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  • : Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 22:01

Sédir est né en 1871 et mort en 1921 et lorsqu'on lit cette conférence, on a l'impression qu'il parle aujourd'hui tant la situation est la même qu'à son époque...

 

 

 

Le Christ, Fils de Dieu

 

par Sédir


Chapitre IX de La Voie Mystique





Tous les événements de l'histoire du monde, les fastes et les néfastes, sont des signes qu'il faut comprendre. Pour ne parler que de ces derniers, en un temps où, comme il est écrit, « on entend parler de guerre et de bruits de guerre », il est utile, il est nécessaire de connaître exactement le mécanisme invisible des rivalités internationales, des bouleversements sociaux ou économiques. Par exemple, la cause effective de toute bataille militaire, c'est une bataille immatérielle. Les compétitions territoriales et financières, les antipathies de race ou de religion, voilà les motifs visibles des guerres. Ils ne sont que les effets de causes spirituelles et celles-ci, à leur tour, cachent une seule cause mystique, la même pour tous les conflits imaginables : la reconnaissance ou la méconnaissance de Jésus-Christ, Fils unique de Dieu.


Cette déclaration n'est pas un paradoxe. Sans apporter ici un appareil ennuyeux d'arguments abstraits, je me propose de vous offrir, à l'appui de ma thèse, quelques faits de la vie intérieure de l'homme et de la vie spirituelle du monde. je ne vous présenterai pas des dogmes nouveaux, mais seulement la forme moderne d'une très ancienne doctrine que les patriarches antédiluviens ont connue et que, de nos jours, un très grand nombre ne professe plus que de bouche.
Vous rappellerai-je que la religion se dresse à l'extrémité de toutes les avenues de l'esprit humain ? que les hypothèses terminales du Savoir ressemblent singulièrement aux propositions de la théologie ? que les plus impétueux envols de la sensibilité esthétique, du sentiment moral et de la volonté trouvent dans le seul Absolu l'aire de leur repos ? et que, par conséquent, l'opinion que nous nous formons sur l'activité de cet Absolu et sur le mode de ses interventions dans les affaires du Relatif qualifie notre. vie psychique tout entière et, de là, modifie la vie sociale, la vie nationale, la vie internationale ? Vous tomberez donc d'accord avec moi qu'il est urgent de comprendre ces interventions avec le plus d'exactitude possible, puisque le devoir s'impose à chacun de conduire sa propre vie en concordance avec elles.

* *

Il existe un Créateur, un Être suprême, principe et fin de tout, indépendant de Son œuvre, préexistant à elle, existant avec elle et en elle, subsistant après elle. Il aurait pu ne pas créer, créer une autre Nature, en créer plusieurs différentes,
Il a pu en créer qui sont disparues, Il pourra en créer de nouvelles dans le futur. Tout Lui est possible. L'homme ne sait rien, ne peut rien que ce que Dieu juge utile qu'il sache, qu'il puisse ou qu'il soit.
Voilà ce qu'il faut admettre d'abord pour approcher de cet Absolu. Si notre cerveau est rempli
de concepts relatifs, si notre cœur brûle pour des idéals transitoires, si nos yeux s'attachent à la beauté formelle, si nos mains peinent pour des buts égoïstes, nous rencontrerons seulement des erreurs ou des fantômes. Ceci explique comment l'Evangile ne touche que les simples ou ceux qui ont vidé jusqu'à la lie la coupe de l'humaine sagesse; comment les chercheurs qui refusent de se faire des pauvres en esprit aboutissent à l'orgueil ou au scepticisme ou à l'indifférence.

Nous sentons, en effet, nous savons de science infuse que nous n'avons pas le droit de nous isoler, de nous désintéresser, mais bien le devoir d'aider à vivre toutes les formes de la vie, et cela de toutes les forces de notre être. Cette mission d'altruisme n'est rien autre que l'image diminuée de l'oeuvre divine; car, encore une fois, le Créateur était libre de ne pas créer; Il n'avait pas besoin de nous; s'Il nous a créés, c'est pour notre bénéfice et non pour le Sien. Portant ainsi dans notre constitution et dans notre activité l'image de Dieu, il parait évident que, sortis de Sa Demeure éternelle pour acquérir par l'expérience et le savoir et le pouvoir, nous rentrerons dans cette Demeure
quand nous aurons suivi l'école jusqu'au bout.

Mais, d'autre part, de même qu'aucun nombre, quelque énorme qu'en soit le multiplicateur, n'approche jamais le nombre infini, de même
le Moi, si gigantesque qu'on l'imagine, ne pourra jamais s'introduire par sa propre force dans l'Absolu, puisque ses énergies sont, par nature, limitées.
Ainsi le retour à notre patrie perdue n'est possible que par le secours de Celui-là seul qui nous a permis d'en sortir. Nous sommes tous des enfants prodigues; Dieu seul peut nous faire franchir l'abîme que
notre égoïsme originel a creusé entre le Relatif et l'Absolu. Aucun dieu, aucun gouverneur de soleils ou de constellations n'est capable de cela, puisque ce sont, si formidables qu'on les imagine, des créatures finies. Dieu seul est notre véritable sauveur; seul Il est la Vie, seul la Vérité, seul la Voie. et si un être à forme humaine a pu dire : « je suis la Voie, la Vérité, la Vie», c'est que cet être - Jésus-Christ - est Dieu.
Que pensent les hommes de cet être, dont tout le monde parle, qui S'offre à tout le monde, et qui reste le plus profondément inconnu et le plus incompréhensible à l'intelligence? Que dit-Il de Lui-même à ceux qui Le servent? Où les mène-t-Il, où dirige-t-Il les mondes,
en apparence frappés de folie, et qui Lui obéissent sans s'en apercevoir ? Voilà les points sur lesquels il faut des certitudes pour que nos fatigues rendent le plus de fruits, pour que la paix s'établisse dans chaque cœur et entre tous les cœurs, dans chaque peuple et entre tous les peuples, dans chaque mode d'activité humaine et entre tous les modes.

* *

Chaque école et chaque secte veulent accaparer le Sauveur. Les philosophes, les artistes, les occultistes, les magnétiseurs, les spirites, les mentalistes, les anarchistes Le réclament à l'envi. Or Il n'appartient à aucun, mais tout le monde, au contraire, dépend de Lui, bon gré, mal gré. Car voici la grande énigme et le grand secret, promontoire sur l'océan de la conscience universelle, qui divise les eaux de la mort d'avec les eaux de la vie: le Christ est-Il un mythe, un symbole, un homme, un dieu, ou Dieu Lui-même ? Si l'on pousse jusqu'au bout les méditations sur n'importe quel objet, la réponse sera différente selon qu'on aura rejeté ou accepté la divinité du Christ. Les solutions aux problèmes du laboratoire, de la politique, du gouvernement, de l'industrie, les constructions métaphysiques, esthétiques, morales, tout est fonction de cet axiome religieux, qu'aucun raisonnement ne peut prouver, parce que la raison a besoin de repères; qu'aucun témoignage ne peut certifier, parce que le miracle provient souvent de l'emploi des forces naturelles et que nous sommes incapables de discerner si une guérison est obtenue par les fluides, par les esprits, bons ou mauvais, par la volonté ou par la surnaturelle de Dieu agissant directement.

Si un jeune homme ne porte pas dans son œil le sens de la couleur et celui de la forme, le travail le plus acharné ne fera pas de lui un peintre. De même il faut, pour découvrir Dieu,
un sens spécial: le sens de l'éternel et de l'infini, le sens du divin. Nous avons l'habitude de prendre ces épithètes comme des hyperboles; il faut les employer dans leur exactitude entière. L'infini n'est pas, comme les mesures astronomiques, une de ces grandeurs si vastes qu'elles brouillent la netteté de nos conceptions, que nous devenons incapables de La concevoir; c'est une autre espèce de grandeur, une grandeur sans mesures, sans parties, sans étapes et sans limites. Or la pensée a besoin d'appuis et de compartiments; seul l'amour peut apercevoir Dieu, parce qu'il est, en son principe, libre et sans bornes. Jésus, en ne nous demandant que d'aimer et d'agir, déclare donc bien que c'est vers Dieu seul qu'Il nous entraîne; Il ne parle nulle part de science ni de philosophie; au contraire, Il déclare: « je Te bénis, ô Père, Seigneur du Ciel et de la terre, de ce que Tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et de ce que Tu les a révélées aux enfants! » à ceux qui, morts par le renoncement aux choses humaines et temporelles, viennent de renaître aux choses éternelles.
Or chaque semence engendre un fruit selon son espèce. Seul donc l'Infini vivant, qui est Dieu
, peut S'engendrer lui-même dans notre être. Ni la chair, c'est-à-dire le monde sensible, ni le sang, c'est-à-dire les forces naturelles de notre Moi, ne peuvent communiquer une telle connaissance, puisqu'elle leur est à jamais extérieure et étrangère. Seul le Père nous la dévoile.

Si donc Jésus nous conduit à Dieu par le chemin le plus direct, il ne peut y avoir de mensonge dans Son enseignement; il ne peut y avoir quelques-unes de Ses paroles vraies et
quelques autres fausses; tout de Lui, tout en Lui doit être vérité, réalité, permanence; enfin, le seul guide qui puisse nous mener vers le Royaume, c'est Celui qui en vient.
Quel autre que Dieu, en effet, est capable de sauver ensemble et l'homme et la Nature ? Pour qu'une avalanche s'arrête, un obstacle extérieur à elle, indépendant d'elle est nécessaire. Pour que non seulement ce monde, mais encore les milliers d'astres et de soleils, non seulement cette humanité terrestre, mais encore les milliers d'humanités disparues et futures, disséminées probablement sur les innombrables sphères, s'arrêtent de rouler sur la pente du néant où les entraînent leur égoïsme, il faut un rempart dressé du dehors de cette Création tout entière périssante. Hors de la création, Dieu seul est. Le Sauveur véritable doit donc être Dieu; non inspiré par Dieu, car ses limites de créature borneraient l'action divine, mais Dieu même tout entier.

* *

Jésus-Christ vient du Père; Jésus-Christ est le Sauveur; et le seul Sauveur réel doit être Dieu. Jésus-Christ donc est Dieu.
Si l'on tient à se construire une théogonie, on peut concevoir que la descente de l'Être vers le Non-être s'effectue selon trois modes parallèles. Le premier, c'est la Création; le second, c'est la Rédemption; et le troisième, la Régénération.
Par le premier, une partie du Néant reçoit la vie, s'organise et existe.
L'usage que les créatures font de leurs forces étant presque toujours, puis de plus en plus égoïste, les pousse vers la division et, si aucun frein ne les arrêtait sur cette pente, le Cosmos entier s'évanouirait en poussière chaotique.
Comme j'ai voulu l'expliquer tout à l'heure, ce frein ne peut être que Dieu, agissant non plus comme Créateur mais comme Rédempteur. Or, de même que le mur construit pour retenir l'avalanche est fait de pierres semblables à celles que le cataclysme arrache à la montagne, ce Dieu Sauveur, pour agir sur le monde, devait revêtir Sa pure spiritualité d'un manteau de matière que les êtres charnels qu'Il secourt puissent percevoir et comprendre. Le Fils de Dieu sera donc aussi le Fils de l'Homme ; tel est Jésus-Christ.
Dans l'univers en réduction qu'est l'être humain,
la même course à l'abîme exerce ses ravages; et, comme nulle créature n'est supérieure en dignité spirituelle à la créature humaine, c'est encore de Dieu seul qu'elle doit attendre son salut. La naissance du Moi est une mort à notre vie céleste; notre naissance à la vie éternelle ne pourra être que la mort de ce Moi. Le ferment mystérieux qui réalise cette transformation, c'est le pain vivant descendu du Ciel, le corps et le sang du Verbe Jésus, la souffrance et l'amour.

Contemplons encore ce dernier mystère; peut-être nous donnera-t-il la clef des deux autres.
On sait aujourd'hui que les états mentaux intenses :
l'attention profonde, la colère, la peur déterminent dans notre corps de nombreuses réactions chimiques et modifient profondément la composition des humeurs. Imaginons les plus vastes analogies à ces phénomènes minuscules et nous concevrons qu'une individualité puissante planant dans les espaces subtils où se meuvent les dieux pourra se construire un corps terrestre qui serait l'expression charnelle de ses volontés matérielles. Regardons maintenant notre Père qui nous aime et qui assiste aux folies de nos égarements. Il est ému de pitié. Il veut nous sauver; mais, s'Il nous sauve malgré nous, Il attente à notre liberté; l'ivrogne que l'on enferme ne guérit pas son vice. Notre Père va donc envoyer vers nous Sa compassion vivante qui revêtira le corps, l'âme et l'esprit humains, grâce auxquels Il pourra nous parler, nous émouvoir, nous entraîner par Son exemple vers la bonne route. Cette incarnation de la tendresse divine, c'est Jésus-Christ, être unique, « pain de Dieu descendu du Ciel et qui donne la vie au monde ».

Chez l'un quelconque d'entre nous, la composition du sang, des muscles, des os, de la masse cérébrale varient selon le caractère moral, la spécialité mentale, la qualité spirituelle du sujet. Le sang et les nerfs de l'artiste diffèrent, bien que d'une façon infinitésimale,
du sang et des nerfs d'un industriel. Les papilles digitales de l'aveugle suppléent à ses yeux morts; le pianiste développe dans ses mains une mémoire très complexe; les muscles du jongleur nous émerveillent par leur souplesse; l'homme d'affaires, l'inventeur, le politicien, l'artiste flairent la chance, saisissent l'intuition, prévoient l'imprévu, haussent la banalité jusqu'à la beauté. Chaque particule du corps supporte une énergie impondérable que l'exercice perfectionne. Toute cette organisation si compliquée que la science ne s'y reconnaît pas, tant elle est encore minuscule en face de l'immense Nature, elle devient, en Jésus-Christ, universelle et permanente. Chaque atome de Son corps terrestre supporte une énergie absolue qui resplendit dans Son corps de gloire; ces milliards inépuisables d'éblouissements servent tous à exaucer les vœux des créatures tâtonnantes vers la lumière; et ces fleuves sans fin de clartés croissantes surabondent infiniment les prières innombrables des multitudes créées.
Depuis l'instant où la pitié divine - le Verbe - franchit le seuil de l'Éternité et entre dans la prison du Temps, Il commence de subir
les attaques des êtres. Les siens ne Le reçoivent pas. Et ces milliards de blessures créent chacune un atome des corps au moyen desquels Lui, pur esprit, doit communiquer avec ces mêmes êtres égarés, les émouvoir, les convaincre et les ramener. Jésus-Christ, c'est la compassion même; chaque parcelle de Son corps est une souffrance cristallisée; chaque goutte de Son sang, c'est un sacrifice consommé.

* *

Tout geste du Père est un Verbe; le Verbe, c'est l'ensemble de toutes les activités du Père. Ainsi le Fils et le Père ne font qu'un; mais, considérés d'en-bas, d'ici-bas, nous les voyons deux. Aussi, pour notre faiblesse, c'est le Fils qui est la Vie, c'est le Fils qui est la Vérité, c'est le Fils qui est la Voie, puisque seul Il nous mène au Père. Et enfin Il est le don, Il est la grâce, puisque c'est par Lui que tout nous descend du Père et que le plus précieux trésor du Créé ne paiera jamais la moindre parcelle de l'Incréé.
En même temps Dieu et homme, Christ et Jésus, Il connaît toute la création dans tous ses détails; Il possède à la perfection tous les pouvoirs propres à l'homme, parce que,
pour supporter l'ardeur incandescente de l'entité divine, il faut l'entité humaine la plus pure. Il nous connaît aussi tous et chacun, nous surveille et nous guide. Il nous aime humainement, comme le frère aîné aime ses frères encore aux langes; nos actes Lui donnent donc douleur ou joie suivant leur qualité mauvaise ou bonne; Il nous aime divinement, selon le mode infini. Ces douleurs et ces joies sont donc transposées à l'infini, par la nature divine du cœur qui les éprouve. De là vient que nous, hommes, n'avons jamais aucun autre mérite que celui de notre bonne volonté.

Quand l'homme-Jésus ne peut plus rien
à cause de notre mauvais vouloir, le Dieu-Christ intervient et puise aux inépuisables trésors du Père et tous les miracles se produisent. Se tenant à la frontière du Créé et de l'Incréé, à la fois dans et hors l'espace et le temps, Il est le pont sur l'abîme, depuis l'origine des choses jusqu'à leur consommation.
« Le Fils, dit-Il de Lui-même, fait tout ce que fait le Père » et Il ne peut rien faire d'autre de Sa propre volonté, sans quoi Il ne serait plus le Fils. Le Verbe est donc nécessairement unique. en rapports immédiats avec le Père d'une part, Il rassemble tous les éléments pour la gérance de la création, pour « l'exercice du jugement », comme s'exprime l'Évangile, et Il administre cet immense domaine, non pas selon un plan préétabli, mais selon les faits: « Comme Il entend, Il juge, et Son jugement est juste, parce qu'Il ne cherche pas Sa volonté mais la volonté de Celui qui L'a envoyé. » Ainsi
les logoï de second et de troisième ordre n'existent pas, sauf dans les imaginations de l'émanationisme; il n'y a qu'un Créateur et des créatures, celles-ci rangées d'après un ordre dont elles ignorent les raisons. Aucune d'entre elles n'est un verbe total; car, de deux choses l'une, ou telle créature obéirait complètement au Père et alors elle serait un Verbe, ou elle Lui obéirait par intermittences et alors, quelque infinitésimal que soit l'écart entre sa volonté et celle du Père, elle n'est plus un Verbe, une enfant de Dieu. Le Verbe, le Fils, Jésus-Christ reste unique à jamais.

Le surnaturalisme constitue si bien le caractère spirituel du Sauveur qu'il affranchit de toute chaîne déterministe quiconque l'adopte :
« Celui qui écoute ma parole et croit à Celui qui m'a envoyé possède la vie éternelle et ne comparait point en jugement. » Écouter veut dire réaliser les conseils de Jésus; croire veut dire une parfaite obéissance; ce double effort libère l'homme de l'emprise du Destin. Libre Lui-même, Jésus libère Ses amis; unique, Il les unifie; vivant, Il les fait vivre à toujours; confident de tous les desseins du Père, Il leur communique Son savoir; tout-puissant, Il leur partage Ses pouvoirs; serviteur enfin de tous les êtres, Il les invite aux joies inconcevables du sacrifice volontaire.
« Ma nourriture, dit-Il, c'est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé. » Or, absolument parlant, personne ne peut accomplir en toute perfection les desseins de personne; une telle réalisation exigerait la simultanéité de la conception, de l'enthousiasme animateur et de la force réalisatrice. Aucun être créé ne réalise cet ensemble, puisqu'il vit dans l'espace et dans le temps et que ses actes ne peuvent être que successifs. Dieu seul est capable d'accomplir les œuvres de Dieu. Un tel effort, une telle incessante transmutation des énergies libres de l'Amour heurtant contre les murs de la matière, cette nuit imposée au Soleil éternel, ces déchirements de la Vie une, tout cela constitue un martyre inimaginable; le Père le subit dans la présence de Son Fils tout le long de la durée; chacune des larmes de Son amour devient une goutte de sang rédempteur; chacune des fatigues de Sa pitié devient une particule de ce corps sacré qui porte le fardeau du monde.
Ainsi l'homme qui nourrirait son cœur de souffrances acceptées pour autrui, qui désaltérerait la soif de son Moi à la source de la compassion,
s'incorporerait au Verbe et le Verbe résiderait en lui. « De même que Celui qui est seul vivant par Lui-même, le Père, a envoyé le Fils et que le Fils vit par le Père, celui qui se nourrit du Fils vivra par Lui. » Voilà par quelle secrète alchimie « celui qui mange la chair et le sang du Fils de l'Homme reçoit la vie éternelle ».
Telles sont, hâtivement indiquées, les attitudes respectives du Christ Jésus, Fils de l'Homme et Fils de Dieu, et de
nous les humains qui, pour la plupart, Le renions en fait, même quand nous Le confessons de bouche.

* *


Examinons où ce Christ emmène l'humanité, comment Il l'entraîne, par quelles promesses, par quels indicibles accents, avec quelle invincible patience.
La vérité vraie doit être totale; une vérité
seulement mystique ou métaphysique ou politique ou scientifique n'est pas vraie. J'appliquerai cette remarque à la parole connue : « Le bon berger est celui qui donne sa vie pour ses brebis » et, par extension, aux divers conducteurs d'hommes que nous connaissons. Le philosophe que protègent contre les importuns les murs de sa bibliothèque, les hommes d'État qui, ne parlant que du bonheur du peuple, ne se refusent aucun luxe; ces tribuns qui font leur fortune en envoyant les autres aux barricades; ces réformateurs qui se tiennent bien à l'abri pendant que leurs dupes se battent pour la défense de leurs idées; tous ceux-là , ce sont les mauvais bergers, et leurs vérités ne peuvent être vraies avec plénitude.
En conservant ce regard d'Absolu, il apparaît de nouveau ici que Dieu seul peut nous faire connaître Dieu; que Dieu seul peut nous faire recevoir Dieu. Si l'homme ne recherche
qu'un avenir de transformations nécessitées, comme les panthéistes matérialistes nous l'enseignent; s'il recherche un avenir d'indépendance solitaire, selon la théorie des panthéistes spiritualistes, sans doute les types du surhomme, du mage on du sceptique peuvent lui paraître l'idéal. Mais s'il veut, dans son avenir ultra-terrestre, une transformation de son Moi, aujourd'hui limité, en un Moi libre et bienheureux, au lieu d'une simple extension des pouvoirs actuels de ce Moi, c'est le Christ qu'il devra suivre, parce que seul le Christ l'introduira dans l'Absolu; les autres révélateurs ne peuvent mener leurs fidèles que là où ils sont parvenus eux-mêmes, sur quelque sphère plus ou moins radieuse, mais bornée parce que créée. Jésus est l'unique porte du Royaume de Dieu.

Je sais bien que le texte le plus clair
peut être détourné de son sens évident, mais aucun fondateur de religion n'osa jamais prononcer des paroles comme celles-ci: «Celui qui me confessera devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux. Qui me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père. » Et ailleurs: « je suis venu pour apporter non la paix, mais la guerre; je suis venu mettre la division entre l'homme et son père, la fille et sa mère; qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi. » Ces terribles déclarations, qui font jeter les hauts cris aux pauvres intellectuels contemporains, à nos réformateurs utopistes, ne peuvent s'entendre que si celui qui les profère détient la maîtrise suprême, s'il nous apporte une manière surhumaine d'aimer et la certitude d'une paix surnaturelle.

Et ces nombreuses âmes inquiètes qui attendent aujourd'hui un retour du Christ,
puisqu'on les trompe sur le mode de ce retour et sur l'identité de celui qui en sera le héros, je ne puis les blâmer, puisque jamais la guerre n'a été tellement maîtresse de notre globe. Non seulement on s'entr'égorge partout, mais on s'assassine partout, par l'intrigue. la calomnie, les combinaisons d'affaires; on se suicide partout, au moyen de n'importe quelles drogues et de n'importe quels excès; partout la fausse science des philosophes hystériques, un esthétisme d'obsédés empoisonnent ce qui pouvait survivre d'harmonieux et de sain dans nos civilisations. Les trois visages de la guerre ne sont d'ailleurs que les masques de son visage véritable; il ne s'agit de rien d'autre que de la bataille invisible entre les serviteurs du Christ et les mercenaires de l'Antéchrist. Quiconque ne croit pas au Christ Fils unique du Père appartient à cette seconde armée, et aussi quiconque croit en Lui de bouche, sans vivre conformément à cette foi. Quiconque croit au Fils unique du Père et réalise Ses commandements appartient à la première armée. Et, dans cette bataille qui a commencé avec le monde et qui ne finira qu'avec lui, l'armée des ténèbres triomphe constamment; telle est la loi de la Lumière de se laisser ainsi écraser, jusqu'au jour suprême et imprévisible où elle remporte soudain, une victoire inattendue.

Ainsi l'homme qui ose déclarer :
« Le Ciel et la Terre passeront, mais mes paroles ne passeront point », puisque, contre toute vraisemblance et toute raison, Son œuvre subsiste encore, cet homme ne peut être qu'un Dieu, ou plus exactement doit être Dieu, car les dieux passent comme la terre et le firmament. L'homme qui répond à l'adjuration solennelle du pontife de sa religion: « Tu l'as dit, je suis le Fils de Dieu»; qui affirme : «Toutes choses m'ont été confiées par mon Père», Celui-là en qui nous voyons coïncider la plus haute altitude spirituelle et le champ d'action le plus bas, l'énergie toute-puissante et la plus douce tendresse, la liberté parfaite et l'esclavage volontaire le plus complet, Celui-là, le Christ, ne peut être que le visage visible du Père.

