Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : LE PORTEUR DE LUMIERE
  • LE PORTEUR DE LUMIERE
  • : Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
  • Contact

Texte Libre

Il y a  

  personne(s) sur ce blog

Recherche

Texte libre

Archives

16 janvier 2007 2 16 /01 /janvier /2007 02:55

Quelques éclaircissements sur la compilation de l'Ancien Testament. Par qui fût-il rédigé, à quelle époque et Yahvé s'est-il toujours appelé Yahvé ?

 

 Moïse et le monothéisme

 

par Sigmund Freud

1939

6ème partie

5ème partie

4ème partie

3ème partie

2ème partie

1ère partie

Si Moïse fut égyptien

 

 VI

 

 

On nous reprochera, nous en sommes certains, d'être trop hardis dans notre reconstitution de l'histoire ancienne du peuple d'Israël et de témoigner d'une assu-rance excessive et injustifiée. Cette critique ne me paraîtra pas trop dure parce qu'elle trouve un écho dans mon propre jugement. Je sais bien que notre travail de reconstruction comporte des côtés faibles, mais il a aussi des côtés solides. En fin de compte ce sont les arguments en faveur de la continuation de nos recherches dans le même sens qui prévalent. Le texte biblique dont nous disposons contient des renseignements historiques utiles et même inestimables. Mais ces données historiques ont été, du fait d'influences tendancieuses puissantes, déformées et poétiquement enjolivées. Nos recherches actuelles nous ont permis de deviner la nature de l'une de ces tendances déformantes et cette découverte nous indique la voie à suivre tout en nous incitant à rechercher d'autres influences déformantes analogues. Si nous découvrons le moyen de reconnaître les déformations ainsi provoquées, nous parviendrons à mettre en lumière d'autres éléments de la vérité.


Voyons d'abord ce que nous apprend une étude critique de la Bible sur la façon dont fut écrit l'Hexateuque (les cinq livres de Moïse et le livre de Josué qui seuls nous intéressent ici) 1 . C'est J.
, le jahviste, qui passe pour être la plus ancienne des sources et nombre de chercheurs modernes ont récemment reconnu en lui le prêtre Ebjatar, contemporain du roi David 2 . Un peu plus tard, à une date qu'on n'a pu préciser, vient le prétendu Elohiste, qui appartient au nord du royaume 3 . Après la destruction de ce royaume, en 722, un prêtre juif a réuni des parties de J et de E, en y apportant quelques additions. C'est sa compilation qu'on désigne par les lettres JE. Au VIIe siècle, vient s'y ajouter le Deutéronome, le cinquième livre dont l'ensemble fut censé avoir été alors retrouvé dans le Temple. C'est à l'époque qui suivit la destruction du temple (586), pendant l'exil et après le retour, qu'on situe la nouvelle version appelée « Code des prêtres »; au Ve siècle, l'oeuvre prend sa forme définitive et n'a depuis subi aucune modification notable 4 .

L'histoire du roi David et de son temps est très probablement l'oeuvre d'un contemporain. C'est un véritable récit historique, antérieur de cinq cents ans à Hérodote, le « père de l'Histoire ». Si l'on admet avec moi qu'une influence égyptienne se soit exercée, on sera plus près de comprendre cette oeuvre 5 . On a même suggéré que les Israélites d'époques plus lointaines, les scribes de Moïse, avaient contribué à l'invention du premier alphabet 6 . Il va de soi que nous ne savons nullement dans quelle mesure les récits des temps anciens sont basés sur des relations écrites ou sur des traditions orales, ni quel intervalle de temps a séparé chaque événement de sa relation écrite. Cependant le texte, tel qu'il nous est parvenu, nous en dit assez sur ses propres avatars : on y retrouve les traces de deux traitements diamétralement opposés. D'une part les remanieurs ont altéré, mutilé, amplifié et même retourné en son contraire, le texte suivant leurs secrètes tendances ; d'autre part, une piété déférente l'a préservé, a cherché à tout garder eu l'état où elle l'avait trouvé, que les détails concordassent ou se détruisissent mutuellement. C'est ainsi qu'on trouve partout d'évidentes lacunes, de gênantes répétitions, des contradictions patentes, les vestiges de faits dont on n'aurait pas souhaité qu'ils fussent révélés. La déformation d'un texte se rapproche, à un certain point de vue, d'un meurtre. La difficulté ne réside pas dans la perpétration du crime mais dans la dissimulation de ses traces. On souhaiterait redonner au mot Entstellung son double sens de jadis 7 . Ce mot, en effet, ne devrait pas simplement signifier « modifier l'aspect de quelque chose », mais aussi « placer ailleurs, déplacer ». C'est pourquoi dans bien des altérations de textes, nous sommes certains de retrouver, caché quelque part bien que modifié et arraché à son contexte, ce qui a été supprimé et nié, seulement nous avons parfois quelque difficulté à le reconnaître.

