Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
Les Lévites étaient donc des gens qui faisaient partie de la suite égyptienne de Moïse et c'est eux qui perpétuèrent la tradition en déviant de l'Enseignement mosaïque. Comprendre aussi le symbolisme de Moïse brisant les tables de la Loi... il brisa la Loi... que Ieschoua est venu réhabiliter avec la fin que l'on sait. J'y reviendrai.
Moïse et le monothéisme
par Sigmund Freud
1939
7ème partie
Si Moïse fut égyptien
VII
Parmi tous les événements de la préhistoire des Juifs que les poètes, les prêtres et les historiens entreprirent plus tard d'écrire, il en est un dont la suppression fut déterminée par les motifs les plus naturels et les plus humains. Je veux parler du meurtre du grand chef, du libérateur Moïse, meurtre que les Prophètes, par les allusions qu'ils y ont faites, ont permis à Sellin de deviner. Les assertions de Sellin ne sauraient être qualifiées de fantaisistes car elles ont un assez grand caractère de vraisemblance.
Moïse, instruit à l'école d'Ikhnaton, se servit des mêmes méthodes que le souverain ; il ordonna au peuple d'adopter sa religion et la lui imposa 1. Peut-être la doctrine de Moïse était-elle plus inflexible encore que celle de son maître ; il n'eut pas besoin de maintenir le dieu du soleil, l'école d'On n'ayant aucune signification aux yeux d'un peuple étranger. Moïse subit le même sort qu'Ikhnaton, le sort réservé à tous les despotes innovateurs. Comme les Égyptiens de la XVIIIe dynastie, les Juifs de Moïse étaient peu préparés à adopter une religion aussi hautement spiritualisée et à trouver en elle la satisfaction de leurs désirs. La même chose se produisit dans les deux cas : les asservis, les désavantagés, se soulevèrent et rejetèrent le fardeau de la religion qui leur avait été imposée. Mais tandis que les dociles Égyptiens avaient attendu que le destin les débarrassât de la personne sacrée du pharaon, les farouches Sémites prirent eux-mêmes leur destin en main et se débarrassèrent de leur tyran 2.
A vrai dire, le texte biblique parvenu jusqu'à nous nous prépare à cette fin de Moïse. Le récit du « Voyage à travers le désert » comporte sans doute l'histoire entière de la domination de Moïse et décrit toute une série de rébellions graves contre l'autorité de celui-ci. Ces rébellions provoquèrent sur l'ordre de Jahvé de sanglantes répressions. On imagine facilement que l'une de ces révoltes se termina autrement que ne l'admet le texte. Par exemple, on y lit le récit de l'apostasie du peuple, mais en ne lui donnant que la valeur d'un simple épisode. C'est l'histoire du veau d'or où, par un adroit subterfuge, le bris des tables de la Loi - qui a un sens symbolique - est attribué à Moïse lui-même (« il a brisé la Loi») et imputé à sa violente indignation.
Vint un moment où le peuple se repentit du meurtre de Moïse et chercha à oublier ce forfait. Il en fut certainement ainsi à l'époque de la réunion à Quadès. En effet, en rapprochant dans le temps l'Exode de la fondation, dans l'oasis, de la religion, en remplaçant l'autre fondateur de celle-ci par Moïse, on faisait plus que satisfaire les exigences des gens de Moïse, on réussissait en même temps à nier la suppression brutale du prophète. Il est peu probable, en réalité, que Moïse ait pris part aux événements de Quadès, même au cas où sa vie n'aurait pas été abrégée.
