Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
La symbolique gitane
par Guy Pierre Geneuil
1ère partie
Préface
Lorsque l'on se laisse entraîner dans les mythes fondateurs, les symboles, la culture et les légendes tziganes, il est difficile d'échapper au charme, presque l'envoûtement, que recèle cette pensée où les cultes de la Déesse Mère et de la Mère Nature tiennent une si grande place.
Qu'il s'agisse de Sara la Kali ou de la création du monde, des patrins (à la fois langage et signes de reconnaissance) ou des moyens utilisés pour guérir les douleurs humaines, physiques ou spirituelles, ou encore des activités légendaires de la vieille Kinèche et du Musicien aux doigts d'Or, tout nous replonge dans un passé que manifestent dans notre imaginaire les cultes druidiques oubliés ou le chamanisme.
Ce que l'on peut appeler une « écologie » à la fois spirituelle et pratique, religieuse et physique est, véhiculée traditionnellement, la dernière référence subsistant des origines de notre civilisation. Au fil des pages du livre de Guy-Pierre Geneuil, on remarquera bien souvent combien la culture tzigane est un conservatoire naturel de ce que notre culture moderne a délibérément effacé. A la manière de l'argile conservant la trace de nombreux éléments et métaux disparus, les mythes et la symbolique tzigane sont un véritable testament d'une culture et d'un âge depuis longtemps oubliés. C'est la raison pour laquelle, il ne paraît pas invraisemblable au lecteur de rencontrer, réunis dans les étangs de Camargue, Jean l'Evangéliste, Sara la Kali (dont le mythe concerne à la fois l'Egypte antique et l'Inde), les Saintes Maries et Maître Jacques, architecte du temple de Salomon. Ces anachronismes mêlant curieusement différents thèmes et civilisations ne sont pas la preuve d'une quelconque naïveté enfantine mais bien plutôt celle d'une rare ouverture d'esprit que sont peut-être seuls à posséder de nos jours ceux qui se veulent avant tout des « voyageurs ».
En réalité, cette représentation du monde réunissant comme dans une mosaïque les éléments semblant les plus disparates est en fait une « materia prima », un terreau sur lequel peut germer ne conception de l'univers qui allie la vision la plus ancestrale et, paradoxalement les concepts les plus modernes.
Qui, dans ce début de millénaire, peut encore se vanter de savoir communiquer et guérir, d'interpréter les signes du temps et les révélations spirituelles en lisant simplement ce que disent les plantes et les arbres, les feuilles et les petits cailloux, comprendre les significations des lignes des mains, des haricots rouges et des lentilles blondes ?
Loin, à des années lumière de ces considérations, des astrophysiciens nous parlent de la naissance des mondes qu'ils interprètent, à leur tour, en déchiffrant, presque inaudibles, les signes de vie se manifestant dans les poussières d'étoiles. Cette image doit nous réconforter, il y a sous nos yeux les prodiges de la technique et les révélations de la Vieille gardienne des traditions tziganes, le plus proche et le plus lointain, mais toujours une découverte des mystères de notre monde et, en définitive, de nous-mêmes.
Lorsque nous réalisons cela, du plus profond de notre coeur, nous pouvons dire aux voyageurs, gardiens des jardins disparus : « Naïs », c'est-à-dire Merci.
Robert-Jacques Thibaud *
INTRODUCTION
Du « Non Homme » à l?Initié
J'ai la chance d'être à la fois gitan et gadjo (c'est à-dire, non gitan). En tant que tel, je sais qu'une partie de moi-même, dans sa philosophie, sa vie et sa mentalité, est un défi permanent à la mentalité et aux pratiques de l'autre. La nature et le type de société formée par les gitans, ou tziganes, sont en effet en totale contradiction avec le mode de fonctionnement de ceux que péjorativement ils nomment les « gadjé ».
