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Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?

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4 - Les antédiluviens, précurseurs de la Science des Egyptiens et de Moïse



4 L'Égypte pharaonique, ou,

Histoire des institutions des Égyptiens sous leurs rois nationaux

 Par Dominique Marie Joseph Henry

1846

1ère partie

2ème partie

3ème partie

  PARTIE THÉOSOPHIQUE.


THÉOLOGIE.


CHAPITRE III.

 

Deux périodes dans l'histoire de l'Egypte. — Accord de la cosmogonie avec la géologie. — Transposition de versets dans le premier chapitre de la Genèse. — Idées cosmogoniques des Egyptiens communes aux peuples de l'Asie.

Nous avons présenté jusqu'ici les antédiluviens comme des hommes qui avaient su franchir les limites de l'intelligence vulgaire, se lancer dans les vastes champs des spéculations du génie, et arriver, à force de méditations, au plus haut point de ces connaissances qui dévoilent à l'entendement humain les voies mystérieuses dont la nature s'est servie pour produire nous les avons montrés comme les inventeurs de ces hautes sciences qui, se transmettant d'âge en âge , mais en s'affaiblissant toujours, en étaient réduites presque à leur seul nom, quaud une étincelle du même génie créateur de ces peuples primordiaux, rallumant, à une époque très-moderne, la dernière flamme de ce feu sacré, est venue rendre à l'intelligence tout son essor, a remis sur la route des découvertes perdues, et tend chaque jour à rendre à leur primitif éclat celles de ces connaissances que les ténèbres de l'ignorance avaient presque effacées du souvenir des hommes. Nous avons à justifier par des faits ce que nous n'avons appuyé jusqu'ici que sur des raisonnements : parler des connaissances des antédiluviens, c'est faire l'histoire de l'Egypte pharaonnique de la première période.

Il faut en effet reconnaître deux périodes très-distinctes dans l'histoire de l'Egypte sous ses rois nationaux : la première, commençant avec la monarchie et descendant jusqu'à la XVIIIe dynastie, période de troubles et d'agitation dans la vie politique, mais aussi période savante dans le calme et la paix des temples, et où les connaissances héritées des peuples submergés, brillantes de tout leur éclat, se soutinrent sans perdre considérablement ; la seconde, commençant avec la XIXe dynastie, et se traînant jusqu'à la chute de l'empire, période d'indivisibilité dans l'unité de la monarchie, mais aussi d'instabilité dans le sanctuaire, et pendant laquelle de grandes innovations en matière religieuse et de grands changements dans la politique suivie jusque là, amenant d'autres idées. Tout se matérialise dans la philosophie théognostique, et l'ignorance commence à se glisser au milieu des subtilités d'une mythologie astrologique, toute d'allégories, époque calamiteuse, où, de décadence en décadence, le sanctuaire avili et superstitieux finit par devenir la risée de ceux-là même dont les croyances étaient plus absurdes encore et plus extravagantes, des Romains, s'il faut le dire, qui se moquaient des chats divinisés en Egypte, eux dont la religion plaçait des dieux jusqu'au point le plus infect des cloaques.

L'histoire de la création suivant le système de Moïse, qui est celui de l'Egypte de la première époque ou de l'époque savante, n'est, avons-nous dit, que le résultat de l'étude suivie et comparée d'un grand nombre de terrains de formations différentes, que l'application de principes déduits de laborieuses explorations géognostiques : elle indique donc un état très-avancé des sciences physiques, chimiques et naturelles, et par conséquent des mathématiques.

En effet, si l'on porte une méditation attentive et sérieuse sur le premier chapitre de la Genèse, on ne peut pas sortir de cette alternative : Ou ce livre a été inspiré par l'auteur même de la création, ou celui qui en a décrit ainsi la marche n'a fait qu'analyser les connaissances acquises à la suite de nombreuses observations faites sur divers points du globe par des savants du premier mérite : nous avons déjà répondu à cette alternative. Vient ensuite le dilemme : C'est de l'Egypte que Moïse a tiré ce précieux résumé des sciences géognostiques; le sol de l'Egypte ne peut pas fournir la matière des observations qui ont servi à instituer cette doctrine et à en faire l'application : les Egyptiens les tenaient donc d'un autre peuple. Et si, dans le court intervalle qui sépare le grand désastre de la manifestation des sciences en Egypte, aucun peuple postdiluvien n'a pu fonder ce système, c'est donc aux peuples antérieurs à ce désastre qu'il faut le rapporter. C'est la solution de cet argument que les Égyptiens exprimaient sans doute par l'allégorie du second Thoth, transcrivant en caractères vulgaires les mémoires sur les sciences, écrits avant le déluge par le premier Thoth sur les colonnes de la terre de Seriad.

