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18 décembre 2006 1 18 /12 /décembre /2006 02:52

Les guérisons du Christ

( 3 Février 1912 )

par Sédir

« UNE FOULE DE GENS S'ASSEMBLAIENT POUR ETRE GUÉRIS...
MAIS LUI SE RETIRAIT DANS LE DÉSERT ET PRIAIT ». (LUC V, 15-16.)




Lorsque le Ciel nous accorde l'insigne faveur de rencontrer un de Ses soldats, notre plus fervent désir est de lui voir faire la preuve de sa mission. Or la preuve la plus convaincante et la plus touchante ne sera-t-elle pas le soulagement des souffrances ?

Les Amis de Dieu disposent de Sa miséricorde. A leur demande, une catastrophe peut être suspendue, une épidémie circonscrite, une faillite évitée, une maladie arrêtée.

Nous parlerons aujourd'hui de ce dernier pouvoir seulement; il intéresse le plus grand nombre, et il permet une analyse plus complète des ressorts occultes de la Vie.

D'abord, qu'est-ce que la maladie, qu'est-ce que la guérison ?

Les réponses varient avec les aspects sous lesquels on considère l'homme et la Nature : point de vue physico-chimique, point de vue des fluides, des esprits, des idées, et ainsi de suite, autant que votre érudition vous en fournira.

Toute maladie est une rupture dans l'harmonie des relations qui unissent l'individu à son milieu; la guérison est le rétablissement de cette harmonie. L'agent curatif agit sur la partie du composé humain qui lui est semblable : le médicament sur le corps, le magnétisme sur les fluides, la suggestion sur le mental, etc... Il y a donc trois grandes classes de thérapeutiques : la matérialiste, l'occultiste et la mystique, suivant que l'on croit au physique, à l'astral, ou à l'esprit pur.

Ceci posé, au moyen des souvenirs de vos études spéciales il vous sera facile de saisir les procédés du médecin ordinaire, du magnétiseur, du médium guérisseur, du mentaliste, du théurge, puisque la maladie peut entrer en nous par une corruption physiologique ou éthérique, astrale ou mentale, ou morale. Notons que, par où qu'elle s'introduise, elle s'étend de proche en proche, et surtout de haut en bas, du centre de notre être vers la circonférence, des organismes les plus subtils vers les plus grossiers.

Or le Christ ne donnait pas de médicaments; bien qu'II imposât les mains, Il ne magnétisait pas, notez ceci. Tout geste dégage de l'électricité, du magnétisme, je le sais, mais ce n'est pas du magnétisme curatif; Jésus n'émettait pas volontairement Ses forces fluidiques et mentales, bien qu'elles eussent été assez grandes pour produire presque tous Ses miracles. Il n'était pas un médium au sens spirite du mot; aucun esprit ne L'a jamais entransé. Jamais Il n'eut besoin de rites magiques; tout ce que l'on a dit de Ses études dans divers collèges initiatiques de la Judée, de l'Egypte, de l'Inde ou de la Celtide, est faux.

Les guérisons qu'II a opérées, de même que tous Ses autres miracles, le furent par des commandements. Non par de pénibles efforts de volonté, soutenus par des pratiques de concentration, non par des éclats passagers d'énergie, des émissions extraordinaires de force spirituelle usurpatrice. Mais des ordres légitimes, calmes, mesurés, normaux, comme les ordres qu'un roi donne à ses sujets. Car le Christ est le Maître de cette terre, et le Seigneur universel.



* * *

* * *


La maladie n'est pas une punition : le Père ne punit personne; elle est la conséquence logique et fatale d'actes antérieurs. L'atavisme, l'hérédité, la contagion, l'accident ne sont pas les causes des maladies, mais les moyens employés par la Nature pour nous faire subir les contre-coups de nos incartades. Un enfant ne devient pas tuberculeux parce que ses parents sont alcooliques; mais il naît dans une famille d'alcooliques parce qu'il a mérité de souffrir la tuberculose. Une auto ne nous renverse pas par surprise, ou par inattention, mais l'accident a lieu parce que la blessure qui en résulte pour nous est juste et utile à la libération de notre esprit.

Ceci n'est pas pour autoriser l'ivrognerie chez les parents, ni l'excès de vitesse chez les chauffeurs; nous avons le devoir d'amoindrir, par tous les moyens, les souffrances environnantes. Il faut nous conduire comme des auxiliaires de la Miséricorde, et non comme des agents de la Justice.

La cause de toute souffrance, c'est une infraction à la loi du monde; si aucune créature n'avait jamais voulu prendre plus que sa part du festin de la vie, il n'y aurait ni dissensions, ni restitutions. La cause première de la maladie est donc le péché.

Tout acte engendre, dans le plan central de l'univers, un esprit vivant; il ramène donc fatalement sur son auteur le bien ou le mal dont il fut la manifestation. Tel avare qui a reçu un pauvre à coups de bâton paiera dans son coeur coléreux, dans son intelligence mauvaise, et aussi dans le bras qui a frappé. Si, comme le croient beaucoup de spiritualistes, dans une incarnation prochaine cet homme renaît avec une main inerte, un thérapeute pourra peut-être la galvaniser; il n'atteindra pas la cause morale; il élèvera un mur entre cette cause et cet effet, provoquant ainsi de nouveaux désordres intérieurs, et chassant le mal de sa juste place pour l'envoyer ailleurs, où il sera intempestif.

Les jeteurs de sorts commettent souvent cette faute, liant une maladie d'homme à un arbre ou à une bête, qui en souffrent tout juste comme si l'un de nous recevait la maladie d'un dieu.

Celui-là seul qui peut apercevoir le génie de la maladie et le tableau de son origine est capable d'en modifier la route ou l'influence et de guérir réellement par la purification de la souillure primitive, qui est le péché. Il faut qu'un tel homme ait reçu du Christ libre accès à la fontaine de la vie éternelle.

Il est difficile de vous expliquer en détail la marche par laquelle un vice moral devient une corruption physiologique. Le Ciel ne veut pas qu'on recherche les causes profondes des maladies; sachant que telle infirmité est parfois produite par tel crime, nous généraliserions les cas particuliers, nous jugerions impitoyablement tout le monde, et nous nous condamnerions ainsi nous-mêmes à des travaux infinis.

D'une façon générale, voici ce qu'on peut dire. Une tendance morale aboutit toujours à un acte; au cours de cette descente, elle passe du coeur à l'intellect, de l'intellect au cerveau, puis aux nerfs, aux muscles, aux cellules de tout ordre qui vont concourir à l'acte. Toutes ces petites énergies vivantes, des subtiles aux matérielles, vont être viciées par l'intention qui les met en branle, si elle est perverse.
Elles se mettront par là en travers du cours normal des choses, puisque la Loi, c'est la charité, et que toute faute est toujours un manquement à une espèce particulière de charité.

Ces petites énergies vont souvent contre l'ordre; plus elles s'affaiblissent, plus elles deviennent vulnérables aux forces de désagrégation, de lutte, de fractionnement. Un jour viendra donc où elles ne voudront plus, où elles ne pourront plus accomplir leur fonction normale; ce jour-là, la maladie commencera.

Examinons le cas d'un être en cours d'évolution, l'un de nous. Son corps contient les germes de toutes les maladies, puisque son coeur contient les germes de tous les vices. Les premiers qui, au matériel, sont les microbes, ne se développent que s'ils entrent en contact avec des germes analogues; de même, dans l'invisible, le germe morbide spirituel a besoin du cliché de la maladie pour entrer en activité; de même, au moral, le mal latent a besoin de contacts avec la vie pour devenir un vice.

Il suffit que la volonté doute, pour que l'on succombe à la tentation; que l'esprit de l'estomac, par exemple, ait peur, pour que le cancer s'y installe; que la cellule soit faible, pour que des bacilles l'envahissent. La foi est donc encore ici le glaive de toutes les victoires et le bouclier de toutes les résistances. Dans les épidémies, voyez comme les sauveteurs courageux s'en tirent souvent indemnes. La confiance en soi est certes une puissante défense; mais la confiance vraie en Dieu nous rend inattaquables.

Qu'est-ce que le cliché de la maladie ? Ne considérons, pour simplifier, que ce qui se passe sur notre planète. Tous les événements existent d'abord dans l'invisible, dans l'âme de la terre, avant de passer dans son corps; comme une maison existe d'abord dans le cerveau de l'architecte. Ces tableaux vivants, où figurent les types spirituels de tous les êtres et de tous les objets qui se réaliseront plus tard, suivent des trajectoires, ou plutôt des chemins, fixés d'avance dès le commencement du monde.

Ainsi, il y a vingt-cinq mille ans environ, tel morceau de territoire douloureusement célèbre fut le théâtre d'atrocités semblables à celles qui viennent de s'y commettre; et il existe un certain rapport entre les hommes qui s'y égorgèrent récemment et ceux qui s'y massacrèrent autrefois.

L'existence de chaque individu est calculée par certains dieux, préposés à cet office, pour que sa courbe croise en des points convenus les courbes de tels ou tels clichés. Ces intersections constituent les événements de l'existence terrestre, matériels ou moraux. L'homme ne peut changer sa route que de quelques pas; parce qu'il est lâche, en général, et que, s'il entrevoyait le moyen d'éviter les épreuves, il s'empresserait de faire un détour. C'est pour cela que nous ne savons rien de notre avenir; si nous le connaissions, nous ne travaillerions plus, nous ne progresserions pas.

La maladie elle-même : fièvre, tumeur, rhumatisme, quelle qu'elle soit, est, dans ce monde des clichés, une créature vivante, qui évolue, travaille et mérite ou démérite. La vie physique de l'homme, de l'animal, de la plante, de la pierre même est son aliment. Elle prend sa nourriture sur nous, puis s'en va. A son départ, c'est la guérison ou la mort.

Les diverses thérapeutiques ne font que deux choses : la chasser un peu plus vite, ou l'empêcher de venir. Dans le premier cas, on la jette avant l'heure sur un autre être, et c'est une injustice; dans le second cas, on ne fait qu'augmenter sa faim et la mettre en colère; et quand elle aura renversé la barricade de la médecine préventive, l'homme souffrira bien davantage.

Alors, il ne faut pas se soigner ? direz-vous. Si; on a le devoir strict de chercher à guérir, mais en disant toujours : « Que la volonté de Dieu soit faite et non la mienne ». De la sorte les justes droits de tous sont respectés, et un secours providentiel est rendu possible.

Comprenez bien cela : le médicament, le magnétisme, les esprits, les liturgies, les pèlerinages, les reliques, rien ne guérit radicalement. Il faut, pour que l'effet s'arrête, que la cause cesse. L'effacement du péché est le seul remède définitif.

Souvenez-vous enfin que, depuis la venue du Christ, il est impossible d'assigner des lois exactes aux phénomènes; car une intervention spéciale et directe de Sa part peut toujours se produire. Quand, à propos de l'aveugle-né, Il répond aux questionneurs que cet homme n'est ainsi ni par sa faute, ni par celle de ses parents, mais pour manifester les oeuvres de Dieu, Il nous fait entendre que l'on souffre parfois pour une autre expiation que celle de ses propres fautes, actuelles ou antérieures, que celle même des fautes d'autrui. Toute règle comporte des exceptions, et les choses les plus simples ont souvent des motifs inconnus et inconnaissables. C'est pourquoi il est prudent de ne juger personne.
Tout à l'heure nous trouverons d'autres motifs à cette réserve.

La sagesse définitive réside dans une acceptation libre et joyeuse des épreuves. Quand on sait que le Père nous aime, on aime les souffrances, on comprend que les maladies lentes, celles où on se voit mourir petit à petit, sont des faveurs; elles nous ramènent à l'humilité vraie; elles fomentent le brandon du repentir et le feu de la prière; notre sort dans l'Au-Delà, notre vie future peuvent en être considérablement améliorés.

Avant de clore ces considérations générales, je voudrais, par parenthèse, vous dire quelques mots de la chirurgie.

Le chirurgien est fatalement fauteur d'une souffrance, en dehors de celle du patient. Le membre ou l'organe qu'il enlève se voient - au spirituel - mis à part dans ces magasins de la Nature où se fabriquent les formes physiques des êtres. Ils demeurent là, entassés, inertes, inactifs, jusqu'à ce que leur forme matérielle ait été reprise entièrement par le sol. L'heure où l'esprit de ces organes opérés devient propre à être remis en circulation ne coïncide plus avec celle où le corps, auquel ils étaient attachés, recommence une nouvelle vie. Il y a rupture; les deux évolutions, de la partie et du tout, ne concordent plus; et cela produit plus tard des déséquilibres, des atrophies et parfois des troubles plus graves.

Ainsi le chirurgien est pris dans une alternative dont les deux termes sont également délicats; car il est tenu, en conscience, de tout faire pour guérir son malade, et il ne peut le soulager actuellement qu'en lui faisant du mal dans l'avenir. Mais, s'il reconnaît son impuissance, qu'il demande au Ciel de parer à toutes ces complications; il n'est, en somme, que l'encaisseur involontaire de certaines dettes, puisque les maladies ne viennent jamais que par la faute des malades.

Deux remarques, pour clore cette parenthèse. Il vaut mieux ne pas conserver les organes ou les membres opérés, mais les rendre à la terre; c'est là que l'esprit vivant de leurs cellules souffrira le moins.

L'anesthésie est nécessaire dans les cas où la douleur dépasserait la limite de résistance nerveuse; mais si on l'emploie pour éviter des souffrances supportables, elle devient un trompe-l'oeil : ces souffrances se capitalisent, si je puis dire, pour le moment où l'influence anesthésique sera éteinte. Telle est la cause, entre autres, des tortures vraiment infernales de la démorphinisation.

Le Christ guérissait donc, par un simple commandement, toutes maladies, quelle qu'en soit l'origine, instantanément, à distance, en touchant le malade, ou en laissant toucher Ses vêtements.

Il commandait aux malades, aux maladies, aux organes et aux démons, parce que, à Ses yeux, tout est vivant, tout est un esprit individuel. Il était un soleil de forces rayonnantes, énergies surnaturelles qu'II avait apportées du Royaume de Son Père. Imposer les mains n'était pour Lui qu'un signe, comme nous faisons un geste en disant : oui, ou non. Prononcer un ordre n'était non plus qu'un signe, parce que tout en Lui était simultané, de la cime de Son être jusqu'à Son corps. Cette unité totale, plénière, admirable est propre au Christ; personne ne la possède au même degré.

Dans la mesure où l'homme est un, il est puissant. Etre un, c'est faire que tout en nous concorde : que le corps ne veuille pas une chose et le mental une autre; que les muscles, les os, les nerfs soient d'accord; que la mémoire, le jugement, l'intuition tendent au même but; que tout en nous aime ce que le coeur aime; et que, à son tour, le coeur n'aime que ce que Dieu aime. Alors l'homme recouvre la majesté perdue de sa stature; il grandit singulièrement; les êtres autour de lui le reconnaissent comme leur chef et commencent à lui obéir sans résistance. Jésus possédait la perfection de cet état; un avec le Père, un en Lui-même, un avec Lui-même, un par Sa compassion avec tous les êtres, cette homogénéité indestructible dominait tous les antagonismes extérieurs et toutes les fermentations de la souffrance et de la maladie.

Parfois, quand un organe n'existe pas, Il le crée instantanément. J'ai vu faire quelque chose de semblable, dans ma jeunesse : un bras pousser en trois jours sur un homme né manchot. En récompense, le guérisseur fut condamné, quelque temps plus tard, pour exercice illégal de la médecine.

Presque toujours, Jésus demande la foi au malade, la foi en Lui-même, être unique et surnaturel. Quand nos médecins parlent de la foi qui guérit, ils désignent par là de simples suggestions; or, la suggestion ne guérit pas. Mais la foi à la toute-puissance du Verbe est la flèche nécessaire qui, dans l'esprit du malade, ouvre le chemin au pardon des péchés. Une telle foi comporte le repentir et le repentir allume le désir d'être purifié.

Un seul regard suffit à Jésus pour connaître jusqu'au fond la pauvre créature qui se tient devant Lui. La misère de ce suppliant, sa douleur muette L'émeuvent; Il a offert, en Son coeur magnifique, l'hospitalité à tous les sentiments humains. Il ne S'est pas contenté d'une compassion souriante, sereine et distante; Il a souffert avec Ses amis les hommes; Il a pleuré avec eux; Il a tremblé avec eux; Il a désespéré avec eux. Il a sondé la douleur des mères, la douleur des épouses, et celle des amis. Pour faire revenir les jeunes êtres par delà les portes, il Lui a suffi de les appeler; mais, pour Son ami Lazare, Il a frémi, Il a pleuré, Il a crié.

Comme Sa tendresse est ingénieuse, et comme l'humaine nature en Lui s'est réellement chargée de tous les fardeaux !

En effet, pour que cette guérison parfaite ait lieu qui découle du pardon des péchés, il faut : ou bien que le malade accepte de payer sa dette sous une autre forme, et s'y engage; ou que quelqu'un paie pour lui. Jésus a payé pour les foules qui se` pressèrent autrefois autour de Lui; et Il paie encore maintenant pour les foules, plus nombreuses encore, qui Le méconnaissent et qui L'oublient.

Si misérable que soit notre amour envers Lui, le Sien ne nous émeut-il pas jusqu'au tréfonds et ne chercherons-nous pas quoi faire pour soulager un peu Ses divines épaules meurtries ?



* * *


Soulager Dieu ! parole d'orgueil insensé ? Mais non, c'est la parole de l'amour vrai, de cet amour pour qui l'impossible n'existe pas. Nous ne pouvons refaire ce que Jésus fit; mais nous pouvons devenir des disciples moins indignes et moins tièdes.

Que ferons-nous pour les malades ?
Au jour du jugement, combien d'hommes le monde aura-t-il classés parmi les disciples du Christ, qui s'entendront dire par Lui : « Je ne vous ai jamais connus ». Les miracles, la doctrine sublime peuvent coexister avec l'orgueil, et provenir de lumières inverties. Nous sommes prévenus, d'ailleurs, que les princes de l'Enfer feront des merveilles plus grandes que celles de l'Évangile.
Beaucoup sont bienfaisants; seul le vrai disciple est, en outre, humble et s'estime comme rien. Telle est la première condition.

La seconde, c'est d'avoir reçu du Christ ou d'un Ami authentique le pouvoir de guérir. Cette transmission doit être faite sur le plan physique, de bouche à oreille; permettez-moi de ne pas être plus explicite. Ce don est toujours gratuit, et son accroissement subordonné à la bonne conduite du récipiendaire. Mais on ne doit empêcher personne de guérir au nom du Christ; chacun est responsable de ses actes; il faut respecter le libre arbitre d'autrui.

Quiconque essaie d'aimer son prochain comme soi-même est disciple du Christ. En réalisant totalement cette Loi, le Christ a créé une force spéciale, un magnétisme nouveau, que même maintenant les chercheurs les plus ingénieux ignorent; Il le transmet à Ses amis et par ce fluide s'opère la réalisation de leurs demandes. Cette force insaisissable relie tous ceux qui aiment leur prochain comme eux-mêmes et constitue leur apanage.

Le succès d'une cure ne dépend ni d'un diplôme, ni d'une superstition, mais du dévouement, de la compassion vraie, de la ferveur intime. Plus que toute science, plus que tout secret, le recours humble et sincère à la Vertu suprême, à la Charité infinie, est l'élixir miraculeux; mais il ne se communique pas, il faut que chacun le trouve par soi-même. Ceci n'est point la théurgie des anciens mystères, la collaboration avec les dieux, mais la théurgie vraie, la collaboration avec Dieu.

Pour l'exercer, il faut une vie double : non pas l'entrée dans le plan invisible d'un collectif religieux, qu'un rite baptismal confère, mais une union effective entre le coeur du disciple et ce lieu central de l'univers spirituel, ce coeur du monde, où battent les flots de la vie cosmique, ce séjour propre du Verbe. Là trône, en personne, Jésus, notre Guérisseur.

Plus le disciple s'attache à réaliser la volonté du Père, plus son esprit se fixe dans ce royaume, qui est le Ciel. Il y vit, il y respire, il y pense, il y aime, il y travaille; tellement que si, par exemple, il offre un verre d'eau, ou compose un remède, cette eau ou cette substance seront saturées de la force divinement vivante que Jésus à créée et qui rayonne de ce lieu.

Le théurge vit dans l'unité. Le soulagement qu'il procure à un fiévreux s'étend, s'il le désire, à beaucoup d'autres fiévreux; s'il guérit un paralytique, il peut agir sur le génie collectif de la paralysie et améliorer tous les paralytiques. Ainsi, au début de ce siècle, un Ami de Dieu modifia l'invisible d'une des plus terribles maladies et, depuis, les médecins ont découvert peu à peu les moyens de la guérir complètement. La même chose se produira dans quelque temps pour la tuberculose, puis pour le cancer. Le théurge agit même sur la vie future d'un malade, et indique en toute connaissance de cause comment diminuer une épreuve ou la changer.

De tels hommes sont extrêmement rares; à peine s'en trouve-t-il un par siècle. Il se peut toutefois, si les années prochaines doivent être terribles, qu'il en paraisse plusieurs. Mais nous autres, hommes ordinaires, qui voudrions soulager nos semblables, que ferons-nous pour eux ? Il faut d'abord essayer les ressources de la science; il faut tout essayer, du moins tous les remèdes permis. Nous avons le droit d'utiliser toute substance minérale, végétale ou animale; mais, faites-y bien attention, nous ne devons pas en capter l'esprit.

Il vaut mieux mourir, ou laisser mourir un être cher, que de conserver la vie par un procédé illicite. Sous aucun prétexte ne liez les esprits des arbres, des animaux, ou des hommes; ne faites jamais de transplantations paracelsiques; ne signez jamais de pactes avec les esprits, même s'ils paraissent bons; n'appelez jamais d'esprits. Une grande partie des aliénés furent des maniaques du spiritisme et de la magie. La psychiatrie est un leurre; toute suggestion est radicalement mauvaise. Si votre enfant est glouton, le corrigerez-vous en le ligotant ou en l'affamant ? Le bénéfice immédiat que donnent ces procédés défendus serait l'origine de douleurs futures bien plus amères. Le Ciel ne veut pas qu'on attente à la liberté de personne. Essayez de vous guérir, vous ou votre voisin, parce que c'est votre devoir, parce que votre corps est un instrument de travail qu'il faut maintenir en bon état. Mais soyez résignés à la souffrance et à la mort, et satisfaits si elles viennent à la place de la santé.

Quand la prière échoue, c'est qu'elle n'est pas justifiée : par exemple, si le malade peut supporter la maladie, et ne supporterait pas une épreuve équivalente dans sa fortune, ou ses affections, ou bien si l'intention de celui qui prie n'était pas pure, s'il entrait dans sa demande quelque intérêt personnel; ou bien s'il n'avait pas assez jeûné.

L'intention pure, c'est une foi qui ne connaît que Dieu; ne demandez jamais rien à aucun invisible intermédiaire; ce serait un mauvais calcul. Nous avons vu cela en parlant de la prière.

Le jeûne, c'est restreindre avec modération la nourriture du corps; mais, surtout, c'est restreindre avec rigueur la nourriture du moi. Apprenez à vous priver au bénéfice de quelque souffrant; mais prenez garde, en même temps, de ne pas vouloir forcer le miracle; surveillez toujours scrupuleusement le moi; refoulé sur un point, il surgit sur un autre; veillez en esprit.

Disons maintenant qu'on n'a pas le droit de charger son corps du mal d'autrui; car notre corps n'est qu'un prêt. Si Dieu veut écouter notre demande, Il est assez riche pour guérir par Ses propres moyens toutes les maladies de l'univers. En Lui donnant, par le jeûne moral, la preuve de notre bon vouloir, Il entendra certainement nos supplications.

Parfois des contemplatifs, laïques ou religieux, traînent leur existence dans des maladies sans fin. l'Église enseigne que c'est de la substitution. Cela se peut; mais il s'agirait plus souvent d'âmes très courageuses qui ont voulu d'un coup se débarrasser d'une grosse partie de leur dette.

Encore un motif pour ne pas juger les malheureux.

Cette abstention est la meilleure des prophylaxies. Ne pas critiquer les malades, ne pas les dédaigner, ne pas les mépriser, ne pas s'en impatienter : voilà l'hygiène préventive la plus sûre, parce qu'elle est spirituelle. Disons-nous que, si terrible que soit le mal du voisin, nous le méritons probablement, en justice, et que nous le subirons peut-être un jour.

Si votre prière est exaucée, voilà le plus difficile qui commence. Il ne faut pas en devenir vaniteux. Imitez le Christ : taisez-vous, et demandez la discrétion aux autres. Le Ciel saura bien faire connaître le miracle, s'Il le juge à propos. Et puis, tant d'êtres guettent les étincelles de la Lumière; or il est écrit : « Ne jetez pas les perles aux pourceaux ».

Ensuite ne détournez pas vos malades de leur religion; évitez le scandale. Apprenez-leur plutôt à remercier le Ciel. On ne le fait jamais assez; on ne le sait pas, on ne veut pas s'en rendre compte; mais le Père nous aime; Il est content lorsqu'une joie nous arrive. Il sourit lorsqu'II nous donne quelque chose. Il aime nos maladroites actions de grâces; nos petits bonheurs L'émeuvent. Vous qui n'êtes que des hommes, n'aimez-vous pas, lorsque vous apportez un jouet à votre petit enfant, de sortir en plus de votre poche une surprise inattendue, pour que son bonheur soit au comble ? Vous ne possédez cette bonté que parce que le Père la possède d'abord, infiniment. Il en use de même avec nous. Remercions-Le donc, et apprenons à nos amis à Le remercier.

Ceci est la première aurore de cette joie exquise dont nous parle le disciple bien-aimé. Elle se lève ensuite quand on a appris comment le moindre secours offert pour l'amour de Jésus, c'est par Jésus Lui-même qu'il est reçu. Il est certain que nous pouvons soulager le martyre innombrable de notre Ami éternel; c'est un fait vérifiable. Que la grandeur de cette tâche nous exalte et nous rende faciles les plus ingrates besognes !

Sources : Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt




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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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18 décembre 2006 1 18 /12 /décembre /2006 00:49

Dans le calme, on s'imprègne... et le coeur pleure de joie... merveilleux Sédir...

L'Initiation Christique

par Sédir

(conférence du 17 Avril 1912)

« PERSONNE NE MET UNE PIECE DE DRAP NEUF A UN VIEUX VETEMENT... ».
(MATTHIEU IX, 16.)

 

 


IL est bien téméraire, quand on ne dispose que d'une heure, d'entreprendre l'étude d'un aussi vaste sujet. Mais tous les sujets ne dépassent-ils pas nos limites ? Et ne peuvent-ils pas, tous, nous conduire à un panorama ignoré des cimes éblouissantes du Vrai ? En outre, le thème de cette causerie me permettra de donner mon avis sur plusieurs points que je considère comme essentiels. De plus en plus, à mesure que les années s'écoulent, la bataille, dans les mondes de l'occulte, devient tumultueuse; des pièges subtils sont tendus et des appâts séduisants offerts au chercheur, à tous les détours du sentier. Il faut, pour que vous puissiez juger, décider, choisir votre route, que vous connaissiez toutes les opinions. Naturellement, je crois être dans le vrai; les théories d'éclectisme, aujourd'hui à la mode, sont vides de sens. Car pourquoi parler, si l'on pense propager des erreurs ? Si la conviction la plus absolue ne nous anime pas, notre voix est morte; c'est un bruit inutile et vain.

Mais je ne veux ni ne dois entraîner personne par moi-même. Si vraiment c'est de la Vérité que je vous parle, ce n'est pas moi qui vous la ferai reconnaître, c'est elle-même qui prononcera, au tréfonds de vos coeurs, les mots invincibles, définitifs et certains. Dans les royaumes du spiritualisme, les routes sont si nombreuses, les bifurcations si fréquentes, à peine les parcourt-on depuis quelques dizaines d'années, que la fatigue nous vainc, le désir désespéré nous consume d'apercevoir un phare, d'entendre enfin la voix réconfortante d'un Ami secourable !

Et, plus on s'enfonce dans les profondeurs du spiritualisme, plus vite viennent cette langueur et cette soif.

Ne vous scandalisez pas si je viens à vous comme possédant cette Certitude, voyant cette Lumière et connaissant cet Ami. Et, si je les tenais pour provisoires, je n'aurais pas le droit d'affirmer tout à l'heure certains axiomes. Vous voudrez donc bien ne pas voir dans ce que je vais vous dire des attaques dédaigneuses; je pense seulement que l'on donne à tort aujourd'hui à l'éclectisme et au dilettantisme le nom respectable de la tolérance. Toutes les opinions sont respectables, toutes les opinions contiennent une part de vérité; mais celles qui dépassent le niveau de l'intelligence ne sont plus des mélanges de faux et de vrai; elles sont, à cause de leur hauteur, tout à fait fausses ou tout à fait vraies.
Où trouver le critérium infaillible ? Dans le Savoir, répond la Sagesse antique; dans l'Amour, répond la Sagesse christique. Nous allons confronter les enseignements de Notre Jésus avec ceux de Ses prédécesseurs humains, au quadruple point de vue de l'Initiation, de la Connaissance, de la Morale et de la Perfection finale; et nous essaierons, s'il plaît à Dieu, de conclure, en quelques paroles, au choix définitif de la route spirituelle.



* * *

 

Et d'abord, qu'est-ce que l'Initiation ? C'est l'ensemble des travaux qui rendent un homme conscient d'un autre mode de la vie universelle que celui du plan physique terrestre. Tel le néophyte de l'hellénisme et du christianisme, tel le dwidjà du brahmanisme. Il faut, pour cela, mourir à la matière, et renaître à une vie invisible, mais réelle, objective, substantielle.

Comme les plans invisibles sont innombrables, il y a d'innombrables initiations. Les unes sont des vanités, des phraséologies; d'autres sont spéculatives, d'autres pratiques. A notre époque, il ne reste guère des mystagogies antiques que les cadres. Ainsi la Franc-Maçonnerie offre un tableau assez complet de l'initiation des Pyramides; le catholicisme est un rajeunissement du brahmanisme, surtout quant à la liturgie. Les fraternités européennes plus ou moins fermées ne tiennent pas leurs promesses; les soi-disant Rose-Croix contemporains ignorent tout d'Helias Artista. Celui qui a « lu tous les livres » et qui veut aller plus avant se croit obligé de partir pour les pays lointains où la tradition affirme que vivent dans le silence les derniers adeptes. Cependant, la Vérité se tient au fond de notre être, dans une attente silencieuse, infiniment plus belle et plus complète, immuable, éternelle, béatifiante. Mais laissons cela.

La science secrète de la matière, c'est l'alchimie; la science de la force, c'est la magie; celle de l'homme, c'est la psychurgie; et celle des essences extra-terrestres, c'est la théurgie des Anciens. Ces quatre degrés de la Connaissance ont existé de tous temps; aujourd'hui encore on les distribue en certains centres de la Chine, de l'Inde, de la Perse, de l'Arabie et de l'Afrique septentrionale. Il faut les vouloir et les conquérir; on ne les donne pas; on indique la route, et le candidat avance à ses risques et périls et selon ses forces. Combien d'anecdotes ne pourrais-je pas vous raconter à ce sujet; combien d'histoires attristantes d'existences gâchées, sombrant dans une manie quelconque, pour s'être attaquées à des gardiens trop forts. Lisez le Zanoni de Bulwer Lytton et surtout le magnifique Axël du génial Villiers de l'Isle-Adam; vous y verrez exactement comme les détenteurs de la science secrète sont peu pitoyables aux échecs des candidats.

Au contraire, le Christ dit : « Ne brisez pas le rameau froissé; n'éteignez pas le lumignon qui charbonne encore ». C'est que les hommes, si sages soient-ils, ne possèdent pas la longanimité, parce qu'ils se sentent toujours esclaves du Temps. Même ces adeptes admirables, dont les noms peu connus s'auréolent d'un prestige de surhumanité, dont la constance héroïque et l'abnégation profonde savent persister pendant des existences dans les mêmes recherches, dont l'ambition personnelle est morte et dont l'être, à force de volonté, n'est plus que l'incarnation d'un principe métaphysique, ces dieux enfin, ils connaissent la crainte de l'échec.

Mais le Père, Son Ange, le Fils, et leur Gloire mutuelle, l'Esprit, possèdent le calme très patient de la toute-puissance et de l'éternité.

Les créatures ne peuvent enseigner que du dehors au dedans; il faut que l'instructeur impressionne un des sens de l'élève; un adepte ou un génie nous enseigne en parlant au double, au corps astral, ou au corps mental; c'est toujours par une enveloppe du moi que l'initiateur humain atteindra ce moi. Seul le Père et ceux qu'IL missionne peuvent parler directement au moi. Ainsi l'initiation christique est essentielle, une, interne, suprême; voilà pourquoi elle ne peut se conquérir, mais seulement se recevoir.

Chaque religion renferme un ésotérisme, mais ce n'est pas l'ésotérisme qui extériorise une religion; c'est la religion, ou plutôt quelques-uns de ses représentants, qui extraient de la doctrine générale une doctrine secrète. Les religions représentent, dans un certain sens, la grande route, facile, sûre, mais plus longue; les initiations, ce sont les raccourcis, les chemins du contrebandier, pénibles, dangereux, mais qui mènent plus vite aux cimes de neige immaculées d'où l'âme peut prendre son essor pour l'Infini.

