Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
L'EXODE - LE DESERT - MAGIE ET THEURGIE (suite...) par Edouard Schuré Extrait du livre "Les grands Initiés", chapitre Moïse Chapitre V Tableau de Boris Vallejo 5ème partie 
Nous l'avons dit, Moïse ne fut pas un patriote, mais un dompteur de peuple ayant en vue les destinées de l'humanité entière. Israël n'était pour lui qu'un moyen, la religion universelle était son but, et par-dessus la tête des nomades sa pensée allait aux temps futurs. Depuis la sortie d'Egypte jusqu'à la mort de Moïse, l'histoire d'Israël ne fut qu'un long duel entre le prophète et son peuple.
Moïse conduisit d'abord les tribus d'Israël au Sinaï, dans le désert aride, devant la montagne consacrée à Aelohim par tous les Sémites, où lui-même avait eu sa révélation. Là où son Génie s'était emparé du prophète, le prophète voulut s'emparer de son peuple et lui imprimer au front le sceau d'Iévé : les dix commandemnts, puissant résumé de la loi morale et complément de la vérité transcendante renfermée dans le livre hérmétique de l'arche.
Rien de plus tragique que ce premier dialogue entre le prophète et son peuple. Là se passèrent des scènes étranges, sanglantes, terribles, qui laissèrent comme l'empreinte d'un fer chaud dans la chair mortifiée d'Israël. Sous les amplifications de la légende biblique on devine la réalité possible des faits.
L'élite des tribus est campée au plateau de Pharan, à l'entrée d'une gorge sauvage qui conduit aux rochers du Serbal. La tête menaçante du Sinaï domine ce terrain pierreux, volcanique, convulsé. Devant toute l'assemblée, Moïse annonce solennellement qu'il va se rendre à la montagne pour consulter Aelohim et qu'il en rapportera la loi écrite sur une table de pierre. Il commande au peuple de veiller et de jeûner, de l'attendre dans la chasteté et la prière. Il laissa l'arche portative, que recouvre la tente du tabernacle, sous la garde des soixante-dix Anciens. Puis il disparaît dans la gorge, n'emmenant avec lui que son fidèle disciple Josué.
Des jours se passent ; Moïse ne revient pas. Le peuple s'inquiète d'abord, puis il purmure : "Pourquoi nous avoir emmenés dans cet affreux désert et nous avoir exposés aux traits des Amalécites ? Moïse nous a promis de nous conduire aux pays de Canaan où coulent le lait et le miel, et voici que nous mourons au désert. Mieux valait la servitude en Egypte que cette vie misérable. Plût à Dieu que nous eussions encore les plats de viande que nous mangions là-bas : Si le Dieu de Moïse est le vrai Dieu, qu'il le prouve, que tous ses ennemis soient dispersés et que nous entrions sur-le-champ aux pays de promission." Ces murmures grossissent ; on se mutine ; les chefs s'en mêlent.
Et voici venir un groupe de femmes qui chuchotent et murmurent entre elles. Ce sont des filles de , à la peau noire, corps souples, aux formes opulentes, concubines ou servantes de quelques chefs edomites associés à Israël. Elles se souviennent qu'elles ont été prêtresses d'Astaroth et qu'elles ont célébré les orgies de la déesse dans les bois sacrés du pays natal. Elles sentent que l'heure de reprendre leur empire est venue. Elles viennent parées d'or et d'étoffes voyantes, le sourire à la bouche, comme une troupe de beaux serpents qui sortent de terre et font chatoyer au soleil leurs formes onduleuses aux reflets métalliques. Elles se mêlent aux rebelles, les regardent de leurs yeux luisants, les enlacent de leurs bras où sonnent des anneaux de cuivre, et les enjôlent de leurs langues dorées : "Qu'est-ce après tout que ce prêtre d'Egypte et son Dieu ? Il sera mort au Sinaï. Les Refaïm l'auront jeté dans un gouffre. Ce n'est pas lui qui mènera les tribus en Canaan. Mais que les enfants d'Israël invoquent les dieux de Moab : Belphégor et Astaroth ! Ce sont des dieux qu'on peut voir, ceux-là, et qui font des miracles ! Ils les mèneront au pays de Canaan !" Les mutins écoutent les femmes moabites, ils s'excitent les uns les autres et ce cri part de la multitude : "Aaron, fais-nous des dieux qui marchent devant nous ; car pour ce qui est de Moïse qui nous a fait monter du pays d'Egypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé."
Aaron essaie en vain de calmer la foule. Les filles de Moab appellent des prêtres phéniciens venus avec une caravane. Ceux-ci apportent une statue en bois d'Astaroth et l'élèvent sur un autel de pierre. Les rebelles forcent Aaron sous menace de mort à fondre le veau d'or, une des formes de Belphégor. On sacrife des taureaux et des boucs aux dieux étangers, on se met à boire et à manger et les danses luxurieuses, guidées par les filles de Moab, commencent autour des idoles, au son des nébels, des kinnors et des tambourins agités par les femmes.
Les soixante-dix Anciens élus par Moïse pour la garde de l'arche ont vainemnet essayé d'arrêter ce désordre par leurs objurgations. Maintenant ils s'assoient par terre, la tête couverte d'un sac de cendre. Serrés autour du tabernacle de l'arche, ils entendent avec consternation les cris sauvages, les chants voluptueux, les invocations aux dieux maudits, démons de luxure et de cruauté. Ils voient avec horreur le peuple en rut de joie et de révolte contre son dieu. Que va devenir l'Arche, le Livre et Israël, si Moïse ne revient pas ?
