Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
Chapitre V de La Voie Mystique de Sédir... tout le monde n'est pas Pythagore, Aristote, Mozart ou Einstein... pour ne citer que quelques génies. Mais si leur âme s'est incarnée dans ce monde, c'est qu'il y avait une raison et pas la moindre. Apporter quelque chose à l'évolution de l'Humanité...
La Science, L'Art et la Philosophie dans les rapports avec le Ciel
par Sédir
Chapitre V de La Voie Mystique
1ère partie

Tableau de Luis Royo
Un simple regard jeté sur la Nature nous montre qu'elle répand à l'infini les créatures utiles et nécessaires, mais qu'elle se montre économe de celles d'entre ses productions qui sont moins indispensables à nos besoins quotidiens. Il y a dans les êtres une élite et, dans les facultés de ces êtres, il en est aussi quelques-unes de plus rares, de plus hautes et de plus belles. Ce sont très souvent celles dans la structure desquelles la matière n'entre que pour un minimum. Ainsi, regardez l'un de nous. Par quoi communiquons-nous les uns avec les autres, sinon surtout par le visage? Où notre interne se dévoile-t-il plus que dans cette petite partie de notre corps ? Et, dans le visage, où le Grand Constructeur des corps a percé les fenêtres de notre centre instinctif, de notre centre animique et de notre centre intellectuel, quel est le petit organe dans l'admirable structure duquel notre vie organique tout entière s'épanouit comme une fleur et par où s'aperçoit la petite veilleuse mystique qui éclaire notre temple intérieur ? Ce sont les yeux. Les yeux, si petits quant au reste du corps, et si grands par tout l'infini qu'ils parviennent à refléter et à rayonner.
Nous imiterons un peu la Nature; et, après nous être occupés des relations secrètes de l'homme avec son milieu et des devoirs qu'elles entraînent, nous quitterons quelques instants le grand troupeau et nous rechercherons des horizons plus rares, les cimes, les idéals et nous suivrons les solitaires qui partent à la découverte des royaumes inconnus de la Vie. Nous essaierons, pour ceux-là aussi, ces éclaireurs de l'armée du genre humain, de les rallier vers le phare immuable du divin et de les prémunir contre d'inconnus et de très subtils ennemis.
L'accomplissement du Bien est la tâche obligatoire de l'humanité tout entière; mais quelques-uns de ses membres, fleurs rares produites par le labeur anonyme de telles générations, ont pour travail de renouveler le décor où se meuvent leurs frères, moins beaux, mais utiles tout autant. Il faut à l'esprit humain des lueurs intermittentes d'espoirs immenses comme les nuées du couchant sur la mer et des éclairs sur tels sommets éblouissants des montagnes éternelles. Ceux qui sentent brûler en eux les flammes du Vrai et du Beau sont aptes à devenir les distributeurs de ces espoirs indicibles.
Ceux-là, malheur à eux, car, s'ils comprennent leur mission, les jours et les nuits leur deviennent un long martyre intérieur ! Et bienheureux sont-ils aussi, car ils portent les torches à la lueur desquelles le pâle troupeau des humains -nous autres- piétine confusément pour sortir des marécages de la quotidienne banalité et de l'existence prosaïque !
Je n'appelle pas savant l'homme qui a fait de sa mémoire une bibliothèque; je n'appelle pas philosophe celui qui a compris un grand nombre de systèmes idéologiques; je n'appelle pas artiste celui qui ne commet ni fautes de prosodie ni fautes de gout, d'harmonie ou de dessin. Ceux-là ont simplement du talent et ils sont nombreux aujourd'hui; ils exercent un métier, une profession et non pas un sacerdoce.
Le philosophe, l'ami de la sagesse, ou, mieux, son amant, c'est le prêtre du Vrai. L'artiste, c'est le prêtre du Beau. Tout homme peut devenir le prêtre du Bien; mais quelle effrayante audace montre celui d'entre nous qui se donne comme le Prêtre, tout court, le prêtre de Dieu, le prêtre de Ce qui est à la fois toute Bonté, route Vérité et toute Beauté!