* *

Vous avez reconnu, dès les premières paroles de cet aride exposé, les énigmes immémoriales pour lesquelles tous les sages ont offert leurs solutions.
Personne ne semble les avoir résolues, sauf les très rares qui, ayant absorbé toute la science humaine, s'étant blasés sur toutes les joies humaines, ont accueilli du fond de leur mélancolique satiété la Lumière de l'Étoile éternelle. Je ne suis que l'écho de cette élite mystérieuse où se groupent, le long des siècles, ceux que l'évangile nomme les pauvres en esprit; les solutions que je vous propose ne sont pas les miennes, mais les leurs: celles-là mêmes que Dieu nous offre, depuis que nous existons, dans la mesure toutefois où le Vrai suprême peut être reçu par des créatures. Je ne vous demande pas de les accepter sans examen. Si déjà la Vérité vous a élus, elle vous fera sentir sa présence par un instinct indubitable; si vous en êtes encore à la période des recherches, que mes affirmations, quelque paradoxales qu'elles vous paraissent, ne vous rebutent pas de prime abord; dites-vous que tout est possible, que le vrai peut n'être pas vraisemblable, que la logique elle-même, dans quelque direction qu'elle s'exerce, part toujours d'un dogme indémontrable; et enfin, et surtout, qu'avant de condamner une théorie, il faut l'avoir expérimentée.

Si vous ne pouvez pas me croire, refaites pour votre compte les expériences des serviteurs du Christ. Astreignez-vous pour quelque temps à vivre comme l'Évangile nous le demande; essayez de comprendre, de sentir, de vouloir comme si vous étiez des disciples; oubliez provisoirement les conclusions auxquelles vos recherches ont pu vous conduire; agissez enfin comme
si vous saviez avec certitude que le Christ est bien l'unique Fils de Dieu, descendu dans la chair et ressuscité.
Les juifs disaient, il y a deux mille ans, en parlant de jésus :
« Comment cet homme connaît-il tout cela, lui qui n'a pas étudié ? » Et Jésus leur répondit : « Mon enseignement n'est pas de moi, mais de Celui qui m'a envoyé. Si quelqu'un veut faire la volonté de Celui-là, il saura si mon enseignement est de Dieu ou si je parle de mon chef. » Voilà l'expérience critérium de la connaissance. Expérimentez donc Jésus-Christ et vous saurez qui Il est.
Des bibliothèques entières ont été écrites sur les choses religieuses; aucun de ces in-folios n'a fait de saints, tandis qu'une seule parole de Jésus, réalisée à fond, en a fait des milliers. je ne saurais trop redire que l'intelligence n'est qu'une introduction à l'amour. Dieu est vivant, Il vient vers l'homme par de la vie, et l'homme ne peut monter vers lui que par de la vie. Il ne s'agit pas de Le comprendre, mais de Lui obéir. Notre corps et notre esprit sont liés, ils ont besoin l'un de l'autre pour l'accomplissement de leur tâche. Il ne suffit pas de réfléchir, il faut aimer, il faut agir; et, pour suppléer à toutes les faiblesses de notre cœur et de notre cerveau et de nos bras, il faut prier.

Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 18:29

A lire d'abord la 1ère partie...

 

 

Aimons notre prochain

 

par Sédir

 

Chapitre VII de La Voie Mystique

 

2ème partie

 

 

1ère partie

 

 

Beaucoup de personnes bien intentionnées ne s'aperçoivent pas qu'elles vont vers les pauvres avec des manières protectrices et condescendantes. Leur cœur est bon, certes, mais elles s'imaginent que leur naissance, leur éducation, leur fortune constituent un privilège. Elles se trompent; elles ne tiennent de leur mérite aucun de ces avantages et, en toute justice, celui que le destin favorise est le débiteur du déshérité; mystiquement, celui qui souffre plus est supérieur à celui qui souffre moins. Allons aux misérables humblement, simplement, avec bonhomie.
D'autres personnes compatissantes tombent
dans l'excès inverse; elles usent d'une grosse familiarité vulgaire, qu'elles croient être cordiale et bon enfant. Or le pauvre a sa dignité; sa misère ne le rend pas forcément stupide; le bon sens est presque toujours vif chez lui et le tact délicat. Témoin muet de beaucoup d'injustices apparentes, privé de s'instruire, tout son temps pris par le dur gagne-pain, il demande d'être traité en homme et non pas en serf.

D'autres philanthropes se croient tenus à discourir; ils ne peuvent
s'empêcher de faire des remontrances et des sermons, et ils ne s'aperçoivent pas qu'on les écoute mal; ventre affamé n'a pas d'oreilles. Ce que la misère réclame d'abord, c'est du pain, un abri, des vêtements; après, les théories qu'on fera pourront être entendues. Rien n'aiguise le sens critique comme le malheur ou la rudesse de l'existence; d'un regard le pauvre découvre les travers, les ridicules ou la valeur morale de la dame patronnesse qui entre chez lui.
Or nous savons combien la force du caractère et la hauteur de l'esprit peuvent rendre supportables les peines du corps. En soulageant les souffrances matérielles, la charité parfaite du Christ purifiait l'âme et illuminait l'intelligence. Voilà où nous devons tendre; ne touchons aux blessures du corps, à celles du cœur qu'avec des mains respectueuses, des sentiments modestes et de délicates précautions. Tout cet ensemble, dont la réalisation paraît à première vue si difficile, découle du grand axiome mystique dont je veux vous entretenir maintenant. Ce vous sera un exemple entre mille de la marche unitive que Jésus nous enseigne, et vous vous convaincrez par l'expérience que
, quelle que soit la situation à dénouer, le travail à fournir, le trajet à parcourir, l'Evangile nous indique le chemin le plus court et la meilleure méthode.


* *



Le Christ prescrit la charité à maintes reprises, et en donne l'exemple bien plus souvent encore; mais Il ne parle qu'une fois du résultat que produit en nous l'exercice de cette vertu essentielle : «Ce captif, dit-Il, que vous avez consolé, ce malade que vous avez soigné, ce vagabond de qui vous avez étanché la soif, c'est Moi-même que vous avez ainsi visité, pansé, désaltéré. » De telles paroles merveilleuses où respire toute la divine tendresse, sur lesquelles se déploie la splendeur de la Gloire, ne sont pas l'expression littéraire d'une vérité métaphysique; elles énoncent simplement une vérité réelle, vivante, substantielle et sensible avec évidence à ceux que l'Esprit illumine.
Quittant l'Absolu par un sacrifice définitif de Lui-même à la totalité des créatures,
le Verbe sauveur Se présente sur chacun des mondes qu'Il visite comme le Pauvre parfait. Les créatures sont des pauvresses récalcitrantes, si riches qu'elles se croient; le Verbe, par contre, riche de tous les trésors de Son Père, est le seul vrai pauvre, parce qu'Il S'appauvrit volontairement et parce qu'Il connaît le prix de ce qu'Il donne. Il Se tient à l'affût auprès de chacun de nous, guettant les plus minces fissures de notre carapace d'égoïsme pour y faire passer un rayon de Son inlassable amour; et la plus fugitive de nos pitiés, c'est Lui-même qui, secrètement, nous l'inspire.

D'autre part, Se voulant martyr universel, chacune des souffrances possibles, chaque particularité de la Douleur universelle propre à chaque individu, est la gangue d'une étincelle de ce même Verbe. Dans toute angoisse, Il est là; dans toute compassion, Il est là; dans tout acte de secours, Il est là. Tout misérable et tout bienfaiteur ne peuvent se rencontrer qu'en Son nom, si même ils l'ignorent. Et Son indulgence est telle que la résignation de l'un, la docilité de l'autre à l'impulsion divine leur valent un mérite et une récompense. Voilà comment
ni le savoir ni le vouloir ne nous rendent capables de suivre le Verbe; seule la charité permet de L'atteindre et de s'unir à Lui.
Dans l'ordre liturgique, le Verbe est à la fois
l'autel et la victime, le sacrifice et le sacrificateur, le suppliant et le Dieu supplié. Dans l'ordre de l'Amour fraternel, le Verbe est à la fois l'aumône et le pauvre, le bienfaiteur et l'occasion en apparence fortuite, la souffrance et la joie du soulagement. Par le Verbe, par le Christ, celui qui donne et celui qui reçoit désormais deviennent des frères; leurs esprits, sinon leurs personnes, se retrouvent en maintes étapes des itinéraires cosmiques; le Ciel leur ménage des occasions de plus en plus nombreuses de s'unir par de mutuels sacrifices, par des gratitudes et aussi par des ingratitudes. Les sympathies, les antipathies spontanées indiquent ces retours et ces réunions; les motifs que nous donnons à ces sentiments sont des effets, non pas des causes que nous n'avons pas, d'ailleurs, à chercher. Le chrétien ne doit jamais obéir à ses antipathies; s'il ne peut les arracher de son cœur, qu'il se conduise comme s'il aimait celui qui l'offusque; mais ce modeste effort est déjà si difficile que le Christ doit souvent intervenir.


* *



Au reste, notre Maître est toujours présent à côté de chaque âme, parce qu'Il est la Vie et que la vie selon Dieu se nomme l'Amour. Là règne la fraternité de fait; ce qui arrive à l'un, tous le ressentent et Jésus, centre de ce monde homogène, éprouve dans Son esprit glorieux tout ce que ressentent Ses disciples. Voilà comment la charité parfaite peut devenir thaumaturgique. Sous certaines conditions de ferveur et de limpidité interne, le verre d'eau offert peut guérir un malade et la phrase la plus courante peut retremper une conscience; il suffit qu'on vive dans le royaume du Christ.
Sans doute de telles affirmations trouvent incrédules même des spiritualistes; sans doute, pour expliquer le miracle, on parlera de magnétisme, d'esprits, de suggestion, même de magie. Ces divers agents ne sont que des forces naturelles plus ou moins connues; elles ne peuvent pas produire des miracles; elles ne peuvent produire que des prodiges. Le miracle - car, enfin, il faut bien donner aux mots un sens précis -,
le miracle est l'effet d'une force sur-naturelle, extra-naturelle, incréée: c'est un acte immédiat de Dieu.

Mais nous concevons mal un Dieu si proche de nous, si incliné sur nos petites affaires;
nous concevons mal l'unité humaine aussi. Nous sommes des analystes, des êtres divisionnels; nous apercevons les différences avant les ressemblances; tous ces mots: synthèse, union, unification, régénération, nous ne parvenons pas à les entendre comme des réalités palpables. C'est que notre personnalité est faite de fragments hétéroclites; seule la conscience du moi ramène à une unité approximative ces millions de minuscules flammes vitales qui, par leurs divergences, tendent inconsciemment vers l'harmonieuse unité de l'âme éternelle, reflet humain du Verbe divin. Ainsi, à l'encontre de ce dont nos sens témoignent, plus un fait est interne, plus il est réel.

Chaque fois donc que
nous diminuerons les distances sociales ou individuelles entre nos frères et nous, et qu'au geste matériel nous ajouterons toute la chaleureuse tendresse jaillie du plus profond de nous-mêmes, nous avancerons vers l'Identique et nous entraînerons ces frères. Depuis Jésus, à cause de Jésus, chacune de ces avances devient un contact avec l'unité vivante du monde qui est Lui-même. Selon la force avec laquelle notre amour et notre foi nous maintiennent en Lui - force que seuls nos actes charitables mesurent avec actitude - , les différents modes de notre personnalité deviennent homogènes, chacun en soi d'abord, les uns avec les autres ensuite, et enfin cette personnalité elle-même s'harmonise avec les personnalités voisines. Ainsi avance lentement l'unification du genre humain.
En outre, tous ceux de ces efforts qui sont accomplis sous l'invocation du Verbe Jésus, Ses anges les Lui portent, et commence le miracle suprême de la régénération. Les doigts mêmes qui donnent le verre d'eau ou la pièce de monnaie, les lèvres, les mains qui reçoivent l'un ou l'autre, la langue qui prononce la parole bonne, les oreilles qui l'écoutent, les bras qui se tendent pour une réconciliation fraternelle, le cœur qui s'ouvre à cette paix, tous ils reçoivent une lumière du Christ; le fluide qui meut ces membres, l'élan, la pensée, la volonté qui délèguent ces gestes, tout cela reçoit une lumière du Christ; les témoins de ces scènes, les ancêtres des acteurs et quelquefois leurs descendants, les choses mêmes, les animaux, les arbres, le sol, les meubles, les murs, tous, par le spectacle dont ils sont témoins, reçoivent une lumière du Christ. Et ainsi se propage de proche en proche, dans les six directions de l'espace, dans les nombreux rythmes du temps,
l'œuvre secrète de l'universelle et totale régénération.

Dès que commencé, l'obscur travail de chacune de ces infinies lumières christiques se poursuit sans arrêt jusqu'au jour suprême. Çà et là, le long de ce cheminement souterrain, un rameau pousse, une fleur s'épanouit; c'est un chef-d'œuvre, une cathédrale, une loi tutélaire; c'est le remède à quelque affreuse maladie, quelque désert fertilisé, quelque rêve de poète descendant sur la terre, ou l'âme limpide de quelque saint, souriant et humble et ardent.
Les promesses et les paroles du Christ sont de même toutes créatrices; elles peuplent l'univers, elles le béatifient et l'assument jusqu'à la Gloire en lui conservant sa réalité physique entière. L'unité intellectuelle ne ressemble pas à l'unité divine; celle-ci est organique, celle-là artificielle; la première est une reconstitution, la seconde une constitution de l'interne vers l'externe qui s'exprime en descendant de l'être jusqu'au néant par une multitude de formes spontanées dont les plus sages des hommes déchiffrent avec peine quelques rapports. Ainsi une machine, un poème, une fleur, une aumône, un mariage, une méditation, un sacrifice, une naissance, un meurtre, un accident peuvent n'être que les réfractions différentes d'un même éclair jailli de l'unité suprême. Mais seul l
e baptème de l'Esprit donne au regard humain assez de force pour saisir une série entière de ces correspondances; et seule la réalisation journalière de l'Amour fraternel rend capable de recevoir ce baptème.


* *



L'amitié antique était un pacte fraternel. entre deux hommes, que chacun pouvait rompre, quitte à prendre figure de traître. L'amitié chrétienne est un engagement unilatéral que contracte le disciple seul avec tous les hommes, où il garde pour lui toutes les charges, laissant aux autres tous les bénéfices. C'est un marché de dupe volontaire, mais que la duperie cimente; l'ingratitude et la trahison, au rebours de ce qui a lieu pour les contrats humains, rendent ce pacte imprescriptible; car l'obligé du disciple, s'il répond aux bienfaits par le mépris ou le mauvais vouloir, devient débiteur spirituel et se trouve lié dans l'avenir à celui qui l'a secouru. Ainsi, comme pour la société antique, pour la pensée, pour la religion, pour la beauté antiques, Jésus, Se plaçant entre Achille et Patrocle, a étendu leur sentiment à tout le genre humain, l'a transformé, l'a divinisé enfin en lui ouvrant l'hospitalité de Son propre cœur divin.

Comme Il S'est mis
dès l'origine des siècles au service de la Création, Il demande à ceux qui ont pu le comprendre de servir leurs frères plus jeunes. Il a voulu que ces serviteurs bénévoles portent Son sceau : la grâce et la liberté, et les a nommés Ses Amis. Voilà pourquoi la philanthropie chrétienne se nomme la charité, c'est-à-dire le bon vouloir, l'aisance, la bonne humeur et le sourire; voilà pourquoi le serviteur de Dieu vit dans une atmosphère qui s'appelle la joie parfaite.
On se figure l'Evangile triste parce qu'il parle de renoncement. On se trompe. Sans doute, rien de pur ici-bas; mais c'est notre faut
e; comment les hommes reçoivent-ils la perfection lorsqu'elle les visite ? Ils la détestent, ils la chassent, ils la crucifient. Et cependant, au fond de leur être, palpitent le souvenir nostalgique et l'espoir invincible d'une patrie par delà les étoiles, sans frontières, et dont les paysages se déploient sous les feux d'immuables soleils, où la splendeur des formes jamais ne dissimule quelque monstre ténébreux, où l'enchantement des nuances ne repose que sur de la clarté, où les parfums ne s'exhalent que de la lumière, où la beauté des êtres ne recouvre pas d'humeurs empoisonnées, où l'harmonie des musiques ne masque plus de basses convoitises.

Cette nostalgie est juste, et cette espérance légitime. N'imputons pas cependant les fièvres de nos attentes à d'autres qu'à nous-mêmes. Cette terre de béatitude, qui existe puisque nous la désirons, nous allons vers elle
de mauvaise grâce et d'une marche maladroite; nous nous essayons aux gestes du Ciel avec les allures renfrognées de l'enfant qu'on traîne à l'école. Vers les nues translucides où planent les anges souriants nous ne levons que des visages maussades; la Matière et ses appâts nous engluent si fort que nous pouvons à peine concevoir les bonheurs spirituels.
Il faut nous détendre. Dieu n'est pas que dans l'infini; Il Se tient en même temps sur la terre; ne voir que celle-ci est un aveuglement; mais la maudire, maudire ses modestes bonheurs légitimes, ses pauvres beautés à peu près nobles,
c'est un autre aveuglement. Nous sommes craintifs et méfiants. Presque toujours, lorsque nous décidons d'aller vers le Christ, ou bien nous nous donnons à lui avec des réticences, ou bien nous tirons une espèce de misérable lettre de change sur l'au-delà. Contraints, engoncés, peureux, nous est-il possible de recevoir la joie du Père, jaillissante, libre, libératrice ?

Non, il faut se donner sans réserve; il faut s'épanouir, ouvrir en soi les portes et les fenêtres, faire doux accueil à tout être et à toute chose. S'aimer les uns les autres,
ce n'est pas s'imposer des gènes réciproques, mais bien s'offrir les uns aux autres une détente et un allègement; il faudrait que la rencontre de deux hommes soit toujours une fête pour chacun, et la magnificence du cœur devrait suppléer à la misère du porte-monnaie.
Autant la véritable foi chrétienne excède l'impassibilité stoïcienne, autant
la fraternité christique excelle sur la noblesse des amitiés humaines. Celles-ci comportent l'estime, la confiance, la communauté des goûts, le partage de la bonne et de la mauvaise fortune; l'amitié chrétienne, c'est tout cela, mais offert sans attente de réciprocité, tout cela surabondant, survivant à l'ingratitude et à la trahison, donné à tous sans distinction; c'est l'école de cette future société divine où chacun sera le serviteur de tous, où tous s'uniront à l'envi pour aider l'un d'eux, serviteurs et non esclaves, frères plutôt que serviteurs.

L'égoïsme refroidit, ossifie, pétrifie; entraînons-nous avec patience à retrouver la souplesse et la chaleur; quelque misérable que soit notre état présent, nous portons tous un chef-d'œuvre merveilleux, une clarté certaine et pure, toute élan, offrande et accueil. Regardez, au centre de vous-mêmes, cette lueur qui dort, parcelle de la splendeur du Christ, délégation de la Sagesse divine, tabernacle où, plus tard, naîtra le Verbe. Montez votre conscience à cette altitude, modelez votre caractère sur les augustes proportions de cet idéal, rendez vos membres dociles à sa discrète influence; habituez-vous à vouloir, à sentir, à vivre dans ce jour limpide, et l'univers, peu à peu, changera de sens et d'aspect sous vos regards renouvelés.
A la place d'une falaise s'étendra l'horizon céleste; là où vous aurez cru tout votre devoir accompli, vous découvrirez de grands travaux encore à entreprendre; et cette perspective qui,
autrefois, vous aurait abattus, décuplera votre courage et vos forces.


* *



Que la longueur de la route, que la hauteur du but ne vous fassent point hésiter; Dieu aime que l'on tente quelque chose, si téméraire, si maladroite que soit la tentative. Continuons la tâche entreprise, jour après jour, année après année; il importe moins de faire une chute que de se relever; il importe moins d'obtenir le succès que de tenter l'effort. Nous nous tiendrons paisiblement à l'ombre du Christ et, serviteurs inutiles, nous nous inclinerons toujours sous Ses directions. Notre obéissance immédiate, fille de notre amour, nous donnera ce calme puissant, cette joie silencieuse que Jésus nous promit à la veille de Son martyre.
Pensez à ces choses dans vos minutes solitaires, accoutumez-vous à ces contemplations, élancez-vous vers les Cieux, je vous le demande avec instance. La vie vous deviendra douce alors; ses pauvres fleurettes vous émerveilleront, car vous trouverez en elles les images des étoiles; et vous répandrez
sur vos frères encore dans l'ombre les lueurs avant-courrières de l'aurore éternelle.

 

Sources Livres mystiques

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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 16:48

Aimons notre prochain... il suffit de regarder autour de soi pour voir combien on est loin du compte. Chacun pour soi et dieu pour tous. Si l'Amour du prochain était une constante, personne ne devrait dormir dehors ni mourir de faim ou de soif en ce monde. Seulement voilà... il y en a quelques uns qui donnent et des millions qui s'en foutent.

 

 

 Aimons notre prochain

 

par Sédir

 

Chapitre VII de La Voie Mystique

 

1ère partie

 

 



Les grands artistes, les grands penseurs, les grands réalisateurs abondent en notre siècle; ce sont bien plutôt
des disciples parfaits du Christ qui lui manquent, des saints, des êtres qui soient tout amour. Or, vous tous à qui je m'adresse, en ce moment, vous qui avez choisi d'aller vers Dieu, vous souvenez-vous qu'une fois la résolution prise librement, tout retard est compté comme une faute ? Que la raison vous détermine, ou la vocation, que vous cherchiez Dieu en aimant les hommes, ou que vous vous donniez aux hommes par amour de Dieu, le chemin est rude, et qui n'avance pas recule. Ici surtout l'immobilité est impossible. Il faut marcher malgré tout.
Lorsqu'on se sent
las jusqu'à l'écœurement de subir duperies, ingratitudes, indifférences et moqueries; lorsque, plus on se fait attentif, affectueux, patient, plus nos obligés méprisent nos dons et nous piétinent; lorsque nos proches et ceux-là mêmes vers lesquels s'élance notre tendresse entière nous repoussent le plus durement, seul le Christ nous envoie la force d'une invincible persévérance. Or, il faut persévérer; l'amour pour le Christ est donc indispensable.

Réciproquement,
si la douleur humaine nous laisse insensibles, si nous n'avons de zèle que pour les ravissements de la contemplation, bientôt Dieu retirera Sa Lumière de notre esprit, afin que, commençant de vivre les angoisses des ténèbres mystiques, nous sympathisions avec les angoisses plus matérielles des misérables. Nous toucherons ainsi notre propre misère; nous apprendrons à prier; nous sortirons de l'égoïsme pieux vers les champs de la charité.
Quelle que soit la route où notre âme nous engage, il nous faut brûler tour à tour pour nos frères ou pour Dieu. L'amour du prochain et l'amour de Dieu sont deux mondes qui s'interpénètrent et, à chacun de leurs mutuels contacts, resplendit une forme différente du Verbe, notre Christ. Car
c'est le Christ qui nous mène où c'est le mieux que nous allions. Pour chaque être les choses se passent comme s'il n'y avait dans toute la Nature que le Christ et cet être; le Christ S'offre tout entier à chacun; chacun prend du Christ ce qu'il est capable d'en recevoir. Or le Christ possède la somme de ce que toutes les créatures peuvent et pourront jamais désirer; or Il est en outre la somme d'autres béatitudes pour longtemps encore inimaginables à nos plus vastes espérances. Si amers que soient donc nos dégoûts, si effrayantes que soient nos détresses, nous trouverons toujours en Lui toutes les forces et toutes les sérénités.

Que notre cœur se prosterne devant Dieu, qu'il se penche sur le prochain, c'est le même Amour qui le pousse, ce suprême Amour, principe et source de la vie, totalité des puissances éternelles, moteur de toute créature. Il s'agit pour nous de bien employer cette force omnipotente. Mais sera-ce à notre profit? Sera-ce au profit du prochain? Sans doute et depuis longtemps nous savons que
l'égoïsme engendre en fin de compte les plus fâcheuses conséquences; toutefois nous sommes si souvent habiles à colorer nos paresses ou nos convoitises de prétextes altruistes, que notre premier soin doit être, avant toute décision, de voir clair en nous-mêmes et de préciser nos mobiles par l'examen le plus impartial et le plus rigoureux.




