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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 05:35

 

 

LES SERPENTS ET LES DRAGONS VOLANTS

 

Par R. A. Boulay
Traduction Polo Delsalles

19ème partie

18ème partie

17ème partie
16ème partie
15ème partie
1ère partie

 

 Chapitre 10 

 

LE DÉLUGE ET AUTRES PROBLÈMES DE LA CHRONOLOGIE

 

 

« En Amérique, le Mythe de la grande inondation est enregistré par les Esquimaux et Indiens Hare du nord de l'Amérique du Nord et par les Araucaniens du sud de l'Amérique du Sud ».

CAUSES ET EFFETS DU DÉLUGE

L'événement catastrophique, l'inondation du Monde, fut si dévastateur que toutes les cultures du monde en retiennent un souvenir. La religion judéo-chrétienne est probablement unique, car elle blâme la nature pécheresse de l'homme. Dans la Genèse, la raison donnée pour le Déluge fut la dépravation morale de l'homme :

« La terre se pervertit au regard de Dieu et elle se remplit de violence. Dieu vit la terre : elle était pervertie, car toute chair avait une conduite perverse sur la terre ».

Dans les Épiques sumériens, il fut produit par le caprice des dieux. L'Épique de Gilgamesh est silencieux sur ce point et déclare simplement que cela fut décidé par les dieux en délibération. Une explication plus détaillée est fournie dans l'Épique Atrahasis où l'espèce humaine est blâmée parce qu'elle est bruyante et prive les dieux de leur repos :

« Enlil organisa une réunion. Il dit aux dieux, ses fils, 'À cause de leur bruit, je suis dérangé ; à cause de leur tumulte, je ne peux pas dormir' ».

L'inondation qui engouffra la Terre fut décrite dans de nombreuses sources. La Genèse contient probablement la description la plus claire et la mieux connue :

« En l'an six cent de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du mois, ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s'ouvrirent ».

Le conte sumérien semble supporter cette description. Dans l'Épique de Gilgamesh, les fondations de la Terre se sont effondrées, les digues s'écroulèrent et une tempête balaya la Terre. Dans les travaux apocryphes, ce fut prophétisé que, « les grandes réserves d'eau du ciel descendront sur la Terre ».

Par conséquent, de ces contes, la dynamique de la catastrophe peut être décrite comme ayant deux aspects. Premièrement, il y eut une forte pluie soutenue qui dura durant des semaines et, deuxièmement, des raz de marée géants produits par les tremblements de terre balayèrent les terres.

Dans les travaux du Haggadah, l'abri de nuages est cité comme la source majeure de l'eau. Ces anciennes légendes hébraïques font références au Déluge comme une union de l'eau du firmament avec celle qui provient de la Terre. Par conséquent, la question suivante se pose : par elle-même, est-ce que la désintégration subite du baldaquin de vapeur fournirait assez de pluie pour engouffrer toutes les terres ?

Il fut estimé que si l'atmosphère est composée d'humidité pure se condenserait soudainement, la quantité d'eau serait de 30 pieds [10 mètres], certainement pas assez pour inonder la Terre. Toutefois, les océans de la Terre contiennent plus de 200 millions de milles cubiques d'eau.

Le mouvement soudain de cette masse d'eau serait assez pour noyer approximativement trois-quarts de la surface actuelle de la planète et dans certains cas, aussi profonds que 30,000 pieds [10,000 mètres]. Les mouvements de la marée, en plus de la condensation des nuages, fourniraient assez d'eau pour submerger le plus grand continent.

Plusieurs théories furent émises pour expliquer l'événement qui déclencha la catastrophe, du proche passage des planètes Mars ou Vénus à un déplacement de la masse glaciale de l'Antarctique. [Note de l' éditeur : La dernière phrase indique que Boulay fut bien informé des théories du Dr Immanuel Velikovsky, parce que Velikovsky est le seul qui discute des proches passages de Mars et Vénus. Dans la matière de Sitchin, le déplacement de la masse de glace de l'Antarctique est cité comme cause et, je n'ai jamais pensé que Sitchin est exact à ce sujet. Selon moi, le « Déluge » fut causé par un changement de l'axe polaire, non pas causé par Mars ou Vénus mais plutôt par l'arrivée ou le départ de la planète Nibirou Hyperboré ».]

Les légendes rabbiniques suggèrent que ce fut un événement cosmique qui causa aussi des changements dans la position des étoiles. Il affirme que deux étoiles furent enlevées de la Constellation des Pléiades et remplacées par deux étoiles de la Constellation de l'Ours. Les légendes suggèrent aussi qu'il y eut d'autres changements parmi les sphères célestes pendant l'année du Déluge, impliquant le soleil et la lune, bien que ces changements ne soient pas spécifiés. [Note de l'éditeur : C'est très intéressant. En provenance des Pléiades ou non, il y a deux étoiles importantes mais mystérieuses dans le Système Sirius, Sirius A et Sirius B. Le départ d'une étoile pourrait faire référence à l'explosion de l'étoile géante rouge Sirius B et son effondrement subit en étoile de neutron invisible, une naine brune, en rapport avec la capture de la planète Nibirou par ce système solaire.]

Quelle que soit la cause, son intensité fut assez importante pour diviser l'histoire de l'espèce humaine en deux grandes périodes. L' époque antédiluvienne est connue comme le temps des dieux : « l'âge d' or » dans plusieurs mythologies. Ce qui fut accompli par l'homme et les dieux fut emporté par la catastrophe.

Il est généralement accepté que la fin de l'ère glaciaire libéra d' énormes quantités d'eau ; cela a peut-être contribué également à l'inondation de la Terre. La date de la fin de l'ère glaciaire fut fixée arbitrairement à plusieurs dates se situant généralement autour de 10,000 avant J.-C. Cependant, il existe des preuves que cela aurait pu se produire aussi récemment que 4000 avant J.-C.

Dans son livre, « Worlds in Collision », Velikovsky introduit des preuves qui démontrent que les Chutes Niagara, créées à la fin de l' ère glaciaire, peuvent dater seulement de 7,000 ans ou moins. Cela fut déduit par des géologues qui étudient l'usure graduelle du roc du lit des chutes, créant aujourd'hui un contour en forme de fer à cheval. Au taux d'érosion annuelle et, allouant même un plus haut taux au début, ils suggérèrent que les Chutes Niagara furent créées environ entre 4,000 et 5,000 avant J.-C. [Note de l'éditeur : Le mystère est résolu, il a lu les livres de Velikovsky.] Des preuves de plusieurs endroits sur la Terre indiquent que le niveau de la mer antédiluvien fut de beaucoup inférieur à ce qu'il est aujourd'hui. Des niveaux inférieurs signifieraient que les vieux littoraux seraient différents. Si le lit continental avait été le littoral originel des continents, les mers mondiales auraient été de 150 à 200 pieds [45 à 65 mètres] de moins qu 'aujourd'hui. Le lit continental est d'origine sédimentaire, indiquant qu'il avait existé comme le littoral pour une très longue période de temps.

La condensation subite des nuages ou du baldaquin de vapeur aurait en-soi fourni une partie de cette eau, peut-être autant que 30 pieds. Mais le mécanisme qui causa cette condensation et qui produisit le Déluge aurait aussi pu terminer l'ère glaciaire. La fonte de la glace polaire et la précipitation des nuages auraient pu élever le niveau des mers mondiales à ce qu'il est aujourd'hui. Les eaux sur le lit continental de l'Est de l'Amérique du Nord varient en profondeur jusqu 'à 600 pieds ; mais la plupart sont à environ 200 pieds. Une baisse dans le niveau de la mer de 200 pieds exposerait la plupart de la table continentale.

La même chose est vraie du Golfe Persique où une baisse de 150 à 200 pieds découvrirait la plupart des terres et laisserait un golfe beaucoup plus petit, plus comme une grande rivière en largeur. Donc, les villes sumériennes originales construites au temps antédiluvien, seraient sous les eaux adjacentes du Golfe. En d'autres mots, les villes qui sont en voie d'être excavées en Mésopotamie furent construites en sol vierge et non sur les ruines des villes antérieures.

UNE CHRONOLOGIE POUR LA PÉRIODE DE LA NAISSANCE d'ABRAHAM À LA MORT DE SALOMON (toutes les dates sont avant J.-C.)

2167 Abraham naît à Ur en Mésopotamie. 2106 Térah et Abraham partent pour Haran. 2099 Le Pacte des 5 rois de Canaan avec les rois de l'est. 2092 Abraham part pour Canaan. 2091 Abraham va en Égypte. 2086 Abraham revient d'Égypte. 2085 L'invasion des rois de l'est. Destruction les citadelles de la Cisjordanie. La capture de Cadès. Le pillage de Sodome. Abraham pourchasse et délivre Lot. 2082 Ismaèl naît de Hagar, l'égyptienne. 2068 La Convention avec El Shaddai. 2067 Les villes de la vallée Siddim sont détruites. La Mer Morte est formée. Isaac naît. 1992 Abraham meurt et lègue tout à Isaac. 1887 Isaac meurt à 180 ans. 1877 Jacob va en Égypte. 1860 Jacob meurt en Égypte à 147 ans. 1447 Moïse mène la troupe hors d'Égypte. 1407 Josué envahit Canaan avec les Israélites. 1021 Saül devient le premier roi de Judée/Israël. 1011 David devient roi. 971 Salomon commence son règne. 931 Salomon meurt et le royaume est divisé.

[Note de l'éditeur : Il n'y a rien de fondamentalement inexact avec cette chronologie ; cependant, ici et là, elle n'est pas tout à fait juste. Par exemple, le règne de Salomon commença en l'an 995 plutôt que 24 ans plus tard. En supposant que le reste de la chronologie soit relativement juste, toutes les dates plus tôt que le règne de Solomon doivent aussi être poussées en arrière de 24 ans. Cela placerait la date de l'Exode à 1 461. Le temple de Salomon fut commencé dans sa quatrième année, la 480ème année après l'Exode. 9954 = 991, + 480 = 1 471, une différence de seulement 10 ans de la date précitée. Cependant, la catastrophe qui provoqua l'Exode, l'invasion Hyksos de l 'Égypte et le cataclysme Thera/Santorini devrait être placée en l'an 1,588 avant J.-C.]

4,000 AVANT J.-C. COMME DATE APPROXIMATIVE DU DÉLUGE

Il y eut plusieurs tentatives pour dater la catastrophe mondiale connue comme le Déluge, mais jusqu'ici, aucune n'est généralement acceptable. Puisque Sumer est considéré comme l'origine de la civilisation occidentale, des preuves archéologiques dans la plaine mésopotamienne semblent présenter les meilleurs signes pour établir la date du Déluge. Les villes de l'ancien Sumer devraient fournir un registre vrai et logique de l'origine de ces villes telles que trouvées dans les couches de limon posées les unes sur les autres par la grande inondation.

Mais ses couches de limon ne sont pas cohérentes. Près de l'ancienne ville d'Ur, les archéologues ont creusé et trouvé une couche de huit à onze pieds [2-4 mètres] de limon propre entre des tassements. À Shouroupak, une couche de deux pieds fut trouvée mais pour une période plus tardive. Les strates d'argile propre à Ourouk furent d'une profondeur de cinq pieds, mais encore pour une période plus tardive. Il est évident que si ces strates sont réellement des dépôts de l' inondation, elles ne représentent pas toutes la même inondation puisqu 'elles se produisent à différents niveaux dans la séquence des strates.

Par conséquent, il semble qu'une strate commune de sol vierge doive être localisée plus en profondeur. Les premières villes de Sumer habitées après le Déluge furent Éridou, Ourouk et Nippour ; donc, des preuves de ces premières villes devraient être trouvées à ces emplacements.

Éridou fut considéré par les Sumériens comme étant la plus vieille ville du monde et pour cette raison, elle fut probablement la ville qui donna son nom à la Terre--Earth. Son histoire vient du fait qu' elle fut les quartiers généraux d'Enki, d'où il conduit toutes les opérations pour établir une civilisation. Puisqu'elle fut la première ville reconstruite après le Déluge, des excavations devraient fournir des preuves de l'âge de la civilisation sumérienne.

Les archéologues creusant à ce site trouvèrent un temple consacré à Enki qui semble avoir été reconstruit plusieurs fois. Creusant plus profondément dans les strates, les excavateurs trouvèrent une section des débuts de la civilisation mésopotamienne. Dans une strate datée à 2,500 avant J.-C., les archéologues trouvèrent les ruines reconstruites du temple d'Enki et encore d'autres au niveau daté à 3,000 avant J.-C. Creusant plus loin, ils trouvèrent les fondations du premier temple consacré à Enki. Il reposa sur du sol vierge ; rien n'y avait été construit auparavant. La fondation est datée de 3,800 avant J.-C. C'est alors que la civilisation commença à Sumer. La date du Déluge serait logiquement un peu avant de cette date ou environ 4,000 avant J.-C.

L'origine de la culture sumérienne à ce temps fut confirmée par des objets fabriqués trouvés à Ourouk. Le plus ancien texte connu trouvé en Mésopotamie provient des ruines d'Ourouk et est daté à environ 3,500 avant J.-C. C'est une tablette gravée de petites images ou pictographies, indéchiffrables, mais d'un type qui précéda l'écriture cunéiforme. Allouant plusieurs centaines d'années pour le drainage de la plaine et pour permettre à la terre de se régénérer pour reconstruire les villes, elle démontre aussi, pour le Déluge, une date d'environ 4,000 avant J.-C.

Le Déluge est gravé dans la mémoire du monde comme une catastrophe qui élimina toute la civilisation et commença une nouvelle époque pour l'espèce humaine. Plusieurs cultures datent leurs commencements à ce temps. Le calendrier juif compte le temps d'un commencement énigmatique en 3 671 avant J.-C. ou, « les années qui sont passées depuis que commença le calcul des années ».

Il est généralement accepté que la première Dynastie égyptienne commença au milieu du 4ème millénaire avant J.-C., après une période chaotique de 350 ans qui séparent les rois humains des rois semi-divins de la période archaïque. Ailleurs, le 4ème millénaire est aussi marqué comme la date du commencement du temps, comme par exemple, en Méso-amérique où le calendrier des Olmèques commence en l' an 3,373 avant J.-C.

Les érudits consentent que la clef pour établir le temps des événements bibliques tourne autour de la possibilité de fixer le temps de l'Exode. Plusieurs dates furent proposées, mais elles contredisent des déclarations explicites de l'Ancien Testament ou elles ne correspondent pas à ce que nous connaissons des dynasties égyptiennes de la période. Fondamentalement, le problème est de faire correspondre l'Exode avec les événements courants et subséquents en égypte.

