellations de la Grande et de la Petite Ourse, "sièges" stellaires les plus élevés puisque pôles du ciel et constituées chacune de sept étoiles. La Table Ronde et son Roi ne seraient autre que l'image du monde, gouverné par sept forces en l'homme.


Graal et magie divine  


      Dans les différents récits du Graal, les symboles sont nombreux. Il ne sera pas évoqué ici leurs aspects. Toutefois, arrêtons-nous une dernière fois sur un élément qui ne manque pas d'intérêt : le château au cinq tours. Le héros parvenant au terme de sa Quête arrive devant un château dont quatre tours sont blanches et la cinquième qui se dresse plus haut que les autres, au centre, est vermeille. Nous sommes ici dans ce que les anciens nommaient "le Saint des Saints".

      Par les quatre tours, la vision répartit cardinalement l'espace, et par la cinquième, le centre en l'homme : l'être divin, axe de notre propre monde intérieur. La Quête du Graal se situe donc en soi. Nous avons là l'équilibre créé par l'ajustement du pentagramme en l'homme : les quatre éléments plus l'Akasha ou esprit. La découverte du Graal permet d'obtenir l'équilibre des quatre éléments en soi pour exprimer parfaitement le cinquième. C'est ce que Franz Bardon dit dans ses ouvrages. Chez la majeure partie d'entre nous, ces forces sont déséquilibrées et ne permettent pas l'ouverture de notre véritable conscience. C'est pourquoi la Théurgie propose de "nettoyer" notre nature grossière en équilibrant nos éléments, comme Héraclès nettoya les écuries d'Augias. C'est ce que l'alchimie offre aussi, car la Tradition est Une, bien qu'elle puisse revêtir plusieurs vêtements.

      Tous les grands archétypes permettent de décliner un symbole selon plusieurs histoires. Nous avons vu sommairement que le Graal prit plusieurs formes selon les époques et les civilisations. Il serait donc intéressant de considérer cette notion alchimique à travers Jason et la Toison d'or sous cet aspect. Le propre d'un symbole authentique est de pouvoir coller à plusieurs formes de recherches, si bien que l'on peut l'orienter selon différents degrés d'expression. Nous l'avons dit : un symbole a plusieurs niveaux d'interprétation. Le Graal, par exemple, est un vase, mais aussi un livre, une pierre.
[Voir De Thot-Hermès à la Tradition primordiale, de Guillaume Delaage - Editions Ramuel]

      Un alchimiste trouvera dans le symbolisme de l'histoire tous les éléments expliquant le Grand Œuvre. Un théurge, les étapes de sa purification, etc. A titre d'exemple, analysons l'histoire de Jason et la Toison d'or, aventure mythologique bien connue. Nous n'allons pas ici détailler les différentes péripéties rencontrées par Jason, mais considérer quelques simples symboles. Jason, comme Arthur, prend 49 marins (49 chevaliers pour Arthur) afin de partir en Colchide pour chercher la Toison d'or. Il construit un bateau : Argos, dont la racine
arché signifie principal, comme l'axe est le principe même où tout se meut, comme Arthur est l'axe polaire. Ce bateau est rond, comme est rond le ballon alchimique, comme est ronde la Table d'Arthur.


Tuer le Roi pour s'éveiller
 


      Jason doit trouver la toison du bélier Chrysomèle (qui signifie pommes d'or), qui fut badigeonné d'or par Hermès lui-même. Lorsque Jason va gagner l'épreuve et revêtir la toison, il va d'abord voir se répandre le sang de Médée (dont la racine Méduse signifie le sang du dragon), rouge comme le Graal. C'est toujours cette même Médée qui découpa en morceaux Aeson, le père de Jason, en le faisant bouillir dans un énorme chaudron pour lui rendre ensuite la vie. Il en sort alors plus jeune et mieux portant. C'est ce qui se passe à la fin de l'œuvre alchimique ; il faut porphyriser le faux prophète. La mythologie alchimique dit : « On tue les vieux rois. » C'est le même langage, « mise à mort des vieux rois », que l'on trouve dans les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz. Et ils sont régénérés... C'est aussi ce qui se passe dans la Quête du Graal avec le Roi malade qu'il faut régénérer par le Graal.

      Comme nous pouvons le constater, un symbole authentique présente plusieurs niveaux d'interprétation et même plusieurs niveaux de conscience, c'est là toute sa force. Un symbole est un livre ouvert sur soi-même, et certains peuvent même communiquer directement avec l'esprit du symbole. C'est là le propre de certains initiés.

      Nous voyons donc que découvrir le Graal c'est découvrir l'être divin, le dieu vert en nous, tout comme la pierre du Graal est verte puisque émeraude. Le chevalier doit transmuter tous les métaux en lui, en comprenant bien le conseil du prud'homme qui claque comme une sentence : «
Il n'y a qu'une chose que le Graal et ses vertus secrètes ne pourront jamais tolérer en toi : la démesure dans les désirs. »

      Voilà une des clefs de la réussite, car la quête du Graal doit permettre au chevalier parti à sa découverte de dompter l'être inférieur en lui. Bientôt, pour Perceval, le château du Graal ouvre ses portes. Là, le roi pêcheur, assis sur une pourpre vermeille, l'attend. Le roi lui présente alors une épée nue qui par le milieu était tronçonnée, et lui dit : «
Je vous prie de la prendre et les deux pièces rejoignez. Puis, je vous conterai la légende du riche Graal et de la lance au fer royal. » Perceval prit les deux pièces et de cette lame « joint les aciers si parfaitement et avec tant d'adresse, que le jour qu'elle fut faite ne semble pas plus neuve ni plus belle. » Voyant cela, le roi prononça ces paroles qui concluent le périple de Perceval : « Beau Sire, ors écoutez. En armes vous avez pris beaucoup de peine, mais de par cette épreuve, je sais très bien que de par le monde, il n'en est aucun qui vous vaille. »

      La reconstitution de l'épée eut lieu sous un ciel d'or. Ce métal solaire confère à la quête sa pleine signification. L'épée surnaturelle, au contact du chevalier, se ressoude ; mais réciproquement, l'arme confirme la valeur exceptionnelle de celui qui en joint les tronçons. Perceval a donc réussi la quête. Il nous faut donc maintenant savoir ce qui, au-delà des textes et au-delà de la légende, se passe réellement pour celui qui veut tenter la quête du Graal.


L'ouverture de la conscience
 


      Transposée sur le plan spirituel et donc nécessairement à l'entendement humain, la démarche des chevaliers partant à la recherche du saint Graal trouve une concrétisation spirituelle par l'identification de l'homme à un chevalier parti pour affronter les différentes épreuves avant d'aboutir au château de Montsalvage qui est en réalité la forteresse qui sépare le monde de la conscience du monde physique et émotionnel dans lequel se complaît l'être humain. Il va alors rencontrer le Roi pêcheur.

      Après cette initiation par le saint Graal, le chevalier va s'insérer dans le monde qui est le sien. Mais de lui va jaillir une énergie qui va rayonner entre 2 et 20 mètres environ. Ce rayonnement, ou plutôt cette force d'amour (qui sera plus ou moins perçu par autrui), va donner une dimension particulière à l'être nouveau dans ses multiples actions dans la vie courante ; mais de plus, il permettra à toute personne ayant un contact avec cette aura d'être touché par un état de grâce par cet apport prodigieux que donne l'illumination du saint Graal. Dans ce groupe d'hommes ayant en son centre le chevalier illuminé va se créer une centrale qui donnera Vie, Amour et Lumière à tous ceux qui entreront et partageront le rayonnement de la personne.

      Vous l'aurez compris, la découverte du Graal se fait en soi, ce Divin Calice, c'est notre conscience que nos efforts et nos expériences de vie doivent permettre d'éveiller chaque jour davantage. Les Adeptes ont trouvé le Graal, car ils sont conscients d'eux-mêmes à 100%. Ce sont des Boudhhas, pour reprendre la terminologie orientale. Ils vivent dans ce monde comme tout un chacun, mais avec une perception des choses radicalement différente. Contrairement à l'homme commun, leur conscience est délivrée des contraintes de la matière, des contraintes du temps et de l'espace. Ils peuvent vivre ainsi sur plusieurs univers différents, voire rajeunir à volonté, mais nous n'aborderons pas cet aspect dans le présent article.

      Cet exposé aurait pu être plus complet, plus élaboré, mais à quoi bon enfler un texte par trop de détails ? Ce message d'Eveil que nous donne le Graal est d'une portée colossale. Si simplement, par la simple compréhension de notre nature, certains pouvaient considérer que nous croyons être éveillés mais que nous ne le sommes pas en réalité, un grand pas serait franchi vers la conquête intérieure.

      Un jour, il y a bien longtemps, un ami très proche m'a ouvert certaines portes sur ce chemin. Pourtant, à ce jour, je ne saurais dire qui il était vraiment. Je tenais, par reconnaissance, à lui rendre hommage ici car il nous a quittés. L'Eveil, le Graal, la conscience et les terres parallèles. Je me souviens de toi Lucien, en écrivant ces lignes...

Le blog de Guillaume Delaage

Posté par Adriana Evangelizt

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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 07:28

Quelle heureuse surprise !  je cherchais sur Google un site afin d'y trouver une image d'un livre de Guillaume Delaage en rapport à un de ses textes sur le Graal -que je pose ci-dessous- et je découvre qu'il a un blog sur Over-blog. Je vous conseille vivement d'aller y lire le fruit de ses recherches et de son oeuvre spirituelle qui est particulièrement intelligente et brillante. C'est un Quêteur Inspiré sachant entraîner le lecteur dans ses récits profondément riches. Que cela soit L'Atlantide et le Cycle de l'Eternel Retour... ou bien A la recherche de la Lémurie... il possède le génie d'ôter le voile des mythes pour nous en livrer des clefs précieuses. Je viens de découvrir aussi Le grand mystère du Serpent, un de mes thèmes favoris.

Il vient d'éditer un nouvel ouvrage Thot-Hermès, les origines secrètes de l'Humanité - Alexandre Moryason Editeur - et nul doute qu'il sera aussi passionnant que De Thot-Hermès à la Tradition primordiale.

 

Quête du Graal et secrets de l'Eveil

(1ère partie)

par Guillaume DELAAGE


 

 

Lorsqu'on parle de la QUÊTE DU GRAAL, de nombreux personnages aux noms légendaires interviennent, et font rêver à travers leurs fabuleuses et extraordinaires aventures. Le récit tourne autour des compagnons d'Arthur, tous chevaliers partant en quête du vase sacré qui contiendrait le sang du Christ que Joseph d'Arimathie aurait porté en terre de Cornouailles. Le but pour ces chevaliers est donc de rechercher le Graal (de poser LA question) et de l'apporter au roi Pécheur pour le guérir de ses souffrances et de ses blessures. Tout le monde, bien sûr, connaît cette histoire directement liée à la chevalerie.

      Les héros les plus connus sont : Arthur bien sûr, mais aussi Lancelot, Perceval, Galaad et Bohort. Tout semble s'articuler autour d'eux. Pourtant, un personnage reste dans l'ombre tout au long de ces récits, que ce soit dans le
Perceval de Chrétien de Troyes ou le Parsifal de Wolfram von Eschenbach. Il s'agit, vous l'avez deviné, de Merlin l'Enchanteur ! C'est donc de lui dont il va être question ici, puisque c'est par lui que s'est constituée la Table Ronde et que les chevaliers d'Arthur sont partis à la Queste du Graal. Tout symbole possède trois sens d'interprétation : une interprétation physique, une interprétation mentale ou intellectuelle, une interprétation psychique ou spirituelle. Nous allons donc commencer par l'interprétation physique, donc historique, concernant le personnage de Merlin.

      On croit toujours que Merlin est un personnage folklorique dont le domaine est la forêt de Paimpont-Brocéliande en Bretagne armoricaine, alors qu'en réalité il est originaire de la Basse-Ecosse. Il n'appartient à aucun temps, à aucune époque, si l'on s'en tient à sa figure légendaire. Si l'on veut par contre serrer l'histoire de près, on s'apercevra qu'il a vécu au VIe siècle, chez les Bretons du Nord, c'est-à-dire chez les peuples celtes installés sur les Lowlands actuels, aux alentours de Glasgow. Chronologiquement, le texte le plus ancien où apparaît le nom latin de Merlinus, qui correspond au français Merlin et au gallois Myrddin, est un curieux ouvrage datant de 1132 la
Vita Merlini de Geoffroy de Monmouth. Il n'y a en fait rien d'arthurien dans ce texte.

      Du reste, il faut signaler qu'un roi Arthur a également existé et qu'il combattit les Pictes d'origine vraisemblablement scandinave. Ce roi Arthur n'avait du reste rien de commun avec celui, plus symbolique, de la légende du Graal. Certains éléments de recherche permettent d'affirmer aujourd'hui que Merlin a aussi existé, qu'il a assisté à la bataille d'Arderyd en 533 ou en 573, qu'il y est devenu fou, et qu'il s'est enfui dans une forêt. A partir de là, toute la légende a pu s'expliquer. C'est plus tard, vers l'an 1200, que Robert de Boron, reprenant les vieilles légendes celtes, s'en est inspiré pour écrire l'HISTOIRE DU SAINT GRAAL qui est aujourd'hui en partie perdue. Nous n'allons donc pas nous étendre sur cette partie historique qui n'avait uniquement peur but que de situer le personnage dans son contexte réel. Ce qui nous intéresse, et c'est ce que nous allons maintenant envisager, c'est l'aspect symbolique de Merlin attaché à toute la tradition chevaleresque du Graal par l'intermédiaire d'auteurs qui étaient soit des clercs soit des bardes.

      Il semble que la légende de Merlin l'Enchanteur soit en fait composée de deux thèmes très différents, et correspondant à deux personnages distincts. L'un est le "Fou des bois" et l'autre l'enfant "Prophète et magicien". La légende nous rapporte que Merlin serait né de l'accouplement monstrueux d'une mortelle et du démon. Sans entrer dans une suite d'explications inutiles, nous dirons simplement que la mère de Merlin eut la vie sauve car elle était inconsciente quand le démon la possédât. Le Diable voulait un enfant qui puisse régner sur terre. Lorsque Dieu vit cela il protégea la femme et l'enfant. Le texte dit à ce sujet :

      «
L'enfant naquit ; il eut de par le Diable la connaissance du passé, mais ce pouvoir qu'il eut de surcroît de connaître l'avenir, il le reçut de Notre Seigneur qui voulut ainsi contrebalancer le pouvoir du Diable. Sa mère l'appela du nom du grand-père de l'enfant : Merlin. »

      L'histoire de Merlin va ensuite d'extraordinaire en extraordinaire. L'enfant tout juste âgé d'un an se met à parler comme un savant adulte et se met même à prophétiser, ce qui lui doit d'ailleurs, devant le roi Vertigier, de sauver sa vie et celle de sa mère.