* *



Une fois résolus à suivre les commandements de la charité, abstenons-nous d'impatience et d'excès de zèle; la hâte constitue l'un des plus grands obstacles à la floraison intérieure. L'acte, c'est le fruit; l'arbre, c'est tout l'ensemble de notre existence; or nous habitons un dur climat que le soleil de l'Esprit réchauffe mal et rien n'y prospère sans des soins minutieux, sans une culture patiente.
Certes, sauver de la faim, procurer un abri, soigner, ce sont des gestes admirables, et nous nous inclinons avec respect devant la philanthropie individuelle ou collective, devant les exemples qu'elle nous offre. On peut seulement regretter que
cette noble compassion humaine limite parfois ses bienfaits aux seuls tenants de telle confession religieuse, de telle opinion politique. La charité parfaite du Christ se répand sur tous comme le soleil de Dieu nous éclaire tous, bons et méchants. Mais, pour atteindre cette ampleur, il faut dépasser le niveau humain de la compassion, il faut devenir capable de sauver un ennemi déloyal, il faut devenir insensible à l'ingratitude ou à la trahison. Et, pour cela, il faut une vie intérieure divine, entée sur le Christ.

Cette perfection de l'acte découle de la perfection des mobiles. Purifier les mobiles, c'est purifier les émotions, ennoblir les pensées, agrandir l'intelligence, sublimiser le caractère,
vaincre les répugnances physiques. Contemplons à cet effet l'amour dont nous comble notre Père céleste, les laideurs où nous nous complaisons et ce ciment solide qui agrège en un seul bloc le genre humain tout entier. je ne veux pas reproduire des homélies que vous avez cent fois entendues; mais méditez plutôt sur la fraternité terrestre : cette chair et ce sang, uniques en définitive, dont nous sommes tous construits; par delà les dissemblances de patries et de races, ce parallélisme des sentiments et de la pensée; par delà les spécifications intellectuelles, esthétiques ou religieuses, cet internationalisme immense de l'homme spirituel, ces contacts innombrables des âmes, ces réponses et ces prolongements des mentalités, d'un bout à l'autre du monde, du fond des âges jusqu'à leur terme; cette cohésion, enfin, d'autant plus intime que l'on analyse une forme plus profonde de la vie. La pensée d'un grand homme disparu depuis deux cents siècles ne subsiste pas que dans la mémoire déférente des érudits; elle palpite dans l'atmosphère seconde, vivace à proportion du Vrai qu'elle contient, et immortelle, quand même elle ne trouve plus d'écho dans les générations ultérieures qui lui obéissent inconsciemment. Un chef-d'œuvre ruiné par les siècles continue de vivre malgré qu'il n'ait plus de spectateurs ou de lecteurs. Et l'acte brutal de quelque ancêtre préhistorique envoûte encore aujourd'hui les impulsions de nos contemporains.

Ainsi, chaque frémissement de mon cerveau, chaque désir de mon cœur, chaque geste de mon corps influe sur tous les êtres d'aujourd'hui et sur tous leurs descendants. De quelle importance n'est donc pas
la purification de notre interne ?
D'autre part, en réciproque, le corporel réagit sur le spirituel, et nos actes sur notre psychologie. je ne dois pas attendre, dès lors, pour me mettre à faire le bien, d'être devenu parfait. Il faut alternativement améliorer son cœur, améliorer ses actions et s'acheminer ainsi vers
une concordance juste de l'idéal mystique avec l'idéal pratique.

Outre cette préparation générale à la fraternité, chaque bonne œuvre demande une préparation propre. Jésus dit :
« Donne à qui te demande »; il nous faut donc être à tout instant prêts; la constance est sous-entendue par toutes les maximes de l'Evangile. Jésus est l'incarnation de la constance, puisqu'Il fait la même chose depuis le commencement du monde. Il faut s'installer à demeure dans une certaine région spirituelle, dans un certain état d'âme, et cet établissement transforme de lui-même tout notre être et toute notre vie. Un cœur fixé sur le Verbe est prêt à tout; il entend toutes les demandes, formulées ou muettes, et, en retour, puise aux trésors du Père telle aumône préparée précisément en vue de telle demande. Le vrai disciple tirera de sa bourse telle pièce de monnaie destinée à tel pauvre et non sa voisine; il administrera au malade telle quantité du remède voulu et non telle autre portion; car, du point de vue du Verbe, chaque pièce, chaque dose de médicament, chaque phrase possèdent une vertu propre, bien que, physiquement, chimiquement, grammaticalement, toutes les pièces de monnaie, toutes les fractions d'un même produit, toutes les répétitions de la même phrase soient identiques. Voilà pourquoi le disciple doit s'assouplir à toute éventualité.

Enfin il cultivera le goût de la perfection, il apprendra la persévérance, il ne laissera aucune bonne œuvre inachevée, il n'abandonnera aucune souffrance sans avoir tout tenté.
« Malheur, dit Jésus, à celui qui, après avoir mis la main à la charrue regarde en arrière. » Ce serait trop facile de se contenter d'un pansement à un malade; il faut tâcher de le remettre debout. Il faut rendre le dévoyé capable de gagner son pain et le désespéré capable de reprendre la lutte. En un mot, tenir à la qualité de nos bienfaisances plutôt qu'à leur quantité : « Qui trop embrasse mal étreint. »


* *



Que nos compassions ne demeurent pas platoniques; conduisons-les jusqu'à l'acte, si petit soit-il; l'acte seul leur donnera un corps terrestre et la puissance fructifiante. Autour de nous les gémissements de la douleur et les rires du cynisme s'élèvent avec plus de tumulte que jamais; notre souci devrait être de changer ceux-ci en larmes de repentir et ceux-là en sourires d'espérance. Les affligés accourraient en foule si nous, chrétiens, ne nous contentions pas de plaintes et de vœux. Nous devrions prendre une part des charges sous lesquelles plie notre semblable, nous devrions comprendre sa peine, nous mettre à sa place, mêler notre cœur avec son cœur. Jésus réside au milieu de ceux qui se réunissent en Son Nom; c'est à nous, qui Le connaissons, d'entraîner vers Lui les malheureux qui n'ont pas su encore L'apercevoir.
Voilà ce que faisaient les premiers disciples. Ils s'étaient d'abord donnés à leur Maître, puis les uns aux autres, et ils s'offraient ensuite aux incrédules et aux infidèles. Au travers
des sensibilités épaissies, au fond des consciences obtuses, l'amour de l'apôtre allait attiser l'étincelle divine presque éteinte au cœur du païen. Voilà ce que nous devrions renouveler en ce temps qui ressemble si fort à la décadence antique. D'autres font des meetings, des cercles, des journaux, des révélations; nous autres, qui croyons au Christ vivant, Fils unique de Dieu vivant, animés par un ordre secret de ce Christ, notre mission, c'est de redire à l'infini cette parole, cette lettre de créance auprès du monde, de lui donner mille et mille corps, de la faire vivre enfin dans la matière, par notre conduite, par nos gestes et par nos oeuvres.
Relisez la parabole des Talents et celle de la Maison
: « Tout homme qui entend ces paroles que je dis et qui ne les met pas en pratique sera semblable à l'insensé qui a bâti sa maison sur le sable. » Et la divine confidence recueillie par saint jean : « je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez aux autres comme je vous ai fait. »

Le théoricien aperçoit l
es réalités comme des formules; à force de réfléchir, il désapprend la décision. Le réalisateur voit tout en réalités substantielles; cerveau calme et cœur brûlant, il aime pétrir la vie et goûte l'effort; homme, son désir sera l'œuvre consciencieuse et noble; chrétien, son idéal sera la pitié, le désintéressement, le sacrifice. Le disciple de Jésus, sachant que le divin commence où l'humain s'arrête, cherchera toujours à se dépasser; la difficulté, l'impossibilité, l'incompréhension et l'ingratitude l'attireront davantage que les travaux faciles, suivis de reconnaissance ou de profits.
Le Maître et le Modèle de cette activité surnaturelle, c'est le Christ; S
a méthode, c'est la charité; Son exemple, c'est la charité; l'aide qu'Il prodigue à Ses imitateurs, c'est la charité.


* *



La charité est une chaîne vivante qui attache Dieu à l'homme, qui tire l'homme vers Dieu, et qui agrège tous les êtres les uns avec les autres. C'est une flamme vivante dont l'ardeur et la splendeur croissent en proportion des obstacles qu'elle rencontre; elle embrase à jamais quiconque en reçoit une étincelle et, nourrie de la force vive de notre cœur, elle se répand sur tout ce qui l'entoure comme l'eau d'une source intarissable.
Elle ne cherche pas
les douceurs mystiques ni les ravissements; elle plane, les ailes immobiles, comme le grand aigle des solitudes; son regard découvre, où qu'ils se cachent, les misérables et les souffrants; elle fond sur eux pour les emporter vers le soleil du pur Amour. Sa vie est une mort innombrable parce qu'elle se donne toujours tout entière et, à chacune de ses agonies, le Père la ressuscite pour de nouveaux sacrifices.

Les peines et les fatigues sont sa nourriture, parce qu'elle y découvre la chair et le sang du Verbe sauveur, formes innombrables de la souveraine volonté de Dieu. Tout acte accompli par amour procure, en vertu d'une mystérieuse transsubstantiation, un accroissement à la puissance rédemptrice du Maître de l'Amour. On ne se souvient pas assez que Jésus souffre encore; on oublie que toute prière limpide rafraîchit la fièvre du Martyr perpétuel, cloué sur la croix de la permanente expiation; on oublie que le moindre morceau de pain dont on se prive pour un pauvre cicatrise une des plaies du Crucifié; qu'une visite affectueuse, une corvée allègrement subie, une réconciliation franche, ce sont des joies pour Son cœur sans cesse blessé par les milliards de paroles et d'actions méchantes commises chaque minute dans l'immense univers.
Apprenons de Lui la pitié véritable et la juste bonté. jamais nos plus patientes indulgences n'égaleront la mansuétude dont Il use envers nous-mêmes. Regardons comme Il tâche
d'émouvoir les cruels et les pervers. Nous ne savons pas aimer; nous croyons aimer nos enfants, nos parents, nos femmes ou nos maris, nos compagnons, mais, en réalité, c'est nous-mêmes que nous aimons à travers ces êtres. Or, ce maladroit amour nous élève parfois jusqu'à l'héroïsme; jusqu'où ne parviendrions-nous pas si nous aimions en nous oubliant, en nous sacrifiant, si nous aimions nos frères comme Jésus nous aime?

Vous voyez pourquoi il ne suffit point d'aimer ceux qui nous aiment ou qui nous plaisent; il est nécessaire, pour imiter Dieu,
d'obliger ceux qui nous sont antipathiques et de faire du bien à ceux qui nous font du mal. Nous ne sommes pas tant sur la terre pour développer nos énergies natives que pour les transformer, les dépasser, pour atteindre aux rives de l'infini. L'école de cette transplantation et de cette renaissance, c'est la lutte contre nos goûts et le don de soi-même aux œuvres rebutantes et aux malheureux déplaisants. De même que l'aumône donne des fruits plus nombreux quand elle est prise sur le nécessaire que lorsqu'elle est distraite de notre superflu, l'amour fraternel procure la plus riche moisson lorsqu'il comporte les gènes, les contrariétés et les dégoûts.
En résumé,
plus que les cilices et que les disciplines, plus que les veilles, les jeûnes et les longues oraisons, l'œuvre charitable qu'animent le repentir et l'humilité efface nos fautes et nos crimes, apaise les ressentiments des vaincus de la vie, ouvre leurs cœurs à la Lumière. Et cette descente dans l'organisme social, dans la substance humaine, et jusque dans cette matière que nous croyons inerte, des sublimes effusions de l'Amour constitue notre unique devoir, notre unique raison d'être.



Deuxième partie

 

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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 21:51

Alors là, nous entrons dans un domaine qui touche tout le monde ou presque... l'Amour, le Mariage ou la vie à deux. Quand on voit tous les divorces, toutes les désunions et tout le malheur qu'entraîne finalement le soit-disant Amour que les humains pensent éprouver et que l'on sait ce qu'il en est vraiment de l'union terrestre, à savoir... son but dans le futur métaphysique, on se dit qu'il faudrait commencer à inculquer à chaque être dès son plus jeune âge, l'Enseignement Originel perdu dans la nuit des temps. Moi-même d'ailleurs, je n'échappe à la règle dans ma prise de conscience tardive. Si tardive, ai-je envie d'ajouter. Le Serment de l'Amour trahi qui fait rompre le contrat de la vie commune sera malheureusement porté à notre passif. C'est le même cas que pour les personnes qui se suicident. Si vous signez un bail de 70 ans et que vous y mettez un terme à 35... il vous faudra finir le travail dans une autre vie. Ce qui fait que l'on n'avance pas dans l'Evolution karmique. On a perdu du temps... l'Âme du Suicidé reviendra pour 35 ans et celles du couple désuni devront aussi réparer la brisure avec le même conjoint. Alors quand je pense que j'ai divorcé 3 fois, je reste fort dubitative quant à ma prochaine existence. Comme vous pourrez le constater, le texte de Sédir donne à réfléchir...

 

 

LA RECHERCHE MYSTIQUE DU BONHEUR

 

par Sédir

 

Chapitre VI de La Voie Mystique

 




Nous faisons, vous tous et moi, œuvre de collaborateurs. Nous nous rencontrons, amenés, vous par votre désir des choses divines, moi par la dilection que je ressens à en parler. Peut-être, de ces échanges de nos plus chers élans, sortira-t-il quelque jour une belle action ou une belle œuvre.


Ne m'écoutez donc pas dans l'espérance d'entendre dévoiler des arcanes, ou pour juger si je connais plus ou moins de mystères que tel autre conférencier, ou pour classer les faits que je vous expose dans tel système ésotérique. Ouvrez, pour m'entendre, votre cœur plutôt que votre intelligence; veuillez sentir les êtres de Lumière dont j'essaie de vous évoquer les mouvements, veuillez les aimer plutôt que les comprendre. Ainsi vous entrerez plus loin dans le palais de notre Roi, l'air plus léger que vos âmes y respireront les clarifiera et, plus proches des célestes Présences, vous serez indulgents au parleur malhabile qui s'efforce à vous les rendre sensibles.
Nous allons donc nous entretenir bien simplement. La simplicité est convenable aux choses éternelles qui seules peuvent dignifier nos misères et hausser nos désirs jusqu'aux jardins de la Béatitude divine.




* *



Cette
recherche du Bonheur est un des appétits les plus profonds et les plus constants de notre cœur. C'est qu'elle correspond à quelqu'une des réalités absolues; c'est que, quelque part dans cette immense création, s'étend un royaume béni dont tous les habitants sont heureux, où l'existence même est béatifique, où chaque être vit, de seconde en seconde, par des transfigurations incessantes, par des extases régénératrices, et où il lui semble mourir aussi, de seconde en seconde, sous la délicieuse oppression de l'Idéal qui se verse sans relâche en lui. Ce mode d'existence, c'est celui de la vie divine; rien n'a lieu en nous, rien n'y bouge, aucune intuition n'y bat des ailes, aucun enthousiasme n'y flambe, aucune larme n'y flétrît, qui ne vienne de Dieu.

Sachons donc que
nos pitoyables tâtonnements, quand nous nous bousculons les uns les autres vers un peu d'or, vers un fauteuil présidentiel, vers un peu de beauté matérielle, vers un peu de science, vers un peu de gloire, c'est le magnifique instinct des choses divines qui palpite en nous, de ses premiers tressaillements.
Ces
obscurs efforts dureront des siècles ? Qu'importe. Ce sont des graines en travail dans le noir terreau, sous la neige; et la neige, cela veut dire les averses bienfaisantes du printemps et les rayons vivifiants du soleil.


* *



On a défini
l'homme un animal raisonnable. Ce n'est pas la Raison qui est notre prérogative, c'est l'Amour. Nos décisions les plus froidement rationnelles ne contiennent-elles pas toujours une préférence secrète, parfois inavouée ? Quand nous optons, même pour le parti pénible, n'est-ce pas parce que nous aimons un but plus haut et que nous espérons nous en rapprocher par ce sacrifice ? Nos mobiles ont toujours une racine dans notre centre émotif et aucune de nos œuvres n'est viable si nous ne lui infusons le sang de notre amour. C'est pourquoi il est écrit : « Là où est votre trésor, là est votre cœur. »
Seulement, par une erreur qui tient
à notre courte vue et à la sujétion de la matière, en obéissant à cette soif d'Absolu nous cherchons à l'étancher aux sources troubles des formes du Relatif; l'ardeur qui nous consume s'irrite à ces eaux doucereuses et nous nous traînons ainsi, toujours plus enfiévrés, de déceptions en désillusions.

Mais la mère Nature est là qui nous guide avec patience, le long du sentier des renaissances. Par ses soins, l'homme aime d'abord les satisfactions sensorielles et instinctives; puis il goûte celles
de l'orgueil, de la force violente; puis, par une seconde réaction, il s'attendrit aux délices sentimentales.
Mais il ne fait, en réalité, que changer le mode de son égoïsme; il souffre, se rebute et se rejette vers les joies plus calmes de l'intellect. Enfin, l'heureuse nuit où il s'est convaincu de la vanité du savoir, il revient vers l'action et, grâce à l'expérience acquise, il conçoit l'amour du prochain, l'amour fraternel, l'amour qui se donne et qui n'attend rien en retour. Et, lorsque l'exercice de la charité a mis de l'ordre dans ses puissances et de la Lumière dans les appartements de son esprit, l'homme sent vibrer tout son être de la commotion très profonde et ineffable qui précède l'éclosion de l'amour divin, comme le frémissement de l'aurore annonce, dans la colline, le lever triomphal du soleil.

Remercions le Père de ce qu'Il a mis en nous le germe des plus vastes développements. Le dernier des hommes porte tout de même un inestimable joyau. Le plus misérable des amours contient, si on sait le regarder, sa part de noblesse, ne serait-ce que par la douleur qu'il exhale.
Bornons-nous à étudier la recherche sentimentale du bonheur. Nous verrons plus tard comment le service du prochain et le service de Dieu sont les splendides roses presque pareilles où se couronnent, sous la pure clarté de l'Esprit, les mille efforts obscurs de la sève le long des canaux dolents du tronc et des rameaux.


* *



L'amour passionnel débute, chez le sauvage, avec la violence de l'instinct; il atteint son maximum dans la polygamie et la polyandrie, et s'affine au moyen d'institutions comme le gynécée ou le harem; enfin, il revêt sa forme la plus digne par la monogamie.
Parallèlement, avec l'évolution civilisatrice, se sont fait jour quelques fleurettes de l'amour du prochain, sous forme d'humanité, de bonté, de tolérance. Et, sur une troisième spirale, mais alors presque tout à fait dans l'inconscient collectif ou individuel, s'éveillent les premières vibrations de l'amour de Dieu.
Le but de l'existence, c'est d'apprendre à nous aimer les uns les autres; mais, dans
l'état d'égoïsme profond qui est naturel à l'homme, jamais celui-ci ne s'occupera d'autrui s'il ne trouve à ce soin un avantage immédiat. Et, si nous sympathisons volontiers avec l'âme grecque, par exemple, avec l'âme hindoue, c'est que nous sommes certains de n'avoir jamais à souffrir de leurs travers; par contre, le monsieur qui prend trop de place dans le tramway, nous ne le goûtons pas du tout, serait-il même d'un commerce exquis.

Pour toutes ces raisons, la Nature a cherché comment attacher côte à côte deux êtres, afin qu'une cohabitation constante
les oblige d'arrondir mutuellement les aspérités de leurs égoïsmes. Elle a imaginé le philtre sentimental.
Le mariage ou, plus exactement, le contrat par lequel se lient l'un à l'autre un homme et une femme, a pour but de fonder une famille, de s'entr'aider dans les travaux de la vie et de réaliser une harmonie spirituelle.
Laissons ici de côté l'aspect physiologique de la question, le point de vue social, ainsi que l'ésotérique. Les deux premiers ne sont pas de notre ressort; quant au troisième, il y a déjà assez
de criminels qui, sous couleur d'initiation et d'ésotérisme, ont détraqué et aliéné un trop grand nombre de disciples crédules ! La Koundalini hindoue., l'Hervah kabbalistique doivent rester des notions secrètes.

Ce qui lie les époux,
ce n'est ni le maire ni le prêtre. Ceux-ci ne sont que des témoins pour les deux collectifs où ils sont appelés à exercer leurs fonctions. Ce qui lie les époux, c'est leur parole. L'Eglise enseigne fort justement que ce qui confère le sacrement de mariage, c'est le consentement des époux. Il faut donc faire très attention au manque de parole. La pensée suffit à rendre adultère : « Celui qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur. » Le mariage, c'est l'engagement qui, de deux êtres humains, fait un seul esprit corporel, mélange deux vitalités, attelle deux volontés aux mêmes travaux et adoucit deux égoïsmes.
C'est pourquoi le divorce n'existe pas. Le divorce est
aussi illusoire que le suicide; il reporte à une époque ultérieure le travail actuel. Seulement, à ce moment-là, les conditions dans lesquelles le travail devait être effectué sont changées; les personnes, le milieu, les aides ne sont plus les mêmes. Et il en résulte pour les retardataires des complications et des difficultés accrues.



* *



L'âme-sœur, telle que Platon l'a décrite, n'est qu'une vue métaphysique. Il n'existe rien de semblable dans la réalité, nulle part dans aucune des régions qu'habite l'homme universel. Il ne faut pas vous étonner de ceci, car aucun homme vivant sur terre n'a connu ni ne connaît l'homme. Pour nous connaître, en effet, nous qui existons depuis le commencement du monde, il aurait fallu être témoin de l'acte de création. Il est heureux, d'ailleurs, que les savants et les sages même ignorent ce que nous sommes,
car ils n'auraient pu garder secrète leur découverte et le monde serait depuis longtemps arrêté dans sa croissance.
C'est Dieu qui a créé des hommes et des femmes.
Le sexe existe dans l'individualité avant d'exister dans le corps. Les hommes et les femmes sont simplement des êtres pourvus de qualités différentes et complémentaires. Ils n'ont pas les mêmes droits parce qu'ils n'ont pas les mêmes devoirs, et ils n'ont pas les mêmes devoirs parce qu'ils n'ont pas les mêmes facultés. A l'homme sont la force physique, l'action extérieure; à la femme, la force morale, l'action intérieure.

C'est pourquoi
le féminisme, qui veut conquérir à la femme des fonctions de pouvoir, d'activité physique, est faux. Il est exact que « la femme est l'ange du foyer ». Ce qui signifie qu'elle en est la prêtresse, que son activité s'exerce dans le plan spirituel, qu'elle est l'inspiratrice, la gardienne, la consolatrice. Elle a une sensibilité aiguë, un esprit naturellement anxieux; il lui a été fait le don subtil et périlleux de l'intuition; elle souffre donc plus que l'homme, mais plus que lui aussi elle est près du Père.
L'homme, dans le visible, est le maître. Toutefois, de même que les pouvoirs politiques consultent parfois des illuminés, il écoute la femme, il devrait
l'écouter plus souvent encore et plus attentivement.
Quant à la femme, que jamais elle n'oublie qu'elle a auprès d'elle le Modèle ineffable de l'enfant, de la jeune fille, de l'épouse, de la mère; qu'elle se souvienne à jamais que la Vierge a tout souffert et tout accompli, qu'en son être infiniment pur la Vierge a donné asile à tous les états d'âme, enfant élevée modestement dans l'ombre du Temple, jeune fille de bonne heure orpheline, épouse en butte au plus injuste soupçon, mère ayant connu la pauvreté, les deuils, les douleurs et dont, en un jour solennel, « une épée transperça l'âme ». Qu'elle se remémore constamment que la Vierge a été la plus humble, la plus belle, la plus inconnue, que son Fils lui a accordé - et non pas aux seules noces de Cana - ce qu'elle Lui a demandé et que, pour ces raisons, la femme peut la prier sans crainte, lui exposer tout ce qui la préoccupe ou la chagrine, certaine d'être entendue, certaine d'être aidée.

Ainsi,
la femme a entrepris un travail plus lourd que l'homme. Dans quelques cas, même, ce travail lui a été imposé, comme, par exemple, quand un homme s'est dégradé extraordinairement et qu'on lui donne un corps de femme pour lui fournir la possibilité de payer un peu plus vite.
Mais ces lois des mutations ontologiques ne sont utiles à connaître que pour le conducteur d'âmes, pour le théurge, pour l'Envoyé du Père,
pour le Chien mystérieux du Céleste Berger qui, souvent, doit modifier des destinées individuelles et changer les pâturages des troupeaux humains.

Nous autres, comprenons bien que, puisque nous sommes ici,
nous ne sommes pas parfaits, que, par conséquent, nous nous ferons souffrir forcément les uns les autres. Aussi, malgré les ivresses des fiançailles, malgré les enthousiasmes des hyménées, sachons que notre bonheur aura des défaillances et nos sentiments des fluctuations; nous diminuerons ainsi la douleur des faux pas futurs. Ce n'est qu'en apparence que nous avons choisi librement notre compagnon de route.
De nos jours on apparie les jeunes gens
suivant des convenances de dot, d'espérances, de position sociale, et quelquefois selon l'appel des vœux du coeur. Mais ces choix ne sont pas libres; il y a de puissantes volontés qui pèsent sur les volontés à courte vue des marieurs, des parents et des fiancés; tous les motifs de notre prudence, de nos prévoyances sont illusoires; on n'épouse jamais que la femme ou le mari que notre destin nous impose, selon la sentence de la justice universelle.