Seulement quelques dates soi-disant absolues existent pour la Mésopotamie et l'Égypte ; et lorsqu'elles sont examinées attentivement, elles ne sont pas si absolues que cela. Le pillier principal de la chronologie égyptienne est basé sur le lever de l' étoile Sirius pendant le règne de Sesostris III de la 12ème Dynastie. Cet événement astronomique est daté en l'an 1872 avant J.-C. et, de cette date, ces prédécesseurs et ses successeurs furent donnés des identifications chronologiques « absolues ».

Quiconque écrivait sur l'ancien Moyen-Orient est comme un escaladeur de montagne, rattaché à une lignée de plusieurs autres escaladeurs, espérant que le premier a fermement ancré son pic dans le roc. Malheureusement, les points fixes fournis par l'astronomie ne sont pas nécessairement absolus et, parfois, des chaînes entières de donnés calculées glissent et disparaissent.

Par contre, si les dates dérivées de la Bible sont utilisées pour construire une chronologie d'Abraham aux rois de Judée, une période d'environ mille ans, les événements de ce millénaire ne coïncident pas avec la chronologie égyptienne traditionnelle. C'est comme si les deux civilisations avaient vécu côte à côte sans aucun contact. Évidemment, quelque chose ne va pas.

Cependant, il peut être démontré que les dates dérivées d'information explicite dans l'Ancien Testament indiquent que les premiers rois de Judée existèrent au même moment que la 18ème dynastie et que l'Exode coïncida avec la chute du royaume central en Égypte.

Les Saintes Écritures placent Moïse et l'Exode au milieu du 15ème siècle avant J.-C. ; d'autres événements bibliques se produisant avant et après l'Exode démontrent l'authenticité de cette date. Une date du milieu du 15ème siècle fournit une base solide pour établir le temps des événements des jours d'Abraham en rapport avec la destruction de Sodome et Gomorrhe et les autres villes de la plaine de Siddim, à l'expulsion des Hyksos d'Égypte et le rôle secondaire de Saül et de David, ainsi qu'à l'identification de la reine de Saba comme la reine Hatshepsout de la 18ème dynastie. La chronologie de ces incidents bibliques peut être corroborée par les données égyptiennes et mésopotamiennes. [Note de l'éditeur : C'est du mot pour mot du livre du Dr Velikovsky, « Worlds In Chaos ». À ce point dans son livre, Boulay présente une table de dates, comparant les chronologies d'Israël, de l'Égypte et de la Phénicie du règne de Saül jusqu'à la mort de Salomon. Essentiellement, il utilise les données de Velikovsky, des données que j'ai entrepris de raffiner dans le traité, « June 15, 762 BCE : A Mathematical Analysis of Ancien History », mentionné auparavant.]

LA DATE DE L'EXODE ET D'AUTRES ÉVÉNEMENTS

Pour établir la date de l'Exode, nous devons faire référence aux versets bibliques pertinents. Dans 1 Rois 6, il est écrit que l'Exode eut lieu 480 ans avant la quatrième année du règne de Salomon, lorsqu' il commença à construire le Temple. Cette année serait 967 avant J.-C., considérant le fait qu'il gouverna de 971 à 931 avant J.-C. La chronologie peut osciller quelques années dues à l'incertitude de la fin du règne de Salomon et la division du royaume. Nous avons choisi une date moyenne entre les deux.

Si le temple fut construit en 967 avant J.-C., nous arrivons à 1447 avant J.-C. comme date de l'Exode, c'est-à-dire, 967 plus 480 ans. Puisque le séjour en Égypte dura 430 ans selon Exode 12, l'entrée de Jacob en Égypte aurait été en l'an 1877, ou 1447 plus 430 ans.

Une analyse de l'information de la Genèse suggère que les patriarches restèrent en la terre de Canaan durant 215 ans avant d'entrer en Égypte. Ce chiffre est dérivé comme suit : Abraham entra en Canaan à l 'âge de 75 ans ; Isaac naquit à l'âge de 100 ans ; Isaac avait 60 ans à la naissance de Jacob ; Jacob avait 130 ans quand il vit le Pharaon. Donc 215 ans (25 + 60 + 130 = 215) se sont écoulés de l'entrée d' Abraham en Canaan et Jacob en Égypte. Ajouter les 215 années à 1,877 avant J.-C. et nous arrivons donc à la date de 2,092 avant J.-C. comme date où Abraham et Lot quittèrent Haran pour la terre de Canaan.

L'établissement du temps des règnes des rois de Judée est aussi critique à toute tentative de synchroniser les chronologies des Israélites et des Égyptiens. Saül est supposé avoir gouverné de 1 021 à 1 011 avant J.-C., David de 1 011 à 971 avant J.-C. et Salomon, de 971 à 931 avant J.-C. Cela nous donne une échelle de temps pour la période de plus de 1200 ans qui entourent la naissance d'Abraham et la mort de Salomon. Une date du 15ème siècle s'accorde bien avec de l' information trouvée dans le livre des Juges.

DES PREUVES PROVENANT DE LA PÉRIODE DES JUGES

Une date plus tôt ou plus tard de l'Exode contredirait l'information contenue dans les Juges. Par exemple, un des derniers Juges s'appela Jephté et il dut transiger avec un puissant roi ammonite qui réclamait la terre de Cisjordanie qui avait été saisie et occupée auparavant par les Israélites durant plusieurs années.

Le roi voulait que la terre de ses ancêtres lui revienne, « parce qu' Israël avait saisi ma terre, quand ils quittèrent l'Égypte ». Il prévient, « rendez-les maintenant pacifiquement et je partirai ». Jephté décrit ensuite l'itinéraire de l'Exode et comment Sihôn ne les laisseraient pas traverser son territoire et les attaquèrent ; donc, les Israélites capturèrent le territoire des Amorites de Arnon à Jabbok et il ajouta, « Pendant que l'Israël habitait Heshbôn et ses dépendances, les Aroèr et ses dépendances et toutes les villes sur les berges de l'Arnon, quelque trois cents ans..., pourquoi ne les avez-vous pas libérées pendant ce temps ? »

Puisque Jephté vécut jusque environ 1100 avant J.-C., l'événement de l'invasion des Israélites dut être vers 1400 avant J.-C., c'est-à-dire, 1100 plus 300 ans. L'invasion de Cisjordanie s'est produite après la période de vagabondage ou 40 ans de leur départ de l'Égypte. En faisant le total, le résultat est en accord avec la date proposée de 1 447 avant J.-C.

Le livre des Juges fournit aussi le règne des divers Juges entre la mort de Josué et la montée de Saül comme premier roi. Cette période, quand les Israélites furent menés par divers Juges, dure approximativement 400 ans.

Dans le livre des Juges, chapitres 3 à 12, le règne de chaque Juge et les périodes anarchiques intermédiaires, commençant avec Otniel et terminant avec le règne des Philistins est de 350 ans. En ajoutant 350 à l'inauguration du règne de Saül, nous avons 1021 plus 350 ans ou 1371 avant J.-C. Une période de 35 ou 40 ans additionnels doit être ajoutée pour le règne de Josué, donnant une date de 1 406 à 1 411 avant J.-C. comme années de l'occupation Israélite.

Vingtième partie

 Posté par Adriana Evangelizt

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE SYMBOLISME DU SERPENT
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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 13:32

Frères Maçons... ce message s'adresse à vous tous mais plus particulièrement à ceux qui ne sont pas dans la Maçonnerie spéculative. Bien que tout le monde soit concerné. A ceux qui cherchent la Vérité.  Vous croyez que sur ce blog, ON vous dénigre. Nous recevons des mails en ce sens. Vous qui devriez savoir décrypter les symboles, il nous semble que vous devriez comprendre le message que l'on essaie de faire passer. Et quel est-il ? A notre dernier détracteur dont nous attendons toujours la réponse, nous avons posé une question : Quelle est l'origine réelle de la Franc-Maçonnerie Occidentale ? On est bien d'accord que c'est aux Templiers que VOUS la devez. Mais les Templiers d'où tenaient-ils leur Initiation ? Et surtout leur avait-ON vraiment TOUT dit en ce qui concerne le Symbolisme, les Rites et la Signification exacte d'une Tradition réservée aux seuls membres d'une Caste qui se la transmettaient oralement depuis des générations quand ON sait que le "Secret" ne devait pas sortir du Clan ? Le noeud du problème se situe à ce point précis. Connaissez-vous, par exemple, l'exacte signification du G ? Où bien ne faites-vous que répéter ce qui a été dit -sous prétexte de dévoilement- aux Templiers ? Réfléchissez... réfléchissez... nous sommes là pour ouvrir la Porte pas pour vous la fermer.

La Franc-Maçonnerie menace Nicolas Sarkozy et elle a raison. Bien évidemment, NOUS en sommes et pour diverses raisons que nous expliquons en détail ICI... ICI... et ICI... en précisant que notre Ascendance Judaïque nous donne accès à des "clefs" que n'ont pas forcément le commun du mortel. Faut-il un dessin, Frères ? Nicolas Sarkozy n'oeuvre pas pour la France. Nous l'expliquons ICI. Bien au contraire. Il a une Mission précise. La Loi 1905 est sa principale cible car il veut introduire le financement des cultes et la construction des édifices pour aller dans le sens de Sa Communauté préférée qui n'est pas la Nôtre puisque nous ne sommes ni sionistes ni religieux mais vraiment laïcs, à savoir Hermétistes. Il faut bien saisir là la nuance et comprendre ce qui l'aiguillonne et ce qui le taraude. Même s'il est intronisé chez les Frères . Simulacre et rouerie. Car l'homme est un Roué et un Sournois. Sa véritable Loge, c'est Ailleurs qu'elle se situe. Et ceux qui le conseillent n'oeuvrent pas pour notre République. Seulement ils sont mâlins. Ils ont commencé par s'intéresser au culte Musulman, pensant que tout le monde n'y verrait que du feu car, pour eux, seul importe la finalité ou le But et plus particulièrement comment y parvenir. Ils prennent toujours des chemins tortueux pour faire avaliser leur Plan. Nous les connaissons bien. Le second point qu'il faut aborder dans le tour que veut nous jouer Sarkozy, c'est qu'il a bien l'intention de faire comme avec le "Révisionnisme" où il est interdit aux historiens de "chercher", il sera bientôt aussi, sans doute, interdit de chercher l'Origine du Judaïsme, car ceci se trouvera irrémédiablement associé à de la Critique, comme critiquer les agissements du gouvernement Israélien est presque associé à de l'Antisémitisme. Là aussi, ILS essaient d'aller dans ce sens pour mieux museler tout le monde. Il faut faire attention aux mots prononcés par Sarkozy ou David Martinon, ils sont importants...  un "principe de respect de toutes les croyances et non un combat contre les religions", "tous ceux qui ont des convictions philosophiques, morales et religieuses devraient avoir à coeur de faire preuve de respect pour les convictions qu'ils ne partagent pas"... ON va commencer par nous imposer le respect puis nous interdire de faire des recherches pour prouver l'Imposture. Or, il est essentiel pour nous de la prouver. Parce que quand nous voyons qui oriente le monde aujourd'hui dans la politique et les guerres au nom d'un lopin de terre, il est très Important que la Vérité voit le jour.

Il faut donc être Vigilants, Frères... très Vigilants. Sarkozy est loin d'être catholique, si on peut se permettre ce jeu de mots... et Unir nos forces pour contrecarrer les plans du Mâlin...

 

 

La franc-maçonnerie menace Nicolas Sarkozy

 

Lorsque les frères ennemis des loges maçonniques publient un communiqué commun, c’est que l’affaire est grave. La dernière fois qu’ils s’étaient ainsi réunis, c’était le 6 avril 2005, pour dénoncer « la contradiction entre le peu d’éclat de la commémoration de la loi de 1905 et la participation des plus hautes autorités de l’Etat » aux célébrations autour de la mort de Jean Paul II, soulignant que « l’amalgame entre le statut de chef religieux et de chef d’Etat du Pape permet de renouer avec des traditions antérieures à la République ».

Aujourd’hui, le Grand Orient de France, le Droit humain, la Grand Loge féminine de France, la Loge nationale française, la Grande Loge mixte universelle, la Grande Loge mixte de France et la Grande Loge féminine de Memphis se réunissent pour condamner ensemble les propos de Nicolas Sarkozy à Rome sur la morale et la transmission des valeurs : « Ces interprétations du président de la République sont contraires aux fondements de notre Pacte Républicain ».

Elles condamnent également ses propos sur la « laïcité positive ».

Enfin, elles « prennent acte » des propos de Nicolas Sarkozy au Grand Maître du Grand Orient « assurant que la loi de 1905 ne serait pas modifiée », ajoutant :
« Si des aménagements techniques paraissent envisagés, ces obédiences maçonniques tiennent à faire savoir qu’elles seront très vigilantes, quant au contenu de ceux-ci. »

Sources Journal Chrétien

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans FRANC MACONNERIE
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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 10:51

 

Le principe de Lucifer 3

Une expédition scientifique dans les forces de l’Histoire

par  Howard Bloom

5e partie

4ème partie

3ème partie

2ème partie

1ère partie

7


UN COMBAT POUR LE PRIVILÈGE DE PROCRÉER



Pourquoi tant de sauvagerie ? La majeure partie de celle-ci naît d’un simple commandement biologique : soyez fertiles et multipliez-vous. Le gorille Effie entraîna ses amies dans le meurtre d’un bébé afin de remporter un avantage pour sa propre progéniture. Livia, maîtresse de la puissante Rome, fit de même au profit de ses fils et des fils que ceux-ci auraient. Là où la violence éclate, des enfants surgissent encore et encore. Les mâles se battent pour le droit d’en avoir. Les êtres humains déclarent des guerres pour que ceux-ci vivent dans un monde plus sûr. Aussi étrange que cela puisse paraître, les enfants, et les gènes qu’ils portent, sont l’une des clés du mystère de la violence.

Un langur gris mâle adulte qui devient le chef s’installe comme un roi au centre de son groupe. Pour de multiples raisons, il tient là un filon. Si vous observez plus en détail les groupes de langurs qui grouillent autour de lui, vous découvrirez qu’ils sont tous ses femmes ou ses enfants. Les femmes font ce qu’il leur ordonne et lui réservent leur corps. Si elles font mine d’engager une relation avec un fringant célibataire, elles sont sévèrement punies, ainsi que le séducteur ambitieux. Inutile de se demander pourquoi le mâle dominant a l’air si arrogant. Il est entouré par une tribu qui sert un seul objectif fondamental : porter et élever ses enfants.