Le premier chapitre de la Genèse nous fait connaître le sentiment des Egyptiens de la première période et des savants antédiluviens sur l'origine de l'univers ; mais, pour comprendre les événements dont rend compte Moïse, on interrogerait vainement les versions si pauvres des Septante et de la Vulgate. Comment les auteurs de ces versions auraient-ils pu nous initier dans les secrets de sciences qui n'existaient plus de leur temps ? Dans l'examen que nous allons faire des vraies idées de l'auteur de ce livre immortel, nous ne pouvons en explorer le sens spirituel qu'en consultant, avec toute la prudence qu'exige le commentaire d'un tel écrit, la version littérale qu'en a donnée le docte mais trop systématique Fabre d'Olivet (La langue hébraïque restituée, partie II, Cosmogonie). « En principe de toutes choses, disait Moïse, OElohim (*) créa l'ipséité des cieux et de la terre. La terre était dans un état d'extrême diffusion et de rareté, et l'obscurité était sur la face de l'abîme, et le souffle d'OElohim exerçait un mouvement générateur sur la surface des eaux. —Et OElohim dit : La lumière sera faite, et elle fut faite. — Et considérant cette essence lumineuse comme bonne, OElohim détermina un moyen de séparation entre la lumière et entre l'obscurité. »

* Ce mot OElohim, rendu par celui de Dieu, est fondé sur la racine al ou oel, qui exprime l'élévation, la force, la puissance. Dans les langues de tous les peuples de l'Orient, le nom de Dieu était dérivé de l'élévation qu'on attribuait, tant au positif qu'au figuré, à cet être principe, auteur de l'univers. OElohim, OElion, OElh, Allah, sont les noms qu'on lui a toujours donnés dans l'Orient. Fabre d'Olivet.

Avant de passer outre, nous croyons devoir prévenir le lecteur qu'étranger aux langues orientales, toutes nos explications ou interprétations seront empruntées à Fabre d'Olivet, à Walton ou Arias Montanus dans la polyglotte, et à Edmond Castel dans son lexique heptaglotte. Nous aurons toujours soin d'indiquer celui de ces auteurs qui nous aura fourni l'interprétation.

Suivant la théorie la plus probable, et qu'a admise la science, au commencement une nébulosité très-diffuse dans l'immensité de l'espace, et renfermant en soi les éléments du calorique et de la lumière, se réunit, s'amoncelle, se condense, et forme un globe, qui, en conséquence de ses principes, répand une chaleur excessive et une très-vive lumière : c'est le soleil. L'extrême effervescence de cet astre produit une vapeur particulière qui s'étend très au loin, et qui, à mesure que cette effervescence le lui permet, se partage en plusieurs parties, par des divisions concentriques assujetties à certaines lois. La vapeur ainsi partagée se rapproche, se tasse, s'arrondit sous le mouvement de rotation et de révolution qui lui est imprimé; un noyau se forme au centre de cette masse et s'accroît, et la masse devient une planète. Telle est l'origine physique du soleil et des sphères qui se meuvent autour de lui, dans l'état actuel de la science (Laplace, Système de l'Univers.) : la terre produite ainsi ne fut d'abord qu'une masse ignée et fluide. Dans l'idée des auteurs du système cosmogonique des premiers peuples, comme dans la théorie de la science moderne, d'abord création ou concentration de la matière nébuleuse très-diffuse dans l'espace, de laquelle doivent sortir les globes de l'univers; matière dans laquelle nos astronomes reconnaissent les éléments du calorique et de la lumière, et que Moïse aussi qualifie d'essence lumineuse(*); ensuite, séparation de la lumière et de l'obscurité.