Les anciens sages, qui savaient l'existence et le mécanisme de ces lois du Destin, consultaient les astres pour connaître la signature invisible des jeunes hommes et des jeunes filles, afin de les unir au mieux de leurs intérêts matériels, sociaux, physiologiques et spirituels. Dans ces époques reculées, les roues astrales de l'Univers tournaient dans un sens connu, les arrivées et les départs des âmes dans l'azur radieux de l'éther avaient lieu à des moments fixes du Temps cosmique. Aujourd'hui,
l'Invisible a changé d'aspect. Voici deux mille ans que les dieux qui régnaient dans les hauteurs ont été jetés à bas par le vent des ailes de l'Esprit et que les esclaves des anciens lieux inférieurs ont été élevés sur des trônes. Les sciences divinatoires ne valent donc plus rien puisqu'elles avaient été construites sur les observations de l'antiquité; elles ne disent plus juste que par hasard.

Il devient ainsi bien
inutile de s'impatienter, de gémir, de se venger, de même se séparer, puisque l'inexorable Fatalité nous ramènera tôt ou tard au compagnon de chaîne jusqu'à ce que le temps marqué sur le Livre secret soit écoulé. Telle est la seconde raison pour laquelle le divorce est illusoire.
Mais de ce que les directeurs des Générations ne sont plus actuellement les mêmes que dans l'antiquité, il ne s'ensuit pas qu'il n'y a plus de règles. Un mariage est une rencontre sur la grande route, r
encontre fugitive mais grosse de conséquences. De ce que le choix du conjoint n'est libre qu'en apparence, il ne s'ensuit pas qu'il puisse être fait à la légère, au gré du caprice. Le mariage existe pour que l'homme et la femme apprennent à se connaître eux-mêmes et l'un l'autre. La vraie connaissance, ce n'est pas de la psychologie ou de la littérature, c'est de l'expérience. Or, il n'est pas d'expérience sans travail et pas de travail sans souffrance.

La vie conjugale,
qui pourrait être un paradis, est souvent un enfer parce qu'il y a des époux qui passent leur vie ensemble, en restant tout à fait étrangers l'un à l'autre. Tout être ne possède que le bonheur domestique, ou le malheur, qu'il mérite strictement. Si l'on croit en Dieu - et, sans cette foi, on ne serait pas un être humain, on ne serait qu'un animal plus ou moins intelligent -, si l'on croit en Dieu, on doit avoir confiance en Sa justice et savoir qu'aucune souffrance n'est imméritée, avoir confiance en Sa Bonté et savoir qu'aucune souffrance n'est excessive.

Le mariage, nous l'avons dit, est une école, il est l'école de l'amour vrai. Il commence par un attrait spontané, mais il se parfait par les sacrifices qui évoquent et nourrissent l'Amour. Il nous achemine vers le lieu béni
où il n'y aura plus d'appétits matériels, plus de convoitises sensorielles, où l'amour divin seul régnera, où tous sauront et pourront à tout instant se sacrifier avec bonheur pour le bonheur des autres. Heureux les époux qui, dès ici-bas, s'essaient à ce sacrifice !
Nous sommes
en nous-mêmes anges et démons, et l'union conjugale, qui est aussi, un être, comporte également un ange et un démon. Mais c'est, hélas ! celui qui se croit l'ange qui souvent est le démon, car peut-on se juger avec indulgence sinon par orgueil ? Et qu'est-ce que le diable, sinon l'orgueil ? Et qu'est-ce que la perfection, sinon l'art de souffrir en silence et avec joie ?

Ceci ne veut pas dire que la femme et le mari
doivent s'approuver aveuglément et hypocritement. Il faut, en aimant, conserver du sens critique. Il faut, en aimant, avoir le courage de voir les défauts de celui qu'on chérit et qu'on voudrait tant, hélas! parfait.
Ayez donc, maris et femmes, de l'indulgence patiente les uns pour les autres; souvenez-vous que votre Ami divin, Celui qui glorifie
de Son ineffable et invisible présence les minutes trop rares où resplendit entre vous le véritable et pur amour, souvenez-vous qu'Il a défendu et pardonné la femme adultère. Celui de vous deux qui est sans péché a donc seul le droit de jeter à l'autre la première pierre.

Mais ayez aussi le souci de votre amélioration réciproque. Prêchez-vous l'un à l'autre sans cesse le Bien, le Vrai et le Beau par l'éloquence toute-puissante du bon exemple, par la force du silence dans les choses importantes, par la forte douceur de la persuasion dans les petites choses.
Ne tuez jamais rien dans votre amour réciproque par impatience, colère ou brutalité.
Faites tout pour conserver la paix de votre ménage, non
pas une paix d'apparence, de tenue mondaine, de respectabilité, mais une paix plus profonde basée sur l'amour, sur l'amitié à défaut d'amour, sur l'estime à défaut d'amitié. Si, à force de patience, le plus sage a forcé le moins sage à reconnaître ses torts, quel immense résultat! En vérité plus grand que nous ne l'imaginons, car il a été dit : « Si vous êtes deux ou trois réunis en Mon Nom, je serai au milieu de vous. » Et où mieux que dans le mariage une telle réunion peut-elle être réalisée?

Efforcez-vous vers la perfection l'un envers l'autre, car les actes et les sentiments évoquent toujours leurs anges ou leurs démons. Ne vous lassez jamais dans votre effort, même si
la patience semble trop longue et la lutte trop dure, car on reste ensemble aussi longtemps que l'on a encore à se corriger mutuellement. Le lien noué ici-bas au moyen de ce qu'il y a d'éternel en nous -notre parole -dure de l'autre côté, après la mort.


* *



La meilleure façon souvent de résoudre les problèmes spéciaux, c'est de rappeler la solution du cas général.
Ainsi,
quand des époux s'entendent mal et qu'ils en viennent à se demander, chacun dans son for intérieur, s'il est vraiment juste de subir ainsi les caprices, les égoïsmes et les défauts du conjoint, qu'ils se rappellent le précepte universel de l'amour du prochain, et celui du disciple de Jésus :
« Fais du bien à celui qui te hait.
« Prie pour celui qui t'outrage et te persécute.
« La vie de l'Amour, c'est le sacrifice. »
Nous le voyons dans les sphères minuscules où se développe l'existence des insectes; bien plus encore cela est-il dans les régions infiniment plus vastes où des anges descendent, en battant des ailes,
unir deux coeurs humains et leur donner, pendant quelques si brèves années, l'avant-goût des béatitudes divines.

Le mariage est un devoir. Il nous permet de transmettre la vie matérielle, il enrichit notre vie spirituelle. Parmi les célibataires, il en est qui ne sont pas fautifs: il se peut que l'être qu'ils devaient épouser ne soit pas incarné. Mais ce cas est accidentel. D'ailleurs, souvenons-nous toujours que, si nous nous décidons à vivre contre nos commodités et notre repos, nous sommes ainsi, toujours plus proches du Ciel et plus obéissants à la Volonté de Dieu.



* *



Nous avons considéré la seule recherche sentimentale du bonheur. Mais les principes que nous avons redécouverts sont susceptibles des applications les plus étendues. Oui, le bonheur est un être, comme le malheur, comme la vérité, comme la musique, comme l'espérance, comme la guerre, comme la tentation, comme l'amour. Platon disait que tout ce qui est préexiste dans le monde des idées; nous savons que tout existe substantiellement. L'homme se croit mené par des aspirations, des sentiments, des désirs bons ou mauvais; il est mené par des êtres qui, s'il pouvait les percevoir dans leur réalité, l'empliraient de béatitude ou d'effroi.

Le but que se propose l'homme, depuis le jour où il aborda aux plages du Créé, est bien le bonheur, cet état de stabilité, de sécurité, de certitude où peut s'épanouir pleinement la Vie qui palpite en lui. Cette plénitude qu'il a connue dans la préexistence, il doit la conquérir dans la relativité afin qu'elle soit véritablement sienne. L'important est qu'il cherche le bonheur là où il est.
« Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir », a dit le Christ. Aussi a-t-Il résumé toute la Loi dans le double amour de Dieu et du prochain. Amour, c'est-à-dire don, offrande constamment renouvelée, sacrifice perpétuellement offert. Amour, c'est-à-dire bonheur permanent, inattaquable, anticipation de la béatitude des élus.

Le Bonheur, c'est la rencontre avec Jésus. Et Jésus Se rencontre dans toutes les formes, dans toutes les conditions de l'existence, en attendant l'ineffable Rencontre, au terme du Créé. Puisse l'incendie de l'Amour embraser enfin nos cœurs et puissions-nous à notre tour entendre la divine Parole que, au moment de les quitter, le Christ laissa à Ses disciples :
« Vous passez maintenant par la douleur; mais je vous reverrai : alors votre cœur se réjouira et personne ne vous ravira votre joie. »


Sources Livres Mystiques


Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 19:52

La première partie se trouve ICI... l'homme de génie  s'incarne souvent dans une famille avec laquelle il n'a aucune affinité et ses comportements peuvent même sembler étranges à son entourage car il peut être très original voire excentrique... c'est qu'il vient "d'un autre monde" et que dans le nôtre, il est comme décalé...

 

 

 

La Science, L'Art et la Philosophie dans les rapports avec le Ciel

 

par Sédir

Chapitre V de La Voie Mystique

 

2ème partie

 

1ère partie

 

 

 

Laissons la métaphysique. Le mystique est le naturaliste de l'Absolu; il ne regarde que l'aspect vivant des êtres. Il ne verra donc, dans l'effusion des entités platoniciennes du Beau et du Vrai, que la descente d'anges ou même la trajectoire de véritables mondes spirituels, imperceptibles à nos sens, insensibles à notre méditation, mais tout de même aussi denses, aussi réels, aussi objectifs que les planètes de l'astronome.
Et il aura pleinement raison. Voyez les anciennes théogonies, les mythologies effondrées; on y mentionne des dieux et des déesses de la science, de toutes les sciences et de la Beauté. Voyez les systèmes
des Sephiroth de la Kabbale, un des plus beaux efforts qu'ait tentés le génie humain pour se rendre compte du mystère du Monde. L'une de ces Sephires, la sixième, c'est-à-dire celle de l'harmonie, le plan où toutes forces et toutes formes s'équilibrent sans heurt, se nomme Tiphereth : la Beauté.
Or, rien de ce que nous possédons, nous hommes,
ne naît de notre propre fonds; toutes nos puissances sont des rejetons, des marcottages de plantes dont la terre d'origine est ailleurs qu'en nous, dans des plantes visibles ou invisibles, dans des océans fluidiques, dans les champs presque infinis du Cosmos.
La pensée est un être qui vient de Dieu. Il existe un monde dont les habitants ne vivent que par la pensée; ils ne sont cependant pas, comme nous pourrions nous l'imaginer, de pures abstractions métaphysiques; ils possèdent des corps; mais leur vie, leurs relations, leurs perceptions, leurs fonctions organiques ne sont que des activités intellectuelles semblables à ce que nous appelons ici-bas la numération, la mémoire, l'analyse, la synthèse, le raisonnement, la généralisation, la méditation en un mot. La vie du démon, c'est haïr; la vie de l'ange, c'est aimer; la vie de la brute, c'est jouir; la vie de ces êtres, c'est réfléchir.

Chacune des applications de la pensée
à l'une des classes d'objets donne lieu à une science. Pour nous, une science, c'est une collection de faits, de raisonnements et de conclusions. Dans le plan un, une science est un être vivant. C'est pour cela que, dans certains états de conscience, tels adeptes peuvent apprendre une science en en évoquant le génie, sans autre étude discursive de l'entendement. je ne dis pas qu'un tel procédé soit à la portée de tout le monde; il demande des travaux bien autrement ardus que ceux par lesquels nous obtenons d'ordinaire notre savoir. Nous en reparlerons tout à l'heure.
De même il est des planètes
dont les habitants vivent de couleurs ou d'harmonies; elles ont avec l'âme de la terre des conjonctions et des aspects plus ou moins propices à l'échange de leurs fluides réciproques. Quand les contacts se bornent à ce mélange d'énergies vitales, il en résulte pour nous, dans celle des nations qui est capable d'en bénéficier, un pas en avant de la civilisation dans la littérature ou la philosophie ou la musique ou telle autre branche de la culture humaine. Mais, très souvent, ces influences collectives sont précédées comme par un héraut; de la planète initiatrice descend par exception un de ses habitants de bonne volonté et de grand courage qui consent à passer ici-bas une incarnation pour accomplir une mission de précurseur ou d'annonciateur. C'est ce que sont, en général, nos hommes de génie; ils viennent dans des familles, en dehors pour ainsi dire de la volonté des parents; et c'est parce que, étrangers à cette terre, dépaysés au milieu de nos usages, de nos opinions, de nos préjugés, de nos catégories mentales, ne pouvant porter le flambeau spirituel dont ils ont assumé la charge qu'avec un effort anormal, les artistes et les sommités intellectuelles nous semblent si souvent excentriques, bizarres, déséquilibrés, anormaux, demi-fous.
Ceci est encore
une raison capitale pour ne juger personne autour de nous.
Il y aurait ici bien des choses à dire
sur la naissance et l'identité spirituelle des hommes de génie, mais ce seraient des détails un peu techniques, un peu étranges et qui n'auraient d'utilité pratique que pour un bien petit nombre d'entre vous. Restons-en donc aux généralités.




* *



Il y a
deux sortes d'hommes d'élite : les dilettantes et les créateurs. Les premiers ne peuvent que comprendre, qu'assimiler; ils ne possèdent que l'intelligence. Les seconds peuvent ensemencer le champ de l'esprit humain; ils ont de ce feu qu'on a nommé le génie; c'est à eux seuls que les dieux confient la mission redoutable d'acclimater ici-bas les sciences, les arts, les inventions, les institutions sociales. Et, comme tous les porteurs de Lumière, ils ont un calvaire à gravir et des supplices à endurer.
Pourquoi cette cruelle nécessité que ceux-là même que l'humanité vénérera un jour comme des bienfaiteurs aient auparavant à subir tant de haines et de persécutions ? Nous avons vu pour quelle raison ces êtres de génie semblent étranges et se plient mal aux petites règles de vertus moyennes et de bienséances des gens comme il faut. Mais, semble-t-il, la Nature, le Destin ne pourraient-il les faire naître à l'abri de la misère et de la maladie pour qu'ils puissent consacrer toutes leurs forces à l'œuvre pour laquelle ils sont ici-bas ?
Eh bien ! non.
Leurs souffrances sont une condition presque nécessaire à l'éclat de cette oeuvre.
Bien loin de distraire leur attention, d'éparpiller leurs forces et de tarir en eux les sources de l'inspiration,
la misère, la maladie, les privations des commodités matérielles, les chagrins moraux sont les coups de cravache au Pégase qui emporte leur esprit vers les cimes. Le moi terrestre se lamente et se désespère, mais l'esprit, dans ces sombres occurrences, brille d'une lumière plus éclatante et s'épanouit d'une béatitude surnaturelle.

La souffrance, sous n'importe laquelle de ses formes, est le pain de l'âme, si le plaisir est le pain du moi. Un jeune poète qui, pour obéir à sa vocation, brave les foudres paternelles et meurt de faim dans des mansardes pendant des années, nourrit son idéal ainsi, avec sa propre chair et son propre sang; tandis qu'installé dans une confortable bibliothèque, il ne pourrait que meubler sa mémoire ou affiner son gout. Mais la souffrance fait jaillir en lui des sources vives et chauffe son enthousiasme. L'enthousiasme, le dieu en nous, quel beau mot pour désigner une chose plus belle encore! Qu'importent le froid, la faim, les déboires, si l'Idéal nous tient le cœur tout enflammé ? Il n'y a pas de grand artiste qui n'ait pleuré. Lisez la vie de Michel-Ange; essayez de sentir entre les lignes de ses manuscrits palpiter l'âme du divin Léonard; rappelez-vous Beethoven, Schumann et Bach et Wagner, Coleridge et Shelley, Villiers de l'Isle-Adam, tous ceux enfin qui furent des messagers d'une Vérité inconnue ou d'une Beauté nouvelle; leur vie à tous fut un martyre.

Ainsi
le dieu qui habite en nous demande des holocaustes et le parfum de nos souffrances lui est agréable. Toutefois les exemples de quelques rares hommes d'élite qui ont enfanté ici de la beauté très pure et de la vérité immortelle et dont le destin ne fut ni tragique ni magnifique ni pitoyable, ces exemples doivent nous faire soupçonner que peut-être un chemin existe plus sain que celui par lequel passent d'ordinaire les «porteurs de flambeaux ».
Que fait l'homme de science, l'homme de pensée ?
Il s'écarte des tumultes de la vie, il renonce à l'activité matérielle, aux affaires, aux expériences sentimentales, aux conquêtes sociales, pour n'être point distrait du soin de ses constructions intellectuelles. Que fait l'artiste ? Il se plonge à corps perdu dans la vie sensible ou sentimentale pour en observer ou en expérimenter les mouvements les plus délicats, les plus pathétiques, et les plus beaux. C'est-à-dire que ces êtres d'élite suivent, dans leurs enquêtes, une méthode analogue à celle du positivisme. Ils induisent la vie intérieure d'après la vie extérieure; et par là leurs travaux portent un stigmate indélébile d'incomplet, de provisoire et parfois d'anormal. Il faudrait qu'ils puisent leurs inspirations dans l'Esprit et non dans aucune des sources plus ou moins pures du Créaturel; qu'ils comprennent, les uns, les hommes d'intelligence, que le Savoir réel est une plante qui ne fleurit qu'au pied de la Croix; les autres, les hommes de sensibilité, que l'Art n'est rien autre que la lumière irradiée par cette Croix.

A quoi se réduit, en somme
, l'effort de l'artiste comme celui du philosophe ? A rendre sensibles des entités morales ou intellectuelles. Ils sont les hiérophantes d'une magie très pure aux clartés de laquelle nulle vapeur de chair ni de sang ne se doit mélanger. Il faut donc qu'ils offrent aux anges dont ils désirent la visite des demeures dans leur intelligence et dans leur sensibilité où rien n'offusque ces hôtes divins, où il y ait l'activité silencieuse des seuls familiers du temple intérieur, où le Père seul soit adoré, où tout soit net et noble, où le tumulte vain du monde meure au pied des murs élevés sur le roc de l'action bonne.
Bien que composés d'une multitude de vies individuelles,
nous sommes un, cependant, et tout ce que fait l'esprit réagit sur le corps, comme tout ce que fait le corps réagit sur l'esprit. Ainsi le philosophe qui ne cultiverait que son intellect ou le poète qui ne purifierait que ses sentiments, en laissant leurs instincts corporels satisfaire tous leurs caprices, vicieraient la pureté de leurs méditations et alourdiraient l'envol de leurs enthousiasmes.

Le mal accompli par le corps ne tue pas que l'énergie corporelle; il corrompt de proche en proche, parce que la vie physique, la vie fluidique, la vie astrale, la vie mentale se pénètrent réciproquement; et parce que, aussi, nos cellules ne sont pas immobiles. Tel esprit du tissu fibreux ou de la peau ou du globule sanguin aujourd'hui situé dans un doigt, l'année prochaine sera peut-être dans la rétine ou dans le cerveau; et, s'il a été corrompu dans ce doigt, il sera mauvais enregistreur de la couleur, de la ligne ou de l'idée.
La Croix est bien la fontaine de ce jardin paradisiaque d'où jaillit l'eau vive, une et multiforme de la vie éternelle et de la sagesse divine. Que
ces amants de la Beauté et de la Vérité contemplent donc d'un regard constant et immuable le Maître de cette Croix, la fleur indescriptible épanouie sur le tronc dur de cet arbre mystique. Le Verbe est la Volonté même de Dieu; Il est donc, pour le monde, sa Vérité éternelle et toutes ses vérités relatives, sa Vie absolue et chacun des modes passagers de l'Existence universelle. Il est le type physique, intellectuel, moral ou esthétique du Monde, car Il est la Voie, la Vérité, la Vie.

Pourquoi chacune des pensées de Jésus qui nous sont parvenues nous émeuvent-elles,
même quand notre ténèbre intérieure ne nous permet pas de les comprendre ? Parce qu'elle éveille, par delà notre pauvre intelligence infirme, un écho profond sous les voûtes du sanctuaire de notre cœur. Pourquoi ce qui nous a été transmis de Ses actions enchante-t-il les sources secrètes de notre sensibilité ? Parce que chacune de ces scènes, malgré les maladresses de l'écrivain et les coups de ciseaux de la censure humaine, chacune de ces scènes remue, par delà notre sens d'analyse ou de critique, les harmonies du Beau qui sommeillent au sommet de notre esprit.
Est-ce que, par exemple,
ce drame de Jésus marchant sur les eaux, vers la barque où tremblent les disciples, ne nous présente pas, en un raccourci énergétique, l'image de l'immense épopée du Salut universel ?
Est-ce que nous ne sentons pas, à cette lecture, des murailles s'abattre en nous ?
L'œil de notre âme n'aperçoit-il pas ce Verbe, tout éclatant d'une insupportable splendeur, traverser les fleuves et les mers cosmiques en posant les pieds sur les soleils de l'éther, comme nous traversons le torrent dans la montagne en passant sur les pierres dérochées ? Et notre cœur ne sent-il pas alors tout le divin de l'acte du Verbe cosmique concentrant son mystère dans l'harmonie sereine et pourtant surhumaine de l'acte du Verbe incarné ?

Voilà comme sont
la Vérité belle et la Beauté vraie. Pour tous les hommes sans exception, la réalisation du Bien est l'indispensable, le nécessaire, le fondement de granit et la substructure immuable. Le troupeau moyen ne peut que cela - et encore -; seuls les êtres d'exception reçoivent, en les payant de quelle monnaie douloureuse ! des dons spéciaux qui leur permettent d'élever le temple de la Science et celui de la Beauté. A notre époque, tout le monde a du talent et se prévaut de cette petite qualité pour s'installer sur un trône, mais le sage et l'artiste sont, en réalité, les fleurs rares de toute une génération; et combien de célébrités contemporaines la postérité ne se hâtera-t-elle pas d'enfouir dans l'oubli ?
Des trois types de la perfection relative à laquelle notre humanité peut prétendre,
la sainteté est la moins difficile à atteindre, car tout homme peut devenir. un saint, s'il le veut. Et combien y a-t-il de saints autour de nous ? dans cette ville ? dans ce pays ?

Tandis que
le Beau esthétique et le Vrai intelligible demandent des énergies extraordinaires pour être conçus, compris, assimilés et exprimés. Il faudrait, pour qu'ils atteignent la limite de leurs possibilités, que le philosophe et l'artiste fussent d'abord des saints. Alors seulement l'un connaîtrait sa propre intelligence et pourrait l'entraîner avec méthode et certitude; et le second saurait, pour les avoir subis chez lui-même et consolés chez autrui, les passions des sens et des sentiments, les désespoirs et les enthousiasmes, les violences et les renoncements.
Il serait superflu que je vous indique ici par le détail les travaux propres à chacun de ces deux grands oeuvres. Ce que j'ai désiré vous faire apercevoir, c'est
la dignité de la Science, la sublimité de l'Art, la gravité qu'exigent de leurs fidèles ces deux divinités et le respect plein de reconnaissance que nous autres, troupeau anonyme aux vertus anémiques et aux vices falots, devons professer envers les héros audacieux qui gravissent péniblement, dans la nuit de l'Esprit, les sentiers rocailleux au haut desquels se dressent les sanctuaires de l'Idéal.
Malgré que
les écarts, peut-être, de leurs vigoureuses personnalités scandalisent notre prosaïsme, si nous rencontrons de ces pionniers, aidons-les de tout notre cœur, avec notre bourse si nous sommes riches, avec notre affection si nous sommes pauvres. Car quiconque apporte ici-bas le moindre reflet des soleils de l'Absolu est essentiellement un serviteur du Père.

Sources : Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt


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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 19:38

Chapitre V de La Voie Mystique de Sédir... tout le monde n'est pas Pythagore, Aristote, Mozart ou Einstein... pour ne citer que quelques génies. Mais si leur âme s'est incarnée dans ce monde, c'est qu'il y avait une raison et pas la moindre. Apporter quelque chose à l'évolution de l'Humanité...