Comme nous l’avons vu dans un précédent chapitre, les membres de la société des langurs ne sont pas tous satisfaits de cet état de fait. Dans la jungle alentour rôde une bande de voyous postpubères qui ont définitivement quitté leur foyer pour traîner avec des durs de leur âge. Leurs hormones sexuelles jaillissantes ont déclenché l’augmentation de leur excitation sexuelle, de leurs muscles et une agressivité prétentieuse. Périodiquement, la bande des jeunes voyous avance sur le territoire où le vieux souverain établi se tient au milieu de sa grande famille. Les rebelles essaient d’attirer son attention. Ils raillent et provoquent le patriarche. Celui-ci reste parfois à distance, refusant d’honorer leurs sarcasmes de la moindre réponse. A d’autres moments, il se dirige vers la périphérie du harem, puis recule et affiche une indignation qui chasse les Jeunes Turcs. Mais, de temps à autre, la bande de délinquants poursuit ses provocations, déclenchant une bagarre pouvant être extrêmement brutale. S’ils ont de la chance, ces parvenus écrasent complètement leur digne supérieur, le chassant ainsi de son confortable foyer.

Puis les membres triomphants de la jeune génération commettent une atrocité. Ils se jettent sur les femelles qui hurlent et saisissent les bébés dans tous les sens. Ils balancent les bébés contre les arbres, les jettent par terre et leur écrasent le crâne. Ils tuent encore et encore. Lorsque l’orgie assoiffée de sang s’achève, il ne reste plus un seul petit. Pourtant, les femelles en pleine maturité sexuelle ont toutes été épargnées.

Cette tuerie est tout sauf un hasard. Comme l’infanticide d’Effie, c’est un simple objectif. Ce groupe de femmes élevait les enfants du vieux mâle qui venait de fuir. Tant que les femelles continueraient à allaiter des enfants, les nouveaux maîtres seraient liés aux enfants de l’ancienne autorité renversée. Un outil de contraception naturel nommé aménorrhée lactationnelle entretiendrait leur désintérêt pour le sexe, ce qui les empêcherait d’avoir leurs chaleurs et donc de porter la semence des nouveaux conquérants.

Lorsque le bébé d’une mère est tué et que l’allaitement est stoppé, par contre, le jeu change du tout au tout. La biochimie de la femelle est modifiée, ce qui ressuscite son intérêt pour le sexe. Elle devient un ventre vide attendant d’avoir un nouvel enfant. Et cet enfant n’appartiendra pas au monarque déchu mais portera l’héritage de l’un des envahisseurs.

Mais les êtres humains ne s’abandonnent certainement pas à ce genre de barbarerie. Quoique. Dans les forêts tropicales humides d’Amazonie vit un peuple nommé les Yanomamo. Leur ethnographe, Napoleon Chagnon, les appelle le " peuple féroce ". Ils s’enorgueillissent de leur cruauté, la glorifiant avec un tel enthousiasme qu’ils font un vrai spectacle des raclées qu’ils infligent à leurs femmes. Et les femmes prennent part à cette brutalité tout autant que leurs maris. Une épouse qui ne porte pas assez de cicatrices des coups de son mari se sent rejetée et se plaint pitoyablement de ce manque de meurtrissures. C’est le signe, pense-t-elle, que son mari ne l’aime pas.

Les hommes Yanomamo ont deux grandes préoccupations : la chasse et la guerre. Le type de guerre qu’ils pratiquent ressemble étrangement à celle des langurs. Les hommes Yanomamo se glissent dans un village voisin et attaquent. S’ils sont victorieux, ils tuent ou chassent les hommes. Ils épargnent les femmes en âge de procréer, mais passent méthodiquement de maison en maison, arrachant les enfants des bras de leurs captives qui hurlent. Comme les langurs, les hommes Yanomamo cognent ces enfants contre la terre, leur explosent le crâne sur des pierres et inondent le chemin du sang de ces bébés. Ils transpercent de la pointe de leur arc les enfants les plus vieux, clouant leur corps au sol. Ils jettent simplement les autres du haut d’une falaise. Pour les Yanomamo, c’est un amusement hilarant. Ils se vantent et se glorifient tout en écrasant des nouveau-nés contre les pierres. Lorsque les guerriers vainqueurs en ont terminé, il ne reste plus un seul nourrisson. Puis les hommes Yanomamo emmènent les femmes capturées vers une nouvelle vie de deuxième épouse. Inutile de se demander pourquoi le mot Yanomamo pour se marier est " emmener quelque chose en le traînant ".

Qu’ont accompli les vainqueurs Yanomamo ? La même chose que les langurs. Ils ont libéré les femelles de leur mécanisme de contraception biochimique qui empêche les femmes allaitantes de porter un nouvel enfant. Les combattants Yanomamo ont rendu le ventre des épouses capturées libre de porter leurs enfants.

Les Yanomamo ne sont pas une étrange aberration sortie de la jungle pour illustrer une idée venant de loin. Au début du quatrième siècle, Eusèbe, premier historien de l’Eglise Chrétienne, résuma ce sur quoi l’étude de l’histoire s’était penchée jusqu’à son époque : la guerre, les tueries au nom de la nation et des enfants. Hugo Grotius publia en 1625 De Jure Bellis ac Pacis ou A propos des lois de la guerre et de la paix, livre qui tentait de rendre la guerre chrétienne plus humaine. Dans cet ouvrage, Grotius justifiait les infanticides. Il citait le psaume 137, qui dit, " Heureux qui saisira et brisera tes petits contre le roc". Ainsi, Grotius était conscient de deux choses : que tuer les enfants de l’ennemi était une chose courante à l’époque du Nouveau Testament et que cela l’était tout autant au dix-septième siècle.

En fait, les efforts impatients des mâles humains pour trouver plus de ventres pour porter leur semence ont été glorifiés par les ancêtres de la civilisation occidentale. Le viol des Sabines, passage de l’histoire romaine que toute personne ayant un peu de culture classique peut conter, était un coup monté semblable à ceux que réussissent fréquemment les Yanomamo. Les héros de l’histoire, un groupe des premiers Romains, invitèrent les hommes de la tribu voisine et leurs femmes pour un dîner et des divertissements. Les divertissements s’avérèrent être des armes romaines. Les hôtes tirèrent leurs épées, attrapèrent les jeunes femmes puis attaquèrent et chassèrent leurs époux. Les pères fondateurs de Rome passèrent ensuite un bon moment puisqu’ils se mirent joyeusement à violer leurs captives en sanglots. Et neuf mois plus tard, il y eut d’autres sanglots lorsque les femmes kidnappées mirent au monde un grand nombre de bébés romains, ceux de leurs hôtes du banquet.

La Guerre de Troie se termina également par une scène que tout guerrier Yanomamo aurait comprise. Elle commença par une bataille à propos d’une femme, une superbe créature qui agissait comme la cane de Konrad Lorenz, la femelle aquatique qui provoquait une bagarre puis revenait vers son partenaire en essayant de la pousser dans la bataille. L’instigatrice, dans le cas du conflit humain, était Hélène. Lorsque les combats prirent fin, les Grecs vainqueurs furent récompensés par un trésor Yanomamo-esque : un butin et les Troyennes qu’ils avaient conquises. Les guerriers emmenèrent les femmes chez eux et les violèrent, mais ne s’embarrassèrent pas des enfants troyens sur le chemin du retour. (Alors que Troie subissait la défaite, Andromaque, l’une des épouses troyennes, expliqua à son enfant ce qui risquait de lui arriver : " l’un des Achéens te jettera, t’ayant empoigné, du haut des murailles – triste fin ! ") Moins d’un an plus tard, les bébés des prisonnières troyennes vinrent agrandir la descendance grecque.

Les Yanomamo, les langurs gris, les Romains et les Grecs furent tous menés par la même force. Ils avaient soif de sexe et cette soif traduisait autre chose : leur désir de peupler le monde de leurs propres descendants. Mais les hommes ne sont pas les seuls.

L'ISOLEMENT, L'ULTIME POISON


Retirez une cellule d'une éponge, empêchez-la de retourner vers ses cellules soeurs et elle mourra. Prélevez une cellule hépatique sur le foie et, isolée, elle aussi s'étiolera et renoncera à vivre. Mais qu'arrive-t-il si vous supprimez à un être humain ses liens sociaux, l'arrachant au superorganisme dont il ou elle fait partie ?

Dans les années 1940, le psychologue René Spitz mena une étude portant sur les bébés séparés de leur mère. Ces bébés étaient les enfants de femmes trop pauvres pour s'en occuper, des enfants qui avaient été placés de façon permanente dans un foyer pour orphelins. Les enfants y étaient maintenus dans ce que Spitz appela un "isolement sensoriel", placés dans des lits à barreaux entourés de draps afin que les bébés ne puissent voir que le plafond. Les infirmières ne s'occupaient d'eux que quelques minutes par jour. Et même au moment du repas, elles les laissaient seuls avec pour seule compagnie un biberon. L'hygiène dans les foyers était impeccable, mais ils n'avaient aucun contact physique, ne recevaient pas d'amour et n'étaient intégrés à aucune toile sociale: leur résistance en fut affaiblie et 34 bébés sur 91 moururent. Dans d'autres foyers pour orphelins, le taux de mortalité était encore plus élevé. Dans certains, il atteignait le chiffre terrible de 90%. De nombreuses autres études ont démontré la même chose. Les bébés ont beau être nourris et abrités dans un lieu où règnent chaleur et hygiène, s'ils ne sont pas tenus dans les bras et caressés, ils ont anormalement tendance à mourir.

Les chercheurs ont trouvé deux moyens de provoquer une dépression chez des animaux de laboratoire: la punition incontrôlable et l'isolement. Mettez un animal seul dans une cage, séparé des autres animaux: il perdra tout intérêt pour la nourriture et le sexe et présentera des troubles du sommeil et une confusion mentale.

La destruction des liens à l'organisme social peut avoir des conséquences extrêmes. Chez les êtres humains, le sentiment de n'être pas désiré peut freiner la croissance. Le flux d'hormones de croissance, selon des recherches récentes, est fortement affecté par les "facteurs psychosociaux". Des singes enlevés à leur famille et à leurs congénères sont sujets à des obstructions artérielles et à des maladies cardiaques. À l'inverse, la durée de vie de lapins pris comme animaux de compagnie et choyés augmente de 60%.

Lorsque leur compagne meurt, les hamsters mâles cessent de se nourrir et de dormir et succombent souvent eux-mêmes à la mort. Ils ne sont pas les seuls. Selon une étude britannique, dans la première année suivant le décès de sa femme, un veuf a 40% de risques en plus de mourir. Dans une autre étude menée à l'Ecole de Médecine Mount Sinaï de New York, des hommes dont les épouses étaient décédées d'un cancer du sein subissaient une baisse très marquée de leur système immunitaire un à deux mois après le décès de leur femme. Une étude portant sur 7000 habitants du comté d'Alameda, en Californie, montre que l'"isolement et l'absence de liens sociaux et communautaires" ouvrent la porte à la maladie et à un décès prématuré.

Une enquête encore plus importante menée par James J. Lynch sur les données actuarielles et statistiques concernant les victimes de maladies cardiovasculaires indique qu'une proportion étonnante du million d'américains qui décèdent chaque année suite à des problèmes cardiaques présente une difficulté sous-jacente qui semble déclencher leur maladie: "manque de chaleur et de rapports significatifs avec les autres." D'autre part, des recherches européennes indiquent que s'embrasser régulièrement fournit de l'oxygène supplémentaire et stimule la production d'anticorps.

La proximité des autres peut guérir. La séparation peut tuer.

Rompre les attaches qui lient deux individus peut aussi être fatal dans la nature. Jane Goodall, chercheuse qui étudie les chimpanzés de la réserve de Gombe en Afrique depuis 1960, a pu observer l'application de ce principe dans le cas d'un jeune animal nommé Flint. Lorsque Flint naquit, sa mère l'adorait. Lui, en retour, lui donnait des coups. Elle l'embrassait, jouait avec lui et le chatouillait jusqu'à ce qu'une sorte de sourire de chimpanzé apparaisse sur sa petite tête ridée. Ils étaient inséparables.

Cependant, lorsque Flint atteignit l'âge de trois ans, le moment vint pour sa mère de le sevrer. Mais Flo, la mère, était vieille et faible. Et Flint, le bébé chimpanzé, était jeune et fort. Flo lui tourna le dos et tenta de l'empêcher de téter. Mais Flint fut pris de brusques accès de colère, il frappa violemment le sol et s'enfuit en hurlant. Finalement, Flo, inquiète, fut obligée de donner la tétée à son fils pour le calmer. Plus tard, Flint développa des techniques encore plus agressives pour obtenir le lait maternel. Si Flo essayait de le repousser, Flint lui donnait des coups de poing et ponctuait ces coups de morsures acérées.

A un âge où les autres chimpanzés avaient quitté le giron maternel, Flint agissait toujours comme un bébé. Alors qu'il était devenu un jeune adulte robuste et que sa mère s'affaiblissait de jour en jour, Flint insistait pour être constamment porté par sa mère. Si Flo s'arrêtait pour se reposer et que Flint voulait absolument goûter le fruit des arbres vers lesquels ils se dirigeaient, l'enfant devenu si lourd poussait, frappait et pleurnichait pour que sa mère se remette en route. Puis il remontait sur son dos et appréciait la promenade. Lorsque ni les poussées ni les pleurnicheries ne motivaient sa mère à le reprendre et à l'emmener là où il voulait aller, Flint donnait parfois à la pauvre mère épuisée un violent coup de pied. Flint était assez grand pour construire son propre abri pour la nuit. Au lieu de cela, il insistait pour dormir avec sa mère.

Flint aurait dû détourner son attention de Flo pour s'intéresser aux chimpanzés de son âge, créant ainsi des liens avec le superorganisme (la tribu des chimpanzés) dont il faisait partie. Mais il ne le fit pas et la conséquence allait en être terrible.

La mère de Flint mourut. Théoriquement, les instincts de Flint auraient dû le pousser à survivre. Mais au bout de trois semaines, il retourna à l'endroit où sa mère avait poussé son dernier soupir et se blottit en position foetale. Quelques jours plus tard, il mourait lui aussi.

L'autopsie ne révéla aucune anomalie physique: aucune infection, aucune maladie, aucun handicap. En toute probabilité, la mort du jeune singe était due à l'équivalent simien de cette voix qui dit aux êtres humains qui subissent une telle perte qu'ils n'ont plus aucune raison de vivre. Flint avait été coupé de son seul lien avec le superorganisme. Cette séparation l'avait tué.

