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2 juillet 2007 1 02 /07 /juillet /2007 23:12

 

 

 

 

 

Chasse aux sorcières dans les campagnes

 

Par Benoît Garnot



A peine finies les guerres de Religion, le pouvoir royal tente d'éradiquer une autre "hérésie", la sorcellerie. Premières visées : les femmes, gardiennes de la culture rurale. En fait, il s'agit de faire rentrer dans le rang les provinces nouvellement conquises.

 

En matière de sorcellerie diabolique, il ne faut pas se tromper sur le sens des mots. Un sorcier est un individu supposé avoir passé un pacte avec le diable : en échange de son âme, il a obtenu de lui des pouvoirs surnaturels. Un possédé est malgré lui habité et tourmenté par des démons qu'un sorcier lui a envoyés, de sorte qu'il peut être considéré comme une victime. Enfin, un obsédé n'est que temporellement visité par des démons, contre son gré également.

Dans la France des XVIe et XVIIe siècles, la sorcellerie apparaît comme une réalité rurale qui touche de petites gens, alors que les affaires de possession diabolique concernent surtout des citadins issus de milieux aisés : il s'agit de deux phénomènes distincts, à aborder séparément.

La présence des sorciers n'est pas une nouveauté à la Renaissance. Au Moyen Age, leur existence allait de soi, parce que l'univers de la magie, donc la présence des magiciens, s'imposait à tous, prêtres compris ; en outre, l'idée même de sorcellerie n'était pas, ou peu, reliée au démon. Mais la démonologie est inventée au cours du XVe siècle par quelques clercs, qui voient Satan mener le bal des humains et qui entendent, pour l'en empêcher, éliminer ceux qu'ils considèrent comme ses alliés, les sorciers. Pendant les décennies suivantes, la démonologie est théorisée dans des ouvrages imprimés, dont les plus importants sont le Malleus maleficarum (1486), et la Démonomanie des sorciers (1586) de Jean Bodin : les devins guérisseurs locaux sont ainsi transformés, du moins aux yeux des auteurs de ces ouvrages et de nombre de leurs lecteurs, en sorciers démoniaques. La réalité n'a pas changé, mais sa perception s'est profondément modifiée.

La première chasse aux sorcières est expérimentée dans les Alpes, plus précisément dans le Briançonnais, entre 1428 et 1447 : près de deux cents personnes sont poursuivies et plusieurs sont pendues, noyées ou brûlées pour ce crime nouvellement défini. Mais, en France, la répression de la sorcellerie commence assez tardivement, si l'on compare par exemple aux Pays-Bas catholiques, l'actuelle Belgique, ou à certaines régions pas encore françaises à cette époque, comme l'Artois, la Flandre et le Hainaut, la Franche-Comté, la Lorraine. La première vague de persécutions se produit pendant les années 1560-1580, cette poussée judiciaire se prolongeant jusqu'aux années 1630. Une seconde vague de procès marque le royaume durant les années 1640-1680. On peut se demander ce qui explique cette chronologie. On observera que la chasse aux sorcières commence en France lorsque cesse la chasse aux hérétiques : le dernier pasteur protestant condamné à mort l'est en 1567 à Avignon, et les premières accusations contre « un nombre infini de sorciers » apparaissent en Ile-de-France entre 1572 et 1574, émises aussi bien par les catholiques que par les protestants, tous ennemis du démon. Les mythes sataniques s'installent dans les esprits en même temps qu'un catholicisme de la peur, développé par la Contre-Réforme, qui conduit les élites sociales, donc les juges, à s'intéresser aux agissements de certains humains tentés par Satan, pour se protéger de l'emprise de celui-ci. Ce n'est pas la sorcellerie qui augmente à cette époque : c'est la perception qu'en ont les élites sociales qui se modifie. De tolérée, voire partagée, elle devient crainte, qu'il faut supprimer.

