Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
Chapitres extraits des Oeuvres complètes de Volney
Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne
Tome I
1821
par Constantin François Volney
6 - Examen de la Genèse en particulier
5 Suite de "Problèmes cités par l'époque citée" 4 Problèmes résolus par l'époque citée
Viennent ensuite dans le chapitre XI, la séparation des familles, l’entreprise de la tour de Babylone et la confusion des langues. Nous trouvons l'équivalent de ce récit dans un fragment de Polyhistor. (Voyez le Syncelle, p. 44, et Eusèbe, Prœpar. evang., lib. IX, c. XIV) :
Lorsque les hommes parlaient (encore) une seule langue, ils bâtirent une tour très élevée, comme pour monter au ciel, mais les dieux (Elahim) envoyèrent des tempêtes qui la renversèrent, et ils donnèrent à chaque (homme) un langage : de là est venu le nom de Babylone à cette cité. Après le déluge, existèrent Titan et Prométhée, etc.
Ici, dit le Syncelle, Polyhistor oublie que selon ses auteurs, existait depuis des milliers d’années cette ville de Babylone, dont le nom n’est donné qu'à cette époque. Le même Syncelle poursuit son récit par ce fragment d’Abydène, qui porte, p. 44 : Il y en a qui disent que les premiers hommes nés de la terre, se fiant en leur force et en leur taille énorme, méprisèrent les dieux, dont ils voulurent devenir les supérieurs ; que dans ce dessein, ils bâtirent une tour très haute, mais que les vents, venant au secours des dieux, renversèrent l’édifice sur ses auteurs ; et les décombres prirent le nom de Babylone : jusqu’alors le langage des hommes avait été un et semblable, mais de ce moment il devint multiple et divers ; ensuite survinrent des dissensions et des guerres entre Titan et Saturne, etc.
En nous offrant plusieurs versions, ces fragments nous montrent qu’il existait diverses sources dont le récit juif n’était qu’une émanation, sans être le type primitif, comme on le voudrait établir.
Quelle fut cette sibylle citée par Polyhistor ? On ne nous le dit point ; mais nous pensons la retrouver dans Moïse de Chorène, dont les premiers chapitres se lient à notre sujet, de manière à prouver l’authenticité et l’identité des sources communes. Cet écrivain, qui date du cinquième siècle avant J.-C., établit d’abord comme faits notoires : Que les anciens Asiatiques, et spécialement les Chaldéens et les Perses ; eurent une foule de livres historiques ; que ces livres furent partie extraits, partie traduits en langue grecque, surtout depuis que les Ptolémées eurent établi la bibliothèque d’Alexandrie, et encouragé les littérateurs par leurs libéralités ; de manière que la langue grecque devint le dépôt et la mère de toutes les sciences. Ne vous étonnez donc pas, continue-t-il, si pour mon histoire d’Arménie, je ne vous cite que des auteurs grecs, puisqu’une grande partie des livres originaux a péri (par l’effet même des traductions). Quant à nos antiquités, les compilateurs ne sont pas d’accord sur tous les points entre eux, et ils diffèrent de
Le lecteur voit qu’ici nous avons une sibylle, comme dans Polyhistor ; et elle est appelée Bérosienne. Les anciens nous apprennent que Bérose eut une fille dont il soigna beaucoup l’éducation, et qui devint si habile, qu’elle fut comptée au rang des sibylles. N’avons-nous pas lieu de voir ici cette femme savante, surtout quand il s’agit d’antiquités de son pays ? Le fragment cité à une analogie marquée avec le Sem, Cham et Iaphet de
Un livre qui n’existe plus, a dit de Xisuthrus et de ses trois fils : Après que Xsisutra eût navigué en Arménie, et pris terre, un de ses fils, nommé Sim, marcha entre le couchant et le septemtrio ; et arrivé à une petite plaine sous un mont très élevé, par le milieu de laquelle les fleuves coulaient vers l'Assyrie, il se fixa deux mois au bord du fleuve, et appela de son nom Sim, la montagne ; de là il revint par le même (chemin), entre orient et midi, au point d’où il était parti ; un de ses enfants cadets, nommé Tarban, se séparant de lui avec 30 fils, 15 filles et leurs maris, se fixa sur la rive du même fleuve.... ; d’où vint à ce lieu le nom de Taron, et à celui qu’il avait quitté, le nom Tseron, à cause de la séparation qui s’y était faite de ses enfants.
Or, les peuples de l’Orient appellent Sim, Zerouan, et ils montrent un pays appelé Zaruandia (1). Voilà ce que nos anciens Arméniens chantaient dans leurs fêtes ; au son des instruments, ainsi que le rapportent Gorgias, Bananus, David, etc.