Mais restons dans les bornes que nous nous sommes fixées. Essayons de préciser la fonction de l'individu d'élite, son ontologie et ses contacts avec tout l'Inconnu, tout l'Inouï, tout l'Invisible et tout l'Indicible que renferme cet immense Univers. Et, enfin, les précautions spéciales qui conviennent à cet ouvrier des plus hautes besognes.
Le philosophe, l'artiste et le sacerdote représentent dans une nation les facultés intuitives de son collectif; ce sont, pour le peuple d'où ils s'élèvent, les médiums du divin. Il y a en nous des organes et des facultés qui tirent leur nourriture du monde matériel; mais nous contenons aussi des facultés et des organes et des sens qui ne vivent que d'invisibles aliments. De l'existence et de l'activité de ceux-ci nous ne sommes pas conscients. Toutefois la barrière qui sépare en nous le conscient de l'inconscient est mobile; elle se déplace non seulement d'un mouvement continu et régulier, mais aussi par soudains à-coups. Parfois des envahisseurs font irruption dans le royaume de notre Moi, les uns sont des brigands, d'autres sont des illuminateurs. Alors il se fait en nous des déchirures, des trouées; des parois granitiques s'écroulent, des avenues se percent dans nos futaies. Le psychologue nomme cela l'intuition, l'inspiration, l'éclair du génie, l'abîme de la folie; mais il ne voit du cataclysme intime que les remous qui se brisent aux grèves de la conscience; il ne voit que bien peu de choses.
Ces tremblements de terre, ces volcans animiques, ces labours, ces dévastations, voilà les spectacles auxquels sont attentifs ce philosophe, cet artiste et ce prêtre. Le premier les étudie, le second les décrit, le troisième s'en sert pour nous rejeter vers leur Auteur surnaturel.
Dans l'esprit du dernier des hommes se déroulent les mêmes épopées vivantes que dans celui d'un Shakespeare, d'un Michel-Ange ou d'un Sébastien Bach; mais, chez le premier, le drame demeure enseveli loin de son intelligence et, chez le second, cette faculté est un clavier assez riche et assez délicat pour résonner sous les doigts formidables des géants déiformes dont notre être mystique est l'instrument merveilleux.
Si j'étais un métaphysicien, je rechercherais avec vous ce que c'est que le Vrai. Mais c'est l'aspect vivant des idées qui nous intéresse, leur mystère le plus caché, leur visage mystique. Dès lors nous nous demanderons. Qu'est-ce que la Vérité ?
Il existe à cette question une réponse concise, mais d'une hardiesse effrayante et d'une vigueur telle qu'aucun des sages qui ont guidé les races disparues, qu'aucun des dieux qui gouvernent les étoiles, qu'aucun de ces cavaliers flamboyants qui chevauchent les comètes d'une borne à l'autre de l'Univers n'a rien dit de semblable depuis l'aurore du Temps. Il y a vingt siècles, une nuit, par les sentiers pierreux des faubourgs de Jérusalem, une troupe d'hommes du peuple se dirigeait sous les étoiles vers les jardins en étages de la colline des Oliviers; et l'un d'entre eux, à la stature puissante, disait aux autres, pour les consoler d'un départ imminent; « je suis la Voie, la Vérité et la Vie; et personne ne vient au Père que par moi. »
Ce Jésus de Nazareth qui, après avoir donné tant de preuves de Son humilité profonde, S'égalait ainsi aux sommets les plus vertigineux des nobles espoirs humains, qui était-Il, à quel Père songeait-Il, qu'étaient ce que cette Voie, cette Vérité et cette Vie qu'Il prétendait identifier avec les forces centrales de Son propre individu?