      Mais Merlin nous donne d'autres aspects de son personnage. Il a le don de berner les gens par son étrange faculté de transformation physique. Il apparaît tantôt jeune tantôt vieux, en moine, en vagabond, en autant de personnages qui peuvent faciliter l'exécution de ses plans. Mais un jour, sortant de sa tanière du fond des bois, Merlin rencontre le roi Uterpendragon, père du futur roi Arthur.

      Uter se prend d'amitié pour lui et pour lui avoir sauvé la vie, accède à la demande du mage en lui donnant son premier né conçu par la reine Ygerne. Cet enfant, que Merlin prend et place sous la garde d'Auctor, n'est autre qu'Arthur. Après d'autres aventures, l'Enchanteur exige de son ami le roi Uter qu'il construise une troisième Table Ronde -- la première étant celle du Christ et des apôtres pour la Cène, la seconde faite par Joseph d'Arimathie et la troisième qui devra être faite par Uterpendragon. Merlin joue ici le rôle d'initiateur et de mage investi d'un pouvoir temporel puissant. Ainsi donc fut constituée la Table Ronde que, plus tard, le roi Arthur reforma avec ses preux chevaliers.

      C'est donc à l'initiative de Merlin que toute l'épopée du Graal prit forme et donna à l'Occident chrétien un souffle et un esprit nouveaux. L'histoire de Merlin serait fort longue à conter et nous n'en retraçons ici que les faits essentiels pour revenir, par la suite, plus en détail, sur certains événements. Merlin, mage, conseiller, prophète, initiateur, domine toute la société de son temps par ses dons, son intelligence et sa ruse exceptionnels. Mais voilà qu'un fait surprenant va assombrir la fin de sa vie d'une manière peu compréhensible. Un jour, la jeune Viviane vint au château d'Arthur pour y séjourner. Merlin, voyant la beauté de la jeune fille, en tombe éperdument amoureux. Voyant ce pourvoir étrange qu'elle exerçait sur le mage, Viviane lui demande de lui transmettre ses pouvoirs et de l'initier à ses enchantements.

      La ruse prend si bien que Merlin lui livre tous ses secrets. La jeune fille avait Merlin en horreur, mais savait que seule la fascination qu'elle provoquait chez le prophète pouvait lui permettre d'arriver à ses fins. Merlin en devient comme obnubilé et aveugle. Ses pouvoirs semblent s'être amoindris alors que, dit le texte, les pouvoirs de Viviane deviennent si grands qu'ils dépassaient ceux du magicien. Viviane l'amène dans une grotte où gisent les cadavres de deux amants. Elle ensorcelle Merlin, l'hypnotise et le pousse dans la tombe en refermant sur lui la pierre tombale ; et Merlin reste prisonnier vivant dans cette tombe.

      Voici brièvement ce que l'Histoire nous conte de Merlin, le prophète dont la fin demeure énigmatique. Il nous faut donc maintenant avancer un peu plus dans l'explication de ce symbolisme. Lorsqu'on lit la légende du Graal, on est en droit de se poser certaines questions. Quelle signification peut-on donner à cette histoire ? Quelle signification peut-on donner aux personnages ? Puisque nous savons qu'ils n'ont pas réellement existé en tant que tels, qu'a-t-on bien voulu nous montrer par cette curieuse et fabuleuse histoire ? Nous n'allons pas tenter ici d'expliquer tout le symbolisme, un seul exposé n'y suffirait pas. Notre but est de définir un personnage particulier qui a pour nom Merlin et qui est à la base de toute l'histoire. Toutefois, il nous faut préciser certains points.

      La Quête du Graal représente un voyage intérieur, un voyage en soi pour tout chercheur parvenu à une certaine étape dans son cheminement intérieur à la découverte de lui-même. Celui ou celle qui entreprend ce voyage en soi rencontre des aventures extraordinaires, à la fois fantastiques et belles, mais aussi effrayantes. Le but en est de découvrir le Graal et d'être enveloppé de sa lumière et de sa beauté, tout autant que d'en saisir certains mystères. Il est invité à passer derrière le miroir et à revenir -- à ce point transcendé qu'une formidable puissance d'amour se dégage de l'initié dans un rayon qui peut varier entre 5 et 10 mètres.

      La quête du Graal représente donc ce voyage symbolique à la découverte de l'Etre réel. Chacun peut y prétendre, à condition qu'il progresse avec constance et détermination. Les personnages liés à cette Quête en soi sont nombreux, et en fait qui sont-ils ? Ils sont autant d'aspects de nous-mêmes, autant "d'aventures" que nous pouvons rencontrer dans ce périple illusoire à la recherche de notre nature profonde. Ils sont les aspects humains du chevalier. Ils peuvent représenter ceux qui réussissent et ceux qui échouent. Tout un chacun possède en lui Perceval et Lancelot, Galaad et Bohort, Merlin et Viviane.

      Merlin ! Nous sommes obligés d'y revenir, puisque c'est lui qui a conduit occultement la Quête. On peut chercher l'origine lointaine de Merlin dans le personnage de Merddyn, dieu gaulois, parent de Mercure, dont le nom provient de la racine Mercs ou Merx (commerce) que l'on retrouve dans Mercurius, Merzin, Marthin. Mercure qui a en fait des fonctions identiques à Gwyon et Teutates, dieu gaulois qui est le Hermès des Grecs et le Thot des Egyptiens. Merlin serait donc assimilé à Thot, celui là même qui transmit la Connaissance aux hommes par l'intermédiaire d'un fameux Livre. Au sens noble du terme, nous pouvons donc associer Merlin au Trismégiste ou du moins à son représentant symbolique.
[Voir : De Thot-Hermès à la Tradition Primordiale, de Guillaume Delaage - Editions Ramuel]

      Mais le nom de Merlin a une autre signification. Il est possible de le rapprocher du mot anglais du XIIe siècle
Merilun qui a donné précisément Merlin en anglais moderne et qui signifie émerillon, variété de faucon très connu à cette époque. Mais que viendrait faire un terme anglo-saxon dans une histoire franco-bretonne ? La seule solution possible reste alors de faire de Merlin un adjectif dérivé du mot français merle. Ce rapprochement des oiseaux est très significatif dans la tradition. Merlin serait donc un poète persifleur. Merlin le sage fou vivant dans les bois, qui connaît le langage des merles, des oiseaux si chers au celtisme et aux druides. Mais lorsqu'on siffle et que l'on est maître en cette technique, on est maître de son souffle. Merlin serait donc, comme Thot, le maître des souffles, donc du Verbe. Voici donc ce personnage à la fois sage et fou vivant dans les bois et connaissant le langage des oiseaux. Nous y reviendrons plus tard.

      Dans la Tradition, le sage est toujours considéré comme un fou, car sa sagesse n'est plus la sagesse des hommes. Il parle le langage des oiseaux c'est-à-dire la langue universelle des dieux. Nous retrouvons un peu les mêmes composantes de l'histoire de Merlin dans l'histoire du dieu Lug transposée d'une autre manière dans le héros arthurien Lancelot du Lac. Merlin est donc celui qui représente, par son grand âge, la Connaissance, celui qui est porteur de la Tradition. Mais il est tantôt jeune et vieux tantôt en des apparences différentes. De quelle sagesse est-il l'héritier ? Les vieillards qui jouent un rôle important dans la Quête du Graal ne sont pas nombreux. Selon les versions, on les appelle le Roi pêcheur, le Roi Méhégnié, le Roi Malade, le Roi Pellés. Ces quatre personnages qui n'en forment qu'un sont tous blessés gravement ou atteints d'une maladie.

      Le but des chevaliers qui partent à la quête du Graal est de rapporter le précieux liquide de la coupe pour permettre au vieux roi de retrouver jeunesse, vigueur et force. Ce roi très important dans la Quête n'est pas très présent dans le récit. Pourtant, c'est avec acharnement que les chevaliers risquent leur vie pour rapporter le précieux liquide. Le Roi Malade, le Roi blessé, c'est en fait le vieil homme qui est en chacun de nous, c'est-à-dire l'âme personnalité, vieille de toutes les expériences acquises lors de ses vies antérieures, l'âme personnalité avec laquelle le chevalier doit prendre contact -- en d'autres termes : nous-mêmes.

      La Quête du Graal permet donc, lorsqu'elle est réussie, d'entrer en relation avec ce vieil homme caché au fond de nous et qui est notre véritable personnalité. Elle est le dieu vert, l'Osiris des Egyptiens, qui, lors de la descente en soi, permet de revenir du voyage intérieur avec une partie de cette lumière, de cette sagesse propre au vieil homme. Le fait de le rencontrer permet d'ouvrir la brèche, comme l'a fait Perceval (celui qui a percé le secret du val) dans le corps psychique et d'apporter une parcelle de cette sagesse et de cette lumière depuis la conscience. Le Graal, donc l'être intérieur, est à ce moment précis le dispensateur de cette énergie divine qui transcende l'être en traçant un pont entre notre nature humaine et la conscience. Merlin est donc censé représenter une image de ce vieil homme sage. Il est un des aspects de l'Etre de lumière, l'aspect peut être le plus sage, le plus souverain. Il est une émanation qui nous fait toujours penser que la sagesse est égale à la folie, et que l'homme par son aspect psychique et émotionnel est soumis à la faiblesse ; mais il n'est pas que cela.

      A la fin de sa vie, Merlin a aussi besoin de se ressourcer dans la Connaissance, car il a été victime de l'amour des sens symbolisé par Viviane. Il est enfermé dans la tombe des amants malheureux, victime de sa propre science et de la nature même de son monde émotionnel. Merlin dans toute sa sagesse nous montre aussi que le psychisme n'est pas le bon moyen d'entrer en soi. Il ne nous montre pas qu'il faille abandonner le côté émotionnel de l'être humain mais qu'il faut rester vigilant pour ne pas être aveuglé illusoirement au risque de se perdre. Là encore, la loi d'équilibre doit jouer sur tous les plans.

      Voilà donc à quoi nous conduit la quête du Graal : à la rencontre avec Merlin, avec le sage fou caché au fond de chaque être humain. Tout dans ce vaste combat nous dit qu'il faut équilibrer les passions en nous, car c'est là le but que nous devons atteindre sur ce plan d'évolution. Du reste, n'est-il pas dit à Perceval : «
Sache que le Graal n'acceptera jamais la démesure de tes désirs. »

      C'est là une des clefs qui permet de franchir correctement les obstacles qui mènent à la forteresse de Montsalvage. Mais l'œuvre du Roman du Graal est une œuvre assez complexe, à plusieurs tiroirs, si l'on peut dire. D'une part parce qu'elle retrace l'histoire de la Tradition Primordiale (parce que l'on reprend de vieux thèmes que l'on réactualise), et d'autre part parce que l'on y trouve plusieurs niveaux d'interprétation.

      Le Graal du Moyen Âge est identique au chaudron de Dagda des Celtes, qui provient de l'Ile du Nord du monde. C'est dans ce chaudron que les blessés étaient soignés de leurs blessures, en retrouvant force et vitalité. Mais la vieille légende celte est inspirée d'un récit encore plus ancien qui trouve sa correspondance sur le plan des dieux quelque part dans l'univers. Cela se retrouve bien sur avec la fameuse épopée du roi Lug, le dieu solaire dont nous avons dit qu'il était plus ou moins représenté par Lancelot dans le Roman du Graal.

      Le Graal serait donc une Quête en soi, mais aurait aussi une relation directe avec quelque chose de bien physique de bien tangible. Encore une fois, c'est Merlin le sage qui nous conduit vers une demeure assez mystérieuse dont n'ont parlé que quelques initiés par le passé. Il s'agit vous l'avez compris de l'Ile tournoyante ! La Table Ronde tourne comme le monde, et Merlin en est l'initiateur. Lorsque Merlin part à la recherche de Viviane, il le fait par mer, dans un vaisseau qui doit le conduire dans
la maison de verre. Curieuse dénomination pour un lieu qui semble plus magique que bien des lieux déjà décrits. Du reste, dans de nombreuses épopées irlandaises -- notamment dans le récit La navigation de Bran fils de Fébal -- nous retrouvons les mêmes constantes qui rappellent la destination vers un lieu fabuleux où résident les fées. Ce monde dans lequel se déplace Merlin à la recherche de la Maison de Verre est un lieu où s'opèrent les échanges les plus invraisemblables. On ne peut s'empêcher de penser à "L'île tournoyante".

      Nous nous trouvons ici en présence d'un symbole qui vient véritablement s'ancrer dans le réel, et le récit nous plonge directement dans un fait traditionnellement historique. L'Ile tournoyante telle qu'elle est décrite dans l'histoire du Saint Graal est composée de cinq éléments, dont un qui est l'aimant, véritable champ de force. Or, pour rejoindre cette Maison de Verre, Merlin doit prendre un vaisseau. Il y a là un symbolisme alchimique sur lequel nous reviendrons ultérieurement. La maison de verre est le ballon alchimique dans lequel l'Adepte travaille sur les cinq éléments, mais elle est aussi, sur un autre plan de symbolisme, le non espace-temps en soi qui permet d'approcher la conscience véritable. A un autre niveau, elle est la grotte où est enfermé le Graal physique quelque part dans le monde. En fait, nous l'avons dit, le récit de Merlin est inspiré d'une très vieille légende celte, et l'on retrouve les mêmes sources d'inspiration aussi bien dans le voyage de Lug que dans le voyage de Bran où il est dit :

      «
Il y a une île lointaine. Alentour, les chevaux de la mer brillent, belle course contre les vagues écumantes ; quatre pieds la supportent, des pieds de bronze blanc brillant à travers DES SIÈCLES DE BEAUTÉ. Jolie terre à travers LES SIÈCLES DU MONDE : ...Arrivé dans cette île merveilleuse, la nourriture que l'on mettait dans chaque plat ne disparaissait pas. Ils n'étaient là d'après leur vison que depuis peu de temps, alors que plusieurs années s'étaient écoulées. »

      Cela montre bien que ce monde se situe en dehors de notre espace-temps conventionnel. En fait, nous l'avons dit, cette épopée de Merlin retrace une histoire aussi vieille que le monde et qui fait partie du royaume et de l'histoire des dieux. Merlin, les chevaliers de la Table Ronde, autant de symboles qui préfigurent la Quête de l'homme dans son monde intérieur, mais aussi la recherche de l'univers des dieux dans lequel l'humain qui a retrouvé sa véritable nature a le pouvoir de se hisser. Vous l'avez compris, la Tradition nous offre, sous une forme allégorique, des récits légendaires qui cachent toute la beauté du savoir humain. Seules les clés que nous donne la Connaissance nous permettent de saisir, sous une forme claire et limpide, l'extraordinaire vérité qui se cache toujours sous le mythe qui fait partie de la formidable mémoire humaine.

Le blog de Guillaume Delaage

Posté par Adriana Evangelizt

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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 06:38

 

 

 

 

Histoires secrètes du Graal

 


par Alain Desgris

 


 


Objet de la quête éternelle des hommes d’esprits, le Graal a pris au cours des âges mille et un visages. Alain Desgris nous propose un point de vue original à plusieurs niveaux de lecture.


