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Samedi 8 mars 2008

 

3 L'Égypte pharaonique, ou,

Histoire des institutions des Égyptiens sous leurs rois nationaux

 

 Par Dominique Marie Joseph Henry

1846

1ère partie

2ème partie

 

PARTIE THÉOSOPHIQUE.


THÉOLOGIE.

I. COSMOGONIE.

CHAPITRE II.


Le système cosmogonique de Moïse est antédiluvien. — Moïse l'a emprunté aux Égyptiens. — Quels furent les premiers habitants de l'Egypte. — Pourquoi les sciences des antédiluviens se perdirent hors de l'Egypte, et se conservèrent dans cette vallée.

Nul mortel n'a assisté à l'œuvre du Créateur, aucun regard humain n'a donc pu en dévoiler le mystère, et rapporter ce qui s'est passé à la grande époque de l'origine du monde. Les livres saints ne disent nulle part que les opérations et la marche de cette création aient été révélés à l'homme ; des communications entre Dieu et le chef de la race humaine n'ont eu lieu que pour ce qui était déjà , et non par rétrospection ; les derniers versets du premier chapitre de la Genèse le montrent clairement.

Moïse, cependant, raconte tout ce que la main de Dieu a opéré pour former l'univers; et ce qu'il nous rapporte est d'une exactitude telle, que les progrès que les sciences ont faits de nos jours viennent appuyer de leur irrécusable témoignage chacune de ses narrations. Si ce que ces écrits nous apprennent est précisément ce que l'état actuel de la science nous démontre, comment l'a-t-il appris ? Pour rendre raison de la manière dont Moïse a pu savoir ce qui s'était passé à la formation du monde, le savant dom Calmet en est réduit à supposer que le chef du peuple hébreu avait pu en puiser la connaissance dans des écrits et des mémoires conservés dans les familles des patriarches ; mais c'est là fuir devant la difficulté, et non pas la résoudre. Qui avait écrit ces mémoires? qui avait vu l'accomplissement des faits? Et si la nation juive n'a commencé qu'à Abraham, à qui Dieu dit qu'il le rendrait le père d'un grand peuple, quelle famille de cette nation avait pu conserver ces mémoires ou rédiger ces écrits? Veut-on remonter jusqu'à un premier homme? Alors qui avait appris à celui-ci ce qui s'était passé avant son existence? Il faudrait encore recourir ici à une foule de suppositions qui ne feraient que placer la difficulté sur un autre terrain, sans lui faire faire un seul pas vers la solution, sans en diminuer en rien la force.

La Bible de Vence ne voït pas d'empêchement à ce que Moïse ait appris ces choses dans les temples égyptiens (Tome I, page 151). Quoique le fait soit vrai, la question n'en revient pas moins la même pour les prêtres de ces temples; car de qui tenaient-ils cette connaissance? Puis donc que personne n'a pu assister comme témoin et historiographe à la création, et que Dieu n'en a pas révélé les procédés et les actes, il faut bien que le secret de ses opérations ait été surpris par les méditations des hommes, à la vue des résultats que leur montrait l'étude : la conséquence inévitable d'un tel fait, c'est que la science géologique avait été cultivée avec le plus grand succès par ceux qui purent d'après ces phénomènes, combiner le système entier de la cosmogonie.

Ce point principal convenu ( et il est impossible de se soustraire logiquement à sa démonstration ), il ne serait pas difficile de prouver, s'il en était encore besoin, que ce n'est pas le sol si borné de l'Egypte qui à pu devenir la matière de si savantes, si laborieuses, si immenses recherches ; de telles connaissances exigent de profondes et pénibles études, que des travaux, et des observations longtemps continuées et comparées sur divers points du globe, pouvaient talent seuls amener.

On est donc forcé de reconnaître que ces hautes connaissances, fruit de la civilisation la plus avancée, ne pouvaient pas sortir d'une misérable vallée entourée de montagnes qui n'auraient pu fournir que des notions géologiques très-bornées; vallée, d'ailleurs, dont l'existence remontait à trop peu de temps; que ces connaissances venaient de plus loin; qu'elles appartenaient à ces peuples premiers qu'une suite de siècles dont il est impossible d'apprécier le nombre, et de longues et sérieuses études sur l'organisation de l'univers, avaient rendus familiers avec toutes les sciences qui en sont le produit.