Ou plutôt, il en est ainsi pour toutes les religions, sauf pour la religion chrétienne. En effet, de même que les clefs des arcanes évangéliques se trouvent, non dans des hiéroglyphes, mais dans le coeur de l'étudiant, de même la parole du Christ est la grande route ou la coursière, selon l'énergie du pèlerin, selon qu'il est un modéré ou un violent. La « violence » ici n'est pas du tout l'effort volontaire de l'adepte; c'est quelque chose de tellement en dehors des catégories mentales raisonnables, c'est un effort tellement surhumain, une abnégation si absolue que je crains, en vous en donnant un exemple, de vous scandaliser; je crains de ne pas savoir vous faire comprendre cette ivresse éperdue qui jette à la mort les coeurs incendiés par la torche de l'Amour. Il est des extases que le verbe des plus grands poètes affaiblit en les exprimant; à plus forte raison serais-je présomptueux de vouloir les décrire. Si l'un de vous porte en soi cette violence, il trouvera bien seul l'occasion de l'employer.

S'initier est une grande affaire. Il ne suffit pas de se dire ou de se croire Rose-Croix; il ne suffit pas de rompre un pain avec cérémonial, de discourir sur des symboles, de réussir quelques curiosités alchimiques, ni d'agir à distance volontairement. Méfions-nous de la littérature; à notre époque, le moindre écrivain se fait appeler « cher Maître » et le moindre amateur d'occultisme, « Maître » tout court.
Réagissons contre ce goût du compliqué, de l'étrange et du mystérieux; il n'est si fort que parce que notre culture nous fait artificiels. On quitte la religion ordinaire parce que la science exacte semble plus profonde; mais quand on a sondé le vide de celle-ci, on se précipite dans les sciences fantastiques. Que nous sommes naïfs ! Que les Orientaux ont raison de nous considérer comme des sauvages, de nous envoyer parfois des systèmes absurdes et des messages fallacieux !

Ils possèdent cependant l'arcane véridique, comme nous. Qui a pu descendre aux cryptes du Dekkan, lire l'Y-King, parler aux dignitaires de Bénarès ou aux illuminés de Roum, de Médine ou de Fez, a vu que tous les signes, tous les schémas et tous les caractères disent la même chose; que le cabinet de réflexion maçonnique, l'Imitation de Jésus-Christ, les règles des ordres contemplatifs promulguent un même précepte. Et cet axiome fondamental, unique, universel, s'énonce : Charité, humilité, prière. Mais qu'on le déchiffre en français, en sanscrit, en hébreu, en parvi, ou en quelqu'un des mille idiomes initiatiques, on pense : oui, je connais cela; et on passe à la page suivante. Ces trois mots précisément contiennent tous les secrets, tous les secours, toutes les sciences; hélas ! sans eux, on n'arrive à rien, dans le grand oeuvre psychique, qu'à la maladie, à la folie ou à la mort.

La grande faute des initiations humaines, c'est qu'elles ont enseveli ces trois verbes illuminateurs sous des monceaux de rites, d'entraînements, d'arcanes et de recettes. Elles les ont défigurés par le culte de toutes sortes de dieux; elles les ont invertis, même, criminellement, de façon que certaines écoles, et non des moins savantes, ni des moins puissantes, font servir ces purs flambeaux à l'exaltation de l'orgueil spirituel. Ceci est une des raisons pour lesquelles le Christ dénonce si obstinément tous les pharisaïsmes.

L'archétype de ces trois vocables est la Lumière que Jésus vint rallumer. C'est contre elle que, depuis deux mille ans, se coalisent toutes les forces de l'argent, de la matière, de l'égoïsme et de l'intelligence déifiée. Les Césars qui tuèrent tant de chrétiens firent beaucoup moins de mal que ces dignitaires des ésotérismes orientaux qui, au second siècle, tinrent à Alexandrie un conciliabule secret. Là furent prises telles mesures propres à capter les forces populaires issues de la parole d'un obscur Galiléen; là furent recueillies les légendes, composés les épisodes, faussées les dates de la vie de Jésus, sur le lit de Procuste du symbolisme hermétique, afin d'obtenir un type nouveau d'adepte, conforme au modèle millénaire des hiérophantes.

On pourrait croire que j'accuse ces initiés de faux; il n'en est rien. C'étaient des hommes sincères, que l'orgueil aveuglait; ils ne comprirent rien au Christ, pas plus que leurs descendants aujourd'hui n'y comprennent quelque chose. Tout ce qui, dans l'histoire de Jésus, ne rentrait pas dans les cadres de leur logosophie, ils crurent tout simplement que c'étaient des racontars populaires, et ils biffèrent. Je comprends leur état d'âme. Un initié n'avance, ou ne croit avancer, que par sa propre énergie. En réalité il reçoit bien de l'aide, mais il est persuadé ne rien devoir qu'à sa force; sa confiance en lui-même est son meilleur atout dans cette partie formidable qu'il a engagée contre le Destin. Il lui faut donc à l'avance un but précis; sans quoi ses efforts divergent, fusent et s'évanouissent. Mais ce qu'il ne voit pas, c'est ceci : par le fait qu'il se fixe un but, il limite son ascension, il circonscrit son action, il entoure d'une muraille ses perspectives intérieures. Son domaine est plus ou moins vaste, suivant sa puissance instinctive, animique, intellectuelle ou volitive; mais ce domaine est clos. Et tout le libre infini qui s'étend par delà est pour lui comme s'il n'existait point.

Au contraire, le Christ dit : « Tu n'es rien, tu ne peux rien par toi-même, mais tu peux tout si tu fais que Dieu habite en toi. Tes efforts les plus héroïques ne valent que comme les signes de ta bonne volonté; ils attirent la grâce, ils rendent possible la descente de l'Esprit; sans ces efforts, l'Esprit pourrait bien venir chez toi : Il peut tout; mais Sa présence te réduirait en cendres. Il faut donc que tu fasses les mêmes travaux que tes frères, que le paysan, que l'ouvrier, que le citoyen, que le savant; mais avec la persuasion profonde que tu demeures tout de même un serviteur inutile. Alors, je viendrai à toi selon la volonté de mon Père... ».

Si enfin nous considérons la technique des mystagogies, nous relèverons entre elles et la voie évangélique des différences capitales. Les premières s'adressent à un des principes de l'être humain; elles sont abstraites, spéculatives, et sans espoir de recours en cas d'insuccès. La seconde est générale, pratique, vivante, humaine en un mot; et celui qui échoue, même soixante-dix-sept fois sept fois, la bonté de Jésus ne se lasse jamais.

Regardez, en effet, le soufi; qu'il se trompe en quelque point de ses myriades d'invocations, les forces qu'il a commencé de mettre en branle retournent sur lui; de même pour le Mantra-Yogui, comme pour le Srotapatti. Si le débutant taoïste, dans sa petite pagode forestière, laisse, au bout de deux ou trois ans de solitude, sa méditation dévier, ou sa tension volitive faiblir, il est écrasé. Si le Parivradjakà, dans le caveau souterrain qui sert aux initiations brahmaniques, au bout de trois semaines de jeûne et de ténèbres, remonte au grand jour sans avoir soutenu les regards terribles des dieux d'En bas, le voilà fou pour le reste de sa vie. Ce n'est pas sans raison que les Anciens appelaient l'épilepsie le mal sacré et que le peuple, en Orient, respecte les fous. Ce sont souvent des explorateurs malchanceux de l'invisible.

Et, restant dans notre Europe, si vous parvenez à mettre la main sur les cahiers manuscrits que l'on se transmet, de supérieur en supérieur, dans quelques communautés contemplatives, vous verrez qu'il y a une initiation, en théologie pratique. Le plus connu de ces rituels, c'est les Exercices de saint Ignace de Loyola. Il existe en librairie; je ne serai donc pas indiscret à vous en parler. Il consiste en une série de méditations sur la vie de Jésus-Christ et sur les dogmes, mais des méditations où, par la force imaginative, il faut voir et entendre les scènes et les personnages. On admet très peu de candidats à suivre la série complète de ces exercices; un directeur est imposé qui parle au novice et le guide heure par heure. A la fin doit se produire la descente de la grâce illuminative. L'épreuve, qui n'est pas indiquée, consiste en ce dilemme que se pose forcément le disciple. Ou ces visions sont autosuggérées, et alors toutes les réalités théologiques sont subjectives et la volonté est le seul Dieu; ou ces visions sont objectives et, quoi qu'on fasse, elles ne se produiront que par le bon plaisir divin. Ceux des novices qui ne savent pas résoudre par eux--mêmes l'énigme de la liberté humaine et de la prescience divine deviennent des fatalistes quiétistes ou des athées. Et les directeurs, qui savent les reconnaître, les gardent alors dans les bas emplois de la Compagnie.

L'initiation évangélique pure, au contraire, est essentiellement pratique. Elle éprouve uniquement le moi. En cas de succès, elle procure la connaissance intellectuelle et le pouvoir psychique correspondant; en cas d'insuccès, elle offre au néophyte, après un peu de repos, une nouvelle épreuve. Ces épreuves, ce sont les misères de la vie quotidienne : pertes d'argent, trahisons, maladies, chagrins; le disciple reste le fils, l'époux, le père, le citoyen, l'ouvrier, l'industriel qu'il était avant d'avoir demandé son avancement. Ce sont des problèmes usuels qu'il doit résoudre : soutenir ou abandonner un procès, créer une entreprise, consentir des prêts ou les refuser, se réconcilier ou non. L'effort est fourni par le coeur et par les facultés de réalisation. Il n'est besoin ni de livres, ni de régimes, ni de voyages. Et chacun peut, seul à seul avec soi-même, demander en secret la Lumière, puisque Jésus, Maître et Ami, est constamment à la porte de notre coeur à chacun.

Ah ! si l'on savait avec quelle affectueuse et brûlante sollicitude Il attend notre demande, comme on dirait tout de suite les paroles vers la Vie et comme on résisterait à l'épreuve !




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Vous voyez maintenant combien l'initiation humaine est circonférencielle et la régénération christique centrale.

Les méthodes ésotériques de connaissance sont nombreuses et mériteraient une étude approfondie. Elles ont été construites par des hommes riches d'un trésor multiséculaire; elles contiennent une infinité d'observations ingénieuses, des vues géniales, des remarques subtiles et suggestives; et les collèges hindous, entre autres, ont fait, depuis le milieu du XIXe siècle, de grands efforts pour communiquer à la race blanche quelques-unes de leurs expériences psychologiques. Ces méthodes ne sont pas bonnes pour les Européens. Donnant au mental une force et une régularité admirables, elles produisent toutefois dans l'interne des réactions nocives à longue échéance. En tout cas, la méditation exclusivement intellectuelle, l'entraînement psychique volontaire créent toujours, quelles que soient les précautions dont on s'entoure, une sorte de déséquilibre dynamique; la tête n'est qu'une partie du corps, l'intellect qu'un organe de réflection; et il ne faut pas, prendre l'image de la vie pour la vie elle-même.

Les anciens sages avaient prévu cette dispolarisation et, pour y remédier, ils enseignaient une culture fluidique (diététique, respiration, automagnétisme) et une culture animique développant artificiellement la dévotion, l'amour. Et ces entraînements étaient interchangeables.

Essayons de nous rendre compte des défauts de ces méthodes. Contempler Dieu est impossible; le dévot non chrétien commence donc par Le contempler dans Ses créatures, signes partiels de Ses perfections. C'est comme si on disait que, en mathématiques, l'infini est la somme d'une série de nombres finis. Ou bien le dévot tient la création comme sans terme; alors son Dieu est un concept insaisissable, un abstrait; de là à identifier cette cause première avec la Pensée, il n'y a qu'un pas; au pas suivant, on retombe dans la théorie de l'illusion universelle, où le sujet pensant lui-même n'est pas certain d'exister. Tel fut le bouddhisme primitif : « O moines, dit Gautama, si on affirme que le moi existe, ce n'est pas exact; mais si on prétend que le moi n'existe pas, ce n'est pas vrai non plus ».

Quant aux facultés transcendantes, on peut les développer chez un sujet ou sur soi-même. Mais, pour que les connaissances qu'elles procurent soient exactes, il faut que l'instrument de perception soit parfait, que l'objet à percevoir reste fixe, et que l'on connaisse l'indice de réfraction du milieu. Or aucune de ces trois conditions n'est réalisable; ou alors il faudrait supposer résolu ce problème de la connaissance. Beaucoup de chercheurs commettent une telle pétition de principes.

Vous allez me dire : Où avez-vous découvert une méthode meilleure que celles dont les initiés vantent l'excellence, et dont l'emploi a produit les monuments les plus magnifiques du génie ?

L'Évangile contient cette méthode surexcellente; mais, pour la découvrir et la réaliser, il faut la force surnaturelle de la foi. « Cherchez d'abord, dit Jésus, le Royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné par surcroît ». Ce « reste », ce qui n'est pas le Royaume de Dieu, c'est justement tout ce que les hommes cherchent dans la Nature, tout ce qu'ils espèrent du Relatif. Le Royaume de Dieu, c'est le pays où règnent l'amour pur, la fraternité, la paix. Et, en vérité, celui qui aime son prochain comme soi-même sait tout; je vous dis cela, parce que je l'ai vérifié, non pas sur moi, mais sur un homme, le seul que j'aie connu qui aimât réellement son prochain : argent, temps, science, bonté, il prodiguait tout; jamais il ne pensa à lui, jamais il ne s'inquiéta de savoir comment il vivrait le lendemain; jamais les plus redoutables importuns ne furent éconduits. Or cet homme savait tout en effet; il résolvait aussi bien une question de calcul intégral, qu'il indiquait à quel endroit d'un désert on trouverait des ruines, ou les mouvements de la Bourse la semaine suivante. J'ai toujours vérifié l'exactitude parfaite de la moindre de ses indications. D'où vient une faculté aussi miraculeuse ?

Celui qui vit en Dieu, dont la seule nourriture est l'accomplissement de la volonté céleste, vit dans la Vérité; la Vérité vit en lui; et sa présence, invisible aux yeux de la chair, est sensible aux yeux des entités immortelles. Or tout a un esprit. C'est pourquoi l'esprit de cette table est obligé de dire à un tel homme, s'il le lui demande, le nom de l'ouvrier qui l'a façonnée, ou de la forêt d'où provient son bois. Devant la Vérité aucun mensonge, aucune erreur ne peuvent se soutenir.

Telle est la connaissance vivante; elle nous donne, au lieu du rapport approximatif d'un objet avec un sujet, l'essence réelle de cet objet.



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Quant à la Morale, le principe en est universel, non seulement sur cette planète mais dans toute la création. Ce sont les conséquences qui varient. Tous les êtres visibles et invisibles, infernaux et paradisiaques, n'ont qu'une seule loi : vivre les uns pour les autres.

Les différences des morales terrestres sont extérieures, et alors la sociologie, l'ethnographie nous en découvrent facilement les causes; ou intérieures, et, pour en connaître, il faut analyser le principe théologique au nom duquel on les a formulées.

Toute initiation qui place la tête au-dessus du coeur, l'Intelligence au-dessus de l'Amour, est une inversion de la synthèse patriarcale et de la doctrine du Verbe incarné. Elle met l'image à la place de l'objet. Sa morale sera personnelle, volontaire, humaine. Elle ne connaîtra pas de sauveurs, mais des frères aînés; ils ne s'offrent point en victimes; ils compatissent seulement ou donnent une aide momentanée. L'effort de libération d'après ces systèmes monte de bas en haut, du dehors au dedans; il lui faut une fondation matérielle. On cultive successivement le corps physique, puis le fluidique, puis l'astral, le mental, et ainsi de suite, selon la profondeur de la volonté. Rien de plus logique, de plus raisonnable, de plus positif. Aussi peut-on dire que les initiés sont moins des spiritualistes que des matérialistes transcendants. En tout cas, ils ne touchent point au mysticisme.

Pardonnez-moi ces images un peu grosses. Nous n'avons pas le temps d'étudier les détails; il faut que mon esquisse soit accusée, que les ombres et les lumières s'y opposent vigoureusement pour que les figures s'en impriment dans votre mémoire.

Cet effort parti du moi, c'est Marc-Aurèle, Socrate, Pythagore; c'est le bouddhisme et le taoïsme primitifs; c'est Ibsen et Nietzsche; c'est aussi, il faut le dire, au risque de vous scandaliser, ce trop célèbre Tolstoï, qui n'a de christique que le vocabulaire. Il est clair que cette morale ne peut nous monter plus haut que nous-mêmes; elle ne nous sortira donc jamais du créé, quoi qu'en disent ses protagonistes.

L'Évangile ignore l'adeptat. Toute l'ascétique, la lutte contre les passions et le portement des épreuves n'est que le Précurseur destiné à disparaître à mesure que va croître la Lumière; non plus la gloire pourtant si belle de quelque paradis créé, mais la splendeur même du Royaume incréé. C'est le repentir, la pénitence; le disciple creuse en soi-même le moule où descendra - peut-être - la forme du Verbe qui lui correspond. Cette descente, c'est la nouvelle naissance, la libération vraie; c'est l'Esprit pur, et non l'esprit d'un dieu, d'un génie, d'un rishi ou d'un dragon. En un mot, le Christ affirme replacer l'homme dans l'Absolu. Aucun adepte ne peut que monter à la cime du relatif, à ce zéro métaphysique qui est le pivot immobile des vibrations universelles.

Où est le mérite, dira-t-on ? Que devient la valeur de l'homme, son libre arbitre ? Il ne m'est pas possible d'abuser de votre patience jusqu'à vous redire Pélage, saint Augustin, Boehme, Jansénius et Molinos; ce que je vous affirme, c'est que l'antinomie de la prescience divine et de la liberté humaine n'existe que dans notre intellect. Un jour viendra, je l'espère, où vous vérifierez par l'expérience ce que j'atteste en ce moment. Il suffit de vous souvenir, pour la rectitude de notre travail, que la réintégration mosaïque, l'adeptat brahmanique, la délivrance bouddhique sont trois états complètement opposés entre eux et encore plus opposés avec le salut dont parle l'Évangile. L'unité des religions est une chimère, pour de longs siècles encore; avant qu'elle se réalise, il faudra que ces religions se transforment du tout au tout.

L'Évangile ajoute à la notion ancienne de la puissance et de la liberté de l'homme, que cet être, quoique possédant en lui une semence d'éternité, ne peut y atteindre par ses propres forces, puisque ces forces sont relatives, limitées, finies. Ce passage du Relatif à l'Absolu, pour rapide qu'il soit, constitue seul le vrai salut. Mais Celui-là seul peut nous le faire franchir qui est cet Absolu, cet Infini, cet Éternel. Celui-là, c'est le Verbe, c'est le Christ Jésus.




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La perfection initiatique est l'adeptat; la perfection évangélique est l'accomplissement de la volonté divine. Pour toutes deux, il faut une nouvelle naissance; la première est naturelle, la seconde est surnaturelle.

En théorie, l'adepte possède l'omniscience et la toute-puissance; en réalité, aucun des adeptes que j'ai connus ne savait tout, quoiqu'ils eussent réponse à tout; et encore moins pouvaient-ils tout. Soyons pondérés. Tout connaître, cela veut dire que le Père nous admet dans Ses conseils; tout pouvoir, cela signifie qu'IL nous donne le commandement des cohortes angéliques. Or aucun homme, aucun dieu, aucune créature n'a encore reçu de telles prérogatives. Restons sur la terre; le champ du merveilleux y est encore bien vaste; et, cependant, celles des promesses de l'ésotérisme qui s'y réfèrent restent exagérées.

Voyez l'alchimie. Chimiquement, elle est vraie; on peut fabriquer un corps qui possède toutes les propriétés de l'or, sans en être; spirituellement, elle est fausse, parce que l'or, comme chaque forme de la matière, n'est tel qu'en vertu d'un principe supra-terrestre qui échappe à l'emprise de l'intelligence humaine. L'initié peut agir sur le physique, le fluidique et l'astral; il ne peut rien sur l'essence verbale des êtres.

Voyez en psychologie transcendante. Les livres d'occultisme sont remplis d'histoires d'élixirs mystérieux, au moyen desquels les adeptes prolongent pendant des siècles leur existence terrestre. Cela est exact; il existe des procédés secrets, il existe des hommes assez savants et assez forts pour les utiliser. Mais ce que le chercheur ne remarque pas, c'est que de tels individus sont des criminels. Chacun a, en effet, mérité une certaine somme d'intelligence, de bien-être, de puissance et de vie physique. Mais, de même que le financier ne peut accumuler les millions sans semer la ruine autour de lui, l'adepte, qui n'a droit qu'à quatre-vingts ans d'existence, ne peut en prendre cent ou deux cents que s'il dépouille de cette vie physique d'autres êtres humains. Qu'on n'invoque pas le prétexte d'un but supérieur; tout bien obtenu par un procédé mauvais n'est plus un bien. Notre existence ne nous appartient pas; notre corps non plus; rien de nous-mêmes ne nous est propre. Comment arrêter le cours de ces évolutions, en nous et hors de nous, sinon par une tyrannie égoïste et orgueilleuse ? S'il était permis de violer le secret d'autrui, je vous aurais raconté l'histoire récente d'un adepte qui vivait depuis presque mille ans sur terre et qui s'est vu obligé de restituer tous les dols anciens qu'il avait commis. J'ai vu aussi, pour citer le cas contraire*, ressusciter un homme dûment mort et lui accorder une prolongation d'existence; mais le thaumaturge avait pourvu à tous les suppléments de force que les créatures attachées à l'âme de ce mort étaient en droit de recevoir.

Ainsi ne prenons pas à la lettre toutes les grandiloquences des livres d'occultisme.

Beaucoup de sociétés secrètes affirment influer sur les événements politiques; et la plupart se réclament de diverses fraternités ésotériques. Personne n'ignore ces interventions occultes dans le monde entier, en Europe aussi bien qu'en Chine. Et il n'est pas nécessaire de creuser beaucoup le tuf des légendes pour découvrir que toutes ces associations dépendent de deux ou trois centres et ces centres, de quelques individus inconnus, sédentaires ou errants, mais qui savent admirablement dissimuler leurs véritables occupations.

Il y a, dans ces conjectures, pas mal d'erreurs sur un fond de vérité. Tout est bien double dans le collectif social comme dans l'individu; il existe bien, dans toute religion et dans tout gouvernement, une hiérarchie secrète à côté de la hiérarchie extérieure. De temps à autre, certains dieux envoient bien des missionnaires auprès des autorités politiques ou ecclésiastiques; tels, furent, autrefois, saint Bernard, le Cosmopolite et Cagliostro, pour ne citer que ceux-là, et pour respecter le secret de certaines interventions plus récentes. Enfin, l'armée de Dieu et celle des Ténèbres, qui se combattent dans l'univers, se combattent aussi sur la terre; mais l'armée de Dieu est une; l'armée des Ténèbres est multiple, et ses différents groupes se tirent souvent les uns sur les autres. C'est pour cela qu'il est si rare de trouver un initié qui ne considère pas comme magie noire les systèmes autres que le sien.

L'Évangile condamne toutes les sciences occultes et toutes les associations secrètes, parce que toutes comportent des assassinats ou des révoltes.
L'homme n'est pas ici pour commander, mais pour se soumettre; loi dure à l'orgueil, loi douce à l'amour. Tous sont conduits; et ceux-là qui pensent être les plus indépendants sont les plus menés. Il n'y a que deux êtres qui savent ce qu'ils font : le Seigneur de la terre, l'homme libre délégué par le Verbe, et le Prince de ce monde, le lieutenant de Lucifer. Tous deux se gardent inconnus, parce qu'ils ont besoin de solitude et de silence; tous deux sont incompris, mais le Seigneur l'est davantage que le Prince, parce qu'il y a moins de lumière que de ténèbres dans le coeur des hommes.

Voyez le Christ. Qui fut moins compris ? Toutes les sectes se L'arrachent; et les peuples se sont entretués au nom des fausses images qu'ils se firent de Lui. Pour le philosophe, ce fut un agitateur; pour l'anarchiste, un anarchiste; et les hommes d'autorité se réclament de Lui; pour le spirite, Il est un médium; pour le magnétiseur, Il n'agit que par les fluides; l'hermétiste Le tient pour un mage et le bouddhiste, pour un futur Bouddha.

Et pourtant Jésus est tout autre; Il est d'abord Notre Jésus, à nous tous, qui Le crucifions sans relâche, par l'acte, par la parole, par la pensée; Il n'est pas un guide qui se retourne pour lancer une corde au voyageur en péril; rien de commun entre Lui et le Bouddha; Bouddha signifie, dans la langue des Temples, le connaissant, le savant; Jésus signifie le vivant. Jésus n'a jamais été essénien; tout ce que Jacolliot et Notovitch racontent de voyages et d'initiations dans l'Inde est fantaisiste; Jezeus Christna sont des mots impossibles en sanscrit. Le Christ n'a pas, comme le prétend le Talmud, volé dans le Temple de Jérusalem le Tétragramme; Il n'a jamais eu besoin de leçons, ni d'exercices. Dès l'âge de trois ans, Il fit en Egypte ce que l'on appelle des miracles, en y délivrant des âmes enchaînées. C'était un homme, oui; mais cet homme - parfait - contenait la totalité de la Lumière divine.

En disant : « Qui me voit, voit mon Père », Il ne faisait pas un jeu de mots métaphysique; Il exprimait un fait, une réalité substantielle. Il fut, Il est, Il demeurera le Maître de la Vie. Il nous a aidés, non pas de loin, par des voeux, mais en descendant avec nous, en chargeant notre fardeau, en assumant nos fatigues. Il a connu toutes les douleurs humaines et, ce qui est plus extraordinaire, Il a résisté à toutes les joies. Quand Il expira sur le Calvaire, c'était peut-être la dixième ou la douzième fois qu'en Perse, à Rome, en Espagne, en Egypte, aux Indes, au Thibet, Il subissait les chaînes et les supplices. Car toute Son histoire a été savamment faussée, souvenez-vous-en.

Le Christ est le seul Maître digne de ce nom, parce qu'II a souffert volontairement toutes les servitudes; Il est le seul Ami, parce qu'II a accepté le mal de chacun de nous; Il est le seul Initiateur, parce que, seul, Il connaît l'absolu, le relatif, et tous les infinis. Il est la Voie, parce que les créatures ne peuvent avancer qu'en suivant la trace éclatante de Ses pas. Il est la Vérité, parce que rien n'existe que par Lui. Il est la Vie, parce qu'II fut le premier-né du Père et qu'II sera présent encore dans des milliards de siècles, quand cette immense Nature, purifiée, embrasée, flamboyante, s'élèvera vers les gloires éternelles.

L'initiation évangélique ne propose qu'un seul but : l'accomplissement de la volonté du Père; qu'un travail : l'amour fraternel; qu'une méthode : la résignation et la demande. Elle ne s'adresse qu'au coeur; elle n'emploie aucun entraînement; elle ne nécessite aucun régime. Elle est assez simple pour qu'un enfant la comprenne et parfois plus terrible que les austérités effrayantes des rishis séculaires. Elle est silencieuse, mais la voix de son disciple peut retentir jusque par delà les constellations; elle est douce, car d'un sourire l'Ami nous donne la force pour un siècle de travaux; mais, malheureusement, elle est très inconnue, parce que les hommes ne courent qu'après l'étrange, le rare et le brillant.

Car ni la science ni les miracles ne prouvent la spiritualité. Il existe actuellement un homme qui a opéré des guérisons par milliers; il se considère comme très supérieur au Christ; vous voyez donc que le dieu de l'orgueil confère des pouvoirs à ses partisans. Je connais, parmi nos contemporains, sept ou huit messies nouveaux, qui se croient tous des réincarnations authentiques du Christ; l'Amérique n'a-t-elle pas eu l'incarnation du Saint-Esprit ? Ceux qui prétendent, plus modestement, réconcilier le pape et le grand lama, divulguer la science intégrale, ou établir un empire universel, ne sont pas très rares.

Vous donc, Messieurs, qui commencez ces études mystérieuses, vous aussi qui les continuez depuis longtemps, ayez de la prudence. Calmez d'abord vos curiosités; tout vient à son heure; défiez-vous des fascinations de toute nature; prenez garde à ceux qui se tiennent dans les coulisses et dont les hommes les plus admirables en apparence peuvent n'être que les marionnettes.

Etudiez, comparez. De même que la Nature fait croître les herbes qui guérissent les contusions dans les lieux escarpés où les chutes sont fréquentes, de même elle nous offre les moyens de nous tirer de tous les mauvais pas où nos imprudences nous jettent. Toute créature naît dans le milieu qui lui correspond; nous, Européens, nous sommes sous la parole du Christ; elle contient toute la nourriture spirituelle de nos âmes; et elle seule la contient.

Soyons raisonnables. l'Évangile nous semble trop enfantin ? Commençons à réduire en actes ses conseils si simples; nous constaterons bientôt qu'il n'y a pas de besogne plus absorbante; et nous n'aurons plus de temps pour discuter si le Logos est triple ou septuple. Nous ne comprenons pas la transsubstantiation ? Allons d'abord à notre ennemi, tendons-lui la main, invitons-le à notre table, en mémoire de ce Jésus, aux paroles si peu savantes; ensuite, nous comprendrons.

Telle est la seule méthode, saine et rapide, dont les fruits durent par delà la mort. Dès l'origine du monde, cette vérité se fit connaître; mais les hommes l'obscurcirent et la déformèrent à maintes reprises. Aujourd'hui, vous avez expérimenté le vide de la science matérialiste, et de la religion uniquement formaliste; mais vous vous êtes construit une autre idole : la science secrète et la religion ésotérique. Souvenez-vous que le dernier mot du savoir, c'est : J'ignore; que le dernier mot de l'adeptat, c'est : Je ne puis. Quand vous aurez vous-mêmes, des profondeurs palpitantes de votre être, jeté ces deux cris désespérés, l'aube de la Lumière éternelle s'étendra sur votre néant. Ce sera le premier pas sur la route mystérieuse de la pauvreté, qui mène vers le Père. Mon voeu, c'est que cette catastrophe et cette aurore deviennent bientôt très proches pour chacun de vous.

Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

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27 novembre 2006 1 27 /11 /novembre /2006 11:26

A propos des manuscrits de Qurâm... où l'on notera qu'il a fallu attendre plus d'un demi-siècle pour que les premières traductions apparaissent. Nul doute que l'Eglise Catholique Romaine devait veiller avec appréhension au déroulement de la chose. Voilà un document d'importance qui remet sérieusement en cause certains passages de la vie de Ieschoua le Juif Palestinien,  même si son nom n'est jamais mentionné... comme il est signalé ci-dessous, IL est issu avec Paul et d'autres, d'un "judaïsme tardif". Ieschoua est venu réformer le Judaïsme, là était sa Véritable Mission. Réhabiliter l'ancienne Doctrine d'Abraham et par là-même abollir celle de Moïse... nous sommes en train de plancher sur le sujet. Ainsi lorsqu'il dit :

"Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir" (Mat 5/17)... à cet instant précis, il ne dit pas de quelle loi il parle mais ce n'est certainement pas celle de Moïse dont il remet en cause tous les préceptes y compris la circoncision. On citera un exemple parmi tant d'autres :

"Vous avez appris qu'il a été dit: œil pour œil, et dent pour dent.

Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre." (Mat. 5/38/39)

Nous y reviendrons...


L'apport spécifique des Manuscrits de Qumrân

 dans la traduction de la Bible



par Jean-Claude DUBS

Les manuscrits de Qumrân

Le mot-clef « Qumrân » n'apparaît pas moins de 288 fois dans le volume de la Nouvelle Bible Segond. Cette proportion sans exemple dans le passé, souligne à elle seule le crédit que l'on apporte aujourd'hui à cette source ancienne. Rappelons que cette dernière n'est pas sans mérite puisqu'elle permet de se rapprocher d'au moins 1000 ans des origines de la Bible. Avec la bibliothèque de Qumrân on a pu plonger en plein dans l'effervescence biblique de cette période où les persécutions des Séleucides, puis la férule des Romains, développaient le réflexe identitaire, et conduisaient les croyants à récapituler leurs connaissances, à engranger du matériau spirituel pour faire face à la crise.

Descendant spirituels au moins, des pieux Hassidîm, les qumrâniens cherchent à assurer la pérennité de leur foi en remettant en honneur les vieux textes . Le Pentateuque Samaritain qui daterait des années 125 av. J.C. et que l'occident n'a redécouvert qu'en 1615 seulement ; le Vieux Grec, ou les sources anciennes de la Septante qui remontent au 3° s. avant J.-C., mais dont les éditions selon les livres sont très variées. Ces traductions grecques rendraient même parfois compte, aux yeux de certains chercheurs, d'un texte hébraïque plus ancien que ceux dont nous disposons. On peut dire que pour chaque livre biblique, que ce soit en hébreu, ou en grec, le dossier qumrânien est particulier. Mais une constante demeure au dessus de toutes ces quêtes particulières : et c'est le très peu de divergence, le très peu de différence qui distinguent nos Bibles modernes de ces collections de textes anciens, jamais reliés entre eux, sauf les douze petits prophètes, qui aussi loin qu'on remonte, habitent toujours un même rouleau.



La grotte de Qumrân en Israël




Certes le texte-source dont se servent les traducteurs du monde entier, à savoir la Bible Hébraïque établie à Stuttgart par la Société biblique allemande, ( BHS) rendait déjà compte, en 1967, dans son apparat critique, des trouvailles de la Grotte 1, c'est à dire les deux rouleaux (fort différents) d'Esaïe, l'Apocryphe de la Genèse, le Rouleau de la Guerre et quelques Psaumes de la Grotte 4 (Ps 91---118). Il est évident que par rapport aux données actuelles, on est loin du compte, puisque ce ne sont plus quelques rouleaux se comptant sur les doigts de la main qui ont été inventoriés, mais quelques 900 références, malheureusement réparties en 25000 fragments, ce qui explique pour une part, le temps que l'on a mis à reconstituer les puzzles, et donc aussi qu'il ait fallu attendre un demi siècle avant d'assister à leur publication. Celle-ci est maintenant réalisée à 90 %.