La forme circulaire de la Table d’Arthur a immédiatement éveillé les chercheurs plus acharnés pour se référer, non seulement à un concept de roue, mais aussi à celui de cycle zodiacal.

Stonehenge, la présence autour de ladite table de douze chevaliers identiques en nombre à ceux de la Sainte-Cène où Jésus réunit ses apôtres pour son dernier repas, pourraient paradoxalement faire dépasser cette notion du nombre en lui substituant quelque chose de plus fort !

Car la corrélation entre les deux exemples ne se résout ni dans le nombre, ni dans la forme qui ne sont là que des symboles complémentaires (mais non essentiels destinés simplement à attirer l’attention, à égarer) mais dans celui du «centre». Dans un cas, ce sera le Graal qui marquera sa prépondérance, tandis que dans l’autre cas, ce sera Jésus qui en sera la particularité divine... R. Guénon fera remarquer que le nombre des apôtres : représente une marque, parmi une foultitude d’autres, de la parfaite conformité du christianisme avec la tradition primordiale, à laquelle serait donné le nom de «préchristianisme»...

Ce qui équivaut à une manière éminemment politique à défaut d’être astucieuse, de conforter à la fois certaines théories athéistes qui verront dans la formulation une adaptation «sectaire» de quelque chose de préexistant alors qu’une autre vision pourrait consister à ne parler que de système «christique» mais tout en ne niant pas la déité Dieu ou le Grand Architecte de l’Univers Guénonien ! A chacun suffira sa peine ! En quoi retrouve-t-on les marques du zodiaque dans le Graal ? Le nombre de chevaliers (douze signes du zodiaque) autour de la roue (solaire) marquera évidemment le début de nos remarques.

Il est certain qu’une route, une quête, se situent, tout comme l’homme se tient, à un moment précis, à un endroit donné signifié par des coordonnées mesurables et précises.

De même un lieu sacré est situé donc orienté et je ne ferai injure à quiconque en rappelant à titre d’exemple que nos aînés disposaient la plupart des sites sacrés selon les orientations solaires et stellaires... Ce sens architectural respectait primitivement quelques axes qui purent varier dans le temps selon la volonté d’expression que l’on attendait de ce site ; cela répondait bien entendu à l’immobilisme relatif du lieu considéré, par rapport à l’homme libre qui va où il l’entend et s’oriente selon ses sens et son esprit ! Les idées de volume, d’élévation firent évoluer certaines idées et, de sombres lieux cultuels, de cryptes aux monastères éclairés par de simples fenêtres, jaillirent bientôt des flèches où la lumière et la preuve de l’existence d’un Dieu devenaient primordiales. Il fallait en effet convaincre le peuple de se rallier à un culte sans doute meilleur que de simples lois abruptes mais il fallait aussi rappeler cette prédominance du Principe sur un peuple plus soucieux de survivre !

Comment ne pas imaginer que des quêtes, aussi illustres que celle du Graal, n’aient pas eu pour objet de désigner une route à la condition d’être bien orientées tant dans le plan que dans l’espace !

Pour cela nous aurons tout un éventail de données et de symboles qui, associés, nous donneront la route d’Arctarus, celle d’Arthur et du Graal ; de même que nos anciens appelaient et suivaient la voie lactée, «le chemin de Saint Jacques».

Si nous partons du principe que la Table Ronde est une roue zodiacale, nous sommes tentés d’attribuer à chaque chevalier un signe, à partir du signe royal et ce bien que le roi Arthur ne soit pas toujours représenté sur les enluminures; le chevalier, sous le «dais» étant habituellement Galaad (signification assez précise d’un transfert de royauté) !

Nous serions aussi tentés d’aborder un univers assez proche (astrologique) qui nécessiterait une étude attentive et partiale de tous les problèmes posés par cette «science traditionnelle» ; d’autant que la polémique née du propos n’a abouti qu’à séparer voire diversifier à l’extrême les opinions.

Toutefois, ne nous y trompons pas, s’il existe des sciences dites exactes à côté de quelques fumisteries notoires, les scientifiques se trouvent généralement toujours intéressés par des réflexions qui peuvent à la fois se traduire en statistiques et en probabilités, voire même les conduire à des considérations d’ordre philosophique qu’ils savent précurseurs de quelques nouvelles idées ! Le problème étant aujourd’hui que la rentabilité élimine toute potentialité de réflexion qui ne trouverait pas a priori d’applications immédiates ou à terme susceptibles d’ouvrir des marchés !

Il est donc probable que le Graal nous montre la voie stellaire pour accomplir le cycle ! Pour cela il faut d’abord être choisi, élu, car sans cela la queste devient gratuite, sans aucun intérêt. Par ce choix visant à un acte, une nécessité, il y a nécessairement «élection», un mode de vie, qui permet de distinguer autant la lumière que les eaux vives. À chaque fois, se trouve un cycle déterminé par l’accomplissement de sa tâche précédente, alors que le mouvement est inexorable, savoir que rien n’arrête le temps terrestre ; que l’être vive en effet dans le bien ou dans le mal ne conditionne que le chemin et les rencontres, mais rien ne viendra surseoir à sa mort relative ! Selon quelques auteurs, partant de l’Homme-Zodiaque, le Bélier se trouve placé face au crâne de l’homme ; pourquoi pas au front ?

De cette idée, quelques chercheurs ont parlé de symbole de l’unité qui, en tombant, s’est désagrégé, plongeant le monde dans le paradoxe du bien et du mal.

Les chrétiens ont parlé de la déchéance de l’ange, de la prévarication de l’homme qui a perdu le paradis ; mais toutes les traditions racontent que l’être a conservé une part de l’âge d’or, du paradis et que sa route, son destin peuvent lui permettre de s’en approcher. N’est-ce pas ce qu’exprime cette émeraude permettant aux hommes la clairvoyance ?

Imaginez que notre «temps» nous permette de différencier, dans cet imbroglio de quête, la route nécessaire pour passer d’un signe à un autre ; rien de plus simple, il suffit de connaître pour cela la période au cours de laquelle le soleil se trouvera «dans» ce signe puis on superposera les caractères astrologiques que nous ont laissés nos anciens ainsi que leurs correspondances traditionnelles, leurs analogies.

Alors et seulement la signification sera révélatrice et nous permettra de mieux appréhender ce que nos contemporains ont réinventé en lui donnant le nom de religion en tant qu’unificateur des hommes entre eux et leurs réalités intérieures; cette compréhension fera émerger les réalités informulées de l’inconscient sous forme de pensées exprimées par la parole... ce qui paraît la plus grande avancée que l’ère nous propose !

En disant cela j’assume le risque de déranger, de choquer plus d’un historien positiviste mais l’expérience a démontré que la vérité (ou celle que nos mathématiques ont campé comme telle) passe souvent par les chemins détournés de l’esprit habitué à s’exclure d’une gangue par trop prégnante.

Quant à la plupart de mes collègues universitaires, ils ont été les vivants animateurs de cette curiosité modale, conceptuelle dont ils m’ont fait valoir l’intérêt; malgré un certain goût pour les univers technologiques, je me suis campé résolument vers des chemins plus «ouverts» qui donnent en général cette joie de la découverte et en rend la curiosité stimulante... mais ce n’est là qu’une des multiples voies à explorer.

Le symbolisme du vase, de la matrice, est universellement lié à la manifestation, et même à la régénération spirituelle. Le puits, la caverne, les gouffres se trouvent tous avoir quelques analogies avec l’athanor des Sages.

De même en fut-il des mines dont on extrayait les minerais réputés être des embryons qui avaient mûri sous terre. Quant aux pierres précieuses, elles étaient aussi censées croître dans le rocher, comme l’enfant croît dans le ventre de sa mère et la science n’a guère fait ces dernières années que constater et étayer cette idée de bactérie qui «faisait» l’or.

Si toutes les traditions parlent d’une cavité censée garder les reliques comme la crypte en est l’image, les écrits védiques désignent ce Garbha (matrice) en tant que vase qui sert à contenir le feu sacrificiel (Agni). Les Francs-Maçons retinrent cette idée universelle pour laisser réfléchir le profane (ou le récipiendaire) dans la solitude d’un cabinet de réflexion où la devise: V.I.T.R.I.O.L. (Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem) se contente d’elle-même. Le séjour dans la matrice, dans la caverne, représente un séjour d’immortalité en même temps que ar-rahmâniyah s’exprimerait comme la matrice universelle...

En Égypte, Isis, cette femme née du Ciel et de la Terre, s’accouplera, selon la légende, dans le ventre de sa mère pour donner naissance à Horus. Cette triade Père-Mère-Fils sera un des principes de la religion égyptienne et plus tard donnera naissance à ces doctrines osiriennes de l’immortalité de l’âme.

Dans la tradition chrétienne, Marie est elle-même la cella du Temple, la caverne du coeur qui va contenir le Christ et exprimera la réalité amenée à l’existence propre d’une des possibilités contenues dans le divin. Marie, la Dame merveilleuse du chevalier Bernard de Clairvaux, pourrait être «le vase du Graal», celle qui contiendrait le fils, en gestation (l’embryon), en mûrissement (la pierre précieuse) et en mémoire (la manne transformée en hostie)...

Marie, c’est en quelque sorte la seconde des naissances merveilleuses : «Lorsque Dieu commença la création..., la terre était déserte et vide et la ténèbre à la surface de l’abîme ; le souffle de Dieu planait à la surface des eaux.» (Genèse 1,1-2) or si on considère la première syllabe de (MAR)ie on voit qu’elle possède le même sens symbolique que dans d’autres traditions : le IAM de Myr(iam), le Mare latin et le Mor gaélique évoquent tous en effet une étendue d’eau d’où est venue la vie !

Les scientifiques parleront, quant à eux, de «soupe dense et chaude» où la matière était mêlée à l’énergie dont la dilatation et le refroidissement conduisirent à la naissance des galaxies, des étoiles, des planètes et de la vie».

L’eau, par sa nécessité, devint peu à peu l’archétype des origines, «l’eau primordiale» qui était là avant que naissent les astres ; elle revêt donc ce double symbolisme en ce sens qu’elle est la materia prima, celle par qui «est» mais aussi cette image allégorique de l’évocation du «avant», la période où tout était «noir».

Comme le symbole grandissait avec les traditions et le mûrissement des hommes, on évoqua cette création par des statues auxquelles on voua un culte particulier ; d’abord représentée seule, on donna à cette idée un nom : Artémis ou Diane, Annis la Noire, Dana... puis on accompagna leurs effigies d’un enfant !

Une autre tradition celtique plus récente, si on en croit le manuscrit, parle de Koridwenn qui, pour racheter le physique disgracieux d’un de ses enfants (Afang-Du), décida de faire bouillir dans un chaudron et durant un an et un jour, toute l’inspiration et la science que le monde comptait.. Il en sortit la quintessence magique sous forme de trois gouttes... qui donnèrent le don de clairvoyance au savant Gwyon Bach.

Cette allégorie du chaudron, soumis aux influences célestes durant plus d’une année (une révolution terrestre), manifeste cet accomplissement et ce dépassement qui permet cette re-naissance, cette connais sance, par un don de clairvoyance... ce qui est parfaitement assimilable à cette coupe visible «verte» du monde physique qui se transformera en une «Coupe blanche et lumineuse» de la Gwended druidique.

Sans doute sont-ce là les idées «primitives» de ce qui donnera naissance, plus tard à une forme plus élaborée dans la quête dite du Graal.

Posté par Adriana Evangelizt

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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 20:25

 Alors voilà un article fabuleux que je suis heureuse de vous offrir. Une véritable petite enquête menée en 1849 sur les mots arabes "galib" et "feta" qui aurait été mal traduits dans un ouvrage contemporain à celui de l'auteur M. Hammer-Purgstall. De fil en aiguille, il démontre que non seulement un de ces mots signifie "chevalier" mais que de surcroît la Chevalerie Arabe devance de 600 ans la Chevalerie Occidentale. Que l'un de ces chevaliers Arabes était proche de Saladin, lui-même proche des Templiers... et que lors de l'adoubement, les Chevaliers Arabes buvaient un breuvage dans... une coupe mystérieuse... eh oui... c'est non sans peine que j'ajouterai... décidément l'Occident leur aura tout volé. Et cela continue en Palestine, en Irak et ailleurs. On voit aujourd'hui ce que sont devenues les nations Arabes. Tout comme on peut constater ce qu'est devenu l'Islam à force d'opprimer les Peuples, de les piller, de les massacrer de les acculer au mur de la désespérance. Non, vraiment... il n'y a pas de quoi être fier d'être occidental.

Je dédie cet article à Tariq Ramadan...

Lire sur son site En Palestine condamnée

 

 

La Chevalerie des Arabes

antérieure à celle d'Europe,

De l'influence de la première sur la seconde

par M. Hammer-Purgstall

Extrait tiré du Journal Asiatique

Janvier 1849

 Livre entier

 

Sans vouloir compléter les arguments pour l'influence de la poésie arabe sur la poésie provençale dont a fait usage Mr Fauriel dans son histoire de la dernière, nous nous bornons ici à développer un seul point de son excellent ouvrage. Ce point est bien plus important pour l'histoire de la Chevalerie Arabe que la note cité par Mr Fauriel, de l'ouvrage de Condé, à propos des Morabithoun. C'est l'observation qu'il fait sur les différentes formes du verbe galab et galeba dont le mot arabe se prête de la manière la plus simple à toutes les formes de variations que les Provençaux y ont attaché. "Les Provençaux, dit Mr Fauriel, entendent par galaubia, cette espèce d'exaltation qui porte un homme à chercher la gloire, la renommée, particulièrement celle de la bravoure et des armes, à faire tous les efforts possibles pour disputer le prix à ceux qui ont la même prétention." Galaubier était synonyme de valeureux, de vaillant, de chevaleresque. Le verbe arabe galebe, signifie, comme le dictionnaire de Freytag l'explique : prevoeluit, superior fuit ; et le participe galib : superior, proepollens, vincens. Les deux premières significations sont justes mais non la troisième. Le Kamous explique le mot galebe ou galabia, comme l'action d'arracher quelque chose des mains de quelqu'un, ou de s'en emparer par la force. Les formes citées dans le Kamous de la racine galebe sont aussi nombreuses que celles des Provençaux, citées par Mr Fauriel. Le Kamous donne celle de galebe, galib, galabia, galeba, agleb.

