Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
Diable !
Par Robert Muchembled
professeur d'histoire moderne à l'Université de Paris XIII

Le diable hante l'homme depuis les origines. Mais il ne prend pas la même forme et n'occupe pas la même place dans chaque civilisation. L'Occident chrétien a choisi une version subtile du combat primordial entre le Bien et le Mal, pour chasser toute tentation dualiste et donner à Dieu une entière primauté. Saint Augustin l'a élaborée en affirmant que le Créateur a permis le Mal pour en tirer le Bien. Dans cette optique, Satan n'est pas l'égal de Dieu mais son instrument pour corriger les péchés et les errements des mortels.
Jusqu'à l'an mil, le diable est extérieur et polymorphe. Des traditions païennes solidement enracinées le décrivent sous de multiples formes, sans toujours le déclarer nuisible. Il est possible de le berner, de l'utiliser, de le punir, voire de le détruire... Puis l'accent est délibérément porté sur la double image de Satan, à la fois envahisseur de l'enveloppe charnelle des mauvais chrétiens et entité extérieure de plus en plus effrayante, tentant les humains dévoyés puis les attendant, sous une forme gigantesque et hideuse, dans un cruel enfer d'éternels supplices. En deux temps, deux mouvements, la messe est dite : découverts au XIe siècle, les hérétiques membres de sectes diverses sont pourchassés et exterminés comme adeptes du démon.
A la fin du Moyen Age s'installe dans l'imaginaire des clercs l'épouvantable évocation d'une secte diabolique secrète encore plus dangereuse, celle des sorcières. Aux XVIe et XVIIe siècles, l'Europe chrétienne diabolise la femme. L'argument sert à la tenir étroitement en tutelle, dans le seul cadre du mariage monogamique sacré. Hors de ce domaine, toute activité sexuelle lui est interdite, tant par la morale que par la loi, en vertu de sa proximité supposée avec le démon : naturellement porté à la volupté, son corps risque de devenir la porte d'entrée de l'enfer. Satan s'y trouve tellement à l'aise qu'il construit un temple à sa gloire chez ses meilleures adeptes, les sorcières, auxquelles il propose un pacte infernal. La construction s'érode à l'époque des Lumières, mais le XIXe siècle voit le diable à sa porte, sous des formes variées : traditionnelle pour les bons chrétiens ; comme une force révolutionnaire positive aux yeux des romantiques chantant les louanges de l'ange déchu Lucifer persécuté par un Dieu impitoyable.
La pulvérisation du modèle démoniaque se prolonge jusqu'à nos jours. Elle indique tout autant la fin de l'adhésion au dogmatisme religieux que la vigoureuse remontée de traditions anciennes, jamais totalement éradiquées. Satan prend d'innombrables formes parce que celles-ci correspondent à des besoins divers, dans des sociétés occidentales marquées par un individualisme croissant, où de multiples « tribus » urbaines cherchent à afficher leur originalité. Il demeure profondément lié à la sexualité, bien que le statut de celle-ci soit de plus en plus positif pour beaucoup de nos contemporains hédonistes. Il désigne toutes les craintes et les angoisses imaginables : l'ennemi par excellence, l'autre trop différent de soi, ou comme le dit un auteur de bande dessinée, tout ce que les auteurs du genre « reprochent à la société, ce qui leur fait peur ». Staline ou Hitler diabolisaient leurs opposants. On ne compte plus actuellement les « grands Satans » qui se rejettent mutuellement l'accusation. Le diable, c'est l'autre dont on réfute les valeurs en prétendant qu'elles appartiennent au domaine du Mal.
Sources Historia
Posté par Adriana Evangelizt