Pour les gens du voyage, l'humanité des « non-gitans » est sélective, compétitive, possédante, ce qui la rend naturellement intolérante et prétentieuse. Il leur semble que ses règles et ses priorités sont essentiellement : posséder, posséder encore plus, consommer, consommer toujours davantage, car dans ce type de société, celui qui ne consomme et ne possède rien, ne mérite pas d'être considéré.
La Loire, belle et vagabonde offre un parfait exemple de la différence existant entre ces deux conceptions du monde, celle des tziganes et celle des gadjé. Le fleuve, jadis sauvage, coulait librement et déplaçait dans les sinuosités de ses flots, des matériaux que le courant déposait ça et là, fécondant ainsi les îles de sable où se fixaient diverses végétations. Laissés stériles, ces tertres nus, minés par le courant, se dissolvaient et disparaissaient, emportés plus loin par le fleuve, allant vers d'autres destinées, là où les caresses de l'eau et de l'air pouvaient enfanter d'autres arbres.
Ces temps qu'enrichissaient de nobles contemplations poétiques, sont malheureusement bien révolus puisque actuellement, très loin en amont, les hommes ont greffé d'horribles gigantesques marmites, sur les flancs de la Mère Nature (Terre Mère). Ils dévient les eaux du fleuve par de gigantesques barrages, ou les ébouillantent dans des centrales nucléaires.
Ainsi, avant que l'oeuvre des flots puisse s'accomplir, ceuxci ont été détournés de leurs actes en des nuages qui pleurent, plus loin, sur d'autres terres ingrates que l'homme a pareillement dépouillées et défigurées. Les îles restes stériles et fleuve meurt. C'en est terminé de la poésie !
En écho à nos pleurs, nous parviennent les propos des penseurs du temps :
- « Nous répondons à vos besoins, à ce qui vous rend heureux choisissez entre vos congélateurs, vos radiateurs, vos lumières vos chaleurs ou la Loire avec ses îles meurtrières et sauvages. »
L'intérêt public leur donne provisoirement raison.
Le monde humain « gadjé » se veut cartésien, l'intelligence régnant seule sur son monde où ne brille que son savoir.
Cette seule conception décide hélas de l'architecture et des grandes réalisations de notre temps. En réalité, il s'agit d'un pouvoir gravement malade, dans son corps mais aussi dans son coeur, son esprit et son âme !
Trop occupés dans nos laboratoires, nous n'avons plus souci de nos propres témoignages, nous avons oublié le labyrinthe de Dédale qui nous enseignait par la connaissance de nous-mêmes comment reconnaître la belle et la mauvaise oeuvre.
Partout, l'odieuse mentalité égoïste s'est installée. Dans tous les espaces occupés, le gadjo reste admiratif de ses élites qu'il s'agit pour lui d'imiter quand bien même il les jalouse, les méprise. Il est certain, qu'il lui sera désormais difficile retrouver la simplicité originelle !
La religion est une autre illustration de ce phénomène. En effet, toutes les religions s'approprient Dieu. Le tzigane aussi croit en Dieu - et de quelle belle manière - mais il n'a pas de religion ! Pour lui la religion est encore une dérive des gadjé, produite par leur mentalité, un pur produit d'un esprit sélectif parfois intolérant) mais non d'une recherche réellement spirituelle. Le « veau d'or », adulé et privilégié au quotidien par la société, illustre parfaitement cette aliénation mentale et matérielle. Dans la pratique, il est visible pour tous, que tout se monnaie d'une manière ou d'une autre, tout s'achète et tout se vend : les titres, la gloire, les noms, les idées comme les produits, les philosophes, les convictions politiques et les révélations spirituelles.
Nous navons de cesse de tout régenter, de vouloir tout posséder. Il nous faut régner sur tout, y compris sur le Mystère, c'est pourquoi nous enfermons Dieu dans des textes religieux correspondant aux conceptions de nos actuelles intelligences. Nous avons la folle prétention d'interpréter la tradition divine, orale, après l'avoir écrite. Toujours, il nous faut expliquer.