L'attachement social est tout aussi vital pour les êtres humains. Le Dr George Engel, psychiatre et chercheur, a recueilli dans les journaux 275 témoignages de mort subite. Il a découvert que 156 d'entre eux avaient été causés par de graves perturbations des liens sociaux. Cent trente cinq morts avaient été déclenchées par "un événement traumatisant dans une relation humaine proche". 21 décès avaient été causés par la "perte d'un statut, une humiliation, un échec ou une défaite". Pour prendre un seul exemple, le président d'une université avait été contraint à prendre sa retraite à l'âge de 59 ans, poussé par le Conseil d'administration. Alors qu'il prononçait son dernier discours, il fut victime d'une attaque cardiaque. L'un de ses plus proches amis, médecin, s'élança sur la scène pour le sauver. Mais la douleur de la perte de son ami fut trop forte pour le médecin. Il s'écroula lui aussi sur le sol et succomba à une crise cardiaque.

Notre besoin de l'autre n'est pas seulement basé sur notre structure biologique, il est également la pierre angulaire de notre psychisme. Les êtres humains sont irrépressiblement sociaux, à tel point que lorsque nous errons dans notre maison où personne ne peut nous voir, nous parlons tout seul. Lorsque nous nous écrasons le pouce d'un coup de marteau, nous ne maudissons personne en particulier. Dans un univers dont les paradis semblent dénués de matière vivante, nous nous adressons aux dieux, aux anges et parfois aux extraterrestres.

Notre besoin des autres façonne jusqu'aux plus infimes détails de nos vies. Au début des années 1980, un groupe d'architectes décida d'étudier l'utilisation des espaces publics à l'extérieur des immeubles de bureaux modernes. Pendant plus de vingt ans, les architectes avaient supposé que les gens rêvaient de moments de contemplation tranquille, loin de l'agitation du monde. En conséquence, ils avaient conçu pour leurs immeubles des terrasses solitaires séparées de la rue. Ce que découvrirent les architectes, à leur grande stupéfaction, c'est que les gens fuyaient ces endroits isolés. Ils préféraient s'installer sur des murets ou des marches à proximité des trottoirs bondés. Les êtres humains, semble-t-il, ont un désir irrépressible d'observer leurs semblables.

Même de simples distorsions des liens de l'interdépendance sociale peuvent affecter la santé. Selon une étude menée par J. Stephen Heisel du Charles River Hospital de Boston, l'activité des cellules tueuses naturelles (qui défendent le corps contre la maladie) est faible chez les personnes qui, lors du test de personnalité multiphasique du Minnesota, présentent les caractéristiques suivantes: dépression, repli social, culpabilité, faible amour-propre, pessimisme et inadaptation. Ceux qui se sont retirés du monde se sont libérés de l'étreinte de leurs semblables. Ceux qui culpabilisent sont certains que leurs péchés les ont marqués du sceau du rejet social. Les inadaptés n'ont pas réussi à s'intégrer à ceux qui les entourent. Et ceux qui ont peu d'amour-propre sont convaincus que les autres ont de bonnes raisons de les fuir. Dans l'étude, la faible activité des cellules tueuses naturelles n'était pas liée à la prise de médicaments, d'alcool, de marijuana ou d'un traitement médical récent, mais uniquement à des mesures d'altération des liens sociaux.

Selon Meyer Friedman, le médecin qui a défini les personnalités de Type A et de Type B et leurs rapports avec les maladies cardiaques, "Si vous pensez que ce que vous faites n'a pas d'importance et si vous sentez que si vous mouriez, personne ne vous pleurerait, vous recherchez la maladie".

Même le bien-être des hommes que l'on imagine être les moins vulnérables aux forces sociales dépend du sentiment que le superorganisme a besoin d'eux. Lorsque le Président Dwight Eisenhower eut une attaque cardiaque, le 24 septembre 1955, des quantités de courrier arrivèrent du monde entier. Ike affirma, "Cela aide vraiment de savoir que des personnes du monde entier prient pour vous". Le médecin d'Eisenhower sentait que la place du président dans le réseau social pouvait le guérir. Il insista auprès des assistants de Ike pour qu'ils continuent à parler affaires avec le président convalescent, pour lui faire comprendre qu'il était toujours aussi important. Finalement, Ike alla passer cinq semaines de repos à Camp David. C'était la pire chose qu'il puisse faire. Dépossédé du sentiment de son utilité sociale, il fit une grave dépression. C'était la première fois qu'Eisenhower était écarté depuis sa crise cardiaque. Le chef d'état souffrant finit par se rétablirà lorsqu'il put se remettre au travail.

Le sentiment d'utilité dans l'organisme social eut un impact similaire sur un autre guerrier: le Colonel T.E. Lawrence, Lawrence d'Arabie. Au Moyen-Orient, Lawrence était une figure fougueuse et énergique. Il s'habillait comme un Arabe et travaillait dur pour gagner le respect des chefs de tribus. Il avait appris à faire un bond de près de 3 m pour sauter sur le dos d'un chameau, un tour de force que peu d'Arabes pouvaient accomplir. Il s'était endurci à chevaucher dans le désert pendant des jours sans aucune nourriture. Il avait repoussé ses limites jusqu'à acquérir une endurance bien supérieure à celle de la plupart des habitants du désert et pour tout cela, il était l'objet d'une grande admiration.

A cette époque, Lawrence convainquit les Britanniques qu'il pouvait mobiliser les nomades arabes en une grande force de combat unifiée. Grâce à cette force, selon Lawrence, il pourrait participer à la victoire sur les Allemands et les Turcs dans la Première Guerre Mondiale. Le succès de son argumentation amplifia son pouvoir. Lorsqu'il arrivait dans un cercle de tentes bédouines, ses chameaux étaient souvent chargés de plusieurs millions de dollars d'or, en guise de présent pour sceller ses négociations avec les chefs du désert.

Grâce à la corruption et à la force de sa propre réputation, Lawrence rassembla les tribus arabes dispersées dans tout le désert pour livrer l'assaut à Akaba. Sa force prit la ville en dépit d'une inégalité apparemment insurmontable, réussissant même à vaincre une petite armée turque. Après avoir parcouru le désert pendant des jours et mené l'assaut en deux batailles couronnées de succès, Lawrence était totalement épuisé. Pourtant lorsqu'il se rendit compte que ses troupes mouraient de faim à Akaba, il grimpa sur son chameau et chevaucha pendant trois jours et trois nuits, parcourant 400 km, mangeant et buvant sur le dos de son chameau, pour atteindre le Golfe de Suez et demander de l'aide à un navire britannique.

Le sentiment d'être un élément crucial de la réussite de l'organisme social avait donné au jeune officier britannique une endurance physique incroyable. Lorsque enfin la guerre prit fin, Lawrence se rendit dans la ville de Damas en Rolls Royce comme l'un des conquérants de l'immense Empire turc.

Mais lorsque les combats furent terminés et que Lawrence fut obligé de ranger ses tenues arabes et de retourner en Angleterre, il se sentit totalement étranger. Bien sûr, il avait des amis haut-placés--Winston Churchill et George Bernard Shaw, entre autres. Mais il se sentait comme arraché au corps social auquel il s'était greffé. Il était dépossédé de son utilité, inutile pour la bête sociale. Lawrence revint habiter chez ses parents. Sa mère raconta que l'ancien héros de guerre descendait prendre son petit-déjeuner le matin et restait assis à la table jusqu'au déjeuner, fixant distraitement le même objet pendant des heures, immobile, démotivé.

Finalement, à l'âge de 47 ans, Lawrence mourut sur une petite route de campagne, victime d'un accident de moto. Ou était-il victime de quelque chose de beaucoup plus subtil ?

Peu de temps avant sa mort, Lawrence écrivit à Eric Kennington, "Vous vous demandez ce que je fais ? Et bien, en vérité, je me le demande aussi. Les jours semblent se lever, les soleils briller, les soirs tomber, puis je dors. Ce que j'ai fait, ce que je fais, ce que je vais faire, me déconcerte et me déroute. Vous êtes-vous déjà senti comme une feuille tombant d'un arbre à l'automne et en avez-vous été réellement déconcerté? C'est ce que je ressens". Les spécialistes du suicide expliquent que les personnes dépressives qui cherchent à mourir sont souvent victimes d'accidents de la route. Était-ce un pur hasard, alors, que T.E. Lawrence, un homme aux capacités physiques presque surhumaines, se tue en conduisant un véhicule qu'il utilisait depuis des années sur une route un peu en pente? Ou est-ce que les calculateurs internes de l'ancien chef des arabes sont arrivés à la conclusion que, comme une cellule inutile dans un organisme complexe, il était simplement temps pour lui de disparaître ?

FIN DU PREMIER CHAPITRE.

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Posté par Adriana Evangelizt





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Published by Adriana Evangelizt - dans LUCIFER
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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 10:36

 Dans ce chapitre, Howard Bloom s'en prend aux femmes pour expliquer sa théorie sur Lucifer... ces créatures ne seraient pas les créatures pacifiques que vous imaginez, Messieurs ! Mais en étant seulement pacifique en serions-nous arrivées où nous en sommes aujourd'hui en Occident ? Et que dire de ce qui se passe en Arabie Saoudite, par exemple, où les femmes n'ont même pas le droit de conduire une voiture ? On a entendu Sarkozy parler de religion là-bas, mais il n'a pas eu un mot pour la condition déplorable des femmes. Cet homme fait honte à la France.

 

Le principe de Lucifer 3

Une expédition scientifique dans les forces de l’Histoire

par  Howard Bloom

4ème partie

3ème partie

2ème partie

1ère partie

6


LES FEMMES NE SONT PAS LES CRÉATURES PACIFIQUES

QUE VOUS IMAGINEZ

Les enfants paient pour la rivalité entre leurs mères jusqu’à la troisième et quatrième génération.

Gelett Burgess




Les mâles jouent le rôle principal dans les bains de sang. Ce sont eux qui tuent le plus souvent, et eux, également, qui se font tuer. Cela donne une image assez atroce des hommes. Et cette image est vraie. Les mâles l’emportent haut la main sur les femelles dans le domaine de l’agressivité. Retirez les testicules d’un coq et il devient un oiseau pacifique. Recousez ses testicules dans son ventre et les hormones masculines envahissent à nouveau le sang de la volaille. Le poulet au tempérament si doux recommence alors à se pavaner pour déclencher une bagarre.

Il n’est pas surprenant d’entendre des experts déclarer que si seulement nos leaders étaient des femmes, la guerre et les agressions mondiales disparaîtraient rapidement. Nombreuses sont les personnes convaincues que les femelles sont intrinsèquement pacifiques. D’accord, donc Margaret Thatcher, ancien Premier ministre de la Grande-Bretagne, gagna la guerre des Falklands, fournit à l’armée britannique des sous-marins nucléaires et dota ces sous-marins de missiles balistiques à pointe atomique. Indira Gandhi mena une campagne militaire contre le Pakistan, jeta ses opposants en prison et suspendit les libertés civiques. Et les escouades d’assassins de la guérilla de Shining Path au Pérou étaient entièrement dirigées par des femmes. Mais ce sont certainement des aberrations. Vraiment ? La preuve issue du monde de nos plus proches cousins de la famille des primates indique que cette image joyeusement idéaliste des femmes est un aveuglement. Les femelles aussi sont victimes du Principe de Lucifer.

Dian Fossey, chroniqueuse des gorilles des montagnes d’Afrique Centrale, suivait une bande de gorilles depuis neuf ans lorsqu’elle remarqua soudain la disparition de l’un des petits de la tribu. Ce fut un choc. Le bébé n’était pas malade. Fossey ne savait pas ce qui pouvait lui être arrivé. La naturaliste et ses assistants partirent à la recherche des restes du corps, s’attendant à le trouver dans l’un des endroits où les gorilles s’étaient battus contre un groupe rival. Mais Fossey ne trouva de cadavre dans aucun de ces endroits.

Finalement, suivant son intuition, Fossey et ses assistants africains se mirent à recueillir tous les excréments que les gorilles avaient laissés au cours des derniers jours. Après tant d’année à suivre le groupe, les chercheurs pouvaient identifier les excréments de chaque gorille. Pendant des jours et des jours, les hommes passèrent laborieusement au crible les excréments. Finalement, Fossey trouva ce qu’elle cherchait : 133 fragments d’os et de dents appartenant à un petit gorille, qu’elle trouva dans les excréments laissés par la femelle dominante et sa fille de huit ans.

La mère du bébé mort venait d’un niveau social que ces femelles aristocrates méprisaient. C’était une paria que les dames de haut rang raillaient et persécutaient fréquemment. Sa présence ne pouvait tout simplement pas être tolérée en bonne compagnie et son enfant était au-dessous de tout. Fossey conclut que la femelle dominante et sa fille avaient attaqué le petit, puis l’avait tué et dévoré.

Il y avait plus que de la simple cruauté derrière ce meurtre d’un bébé sans défense. Effie, la femelle aristocrate qui avait apparemment dirigé l’infanticide, était dans les derniers jours de sa grossesse. Trois jours après ce brutal incident, elle donna naissance à son propre petit. Effie avait agi comme la femme ambitieuse d’un harem qui se bat pour éliminer les enfants de ses rivales. Par cet infanticide, elle était devenue la seule femelle à avoir quatre enfants dans le groupe au même moment. Elle avait assuré à ses enfants et à elle-même la position de classe dirigeante de la tribu. Ainsi, elle avait transformé le groupe entier en un soutien à sa progéniture.

Effie ressemblait beaucoup à Livia, la femme la plus puissante de Rome il y a un peu moins de deux mille ans, lorsque cette cité se trouvait à l’apogée de sa puissance impériale. Selon la reconstruction soignée de Robert Grave dans I, Claudius, Livia (comme Effie) était une épouse parmi d’autres. Et, comme Effie, Livia était mariée au mâle dominant de la meute. Pour être plus précis, Livia avait réussi à épouser un homme du nom d’Auguste César, qui avait volé à ses rivaux les rênes de Rome et stabilisé l’Empire à une époque de turbulences. Auguste était donc devenu l’homme le plus puissant que le monde ait jamais connu.

Les gorilles réussissent à garder toute une troupe de femelles dans leur sillage. Auguste n’avait pas ce privilège. La loi l’obligeait à ne posséder qu’une épouse officielle à la fois. Livia était la troisième femme d’Auguste. Elle l’avait conquis à dix-sept ans, l’âge tendre. Enfin, peut-être pas si tendre que ça. Selon Graves, la belle adolescente s’était mise à mépriser son ancien mari parce que le malheureux croyait en des principes tels que la liberté pour les citoyens romains. Ces notions exaspéraient Livia. Elle était convaincue que tout le pouvoir devait être centralisé dans les mains d’un seul homme, de préférence un homme qui soit sous son contrôle. Elle divorça donc de son doux idéaliste et se mit à la recherche d’un mari plus dur dont les capacités seraient plus en rapport avec ses propres aspirations.