 

 

La Science, L'Art et la Philosophie dans les rapports avec le Ciel

 

par Sédir

Chapitre V de La Voie Mystique

 

1ère partie

 

 

Tableau de Luis Royo



Un simple regard jeté sur la Nature nous montre qu'elle répand à l'infini les créatures utiles et nécessaires, mais qu'elle se montre économe de celles d'entre ses productions qui sont moins indispensables à nos besoins quotidiens. Il y a dans les êtres une élite et, dans les facultés de ces êtres, il en est aussi quelques-unes de plus rares, de plus hautes et de plus belles. Ce sont très souvent celles dans la structure desquelles la matière n'entre que pour un minimum. Ainsi, regardez l'un de nous. Par quoi communiquons-nous les uns avec les autres, sinon surtout par le visage? Où notre interne se dévoile-t-il plus que dans cette petite partie de notre corps ? Et, dans le visage, où le Grand Constructeur des corps a percé les fenêtres de notre centre instinctif, de notre centre animique et de notre centre intellectuel, quel est le petit organe dans l'admirable structure duquel notre vie organique tout entière s'épanouit comme une fleur et par où s'aperçoit la petite veilleuse mystique qui éclaire notre temple intérieur ? Ce sont les yeux. Les yeux, si petits quant au reste du corps, et si grands par tout l'infini qu'ils parviennent à refléter et à rayonner.

Nous imiterons un peu la Nature; et, après nous être occupés
des relations secrètes de l'homme avec son milieu et des devoirs qu'elles entraînent, nous quitterons quelques instants le grand troupeau et nous rechercherons des horizons plus rares, les cimes, les idéals et nous suivrons les solitaires qui partent à la découverte des royaumes inconnus de la Vie. Nous essaierons, pour ceux-là aussi, ces éclaireurs de l'armée du genre humain, de les rallier vers le phare immuable du divin et de les prémunir contre d'inconnus et de très subtils ennemis.
L'accomplissement du Bien est la tâche obligatoire de l'humanité tout entière; mais quelques-uns de ses membres, fleurs rares produites par le labeur anonyme de telles générations, ont pour travail de renouveler le décor où se meuvent leurs frères, moins beaux, mais utiles tout autant. Il faut à l'esprit humain des lueurs intermittentes d'espoirs immenses comme les nuées du couchant sur la mer et des éclairs sur tels sommets éblouissants des montagnes éternelles. Ceux qui sentent
brûler en eux les flammes du Vrai et du Beau sont aptes à devenir les distributeurs de ces espoirs indicibles.

Ceux-là, malheur à eux, car,
s'ils comprennent leur mission, les jours et les nuits leur deviennent un long martyre intérieur ! Et bienheureux sont-ils aussi, car ils portent les torches à la lueur desquelles le pâle troupeau des humains -nous autres- piétine confusément pour sortir des marécages de la quotidienne banalité et de l'existence prosaïque !
Je n'appelle pas savant l'homme qui a fait de sa mémoire une bibliothèque; je n'appelle pas philosophe celui qui a compris un grand nombre de systèmes idéologiques; je n'appelle pas artiste celui qui ne commet ni fautes de prosodie ni fautes de gout, d'harmonie ou de dessin.
Ceux-là ont simplement du talent et ils sont nombreux aujourd'hui; ils exercent un métier, une profession et non pas un sacerdoce.
Le philosophe, l'ami de la sagesse, ou, mieux, son amant, c'est le prêtre du Vrai. L'artiste, c'est le prêtre du Beau. Tout homme peut devenir le prêtre du Bien; mais quelle effrayante audace montre celui d'entre nous qui se donne comme le Prêtre, tout court, le prêtre de Dieu, le prêtre de Ce qui est à la fois toute Bonté, route Vérité et toute Beauté!

Mais restons dans les bornes que nous nous sommes fixées. Essayons de préciser la fonction de l'individu d'élite, son ontologie et
ses contacts avec tout l'Inconnu, tout l'Inouï, tout l'Invisible et tout l'Indicible que renferme cet immense Univers. Et, enfin, les précautions spéciales qui conviennent à cet ouvrier des plus hautes besognes.
Le philosophe, l'artiste et le sacerdote représentent dans une nation les facultés intuitives de son collectif; ce sont, pour le peuple d'où ils s'élèvent,
les médiums du divin. Il y a en nous des organes et des facultés qui tirent leur nourriture du monde matériel; mais nous contenons aussi des facultés et des organes et des sens qui ne vivent que d'invisibles aliments. De l'existence et de l'activité de ceux-ci nous ne sommes pas conscients. Toutefois la barrière qui sépare en nous le conscient de l'inconscient est mobile; elle se déplace non seulement d'un mouvement continu et régulier, mais aussi par soudains à-coups. Parfois des envahisseurs font irruption dans le royaume de notre Moi, les uns sont des brigands, d'autres sont des illuminateurs. Alors il se fait en nous des déchirures, des trouées; des parois granitiques s'écroulent, des avenues se percent dans nos futaies. Le psychologue nomme cela l'intuition, l'inspiration, l'éclair du génie, l'abîme de la folie; mais il ne voit du cataclysme intime que les remous qui se brisent aux grèves de la conscience; il ne voit que bien peu de choses.

Ces tremblements de terre, ces volcans animiques, ces labours, ces dévastations, voilà les spectacles auxquels sont attentifs ce philosophe, cet artiste et ce prêtre. Le premier les étudie, le second les décrit, le troisième s'en sert pour nous rejeter vers leur Auteur surnaturel.
Dans l'esprit du dernier des hommes se déroulent les mêmes épopées vivantes que dans celui d'un Shakespeare, d'un Michel-Ange ou d'un Sébastien Bach; mais, chez le premier, le drame demeure enseveli loin de son intelligence et, chez le second, cette faculté est un clavier assez riche et assez délicat pour résonner sous les doigts formidables des géants déiformes dont notre être mystique est l'instrument merveilleux.
Si j'étais un métaphysicien, je rechercherais avec vous ce que c'est que le Vrai. Mais c'est l'aspect vivant des idées qui nous intéresse, leur mystère le plus caché, leur visage mystique. Dès lors nous nous demanderons. Qu'est-ce que la Vérité ?
Il existe à cette question une réponse concise, mais d'une hardiesse effrayante et d'une vigueur telle qu'aucun des sages qui ont guidé les races disparues, qu'aucun des dieux qui gouvernent les étoiles, qu'aucun de ces cavaliers flamboyants qui chevauchent les comètes d'une borne à l'autre de l'Univers n'a rien dit de semblable depuis l'aurore du Temps. Il y a vingt siècles, une nuit, par les sentiers pierreux des faubourgs de Jérusalem, une troupe d'hommes du peuple se dirigeait sous les étoiles vers les jardins en étages de la colline des Oliviers; et l'un d'entre eux, à la stature puissante, disait aux autres, pour les consoler d'un départ imminent
; « je suis la Voie, la Vérité et la Vie; et personne ne vient au Père que par moi. »

Ce Jésus de Nazareth qui, après avoir donné tant de preuves de Son humilité profonde, S'égalait ainsi aux sommets les plus vertigineux des nobles espoirs humains, q
ui était-Il, à quel Père songeait-Il, qu'étaient ce que cette Voie, cette Vérité et cette Vie qu'Il prétendait identifier avec les forces centrales de Son propre individu?
Que peuvent faire ici-bas les hommes? Trois choses seulement : agir, penser, aimer. Tout le monde agit, quelques-uns pensent,
presque point aiment. Celui qui agit, son espoir marche le long de ces routes invisibles qui sillonnent l'aspect essentiel de cet univers et il avance avec lenteur à travers des enfers, des paradis, des solitudes et des cités, des pays inconnus et des contrées familières, vers quelqu'une de ces célestes Jérusalems que la bonté tendre du Père prépare çà et là dans les vastes déserts du Monde. Personne ne peut ne pas agir, personne ne peut ne pas marcher, puisque celui-là même qui fait le mal recule en esprit. Et l'homme a un modèle, c'est le Grand Voyageur, Celui qui, dès la première aurore du monde, partit des demeures paternelles du Royaume divin, qui parcourut les constellations, les soleils et les planètes par myriades et qui arriva enfin ici-bas, il y a deux mille ans, pour continuer, sous le voile de Sa stature de chair, Ses pérégrinations salvatrices. Et sous chacun de Ses pas ont brillé des étincelles de la Lumière surnaturelle de l'Amour, et les plis de Son vêtement étaient à eux seuls des leçons divines, et Ses paroles étaient des vertus, et Son sourire était la purification, et Son regard était la renaissance. Ah! quel poids terrible ne portons-nous pas, ceux d'entre nous qui L'ont aperçu il y a deux mille ans et qui n'ont presque pas profité de cette Bénédiction !

Ainsi
Jésus, porteur des forces du Père, incarnation même de Sa volonté de Miséricorde, est réellement ce que Dieu veut que nous soyons, puisqu'Il est ce que Dieu veut que nous fassions, et que l'être de l'homme devient toujours semblable à son acte. Ne voyons-nous pas chaque jour, dans notre misérable impuissance actuelle, que nos pensées, nos sentiments changent l'habitude de notre corps et les formes de notre visage ? Ainsi notre individu, lorsqu'il naît ici-bas, est la statue en chair et en os d'une entité spirituelle où il entre un peu de lumière et beaucoup, hélas! de ténèbres. Ainsi Jésus, ou plutôt les myriades de formes corporelles qu'Il revêtit dans Ses pérégrinations furent les incarnations, les expressions vivantes et parfaites de la bonté, de la compassion, de la miséricorde, de la sollicitude, de l'amour du Père pour nous.
Nos dernières causeries ont eu pour objet de discerner quelle est, en toutes choses, l'attitude à prendre, quel est l'effort, le pas en avant que demande toute circonstance, où est le Bien, en somme, c'est-à-dire quelle est la Voie. Et nous avons découvert que l'imitation du Christ est le meilleur effort, ce Bien et ce Chemin direct vers la perfection. Aujourd'hui, ce que nous désirerions entrevoir, c'est la Vérité et la Vie, ce que sont la Science et l'Art, la Connaissance et l'Esthétique.

Connaître,
c'est incorporer dans le Moi l'image d'un phénomène du Non-moi; c'est faire vivre de la vie cérébrale telle créature qui n'avait pas encore pris contact avec notre mental, ou plutôt l'apparence sous laquelle cette créature se révèle à nous. Plus donc cette apparence sera proche de la forme essentielle et centrale de cette création, plus la perception sera nette et plus la connaissance sera exacte. L'amateur du savoir se trouve ici obligé de donner à sa vie une direction spéciale et un effort constant.
Car qu'y a-t-il entre nous et les choses environnantes? Qu'est-ce qui sépare le Moi du Non-moi? Le Moi, c'est ce sens qui nous individualise, cet organe qui fait que, quand j'aperçois un arbre, je sais immédiatement qu'il s'agit là d'une chose distincte et qui me rend conscient de cette distinction; c'est ce par quoi je suis conscient que je suis conscient. Il y a donc, dans tout acte de connaissance, l'objet perçu, le sujet qui perçoit, l'objet par lequel on perçoit et le milieu qui sépare l'objet du sujet. La perfection de cet acte dépend, par conséquent, de la pureté de l'organe, du calme du milieu; car l'objet et le sujet sont purs par définition, puisqu'ils se tiennent
dans l'état originel où il n'y a pas encore de matière, de temps, d'espace ni de conditions d'aucune sorte.

Or, comment purifier nos sens physiques? Comment purifier ces sens intellectuels qui sont l'attention, la mémoire, la comparaison, le jugement, l'abstraction, la méditation en un mot ? Comment purifier ce sens mi-spirituel, l'intuition ? je crois vous avoir déjà montré qu'il n'existe pour cela qu'une seule méthode saine et normale: c'est l'exercice de ces facultés pour la seule et unique réalisation du Bien. puisque
la santé de notre être éternel dépend seulement de la perfection avec laquelle nous faisons concourir toutes ces forces et toutes ces facultés à la réalisation de la Loi de l'Univers, c'est-à-dire à l'accomplissement de la Volonté de Dieu.
Le Christ, qui est la perfection même de cet accomplissement, peut donc dire en toute exactitude
qu'Il est la Connaissance. Mais c'est la Vérité qu'Il déclare être. Qu'est-ce donc que la Vérité ? La Vérité est l'objet essentiel où convergent tous les objets de nos perceptions. La Vérité est double : relative ou absolue.
Nous ne sommes pas capables de percevoir cette dernière; mais nous pouvons, nous devons tâcher de saisir des vérités relatives avec des approximations de plus en plus approchées. Car si le Moi connaissant est, dans son centre le plus profond,
identique à notre âme éternelle et immuable, si le Non-moi contient dans chacune de ses parties la Lumière du Verbe créateur, ce sont deux sortes de foyers où resplendit la même flamme, mais dont la chaleur n'est pas la même. Pour nous, qui les apercevons des rivages du Relatif, nous voyons identiques toutes les étoiles de l'Absolu, et c'est ce qui explique l'erreur orientale et panthéiste de la fusion de l'Atmà dans le Brahmân; mais, en réalité, il y a parmi ces étoiles des différences, à nous inconcevables, puisque les modes biologiques de Dieu sont différents de ceux de la Création.

Pour nous autres, tant que nous ne serons pas
régénérés de la régénération divine, et non d'aucune initiation humaine; tant que nous ne serons pas baptisés du baptême de l'Esprit, et non d'aucun baptême ésotérique, la Vérité ne sera pas une, mais aussi multiple que sont nombreuses les enveloppes des êtres, les enveloppes de notre Moi et les modifications du milieu. Et cependant, pour chaque instant du Temps et pour chaque point de l'Espace où peut se produire le phénomène de la Connaissance, il en existe un aspect qui est le Vrai, comme une forme qui est le Beau, comme un geste qui est le Bien.
La vie du monde est aussi
une suite constante de drames ou de crises qui se résolvent en tueries ou en procréations. Pour chacun d'eux, si l'homme fait le geste qui augmente cette vie et la rend harmonieuse, c'est le Bien; et ceci a lieu toutes les fois qu'il s'oublie lui-même pour n'envisager que les intérêts des autres acteurs.
Chacun de ces drames, l'homme peut en extraire une lumière intellectuelle pure, lorsqu'il les interroge au moyen de la Lumière pure qu'il a fait grandir préalablement en lui; et cela, c'est
la Science, la Connaissance, la Philosophie, la Vérité.

Chacun de ces spectacles enfin, si tumultueux qu'il apparaisse, passe toujours par un rapide instant d'équilibre et d'harmonie, dans la fugitive sérénité duquel se laisse sentir tout l'inconcevable et tout l'inexprimable dont il est le voile passager. Et cela,
si le spectateur a pris soin de vivre, c'est-à-dire de rayonner, de dépenser, de s'ouvrir, en un mot, aussi libéralement qu'il a reçu, et avec ce sens intime de l'équilibre que donne seul le souci constant des choses éternelles, cela, dis-je, lui apparaît comme l'efflorescence splendide de l'Amour, de la Vie, de tout ce qui dépasse la raison, comme la Beauté. L'aspect esthétique du personnage de Jésus, personne ne s'en est occupé de notre temps, sauf une des intelligences les plus subtiles que le XIXè siècle ait produites. Oscar Wilde est le seul qui ait pensé à cela et qui ait pu, grâce évidemment à ses dures et injustes souffrances, exprimer la pure, la liliale, l'immatérielle harmonie des gestes de notre Ami. Pour comprendre le commentateur il faut déjà un amour extrêmement délicat de son divin Modèle; quel amour ne faut-il pas pour comprendre ce dernier ?

Deuxième partie

 

Posté par Adriana Evangelizt

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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 16:50

Suite de la 1ère partie... et c'est justement ici qu'il est question des fameux ennemis que nous devons nous réconcilier car ils peuvent devenir de précieux auxiliaires pour diverses raisons...

 

 

LES RELATIONS MONDAINES

 

 

par Sédir

 

2ème partie

 

1ère partie

 

 

Pour diriger notre conduite mondaine, un fait devrait s'enraciner profondément en nous et y devenir un de ces axiomes innés que nous possédons comme s'il nous était impossible d'être nous-mêmes sans eux. Voici ce fait. C'est que rien dans l'univers ne peut nous faire souffrir si nous n'en contenons au préalable la correspondance en nous-mêmes. L'homme ne perçoit, ne sent, ne conçoit que si au moins une cellule en lui contient la même force. Pour sentir la couleur, l'odeur, l'orgueil, la beauté, le divin, il faut que quelque chose dans l'individu soit constitué avec de la lumière, de l'odeur, de l'orgueil, de l'harmonie, du divin.
Si je n'ai
pas la moindre idée de ce que c'est que l'avarice, je ne m'apercevrai pas que mon voisin est avare. Les propriétés des êtres, les qualités, les défauts sont des choses vivantes, qui s'attirent ou se repoussent. Le proverbe: « Qui se ressemble s'assemble » exprime une loi universelle. Quand l'ingénieur, aux colonies, aligne ses équations, le sauvage n'y comprend rien, malgré qu'on les lui explique, parce que l'organe du calcul dort dans son cerveau. Soyons bien convaincus que, si tel visiteur nous parait un sot et tel autre un vaniteux, c'est que notre propre sottise ou notre vanité reconnaissent leurs sœurs.
Cette remarque est fort précieuse pour la pratique de l'examen de conscience, travail si important que tous les moralistes le recommandent, depuis Marc-Aurèle jusqu'à Franklin, en passant par saint Ignace de Loyola.

Les importuns, les bavards les plus redoutables,
nos ennemis même deviennent, par ainsi, de très précieux auxiliaires; les derniers surtout, car la malice et la haine voient bien plus juste que la sympathie ou l'amour. On devrait non seulement leur pardonner, mais encore les remercier.
Toutefois, ne soyons pas trop exigeants. Pardonner tout de suite et du fond du cœur, c'est déjà bien difficile pour la majorité des humains. Si l'on était humble, on pardonnerait facilement, puisqu'on serait convaincu de mériter toute attaque. Mais les formes de l'orgueil se sont installées en nous depuis si longtemps qu'elles finissent par faire
corps avec notre esprit, comme le lierre parasite arrive à se confondre avec le tronc du chêne qu'il étouffe. Le simple oubli d'une offense est cependant une grande chose, puisque le sort de centaines de créatures est lié à nos décisions. Chacune de celles-ci est un assassinat intérieur ou une reviviscence, puisque chacune attire à nous ou l'enfer ou le ciel. Cela évoque des démons ou des anges, bien plus vite et bien plus sûrement que par les rites de la magie. Ces rites ne sont d'ailleurs, en dépit de l'opinion contraire des adeptes, que de simples moyens de fortune employés au mieux de nos connaissances occultes, c'est-à-dire au petit bonheur, pour rendre sensibles à la conscience les perceptions spirituelles du Moi. L'esprit de l'homme est où il veut être. Je pense à New-York, à Alpha du Centaure, aux villes souterraines du désert de Gobi, ou à la loi de Mariotte; une part de mon esprit se rend effectivement dans ces divers lieux physiques et mentaux. Mais, pour que le résultat de ce voyage profite à ma personnalité et modifie mon milieu terrestre, il faut que je l'incarne dans un acte.

La réconciliation n'existe pas
tant que le souvenir de l'offense subsiste. La cellule de mon corps où s'incarne ce souvenir peut toujours être utilisée par les génies de la vengeance, de la rancune, du soupçon; le génie de l'inimitié possède en moi une porte ouverte. S'il y a un art d'apprendre : la mnémotechnie, il y a aussi un art d'oublier. Pardonnez donc comme l'on doit faire toute chose : de tout votre cœur, de toutes vos forces, de toute votre intelligence, de tout votre être.
Il est peut-être
plus difficile de ne pas médire que de pardonner. Une grande force est nécessaire pour s'abstenir d'une parole méchante ou spirituelle. La médisance souille l'intellect, le coeur et le corps; elle attire le mal et rend la prière débile et lourde. Comme tout le monde à peu près se rend coupable de ce défaut, il est presque impossible d'en réparer les dégâts. De même que le ressentiment, la médisance nous isole de la Lumière en empêchant nos anges de communiquer avec nous.

Pour éviter ce défaut, je ne connais qu'un moyen
c'est de ne pas dire des absents autre chose que ce que l'on se permettrait en leur présence. Alors, objectera-t-on, toute conversation est impossible. Ceci prouve combien nous sommes habitués à ne voir partout que le mal. Non, il ne suffit pas de se taire pour lutter contre le génie de la médisance; à ce compte un muet serait le plus vertueux des hommes. Il faut se préparer à une visite, comme nous nous préparons à tous les actes de la vie. Meublez votre intelligence et votre cœur. Au lieu de lire des romans vides de sens et des journaux encore plus vides, cultivez-vous; faites votre société des chefs-d'œuvre. Préoccupez-vous de projets utiles et non des intrigues environnantes. Ressuscitez l'art perdu de la conversation où les hommes et les femmes d'autrefois déployaient des talents exquis. Si vous vous montrez bienveillants avec constance, les malveillants iront ailleurs. Tout est prétexte à bien faire.

Que votre salon - ou votre chambre, si vous n'avez pas de salon - se fasse connaître comme un lieu de détente, de repos; que vos amis puissent cesser, chez vous,
de se tenir sur la défensive. Pour cela, défendez vous-mêmes les absents; interdisez les racontars; mais, alors, que cette proscription soit générale. Ne demandez pas qu'on épouse vos sympathies ou vos antipathies. Trouvez des excuses à ceux qu'on attaque. C'est un excellent exercice pour affiner l'intelligence et agrandir la sensibilité. Ne jugez personne, puisqu'il vous est impossible de connaître sûrement le mobile qui détermine autrui ou l'intention dans laquelle il agit. Un jugement, c'est une mainmise sur le voisin et une ligature dont on s'attache soi-même. Ne critiquez pas. Chacun suit le chemin qu'il lui faut suivre. Et personne ne connaît son propre chemin, à plus forte raison ignorons-nous la route d'autrui. Ce sont nos propres paroles et nos actions qui nous jugent. Le Père Lui-même ne S'occupe pas de cela. Souvenez- vous qu'une parole. n'est pas seulement une vibration, une force fluidique, une pierre sur le lac du mental; c'est un être vivant.

Que toutes nos paroles servent donc à quelque chose. La Nature n'aime pas les gaspillages. C'est une loi universelle d'énergétique que toute force, après une trajectoire variable, revient à son point d'émission. Cette loi règle le monde moral, entre autres. Tous les livres sacrés l'énoncent. Mais nous ne réfléchissons pas qu'elle s'applique aussi aux petites circonstances de la vie quotidienne; c'est pourtant dans cette sphère qu'elle nous intéresse le plus. Il est facile de comprendre que
toute énergie émise au hasard des futilités se résout en perte, quant au but réel de l'existence et est un obstacle positif que nous semons nous-mêmes sous nos pas. Si l'amour divin vivait vraiment en nous, toutes ces remarques et toutes ces petites précautions de pédagogue seraient inutiles. Nous serions une flamme droite, inflexible, incandescente; toutes nos puissances s'embraseraient, toutes nos facultés s'offriraient d'elles-mêmes au brasier. Mais où sont les amants de l'Amour éternel ?



* *

 



Celui qui, après des efforts, des chutes, des regrets et des recommencements sans nombre
, est parvenu à devenir le maître de sa langue, a fait de son cœur une place forte. L'homme discret est un refuge assuré pour toutes sortes de créatures inquiètes; son calme les réconforte; la rectitude de sa conduite les éduque; peu à peu il leur donne du courage. Les coupables viennent à lui; les malfaisants s'arrêtent de nuire; les irrésolus l'écoutent; et tous lui deviennent des auxiliaires dans son œuvre illuminatrice. Si ces nobles résultats s'aperçoivent facilement autour de nous, ils sont encore bien plus nombreux dans les mondes intérieurs où jaillissent les sources de la Vie.
Beaucoup parmi les spiritualistes cherchent des procédés inconnus de perfectionnement, soit en vue de conquérir des privilèges thaumaturgiques, soit avec le désir bien plus noble de collaborer à l'évolution collective. Cependant
aucune des très savantes méthodes découvertes dans les sanctuaires ésotériques ne donne des résultats rapides et durables et n'assure au disciple des auxiliaires invisibles librement dévoués, mieux que ces règles archi-connues de la morale. La morale, en somme, c'est l'art de replanter notre cœur dans la terre vive du royaume de Dieu et de le tourner vers les rayons du Soleil des esprits. Comment cela s'opère, nous ne pouvons nous en rendre compte, puisque nous sommes aveugles, pour le moment. Mais le jour vient où des anges dessilleront nos yeux; vous vérifierez alors dans quelle mesure tout ce que je vous dis d'incroyable est exact.

