Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
Aimons notre prochain... il suffit de regarder autour de soi pour voir combien on est loin du compte. Chacun pour soi et dieu pour tous. Si l'Amour du prochain était une constante, personne ne devrait dormir dehors ni mourir de faim ou de soif en ce monde. Seulement voilà... il y en a quelques uns qui donnent et des millions qui s'en foutent.
Aimons notre prochain
par Sédir
Chapitre VII de La Voie Mystique
1ère partie

Les grands artistes, les grands penseurs, les grands réalisateurs abondent en notre siècle; ce sont bien plutôt des disciples parfaits du Christ qui lui manquent, des saints, des êtres qui soient tout amour. Or, vous tous à qui je m'adresse, en ce moment, vous qui avez choisi d'aller vers Dieu, vous souvenez-vous qu'une fois la résolution prise librement, tout retard est compté comme une faute ? Que la raison vous détermine, ou la vocation, que vous cherchiez Dieu en aimant les hommes, ou que vous vous donniez aux hommes par amour de Dieu, le chemin est rude, et qui n'avance pas recule. Ici surtout l'immobilité est impossible. Il faut marcher malgré tout.
Lorsqu'on se sent las jusqu'à l'écœurement de subir duperies, ingratitudes, indifférences et moqueries; lorsque, plus on se fait attentif, affectueux, patient, plus nos obligés méprisent nos dons et nous piétinent; lorsque nos proches et ceux-là mêmes vers lesquels s'élance notre tendresse entière nous repoussent le plus durement, seul le Christ nous envoie la force d'une invincible persévérance. Or, il faut persévérer; l'amour pour le Christ est donc indispensable.
Réciproquement, si la douleur humaine nous laisse insensibles, si nous n'avons de zèle que pour les ravissements de la contemplation, bientôt Dieu retirera Sa Lumière de notre esprit, afin que, commençant de vivre les angoisses des ténèbres mystiques, nous sympathisions avec les angoisses plus matérielles des misérables. Nous toucherons ainsi notre propre misère; nous apprendrons à prier; nous sortirons de l'égoïsme pieux vers les champs de la charité.
Quelle que soit la route où notre âme nous engage, il nous faut brûler tour à tour pour nos frères ou pour Dieu. L'amour du prochain et l'amour de Dieu sont deux mondes qui s'interpénètrent et, à chacun de leurs mutuels contacts, resplendit une forme différente du Verbe, notre Christ. Car c'est le Christ qui nous mène où c'est le mieux que nous allions. Pour chaque être les choses se passent comme s'il n'y avait dans toute la Nature que le Christ et cet être; le Christ S'offre tout entier à chacun; chacun prend du Christ ce qu'il est capable d'en recevoir. Or le Christ possède la somme de ce que toutes les créatures peuvent et pourront jamais désirer; or Il est en outre la somme d'autres béatitudes pour longtemps encore inimaginables à nos plus vastes espérances. Si amers que soient donc nos dégoûts, si effrayantes que soient nos détresses, nous trouverons toujours en Lui toutes les forces et toutes les sérénités.
Que notre cœur se prosterne devant Dieu, qu'il se penche sur le prochain, c'est le même Amour qui le pousse, ce suprême Amour, principe et source de la vie, totalité des puissances éternelles, moteur de toute créature. Il s'agit pour nous de bien employer cette force omnipotente. Mais sera-ce à notre profit? Sera-ce au profit du prochain? Sans doute et depuis longtemps nous savons que l'égoïsme engendre en fin de compte les plus fâcheuses conséquences; toutefois nous sommes si souvent habiles à colorer nos paresses ou nos convoitises de prétextes altruistes, que notre premier soin doit être, avant toute décision, de voir clair en nous-mêmes et de préciser nos mobiles par l'examen le plus impartial et le plus rigoureux.