Que peuvent faire ici-bas les hommes? Trois choses seulement : agir, penser, aimer. Tout le monde agit, quelques-uns pensent, presque point aiment. Celui qui agit, son espoir marche le long de ces routes invisibles qui sillonnent l'aspect essentiel de cet univers et il avance avec lenteur à travers des enfers, des paradis, des solitudes et des cités, des pays inconnus et des contrées familières, vers quelqu'une de ces célestes Jérusalems que la bonté tendre du Père prépare çà et là dans les vastes déserts du Monde. Personne ne peut ne pas agir, personne ne peut ne pas marcher, puisque celui-là même qui fait le mal recule en esprit. Et l'homme a un modèle, c'est le Grand Voyageur, Celui qui, dès la première aurore du monde, partit des demeures paternelles du Royaume divin, qui parcourut les constellations, les soleils et les planètes par myriades et qui arriva enfin ici-bas, il y a deux mille ans, pour continuer, sous le voile de Sa stature de chair, Ses pérégrinations salvatrices. Et sous chacun de Ses pas ont brillé des étincelles de la Lumière surnaturelle de l'Amour, et les plis de Son vêtement étaient à eux seuls des leçons divines, et Ses paroles étaient des vertus, et Son sourire était la purification, et Son regard était la renaissance. Ah! quel poids terrible ne portons-nous pas, ceux d'entre nous qui L'ont aperçu il y a deux mille ans et qui n'ont presque pas profité de cette Bénédiction !
Ainsi Jésus, porteur des forces du Père, incarnation même de Sa volonté de Miséricorde, est réellement ce que Dieu veut que nous soyons, puisqu'Il est ce que Dieu veut que nous fassions, et que l'être de l'homme devient toujours semblable à son acte. Ne voyons-nous pas chaque jour, dans notre misérable impuissance actuelle, que nos pensées, nos sentiments changent l'habitude de notre corps et les formes de notre visage ? Ainsi notre individu, lorsqu'il naît ici-bas, est la statue en chair et en os d'une entité spirituelle où il entre un peu de lumière et beaucoup, hélas! de ténèbres. Ainsi Jésus, ou plutôt les myriades de formes corporelles qu'Il revêtit dans Ses pérégrinations furent les incarnations, les expressions vivantes et parfaites de la bonté, de la compassion, de la miséricorde, de la sollicitude, de l'amour du Père pour nous.
Nos dernières causeries ont eu pour objet de discerner quelle est, en toutes choses, l'attitude à prendre, quel est l'effort, le pas en avant que demande toute circonstance, où est le Bien, en somme, c'est-à-dire quelle est la Voie. Et nous avons découvert que l'imitation du Christ est le meilleur effort, ce Bien et ce Chemin direct vers la perfection. Aujourd'hui, ce que nous désirerions entrevoir, c'est la Vérité et la Vie, ce que sont la Science et l'Art, la Connaissance et l'Esthétique.
Connaître, c'est incorporer dans le Moi l'image d'un phénomène du Non-moi; c'est faire vivre de la vie cérébrale telle créature qui n'avait pas encore pris contact avec notre mental, ou plutôt l'apparence sous laquelle cette créature se révèle à nous. Plus donc cette apparence sera proche de la forme essentielle et centrale de cette création, plus la perception sera nette et plus la connaissance sera exacte. L'amateur du savoir se trouve ici obligé de donner à sa vie une direction spéciale et un effort constant.
Car qu'y a-t-il entre nous et les choses environnantes? Qu'est-ce qui sépare le Moi du Non-moi? Le Moi, c'est ce sens qui nous individualise, cet organe qui fait que, quand j'aperçois un arbre, je sais immédiatement qu'il s'agit là d'une chose distincte et qui me rend conscient de cette distinction; c'est ce par quoi je suis conscient que je suis conscient. Il y a donc, dans tout acte de connaissance, l'objet perçu, le sujet qui perçoit, l'objet par lequel on perçoit et le milieu qui sépare l'objet du sujet. La perfection de cet acte dépend, par conséquent, de la pureté de l'organe, du calme du milieu; car l'objet et le sujet sont purs par définition, puisqu'ils se tiennent dans l'état originel où il n'y a pas encore de matière, de temps, d'espace ni de conditions d'aucune sorte.