La question de savoir d'où venaient les peuples d'Ethiopie qui furent les premiers cultivateurs du sol égyptien, et qui transportèrent sur cette terre les institutions héritées des peuples primitifs, est la première qui se présente ici. Ces peuples n'appartenaient ni par la couleur ni par les traits du visage aux aborigènes de l'Afrique. Les langues que parlent les nègres n'ont aucun rapport avec celles de l'Orient, que des affinités font filles d'une langue mère, et par conséquent antédiluvienne; ces nègres n'ont conservé aucune trace, quelque légère qu'elle puisse être, des connaissances que nous reconnaissons aux peuples primordiaux, ce qui semble établir qu'ils étaient, même dans le premier âge, aussi étrangers à la civilisation qu'ils le sont de nos jours.

Les peuples qu'épargna le grand cataclysme furent, sans contredit, tout au moins ceux qui se trouvaient dans les parties les plus élevées du globe, à la limite des régions inhabitables. Ceux qui vivaient sur le grand plateau d'Asie, sur les versants des hautes chaînes du Taurus et du Caucase, durent être de ce nombre; et c'est par cette raison sans doute, que l'Asie a toujours été considérée par les postdiluviens comme la ruche mère du genre humain (*).

(*) En rendant compte dans le Journal des Savants, mai 1887, d'un ouvrage intitulé Sur les noms des mois chez quelques anciens peuples. M. Eugène Burnouf remarque que la filiation des peuples occidentaux avec ceux de l'Asie se reconnaît encore dans la langue irlandaise, qui a conservé plusieurs composés tout à fait analogues à ceux que forme le sanscrit. M. F. Lajard, dans le prospectus de l'ouvrage intitulé Recherches sur le culte de Vénus en Orient et en Occident, dit aussi que « les progrès brillants des langues orientales ont depuis quelque temps mis hors de doute la communauté d'origine qui existe entre certains idiomes de l'Asie et la plupart des idiomes de l'Europe ancienne et moderne, notamment le grec et le latin. »La communauté d'origine des langues indo-européennes n'est plus aujourd'hui un fait nouveau ni contestable, ou plutôt ni contesté. Les peuples asiatiques ne furent pas les seuls qui échappèrent en partie aux ravages du grand cataclysme : l'Amérique conserva aussi une partie de ses habitants; et il est bien constant que les insulaires de la mer du Sud sont aussi, eux-mêmes, les débris de la population du continent affaissé, dans cette partie, de la grande ile Atlantide. Cette observation modifie considérablement encore les idées sur la hauteur à laquelle les eaux du cataclysme portèrent leurs ravages. Dans les séances du mois de janvier et du mois de février 1843, de la Société ethnologique de Paris, M. d'Eichthal a lu un mémoire sur les rapports qui , d'après certaines analogies linguistiques, paraissent avoir existé entre l'ancienne Egypte, l'Océanie et l'Amérique. Journal de l'Institut, février et mars 1843.

 De cette région partirent les colonies qui passèrent en Ethiopie, et qui s'étendirent au nord des cataractes. Si nous considérons que l'historien Ephore plaçait, suivant Strabon, des peuples qualifiés d'Éthiopiens dans les environs de Joppé et dans la Palestine, et que c'était là que se trouvaient ceux dont parle Homère ; si nous remarquons qu'Hérodote place dans l'armée de Xerxès des Ethiopiens asiatiques qui n'étaient guère différents des Indiens (*), nous serons conduits à penser que ce titre d'Ethiopiens, c'est-à-dire brûlés, avait été donné d'abord à tous les peuples dont le teint basané semblait être un effet de l'ardeur du climat, et que parla suite le nom en resta aux seuls habitants des rives du Nil, au sud des cataractes, en souvenir de leur origine asiatique (**).

(*) Nous avons déjà montré que la Bible considère comme appartenant à l'Ethiopie asiatique le pays de Madian.

(**) Eusèbe fait venir les Éthiopiens des bords mêmes de l'Indus mais il place, on ne sait pourquoi, cet événement sous le règne d'Aménophis I.

Quant à la filiation des Éthiopiens et des Égyptiens, avouée par toute l'antiquité, elle est démontrée d'une manière qu'on peut qualifier d'incontestable, par la comparaison des traits du visage des momies avec ceux des habitants actuels de la Nubie et de l'Abyssinie. Le voyageur français M. Caillaud a prouvé, de plus, que les principaux objets qu'on voit figurer dans le culte des Egyptiens étaient des produits étrangers à l'Egypte, et exclusivement inhérents au sol de l'Ethiopie.

