Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
Le vent de la révolte souffle au Caire
La chute de l'Empire ottoman et la fin du califat renforcent le courant fondamentaliste qui s'est développé dans la mosquée Al-Azhar du Caire. Voici comment. Entretien avec Malek Chebel, anthropologue
Au début du XXe siècle, l'islam vit une situation paradoxale. Le monde musulman vient en effet de vivre une ère de grande effervescence intellectuelle, la Nahda (lire encadré), où les théologiens les plus influents ont démontré toute la modernité du message du Prophète et tenté de réformer l'islam. Pourtant, c'est exactement au même moment qu'une frange non négligeable de croyants se radicalise dans un certain nombre de pays arabes et africains. Ce double mouvement peut dérouter. Pour bien le comprendre, il convient d'examiner comment s'organise alors la communauté des musulmans.
L'islam n'est pas du tout une religion centralisée comme peut l'être le catholicisme romain. L'islam politique ou, du moins, institutionnel, est représenté à l'époque par l'Empire ottoman. Cet Etat, on peine aujourd'hui à en imaginer la puissance. Si je devais prendre une image, je dirais qu'ils sont les Etats-Unis de l'époque. L'influence ottomane est en effet sensible dans l'ensemble du monde sunnite. Du Maghreb aux portes de l'Europe occidentale en passant par le Proche-Orient, « la Sublime Porte », comme on l'a joliment surnommée, offre alors une vision structurée de l'islam à travers l'institution du califat. Adossés à ce califat, protecteur de l'islam, les grands théologiens ottomans passent les décrets, les fatwa qui régissent l'ensemble de la communauté des fidèles (la oumma).
Or, cette très grande puissance ottomane est, depuis quelques années, en train d'agoniser. Rongé de l'intérieur, ce gigantesque empire commence à se fissurer. Istanbul n'est plus que l'ombre d'elle-même. Le pays va devenir « l'homme malade de l'Europe ». Le califat vit ses dernières heures. Si l'on devait dater son acte de décès, ce pourrait être 1908 et la révolution des Jeunes-Turcs. Mais plus sûrement encore 1914. Car c'est bel et bien la Première Guerre mondiale qui va l'achever.
L'Egypte a toujours été l'antithèse de la « Porte ». Et plus précisément la grande mosquée Al-Azhar (la Brillante), au Caire, qui est son principal centre de réflexion doctrinale et philosophique. Cette mosquée, fondée en 970 par le quatrième calife fatimide Al-Mui'zz li-Dîn Allah et dont le nom rend hommage à Fatima Zahra, la fille de Mahomet, abrite l'une des plus prestigieuses universités du monde musulman. Ses recteurs y jouissent d'une autorité morale incontestée. C'est là que sont formés la plupart des muftis arabes et africains. Mais, pendant longtemps, elle a d'une certaine manière vécu à l'ombre de la « Porte ». La chute de l'Empire ottoman va lui permettre de se réveiller en consolidant sa position jusque-là purement symbolique. A la chute du califat, la mosquée Al-Azhar va ainsi prendre, dans un sens, le relais d'Istanbul. L'islam qu'elle incarne est un islam de contestation... Notamment à l'encontre des puissances colonisatrices, y compris vis-à-vis de l'autorité du khédive, considéré par les leaders d'Al-Azhar comme un tyran à la botte des Anglais. Deux figures intellectuelles incarnent ce courant contestataire. Ils ont pour nom : Al-Afghani et Mohammed Abdou.
Le premier, Jamal al-Dîn al-Afghani (l'Afghan) est né en 1838 dans une famille originaire de Kaboul, d'où son surnom. Il a dû quitter son pays en 1868, au moment où se multipliaient les soulèvements contre l'armée britannique, car les autorités coloniales estimaient que ses prédications constituaient des appels à la révolte. Exilé à Paris, il a prêché tout au long de sa vie en faveur du retour au Coran, qui représente à ses yeux l'unique moyen de guidance et la base de toute réforme pour le monde musulman. Mort en 1897, il laisse de nombreux écrits et d'importants fils spirituels. Parmi eux, figure Mohammed Abdou. Cet Egyptien a rencontré Al-Afghani en France. De dix ans son cadet, il milite lui aussi contre le colonialisme européen en appelant à l'union des pays musulmans. Ce qu'il formalisera dans un traité philosophique : Risalât at-Tawhîd (« Théologie de l'unité »). Il est salafiste, en ce sens qu'il affirme que seule la foi des ancêtres est raisonnable et pratique. Mais, bien que l'islam qu'il promeut soit rigoriste, les moyens qu'il met en oeuvre pour le propager sont résolument modernes. C'est ainsi qu'en 1884 il a travaillé au Liban, à l'établissement d'un système d'éducation islamique inédit et qu'il édite parallèlement un journal révolutionnaire appelé Al 'Urwa al Wuthqa, (« le Lien indissoluble », d'après une expression empruntée au Coran).