Parmi ces rouleaux de la mer Morte, 250 au moins, concernent la Bible, soit parce qu'ils apportent des copies anciennes de livres bibliques proprement dit, ou bien des paraphrases continues, comme c'est le cas du Pentateuque retravaillé ; ou encore parce qu'ils sont riches en citations expresses des textes bibliques, qu'ils commentent ou exploitent à des fins polémiques.

Tel est le cas en particulier du fameux « Manifeste » (4QMMT) de la Grotte 4, une lettre polémique qui circulait à Paris sous le manteau depuis 1980, et qui a bénéficié en 1994 de la levée générale de l'embargo, au moment où deux savants américains ont mis le feu aux poudres en publiant une édition pirate de tous les textes et de toutes les photos que les chercheurs officiels protégeaient jalousement des regards.

Ce manifeste qumrânien, appelé en français « La lettre Halachique » a aussitôt été attribué au Maître de Justice, donc au fondateurs du mouvement de Qumrân. Il s'agit d'une dissertation à l'adresse d'un éminent correspondant qui ne serait autre que le grand-prêtre du Temple de Jérusalem. Cette lettre lui prodigue explications et opinions, sur la manière convenable d'appliquer certaines règles cultuelles du Lévitique et du Deutéronome. Ces derniers sont expressément citées avec la formule consacrée " car il est écrit ". Manière de dire : il y a une Bible, et une autorité biblique. En l'occurrence il s'agissait le la Torah, ce qui n'était pas nouveau. Mais l'intérêt spécifique de ce document va plus loin. Il affirme en effet qu'au delà de la Loi de Moïse il existe un recueil, une collection, un corpus d'écrits particuliers, qui font autorité pour la foi et qui ne sont autres que les Ecritures bibliques.

Ce document recoupe ce que l'on savait déjà par le Prologue du Siracide, en prenant à son compte un ordre canonique des livres bibliques Moïse, les Prophètes, David (C.10, 17, 22). Or la même formule on le sait, se trouve sous la plume de Luc, lorsque à trois reprises (24.27, 32, 45) il rapporte comment, auprès des disciples d'Emmaüs, Jésus insiste sur l'importance du témoignage des Ecritures : Torah de Moïse, témoignage des Prophètes et des Psaumes.

Les Qumraniens sont tout imprégnés de Bible. Tous les livres canoniques de l'Ancien Testament, sauf Néhémie et Esther, ont été retrouvé dans leur bibliothèque. Encore l'absence de ces deux derniers peut-elle être fortuite : car on a bien conscience que ce qui subsiste, après 2000 ans, de cette bibliothèque enfouie, ne représente qu'une portion de ce qu'elle devait contenir à l'époque.

Ceci posé, et à considérer ce que pouvait être pour la Communauté essénienne , ce que nous appelons volontiers « la Bible dans la Bible » pour désigner les passages les plus aimés, on constate un fait surprenant et significatif. Car les livres préférés des qumrâniens sont les mêmes que ceux des auteurs du Nouveau Testament. En tête du palmarès des Ecrits bibliques retrouvés dans les grottes à manuscrits, figurent en effet tout d'abord 37 fois le recueil des Psaumes, puis 30 fois le livre du Deutéronome, et le livre d'Esaïe 21 fois . Si la démonstration de la proximité de tous ces courant juifs, qui fleurissent au tournant de notre ère restait à faire, nous en aurions ici un élément. Il est évident que le christianisme du premier siècle est un de ces courants.

Reste la question des rouleaux non-bibliques. Ils constituent, on l'a dit, les deux tiers des rouleaux de l'ancienne bibliothèque de Qumrân. Que faut-il en penser ?- Nous aurions tort de les mépriser car ils ouvrent en effet toute grande la fenêtre vers les rêves théologiques du judaïsme tardif. De ce judaïsme d'où Jésus, Paul et les Autres sont issus. On sait , par exemple, que le livre d'Hénoch, très présent à Qumrân, l'était aussi dans le canon biblique de l'église chrétienne éthiopienne, et que l'épître de Jude le cite comme Ecriture.


La liste de ces ouvrages para-bibliques n'en est pas à énumérer ici. Simplement nous pouvons signaler que si 200 notes de bas de pages de la Nouvelle Bible Segond font référence à Qumran : 88 autres occasions de pénétrer le milieu de la mer Morte et d'en tirer profit, sont offertes dans les notices développées que l'on a placées en annexe, dans l'index général. Elles aideront, nous en somme sûrs, à mieux situer ce bouillonnant univers de réflexion d'où nous est venue la Bible, et en particulier le Nouveau Testament.

Sources La Bible net

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1 novembre 2006 3 01 /11 /novembre /2006 02:41

Très intéressant passage où il est bien expliqué que les humains qui vivent les plus vieux sont bien plus punis que ceux qui meurent plus jeunes. L'Âme prisonnière du corps ne rêve que de revenir dans son  monde.  

 

 

 L'Evangile selon le spiritisme

 

 

par ALLAN KARDEC 

 

6ème partie

5ème partie

 

4ème partie 

3ème partie

2ème partie

1ère partie

 

CHAPITRE V (suite)

 

BIENHEUREUX LES AFFLIGES

 

 

 

 

Pertes de personnes aimées. Morts prématurées.


21. Quand la mort vient faucher dans vos familles, emportant sans mesure les jeunes gens avant les vieillards, vous dites souvent : Dieu n'est pas juste, puisqu'il sacrifie ce qui est fort et plein d'avenir, pour conserver ceux qui ont vécu de longues années pleines de déceptions ; puisqu'il enlève ceux qui sont utiles, et laisse ceux qui ne servent plus à rien ; puisqu'il brise le coeur d'une mère en la privant de l'innocente créature qui faisait toute sa joie.


Humains, c'est là que vous avez besoin de vous élever au-dessus du terre à terre de la vie pour comprendre que le bien est souvent là où vous croyez voir le mal, la sage prévoyance là où vous croyez voir l'aveugle fatalité du destin. Pourquoi mesurer la justice divine à la valeur de la vôtre ? Pouvez-vous penser que le maître des mondes veuille, par un simple caprice, vous infliger des peines cruelles ? Rien ne se fait sans un but intelligent, et, quoi que ce soit qui arrive, chaque chose a sa raison d'être. Si vous scrutiez mieux toutes les douleurs qui vous atteignent, vous y trouveriez toujours la raison divine, raison régénératrice, et vos misérables intérêts seraient une considération secondaire que vous rejetteriez au dernier plan.


Croyez-moi, la mort est préférable, pour l'incarnation de vingt ans, à ces dérèglements honteux qui désolent les familles honorables, brisent le coeur d'une mère, et font, avant le temps, blanchir les cheveux des parents. La mort prématurée est souvent un grand bienfait que Dieu accorde à celui qui s'en va, et qui se trouve ainsi préservé des misères de la vie, ou des séductions qui auraient pu l'entraîner à sa perte. Celui qui meurt à la fleur de l'âge n'est point victime de la fatalité, mais Dieu juge qu'il lui est utile de ne pas rester plus longtemps sur la terre.


C'est un affreux malheur, dites-vous, qu'une vie si pleine d'espérances soit sitôt brisée ! De quelles espérances voulez-vous parler ? de celles de la terre où celui qui s'en va aurait pu briller, faire son chemin et sa fortune ? Toujours cette vue étroite qui ne peut s'élever au-dessus de la matière. Savez-vous quel aurait été le sort de cette vie si pleine d'espérances selon vous ? Qui vous dit qu'elle n'eût pas été abreuvée d'amertumes ? Vous comptez donc pour rien les espérances de la vie future, que vous leur préférez celles de la vie éphémère que vous traînez sur la terre ? Vous pensez donc qu'il vaut mieux avoir un rang parmi les hommes que parmi les Esprits bienheureux ?


Réjouissez-vous au lieu de vous plaindre quand il plaît à Dieu de retirer un de ses enfants de cette vallée de misères. N'y a-t-il pas de l'égoïsme à souhaiter qu'il y restât pour souffrir avec vous ? Ah ! cette douleur se conçoit chez celui qui n'a pas la foi, et qui voit dans la mort une séparation éternelle ; mais vous, spirites, vous savez que l'âme vit mieux débarrassée de son enveloppe corporelle ; mères, vous savez que vos enfants bien-aimés sont près de vous ; oui, ils sont tout près ; leurs corps fluidiques vous entourent, leurs pensées vous protègent, votre souvenir les enivre de joie ; mais aussi vos douleurs déraisonnables les affligent, parce qu'elles dénotent un manque de foi, et qu'elles sont une révolte contre la volonté de Dieu.


Vous qui comprenez la vie spirituelle, écoutez les pulsations de votre coeur en appelant ces chers bien-aimés, et si vous priez Dieu pour le bénir, vous sentirez en vous de ces consolations puissantes qui sèchent les larmes, de ces aspirations prestigieuses qui vous montreront l'avenir promis par le souverain Maître. (SANSON, anc. membre de la Société spirite de Paris, 1863.)


Si c'était un homme de bien, il se serait tué.


22. - Vous dites souvent en parlant d'un mauvais homme qui échappe à un danger : Si c'était un homme de bien, il se serait tué. Eh bien, en disant cela vous êtes dans le vrai, car effectivement il arrive bien souvent que Dieu donne à un Esprit, jeune encore dans les voies du progrès, une plus longue épreuve qu'à un bon, qui recevra, en récompense de son mérite, la faveur que son épreuve soit aussi courte que possible. Ainsi donc, quand vous vous servez de cet axiome, vous ne vous doutez pas que vous commettez un blasphème.


S'il meurt un homme de bien, et qu'à côté de sa maison soit celle d'un méchant, vous vous hâtez de dire : Il vaudrait bien mieux que ce fût celui-ci. Vous êtes grandement dans l'erreur, car celui qui part a fini sa tâche, et celui qui reste ne l'a peut-être pas commencée. Pourquoi voudriez-vous donc que le méchant n'eût pas le temps de l'achever, et que l'autre restât attaché à la glèbe terrestre ? Que diriez-vous d'un prisonnier qui aurait fini son temps, et qu'on retiendrait en prison tandis qu'on donnerait la liberté à celui qui n'y a pas droit ? Sachez donc que la vraie liberté est dans l'affranchissement des liens du corps, et que tant que vous êtes sur la terre, vous êtes en captivité.


Habituez-vous à ne pas blâmer ce que vous ne pouvez pas comprendre, et croyez que Dieu est juste en toutes choses ; souvent ce qui vous paraît un mal est un bien ; mais vos facultés sont si bornées, que l'ensemble du grand tout échappe à vos sens obtus. Efforcez-vous de sortir, par la pensée, de votre étroite sphère, et à mesure que vous vous élèverez, l'importance de la vie matérielle diminuera à vos yeux, car elle ne vous apparaîtra que comme un incident dans la durée infinie de votre existence spirituelle, la seule véritable existence. (FENELON, Sens, 1861.)


Les tourments volontaires.


23. L'homme est incessamment à la poursuite du bonheur qui lui échappe sans cesse, parce que le bonheur sans mélange n'existe pas sur la terre. Cependant, malgré les vicissitudes qui forment le cortège inévitable de cette vie, il pourrait tout au moins jouir d'un bonheur relatif, mais il le cherche dans les choses périssables et sujettes aux mêmes vicissitudes, c'est-à-dire dans les jouissances matérielles, au lieu de le chercher dans les jouissances de l'âme qui sont un avant-goût des jouissances célestes impérissables ; au lieu de chercher la paix du coeur, seul bonheur réel ici-bas, il est avide de tout ce qui peut l'agiter et le troubler ; et, chose singulière, il semble se créer à dessein des tourments qu'il ne tiendrait qu'à lui d'éviter.


En est-il de plus grands que ceux que causent l'envie et la jalousie ? Pour l'envieux et le jaloux il n'est point de repos : ils ont perpétuellement la fièvre ; ce qu'ils n'ont pas et ce que d'autres possèdent leur cause des insomnies ; les succès de leurs rivaux leur donnent le vertige ; leur émulation ne s'exerce qu'à éclipser leurs voisins, toute leur joie est d'exciter dans les insensés comme eux la rage de jalousie dont ils sont possédés. Pauvres insensés, en effet, qui ne songent pas que demain peut-être il leur faudra quitter tous ces hochets dont la convoitise empoisonne leur vie ! Ce n'est pas à eux que s'applique cette parole : «Bienheureux les affligés, parce qu'ils seront consolés,» car leurs soucis ne sont pas de ceux qui ont leur compensation dans le ciel.

 
Que de tourments, au contraire, s'épargne celui qui sait se contenter de ce qu'il a, qui voit sans envie ce qu'il n'a pas, qui ne cherche pas à paraître plus qu'il n'est. Il est toujours riche, car s'il regarde au-dessous de lui, au lieu de regarder au-dessus, il verra toujours des gens qui ont encore moins ; il est calme, parce qu'il ne se crée pas des besoins chimériques, et le calme au milieu des orages de la vie n'est-il pas du bonheur ? (FENELON, Lyon, 1860.)

 

Le malheur réel.

 


24. Tout le monde parle du malheur, tout le monde l'a ressenti et croit connaître son caractère multiple. Moi, je viens vous dire que presque tout le monde se trompe, et que le malheur réel n'est point du tout ce que les hommes, c'est-à-dire les malheureux, le supposent. Ils le voient dans la misère, dans la cheminée sans feu, dans le créancier menaçant, dans le berceau vide de l'ange qui souriait, dans les larmes, dans le cercueil qu'on suit le front découvert et le coeur brisé, dans l'angoisse de la trahison, dans le dénuement de l'orgueil qui voudrait se draper dans la pourpre, et qui cache à peine sa nudité sous les haillons de la vanité ; tout cela, et bien d'autres choses encore, s'appelle le malheur dans le langage humain. Oui, c'est le malheur pour ceux qui ne voient que le présent ; mais le vrai malheur est dans les conséquences d'une chose plus que dans la chose elle-même. Dites-moi si l'événement le plus heureux pour le moment, mais qui a des suites funestes, n'est pas en réalité plus malheureux que celui qui cause d'abord une vive contrariété, et finit par produire du bien. Dites-moi si l'orage qui brise vos arbres, mais assainit l'air en dissipant les miasmes insalubres qui eussent causé la mort, n'est pas plutôt un bonheur qu'un malheur.


Pour juger une chose, il faut donc en voir la suite ; c'est ainsi que pour apprécier ce qui est réellement heureux ou malheureux pour l'homme, il faut se transporter au-delà de cette vie, parce que c'est là que les conséquences s'en font sentir ; or, tout ce qu'il appelle malheur selon sa courte vue, cesse avec la vie, et trouve sa compensation dans la vie future.


Je vais vous révéler le malheur sous une nouvelle forme, sous la forme belle et fleurie que vous accueillez et désirez par toutes les forces de vos âmes trompées. Le malheur, c'est la joie, c'est le plaisir, c'est le bruit, c'est la vaine agitation, c'est la folle satisfaction de la vanité qui font taire la conscience, qui compriment l'action de la pensée, qui étourdissent l'homme sur son avenir ; le malheur, c'est l'opium de l'oubli que vous appelez de tous vos voeux.


Espérez, vous qui pleurez ! tremblez, vous qui riez, parce que votre corps est satisfait ! On ne trompe pas Dieu ; on n'esquive pas la destinée ; et les épreuves, créancières plus impitoyables que la meute déchaînée par la misère, guettent votre repos trompeur pour vous plonger tout à coup dans l'agonie du vrai malheur, de celui qui surprend l'âme amollie par l'indifférence et l'égoïsme.

Que le spiritisme vous éclaire donc et replace dans leur vrai jour la vérité et l'erreur, si étrangement défigurées par votre aveuglement ! Alors vous agirez comme de braves soldats qui, loin de fuir le danger, préfèrent les luttes des combats hasardeux, à la paix qui ne peut leur donner ni gloire ni avancement. Qu'importe au soldat de perdre dans la bagarre ses armes, ses bagages et ses vêtements, pourvu qu'il en sorte vainqueur et avec gloire ! Qu'importe à celui qui a foi en l'avenir de laisser sur le champ de bataille de la vie sa fortune et son manteau de chair, pourvu que son âme entre radieuse dans le céleste royaume ? (DELPHINE DE GIRARDIN, Paris, 1861.)


La mélancolie.


25. Savez-vous pourquoi une vague tristesse s'empare parfois de vos coeurs et vous fait trouver la vie si amère ? C'est votre Esprit qui aspire au bonheur et à la liberté, et qui, rivé au corps qui lui sert de prison, s'épuise en vains efforts pour en sortir. Mais, en voyant qu'ils sont inutiles, il tombe dans le découragement, et le corps subissant son influence, la langueur, l'abattement et une sorte d'apathie s'emparent de vous, et vous vous trouvez malheureux.


Croyez-moi, résistez avec énergie à ces impressions qui affaiblissent en vous la volonté. Ces aspirations vers une vie meilleure sont innées dans l'esprit de tous les hommes, mais ne les cherchez pas ici-bas ; et à présent que Dieu vous envoie ses Esprits pour vous instruire du bonheur qu'il vous réserve, attendez patiemment l'ange de la délivrance qui doit vous aider à rompre les liens qui tiennent votre Esprit captif. Songez que vous avez à remplir pendant votre épreuve sur la terre une mission dont vous ne vous doutez pas, soit en vous dévouant à votre famille, soit en remplissant les divers devoirs que Dieu vous a confiés. Et si, dans le cours de cette épreuve, et en vous acquittant de votre tâche, vous voyez les soucis, les inquiétudes, les chagrins fondre sur vous, soyez forts et courageux pour les supporter. Bravez-les franchement ; ils sont de courte durée et doivent vous conduire près des amis que vous pleurez, qui se réjouissent de votre arrivée parmi eux, et vous tendront les bras pour vous conduire dans un lieu où n'ont point accès les chagrins de la terre. (FRANÇOIS DE GENEVE. Bordeaux.)


Epreuves volontaires. Le vrai cilice.


26. Vous demandez s'il est permis d'adoucir ses propres épreuves ; cette question revient à celle-ci : Est-il permis à celui qui se noie de chercher à se sauver ? à celui qui s'est enfoncé une épine de la retirer ? à celui qui est malade d'appeler le médecin ? Les épreuves ont pour but d'exercer l'intelligence aussi bien que la patience et la résignation ; un homme peut naître dans une position pénible et embarrassée, précisément pour l'obliger à chercher les moyens de vaincre les difficultés. Le mérite consiste à supporter sans murmure les conséquences des maux qu'on ne peut éviter, à persévérer dans la lutte, à ne se point désespérer si l'on ne réussit pas, mais non dans un laisser-aller qui serait de la paresse plus que de la vertu.


Cette question en amène naturellement une autre. Puisque Jésus a dit : «Bienheureux les affligés,» y a-t-il du mérite à chercher les afflictions en aggravant ses épreuves par des souffrances volontaires ? A cela je répondrai très nettement : Oui, il y a un grand mérite quand les souffrances et les privations ont pour but le bien du prochain, car c'est de la charité par le sacrifice ; non, quand elles n'ont pour but que soi-même, car c'est de l'égoïsme par fanatisme.


Il y a ici une grande distinction à faire ; pour vous, personnellement, contentez-vous des épreuves que Dieu vous envoie, et n'en augmentez pas la charge déjà si lourde parfois ; acceptez-les sans murmure et avec foi, c'est tout ce qu'il vous demande. N'affaiblissez point votre corps par des privations inutiles et des macérations sans but, car vous avez besoin de toutes vos forces pour accomplir votre mission de travail sur la terre. Torturer volontairement et martyriser votre corps, c'est contrevenir à la loi de Dieu, qui vous donne le moyen de le soutenir et de le fortifier ; l'affaiblir sans nécessité, est un véritable suicide. Usez, mais n'abusez pas : telle est la loi ; l'abus des meilleures choses porte sa punition par ses conséquences inévitables.


Il en est autrement des souffrances que l'on s'impose pour le soulagement de son prochain. Si vous endurez le froid et la faim pour réchauffer et nourrir celui qui en a besoin, et si votre corps en pâtit, voilà le sacrifice qui est béni de Dieu. Vous qui quittez vos boudoirs parfumés pour aller dans la mansarde infecte porter la consolation ; vous qui salissez vos mains délicates en soignant les plaies ; vous qui vous privez de sommeil pour veiller au chevet d'un malade qui n'est que votre frère en Dieu ; vous enfin qui usez votre santé dans la pratique des bonnes oeuvres, voilà votre cilice, vrai cilice de bénédiction, car les joies du monde n'ont point desséché votre coeur ; vous ne vous êtes point endormis au sein des voluptés énervantes de la fortune, mais vous vous êtes faits les anges consolateurs des pauvres déshérités.

Mais vous qui vous retirez du monde pour éviter ses séductions et vivre dans l'isolement, de quelle utilité êtes-vous sur la terre ? où est votre courage dans les épreuves, puisque vous fuyez la lutte et désertez le combat ? Si vous voulez un cilice, appliquez-le sur votre âme et non sur votre corps ; mortifiez votre Esprit et non votre chair ; fustigez votre orgueil ; recevez les humiliations sans vous plaindre ; meurtrissez votre amour-propre ; raidissez-vous contre la douleur de l'injure et de la calomnie plus poignante que la douleur corporelle. Voilà le vrai cilice dont les blessures vous seront comptées, parce qu'elles attesteront votre courage et votre soumission à la volonté de Dieu. (UN ANGE GARDIEN, Paris, 1863.)


27.
Doit-on mettre un terme aux épreuves de son prochain quand on le peut, ou faut-il, par respect pour les desseins de Dieu, les laisser suivre leur cours ?


Nous vous avons dit et répété bien souvent que vous êtes sur cette terre d'expiation pour achever vos épreuves, et que tout ce qui vous arrive est une conséquence de vos existences antérieures, l'intérêt de la dette que vous avez à payer. Mais cette pensée provoque chez certaines personnes des réflexions qu'il est nécessaire d'arrêter, car elles pourraient avoir de funestes conséquences.


Quelques-uns pensent que du moment qu'on est sur la terre pour expier, il faut que les épreuves aient leur cours. Il en est même qui vont jusqu'à croire, que non seulement il ne faut rien faire pour les atténuer, mais qu'il faut, au contraire, contribuer à les rendre plus profitables en les rendant plus vives. C'est une grande erreur. Oui, vos épreuves doivent suivre le cours que Dieu leur a tracé, mais connaissez-vous ce cours ? Savez-vous jusqu'à quel point elles doivent aller, et si votre Père miséricordieux n'a pas dit à la souffrance de tel ou tel de vos frères : «Tu n'iras pas plus loin ?» Savez-vous si sa providence ne vous a pas choisi, non comme un instrument de supplice pour aggraver les souffrances du coupable, mais comme le baume de consolation qui doit cicatriser les plaies que sa justice avait ouvertes ? Ne dites donc pas, quand vous voyez un de vos frères frappé : C'est la justice de Dieu, il faut qu'elle ait son cours ; mais dites-vous, au contraire : Voyons quels moyens notre Père miséricordieux a mis en mon pouvoir pour adoucir la souffrance de mon frère. Voyons si mes consolations morales, mon appui matériel, mes conseils, ne pourront pas l'aider à franchir cette épreuve avec plus de force, de patience et de résignation. Voyons même si Dieu n'a pas mis en mes mains le moyen de faire cesser cette souffrance ; s'il ne m'a pas été donné, à moi comme épreuve aussi, comme expiation peut-être, d'arrêter le mal et de le remplacer par la paix.


Aidez-vous donc toujours dans vos épreuves respectives, et ne vous regardez jamais comme des instruments de torture ; cette pensée doit révolter tout homme de coeur, tout spirite surtout ; car le spirite, mieux que tout autre, doit comprendre l'étendue infinie de la bonté de Dieu. Le spirite doit penser que sa vie entière doit être un acte d'amour et de dévouement ; que quoi qu'il fasse pour contrecarrer les décisions du Seigneur, sa justice aura son cours. Il peut donc, sans crainte, faire tous ses efforts pour adoucir l'amertume de l'expiation, mais c'est Dieu seul qui peut l'arrêter ou la prolonger selon qu'il le juge à propos.


N'y aurait-il pas un bien grand orgueil de la part de l'homme, de se croire le droit de retourner, pour ainsi dire, l'arme dans la plaie ? d'augmenter la dose de poison dans la poitrine de celui qui souffre, sous prétexte que telle est son expiation ? Oh ! regardez-vous toujours comme un instrument choisi pour la faire cesser. Résumons-nous ici : vous êtes tous sur la terre pour expier ; mais tous, sans exception, devez faire tous vos efforts pour adoucir l'expiation de vos frères, selon la loi d'amour et de charité. (BERNARDIN, Esprit protecteur. Bordeaux, 1863.)


28. Un homme est à l'agonie, en proie à de cruelles souffrances ; on sait que son état est sans espoir ; est-il permis de lui épargner quelques instants d'angoisse en hâtant sa fin ?
Qui donc vous donnerait le droit de préjuger les desseins de Dieu ? Ne peut-il conduire un homme au bord de la fosse pour l'en retirer, afin de lui faire faire un retour sur lui-même et de l'amener à d'autres pensées ? A quelque extrémité que soit un moribond, nul ne peut dire avec certitude que sa dernière heure est venue. La science ne s'est-elle jamais trompée dans ses prévisions ?


Je sais bien qu'il est des cas que l'on peut regarder avec raison comme désespérés ; mais s'il n'y a aucun espoir fondé d'un retour définitif à la vie et à la santé, n'a-t-on pas d'innombrables exemples qu'au moment de rendre le dernier soupir, le malade se ranime, et recouvre ses facultés pour quelques instants ! Eh bien ! cette heure de grâce qui lui est accordée peut être pour lui de la plus grande importance ; car vous ignorez les réflexions qu'a pu faire son Esprit dans les convulsions de l'agonie, et quels tourments peut lui épargner un éclair de repentir.


Le matérialiste qui ne voit que le corps, et ne tient nul compte de l'âme, ne peut comprendre ces choses-là ; mais le spirite, qui sait ce qui se passe au-delà de la tombe, connaît le prix de la dernière pensée. Adoucissez les dernières souffrances autant qu'il est en vous ; mais gardez-vous d'abréger la vie, ne fût-ce que d'une minute, car cette minute peut épargner bien des larmes dans l'avenir. (SAINT LOUIS. Paris, 1860.)


29.
Celui qui est dégoûté de la vie, mais ne veut pas se l'ôter, est-il coupable de chercher la mort sur un champ de bataille, avec la pensée de rendre sa mort utile ?


Que l'homme se donne la mort ou qu'il se la fasse donner, le but est toujours d'abréger sa vie, et par conséquent il y a suicide d'intention sinon de fait. La pensée que sa mort servira à quelque chose est illusoire ; ce n'est qu'un prétexte pour colorer son action et l'excuser à ses propres yeux ; s'il avait sérieusement le désir de servir son pays, il chercherait à vivre, tout en le défendant, et non à mourir, car une fois mort il ne lui sert plus à rien. Le vrai dévouement consiste à ne pas craindre la mort quand il s'agit d'être utile, à braver le péril, à faire d'avance et sans regret le sacrifice de sa vie si cela est nécessaire ; mais l'intention préméditée de chercher la mort en s'exposant à un danger, même pour rendre service, annule le mérite de l'action. (SAINT LOUIS. Paris, 1860.)


30.
Un homme s'expose à un danger imminent pour sauver la vie à un de ses semblables, sachant d'avance que lui-même succombera ; cela peut-il être regardé comme un suicide ?


Du moment que l'intention de chercher la mort n'y est pas, il n'y a pas suicide, mais dévouement et abnégation, eût-on la certitude de périr. Mais qui peut avoir cette certitude ? Qui dit que la Providence ne réserve pas un moyen inespéré de salut dans le moment le plus critique ? Ne peut-elle sauver celui même qui serait à la bouche d'un canon ? Souvent elle peut vouloir pousser l'épreuve de la résignation jusqu'à sa dernière limite, alors une circonstance inattendue détourne le coup fatal. (Id.)


31.
Ceux qui acceptent leurs souffrances avec résignation par soumission à la volonté de Dieu et en vue de leur bonheur futur, ne travaillent-ils que pour eux-mêmes, et peuvent-ils rendre leurs souffrances profitables à d'autres ?


Ces souffrances peuvent être profitables à autrui matériellement et moralement. Matériellement, si, par le travail, les privations et les sacrifices qu'ils s'imposent, ils contribuent au bien-être matériel de leurs proches ; moralement, par l'exemple qu'ils donnent de leur soumission à la volonté de Dieu. Cet exemple de la puissance de la foi spirite peut exciter des malheureux à la résignation, les sauver du désespoir et de ses funestes conséquences pour l'avenir. (SAINT LOUIS. Paris, 1860.)

 

CHAPITRE VI

LE CHRIST CONSOLATEUR.

 


Le joug léger. - Consolateur promis. - Instructions des Esprits : Avènement de l'Esprit de Vérité.


Le joug léger.


1. Venez à moi, vous tous qui êtes affligés et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. - Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos de vos âmes ; car mon joug est doux et mon fardeau est léger. (Saint Matthieu, ch. XI, v. 28, 29, 30.)


2. Toutes les souffrances : misères, déceptions, douleurs physiques, pertes d'êtres chéris, trouvent leur consolation dans la foi en l'avenir, dans la confiance en la justice de Dieu, que le Christ est venu enseigner aux hommes. Sur celui, au contraire, qui n'attend rien après cette vie, ou qui doute simplement, les afflictions pèsent de tout leur poids, et nulle espérance ne vient en adoucir l'amertume. Voilà ce qui fait dire à Jésus : Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués, et je vous soulagerai.


Cependant Jésus met une condition à son assistance, et à la félicité qu'il promet aux affligés ; cette condition est dans la loi qu'il enseigne ; son joug est l'observation de cette loi ; mais ce joug est léger et cette loi est douce, puisqu'ils imposent pour devoir l'amour et la charité.


Consolateur promis.


3. Si vous m'aimez, gardez mes commandements ; - et je prierai mon Père, et il vous enverra un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous : -L'Esprit de Vérité que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point, et qu'il ne le connaît point. Mais pour vous, vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera avec vous et qu'il sera en vous. - Mais le consolateur, qui est le Saint-Esprit, que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. (Saint Jean, ch. XIV, v. 15, 16, 17, 26.)


4. Jésus promet un autre consolateur : c'est l'Esprit de Vérité, que le monde ne connaît point encore, parce qu'il n'est pas mûr pour le comprendre, que le Père enverra pour enseigner toutes choses, et pour faire souvenir de ce que Christ a dit. Si donc l'Esprit de Vérité doit venir plus tard enseigner toutes choses, c'est que Christ n'a pas tout dit ; s'il vient faire souvenir de ce que Christ a dit, c'est qu'on l'aura oublié ou mal compris.

Le spiritisme vient au temps marqué accomplir la promesse du Christ : l'Esprit de Vérité préside à son établissement ; il rappelle les hommes à l'observance de la loi ; il enseigne toutes choses en faisant comprendre ce que le Christ n'a dit qu'en paraboles. Le Christ a dit : «Que ceux-là entendent qui ont des oreilles pour entendre ;» le spiritisme vient ouvrir les yeux et les oreilles, car il parle sans figures et sans allégories ; il lève le voile laissé à dessein sur certains mystères ; il vient enfin apporter une suprême consolation aux déshérités de la terre et à tous ceux qui souffrent, en donnant une cause juste et un but utile à toutes les douleurs.


Le Christ a dit : «Bienheureux les affligés, parce qu'ils seront consolés ;» mais comment se trouver heureux de souffrir, si l'on ne sait pourquoi on souffre ? Le spiritisme en montre la cause dans les existences antérieures et dans la destination de la terre où l'homme expie son passé ; il en montre le but en ce que les souffrances sont comme les crises salutaires qui amènent la guérison, et qu'elles sont l'épuration qui assure le bonheur dans les existences futures. L'homme comprend qu'il a mérité de souffrir, et il trouve la souffrance juste ; il sait que cette souffrance aide à son avancement, et il l'accepte sans murmure, comme l'ouvrier accepte le travail qui doit lui valoir son salaire. Le spiritisme lui donne une foi inébranlable dans l'avenir, et le doute poignant n'a plus de prise sur son âme ; en lui faisant voir les choses d'en haut, l'importance des vicissitudes terrestres se perd dans le vaste et splendide horizon qu'il embrasse, et la perspective du bonheur qui l'attend lui donne la patience, la résignation et le courage d'aller jusqu'au bout du chemin.


Ainsi le spiritisme réalise ce que Jésus a dit du consolateur promis : connaissance des choses qui fait que l'homme sait d'où il vient, où il va, et pourquoi il est sur la terre ; rappel aux vrais principes de la loi de Dieu, et consolation par la foi et l'espérance.


INSTRUCTIONS DES ESPRITS.


Avènement de l'Esprit de Vérité.


5. Je viens, comme autrefois, parmi les fils égarés d'Israël, apporter la vérité et dissiper les ténèbres. Ecoutez-moi. Le spiritisme, comme autrefois ma parole, doit rappeler aux incrédules qu'au-dessus d'eux règne l'immuable vérité : le Dieu bon, le Dieu grand qui fait germer la plante et soulève les flots. J'ai révélé la doctrine divine ; j'ai, comme un moissonneur, lié en gerbes le bien épars dans l'humanité, et j'ai dit : Venez à moi, vous tous qui souffrez !