L'origine des Egyptiens et des Éthiopiens, se rattachant ainsi à l'un des peuples qui habitèrentl'Asie avant le déluge, partie du globe qui paraît avoir été, à cette époque, la plus avancée dans la civilisation et dans les connaissances acquises par l'étude (*), il n'est pas étonnant qu'il existe de si intimes rapports entre les institutions des divers peuples du second âge habitant les régions orientales. Héritiers les uns et les autres des mêmes sciences et de la même manière de les exprimer graphiquement, il n'est pas surprenant alors que les plus anciens caractères chinois aient eu tant de conformité avec les signes hiéroglyphiques des Egyptiens, qu'il se trouvât tant d'analogie entre certaines lois et certaines idées de ces peuples, si éloignés les uns des autres par leur position topographique; et, ce point constaté, on n'a plus à discuter si c'est l'Egypte qui a fourni à lu Chine et au Japon leurs premiers habitants, ou si une colonie de Chinois est allée porter ses mœurs et sa civilisation immobiles sur les rives du Nil. En avouant cette communauté d'origine, on a aussi la raison de la haute civilisation de l'Inde avant la sixième incarnation de Vichnou, époque qu'on fait remonter à plus de trois mille ans avant Jésus-Christ (Fortia d'Urban, Origine du Globe, Tome II, page 286).

* Les Tartares d'aujourd'hui sont les plus grossiers et les plus ignorants des hommes; ceux d'autrefois ont pu (ont dû) être éclairés et policés. On trouve dans quelques-unes de leurs solitudes des inscriptions en caractères inconnus, des débris d'édifices qui paraissent avoir été considérables, des vestiges de longs et péniblis travaux exécutés dans les mines que la terre y recèle. Il y a aussi, dans le peu que l'on connaît de la structure des langues, dans le sujet le plus ordinaire des livres, dans les dogmes religieux, et même dans quelques notions scientifiques qui, toutes tronquées et imparfaites qu'elles sont, semblent indiquer des connaissances d'astronomie et de géométrie, des traits plus caractéristiques, et qu'on ne saurait concilier avec l'état actuel de la civilisation chez les nations de la haute Asie. » Abel Remusat, Recherches sur la langue tartare ; discours préliminaire.

Les Chinois et les Indiens, ainsi que les Éthiopiens et les Égyptiens, ne furent pas les seuls peuples chez qui s'étaient conservées les connaissances antédiluviennes. A travers les ténèbres qui couvrent la plus haute antiquité, et à une époque où l'Egypte n'était pas encore sortie des marais, nous entrevoyons un empire déjà signalé comme éminemment illustre par sa puissance et ses exploits : c'est celui de Babel ou de Schin'ar (Sennar), sur lequel régnait alors Nimrod, deux siècles seulement, dit-on, après le déluge. Ce Nimrod , qui fonda plusieurs villes, fut l'auteur principal de la construction de cette très-haute et très-vaste tour, si célèbre dans les livres saints, dans laquelle les habitants de Babel se proposaient de se retirer, en cas d'un nouveau cataclysme semblable à celui dont la mémoire était si récente. Les dimensions gigantesques de cette tour, sa forme calculée pour la solidité et pour la durée, ses ornements, tout annonce que ceux qui en avaient combiné le plan et l'élévation, aussi bien que la résistance, étaient familiarisés avec les sciences mathématiques.

En même temps que l'Assyrie; ou Schin'ar de Nimrod, différent de l'Assyrie ou Aschour de Ninus, nous voyons paraître à la même époque des peuples nommés Zamzumnim, qualifiés de géants comme les Hanachim, ce qui témoigne de leur excessive antiquité. Avant même Nimrod , la Genèse signale l'existence de villes rivales de Babel, et florissantes comme elle; enfin, la plupart des noms donnés aux descendants de Noé sont évidemment des noms de lieux connus alors. Ce n'est pas en trois ou quatre siècles que ces villes, que ces empires auraient pu acquérir tant de splendeur : ces lieux avaient donc résisté, tout au moins en partie, à la grande destruction ; et leurs habitants avaient dû conserver, par conséquent, les connaissances de leurs devanciers. Mais leurs livres, leurs monuments, leur souvenir même, tout a péri.

S'il nous reste encore une faible idée des immenses travaux des peuples primitifs, nous ne le devons qu'à l'inconcevable immobilité qui a frappé la Chine à une époque excessivement reculée, à la vénération dont le peuple juif entoura les documents puisés par leur législateur dans le sanctuaire égyptien, et encore tout imbibés de la science de ceux qui les avaient fournis, malgré les pertes qu'ils ont éprouvées au milieu des cruelles vicissitudes auxquelles a été soumise la destinée de ce peuple.