Quand Jésus recommande de se mettre, dans une réunion, à la dernière place, Son conseil vaut pour toutes les occasions possibles de concurrence. Si l'on me croit le plus pauvre, le plus inhabile, le moins intelligent, le moins ambitieux, que de soucis je m'enlève, que de forces je trouve libres en moi
pour les conquêtes éternelles ! Quelle justesse ce calme ne donne-t-il pas à mon jugement ? Combien tous mes sens corporels et spirituels s'affinent et vibrent aux touches les plus exquises des messagers célestes si l'envie de parvenir n'en consume pas la sève ! Quand les fantassins passent sous ma fenêtre, la musique et les tambours m'empêchent d'écouter les vers délicats qu'un ami me récite à murmurante voix. Quand les fanfares de l'orgueil, les cris de la chair, les hurlements de l'ambition déploient leurs tumultes à la fenêtre de mon cœur, comment pourrai-je entendre la parole ineffable que l'Ami des âmes me verse doucement ?
Un jour béni viendra où nous serons tous les serviteurs de tous. Si nous soupçonnions la béatitude de cet esclavage, nous l'appellerions jour et nuit, nous forcerions la marche immuable du Temps par une quête vigilante d'humiliations. Les saints, jamais rassasiés d'opprobres, brûlaient du désir de ce jour. Si donc des malfaiteurs vous attaquent, défendez-vous, puisque votre corps ne vous appartient pas. Si des médisants exercent leur malice aux dépens de votre caractère, de votre réputation, de votre personne morale, en un mot,
ne vous défendez pas, puisqu'ils disent, en somme, la vérité. Si des calomniateurs vous salissent, vous et ceux dont vous avez la charge, ne vous défendez pas davantage, puisque votre première impulsion serait justement de vous défendre.

Puisque vous êtes certains que le Père dans les cieux vous voit et vous attend,
vous supporterez la calomnie, vous pardonnerez au calomniateur. L'injustice n'est qu'une apparence; elle est, en réalité, une justice dont nous n'apercevons pas les considérants. C'est la victime elle-même qui, par suite d'un acte antérieur, arme le bras de son assassin. Si vous êtes soucieux d'alléger le boulet que nous traînons tous, acceptez tout le mal qu'on vous fait et tout le mal qu'on vous attribue. Plus un être est vil selon la Nature, plus il est précieux selon le Ciel. Les hommes ne voient que la gangue, Dieu seul aperçoit le diamant caché.
Il faut encore veiller à ne
pas prendre le bien d'autrui; non seulement sa bourse ni ses meubles, mais encore ses propriétés intellectuelles et morales : ses idées, ses découvertes, ses plaisirs, ses affections. Non seulement ne pas les prendre, mais aussi ne pas les convoiter. Ce n'est pas dans l'acte que réside le mal, c'est dans l'intention qui anime l'acte. Un mauvais désir non combattu amène une chute d'autant plus fâcheuse que la conscience obscurcie ne nous en prévient pas.
La colère, à tous ses degrés, depuis l'impatience jusqu'à la fureur, est toujours un meurtre. Le meurtre appelle le meurtre, comme le vol appelle le vol. Pourquoi nous dépiter, puisque tout ce qui nous arrive est l'expression stricte de la justice immanente ?
Ne faites pas de serment. Nous n'avons
pas le droit de nous enchaîner, puisque nous ne nous appartenons pas. Dites, en toute sincérité: « je ferai telle chose, je vous promets telle chose, s'il plaît à Dieu. » Quand le Ciel ne voudra pas que votre engagement se réalise, Il fera surgir un obstacle insurmontable et vous serez déliés. Mais, en dehors de ce cas, aucune gêne, aucune peine ne doit vous empêcher de tenir votre parole. Ne la donnez donc pas à la légère.

Si votre coeur s'efforce vers la Lumière,
la Lumière sera en lui, et en toutes vos actions. La politesse, qui n'est, en général, qu'une suite de mensonges agréables, deviendra dès lors une force vivante et bénéfique. Chaque mensonge commis empoisonne des cellules en nous. Soyez sincères; et, pour pouvoir l'être sans blesser personne, cultivez l'indulgence. Ainsi vos visiteurs emporteront, quand vous les reconduirez, un peu de la paix qui plane sur votre maison; et vous apporterez avec vous, chez les autres, un peu de cette même paix.
De tout ceci on peut dégager une idée générale. L'être humain, pris à un moment donné de son évolution, se présente à l'observateur comme un assemblage très complexe d'éléments physiologiques et psychiques, visibles et invisibles. Les actes qu'il exécute dépendent de l'état de ce composé; mais
la Providence améliore cet état au moment plus ou moins court de la délibération qui précède toujours chacun de ces actes. 1,'amélioration varie selon que la lumière providentielle a été plus on moins pleinement reçue par le centre volitif. On pourrait établir la formule algébrique de ces modifications.

Cet acte évoque
les résultats matériels et les dynamismes invisibles qui lui sont inversement analogues. C'est ainsi qu'un boutiquier se confine dans un magasin obscur, pendant vingt-cinq ans, pour pouvoir plus tard à la campagne jouir à satiété d'air et de soleil. Et ces réactions s'exercent sur leur centre d'origine dès qu'elles sont lancées. Tout acte modifie donc et notre être conscient, depuis la forme corporelle jusqu'à l'intellectuelle, et la tribu d'invisibles qui nous est attachée de naissance.
Il suit de là que
nos rapports avec le Verbe, centre et moteur de l'Univers, changent incessamment selon la qualité de nos œuvres. Si elles sont conformes au mode de la vie verbale ou divine, notre vie individuelle est améliorée dans son essence, quoique, extérieurement, elle puisse paraître souffrir de cette identification.

C'est donc surtout
par l'acte que la Lumière augmente en nous et que l'harmonie s'installe autour de nous. Bien agir est la condition préalable unique et nécessaire pour que notre rapport avec Dieu soit permanent; et ce rapport n'est autre que l'union avec l'Etre qui est la forme visible de Dieu, avec le Christ.
La présence
d'un saint dans une salle de bal peut y faire descendre le Ciel momentanément; de même qu'un diable dans une église la transforme en enfer. A défaut d'un saint, deux personnes qui se rencontrent dans le monde avec la ferme volonté d'y obéir à Dieu attirent la Présence ineffable. C'est un fait d'observation courante qu'à l'entrée d'un causeur malicieux et caustique, le piquant des conversations redouble. Regardez l'homme dont la seule présence fait taire les médisants; vous vous apercevrez vite qu'une lumière émane de lui.

C'est le souhait que je vous demande la permission de formuler en terminant. Puissions-nous tous concevoir une idée si juste du Père, reconnaître si sincèrement Son Amour : le Christ,
que notre être tout entier s'enflamme aux rayons de cet amour, que notre vie, dans toutes ses circonstances, soit ce que serait la vie de cet amour. L'humaine passion nous transfigure; combien plus la passion du Ciel nous exalte ! Nos mains alors élèvent un flambeau, nos yeux versent la Lumière, nos paroles répandent la paix. L'Ami éternel ne nous quitte plus; le halo éblouissant sous lequel Il voile l'insoutenable éclat de Son aspect tremble et bouge avec nous; nous devenons les dispensateurs de Ses bénédictions. Là où nous allons, Il vient; ce que nous voulons, c'est Lui qui l'accomplit; ce que nos frères nous demandent, c'est Lui qui le leur donne. Notre existence s'élargit par la vertu d'une extase très intérieure et permanente; autour de nous enfin flotte une atmosphère plus subtile qui guérit, console, éclaire et pour l'action de laquelle ni le temps ni l'espace ne sont plus des obstacles.
Afin de gagner ces prérogatives,
un genre extraordinaire de vie est inutile. Le Ciel est trop bon pour nous avoir placés dans des lignes d'existence le long desquelles Il n'aurait pas disposé tous les aliments nécessaires à notre âme. La Nature est simple; l'énigme du monde est simple; la Vérité est simple. Gardez donc une confiance joyeuse et courageuse; notre Ami, notre Frère aîné fera le reste.

Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt


 

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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 16:21

L'instruction continue avec le 4ème chapitre de La Voie Mystique de Sédir dont nous devons bien avouer qu'il avait bien saisi l'Enseignement Mystique de Ieschoua. C'est le moins que l'on puisse dire. Ce chapitre nous parle des relations mondaines. Qui devons nous "fréquenter" ? Inviter ? Voir ? Et bien, là c'est encore comme la nourriture, nous nous devons à tout le monde. Nous ne devons ostraciser personne, ni médire sur qui que ce soit. C'est là que la mise en pratique devient plus difficile. Même pour nous, aurons-nous la franchise de dire. Car qui n'éprouve pas certaines aversions pour quelques individus ? Et bien, malgré tout, il faut se forcer à les voir. Mais le mot "forcer" n'est pas approprié car, en fait, nous devons rééllement éprouver une sorte de plaisir à les rencontrer... ne serait-ce que pour leur instiller un peu de "Lumière"... quitte à ce que cela prenne du temps. Les Chevaliers de Lumière ne doivent jamais oublier ce pour quoi leur âme est missionnée. Faire fi de son Ego étant le plus ardu... car, oui, l'on préfère voir des gens que l'on aime bien et négliger ou "snober" ou "ignorer" les autres mais c'est surtout "ceux-là" qui ont besoin de nous... souvenons-nous de Jésus... il ne refusait pas de manger avec les Pharisiens...  

 

 

LES RELATIONS MONDAINES

 

 

par Sédir

 

1ère partie

 

 




Il n'y a pas d'acte indifférent, parce qu'il n'y a pas d'acte sans conséquences. Tout est grave; tout peut nous attirer vers la Lumière ou vers les Ténèbres. Le dieu que chacun sert utilise les moindres de nos gestes, parce que notre dévotion lui enchaîne réellement notre cœur. Or les dieux d'aujourd'hui ne se nomment plus Jupiter, Apollon ou Ganéça. Ils ont changé la forme de leur esprit immortel et, quoique anonymes, ils continuent de régir la puissance, la gloire, la richesse, l'amour. Ils n'ont rien perdu de leur puissance. Comme autrefois, ils exigent des offrandes; mais ils ne se contentent plus de bœufs ou de brebis; il leur faut nos forces, nos inquiétudes, nos pensées, notre vie même, en un mot.
Et c'est déjà
une grande sagesse de les quitter pour ne plus servir que le vrai Dieu. Il est entendu que vous tous, qui me faites l'honneur de m'écouter, avez déjà reçu cette sagesse; la logique veut que vous en tiriez les conséquences et que vous les appliquiez à la pratique quotidienne. Voyez de quelle façon.

Si un dieu de ténèbres, périssable et limité, prend soin de son fidèle, combien plus le Père ne S'occupera-t-Il pas de Son serviteur ? S'il vous est arrivé, un certain soir, seul dans votre chambre, de vous prosterner en esprit aux pieds de ce Père adorable et de vous offrir à Lui du fond du cœur, vous, votre famille, vos biens et tout le reste de ce dont la gestion vous est dévolue, ne pensez-vous pas qu'Il vous a entendu, que Son Fils a jeté un regard sur ces êtres que vous Lui offriez et que le tout a été purifié, réorganisé, réconforté, pour pouvoir se remettre en marche
dans la route étroite qu'il vous a été donné de découvrir? Si cela n'était pas, ce Père n'existerait pas.
Croyez donc avec une fermeté inébranlable que vous êtes dans la main de ce Père suprême, et que cette main de sollicitude et d'amour,
c'est Son Fils. Dès lors, votre existence se trouve transmuée dans ses racines les plus profondes. Vous ne dites plus une parole, vous ne vous permettez plus un geste, un sourire, un désir, une pensée ou un acte qu'avec le voeu intime que le bénéfice en revienne au Père; vous n'avez plus qu'un souci : connaître Sa volonté et lui obéir. De la sorte, toutes les manifestations de la vie qui est en vous deviennent des aliments pour votre âme et des lumières victorieuses de ténèbres correspondantes.

Ce sont ces arcanes qu'exprime Jésus dans la formule de prière qu'Il nous a donnée. Ils sont difficiles à concevoir, il est vrai, et plus difficiles encore à maîtriser. Ils appartiennent à l'Absolu, à ce domaine surintellectuel qui est la Foi, puisque Dieu seul est en dehors de l'atteinte du mental; à ce monde qui seul mérite d'être nommé l'Invisible, puisqu'il n'est aucune région de la Nature que l'homme ne parvienne à explorer avec le temps.
Les arcanes de l'Hermétisme peuvent être conquis moyennant une volonté forte et sage; l'arcane réel du Royaume éternel ne peut qu'être reçu. Il est le seul Surnaturel; le surnaturel de la magie, des sciences secrètes, des religions n'est pas du surnaturel; ce sont des régions inconnues de la Nature. Seul l'Evangile annonce le vrai Surnaturel; et avoir senti cette distinction est le signe d'un enviable destin.
Si donc vous voulez aller vers le Royaume de Dieu, détachez votre coeur des liens qui le retiennent aux formes du temps et de l'espace; agissez avec l'énergie de l'ambitieux, mais
par obéissance; étudiez avec le soin du savant, mais dans les ténèbres ignorantes de la foi; aimez comme le passionné, mais dans le sacrifice constant de tout vous-mêmes.

Sur cette planète, malheureusement,
personne ne sait obéir, personne ne sait agir, personne ne sait aimer; car alors la terre ne pourrait pas nous porter; notre feu la volatiliserait. Nous n'obéissons jamais entièrement, de toutes nos forces; nous craignons l'imprévu et nous pensons que l'impossible existe; et, enfin, c'est toujours un peu nous-mêmes que nous chérissons en paraissant aimer les autres.
Or, comme le Père est bon pour nous au delà de toute mesure, Il tient compte
de nos pauvres petits efforts, Il sourit à nos puériles fiertés, Il compatit à nos pitoyables découragements; et, selon la charmante comparaison du Christ, Il ouvre Son trésor et en tire de temps à autre un beau bijou scintillant ou quelque vase précieux. L'esprit fatigué de l'homme chercheur reçoit ce joyau dans le ravissement de l'extase et, lorsqu'il a réintégré son corps physique, le mental construit avec ce souvenir lointain une religion, une initiation, un système plus ou moins spiritualiste.
Je rapetisse bien trop, direz-vous, les magnifiques monuments de l'esprit humain. Non pas; je les replace seulement à l'échelle
. Nous jugeons les choses du point de vue terrestre; il est bon de les considérer parfois du point de vue du Ciel; cela nous ramène à une certaine modestie.



* *



Me voilà fort loin, semble-t-il, du sujet de cette causerie. Point du tout. je voulais le justifier en montrant la petitesse des grandes choses et la grandeur des petites. Quoi de plus banal qu'une visite ? J'espère vous mettre à même d'entrevoir de quelle œuvre féconde et belle et divine cette banalité peut devenir le germe.
Voici un cercle de visiteurs réunis dans un salon.
Leurs fluides, leurs pensées, leurs désirs, leurs anges, leurs diables, leurs ancêtres sont là, avec ce que les taoïstes nomment les influences errantes, agents amenés en cet endroit par les convenances de leur travail personnel. Les meubles, les objets, les quatre murs même de cette pièce ajoutent, à cette assemblée déjà nombreuse, leurs génies particuliers et toutes les images antérieures qui y sont attachées; celles des habitants précédents, de leurs passions, des événements dont ces murs et ces choses ont été les témoins silencieux, des naissances, des maladies et des morts et tout le reste; cela dans les limites les plus étendues.
William Denton et Joseph Rhodes Buchanan, les inventeurs de la psychométrie, ont fait la preuve de cette quasi-perpétuité des images astrales; et, depuis, d'autres chercheurs corroborent leurs révélations, selon la mesure de leur clairvoyance.

En plus, les possibilités futures flottent également dans l'atmosphère seconde de ce salon; les paroles qui vont être prononcées, les sentiments qui vont naître, les actes qui vont s'accomplir s'y trouvent déjà fixés,
dix ans quelquefois avant leur réalisation. Le voyant peut aussi s'en rendre compte. L'avenir de toutes les parties de l'Univers existe en puissance depuis le commencement; mais ces clichés innombrables ne s'attachent aux lieux précis où ils doivent prendre corps que peu de temps avant cette incarnation. Une chambre contient seulement les clichés les plus prochains ; les autres existent bien, mais au loin; le prophète les discerne, il est vrai, et aperçoit aussi l'endroit de leur arrêt temporaire; mais les facultés magnétiques de clairvoyance ne peuvent pas pénétrer aussi avant.

Tout ceci, penserez-vous, est du fatalisme; et
le libre arbitre n'existe plus. Pardon, il existe de la manière suivante. Voici un cliché qui s'approche d'un homme; pour cette rencontre, remarquez-le, ce n'est pas le cliché qui se dérange de son chemin; c'est l'homme qui vient s'y placer automatiquement, pour ainsi dire, poussé par les conséquences vivantes de ses actes antérieurs dont l'impulsion se combine avec l'influence du décret providentiel relatif à la vie présente de cet homme. Celle-ci est, vous le comprenez, moindre que celle-là; le libre arbitre a donc une tendance constante à incliner vers l'acceptation du cliché. Ceci peut permettre à l'homme de payer ses dettes spirituelles, il est vrai, comme aussi de les augmenter, puisque la force acquise, l'habitude, qui est une énergie vivante, le poussent dans la même ligne où ses actes antérieurs l'entraînent déjà, depuis des siècles peut-être. Or, en même temps que ce cliché, peuvent surgir dans cet espace invisible central deux autres influences, contraires à lui, quoique semblables entre elles. Si l'âme est jeune, si le libre- arbitre est très faible et presque fatalement entraîné à la chute, l'ange gardien l'écarte une heure de la route du cliché, comme une mère écarte son enfant du passage d'une automobile. Si l'âme a la force de combattre, elle reçoit, simultanément avec l'apparition du cliché fatidique, la vision du cliché contraire, quelque éloigné qu'il soit, et c'est alors qu'elle se décide.
Seulement ensuite ont lieu, dans la sphère consciente, les divers phénomènes de la cérébration et de la méditation, seuls connus de la psychologie.

En langage pythagoricien, le monde est un binaire, ou plutôt le champ de bataille du Binaire; la sagesse consiste à rétablir l'harmonie qui est le Ternaire. Cette opposition
, ce Lucifer, celui qui se met en travers, on le trouve dans le cœur de l'homme aussi bien que dans les plus petites parcelles du non-moi; mais la sévérité du combat se proportionne toujours à la force du moi qui en est le théâtre. Voilà comment nul n'est tenté au-delà de son énergie; la tentation constitue d'ailleurs le plus fructueux des exercices spirituels, même lorsqu'on y succombe, oserai-je dire, même quand on en triomphe à rebours, par l'orgueil. Le Destin, conçu comme entité cosmique, ressemble à un immense navire, qui emporte dans ses flancs un peuple de créatures, depuis les insectes jusqu'aux officiers. Tous sont liés, mais de chaînes plus ou moins extensibles; l'émigrant est parqué; le millionnaire peut aller et venir, sauf dans l'appartement des dieux: la chambre des machines et celle du gouvernail. Ainsi notre libre arbitre se développe à mesure que nos existences s'additionnent; mais, pour gouverner ce destin, il faut en sortir, descendre à terre , entrer à l'Ecole Navale et devenir capitaine.
Rentrons dans ce salon que nous avions quitté




* *



Vous voyez maintenant qu'il est un véritable champ de bataille. Choisissez votre camp. Vous rangez-vous
dans celui du Prince de ce monde, vous en observerez les ordonnances; vous intriguerez, vous cajolerez les puissants, vous essaierez d'anéantir vos compétiteurs, vous essaierez d'atteindre la première place ou, plus habilement, de vous la faire offrir.
Mais,
si vous vous enrôlez dans le parti de la Lumière, vous vous mettrez au contraire à la dernière place, vous vous effacerez, vous ferez briller les autres. Rôle de dupe, dira-t-on; oui, mais personne n'entrera au Ciel s'il n'a été bafoué sur la terre.
Le combat spirituel est quelque chose de tout à fait incroyable; il consiste à
s'exposer aux coups, à les recevoir sans les rendre, à s'y offrir même pour les éviter au voisin. La sagesse humaine nomme cela une pure folie, et combien d'entre vous partageront cette opinion si je leur annonce que le véritable soldat donnera sa fortune si on la lui demande, se laissera prendre son bonheur sentimental, sacrifiera même ce qu'on est convenu d'appeler l'honneur, si la conservation de ce bien précieux entre tous doit le faire contrevenir à la Loi du Ciel ? Vous entrevoyez, n'est-ce pas ? comment il peut se trouver des héros dans un bal, au cercle ou derrière les guichets d'une administration.
Ce combat est souvent
quelque chose d'effroyable, au dire de ceux qui en ont seulement soutenu les premières escarmouches; car le soldat, perdu au plus fort de la mêlée, ne parle plus; il agit. Nous autres ne sommes pas prêts encore à affronter ces magnifiques périls; nous ne faisons que nous mettre en route vers le champ de bataille; encore faut-il que nous marchions; c'est pourquoi je vous conjure de faire effort, de ne pas négliger les plus petits efforts; chacun d'eux est un pas.


* *



Munis de ces indications générales, examinons les détails. Et d'abord, à quelles visites faut-il s'astreindre ? A toutes celles que commandent l'amour filial, la hiérarchie sociale et la politesse mondaine. Le goût de la solitude, qui se remarque chez tous les mystiques, ne doit pas empêcher l'observation des convenances extérieures; mais, au contraire, si je me sens de l'attrait pour les parlotes et les fêtes, je ferai sagement de n'y assister que pour le strict nécessaire. Qu'est-ce, en effet, qu'avoir du goût pour quelque chose ? Cela signifie que certains êtres et certaines forces en moi vont trouver dans cette chose un aliment savoureux. Ma conscience doit donc examiner au préalable si cette chose est dans la direction de la Lumière, dans celle des Ténèbres ou à un carrefour. Dans ce dernier cas, l'aiguiller vers la voie droite. En un mot, aller de l'avant, agir coûte que coûte.

Les visites de convenance faites,
choisissez ensuite celles où vous pensez vous ennuyer; vous trouverez à cette pratique plusieurs bénéfices spirituels. Neuf fois sur dix, une difficulté que l'on aborde avec courage mais sans bravade s'évanouit et procure une satisfaction. Entretenir des importuns, des gens antipathiques, des sots même est une des formes élémentaires du jeûne moral; toutes les délicatesses qui souffrent en nous par une conversation vulgaire alimentent la flamme secrète de notre cœur; notre patience sème dans les esprits étroits ou inintelligents quelque graine de Lumière qui germera sûrement un jour, dans un mois on dans un siècle. Le moindre de nos efforts ne se perd jamais.

Une autre forme de ce jeûne caché, c'est, après avoir accompli nos devoirs nécessaires,
de rendre des visites qui nous paraissent inutiles. Souvenez-vous combien la prudence et la prévoyance humaines sont bornées; aucun sage ne peut apercevoir le millionième des suites d'un acte quelconque. Combien de fois n'avez-vous pas vu, dans votre existence, l'improbable se réaliser ? Sachons constamment que nous ne savons rien. Cette disposition intérieure, c'est l'innocence de la colombe dont parle Jésus; mais ayez aussi la prudence du serpent. De plus, comme le jeûneur de l'Evangile, qui se parfume et fait toilette afin qu'on ne s'aperçoive pas de son abstinence, prenez soin de dissimuler la gêne que vous causent de fastidieuses corvées mondaines; la bonne éducation suffit à cela, je le sais; mais essayez encore d'améliorer vos sentiments, afin que votre amabilité ne soit pas un mensonge.

Renouvelez un effort analogue quand il s'agit de voir des gens antipathiques ou d'autres
que vous savez vous être hostiles. Ceci est pénible. Mais une victoire sur l'antipathie ou le ressentiment produit de si fructueux effets ! Tant de choses en nous s'en trouvent modifiées, harmonisées, dynamisées; tant d'êtres en bénéficient parmi ceux qui nous entourent, qui nous précédent ou qui nous suivent sur le chemin des existences ! Cette tentative nous évite tant de fondrières et raccourcit tellement notre route, que l'abondance de ces résultats mérite bien quelques heures d'agacement ou d'amertume.
Souvenez-vous, en effet, que l'homme n'est jamais seul; il ne naît, ne vit ni ne meurt seul. Chacun de ses actes est reproduit par d'autres hommes, par des invisibles, des animaux, des plantes et des pierres. La trame de notre existence, à mesure que nous en formons chaque maille, s'imprime à des milliers d'exemplaires dans la Nature universelle. Et,
chose infiniment plus grave encore, chaque parole, chaque pensée, chaque acte coupe ou consolide notre communication avec le Père, par le moyen de Son Fils.