Mais les hommes ingrats se sont détournés de la voie droite et large qui conduit au royaume de mon Père, et ils se sont égarés dans les âpres sentiers de l'impiété. Mon Père ne veut pas anéantir la race humaine ; il veut que, vous aidant les uns les autres, morts et vivants, c'est-à-dire morts selon la chair, car la mort n'existe pas, vous vous secouriez, et que, non plus la voix des prophètes et des apôtres, mais la voix de ceux qui ne sont plus se fasse entendre pour vous crier : Priez et croyez ! car la mort, c'est la résurrection, et la vie, c'est l'épreuve choisie pendant laquelle vos vertus cultivées doivent grandir et se développer comme le cèdre.


Hommes faibles, qui comprenez les ténèbres de vos intelligences, n'éloignez pas le flambeau que la clémence divine place entre vos mains pour éclairer votre route et vous ramener, enfants perdus, dans le giron de votre Père.


Je suis trop touché de compassion pour vos misères, pour votre immense faiblesse, pour ne pas tendre une main secourable aux malheureux égarés qui, voyant le ciel, tombent dans l'abîme de l'erreur. Croyez, aimez, méditez les choses qui vous sont révélées ; ne mêlez pas l'ivraie au bon grain, les utopies aux vérités.


Spirites ! aimez-vous, voilà le premier enseignement ; instruisez-vous, voilà le second. Toutes vérités se trouvent dans le Christianisme ; les erreurs qui y ont pris racine sont d'origine humaine ; et voilà qu'au-delà du tombeau que vous croyiez le néant, des voix vous crient : Frères ! rien ne périt ; Jésus-Christ est le vainqueur du mal, soyez les vainqueurs de l'impiété. (L'ESPRIT DE VERITE. Paris, 1860.)


6. Je viens enseigner et consoler les pauvres déshérités ; je viens leur dire qu'ils élèvent leur résignation au niveau de leurs épreuves ; qu'ils pleurent, car la douleur a été sacrée au jardin des Oliviers ; mais qu'ils espèrent, car les anges consolateurs viendront aussi essuyer leurs larmes.


Ouvriers, tracez votre sillon ; recommencez le lendemain la rude journée de la veille ; le labeur de vos mains fournit le pain terrestre à vos corps, mais vos âmes ne sont pas oubliées ; et moi, le divin jardinier, je les cultive dans le silence de vos pensées ; lorsque l'heure du repos aura sonné, lorsque la trame s'échappera de vos mains, et que vos yeux se fermeront à la lumière, vous sentirez sourdre et germer en vous ma précieuse semence. Rien n'est perdu dans le royaume de notre Père, et vos sueurs, vos misères forment le trésor qui doit vous rendre riches dans les sphères supérieures, où la lumière remplace les ténèbres, et où le plus dénué de vous tous sera peut-être le plus resplendissant.


Je vous le dis en vérité, ceux qui portent leurs fardeaux et qui assistent leurs frères sont mes bien-aimés ; instruisez-vous dans la précieuse doctrine qui dissipe l'erreur des révoltes, et qui vous enseigne le but sublime de l'épreuve humaine. Comme le vent balaye la poussière, que le souffle des Esprits dissipe vos jalousies contre les riches du monde qui sont souvent très misérables, car leurs épreuves sont plus périlleuses que les vôtres. Je suis avec vous, et mon apôtre vous enseigne. Buvez à la source vive de l'amour, et préparez-vous, captifs de la vie, à vous élancer un jour libres et joyeux dans le sein de Celui qui vous a créés faibles pour vous rendre perfectibles, et qui veut que vous façonniez vous-mêmes votre molle argile, afin d'être les artisans de votre immortalité. (L'ESPRIT DE VERITE, Paris, 1861.)


7. Je suis le grand médecin des âmes, et je viens vous apporter le remède qui doit les guérir ; les faibles, les souffrants et les infirmes sont mes enfants de prédilection, et je viens les sauver. Venez donc à moi, vous tous qui souffrez et qui êtes chargés, et vous serez soulagés et consolés ; ne cherchez pas ailleurs la force et la consolation, car le monde est impuissant à les donner. Dieu fait à vos coeurs un appel suprême par le spiritisme ; écoutez-le. Que l'impiété, le mensonge, l'erreur, l'incrédulité soient extirpés de vos âmes endolories ; ce sont des monstres qui s'abreuvent de votre sang le plus pur, et qui vous font des plaies presque toujours mortelles. Qu'à l'avenir, humbles et soumis au Créateur, vous pratiquiez sa loi divine. Aimez et priez ; soyez dociles aux Esprits du Seigneur ; invoquez-le du fond du coeur; alors il vous enverra son Fils bien-aimé pour vous instruire et vous dire ces bonnes paroles : Me voilà ; je viens à vous, parce que vous m'avez appelé. (L'ESPRIT DE VERITE. Bordeaux, 1861.)


8. Dieu console les humbles et donne la force aux affligés qui la lui demandent. Sa puissance couvre la terre, et partout à côté d'une larme il a placé un baume qui console. Le dévouement et l'abnégation sont une prière continuelle, et renferment un enseignement profond ; la sagesse humaine réside en ces deux mots. Puissent tous les Esprits souffrants comprendre cette vérité, au lieu de se récrier contre les douleurs, les souffrances morales qui sont ici-bas votre lot. Prenez donc pour devise ces deux mots : dévouement et abnégation, et vous serez forts, parce qu'ils résument tous les devoirs que vous imposent la charité et l'humilité. Le sentiment du devoir accompli vous donnera le repos de l'esprit et la résignation. Le coeur bat mieux, l'âme se calme et le corps n'a plus de défaillance, car le corps souffre d'autant plus que l'esprit est plus profondément atteint. (L'ESPRIT DE VERITE. Le Havre, 1863.)

A suivre...

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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1 novembre 2006 3 01 /11 /novembre /2006 01:16

La suite donc de L'Evangile selon le spiritisme où Allan Kardec explique le processus de réincarnation et de vies antérieures que le Galiléen avait essayé d'expliquer à sa façon...

 

 L'Evangile selon le spiritisme

 

par ALLAN KARDEC 

 

5ème partie

 

4ème partie 

3ème partie

2ème partie

1ère partie

 

CHAPITRE V

 

BIENHEUREUX LES AFFLIGES.

 


Justice des afflictions. - Causes actuelles des afflictions. - Causes antérieures des afflictions. - Oubli du passé. - Motifs de résignation. - Le suicide et la folie. - Instructions des Esprits : Bien et mal souffrir. - Le mal et le remède. - Le bonheur n'est pas de ce monde. - Perte des personnes aimées. Morts prématurées. - Si c'était un homme de bien, il se serait tué. - Les tourments volontaires. - Le malheur réel. - La mélancolie. - Epreuves volontaires. - Le vrai cilice. - Doit-on mettre un terme aux épreuves de son prochain ? - Est-il permis d'abréger la vie d'un malade qui souffre sans espoir de guérison ? - Sacrifice de sa propre vie. - Profit des souffrances pour autrui.


1. Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. - Bienheureux ceux qui sont affamés et altérés de justice, parce qu'ils seront rassasiés. - Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux. (Saint Matthieu, ch. V, v. 5, 6, 10.)


2. Vous êtes bienheureux, vous qui êtes pauvres, parce que le royaume des cieux est à vous. - Vous êtes bienheureux, vous qui avez faim maintenant, parce que vous serez rassasiés. - Vous êtes heureux, vous qui pleurez maintenant, parce que vous rirez. (Saint Luc, ch. VI, v. 20, 21.)
Mais malheur à vous, riches ! parce que vous avez votre consolation dans le monde. - Malheur à vous qui êtes rassasiés, parce que vous aurez faim. - Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous serez réduits aux pleurs et aux larmes. (Saint Luc, ch. VI, v. 24, 25.)


Justice des afflictions.


3. Les compensations que Jésus promet aux affligés de la terre ne peuvent avoir lieu que dans la vie future ; sans la certitude de l'avenir, ces maximes seraient un non-sens, bien plus, ce serait un leurre. Avec cette certitude même on comprend difficilement l'utilité de souffrir pour être heureux. C'est, dit-on, pour avoir plus de mérite ; mais alors on se demande pourquoi les uns souffrent plus que les autres ; pourquoi les uns naissent dans la misère et les autres dans l'opulence, sans avoir rien fait pour justifier cette position ; pourquoi aux uns rien ne réussit, tandis qu'à d'autres tout semble sourire ? Mais ce que l'on comprend encore moins, c'est de voir les biens et les maux si inégalement partagés entre le vice et la vertu ; de voir les hommes vertueux souffrir à côté des méchants qui prospèrent. La foi en l'avenir peut consoler et faire prendre patience, mais elle n'explique pas ces anomalies qui semblent démentir la justice de Dieu.


Cependant, dès lors qu'on admet Dieu, on ne peut le concevoir sans l'infini des perfections ; il doit être toute puissance, toute justice, toute bonté, sans cela il ne serait pas Dieu. Si Dieu est souverainement bon et juste, il ne peut agir par caprice ni avec partialité. Les vicissitudes de la vie ont donc une cause, et puisque Dieu est juste, cette cause doit être juste. Voilà ce dont chacun doit se bien pénétrer. Dieu a mis les hommes sur la voie de cette cause par les enseignements de Jésus, et aujourd'hui, les jugeant assez mûrs pour la comprendre, il la leur révèle tout entière par le spiritisme, c'est-à-dire par la voix des Esprits.


Causes actuelles des afflictions.


4. Les vicissitudes de la vie sont de deux sortes, ou, si l'on veut, ont deux sources bien différentes qu'il importe de distinguer ; les unes ont leur cause dans la vie présente, les autres en dehors de cette vie.


En remontant à la source des maux terrestres, on reconnaîtra que beaucoup sont la conséquence naturelle du caractère et de la conduite de ceux qui les endurent.

 
Que d'hommes tombent par leur propre faute ! Combien sont victimes de leur imprévoyance, de leur orgueil et de leur ambition !


Que de gens ruinés par défaut d'ordre, de persévérance, par inconduite ou pour n'avoir pas su borner leurs désirs !


Que d'unions malheureuses parce qu'elles sont un calcul d'intérêt ou de vanité, et que le coeur n'y est pour rien !


Que de dissensions, de querelles funestes on aurait pu éviter avec plus de modération et moins de susceptibilité !


Que de maladies et d'infirmités sont la suite de l'intempérance et des excès de tous genres.


Que de parents sont malheureux dans leurs enfants, parce qu'ils n'ont pas combattu les mauvaises tendances de ceux-ci dans leur principe ! Par faiblesse ou indifférence, ils ont laissé se développer en eux les germes de l'orgueil, de l'égoïsme et de la sotte vanité qui dessèchent le coeur, puis, plus tard, récoltant ce qu'ils ont semé, ils s'étonnent et s'affligent de leur manque de déférence et de leur ingratitude.


Que tous ceux qui sont frappés au coeur par les vicissitudes et les déceptions de la vie interrogent froidement leur conscience ; qu'ils remontent de proche en proche à la source des maux qui les affligent, et ils verront si, le plus souvent, ils ne peuvent pas dire : Si j'avais fait, ou n'avais pas fait telle chose, je ne serais pas dans telle position.

A qui donc s'en prendre de toutes ces afflictions, si ce n'est à soi-même ? L'homme est ainsi, dans un grand nombre de cas, l'artisan de ses propres infortunes ; mais, au lieu de le reconnaître, il trouve plus simple, moins humiliant pour sa vanité d'en accuser le sort, la Providence, la chance défavorable, sa mauvaise étoile, tandis que sa mauvaise étoile est dans son incurie.


Les maux de cette nature forment assurément un très notable contingent dans les vicissitudes de la vie ; l'homme les évitera quand il travaillera à son amélioration morale autant qu'à son amélioration intellectuelle.


5. La loi humaine atteint certaines fautes et les punit ; le condamné peut donc se dire qu'il subit la conséquence de ce qu'il a fait ; mais la loi n'atteint pas et ne peut atteindre toutes les fautes ; elle frappe plus spécialement celles qui portent préjudice à la société, et non celles qui ne nuisent qu'à ceux qui les commettent. Mais Dieu veut le progrès de toutes ses créatures ; c'est pourquoi il ne laisse impunie aucune déviation du droit chemin ; il n'est pas une seule faute, quelque légère qu'elle soit, pas une seule infraction à sa loi, qui n'ait des conséquences forcées et inévitables plus ou moins fâcheuses ; d'où il suit que, dans les petites choses comme dans les grandes, l'homme est toujours puni par où il a péché. Les souffrances qui en sont la suite sont pour lui un avertissement qu'il a mal fait ; elles lui donnent l'expérience, lui font sentir la différence du bien et du mal, et la nécessité de s'améliorer pour éviter à l'avenir ce qui a été pour lui une source de chagrins, sans cela il n'aurait aucun motif de s'amender ; confiant dans l'impunité, il retarderait son avancement, et par conséquent son bonheur futur.


Mais l'expérience vient quelquefois un peu tard ; quand la vie a été gaspillée et troublée, que les forces sont usées et que le mal est sans remède, alors l'homme se prend à dire : Si au début de la vie j'avais su ce que je sais maintenant, que de faux pas j'aurais évités ! Si c'était à recommencer, je m'y prendrais tout autrement ; mais il n'est plus temps ! Comme l'ouvrier paresseux dit : J'ai perdu ma journée, lui aussi se dit : J'ai perdu ma vie ; mais de même que pour l'ouvrier le soleil se lève le lendemain, et une nouvelle journée commence qui lui permet de réparer le temps perdu, pour lui aussi, après la nuit de la tombe, luira le soleil d'une nouvelle vie dans laquelle il pourra mettre à profit l'expérience du passé et ses bonnes résolutions pour l'avenir.

 

Causes antérieures des afflictions.


6. Mais s'il est des maux dont l'homme est la première cause dans cette vie, il en est d'autres auxquels il est, en apparence du moins, complètement étranger, et qui semblent le frapper comme par fatalité. Telle est, par exemple, la perte d'êtres chéris, et celle des soutiens de famille ; tels sont encore les accidents que nulle prévoyance ne pouvait empêcher ; les revers de fortune qui déjouent toutes les mesures de prudence ; les fléaux naturels ; puis les infirmités de naissance, celles surtout qui ôtent à des malheureux les moyens de gagner leur vie par le travail : les difformités, l'idiotie, le crétinisme, etc.


Ceux qui naissent dans de pareilles conditions n'ont assurément rien fait dans cette vie pour mériter un sort si triste, sans compensation, qu'ils ne pouvaient éviter, qu'ils sont dans l'impuissance de changer par eux-mêmes, et qui les met à la merci de la commisération publique. Pourquoi donc des êtres si disgraciés, tandis qu'à côté, sous le même toit, dans la même famille, d'autres sont favorisés sous tous les rapports ?


Que dire enfin de ces enfants qui meurent en bas âge et n'ont connu de la vie que les souffrances ? Problèmes qu'aucune philosophie n'a encore pu résoudre, anomalies qu'aucune religion n'a pu justifier, et qui seraient la négation de la bonté, de la justice et de la providence de Dieu, dans l'hypothèse que l'âme est créée an même temps que le corps, et que son sort est irrévocablement fixé après un séjour de quelques instants sur la terre. Qu'ont-elles fait, ces âmes qui viennent de sortir des mains du Créateur, pour endurer tant de misères ici-bas, et mériter dans l'avenir une récompense ou une punition quelconque, alors qu'elles n'ont pu faire ni bien ni mal ?


Cependant, en vertu de l'axiome que tout effet a une cause, ces misères sont des effets qui doivent avoir une cause ; et dès lors qu'on admet un Dieu juste, cette cause doit être juste. Or, la cause précédant toujours l'effet, puisqu'elle n'est pas dans la vie actuelle, elle doit être antérieure à cette vie, c'est-à-dire appartenir à une existence précédente. D'un autre côté, Dieu ne pouvant punir pour le bien qu'on a fait, ni pour le mal qu'on n'a pas fait, si nous sommes punis, c'est que nous avons fait le mal ; si nous n'avons pas fait le mal dans cette vie, nous l'avons fait dans une autre. C'est une alternative à laquelle il est impossible d'échapper, et dans laquelle la logique dit de quel côté est la justice de Dieu.

L'homme n'est donc pas toujours puni, ou complètement puni dans son existence présente, mais il n'échappe jamais aux conséquences de ses fautes. La prospérité du méchant n'est que momentanée, et s'il n'expie aujourd'hui, il expiera demain, tandis que celui qui souffre en est à l'expiation de son passé. Le malheur qui, au premier abord, semble immérité, a donc sa raison d'être, et celui qui souffre peut toujours dire : «Pardonnez-moi, Seigneur, parce que j'ai péché.»


7. Les souffrances pour causes antérieures sont souvent, comme celles des fautes actuelles, la conséquence naturelle de la faute commise ; c'est-à-dire que, par une justice distributive rigoureuse, l'homme endure ce qu'il a fait endurer aux autres ; s'il a été dur et inhumain, il pourra être à son tour traité durement et avec inhumanité ; s'il a été orgueilleux, il pourra naître dans une condition humiliante ; s'il a été avare, égoïste, ou s'il a fait un mauvais usage de sa fortune, il pourra être privé du nécessaire ; s'il a été mauvais fils, il pourra souffrir dans ses enfants, etc.


Ainsi s'expliquent, par la pluralité des existences, et par la destination de la terre, comme monde expiatoire, les anomalies que présente la répartition du bonheur et du malheur entre les bons et les méchants ici-bas. Cette anomalie n'existe en apparence que parce qu'on ne prend son point de vue que de la vie présente ; mais si l'on s'élève, par la pensée, de manière à embrasser une série d'existences, on verra qu'il est fait à chacun la part qu'il mérite, sans préjudice de celle qui lui est faite dans le monde des Esprits, et que la justice de Dieu n'est jamais interrompue.


L'homme ne doit jamais perdre de vue qu'il est sur un monde inférieur où il n'est maintenu que par ses imperfections. A chaque vicissitude, il doit se dire que s'il appartenait à un monde plus avancé cela n'arriverait pas, et qu'il dépend de lui de ne plus revenir ici-bas, en travaillant à son amélioration.


8. Les tribulations de la vie peuvent être imposées à des Esprits endurcis, ou trop ignorants pour faire un choix en connaissance de cause, mais elles sont librement choisies et acceptées par des Esprits repentants qui veulent réparer le mal qu'ils ont fait et s'essayer à mieux faire. Tel est celui qui, ayant mal fait sa tâche, demande à la recommencer pour ne pas perdre le bénéfice de son travail. Ces tribulations sont donc à la fois des expiations pour le passé qu'elles châtient, et des épreuves pour l'avenir qu'elles préparent. Rendons grâces à Dieu qui, dans sa bonté, accorde à l'homme la faculté de la réparation, et ne le condamne pas irrévocablement sur une première faute.

9 - Il ne faudrait pas croire cependant que toute souffrance endurée ici-bas soit nécessairement l'indice d'une faute déterminée ; ce sont souvent de simples épreuves choisies par l'Esprit pour achever son épuration et hâter son avancement. Ainsi l'expiation sert toujours d'épreuve, mais l'épreuve n'est pas toujours une expiation ; mais, épreuves ou expiations, ce sont toujours les signes d'une infériorité relative, car ce qui est parfait n'a plus besoin d'être éprouvé. Un Esprit peut donc avoir acquis un certain degré d'élévation, mais, voulant avancer encore, il sollicite une mission, une tâche à remplir, dont il sera d'autant plus récompensé, s'il en sort victorieux, que la lutte aura été plus pénible. Telles sont plus spécialement ces personnes aux instincts naturellement bons, à l'âme élevée, aux nobles sentiments innés qui semblent n'avoir apporté rien de mauvais de leur précédente existence, et qui endurent avec une résignation toute chrétienne les plus grandes douleurs, demandant à Dieu de les supporter sans murmure. On peut, au contraire, considérer comme expiations les afflictions qui excitent les murmures et poussent l'homme à la révolte contre Dieu.


La souffrance qui n'excite pas de murmures peut sans doute être une expiation, mais c'est l'indice qu'elle a été plutôt choisie volontairement qu'imposée, et la preuve d'une forte résolution, ce qui est un signe de progrès.


10. Les Esprits ne peuvent aspirer au parfait bonheur que lorsqu'ils sont purs : toute souillure leur interdit l'entrée des mondes heureux. Tels sont les passagers d'un navire atteint de la peste, auxquels l'entrée d'une ville est interdite jusqu'à ce qu'ils se soient purifiés. C'est dans leurs diverses existences corporelles que les Esprits se dépouillent peu à peu de leurs imperfections. Les épreuves de la vie avancent quand on les supporte bien ; comme expiations, elles effacent les fautes et purifient ; c'est le remède qui nettoie la plaie et guérit le malade ; plus le mal est grave, plus le remède doit être énergique. Celui donc qui souffre beaucoup doit se dire qu'il avait beaucoup à expier, et se réjouir d'être bientôt guéri ; il dépend de lui, par sa résignation, de rendre cette souffrance profitable, et de n'en pas perdre le fruit par ses murmures, sans quoi ce serait à recommencer pour lui.


Oubli du passé.


11. C'est en vain qu'on objecte l'oubli comme un obstacle à ce que l'on puisse profiter de l'expérience des existences antérieures. Si Dieu a jugé à propos de jeter un voile sur le passé, c'est que cela devait être utile. En effet, se souvenir aurait des inconvénients très graves ; il pourrait, dans certains cas, nous humilier étrangement, ou bien aussi exalter notre orgueil, et par cela même entraver notre libre arbitre ; dans tous les cas, il eût apporté un trouble inévitable dans les relations sociales.


L'Esprit renaît souvent dans le même milieu où il a déjà vécu, et se trouve en relation avec les mêmes personnes, afin de réparer le mal qu'il leur a fait. S'il reconnaissait en elles celles qu'il a haïes, sa haine se réveillerait peut-être ; et dans tous les cas il serait humilié devant celles qu'il aurait offensées.


Dieu nous a donné, pour nous améliorer, juste ce qui nous est nécessaire et peut nous suffire : la voix de la conscience et nos tendances instinctives ; il nous ôte ce qui pourrait nous nuire.


L'homme apporte en naissant ce qu'il a acquis ; il naît ce qu'il s'est fait ; chaque existence est pour lui un nouveau point de départ ; peu lui importe de savoir ce qu'il a été : il est puni, c'est qu'il a fait le mal ; ses tendances mauvaises actuelles sont l'indice de ce qui reste à corriger en lui, et c'est là sur quoi il doit concentrer toute son attention, car de ce dont il s'est complètement corrigé, il ne reste plus de trace. Les bonnes résolutions qu'il a prises sont la voix de la conscience qui l'avertit de ce qui est bien ou mal, et lui donne la force de résister aux mauvaises tentations.


Du reste, cet oubli n'a lieu que pendant la vie corporelle. Rentré dans la vie spirituelle, l'Esprit retrouve le souvenir du passé : ce n'est donc qu'une interruption momentanée, comme celle qui a lieu dans la vie terrestre pendant le sommeil, et qui n'empêche pas de se souvenir le lendemain de ce qu'on a fait la veille et les jours précédents.


Ce n'est même pas seulement après la mort que l'Esprit recouvre le souvenir de son passé ; on peut dire qu'il ne le perd jamais, car l'expérience prouve que dans l'incarnation, pendant le sommeil du corps, alors qu'il jouit d'une certaine liberté, l'Esprit a la conscience de ses actes antérieurs ; il sait pourquoi il souffre, et qu'il souffre justement ; le souvenir ne s'efface que pendant la vie extérieure de relations. Mais à défaut d'un souvenir précis qui pourrait lui être pénible et nuire à ses rapports sociaux, il puise de nouvelles forces dans ces instants d'émancipation de l'âme, s'il a su les mettre à profit.


Motifs de résignation.


12. Par ces mots : Bienheureux les affligés, car ils seront consolés, Jésus indique à la fois la compensation qui attend ceux qui souffrent, et la résignation qui fait bénir la souffrance comme le prélude de la guérison.


Ces mots peuvent encore être traduits ainsi : Vous devez vous estimer heureux de souffrir, parce que vos douleurs d'ici-bas sont la dette de vos fautes passées, et ces douleurs, endurées patiemment sur la terre, vous épargnent des siècles de souffrance dans la vie future. Vous devez donc être heureux que Dieu réduise votre dette en vous permettant de vous acquitter présentement, ce qui vous assure la tranquillité pour l'avenir.


L'homme qui souffre est semblable à un débiteur qui doit une grosse somme, et à qui son créancier dit : «Si vous m'en payez aujourd'hui même la centième partie, je vous tiens quitte de tout le reste, et vous serez libre ; si vous ne le faites pas, je vous poursuivrai jusqu'à ce que vous ayez payé la dernière obole.» Le débiteur ne serait-il pas heureux d'endurer toutes sortes de privations pour se libérer en payant seulement le centième de ce qu'il doit ? Au lieu de se plaindre de son créancier, ne lui dira-t-il pas merci ?


Tel est le sens de ces paroles : «Bienheureux les affligés, car ils seront consolés ;» ils sont heureux, parce qu'ils s'acquittent, et qu'après l'acquittement ils seront libres. Mais si, tout en s'acquittant d'un côté, on s'endette de l'autre, on n'arrivera jamais à la libération. Or, chaque faute nouvelle augmente la dette, parce qu'il n'en est pas une seule, quelle qu'elle soit, qui n'entraîne avec elle sa punition forcée, inévitable ; si ce n'est aujourd'hui, ce sera demain ; si ce n'est dans cette vie, ce sera dans l'autre. Parmi ces fautes, il faut placer au premier rang le défaut de soumission à la volonté de Dieu ; donc, si dans les afflictions on murmure, si on ne les accepte pas avec résignation et comme une chose que l'on a dû mériter, si l'on accuse Dieu d'injustice, on contracte une nouvelle dette qui fait perdre le bénéfice que l'on pouvait retirer de la souffrance ; c'est pourquoi il faudra recommencer, absolument comme si, à un créancier qui vous tourmente, vous payez des acomptes, tandis qu'à chaque fois vous lui empruntez de nouveau.


A son entrée dans le monde des Esprits, l'homme est encore comme l'ouvrier qui se présente au jour de la paye. Aux uns le maître dira : «Voici le prix de vos journées de travail» ; à d'autres, aux heureux de la terre, à ceux qui auront vécu dans l'oisiveté, qui auront mis leur félicité dans les satisfactions de l'amour-propre et les joies mondaines, il dira : «A vous il ne revient rien, car vous avez reçu votre salaire sur la terre. Allez et recommencez votre tâche.»

13. L'homme peut adoucir ou accroître l'amertume de ses épreuves par la manière dont il envisage la vie terrestre. Il souffre d'autant plus qu'il voit la durée de la souffrance plus longue ; or, celui qui se place au point de vue de la vie spirituelle embrasse d'un coup d'oeil la vie corporelle ; il la voit comme un point dans l'infini, en comprend la brièveté, et se dit que ce moment pénible est bien vite passé ; la certitude d'un avenir prochain plus heureux le soutient et l'encourage, et, au lieu de se plaindre, il remercie le ciel des douleurs qui le font avancer. Pour celui, au contraire, qui ne voit que la vie corporelle, celle-ci lui paraît interminable, et la douleur pèse sur lui de tout son poids. Le résultat de cette manière d'envisager la vie est de diminuer l'importance des choses de ce monde, de porter l'homme à modérer ses désirs, et à se contenter de sa position sans envier celle des autres, d'atténuer l'impression morale des revers et des mécomptes qu'il éprouve ; il y puise un calme et une résignation aussi utiles à la santé du corps qu'à celle de l'âme, tandis que par l'envie, la jalousie et l'ambition, il se met volontairement à la torture, et ajoute ainsi aux misères et aux angoisses de sa courte existence.


Le suicide et la folie.


14. Le calme et la résignation puisés dans la manière d'envisager la vie terrestre, et dans la foi en l'avenir, donnent à l'esprit une sérénité qui est le meilleur préservatif contre la folie et le suicide. En effet, il est certain que la plupart des cas de folie sont dus à la commotion produite par les vicissitudes que l'homme n'a pas la force de supporter ; si donc, par la manière dont le spiritisme lui fait envisager les choses de ce monde, il prend avec indifférence, avec joie même, les revers et les déceptions qui l'eussent désespéré en d'autres circonstances, il est évident que cette force, qui le place au-dessus des événements, préserve sa raison des secousses qui, sans cela, l'eussent ébranlée.


15. Il en est de même du suicide ; si l'on en excepte ceux qui s'accomplissent dans l'ivresse et la folie et qu'on peut appeler inconscients, il est certain que, quels qu'en soient les motifs particuliers, il a toujours pour cause un mécontentement ; or, celui qui est certain de n'être malheureux qu'un jour et d'être mieux les jours suivants, prend aisément patience ; il ne se désespère que s'il ne voit pas de terme à ses souffrances. Qu'est-ce donc que la vie humaine par rapport à l'éternité, sinon bien moins qu'un jour ? Mais pour celui qui ne croit pas à l'éternité, qui croit que tout finit en lui avec la vie, s'il est accablé par le chagrin et l'infortune, il n'y voit de terme que dans la mort ; n'espérant rien, il trouve tout naturel, très logique même, d'abréger ses misères par le suicide.


16. L'incrédulité, le simple doute sur l'avenir, les idées matérialistes en un mot, sont les plus grands excitants au suicide : elles donnent la lâcheté morale. Et quand on voit des hommes de science s'appuyer sur l'autorité de leur savoir pour s'efforcer de prouver à leurs auditeurs ou à leurs lecteurs qu'ils n'ont rien à attendre après la mort, n'est-ce pas les amener à cette conséquence que, s'ils sont malheureux, ils n'ont rien de mieux à faire que de se tuer ? Que pourraient-ils leur dire pour les en détourner ? Quelle compensation peuvent-ils leur offrir ? Quelle espérance peuvent-ils leur donner ? Rien autre chose que le néant. D'où il faut conclure que si le néant est le seul remède héroïque, la seule perspective, mieux vaut y tomber tout de suite que plus tard, et souffrir ainsi moins longtemps.


La propagation des idées matérialistes est donc le poison qui inocule chez un grand nombre la pensée du suicide, et ceux qui s'en font les apôtres assument sur eux une terrible responsabilité. Avec le spiritisme le doute n'étant plus permis, l'aspect de la vie change ; le croyant sait que la vie se prolonge indéfiniment au-delà de la tombe, mais dans de tout autres conditions ; de là la patience et la résignation qui détournent tout naturellement de la pensée du suicide ; de là, en un mot, le courage moral.


17. Le spiritisme a encore, sous ce rapport, un autre résultat tout aussi positif, et peut-être plus déterminant. Il nous montre les suicidés eux-mêmes venant rendre compte de leur position malheureuse, et prouver que nul ne viole impunément la loi de Dieu, qui défend à l'homme d'abréger sa vie. Parmi les suicidés, il en est dont la souffrance, pour n'être que temporaire au lieu d'être éternelle, n'en est pas moins terrible, et de nature à donner à réfléchir à quiconque serait tenté de partir d'ici avant l'ordre de Dieu. Le spirite a donc pour contrepoids à la pensée du suicide plusieurs motifs : la certitude d'une vie future dans laquelle il sait qu'il sera d'autant plus heureux qu'il aura été plus malheureux et plus résigné sur la terre ; la certitude qu'en abrégeant sa vie il arrive juste à un résultat tout autre que celui qu'il espérait ; qu'il s'affranchit d'un mal pour en avoir un pire, plus long et plus terrible ; qu'il se trompe s'il croit, en se tuant, aller plus vite au ciel ; que le suicide est un obstacle à ce qu'il rejoigne dans l'autre monde les objets de ses affections qu'il espérait y retrouver ; d'où la conséquence que le suicide, ne lui donnant que des déceptions, est contre ses propres intérêts. Aussi le nombre des suicides empêchés par le spiritisme est-il considérable, et l'on peut en conclure que lorsque tout le monde sera spirite, il n'y aura plus de suicides conscients. En comparant donc les résultats des doctrines matérialistes et spirites au seul point de vue du suicide, on trouve que la logique de l'une y conduit, tandis que la logique de l'autre en détourne, ce qui est confirmé par l'expérience.


INSTRUCTIONS DES ESPRITS.


Bien et mal souffrir.


18. Quand Christ a dit : «Bienheureux les affligés, le royaume des cieux est à eux,» il n'entendait pas ceux qui souffrent en général, car tous ceux qui sont ici-bas souffrent, qu'ils soient sur le trône ou sur la paille ; mais, hélas ! peu souffrent bien ; peu comprennent que ce sont les épreuves bien endurées qui seules peuvent les conduire au royaume de Dieu. Le découragement est une faute ; Dieu vous refuse des consolations, parce que vous manquez de courage. La prière est un soutien pour l'âme, mais elle ne suffit pas : il faut qu'elle soit appuyée sur une foi vive en la bonté de Dieu. Il vous a souvent été dit qu'il n'envoyait pas un lourd fardeau sur des épaules faibles ; mais le fardeau est proportionné aux forces, comme la récompense sera proportionnée à la résignation et au courage ; la récompense sera plus magnifique que l'affliction n'est pénible ; mais cette récompense il faut la mériter, et c'est pour cela que la vie est pleine de tribulations.


