Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
Chapitre extrait des Oeuvres complètes de Volney
Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne
Tome I
1821
par Constantin François Volney
17eme partie
16 - Le système géographique des Hébreux
15 - Mythologie de la Création 2
14 - Mythologie de la Création 1
12 Des personnages antédiluviens 2
1 - Des temps antérieurs à Moïse
Si l’on examine la carte, l’on voit que tous ces peuples de Iaphet sont situés au nord du Taurus, comme le remarque Josèphe, ayant pour limites la Grèce à l’ouest, la Scythie au nord, et au nord-est ; ce qui nous donne de ce côté les bornes du monde connu des Hébreux, dans lequel Iaphet représente le continent ou le climat du nord.
En opposition, le midi est occupé par Ham ou Cham, qui effectivement signifie brûlé, noir de chaleur. L’épithète de ammonia, que les Grecs donnent à quelques parties de l’Afrique, n’est que le mot phénicien-hébreu privé de son aspiration H.
Les dépendances de Ham sont Canaan, Phut, Masrim et Kush. Sous le nom collectif de Canaan sont compris les peuples Phéniciens, au nombre de onze, dont les positions sont connues : l’on peut s’étonner de ne point y voir les Tyriens compléter le nombre sacré douze ; mais si, comme le disent plusieurs auteurs anciens, Tyr ne fut fondée que 240 ans avant le temple de Salomon par des émigrés de Sidon, Helqiah n’a point dû placer cette colonie posthume dans le tableau primitif ; et ce silence, joint au mot d’Isaïe, qui appelle Tyr, fille de Sidon, vient à l’appui de l’opinion que nous indiquons.
Tous les auteurs grecs s’accordent à dire que la nation phénicienne avait émigré des bords de la mer Érythrée ou Rouge, à raison du bouleversement de leur pays par des volcans. Ceci nous indiquerait son siége ancien et primitif sur la côte frontière de l’Iemen, dans le Téhama, en face des îles volcaniques de Katombel, de Foosth, de Gebel-Tar, de Zékir ; tout ce local, jusqu’à l’autre rive où est Dahlak porte des traces de combustion et de tremblements de terre. Par cette raison géographique, les Phéniciens se trouvent être un peuple arabique ; leur langue nous en est garant ; et parce que nous allons voir le foyer présumé de leur origine occupé par une branche d’Arabes qui nous sont désignés comme les plus anciens de tous, nous avons lieu de les classer dans cette branche. A quelle époque se fit cette émigration ? L’histoire n’en dit rien, et, c’est une preuve de son antiquité. La fondation du temple d’Hercule à Tyr, en même temps que l’on fondît cette ville[11], 2760 ans avant notre ère, nous montre les Phéniciens déjà établis ; mais ils ont pu être arrivés bien antérieurement.
2° Sous le nom pluriel de Masrim sont désignés les Égyptiens, dont le pays et la capitale sont encore aujourd’hui appelés par les Arabes Masr.
Leurs enfants, c’est-à-dire les peuples compris dans leur territoire, sont :
1° Les Loudim, qu’il ne faut pas confondre avec les Lydiens d’Asie. Jérémie, chap. LXVI, en les associant aux Libyens et à d’autres peuples du Nil, ne permet pas qu’on les écarte de ce local ; ils doivent être les habitants du pays de Lydda ou Diospolis, l’une des villes anciennement populeuses et puissantes de la Haute-Égypte .
Les Aïnamim n’ont pas laissé de trace apparente, non plus que les Nephtahim et les Kasalhim.
Les Phatrousim sont les habitants du nome ou pays de Phatoures, près Thèbes, comme l’a très bien prouvé Bochart[12], dont les arguments démontrent que la division de l’Égypte, en haute et basse (Said et Masr), telle que la font encore les Arabes, a dû être usitée chez les Juifs, leurs frères à tant d’égards.
Les Lehabim doivent être les Libyens : Ézéqiel est le seul qui ait parlé d’un pays de Qoub dans ce désert ; les Cobii de Ptolémée en remplissent l'indication.
Les Philistins nous sont indiqués ici comme un peuple émigré d’Égypte, et l’histoire nous dit qu’effectivement des dissensions religieuses chassèrent souvent des peuplades de ce pays. Les Kaphtorim peuvent être les habitants de Gaza, mais en aucun cas ceux de Cypre, comme l’a cru Michaëlis.
Isaïe, Jérémie et d’autres écrivains hébreux parlent de quelques villes d’Égypte qu’il est bon de placer.
Sin est Péluse ; Taphnahs est Daphnas d’Hérodote ; Tsan est Tanis dans le lac Menzâlé.
Nouph est L’O-nuph-is de Ptolémée plutôt que Memphis.
Na-amoun, ville comparée à Ninive, pour la splendeur, ne peut être que Thèbes, ainsi que l’on en est d’accord d’après les raisons de Bochart.
On ou Aoun est connu pour être Héliopolis.
Quant à la division de Phut, elle n’a pas de trace, à moins de la voir, avec Josèphe, dans le fleuve Phutes en Mauritanie.