Nous tenterons ici de reconstituer l'ordre des événements. Nous avons situé l'Exode d'Égypte après l'extinction de la XVIIIe dynastie (1350). Cet Exode peut avoir eu lieu à ce moment-là ou un peu plus tard car les chroniqueurs égyptiens ont situé ces années d'anarchie sous le règne d'Harembad. Ce souverain mit fin à l'anarchie et régna jusqu'en 1315. La stèle de Merneptah (1225-1215) nous donne ensuite l'unique renseignement chronologique que nous possédions. Merneptah se vante de sa victoire sur Isiraal (Israël) et de la destruction des récoltes (?) de ce dernier. Nous ne sommes malheureusement pas sûrs de la valeur qu'il convient d'attribuer à cette inscription : on considère qu'elle prouve la présence, dès cette époque, de tribus israélites en Canaan 3. Ed. Meyer tire justement de cette inscription une preuve de ce que Merneptah n'a pas été, comme on l'admettait volontiers jadis, le pharaon de l'Exode. Cet exode a dû s'effectuer à une époque antérieure. Il nous semble d'ailleurs inutile de rechercher quel pharaon régnait au moment de l'Exode, ce dernier s'étant réalisé pendant un interrègne. Mais la stèle de Merneptah ne nous apporte non plus aucune lumière sur la date possible de la fusion ni sur celle de l'adoption de la nouvelle religion à Quadès. Tout ce que nous pouvons affirmer avec certitude, c'est que ces événements se passèrent entre 1350 et 1215. C'est, pensons-nous, au cours de ce siècle, à une date très voisine de 1350 que l'Exode dut avoir lieu et que les événements de Quadès se produisirent, sans doute vers 1215. La plus grande partie du temps qui s'écoula entre ces deux événements ne doit, à notre avis, être regardée que comme une période intermédiaire. Après le meurtre de Moïse, un temps assez long s'écoula avant que les passions ne s'apaisassent chez les Juifs revenus d'Égypte et que l'influence des partisans de Moïse, les Lévites, ne fût devenue aussi puissante que le laisse supposer le compromis de Quadès. Deux générations, soixante années, ont pu suffire, mais ce laps de temps paraît un peu juste. La date que l'on infère de la stèle de Merneptah semble prématurée et comme, dans notre hypothèse, une supposition découle de l'autre, nous concéderons volontiers que ce débat révèle un côté faible de notre reconstitution. Malheureusement tout ce qui concerne l'établissement à Canaan du peuple juif demeure très obscur et très confus. Il nous reste cependant permis de supposer que le nom inscrit sur la stèle d'Israël ne concerne pas les tribus dont nous tentons ici d'étudier le destin et dont la réunion a plus tard formé le peuple d'Israël. D'ailleurs, le nom d'Habiru (Hébreux) de l'époque Amarna n'a-t-il pas aussi été donné à ce peuple ?
Quelle que soit la date de la réunion des tribus qui, en adoptant une commune religion, formèrent une nation, cette réunion aurait très bien pu constituer un événement sans importance pour l'histoire universelle. La nouvelle religion aurait pu être emportée dans le courant des événements, Jahvé aurait eu su place dans la procession des déités disparues, celle qu'a entrevue Flaubert ; les douze tribus, et non pas seulement les dix qu'ont si longtemps recherchées les Anglo-Saxons, auraient été « perdues ». Le dieu Jahvé, auquel Moïse le Midianite fit don d'un nouveau peuple, n'était sans doute nullement un être supérieur, mais un dieu local borné et féroce, violent et sanguinaire ; il avait promis à ses adeptes de leur donner un pays, « le pays où coulerait le lait et le miel », et les encouragea à débarrasser ce pays de tous ses habitants « par le tranchant du glaive ». Il semble vraiment surprenant que, malgré tous les remaniements subis par le texte biblique, on ait laissé subsister tant de passages susceptibles de révéler la nature primitive de Jahvé. Il n'est même pas certain que sa religion ait été un véritable monothéisme ni qu'elle ait contesté aux divinités étrangères leur caractère divin. Sans doute suffisait-il que le pouvoir de ce dieu national surpassât celui de tous les autres dieux étrangers. Si, par la suite, les événements différèrent de ce que faisait prévoir ce début, nous n'en pouvons trouver qu'une seule raison. Le Moïse égyptien avait