Le militaire que l'on n'envoie pas au feu n'est pas content, parce que le repos du camp ne lui procure pas d'avancement ; soyez donc comme le militaire, et ne souhaitez pas un repos dans lequel s'énerverait votre corps et s'engourdirait votre âme. Soyez satisfaits quand Dieu vous envoie la lutte. Cette lutte, ce n'est pas le feu de la bataille, mais les amertumes de la vie, où il faut quelquefois plus de courage que dans un combat sanglant, car tel qui restera ferme devant l'ennemi, fléchira sous l'étreinte d'une peine morale. L'homme n'a point de récompense pour cette sorte de courage, mais Dieu lui réserve des couronnes et une place glorieuse. Quand il vous arrive un sujet de peine ou de contrariété, tâchez de prendre le dessus, et quand vous serez parvenus à maîtriser les élans de l'impatience, de la colère ou du désespoir, dites-vous avec une juste satisfaction : «J'ai été le plus fort.»


Bienheureux les affligés, peut donc se traduire ainsi : Bienheureux ceux qui ont l'occasion de prouver leur foi, leur fermeté, leur persévérance et leur soumission à la volonté de Dieu, car ils auront au centuple la joie qui leur manque sur la terre, et après le labeur viendra le repos. (LACORDAIRE, le Havre, 1863.)


Le mal et le remède.

 
19. Votre terre est-elle donc un lieu de joie, un paradis de délices ? La voix du prophète ne retentit-elle donc plus à vos oreilles ? n'a-t-elle point crié qu'il y aurait des pleurs et des grincements de dents pour ceux qui naîtraient dans cette vallée de douleurs ? Vous qui venez y vivre, attendez-vous donc aux larmes cuisantes et aux peines amères, et plus vos douleurs seront aiguës et profondes, regardez le ciel et bénissez le Seigneur d'avoir voulu vous éprouver !... O hommes ! vous ne reconnaîtrez donc la puissance de votre maître que quand il aura guéri les plaies de votre corps et couronné vos jours de béatitude et de joie ! Vous ne reconnaîtrez donc son amour que quand il aura paré votre corps de toutes les gloires, et lui aura rendu son éclat et sa blancheur ! Imitez celui qui vous fut donné pour exemple ; arrivé au dernier degré de l'abjection et de la misère, il est étendu sur un fumier, et dit à Dieu : «Seigneur ! j'ai connu toutes les joies de l'opulence, et vous m'avez réduit à la misère la plus profonde ; merci, merci, mon Dieu, de vouloir bien éprouver votre serviteur !» Jusques à quand vos regards s'arrêteront-ils aux horizons marqués par la mort ? Quand votre âme voudra-t-elle enfin s'élancer au-delà des limites d'un tombeau ? Mais dussiez-vous pleurer et souffrir toute une vie, qu'est-ce à côté de l'éternité de gloire réservée à celui qui aura subi l'épreuve avec foi, amour et résignation ? Cherchez donc des consolations à vos maux dans l'avenir que Dieu vous prépare, et la cause de vos maux dans votre passé ; et vous qui souffrez le plus, considérez-vous comme les bienheureux de la terre.


A l'état de désincarnés, quand vous planiez dans l'espace, vous avez choisi votre épreuve, parce que vous vous êtes crus assez forts pour la supporter ; pourquoi murmurer à cette heure ? Vous qui avez demandé la fortune et la gloire, c'était pour soutenir la lutte de la tentation et la vaincre. Vous qui avez demandé à lutter d'esprit et de corps contre le mal moral et physique, c'est que vous saviez que plus l'épreuve serait forte, plus la victoire serait glorieuse, et que si vous en sortiez triomphants, dût votre chair être jetée sur un fumier, à sa mort elle laisserait échapper une âme éclatante de blancheur et redevenue pure par le baptême de l'expiation et de la souffrance.


Quel remède donc ordonner à ceux qui sont atteints d'obsessions cruelles et de maux cuisants ? Un seul est infaillible, c'est la foi, c'est le regard au ciel. Si, dans l'accès de vos plus cruelles souffrances, votre voix chante le Seigneur, l'ange, à votre chevet, de sa main vous montrera le signe du salut et la place que vous devez occuper un jour... La foi, c'est le remède certain de la souffrance ; elle montre toujours les horizons de l'infini devant lesquels s'effacent les quelques jours sombres du présent. Ne nous demandez donc plus quel remède il faut employer pour guérir tel ulcère ou telle plaie, telle tentation ou telle épreuve ; souvenez-vous que celui qui croit est fort du remède de la foi, et que celui qui doute une seconde de son efficacité est puni sur l'heure, parce qu'il ressent à l'instant même les poignantes angoisses de l'affliction.


Le Seigneur a marqué de son sceau tous ceux qui croient en lui. Christ vous a dit qu'avec la foi on transporte les montagnes, et moi je vous dis que celui qui souffre et qui aura la foi pour soutien, sera placé sous son égide et ne souffrira plus ; les moments des plus fortes douleurs seront pour lui les premières notes de joie de l'éternité. Son âme se détachera tellement de son corps, que, tandis que celui-ci se tordra sous les convulsions, elle planera dans les célestes régions en chantant avec les anges les hymnes de reconnaissance et de gloire au Seigneur.


Heureux ceux qui souffrent et qui pleurent ! que leurs âmes soient dans la joie, car elles seront comblées par Dieu. (S. AUGUSTIN, Paris, 1863.)


Le bonheur n'est pas de ce monde.


20. Je ne suis pas heureux ! Le bonheur n'est pas fait pour moi ! s'écrie généralement l'homme dans toutes les positions sociales. Ceci, mes chers enfants, prouve mieux que tous les raisonnements possibles la vérité de cette maxime de l'Ecclésiaste : «Le bonheur n'est pas de ce monde.» En effet, ni la fortune, ni le pouvoir, ni même la jeunesse florissante, ne sont les conditions essentielles du bonheur ; je dis plus : ni même la réunion de ces trois conditions si enviées, puisqu'on entend sans cesse, au milieu des classes les plus privilégiées, des personnes de tout âge se plaindre amèrement de leur condition d'être.


Devant un tel résultat, il est inconcevable que les classes laborieuses et militantes envient avec tant de convoitise la position de ceux que la fortune semble avoir favorisés. Ici-bas, quoi qu'on fasse, chacun a sa part de labeur et de misère, son lot de souffrances et de déceptions. D'où il est facile d'arriver à cette conclusion que la terre est un lieu d'épreuves et d'expiations.


Ainsi donc, ceux qui prêchent que la terre est l'unique séjour de l'homme, et que c'est là seulement, et dans une seule existence, qu'il lui est permis d'atteindre le plus haut degré des félicités que sa nature comporte, ceux-là s'abusent et trompent ceux qui les écoutent, attendu qu'il est démontré, par une expérience archi-séculaire, que ce globe ne renferme qu'exceptionnellement les conditions nécessaires au bonheur complet de l'individu.


En thèse générale, on peut affirmer que le bonheur est une utopie à la poursuite de laquelle les générations s'élancent successivement sans pouvoir jamais y atteindre ; car si l'homme sage est une rareté ici-bas, l'homme absolument heureux ne s'y rencontre pas davantage.


Ce en quoi consiste le bonheur sur la terre est une chose tellement éphémère pour celui que la sagesse ne guide pas, que pour une année, un mois, une semaine de complète satisfaction, tout le reste s'écoule dans une suite d'amertumes et de déceptions ; et notez, mes chers enfants, que je parle ici des heureux de la terre, de ceux qui sont enviés par les foules.


Conséquemment, si le séjour terrestre est affecté aux épreuves et à l'expiation, il faut bien admettre qu'il existe ailleurs des séjours plus favorisés où l'Esprit de l'homme, encore emprisonné dans une chair matérielle, possède dans leur plénitude les jouissances attachées à la vie humaine. C'est pourquoi Dieu a semé dans votre tourbillon ces belles planètes supérieures vers lesquelles vos efforts et vos tendances vous feront graviter un jour, quand vous serez suffisamment purifiés et perfectionnés.


Néanmoins, ne déduisez pas de mes paroles que la terre soit à jamais vouée à une destination pénitentiaire ; non, certes ! car, des progrès accomplis vous pouvez facilement déduire les progrès futurs, et des améliorations sociales conquises, de nouvelles et plus fécondes améliorations. Telle est la tâche immense que doit accomplir la nouvelle doctrine que les Esprits vous ont révélée.


Ainsi donc, mes chers enfants, qu'une sainte émulation vous anime, et que chacun d'entre vous dépouille énergiquement le vieil homme. Vous vous devez tous à la vulgarisation de ce spiritisme qui a déjà commencé votre propre régénération. C'est un devoir de faire participer vos frères aux rayons de la lumière sacrée. A l'oeuvre donc, mes bien chers enfants ! Que dans cette réunion solennelle tous vos coeurs aspirent à ce but grandiose de préparer aux futures générations un monde où le bonheur ne sera plus un vain mot. (FRANÇOIS-NICOLAS- MADELEINE, cardinal MORLOT. Paris, 1863.)

 

A suivre...

 

Posté par Adriana Evangelizt

 

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24 octobre 2006 2 24 /10 /octobre /2006 03:11

 

 

 

 

L'Evangile selon le spiritisme

CONTENANT
L’EXPLICATION DES MAXIMES MORALES DU CHRIST
LEUR CONCORDANCE AVEC LE SPIRITISME

ET LEUR APPLICATION AUX DIVERSES POSITIONS DE LA VIE

par ALLAN KARDEC 

 

 

4ème partie 

3ème partie

2ème partie

1ère partie

 

 

CHAPITRE IV

PERSONNE NE PEUT VOIR LE ROYAUME DE DIEU S'IL NE NAIT DE NOUVEAU.

 

Résurrection et réincarnation. - Liens de famille fortifiés par la réincarnation et brisés par l'unité d'existence. - Instructions des Esprits : Limites de l'incarnation. - L'incarnation est-elle un châtiment ?


1. Jésus étant venu aux environs de Césarée-de-Philippe, interrogea ses disciples et leur dit : Que disent les hommes touchant le Fils de l'Homme ? Qui disent-ils que je suis ? - Ils lui répondirent : Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste ; les autres Elie, les autres Jérémie ou quelqu'un des prophètes. - Jésus leur dit : Et vous autres, qui dites-vous que je suis ? - Simon-Pierre, prenant la parole, lui dit : Vous êtes le Christ, le Fils de Dieu vivant. - Jésus lui répondit : Vous êtes bienheureux, Simon, fils de Jean, parce que
ce n'est point la chair ni le sang qui vous ont révélé ceci, mais mon Père qui est dans les cieux. (Saint Matthieu, ch. XVI, v. de 13 à 17 ; saint Marc, ch. VIII, v. de 27 à 30.)

2. Cependant Hérode le Tétrarque entendit parler de tout ce que faisait Jésus, et son esprit était en suspens, - parce que les uns disaient que Jean était ressuscité d'entre les morts ; les autres qu'Elie était apparu, et d'autres qu'un des anciens prophètes était ressuscité. - Alors Hérode dit : J'ai fait couper la tête à Jean ; mais qui est celui de qui j'entends dire de si grandes choses ? Et il avait envie de le voir. (Saint Marc, ch. VI, v. 14, 15 ; saint Luc, ch. IX, v. 7, 8, 9.)


3. (Après la transfiguration.) Ses disciples l'interrogèrent alors et lui dirent : Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'il faut qu'Elie revienne auparavant ? - Mais Jésus leur répondit : Il est vrai
qu'Elie doit revenir et rétablir toutes choses ; - mais je vous déclare qu'Elie est déjà venu, et ils ne l'ont point connu, mais ils l'ont traité comme il leur a plu. C'est ainsi qu'ils feront souffrir le Fils de l'Homme. - Alors ses disciples comprirent que c'était de Jean-Baptiste qu'il leur avait parlé. (Saint Mathieu, ch. XVIII, v, de 10 à 13 ; saint Marc, ch. IX, v. 10, 11, 12.)


Résurrection et réincarnation.


4. La réincarnation faisait partie des dogmes juifs sous le nom de résurrection ; seuls les Sadducéens, qui pensaient que tout finit à la mort, n'y croyaient pas. Les idées des Juifs sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, n'étaient pas clairement définies, parce qu'ils n'avaient que
des notions vagues et incomplètes sur l'âme et sa liaison avec le corps. Ils croyaient qu'un homme qui a vécu pouvait revivre, sans se rendre un compte précis de la manière dont la chose pouvait avoir lieu ; ils désignaient par le mot résurrection ce que le spiritisme appelle plus judicieusement réincarnation. En effet, la résurrection suppose le retour à la vie du corps qui est mort, ce que la science démontre être matériellement impossible, surtout quand les éléments de ce corps sont depuis longtemps dispersés et absorbés. La réincarnation est le retour de l'âme ou Esprit à la vie corporelle, mais dans un autre corps nouvellement formé pour lui, et qui n'a rien de commun avec l'ancien. Le mot résurrection pouvait ainsi s'appliquer à Lazare, mais non à Elie, ni aux autres prophètes. Si donc, selon leur croyance, Jean-Baptiste était Elie, le corps de Jean ne pouvait être celui d'Elie, puisqu'on avait vu Jean enfant et que l'on connaissait son père et sa mère. Jean pouvait donc être Elie réincarné, mais non ressuscité.


5. Or, il y avait un homme d'entre les Pharisiens, nommé
Nicodème, sénateur des Juifs, - qui vint la nuit trouver Jésus, et lui dit : Maître, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu pour nous instruire comme un docteur ; car personne ne saurait faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est avec lui.


Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis : Personne ne peut voir le royaume de Dieu
s'il ne naît de nouveau.


Nicodème lui dit : Comment peut naître un homme qui est déjà vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère, pour naître une seconde fois ?


Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis :
Si un homme ne renaît de l'eau et de l'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. - Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est Esprit. - Ne vous étonnez pas de ce que je vous ai dit, qu'il faut que vous naissiez de nouveau. - L'Esprit souffle où il veut, et vous entendez sa voix, mais vous ne savez d'où il vient, ni où il va ; il en est de même de tout homme qui est né de l'Esprit.


Nicodème lui répondit : Comment cela peut-il se faire ? - Jésus lui dit : Quoi !
vous êtes maître en Israël, et vous ignorez ces choses ! - En vérité, en vérité, je vous dis que nous ne disons que ce que nous savons, et que nous ne rendons témoignage que de ce que nous avons vu ; et cependant vous ne recevrez point notre témoignage. - Mais si vous ne me croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment me croirez-vous lorsque je vous parlerai des choses du ciel ? (Saint Jean, ch. III, v. de 1 à 12.)


6. La pensée que Jean-Baptiste était Elie, et que les prophètes pouvaient revivre sur la terre, se retrouve en maints passages des Evangiles, notamment dans ceux relatés ci-dessus (n°, 1, 2, 3). Si cette croyance avait été une erreur, Jésus n'eût pas manqué de la combattre, comme il en a combattu tant d'autres ; loin de là, il la sanctionne de toute son autorité, et la pose en principe et comme une condition nécessaire quand il dit : Personne ne peut voir le royaume des cieux
s'il ne naît de nouveau ; et il insiste en ajoutant : Ne vous étonnez pas de ce que je vous dis qu'il FAUT que vous naissiez de nouveau.


7. Ces mots : «Si un homme ne renaît de l'eau et de l'Esprit, ont été interprétés dans le sens de la régénération par l'eau du baptême ; mais le texte primitif portait simplement :
Ne renaît de l'eau et de l'Esprit, tandis que, dans certaines traductions, à de l'Esprit on a substitué : du Saint-Esprit, ce qui ne répond plus à la même pensée. Ce point capital ressort des premiers commentaires faits sur l'Evangile, ainsi que cela sera un jour constaté sans équivoque possible3.


8. Pour comprendre le sens véritable de ces paroles, il faut également se reporter à la signification du mot
eau qui n'était point employé dans son acception propre.


Les connaissances des Anciens sur les sciences physiques étaient très imparfaites ; ils croyaient que la terre était sortie des eaux, c'est pourquoi ils regardaient l'eau comme l'élément générateur absolu ; c'est ainsi que dans la Genèse il est dit : «L'Esprit de Dieu était porté sur les eaux ; flottait à la surface des eaux ; - Que le firmament soit fait au milieu des eaux ; - Que les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul lieu, et que l'élément aride paraisse ; - Que les eaux produisent des animaux vivants qui nagent dans l'eau, et des oiseaux qui volent sur la terre et sous le firmament.»


D'après cette croyance,
l'eau était devenue le symbole de la nature matérielle, comme l'Esprit était celui de la nature intelligente. Ces mots : «Si l'homme ne renaît de l'eau et de l'Esprit, ou en eau et en Esprit,» signifient donc : «Si l'homme ne renaît avec son corps et son âme.» C'est dans ce sens qu'ils ont été compris dans le principe.


Cette interprétation est d'ailleurs justifiée par ces autres paroles :
Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est l'Esprit. Jésus fait ici une distinction positive entre l'Esprit et le corps. Ce qui est né de la chair est chair, indique clairement que le corps seul procède du corps, et que l'Esprit est indépendant du corps.


9. L'Esprit souffle où il veut ; vous entendez sa voix, mais vous ne savez ni d'où il vient ni où il va, peut s'entendre de l'Esprit de Dieu qui donne la vie à qui il veut, ou de l'âme de l'homme ; dans cette dernière acception, «Vous ne savez d'où il vient ni où il va» signifie
que l'on ne connaît ni ce qu'a été, ni ce que sera l'Esprit. Si l'Esprit, ou âme, était créé en même temps que le corps, on saurait d'où il vient, puisqu'on connaîtrait son commencement. En tout état de cause, ce passage est la consécration du principe de la préexistence de l'âme, et par conséquent de la pluralité des existences.


10. Or, depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume des Cieux se prend par violence, et
ce sont les violents qui l'emportent ; - car, jusqu'à Jean, tous les prophètes, aussi bien que la loi, ont prophétisé ; - et si vous voulez comprendre ce que je vous dis, c'est lui-même qui est Elie qui doit venir. - Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre. (Saint Matthieu, ch XI, v. de 12 à 15.)


11. Si le principe de la réincarnation exprimé dans saint Jean pouvait, à la rigueur, être interprété dans un sens purement mystique, il ne saurait en être de même dans ce passage de saint Matthieu, qui est sans équivoque possible :
c'est LUI-MEME qui est Elie qui doit venir ; il n'y a là ni figure, ni allégorie : c'est une affirmation positive. - «Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent le royaume des cieux se prend par violence.» Que signifient ces paroles, puisque Jean-Baptiste vivait encore à ce moment-là ? Jésus les explique en disant : «Si vous voulez comprendre ce que je dis, c'est lui-même qui est Elie qui doit venir.» Or, Jean n'étant autre qu'Elie, Jésus fait allusion au temps où Jean vivait sous le nom d'Elie. «Jusqu'à présent le royaume des cieux se prend par violence,» est une autre allusion à la violence de la loi mosaïque qui commandait l'extermination des infidèles pour gagner la Terre Promise, Paradis des Hébreux, tandis que, selon la nouvelle loi, le ciel se gagne par la charité et la douceur.


Puis il ajoute :
Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre. Ces paroles, si souvent répétées par Jésus, disent clairement que tout le monde n'était pas en état de comprendre certaines vérités.


12. Ceux de votre peuple qu'on avait fait mourir
vivront de nouveau ; ceux qui étaient tués au milieu de moi ressusciteront. Réveillez-vous de votre sommeil, et chantez les louanges de Dieu, vous qui habitez dans la poussière ; parce que la rosée qui tombe sur vous est une rosée de lumière, et que vous ruinerez la terre et le règne des géants. (Isaïe, ch. XXVI, v. 19.)


13. Ce passage d'Isaïe est tout aussi explicite : «Ceux de votre peuple qu'on avait fait mourir vivront de nouveau.» Si le prophète avait entendu parler de la vie spirituelle, s'il avait voulu dire que ceux que l'on a fait mourir n'étaient pas morts en Esprit, il aurait dit : vivent encore, et non vivront de nouveau. Dans le sens spirituel, ces mots seraient un non-sens, puisqu'ils impliqueraient une interruption dans la vie de l'âme.

Dans le sens de régénération morale, ils seraient la négation des peines éternelles, puisqu'ils établissent en principe que tous ceux qui sont morts revivront.


14. Mais quand l'homme est mort une fois, que
son corps, séparé de son esprit, est consumé, que devient-il ? L'homme étant mort une fois, pourrait-il bien revivre de nouveau ? Dans cette guerre où je me trouve tous les jours de ma vie, j'attends que mon changement arrive. (JOB, ch. XIV, v. 10, 14. Traduction de Le Maistre de Sacy.)


Quand l'homme meurt, il perd toute sa force, il expire ; puis où est-il ? - Si l'homme meurt, revivra-t-il ? Attendrai-je tous les jours de mon combat, jusqu'à ce qu'il m'arrive quelque changement ? (Id. Traduction protestante d'Osterwald.)


Quand l'homme est mort,
il vit toujours ; en finissant les jours de mon existence terrestre, j'attendrai, car j'y reviendrai de nouveau. (Id. Version de l'Eglise grecque.)

 
15. Le principe de la pluralité des existences est clairement exprimé dans ces trois versions. On ne peut supposer que Job ait voulu parler de la régénération par l'eau du baptême qu'il ne connaissait certainement pas. «L'homme étant mort une fois, pourrait-il bien revivre de nouveau ?» L'idée de mourir une fois et de revivre, implique celle de
mourir et de revivre plusieurs fois. La version de l'Eglise grecque est encore plus explicite, si c'est possible. «En finissant les jours de mon existence terrestre, j'attendrai, car j'y reviendrai ;» c'est-à-dire, je reviendrai à l'existence terrestre. Ceci est aussi clair que si quelqu'un disait : «Je sors de ma maison, mais j'y reviendrai.»
«Dans cette guerre où je me trouve tous les jours de ma vie, j'attends que mon changement arrive.» Job veut évidemment parler de la lutte qu'il soutient contre les misères de la vie
; il attend son changement, c'est-à-dire il se résigne. Dans la version grecque, j'attendrai semble plutôt s'appliquer à la nouvelle existence : «Lorsque mon existence terrestre sera finie, j'attendrai, car j'y reviendrai ;» Job semble se placer, après sa mort, dans l'intervalle qui sépare une existence de l'autre, et dire que là il attendra son retour.


16. Il n'est donc pas douteux que, sous le nom de résurrection, le principe de la réincarnation était
une des croyances fondamentales des Juifs ; qu'il est confirmé par Jésus et les prophètes d'une manière formelle ; d'où il suit que nier la réincarnation, c'est renier les paroles du Christ. Ses paroles feront un jour autorité sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, quand on les méditera sans parti pris.

17. Mais à cette autorité, au point de vue religieux, vient s'ajouter, au point de vue philosophique, celle des preuves qui résultent de l'observation des faits ; quand des effets on veut remonter aux causes, la réincarnation apparaît comme une nécessité absolue, comme une condition inhérente à l'humanité, en un mot, comme une loi de nature ; elle se révèle par ses résultats d'une manière pour ainsi dire matérielle, comme le moteur caché se révèle par le mouvement ; elle seule peut dire à l'homme d'où il vient, où il va, pourquoi il est sur la terre, et justifier toutes les anomalies et toutes les injustices apparentes que présente la vie4.


Sans le principe de la préexistence de l'âme et de la pluralité des existences, la plupart des maximes de l'Evangile sont inintelligibles ; c'est pourquoi elles ont donné lieu à des interprétations si contradictoires ;
ce principe est la clef qui doit leur restituer leur véritable sens.
Les liens de famille fortifiés par la réincarnation et brisés par l'unité d'existence.


18. Les liens de famille ne sont
point détruits par la réincarnation, ainsi que le pensent certaines personnes ; ils sont au contraire fortifiés et resserrés : c'est le principe opposé qui les détruit.


Les Esprits forment dans l'espace des groupes ou familles unis par l'affection, la sympathie et la similitude des inclinations ; ces Esprits, heureux d'être ensemble, se recherchent ;
l'incarnation ne les sépare que momentanément, car, après leur rentrée dans l'erraticité, ils se retrouvent comme des amis au retour d'un voyage. Souvent même ils se suivent dans l'incarnation, où ils sont réunis dans une même famille, ou dans un même cercle, travaillant ensemble à leur mutuel avancement. Si les uns sont incarnés et que les autres ne le soient pas, ils n'en sont pas moins unis par la pensée ; ceux qui sont libres veillent sur ceux qui sont en captivité ; les plus avancés cherchent à faire progresser les retardataires. Après chaque existence ils ont fait un pas dans la voie de la perfection ; de moins en moins attachés à la matière, leur affection est plus vive par cela même qu'elle est plus épurée, qu'elle n'est plus troublée par l'égoïsme ni par les nuages des passions. Ils peuvent donc ainsi parcourir un nombre illimité d'existences corporelles sans qu'aucune atteinte soit portée à leur mutuelle affection.


Il est bien entendu qu’il s'agit ici de
l'affection réelle d'âme à âme, la seule qui survive à la destruction du corps, car les êtres qui ne s'unissent ici-bas que par les sens n'ont aucun motif de se rechercher dans le monde des Esprits. Il n'y a de durables que les affections spirituelles ; les affections charnelles s'éteignent avec la cause qui les a fait naître ; or cette cause n'existe plus dans le monde des Esprits, tandis que l'âme existe toujours. Quant aux personnes unies par le seul mobile de l'intérêt, elles ne sont réellement rien l'une à l'autre : la mort les sépare sur la terre et dans le ciel.


19.
L'union et l'affection qui existent entre parents sont l'indice de la sympathie antérieure qui les a rapprochés ; aussi dit-on en parlant d'une personne dont le caractère, les goûts et les inclinations n'ont aucune similitude avec ceux de ses proches, qu'elle n'est pas de la famille. En disant cela, on énonce une plus grande vérité qu'on ne le croit. Dieu permet, dans les familles, ces incarnations d'Esprits antipathiques ou étrangers, dans le double but de servir d'épreuve pour les uns, et de moyen d'avancement pour les autres. Puis les mauvais s'améliorent peu à peu au contact des bons et par les soins qu'ils en reçoivent ; leur caractère s'adoucit, leurs moeurs s'épurent, les antipathies s'effacent ; c'est ainsi que s'établit la fusion entre les différentes catégories d'Esprits, comme elle s'établit sur la terre entre les races et les peuples.


20. La crainte de l'augmentation indéfinie de la parenté, par suite de la réincarnation, est une crainte égoïste, qui prouve que
l'on ne se sent pas un amour assez large pour le reporter sur un grand nombre de personnes. Un père qui a plusieurs enfants les aime-t-il donc moins que s'il n'en avait qu'un seul ? Mais, que les égoïstes se rassurent, cette crainte n'est pas fondée. De ce qu'un homme aura eu dix incarnations, il ne s'ensuit pas qu'il retrouvera dans le monde des Esprits dix pères, dix mères, dix femmes et un nombre proportionné d'enfants et de nouveaux parents ; il n'y retrouvera toujours que les mêmes objets de son affection qui lui auront été attachés sur la terre, à des titres différents, et peut-être au même titre.


21. Voyons
maintenant les conséquences de la doctrine de la non-réincarnation. Cette doctrine annule nécessairement la préexistence de l'âme ; les âmes étant créées en même temps que le corps, il n'existe entre elles aucun lien antérieur ; elles sont complètement étrangères les unes aux autres ; le père est étranger à son fils ; la filiation des familles se trouve ainsi réduite à la seule filiation corporelle, sans aucun lien spirituel. Il n'y a donc aucun motif de se glorifier d'avoir eu pour ancêtres tels ou tels personnages illustres. Avec la réincarnation, ancêtres et descendants peuvent s'être connus, avoir vécu ensemble, s'être aimés, et se trouver réunis plus tard pour resserrer leurs liens sympathiques.


22. Voilà pour le passé. Quant à l'avenir, selon un des dogmes fondamentaux qui découlent de la non-réincarnation, le sort des âmes est irrévocablement fixé après une seule existence ; la fixation définitive du sort implique
la cessation de tout progrès, car s'il y a progrès quelconque, il n'y a plus de sort définitif ; selon qu'elles ont bien ou mal vécu, elles vont immédiatement dans le séjour des bienheureux ou dans l'enfer éternel ; elles sont ainsi immédiatement séparées pour toujours, et sans espoir de se rapprocher jamais, de telle sorte que pères, mères et enfants, maris et femmes, frères, soeurs, amis, ne sont jamais certains de se revoir : c'est la rupture la plus absolue des liens de famille.


Avec la réincarnation, et le progrès qui en est la conséquence,
tous ceux qui se sont aimés se retrouvent sur la terre et dans l'espace, et gravitent ensemble pour arriver à Dieu. S'il en est qui faillissent en route, ils retardent leur avancement et leur bonheur, mais tout espoir n'est pas perdu ; aidés, encouragés et soutenus par ceux qui les aiment, ils sortiront un jour du bourbier où ils sont engagés. Avec la réincarnation enfin, il y a solidarité perpétuelle entre les incarnés et les désincarnés, de là le resserrement des liens d'affection.


23. En résumé, quatre alternatives se présentent à l'homme pour son avenir d'outre-tombe : 1º
le néant, selon la doctrine matérialiste ; 2º l'absorption dans le tout universel, selon la doctrine panthéiste ; 3° l'individualité avec fixation définitive du sort, selon la doctrine de l'Eglise ; 4º l'individualité avec progression indéfinie, selon la doctrine spirite. Selon les deux premières les liens de famille sont rompus après la mort, et il n'y a nul espoir de se retrouver ; avec la troisième, il y a chance de se revoir, pourvu que l'on soit dans le même milieu, et ce milieu peut être l'enfer comme le paradis ; avec la pluralité des existences, qui est inséparable de la progression graduelle, il y a certitude dans la continuité des rapports entre ceux qui se sont aimés, et c'est là ce qui constitue la véritable famille.

 

INSTRUCTIONS DES ESPRITS


Limite de l'incarnation.

 

Quelles sont les limites de l'incarnation ?


L'incarnation n'a point, à proprement parler, de limites nettement tracées, si l'on entend par là l'enveloppe qui constitue le corps de l'Esprit, attendu que
la matérialité de cette enveloppe diminue à mesure que l'Esprit se purifie. Dans certains mondes plus avancés que la terre, elle est déjà moins compacte, moins lourde et moins grossière, et par conséquent sujette à moins de vicissitudes ; à un degré plus élevé, elle est diaphane et presque fluidique ; de degré en degré, elle se dématérialise et finit par se confondre avec le périsprit. Selon le monde sur lequel l'Esprit est appelé à vivre, celui-ci prend l'enveloppe appropriée à la nature de ce monde.


Le périsprit lui-même subit des
transformations successives ; il s'ethérise de plus en plus jusqu'à l'épuration complète qui constitue les purs Esprits. Si des mondes spéciaux sont affectés, comme stations, aux Esprits très avancés, ces derniers n'y sont point attachés comme dans les mondes inférieurs ; l'état de dégagement où ils se trouvent leur permet de se transporter partout où les appellent les missions qui leur sont confiées.


Si l'on considère l'incarnation au point de vue matériel, telle qu'elle a lieu sur la terre, on peut dire qu'elle est
limitée aux mondes inférieurs ; il dépend de l'Esprit, par conséquent, de s'en affranchir plus ou moins promptement en travaillant à son épuration.
Il est à considérer aussi que dans l'état errant, c'est-à-dire dans
l'intervalle des existences corporelles, la situation de l'Esprit est en rapport avec la nature du monde auquel le lie son degré d'avancement ; qu'ainsi, dans l'erraticité, il est plus ou moins heureux, libre et éclairé, selon qu'il est plus ou moins dématérialisé. (SAINT LOUIS, Paris, 1859.)


Nécessité de l'incarnation.


25. L'incarnation est-elle une punition, et n'y a-t-il que les Esprits coupables qui y soient assujettis ?


Le passage des Esprits par la vie corporelle est nécessaire pour que ceux-ci puissent accomplir, à l'aide
d'une action matérielle, les desseins dont Dieu leur confie l'exécution ; elle est nécessaire pour eux-mêmes, parce que l'activité qu'ils sont obligés de déployer aide au développement de l'intelligence. Dieu étant souverainement juste doit faire une part égale à tous ses enfants ; c'est pour cela qu'il donne à tous un même point de départ, la même aptitude, les mêmes obligations à remplir et la même liberté d'agir ; tout privilège serait une préférence, et toute préférence une injustice. Mais l'incarnation n'est pour tous les Esprits qu'un état transitoire ; c'est une tâche que Dieu leur impose à leur début dans la vie, comme première épreuve de l'usage qu'ils feront de leur libre arbitre. Ceux qui remplissent cette tâche avec zèle franchissent rapidement et moins péniblement ces premiers degrés de l'initiation, et jouissent plus tôt du fruit de leurs travaux. Ceux, au contraire, qui font un mauvais usage de la liberté que Dieu leur accorde retardent leur avancement ; c'est ainsi que, par leur obstination, ils peuvent prolonger indéfiniment la nécessité de se réincarner, et c'est alors que l'incarnation devient un châtiment. (SAINT LOUIS, Paris, 1859.)


26. Remarque. Une comparaison vulgaire fera mieux comprendre cette différence. L'écolier n'arrive aux grades de la science qu'après avoir parcouru la série des classes qui y conduisent. Ces classes,
quel que soit le travail qu'elles exigent, sont un moyen d'arriver au but, et non une punition. L'écolier laborieux abrège la route, et y trouve moins d'épines ; il en est autrement pour celui que sa négligence et sa paresse obligent à redoubler certaines classes. Ce n'est pas le travail de la classe qui est une punition, mais l'obligation de recommencer le même travail.