Or, comment purifier nos sens physiques? Comment purifier ces sens intellectuels qui sont l'attention, la mémoire, la comparaison, le jugement, l'abstraction, la méditation en un mot ? Comment purifier ce sens mi-spirituel, l'intuition ? je crois vous avoir déjà montré qu'il n'existe pour cela qu'une seule méthode saine et normale: c'est l'exercice de ces facultés pour la seule et unique réalisation du Bien. puisque la santé de notre être éternel dépend seulement de la perfection avec laquelle nous faisons concourir toutes ces forces et toutes ces facultés à la réalisation de la Loi de l'Univers, c'est-à-dire à l'accomplissement de la Volonté de Dieu.
Le Christ, qui est la perfection même de cet accomplissement, peut donc dire en toute exactitude qu'Il est la Connaissance. Mais c'est la Vérité qu'Il déclare être. Qu'est-ce donc que la Vérité ? La Vérité est l'objet essentiel où convergent tous les objets de nos perceptions. La Vérité est double : relative ou absolue.
Nous ne sommes pas capables de percevoir cette dernière; mais nous pouvons, nous devons tâcher de saisir des vérités relatives avec des approximations de plus en plus approchées. Car si le Moi connaissant est, dans son centre le plus profond, identique à notre âme éternelle et immuable, si le Non-moi contient dans chacune de ses parties la Lumière du Verbe créateur, ce sont deux sortes de foyers où resplendit la même flamme, mais dont la chaleur n'est pas la même. Pour nous, qui les apercevons des rivages du Relatif, nous voyons identiques toutes les étoiles de l'Absolu, et c'est ce qui explique l'erreur orientale et panthéiste de la fusion de l'Atmà dans le Brahmân; mais, en réalité, il y a parmi ces étoiles des différences, à nous inconcevables, puisque les modes biologiques de Dieu sont différents de ceux de la Création.
Pour nous autres, tant que nous ne serons pas régénérés de la régénération divine, et non d'aucune initiation humaine; tant que nous ne serons pas baptisés du baptême de l'Esprit, et non d'aucun baptême ésotérique, la Vérité ne sera pas une, mais aussi multiple que sont nombreuses les enveloppes des êtres, les enveloppes de notre Moi et les modifications du milieu. Et cependant, pour chaque instant du Temps et pour chaque point de l'Espace où peut se produire le phénomène de la Connaissance, il en existe un aspect qui est le Vrai, comme une forme qui est le Beau, comme un geste qui est le Bien.
La vie du monde est aussi une suite constante de drames ou de crises qui se résolvent en tueries ou en procréations. Pour chacun d'eux, si l'homme fait le geste qui augmente cette vie et la rend harmonieuse, c'est le Bien; et ceci a lieu toutes les fois qu'il s'oublie lui-même pour n'envisager que les intérêts des autres acteurs.
Chacun de ces drames, l'homme peut en extraire une lumière intellectuelle pure, lorsqu'il les interroge au moyen de la Lumière pure qu'il a fait grandir préalablement en lui; et cela, c'est la Science, la Connaissance, la Philosophie, la Vérité.
Chacun de ces spectacles enfin, si tumultueux qu'il apparaisse, passe toujours par un rapide instant d'équilibre et d'harmonie, dans la fugitive sérénité duquel se laisse sentir tout l'inconcevable et tout l'inexprimable dont il est le voile passager. Et cela, si le spectateur a pris soin de vivre, c'est-à-dire de rayonner, de dépenser, de s'ouvrir, en un mot, aussi libéralement qu'il a reçu, et avec ce sens intime de l'équilibre que donne seul le souci constant des choses éternelles, cela, dis-je, lui apparaît comme l'efflorescence splendide de l'Amour, de la Vie, de tout ce qui dépasse la raison, comme la Beauté. L'aspect esthétique du personnage de Jésus, personne ne s'en est occupé de notre temps, sauf une des intelligences les plus subtiles que le XIXè siècle ait produites. Oscar Wilde est le seul qui ait pensé à cela et qui ait pu, grâce évidemment à ses dures et injustes souffrances, exprimer la pure, la liliale, l'immatérielle harmonie des gestes de notre Ami. Pour comprendre le commentateur il faut déjà un amour extrêmement délicat de son divin Modèle; quel amour ne faut-il pas pour comprendre ce dernier ?
Posté par Adriana Evangelizt