Deux personnes se font du mal, ne serait-ce que par la moindre médisance,
elles élèvent aussitôt un mur entre leurs anges gardiens et elles-mêmes; elles interceptent la Lumière divine; seules les lumières de la Nature, des dieux leur parviennent encore; et vous savez quel mélange il y a en celles-ci.
Toutes ces préséances observées, n'oublions pas qu'il est mieux de rendre visite à un inférieur qu'à un supérieur ou à un égal. Ceci est indispensable si on veut marcher à la suite du Christ et faire descendre nos supérieurs invisibles. je ne veux pas dire
que le mystique soit un obstiné contempteur des classes dirigeantes; au contraire, il respecte toute hiérarchie, même tyrannique, comme établie par Dieu, en définitive. Dans le point de vue spirituel, tous les hommes sont frères; mais, dans le point de vue social, chacun de nous doit être respecté ou honoré à cause de sa fonction dans l'organisme collectif. Saluez en chacun l'enfant de Dieu et la charge dont il est investi.

Observez encore ceci. Il arrive qu'une relation nouvelle est près de s'établir; on vous a donné les meilleurs renseignements et, malgré cela, une crainte indéfinissable vous fait hésiter, au moment de recevoir la personne. Tous les spiritualistes vous conseilleront
d'écouter votre pressentiment obscur que quelque chose de fâcheux vous arrivera par cet individu. Si vous voulez rester dans le chemin du Ciel, allez au contraire contre cette répulsion, ne l'écoutez pas. Ne la chassez pas en pensant que vous êtes plus habile ou plus fort, mais en vous disant : Si de la douleur doit se produire par le moyen de cet homme, il vaut mieux que ce soit moi qui la supporte, plutôt que l'inconnu, mon frère, avec lequel s'établiront sûrement les relations que je suis tenté de refuser.

L'éloignement que l'on éprouve pour quelqu'un ou quelque chose vient toujours de la paresse, soit du corps, soit de l'esprit. Or le Royaume de Dieu, c'est la vie éternelle, le mouvement absolu; celui qui aime l'immobilité ne peut donc entrer dans ce Royaume.
Pour ces motifs et pour bien d'autres encore, les préférences et les attentions du disciple iront
vers ceux qui lui paraissent en retard, aux points de vue social, intellectuel et moral. La philanthropie, cette charité scientifique, rationnelle et laïque, est en progrès de nos jours; elle constitue les étais qui empêchent notre civilisation de s'effondrer. Il reste mieux à faire. Allez vers les misérables et les vicieux, en amis; ne quittez pas leurs mansardes ou leurs bouges dès que le pansement est fait ou le conseil donné; causez avec eux. Vous récolterez des railleries, des insultes, vous serez dupés pendant des mois; ne vous en formalisez pas, c'est tout naturel; continuez sans impatience; peu à peu vous les gagnerez; ils retourneront bien des fois au cabaret, sûrement. Persistez. Il vaut mieux n'améliorer qu'un seul homme que d'en laisser cinquante à mi-chemin. Le statuaire qui termine une figure la vend; celui qui en a une douzaine inachevées meurt de faim.


2ème partie

 

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

 

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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 14:28

Il faut bien sûr lire la 1ère partie d'abord...

 

 

LA DIETETIQUE SELON L'EVANGILE

 

de Sédir

 

2ème partie

1ère partie

 

 

 

 

Nous venons de parcourir les perfectionnements que la sagesse humaine a cru introduire dans les ordonnances si simples de la Sagesse divine. Si nous avions eu le loisir de feuilleter les innombrables prescriptions du Talmud, les recueils brahmaniques, zoroastriens, confucéens, mahométans on chrétiens, nous aurions été profondément découragés par une telle montagne de règles, de distinctions, d'exceptions et de subtilités. Il vous suffira de relire l'Evangile pour vous convaincre que notre Jésus n'exige point autre chose que la pureté du cœur. Et le simple bon sens est d'accord avec le Maître.
« Ce n'est pas ce qui entre en l'homme qui le souille. » Rien n'est donc impur pour le disciple, ni une viande, ni une boisson, ni une sensation, ni une idée, ni même une tentation. Ce qui souille, c'est l'emploi de cet aliment physique ou mental après qu'il a été assimilé. C'est l'usage des muscles après qu'ils ont été restaurés, c'est l'usage de la force passionnelle que l'Adversaire est venu mettre en nous par la tentation, c'est l'usage de la pensée après que la sensation ou l'intuition ont nourri notre cerveau. Saint Paul explique longuement ceci.


Permettez-moi d'ouvrir, à ce propos, une parenthèse. Beaucoup d'entre vous, déjà versés dans les. études initiatiques, peuvent, à bon droit, être surpris du peu de cas que je parais faire des trésors de connaissances sacrées que les diverses traditions nous transmettent. J'admire ces monuments vénérables de la Sagesse antique, tout en lui déniant le titre de «Sagesse divine » qu'on lui a presque constamment décerné. C'est une sagesse humaine et naturelle; humaine, parce que ce n'est pas Dieu qui la dispense immédiatement; naturelle, parce qu'elle ne peut pas sortir des bornes de la Nature créée, si tant est qu'elle les atteigne. je ne méprise pas cet extraordinaire effort intellectuel et volitif par lequel certains hommes ont atteint une stature spirituelle gigantesque; j'admire ces athlètes avec une sincérité d'autant plus grande que j'ai eu la chance de joindre quelques-uns d'entre eux. Mais j'ai eu la plus grande chance, imméritée, inestimable, effrayante aussi à cause des lourds devoirs qu'elle entraîne, de ne pas succomber à la fascination des magnificences occultes et de rencontrer la Lumière du Christ dans toute la splendeur surnaturelle de sa très pure et permanente beauté; Lumière qui apaise à toujours la soif et la faim des cœurs avides d'ineffable, Force insaisissable qui annule l'impossible; Science surintellectuelle; Béatitude plus profonde que toute douleur; Liberté de l'Amour, Esclavage de l'Amour, Absolu de l'Amour.

Jésus occupe, dans la glorieuse phalange des sauveurs, une position unique; Son titre de
Christ est le simple qualificatif d'un état spirituel, comme les noms des autres messies. Les mots : Manou, Rama, Bouddha, Zoroastre, Lao Tse, Dionysos, Orphée, Osiris, Hermès, etc. ne sont pas des noms propres, mais des titres de fonctions spirituelles, comme on dit : un maire, un professeur, un préfet. Le Christ, dis-je, depuis que cette terre existe, est le seul être qui soit descendu du plan de l'Absolu, qui Se soit construit Lui-même des corps pour Son action intellectuelle, amimique et physique, qui ait parlé en maître à toutes les autres créatures, qui ait tout su sans avoir rien appris, qui ait tout pu sans avoir jamais suivi aucun entraînement.


On a dit que jésus serait un homme ayant reçu, à sept ans, à douze ans ou à trente ans, un principe divin, ou qu'Il Se serait servi des travaux des justes antérieurs à Lui, ou qu'Il aurait appris tels secrets initiatiques de l'un ou de l'autre collège, égyptien, essénien, kabbaliste, brahmaniste, bouddhiste on taoïste. On Le représente comme un rêveur dont le peuple a travesti en faits objectifs les enseignements symboliques, comme un missionné bon seulement pour son temps et que d'autres, postérieurs à lui, remplacent et dépassent, comme un simple agitateur populaire, ou, enfin, comme un personnage mythique, créé de toutes pièces. Tous ces systèmes, dont je m'abstiens de vous donner les noms et les protagonistes pour ne faire de réclame à personne, tous ces systèmes ont été élaborés par des gens presque toujours sincères, souvent très instruits, mais que des obstacles intérieurs que je ne nommerai pas non plus, pour ne pas les juger, ont empêchés d'apercevoir la simple lumière du Vrai.
Quelle preuve, demanderez-vous, de ces affirmations ? Quand un chimiste communique à ses collègues une analyse nouvelle, ceux-ci, pour la vérifier, commencent par reproduire les mêmes conditions. Quand Gabriel Delanne ou le Docteur Breton ont observé un fait psychique certain, que les officiels ne veulent pas admettre, ils leur répliquent : «Mettez-vous dans les conditions nécessaires et suffisantes de ce phénomène. » je vous ferai la même réponse. Vous voulez savoir ce qu'est le Christ ?
Allez dans le royaume invisible où Il séjourne et, pour cela, employez la méthode que Lui-même nous a donnée : « Si quelqu'un veut venir avec moi, qu'il renonce à lui- même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. » Celui donc qui, en toute circonstance, a fait le contraire de ce qui lui aurait souri, qui a tout subi sans jamais se plaindre, celui-là, si notre Jésus ne S'est pas manifesté à lui, a le droit de jeter à Dieu la protestation la plus véhémente pour sa confiance déçue.

Jésus vit en nous dans un centre situé en dehors de l'intellect; le raisonnement, bien que beaucoup de théologiens et de philosophes aient cru le contraire, le raisonnement est impuissant à nous prouver quoi que ce soit de Sa divinité. Pour que ceux d'entre vous qui ne sont pas de mon avis sur ce dernier point s'y rangent, il faudrait on bien qu'ils emploient le procédé que je viens de dire tout à l'heure, ou bien que Jésus Lui- même, prenant leur esprit, le transporte une seconde dans le lieu où Il resplendit.
Celui qui parle confère à ses paroles
quelque chose de sa ténèbre ou de sa lumière intérieures. Les paroles de notre Jésus sont donc aussi au-dessus des enseignements des autres sauveurs que Sa personne est antérieure à leurs personnes et Sa résidence intérieure à leurs palais. Les paroles d'un financier agissent dans le domaine de la finance; les paroles d'un conducteur de peuples ont leur répercussion dans tous les plans de la vie sociale; celles d'un adepte, qui est allé visiter, par l'extase, un soleil ou une étoile, sont imprégnées de la lumière propre à ce soleil; mais le verbe de Celui qui, habitant l'Absolu, est descendu parmi nous, éveille en nos coeurs attentifs des échos d'éternité.
C'est ainsi que les mots de l'Evangile expriment l'approximation la plus approchée du Vrai, du Bien et du Beau prototypes qu'il soit possible de nous faire sentir; et telles sont, en bref, les raisons pour lesquelles vous me voyez si souvent en appeler aux paroles et aux actes du Fils de l'Homme.
Revenons à notre sujet. Nous ne nous en sommes écartés d'ailleurs qu'en apparence.


* *



Le simple bon sens nous révèle que, créatures de chair et d'os, vivant dans la matière, ce sont les besoins de l'estomac qui doivent nous indiquer les heures de repas, comme le besoin de dormir nous indique le moment d'aller au lit. je ne saurais vous le redire assez souvent: c'est la perfection de notre vie physique qui importe actuellement et non pas la perfection de notre vie astrale ou extatique, à condition toutefois que cette perfection soit obtenue par une conformité, une obéissance aussi complètes que possible à la loi organique de cette existence terrestre.
On a remarqué que, en affaires, le succès accompagne généralement celui qui sait saisir les occasions. L'occasion est le signe matériel que, de l'autre côté du rideau, sont groupés tous les auxiliaires invisibles chargés de faire aboutir un événement, une entreprise encore dans les limbes du futur. De même toutes les sollicitations de la trame extérieure du Destin attendent que nous comprenions leur demande. Ainsi le clairon qui sonne à la caserne pour la soupe indique qu'on a épluché les pommes de terre, que le rata est cuit et que, si on ne descend pas tout de suite le chercher, c'en sera fini jusqu'au lendemain. Il suffit d'écouter les réclamations de l'estomac; elles signifient que, à ce moment, dans notre double et dans notre atmosphère seconde, se tiennent prêts tous les petits génies nécessaires à l'accomplissement mécanique et chimique des fonctions de nutrition.
L'Evangile ne donne pas de liste d'aliments défendus; on y voit que le Christ Se nourrissait plutôt de pain, de poissons et de fruits, comme le menu peuple au milieu duquel Il vivait. Nous sommes libres de manger ce qui nous plaît, sauf les restrictions indiquées par la charité. Saint Paul expose excellemment la doctrine.

Le premier devoir est la charité; le second, en l'espèce, est de soigner son corps. Nous pouvons donc suivre le régime qui nous plaît ou que le médecin nous prescrit, dans les limites où cela ne gênera personne et où notre manière de vivre ne provoquera pas la médisance.
S'abstenir ou user de viande, d'une viande spéciale, de vin, d'alcool, de café, de tabac, à notre gré si nous sommes seuls; au mieux des convenances et des commodités de ceux qui nous entourent, dans le cas contraire. La paix du Ciel ne dépend pas d'un aliment, quoi qu'en .disent les initiations naturalistes.
Quand un homme se sent u
ne confiance plénière en la bonté divine, il ne se préoccupe plus du régime alimentaire ni de ses réactions sur le psychique. Il partagera le riz et l'eau de l'ascète, le ragoût et l'alcool de l'ouvrier, la venaison et les vins trop généreux du riche, s'il juge qu'une abstention porterait préjudice au Maître dont il porte la parole.
Si l'on veut servir Dieu, il faut
plus de courage que de crainte de la maladie ou de la tentation. Et puis, nous ne sommes pas ici-bas pour faire notre salut au moyen des œuvres bonnes, mais d'abord pour faire des œuvres de charité. Notre salut, c'est la récompense et non le but: « Qui veut sauver son âme la perd. »




* *



Nous savons maintenant que l'Evangile ne nous oblige à aucun rite avant de prendre nos repas. Toutefois le Christ ne rompait jamais le pain sans avoir remercié Son Père; et si cependant un être au monde a gagné sa nourriture, ce fut bien Lui. J'ai connu un homme qui passait ses jours et ses nuits à travailler pour les autres, à inventer des remèdes, à prier, à exercer les pouvoirs de guérison les plus extraordinaires; sa vie était un miracle incessant; tout son argent allait aux pauvres et tout son cœur aux affligés. Un jour il mangeait debout un morceau de pain sec, et il me dit : « Vois-tu comme le Ciel est bon; je n'ai pas mérité ce pain et pourtant je le mange, et ce soir j'aurai aussi de quoi manger. »
Voilà dans quels sentiments vivent les êtres de Lumière. N'oublions donc jamais de remercier Dieu pour ce qu'Il nous permet d'avoir sur notre table. Essayons de
lutter contre la gourmandise; si notre corps a le droit d'être sustenté, il n'est pas nécessaire qu'il soit suralimenté, sauf en cas de maladie.
L'Evangile n'indique pas non plus les heures de repas. Le disciple du Christ, ayant son être tout entier en relation avec le plan central du monde, n'a pas besoin d'observer les aspects astrologiques ni les mouvements magnéto-telluriques. Il obéira simplement à l'ordre de son supérieur, à la coutume du pays, aux convenances de ses commensaux et, s'il est seul et libre, à l'appel du besoin physique. Le matérialiste, en effet, n'aperçoit, dans chaque événement, que la chaîne des circonstances; celui qui attribue à l'homme une place prépondérante voit des volontés dans les événements; mais le mystique estime que tout n'est qu'un signe de l'action providentielle. Il laissera tomber ses antipathies, ses sympathies, ses inquiétudes, ses raisonnements, ses désirs et ses craintes et se conduira, dans les cas les plus graves comme dans les plus insignifiants, par cette seule règle : la renonciation à sa volonté personnelle et l'amour du prochain.

Mais, par-dessus toute prière, l'acte d'amour fraternel et pur sanctifie.
Comme l'enseigne le Zohar, faites, au festin, la part de Dieu, c'est-à-dire des pauvres, sans quoi l'ange accusateur entrera dans votre maison. Mieux encore, obéissez au précepte évangélique : invitez à votre table non pas tant vos égaux, vos supérieurs, ni ceux dont vous attendez quelque avantage, mais vos inférieurs et surtout ceux qui ne peuvent pas rendre votre politesse. Ainsi vous imiterez notre Maître jésus et, n'espérant pas de votre bonté une récompense visible, vous en obtiendrez une à la Table du Père.


* *



Occupons-nous maintenant du jeûne.
Les religions et les initiations ont toutes considéré cette pratique comme très efficace, et l'Evangile n'omet pas d'en souligner l'importance dans les cas exceptionnels.
De même que chacun de nos corps se nourrit à sa façon, il y a autant d'espèces correspondantes de jeûne. Pour en traiter, il faudrait d'abord écrire une anthropologie complète, décrire le corps physique, le double, le corps astral, le mental, le spirituel, le volitif, l'âme et les rapports réciproques de ces divers organismes. Ensuite il faudrait faire la bio-chimie des substances nutritives correspondantes : une hyperphysique, une hyperchimie, une hyperpsychique complètes. Je n'ai pas cette présomption. Occupons-nous plus simplement des deux sortes de jeûne que tout le monde conçoit : le jeûne corporel et le jeûne moral.
Quand un repas est supprimé, le corps répare son usure en faisant appel aux cellules graisseuses de réserve. Le pneumogastrique et ses dérivés ne travaillant pas, puisqu'il n'y a pas de digestion, il se forme un excédent de force nerveuse dont la pensée, la passion on la volonté peuvent se servir. Les liens de la vie animale qui attachent l'esprit au corps se distendent. Les activités psychiques deviennent plus faciles et la méditation plus intense; ce que les occultistes appellent la sortie en corps astral, la télépathie, la télépsychie, la médiumnité, l'effort magique peuvent se produire, soit sous l'influence de la volonté pure, soit sous celle de l'exaltation animique, quelle qu'en soit l'origine, passionnelle ou dévotionnelle.
D'une façon analogue, toute abstinence engendre sur le plan où elle a lieu une fièvre, avec apport du plan immédiatement inférieur e
t descente du plan immédiatement supérieur. De plus, les forces et les êtres externes, objectifs du non-moi, envoyés comme collaborateurs naturels à l'acte dont on s'est abstenu, passent au pouvoir de l'intention, de la volonté ou de la passion déterminantes et en deviennent des auxiliaires énergiques, quoique temporaires. Voilà comment le jeûne corporel aide la prière ou la lutte contre la tentation.

Plus le plan où l'abstinence a lieu est subtil ou profond, p
lus les dynamismes émis seront actifs. Ainsi le jeûne du moi est le plus puissant, puisqu'il développe ses réactions dans la sphère centrale de notre être. Toute discipline corporelle, magnétique, mentale et psychique n'est, en somme, qu'une série systématique d'abstinences. Le jeûne du moi constitue la plus haute culture de la volonté; néanmoins soyez attentifs à l'intention dans laquelle vous pourriez entreprendre ces travaux. Souvenez-vous, avant de mettre la main à la charrue, de ces trois sentences éternelles :

« Qui veut sauver son âme la perd; mais qui la perd à cause de moi la trouvera. »

« Cette sorte de démons ne peut être chassée que par la prière et par le jeûne. »

« Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive.»


Enfin, pour que les pratiques de pénitence, volontaires ou involontaires, les épreuves aient, leur plein effet, pour qu'elles effacent vraiment le péché en nous et hors de nous, pour qu'elles portent du fruit dans l'éternité, il faut obéir au conseil christique :
« Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme font les hypocrites, car ils se rendent le visage tout défait pour faire voir aux hommes qu'ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils ont leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, oins ta tête et lave ton visage, afin que les hommes ne voient pas que tu jeûnes, mais seulement ton Père qui est dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »
Il faut que cette précaution soit importante pour avoir
été transmise d'une façon aussi explicite. En effet, qu'est venu faire le Christ sur terre? Nous a-t-Il apporté le moyen de conquérir l'une des citadelles d'où les dieux nous gouvernent ? les secrets de la Nature ? le bonheur matériel ? Non, mais Il nous a indiqué la route inconnue, abrupte et solitaire qui mène directement à Dieu. Messager de l'Absolu, le Sauveur nous fait revenir à l'Absolu. Les splendeurs des soleils, des étoiles, des paradis, les ivresses des mystères cosmiques découverts, la beauté des princes invisibles qu'exaltent les prêtres et les adeptes, Jésus désire que nous laissions tout cela. Là n'est pas le Père; ce ne sont que des créatures et Lui-même S'est constitué le trait d'union vivant entre le Père inconnaissable, indicible, ineffable et nous-mêmes. Il importe donc extrêmement que nous ne défassions pas ce que le Sauveur a pris la peine de faire. Veillons à ce que toutes nos pensées, nos sentiments et nos actes soient dirigés, par l'intention, vers le Dieu unique et non vers aucun des dieux qui peuplent l'Invisible, si fascinants soient-ils.
La
nouvelle naissance à la vie éternelle, voilà le terme de nos travaux. C'est le Christ qui nous transplantera dans la terre des vivants, mais c'est nous-mêmes qui devons nous arracher de la terre de ce monde. Voilà pourquoi tout athlète spirituel, pour appuyer sa domination, est obligé de sortir des cercles de la Nature, de la vie animale, instinctive, de renoncer à l'argent, aux honneurs, aux formes basses de l'amour. Mais on peut sortir de ce cercles par deux portes. La première est extérieure, par les disciplines alimentaire, respiratoire, passionnelle et mentale, par l'étouffement des désirs, par l'établissement de la volonté dans un état fixe, impassible et immobile. C'est la mauvaise manière. Nous verrons plus tard pourquoi.

L'autre porte est centrale; on la passe
en retirant notre cœur des attraits naturels pour les diriger vers le surnaturel, sans cesser néanmoins d'entretenir la flamme par l'aliment de l'action; en ne s'arrêtant pas de vivre de la vie domestique, familiale, sociale, intellectuelle et artistique. C'est ici la bonne voie. On ne cherche plus, comme tout à l'heure, un abri égoïste, mais on dirige une foule d'êtres et de forces, tant visibles qu'invisibles, vers le centre éternel d'où ils sont partis. Si je jeûne, si je me prive de plaisirs licites pour augmenter la force de ma volonté, j'avance vers le royaume de l'orgueil. Si je fais ces mêmes choses pour donner au Père une marque de soumission, d'amour et de prière, je vais vers le Ciel. Pardonnez-moi d'insister sur cette distinction; elle est essentielle pour bien comprendre la nécessité du secret dans les actes de vertu. Il faut apprendre à être muet dans ce cas; mieux encore, à les oublier; car on peut s'enorgueillir d'avoir réussi à tenir caché le bien qu'on a cru faire; l'orgueil s'insinue dans les replis les plus profonds de la conscience.


N'oublions pas, enfin, que toutes ces précautions d'intégrité morale n'influent pas seulement sur nous-mêmes, mais aussi sur les témoins invisibles de notre conduite; et ce n'est pas là une des moindres prérogatives du disciple.
Comme nous l'avons vu en commençant, chacune des enveloppes de l'être humain reçoit sa nourriture propre. Le mot
enveloppe n'est pas très exact, parce qu'il n'entraîne pas l'idée d'organisme; le mot corps est meilleur. Il y a, en effet, en dehors de l'homme de chair, un homme de fluide, un homme de matière astrale, un homme de matière mentale, beaucoup d'autres encore, attachés au même moi; à son tour l'âme divine régit souvent plusieurs mois planétaires. Elle est attachée à chacun d'eux par ce cœur spirituel qui est le temple intérieur; et ce temple est localisé dans le coeur de chair.
Pendant l'existence terrestre, c'est donc
le moi terrestre, la personnalité terrestre qu'il importe d'éduquer. Cette éducation consiste essentiellement à plier toutes les énergies des corps prêtés par la terre à la loi de l'homme éternel, de l'âme. Les nourritures physiques, fluidiques, astrales on mentales sont donc bien moins importantes que les nourritures spirituelles; et cependant c'est de celles-ci qu'on se préoccupe le moins.