Ainsi en est-il de l'homme sur la terre. Pour l'Esprit du sauvage qui est presque au début de la vie spirituelle, l'incarnation est un moyen de développer son intelligence ; mais pour l'homme éclairé en qui le sens moral est largement développé, et qui est obligé de redoubler les étapes d'une vie corporelle pleine d'angoisses, tandis qu'il pourrait déjà être arrivé au but, c'est un châtiment par la nécessité où il est de prolonger son séjour dans les mondes inférieurs et malheureux. Celui, au contraire, qui travaille activement à son progrès moral peut, non seulement abréger la durée de l'incarnation matérielle, mais franchir en une seule fois les degrés intermédiaires qui le séparent des mondes supérieurs.


Les Esprits ne pourraient-ils s'incarner qu'une seule fois sur le même globe, et accomplir leurs différentes existences dans des sphères différentes ?

 Cette opinion ne serait admissible que si tous les hommes étaient, sur la terre, exactement au même niveau intellectuel et moral. Les différences qui existent entre eux, depuis le sauvage jusqu'à l'homme civilisé, montrent les degrés qu'ils sont appelés à franchir. L'incarnation, d'ailleurs, doit avoir un but utile ; or, quel serait celui des incarnations éphémères des enfants qui meurent en bas âge ? Ils auraient souffert sans profit pour eux ni pour autrui : Dieu, dont toutes les lois sont souverainement sages, ne fait rien d'inutile. Par la réincarnation sur le même globe, il a voulu que les mêmes Esprits se trouvant de nouveau en contact, eussent occasion de réparer leurs torts réciproques ; par le fait de leurs relations antérieures, il a voulu, en outre, fonder les liens de famille sur une base spirituelle, et appuyer sur une loi de nature les principes de solidarité, de fraternité et d'égalité.

 

Cinquième partie

 

 

3 La traduction d'Osterwald est conforme au texte primitif ; elle porte : ne renaît de l'eau et de l'Esprit ; celle de Sacy dit : du Saint-Esprit ; celle de Lamennais : de l'Esprit-Saint.

4 Voir, pour les développements du dogme de la réincarnation, Le Livre des Esprits, ch. IV et V ; Qu'est-ce que le Spiritisme ? chap. II, par Allan Kardec ; La Pluralité des existences, par Pezzani.

Posté par Adriana Evangelizt

 

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24 octobre 2006 2 24 /10 /octobre /2006 02:05

 

 

 

L’EVANGILE SELON LE SPIRITISME

CONTENANT
L’EXPLICATION DES MAXIMES MORALES DU CHRIST
LEUR CONCORDANCE AVEC LE SPIRITISME

ET LEUR APPLICATION AUX DIVERSES POSITIONS DE LA VIE

par ALLAN KARDEC 

 

3ème partie

2ème partie

1ère partie

 

 

CHAPITRE III

 

IL Y A PLUSIEURS DEMEURES DANS LA MAISON DE MON PERE.


Différents états de l'âme dans l'erraticité. - Différentes catégories de mondes habités. - Destination de la terre. Cause des misères terrestres. - Instructions des Esprits : Mondes supérieurs et mondes inférieurs. - Mondes d'expiations et d'épreuves. - Mondes régénérateurs. - Progression des mondes.


1. Que votre coeur ne se trouble point. - Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. - Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père ; si cela n'était, je vous l'aurais déjà dit, car je m'en vais pour préparer le lieu ; - et après que je m'en serai allé et que je vous aurai préparé le lieu, je reviendrai, et vous retirerai à moi,
afin que là où je serai, vous y soyez aussi. (Saint Jean, ch. XIV, v. 1, 2, 3.)


Différents états de l'âme dans l'erraticité.


2. La maison du Père,
c'est l'univers ; les différentes demeures sont les mondes qui circulent dans l'espace infini, et offrent aux Esprits incarnés des séjours appropriés à leur avancement.


Indépendamment de la diversité des mondes, ces paroles peuvent aussi s'entendre de l'état heureux ou malheureux de l'Esprit
dans l'erraticité. Suivant qu'il est plus ou moins épuré et dégagé des liens matériels, le milieu où il se trouve, l'aspect des choses, les sensations qu'il éprouve, les perceptions qu'il possède varient à l'infini ; tandis que les uns ne peuvent s'éloigner de la sphère où ils ont vécu, d'autres s'élèvent et parcourent l'espace et les mondes ; tandis que certains Esprits coupables errent dans les ténèbres, les heureux jouissent d'une clarté resplendissante et du sublime spectacle de l'infini ; tandis, enfin, que le méchant, bourrelé de remords et de regrets, souvent seul, sans consolations, séparé des objets de son affection, gémit sous l'étreinte des souffrances morales, le juste, réuni à ceux qu'il aime, goûte les douceurs d'une indicible félicité. Là aussi il y a donc plusieurs demeures, quoiqu'elles ne soient ni circonscrites, ni localisées.


Différents catégories de mondes habités.


3. De l'enseignement donné par les Esprits, il résulte que les divers mondes sont dans des conditions
très différentes les unes des autres quant au degré d'avancement ou d'infériorité de leurs habitants. Dans le nombre, il en est dont ces derniers sont encore inférieurs à ceux de la terre physiquement et moralement ; d'autres sont au même degré, et d'autres lui sont plus ou moins supérieurs à tous égards. Dans les mondes inférieurs l'existence est toute matérielle, les passions règnent en souveraines, la vie morale est à peu près nulle. A mesure que celle-ci se développe, l'influence de la matière diminue, de telle sorte que dans les mondes les plus avancés la vie est pour ainsi dire toute spirituelle.


4. Dans les mondes intermédiaires il y a
mélange de bien et de mal, prédominance de l'un ou de l'autre, selon le degré d'avancement. Quoiqu'il ne puisse être fait des divers mondes une classification absolue, on peut néanmoins, en raison de leur état et de leur destination, et en se basant sur les nuances les plus tranchées, les diviser d'une manière générale, ainsi qu'il suit, savoir : les mondes primitifs, affectés aux premières incarnations de l'âme humaine ; les mondes d'expiations et d'épreuves, où le mal domine ; les mondes régénérateurs, où les âmes qui ont encore à expier puisent de nouvelles forces, tout en se reposant des fatigues de la lutte ; les mondes heureux, où le bien l'emporte sur le mal ; les mondes célestes ou divins, séjour des Esprits épurés, où le bien règne sans partage. La terre appartient à la catégorie des mondes d'expiations et d'épreuves, c'est pourquoi l'homme y est en butte à tant de misères.


5. Les Esprits incarnés sur un monde n'y sont
point attachés indéfiniment, et n'y accomplissent pas toutes les phases progressives qu'ils doivent parcourir pour arriver à la perfection. Quand ils ont atteint sur un monde le degré d'avancement qu'il comporte, ils passent dans un autre plus avancé, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à l'état de purs Esprits. Ce sont autant de stations à chacune desquelles ils trouvent des éléments de progrès proportionnés à leur avancement. C'est pour eux une récompense de passer dans un monde d'un ordre plus élevé, comme c'est un châtiment de prolonger leur séjour dans un monde malheureux, ou d'être relégués dans un monde plus malheureux encore que celui qu'ils sont forcés de quitter, quand ils se sont obstinés dans le mal.


Destination de la terre. Causes des misères humaines.


6. On s'étonne de trouver sur la terre
tant de méchanceté et de mauvaises passions, tant de misères et d'infirmités de toutes sortes, et l'on en conclut que l'espèce humaine est une triste chose. Ce jugement provient du point de vue borné où l'on se place, et qui donne une fausse idée de l'ensemble. Il faut considérer que sur la terre on ne voit pas toute l'humanité, mais une très petite fraction de l'humanité. En effet, l'espèce humaine comprend tous les êtres doués de raison qui peuplent les innombrables mondes de l'univers ; or, qu'est-ce que la population de la terre auprès de la population totale de ces mondes ? Bien moins que celle d'un hameau par rapport à celle d'un grand empire. La situation matérielle et morale de l'humanité terrestre n'a plus rien qui étonne, si l'on se rend compte de la destination de la terre et de la nature de ceux qui l'habitent.


7. On se ferait des habitants d'une grande cité une idée très fausse si on les jugeait par la population des quartiers infimes et sordides. Dans un hospice, on ne voit que des malades ou des estropiés ; dans un bagne, on voit toutes les turpitudes, tous les vices réunis ; dans les contrées insalubres, la plupart des habitants sont pâles, malingres et souffreteux. Eh bien, qu'on se figure la terre comme étant un faubourg, un hospice, un pénitencier, un pays malsain,
car elle est à la fois tout cela, et l'on comprendra pourquoi les afflictions l'emportent sur les jouissances, car on n'envoie pas à l'hospice les gens qui se portent bien, ni dans les maisons de correction ceux qui n'ont point fait de mal ; et ni les hospices, ni les maisons de correction ne sont des lieux de délices.


Or, de même que dans une ville toute la population n'est pas dans les hospices ou dans les prisons,
toute l'humanité n'est pas sur la terre ; comme on sort de l'hospice quand on est guéri, et de la prison quand on a fait son temps, l'homme quitte la terre pour des mondes plus heureux quand il est guéri de ses infirmités morales.


INSTRUCTIONS DES ESPRITS.


Mondes inférieurs et mondes supérieurs.


8. La qualification de mondes inférieurs et de mondes supérieurs est plutôt relative qu'absolue ; tel monde est inférieur ou supérieur par rapport à ceux qui sont au-dessus ou au-dessous de lui dans l'échelle progressive.

 
La terre étant prise pour point de comparaison, on peut se faire
une idée de l'état d'un monde inférieur en y supposant l'homme au degré des races sauvages ou des nations barbares que l'on trouve encore à sa surface, et qui sont les restes de son état primitif. Dans les plus arriérés, les êtres qui les habitent sont en quelque sorte rudimentaires ; ils ont la forme humaine, mais sans aucune beauté ; les instincts n'y sont tempérés par aucun sentiment de délicatesse ou de bienveillance, ni par les notions du juste et de l'injuste ; la force brutale y fait seule la loi. Sans industrie, sans inventions, les habitants dépensent leur vie à la conquête de leur nourriture. Cependant Dieu n'abandonne aucune de ses créatures ; au fond des ténèbres de l'intelligence gît, latente, la vague intuition d'un Etre suprême, développée plus ou moins. Cet instinct suffit pour les rendre supérieurs les uns aux autres et préparer leur éclosion à une vie plus complète ; car ce ne sont point des êtres dégradés, mais des enfants qui grandissent.


Entre ces degrés inférieurs et les plus élevés,
il y a d'innombrables échelons, et dans les Esprits purs, dématérialisés et resplendissants de gloire, on a peine à reconnaître ceux qui ont animé ces êtres primitifs, de même que dans l'homme adulte on a peine à reconnaître l'embryon.


9. Dans les mondes arrivés à un degré supérieur, les conditions de la vie morale et matérielle sont
tout autres, même que sur la terre. La forme du corps est toujours, comme partout, la forme humaine, mais embellie, perfectionnée, et surtout purifiée. Le corps n'a rien de la matérialité terrestre, et n'est, par conséquent, sujet ni aux besoins, ni aux maladies, ni aux détériorations qu'engendre la prédominance de la matière ; les sens, plus exquis, ont des perceptions qu'étouffe ici-bas la grossièreté des organes ; la légèreté spécifique des corps rend la locomotion rapide et facile ; au lieu de se traîner péniblement sur le sol, il glisse, pour ainsi dire, à la surface, ou plane dans l'atmosphère sans antre effort que celui de la volonté, à la manière dont on représente les anges, ou dont les Anciens se figuraient les mânes dans les Champs Elysées. Les hommes conservent à leur gré les traits de leurs migrations passées et paraissent à leurs amis tels qu'ils les ont connus, mais illuminés par une lumière divine, transfigurés par les impressions intérieures, qui sont toujours élevées. Au lieu de visages ternes, ravagés par les souffrances et les passions, l'intelligence et la vie rayonnent de cet éclat que les peintres ont traduit par le nimbe ou l'auréole des saints.


Le peu de résistance qu'offre la matière
à des Esprits déjà très avancés, rend le développement des corps rapide et l'enfance courte ou presque nulle ; la vie, exemple de soucis et d'angoisses, est proportionnellement beaucoup plus longue que sur la terre. En principe, la longévité est proportionnée au degré d'avancement des mondes. La mort n'y a rien des horreurs de la décomposition ; loin d'être un sujet d'effroi, elle est considérée comme une transformation heureuse, parce que là le doute sur l'avenir n'existe pas. Pendant la vie, l'âme, n'étant point enserrée dans une matière compacte, rayonne et jouit d'une lucidité qui la met dans un état presque permanent d'émancipation, et permet la libre transmission de la pensée.


10. Dans ces mondes heureux,
les relations de peuple à peuple, toujours amicales, ne sont jamais troublées par l'ambition d'asservir son voisin, ni par la guerre qui en est la suite. Il n'y a ni maîtres, ni esclaves, ni privilégiés de naissance ; la supériorité morale et intelligente établit seule la différence des conditions et donne la suprématie. L'autorité est toujours respectée, parce qu'elle n'est donnée qu'au mérite, et qu'elle s'exerce toujours avec justice. L'homme ne cherche point à s'élever au-dessus de l'homme, mais au-dessus de lui-même en se perfectionnant. Son but est de parvenir au rang des purs Esprits, et ce désir incessant n'est point un tourment, mais une noble ambition qui le fait étudier avec ardeur pour arriver à les égaler. Tous les sentiments tendres et élevés de la nature humaine s'y trouvent agrandis et purifiés ; les haines, les mesquines jalousies, les basses convoitises de l'envie y sont inconnues ; un lien d'amour et de fraternité unit tous les hommes ; les plus forts aident les plus faibles. Ils possèdent plus ou moins, selon qu'ils ont plus ou moins acquis par leur intelligence, mais nul ne souffre par le manque du nécessaire, parce que nul n'y est en expiation ; en un mot, le mal n'y existe pas.


11. Dans votre monde, vous avez
besoin du mal pour sentir le bien, de la nuit pour admirer la lumière, de la maladie pour apprécier la santé ; là, ces contrastes ne sont point nécessaires ; l'éternelle lumière, l'éternelle beauté, l'éternel calme de l'âme, procurent une éternelle joie que ne troublent ni les angoisses de la vie matérielle, ni le contact des méchants, qui n'y ont point accès. Voilà ce que l'esprit humain a le plus de peine à comprendre ; il a été ingénieux pour peindre les tourments de l'enfer, il n'a jamais pu se représenter les joies du ciel ; et pourquoi cela ? Parce que, étant inférieur, il n'a enduré que peines et misères, et n'a point entrevu les célestes clartés ; il ne peut parler que de ce qu'il connaît ; mais, à mesure qu'il s'élève et s'épure, l'horizon s'éclaircit, et il comprend le bien qui est devant lui, comme il a compris le mal qui est resté derrière lui.


12. Cependant ces mondes fortunés ne sont point des mondes privilégiés, car Dieu n'est partial pour aucun de ses enfants ; il donne à tous les mêmes droits et les mêmes facilités pour y arriver ;
il les fait tous partir du même point, et n'en dote aucun plus que les autres ; les premiers rangs sont accessibles à tous : à eux de les conquérir par leur travail ; à eux de les atteindre le plus tôt possible, ou de languir pendant des siècles de siècles dans les bas-fonds de l'humanité. (Résumé de l'enseignement de tous les Esprits supérieurs.)


Mondes d'expiations et d'épreuves.


13. Que vous dirai-je des mondes d'expiations que vous ne sachiez déjà, puisqu'il vous suffit de considérer
la terre que vous habitez ? La supériorité de l'intelligence chez un grand nombre de ses habitants indique qu'elle n'est pas un monde primitif destiné à l'incarnation d'Esprits à peine sortis des mains du Créateur. Les qualités innées qu'ils apportent avec eux sont la preuve qu'ils ont déjà vécu, et qu'ils ont accompli un certain progrès ; mais aussi les vices nombreux auxquels ils sont enclins sont l'indice d'une grande imperfection morale ; c'est pourquoi Dieu les a placés sur une terre ingrate pour y expier leurs fautes par un travail pénible et par les misères de la vie, jusqu'à ce qu'ils aient mérité d'aller dans un monde plus heureux.


14. Cependant tous les Esprits incarnés sur la terre n'y sont pas envoyés en expiation. Les races que vous appelez sauvages sont des Esprits à peine sortis de l'enfance, et qui y sont, pour ainsi dire,
en éducation, et se développent au contact d'Esprits plus avancés. Viennent ensuite les races à demi civilisées formées de ces mêmes Esprits en progrès. Ce sont là, en quelque sorte, les races indigènes de la terre, qui ont grandi peu à peu à la suite de longues périodes séculaires, et dont quelques-unes ont pu atteindre le perfectionnement intellectuel des peuples les plus éclairés.


Les Esprits en expiation y sont, si l'on peut s'exprimer ainsi, exotiques ; ils ont déjà vécu sur d'autres mondes d'où ils ont été
exclus par suite de leur obstination dans le mal, et parce qu'ils y étaient une cause de trouble pour les bons ; ils ont été relégués, pour un temps, parmi des Esprits plus arriérés, et qu'ils ont pour mission de faire avancer, car ils ont apporté avec eux leur intelligence développée et le germe des connaissances acquises ; c'est pourquoi les Esprits punis se trouvent parmi les races les plus intelligentes ; ce sont celles aussi pour lesquelles les misères de la vie ont le plus d'amertume, parce qu'il y a en elles plus de sensibilité, et qu'elles sont plus éprouvées par le froissement que les races primitives dont le sens moral est plus obtus.


15. La terre fournit donc
un des types des mondes expiatoires, dont les variétés sont infinies, mais qui ont pour caractère commun de servir de lieu d'exil aux Esprits rebelles à la loi de Dieu. Là ces Esprits ont à lutter à la fois contre la perversité des hommes et contre l'inclémence de la nature, double travail pénible qui développe en même temps les qualités du coeur et celles de l'intelligence. C'est ainsi que Dieu, dans sa bonté, fait tourner le châtiment même au profit du progrès de l'Esprit. (SAINT AUGUSTIN. Paris, 1862.)


Mondes régénérateurs


16. Parmi ces étoiles qui scintillent dans la voûte azurée, combien est-il de mondes, comme le vôtre, désignés par le Seigneur
pour l'expiation et l'épreuve ! Mais il en est aussi de plus misérables et de meilleurs, comme il en est de transitoires que l'on peut appeler régénérateurs. Chaque tourbillon planétaire, courant dans l'espace autour d'un foyer commun, entraîne avec lui ses mondes primitifs, d'exil, d'épreuve, de régénération et de félicité. Il vous a été parlé de ces mondes où l'âme naissante est placée, alors qu'ignorante encore du bien et du mal, elle peut marcher à Dieu, maîtresse d'elle-même, en possession de son libre arbitre ; il vous a été dit de quelles larges facultés l'âme a été douée pour faire le bien ; mais, hélas ! il en est qui succombent, et Dieu, ne voulant pas les anéantir, leur permet d'aller dans ces mondes où, d'incarnations en incarnations, elles s'épurent, se régénèrent, et reviendront dignes de la gloire qui leur était destinée.


17
. Les mondes régénérateurs servent de transition entre les mondes d'expiation et les mondes heureux ; l'âme qui se repent y trouve le calme et le repos en achevant de s'épurer. Sans doute, dans ces mondes, l'homme est encore sujet des lois qui régissent la matière ; l'humanité éprouve vos sensations et vos désirs, mais elle est affranchie des passions désordonnées dont vous êtes esclaves ; là plus d'orgueil qui fait taire le coeur, plus d'envie qui le torture, plus de haine qui l'étouffe ; le mot amour est écrit sur tous les fronts ; une parfaite équité règle les rapports sociaux ; tous se montrent Dieu, et tentent d'aller à lui en suivant ses lois.


Là, pourtant, n'est point encore le parfait bonheur, mais c'est l'aurore du bonheur.
L'homme y est encore chair, et par cela même sujet à des vicissitudes dont ne sont exempts que les êtres complètement dématérialisés ; il a encore des épreuves à subir, mais elles n'ont point les poignantes angoisses de l'expiation. Comparés à la terre, ces mondes sont très heureux, et beaucoup d'entre vous seraient satisfaits de s'y arrêter, car c'est le calme après la tempête, la convalescence après une cruelle maladie ; mais l'homme, moins absorbé par les choses matérielles, entrevoit mieux l'avenir que vous ne le faites ; il comprend qu'il est d'autres joies que le Seigneur promet à ceux qui s'en rendent dignes, quand la mort aura de nouveau moissonné leurs corps pour leur donner la vraie vie. C'est alors que l'âme affranchie planera sur tous les horizons ; plus de sens matériels et grossiers, mais les sens d'un périsprit pur et céleste, aspirant les émanations de Dieu même sous les parfums d'amour et de charité qui s'épandent de son sein.


18. Mais, hélas ! dans ces mondes, l'homme est encore faillible, et l'Esprit du mal n'y a pas complètement perdu son empire. Ne pas avancer c'est reculer, et s'il n'est pas ferme dans la voie du bien, il peut retomber dans les mondes d'expiation, où l'attendent de nouvelles et plus terribles épreuves.


Contemplez donc cette voûte azurée, le soir, à l'heure du repos et de la prière, et dans ces sphères innombrables qui brillent sur vos têtes, demandez-vous ceux qui mènent à Dieu, et priez-le
qu'un monde régénérateur vous ouvre son sein après l'expiation de la terre. (SAINT AUGUSTIN. Paris, 1862.)


Progression des mondes.


19.
Le progrès est une des lois de la nature ; tous les êtres de la création, animés et inanimés, y sont soumis par la bonté de Dieu, qui veut que tout grandisse et prospère. La destruction même, qui semble aux hommes le terme des choses, n'est qu'un moyen d'arriver par la transformation à un état plus parfait, car tout meurt pour renaître, et rien ne rentre dans le néant.


En même temps que les êtres vivants
progressent moralement, les mondes qu'ils habitent progressent matériellement. Qui pourrait suivre un monde dans ses diverses phases depuis l'instant où se sont agglomérés les premiers atomes qui ont servi à le constituer, le verrait parcourir une échelle incessamment progressive, mais par des degrés insensibles pour chaque génération, et offrir à ses habitants un séjour plus agréable à mesure que ceux-ci avancent eux-mêmes dans la voie du progrès. Ainsi marchent parallèlement le progrès de l'homme, celui des animaux ses auxiliaires, des végétaux et de l'habitation, car rien n'est stationnaire dans la nature. Combien cette idée est grande et digne de la majesté du Créateur ! et qu'au contraire elle est petite et indigne de sa puissance celle qui concentre sa sollicitude et sa providence sur l'imperceptible grain de sable de la terre, et restreint l'humanité aux quelques hommes qui l'habitent !

La terre, suivant cette loi, a été matériellement et moralement dans un état inférieur à ce qu'elle est aujourd'hui, et atteindra sous ce double rapport un degré plus avancé. Elle est arrivée à une de ses périodes de transformation, où de monde expiatoire elle va devenir monde régénérateur ; alors les hommes y seront heureux parce que la loi de Dieu y régnera. (SAINT AUGUSTIN. Paris, 1862.)

 

La suite Quatrième Partie

Posté par Adriana Evangelizt

 

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24 octobre 2006 2 24 /10 /octobre /2006 00:41

 

 

 

 

L’EVANGILE SELON LE SPIRITISME

CONTENANT
L’EXPLICATION DES MAXIMES MORALES DU CHRIST
LEUR CONCORDANCE AVEC LE SPIRITISME

ET LEUR APPLICATION AUX DIVERSES POSITIONS DE LA VIE

par ALLAN KARDEC

2ème partie

1ère partie

 

 

CHAPITRE I

JE NE SUIS POINT VENU DETRUIRE LA LOI.


Les trois révélations : Moïse ; Christ ; le Spiritisme. - Alliance de la science et de la religion. - Instructions des Esprits : L'ère nouvelle.


1. Ne pensez point que je sois venu détruire la loi ou les prophètes ; je ne suis point venu les détruire, mais les accomplir ; - car je vous dis en vérité que le ciel et la terre ne passeront point que tout ce qui est dans la loi ne soit accompli parfaitement, jusqu'à un seul iota et à un seul point. (Saint Matthieu, ch. V, v. 17, 18.)


Moïse.


2. Il y a deux parties distinctes dans la loi mosaïque : la loi de Dieu promulguée sur le mont Sinaï, et la loi civile ou disciplinaire établie par Moïse ; l'une est invariable ; l'autre, appropriée aux moeurs et au caractère du peuple, se modifie avec le temps.

La loi de Dieu est formulée dans les dix commandements suivants :


I. Je suis le Seigneur, votre Dieu, qui vous ai tirés de l'Egypte, de la maison de servitude. - Vous n'aurez point d'autres dieux étrangers devant moi. - Vous ne ferez point d'image taillée, ni aucune figure de tout ce qui est en haut dans le ciel et en bas sur la terre, ni de tout ce qui est dans les eaux sous la terre. Vous ne les adorerez point, et vous ne leur rendrez point le souverain culte.


II. Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur votre Dieu.


III. Souvenez-vous de sanctifier le jour du sabbat.


IV. Honorez votre père et votre mère, afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur votre Dieu vous donnera.


V. Vous ne tuerez point.


VI. Vous ne commettrez point d'adultère.


VII. Vous ne déroberez point.

VIII. Vous ne porterez point de faux témoignage contre votre prochain.


IX. Vous ne désirerez point la femme de votre prochain.


X. Vous ne désirerez point la maison de votre prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune de toutes les choses qui lui appartiennent.

 
Cette loi est de tous les temps et de tous les pays, et a, par cela même, un caractère divin. Tout autres sont les lois établies par Moïse, obligé de maintenir par la crainte un peuple naturellement turbulent et indiscipliné, chez lequel il avait à combattre des abus enracinés et des préjugés puisés dans la servitude d'Egypte. Pour donner de l'autorité à ses lois, il a dû leur attribuer une origine divine, ainsi que l'ont fait tous les législateurs des peuples primitifs ; l'autorité de l'homme devait s'appuyer sur l'autorité de Dieu ; mais l'idée d'un Dieu terrible pouvait seule impressionner des hommes ignorants, en qui le sens moral et le sentiment d'une exquise justice étaient encore peu développés. Il est bien évident que celui qui avait mis dans ses commandements : «Tu ne tueras point ; tu ne feras point de tort à ton prochain,» ne pouvait se contredire en faisant un devoir de l'extermination. Les lois mosaïques, proprement dites, avaient donc un caractère essentiellement transitoire.


Christ.


3. Jésus n'est point venu détruire la loi, c'est-à-dire la loi de Dieu ; il est venu l'accomplir, c'est-à-dire la développer, lui donner son véritable sens, et l'approprier au degré d'avancement des hommes ; c'est pourquoi on trouve dans cette loi le principe des devoirs envers Dieu et envers le prochain, qui fait la base de sa doctrine. Quant aux lois de Moïse proprement dites, il les a au contraire profondément modifiées, soit dans le fond, soit dans la forme ; il a constamment combattu l'abus des pratiques extérieures et les fausses interprétations, et il ne pouvait pas leur faire subir une réforme plus radicale qu'en les réduisant à ces mots : «Aimer Dieu par-dessus toutes choses, et son prochain comme soi-même,» et en disant : c'est là toute la loi et les prophètes.


Par ces paroles : «Le ciel et la terre ne passeront point que tout ne soit accompli jusqu'à un seul iota,» Jésus a voulu dire qu'il fallait que la loi de Dieu reçût son accomplissement, c'est-à-dire fût pratiquée sur toute la terre, dans toute sa pureté, avec tous ses développements et toutes ses conséquences ; car, que servirait d'avoir établi cette loi, si elle devait rester le privilège de quelques hommes ou même d'un seul peuple ?

Tous les hommes étant les enfants de Dieu sont, sans distinction, l'objet d'une même sollicitude.


4. Mais le rôle de Jésus n'a pas été simplement celui d'un législateur moraliste, sans autre autorité que sa parole ; il est venu accomplir les prophéties qui avaient annoncé sa venue ; il tenait son autorité de la nature exceptionnelle de son Esprit et de sa mission divine ; il est venu apprendre aux hommes que la vraie vie n'est pas sur la terre, mais dans le royaume des cieux ; leur enseigner la voie qui y conduit, les moyens de se réconcilier avec Dieu, et les pressentir sur la marche des choses à venir pour l'accomplissement des destinées humaines. Cependant il n'a pas tout dit, et sur beaucoup de points il s'est borné à déposer le germe de vérités qu'il déclare lui-même ne pouvoir être encore comprises ; il a parlé de tout, mais en termes plus ou moins explicites ; pour saisir le sens caché de certaines paroles, il fallait que de nouvelles idées et de nouvelles connaissances vinssent en donner la clef, et ces idées ne pouvaient venir avant un certain degré de maturité de l'esprit humain. La science devait puissamment contribuer à l'éclosion et au développement de ces idées ; il fallait donc donner à la science le temps de progresser.


Le Spiritisme.


5. Le spiritisme est la science nouvelle qui vient révéler aux hommes, par des preuves irrécusables, l'existence et la nature du monde spirituel, et ses rapports avec le monde corporel ; il nous le montre, non plus comme une chose surnaturelle, mais, au contraire, comme une des forces vives et incessamment agissantes de la nature, comme la source d'une foule de phénomènes incompris jusqu'alors et rejetés, par cette raison, dans le domaine du fantastique et du merveilleux. C'est à ces rapports que le Christ fait allusion en maintes circonstances, et c'est pourquoi beaucoup de choses qu'il a dites sont restées inintelligibles ou ont été faussement interprétées. Le spiritisme est la clef à l'aide de laquelle tout s'explique avec facilité.


6. La Loi de l'Ancien Testament est personnifiée dans Moïse ; celle du Nouveau Testament l'est dans le Christ ; le Spiritisme est la troisième révélation de la loi de Dieu, mais il n'est personnifié dans aucun individu, parce qu'il est le produit de l'enseignement donné, non par un homme, mais par les Esprits, qui sont les voix du ciel, sur tous les points de la terre, et par une multitude innombrable d'intermédiaires ; c'est en quelque sorte un être collectif comprenant l'ensemble des êtres du monde spirituel, venant chacun apporter aux hommes le tribut de leurs lumières pour leur faire connaître ce monde et le sort qui les y attend.


7. De même que Christ a dit : «Je ne viens point détruire la loi, mais l'accomplir,» le spiritisme dit également : «Je ne viens point détruire la loi chrétienne, mais l'accomplir.» Il n'enseigne rien de contraire à ce qu'enseigne le Christ, mais il développe, complète et explique, en termes clairs pour tout le monde, ce qui n'avait été dit que sous la forme allégorique ; il vient accomplir, aux temps prédits, ce que Christ a annoncé, et préparer l'accomplissement des choses futures. Il est donc l'oeuvre du Christ qui préside lui-même, ainsi qu'il l'a pareillement annoncé, à la régénération qui s'opère, et prépare le règne de Dieu sur la terre.


Alliance de la science et de la religion.


8. La science et la religion sont les deux leviers de l'intelligence humaine ; l'une révèle les lois du monde matériel et l'autre les lois du monde moral ; mais les unes et les autres, ayant le même principe, qui est Dieu, ne peuvent se contredire ; si elles sont la négation l'une de l'autre, l'une a nécessairement tort et l'autre raison, car Dieu ne peut vouloir détruire son propre ouvrage. L'incompatibilité qu'on a cru voir entre ces deux ordres d'idées tient à un défaut d'observation et à trop d'exclusivisme de part et d'autre ; de là un conflit d'où sont nées l'incrédulité et l'intolérance.


Les temps sont arrivés où les enseignements du Christ doivent recevoir leur complément ; où le voile jeté à dessein sur quelques parties de cet enseignement doit être levé ; où la science, cessant d'être exclusivement matérialiste, doit tenir compte de l'élément spirituel, et où la religion cessant de méconnaître les lois organiques et immuables de la matière, ces deux forces, s'appuyant l'une sur l'autre, et marchant de concert, se prêteront un mutuel appui. Alors la religion, ne recevant plus de démenti de la science, acquerra une puissance inébranlable, parce qu'elle sera d'accord avec la raison, et qu'on ne pourra lui opposer l'irrésistible logique des faits.


La science et la religion n'ont pu s'entendre jusqu'à ce jour, parce que, chacune envisageant les choses à son point de vue exclusif, elles se repoussaient mutuellement. Il fallait quelque chose pour combler le vide qui les séparait, un trait d'union qui les rapprochât ; ce trait d'union est dans la connaissance des lois qui régissent le monde spirituel et ses rapports avec le monde corporel, lois tout aussi immuables que celles qui règlent le mouvement des astres et l'existence des êtres. Ces rapports une fois constatés par l'expérience, une lumière nouvelle s'est faite : la foi s'est adressée à la raison, la raison n'a rien trouvé d'illogique dans la foi, et le matérialisme a été vaincu. Mais en cela comme en toutes choses, il y a des gens qui restent en arrière, jusqu'à ce qu'ils soient entraînés par le mouvement général qui les écrase s'ils veulent y résister au lieu de s'y abandonner. C'est toute une révolution morale qui s'opère en ce moment et travaille les esprits ; après s'être élaborée pendant plus de dix-huit siècles, elle touche à son accomplissement, et va marquer une nouvelle ère dans l'humanité. Les conséquences de cette révolution sont faciles à prévoir ; elle doit apporter, dans les rapports sociaux, d'inévitables modifications, auxquelles il n'est au pouvoir de personne de s'opposer, parce qu'elles sont dans les desseins de Dieu, et qu'elles ressortent de la loi du progrès, qui est une loi de Dieu.


INSTRUCTIONS DES ESPRITS.