En France, comme dans le reste de l'Europe, la répression de la sorcellerie ne s'affirme pas partout avec la même force. La Bretagne, par exemple, et même l'Ouest dans son ensemble, y échappent totalement ou partiellement. Cela ne signifie pas que les sorciers y sont moins nombreux qu'ailleurs, mais que les circonstances propices à les poursuivre ne sont pas réunies. En fait, c'est dans des régions disputées par des pouvoirs politiques et religieux concurrents, très souvent des zones frontalières, récemment acquises par le souverain qui cherche à y imposer son autorité, que la chasse aux sorcières trouve son terreau privilégié. Dans cette perspective, l'ouest et le centre du royaume, provinces apaisées et obéissantes, relèvent d'un modèle de grande modération dans la chasse aux sorcières. A l'inverse, les régions les plus troublées, notamment les frontières orientales, considérées comme rétives au pouvoir central et éloignées des centres de décision, sont les terrains d'élection des poursuites de sorcellerie, surtout si s'ajoute à cette situation périphérique une angoisse collective qui s'explique par une histoire récente difficile - les luttes entre catholicisme et protestantisme. C'est pour le même genre de raisons que des régions récemment agrégées au royaume, telles que la Flandre et le Hainaut, connaissent aussi, juste après être devenues françaises, une répression de la sorcellerie assez intense, puis un peu plus tard, autour de 1670-1680, des provinces où l'absolutisme royal rencontrait des résistances, comme la Normandie, la Guyenne, le Béarn, le Bigorre, ou encore l'Alsace.

Il est faux de considérer que la sorcellerie se répand essentiellement dans un contexte historique particulier, à savoir les périodes de troubles, qu'il s'agisse des épidémies, des guerres, des jacqueries, des disettes. Elle devient seulement plus visible dans ces circonstances, parce qu'elle constitue pour une grande partie de la population l'un des seuls moyens de résistance aux malheurs des temps. En réalité, ce qui se répand pendant ces périodes troublées, ce n'est pas la sorcellerie, mais la répression de la sorcellerie ; les procès se multiplient, mais cette multiplication ne signifie pas que se multiplie aussi le nombre des sorciers. On sait déjà, depuis un certain temps, que les archives judiciaires révèlent l'activité de la justice, mais en aucune manière, ou très peu, la réalité criminelle : cette vérité s'applique tout autant à la sorcellerie qu'à toutes les autres sortes de déviances.

Les procès de sorcellerie ont aussi une fonction pédagogique. Ils tentent de montrer en exemple aux populations une religion épurée des superstitions traditionnelles, symbolisées par les magiciens et les sorciers, et de les pousser à croire en un Dieu unique, terrible, peu miséricordieux pour les pécheurs, et à faire leur salut éternel en repoussant les superstitions... et la sorcellerie. Les sorcières jouent alors un rôle de repoussoir, s'intégrant (bien malgré elles) dans cette vaste entreprise d'acculturation, dont on peut douter qu'elle ait porté tous les fruits souhaités par ses concepteurs. C'est parfois même l'inverse qui se produit : la religion proposée, voire imposée, est si rigide qu'elle aboutit à susciter des résistances considérables, voire, à plus long terme, à éloigner des autels une partie de la population, ce qui explique certaines formes de la déchristianisation des XIXe et XXe siècles. Cette volonté d'acculturation permet de comprendre la part très majoritaire des femmes, signalée plus haut, et surtout des vieilles femmes, parmi les individus poursuivis : traditionnellement, celles-ci sont les gardiennes et les vecteurs de la culture rurale, colportant les croyances autant que les ragots. S'en prendre frontalement à elles, c'est s'en prendre à cette culture que les autorités et les élites sociales, appuyées localement par une partie plus ou moins grande de la population - plus importante dans les villages où les paysans acceptent l'alphabétisation - ont pour ambition de modifier profondément. La chasse aux sorcières participe à cette volonté d'acculturation, qui diabolise la culture paysanne traditionnelle.