A cette époque, Auguste était marié à une autre femme. Il avait eu plusieurs enfants de cette femme et semblait raisonnablement heureux du comportement de celle-ci. Mais cela n’arrêta pas la jeune et ambitieuse Livia. Elle réussit à ternir la réputation de l’épouse et à brouiller cette pauvre dame et son mari. Puis elle se glissa dans la brèche, faisant de sa présence la seule consolation logique au désespoir d’Auguste face à la disgrâce de sa femme.

Livia resserra rapidement son emprise sur Auguste. Il ne put bientôt plus prendre une décision importante sans elle. Comme le gorille Effie, Livia s’était battue pour devenir la première dame du groupe. Et comme Effie, Livia n’était pas seulement ambitieuse pour elle-même. Elle était ambitieuse pour ses enfants. Rome avait autrefois été dirigée par un Sénat démocratique, mais Auguste transforma le régime en empire mené par un seul homme. Livia voulait que le trône impérial récemment établi revienne à ses propres enfants.

Cela n’était pas si facile. Il y avait d’autres prétendants au siège de l’autorité impériale. En tête de liste venaient deux vieux amis et confidents d’Auguste. Mais, plus importants encore, il y avait les trois petits-enfants d’Auguste, nés de la fille qu’il avait eue de sa première femme. Un par un, selon Graves, les rivaux moururent. Certains s’effondrèrent mystérieusement, d’autres moururent de lentes maladies et d’autres encore souffrirent de blessures bénignes mais reçurent un mauvais traitement médical. Ni les connaissances de Livia en matière de poisons, ni son réseau d’assistants meurtriers (tout comme les amies cannibales très coopératives de la bande d’Effie) n’étaient en lien avec ces morts.

Finalement, seuls restèrent les enfants de Livia, comme le dit Graves " pour assurer la descendance… La descendance de Livia. " Livia, tout comme Effie, avait éliminé les rivaux de ses enfants et avait assuré à sa progéniture une place en haut de l’échelle sociale.

Il y a environ mille sept cents ans, une impératrice chinoise poussa l’ambition de Livia encore bien plus loin. Pour assurer à ses enfants le contrôle de l’empire, elle élimina chaque membre de la grande famille de sa rivale. En toute probabilité, cet acte mineur qu’est l’homicide n’était pas limité à une poignée d’obstacles humains. Les familles chinoises nobles de l’époque comptaient généralement des centaines, voire des milliers de membres.

Livia, Effie et cette impératrice chinoise étaient aussi assoiffées de sang que n’importe quel mâle. Et la motivation qui les a menées était clairement maternelle : le désir d’offrir tous les avantages à leurs enfants.

Les femmes sont violentes. En fait, les femmes font tout autant partie du mécanisme qui déclenche la violence masculine que les hommes eux-mêmes. L’éthologue et Prix Nobel Konrad Lorenz a décrit un comportement commun à plusieurs espèces de canards. Le femelle court vers la limite du territoire de son partenaire et essaie de provoquer un autre canard, puis revient en courant vers son mâle, reste à ses côtés et regarde son rival enrager dans l’espoir que son partenaire va se lancer dans la bataille. Nombreuses sont les femmes qui ont essayé de provoquer une bagarre similaire.

Les femmes encouragent les tueurs. Elles le font en tombant amoureuse de guerriers et de héros. Les hommes le savent et répondent avec enthousiasme. Les Croisés partaient à la guerre avec les faveurs des dames dans leurs casques. Ils ne partaient pas pour une mission pleine de bonté et de galanterie. En chemin vers l’Asie Mineure, les Croisés faisaient littéralement rôtir des bébés chrétiens lorsqu’ils se trompaient d’identité. Parce qu’ils ne comprenaient pas la langue des populations locales, les galants chevaliers supposaient que les bavards paniqués étaient des païens. Les païens, bien entendu, ne méritaient aucune pitié. Les héros découpaient donc les adultes et faisaient rôtir les enfants sur des broches, tout en pensant à l’admiration que leur témoigneraient les demoiselles de chez eux face à tant de bravoure.

Techniquement, ceci s’appelle la sélection sexuelle. Les femelles d’une espèce développent un désir insatiable pour un certain type de mâle et tous les mâles rivalisent pour se montrer à la hauteur de l’idéal féminin. Les paonnes adorent les beaux mâles dotés d’une imposante queue bleue, ce qui pousse ces messieurs à arborer des panaches de dandy. Les femelles des oiseaux à berceau se pâment devant les célibataires ayant un don pour l’architecture, ce qui amène les mâles à transformer des bouts de bois et des déchets en Taj Mahal.* Et qu’ont recherché les femmes de presque toutes les sociétés et époques ? Le " courage ", la " bravoure ". En résumé : la violence.

La poésie classique du maître arabe Labede (sixième siècle) est un témoignage de la capacité féminine à révéler l’animal dans l’homme. Dans les vers lyriques de Labede, un jeune homme va cahin-caha sur son chameau, rêvant de la façon dont il pourrait attirer l’attention de sa bien-aimée. Elle, semble-t-il, ne reconnaît pas sa véritable valeur. Il rêve de la manière dont il lui prouvera sa virilité par des exploits d’une splendeur audacieuse. Bien. Et quel est l’exploit d’une splendeur audacieuse qui garantira l’admiration d’une belle dans la société tribale du désert de Labede ? Courir jusqu’au village le plus proche, tuer quelques hommes et voler autant de chameaux et de vieux vêtements que possible. La noblesse appartient au tueur. Et les jeunes femmes se pâment d’admiration devant les hommes nobles. Labede vous le dira, cela marche à chaque fois.

Même le poème savant de T. S. Eliot, " Love Song of J. Alfred Prufrock " est le cri intellectualisé d’un homme qui sait que les femmes ne le regarderont pas avec admiration et ne porteront pas ses enfants s’il n’attire pas leur attention par quelque acte violent. " J’ai, chacune à chacune, ouï chanter les sirènes ", se morfond le protagoniste. " Je ne crois pas qu’elles chanteront pour moi. " Que faudrait-il à ces superbes filles de la mer pour prêter attention au poète ? Eh bien, il pourrait être un peu plus, comme le Prince Hamlet, capable de prendre enfin une décision et de tuer. Mais le poète hésite. Il n’est pas le genre de personne à prendre des mesures décisives. Il s’imagine, vieil homme insensé et seul, ignoré par les femmes tout au long de sa vie. Finalement, il se console. " Tu auras (…) le temps ", dit-il, " de mettre à mort et de créer ".

Mais les femelles ne se contentent pas de provoquer la violence parmi les mâles. Elles s’engagent elles-mêmes dans la violence. La primatologue Jeanne Altman, étudiant les babouins femelles du Ambolesi National Park au Kenya, remarqua que lorsqu’un nouveau bébé babouin naissait, les femelles se précipitaient toutes pour le voir. Lorsqu’il grandissait, les femelles babouins revenaient le voir encore et encore. A première vue, leur intérêt était une touchante preuve d’affection, mais en observant de plus près, il s’avérait être une toute autre chose.

Survint en effet un incident typique : une mère et son bébé étaient assis dans l’herbe de la savane. Une femelle d’un rang social élevé marcha avec arrogance vers le couple. Elle tira doucement sur le bras du bébé. Comme la mère ne voulait pas lâcher son petit, la femelle socialement supérieure perdit patience. Elle tira sur le bras plus violemment. Puis elle tira d’un coup sec sur la jambe du bébé. La mère recula, montra les dents et émit un cri d’avertissement. Elle savait ce que cette fâcheuse voulait vraiment. Si elle lui en laissait la moindre chance, cette femelle de classe supérieure attraperait l’enfant, traiterait le petit hurlant comme une poupée de chiffon, le traînerait partout, l’échangerait maintes et maintes fois avec ses amies et finirait par le blesser assez sérieusement pour que son " intérêt " s’avère probablement fatal.

La colère bavarde de la mère finit par porter ses fruits. La femelle de classe sociale supérieure revint vers sa bande. La mère faisait partie de la classe inférieure et était méprisée par les membres arrogantes et peu aimables du cercle fermé de la femelle dominante. La mère inquiète passa le reste de la journée à cramponner son petit. Elle ne pouvait pas cueillir assez de nourriture pour elle et son bébé, car elle était trop occupée à le protéger d’une attaque imprévue. Son enfant gigotait impatiemment dans ses bras. Une recherche plus poussée suggère que l’enfant voulait partir seul et s’amuser. Mais ce bébé ne connaîtrait jamais la liberté de courir et de jouer. Il ne pourrait jamais chahuter et se rouler avec les enfants des femelles dominantes. Il ne connaîtrait jamais cet élan social qui amène la confiance en soi et un esprit vif chez les babouins. Finalement, ce bébé, comme sa mère avant lui, vivrait sa vie d’adulte en bas de l’échelle sociale. La mère du babouin était obligée de l’envelopper de sa protection excessive simplement pour assurer sa survie. Car, parmi les babouins, les bébés des inférieurs ont un ennemi mortel omniprésent : les femelles de la tribu.

* * *

Il est inutile que les femmes rejettent la responsabilité de la violence sur les hommes, et il serait futile de la part des hommes de rejeter cette responsabilité sur les femmes. La violence est en chacun de nous. Lorsque Margaret Thatcher créa une marine nucléaire, elle n’agissait pas d’une façon clairement masculine, ni clairement féminine. Elle n’obéissait même pas à un ensemble de pulsions propres aux êtres humains. Thatcher, comme Livia à Rome, était en proie à des passions que nous partageons avec les gorilles et les babouins, des passions implantées dans les couches primitives du cerveau trine.

A suivre...

Posté par Adriana Evangelizt

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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 03:01

 

Le principe de Lucifer 3

Une expédition scientifique dans les forces de l’Histoire

par  Howard Bloom

3ème partie

2ème partie

1ère partie

DES TACHES DE SANG AU PARADIS

5


MÈRE NATURE, CETTE CHIENNE SANGLANTE



Nous ne voyons pas, ou nous oublions, que les oiseaux qui chantent paisiblement autour de nous vivent principalement d’insectes et de graines, et détruisent donc continuellement la vie.

Charles Darwin,
L’origine des espèces



Les hommes se (sont) toujours mutuellement massacrés(…). Croyez-vous (…) que les éperviers aient toujours mangé des pigeons ?(…) Eh bien ! (…) si les éperviers ont toujours eu le même caractère, pourquoi voulez-vous que les hommes aient changé le leur ?

Voltaire, Candide

 

En 1580, Michel de Montaigne, inspiré par la découverte des tribus du Nouveau Monde encore vierges des dernières complexités de l’Europe, instaura l'idée du " bon sauvage ". Près de deux cents ans plus tard, Jean-Jacques Rousseau popularisa ce concept lorsqu’il publia quatre œuvres proclamant que l'homme naît naturellement bon, plein d’amour et de générosité mais qu’il est corrompu par une force luciférienne : la civilisation moderne. Rousseau affirme que sans la civilisation, les hommes ne connaîtraient jamais la haine, les préjugés ou la cruauté.

Aujourd’hui, la doctrine de Rousseau semble plus puissante que jamais. Des écrivains et des scientifiques du vingtième siècle tels qu’Ashley Montagu, Claude Lévi-Strauss (qui considère Rousseau comme le " père de l’anthropologie "), Erich Jantsch, David Barash, Richard Leakey et Susan Sontag ont adapté cette notion pour condamner la civilisation industrielle actuelle. Ils ont été rejoints par plusieurs féministes, environnementalistes et extrémistes des droits des minorités. Même des organismes scientifiques aussi imposants que l’American Anthropological Association, l’American Psychological Association et la Peace and War Section de l’American Sociological Association ont rallié la cause, absolvant l’" homme naturel " de toute malveillance en ratifiant la " Déclaration de Séville ", manifeste international qui déclare que " la violence n’est ni notre héritage évolutionniste ni présente dans nos gènes. "

En conséquence, nous entendons presque chaque jour que la culture occidentale moderne, avec son consommateurisme, son capitalisme, ses programmes télévisés violents, ses films sanglants et ses technologies détruisant la Nature, " programme " la violence dans l’esprit grand ouvert des êtres humains. Notre société est, à ce que l’on suppose, un incubateur de tout ce qui nous terrifie.

Cependant, la culture n’est pas la seule responsable de la violence, de la cruauté et de la guerre. Malgré les assertions de la Déclaration de Séville, notre héritage biologique intègre le mal dans le fondement de la société la plus " naturelle ". Par ailleurs, la bataille organisée n’est pas l’apanage des êtres humains. Les fourmis font la guerre et vont jusqu’à massacrer et à réduire en esclavage un groupe ennemi. Les cichlidés* se regroupent et attaquent les étrangers. Les myxobactéries* * forment des " meutes " qui encerclent et démembrent leur proie. Chez les lézards, lorsqu’un ancien membre royal du clan a été défiguré par la perte de sa queue, il est harcelé par les autres lézards. Lorsque la reine est trop âgée, les abeilles femelles la chassent dans les couloirs de la ruche et fondent sur elle, la piquant sans relâche jusqu’à ce qu’elle meure. Et même les " supercoalitions " rivales d’une demi-douzaine de dauphins mâles se battent comme des gangs de rue, s’infligeant souvent de graves blessures. Les fourmis ne regardent pas la télévision. Les poissons vont rarement au cinéma. Les myxobactéries, les lézards, les dauphins et les abeilles n’ont pas été " programmés " par la culture occidentale.

De nombreux auteurs ont attiré l’attention à la fin des années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix en célébrant un retour à la terre nourricière. Ils pensaient que si nous supprimions l’agriculture à grande-échelle, les moteurs à combustion interne, les télévisions et les climatiseurs, la Nature recommencerait à nous offrir généreusement son paradis originel.

Malheureusement, ces auteurs avaient une vision déformée de la réalité pré-industrielle. Une troupe de lions confortablement installés apprécierait la Nature telle que les environnementalistes radicaux la rêvaient. L’on peut voir le sourire de chaque lion alors qu’il se lèche les pattes et s’étire sur le sol au côté de ses congénères, visiblement enchanté du confort que lui procure leur chaleur. L’on peut voir la bienveillance avec laquelle une mère empêche un lionceau de jouer à tirer sur sa queue. Elle lève ses énormes pattes et repousse doucement le petit lorsque ses morsures deviennent trop douloureuses. Mais la Nature n’a donné à ces lionnes qu’un moyen de nourrir leurs petits : la chasse. Cet après-midi, ces créatures paisibles déchireront une gazelle membre par membre. La bête paniquée essaiera frénétiquement d’empêcher les félins de s’approcher d’elle, mais ils lui briseront le cou et la traîneront à travers la plaine toujours vivante et se débattant. Les yeux ouverts, consciente, sa chair sera entaillée et déchirée.