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Une fois résolus à suivre les commandements de la charité, abstenons-nous d'impatience et d'excès de zèle; la hâte constitue l'un des plus grands obstacles à la floraison intérieure. L'acte, c'est le fruit; l'arbre, c'est tout l'ensemble de notre existence; or nous habitons un dur climat que le soleil de l'Esprit réchauffe mal et rien n'y prospère sans des soins minutieux, sans une culture patiente.
Certes, sauver de la faim, procurer un abri, soigner, ce sont des gestes admirables, et nous nous inclinons avec respect devant la philanthropie individuelle ou collective, devant les exemples qu'elle nous offre. On peut seulement regretter que cette noble compassion humaine limite parfois ses bienfaits aux seuls tenants de telle confession religieuse, de telle opinion politique. La charité parfaite du Christ se répand sur tous comme le soleil de Dieu nous éclaire tous, bons et méchants. Mais, pour atteindre cette ampleur, il faut dépasser le niveau humain de la compassion, il faut devenir capable de sauver un ennemi déloyal, il faut devenir insensible à l'ingratitude ou à la trahison. Et, pour cela, il faut une vie intérieure divine, entée sur le Christ.
Cette perfection de l'acte découle de la perfection des mobiles. Purifier les mobiles, c'est purifier les émotions, ennoblir les pensées, agrandir l'intelligence, sublimiser le caractère, vaincre les répugnances physiques. Contemplons à cet effet l'amour dont nous comble notre Père céleste, les laideurs où nous nous complaisons et ce ciment solide qui agrège en un seul bloc le genre humain tout entier. je ne veux pas reproduire des homélies que vous avez cent fois entendues; mais méditez plutôt sur la fraternité terrestre : cette chair et ce sang, uniques en définitive, dont nous sommes tous construits; par delà les dissemblances de patries et de races, ce parallélisme des sentiments et de la pensée; par delà les spécifications intellectuelles, esthétiques ou religieuses, cet internationalisme immense de l'homme spirituel, ces contacts innombrables des âmes, ces réponses et ces prolongements des mentalités, d'un bout à l'autre du monde, du fond des âges jusqu'à leur terme; cette cohésion, enfin, d'autant plus intime que l'on analyse une forme plus profonde de la vie. La pensée d'un grand homme disparu depuis deux cents siècles ne subsiste pas que dans la mémoire déférente des érudits; elle palpite dans l'atmosphère seconde, vivace à proportion du Vrai qu'elle contient, et immortelle, quand même elle ne trouve plus d'écho dans les générations ultérieures qui lui obéissent inconsciemment. Un chef-d'œuvre ruiné par les siècles continue de vivre malgré qu'il n'ait plus de spectateurs ou de lecteurs. Et l'acte brutal de quelque ancêtre préhistorique envoûte encore aujourd'hui les impulsions de nos contemporains.
Ainsi, chaque frémissement de mon cerveau, chaque désir de mon cœur, chaque geste de mon corps influe sur tous les êtres d'aujourd'hui et sur tous leurs descendants. De quelle importance n'est donc pas la purification de notre interne ?
D'autre part, en réciproque, le corporel réagit sur le spirituel, et nos actes sur notre psychologie. je ne dois pas attendre, dès lors, pour me mettre à faire le bien, d'être devenu parfait. Il faut alternativement améliorer son cœur, améliorer ses actions et s'acheminer ainsi vers une concordance juste de l'idéal mystique avec l'idéal pratique.
Outre cette préparation générale à la fraternité, chaque bonne œuvre demande une préparation propre. Jésus dit : « Donne à qui te demande »; il nous faut donc être à tout instant prêts; la constance est sous-entendue par toutes les maximes de l'Evangile. Jésus est l'incarnation de la constance, puisqu'Il fait la même chose depuis le commencement du monde. Il faut s'installer à demeure dans une certaine région spirituelle, dans un certain état d'âme, et cet établissement transforme de lui-même tout notre être et toute notre vie. Un cœur fixé sur le Verbe est prêt à tout; il entend toutes les demandes, formulées ou muettes, et, en retour, puise aux trésors du Père telle aumône préparée précisément en vue de telle demande. Le vrai disciple tirera de sa bourse telle pièce de monnaie destinée à tel pauvre et non sa voisine; il administrera au malade telle quantité du remède voulu et non telle autre portion; car, du point de vue du Verbe, chaque pièce, chaque dose de médicament, chaque phrase possèdent une vertu propre, bien que, physiquement, chimiquement, grammaticalement, toutes les pièces de monnaie, toutes les fractions d'un même produit, toutes les répétitions de la même phrase soient identiques. Voilà pourquoi le disciple doit s'assouplir à toute éventualité.