Quant à la forme galib, le sens en est si connu, que le Kamous ne se donne même pas la peine de l'expliquer. Le sens de vainqueur, dans lequel ce mot a été rendu jusqu'ici par le plus grand nombre des orientalistes, n'en est pas le sens propre et primitif, puisque la racine n'a d'autre sens que celui de se rendre supérieur et de s'emparer de quelque chose. Aussi le premier verset de la XXXè sourate du Coran sont traduits en général : les Grecs ont été vaincus, ils vaincront à leur tour ; ils seraient traduits plus justes : les Grecs ont été subjugués, ils subjugueront à leur tour. Le mot de galib ne doit pas se traduire par vainqueur dans le verset de la XIIe sourate du Coran, mais bien comme l'a traduit Maraccius : Deus es praevalens super negotium suum(1). C'est ainsi que tous les voyageurs en Andalousie traduisent mal la devise des rois de la dynastie d'Ahmer qui se trouvent répétée si souvent sur les murs de l'Alhambra : La galib illallah, par Il n'est point de vainqueur que Dieu. Le véritable sens en est : Il n'y a que Dieu qui prévaut. Si le participe du verbe français prévaloir n'est point reçu comme adjectif, c'est pourtant le mot prévalant seul qui rendrait au juste le sens du mot galib. Galib est un des noms d'Ali, et se trouve comme tel dans l'une des poésies du divan qui passe généralement sous le nom d'Ali, mais appartient probablement (comme le commentateur turc, Moustakim-Zadé, le remarque) au chérif Mortheda, mort en 436 (1044). L'opinion généralement établie, que ce divan est une œuvre du beau-fils du Prophète, n'a d'autre origine que l'idée du poète de faire parler, dans la plupart de ses poésies, le beau-fils du Prophète en son propre nom, rappelant ses hauts faits, et adressant des conseils à ses fils. La pièce dans laquelle le mot galib est l'équivalent du nom d'Ali, se trouve, page 114, dans l'édition de la presse du Caire, l'an 1225 (un in-4° de 576 pages).

Comme cette pièce n'a que deux distiques, nous nous permettons de la donner ici en texte et en traduction, en traduisant le mot de galib par héros, quoique, comme nous allons le montrer, il fût traduit plus juste par celui de chevalier.

        En présent vous envoie l'épée
       Le héros de votre épopée ;
       Elle frappe juste à sa fin,
       Car elle accomplit le destin ;
       Elle fend épaules et crânes,
       Rend les vertèbres diaphanes,
       Et protège les généraux
       Des escadrons dans les assauts.

Le mot de galib nous sert ici, comme un des noms d'Ali, de passage au mot de feta, dont le Prophète a qualifié par excellence son gendre, à la bataille d'Ohad. Ce mot est généralement traduit par vainqueur, tandis qu'il devrait être traduit par chevalier. Le commentaire du divan susdit nous apprend que le Prophète avait entendu prononcer par Gabriel, remontant au ciel après la bataille d'Ohad, les paroles suivantes : Il n'est point d'épée que Zoul-Fakar (nom de l'épée d'Ali), et point de héros (chevalier) qu'Ali.

Cette sentence, qui se trouve gravée sur beaucoup de lames de Damas, a été traduite, jusqu'à présent : Il n'estpoint d'épée que Zoul-Fakar, et point de héros qu'Ali. Cette traduction est aussi peu juste que celle de galib par vainqueur : Feta signifie, d'après le dictionnaire de Freytag, adolescens liberalis, generosus tum munificentia tum indole. C'est aussi l'explication que le Kamous donne sous le mot de feta : "il est feta, c'est-à-dire jeune homme libéral, généreux, brave et courageux."Ces qualités sont assurément celles d'un chevalier, surtout dans ses rapports avec les dames et dans ses galanteries d'amour, qui ne conviennent qu'à la jeunesse. Cette autorité du dictionnaire ne suffirait pas cependant pour prouver que le mot juste pour traduire celui de feta est celui de chevalier, si nous n'avions d'autres preuves à produire.

D'abord le mot de héros, par lequel, faute de mieux, on a traduit jusqu'ici le mot arabe feta, n'en rend point le sens ; pour exprimer la valeur d'un héros, les Arabes ont une demi-douzaines de synonymes, tel que battal, le "batailleur", karii, hemmam, dhargam, ghadhanfer, et parmi la demi-douzaine de synonymes auxquels l'index latin du dictionnaire de Freytag se réfère, il n'y a point celui de feta. Le substantif fetouwet, tiré de la même racine, ne doit pas non plus se traduire par héroïsme, mais bien par chevalerie. Le Kamous (t.III, page 895) l'explique par générosité, libéralité, valeur. Le Taarifat de Djourdjani ajoute au sens reçu de libéralité et de générosité, l'acception mystique de ce mot, qui signifie : "l'influence de l'âme sur les créatures dans ce monde-ci et dans l'autre." Cette signification mystique ne nous regarde point ; nous nous en tenons au sens reçu du mot qui embrasse toutes les qualités d'un chevalier, et nous allons prouver par des faits historiques que le mot de fetouwet n'a pas d'autre sens que celui de chevalerie, et désigne une institution arabe qui avait ses formes de réception, tout comme la chevalerie européenne, avec les différences éventuelles du génie des peuples de l'Orient et de l'Occident, différences dont Mr Fauriel a tenu compte. La fetouwet était une institution de chevalerie religieuse, par laquelle le grade de feta, c'est-à-dire de chevalier, était conféré, non pas par les princes, mais par des cheikhs, solennité à laquelle se liaient des festins de table et de bonne chère, auxquels les chevaliers européens n'étaient pas non plus insensibles.

Le calife de Bagdad Nassir-lidinillah, dont le long règne de quarante-cinq ans embrasse de 1180 jusqu'à 1225 de l'ère chrétienne, était un des princes les plus romanesques et les plus chevaleresques dont l'histoire orientale fait mention ; l'histoire d'Aboul-Feda et les tablettes chronologiques de Hadji-calfa font deux fois mention de l'acte du fetouwet, c'est-à-dire du grade de chevalier conféré la première fois l'an 578 (1182) : -mots en arabes que nous traduisons...- le calife Nassir revêtu du vêtement de la chevalerie par le cheikh Abdal-Djebbar. Cette cérémonie était accompagné d'un toast bu dans la coupe de la chevalerie (Kasol-fetouwet).

Ce passage, extrêmement important pour l'histoire de la chevalerie, donne en même temps l'explication la plus naturelle du graal, ce vase merveilleux, confié à la garde des Templiers, auquel ceux-ci n'ont pas manqué d'attacher un sens gnostique, comme les inscriptions arabes de ces vases le prouvent.(2) Le mot de graal n'est peut-être qu'une corruption du mot arabe al-kas, avec l'article mis en arrière. Quoiqu'il en soit de cette éthymologie, il n'est point de doute que la coupe du Saint-Graal ne soit retrouvée dans la coupe de la chevalerie arabe, kassol-fetouwet.

Reste à savoir quel était le vêtement de chevalerie, dont le chevalier était revêtu. Ce n'était point une cuirasse, ni, comme on pourrait le croire, un manteau, mais c'était des hauts-de-chausses, comme Aboul-Feda le dit expressément en deux endroits.(3)

"En cette année 607 (1210), arrivèrent des ambassadeurs du calife aux rois des provinces, afin qu'ils bussent à sa santé dans la coupe de la chevalerie, afin qu'ils se revêtissent des hauts-de-chausses de la chevalerie, et qu'ils tirassent à l'arbalète, selon la méthode du calife."

Puis à l'an de la mort du même calife en 622 (1225) :

"Il mit tous ses soins à revêtir les hauts-de-chausse de la chevalerie, et ne permit d'autres arcs que ceux de sa façon."

L'acte de l'élévation au grade de chevalier était donc accompagné, non seulement d'un toast dans la coupe de la chevalerie, mais aussi d'exercices gymnastiques fort propres au métier de chevalier ; et ce grade de chevalier, qui était originairement une institution religieuse de la guerre sainte (comme Mr Fauriel l'a très bien remarqué), participait aussi à l'esprit de la chevalerie européenne par le plaisir de la coupe et par les exercices du corps. Le temps qui s'est écoulé entre le mot du Prophète, qui déclarait, par la bouche de Gabriel, son gendre Ali le chevalier par excellence, à la bataille d'Ohod (2-3---624), et les ambassades chevaleresques du calife Nassir-li dinillah (607==1210), embrasse six siècles, de sorte que la chevalerie arabe est de quatre siècles plus ancienne que l'européenne, dont la plus belle époque commença avec le temps des croisades et finit avec elle. Il est bon de remarquer que le calife Nassir-li dinillah était contemporain de Saladin, auquel il avait envoyé un diplôme de prince, un an plus tôt qu'il n'avait été revêtu lui-même du grade de chevalier par le cheikh Abdol-Djebbar. Or, le temps de Saladin, de Richard Coeur-de-Lion, du duc Léopold d'Autriche, et du roi Philippe-Auguste, c'est-à-dire la fin du XIIe siècle, est la plus belle époque de la chevalerie chrétienne. Cette époque datant de la fondation des Templiers, après la prise de Jérusalem, était à son apogée cent ans après, à la prise d'Acre par les Croisés, et finit avec la perte de cette place et l'évacuation de toute la Syrie, en 690 (1291).

Les deux capitales du califat, en Orient et en Occident, étaient Bagdad et Corfoue. La fondation de la première de ces villes, et les premières bâtisses des califes andalousiens, sont contemporaines. Al-Mansour, le grand chambellan de Hicham, est regardé par Mr Fauriel (tome 3, page 322) avec raison comme l'idéal du caractère et des sentiments chevaleresques ; mais, avant lui, le califat avait fleuri pendant deux siècles en Espagne, et, après la fin des croisades, l'esprit chevaleresque continua en Egypte jusqu'à la fin de la dynastie de Mameloucs Baharites, en 784 (1382).

La chevalerie arabe était donc bien plus vivace que la chevalerie européenne, dont le terme le plus long ne dépasse pas trois siècles. Mr Fauriel dit que c'est chez les Arabes d'Andalousie qu'on trouve les plus anciens vestiges de ces deux chevaleries, et que ces faits existent épars dans les livres arabes, la plupart encore inconnus. Le principal ouvrage dans lequel on peut puiser des renseignements sur l'esprit chevaleresque des premiers siècles, soit en Asie, soit en Europe, est l'Ikd d'Ibn Abd-rebbihi, décédé en 328 (939), puis les ouvrages historiques de Thaberi et de Masoudi. Les histoires du califat, par Soyouti, et le Gulcheni Khaulefa, imprimé à Constantinople, ne contiennent rien sur les réceptions chevaleresques du calife Nassir ; mais il s'en trouve peut-être des mentions dans les histoires d'Ibn-el-Esir, d'Ibnol-Kesir et d'autres ouvrages de la Bibliothèque de Paris.

Pour ce qui regarde les sentiments chevaleresques d'honneur, de valeur, de générosité, de délicatesse et d'égards envers les dames, ils abondent dans les poëmes les plus anciens des Arabes, et surtout dans les deux Hamasa, dans la grande d'Ebou-temmam, et dans la petite d'El-Bohtori, qui mériterait tout aussi bien que la grande les soins d'un éditeur et d'un traducteur.

Comme Ali est la fleur et le prototype des chevaliers arabes, et que Galib, c'est-à-dire celui qui prévaut, est un de ses noms, la liaison qu'il y a entre les idées et sentiments de chevalerie, attachés par les  Provençaux aux différentes formes de galoubié, et entre le nom du premier chevalier de l'Islam, saute aux yeux.

(1) Moins juste dans la traduction de Mr Kasimirski : "Dieu est puissant dans ses oeuvres." Il fallait dire "Dieu fait prévaloir ses affaires." Eoer (pas certain de la bonne traduction car illisible... ndr.) signifie commandement ou affaire mais non pas oeuvre.

(2)  Voir Mysterium baphometis, dans le VIe tome des mines de l'Orient...

(3) Annales muslemici, t. page 245 et 329.

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

 

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans Chevalerie
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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 19:08

Je vous conseille d'aller sur Google Livres, on trouve des livres à télécharger du 19e siècle fort intéressants. Le seul problème, c'est que l'on ne peut pas faire de copier-coller mais qu'à cela ne tienne, voici un extrait tiré d'un ouvrage de Chevalerie évoquant l'hypothétique provenance du Graal.  Je dis hyptothétique car d'où vient-il vraiment ? La réponse n'est pas dans cet article mais dans celui qui vient... et vous allez sûrement être étonné.   

 

 

 

Le Saint-Graal

Tiré de l'ouvrage Histoire de France dans les temps les plus reculés jusqu'en 1789

par Henri Martin

Tome III Edition 1855

Epoque narrative XIIe siècle

Livre entier

Tableau Alan Rabinowitz

 

 

Page 392 à 404

Nous n'avons pas tout dit sur la chevalerie. Ce grand arbre de la poésie chevaleresque, qui a couvert l'Europe de son ombre, nous en avons montré les deux branches principales ; mais il y en a une autre encore, entée sur la seconde, sur celle qui est, à nos yeux, la vraie tige de l'arbre, et si bien entée sur elle qu'on les a souvent confondues. C'est le rameau du Saint-Graal.

Ceci n'a pas pour nous la même importance et ne tient pas de même au développement moral essentiel de la France ; ce nouvel élément poétique est toutefois trop curieux par lui-même et par tout ce qui s'y rattache pour ne pas mériter un coup d'oeil.

Il y aurait une étude intéressante à faire sur le rôle des évangiles apocryphes dans les traditions du Moyen-Âge. Rejetés du corps des Ecritures lors de la grande collection qui dégagea les Quatre Evangiles d'entre cette multitude de documents enfantés ou transformés par l'imagination naïve de la foule, par le mysticisme savant des gnostiques et par le symbolisme des rabbins convertis, ces monuments des premiers siècles chrétiens restèrent à l'état de légende dans la mémoire populaire, et bien des trésors de poésie religieuse sortirent de cette mine toute pleine des pierres précieuses de l'Orient. Non seulement les hérétiques, mais les mystiques orthodoxes du Moyen-Âge y puisèrent à pleine main, et l'on en retrouve la trace évidente dans des dévotions très considérables, très autorisées, mais très étrangères d'esprit et de forme aux Quatre Evangiles et aux Pères.

Une de ces légendes arriva à une grande fortune. Il lui suffit de s'enraciner dans le sol de Cambrie qui fécondait tout germe poétique.

Le christianisme avait été porté dans l'Île de Bretagne vers le même temps où se fonda notre glorieuse église de Lyon, sans doute aussi par des mains plutôt grecques que romaines. Les évangiles apocryphes étaient arrivées en même temps que les véritables. Un de ces monuments, l'Evangile de Nicodème, paraît avoir obtenu une grande et durable popularité. Un des caractères de ce livre était l'importance accordée au personnage de ce Joseph d'Arimathie, qui détacha Jésus de la croix et lui donna une sépulture.

Joseph est là le grand disciple, au-dessus de Pierre et de tous les autres. Une légende extraordinaire se construisit sur cette base. A côté du néo-druidisme ou druidisme mêlé de christianisme, il s'était établi, dans l'église galloise, un christianisme modifié par le druidisme, anti-augustinien, anti-romain. Dans un coin de ce christianisme gallois, à une époque que nous ne saurions déterminer, fut couvée la légende en question. Toute la religion reposait là sur une forme particulière et toute symbolique du mystère eucharistique. Joseph d'Arimathie avait recueilli le sang des plaies du Sauveur dans le vase qui avait servi à la Cène : Jésus-Christ, lui-même, avait confié à perpétuité la garde de ce vase à Joseph et à sa race, et le neveu de Joseph, Allan (Alain en français), l'avait porté dans l'Île de Bretagne. Ce vase avait des propriétés incomparables : il assurait à ceux qui le contemplaient la compagnie du Seigneur Jésus et les joies indicibles du ciel ; il les nourrissait d'un aliment délicieux et intarissable ; il les mettait à couvert de l'injustice et de la violence des hommes. Mais on ne pouvait le contempler sans être en état de grâce. Il disparaissait aux regards des pécheurs, et les initiés à ses mystères devaient être muets devant les profanes.