Je divise, je compartimente, je cloisonne et spécialise, j'alvéole, je protège mes pouvoirs, je censure... Le gadjo c'est apparemment cela, rien que cela.
Voilà ce que nous sommes et qu'éclaire, a contrario, le Tzigane. Celui-ci a une toute autre mentalité lui permettant de déclarer que les gadjé sont :
« nés pour détruire, pas pour conserver.
nés pour haïr, pas pour aimer.
nés pour prendre, pas pour donner.
nés pour voler, pas pour partager... »
Et le Tzigane d'ajouter, dans son silence et sans haine :
- Le gadjo est le non homme puisqu'il nie et se nie, qu'il ne recherche pas la connaissance de sa nature pour son plein épanouissement.
Qu'il ne la respecte pas.
Interrogez le Tzigane. Il vous dira qu'il n'a ni passé ni avenir. Il conçoit l'éternité dans la loi de ce qui se renouvelle d'une façon universelle... Il se coule dans cette conception sans mémoire du passé, sans souci d'avenir car tout est dans l'éternel présent. Il vit libre dans « l'actuel maintenant », permanent et immuable.
Sans jamais parvenir ici-bas à la perfection de l'assimilation du pluriel au singulier, du singulier au pluriel, de l'individu à la communauté, le tzigane va cependant tenter d'obtenir cet état de « Nous-Je ».
CHAPITRE I
Présentation du mode de vie des tziganes
Dans la société tzigane, la tribu est, pour l'enfant, ce qu'est la coquille à l'oeuf. La communauté, mais aussi l'individu Tzigane, sont enrichis et assistés par la Mère (ancienne de la tribu), respectée et honorée par tous, et à qui chacun doit tant de choses, tant en pratique journalière qu'en soins bienfaisants éventuels. C'est l'illustration de la mère généreuse et féconde, la manifestation de Sara la Kali, Sara la Noire, la Terre Mère, la Création divine, manifestée sur tous les plans : le minéral, le végétal et l'animal. La Mère a reçu et dispense l'enseignement spirituel. Elle ouvre à tous, les chemins menant au monde divin promis aux tziganes après le passage de la vie à la mort.
Au contraire, les Gadjé, ou « non-hommes », cherchent par tous les moyens à rendre présent leur passé qu'ils projettent dans l'avenir. Seul l'égoïste refuse le vieillissement car il ne veut pas faire la part des choses dans le cours de sa vie. La mort est une notion inventée par l'homme ignorant mais, ici-bas, le Tzigane expérimente, s'enseigne lui-même puis transmet aux générations nouvelles sa connaissance préservée et son mode de vie.
Jeune, quand intuitivement mes pairs me mettaient en garde contre l'inutilité de la course aux technologies modernes, je répondais que nous devions créer un homme nouveau. J'ai appris depuis que ce que l'on pourrait qualifier de « non faire » constituait en réalité une des formes de la sagesse.
Seul le Tzigane authentique, dans le plus pur mode de vie des « Fils des vents », du Soleil, de la Mer, de la Terre apprend le faire, le bien faire et enfin... le non faire !
Si le gadjo est intelligence, le tzigane, ou Rom, connaît la réalité du monde d'instinct, par intuition. Le monde est fini, pas l'homme, pas le Rom, car l'homme est toujours en perfectionnement et demeure pour cela persuadé qu'il doit continuellement apprendre. Le profane, quant à lui, croit avoir reçu la mission de « définir » le monde.
Le Tzigane croit en la paix mais aussi dans sa force. Il la vit mais ne lève pas d'armées, pourtant il a dû souvent se battre, parfois enrôlé involontaire dans les bataillons des gadjé. Il n'a pas mal vécu cette idée de combattre les « non-hommes », et s'est consolé de son enrôlement en contemplant les gadjé se battre entre eux. Dans son histoire, jamais le Tzigane n'a cherché, pour son idéal, à organiser une force structurée au combat, qu'il soit offensif ou défensif. Le Tzigane est pacifique et non violent de nature, quoi qu'il puisse lui en coûter.