Dans les affaires de sorcellerie, c'est la justice laïque, c'est-à-dire la justice du roi, qui procède. L'Inquisition n'est plus reçue en France à cette époque, et les justices ecclésiastiques habituelles, les officialités, ne sauraient être compétentes en l'espèce, puisque la sorcellerie est considérée comme un crime de lèse-majesté divine passible du bûcher, auquel les officialités ne peuvent donc condamner, ainsi qu'à toute forme de peine de mort. La justice définit la sorcellerie démoniaque comme le plus grave des crimes, car les maléfices des sorciers rompent l'équilibre voulu par Dieu, que le roi se doit de préserver. La sorcière paraît concentrer toutes les turpitudes du monde : apostasie, sodomie, débauche sexuelle, infanticide, blasphème, destruction des familles et mise en cause de la puissance paternelle. Menaçant l'ordre social tel qu'il s'affirme aux XVIe et XVIIe siècles, et même tout ordre quel qu'il soit, la sorcière est présentée comme l'archétype du désordre universel et la quintessence de la criminalité sous tous ses aspects. La sorcellerie apparaît comme un crime exceptionnel (crimen exceptum) , de sorte que son traitement judiciaire, du fait même de la monstruosité du crime, échappe à certaines règles de la procédure habituelle : il n'est ainsi plus toujours besoin d'indice de culpabilité pour appliquer la question, et on admet lors des procédures les témoignages d'enfants et de parents proches, par exemple le père contre le fils et vice versa .

Il s'agit par ces moyens d'arriver à une certitude de culpabilité, car dans la France d'Ancien Régime, la justice ne condamne pas sans preuve : l'intime conviction des juges ne doit pas entrer en compte. Le juge ne passe de la présomption de culpabilité à la conviction que lorsqu'il a une preuve sûre, si possible un aveu - c'est ce qu'il y a de mieux dans la procédure pénale de l'époque. Faute d'aveu spontané, on a recours à divers moyens d'établir des preuves qui permettront de soumettre l'accusé à la question pour le faire avouer. Il s'agit, d'une part, de rechercher sur le corps du prévenu la marque satanique, réputée insensible à la douleur : pour la trouver, on enfonce des aiguilles d'argent dans son corps dénudé, entièrement rasé, jusqu'à trouver un endroit insensible et ne produisant pas d'écoulement de sang ; cette découverte constitue en droit une demi-preuve. D'autre part, les témoignages des voisins et de l'entourage, qui attestent ou contestent les pouvoirs diaboliques du prévenu et l'emploi qu'il a pu en faire : ces témoins sont convoqués pour dénoncer les sortilèges attribués aux accusés, tels que destruction de récoltes, vol de lait à distance en trayant un bâton pour assécher la vache d'un ennemi, mort d'animaux ou d'êtres humains, envoûtement dans un but amoureux ou de haine, autant de maléfices traditionnels dans les villages, mais interprétés ici à l'aune de la sorcellerie diabolique.

Quoi qu'il se passe, l'accusé est en position de faiblesse, puisque considéré dès le départ comme appartenant à une secte dont les membres sont habiles à dissimuler. Toutes ses attitudes sont interprétées en sa défaveur. Ainsi s'il pleure, c'est qu'il est coupable, lit-on dans les manuels de démonologie, mais s'il garde les yeux secs, c'est qu'il est épaulé par le démon.

Il est essentiel pour les juges d'obtenir un aveu pour pouvoir aboutir à une condamnation, parce qu'il s'agit d'une lutte à mort contre le Mal. De cette lutte dépend le salut collectif de l'humanité, pensent-ils. Si la marque a été trouvée, si les témoignages sont probants, l'accusé qui refuse d'avouer de plein gré est mis à la torture. Ceux qui parviennent à y résister sont « mis hors de cour » - ils ne sont pas vraiment innocentés, mais néanmoins remis en liberté -, les autres avouent le crime qu'on leur impute, dénoncent leurs supposés complices et sont condamnés, en général au bûcher. Parfois, une clause secrète, nommée retentum , ordonne au bourreau d'étrangler directement le condamné juste après la mise à feu du bûcher. Puis les procès continuent contre les complices dénoncés sous la torture, et ainsi de suite, ce qui peut entraîner un cycle sans fin.