Les tendances déformantes que nous cherchons à découvrir doivent avoir agi sur les traditions avant même que celles-ci eussent été relatées par écrit. Il nous a été donné d'en découvrir une, la plus puissante de toutes, peut-être. Nous avons dit que lorsque le nouveau dieu Jahvé fut instauré à Quadès, if fallut bien trouver quelque chose pour l'honorer. Il serait plus exact de dire qu'il fallut l'installer, lui trouver une place, effacer les vestiges des anciennes religions. En ce qui concerne la religion des tribus établies là, tout semble avoir parfaitement réussi et l'on n'en entendit plus parler. Mais les choses n'allèrent pas aussi bien avec les Israélites revenus : ils étaient bien déterminés à ne pas se laisser arracher leur exode d'Égypte, pas plus que le personnage de Moïse et la coutume de la circoncision. Certes, ils avaient séjourné en Égypte, mais ils en étaient revenus et dès lors toute trace d'influence égyptienne devait être niée. On s'arrangea pour déplacer Moïse vers Midian et Quadès et pour le faire fusionner avec le prêtre fondateur de la religion de Jahvé. Il fallut bien maintenir la circoncision, l'indice le plus compromettant de la dépendance à l'égard de l'Égypte, mais l'on s'efforça, contre toute évidence, de séparer cette coutume de l'Égypte. Il se trouve dans l'Exode un passage énigmatique où il est dit que Jahvé s'irrita de voir Moïse abandonner la circoncision et que la femme midianite de ce dernier sauva la vie à son époux en procédant rapidement à l'opération ! Ce récit est évidemment destiné à contredire un fait révélateur. Une autre invention, nous le verrons bientôt, fut également destinée à invalider une preuve gênante.


Une autre tendance qu'on ne saurait, je crois, qualifier de nouvelle car elle ne fait que se continu
er, cherche à nier que Jahvé fut pour les Juifs un dieu nouveau, un dieu étranger. C'est à quoi tendent les légendes des patriarches, Abraham, Isaac et Jacob. Jahvé affirme avoir été le dieu de ces patriarches bien qu'il reconnaisse lui-même avoir été alors adoré sous un autre nom 8 .


Il ne dit pas quel fut ce nom. Et ici s'est trouvée une bonne occasion de mener contre l'origine égyptienne de la circoncision une attaque décisive. Jahvé avait exigé d'Abraham la circoncision en demandant qu'elle fût instituée en signe de son alliance avec les descendants du patriarche. Ce fut là cependant une invention particulièrement maladroite. Lorsqu'on cherche à distinguer quelqu'un, à marquer pour lui une préférence, on choisit quelque chose de personnel, quelque chose que des millions d'autres ne possèdent pas déjà. Un Israélite, lorsqu'il se trouvait en Égypte, aurait dû alors considérer tous les Égyptiens comme des frères unis à Jahvé par le même signe que lui. Le fait que les Égyptiens pratiquaient la circoncision ne pouvait être ignoré des Israélites qui créèrent le texte de la Bible. Le passage de Josué que cite Ed. Meyer l'admet sans difficulté, mais il fallait, coûte que coûte, le nier.


Nous n'attendons pas des mythes religieux qu'ils tiennent scrupuleusement compte de la cohérence logique, sans quoi le sentiment populaire s'offusquerait à juste titre
du comportement d'une divinité qui, après avoir conclu avec les patriarches un pacte à obligations réciproques, cesse, pendant des siècles, de se soucier de ses partenaires humains jusqu'à ce qu'il lui plaise soudain de se manifester à nouveau à leurs descendants. Il est plus surprenant encore de voir ce Dieu se « choisir » tout à coup un peuple pour le faire « sien » et déclarer en être le Dieu. C'est là, je le crois bien, un cas unique dans l'histoire des religions humaines. Ailleurs Dieu et le peuple sont inséparables et ne forment qu'un de toute éternité ; il arrive parfois, comme on sait, qu'un peuple élise un nouveau dieu, jamais un dieu ne choisit un nouveau peuple,

Peut-être parviendrons-nous à mieux comprendre ce fait unique en étudiant les relations de Moïse avec le peuple juif. Moïse avait daigné s'occuper des Juifs et en avait fait son peuple, son « peuple élu 9 ».


Le fait de ramener aux patriarches la nouvelle religion de Jahvé avait un autre but encore. Ils avaient vécu à Canaan, leur souvenir était lié à certaines localités du pays. Peut-être avaient-ils eux-mêmes été des héros cananéens ou des divinités locales que les Israélites immigrés s'approprièrent pour les intégrer dans leur histoire ancienne. Se réclamer d'eux c'était, pour ainsi dire, proclamer ses attaches, au sol et se prémunir contre la haine qu'inspirent les conquérants étrangers. Par une manoeuvre adroite on prétendait que Jahvé n'avait fait que restituer aux Juifs ce que leurs ancêtres avaient un jour possédé.