Imaginez un instant que les lions se sentent soudain coupables de leurs habitudes alimentaires et jurent de renoncer à la viande. Que feraient-ils ? Ils s’affameraient et affameraient leurs petits. Parce qu’ils n’ont qu’une option : tuer. Tuer n’est pas une invention de l’homme mais de la Nature.

Les distractions de la Nature sont cruelles. Une tortue de mer femelle rampe péniblement vers le haut de la plage d’une île tropicale, traînant sa masse dans le sable. Elle creuse lentement un nid avec ses nageoires postérieures et y dépose ses œufs. De ces œufs naît un millier de bébés minuscules et irrésistibles, qui sortent du sable et clignent des yeux lorsque, pour la première fois, ils se trouvent face à la lumière, identifiant rapidement leur route grâce à un compas interne programmé génétiquement, puis entament leur premier parcours, une course vers la mer. Alors que les petits filent maladroitement sur la plage, se propulsant avec leurs nageoires conçues pour une tâche totalement différente, des oiseaux marins, attendant ce festin, fondent en piqué pour déguster les uns après les autres ces mets riches en protéines. Sur un millier de petites tortues, seules trois arriveront peut-être saines et sauves dans les vagues de l’océan. Les oiseaux ne sont pas des créatures sadiques dont les instincts ont été déformés par une overdose de télévision. Ils sont tout simplement engagés dans le même effort que les bébés tortues : l’effort de survie.

Hegel, philosophe allemand du dix-neuvième siècle, a dit que la vraie tragédie ne se produit pas lorsque le bien combat le mal mais lorsqu’un bien combat un autre bien. La Nature a fait de cette forme de tragédie une loi fondamentale de son univers. Elle offre à ses enfants le choix entre la mort et la mort. Elle propose aux carnivores deux options : mourir de faim ou tuer pour se nourrir.

La Nature est comme un sculpteur qui améliore continuellement son œuvre mais pour ce faire elle taille dans la chair vivante. Pire encore, elle a ancré son modus operandi répréhensible dans notre propre physiologie. Si vous avez parfois l’impression d’être plusieurs esprits dans un seul sujet, vous avez probablement raison. En réalité, vous avez plusieurs cerveaux. Et ces cerveaux ne sont pas toujours d’accord entre eux. Le Docteur Paul D. MacLean fut le premier chercheur à énoncer le concept du " cerveau trine ". Selon MacLean, près de la base du crâne humain se trouve le tronc du cerveau, qui sort de la colonne vertébrale telle l’extrémité lisse d’une canne. Au-dessus de cette souche rudimentaire se situe une masse de tissus cérébraux que nous ont légués nos plus vieux ancêtres terrestres, les reptiles. Il y a environ trois cents millions d’années, lorsque ces animaux tournèrent le dos à la mer et clopinèrent sur la terre, leur premier objectif était la simple survie. Les nouveaux terriens devaient chasser, trouver un partenaire, délimiter leur territoire et se battre pour le défendre. Le mécanisme neuronal qu’ils développèrent se chargea de ces fonctions élémentaires. MacLean l’appelle " cerveau reptilien ". Le cerveau reptilien est toujours à l’intérieur de notre crâne tel un noyau au cœur d’une pêche. Il participe vigoureusement à nos activités mentales et nous envoie ses ordres primitifs et instinctifs à toute heure du jour et de la nuit.

Longtemps après que les premiers reptiles se furent éloignés de la plage, leurs arrière-arrière-petits-enfants, bien souvent déplacés, développèrent quelques améliorations nécessaires à leur survie. Parmi ces mises à niveau, on peut citer la fourrure, le sang chaud, la capacité à nourrir des œufs à l’intérieur de leur propre corps et la réserve portative de nourriture pour bébé que nous appelons du lait. Ces créatures remodelées n’étaient plus des reptiles. Elles étaient devenues des mammifères. Les caractéristiques innovantes des mammifères leurs donnèrent la capacité de quitter les tropiques luxuriants pour se diriger vers le nord glacé. Leur sang chaud leur permettait de survivre aux rigueurs d’une période glaciaire, mais il y avait un prix à payer. Avec le sang chaud, les mammifères adultes ne pouvaient plus se contenter de pondre un œuf et de le laisser là. Les mammifères femelles devaient protéger leurs enfants pendant des semaines, des mois et même des années. Et cela nécessitait une organisation sociale plus soudée qui puisse prendre soin de ces groupes de mères et de petits pendant l’allaitement.

Tout cela nécessitait quelques ajouts à l’ancien cerveau reptilien. La Nature s’adapta en construisant une enveloppe de nouveau tissu neuronal qui entoura le cerveau reptilien comme la chair juteuse de la pêche enveloppe le noyau. MacLean appela cet ajout le " cerveau mammalien ". Le cerveau mammalien guidait le jeu, le comportement maternel et un certain nombre d’autres émotions. Il poussait nos ancêtres à fourrure à rester groupés en bandes nourricières.

Plus loin sur le chemin sinueux du temps, quelques-uns de nos ancêtres hirsutes tentèrent une nouvelle expérience. Ils se mirent sur leurs pattes postérieures, regardèrent autour d’eux et utilisèrent leur esprit et leurs mains pour exploiter le monde. Ce furent les premiers hominidés. Mais les aspirations protohumaines étaient peu réalistes sans la création d’un autre accessoire cérébral. La Nature s’adapta, enveloppant les deux vieux cortex de rechange (les cerveaux reptilien et mammalien) d’une fine couche de substance neuronale toute neuve. Cette nouvelle structure, tendue autour de l’ancienne comme la peau d’une pêche, était le néocortex, le cerveau primate. Ce cerveau primate, qui comprend le cerveau humain, avait des pouvoirs impressionnants. Il pouvait visualiser l’avenir. Il pouvait soupeser une action potentielle et en imaginer les conséquences. Il pouvait supporter le développement du langage, de la raison et de la culture. Mais le néocortex présentait un inconvénient : il n’était qu’un vernis fin apposé sur les deux anciens cerveaux. Et ceux-ci étaient toujours aussi actifs, mesurant chaque parcelle de donnée communiquée par les yeux et les oreilles et émettant de nouveaux ordres. L’être humain pensant, quelle que soit l’exaltation de ses sentiments, écoutaient toujours les voix d’un reptile exigeant et d’un ancien mammifère bavard. Elles venaient toutes deux du plus profond de son crâne.

Selon Richard Leakey, éminent paléoanthropologue, la guerre n’existait pas tant que les hommes n’avaient pas inventé l’agriculture et commencé à acquérir des biens. Sous-jacent à l’idée de Leakey, nous pourrions trouver le vœu nostalgique que l’agriculture disparaisse et que nous retrouvions la paix. Mais Leakey a tort. La violence n’est pas le produit du bâton fouisseur et de la houe.

Dans le désert de Kalahari, au sud de l’Afrique, vit un peuple nommé les !Kung. Les !Kung n’ont pas d’agriculture et très peu de technologie. Ils vivent des fruits et des plantes que les femmes cueillent, et des animaux que les hommes chassent. Leur mode de vie est tellement simple que de nombreux anthropologues les ont étudiés, convaincus que les !Kung vivent comme ont vécu nos ancêtres il y a plus de dix mille ans, avant la domestication des plantes. Dans les premières années de l’ethnographie des !Kung, les anthropologues s’enflammèrent. Ces gens simples n’avaient pas de violence, dirent-ils. L’anthropologie avait découvert la clé de l’harmonie parmi les hommes : l’abolition du monde moderne et le retour à la chasse et à la cueillette.

Richard Leakey utilisa les !Kung comme modèles de pré-agriculteurs idylliques. Le mode de vie des !Kung prouvait que s’ils n’avaient pas de charrue, les hommes n’auraient pas d’épée. Mais des études plus récentes révélèrent un fait brutal et inédit. Les hommes !Kung résolvent les problèmes d’adultère par le meurtre. Par conséquent, le taux d’homicide est plus élevé chez les !Kung qu’à New York.

La violence des !Kung se produit principalement entre individus. Chez les êtres humains et les animaux, cependant, la plus grande violence n’existe pas entre individus mais entre groupes. L’exemple le plus effroyable en est la guerre.

Dian Fossey, qui a vécu dix-neuf ans parmi les gorilles des montagnes Virunga en Afrique Centrale et les a observés, considérait que ces créatures étaient les plus pacifiques sur terre. Pourtant, les gorilles des montagnes deviennent des tueurs lorsque leurs groupes sociaux se retrouvent face à face. Les affrontements entre unités sociales, selon Fossey, sont à l’origine de soixante-deux pour cent des blessures des gorilles. Soixante-quatorze pour cent des mâles observés par Fossey portaient les marques d’une bataille et quatre-vingt pour cent avaient perdu ou cassé une canine en essayant de mordre leurs adversaires. Fossey a même trouvé des crânes portant des cuspides de canines plantées dans leur sommet.

Un groupe de gorilles cherche délibérément un autre groupe et provoque un conflit. Les batailles qui en résultent entre tribus de gorilles sont acharnées. L’une des bandes suivies par Fossey était menée par un puissant mâle à dos argenté, un mâle énorme qui quitta une bataille avec la chair si déchirée que la tête d’un os du bras et plusieurs ligaments sortaient de la peau déchiquetée. Le vieux mâle dominant, que Fossey appelait Beethoven, avait été secondé dans ce combat par son fils, Icare. Icare quitta le lieu de la bataille avec huit blessures graves, là où l’ennemi l’avait mordu à la tête et aux bras. Le site où avait eu lieu le conflit était couvert de sang, de touffes de fourrure, d’arbrisseaux brisés et d’excréments diarrhéiques. Tel est le prix de la guerre préhumaine dans les montagnes Virunga.

Les gorilles ne sont pas les seuls êtres presque humains à se réunir en groupes pour partir à la recherche du sang. Au début des années soixante-dix, Jane Goodall a vécu quatorze ans au milieu des chimpanzés sauvages de la Réserve de Gombe en Tanzanie. Elle aimait les chimpanzés pour la douceur de leurs manières, si différentes de la violence des êtres humains. Bien sûr, il y avait des agressions, des bagarres et de la rage chez ces singes, mais l’horreur suprême, la guerre, n’existait pas.

Goodall publia un livre qui fit date sur le comportement des chimpanzés (In the Shadow of Man), œuvre qui, selon certains, prouva sans équivoque que la guerre était une création humaine. Après tout, les créatures considérées après des recherches génétiques et immunologiques comme nos plus proches cousins dans le royaume animal ne connaissaient pas la violence organisée et systématique.

Puis, trois ans après la publication du livre de Goodall, une série d’incidents qui l’horrifia se produisit. La tribu de chimpanzés que Goodall avait observée s’agrandit considérablement. La nourriture était plus difficile à trouver. Des disputes éclatèrent. Pour dissiper les tensions, le groupe se sépara en deux tribus distinctes. Un groupe resta sur l’ancien territoire. L’autre partit mener une vie nouvelle dans la forêt plus au sud.

Les deux groupes vécurent d’abord dans une paix relative. Puis les mâles du groupe le plus important commencèrent à faire des incursions au sud, dans la parcelle de terre occupée par la tribu dissidente. L’objectif des maraudeurs était simple : harceler puis tuer les séparatistes. Ils frappèrent leurs anciens amis sans la moindre pitié, brisant des os, ouvrant des blessures énormes et laissant mourir lentement leurs congénères mutilés. Lorsque ces attaques furent terminées, cinq mâles et une femelle âgée avaient été tués. Le groupe séparatiste avait été détruit et ses femelles sexuellement actives ainsi qu’une partie de son territoire avaient été annexées par les mâles de la bande de l’ancien territoire. Goodall avait découvert la guerre parmi les chimpanzés, une découverte qu’elle avait espéré ne jamais faire.

Des années plus tard, l’écologiste et biologiste Michael Ghiglieri partit en Ouganda étudier ce qu’était vraiment la guerre chez les chimpanzés. Il en conclut que " le chimpanzé heureux et chanceux s’était avéré être le plus meurtrier des anthropoïdes, un guerrier organisé et coopératif. "

La propension au massacre qui s’est manifestée durant la Révolution Culturelle Chinoise n’est donc pas un produit de l’agriculture, de la technologie, de la télévision ou du matérialisme. Ce n’est pas une invention de la civilisation occidentale ou de la civilisation orientale. Ce n’est pourtant absolument pas une inclination exclusivement humaine. Cela provient de quelque chose à la fois de sous- et surhumain, quelque chose que nous partageons avec les anthropoïdes, les poissons et les fourmis, une brutalité qui s’empare de nous par le biais des animaux qui vivent dans notre cerveau. Si l’homme a contribué d’une quelconque manière à cette équation, c’est de la façon suivante : il a appris à rêver de paix. Mais, pour atteindre ce rêve, il devra triompher de ce que la Nature a construit en lui.

Quatrième partie

 Posté par Adriana Evangelizt


 

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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 02:27

 

Le principe de Lucifer 2

Une expédition scientifique dans les forces de l’Histoire

par  Howard Bloom

1ère partie

3


LE TOUT EST PLUS GRAND QUE LA SOMME DES ÉLÉMENTS

QUI LE COMPOSENT




Il existe un concept étrange dans la philosophie scientifique, appelé " entéléchie ". Une entéléchie est une forme complexe qui émerge lorsque l’on regroupe un grand nombre d’objets simples. Si vous examinez une molécule d’eau dans le vide, vous risquez de bâiller face à l’absence d’activité qui règnera dans votre tube à vide. Placez quelques molécules dans un verre et un nouveau phénomène apparaît : un cercle d’ondulations à la surface de l’eau. Si vous versez assez de verres d’eau dans un bassin suffisamment grand, vous obtiendrez tout autre chose : un océan. Prenez les vingt-six lettres de l'alphabet, étalez-les devant vous et vous aurez alors un ensemble de petits gribouillis, évoquant chacun un ou deux sons spécifiques. Rassemblez des millions de lettres dans l’ordre approprié et vous obtiendrez les œuvres complètes de Shakespeare.

Voici des entéléchies. Une ville, une culture, une religion, un ensemble de mythologies, un disque à succès, et une blague osée sont des résultats d'entéléchies. Prenez un être humain, isolez-le dans une pièce de sa naissance à sa mort et il sera incapable d’utiliser le langage, aura peu d’imagination, sera une véritable loque émotionnelle et physique. Mais mettez ce bébé au milieu de cinquante autres personnes, et vous obtiendrez quelque chose d'entièrement nouveau : une culture.