Après sa mort, en 1905, l'un de ses disciples, Mohammed Rachid Rida, reprend le flambeau. En fondant la revue Al-Manâr (« le Phare » ou « le Minaret »), ce théologien syrien profondément marqué par les théories wahhabites (lire encadré) va s'attacher à lier identité arabe et identité musulmane, et à rapprocher les points de vue des nationalistes arabes et des théologiens d'Al-Azhar. Il va également passer une grande partie de son existence à dénoncer la trahison des Turcs... Car l'abolition du califat par Mustafa Kemal Atatürk et la laïcisation à marche forcée de la Turquie (qui se manifeste non seulement par la dissolution des confréries musulmanes en 1924 mais aussi par l'interdiction du voile) est vécue par nombre de religieux d'Al-Azhar comme une trahison ! C'est en rupture avec le modèle turc que les docteurs de la loi d'Al-Azhar vont développer une vision d'autant plus sourcilleuse et orthodoxe de l'islam qu'Istanbul s'européanise ou s'occidentalise.
Le plus connu de ces religieux à dénoncer cette dérive s'appelle Hassan Al-Bannâ. Issu d'une famille pieuse égyptienne, il est né en 1906 et a été formé au séminaire théologique d'Al-Azhar. Dès son adolescence, il fait preuve d'un très grand rigorisme. N'a-t-il pas créé une « association contre les violations de la Loi » dont les membres faisaient parvenir de façon anonyme des remontrances écrites aux personnes suspectées d'avoir enfreint quelque principe religieux ou moral ? Mystique, il se passionne pour l'enseignement soufi, jeûne le lundi et le jeudi. Muezzin à l'oratoire de l'école de Damâhur, il devient en 1923 instituteur au Caire avant de déménager à Ismaïlia en 1927. C'est là qu'il fonde la confrérie des Frères musulmans (Al-Ikhwân al-Muslimîn) qui ne sera officialisée qu'en avril 1929.
La finalité de ce groupe est politique avant que d'être religieux. Al-Bannâ milite en effet pour la décolonisation de l'Egypte. Mais, à l'instar du mouvement du Soudanais Muhammad Ahmad ibn Abdallah qui avait pris, à la fin des années 1880, le titre de mahdi (homme guidé par Dieu), Al-Bannâ se drape dans un discours religieux et ne dissocie pas idéologie et théologie. Pour lui, l'islam englobe tout à la fois les affaires privées et publiques. C'est plus qu'une religion, c'est aussi une nation, une forme de « citoyenneté ». Les Frères musulmans prêchent avant tout pour un retour à la pratique religieuse et à l'observance de la loi islamique (charia). Ils s'engagent par là même à lutter contre l'emprise laïque occidentale et l'imitation aveugle des Européens. L'originalité de ce mouvement tient au fait qu'il emprunte aux techniques d'agit-prop (agitation-propagande) utilisées dix ans plus tôt par les bolcheviks en Russie pour leur révolution. Les Frères musulmans mettent l'accent sur la formation de leurs militants. A travers des enseignements et des commentaires du Coran, l'étude de l'histoire musulmane et de la vie du Prophète, les membres de cette association sont ainsi rodés à la prise de parole en public et à une certaine forme de prédication. L'audience de ce jeune mouvement grandit rapidement.
A l'automne 1932, le siège des Frères musulmans est transféré au Caire car Hassan Al-Bannâ vient d'être muté dans la capitale. Dès l'année suivante, cette association s'ouvre aux femmes ou, plutôt, crée une structure parallèle dédiée aux femmes : les Soeurs musulmanes. Fort du succès de cette seconde organisation, Al-Bannâ multiplie les écoles dans les quartiers pauvres, les associations de charité, les dispensaires et les bibliothèques à travers le pays. Il cible prioritairement les populations les plus déshéritées d'Egypte. Sa confrérie se développe : 2 000 membres en 1933, 40 000 en 1935, plus de 200 000 au début des années 1940. Proche du grand mufti de Jérusalem, qui soutient Adolphe Hitler, Al-Bannâ étend son influence hors des frontières égyptiennes. Les Frères musulmans s'engagent ainsi, en 1948, dans la guerre contre le jeune Etat israélien.