(*) « C'est un fait bien digne de remarque que le sens de calorique et celui de lumière se trouvent exprimés dans la Bible par un seul et même mot, comme étant une seule et même chose. On doit donc comprendre, dans le sens de l'hébreu, non-seulement la lumière, mais encore le calorique : il faut donc traduire le mot par lumière calorique, ce qui correspond à notre chimico-électro-magnétique pour ainsi dire née d'hier. La Bible était donc encore ici en avant de la science depuis plus de 3000 ans. On doit remarquer, parce que cela peut aider à concevoir ce que c'est que le phénomène auquel nous donnons le nom de lumière, que le mot pris dans son sens radical, porte avec lui l'idée d'un fluide sortant par effluves. » Éléments de Géologie, mis à la portée de tout le monde, etc., par L. A. Chaubard .

« Et déclarant sa volonté, OEIohim dit : II y aura une raréfaction au centre (du principe) des fluidités aqueuses; et il fit cette raréfaction ; et il fit exister une séparation entre les eaux qui étaient par en bas de l'espace éthéré, et les eaux qui étaient par en haut de cet espace; et ce fut ainsi. Et OElohim assigna à l'espace élhéré le nom de cieux (c'est-à-dire, les eaux vaporisées). »

Ces trois versets ( 6, 7 et 8 ), de la plus grande importance, appellent toute notre attention. Frappés d'une obscurité impénétrable dans le sens rapetissé des Septante et de la Vulgate, ils offrent, dans  le sens élevé que leur a donné Moïse, la preuve de connaissances en physique que ses interprètes ne laissent pas même soupçonner. Que signifie leur firmament, c'est-à-dire, un corps ferme et solide, transparent et de la nature du cristal, séparant les eaux d'en bas des eaux d'en haut? Il n'entrait ni dans les idées ni dans les doctrines des savants du monde primitif, que ce que nous appelons le ciel pût être une masse dure et solide; et quoique du temps de Xantes-Pagnino et d'Arias Montanus la physique fût encore celle qu'avaient transmise les Romains, ces savants n'hésitèrent pas, dans leur traduction littérale et consciencieuse de la Bible, à rendre par expansion des cieux le mot hébreu, si étrangement dénaturé par les Septante et saint Jérôme. Ce que produit la volonté créatrice, ce n'est donc pas un corps ferme et vitré, mais une dilatation, une raréfaction au milieu d'un corps élémentaire, afin d'en former deux corps nouveaux, ayant une origine commune et conservant ensemble les plus intimes affinités*.

* Pour l'intelligence de ce passage d'un si grand intérêt, nous devons puiser dans les notes de Fabre d'Olivet l'explication du mot maim, sur lequel repose tout le mystère. Ce mot hébreu, ainsi que la plupart de ceux dont se sert Moïse, est à double acception, c'est-à-dire qu'il a, suivant les expressions du savant grammairien, un sens hiéroglyphique ou allégorique, et un sens vulgaire; la phrase, mot à mot, est celle-ci : « Qu'il s'opère une expansion au centre de maim et qu'il se fasse une séparation entre maim envers maim. » Ce mot maim se trouve formé de deux racines : l'une ma, exprimant tout ce qui tend au développement de son être ; l'autre im, qui présente l'idée de toute multitude de choses de même espèce, et devient par là le signe du pluriel : cette dernière, dans un sens propre et restreint, signifie la mer, c'est-à-dire, la manifestation aqueuse universelle ( Fabre d'Olivet, Vocabulaire radical.)

Le mot composé de ces deux racines, qui, dans un sens vulgaire, exprime l'amas des fluidités aqueuses, des eaux, semble avoir reçu du sens hiéroglyphique l'idée de la réunion de principes élémentaires aqueux, convertibles en eau et en vapeur : c'est sous cette double forme qu'il se montre les deux dernières fois, dans cette phrase célèbre. Cette phrase équivaudrait donc à celle-ci : « Qu'il se fasse une séparation au centre de maim, principe des eaux, et qu'il se fasse une séparation entre maim, les fluidités convertibles en eau, et entre maim, les fluidités volatilisables en vapeur. » Ce même mot maim, précédé du même signe qui, phonétiquement, résonne i, devient le nom de l'immensité des eaux, les mers, i-maim, que par euphonie on prononce iammim ; précédé de la racine sham, qui entraîne l'idée de tout ce qui s'élève et brille dans l'espace, et, hiéroglyphiquement, d'une étendue circonférencielle  ( Fabre d'Olivet, Vocabulaire radical.). Le même mot forme sha-maim, traduit par cieux, mais qui, littéralement, signifie eaux élevées, sublimées ou vaporisées. Voilà le mystère des eaux d'en haut et des eaux d'en bas, d'au-dessus et d'au-dessous du firmament.