Pour autant, les chiffres de la répression judiciaire sont faibles en France, du moins si l'on compare au Saint Empire, épicentre des grandes chasses aux sorcières, où l'on totalise 22 500 bûchers au XVIIe siècle pour une population d'une quinzaine de millions d'habitants. Dans le ressort du parlement de Paris, avec ses dix millions d'habitants, on relève 1 254 affaires portées en appel de 1540 à 1670 ; 474 accusés ont été condamnés à mort par les juges des juridictions inférieures, mais le parlement n'a confirmé qu'une centaine de sentences capitales - la proportion de ces confirmations, déjà faible, ne cessant de diminuer au cours des années.

Les condamnés sont sans doute plus nombreux dans les provinces périphériques orientales, mais les chiffres précis manquent. En outre, comme l'appel devant un parlement est loin d'être automatique avant le milieu du XVIIe siècle, du moins dans les provinces périphériques, il arrive que des prévenus soient condamnés par des juridictions de base et exécutés, sans attendre l'avis des juridictions supérieures. Certains juges particulièrement obstinés sont à l'origine de nombreuses condamnations. Nicolas Rémy se vante d'avoir fait exécuter 2 000 à 3 000 sorcières en Lorraine de 1576 à 1606, et Pierre de Lancres a conduit des centaines de poursuites dans le Labourd (au pays Basque) à partir de 1606. Mais, outre que ces cas sont isolés et les chiffres loin d'être fiables, globalement on reste très loin des massacres parfois encore dénoncés à tort.

A partir de 1682, la sorcellerie cesse d'être considérée en France comme un crime, donc d'être poursuivie en justice. Elle ne pas disparaît, loin s'en faut, mais le regard porté sur elle par la société, surtout par les élites, notamment les juges, change. Un édit royal entérine cette année-là les doutes exprimés depuis longtemps par les parlementaires parisiens ou encore bourguignons. Pour ces derniers, marqués de plus en plus par le sens de l'impossible cartésien et devenus sceptiques, la sorcellerie n'apparaît plus maintenant que comme une sorte de folie qu'il convient davantage de soigner que de réprimer, sans oublier aussi de punir les charlatans qui abuseraient de la crédulité populaire. La sorcellerie n'est plus perçue par les élites sociales que comme une superstition méprisable, apanage populaire, et n'est plus ressentie comme un danger social.

Mais parallèlement à cet arrêt des poursuites judiciaires, déjà diminuées pendant les deux à trois décennies qui précèdent 1682, les vieilles croyances magiques perdurent chez une grande partie de la population. La fin des bûchers ne signifie pas la fin de la sorcellerie et de la magie, désormais voilées mais toujours agissantes. Les mentalités magiques continuent à prédominer dans les campagnes, où de nombreux actes de la vie privée ou professionnelle sont accompagnés de superstitions et de maléfices. Le curé Jean-Baptiste Thiers en a rapporté un grand nombre, qu'il a observé, à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, dans les paroisses de Beauce et du Perche dont il a été le desservant. Ainsi, parmi des centaines d'exemples, il y est conseillé de garder les oeufs pondus le Vendredi saint, car ils seront « très souverains pour éteindre les incendies dans lesquels ils seront jetés » ; il faut « donner des clous et des petits morceaux de lard à saint Clou afin de guérir de la galle », ou encore il est souhaitable de « prendre les ourlets des linceuls dans lesquels on a enseveli un mort et les porter au cou ou au bras pour guérir des fièvres. Il faut que ces ourlets ayent été déchirés et non coupés ». Il est recommandé aussi d'« attacher un clou d'un crucifix au bras d'un épileptique pour le guérir. Faire durcir un oeuf, le peler, le picquer de divers coups d'aiguille, le tremper dans l'urine d'une personne qui a la fièvre, puis le donner à un curé si le malade est un mâle. »

En réalité, il n'était sans doute pas possible d'éradiquer profondément les croyances populaires, mais simplement de les contraindre à se faire plus discrètes.