Enfin il cultivera le goût de la perfection, il apprendra la persévérance, il ne laissera aucune bonne œuvre inachevée, il n'abandonnera aucune souffrance sans avoir tout tenté. « Malheur, dit Jésus, à celui qui, après avoir mis la main à la charrue regarde en arrière. » Ce serait trop facile de se contenter d'un pansement à un malade; il faut tâcher de le remettre debout. Il faut rendre le dévoyé capable de gagner son pain et le désespéré capable de reprendre la lutte. En un mot, tenir à la qualité de nos bienfaisances plutôt qu'à leur quantité : « Qui trop embrasse mal étreint. »
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Que nos compassions ne demeurent pas platoniques; conduisons-les jusqu'à l'acte, si petit soit-il; l'acte seul leur donnera un corps terrestre et la puissance fructifiante. Autour de nous les gémissements de la douleur et les rires du cynisme s'élèvent avec plus de tumulte que jamais; notre souci devrait être de changer ceux-ci en larmes de repentir et ceux-là en sourires d'espérance. Les affligés accourraient en foule si nous, chrétiens, ne nous contentions pas de plaintes et de vœux. Nous devrions prendre une part des charges sous lesquelles plie notre semblable, nous devrions comprendre sa peine, nous mettre à sa place, mêler notre cœur avec son cœur. Jésus réside au milieu de ceux qui se réunissent en Son Nom; c'est à nous, qui Le connaissons, d'entraîner vers Lui les malheureux qui n'ont pas su encore L'apercevoir.
Voilà ce que faisaient les premiers disciples. Ils s'étaient d'abord donnés à leur Maître, puis les uns aux autres, et ils s'offraient ensuite aux incrédules et aux infidèles. Au travers des sensibilités épaissies, au fond des consciences obtuses, l'amour de l'apôtre allait attiser l'étincelle divine presque éteinte au cœur du païen. Voilà ce que nous devrions renouveler en ce temps qui ressemble si fort à la décadence antique. D'autres font des meetings, des cercles, des journaux, des révélations; nous autres, qui croyons au Christ vivant, Fils unique de Dieu vivant, animés par un ordre secret de ce Christ, notre mission, c'est de redire à l'infini cette parole, cette lettre de créance auprès du monde, de lui donner mille et mille corps, de la faire vivre enfin dans la matière, par notre conduite, par nos gestes et par nos oeuvres.
Relisez la parabole des Talents et celle de la Maison: « Tout homme qui entend ces paroles que je dis et qui ne les met pas en pratique sera semblable à l'insensé qui a bâti sa maison sur le sable. » Et la divine confidence recueillie par saint jean : « je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez aux autres comme je vous ai fait. »
Le théoricien aperçoit les réalités comme des formules; à force de réfléchir, il désapprend la décision. Le réalisateur voit tout en réalités substantielles; cerveau calme et cœur brûlant, il aime pétrir la vie et goûte l'effort; homme, son désir sera l'œuvre consciencieuse et noble; chrétien, son idéal sera la pitié, le désintéressement, le sacrifice. Le disciple de Jésus, sachant que le divin commence où l'humain s'arrête, cherchera toujours à se dépasser; la difficulté, l'impossibilité, l'incompréhension et l'ingratitude l'attireront davantage que les travaux faciles, suivis de reconnaissance ou de profits.