Ce vase mystérieux, ne l'a-t-on pas déjà reconnu ! n'a-t-il pas en un autre maître, avant le Seigneur Jésus ? n'est-ce pas le vase dont l'Enfant lumineux, le petit Gwyon, l'initiateur, a dérobé les secrets à la déesse nature ? Ce n'est pas de Judée qu'il vient. Il est indigène dans l'Île de Bretagne. C'est la troisième forme du bassin sacré : vase de science divine chez les bardes, simple bassin magique chez les conteurs, il devient chez les prêtres chrétiens le vase d'amour divin, le vase de la Cène et de la Passion(1).

Les premiers introducteurs des traditions bardiques et du cycle d'Arthur en France, Geoffroi de Montmouth, Wace, l'auteur, quel qu'il soit, de la vie de Merlin en vers latins, l'auteur ou les auteurs des fragments du Tristan en vers français, et même Chrestien de Troies, dans le Chevalier au Lion et le Chevalier de la Charette, n'avaient pas dit un mot de cette légende. Elle paraît être arrivée parmi les clercs et les trouvères dela cour de Henri II quelques années après la rédaction du Brut par Wace.

L'histoire du saint vase avait été, dit-on, décrite en latin par un ermite breton du huitième siècle, à qui Dieu l'avait révélée. Elle était intitulée Histoire de Gradal.  On n'a plus cet original latin, et la date du huitième siècle est fort suspecte. Ce qui est certain, c'est que vers 1160 à 1170, époque à laquelle la légende commença de se répandre, on donnait au vase mystique, le nom de gradalis ou gradale en latin et de graal en français. "Graal", dit le moine Hélinand, "signifie, en français, (gallicé), un bassin (littéralement, une écuelle large et un peu profonde) où l'on fait cuire des mets recherchés(2). -"Graal appelle-t-on le vaissel (le vase)" dit l'auteur du Saint-Graal en vers français ;

        Car nul le Graal ne verra,
       Ce croi-je, qu'il ne lui agrée(
3)."

Cette seconde étymologie ne semble pas pouvoir être prise au sérieux ; néanmoins ce double-sens, propre et figuré, le bassin et la chose agréable, suave, se retrouve précisément dans le mot gallois per, dont graal semblerait n'être que la traduction ; d'une autre part, le mot gréal se retrouve lui-même en kimro-gallois, où il signifie réunion, combinaison de principes élémentaires. Ceci convient parfaitement à l'eau du bassin de Koridwen, qui symbolise, par l'infusion des six plantes mystiques, le mélange des éléments de la nature, et révèle, à qui s'en abreuve, les principes des choses. Grëal aurait-il donc été, dans les mystères bardiques une dénomination plus profonde et plus secrète que dans per(4) ? C'est là un cercle d'idées et de termes fort singulier et fort curieux.

A peine la légende est-elle dans les mains des lettrés de la cour anglo-normande, parmi lesquels, chose remarquable, figurent plusieurs chevaliers, qu'ils la développent en vastes amplifications, et opèrent, entre elle et le cycle de la Table Ronde, une combinaison qui n'avait jamais eu lieu chez les gallois. Sous la direction, à ce qu'il semblerait, d'un chapelain de Henri II, Gautier Map(5), ils ajustent, tant bien que mal, une préface et une conclusion dévotes à ces romans d'amour, créés dans un esprit si différent, qu'ils contribuent eux-mêmes à propager, tout en entrant dans une voie opposée. La France proprement dite et la Provence reçoivent la légende. Peu à peu, à mesure que les versions en prose et en vers se remanient et se succèdent, l'écart augmente entre les deux esprits qu'on a mis aux prises dans la littérature chevaleresque ; dans les romans du Saint-Graal, la Table Ronde finit par n'avoir été fondée, par Uter et Arthur, que pour la recherche du chateau mystérieux où l'on garde le saint vase, et qui ne peut-être retrouvé que par le plus pieux et le plus chaste des chevaliers. Tous les héros de la Table Ronde, devenus les poursuivants du Graal, sont de la race de Joseph d'Arimathie, comme les chevaliers gardiens du Graal, eux-mêmes. Le prophète Merlin reparaît au centre de ce cycle tout chrétien. Le Sauveur a changé la nature diabolique que Merlin avait reçu de son père l'incube, le démon de l'air, ainsi que les gens d'église appellent nos sylphes ; et Merlin a provoqué la sainte destination de la Table Ronde.

Chrestien de Troies, lui-même, le poète de l'amour chevaleresque, prend une certaine part, assez faible, il est vrai, à ce mouvement. Esprit ouvert à tous les souffles, il a chanté l'amour sensuel des anciens en traduisant Ovide, et il effleure aussi l'ascétisme, quoique sa véritable inspiration ne soit ni païenne ni ascétique. Le Perceval, dans les mains des continuateurs de Chrestien, personnifie d'une manière frappante les transformations d'un grand type dont nous avons parlé (voir page 358). Le Peredur barqique était le type de l'initié : l'homme sauvage et animal s'élevant à la lumière de la vie spirituelle, à la science.

Le Pérédur des Mabinogion est l'enfant grossier s'élevant à l'héroïsme chevaleresque et amoureux. Le Perceval français, dans lequel Chrestien, et surtout ses continuateurs, combinent les Mabinogion avec le Saint-Graal, part du même point que le Peredur des conteurs, arrive d'abord au même but, puis, de la perfection chevaleresque, passe à la perfection ascétique chrétienne, et devenu le gardien du Graal, reprend là, sous d'autres formes, le caractère mystique qu'il avait eu chez les bardes.

En résumé, le cycle du Saint-Graal est une tentative de réaction ascétique contre la morale de la chevalerie. Les principales aventures et les principaux personnages de la chevalerie amoureuse y sont enveloppés, avec conclusion à la pénitence et à la fin monastique(6) ; mais il importe d'observer que cette tentative, pour venir de l'esprit ascétique, ne vient nullement de l'Eglise. On a vu qu'elle procède d'une origine non seulement étrangère à Rome, mais hétérodoxe, et ce caractère indépendant, sinon hostile, ne s'efface pas à mesure que le cycle s'étend et se modifie(7).

La légende du Graal a une dernière phase très intéressante, après une transition dont nous n'avons  pas les monuments. Les troubadours paraissent lui avoir imprimé certaines modifications, et en même temps que Chrestien de Troies s'en empare, elle est remaniée par un autre trouvère champenois, Guyot de Provins, qui, après avoir pris la robe de bénédictin à Cluni, écrit, sur la fin de sa vie (vers le commencement du treizième siècle), une espèce de grande satire intitulée la Bible Guyot, où il attaque, avec une virulence extrême, le pape et les cardinaux(8). Nous n'avons pas son poème sur le Saint-Graal(9), et nous ne connaissons son intervention dans ce cycle que par le témoignage du célèbre templier souabe Wolfram d'Eschenbach, qui, dans son Parcival, déclare avoir suivi Kiot et non Chrestien de Troies. C'est hors de la France et de la littérature française, c'est dans les deux poèmes de cet imitateur allemand, surtout dans le Titurel, que la légende du Graal atteint sa dernière et splendide transfiguration, sous l'influence d'idées que Wolfram semblerait avoir puisées en France et plus particulièrement chez les Templiers du midi de la France. Ce n'est plus dans l'Île de Bretagne, mais en Gaule, sur les confins de l'Espagne, que le Graal est conservé. Un héros appelé Titurel fonde un temple pour y déposer le saint vaissel, et c'est le prophète Merlin qui dirige cette construction mystérieuse, initié qu'il a été par Joseph d'Arimathie en personne au plan du temple par excellence, du temple de Salomon(10). La chevalerie du Graal devient ici la Massenie, c'est-à-dire une franc_maçonnerie ascétique, dont les membres se nomment les templistes, et l'on peut saisir ici l'intention de relier à un centre commun, figuré par ce temple idéal, l'ordre des templiers, parvenu, en France surtout, à une grande puissance et à une grande richesse, et les nombreuses confréries de constructeurs qui renouvellent alors l'architecture du Moyen-Âge. On entrevoit là bien des ouvertures sur ce qu'on pourrait nommer l'histoire souterraine de ces temps, beaucoup plus complexes qu'on ne le croit communément. Il y aurait des aperçus à suivre d'une part sur le mouvement de l'architecture ogivale, de l'autre sur les tendances indépendantes et hétérodoxes des templiers, qui, malheureusement pour eux, ne devaient pas rester sur les hauteurs de l'ascétisme poétique où les montrait leur confrère Wolfram, et qui ne descendirent que trop vite à des hérésies d'une autre nature.

Ce qui est bien curieux, et ce dont on ne peut guère douter, c'est que la franc-maçonnerie moderne, instrument, durant quelques temps, si efficace de la philosophie du dix-huitième siècle, ne remonte d'échelon en échelon jusqu'à la Massenie du saint Graal. Les propagateurs de Voltaire, héritiers en ligne directe des ascètes du Moyen-Âge, c'est là une des transformations les plus singulières qu'offre l'histoire.

La tentative de la chevalerie du Graal pour se substituer à la chevalerie amoureuse échoua. Dans sa dernière période surtout, la légende du Graal avait posé nettement sa chevalerie en face de l'autre, qu'elle ne voulait plus seulement dominer, mais supprimer. L'une était la chevalerie de Jésus Christ, toujours en état de grâce ; l'autre la chevalerie du monde et de Satan, toujours en état de péché mortel ; et ce n'était plus seulement l'amour charnel, mais l'amour de la créature qui était le péché. La vraie chevalerie ne se soumit pas : elle garda dans l'idéal et dans l'histoire, son caractère propre, c'est-à-dire la nouvelle conception de l'amour, et la chevalerie du Graal disparut devant elle.

La pensée du Graal, nous l'avons assez fait voir, ne procédait pas du grand centre ecclésiastique. Quelle est donc l'attitude de l'Eglise, en présence de la chevalerie, qui lui échappe après l'avoir servie ? Hostile à l'idée chevaleresque, elle doit l'être. Hostile non pas seulement à la théorie qui met l'amour en guerre avec le mariage, mais à l'amour même, l'Eglise pense, sur ce point, comme les ascètes hétérodoxes du Graal(11). Elle ne reconnaît pas le sentiment par lequel l'homme et la femme se prennent pour idéal et pour but réciproque de la vie. Elle fait du mariage un moyen, non un but. Le but est uniquement, à ses yeux, la transmission de la vie, la succession des générations. Occasionnellement, le mariage est un moyen d'éviter aux faibles le péché de la concupiscence, en tournant exclusivement leur intention à l'oeuvre nécessaire, mais subalterne de la génération. L'union des sexes, est en deux mots, suivant l'expression de Pascal, la plus basse des conditions du christianisme ; le refuge des faibles qui ne savent pas s'élever à la sainteté du célibat(12). Les conceptions ecclésiastiques sur cette vie et sur l'autre sont incompatibles avec le nouveau monde moral qui commence.

L'Eglise n'attaque pas de front la chevalerie. Nous connaissons, il est vrai, des prohibitions de conciles contre les tournois, à cause des blessures quelquefois mortelles qui résultent de ces jeux périlleux ; nous n'en connaissons point qui ait un caractère légal contre les romans, contre les cours d'amour, etc. L'Eglise eût pu s'approprier le mouvement du saint Graal, faire faire des romans orthodoxes pour disputer le terrain aux poèmes de la Table-Ronde ; mais tout cela était peu efficace. On s'y prit avec plus d'habileté, avec une habileté d'autant plus  profonde qu'elle était d'instinct, de sentiment même plus que de calcul. L'agitation morale qui attendrissait les âmes, qui élevait si haut la femme, le flot du génie féminin, peut-on dire, était aussi entré dans l'Eglise. Le monde ecclésiastique accepte ou subit la réaction contre la dure maxime du vas infirmius. Rome n'ose condamner ce Robert d'Arbrissel, qui, dans ses doubles monastères renouvelés de la vieille Irlande, soumettait les hommes au gouvernement des femmes(13). Les femmes à extase prennent une autorité croissante. Le célèbre docteur Gautier de Saint-Victor consulte la visionnaire Hildegarde sur un point capital de théologie scolastique contre Gilbert de la Poirée. Au siècle suivant, ce sera sur les révélations d'une autre extatique, la Liégeoise Julienne de Mont-Cornillon, que l'on établira la fête du Saint-Sacrement. L'Italie ne tardera pas à avoir à son tour ses saintes mystiques bien plus éclatantes.

Ce mouvement, au sein de l'Eglise, se concentre dans une forme qui est là toute préparée et qui s'agrandit pour le recevoir et l'accroître.

Il y avait dans la religion un type féminin très naturellement et très légitimement vénéré dès l'origine : la mère du Sauveur. Mais lapersonne de Marie était plus indiquée que manifestée, plus révérée que connue dans les monuments authentiques de la foi. Les évangiles apocryphes présentaient, au contraire, des traditions poétiques très développées sur son enfance, sur toute sa vie, sur son assomption au ciel. Ces traditions continuèrent à se propager et servirent d'aliment à la dévotion croissante des masses envers la Mère de Jésus, envers la MERE DE DIEU, ainsi qu'on nomma Marie définitivement Marie après une grande controverse qui ébranla l'église grecque au cinquième siècle. Un mouvement impétueux entraînait alors les populations orientales vers le culte de la Vierge, et, si ce titre de Mère de Dieu fut adopté par les Pères des conciles grecs comme une protestation contre Nestorius, qui séparait dans Jésus la personne humaine de la personne divine, ce fut par un tout autre sentiment que les foules asiatiques s'y attachèrent avec fanatisme. C'était la renaissance de ces anciens cultes féminins, si chers aux peuples de l'Orient, et qui, momentanément comprimés, mais non pas déracinés des instincts populaires, reparaissaient épurés et transformés dans le sein du christianisme.