Dans les additions tardives faites au texte biblique, on constate
une intention de passer Quadès sous silence. L'endroit où se fonda la nouvelle religion fut définitivement censé avoir été la montagne sacrée : le Sinaï-Horeb. Le motif n'en est guère clair ; peut-être voulait-on esquiver le souvenir de l'influence de Midian. Mais toutes les altérations ultérieures, surtout celle du « Code des Prêtres », visent à un autre but. Il n'y avait plus lieu de modifier dans un sens déterminé le récit des événements, puisque cela avait été fait depuis longtemps, mais on s'efforçait de rattacher à des époques lointaines certaines lois et institutions modernes, de les ériger en règles en les basant sur les lois de Moïse, ce qui devait justifier leur caractère sacré et obligatoire. Quelles que soient les falsifications qu'ait ainsi subi le texte, reconnaissons que ce procédé peut, dans une certaine mesure, se justifier du point de vue psychologique. Il reflète le fait qu'au cours de longs siècles - 800 années environ séparent, en effet, l'exode d'Égypte de la fixation du texte biblique par Ezra et Néhémie - la religion de Jahvé a subi une évolution rétrograde qui a abouti à une concordance, peut-être même à une identité, avec la religion primitive de Moïse.


Et c'est là le fait essentiel, le contenu fatal de l'histoire religieuse des Juifs.

 

 Si Moïse fut Egyptien - VII

 

 

 

1 Encyclopedia Britannica, XIe éd., 1910, art. : Bible.

2 Voir Auerbach, Wüste und gelobtes Land (Désert et Terre promise), 1932.

3 C'est en 1753 que, pour la première fois, Astruc distingua l'un de l'autre Jahviste et Elohiste.

4 Il est historiquement prouvé que le type juif a été définitivement fixé après la réforme d'Ezra et de Néhémie au Ve siècle av. J.-C. dont il résulta, donc après l'exil, sous la bienveillante domination des Perses. D'après nos évaluations, 900 années environ s'étaient alors écoulées depuis l'apparition de Moïse. Dans cette réforme, les prescriptions ayant pour but la consécration de l'ensemble du peuple furent prises au sérieux, l'interdiction des mariages mixtes assura la séparation d'avec les autres peuples ; le Pentateuque, le véritable livre de la Loi, prit sa forme définitive et le remaniement qui nous donna le Code des Prêtres fut achevé. Il semble toutefois certain que la réforme n'apporta aucune tendance nouvelle mais se contenta de relater et de consolider les données acquises.

5 Cf. Yahuda, l. c.

6 S'ils subissaient l'interdiction des images, ils avaient même un bon motif pour abandonner l'écriture hiéroglyphique en adaptant les caractères à l'expression d'un nouveau langage.

7 Le met allemand Entstellung signifie à la fois : déformation et déplacement. (Note de la Trad.)

8 Les restrictions concernant l'emploi de ce nom, loin de devenir plus compréhensibles, n'en sont que plus suspectes.

Jahvé était sans conteste un dieu des volcans. Les habitants de l'Égypte n'avaient aucune raison de l'adorer. Je ne suis certes pas la premier à être frappé de la similarité qui existe entre le nom de Jahvé et le radical de cet autre nom divin : Jupiter, Jovis. Le nom de Jochanan, qui dérive du Jahvé hébraïque et qui a à peu près la même signification que Godefroy (faveur de Dieu) et que son équivalent punique : Hannibal, est devenu sous les formes de Johann, John, Jean, Juan, l'un des prénoms favoris de la chrétienté européenne. Quand les Italiens en font Giovanni et appellent un jour de la semaine Giovedi, ils ne font que mettre en lumière une similarité peut-être insignifiante, mais peut-être aussi fort importante. De très vaste, mais très incertaines perspectives s'offrent ainsi à nous. Il semble qu'au cours de ces siècles obscurs, à peine devenus accessibles aux recherches historiques, les pays du bassin oriental de la Méditerranée furent le théâtre de fréquentes et violentes éruptions qui durent faire sur les populations de ces régions la plus vive impression. Evans admet même que la destruction définitive du palais de Minos à Cnossos fut causée par un tremblement de terre. En Crète, comme probablement partout dans le monde égéen, l'on adorait la grande divinité mère. Le fait qu'elle n'avait pas été capable de protéger sa maison contre les attaques d'une puissance plus forte dut contribuer à la faire détrôner par une divinité mâle et, en ce cas, le dieu des Volcans était tout indiqué pour la remplacer. Zeus n'est-il pas toujours « celui qui ébranle la terre »? Il est presque certain qu'en ces temps obscurs, la divinité femelle fut remplacée par des dieux mâles (peut-être originellement par ses fils.) Le destin de Pallas Athéné est particulièrement impressionnant, car cette déesse était certainement une forme locale de la déité mère. Le bouleversement religieux la réduisit à l'état de déité fille, elle fut privée de sa propre mère et frustrée pour toujours, du fait d'une virginité imposée, de tout espoir de maternité.

Posté par Adriana Evangelizt

Partager cet article

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
commenter cet article

commentaires