L'ère nouvelle.


9. Dieu est unique, et Moïse est l'Esprit que Dieu a envoyé en mission pour le faire connaître, non seulement aux Hébreux, mais encore aux peuples païens. Le peuple hébreu a été l'instrument dont Dieu s'est servi pour faire sa révélation par Moïse et par les prophètes, et les vicissitudes de ce peuple étaient faites pour frapper les yeux et faire tomber le voile qui cachait aux hommes la divinité.


Les commandements de Dieu donnés par Moïse portent le germe de la morale chrétienne la plus étendue ; les commentaires de la Bible en rétrécissaient le sens, parce que, mise en oeuvre dans toute sa pureté, elle n'aurait pas été comprise alors ; mais les dix commandements de Dieu n'en restaient pas moins comme le frontispice brillant, comme le phare qui devait éclairer l'humanité dans la route qu'elle avait à parcourir.


La morale enseignée par Moïse était appropriée à l'état d'avancement dans lequel se trouvaient les peuples qu'elle était appelée à régénérer, et ces peuples, à demi sauvages quant au perfectionnement de leur âme, n'auraient pas compris qu'on pût adorer Dieu autrement que par des holocaustes, ni qu'il fallût faire grâce à un ennemi. Leur intelligence, remarquable au point de vue de la matière, et même sous celui des arts et des sciences, était très arriérée en moralité, et ne se serait pas convertie sous l'empire d'une religion entièrement spirituelle ; il leur fallait une représentation semi-matérielle, telle que l'offrait alors la religion hébraïque. C'est ainsi que les holocaustes parlaient à leurs sens, pendant que l'idée de Dieu parlait à leur esprit.


Le Christ a été l'initiateur de la morale la plus pure, la plus sublime ; de la morale évangélique chrétienne qui doit rénover le monde, rapprocher les hommes et les rendre frères ; qui doit faire jaillir de tous les coeurs humains la charité et l'amour du prochain, et créer entre tous les hommes une solidarité commune ; d'une morale enfin qui doit transformer la terre, et en faire un séjour pour des Esprits supérieurs à ceux qui l'habitent aujourd'hui. C'est la loi du progrès, à laquelle la nature est soumise, qui s'accomplit, et le spiritisme est le levier dont Dieu se sert pour faire avancer l'humanité.


Les temps sont arrivés où les idées morales doivent se développer pour accomplir les progrès qui sont dans les desseins de Dieu ; elles doivent suivre la même route que les idées de liberté ont parcourue, et qui en étaient l'avant-coureur. Mais il ne faut pas croire que ce développement se fera sans luttes ; non, elles ont besoin, pour arriver à maturité, de secousses et de discussions, afin qu'elles attirent l'attention des masses ; une fois l'attention fixée, la beauté et la sainteté de la morale frapperont les esprits, et ils s'attacheront à une science qui leur donne la clef de la vie future et leur ouvre les portes du bonheur éternel. C'est Moïse qui a ouvert la voie ; Jésus a continué l'oeuvre ; le spiritisme l'achèvera. (UN ESPRIT ISRAELITE. Mulhouse, 1861.)


10. Un jour, Dieu, dans sa charité inépuisable, permit à l'homme de voir la vérité percer les ténèbres ; ce jour était l'avènement du Christ. Après la lumière vive, les ténèbres sont revenues ; le monde, après des alternatives de vérité et d'obscurité, se perdait de nouveau. Alors, semblables aux prophètes de l'Ancien Testament, les Esprits se mettent à parler et à vous avertir ; le monde est ébranlé dans ses bases ; le tonnerre grondera ; soyez fermes !


Le spiritisme est d'ordre divin, puisqu'il repose sur les lois mêmes de la nature, et croyez bien que tout ce qui est d'ordre divin a un but grand et utile. Votre monde se perdait, la science, développée aux dépens de ce qui est d'ordre moral, tout en vous menant au bien-être matériel, tournait au profit de l'esprit des ténèbres. Vous le savez, chrétiens, le coeur et l'amour doivent marcher unis à la science. Le règne du Christ, hélas ! après dix-huit siècles, et malgré le sang de tant de martyrs, n'est pas encore venu. Chrétiens, revenez au maître qui veut vous sauver. Tout est facile à celui qui croit et qui aime ; l'amour le remplit d'une joie ineffable. Oui, mes enfants, le monde est ébranlé ; les bons Esprits vous le disent assez ; ployez sous le souffle avant-coureur de la tempête, afin de n'être point renversés ; c'est-à-dire préparez-vous, et ne ressemblez pas aux vierges folles qui furent prises au dépourvu à l'arrivée de l'époux.

 
La révolution qui s'apprête est plutôt morale que matérielle, les grands Esprits, messagers divins, soufflent la foi, pour que vous tous, ouvriers éclairés et ardents, fassiez entendre votre humble voix ; car vous êtes le grain de sable, mais sans grains de sable il n'y aurait pas de montagnes. Ainsi donc, que cette parole : «Nous sommes petits,» n'ait plus de sens pour vous. A chacun sa mission, à chacun son travail. La fourmi ne construit-elle pas l'édifice de sa république, et des animalcules imperceptibles n'élèvent-ils pas des continents ? La nouvelle croisade est commencée ; apôtres de la paix universelle et non d'une guerre, saints Bernard modernes, regardez et marchez en avant : la loi des mondes est la loi du progrès. (FENELON. Poitiers, 1861.)


11. Saint Augustin est l'un des plus grands vulgarisateurs du spiritisme ; il se manifeste presque partout ; nous en trouvons la raison dans la vie de ce grand philosophe chrétien. Il appartient à cette vigoureuse phalange des Pères de l'Eglise auxquels la chrétienté doit ses plus solides assises. Comme beaucoup, il fut arraché au paganisme, disons mieux, à l'impiété la plus profonde, par l'éclat de la vérité. Quand, au milieu de ses débordements, il sentit en son âme cette vibration étrange qui le rappela à lui-même, et lui fit comprendre que le bonheur était ailleurs que dans des plaisirs énervants et fugitifs ; quand enfin, sur son chemin de Damas, il entendit, lui aussi, la voix sainte lui crier : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? il s'écria : Mon Dieu ! mon Dieu ! pardonnez-moi, je crois, je suis chrétien ! et depuis lors il devint un des plus fermes soutiens de l'Evangile. On peut lire, dans les confessions remarquables que nous a laissées cet éminent Esprit, les paroles caractéristiques et prophétiques en même temps, qu'il prononça après avoir perdu sainte Monique : «Je suis convaincu que ma mère reviendra me visiter et me donner des conseils en me révélant ce qui nous attend dans la vie future.» Quel enseignement dans ces paroles, et quelle prévision éclatante de la future doctrine ! C'est pour cela qu'aujourd'hui, voyant l'heure arrivée pour la divulgation de la vérité qu'il avait pressentie jadis, il s'en est fait l'ardent propagateur, et se multiplie, pour ainsi dire, pour répondre à tous ceux qui l'appellent. (ERASTE, disciple de saint Paul. Paris, 1863.)

Saint Augustin vient-il donc renverser ce qu'il a élevé ? non assurément ; mais comme tant d'autres, il voit avec les yeux de l'esprit ce qu'il ne voyait pas comme homme ; son âme dégagée entrevoit de nouvelles clartés ; elle comprend ce qu'elle ne comprenait pas auparavant ; de nouvelles idées lui ont révélé le véritable sens de certaines paroles ; sur la terre il jugeait les choses selon les connaissances qu'il possédait, mais, lorsqu'une nouvelle lumière s'est faite pour lui, il a pu les juger plus sainement ; c'est ainsi qu'il a dû revenir sur sa croyance concernant les Esprits incubes et succubes, et sur l'anathème qu'il avait lancé contre la théorie des antipodes. Maintenant que le christianisme lui apparaît dans toute sa pureté, il peut, sur certains points, penser autrement que de son vivant, sans cesser d'être l'apôtre chrétien ; il peut, sans renier sa foi, se faire le propagateur du spiritisme, parce qu'il y voit l'accomplissement des choses prédites. En le proclamant aujourd'hui, il ne fait que nous ramener à une interprétation plus saine et plus logique des textes. Ainsi en est-il des autres Esprits qui se trouvent dans une position analogue.

 

CHAPITRE II

MON ROYAUME N'EST PAS DE CE MONDE.


La vie future. - La royauté de Jésus. - Le point de vue. - Instructions des Esprits : Une royauté terrestre.


1. Pilate, étant donc rentré dans le palais, et ayant fait venir Jésus, lui dit : Etes-vous le roi des Juifs ? - Jésus lui répondit : Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour m'empêcher de tomber dans les mains des Juifs ; mais mon royaume n'est point ici.


Pilate lui dit alors : Vous êtes donc roi ? - Jésus lui repartit : Vous le dites ; je suis roi ; je ne suis né, et ne suis venu dans ce monde que pour rendre témoignage à la vérité ; quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. (Saint Jean, chap. XVIII, v. 33, 36, 37.)


La vie future.


2. Par ces paroles, Jésus désigne clairement la vie future, qu'il présente en toutes circonstances comme le terme où aboutit l'humanité, et comme devant faire l'objet des principales préoccupations de l'homme sur la terre ; toutes ses maximes se rapportent à ce grand principe. Sans la vie future, en effet, la plupart de ses préceptes de morale n'auraient aucune raison d'être ; c'est pourquoi ceux qui ne croient pas à la vie future se figurant qu'il ne parle que de la vie présente, ne les comprennent pas, ou les trouvent puériles.


Ce dogme peut donc être considéré comme le pivot de l'enseignement du Christ ; c'est pourquoi il est placé un des premiers en tête de cet ouvrage, parce qu'il doit être le point de mire de tous les hommes ; seul il peut justifier les anomalies de la vie terrestre et s'accorder avec la justice de Dieu.


3. Les Juifs n'avaient que des idées très incertaines touchant la vie future ; ils croyaient aux anges, qu'ils regardaient comme les êtres privilégiés de la création, mais ils ne savaient pas que les hommes pussent devenir un jour des anges et partager leur félicité. Selon eux, l'observation des lois de Dieu était récompensée par les biens de la terre, la suprématie de leur nation, les victoires sur leurs ennemis ; les calamités publiques et les défaites étaient le châtiment de leur désobéissance. Moïse ne pouvait en dire davantage à un peuple pasteur ignorant, qui devait être touché avant tout par les choses de ce monde. Plus tard Jésus est venu leur révéler qu'il est un autre monde où la justice de Dieu suit son cours ; c'est ce monde qu'il promet à ceux qui observent les commandements de Dieu, et où les bons trouveront leur récompense ; ce monde est son royaume ; c'est là qu'il est dans toute sa gloire, et où il va retourner en quittant la terre.


Cependant Jésus, conformant son enseignement à l'état des hommes de son époque, n'a pas cru devoir leur donner une lumière complète qui les eût éblouis sans les éclairer, parce qu'ils ne l'auraient pas comprise ; il s'est borné à poser en quelque sorte la vie future en principe, comme une loi de nature à laquelle nul ne peut échapper. Tout chrétien croit donc forcément à la vie future ; mais l'idée que beaucoup s'en font est vague, incomplète, et par cela même fausse en plusieurs points ; pour un grand nombre, ce n'est qu'une croyance sans certitude absolue ; de là les doutes et même l'incrédulité.


Le spiritisme est venu compléter en ce point, comme en beaucoup d'autres, l'enseignement du Christ, lorsque les hommes ont été mûrs pour comprendre la vérité. Avec le spiritisme, la vie future n'est plus un simple article de foi, une hypothèse ; c'est une réalité matérielle démontrée par les faits, car ce sont les témoins oculaires qui viennent la décrire dans toutes ses phases et dans toutes ses péripéties ; de telle sorte que non seulement le doute n'est plus possible, mais l'intelligence la plus vulgaire peut se la représenter sous son véritable aspect, comme on se représente un pays dont on lit une description détaillée ; or, cette description de la vie future est tellement circonstanciée, les conditions d'existence heureuse ou malheureuse de ceux qui s'y trouvent sont si rationnelles, qu'on se dit malgré soi qu'il n'en peut être autrement, et que c'est bien là la vraie justice de Dieu.


La royauté de Jésus.


4. Le royaume de Jésus n'est pas de ce monde, c'est ce que chacun comprend ; mais sur la terre n'a-t-il pas aussi une royauté ? Le titre de roi n'implique pas toujours l'exercice du pouvoir temporel ; il est donné d'un consentement unanime à celui que son génie place au premier rang dans un ordre d'idées quelconques, qui domine son siècle, et influe sur le progrès de l'humanité. C'est dans ce sens qu'on dit : Le roi ou le prince des philosophes, des artistes, des poètes, des écrivains, etc. Cette royauté, née du mérite personnel, consacrée par la postérité, n'a-t-elle pas souvent une prépondérance bien autrement grande que celle qui porte le diadème ? Elle est impérissable, tandis que l'autre est le jouet des vicissitudes ; elle est toujours bénie des générations futures, tandis que l'autre est parfois maudite. La royauté terrestre finit avec la vie ; la royauté morale gouverne encore, et surtout après la mort. A ce titre Jésus n'est-il pas roi plus puissant que maints potentats ? C'est donc avec raison qu'il disait à Pilate : Je suis roi, mais mon royaume n'est pas de ce monde.


Le point de vue.


5. L'idée nette et précise qu'on se fait de la vie future donne une foi inébranlable dans l'avenir, et cette foi a des conséquences immenses sur la moralisation des hommes, en ce qu'elle change complètement le point de vue sous lequel ils envisagent la vie terrestre. Pour celui qui se place, par la pensée, dans la vie spirituelle qui est indéfinie, la vie corporelle n'est plus qu'un passage, une courte station dans un pays ingrat. Les vicissitudes et les tribulations de la vie ne sont plus que des incidents qu'il prend avec patience, parce qu'il sait qu'ils ne sont que de courte durée et doivent être suivis d'un état plus heureux ; la mort n'a plus rien d'effrayant ; ce n'est plus la porte du néant, mais celle de la délivrance qui ouvre à l'exilé l'entrée d'un séjour de bonheur et de paix. Sachant qu'il est dans une place temporaire et non définitive, il prend les soucis de la vie avec plus d'indifférence, et il en résulte pour lui un calme d'esprit qui en adoucit l'amertume.


Par le simple doute sur la vie future, l'homme reporte toutes ses pensées sur la vie terrestre ; incertain de l'avenir, il donne tout au présent ; n'entrevoyant pas des biens plus précieux que ceux de la terre, il est comme l'enfant qui ne voit rien au-delà de ses jouets ; pour se les procurer, il n'est rien qu'il ne fasse ; la perte du moindre de ses biens est un chagrin cuisant ; un mécompte, un espoir déçu, une ambition non satisfaite, une injustice dont il est victime, l'orgueil ou la vanité blessée sont autant de tourments qui font de sa vie une angoisse perpétuelle, se donnant ainsi volontairement une véritable torture de tous les instants. Prenant son point de vue de la vie terrestre au centre de laquelle il est placé, tout prend autour de lui de vastes proportions ; le mal qui l'atteint, comme le bien qui incombe aux autres, tout acquiert à ses yeux une grande importance. De même, à celui qui est dans l'intérieur d'une ville, tout paraît grand : les hommes qui sont en haut de l'échelle, comme les monuments ; mais qu'il se transporte sur une montagne, hommes et choses vont lui paraître bien petits.


Ainsi en est-il de celui qui envisage la vie terrestre du point de vue de la vie future : l'humanité, comme les étoiles du firmament, se perd dans l'immensité ; il s'aperçoit alors que grands et petits sont confondus comme les fourmis sur une motte de terre ; que prolétaires et potentats sont de la même taille, et il plaint ces éphémères qui se donnent tant de soucis pour y conquérir une place qui les élève si peu et qu'ils doivent garder si peu de temps. C'est ainsi que l'importance attachée aux biens terrestres est toujours en raison inverse de la foi en la vie future.


6. Si tout le monde pensait de la sorte, dira-t-on, nul ne s'occupant plus des choses de la terre, tout y péricliterait. Non ; l'homme cherche instinctivement son bien-être, et, même avec la certitude de n'être que pour peu de temps à une place, encore veut-il y être le mieux ou le moins mal possible ; il n'est personne qui, trouvant une épine sous sa main, ne l'ôte pour ne pas se piquer. Or, la recherche du bien-être force l'homme à améliorer toutes choses, poussé qu'il est par l'instinct du progrès et de la conservation, qui est dans les lois de la nature. Il travaille donc par besoin, par goût et par devoir, et en cela il accomplit les vues de la Providence qui l'a placé sur la terre à cette fin. Seulement celui qui considère l'avenir n'attache au présent qu'une importance relative, et se console aisément de ses échecs en pensant à la destinée qui l'attend.


Dieu ne condamne donc point les jouissances terrestres, mais l'abus de ces jouissances au préjudice des choses de l'âme ; c'est contre cet abus que sont prémunis ceux qui s'appliquent cette parole de Jésus : Mon royaume n'est pas de ce monde.


Celui qui s'identifie avec la vie future est semblable à un homme riche qui perd une petite somme sans s'en émouvoir ; celui qui concentre ses pensées sur la vie terrestre est comme un homme pauvre qui perd tout ce qu'il possède et se désespère.


7. Le spiritisme élargit la pensée et lui ouvre de nouveaux horizons ; au lieu de cette vue étroite et mesquine qui la concentre sur la vie présente, qui fait de l'instant qu'on passe sur la terre l'unique et fragile pivot de l'avenir éternel, il montre que cette vie n'est qu'un anneau dans l'ensemble harmonieux et grandiose de l'oeuvre du Créateur ; il montre la solidarité qui relie toutes les existences du même être, tous les êtres d'un même monde et les êtres de tous les mondes ; il donne ainsi une base et une raison d'être à la fraternité universelle, tandis que la doctrine de la création de l'âme au moment de la naissance de chaque corps, rend tous les êtres étrangers les uns aux autres. Cette solidarité des parties d'un même tout explique ce qui est inexplicable, si l'on ne considère qu'un seul point. C'est cet ensemble qu'au temps du Christ les hommes n'auraient pu comprendre, c'est pourquoi il en a réservé la connaissance à d'autres temps.

 

INSTRUCTIONS DES ESPRITS.


Une royauté terrestre.

 

Qui mieux que moi peut comprendre la vérité de cette parole de Notre-Seigneur : Mon royaume n'est pas de ce monde ? L'orgueil m'a perdue sur la terre ; qui donc comprendrait le néant des royaumes d'ici-bas, si je ne le comprenais pas ? Qu'ai-je emporté avec moi de ma royauté terrestre ? Rien, absolument rien ; et comme pour rendre la leçon plus terrible, elle ne m'a pas suivie jusqu'à la tombe ! Reine j'étais parmi les hommes, reine je croyais entrer dans le royaume des cieux. Quelle désillusion ! quelle humiliation quand, au lieu d'y être reçue en souveraine, j'ai vu au-dessus de moi, mais bien au-dessus, des hommes que je croyais bien petits et que je méprisais, parce qu'ils n'étaient pas d'un noble sang ! Oh ! qu'alors j'ai compris la stérilité des honneurs et des grandeurs que l'on recherche avec tant d'avidité sur la terre !


Pour se préparer une place dans ce royaume, il faut l'abnégation, l'humilité, la charité dans toute sa céleste pratique, la bienveillance pour tous ; on ne vous demande pas ce que vous avez été, quel rang vous avez occupé, mais le bien que vous avez fait, les larmes que vous avez essuyées.


Oh ! Jésus, tu l'as dit, ton royaume n'est pas ici-bas, car il faut souffrir pour arriver au ciel, et les marches du trône ne vous en rapprochent pas ; ce sont les sentiers les plus pénibles de la vie qui y conduisent ; cherchez-en donc la route à travers les ronces et les épines, et non parmi les fleurs.


Les hommes courent après les biens terrestres comme s'ils devaient les garder toujours ; mais ici plus d'illusion ; ils s'aperçoivent bientôt qu'ils n'ont saisi qu'une ombre, et ont négligé les seuls biens solides et durables, les seuls qui leur profitent au céleste séjour, les seuls qui peuvent leur en ouvrir l'accès.


Ayez pitié de ceux qui n'ont pas gagné le royaume des cieux ; aidez-les de vos prières, car la prière rapproche l'homme du Très-Haut ; c'est le trait d'union entre le ciel et la terre : ne l'oubliez pas. (UNE REINE DE FRANCE. Le Havre, 1863.)

 

La suite dans TROISIEME PARTIE

 

 

Posté par Adriana Evangelizt

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23 octobre 2006 1 23 /10 /octobre /2006 23:20

 

 L'évangile selon le spiritisme

 

CONTENANT
L’EXPLICATION DES MAXIMES MORALES DU CHRIST
LEUR CONCORDANCE AVEC LE SPIRITISME

ET LEUR APPLICATION AUX DIVERSES POSITIONS DE LA VIE

par ALLAN KARDEC


Auteur du Livre des Esprits.

 

 

PREFACE


Les Esprits du Seigneur, qui sont les vertus des cieux, comme une immense armée qui s'ébranle dès qu'elle en a reçu le commandement, se répandent sur toute la surface de la terre ; semblables à des étoiles qui tombent du ciel, ils viennent éclairer la route et ouvrir les yeux des aveugles.


Je vous le dis en vérité, les temps sont arrivés où toutes choses doivent être rétablies dans leur sens véritable pour dissiper les ténèbres, confondre les orgueilleux et glorifier les justes.


Les grandes voix du ciel retentissent comme le son de la trompette, et les choeurs des anges s'assemblent. Hommes, nous vous convions au divin concert ; que vos mains saisissent la lyre ; que vos voix s'unissent, et qu'en un hymne sacré elles s'étendent et vibrent d'un bout de l'univers à l'autre.


Hommes, frères que nous aimons, nous sommes près de vous ; aimez-vous aussi les uns les autres, et dites du fond de votre coeur, en faisant les volontés du Père qui est au ciel : «Seigneur ! Seigneur !» et vous pourrez entrer dans le royaume des cieux.


L'ESPRIT DE VERITE.

 

NOTA. L'instruction ci-dessus, transmise par voie médianimique, résume à la fois le véritable caractère du Spiritisme et le but de cet ouvrage ; c'est pourquoi elle est placée ici comme préface.

 

 NOTICES HISTORIQUES.


Pour bien comprendre certains passages des Evangiles, il est nécessaire de connaître la valeur de plusieurs mots qui y sont fréquemment employés, et qui caractérisent l'état des moeurs et de la société juive à cette époque. Ces mots n'ayant plus pour nous le même sens ont été souvent mal interprétés, et par cela même ont laissé une sorte d'incertitude. L'intelligence de leur signification explique en outre le sens véritable de certaines maximes qui semblent étranges au premier abord. 


SAMARITAINS. Après le schisme des dix tribus, Samarie devint la capitale du royaume dissident d'Israël. Détruite et rebâtie à plusieurs reprises, elle fut, sous les Romains, le chef-lieu de la Samarie, l'une des quatre divisions de la Palestine. Hérode, dit le Grand, l'embellit de somptueux monuments, et, pour flatter Auguste, lui donna le nom d'Augusta, en grec Sébaste.


Les Samaritains furent presque toujours en guerre avec les rois de Juda ; une aversion profonde, datant de la séparation, se perpétua constamment entre les deux peuples, qui fuyaient toutes relations réciproques. Les Samaritains, pour rendre la scission plus profonde et n'avoir point à venir à Jérusalem pour la célébration des fêtes religieuses, se construisirent un temple particulier, et adoptèrent certaines réformes ; ils n'admettaient que le Pentateuque contenant la loi de Moïse, et rejetaient tous les livres qui y furent annexés depuis. Leurs livres sacrés étaient écrits en caractères hébreux de la plus haute antiquité. Aux yeux des Juifs orthodoxes ils étaient hérétiques, et, par cela même, méprisés, anathématisés et persécutés. L'antagonisme des deux nations avait donc pour unique principe la divergence des opinions religieuses, quoique leurs croyances eussent la même origine ; c'étaient les Protestants de ce temps-là.


On trouve encore aujourd'hui des Samaritains dans quelques contrées du Levant, particulièrement à Naplouse et à Jaffa. Ils observent la loi de Moïse avec plus de rigueur que les autres Juifs, et ne contractent d'alliance qu'entre eux.

NAZAREENS, nom donné, dans l'ancienne loi, aux Juifs qui faisaient voeu, soit pour la vie, soit pour un temps, de conserver une pureté parfaite ; ils s'engageaient à la chasteté, à l'abstinence des liqueurs et à la conservation de leur chevelure. Samson, Samuel et Jean-Baptiste étaient Nazaréens.
Plus tard les Juifs donnèrent ce nom aux premiers chrétiens, par allusion à Jésus de Nazareth.
Ce fut aussi le nom d'une secte hérétique des premiers siècles de l'ère chrétienne, qui, de même que les Ebionites, dont elle adoptait certains principes, mêlait les pratiques du Mosaïsme aux dogmes chrétiens. Cette secte disparut au quatrième siècle.


PUBLICAINS. On appelait ainsi, dans l'ancienne Rome, les chevaliers fermiers des taxes publiques, chargés du recouvrement des impôts et des revenus de toute nature, soit à Rome même, soit dans les autres parties de l'empire. Ils étaient l'analogue des fermiers généraux et traitants de l'ancien régime en France, et tels qu'ils existent encore dans certaines contrées. Les risques qu'ils couraient faisaient fermer les yeux sur les richesses qu'ils acquéraient souvent, et qui, chez beaucoup, étaient le produit d'exactions et de bénéfices scandaleux. Le nom de publicain s'étendit plus tard à tous ceux qui avaient le maniement des deniers publics et aux agents subalternes. Aujourd'hui ce mot se prend en mauvaise part pour désigner les financiers et agents d'affaires peu scrupuleux ; on dit quelquefois : «Avide comme un publicain ; riche comme un publicain,» pour une fortune de mauvais aloi.


De la domination romaine, l'impôt fut ce que les Juifs acceptèrent le plus difficilement, et ce qui causa parmi eux le plus d'irritation ; il s'ensuivit plusieurs révoltes, et l'on en fit une question religieuse, parce qu'on le regardait comme contraire à la loi. Il se forma même un parti puissant à la tête duquel était un certain Juda, dit le Gaulonite, qui avait pour principe le refus de l'impôt. Les Juifs avaient donc en horreur l'impôt, et, par suite, tous ceux qui étaient chargés de le percevoir ; de là leur aversion pour les publicains de tous rangs, parmi lesquels pouvaient se trouver des gens très estimables, mais qui, en raison de leurs fonctions, étaient méprisés, ainsi que ceux qui les fréquentaient, et qui étaient confondus dans la même réprobation. Les Juifs de distinction auraient cru se compromettre en ayant avec eux des rapports d'intimité.


Les
PEAGERS étaient les percepteurs de bas étage, chargés principalement du recouvrement des droits à l'entrée des villes. Leurs fonctions correspondaient à peu près à celles des douaniers et des receveurs d'octroi ; ils partageaient la réprobation des publicains en général. C'est pour cette raison que, dans l'Evangile, on trouve fréquemment le nom de publicain accolé à celui de gens de mauvaise vie ; cette qualification n'impliquait point celle de débauchés et de gens sans aveu ; c'était un terme de mépris synonyme de gens de mauvaise compagnie, indignes de fréquenter les gens comme il faut.


PHARISIENS (de l'Hébreu Parasch division, séparation). La tradition formait une partie importante de la théologie juive ; elle consistait dans le recueil des interprétations successives données sur le sens des Ecritures, et qui étaient devenues des articles de dogme. C'était, parmi les docteurs, le sujet d'interminables discussions, le plus souvent sur de simples questions de mots ou de formes, dans le genre des disputes théologiques et des subtilités de la scolastique du moyen âge ; de là naquirent différentes sectes qui prétendaient avoir chacune le monopole de la vérité, et, comme cela arrive presque toujours, se détestaient cordialement les unes les autres.


Parmi ces sectes la plus influente était celle des Pharisiens, qui eut pour chef Hillel, docteur juif né à Babylone, fondateur d'une école célèbre où l'on enseignait que la foi n'était due qu'aux Ecritures. Son origine remonte à l'an 180 ou 200 avant J.-C. Les Pharisiens furent persécutés à diverses époques, notamment sous Hyrcan, souverain pontife et roi des Juifs, Aristobule et Alexandre, roi de Syrie ; cependant, ce dernier leur ayant rendu leurs honneurs et leurs biens, ils ressaisirent leur puissance qu'ils conservèrent jusqu'à la ruine de Jérusalem, l'an 70 de l'ère chrétienne, époque à laquelle leur nom disparut à la suite de la dispersion des Juifs.


Les Pharisiens prenaient une part active dans les controverses religieuses. Serviles observateurs des pratiques extérieures du culte et des cérémonies, pleins d'un zèle ardent de prosélytisme, ennemis des novateurs, ils affectaient une grande sévérité de principes ; mais, sous les apparences d'une dévotion méticuleuse, ils cachaient des moeurs dissolues, beaucoup d'orgueil, et par-dessus tout un amour excessif de domination. La religion était pour eux plutôt un moyen d'arriver que l'objet d'une foi sincère. Ils n'avaient que les dehors et l'ostentation de la vertu ; mais par là ils exerçaient une grande influence sur le peuple, aux yeux duquel ils passaient pour de saints personnages ; c'est pourquoi ils étaient très puissants à Jérusalem.

 
Ils croyaient, ou du moins faisaient profession de croire à la Providence, à l'immortalité de l'âme, à l'éternité des peines et à la résurrection des morts. (Ch. IV, nº 4.) Jésus, qui prisait avant tout la simplicité et les qualités du coeur, qui préférait dans la loi l'esprit qui vivifie à la lettre qui tue, s'attacha, durant toute sa mission, à démasquer leur hypocrisie, et s'en fit par conséquent des ennemis acharnés ; c'est pourquoi ils se liguèrent avec les princes des prêtres pour ameuter le peuple contre lui et le faire périr.


SCRIBES, nom donné dans le principe aux secrétaires des rois de Juda, et à certains intendants des armées juives ; plus tard cette désignation fut appliquée spécialement aux docteurs qui enseignaient la loi de Moïse et l'interprétaient au peuple. Ils faisaient cause commune avec les Pharisiens, dont ils partageaient les principes et l'antipathie contre les novateurs ; c'est pourquoi Jésus les confond dans la même réprobation.


SYNAGOGUE (du grec Sunagoguê, assemblée, congrégation). Il n'y avait en Judée qu'un seul temple, celui de Salomon, à Jérusalem, où se célébraient les grandes cérémonies du culte. Les Juifs s'y rendaient tous les ans en pèlerinage pour les principales fêtes, telles que celles de la Pâque, de la Dédicace et des Tabernacles. C'est dans ces occasions que Jésus y fit plusieurs voyages. Les autres villes n'avaient point de temples, mais des synagogues, édifices où les Juifs se rassemblaient aux jours de sabbat pour faire des prières publiques, sous la direction des Anciens, des scribes ou docteurs de la loi ; on y faisait aussi des lectures tirées des livres sacrés que l'on expliquait et commentait ; chacun pouvait y prendre part ; c'est pourquoi Jésus, sans être prêtre, enseignait dans les synagogues les jours de sabbat.
Depuis la ruine de Jérusalem et la dispersion des Juifs, les synagogues, dans les villes qu'ils habitent, leur servent de temples pour la célébration du culte.


SADUCEENS, secte juive qui se forma vers l'an 248 avant Jésus-Christ ; ainsi nommée de Sadoc, son fondateur. Les Saducéens ne croyaient ni à l'immortalité de l'âme, ni à la résurrection, ni aux bons et mauvais anges. Cependant ils croyaient à Dieu, mais n'attendant rien après la mort, ils ne le servaient qu'en vue de récompenses temporelles, ce à quoi, selon eux, se bornait sa providence ; aussi la satisfaction des sens était-elle à leurs yeux le but essentiel de la vie. Quant aux Ecritures, ils s'en tenaient au texte de la loi ancienne, n'admettant ni la tradition, ni aucune interprétation ; ils plaçaient les bonnes oeuvres et l'exécution pure et simple de la loi au-dessus des pratiques extérieures du culte. C'étaient, comme on le voit, les matérialistes, les déistes et les sensualistes de l'époque. Cette secte était peu nombreuse, mais elle comptait des personnages importants, et devint un parti politique constamment opposé aux Pharisiens.


ESSENlENS ou ESSEENS, secte juive fondée vers l'an 450 avant Jésus-Christ, au temps des Machabées, et dont les membres, qui habitaient des espèces de monastères, formaient entre eux une sorte d'association morale et religieuse. Ils se distinguaient par des moeurs douces et des vertus austères, enseignaient l'amour de Dieu et du prochain, l'immortalité de l'âme, et croyaient à la résurrection. Ils vivaient dans le célibat, condamnaient la servitude et la guerre, mettaient leurs biens en commun, et se livraient à l'agriculture. Opposés aux Saducéens sensuels qui niaient l'immortalité, aux Pharisiens rigides pour les pratiques extérieures, et chez lesquels la vertu n'était qu'apparente, ils ne prirent aucune part aux querelles qui divisèrent ces deux sectes. Leur genre de vie se rapprochait de celui des premiers chrétiens, et les principes de morale qu'ils professaient ont fait penser à quelques personnes que Jésus fit partie de cette secte avant le commencement de sa mission publique. Ce qui est certain, c'est qu'il a dû la connaître, mais rien ne prouve qu'il y fût affilié, et tout ce qu'on a écrit à ce sujet est hypothétique2.