En Occident, ce fut à un mobile bien différent que le culte de la Vierge, qui avait été longtemps grandissant, dut l'immense développement qu'il reçut à partir du douzième siècle. Ce ne fut plus là le retour de l'instinct vers les vieux cultes naturalistes, mais, au contraire, l'élan de l'âme vers la nouvelle idéalité qui reconnaissait dans la femme la grande puissance morale de la Création. L'essor du culte de la Vierge procéda chez nous de la même cause que le culte de la dame, que la chevalerie. C'est sur ce terrain si favorable que l'Eglise va porter toutes ses forces. C'est là qu'elle trouve le grand moyen d'action sur les imaginations et sur les coeurs, le seul dérivatif qui puisse être efficace contre la religion de la chevalerie. Les femmes aimeront le culte d'une femme, de la Mère par excellence. Parmi les hommes, les âmes délicates, rêveuses et froissées, celles qui n'ont pas rencontré ce qu'elles cherchaient sur la terre, pourront être détournées de l'amour humain par l'adoration de ce chaste type, qui va perdre, dans les visions extatiques, puis sous la main des artistes, la sombre austérité de l'art byzantin et roman pourdevenir touchant et tendre. L'Eglise va avoir des chevaliers de la Sainte Vierge, qui serviront beaucoup mieux la cause ecclésiastique que les chevaliers du Graal ou que leur prototype réel, les chevaliers du Temple. Les dominicains et les franciscains vont paraître.

En somme, l'Eglise accepte le mouvement irrésistible qui relève la femme, mais sans en accepter les conséquences logiques : elle met sur les autels la Vierge et la Mère, mais elle continue à tenir l'amante, l'épouse en dehors de son idéal.

La ferveur croissante du culte de la Vierge amène, avant le douzième siècle, les premières manifestations notables d'une idée qui sera, dans le catholicisme romain, le terme extrême de la réhabilitation de la femme. Le renversement des opinions antiques sur l'infériorité du sexe masculin diminue nécessairement, dans les sentiments du Moyen-Âge, la distance entre Marie et Jésus. Le dogme positif ne permet pas aux esprits d'aller jusqu'au bout de cette tendance et de se demander si Dieu ne s'est pas manifesté personnellement dans la Mère comme dans le Fils ; mais ne pouvant voir Dieu même dans Marie, beaucoup y voient du moins une créature au-dessus de toutes les créatures, une médiatrice créée à coté du Médiateur incréé. C'est là ce qu'on a nommé l'Immaculée Conception. Dès les temps anciens, la plupart des chrétiens avaient cru que Marie avait été sanctifiée dès le sein de sa mère, privilège partagé avec saint Jean-Baptiste et Jérémie, et qu'elle était immaculée, c'est-à-dire qu'elle n'avait jamais péché, privilège accordée à elle-seule(14) ; mais personne n'avait songé (du moins il n'en existe pas de trace) à la mettre hors de la solidarité d'Adam, hors de la condition humaine. Les textes de saint Paul et de saint Augustin sont formels sur ce point : "Que Jésus-Christ seul est né d'une femme sans participer au péché d'Adam.(15)" Au neuvième siècle, Paschase Radbert, que nous avons vu soutenir la présence réelle contre Jean Scott, avance que la Vierge a été conçue sans la tache originelle. C'est la première apparition certaine de cette opinion. La proposition de Paschase retentit peu et couve assez obscurément. Au onzième siècle, Pierre Damiani, le grand champion de la papauté, et saint Anselme parlent sur ce point comme saint Augustin : ils affirment et ne discutent pas. Au douzième, l'opinion de Radbert se relève : les circonstances semblent devenues propices. Les chanoines de Lyon établissent une fête de l'Immaculée-Conception de Notre-Dame (1140). Mais saint Bernard, aussitôt, leur écrit une lettre fort vive contre cette innovation(16), et Rome, à qui il s'en réfère, ne le désavoue nullement : la doctrine de saint Bernard est la doctrine reçue parmi les théologiens d'un côté comme de l'autre des Alpes. Les hommes de la tradition et de la théologie positive, les docteurs en masse, depuis les dialecticiens purs jusqu'aux mystiques eux-mêmes, secondent saint Bernard et refoulent les sympathies d'instinct qui se produisent en faveur de la nouveauté. Le treizième siècle reste sur le même terrain ; ses docteurs les plus renommés pour leur dévouement au culte de la Vierge, ceux qu'on peut appeler les moines chevaliers de Marie, ne croient pas que l'orthodoxie permette l'hésitation(17).

Ce n'est qu'au commencement du quatorzième siècle que l'opinion des écoles de Paris, si longtemps et si violemment hostile(18), se modifie en faveur de la nouveauté que tant de réprobations illustres avaient comprimé sans l'anéantir. Il n'est pas de notre sujet de dire ici comment l'opinion repoussée durant les âges encore voisins de l'antiquité chrétienne devint peu à peu l'opinion prépondérante dans le catholicisme moderne, jusqu'à ce que la papautée se fut enfin décidée à en faire un article de foi par un coup d'autorité sans exemple dans les temps de sa plus grande, de sa réelle puissance(19).

La suite du livre... et le commencement... très intéressant...

 

(1) Mr d'Eckstein l'avait vu clairement dès 1829; Catholique, t.XVI, p. 707. Mr de la Villemarqué l'a démontré; contes bretons , t.II, p. 181-219. Avec le bassin, les légendaires chrétiens ont emprunté un autre symbole qui l'accompagne. La lance sanglante, emblème de la seconde des vertus druidique, de la force, comme le bassin est l'emblême de la première vertu, de la science, la lance sanglante, qui est le signe de la guerre à mort contre les Germains, devient la lance avec laquelle a été percé le flanc du Sauveur, et que l'on garde avec le saint vase. Toutefois, la tradition druidique ne se perd pas et se mêle à la nouvelle interprétation chrétienne. Chose très singulière et qui atteste la variété des documents celtiques parvenus à nos trouvères. Chrestien de Troies en sait plus sur ce point que le Mabinoghi original de Peredur, qu'il imite dans son Perceval. Dans le Peredur gallois, la lance sanglante ne se rapporte, comme le bassin, qu'à un merveilleux assez vulgaire. Chrestien de Troies, au contraire, dans son Perceval, cite en propre terme une prophétie attribuée à Taliésin sur la délivrance de l'Île de Bretagne par cette lance.

        Il est escript qu'il est une ore (heure)
       Où tout le royaume de Logres (des anglo-saxons)
       .........
       Sera détruit par ceste lance.

(2) Voir la Chronique d'Hélinand, ap. D. Tissier ; Hélinand est un ancien trouvère picard devenu moine de Cîteaux. Son témoignage décide contre l'opinion de M. Fauriel, qui voulait que le mot Graal ou Grazel appartenait exclusivement à la langue d'oc. Hélinand écrivait au commencement du XIIIe siècle.

(3) Le Roman du Saint-Graal publié par Francisque Michel, Bordeaux, 1841, p. 112.

(4) Gwal Grëal veut dire pays des éléments, monde élémentaire : ce nom est synonyme d'annwn ou annwfen, l'abîme des germes. v. Owen's Welsh Dictionn. v° Grëal et Per. Le mot Grëal a une série de dérivés se rapportant à son sens de collection, de combinaisons d'éléments divers, ce qui semble démontrer son ancienneté dans la langue kimrique.

(5) Suivant M. Paulin Pâris, Gautier Map aurait développé la légende en latin, et Luces de Gast, Robert de Borron, etc. l'auraient traduite et paraphrasée de nouveau en prose française. Il parait toutefois certain que Map a lui-même écrit en français diverses parties de ses romans.

(6) Il n'y a que Tristan et Iseult qu'on n'ait osé faire renoncer à l'amour en mourant. On a respecté ce suprême idéal de la passion. Pour Lancelot et Genièvre, les romanciers du Saint-Graal pouvaient s'autoriser des Triades, qui font fuir Gwenhyvar dans un monastère.

(7) Saint-Pierre est introduit tant bien que mal dans la légende ; mais ce n'est point à son avantage : il ne commence pas par s'installer à Rome pour envoyer de là ses missionnaires. Subordonné à Joseph d'Arimathie, qui reste toujours hors ligne, il est d'abord chargé d'aller droit aux vaux d'Avaron (à la vallée druidique d'Avallon), pour convertir l'Île de Bretagne (v. le Saint-Grall en vers français p. 131) et y attendre Alain, le gardien du Saint-Graal. Encore, dans une autre version, sans doute la primitive, est-ce Joseph en personne qui convertit le roi de Bretagne. (v. Paulin Pâris, catalog. des Mss., t. I, p. 126.) Pierre, dans le Saint-Graal en prose est assez maltraité. Il manque de foi, n'ose marcher sur les flots à la suite de Joseph et des autres ; on le laisse sur le rivage, et il lui faut faire pénitence, etc. Il est à remarquer qu'on attribue à Gautier Map, en dehors des romans, des satires très âpres contre Rome et le haut clergé.

        (8) "Molt est l'estoile et belle et claire ;
       Tel devroit estre nostre père ;
       Clers devroit-il estre et estable
       Qué jà pooir (pouvoir) n'eust déable (diable)
       En lui, n'en ses commandements.
       Quand le père occist ses enfants,
       Grand péchié fait. Ha ! Rome ! Rome !
       Encore occiras-tu maint homme !
       Vous nous occiez chascun jour ;
       Chrestientez a pris son tour. (a fini son temps)
     ...................................
       Tout est perdu et confondu,
       Quand li chardenal (les cardinaux) sont venu,
       Qui viennent çà tuit (tout) allumé
       Et de convoitise embrasé.
       Ca viennent plein de simonie
       Et comble de malvaise vie ;
       Ca viennent sans nulle raison,
       Sans foi et sans religion...
       Rome nous suce et nous englout (engloutit) ;
       Rome détruit et occist tout ;
       Rome est la doiz (le dais), la couverture de la malice.
       Dont sordent tuit li malvais (tous les mauvais) vice...
       Contre l'Escripture
       Et contre Dieu sont tuit leur fait.

Il ne maltraite guère moins le reste du clergé et certains des princes, v. Hist. litt. de la France, t. XVIII, p. 812-814. Hélinand que nous avons cité plus haut, ne ménage pas non plus Rome dans son remarquable poème moral, en vers français, sur la Mort. Ibid. p. 100. C'est dans le morceau de Guyot sur le pape que se trouvent les vers, souvent cités, qui attestent que la boussole étaient alors déjà connue.

(9) A moins qu'on ne lui attribue le grand fragment publié par M. Francisque Michel ; le Roman du Saint-Graal ; Bordeaux ; 1841.

(10) Perceval finit par transférer le Graal et rebâtir le temple dans l'Inde, et c'est le prêtre-Jean, ce chef fantastique d'une chrétienté orientale imaginaire, qui hérite de la garde du saint vaissel.

(11) Quand  nous disons l'Eglise, nous disons l'opinion dominante dans l'Eglise, l'interprétation reçue de la doctrine chrétienne parmi le clergé. Il ne s'agit point ici de décisions des grands conciles, de dogmes constitués. Beaucoup de clercs pensaient individuellement d'une autre façon.

(12) "Le mariage est un désinfectant," a-t-on dit de nos jours, en traduisant dans un cynique langage la parole de saint Paul : Il vaut mieux se marier que de brûler. Ce cynisme n'est ici qu'une affectation de mauvais goût ; mais il est assez commun, de fort bonne foi, chez les vieux écrivains ecclésiastiques, quand ils parlent de ce qui touche aux relations des sexes. Ne connaissant que deux termes extrêmes, l'ascétisme et la luxure, aut coelum, aut coenum, toute mesure leur échappe pour juger la vraie valeur morale des sentiments et des actions. Il nous revient à la mémoire un exemple dont nous ne pouvons retrouver la source, mais dont l'authenticité est certaine. Un prince du midi de la France avait rompu avec sa femme pour une maîtresse. La femme délaissée fait enlever sa rivale et la livre aux outrages d'un groupe d'hommes d'armes. L'amant exaspéré, commence contre sa femme, princesse souveraine elle-même, une guerre à mort qui embrase tout le pays. L'Eglise s'interpose pour engager le prince à se réconcilier avec sa femme et à lui pardonner une faute légère ! dit le chroniqueur ecclésiastique.

(13) Voir page 214 en bas de page. Dans sa dernière maladie, il appelle ses moines, et leur dit : "Délibérez entre vous, tandis que je vis encore, si vous voulez persister dans votre résolution, à savoir, pour le salut de vos âmes, d'obéir aux commandements des servantes du Christ ; car sachez que tout ce que j'ai édifié, en quelque lieu que ce soit, je l'ai soumis à leur puissance et à leur domination." Presque tous acclamèrent d'une même voix : "J'ai soumis à leur service, dit-il encore, et moi, et mes disciples". Il mourut en laissant tout pouvoir à une abbesse. Acta 88, Februar, 1, III, p. 607. -Son dévouement à la réhabilitation de la femme était tel qu'il pénétrait jusque dans les bouges des prostituées pour les entraîner à sa suite et en faire des saintes.

(14) Cette croyance universelle : saint Basile, saint Jean-Chrysostôme, Tertullien ne la partageaient pas.

(15) La fête de la Conception de la Vierge, établie dans l'Eglise grecque, simultanément avec celle de la Conception de saint Jean-Baptiste, du septième au huitième siècle, n'a encore rien de commun avec l'Immaculée-Conception.

(16) "Cette fête nouvelle, l'usage de l'Eglise l'ignore ; la raison ne l'approuve pas, la tradition ne l'autorise point. La Vierge reine n'a pas besoin d'un faux honneur ; elle ne peut pas se plaire à ce qu'introduit, contre les usages de l'Eglise, la nouveauté, sœur de la superstition, fille de l'inconstance." Il se plaint de "surprendre la superstition chez les sages," et réfute longuement l'idée de l'Immaculée-Conception, en établissant que cette qualification ne peut convenir qu'au Christ seul." St Bernard, ep. 174, ed. Mabillon.

(17) "Si Marie, dit saint Thomas d'Aquin, eût été conçue sans péché, elle n'aurait pas eu besoin d'être rachetée par Jésus-Christ. -"C'est là, dit saint Bonaventure, une opinion qu'on ne peut soutenir sans impiété". Voir les textes rassemblés par M. de la Boulaye. - Journal des débats des 7 et 19 novembre 1854.

(18) Les théologiens de Paris ne se contentaient pas de voir la fête de l'Immaculée-Conception prohibée par les évêques, Jean de Pouilly, docteur en renom, alla jusqu'à demander le feu pour ces hérétiques.

(19) Aucun dogme, à aucune époque n'avait jamais été proclamé que par les conciles.

Sources E book  Histoire de France

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 21:38

 

La Chevalerie


Par Pierre Dujols « de Valois »

2ème partie

1ère partie

Tableau de Jean-Pierre Targete

L’Igne Natura Renovatur Integra des Rose-Croix, à notre sentiment, est une traduction phonétique de ce symbole, que la chevalerie gardait soigneusement sous le voile. Tous les anciens temples vénéraient cette figure. Le Temple de Vesta à Rome en fut une des dernières expressions. Mais pourrait-on affirmer que l'allégorie en est entièrement disparu ?
La lampe qui brûle perpétuellement devant le Saint-Sacrement dans les sanctuaires catholiques est
un souvenir du gardal égyptien; et ce n'est pas le seul. Nous démontrerons un jour que le catholicisme est la seule religion qui ait conservé dans la liturgie la véritable tradition des mystagogies orientales.
Le gardal est devenu, par contraction, Grâal, avec un accent circonflexe, puis Graal qu'on a écrit sans tenir compte du signe de la contraction.