donné à une partie de son peuple une conception différente et plus spirituelle de la divinité, l'idée d'un Dieu unique embrassant tout l'univers, étant tout amour et disposant de la toute-puissance, rejetant toute magie, toute sorcellerie et faisant de la vérité et de la justice les buts les plus élevés de l'humanité. En effet, quelque incomplets que soient les documents concernant l'éthique dans la religion d'Aton, il est intéressant de constater qu'Ikhnaton est toujours désigné dans ses inscriptions comme « vivant en Maat » (vérité, justice) 4. A la longue, il devint indifférent que le peuple, probablement au bout d'un temps très court, eût renoncé à l'enseignement de Moïse et eût supprimé ce dernier. La tradition demeura et son influence parvint lentement au cours des siècles à réaliser ce que Moïse lui-même n'avait pu faire. Le dieu Jahvé se vit rendre, à partir de Quadès, des honneurs immérités, on lui attribua la délivrance des Juifs qu'avait réalisée Moïse, mais il expia durement cette usurpation. L'ombre du Dieu dont il avait pris la place devint plus forte que lui ; à la fin de cette évolution historique, le Dieu mosaïque oublié finit par l'éclipser complètement. C'est seulement l'idée de ce Dieu, nul n'en peut douter, qui a permis au peuple d'Israël de supporter tous les coups du destin et de se perpétuer jusqu'à nos jours.
Quelle part prirent les Lévites à la victoire finale du Dieu mosaïque ? C'est ce qu'il n'est plus possible de déterminer. Au moment du compromis de Quadès, les Lévites prirent fait et cause pour Moïse car ils gardaient vivant le souvenir du chef dont ils avaient été les compagnons et les compatriotes. Au cours des siècles suivants les Lévites fusionnèrent avec le peuple ou avec le clergé et dès lors les prêtres eurent pour tâche principale de développer le rituel, de veiller sur lui et aussi de préserver les Livres sacrés et de les remanier dans le sens qui convenait. Mais tous ces sacrifices, tous ces rites étaient-ils autre chose au fond qu'une manière de magie et de sorcellerie semblables à celles qu'avait condamnées sans réserves la vieille doctrine mosaïque? C'est alors qu'apparurent au sein du peuple une série continue d'hommes qui ne descendaient pas nécessairement des gens de Moïse, mais que la grande et puissante tradition, peu à peu grandie dans l'ombre, animait. Ces hommes-là, les prophètes, allaient prêchant inlassablement la vieille doctrine mosaïque, affirmant que la Divinité méprisait les sacrifices et le cérémonial et n'exigeait que la foi et une existence toute consacrée à la justice et à la vérité (Maat). Les efforts des prophètes furent couronnés de succès : les doctrines à l'aide desquelles ils rétablirent l'ancienne croyance devinrent pour toujours celles de la religion juive. Il est tout à l'honneur du peuple juif d'avoir conservé une semblable tradition et d'avoir produit des hommes capables de la proclamer, encore qu'elle fût venue du dehors, amenée par un grand homme étranger.
Je ne me hasarderais pas à soutenir cette manière de voir si de nombreux chercheurs qualifiés, même parmi ceux qui ne reconnaissent pas l'origine égyptienne du prophète, n'avaient, sous le même angle que moi, reconnu l'importance de Moïse pour l'histoire de la religion juive. Je m'en réfère à leur jugement. C'est ainsi, par exemple, que Sellin dit 5 : « C'est pourquoi nous pensons que la vraie religion de Moïse, la croyance en un seul Dieu éthique qu'il a proclamée, ne fut à l'origine adoptée que par un cercle restreint de gens dans le peuple. Nous ne pouvons nous attendre à la trouver dès le début dans le culte officiel, dans la religion des prêtres et dans la foi populaire. Nous ne nous attendons qu'à rencontrer par-ci par-là une étincelle du feu spirituel que Moïse avait un jour allumé et cette étincelle nous montre que les idées du prophète n'avaient pas été totalement étouffées, qu'elles continuaient à influencer en sourdine la croyance et les mœurs jusqu'au moment, plus ou moins tardif, où sous l'effet de certains événements ou bien grâce à des personnages emplis de cet esprit religieux, elles resurgissaient, s'imposaient et gagnaient de plus grandes masses populaires.