Chez le Tzigane n'existe aucune structure sociale hiérarchisée. Il n'y a aucune typologie de l'organisation mais cependant il vit dans l'unité. Il y a naturellement une grande diversité de tribus, de groupes, de « Kompagnia », de familles, mais toutes sont dans l'unité, rejoignant intimement cette pensée : - Dans l'unité multiple de la vie universelle, les espaces innombrables distingués par leur différence sont néanmoins unies.
A l'extrême limite, je pourrais écrire qu'il n'y a pas de « race tzigane », pas d'exclusion, pas de sélection ethnique, mais un mode de vie permettant l'intégration pleine et entière de tout nouveau « Frère », nouveau membre ou maillon dans la famille qui l'accueille. Il ne sera pas demandé au nouveau venu, nouveau-né, à quel endroit il est né, ni de quelle race étaient ses parents. C'est en ce sens que la mère adoptive devient la vraie mère, comme la Terre Mère, elle-même, adopte, bon gré mal gré, tous ses enfants.
Tout homme, tzigane ou gadjo, choisissant librement, puis épousant pleinement la tradition de vie des gens du voyage devient Rom d'office, véritable et authentique, et conserve pour toujours cette qualité.
En attendant son intégration pleine et entière qui dépendra de sa propre détermination, le gadjo ou la gadji prendra provisoirement pour nom : racli (pour la femme) et raclo (pour l'homme) mais, pour être un Rom, il faut savoir nier tout ce qui emprisonne, ne plus vouloir connaître ses anciennes activités.
C'est là le prix et la seule condition de la liberté.
S'il est un peuple parmi tous qui garde ici-bas la pureté de sa connaissance traditionnelle, c'est bien le peuple tzigane. De tous temps, il a su conserver l'enseignement qui fait son particularisme.
Si le gadjo reste admiratif de celui qui arrive au sommet de l'échelle sociale, dans la population tzigane, la référence est inverse. Est admiré celui qui sait se jeter dans l'unique point central de l'unité de l'homme et de sa nature terrestre, pour et par l'unité de l'âme et de la nature divine.
Est admiré et désigné en référence, montré en exemple, celui qui est, et vit, libre, au plus près de la « non possession ».
En fait, le gadjo s'épuise et se perd dans la recherche et dans l'amertume. Il semble en fait que ce soit lui, le fameux errant.
D'où l'éternelle question que l'univers lui pose :
- Gadjo, as-tu tes papiers, possèdes-tu ton carnet de circulation dans l'espace-temps ?
L'idée a de quoi faire sourire ! Une quête sans fin dans le cercle du monde, dans l'espoir vaniteux et vain d'une impossible terre promise. Il n'y a pas là de quoi se prévaloir d'une quelconque supériorité !
Le Tzigane n'est pas triomphaliste. Il est très réaliste de sa piètre condition humaine, de son état d'être délabré, comme celui du gadjo. Il chante l'impossible Amour et l'impossible Pays. L'impossible Paix à atteindre ici-bas.
A tous les gadjé et à tous les tziganes, à tous les initiés gitans et à ceux qui sont nés gitans, je dis enfin attention ! Nous avons tous la même chance à l'altérité. La même malchance, peut-être ? Ce sera à vous de juger, lecteurs.
Je veux préciser qu'en ce qui concerne leurs modes de vie respectifs, on ne peut dire du tzigane qu'il est dans la lumière tandis que le gadjo se trouve dans les ténèbres. C'est inexact d'un côté et faux de l'autre.
Je veux dire que dans la finalité, que l'on peut appeler Lumière, chacun cherche son propre but, ses propres vérités, son propre espoir, tout comme le firent jadis les Chevaliers du Graal. C'est le sommet que veut atteindre tout homme, initié ou profane, gadjo ou non-homme. Tous sont sur le même banc d'une même école, celle de la vie au sens le plus large.