La légende chrétienne dont on enveloppait cet arcane, le patronage de Joseph d'Aritmathie [N-O de Jérusalem] qui avait offert le sépulcre au Sauveur, couvraient suffisamment les origines suspectes de ce rite. Il est vrai que
toute l'église chrétienne repose sur le même fondement, mais celle-ci, matérialisant le symbole, n'en expose que l'exotérisme aux fidèles tandis que la chevalerie en révélait l'ésotérisme. Au surplus il ne serait pas difficile d'établir que le nom des personnages qui évoluent autour du Graal n'ont rien d'hébraïque; Joseph d'Arimathie sonne grec. Arimathie est visiblement formé de airemahesis, science de démonstration. Le radical air du verbe aireio, démontrer, nous a donné airetist, hérétique. C'était un titre de maîtrise ou un surnom initiatique.
Ainsi les Compagnons modernes se désignent encore entre eux par certains vocables: X- la Clef des Coeur, Agricol Perdiguier était surnommé Avignonnais la Vertu. Arimathie était un mot tout-à-fait en situation mais
propre à donner le change aux chefs de l'église temporelle qui n'y voyaient que l'arimathaïn de Palestine . Titurel, le fondateur du Temple du Graal, est encore un nom tiré de titrain qui signifie trouer, percer. Il correspond à Perceval, Parsifal, Perceforest oui sont une traduction manifeste de Titurel. Ces aperçus ajoutent quelque poids à l'opinion des écrivains dont nous avons fait état.


Dans une exposition sommaire de l'histoire secrète de la Chevalerie il serait superflu d'insister. Du reste,
la preuve des origines mystériales de la Chevalerie a été faite avec une ampleur impressionnante par un homme de grande culture, d'esprit religieux large, Eugène Aroux, ami de l'historien clérical Cesare Cantu, et traducteur de son Histoire universelle. Eugène Aroux a consacré à cette démonstration une série d'ouvrages d'une érudition insoupçonnable que nous énumérons par ordre de date: Dante hérétique, révolutionnaire et socialiste ; La comédie de Dante traduite en vers selon la lettre et commentée selon l'esprit ; Le paradis de Dante illuminé à Giorno ; Dénouement maçonnique de la Comédie albigeoise ; Preuves d'hérésie de Dante, notamment au sujet d'une fusion opérée vers 1312 entre la Massénie albigeoise, le Temple et les Gibelins pour constituer la Franc- Maçonnerie ; Clef de la comédie anti-catharique de Dante ; L'hérésie de Dante démontrée par Francesco de Rimini et Coup d'oeil sur les romans du SaintGraal. La Clef da la Langue des Fidèles d'amour et enfin Les mystères de la Chevalerie et de l'amour platonicien au Moyen-âge.

 
L'auteur de ce travail de bénédictin sacrifie une partie de sa fortune et toute son existence pour faire prévaloir historiquement dans l'église et les universités ce fait patent et irréfutable que
Dante fut un hiérophante de la Massénie chevaleresque et le fondateur de la Maçonnerie moderne. Cette opinion est recevable au moins dans les grandes lignes, car le fond hermétique de l'institution chevaleresque a échappé aux investigations d'Eugène Aroux insuffisament instruit des choses de l'occulte.


Le point de vue d'Aroux diffère sensiblement du nôtre. Nous tâcherons de trouver un moyen de conciliation car il ne comporte aucune incompatibilité absolue.
« Il y avait réellement, dit-il, dans la civilisation du midi comme celle du nord, bien moins avancée, et
il ne pouvait y avoir qu'une seule chevalerie. Elle était purement féodale et nullement amoureuse. Celle des Tristan, des Lancelot du Lac, des Amadis et des Galaor n'a jamais existé que dans les romans et dans les assemblées secrètes de la Massénie albigeoise. C'est dans cette dernière qu'il faut chercher les chevaliers du Cygne, de l'Aigle noir et blanc, d'Orient et d'Occident, etc... ainsi que les poursuivants d'amour à tous les degrés. »

 
Qu'est-ce à dire ?
Cette tradition de bons chevaliers errants et amoureux prêts à rompre une lance pour le triomphe de l'honneur et du bon droit ne reposerait que sur une fiction mystagogique et n'aurait eu de vigueur que dans des réduits souterrains, nombreux à la vérité, mais très distants des hauts manoirs et fiers castels perchés sur des cimes trop élevées ? Eugène Aroux tombe ici dans une erreur regrettable. Il confond noblesse et chevalerie. Les deux choses pourraient se combiner somme toute, mais n'étaient pas de même nature. Quand il nous parle d'une chevalerie féodale et d'une chevalerie amoureuse il fait montre d'une inconséquence assez singulière chez un homme aussi averti.


M. Aroux se trompe. Il n'y avait
qu'une chevalerie; celle des mystères. Tous les nobles, même les plus grands feudataires n'y étaient pas admis. Le titre de chevalier était recherché comme le plus grand honneur qui Dût échoir à un homme sur terre et le couronnement de la noblesse. Cette dignité était même refusée aux rois. Certains monarques l'acquirent, il est vrai, à une époque de décadence où la chevalerie n'était plus qu'un mot creux dont l'esprit s'était envolé. Et même si pour les besoins de la cause on en était réduit à accueillir un souverain régnant dans le temple, c'était à titre profane comme Napoléon ou Louis XVIII ont pu être reçus Maçons.


Le titre de chevalier n'était point décerné à la légère. Il fallait faire ses preuves. On s'est imaginé à tort que ces preux se bornaient à de rudes estocades et à des prouesses de bravoure. Il en allait tout autrement. Pour être armé chevalier
il fallait être homme de bien dans toute l'acceptation du terme, renoncer à la vie de rapine des hauts barons routiers et détrousseurs et protéger la veuve et l'orphelin, en un mot être régénéré et né à une vie nouvelle. L'église, au XI° siècle, ne pouvait qu'opposer une faible barrière aux déprédations des grands seigneurs et ne put guère avoir exercé une influence suffisante pour que l'on puisse lui faire l'honneur d'un tel revirement dans les moeurs féodales.


Il fallait pour une oeuvre aussi considérable un levier plus puissant que celui de la force cléricale faite surtout d'éléments temporels.

Nous ne dénierons pas absolument à l'église romaine une action morale qu'il serait injuste de ne pas admettre. Mais la chevalerie, encore qu'elle se soit développée sous son patronage, avait surtout un habile maquillage, leurrer la puissance des papes et entreprendre (sous le masque) la guerre de sape qui s'est prolongée jusqu'à nos jours.
Pour être au fait de ce qu'était alors l'église officielle, il suffit de lire l'horrible peinture qu'en retrace le véhément Pierre Damien. Jamais on vit
pareil étalage de pourriture. Est-il raisonnable de considérer un clergé avili à ce point comme l'instigateur du mouvement chevaleresque ? Le Vatican en serait bien embarrassé d'en produire la preuve, et il sait bien aujourd'hui qu'il avait d'autres racines.


Eugène Aroux, si avisé par ailleurs, se montre ici mal informé. Si l'on admettait sa pétition de principe, sa thèse s'écroulerait par la base.
Une objection se pose tout de suite : à la bonne époque
la chevalerie n'était pas héréditaire tandis que la noblesse de race l'était. Ce trait distinctif démontre que la chevalerie consacrait une évolution morale toute personnelle.
Ce qui a créé ce malentendu dans l'esprit d'Aroux tient à ce fait administratif: il y avait dans la noblesse une organisation militaire forcément équestre puisque l'on combattait alors à cheval. Mais ces chevaliers étaient des gens de cheval qui
portaient le glaive de la force et non celui de la loyauté. Jamais l'histoire ne prouvera que les cavaliers aient été armés chevaliers par une investiture régulière. Le titre de chevalier (banneret) cause de cette erreur est une pure homophonie sans conséquence tirée du mot cheval. La chevalerie légendaire qui est aussi celle de l'histoire exigeait une période de probation fort longue.


A l'origine elle durait vingt et un ans. Elle était conférée au milieu d'un cérémonial symbolique qui frappe le moins prévenu . Des parrains ou jurants étaient indispensables et ce n'étaient point des comparses de pure forme. Le candidat passait d'abord par des bains fréquents puis demeurait plusieurs nuits dans une chapelle obscure sans lumière. C'était la nuit du tombeau
dans lequel le vieil homme allait être inhumé puis rentrer en putréfaction pour ressusciter à une vie nouvelle ( la Vita nuova de Dante). Ensuite il reparaissait au jour tout vêtu de blanc pour témoigner de la résurrection morale. Il accomplissait alors les rites de la religion officielle. Après ce devoir il recevait l'épée; celle du bon combat, et l'on procédait à la vêture. Un discours initiatique accompagnait chaque pièce de l'armure qui murait en quelque sorte le récipiendaire dans les devoirs de sa charge. M. Roy, dans un petit livre, imprimé autrefois chez Mame, a recueilli quelques unes des allocutions prononcées pour la circonstance. L'intention ésotérique y est manifeste: l'armure n'est plus qu'une allégorie. Tous les sabreurs profanes ignoraient le sens philosophique.


Fauriet, dans son Cours de littérature provençal, reconnaît au milieu des plus grandes perplexités que la chevalerie, en recrutant dans la menue noblesse, vivant
à l'abri des écarts criminels de la noblesse de proie: » Ces hommes qui prenaient l'amour sur un ton si exalté n'étaient ni de grands barons ni de puissants feudataires.

 
C'étaient, pour la plupart, de pauvres chevaliers sans fiefs (l'auteur parle ici la langue de la noblesse actuelle pour laquelle le titre de chevalier est le plus bas dans la hiérarchie). Le plus grand nombre appartenait aux rangs inférieurs de la féodalité et plusieurs sont expressément
cités pour leur grande pauvreté et le peu de figure qu'ils faisaient dans le monde. » L'on s'étonnera peut-être que l'église n'ait point éventé la supercherie ? Mais » maints couvents, tant d'hommes que de femme, étaient envahis par l'hérésie » dit Aroux. M. (Aidre Tieberg), dans son excellent ouvrage sur la Route Sociale signale certains monastères de Champagne qui, au moyen-âge, célébraient les rites symboliques de la Maçonnerie. Ils finirent par disparaître par la suite, et pour cause.


Non, la chevalerie dont l'Europe s'honore et se glorifie a tenu trop de place dans la vie réelle pour qu'on puisse la réduire à une chevalerie purement allégorique comme celle des (trages). L'une aurait-elle débordé l'autre au point de la faire oublier et de donner le change à tel enseigne qu'on la prenne pour l'autre ? Le fait tiendrait de la nature du prodige, car
la noblesse extrêmement jalouse de ses prérogatives n'aurait pas souffert un empiètement qui aurait diminué son prestige.


La chevalerie s'inspirait
de principes trop élevés pour n'être qu'une institution guerrière, car même celle que E. Aroux considère comme héraldique témoigne des plus nobles aspirations.


A notre avis elle est l'émanation des hautes personnalités du temps qui professaient le christianisme philosophique. S'il en était autrement et s'il fallait nécessairement confondre la chevalerie avec l'albigéisme; le catharisme et le Vaudoiserie il conviendrait d'aller jusqu'au bout de la logique et de dire que tous les membres de ces sectes étaient chevaliers.


Nous ne nous refusons pas à leur reconnaître des liens de famille avec la chevalerie; mais
celle-ci occupait l'étage au dessus de l'hérésie embrassée par le peuple et dirigée par un sacerdoce de même condition. Au lieu de troubadours portant les bonnes paroles les manants avaient les colporteurs, les marchands, les pèlerins et les baladins de carrefour. Cet état de chose découle nécessairement de l'influence régénératrice de la caste supérieure mais s'ils professaient intimement la même doctrine, la manière différait.


Nous faisons les mêmes réserves en ce qui concerne le christianisme des chevaliers. E. Aroux que c'était celui qu'on entend de nos jours ramené à son état de pureté originelle.
Nous pensons, au contraire, que
lorsque l'église pactisa avec le pouvoir temporel et donna aux fidèles la chair matérielle du christ pour unique nourriture, les hiérophantes du christianisme philosophique, pour préserver de la ruine qui menaçait la Religion de la sagesse, suscitèrent le mouvement chevaleresque pour réagir sur les hautes classes et suivre le dogme des anciens mystères qui est la nourriture de l'âme par la science.

 
Après avoir remonté en une seule et unique pièce la chevalerie que M. Aroux avait coupée en deux, nous croyons utile de reproduire quelques pages trés instructives des Mystères de la chevalerie de cet auteur, la Massénie du Saint-Graal et les cours d'Amour.


Goërres fait une étude comparative des initiations aux mystères et de l'ancienne chevalerie. Un extrait de ce travail devrait trouver sa place. Vous pourrez peut-être vous le procurer. Ce document vient à l'appui de ma thèse contre celle d'Aroux. Il ferait donc bonne figure et documenterait plus sérieusement ce travail.

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 21:16

 Voilà quelque chose qu'il nous fait plaisir de vous offrir, une étude sur  La  Chevalerie dont nous sommes des adeptes puisqu'en nous vit un Chevalier de Lumière exigeant la réhabilitation de la Vérité dans ce monde en décadence où se meurent, peu à peu, toutes les valeurs...

 

La Chevalerie


Par Pierre Dujols « de Valois »

1ère partie

Manuscrit n° 5491 de la bibliothèque de Lyon écrit aux environs de 1900


N.B. - entre parenthèses ( ) : orthographe non sûre; entre crochets [ ] ; commentaires du transcripteur

 

L'histoire n'a vu dans la chevalerie qu'un ordre militaire destiné à livrer le bon combat. Elle n'a saisi que la forme extérieure, que le corps physique de l'institution. En réalité, la Chevalerie était une organisation très complexe basée sur le ternaire et comprenait le corps, l'âme et l'esprit.


L'esprit était constitué par un aréopage
de hauts initiés, prêtres philosophes héritiers de la Sagesse et de la Science égyptiennes des Mages, de Pythagore, de Platon et des Druides du Celtisme. Ils conservaient dans leur collège les traditions mystériales de l'antiquité et imprimaient le mouvement à l'organisme par l'intermédiaire des troubadours et des trouvères. Ceux-ci, bardes, ménestrels, jongleurs; constituaient le corps médian qui servait de lien entre les deux extrêmes. Ils recevaient d'en haut la doctrine et la transmettaient en bas au moyen de poèmes et de chansons allégoriques, dont le sens intime échappait souvent à l'auditoire composé de la gent bardée de fer, matière rude, grossière, rempart du dogme, qui prenait à la lettre les belles histoires des poètes et y puisait les vertus et l’héroisme indispensable à l'action séculière que devaient accomplir les guerriers de la Corporation.