Cependant Moïse revient. De son long recueillement, de sa solitude sur le mont d'Aelohim, il rapporte la Loi sur des tablettes de pierre(13). Entré dans le camp, il voit les danses, la bacchanale de son peuple devant les idoles d'Astaroth et de Belphégor. A l'aspect du prêtre d'Osiris, du prophète d'Aelohim, les danses s'arrêtent, les prêtres étangers s'enfuient, les rebelles hésitent. La colère bouillonne en Moïse comme un feu dévorant. Il brise les tables de pierre et l'on sent qu'il briserait ainsi tout ce peuple et que Dieu le possède.
Israël tremble, mais les rebelles ont des regards de haine dissimulés sous la peur. Un mot, un geste d'hésitation de la part du chef-prophète, et l'hydre de l'anarchie idolâtre va dresser contre lui ses mille têtes et balayer sous une grêle de pierres l'arche sainte, le prophète et son idée. Mais Moïse est là et derrière lui les puissances invisibles qui le protègent. Il comprend qu'il faut avant tout redresser l'âme des soixante-dix élus à sa propre hauteur et par eux tout le peuple. Il invoque Aelohim-Iévé, l'Esprit mâle, le Feu-principe, du fond de lui-même et du fond du ciel.
"A moi les soixante-dix ! s'écrie Moïse. Qu'ils prennent l'arche et montent avec moi à la montagne de Dieu. Quant à ce peuple, qu'il attende et qu'il tremble. Je vais lui rapporter le jugement d'Aelohim."
Les lévites enlèvent de dessous la tente l'arche d'or enveloppée de ses voiles, et le cortège des soixante-dix disparaît avec le prophète dans les défilés du Sinaï. On ne sait qui tremble le plus, ou les lévites de ce qu'ils vont voir, ou le peuple du châtiment que Moïse laisse suspendu sur sa tête comme une épée invisible.
Ah ! si l'on pouvait échapper aux mains terribles de ce prêtre d'Osiris, de ce prophète de malheur ! disent les rebelles. Et hâtivement la moitié du camp plie les tentes, selle des chameaux et se prépare à fuir. Mais voilà qu'un crépuscule étrange, un voile de poussière s'étend sur le ciel ; une bise aigre souffle de la mer Rouge, le désert prend une couleur fauve et blafarde, et derrière le Sinaï s'amoncellent de grosses nuées. Enfin le ciel devient noir. Des coups de vent amènent des flots de sable et des éclairs font crever en torrents de pluie les tourbillons de nuages qui enveloppent le Sinaï. Bientôt la foudre reluit et sa voix répercutée par toutes les gorges du massif éclate sur le camp en détonations successives avec un fracas épouvantable. Le peuple ne doute pas que ce soit la colère d'Aelohim évoqué par Moïse. Les filles de Moab ont disapru. On renverse les idoles, les chefs se prosternent, les enfants et les femmes se cachent sous le ventre des chameaux. Cela dure toute une nuit, tout un jour. La foudre est tombée sur les tentes, elle a tué des hommes et des bêtes et le tonnerre gronde toujours.
Vers le soir, la tempête s'apaise, les nuages fument toujours sur le Sinaï et le ciel reste noir. Mais voici qu'à l'entrée du camp reparaissent les soicante-dix, Moïse à leur tête. Et dans la vague lueur du crépuscule, le visage du prophète et celui de ses élus rayonnent d'une lueur surnaturelle, comme s'ils rapportaient sur leur face le reflet d'une vision éclatante et sublime. Sur l'arche d'or, ses les chérubs aux ailes de feu oscille une lueur électrique, comme une colonne phosphorescente. Deant ce spectacle extraordinaire, les Anciens et le peuple, hommes et femmes, se prosternent à distance.
"Que ceux qui sont pour l'Eternel viennent à moi", dit Moïse.
Les trois-quarts des chefs d'Israël se rangent autour de Moïse ; les rebelles restent cachés sous leurs tentes. Alors le prophète s'avance et ordonne à ses fidèles de passer au fil de l'épée les instigateurs de la révolte et les prêtresses d'Astaroth afin qu'Israël tremble à jamais devant Aelohim, qu'il se souvienne de la loi du Sinaï et de son premier commandement : "Je suis l'Eternel ton Dieu qui t'ai tiré du pays d'Egypte, de la maison de servitude. Tui n'auras point d'autre Dieu devant ma face. Tu ne te feras point d'images taillés ni aucune ressemblance de choses qui sont là-haut dans les cieux, ni dans les eaux, ni sous la terre."
C'est par ce mélange de terreur et de mystère que Moïse imposa sa loi et son culte à son peuple. Il fallait imprimer l'idée de Iévé en lettres de feu sur son âme, et sans ces mesures implacables, le monothéisme n'eût jamais triomphé du polythéisme envahissant dela Phénicie et de Babylone.
A suivre.. Notes
13 - Dans l'antiquité, les choses écrites sur la pierre passaient pour les plus sacrées. L'hiérophante d'Eleusis lisait aux initiés d'après des tablettes de pierre des choses qu'ils juraient de ne dire à personne et qui ne se trouvaient nulle part ailleurs.
Posté par Adriana Evangelizt