Le quatrième peuple de la division de Cham est Kush, dont Josèphe nous déclare que le nom correspond, chez les Asiatiques, au mot Éthiopien chez les Grecs. Par conséquent Kush[13] désigne les peuples noirs à cheveux plats, habitant l’Abyssinie en général, spécialement le pays d’Axoum, où paraît avoir été l’ancienne capitale de Kush ; il faut distinguer ces noirs à cheveux plats, des noirs à cheveux crépus (les nègres) : cette distinction est exprimée chez les Grecs par l’expression d’Éthiopiens occidentaux et Éthiopiens orientaux. Dans Homère[14], ceux-ci sont proprement les peuples de l’Abyssinie dont les rois conquirent plusieurs fois l’Égypte ; par la suite le nom d’Éthiopiens s’étendit aux peuples noirs que les Persans appelaient Hind, ou Hindous ; et ce nom de Hindous ou Indiens, au temps des Romains, revint aux peuples de l’Iémen, qui étaient effectivement des hommes noirs, des Éthiopiens. Hérodote, dans sa description de l’armée de Xerxès, joint les Arabes aux Éthiopiens Abyssins, et tous les montre réunis sous un même chef, ce qui indique une affinité étroite de constitution et de langage. Cette affinité se trouve confirmée par l’auteur de la Genèse , lorsqu’il dit : Les enfants de Kush sont Saba, Haouilah, Sabta, Sabtaha et Ramah.
C’est-à-dire que ces cinq peuples étaient aussi des hommes noirs de race kushite, ou éthiopienne abyssine : il s’agit de trouver leur emplacement.
Bochart veut que Saba soit le pays de Mareb, appelé synonymement par les Arabes, Saba-Mareb ; mais l’identité ne peut s’admettre, parce que ces mêmes Arabes placent à Mareb la reine de Saba qui visita Salomon, et que les Hébreux, en parlant de cette femme, ne la disent point reine de Saba par s (ou Sameck), tel qu’est écrit notre, Saba kushite ; mais reine de Sheba par sh (ou Shin), tel qu’ils écrivent Sheba, fils de Ieqtan, qui, à ce moyen, est le Saba homérite des Arabes ; et remarquez que Saba par s n’a point dans l’arabe moderne, le sens de lier et faire captif, que les Arabes disent lui appartenir, tandis que Sheba par Shin a ce sens dans l’hébreu ; ce qui prouve que la véritable orthographe est Sheba-Mareb. Une meilleure représentation nous semble se trouver dans une autre ville de Saba, située au pays de Tehama, laquelle nous est désignée par les Grecs, comme l'entrepôt ancien et très actif du commerce de l’or et des aromates de l’Arabie. La circonstance d’être placée, sur l’une des éminences qui bornent le plat pays de Tehama, nous fait reconnaître cette ville dans celle que les Arabes modernes nomment encore Sabbea : si, comme tant d’autres cités de l'Orient, elle est réduite à un état presque misérable, l’on en trouve les causes, palpables dans la dérivation qu’a subie le commerce de l’Inde, et dans les ensablements qui, sur cette place, repoussent la mer à près de 1.200 toises par siècle.
Sabtah n’en fut pas éloigné, si, comme nous le pensons, il est le Sabbatha-metropolis de Ptolémée[15], placé par le géographe nubien Edrissi, entre Danzar et Sanaa[16].
Sabtaka est rejeté par Josèphe dans l’Éthiopie abyssine, par Bochart dans la Caramanie persique, sous prétexte de rassembler à Samydake : ces deux hypothèses nous paraissent vagues et sans preuves : Sabtaka n’a pas de trace connue.
Haouilah, mal prononcé Hevila, et bien représenté par les Chavelœi de Pline, et Chavilatœi de Strabon, que ces auteurs s’accordent à placer entre les Nabatéens et les Agréens, ou Agaréens. Le pays de ces derniers doit être le Hijar ou Hagiar moderne[17], par le 27e de latitude, dans le Hedjaz, à environ 40 lieues est de la mer Rouge... Par conséquent Haouilah, qui a le sens de pays aride, dut être dans le sol réellement aride, dans le désert au nord de Hijar, au pied de la chaîne des rocs où vivaient les Tamudeni. Ce local remplit bien l’indication du livre de Samuel qui nomme Haouilah comme borne extrême de l’expédition de Saül contre les Amalékites[18] ; et cette situation d’une tribu kushite convient d’autant mieux en cet endroit, que, d'une part, elle se trouve appuyée au mont Shefar, appartenant aux tribus ieqtanides, et désigné par Ptolémée pour être la borne de l’Arabie heureuse ; tandis que d’autre part elle est contiguë au pays de Tamoud, l’une des 4 anciennes tribus arabes qui paraissent avoir été réellement kushites, et au pays des Madianites qui certainement l’étaient, ainsi que le prouve l’anecdote de Séphora, femme de Moïse, à laquelle sa belle-sœur Marie reprochait d’être une noire (une kushite) ; ce genre de population subsistait encore au temps de Zarah, roi de Kush, qui vint avec une armée immense, attaquer Asa, roi de Juda, vers l’an 940 avant notre ère[19], et qui avait pour résidence, du moins temporaire, la ville de Gerara, dans le pays d’Amalek ; Taraqah qui, au temps d’Ézékiaq, et de Sennachérib, fut aussi un roi de Kush, sortit également, avec une autre nuée de soldats, de cette même contrée. Il paraît donc certain que la côte arabique de la mer Rouge, depuis l’Arabie pétrée jusqu’à Sabtah, c’est-à-dire, les deux pays appelés Hedjaz et Téhamah, appartenaient aux Éthiopiens, et formaient un même état ou une même population avec l’Abyssinie, placée sur l’autre rive de cette même mer. Cela se conçoit d’autant mieux, qu’au moyen des îles, la communication des deux rivages est extrêmement facile, et que la ligne de séparation d’avec les tribus ieqtatides, se trouve être une chaîne de rocs et de montagnes qui borne le grand désert de la péninsule vers ouest, depuis le mont Shefar jusqu’à l'Iémen[20].