Sous son aspect un,
la Chevalerie était donc triple. Les Historiens n'en ont retenu que l'enveloppe encuirassée. Cette enveloppe avait nécessairement la couleur propre au milieu où elle se développait; c'est-à-dire était chrétienne. C'est une loi de nature. Mais le christianisme n'était pas alors ce qu'il est aujourd'hui et dans tous les cas n'exerçait encore qu'une action relative sur la société civile.
Qu'on ne perde pas de vue qu'au
XIème siècle l'Eglise éprouvait les plus grandes difficultés à contenir le brigandage des temps féodaux.
L'Europe était
un immense coupe-gorge. L'invasion des barbares avait profondément altéré les moeurs. L'autorité ecclésiastique imposait bien aux puissants barons La Trêve de Dieu, mais elle devait faire la part de ces lions déchaînés en leur abandonnant trois jours de la semaine pour leurs nobles rapines. La Masse n'était pas d'avantage pénétrée par le ferment théologique de Rome et conservait toujours les coutumes, les usages et les croyances du Paganisme. Jésus-Christ ne faisait guère qu'un dieu de plus, supérieur sans doute aux dieux de l'Olympe qu'il avait vaincus et détrônés, mais aussi incompris des adeptes de la foi nouvelle.
Il est donc impossible d'admettre la Chevalerie comme une création réellement orthodoxe.
Elle était plutôt un prolongement des ordres équestres grecs et latins. Tout y trahit, du reste, des origines étrangères à la religion qui s'étendait progressivement sur le pays.
Le présent n'est fait que du passé, de même que l'avenir se compose du passé et du présent. On ne crée pas un monde d'un coup de baguette féerique. Les choses évoluent lentement et se succèdent par filiation. A la suite des siècles elles changent de visage. Les générations actuelles ne ressemblent plus aux générations primitives qui les engendrent.


Ce travail de transformation qui échappe souvent à l'historien doit être analysé par le Philosophe. C'est à cette étude profonde qu’une pléiade d'écrivains déçus par l'artifice des opinions conventionnelles qui ont prévalu jusqu'à nos jours, ont consacré leur labeur, étudiant les dessous des histoires, fouillant les décombres, remuant des poussières séculaires, ils ont exhumé à l'étonnement des Pontifes, une Chevalerie toute différente de celle de la Tradition.


Ces auteurs, Ugo Foscolo, Gabriele Rossetti, E.J. Delécluze « Dante Alighieri : la vie nouvelle », Philarète Chasles « Galiléo Galiléi, sa vie, son procès », Eugène Aroux « La Comédie de Dante », « Dante hérétique », « Clé de la comédie anti-catholique de Dante Alighieri » et même Antony Rhéal, auxquels il convient d'associer Grasset d’Orcet, ont jeté les plus vives lumières sur ce point obscur de la vie médiévale, et à leur clarté il nous sera permis de restituer la physionomie réelle de l'ordre chevaleresque, de ses paladins, de ses troubadours, de leurs gestes, de leurs chants et
des récits légendaires qui constituent le Cycle du Graal.


La caractéristique de la Chevalerie, suivant les Classiques, est la galanterie, l'amour des preux pour les dames. Les célèbres cours d'amour de Romanin et d'ailleurs, les lois qui les régissaient, les jugements et procédures qui en émanèrent seraient autant de preuves de l'esprit érotique de l'institution. Si l'on consulte les Pandectes (recueils de décisions d'anciens jurisconsultes romains) de ces tribunaux singuliers, les difficultés apparaissent. Il est difficile et même impossible d'accorder la vertu de ces nobles figures avec les sanctions peu honorables qui les frappent et les avilissent. Il faudrait donc admettre alors qu'il fut un temps où nous n'avions plus de moeurs et ce serait justement ce temps-là qu'on nous proposerait comme modèle ?


L'amour n'est pas toujours une vertu, et l'on a dit nos chevaliers gens vertueux. Qu'on nous explique les articulations infamantes dont les assises d'amour ont fait état et qu'on les concilie, si l'on peut, avec l'honneur conjugal. Ces hommes de fer à qui rien ne résistait, faisaient-il à ce point bon marché du sang d'une race dont ils se montraient si jaloux et abandonnaient-ils leur lit aux pires aventures ?


L'Amour! Mais c'est sur la valeur de ce mot que les avis se sont partagés. L'amour chevaleresque devenu un parangon de pureté était-il l'inclination vulgaire qui porte un sexe vers l'autre. N'y avait-il pas; au contraire, dans ce tertre,
une intention mystique, étrangère au doux commerce des coeurs et des sens ? C'est l'opinion qui commença à prévaloir et que nous partageons. Elle est appuyée de preuves pragmatiques. Rossetti, le premier, a établi sa démonstration dans ce sens en cinq gros volumes formant environ deux milles pages et intitulés : Il Mistero d'ell Amor platonico del Medio Evo, derivato da Mysteri antichi. L'érudit professeur de littérature italienne, né à Gondrise, malgré la violence que la vérité faisait à ses sentiments catholiques, s'incline devant les faits.


Dans cet ouvrage monumental, d'une érudition historique et littéraire immense, dit Delécluze, l'exilé italien développe le système de l'amour platonique ou allégorique, qu'il fait remonter à l'origine des mystères de la Grèce et à la secte des soufis de l'Inde.

 
L'auteur de Dante Alighieri et la Poésie amoureuse, qui échappe à toute suspicion par son attitude de distance des conflits, reconnaît lui-même que la poésie érotique des troubadours découle de la même source. Il la retrouve chez la grande prêtresse de Mantinée, Diotime de Mégare, qui aurait initié Socrate à la Religion d'Amour.


Socrate y aurait admis Platon, l'Académie l'aurait répandue et, passant par Alexandrie, elle aurait fait son apparition en Italie et en France avec l'entrée des Isiaques et des Philosophes dans la ville de Rome.

En d'autres termes, la Religion d'Amour serait la même que celle des Inititations antiques.
Mais parvint-elle dans nos régions par cette seule voie ? N'y avait-il point déjà chez nous un foyer ardent du même culte ?
Grasset d'Orcet, le perspicace sphinx qui a débrouillé l'énigme du Songe de Polyphile, nous donne l'explication d'un texte stéganographique dont le sens avait défié jusqu'alors la sagacité des meilleurs cryptographes.
«
Le Druide ne rend de culte qu'au vrai seul amour. Il est la clef ouvrant aux âmes le ciel et le roi du monde. Il est le maître qui fit le soleil au ciel qui y domine comme vrai seul seigneur. Le Franc-Maçon tient pour principe universel le Brouillard d'où sort le Principe du Vrai régnant seul. »


On sera surpris de lire ici ce terme de Franc-Maçon qui semble un anachronisme au milieu des Philosophes, des Druides et des chevaliers du moyen-âge. Mais Grasset d'Orcet nous transporte justement à ces époques. Il envisage les associations des Architectes et Constructeurs de Cathédrales qui se reliaient vraisemblablement aux pontifes païens; ou constructeurs de ponts. Il étend même plus haut les ramifications maçonniques. Il nous révèle l'existence d'une Chevalerie du Brouillard. Cette manchette, qui évoque la basse littérature de certains feuilletonistes, correspond à
un principe de haute métaphysique du domaine de la Gnose. Le Brouillard dont il s'agit est l'inconnaissable; le Pater Agnostos des ésotéristes. Il est peut-être encore autre chose d'aussi inaccessible que les Philosophes hermétistes savent bien, mais qui n'entre point dans notre sujet.


« On remarquera dans ce texte, dit Grasset d’Orcet, le mot
néphès (qu'il traduit par brouillard ainsi que le veut le grec). C'est le nom de deux poèmes célèbres, les Niebelungen et les Nuèes d'Aristophane.
Le Brouillard ou l'Inconnu, principe universel, était, en effet, le grand dieu de la franc-maçonnerie grecque aussi bien que de la moderne, la nue qui embrassait Ixion et que les grecs nommaient gryphé d'embrouillée, avec une tête de boeuf pour hiéroglyphe.
Nous allons voir, du reste, que cette profession de foi, que les Francs-Maçons disaient tenir des Druides, était exactement conforme à celle de Platon »
Or Platon disait que
l'Amour est le plus ancien Dieu du monde.
M. G. D'Orcet se complait-il dans une erreur nécessaire à sa thèse hardie ? Les Francs- Maçons contemporains qui se piquent de détenir les véritables traditions, penseraient-ils différemment ? Cèdons leur la parole:
« Montrons-nous, s'écriait le F.: Bailleul, dans un discours prononcé au G.O le 19 octobre 1847, montrons-nous digne d'être les continuateurs de cette vénérable institution qui a travers tant de siècles
depuis la mission mission mystique de notre frère Platon. »
Mais le F.: Bailleul pourrait s'abuser peut-être sur les lettres de noblesse de l'ordre auquel il est si fier d'appartenir.


L'américain MacKey, auteur d'ouvrages considérables sur les origines de la maçonnerie, déclare avoir retrouvé au siège primitif de l'Académie Platonicienne de Florence, fondée en 1480, les fresques murales originales illustrées des symboles pythagoriciens. Notons en passant que les maitres, aprés Dante, dans les sciences d'amour, L’Arioste, Pétrarque, Le Tasse, Boccace; Michel-Ange, Gravinne et Marsile Ficin, le savant humaniste, prêtre et chanoine de l'église de Rome, en faisait partie. Ce dernier nous a laissé un témoignage écrit de la nature de ses croyances. On lit dans un de ses ouvrages, sorte de Banquet, cette indication singulière sous la plume d'un ecclésiastique: « Que le Saint-Esprit, amour divin qui nous a été soufflé par Diotime, dit-il, nous éclaire l'intelligence. » Ce n'est plus le Paraclet orthodoxe.

Il est vrai que toutes les sources qui proviennent plus ou moins du Bâtiment ou de certaines côteries peuvent paraître suspectes et intéressées. Récusera-t-on celles de l'Histoire officielle ?
M. Henri Martin; qui fait autorité, raconte lui-aussi la Maçonnerie et la Chevalerie, et (celleci) au druidisme. Il reconnaît que le Roman du Saint Graal en est l'expression authentique.
Nous verrons plus loin à attacher la Table-Ronde aux mystères de la Grèce. Voici le texte de l'historien Henri Martin.
« Dans le Titurel, la légende du Graal atteint sa dernière et splendide transfiguration sous l'influence d'idées que Wolfram semblerait avoir puisées en France et particulièrement chez les Templiers du Midi de la France (les Albigeois). Un héros, appelé Titurel, fonde un temple pour y déposer le Saint Vaissel et c'est le prophète Merlin qui dirige cette construction mystérieuse, initié qu'il a été
par Joseph d'Arimathie en personne au plan du temple de Salomon. La chevalerie du Graal devient ici la Massenie; c'est-à-dire une franc-maçonnerie ascétique dont les membres se nomment
Templistes, et l'on peut saisir ici l'intention de relier à un centre commun, figuré par ce temple idéal, l'Ordre des Templiers et les nombreuses confréries de constructeurs qui renouvellent alors l'architecture du moyen-âge. On entrevoit là bien des ouvertures sur ce que l'on pourrait renommer l'histoire souterraine de ces temps, beaucoup plus complexe qu'on ne le croit communément ».


M. G d’Orcet, qui parait avoir remué des montagnes de livres à ce point de vue, nous assure « que le nombre d'ouvrages qui traitent de l'ancienne maçonnerie est prodigieux et non moins prodigieux par la variété des formes, car il n'est pas jusqu'à l'ordre des Jésuites qui n'y ait apporté son contingent, et même l'un de ses types les plus complets, est l'ouvrage du jésuite (Villalpanie) sur le temple de Salomon. »


Que la chevalerie du moyen-âge nous vienne des initiations grecques ou druidiques, cela ne parait plus guère un point très discutable. Mais au cas ou elle dériverait plus particulièrement d'une formation celtique, on pourrait néanmoins la faire rebondir bien au delà. Arthur, le Roi-Chevalier et le (penteyrn) des Bretons, prétendait tirer son origine de Troie et sa généalogie d'Ascagne, fils d'Enée l'Initié. Il fonde l'ordre de la Table Ronde sur des traditions antiques.
Le point de départ de l'institution se perd donc dans la nuit des temps, mais ce qui s'impose par l'évidence même, c'est que
toutes les associations chevaleresques étaient étrangères à la doctrine chrétienne, encore qu'elles eussent revêtu par la force des choses la livrée de l'Eglise régnante. Et encore formulerions-nous la plus expresse réserve au sujet du dogme chrétien.
Nous n'insisterons pas. Il semble bien démontré que la chevalerie est
un ordre mystérial, prolongement de Memphis, de Thèbes et de la Grèce. Le docte (Goerres) convient luimême qu'elle formait une vaste société secrète, et il en identifie tous les rites avec ceux des mystères païens.
La chevalerie est
venue mourir dans les loges maçonniques de nos jours, où l'on rencontre encore une profusion de titres chevaleresques qui décorent des Frères dont l'ignorance vaniteuse rappelle l'âne de la fable, porteur de reliques. Henri Martin s'en fait garant:
« Ce qui est bien curieux, et ce dont on ne peut guère douter, dit-il, c'est que la Franc- Maçonnerie moderne
ne remonte d'échelon en échelon jusqu'à la Massenie du Saint- Graal. »
Le Graal est la clef du mystère chevaleresque. C'est le masque chrétien de la foi antique, le Palladium de l'ordre qui le met à l'abri du soupçon d'hérésie. Le Graal des légendes de la Table Ronde est, pour le profane et l'Eglise jalouse, le Saint Vaissel dans lequel Jésus a célébré la dernière cène la veille de sa mort et institué le sacrement de l'eucharistie. En réalité, pour les adeptes, c'était autre chose, ou plutôt le symbole spirituel de l'arcane matérialisé par Rome. Le mot Graal a mis dans le plus grand embarras les étymologistes.
Diez s'est approché de la racine en faisant dériver ce dernier du grec crater qui, dit-il, aurait pu devenir cratale. Il, en effet, le cratère - le mot est rentré dans notre langue - désigne bien une grande coupe.
Mais cette coupe - la Coupo Santo que chantent encore nos félibres albigeois et chevaliers du Graal sans le savoir, est
le vase païen du feu sacré. Camille Duteil, ancien conservateur du Louvre, section égyptologique, sans soupçonner qu'il avait retrouvé le Graal de la Table Ronde; nous révèle à la page 143 de son inestimable « Dictionnaire des Hiéroglyphes » que les égyptiens nommaient gradal un vase en terre cuite dans lequel on  conservait le feu dans les temples. Le provençal, surtout le languedocien montagnard, moins corrompu, appelle grasal un certain vase. Il est à propos ici de rappeler que les chevaliers continuateurs des rites égytptiens parlaient et écrivaient le provençal. Ce mot (est) passé dans la langue des troubadours. Le gardal, en écriture hiéroglyphique, ajoute cet auteur, exprime l'idée du feu (le contenant pour le contenu). Sérapis portait le gardal sur la tête. Les vierges consacrées des temples de Memphis entretenaient le gardal sur l'autel de Ptha, comme l'emblème du feu éternel qui perpétue la vie dans l'univers.

A suivre...

Posté par Adriana Evangelizt
 

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Published by Adriana Evangelizt - dans Chevalerie
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