C'est bien sous cet angle qu'il convient de considérer l'histoire ancienne de la religion mosaïque. Quiconque tenterait de décrire cette religion d'après les documents historiques la dépeignant au Ve siècle, à Canaan, commettrait la plus grossière erreur de méthode. » Volz est plus net encore 6, il pense que « l’œuvre gigantesque de Moïse fut d'abord mal comprise et faiblement réalisée. Progressivement, au cours des siècles, elle pénétra toujours davantage dans l'esprit du peuple pour enfin trouver, en la personne des grands prophètes, des âmes comparables à celle de Moïse. Ce furent ces prophètes qui continuèrent l’œuvre entreprise par le grand solitaire. »
Je puis ainsi conclure ce travail, mon seul but ayant été d'introduire dans le cadre de l'histoire juive la figure d'un Moïse égyptien. Pour donner sous la forme la plus concise les résultats de notre travail, nous dirons qu'aux dualités bien connues de l'histoire juive : deux peuples qui fusionnent pour former une nation, deux royaumes issus du morcellement de cette nation, une divinité portant deux noms dans les sources de la Bible, nous ajoutons encore deux autres dualités : la fondation de deux nouvelles religions dont la première, d'abord refoulée par la seconde, ne tarde pas à réapparaître victorieusement, enfin, deux fondateurs de religion appelés tous deux Moïse, mais dont nous devons séparer l'une de l'autre les personnalités. Toutes ces dualités découlent nécessairement de la première: en effet une partie du peuple subit un événement traumatique qui fut épargné à l'autre. Mais il reste encore bien des faits à discuter, à commenter et à affirmer ; c'est après seulement que notre étude purement historique présentera un intérêt justifié. Il serait vraiment passionnant d'étudier, d'après le cas spécial de l'histoire juive, de quoi est faite au fond une tradition, sur quoi se fonde sa particulière puissance, de constater que l'influence de quelques grands hommes sur l'histoire universelle est indéniable. Cette étude permettrait aussi de montrer qu'en n'admettant que des motifs d'ordre purement matériel on attente à la grandiose diversité de la vie humaine, on pourrait découvrir de quelle source les idées, et particulièrement les idées religieuses, tirent la force qui leur permet de subjuguer les individus et les peuples. Un pareil complément à mon travail se rattacherait aux recherches que j'ai publiées, il y a un quart de siècle, dans« Totem et Tabou », mais il me semble que pareille entreprise serait actuellement au-dessus de mes forces.
La suite... Moïse, son peuple et le monothéisme
1 D'ailleurs il n'était guère possible à cette époque d'agir autrement sur les gens.
2 Chose remarquable, au cours de l'histoire d'Égypte qui s'étend sur des milliers d'années, on rencontre un très petit nombre de dépositions ou d'assassinats de pharaons, au contraire de ce que relate l'histoire d'Assyrie. Peut-être cela est-il dû au fait que les historiens égyptiens étaient obligés de se plier aux desseins officiels.
3 Ed. Meyer, l. c., p. 222.
4 Ses hymnes ne célèbrent pas seulement l'universalité du Dieu unique, mais aussi sa tendre sollicitude à l'égard de toutes les créatures; ils invitent les hommes à jouir de la nature et de ses beautés. Cf. Breasted, The Dawn of Conscience.
5 Sellin, l. c., p. 52.
6 Paul Volz, Moïse, 1907, p. 64.
Posté par Adriana Evangelizt