Une autre dépendance de Kush est encore Ramah, que les Grecs écrivent Regma. Strabon dit que ce mot en syrien signifie détroit ; et Ptolémée, avec Étienne de Byzance, place une ville de Regma sur la côte arabe du golfe Persique, non loin du fleuve Lar ou Falg moderne. Par cette situation, séparée et distante de Kush, tel que nous venons de le décrire, Rama s’indique pour être une colonie d’Éthiopiens ou Kushites ; Busching place en ce parage une ville de Reamah, peuplée de noirs très commerçants. A son tour, Reamah semble avoir produit près de lui deux autres colonies qui sont Sheba et Daden.
Daden est la petite île Dadena, sur la côte arabe qui mène au golfe Persique. L’ouvrage intitulé Oriens Christianus[21], nous apprend que cette île, appelée en syrien Dirin, dépendit de l’évêché de Catara ou Gatara.
Sheba montre sa trace dans les pays montueux des Asabi, que Ptolémée place à la pointe arabe du détroit ; ces trois positions, qui se touchent, remplissent très bien l’indication d’Ézéqiel, dans son chapitre XXVII, où il dit : O ville de Tyr, les marchands de Sheba et de Ramah sont tes courtiers ; ils te fournissent l’or, les parfums et les perles : Daden t’envoie les dents d’éléphant et les bois d’ébène.
Le voyageur Niebuhr observe que depuis Rasel-had jusqu’à Ras-masendom, il n’y a de sables qu’entre Sîb et Sehar ; que tout le pays dépendant de Maskat est montueux jusqu’à la mer, et que deux bonnes rivières y coulent toute l’année ; l’on y cueille en abondance du froment, de l’orge, du dourah, des lentilles, des dattes, des légumes, des raisins ; le poisson est si abondant, que l’on en nourrit le bétail ; Séhar, ruinée, est une des plus anciennes villes de l’Orient, de même que Sour (Tyr), située non loin de Maska. Voyez Niebuhr, Description de l’Arabie, page 255.
Avec de tels avantages de sol, favorisés d’un beau climat, sur une superficie égale à toute la Syrie , l’on conçoit qu’il put jadis exister eu cette contrée des peuples industrieux et riches, surtout lorsque le commerce de l’Inde y avait sa route principale vers l’occident ; et puisque les habitants d’alors portaient le nom de Sabéens (Sheba), il ne faut plus s’étonner qu’ils aient enrichi par leur or et par leur commerce les Phéniciens de Tyr, ainsi que le disent expressément les Grecs qui ont pu les confondre avec les autres Sabéens de l’Iémen et du Téhama. (Voyez Bochart, Phaleg., lib. IV, chap. VI, VII et VIII.)
La suite Fin de la Géographie des Hébreux et Division de Sem 1
Notes
[11] Hérodote, lib. II, § XLIV.
[12] Phaleg., lib. IV, chap. 27.
[13] Le nom de Kush semble s’être conservé dans guiz ou guis, qui est le nom antique du langage éthiopien ; l’idiome guiz.
[14] Odyssée, lib. I, v. 22. Strabon entend ce vers d’Homère des Éthiopiens sur la rive ouest, et des Arabes sur la rive est du golfe arabique, et c’est l’idée de la Genèse.
[15] Voyez Ptolémée, Geog. in fol., Tabula Asiæ sexta.
[16] Danville, carte d’Asie première.
[17] Voyez Danville, carte d’Arabie ; hagiar ou hagar signifie pierre, pierreux, et tels sont les rochers de Hidjar.
[18] Samuel, lib. I, chap. 15, v. 7.
[19] Paralipomènes, liv. II, chap. 14.
[20] Strabon aurait donc eu raison d’interpréter en ce sens le vers d’Homère qui partage les Éthiopiens en deux pays (par la mer).
[21] Tome II, col. 1239 et 1240. Voyez aussi Assemani, Biblioth. syriac., tom. III, pars II, page 744.