« Et OElohim dit : Les eaux tendront fortement, par en bas de l'expansion, vers un lieu déterminé, unique, et l'aridité paraîtra; et ce fut ainsi : et il assigna à l'aridité, iabascha, le nom de terre, arets ; et à la tendance des eaux il assigna le nom de mers, iammim. Et OElohim considéra cela comme bon. »

L'opération qui extrait d'un même principe provenant du feu, deux corps identiques par leur nature, mais à un état différent, les mers et les cieux, étant terminée, l'aridité est mise à découvert, et ce corps nouveau recoit le nom d'iabascha, dont la signification est celle d'un corps provenant du feu et continuant à brûler dans son intérieur, ce qui prouve que les antédiluviens avaient les mêmes idées que nous sur l'état d'incandescence du centre de la terre* : ainsi cette théorie du feu central, qu'ont rendue incontestable les expériences de Cordier et de Fourrier, se trouve déjà proclamée par les savants qui écrivaient peut-être cent siècles avant nous.

* « Tabascha, l'aridité. C'est une chose non-seulement aridisée par le feu, mais une chose que le feu continue à brûler intérieurement. » Fabre d'Olivet.
Cette théorie du feu central se perdit complétement avec toutes les autres sciences naturelles ; et dans les derniers temps la physique, au lieu d'admettre ce noyau toujours incandescent du centre du globe, lui substitua une masse de glace. Voyez Plutarque, De primo frigido.

En comparant la description que Moïse fait de la création avec les circonstances cosmogoniques sur lesquelles cette description est fondée, on ne peut s'empêcher de connaître qu'à une époque bien postérieure à celle du législateur des Hébreux, il y a eu un dérangement dans l'ordre que ce grand homme avait dû assigner à cette création. Cet ordre indique, après le dixième verset de ce premier chapitre de la Genèse, les versets quatorzième, quinzième, seizième, dix-septième et dix-huitième, complétant la formation des corps célestes, et ayant rapport au partage du temps. Ceux qui avaient su déduire de la science l'histoire de la composition mécanique de l'univers, n'avaient pas placé sans doute une alternance de jours et de nuits avant l'organisation des astres dont l'existence devait seule la produire. En faisant ce léger changement, rien n'interrompt plus l'harmonie parfaite qui règne entre le récit de Moïse et ce que nous apprend l'étude tant de la croûte du globe que de la mécanique de l'univers.

« Et OElohim dit : Il existera dans l'expansion éthérée des cieux des clartés extérieures pour faire le partage entre le jour et la nuit ; et elles seront en signes pour les divisions des temps. Et elles seront comme des lumières sensibles dans l'expansion des cieux, pour briller sur la terre : et ce fut ainsi. — Et Dieu fit ce couple de grandes clartés extérieures , la plus grande pour représenter le jour, et la plus petite pour représenter la nuit, ainsi que les étoiles. Et il les placa dans l'expansion des cieux, pour exciter la lumière à briller d'une manière sensible sur la terre. »

L'univers est organisé, les astres roulent dans leurs orbes, les temps s'écoulent, la matière du globe se refroidit, et sa croûte oxydée se forme. Les premiers phénomènes géologiques font sortir des montagnes du sein de l'Océan primitif universel : alors commence la création des corps pourvus d'organes. « Et OElohim dit : La terre fera végéter une herbe végétante germant son germe, substance fructueuse portant sou fruit selon son espèce, et ayant en soi sa propre semence : et ce fut ainsi. — Et OElohim dit : Les eaux émettront à foison des principes vermiformes, et le volatile volant rapidement au-dessus de la terre sur la surface de l'expansion descieux. Et Dieu créa l'existence des immensités corporelles (monstres marins), et celle de tout être animé se mouvant d'un mouvement reptiforme, dont les eaux émettaient à foison le principe, selon leurs espèces, et celle de tout volatile à l'aile forte et rapide, selon son espèce ; et il vit que cela était bon. « Et OElohim dit : La terre fera provenir une âme de vie (une animalité), suivant son espèce, ayant quatre jambes, se mouvant et vivant d'une vie terrestre, selon son espèce; et ce fut ainsi. — Et OElohim fit cette animalité terrestre, selon son espèce , et ce genre quadrupède, selon son espèce, et l'universalité de tout mouvement vital de l'adamah, selon son espèce ; et il vit que cela était bon. »