A cette date, le mouvement compte plus de deux millions de membres en Egypte et commence à inquiéter la monarchie en place. Le gouvernement de Nokrachi Pacha décide donc de s'attaquer à ce mouvement. Le 8 décembre 1948, les Frères musulmans sont dissous pour « menées subversives contre la sécurité de l'Etat ». Quelques jours plus tard, le Premier ministre est assassiné par un « frère ». La réplique ne se fait pas attendre. Le 12 février 1949, Hassan Al-Bannâ est tué à son tour. Mais son mouvement va perdurer. Le ressentiment qui se fera jour dans plusieurs régions du monde contre les puissances coloniales, au lendemain de la Seconde Guerre mondial, constituera un terreau très fertile pour la propagation de cet islam radical. Bien qu'interdite par Nasser en 1954, la confrérie, désormais clandestine, essaimera dans plusieurs Etats arabes. Les Frères musulmans constitueront bientôt un important réseau mondial, comme l'avait rêvé Hassan Al-Bannâ. Et, comme plus tard, des prédicateurs chiites vont tenter de le faire dans les pays dominés par cet islam d'origine iranienne. M
Propos recueillis par Baudouin Eschapasse
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Malek Chebel est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages sur l'islam. Parmi les plus récents : Anthologie du vin et de l'ivresse en islam (Seuil), Manifeste pour un islam des Lumières (Hachette Littératures) et L'Islam et la Raison. Le Combat des idées (Perrin).
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Comprendre
Calife
Littéralement le "successeur" sous-entendu de Mahomet. Son autorité est à la fois spirituelle et temporelle.
Khédive
Titre porté par le vice-roi d'Egypte entre 1867 et 1914.
Salafistes
Les mots "salaf", "salafyia" font référence aux ancêtres, aux prédécesseurs. Courant ultraradical, il s'est fait connaître en Algérie avec les Groupes islamistes armés et le Front islamique du salut. On le retrouve aussi en Afghanistan.
La Nahda
Le mot signifie « renaissance » en arabe littéraire. Et cette période, qui court de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, est effectivement une véritable renaissance arabe : à la fois politique, culturelle et religieuse. L'un de ses promoteurs se nomme Rifa'a al-Tahtawi (1801-1873). Ce religieux envoyé parfaire son éducation à Paris, en 1826, par le khédive égyptien Mohammed Ali, passe quatre ans en France. Témoin privilégié de la révolution de 1830, il revient en Egypte convaincu que de grandes réformes doivent être entreprises (introduction du parlementarisme, réforme du droit des femmes, entre autres). Il dessine les grandes lignes de son programme dans un livre : Takhlis al-Ibriz fi Talkhis Bariz (que l'on pourrait traduire par « La Quintessence de Paris ») en 1834. Un certain nombre des réformes qu'il préconise sera entrepris en Turquie à partir de 1839, sous le nom de Tanzimat et développées par des penseurs comme Boutros al-Boustani (1819-1883).
Comprendre
Sunnites
Orthodoxes se conformant à la sunna, seconde source de l'islam. Selon eux, la succession de Mahomet n'est pas héréditaire, le calife est élu. Ils préférèrent d'ailleurs nommer Abou Bakr, beau-père de Mahomet, plutôt que son gendre, Ali.
Le wahhabisme
Ce mouvement, fondé dans l'actuelle Arabie Saoudite, sur l'enseignement de Mohammed ibn Abd al-Wahhâb (1703-1792), incarne l'un des courants les plus rigoristes de l'islam. S'appuyant sur un texte fondateur Kitab at-tawhid (« Livre de l'unicité »), le wahhabisme se réclame du « salafisme ». Il affirme vouloir défendre l'islam contre toutes les déviances, hérésies et idolâtries du monde moderne. Ses fidèles réfutent toute source de législation autre que le Coran et défendent la foi islamique « originelle ». Se revendiquant comme les seuls tenants de l'orthodoxie, ils interdisent le culte des saints, l'édification de monuments funéraires fastueux ou de mosquées luxueuses.
Ils s'opposent à l'usage des pierres tombales qu'ils jugent comme idolâtre, mais aussi à l'érection de minarets au motif que ceux-ci n'existaient pas du temps du prophète Mahomet, ils proscrivent le tabac, l'alcool, les jeux, qui constituent une offense religieuse. Les plus rigoristes interdisent également l'écoute ou la pratique de la musique et de la danse.
Comprendre
Chiites
Les "partisans" - terme péjoratif donné par les "orthodoxes" - considèrent que l'autorité sur la communauté islamique revient aux héritiers de la famille de Mahomet, dont le premier fut Ali, gendre du Prophète et à ses deux fils Hassan et Hussein. Pour les chiites, l'imam, véritable pontife, possède une autorité supérieure à celle du calife.
Sources Historia
Posté par Adriana Evangelizt