Les cultures ne peuvent être créées que lorsque le groupe est assez important. Elles constituent un phénomène qui balaye les foules comme une vague. Les phénomènes qui ont créé les Beatles, qui ont fabriqué Hitler, qui ont lancé une nouvelle philosophie telle que le Communisme ou le Fondamentalisme Chrétien, voici des entéléchies, des vagues roulant sur la surface de la société, incorporant les mouvements mineurs des individus dans une force massive, comme la houle venue de la mer orchestre d’infimes molécules d’eau en un mouvement irrésistible.

Le bouillonnement continu des vagues et des marées est provoqué par la gravité de la lune. Mais qu’est-ce qui pousse les marées culturelles d’êtres humains ? Qu’est-ce qui amène une horde de nomades barbares des terres désolées de la péninsule arabe à s’unir soudain derrière un homme et à renverser le monde connu, en bâtissant un empire ? Comment une idée invisible prêchée par un Ayatollah a-t-elle pu rassembler des individus isolés en des tornades de croyants prêts à mourir – ou à tuer – pour la " vérité " ? Pourquoi une secte dont l’idée initiale était de tendre l’autre joue inonde-t-elle le monde de guerriers qui marchent littéralement dans le sang ? Qu’est-ce qui fait qu’un pays comme l’Angleterre Victorienne a pu dominer la moitié de la planète avant de refluer, telle une vague, loin du pouvoir et de la prospérité ? Quel courant sous-marin est en train d’attirer l’Amérique dans la même voie aujourd’hui ?

Cinq concepts simples permettent d’expliquer ces courants humains. Chaque section de ce livre est centrée sur l’une de ces idées et sur ses implications parfois saisissantes. L’ensemble de ces concepts est le fondement du Principe de Lucifer.

Concept numéro un : le principe des systèmes auto-organisateurs (des réplicateurs : des morceaux de structure qui fonctionnent comme des mini-usines, assemblant des matières premières puis produisant à la chaîne des produits complexes). Ces chaînes de montage naturelles (dont les gènes sont un exemple) produisent leurs objets à si bas prix que les résultats sont des produits jetables. Vous et moi faisons partie de ces produits jetables.
Concept numéro deux : le superorganisme. Nous ne sommes pas les individus robustes que nous aimerions être. Nous sommes, au contraire, les pièces de remplacement d’un être beaucoup plus important que nous.

Concept numéro trois : le mème, un noyau d’idées auto-réplicant. Grâce à quelques astuces biologiques, ces points de vue deviennent le ciment qui rassemble les civilisations, donnant à chaque culture sa forme distinctive, créant des êtres intolérants face à la différence d’opinion, et d’autres ouverts à la diversité. Ce sont les clés avec lesquelles nous déverrouillons les forces de la Nature. Nos visions offrent un rêve de paix mais font également de nous des tueurs.

Concept numéro quatre : le réseau neuronal, l’esprit de groupe dont le mode de fonctionnement excentrique manipule nos émotions et nous transforme en composants d’une immense machine à apprendre.

Concept numéro cinq : l’ordre de préséance. Le naturaliste qui a découvert cette hiérarchie de dominance l’a qualifiée de clé du despotisme. Les ordres de préséance existent chez les hommes, les singes, les abeilles et même entre les nations. Elles permettent d’expliquer pourquoi les barbares représentent un réel danger et pourquoi les principes de nos politiques étrangères sont souvent faux.

Cinq idées simples mais qui permettent de comprendre un grand nombre de choses. Elles révèlent pourquoi les médecins ne sont pas toujours aussi puissants qu’ils en ont l’air, et pourquoi nous sommes forcés de croire en eux malgré tout. Elles expliquent comment l’Hindouisme, religion de la paix suprême, a pu naître d’une tribu de tueurs assoiffés de sang, et pourquoi la Nature se débarrasse des hommes plus facilement que des femmes. Elles apportent un éclairage sur le déclin de l’Occident et sur les dangers qui nous guettent.

Par-dessus tout, elles éclairent un mystère qui a de tout temps échappé à l’homme : les racines du mal qui hante nos vies. Car dans ces cinq petites idées que nous suivrons, se tapit la force qui nous gouverne.

4


LA RÉVOLUTION  CULTURELLE CHINOISE


Les hommes les plus honorés sont les plus grands tueurs. Ils croient servir leurs semblables.

Henry Miller

Tuer un grand nombre de personnes devient de plus en plus facile et la première chose que fait un principe, si c’est réellement un principe, est de tuer quelqu’un.

Dorothy L. Sayers



Au milieu des années soixante, Mao Tse-tung déchira le tissu de la société chinoise. Ce faisant, il déclencha les émotions les plus primitives qui soient, les vrais démons de l’âme humaine. Ces facteurs intrinsèques primordiaux lacérèrent le visage de la Chine, apportant la mort, la destruction et la souffrance. La frénésie que Mao avait libérée n’était pourtant pas une création des philosophies Maoïstes mais le simple produit des passions qui s'agitent continuellement en nous.


* * *


En 1958, Mao décida de propulser la Chine dans l’avenir. Sa catapulte fut le Grand Bond en Avant, un plan économique destiné à exploiter la main d'oeuvre chinoise dans un programme de modernisation massive. Des pancartes montraient un ouvrier chinois à cheval sur une roquette. Le slogan disait, SURPASSONS L’ANGLETERRE EN 15 ANS ! Les étudiants, les personnes âgées, les intellectuels et les fermiers travaillèrent sans relâche à la construction de fours pour la fabrication de l’acier. Ils recueillirent des ustensiles en fer et arrachèrent les éléments en laiton des portes anciennes de leurs maisons pour fournir la ferraille nécessaire à la construction de ces fours. Mobilisés en masse, les paysans quittèrent leurs maisons, pour aller travailler comme des forcenés dans les cantines communautaires et se lançèrent dans le travail avec un formidable enthousiasme. Après tout, dit Gao Yuan, qui était écolier à cette époque, " les gens disaient que le vrai communisme était proche. "

Malheureusement, le long du parcours, le Grand Bond en Avant fit un faux pas et tomba de tout son long. Les cantines communautaires fermèrent. Les propriétaires de maison qui avaient amené leurs ustensiles aux fours durent en trouver d’autres. Les coupons de rationnement apparurent pour le blé, l'huile, le tissu et même les allumettes. Assis à l’école, les petits garçons qui s’étaient investis de façon si enthousiaste dans la mise en œuvre de ce miracle économique étaient affaiblis par la faim. Ils apprirent à attraper des cigales sur les poteaux avec un bâton enduit de colle et se forcèrent à avaler les insectes gigotant encore. Ils parcoururent les collines à la recherche d’herbes. Leurs mères fabriquèrent du pain avec de la farine coupée de feuilles de saule et de peuplier. Durant ces trois longues années de " progrès " héroïque, des millions de Chinois moururent de faim.

Le Grand Bond en Avant avait paralysé l’économie, ralentissant la production des biens les plus simples. Et l’architecte de cette belle faute, Mao lui-même, perdit le pouvoir. Il se retira dans des considérations idéologiques, laissant le soin de gouverner l’état au jour le jour à un nid bureaucratique de fonctionnaires de moindre importance. Ceux-ci observèrent la population torturée par la malnutrition et se réadaptèrent rapidement. Ils abandonnèrent la rigueur théorique et œuvrèrent à accroître la production des ustensiles et équipements ménagers qui avaient tous disparu. En haut de la liste des priorités se trouvait la collecte d’argent, de beaucoup d’argent. La doctrine passa après le simple objectif de mettre de la nourriture sur les tables chinoises.

Plus la nouvelle politique avançait, plus les fonctionnaires responsables de son application sentaient qu’ils détenaient un pouvoir réel sur la Chine. Leur orgueil démesuré leur dit qu’ils étaient les nouveaux patrons, les hommes qui tenaient la barre de l’histoire. Mao était une relique, une antiquité, un prête-nom. Lorsque Mao essaya de donner des ordres, ses subalternes le traitèrent poliment mais l’ignorèrent. Les ordres du Grand Timonier furent rejetés.

Mao Tse-tung n’apprécia pas d’être mis à la retraite. Et il n’était pas homme à accepter une retraite forcée et à se reposer. Alors le demi-Dieu de la révolution combina un plan pour réaffirmer son autorité, un plan qui serait encore plus dévastateur pour la Chine que le Grand Bond en Avant. Son projet ne se contenterait pas d’affamer les populations, il allait les torturer, les battre à mort et les pousser au suicide. C’était la Révolution Culturelle.

Mao profita d’une simple caractéristique de la nature humaine : l’esprit de rébellion des adolescents. L’attitude provocante des jeunes punks et des enragés de heavy-metal peut apparaître comme une rage engendrée uniquement par les désordres de la culture occidentale mais ce n’est pas le cas. L'adolescence éveille des envies de provocation chez la majorité des primates. Chez les chimpanzés, elle inspire une envie de voir le monde qui pousse certaines jeunes femelles à quitter la confortable famille qu’elles ont toujours connue et à s’en aller faire leur propre vie parmi des étrangers. Chez les langurs gris, elle déclenche une agitation qui est plus à-propos. À l’adolescence, les langurs gris mâles se débarrassent des attaches qui les lient à leur famille et à leur enfance, et se regroupent en bandes indisciplinées et menaçantes. Puis ils vont rôder à la recherche d’un mâle plus âgé et établi q'’ils peuvent attaquer. Le but des adolescents est de déloger leur respectable aîné de son foyer tranquille, et de s’emparer de tout ce qu’il possède : son pouvoir, son prestige et ses femmes.

Comme nous le verrons plus tard, les êtres humains sont menés par un certain nombre d’instincts semblables à ceux de nos cousins primates. Par conséquent, de nombreux adolescents de notre espèce protestent également contre l’autorité des adultes. Leurs hormones leur disent soudain qu’il est temps d’affirmer leur individualité et de remettre en question les prérogatives de la génération précédente.

Mao ne s’est pas adressé aux adultes chinois. Ces camarades plus âgés voyaient le bon sens des fonctionnaires qui avaient mis Mao sur la touche et s'étaient concentrés sur la production de nourriture pour remplir les estomacs vides depuis trois longues années. Mao se tourna donc vers une autre partie de la population pour entreprendre sa recherche de l’autorité perdue. Il se tourna vers les adolescents du pays.

Mao commença sa campagne pour reprendre les rênes de la Chine de manière assez innocente. Sous ses ordres, les principaux journaux lancèrent un débat littéraire. Ils attaquèrent un groupe d’auteurs qui se nommait le " Village des trois familles ". Ces essayistes étaient des fonctionnaires du gouvernement, des figures-clés de la phalange de bureaucrates résistant aux ordres de Mao. L’un d’entre eux était adjoint au maire de Pékin. Un autre, rédacteur en chef du Soir de Pékin, était directeur de la propagande pour le Comité du Parti de Pékin. Un troisième était un propagandiste du gouvernement de la ville de Pékin. Tout au long des années, les articles de ces trois hommes avaient été considérés comme des diversions amusantes, des modèles de style spirituel. Les rédacteurs en chef " découvrirent " alors que les écrits du Village des trois familles regorgeaient de sens cachés. Et à quoi se ramenaient ces sens cachés ? À des agressions envers les préceptes sacrés du Parti.

L’attaque du Village des trois familles passa rapidement des journaux aux écoles. Les étudiants furent encouragés à rédiger leurs propres excoriations des traîtres, comme le dit un journal, en ouvrant le " Feu sur la ligne noire de l’antiparti ! " Les élèves firent des affiches calomniant les noms des crapules et les placardèrent sur tous les murs qu’ils pouvaient trouver. Ainsi, ils remplirent leur devoir qui était de " tenir haut la grande bannière de la pensée de Mao Tse-tung ! "

La bannière de la pensée de Mao Tse-tung s’enroula rapidement autour du cou de nombreuses personnes, au-delà du Village des trois familles. Les écoliers furent encouragés à trouver d’autres œuvres littéraires pourries de révisionnisme et de notions anti-révolutionnaires. Les enfants sautèrent avidement sur leurs devoirs. Mais ils firent preuve d’encore plus d’enthousiasme quelques mois plus tard lorsqu’une nouvelle directive leur vint d’en haut : débusquer les tendances bourgeoises et le révisionnisme réactionnaire parmi leurs professeurs.

Cette nouvelle tâche ne pouvait qu’être accomplie avec joie par les jeunes. Le professeur qui vous a donné une mauvaise note à votre dernière rédaction ? C’est un bourgeois révisionniste ! Humiliez-le. La pédagogue qui vous a engueulé pour être arrivé en retard en classe ? Une vache de capitaliste ! Faites-lui sentir votre colère. La vengeance n’avait rien à y voir. Ce n’était qu’une question de pureté idéologique.

Les étudiants examinèrent tout ce que leurs professeurs avaient écrit. Dans les tournures de phrase les plus subtiles, ils découvrirent des signes d'infamie réactionnaire. Au début, ils se contentèrent de punaiser des affiches vilipendant les professeurs, tels des monstres et des démons. Puis tous les cours furent suspendus afin que les élèves puissent consacrer tout leur temps à débusquer les traîtres. Les instructeurs qui avaient combattu loyalement pour les forces révolutionnaires de Mao furent soudain insultés. Ceux qui se considéraient comme des fanatiques de la pensée Maoïste furent mis au pilori comme répugnants hommes et femmes de droite. Certains ne purent supporter cette humiliation.

Gao Yuan, fils d’un fonctionnaire du parti dans une petite ville, était à cette époque élève et pensionnaire au lycée Rue de la Démocratie de Yizhen. Dans l’école de Gao Yuan, un professeur tenta de se trancher la gorge. D’autres pédagogues essayèrent de calmer les élèves. Ils " exposèrent " leurs collègues et écrivirent des confessions, espérant se tirer d’affaire. Cela ne marcha pas.

Les élèves du lycée Rue de la Démocratie créèrent une nouvelle forme d’assemblée scolaire. Son attraction principale était l’ " avion à réaction ". Un professeur était interrogé en long et en large, en privé, et forcé à " reconnaître " ses crimes. Puis il était amené sur scène devant un public d’élèves et frappé à l’arrière des genoux jusqu’à ce qu’il tombât. Un élève l’attrapait alors par les cheveux et tirait sa tête en arrière. Les autres lui levaient les bras et les lui tiraient d’un coup sec derrière le dos. Puis ils maintenaient le malheureux professeur dans cette position tordue pendant des heures. Lorsque cela était terminé, la plupart des professeurs ne pouvait plus marcher. Pour faire durer l’humiliation un peu plus longtemps, les élèves rasaient la tête de leurs professeurs fautifs.