Benoît Garnot, agrégé d'histoire et docteur ès lettres, est professeur d'histoire moderne à l'Université de Bourgogne (Dijon). Il s'est spécialisé dans l'histoire de la justice et de la criminalité dans la France des XVIIe et XVIIIe siècles. Il est l'auteur d' Intime conviction et erreur judiciaire. Un magistrat assassin au XVIIe siècle ? (Editions universitaires de Dijon, 2004).

Le supplice de l'eau : la preuve par l'absurde

L'ordalie, ou jugement de Dieu par les éléments, consiste à jeter l'accusée dans l'eau (ou le feu). Si elle s'enfonce, elle est innocente ; si elle surnage, c'est que l'eau ne veut pas la recevoir, donc elle est coupable.



Comprendre

Officialités
Tribunaux ecclésiastiques. Aux XVIe et XVIIe siècles, leurs compétences se sont réduites.
Apostasie
Abandon de la foi et de la vie chrétiennes.
Question
Torture judiciaire, qui ne peut être décidée et appliquée que dans un nombre de cas très restreint, sauf dans les accusations de sorcellerie.
Parlement
Tribunal d'appel, doté en outre de pouvoirs politiques. Le parlement de Paris est le plus ancien et sa compétence s'étend au XVIe siècle sur près de la moitié du royaume.
Délire zoopsique
Imitation du comportement d'un animal par un humain en état de délire.
Thermo-anesthésie
Insensibilité à la chaleur et au froid.



En complément

Le Diable au couvent. Les possédées d'Auxonne (1658-1663) , de Benoît Garnot (Imago, 1995).
Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle. Une analyse de psychologie historique , de Robert Mandrou (Plon, 1968).
Une histoire du diable. XIIe-XXe siècle , de Robert Muchembled (Seuil, 2000).



Hystérie au couvent : les ursulines ont le diable au corps

La France connaît au XVIIe siècle plusieurs affaires retentissantes de possession diabolique, en particulier à Aix, à Loudun, à Louviers et à Auxonne. Ces affaires sont très différentes des procès de sorcellerie rurale. Elles se produisent toutes en ville, pas à la campagne. Il s'agit de la possession diabolique de religieuses du même ordre (les ursulines), toutes jeunes et de bonnes familles. Elles sont donc, malgré elles, les victimes d'un sorcier, le plus souvent de sexe masculin, et aucunement elles-mêmes des sorcières ; d'ailleurs, elles ne sont pas marquées sur leur corps et ne participent pas au sabbat. Pour les délivrer de leurs démons, elles sont exorcisées sans succès, du moins au début, pendant plusieurs années. Les exorcismes sont spectaculaires et se déroulent avec un grand concours de spectateurs. Le tout est accompagné d'accusations de sorcellerie portées contre des habitants de la ville.


L'affaire des possédées d'Auxonne, une petite ville située sur la Saône, à la frontière entre la Bourgogne et la Franche-Comté (alors espagnole), participe de cette série. La Bourgogne avait connu en 1644, comme la Franche-Comté, une épidémie de sorcellerie rurale, mais l'affaire des possédées d'Auxonne, qui survient une dizaine d'années plus tard, est d'une autre nature : c'est la dernière des grandes affaires de possession diabolique urbaine dans la France moderne. La seule différence avec les affaires précédentes concerne la personnalité du responsable désigné : ici une religieuse sorcière, nommée Barbe Buvée, ailleurs des prêtres sorciers, comme Urbain Grandier à Loudun.


Les faits sont les suivants. En 1658, une quinzaine de religieuses du couvent des ursulines d'Auxonne, dont plusieurs novices, se disent hantées par les démons. La situation des religieuses possédées (nommées « énergumènes »), comme les nombreux exorcismes réalisés au couvent par les aumôniers, sont d'abord secrets. C'est seulement en 1660 que les habitants de la ville d'Auxonne apprennent la réalité des possessions, au moment même où l'épidémie s'étend hors des murs du couvent et touche des habitants de la ville. Des exorcismes publics ont lieu dans l'église paroissiale, des femmes laïques sont condamnées au bannissement par les juges locaux, et deux d'entre elles, prises pour des sorcières, sont même massacrées par la population.