THERAPEUTES (du grec thérapeutaï, fait de thérapeueïn, servir, soigner ; c'est-à-dire serviteurs de Dieu ou guérisseurs) ; sectaires juifs contemporains du Christ, établis principalement à Alexandrie en Egypte. Ils avaient un grand rapport avec les Esséniens, dont ils professaient les principes ; comme ces derniers ils s'adonnaient à la pratique de toutes les vertus. Leur nourriture était d'une extrême frugalité ; voués au célibat, à la contemplation et à la vie solitaire, ils formaient un véritable ordre religieux. Philon, philosophe juif platonicien d'Alexandrie, est le premier qui ait parlé des Thérapeutes ; il en fait une secte du judaïsme. Eusèbe, saint Jérôme et d'autres Pères pensent qu'ils étaient chrétiens. Qu'ils fussent juifs ou chrétiens, il est évident que, de même que les Esséniens, ils forment le trait d'union entre le judaïsme et le christianisme.

 

 IV. SOCRATE ET PLATON PRECURSEURS DE L'IDEE CHRETIENNE ET DU SPIRITISME.


De ce que Jésus a dû connaître la secte des Esséniens, on aurait tort d'en conclure qu'il y a puisé sa doctrine, et que, s'il eût vécu dans un autre milieu, il eût professé d'autres principes. Les grandes idées n'éclatent jamais subitement ; celles qui ont pour base la vérité ont toujours des précurseurs qui en préparent partiellement les voies ; puis, quand le temps est venu, Dieu envoie un homme avec mission de résumer, coordonner et compléter ces éléments épars, et d'en former un corps ; de cette façon l'idée, n'arrivant pas brusquement, trouve, à son apparition, des esprits tout disposés à l'accepter. Ainsi en a-t-il été de l'idée chrétienne, qui a été pressentie plusieurs siècles avant Jésus et les Esséniens, et dont Socrate et Platon ont été les principaux précurseurs.


Socrate, de même que Christ, n'a rien écrit, ou du moins n'a laissé aucun écrit ; comme lui, il est mort de la mort des criminels, victime du fanatisme, pour avoir attaqué les croyances reçues, et mis la vertu réelle au-dessus de l'hypocrisie et du simulacre des formes, en un mot pour avoir combattu les préjugés religieux. Comme Jésus fut accusé par les Pharisiens de corrompre le peuple par ses enseignements, lui aussi fut accusé par les Pharisiens de son temps, car il y en a eu à toutes les époques, de corrompre la jeunesse, en proclamant le dogme de l'unité de Dieu, de l'immortalité de l'âme et de la vie future. De même encore que nous ne connaissons la doctrine de Jésus que par les écrits de ses disciples, nous ne connaissons celle de Socrate que par les écrits de son disciple Platon. Nous croyons utile d'en résumer ici les points les plus saillants pour en montrer la concordance avec les principes du christianisme.


A ceux qui regarderaient ce parallèle comme une profanation, et prétendraient qu'il ne peut y avoir de parité entre la doctrine d'un païen et celle du Christ, nous répondrons que la doctrine de Socrate n'était pas païenne, puisqu'elle avait pour but de combattre le paganisme ; que la doctrine de Jésus, plus complète et plus épurée que celle de Socrate, n'a rien à perdre à la comparaison ; que la grandeur de la mission divine du Christ n'en saurait être amoindrie ; que d'ailleurs c'est de l'histoire qui ne peut être étouffée. L'homme est arrivé à un point où la lumière sort d'elle-même de dessous le boisseau ; il est mûr pour la regarder en face ; tant pis pour ceux qui n'osent ouvrir les yeux. Le temps est venu d'envisager les choses largement et d'en haut, et non plus au point de vue mesquin et rétréci des intérêts de sectes et de castes.

Ces citations prouveront en outre que, si Socrate et Platon ont pressenti l'idée chrétienne, on trouve également dans leur doctrine les principes fondamentaux du Spiritisme.


Résumé de la doctrine de Socrate et de Platon.


I. L'homme est une âme incarnée. Avant son incarnation, elle existait unie aux types primordiaux, aux idées du vrai, du bien et du beau ; elle s'en sépare en s'incarnant, et, se rappelant son passé, elle est plus ou moins tourmentée par le désir d'y revenir.
On ne peut énoncer plus clairement la distinction et l'indépendance du principe intelligent et du principe matériel ; c'est en outre la doctrine de la préexistence de l'âme ; de la vague intuition qu'elle conserve d'un autre monde auquel elle aspire, de sa survivance au corps, de sa sortie du monde spirituel pour s'incarner, et de sa rentrée dans ce même monde après la mort ; c'est enfin le germe de la doctrine des Anges déchus.


II. L'âme s'égare et se trouble quand elle se sert du corps pour considérer quelque objet ; elle a des vertiges comme si elle était ivre, parce qu'elle s'attache à des choses qui sont, de leur nature, sujettes à des changements ; au lieu que, lorsqu'elle contemple sa propre essence, elle se porte vers ce qui est pur, éternel, immortel, et, étant de même nature, elle y demeure attachée aussi longtemps qu'elle le peut ; alors ses égarements cessent, car elle est unie à ce qui est immuable, et cet état de l'âme est ce qu'on appelle sagesse.
Ainsi l'homme qui considère les choses d'en bas, terre à terre, au point de vue matériel, se fait illusion ; pour les apprécier avec justesse, il faut les voir d'en haut, c'est-à-dire du point de vue spirituel. Le vrai sage doit donc en quelque sorte isoler l'âme du corps, pour voir avec les yeux de l'esprit. C'est ce qu'enseigne le Spiritisme. (Ch. II, nº 5.)


III. Tant que nous aurons notre corps et que l'âme se trouvera plongée dans cette corruption, jamais nous ne posséderons l'objet de nos désirs : la vérité. En effet, le corps nous suscite mille obstacles par la nécessité où nous sommes d'en prendre soin ; de plus, il nous remplit de désirs, d'appétits, de craintes, de mille chimères et de mille sottises, de manière qu'avec lui il est impossible d'être sage un instant. Mais, s'il est possible de rien connaître purement pendant que l'âme est unie au corps, il faut de deux choses l'une, ou que l'on ne connaisse jamais la vérité, ou qu'on la connaisse après la mort. Affranchis de la folie du corps, nous converserons alors, il y a lieu de l'espérer, avec des hommes également libres, et nous connaîtrons par nous-mêmes l'essence des choses. C'est pourquoi les véritables philosophes s'exercent à mourir, et la mort ne leur parait nullement redoutable. (Ciel et Enfer, 1° partie, ch. II ; 2° partie, ch. I.) C'est là le principe des facultés de l'âme obscurcies par l'intermédiaire des organes corporels, et de l'expansion de ces facultés après la mort.

Mais il ne s'agit ici que des âmes d'élite, déjà épurées ; il n'en est pas de même des âmes impures.


IV. L'âme impure, en cet état, est appesantie et entraînée de nouveau vers le monde visible par l'horreur de ce qui est invisible et immatériel ; elle erre alors, dit-on, autour des monuments et des tombeaux, auprès desquels on a vu parfois des fantômes ténébreux, comme doivent être les images des âmes qui ont quitté le corps sans être entièrement pures, et qui retiennent quelque chose de la forme matérielle, ce qui fait que l'oeil peut les apercevoir. Ce ne sont pas les âmes des bons, mais des méchants, qui sont forcées d'errer dans ces lieux, où elles portent la peine de leur première vie, et où elles continuent d'errer jusqu'à ce que les appétits inhérents à la forme matérielle qu'elles se sont donnée les ramènent dans un corps ; et alors elles reprennent sans doute les mêmes moeurs qui, pendant leur première vie, étaient l'objet de leurs prédilections.

 
Non-seulement le principe de la réincarnation est ici clairement exprimé, mais l'état des âmes qui sont encore sous l'empire de la matière, est décrit tel que le Spiritisme le montre dans les évocations. Il y a plus, c'est qu'il est dit que la réincarnation dans un corps matériel est une conséquence de l'impureté de l'âme, tandis que les âmes purifiées en sont affranchies. Le Spiritisme ne dit pas autre chose ; seulement il ajoute que l'âme qui a pris de bonnes résolutions dans l'erraticité, et qui a des connaissances acquises, apporte en renaissant moins de défauts, plus de vertus, et plus d'idées intuitives qu'elle n'en avait dans sa précédente existence ; et qu'ainsi chaque existence marque pour elle un progrès intellectuel et moral. (Ciel et Enfer, 2°, partie : Exemples.)


V. Après notre mort, le génie (daïmon, démon) qui nous avait été assigné pendant notre vie nous mène dans un lieu où se réunissent tous ceux qui doivent être conduits dans le Hadès pour y être jugés. Les âmes, après avoir séjourné dans le Hadès le temps nécessaire, sont ramenées à cette vie dans de nombreuses et longues périodes.
C'est la doctrine des Anges gardiens ou Esprits protecteurs, et des réincarnations successives après des intervalles plus ou moins longs d'erraticité.


VI. Les démons remplissent l'intervalle qui sépare le ciel de la terre ; ils sont le lien qui unit le Grand Tout avec lui-même. La divinité n'entrant jamais en communication directe avec l'homme, c'est par l'intermédiaire des démons que les dieux commercent et s'entretiennent avec lui, soit pendant la veille, soit pendant le sommeil.


Le mot daïmon, dont on a fait démon, n'était pas pris en mauvaise part dans l'antiquité comme chez les modernes ; il ne se disait point exclusivement des êtres malfaisants, mais de tous les Esprits en général, parmi lesquels on distinguait les Esprits supérieurs appelés les dieux, et les Esprits moins élevés, ou démons proprement dits, qui communiquaient directement avec les hommes. Le Spiritisme dit aussi que les Esprits peuplent l'espace ; que Dieu ne se communique aux hommes que par l'intermédiaire des purs Esprits chargés de transmettre ses volontés ; que les Esprits se communiquent à eux pendant la veille et pendant le sommeil. Au mot démon substituez le mot Esprit, et vous aurez la doctrine spirite ; mettez le mot ange, et vous aurez la doctrine chrétienne.

VII. La préoccupation constante du philosophe (tel que le comprenaient Socrate et Platon) est de prendre le plus grand soin de l'âme, moins pour cette vie, qui n'est qu'un instant, qu'en vue de l'éternité. Si l'âme est immortelle, n'est-il pas sage de vivre en vue de l'éternité ?


Le christianisme et le Spiritisme enseignent la même chose.


VIII. Si l'âme est immatérielle, elle doit se rendre, après cette vie, dans un monde également invisible et immatériel, de même que le corps, en se décomposant, retourne à la matière. Seulement il importe de bien distinguer l'âme pure, vraiment immatérielle, qui se nourrit, comme Dieu, de science et de pensées, de l'âme plus ou moins entachée d'impuretés matérielles qui l'empêchent de s'élever vers le divin, et la retiennent dans les lieux de son séjour terrestre.

 
Socrate et Platon, comme on le voit, comprenaient parfaitement les différents degrés de dématérialisation de l'âme ; ils insistent sur la différence de situation qui résulte pour elles de leur plus ou moins de pureté. Ce qu'ils disaient par intuition, le Spiritisme le prouve par les nombreux exemples qu'il met sous nos yeux. (Ciel et Enfer, 2° partie.)

IX. Si la mort était la dissolution de l'homme tout entier, ce serait un grand gain pour les méchants, après leur mort, d'être délivrés en même temps de leur corps, de leur âme et de leurs vices. Celui qui a orné son âme, non d'une parure étrangère, mais de celle qui lui est propre, celui-là seul pourra attendre tranquillement l'heure de son départ pour l'autre monde.


En d'autres termes, c'est dire que le matérialisme, qui proclame le néant après la mort, serait l'annulation de toute responsabilité morale ultérieure, et par conséquent un excitant au mal ; que le méchant a tout à gagner au néant ; que l'homme qui s'est dépouillé de ses vices et s'est enrichi de vertus peut seul attendre tranquillement le réveil dans l'autre vie. Le spiritisme nous montre, par les exemples qu'il met journellement sous nos yeux, combien est pénible pour le méchant le passage d'une vie à l'autre, et l'entrée dans la vie future (Ciel et Enfer, 2° partie, ch. I.)

X. Le corps conserve les vestiges bien marqués des soins qu'on a pris de lui ou des accidents qu'il a éprouvés ; il en est de même de l'âme ; quand elle est dépouillée du corps, elle porte les traces évidentes de son caractère, de ses affections et les empreintes que chacun des actes de sa vie y a laissées. Ainsi le plus grand malheur qui puisse arriver à l'homme, c'est d'aller dans l'autre monde avec une âme chargée de crimes. Tu vois, Calliclès, que ni toi, ni Polus, ni Gorgias, vous ne sauriez prouver qu'on doive mener une autre vie qui nous sera utile quand nous serons là-bas. De tant d'opinions diverses, la seule qui demeure inébranlable, c'est qu'il vaut mieux recevoir que commettre une injustice, et qu'avant toutes choses on doit s'appliquer, non à paraître homme de bien, mais à l'être. (Entretiens de Socrate avec ses disciples dans sa prison.)
Ici on retrouve cet autre point capital, confirmé aujourd'hui par l'expérience, que l'âme non épurée conserve les idées, les tendances, le caractère et les passions qu'elle avait sur la terre. Cette maxime : Il vaut mieux recevoir que commettre une injustice, n'est-elle pas toute chrétienne ? C'est la même pensée que Jésus exprime par cette figure : «Si quelqu'un vous frappe sur une joue, tendez-lui encore l'autre.» (Ch. XII, n° 7, 8.)


XI. De deux choses l'une : ou la mort est une destruction absolue, ou elle est le passage d'une âme dans un autre lieu. Si tout doit s'éteindre, la mort sera comme une de ces rares nuits que nous passons sans rêve et sans aucune conscience de nous-mêmes. Mais si la mort n'est qu'un changement de séjour, le passage dans un lieu où les morts doivent se réunir, quel bonheur d'y rencontrer ceux qu'on a connus ! Mon plus grand plaisir serait d'examiner de près les habitants de ce séjour et d'y distinguer, comme ici, ceux qui sont sages de ceux qui croient l'être et ne le sont pas. Mais il est temps de nous quitter, moi pour mourir, vous pour vivre. (Socrate à ses juges.)


Selon Socrate, les hommes qui ont vécu sur la terre se retrouvent après la mort, et se reconnaissent. Le Spiritisme nous les montre continuant les rapports qu'ils ont eus, de telle sorte que la mort n'est ni une interruption, ni une cessation de la vie, mais une transformation, sans solution de continuité.


Socrate et Platon auraient connu les enseignements que le Christ donna cinq cents ans plus tard, et ceux que donnent maintenant les Esprits, qu'ils n'auraient pas parlé autrement. En cela il n'est rien qui doive surprendre, si l'on considère que les grandes vérités sont éternelles, et que les Esprits avancés ont dû les connaître avant de venir sur la terre, où ils les ont apportées ; que Socrate, Platon et les grands philosophes de leur temps ont pu être, plus tard, du nombre de ceux qui ont secondé Christ dans sa divine mission, et qu'ils ont été choisis précisément parce qu'ils étaient plus que d'autres à même de comprendre ses sublimes enseignements ; qu'ils peuvent enfin faire aujourd'hui partie de la pléiade des Esprits chargés de venir enseigner aux hommes les mêmes vérités.


XII. Il ne faut jamais rendre injustice pour injustice, ni faire de mal à personne, quelque tort qu'on nous ait fait. Peu de personnes, cependant, admettront ce principe, et les gens qui sont divisés là-dessus ne doivent que se mépriser les uns les autres.
N'est-ce pas là le principe de la charité qui nous enseigne de ne point rendre le mal pour le mal, et de pardonner à nos ennemis ?


XIII. C'est aux fruits qu'on reconnaît l'arbre. Il faut qualifier chaque action selon ce qu'elle produit : l'appeler mauvaise quand il en provient du mal, bonne quand il en naît du bien.


Cette maxime : «C'est aux fruits qu'on reconnaît l'arbre,» se trouve textuellement répétée plusieurs fois dans l'Evangile.


XIV. La richesse est un grand danger. Tout homme qui aime la richesse n'aime ni lui ni ce qui est à lui, mais une chose qui lui est encore plus étrangère que ce qui est à lui. (Ch. XVI.)


XV. Les plus belles prières et les plus beaux sacrifices plaisent moins à la Divinité qu'une âme vertueuse qui s'efforce de lui ressembler. Ce serait une chose grave que les dieux eussent plus d'égards à nos offrandes qu'à notre âme ; par ce moyen, les plus coupables pourraient se les rendre propices. Mais non, il n'y a de vraiment justes et sages que ceux qui, par leurs paroles et par leurs actes, s'acquittent de ce qu'ils doivent aux dieux et aux hommes. (Ch. X, n° 7, 8.)


XVI. J'appelle homme vicieux cet amant vulgaire qui aime le corps plutôt que l'âme. L'amour est partout dans la nature qui nous invite à exercer notre intelligence ; on le retrouve jusque dans le mouvement des astres. C'est l'amour qui orne la nature de ses riches tapis ; il se pare et fixe sa demeure là où il trouve des fleurs et des parfums. C'est encore l'amour qui donne la paix aux hommes, le calme à la mer, le silence aux vents et le sommeil à la douleur.

L'amour, qui doit unir les hommes par un lien fraternel, est une conséquence de cette théorie de Platon sur l'amour universel comme loi de nature. Socrate ayant dit que «l'amour n'est ni un dieu ni un mortel, mais un grand démon,» c'est-à-dire un grand Esprit présidant à l'amour universel, cette parole lui fut surtout imputée à crime.


XVII. La vertu ne peut pas s'enseigner ; elle vient par un don de Dieu à ceux qui la possèdent.


C'est à peu près la doctrine chrétienne sur la grâce ; mais si la vertu est un don de Dieu, c'est une faveur, et l'on peut demander pourquoi elle n'est pas accordée à tout le monde ; d'un autre côté, si c'est un don, elle est sans mérite pour celui qui la possède. Le Spiritisme est plus explicite ; il dit que celui qui possède la vertu l'a acquise par ses efforts dans ses existences successives en se dépouillant peu à peu de ses imperfections. La grâce est la force dont Dieu favorise tout homme de bonne volonté pour se dépouiller du mal et pour faire le bien.


XVIII. Il est une disposition naturelle à chacun de nous, c'est de s'apercevoir bien moins de nos défauts que de ceux d'autrui.
L'Evangile dit : «Vous voyez la paille dans l'oeil de votre voisin, et vous ne voyez pas la poutre qui est dans le vôtre.» (Ch. X, n° 9, 10.)


XIX. Si les médecins échouent dans la plupart des maladies, c'est qu'ils traitent le corps sans l'âme, et que, le tout n'étant pas en bon état, il est impossible que la partie se porte bien.


Le Spiritisme donne la clef des rapports qui existent entre l'âme et le corps, et prouve qu'il y a réaction incessante de l'un sur l'autre. Il ouvre ainsi une nouvelle voie à la science ; en lui montrant la véritable cause de certaines affections, il lui donne les moyens de les combattre. Quand elle tiendra compte de l'action de l'élément spirituel dans l'économie, elle échouera moins souvent.


XX. Tous les hommes, à commencer depuis l'enfance, font beaucoup plus de mal que de bien.


Cette parole de Socrate touche à la grave question de la prédominance du mal sur la terre, question insoluble sans la connaissance de la pluralité des mondes et de la destination de la terre, où n'habite qu'une très petite fraction de l'humanité. Le Spiritisme seul en donne la solution, qui est développée ci-après dans les chapitres II, III et V.


XXI. Il y a de la sagesse à ne pas croire savoir ce que tu ne sais pas.


Ceci va à l'adresse des gens qui Platon complète cette pensée de Socrate en disant : «Essayons de les rendre d'abord, si c'est possible, plus honnêtes en paroles ; sinon, ne nous soucions pas d'eux, et . Tâchons de , mais ne nous injurions pas.» C'est ainsi que doivent agir les spirites à l'égard de leurs contradicteurs de bonne ou de mauvaise foi. Platon revivrait aujourd'hui, qu'il trouverait les choses à peu près comme de son temps, et pourrait tenir le même langage ; Socrate aussi trouverait des gens pour se moquer de sa croyance aux Esprits, et le traiter de fou, ainsi que son disciple Platon.
C'est pour avoir professé ces principes que Socrate fut d'abord tourné en ridicule, puis accusé d'impiété, et condamné à boire de ciguë ; tant il est vrai que les grandes vérités nouvelles, soulevant contre elles les intérêts et les préjugés qu'elles froissent, ne peuvent s'établir sans lutte et sans faire des martyrs.

 

Suite dans la Deuxième Partie 

2 La Mort de Jésus, soi-disant écrite par un frère essénien, est un livre complètement apocryphe, écrit en vue de servir une opinion, et qui renferme en lui-même la preuve de son origine moderne.

 

Posté par Adriana Evangelizt

 

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2 octobre 2006 1 02 /10 /octobre /2006 17:11

Le commencement de ce texte nous fait fortement penser à certains pays qui se croient civilisés...

 

 

Les Esseniens

 

par Voltaire

 

 

Plus une nation est superstitieuse et barbare, obstinée à la guerre malgré ses défaites, partagée en factions, flottante entre la royauté et le sacerdoce, enivrée de fanatisme, plus il se trouve chez un tel peuple un nombre de citoyens qui s’unissent pour vivre en paix.

Il arrive qu’en temps de peste, un petit canton s’interdit la communication avec les grandes villes. Il se préserve de la contagion qui règne; mais il reste en proie aux autres maladies.

Tels on a vu les gymnosophistes aux Indes; telles furent quelques sectes de philosophes chez les Grecs; tels les pythagoriciens en Italie et en Grèce, et les thérapeutes en Égypte; tels sont aujourd’hui les primitifs nommés quakers et les dunkards en Pensylvanie; et tels furent à peu près les premiers chrétiens qui vécurent ensemble loin du villes.

Aucune de ces sociétés ne connut cette effrayante coutume de se lier par serment au genre de vie qu’elles embrassaient; de se donner des chaînes perpétuelles; de se dépouiller religieusement de la nature humaine, dont le premier caractère est la liberté; de faire enfin, ce que nous appelons des voeux. Ce fut saint Basile qui le premier imagina ces voeux, ce serment de l’esclavage. Il introduisit un nouveau fléau sur la terre, et il tourna en poison ce qui avait été inventé comme remède.

Il y avait en Syrie des sociétés toutes semblables à celles des esséniens. C’est le Juif Philon qui nous le dit dans le Traité de la liberté des gens de bien. La Syrie fut toujours superstitieuse et factieuse, toujours opprimée par des tyrans. Les successeurs d’Alexandre en firent un théâtre d’horreurs. Il n’est pas étonnant que parmi tant d’infonunés, quelques-uns, plus humains et plus sages que les autres, se soient éloignés du commerce des grandes villes, pour vivre en commun dans une honnête pauvreté, loin des yeux de la tyrannie.

On se réfugia dans de semblables asiles en Égypte, pendant les guerres civiles des derniers Ptolémées; et lorsque les armées romaines subjuguèrent l’Égypte, les thérapeutes s’établirent dans un désert auprès du lac Moeris.

Il paraît très probable qu’il y eut des thérapeutes grecs, égyptiens et juifs. Philon(1), après avoir loué Anaxagore, Démocrite, et les autres philosophes qui embrassèrent ce genre de vie, s’exprime ainsi:

« On trouve de pareilles sociétés en plusieurs pays; la Grèce et d’autres contrées jouissent de cette consolation; elle est très commune en Égypte dans chaque nome, et surtout dans celui d’Alexandrie. Les plus gens de bien, les plus austères se sont retirés au-dessus du lac Moeris dans un lieu désert, mais commode, qui forme une pente douce. L’air y est très sain, les bourgades assez nombreuses dans le voisinage du désert, etc. »

Voilà donc partout des sociétés qui ont tâché d’échapper aux troubles, aux factions, à l’insolence, à la rapacité des oppresseurs. Toutes, sans exception, eurent la guerre en horreur: ils la regardèrent précisément du même oeil que nous voyons le vol et l’assassinat sur les grands chemins.

Tels furent à peu près les gens de lettres qui s’assemblèrent en France, et qui fondèrent l’Académie. Ils échappaient aux factions et aux cruautés qui désolaient le règne de Louis XIII. Tels furent ceux qui fondèrent la Société royale de Londres, pendant que les fous barbares nommés puritains et épiscopaux s’égorgeaient pour quelques passages de trois ou quatre vieux livres inintelligibles.

Quelques savants ont cru que Jésus-Christ, qui daigna paraître quelque temps dans le petit pays de Capharnaüm, dans Nazareth, et dans quelques autres bourgades de la Palestine, était un de ces esséniens qui fuyaient le tumulte des affaires, et qui cultivaient en paix la vertu. Mais ni dans les quatre Évangiles reçus, ni dans les apocryphes, ni dans les Actes des apôtres, ni dans leurs Lettres, on ne lit le nom d’essénien.

Quoique le nom ne s’y trouve pas, la ressemblance s’y trouve en plusieurs points; confraternité, biens en commun, vie austère, travail des mains, détachement des richesses et des honneurs, et surtout horreur pour la guerre. Cet éloignement est si grand, que Jésus-Christ commande de tendre l’autre joue quand on vous donne un soufflet, et de donner votre tunique quand on vous vole votre manteau. C’est sur ce principe que les chrétiens se conduisirent pendant près de deux siècles, sans autels, sans temples, sans magistrature, tous exerçant des métiers, tous menant une vie cachée et paisible.

Leurs premiers écrits attestent qu’il ne leur était pas permis de porter les armes. Ils ressemblaient en cela parfaitement à nos Pensylvains, à nos anabaptistes, à nos mennonites d’aujourd’hui, qui se piquent de suivre l’Évangile à la lettre. Car quoiqu’il y ait dans l’Évangile plusieurs passages qui, étant mal entendus, peuvent inspirer la violence, comme les marchands chassés à coups de fouet hors du parvis du Temple, le contrains-les d’entrer, les cachots dans lesquels on précipite ceux qui n’ont pas fait profiter l’argent du maître à cinq pour un, ceux qui viennent au festin sans avoir la robe nuptiale; quoique, dis-je, toutes ces maximes y semblent contraires à l’esprit pacifique, cependant il y en a tant d’autres qui ordonnent de souffrir au lieu de combattre, qu’il n’est pas étonnant que les chrétiens aient eu la guerre en exécration pendant environ deux cents ans.

Voilà sur quoi se fonde la nombreuse et respectable société des Pensylvains, ainsi que les petites sectes qui l’imitent. Quand je les appelle respectables, ce n’est point par leur aversion pour la splendeur de l’Église catholique. Je plains sans doute, comme je le dois, leurs erreurs. C’est leur vertu, c’est leur modestie, c’est leur esprit de paix que je respecte.

Le grand philosophe Bayle n’a-t-il donc pas eu raison de dire qu’un chrétien des premiers temps serait un très mauvais soldat, ou qu’un soldat serait un très mauvais chrétien?

Ce dilemme paraît sans réplique; et c’est, ce me semble, la différence entre l’ancien christianisme et l’ancien judaïsme.

La loi des premiers Juifs dit expressément: « Dés que vous serez entrés dans le pays dont vous devez vous emparer, mettez tout à feu et à sang; égorgez sans pitié vieillards, femmes, enfants à la mamelle; tuez jusqu’aux animaux, saccagez tout, brûlez tout: c’est votre Dieu qui vous l’ordonne. » Ce catéchisme n’est pas annoncé une fois, mais vingt; et il est toujours suivi.

Mahomet, persécuté par les Mecquois, se défend en brave homme. Il contraint ses persécuteurs vaincus à se mettre à ses pieds, à devenir ses prosélytes; il établit sa religion par la parole et par l’épée.

Jésus, placé entre les temps de Moïse et de Mahomet, dans un coin de la Galilée, prêche le pardon des injures, la patience, la douceur, la souffrance, meurt du dernier supplice, et veut que ses premiers disciples meurent ainsi.

Je demande en bonne foi si saint Barthélemy, saint André, saint Matthieu, saint Barnabé, auraient été reçus parmi les cuirassiers de l’empereur, ou dans les trabans de Charles XII? Saint Pierre même, quoiqu’il ait coupé l’oreille à Malchus, aurait-il été propre à faire un bon chef de file? Peut-être saint Paul, accoutumé d’abord au carnage, et ayant eu le malheur d’être un persécuteur sanguinaire, est le seul qui aurait pu devenir guerrier. L’impétuosité de son tempérament et la chaleur de son imagination en auraient pu faire un capitaine redoutable. Mais, malgré ces qualités, il ne chercha point à se venger de Gamaliel par les armes. Il ne fit point comme les Judas, les Theudas, les Barcochebas, qui levèrent des troupes; il suivit les préceptes de Jésus, il souffrit; et même il eut, à ce qu’on prétend, la tête tranchée.

Faire une armée de chrétiens était donc, dans les premiers temps, une contradiction dans les termes.

Il est clair que les chrétiens n’entrèrent dans les troupes de l’empire que quand l’esprit qui les animait fût changé. Ils avaient dans les deux premiers siècles de l’horreur pour les temples, les autels, les cierges, l’encens, l’eau lustrale; Porphyre les comparait aux renards qui disent: Ils sont trop verts. « Si vous pouviez avoir, disait-il, de beaux temples brillants d’or, avec de grosses rentes pour les desservants, vous aimeriez les temples passionnément. » Ils se donnèrent ensuite tout ce qu’ils avaient abhorré. C’est ainsi qu’ayant détesté le métier des armes, ils allèrent enfin à la guerre. Les chrétiens, dès le temps de Dioclétien, furent aussi différents des chrétiens du temps des apôtres, que nous sommes différents des chrétiens du iiie siècle.

Je ne conçois pas comment un esprit aussi éclairé et aussi hardi que celui de Montesquieu a pu condamner sévèrement un autre génie bien plus méthodique que le sien, et combattre cette vérité annoncée par Bayle(2), « qu’une société de vrais chrétiens pourrait vivre heureusement ensemble, mais qu’elle se défendrait mal contre les attaques d’un ennemi. »

Ce seraient, dit Montesquieu(3), des citoyens infiniment éclairés sur leurs devoirs, et qui auraient un très grand zèle pour les remplir. Ils sentiraient très bien les droits de la défense naturelle. Plus ils croiraient devoir à la religion, plus ils penseraient devoir à la patrie. Les principes du christianisme, bien gravés dans le coeur, seraient infiniment plus forts que ce faux honneur des monarchies, ces vertus humaines des républiques, et cette crainte servile des États despotiques. »

Assurément l’auteur de l’Esprit des Lois ne songeait pas aux paroles de l’Évangile quand il dit que les vrais chrétiens sentiraient très bien les droits de la défense naturelle. Il ne se souvenait pas de l’ordre de donner sa tunique quand on vous vole le manteau, et de tendre l’autre joue quand on a reçu un soufflet. Voilà les principes de la défense naturelle très clairement anéantis. Ceux que nous appelons quakers ont toujours refusé de combattre; mais ils auraient été écrasés dans la guerre de 1756, s’ils n’avaient pas été secourus et forcés à se laisser secourir par les autres Anglais. (Voyez l’article Primitive Église.)

N’est-il pas indubitable que ceux qui penseraient en tout comme des martyrs se battraient fort mal contre des grenadiers? Toutes les paroles de ce chapitre de l’Esprit des Lois me paraissent fausses. « Les principes du christianisme, bien gravés dans le coeur, seraient infiniment plus forts, etc. » Oui, plus forts pour les empêcher de manier l’épée, pour les faire trembler de répandre le sang de leur prochain, pour leur faire regarder la vie comme un fardeau, dont le souverain bonheur est d’être déchargé.

« On les enverrait, dit Bayle, comme des brebis au milieu des loups, si on les faisait aller repousser de vieux corps d’infanterie, ou charger des régiments de cuirassiers. »

Bayle avait très grande raison. Montesquieu ne s’est pas aperçu qu’en le réfutant il ne voyait que les chrétiens mercenaires et sanguinaires d’aujourd’hui, et non pas les premiers chrétiens. Il semble qu’il ait voulu prévenir les injustes accusations qu’il a essuyées des fanatiques, en leur sacrifiant Bayle; et il n’y a rien gagné. Ce sont deux grands hommes qui paraissent d’avis différent, et qui auraient eu toujours le même s’ils avaient été également libres.

Le faux honneur des monarchies, les vertus humaines des républiques, la crainte servile des États despotiques; rien de tout cela ne fait les soldats, comme le prétend l’Esprit des Lois. Quand nous levons un régiment, dont le quart déserte au bout de quinze jours, il n’y a pas un seul des enrôlés qui pense à l’honneur de la monarchie; ils ne savent ce que c’est. Les troupes mercenaires de la république de Venise connaissent leur paye, et non la vertu républicaine, de laquelle on ne parle jamais dans la place Saint-Marc. Je ne crois pas, en un mot, qu’il y ait un seul homme sur la terre qui s’enrôle dans un régiment par vertu.

Ce n’est point non plus par une crainte servile que les Turcs et les Russes se battent avec un acharnement et une fureur de lions et de tigres; on n’a point ainsi du courage par crainte. Ce n’est pas non plus par dévotion que les Russes ont battu les armées de Moustapha. Il serait à désirer, ce me semble, qu’un homme si ingénieux eût plus cherché à faire connaître le vrai qu’à montrer son esprit. Il faut s’oublier entièrement quand on veut instruire les hommes, et n’avoir en vue que la vérité.

 

Notes :

1  Philon, De la Vie contemplative.

2  Continuation des Pensées diverses, article cxxiv.

3 Esprit des Lois, xxiv, 6. 
 


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