Nous sommes tous entourés de lumières et de ténèbres, il ne dépend que de chacun de nous de basculer d'un côté ou de l'autre.
Abrégé historique, origine des tziganes
La terre d'origine des voyageurs (que nous nommerons Tziganes par souci de simplification) se situerait dans l'Est de l'Inde. Ils descendraient d'une des branches népalaises et birmanes, les Gouds, appelés aussi Sind'Hi, Sinti ou Sindi Luri. Ceux-ci domptaient les chevaux et enseignaient le yoga. Ils jouaient avec le feu, le manipulaient, faisaient des sauts périlleux.
De nos jours encore, on rencontre des tribus Sindis Manus.
On découvre leur trace pour la première fois en France en 1409 à Sisteron. Ils sont décrits comme des « nègres » ou des « égyptiens » et sont, dans la même année, réduits à l'esclavage.
Ils ne furent affranchis qu'en 1429. Ces différentes vicissitudes ont été consignées dans le journal que tenait alors un bourgeois de la ville.
En 1504, sous Louis XII, premières sanctions contre ces intrus et vagabonds qu'on nomme « bohémiens » à la suite d'un édit du roi de Bohème, Sigismond, lequel nomma un voïvode, Ladislas, chef des tziganes. A cette époque, en France, en raison du fléau qu'était le brigandage, le vagabondage pouvait être puni par la pendaison.
En 1539, François 1er accuse, par un édit, les Bohémiens d'abus et de tromperie. Il en résulte pour eux, l'interdiction de séjour, le bannissement qu'accompagnent des punitions corporelles.
En 1561, Charles IX par un autre édit, ordonne aussi l'interdiction de séjour, bannissement et punitions corporelles mais y ajoute les cheveux rasés pour les hommes, les femmes et les enfants.
Le bon roi Henry IV interdit, quant à lui, les attroupements de plus de trois ou quatre personnes et ordonne des punitions pour ceux que l'on reconnaît être vagabonds et « mal vivants » (ou vivants hors normes).
En 1647, Louis XIV interdit d'être bohémien ! et condamne aux galères ceux qui le sont cependant.
1660, punitions corporelles affligées aux bohémiens.
1666 et 1673, galères pour les hommes, fouet, flétrissure, bannissement pour les femmes et les filles.
1700 à 1716, les Bohémiens subissent le carcan, sont fustigés, marqués, puis envoyés aux galères à perpétuité. Les femmes sont rasées, les enfants enfermés dans les hôpitaux.
En 1719, les galères sont transformées en déportation.
1720 à 1722, mêmes peines mais désormais les communautés doivent se regrouper, marcher en ordre. L'armée peut faire feu sur les Bohémiens récalcitrants.
1724, Louis XV ordonne d'arrêter les Bohémiens pour vagabondage. Interdiction de se réunir à plus de quatre personnes. Les hommes valides doivent être glabres tandis que les autres sont fouettés et envoyés à l'hôpital.
1764, lorsqu'un bohémien est arrêté, il est condamné à neuf ans de galères. En cas de récidive, il risque la prison à perpétuité.
An II, l'incarcération est le lot de tout mendiant.
1802, dans le pays basque, interdiction de séjour et interdiction d'être bohémien.
Sous Napoléon 1er le sort est le même qu'au pays basque, mais il s'y ajoute l'enrôlement de force dans la marine. Les hommes valides sont envoyés aux travaux forcés tandis que le bannissement existe toujours.