Le Maître et le Modèle de cette activité surnaturelle, c'est le Christ; Sa méthode, c'est la charité; Son exemple, c'est la charité; l'aide qu'Il prodigue à Ses imitateurs, c'est la charité.
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La charité est une chaîne vivante qui attache Dieu à l'homme, qui tire l'homme vers Dieu, et qui agrège tous les êtres les uns avec les autres. C'est une flamme vivante dont l'ardeur et la splendeur croissent en proportion des obstacles qu'elle rencontre; elle embrase à jamais quiconque en reçoit une étincelle et, nourrie de la force vive de notre cœur, elle se répand sur tout ce qui l'entoure comme l'eau d'une source intarissable.
Elle ne cherche pas les douceurs mystiques ni les ravissements; elle plane, les ailes immobiles, comme le grand aigle des solitudes; son regard découvre, où qu'ils se cachent, les misérables et les souffrants; elle fond sur eux pour les emporter vers le soleil du pur Amour. Sa vie est une mort innombrable parce qu'elle se donne toujours tout entière et, à chacune de ses agonies, le Père la ressuscite pour de nouveaux sacrifices.
Les peines et les fatigues sont sa nourriture, parce qu'elle y découvre la chair et le sang du Verbe sauveur, formes innombrables de la souveraine volonté de Dieu. Tout acte accompli par amour procure, en vertu d'une mystérieuse transsubstantiation, un accroissement à la puissance rédemptrice du Maître de l'Amour. On ne se souvient pas assez que Jésus souffre encore; on oublie que toute prière limpide rafraîchit la fièvre du Martyr perpétuel, cloué sur la croix de la permanente expiation; on oublie que le moindre morceau de pain dont on se prive pour un pauvre cicatrise une des plaies du Crucifié; qu'une visite affectueuse, une corvée allègrement subie, une réconciliation franche, ce sont des joies pour Son cœur sans cesse blessé par les milliards de paroles et d'actions méchantes commises chaque minute dans l'immense univers.
Apprenons de Lui la pitié véritable et la juste bonté. jamais nos plus patientes indulgences n'égaleront la mansuétude dont Il use envers nous-mêmes. Regardons comme Il tâche d'émouvoir les cruels et les pervers. Nous ne savons pas aimer; nous croyons aimer nos enfants, nos parents, nos femmes ou nos maris, nos compagnons, mais, en réalité, c'est nous-mêmes que nous aimons à travers ces êtres. Or, ce maladroit amour nous élève parfois jusqu'à l'héroïsme; jusqu'où ne parviendrions-nous pas si nous aimions en nous oubliant, en nous sacrifiant, si nous aimions nos frères comme Jésus nous aime?
Vous voyez pourquoi il ne suffit point d'aimer ceux qui nous aiment ou qui nous plaisent; il est nécessaire, pour imiter Dieu, d'obliger ceux qui nous sont antipathiques et de faire du bien à ceux qui nous font du mal. Nous ne sommes pas tant sur la terre pour développer nos énergies natives que pour les transformer, les dépasser, pour atteindre aux rives de l'infini. L'école de cette transplantation et de cette renaissance, c'est la lutte contre nos goûts et le don de soi-même aux œuvres rebutantes et aux malheureux déplaisants. De même que l'aumône donne des fruits plus nombreux quand elle est prise sur le nécessaire que lorsqu'elle est distraite de notre superflu, l'amour fraternel procure la plus riche moisson lorsqu'il comporte les gènes, les contrariétés et les dégoûts.
En résumé, plus que les cilices et que les disciplines, plus que les veilles, les jeûnes et les longues oraisons, l'œuvre charitable qu'animent le repentir et l'humilité efface nos fautes et nos crimes, apaise les ressentiments des vaincus de la vie, ouvre leurs cœurs à la Lumière. Et cette descente dans l'organisme social, dans la substance humaine, et jusque dans cette matière que nous croyons inerte, des sublimes effusions de l'Amour constitue notre unique devoir, notre unique raison d'être.
Posté par Adriana Evangelizt