Après que la multitude des corps célestes a été organisée, et lancée dans l'espace par la main du Créateur, cette main divine s'occupe de l'organisation de la terre. D'abord doit pousser la verdure, sans laquelle rien de ce qui a vie ne peut exister : l'herbe couvre la terre , qui devient alors propre à recevoir les êtres qui viendront l'animer; ensuite commence l'existence animale, quand les moyens d'alimentation lui sont partout assurés*: les premiers individus du règne animal sont des poissons et des reptiles aquatiques; et cette observation de Moïse, ou plutôt de ceux dont il exposait la doctrine, est confirmée par les faits**. Les animaux vivant dans les eaux vaporisées, c'est-à-dire, dans les airs, accompagnent ces reptiles et ces poissons ; ainsi les mers et les cieux reçoivent les premiers habitants du globe. Pour assigner un pareil ordre à la création, les savants antédiluviens avaient-ils remarqué des débris fossiles de ces deux espèces zoologiques dans les couches les plus basses de certains terrains secondaires, ou n'attribuaient-ils ainsi aux oiseaux et aux poissons cette communauté d'origine dans le principe commun des fluidités aqueuses que par induction, sur la remarque des habitudes de déplacements périodiques auxquels sont assujettis quelques individus de ces deux espèces de l'animalité?

* « II est démontré que la vie, sur notre globe, a dû commencer par la végétation. Avant l'existence de toute animalité, la végétation, très simple, se composait principalement de fougères arborescentes, et de lépidodendrons qui avaient jusqu'à 20 et 25 mètres d'élévation, avec un diamètre de près d'un mètre à leur base, composant des forêts comparables à celles de nos sapins, mais dont les feuilles avaient quelquefois un demi-mètre de long, avec ces fougères et ces prêles étaient des cryptogrammes vasculaires très nombreuses. Ces plantes si simples et si peu variées, qui n'occupent qu'un rang très inférieur dans la végétation actuelle, constituaient, dans les premiers temps de la création des êtres organisés, la presque totalité du règne végétal. La rigidité des feuilles, l'absence des fruits charnus et des graines farineuses, les auraient rendus bien peu propres à servir d'aliment aux animaux; mais les animaux n'existaient point encore; les mers seules offraient de nombreux habitants. » L'auteur, après avoir fait remarquer que l'immense quantité de carbone accumulé dans le sein de la terre à l'état de houille, a dû être puisée par ces premiers arbres de la création dans l'acide carbonique, qui, existant en excès dans l'athmosphère, aurait rendu toute vie animale impossible, ajoute :

« Cet ensemble de végétaux si simples, si uniformes, aurait, en purifiant l'air de l'acide carbonique en excès qu'il contenait alors, préparé les conditions nécessaires à une création plus variée. « Elle semble (cette création) avoir eu pour but de préparer les conditions nécessaires à l'existence de l'homme, et d'accumuler ces immenses richesses de combustibles que son industrie devait plus tard mettre à profit. » Lecture faite par M. Ad. Brongniart à l'Académie des sciences, séance du 11 septembre 1837.

** Les poissons sauroïdes, ces reptiles gigantesques, premiers animaux vertébrés, et qui ont des rapports d'analogie si directs avec les crocodiles, se trouvent en effet avec les baleines dans les couches les plus anciennes ; et c'est une chose très digne de remarque, que la Genèse en place la création avec celle des immensités corporelles des eaux, suivant l'expression de Moïse, c'est-à-dire, avec celle des cétacés.

On sait en effet que, pendant que l'air renferme des oiseaux voyageurs, la mer contient des poissons qui, à des époques réglées invariablement par la nature, changent eux-mêmes de mers et de climat : dans l'un ou l'autre cas, il n'en est pas moins certain que cette doctrine est le fruit de l'étude et de l'observation.