A celle époque, Joséphine de Beauharnais de la Pagerie avait besoin d'esclaves pour ses plantations de cannes à sucre et de coton, aussi fit-elle envoyer dans les Caraïbes des esclaves noirs et des femmes tziganes car les coulis des Indes, les Juifs errants « ou » les « becquets grégoire » ne supportaient pas le climat. En effet, seuls les Tziganes et les noirs s'acclimataient à ces régions. Il fallait des bras dans les îles car les Indiens caraïbes avaient massacré les Awawak et les négriers avaient quant à eux exterminé les Indiens caraïbes.
Par la suite les Tziganes furent parqués dans les Landes.
Rappelons pour mémoire qu'en Roumanie, en 1845, les fils et héritiers de Sédar Nicolaï Nica de Bucarest, furent autorisés à vendre deux cents familles tziganes.
1912, en France, tout tzigane est fiché dès l'âge de deux ans et doit être porteur d'un carnet anthropométrique devant être visé par les autorités à chaque déplacement. Son véhicule doit porter une plaque SDF (sans domicile fixe) suivi d'un numéro permettant la surveillance. Le carnet est le même pour les criminels, les prostituées ou les interdits de séjour.
De 1949 à 1968, une commission interministérielle est chargée d'étudier l'attitude des Pouvoirs Publics à l'égard des Tziganes, des Bohémiens ou des Romanichels. Trente ans après, soit en 1979, les conclusions furent publiées. On y soulignait notamment l'insouciance, la paresse « naturelle », la malpropreté « traditionnelle » des populations concernées...
Maurice Grimaud, Directeur Général de la Sûreté Nationale, dans une circulaire aux préfets datée du 16 mars 1964, demande que l'on « sédentarise » les nomades, et que l'on soit un peu plus « nuancé » (!!!) lors de leur arrestation.
En 1968, De Gaulle demande à Roger Frey, alors ministre de l'Intérieur, de transformer le carnet anthropométrique en carnet de circulation. Depuis, tous les nomades, tziganes, gitans, manouches, possèdent ce carnet qu'ils doivent faire viser à chaque changement de département ce qui amène parfois des complications sans nombre pour les « Fils du Vent ». Ainsi, en décembre 1981, un voyageur qui faisait le trajet Aix Paris, s'est fait contrôler dix-huit fois en cours de route...
En résumé, il semble bien qu'un « bon » nomade soit un nomade immobile...
Désignation des tziganes à travers le monde
FRANCE :
- En vieux français : Cingre, Cingar, Cingam.
- En provençal : Caraque (cigale), Boumian, Boims, Bohémis.
- Languedoc : Cocarousse.
- Bourgogne : Camps Volants (gens du cirque).
- Saintonge : Rabouins, Beurdindins.
- Paris : Tzigane, Gitan, Manouche, Roms, Kalos, Bohémiens, Romanichels (péjoratif), Hongrois, Andalous.
- Bretagne : Noirs ou Noireaux.
- ALBANIE : Eugite, Griego, Simgo.
- ANGLETERRE : Gypsie ou Egypcian, Tickers.
-ARABIE : Kurbat, Nawar, Ghaçar Nuri, Zoffi, Panjab Luli, Duman, Helebi Bocha.
- ETHIOPIE : Clon Faw, Sind, Indus.
- ESPAGNE : Egiptano, Egiptanos, Gitano, Calo.
- FINLANDE : Mustalainen.
- EUROPE Centrale : Faraoni.
- GRÈCE : Gyptoï Aigyptraki.
- INDES : Rom + Candala (intouchable) Paria, Dombas,
Aurari ou Zlatari (orpailleur).
- NÉPAL : Manouche, Manus (homme libre).
- PORTUGAL : Kalo, Calao.
- PERSE : Karachi.
- SCANDINAVIE : Gipten, Jippenessen, Tarten.
- SUÈDE : Svart, Tallar.
* Robert Jacques Thibaud est l'auteur, aux Editions Dervy, de Pluton, Itinéraire de la vie éternelle, et de SYMBOLIQUE DES APÔTRES, Itinéraire initiatique de la légende dorée au Zodiaque.
Posté par Adriana Evangelizt