Nous touchons ici aux sources où a puisé l’auteur juif. Notre Arménien cite un autre écrit plus intéressant par son origine et ses développements ; c'est le volume que le Syrien Mar I Bas trouva dans la bibliothèque d’Arshak, 80 ans après Alexandre, et qui portait pour titre :
Ce volume a été traduit du chaldéen en grec. Il contient l’histoire vraie des anciens personnages illustres, qu’il dit commencer à Zerouan, Titan et Yapetosth ; et il expose par ordre la série des hommes illustres nés de ces 3 chefs.
Le texte commence : Ils étaient terribles et brillants, ces premiers des dieux, auteurs des plus grands biens, et principes du monde et de la multiplication des hommes.... D’eux vint la race des géants, au corps robuste, aux membres (ou bras) puissants (ou vigoureux), à l’immense stature, qui, pleins d’insolence, conçurent le dessein impie de bâtir une tour. Tandis qu’ils y travaillaient, un vent horrible et divin, excité par la colère des dieux (Elahim), détruisit cette nasse immense, et jeta parmi les hommes des paroles inconnues qui excitèrent (ou causèrent) le tumulte et la confusion : parmi ces hommes, était le Iapétique Haïk, célèbre à vaillant gouverneur (præfectus), très habile à lancer les flèches et à manier l’arc (2). Ce Haïk, beau, grand, à chevelure brillante, aux bras puissants, à l’œil perçant, plein d’hilarité, se trouvant l’un des géants les plus influents, s’opposa à ceux qui voulurent commander aux autres géants, et à la race des dieux, et il excita du tumulte contre l’impétueux effort de Belus. Le genre humain, dispersé sur la terre, vivait au milieu des géants, qui, mus de fureur, tirèrent leurs sabres les uns contre les autres, et luttèrent pour le commandement. Belus ayant eu des succès, et s’étant rendu maître de presque toute la terre, Haïk ne voulut pas lui obéir, et après avoir vu naître son fils Armenak dans Babylone, il alla vers le pays d’Ararat, placé au nord, avec son fils, ses filles et des braves, au nombre de 300, sans compter des étrangers qui s’y joignirent : il se fixa ou s’assit au pied d’un certain mont très étendu dans la plaine, où habitaient quelques-uns des hommes dispersés. Haïk le soumit et y établit son domicile, etc.
Voilà donc un livre original chaldéen qui, à raison de sa célébrité, excita la curiosité d’Alexandre, et qui, par ce léger fragment, nous prouve 1° l'antiquité réelle des traditions recueillies par Bérose, par Abedène, par
Après le déluge de Noh ou de Xisuthrus, le partage de la terre entre 3 personnages puissants et brillants, dont Titan est un, ressemble beaucoup à ce que les Grecs nous disent des 3 frères, Jupiter, Pluton et Neptune (4). La construction de la tour de Babylone semblerait prendre un caractère plus historique, et lorsqu’on se rappelle que pour bâtir cette ville et la pyramide de Bel aux sept étages (comme les sept sphères), Sémiramis employa deux millions d’hommes tirés de tous les peuples de son empire, par conséquent parlant une multitude de dialectes divers, on serait tenté de croire que cette confusion de langage a donné lieu à une tradition ensuite altérée. Mais Sémiramis était trop récente pour être oubliée et méconnue ; l'événement porte un caractère mythologique beaucoup plus ancien : et comme en langage astrologique, le zodiaque s’appelait la grande Tour Burg, en grec, pyrg-os, la partie de cette tour, composée de six signes ou six étages, qui, depuis le solstice d’hiver jusqu’à celui d’été, s’élevait vers le nord où était le mont Olympe (Ararat et Merou), était censée élevée ou bâtie par les géants, c’est-à-dire par les constellations ascendantes de l’horizon au zénith. Il faudrait connaître tous les détails de ces mystères chaldéens, pour expliquer tous ceux du récit.... Il est du moins évident que le repeuplement de la terre en 5 ou 6 générations, est une rêverie au physique comme au moral. Par suite de cette impossibilité, l’on ne peut admettre, à la onzième génération, l’apparition d’Abraham comme homme et comme personnage historique ; et les soupçons s’accroissent lorsqu’on lit ce qu’en rapportent Bérose, Alexandre Polyhistor et Nicolas de Damas.
La suite... Du personnage nommé Abraham 1
1 Pline, lib. VI, cap. 27.
2 Moses Chor., ch. 9. Ce Haïk a tous les caractères d’Apollon, chassé du ciel par Jupiter, qui, de l’aveu des Grecs, est identique au Belus babylonien.
3 Voyez Dupuis, Origine des Cultes, Table des matières, tome III, in-4°, art. Déluge, Orion, Titan, Géants, Belus, et sa Dissertation sur les grands cycles.
4 Pluton même est noir comme Cham.
Posté par Adriana Evangelizt