Platon, instruit aussi par les prêtres égyptiens, nous a transmis également quelques notions sur les temps primitifs ; mais n'ayant en vue, comme Moïse, que sa propre nation, il nous a laissé dans la plus grande ignorance sur tout ce que les registres des temples pouvaient renfermer de l'histoire générale du premier âge du monde. Mais par quel concours heureux de circonstances, ou par quel prodige, lorsque les connaissances acquises par les peuples premiers, et parvenues jusqu'à ceux qui leur survécurent, se sont perdues de si bonne heure dans le reste du monde, l'Egypte a-t-elle eu le privilège de les conserver encore pendant une si longue suite de siècles ?

La cause, n'en doutons pas, en est due uniquement à la position de ce pays. Les sciences primitives se sont maintenues dans la vallée du Nil pendant très-longtemps, par cette même raison qui perpétue les usages, les mœurs, les traditions dans les vallées des hautes montagnes, que ne traverse aucune grande route, que ne fréquentent guère les étrangers, qui sont le moins en contact avec les populations des villes. Si l'Egypte n'avait pas été isolée entre des montagnes, au milieu des déserts; si, dans les premiers temps, son sol n'avait pas été presque complètement fermé aux autres nations, ces souvenirs s'y seraient éteints, comme ils s'éteignirent chez les autres peuples, comme ils commencèrent à s'éteindre en Egypte même, après l'époque où l'esprit conquérant des pharaons de la XVIIIe dynastie, mais surtout de Rhamsès le Grand , ayant mis ce pays eu rapport avec les contrées les plus lointaines, et ses soldats ainsi que ses peuples, les premiers par leurs voyages belliqueux, les seconds par la société des captifs amenés en grand nombre de toute part, en communication avec des régions et des populations qui leur étaient auparavant à peu près inconnues, une modification sensible s'ensuivit, tant dans les idées politiques que dans les idées religieuses; époque où les provinces égyptiennes purent aussi être ouvertes elles-mêmes à d'autres conquérants qu'à ceux de l'Ethiopie, placée dans les mêmes conditions que l'Egypte, c'est-à-dire, isolée aussi au milieu des déserts ou de peuples incivilisés; époque enfin où son sol ne fut plus inhospitalier à l'égard des hommes et des usages des autres nations. Cette cause, il faut la reconnaître aussi dans l'extrême fertilité de son sol et sa facile agriculture, qui, n'exigeant l'une et l'autre ni soins assidus ni fatigants travaux pour fournir en abondance à tous les habitants les choses nécessaires à la vie, procurait à la caste privilégiée de la nation de grandes richesses qui lui permettaient de se livrer, sans préoccupation étrangère, à la culture des sciences confiées à sa garde, et à la contemplation des phénomènes de l'univers.

Dans cette situation heureuse, ces prêtres purent continuer, aux premiers siècles de l'existence de l'Egypte, ces hautes études qui avaient été le partage des classes savantes des peuples primitifs, et auxquelles s'étaient d'abord livrés après eux les Ethiopiens leurs pères, tandis que dans les autres contrées les hommes échappés au déluge, ayant tous plus ou moins à se préoccuper péniblement de leur propre existence, durent glisser rapidement dans un abîme d'ignorance, d'autant plus grand qu'il était sans cesse augmenté par ces guerres, alors toujours barbares, dont les livres saints attestent la fréquence et nous révèlent les fureurs.

Les prêtres égyptiens voulant justifier près de Solon l'oubli dans lequel étaient tombées, chez ces peuples, les connaissances historiques sur le premier âge du monde, lui tiennent ce langage remarquable : « Ceux qui survécurent à la destruction étaient des gens rustiques et vivant dans les montagnes, qui ne connaissaient guère des hommes puissants que le nom, et n'avaient que des notions très-légères de leurs grandes actions ou des lois qu'ils avaient rendues. Manquant encore, durant bien des siècles, des choses les plus indispensables à la vie, ils ne travaillaient, eux et leurs enfants, qu'à se procurer le nécessaire, sans songer à rappeler à leur mémoire les anciens événements, ce qui leur en fit complètement négliger le souvenir. En effet, ce n'est que lorsqu'on est sans inquiétude sur les premiers besoins qu'on peut, dans l'oisiveté des villes, se livrer à la recherche des faits des temps passés, et en faire la matière de ses conversations (Platon, in Critias, page 559). » Quoique ce récit manque d'exactitude, puisque ce ne furent pas seulement des gens rustiques et ignorants des montagnes, mais des gens civilisés et instruits des villes, qui survécurent au grand désastre, les dernières réflexions aussi bien que l'ensemble n'en sont pas moins frappants de vérité; et ce que Platon rapporte ainsi aux seules notions de l'histoire s'applique encore mieux aux connaissances scientifiques.

4ème partie

Posté par Adriana Evangelizt

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