Les religieuses possédées présentent les symptômes habituels de l'hystérie, telle que la décrira Charcot longtemps après. Elles parcourent toute la gamme de ses troubles psychiques, depuis la forme la plus atténuée jusqu'à la plus sévère. Au début, il s'agit de vomissements de corps étrangers, pris pour des sorts diaboliques par les spectateurs - en fait, il ne pouvait s'agir que d'objets avalés par elles sous l'influence simultanée d'une dépravation du goût, souvent constatée chez les hystériques, et d'un intense besoin de mystification -, de contorsions corporelles et de délires érotiques, évidemment liés, et de l'adoption ou de l'invention de pauses physiques spectaculaires. Ensuite, lorsque l'épidémie atteint son plein développement, la suggestion et l'autosuggestion, ainsi que l'imitation des unes par les autres, accentuent les phénomènes caractéristiques de la névrose hystérique, en particulier lors des exorcismes. Dans ces circonstances, les attitudes sont violentes et spectaculaires : corps en arc, avec cris et hurlements, suivis de délires avec imprécations et blasphèmes, pendant lesquels ont lieu les interrogatoires, puis d'excentricités, comme des courses dans l'église ou des sauts sur l'autel, ou parfois, à l'inverse, des comportements à caractère léthargique, avec délire zoopsique. L'ensemble s'accompagne d'anesthésie, parfois même de thermo-anesthésie, et aussi parfois de cessation de battement du pouls, consécutive à la suggestion qui accompagne l'injonction de l'exorciste. Il se produit aussi des contractures diverses, qui persistent parfois après l'attaque hystérique pendant plusieurs heures, ainsi que des perturbations de l'innervation vasomotrice, d'où le non-écoulement du sang à l'occasion des saignées.


En octobre 1660, l'une des religieuses du couvent, Barbe Buvée, nommée en religion soeur de Sainte-Colombe, beaucoup plus âgée que les religieuses possédées, est présentée par la mère supérieure comme la responsable de ces possessions. Accusée publiquement, lors d'une cérémonie religieuse, d'apostasie, de magie, de sortilège et d'infanticide, elle est victime de violences de la part d'autres religieuses et mise aux fers dans la prison du couvent. A la demande de la famille de Barbe Buvée, et constatant des irrégularités procédurières, le parlement de Dijon intervient alors : une commission d'enquête judiciaire, dirigée par le conseiller Legoux, se rend à Auxonne, constitue une commission d'enquête ecclésiastique, procède à de nombreux interrogatoires, fait réaliser des expertises et conclut à la fausseté des possessions ; le parlement ordonne la libération de Barbe Buvée. Dans le même temps, le spectacle des exorcismes attire un vaste public, venu de tout le royaume, dans l'église d'Auxonne. Une nouvelle commission d'enquête, décidée par le parlement de Paris à la demande de la municipalité, persuadée de la réalité des possessions, aboutit alors à la conclusion inverse de la commission précédente, tandis que le parlement de Dijon réhabilite officiellement Barbe Buvée et que l'intendant de la généralité, Bouchu, qui envoie à son tour deux nouvelles commissions d'enquête, conclut successivement à l'absence de possessions, puis à leur réalité. Tout porte à croire que ces rebondissements et ces dissensions s'expliquent pour une bonne part par les rivalités qui opposent diverses familles puissantes de la ville d'Auxonne, ainsi que par l'opposition entre l'intendant et le parlement. Le dossier est finalement confié de nouveau au parlement de Paris, qui préfère enterrer l'affaire. L'épidémie de possessions ne tarde pas alors à se calmer, les religieuses ayant été transférées dans d'autres couvents et les exorcismes ayant cessé.

Sources
Historia

Posté par Adriana Evangelizt





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Published by Adriana Evangelizt - dans DIABLE et Diableries
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