Les eaux et les airs sont remplis d'êtres animés; Dieu s'occupe d'en peupler à son tour la terre. Mais ici il y a une remarque bien importante à faire sur la différence très -significative des termes qu'employait le sanctuaire égyptien pour exprimer le même objet, suivant la différence des circonstances. La terre, d'abord iabasha, matière aridifiée par le feu et continuant à brûler à l'intérieur, est devenue aretz quand la végétation est venue la couvrir pour la rendre habitable. Parvenue à cet état, elle perd ce nom d'aretz pour prendre celui d'adamah, le domaine adamique. Alors paraissent les reptiles terrestres, les quadrupèdes, tous les animaux qui complètent le règne animal. Enfin, quand tous les êtres irraisonnables ont pris consistance sur cet élément de l'homme, ce dernier être, dont les restes ne se trouvent en effet nulle part à l'état de fossile, vient couronner le grand acte de la toute-puissance du Créateur; cest l'Adam. S'il est vrai, comme nous pensons l'avoir logiquement démontré, que le système cosmogonique professé par Moïse nous vienne des peuples antédiluviens, les éléments doivent s'en retrouver plus ou moins conservés, plus ou moins matérialisés, plus ou moins obscurcis, chez les peuples les plus anciens du monde postdiluvien : c'est ce qui a lieu en effet. L'origine du monde, dans les idées des Phéniciens, suivant Sanchoniaton, des Chaldéens, suivant Bérose, des Perses, selon Zoroastre, n'est qu'une doctrine identique avec celle des Égyptiens, doctrine qu'on retrouve également dans les idées des Canadiens sur la création, au milieu des extravagances et des absurdites dont l'ignorance les a entourées.

On découvre pareillement un fond de doctrine identique avec la création de l'homme, selon la Genèse, dans un premier homme tiré de la boue, et dans l'ange armé de l'épée flamboyante pour chasser la race impie, suivant la cosmogonie des anciens Péruviens*; le dogme d'une âme immortelle, répandu dans tout le continent d'Amérique aussi bien que dans les îles de la mer du Sud ; l'idée d'une vie à venir avec des peines et des récompenses, établie chez les naturels des îles Sandwich et des îles des Amis, rattachent également toutes ces croyances à un principe commun ; et ce principe remonte nécessairement à des temps antérieurs à ceux où un grand désastre isola violemment ces peuples les uns des autres. C'est pour expliquer la conformité de principes tant sur la cosmogonie que sur la philosophie avant et après le déluge, qu'ils remarquaient entre la Bible et les écrits de certains moralistes de l'antiquité, conformité dont ils ne savaient comment se rendre compte, que des commentateurs de toutes les époques ont imaginé de faire puiser dans les livres des Hébreux, aussi inconnus hors du sanctuaire juif avant l'époque des Lagides que l'étaient à la même époque les livres du sanctuaire égyptien, leurs modèles, les Zoroastre, les Confucius,les Sanchoniaton, les Pythagore, les Platon, et même Orphée, quand on n'a pas contesté l'authenticité de ses fragments. Ce système cosmogonique, que Moïse avait recu de la caste savante de l'Egypte à une époque où le sacerdoce égyptien était encore imbu de la science des peuples primitifs, est bien différent de celui que donne Diodore ; mais, du temps de cet historien, il n'y avait plus, même en Egypte, unité dans la manière d'envisager l'origine des choses ; et ce dissentiment est pleinement confirmé par Porphyre, dans sa lettre au prêtre égyptien Anebon (In Jamblico).

* Garcilasso de la Vega dit que les Peruviens donnaient au premier homme le nom d'Apalcamasca, qu'il interprète par terre animée.

Les uns regardaient alors le monde comme éternel et incorruptible ; les autres croyaient à une création, mais la rendaient tellement obscure et matérielle qu'on a de la peine à en pénétrer le vrai sens. Toutes les notions scientifiques en sont effacées, et à leur place on ne voit plus qu'une émission d'insectes attribuée à la putréfaction, la sortie de terre d'animaux qui, après une sorte d'incubation solaire, rompent les membranes qui les retiennent, comme les foetus des crocodiles rompent, sous le soleil qui les a échauffés, la coque de leurs œufs, et se répandent sur le globe : ceux de ces animaux qui ont le plus participé à la chaleur de l'astre incubateur s'élèvent dans les airs; ceux en qui domine le principe terreux restent sur la terre ; ceux en qui prévaut la nature aqueuse se précipitent dans les eaux : la boue du Nil finit par donner aussi naissance aux hommes. Nous n'avons rien à dire sur un système aussi mesquin, tracé par Diodore comme appartenant à l'Egypte: à l'Egypte, oui, mais l'Egypte complétement dégénérée.

A suivre...

Posté par Adriana Evangelizt

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