L'âme en soi est libre, éternelle, divine. Elle ne peut donc se nourrir que de divin. Or comment le divin se manifeste-t-il dans le monde ? Par le sacrifice. Qui l'a manifesté d'une façon parfaite ? Jésus. Comme Il a donné Sa vie pour nous, donnons de nous-mêmes à autrui. Cela implique des souffrances constantes, mais c'est le seul moyen de fournir de l'huile à la lampe éternelle dont nous sommes les indignes porteurs.
Cette charité d'action,
le Christ seul en a donné l'exemple. Il ne suffit pas de donner des conseils aux ignorants et aux vicieux; il faut se résoudre à vivre avec eux, à supporter leur sottise et leur grossièreté pour les en guérir lentement; ainsi le Verbe ne S'est pas contenté de nous envoyer des forces du haut de Son trône céleste; Il S'est abaissé à notre niveau biologique, souffrant les promiscuités, les laideurs et les méchancetés des hommes. C'est par là qu'Il surpasse infiniment tous les autres missionnés. Efforçons-nous de faire de même dans le petit cercle de notre existence et nous n'aurons besoin de rien apprendre; le Ciel à Son tour descendra dans notre cœur et transfigurera tout en nous et autour de nous. « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé. »

 

Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

 

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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 10:54

Troisième chapitre de La Voie Mystique du fabuleux Sédir, la diététique selon l'Evangile... alors que peut-on manger lorsque l'on s'engage dans la voie Christique ? Ce qui est notre cas, à mes amis et à moi-même. La réponse est fort simple. Nous pouvons manger et boire de tout. Sans exception. Jésus est très clair sur le sujet...  "Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme; mais ce qui sort de la bouche, c'est ce qui souille l'homme." (Mat. 15/11) Lorsqu'Il dit cela, bien entendu les apôtres, à qui il faut tout expliquer car ce sont des gens du Peuple -mais les Pharisiens infatués de leurs certitudes n'entendent rien non plus à Son Enseignement- demandent des précisions, notamment Pierre... "Pierre, prenant la parole, lui dit: Explique-nous cette parabole." (Mat. 15/15) et Jésus répond... "Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans la bouche va dans le ventre, puis est jeté dans les lieux secrets ?"  (Mat 15/17) On ne peut être plus explicite... puis IL rajoute... "Mais ce qui sort de la bouche vient du coeur, et c'est ce qui souille l'homme." (Mat15/18) et encore "Car c'est du coeur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies." (Mat15/19) et pour finir... "Voilà les choses qui souillent l'homme; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille point l'homme." (Mat15/20) Et oui... les pharisiens sont venus lui faire tout un pataquès -comme d'habitude- parce que Lui et Ses disciples ne se lavaient pas les mains avant le repas... la sortie de Jésus est d'ailleurs à leur intention puisqu'ils  appliquent une Loi qui n'est pas la Loi originelle -donnée à Abraham- qui a été complètement dévoyée par Moïse et sa tradition égyptienne... ne l'oublions pas. Ainsi, ces imbus lui disent "Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? Car ils ne se lavent pas les mains, quand ils prennent leurs repas."  Et sa réponse au sujet de l'Enseignement dévoyé est très clair encore... "Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au profit de votre tradition?" (Mar15/3) puis il continue... "Vous annulez ainsi la parole de Dieu au profit de votre tradition." (Mat15/6) et pour leur clouer le bec, il reprend à son compte des propos tenu par le Prophète Esaïe qui prophétise sur Dieu... "Ce peuple m'honore des lèvres, Mais son coeur est éloigné de moi. C'est en vain qu'ils m'honorent, en enseignant des préceptes qui sont des commandements d'hommes. (Mat15/8-9) Sous-entendu, les commandements de Moïse issus de la tradition égyptienne mais bien éloignée déjà de la loi abrahamique... ça, c'était juste une parenthèse pour aborder le thème des repas dont on peut voir dans la Loi de Moïse le vrai casse-tête... il n'y a pas à manger de ci ou de ça, ni non plus à être complètement végétarien. Votre corps sait ce dont il a besoin, il ne faut par contre ni abuser ni être gourmand pour son propre bien-être. Il faut en fait suivre l'horloge biologique de son corps. Personnellement, nous mangeons quand nous avons faim sans tenir compte de l'heure lorsque nous sommes seuls et lorsque nous invitons des amis ou sommes invités, nous nous plions bien sûr aux besoins et désirs des convives... bon appétit en ce jour de Noël qui pour nous, bien sûr, ne symbolise pas la naissance du Galiléen...

 

 

LA DIETETIQUE SELON L'EVANGILE

 

de Sédir

 

1ère partie

 



L'homme reçoit plusieurs sortes de nourritures. Chacun de ses corps, le physique, l'éthérique, l'astral, le passionnel, le mental, le spirituel, et les dizaines d'autres que personne sur terre ne connaît encore, sont des organismes qui dépensent et qui, par conséquent, ont besoin de récupérer. Tout, dans la Nature, reçoit et donne. Pour les animaux et les végétaux, cela tombe sous le sens; mais les minéraux s'assimilent des substances pondérables et impondérables et rejettent ce qui leur est superflu. De planètes à planètes, de soleils à soleils, de nébuleuses à nébuleuses vibrent sans cesse des absorptions et des rayonnements. Et la Création totale elle-même s'assimile d'une façon continue la Vie du Père, rend quelque chose au néant sur lequel elle flotte et empiète petit à petit sur sa ténèbre infinie.


Mais ne perdons pas pied. Les seuls interéchanges de l'homme animal sont déjà un phénomène tellement compliqué que la physiologie parvient tout juste à en dénombrer les éléments, sans pouvoir préciser le dernier terme du processus de la digestion.
L'homme spirituel se nourrit de douleurs; l'intellectuel, d'idées; l'animique, de sentiments; l'astral, de fluides; l'éthérique, de sensations. La volonté grandit par les actes; le corps, par la matière. Chaque créature s'alimente ainsi du milieu qui l'a engendrée.



* *



C'est de la seule nourriture physique que je veux vous entretenir aujourd'hui et de la façon la plus simple qui me sera possible. Peut-être serai-je même trop simple et trop vague au gré de ceux qui sont des savants et qui connaissent des systèmes d'ésotérisme bien autrement nets et positifs que les notions un peu flexibles que je vous explique. Je sais que les écoles d'initiation donnent des enseignements précis, prouvant ainsi qu'elles connaissent admirablement la psychologie de la curiosité. L'auditeur avide de mystères a besoin que son avidité s'accroche à des précisions; mais celui qui n'a soif que de Dieu, les mystères de la Création ne le tentent pas.

Il me serait facile, en faisant un effort de mémoire, de vous dire des choses précises. Je pourrais vous exposer la physiologie des kabbalistes; vous énumérer
les six cent treize fonctions physiologiques découvertes par les rabbins; vous dénombrer les animaux purs et impurs; dire quand les purs deviennent impurs, quand les impurs peuvent tout de même être utilisés par l'Israélite fidèle; dire les cas où les fontaines sont souillées et les paroles que l'Israélite doit prononcer en buvant dans le creux de sa main, ou en buvant au moyen d'un récipient, et les paroles qui attirent sur chacun des repas la bénédiction de l'Ancien des jours, et celles pour le lavement des mains et ainsi de suite. je pourrais vous recenser, avec les Brahmanes, les cent huit espèces de substances cosmiques, tous les Akashas, les Apas, les Prithvis et les Lokas et les combinaisons des quarante-neuf fattwas et bien d'autres choses qui ne se trouvent dans aucun livre français ni anglais; je pourrais vous donner la pneumatologie des Taoïstes, inventorier tous les dragons, tous les tigres, toutes les tortues astrales qui vont et viennent au travers des soixante-quatre kouas; mais vous admireriez mon érudition et vous ne retireriez de cet étalage de vocabulaires exotiques aucun fruit pratique et sain.


On a toujours une tendance à croire que ce qu'on nous dit avec des mots savants et un raisonnement exact doit être vrai. Or, rien n'est plus variable que les systèmes scientifiques, si ce n'est les réalités objectives dont ils prétendent rendre compte. La Vérité, dans l'état actuel du développement de l'homme, lui est inassimilable; il ne peut pas la connaître intégralement, c'est-à-dire totalement en quantité, et purement en qualité. Une science, c'est une moyenne proportionnelle entre un sujet percipient, un objet perçu et un milieu transmetteur. Or, aucun de ces trois termes n'est fixe; ils changent à chaque seconde; de plus, nous ne pouvons pas mesurer la déformation due au milieu transmetteur; en outre, l'instrument de perception : nous-mêmes, avec nos sens, notre intelligence, notre intuition, nos nerfs, notre conscience, n'est jamais un miroir parfait. Ne croyez donc pas a priori un savant, un philosophe, un adepte, un révélateur qui vient vous affirmer que les molécules sont composées de telle façon, qu'il y a tel nombre d'éléments, de plans, de races, que tels procédés sont seuls exacts, etc. Acceptez sous bénéfice d'inventaire.

Un seul parmi les révélateurs a osé dire : «
je suis la Voie, la Vérité et la Vie », et il n'est pas possible qu'Il ait proféré là une erreur, car alors Dieu ne serait plus notre Père. En Se présentant comme la Vérité, le Verbe a exprimé une réalité littérale; et Il nous apprend du même coup qu'on ne peut parvenir à la possession de la Vérité qu'en suivant cette Voie et en vivant cette Vie qui sont Lui-même.
Ainsi ne vous rebutez pas de m'entendre vous parler en langage clair; sachez qu
e le plus haut des initiés ne connaît pas la milliardième partie de la Connaissance intégrale et comprenez enfin que savoir quelque chose, ce n'est pas en saisir la conception, mais c'est l'avoir expérimentée.
Si vous êtes d'accord avec moi sur ce point, vous ne vous étonnerez pas que la Nature ne nous donne jamais des lumières nouvelles sans que nous ayons d'abord pleinement utilisé celles précédemment reçues.




* *



Or ces règles ne sont point absolues en elles-mêmes ni par rapport à nous-mêmes; elles varient, quant au premier de ces facteurs, suivant les pays, les conditions climatériques, les races et les m?urs. Elles varient, quant au second facteur, selon que l'individu croit à la science médicale ou à une église ou à un système ésotérique ou à la parole du Christ.
La diététique a fait de nos jours d'immenses progrès; et les manuels abondent qui permettent à chacun de se composer un régime alimentaire selon sa diathèse physiologique. Aussi ne dirons-nous rien de ce point de vue.
D'autant que la science de l'hygiène, ne connaissant que la matière, ses propriétés physiques et les réactions chimiques du processus de la digestion, n'entre pas dans le cadre de nos causeries.
Toutefois, ce côté purement physiologique offre à l'amateur d'hermétisme certains enseignements de première importance sur l'une des branches les plus célèbres de ce système. je veux parler de l'alchimie.
Qu'aperçoit-on dans le dépouillement des légendes alchimiques? Une certaine matière première, convenablement préparée, est soumise à l'action d'un feu secret. Elle passe par des modifications importantes, au bout desquelles « l'artiste » recueille un résidu sans valeur et une substance rouge contenant un dynamisme énorme. je ne veux pas vous fatiguer par une description technique du processus « royal ». Il existe, rien qu'en français et en latin, environ quatre mille ouvrages où vous pourrez suivre ces transformations de la matière; avec quelque constance vous apprendrez ce que sont l'aile de corbeau, la queue de paon, le lait philosophique, le gluten de l'aigle, le lion, le roi, la reine, le mercure, le rebis, et toutes ces appellations nombreuses sous lesquelles les alchimistes ont caché leur secret.

Cette étude analytique terminée, en faisant la synthèse, vous vous convaincrez que toutes les méthodes de préparation
de la pierre philosophale sont des reproductions artificielles de la marche biologique de la Nature. Entre autres, pour rester dans le sujet qui nous intéresse aujourd'hui, que voyons-nous dans la digestion? Une matière première -les aliments- préparée par la cuisine, par le travail des mâchoires et de la salive, arrive dans une cornue, l'estomac. Elle y subit un traitement mécanique et chimique; elle cuit sous l'action du feu gastrique, comme disent les Hindous, à une température constante. Dans cet alambic, dont le tube intestinal est le serpentin, elle subit des distillations minutieuses; des ferments fournis par des appareils accessoires séparent des résidus la portion assimilable.
Les vieux savants
des cryptes égyptiennes et hindoues, inventeurs de l'art hermétique, avaient admirablement saisi l'unité de méthode de la Nature dans ses innombrables opérations. Il y aurait un travail tout à fait neuf à entreprendre pour élucider les interventions des Invisibles dans ces recherches de chimie occulte. Mais ce n'est pas le moment de l'entreprendre. Reprenons plutôt le fil de notre causerie.




* *



Nous avons à répondre à trois questions: Que faut-il manger ? Comment ? Quand ?

Les réponses varient avec le lien spirituel où est placé notre c?ur. Car, il faut bien l'avouer, nos opinions diffèrent, non par le système intellectuel que nous avons élaboré pour les défendre, mais par le point de vue invisible où notre esprit est parvenu. Le raisonnement part toujours d'une intuition axiomatique; dans le positivisme expérimental, où le chercheur ne semble que constater des faits, l'aspect de ces derniers comme leur ensemble changent selon le degré de Lumière dont est capable le Moi de l'observateur.
Celui-ci peut ne saisir que la science médicale des Ecoles, ou la science ésotérique à laquelle il a été initié, ou la science religieuse de sa race. Et encore ces trois plans principaux contiennent-ils une multitude de points de vue différents. Car les ésotérismes ni les religions
ne connaissent pas plus cette unité idéale vers laquelle s'efforcent tant d'utopistes contemporains que la science purement syncrétique des expérimentateurs. Il n'existe qu'un seul moyen d'approcher, dans l'étude comme dans l'action, cette Unité suprême dont nous portons en nous-mêmes un reflet inextinguible: c'est de suivre pas à pas la méthode indiquée par le Verbe jésus.
Les trois questions indiquées plus haut peuvent donc recevoir une réponse matérialiste, une réponse ésotérique et une réponse religieuse. Les livres qui les contiennent ne manquent pas. Nous chercherons surtout à découvrir la quatrième réponse,
celle de l'unité, dans les paroles du Christ où resplendissent toute Vérité et toute Vie.




* *



Parmi les observances de Moïse et de Manou, le plus grand nombre ne sont que des règles d'hygiène physiologique; les autres se rapportent à l'hygiène du double, du corps astral et du corps mental. Tout le cérémonial religieux était édicté dans ce dernier but. Les parfums, les boissons, les animaux offerts en sacrifice étaient choisis pour des raisons scientifiques. La grande doctrine des correspondances réglait ces immenses détails, avec celle des signatures. On retrouve dans les livres des occultistes et dans les traditions populaires les ruines de ces vastes monuments. Toutefois chaque religion, avec le système initiatique qui en était la moelle, possédait ses correspondances propres entre son collectif invisible particulier et les créatures matérielles qui en étaient l'incarnation. Mais il faut que les étudiants de l'occultisme sachent bien que, depuis vingt siècles, ces correspondances sont brisées et ces signatures faussées. Le génie éthéré dont le cheval par exemple, l'orge, l'encens ou le diamant étaient les hiéroglyphes vivants, obombre aujourd'hui d'autres animaux, d'autres plantes, d'autres pierres. C'est pour cela que les essais modernes de magie ou de spagyrie réussissent souvent fort mal.


Il faudra donc, si l'on veut poursuivre l'évolution initiatique des anciens, refaire un nouveau système de correspondances et de signatures. Nous pourrons alors, comme dans les Collèges d'autrefois, faire prédominer à notre choix, en nous, l'instinctif, le passionnel, l'intellectuel ou le volitif.
Mais ces essais, qui paraissent merveilleux à celui qui ne fait que d'entrer dans le labyrinthe des sciences occultes, deviennent totalement inutiles au disciple du Christ; ils peuvent même lui nuire.
Si, par exemple,
on s'abstient de viande et de vin pour maîtriser les appétits sensuels, en réalité on ne les maîtrise pas, on les évite. Mais pas pour toujours. Un moment viendra où ces forces se représenteront devant nous, accrues par le repos que notre précaution illusoire leur a procuré, et nous aurons alors bien des chances de succomber sous leur attaque. Telle est, au point de vue spirituel, l'inutilité du végétarisme.

Les observances religieuses, et en particulier celles du catholicisme, faites pour le commun des mortels, présentent un caractère plus équilibré. Mais, considérées dans l'Absolu, elles n'apparaissent que comme
des chemins plus commodes que d'autres.
Comme il en advient de toute Lumière divine,
l'enseignement de Jésus a subi des dénombrements et des réfractions; mais la théologie catholique demeure, de toutes les théologies passées, la plus complète et la plus vraie; les prétendus initiés qui veulent la démolir prouvent par là qu'ils n'ont pas compris la parole du Christ.



* *



Comment faut-il manger?
Pour comprendre la réponse que les anciens sages ont faites à cette demande, il faut regarder d'un peu près la pneumatologie. Nous éclairerons en même temps la troisième question: Quand faut-il prendre sa nourriture?
Le monde matériel, avec toutes ses formes et toutes ses créatures, est l'image du monde des forces. Chaque pierre, chaque plante, chaque bête, chaque lien, chaque organe, chaque heure constituent l'incarnation, le signe, la vertu d'un esprit, d'un génie, d'un dieu. De même donc qu'en saisissant le rhéostat on sent le courant, en agissant sur le signe on reçoit, on appelle ou on émeut la force qu'il représente.
Par suite, quant au sujet qui nous occupe, toutes sortes de choses étaient à considérer pour les anciens initiés. A leurs yeux, le circulus physiologique de la vie variait, dans l'individu comme dans l'année, dans la lunaison, dans la journée. Les quatre saisons de la vie cosmique terrestre se reflétaient dans les quatre tempéraments et dans les quatre grandes fonctions physiologiques comme dans les castes de la vie sociale.
Il fallait donc choisir les aliments selon les saisons, les phases de la lune, les heures du jour; selon la complexion de l'individu, le lieu où il résidait et le travail qu'il avait en vue; il fallait lui indiquer, d'après ces particularités, le rite purificatoire, les dieux à invoquer, les postures à prendre comme déterminant dans son corps tels courants magnétiques opportuns, la matière des récipients, etc.

Vous voyez que toutes les minuties de Moïse et de Manou, minuties encore accrues lorsqu'elles s'adressent à un membre de la caste sacerdotale, dont l'appareil nerveux avait à être maintenu dans un état de pureté et de sensibilité extrêmes, puisque c'est par là que le prêtre antique percevait l'Invisible et le modifiait, vous voyez que toutes ces règles étaient logiques, utiles et nécessaires.


Le catholicisme, celle des religions présentes où le formalisme tient le moins de place et où le culte véritable en esprit se sent le plus proche, le catholicisme, parce que son chef spirituel est réellement le Fils de Dieu venu en chair, a laissé de côté le plus grand nombre de ces observances. Il possède cependant son herméneutique et sa liturgie; elles sont plus vraies que celles des autres religions, parce que plus appropriées à l'état actuel de l'Invisible de notre race. Le catholicisme prévoit implicitement et non expressément trois repas par jour, et c'est là une notion d'astrologie que l'on retrouve de tous temps. Si l'année est un circulus de force à quatre périodes, la lunaison obéit à la même loi et la journée aussi. De sorte que le lever et le coucher du soleil, le milieu du jour et le milieu de la nuit sont, ainsi que les Brahmanes l'avaient remarqué il y a soixante siècles déjà, des moments où les courants magnéto telluriques changent de sens et de qualité; et le court intervalle vide pendant lequel se produit ce changement est utilisé pour faire lancer par leurs fidèles un courant d'appel d'une nature plus subtile; par le fait de cette vacuité, ce courant parviendra mieux à son but. C'est à cela que répondent les trois angélus du catholicisme. et les trois sandhyas brahmaniques et les quatre pranayamas des yogis.

Je ne vous donne ici que l'alphabet de la question; une existence entière ne suffirait pas à l'épuiser. Toutefois on peut dire quelques mots sur la signification organogénique de l'Angélus et du Bénédicité.
Régulièrement l'Angélus devrait se dire aux crépuscules du matin et du soir et à l'heure astronomique de midi. Cette prière se compose de trois parties principales : l'angélus, le verset et l'orémus. La première comporte trois versets de l'Evangile séparés chacun par un Ave Maria. Ces versets énoncent l'annonciation, la conception miraculeuse, l'acceptation par Marie et l'incarnation du Verbe. La première partie s' adresse à la Vierge comme intercédante et la seconde à Dieu.
Ainsi l'Eglise veut que ses fidèles commémorent
trois fois par jour la triple incarnation du Verbe qui s'est produite, se produit ou se produira dans le cosmos, dans le plan physique et dans le c?ur de l'individu. Chacun de ces miracles est annoncé par un ange d'une hiérarchie correspondante et reçu, soit par la Vierge de la Sagesse éternelle, dont la Nature-essence des philosophes, la Sophia de Boehme, la Shekinah des kabbalistes sont des aspects entr'aperçus, soit par une femme parfaitement humble, c'est-à-dire parfaitement pure, soit par cette partie de l'esprit humain qui comprend toutes ses facultés passives et surtout la sensibilité, la mémoire et l'imagination. Telles sont les trois vierges qui peuvent supporter la visite fulgurante de l'Esprit de Dieu.

Aucun homme ne peut envoyer sa pensée jusqu'au séjour de la Vierge cosmique; et aucun homme non plus, avant d'être rentré dans le Ciel, ne peut comprendre la génération mystique du Verbe en lui. C'est donc seulement la naissance historique de Jésus de Nazareth que nous étudierons pour comprendre quelque chose à l'incarnation du Verbe.
Que voit-on dans le récit évangélique? Une planète, avec ses quatre règnes de créatures visibles et ses règnes invisibles en nombre indéterminable, se trouve entraînée par sa faute vers l'abîme du Néant avec une accélération irrésistible. Elle ne peut s'arrêter, parce qu'il lui faudrait pour cela saisir un point d'appui en dehors d'elle-même. Il est donc nécessaire que son sauveur soit extérieur à elle. Voilà pourquoi il fallut que
le Christ ne contienne rien de terrestre, ni dans Son corps ni dans Son esprit. Ce Christ est réellement, physiologiquement, Fils de Dieu. D'autre part, le germe de Son corps humain, corps parfait en soi, aurait anéanti un organisme nourricier impur, comme les autres principes de l'Homme-Jésus, tous parfaits en eux-mêmes, auraient volatilisé les principes correspondants de la femme chez laquelle ils se seraient incarnés, si cette femme n'avait pas été préservée de cette dissociation par l'humilité et la pureté les plus grandes qui puissent subsister sur cette terre.

Ainsi notre Sauveur ne pouvait naître que par l'opération du Saint-Esprit et dans le sein de la Vierge. Il devait naître dans ce court moment où la terre, suspendue à l'extrémité de la pente, au-dessus de l'abîme, allait subir une transformation soudaine et radicale. Notre religion, qui distribue sur le cadre de l'année liturgique la série des symboles de cosmologie, de psychologie et de théurgie dont l'Evangile contient les types réels, rappelle cette génération du Verbe non seulement à Noël, mais encore aux trois autres époques où la force solaire, par ses changements, détermine la succession des saisons. Et, dans le cycle analogue de la journée, notre religion réitère ce rappel aux intervalles qui séparent la nuit de l'aurore, l'aurore de la matinée, la matinée de la vesprée et la vesprée de la nuit. Ces quatre périodes sont quatre changements dans les roues des forces magnéto telluriques, la minute qui les sépare étant vide de la vague qui s'écoule et pas encore remplie par la vague qui avance. Or le vide ne peut exister dans la Nature; la cloche de dessous laquelle la machine pneumatique a extrait l'air se remplit d'une substance plus subtile. De même l'intervalle où une force succède à une autre force est
comblé par une essence supérieure; c'est une descente partielle d'une forme plus haute de la Vie. Cette descente s'effectue dans tous les lieux physiques, éthérés, mentaux et psychiques où s'opère n'importe quelle transformation. C'est pourquoi toutes les liturgies, ésotériques ou exotériques, célèbrent les solstices, les équinoxes, les lunaisons, les périodes du jour et, dans le royaume des âmes, les naissances, les morts et les conversions.

Voilà pourquoi on dit l'Angélus trois fois le jour et pourquoi cette prière est faite à la Vierge Marie, type humain de toute stase vitale pure, et propre, par cela même, à devenir le point de fixation où s'attache une énergie supérieure. Ainsi le catholicisme place la Vierge à tous les moments où la Nature et l'homme se modifient. En hiver, il célèbre l'Immaculée Conception (8 décembre); au printemps, l'Annonciation (25 mars); en été, la Visitation et l'Assomption; en automne, la Nativité; puis, pour l'individu, la naissance, le mariage et la mort sont spécialement recommandés à l'intercession de la mère du Christ.
Les trois repas quotidiens, pour revenir à notre sujet, se placent après les trois Angélus. Ils devraient toujours être précédés par la demande de la bénédiction divine sur nous-mêmes et sur notre nourriture. Sur nous, afin que notre être entier puisse recevoir ces aliments avec la plus grande plénitude, quant à leur matière et à leur vie, quant à notre corps et à notre esprit. En effet,
le mal peut entrer en nous par la nourriture. Au point de vue de l'Evangile,. tout est vivant; les pierres mêmes ont une intelligence et un libre arbitre; les légumes, les viandes, les boissons peuvent avoir été maudits ou bénis soit de leur propre chef, soit par contamination. Le paysan exerce, sans qu'il le veuille, une influence sur son blé; le berger, le boucher font de même sur leurs bestiaux. La vie qui est en nous peut souhaiter ces aliments pour accomplir la loi divine ou pour renforcer ses convoitises propres. Il est donc prudent de prier le Ciel qu'Il jette un coup d'?il sur tout cet ensemble compliqué.
Les Grâces sont aussi importantes que le Bénédicité. Nous ne méritons pas, en justice, le pain que nous mangeons. je veux dire que ce pain est le produit d'une somme de travail beaucoup plus importante que la somme de notre travail personnel. Le Christ a dit:
« Vous êtes des serviteurs inutiles »; et cette parole sévère est scientifiquement exacte. N'oublions donc jamais de remercier.

 

2ème partie

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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