Parmi les professeurs, les élèves assidus " découvrirent " le sommet de l’abomination. Gao Yuan explique qu’ils découvrirent " des voyous et des sales types, des paysans riches et crasseux et des salauds de propriétaires terriens, des capitalistes suceurs de sang et des nouveaux bourgeois, des contre-révolutionnaires historiques et des contre-révolutionnaires actifs, des gens de droite et de l’extrême droite, des éléments de classe étrangère et des éléments dégénérés, des réactionnaires et des opportunistes, des contre-révolutionnaires révisionnistes, des chiens d’impérialistes et des espions. " Les élèves s’armèrent d’épées en bois et de matériel. La nuit, ils emprisonnaient leurs professeurs dans leurs chambres. Un autre instructeur de la Democracy Street Primary School, à bout de force, se pendit.

À présent qu’ils s’étaient entraînés sur leurs professeurs, les élèves furent exhortés à pousser plus avant leur nettoyage culturel et à former des unités organisées, les Gardes Rouges, pour déraciner le révisionnisme dans les villes. Comme de jeunes singes envahissant le domaine de leurs aînés, les jeunes de dix à quinze ans saccagèrent les villes pour trouver les fonctionnaires qui s’étaient écartés de la stricte voie Maoïste. Ils flairèrent les " fantômes de bœufs et les esprits de serpents " parmi les autorités municipales, soumirent des magistrats, des maires et les chefs du parti local à des interrogatoires, des passages à tabac et des rasages du crâne. Ils firent défiler les scélérats dans les rues affublés, d’un bonnet d’âne faisant parfois jusqu’à neuf mètres de haut. Inutile de dire que les fonctionnaires visés avaient été les piliers du soutien aux pouvoirs bureaucratiques qui avaient ignoré le Président Mao peu de temps auparavant. Plus les Gardes Rouges attaquaient les bases, plus la résistance bureaucratique au Glorieux Président s’effondrait.

Les Gardes Rouges ne laissèrent pas leur enthousiasme s’arrêter là. Poussés par les discours de Mao, ils partirent en campagne contre " Les Quatre Vieux " : les restes du style pré-révolutionnaire. Les étudiants firent tomber les enseignes des boutiques, renommèrent les rues, découpèrent les jambes de pantalon de ceux qui portaient des pantalons serrés, arrêtèrent les femmes qui passaient les portes des villes pour couper leurs tresses, détruisirent les monuments anciens, entrèrent par effraction dans les maisons et fracassèrent tout ce qui portait l’aura de la tradition. Puis les Gardes Rouges se retournèrent les uns contre les autres pour entamer ce qui allait être un débat sur la véritable ligne Maoïste. Cependant, derrière ce débat sur la pensée de Mao se trouvait une autre question.

La lutte des classes est un concept central au Maoïsme. Par conséquent, chaque citoyen de la Chine de Mao était répertorié selon la classe à laquelle appartenaient ses parents et ses grands-parents. Si votre famille avait appartenu par le passé à une catégorie sociale inacceptable, vous étiez un paria. Qu’est-ce qui était acceptable ? Les paysans pauvres et les soldats. Les paysans moyens et les intellectuels étaient méprisables. Les paysans aisés, les capitalistes ou les propriétaires terriens étaient mis à l’index. Pour que les choses soient bien claires, les descendants de ces strates sociales haïes étaient parfois obligés de porter des brassards noirs indiquant leur statut en lettres blanches.

Dans l’école de Gao Yuan, un élève déclara catégoriquement que seuls ceux dont le milieu social était " pur ", ceux dont les parents appartenaient aux catégories Rouges (les paysans pauvres et les soldats) pouvaient faire partie des Gardes Rouges. Et que faire des enfants dont les parents venaient des catégories Noires (les paysans moyens et aisés, les propriétaires terriens et les capitalistes) ? Interdisons-leur d’y entrer, dit l’élève snob. La classe des parents n’a rien à voir avec les enfants, protesta Gao Yuan. " Tous nos camarades de classe sont nés et ont été élevés sous le drapeau rouge à cinq étoiles. Nous avons tous reçu une éducation socialiste. " Faux, lança le garçon déterminé à faire des Gardes Rouges un club privé, " un dragon engendre des dragons, un phœnix engendre des phœnix et les petits d’une souris ne savent que creuser des trous. "

Dans les mois qui suivirent, appartenir aux Gardes Rouges deviendrait un sujet d’importance vitale. Les Gardes Rouges allaient s’emparer de l’administration des villes et des écoles. Si vous y apparteniez, vous aviez le pouvoir. Sinon, la moindre petite rancune contre vous pouvait se transformer en attaque politique. Et la plus petite accusation de péché idéologique pouvait être utilisée pour rendre vos jours pires que votre cauchemar le plus effrayant. Le débat concernant les personnes qui pouvaient faire partie des Gardes Rouges et celles qui devaient en être exclues n’était pas un innocent jeu d’enfants.

Finalement, deux groupes de Gardes Rouges différents furent constitués dans l’école de Gao Yuan. L’un était composé des enfants des classes favorisées. L’autre abritait les rejetés, les enfants des classes interdites. Au début, les deux factions étaient ravies de se chamailler pour savoir laquelle d’entre-elles détenait la vraie ligne Maoïste. Chacune accusait l’autre de révisionnisme de droite. Chacune hurlait des torrents de citations de Mao, déterminée à prouver que la faction rivale avait tort. Bientôt, elles passèrent des citations aux sarcasmes puis aux insultes. Puis elles en vinrent à se jeter des pierres.

Les deux branches s’armèrent. Elles fabriquèrent des lance-pierres et des matraques, puis tissèrent des casques avec des brindilles de saule trempées dans l’eau. Les casques étaient si durs que vous pouviez les frapper avec un marteau et à peine les cabosser. Quelques enfants chanceux trouvèrent de vieilles épées. D’autres fabriquèrent des sabres et des dagues en ferraille. Tout le monde dans la ville de Gao Yuan avait appris en grandissant à faire de la poudre à fusil avec rien, car les enfants fabriquaient traditionnellement leurs propres pétards pour les congés annuels. Les élèves du lycée Rue de la Démocratie mirent alors ce savoir au service d’un nouvel usage : la fabrication d’arsenaux de grenades artisanales. Certains trouvèrent même le moyen de se procurer des fusils.

Il ne fallut pas longtemps aux deux bandes rivales de Gardes Rouges de l’école de Gao Yuan pour déclencher une guerre de grande envergure. Chacune occupait un groupe d’immeubles sur le campus. Et chacune entama une série de descentes visant à chasser l’autre de son nouveau quartier général. Au cours de ces incursions armées, des élèves furent blessés par des pierres, des lames et des explosifs. Plus le sang coulait, plus chaque côté était en colère.

Une faction de Gardes Rouges rencontra sur le campus un membre de la bande rivale, le traîna dans un dortoir vide, le ligota et l’interrogea pour connaître les points faibles de leurs adversaires. L’élève capturé refusa tout d’abord de parler. Les interrogateurs le frappèrent à coups de pied de chaise. Ils attrapèrent un autre élève et le pendirent au plafond pendant des jours. Ils en matraquèrent un autre avec un tisonnier. Cette-fois, ils firent une erreur. Le tisonnier avait une saillie pointue qui perçait la peau du prisonnier à chaque coup. Lorsque la séance de questions fut terminée, les jambes de la victime saignaient abondamment. Il mourut quelques heures plus tard.

Pourquoi les bourreaux avaient-ils utilisé autant de force ? Leur prisonnier avait trahi les préceptes du Président Mao. Le Président lui-même avait dit que la révolution n’était pas un dîner entre amis. Il était parfois difficile de se souvenir que la personne qui était pendue aux chevrons était assise à trois chaises de vous dans le foyer depuis que vous étiez tout petits.

L’attachement des élèves des deux bords aux paroles de Mao était passionné. Ils crachaient des phrases du Grand Guide comme des rafales de mitraillette, féroces dans leur dévouement envers la " vérité dialectique ". Mais, en réalité, l’idéologie Maoïste avec ce noble objectif qu’est la libération de l’humanité, était utilisée par une faction des Gardes Rouges pour prendre le pouvoir à l’autre. Les rationalisations de l’idéalisme transformèrent l’avidité des élèves en un sentiment de ferveur désintéressée.

La Révolution Culturelle précipita la Chine dans le chaos. Finalement, les militaires prirent le contrôle du pays et restaurèrent l’ordre. Les membres des Gardes Rouges furent incorporés lorsqu’ils en eurent l’âge. Les adolescents qui s’étaient combattus prirent des chemins différents. Gao Yuan fit son service militaire puis étudia à Pékin. Il rencontra une Américaine, déménagea aux États-Unis et écrivit un livre sur son expérience, Born Red. Peu de temps après, d’autres jeunes ayant souffert de la Révolution Culturelle rédigeraient leurs mémoires, révélant des horreurs pires encore.

Entre-temps, le chef du groupe favorisant la pureté de classe qui avait systématiquement torturé Gao Yuan et ses amis pendant plus d’un an fut embauché dans une entreprise de transports. Le chef de la brigade de Gardes Rouges plus libéraux à laquelle appartenait Gao Yuan disparut pendant de nombreuses années. Il ne refit surface que lorsque la Chine entra dans une réforme économique moderne, qui permettait une certaine liberté d’esprit d’entreprise. Aujourd’hui, l’ancien chef des Gardes Rouges, à nouveau, a cette capacité à organiser une équipe qui l’a aidé à rassembler sa jeune et violente armée d’élèves : il fonde des entreprises capitalistes prospères.

Une seule personne a obtenu ce qu’elle attendait de la Révolution Culturelle chinoise : Mao Tse-tung. Lorsque tout fut fini, il avait réussi à déraciner ses opposants et à reprendre le contrôle de la Chine.

Mais la Révolution Culturelle Chinoise avait libéré les instincts humains les plus primitifs et les plus terrifiants, offrant ainsi une piste au mécanisme biologique qui nous conduit à la guerre et la violence. Les adolescents timides et bien élevés pris dans la Révolution Culturelle Chinoise se rassemblèrent en groupes soudés. Le signal qui les réunit était l’altruisme de l’idéologie. Lorsque leurs groupes eurent été formés, l’idéologie fut un prétexte secondaire. Elle devint une arme, une excuse pour se battre contre les groupes rivaux, une justification des meurtres, de la torture et de l’humiliation. Dans ces bandes soudées, les adolescents chinois s’aimaient. Leur loyauté envers leurs camarades et envers leur maître, le Président Mao, était féroce. Mais lorsqu’ils tournaient leur attention vers les autres, ceux qu’ils disaient contre-révolutionnaires, leurs sentiments étaient différents. Envers les personnes extérieures à leur petit cercle, ils ne dégageaient que de la haine. Et ils traitaient ceux qu’ils méprisaient avec une brutalité implacable.

La Révolution Culturelle Chinoise était un microcosme des forces qui manipulent l’histoire humaine. Elle montra comment ces choses irréelles que nous appelons idées peuvent déclencher le fanatisme le plus élevé et la plus basse des cruautés. Et elle démontra comment, sous le besoin d’héroïsme et l’engagement envers l’élévation de toute l’humanité, se cache souvent une chose totalement grotesque : l’impulsion de détruire les autres êtres humains.

Comment de simples fragments de pensée deviennent-ils des concepts qui tuent ? Pourquoi les groupes se figent-ils si facilement pour faire face et se battre ? Pour répondre à ces questions, nous devons étudier les forces qui nous ont donné naissance.

Troisième partie

Posté par Adriana Evangelizt

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans LUCIFER
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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 02:06

Alors pour ceux qui ne l'auraient pas lu, un livre assez décoiffant écrit par Howard Bloom, Le principe de Lucifer,  un best-seller suivi d'un second tome, Le cerveau global. Nous posons le premier chapitre. L'auteur y parle bien sûr de Lucifer et de ce que l'on entend par la notion de Mal.

Extrait d'un commentaire, sur l'ouvrage, de Pascal Jouxtel président de la société francophone de mémétique : http://www.memetique.org, auteur du livre Comment les sytèmes pondent - une introduction à la mémétique
(Le Pommier, 2005)

 

A travers une profusion d'exemples, dont certains sont empruntés à l'éthologie, d'autres à l'histoire, d'autre enfin à la psychologie ou à l'actualité, Bloom essaie de montrer que toute la construction mentale que les hommes (et notamment les grandes religions révélées) ont édifiée autour de la notion de Mal, est en fait une projection de certains mouvements intérieurs que nous avons en nous depuis l'aube des temps et que nous refusons de voir. Ce sont des appétits, des pulsions, des règles de préséance et des jeux de pouvoir, ou encore, ce que la critique de Jean-Caude Empereur souligne bien, des conflits mémétiques entre sous-cultures se battant pour le contrôle d'un ou plusieurs groupes humains. Ces monstres cachés sont pourtant inhérents au fonctionnement intime du monde biologique et du monde social.

Ainsi, Bloom montre comment on fabrique un ennemi pour l'accuser de tous les vices que l'on ne veut pas regarder au fond de soi. L'ennemi ultime qui nous dédouane de toutes nos culpabilités, c'est Lucifer. Le mème de Lucifer trouve sa ressource de propagation et de conquête des esprits dans la dissimulation, résultant (c'est moi qui le rajoute), de l'empilement des mèmes culturels qui visent depuis longtemps à nous distinguer de l'animal.

L'actualité récente donne une lumière toute particulière à la pensée de Howard Bloom, car on ne peut que s'interroger dans son sens en entendant un Président d'une grande nation civilisée définir un groupe d'Etats (critiquables à souhait) comme des 'Nations du Mal'. On nous a déjà fait le coup avec les communistes, et maintenant ce sont nos amis, n'est-ce pas ?

Il y a dans le livre de Bloom une demande de réconciliation avec Lucifer, celui-ci n'étant qu'une face cachée de nous-mêmes. C'est donc une réconciliation de l'homme avec sa nature ancienne que Bloom propose, une acceptation de nous-mêmes.

D'après moi, la réflexion qui consiste à repositionner l'homme et sa conscience à mi-chemin entre le règne biologique et le règne social est un des apports les plus profonds de la science mémétique.

Pascal Jouxtel

 

Le principe de Lucifer 1

Une expédition scientifique dans les forces de l’Histoire

par  Howard Bloom

1


QUI EST LUCIFER ?


Te voilà tombé du ciel, Astre brillant ! …

Tu disais en ton cœur : Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu…

Je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Très Haut.


Isaiah 14:12-14




Il y a mille huit cents ans dans la ville de Rome, un hérétique chrétien influent du nom de Marcion regarda le monde qui l’entourait, et en tira la conclusion suivante : le Dieu qui a créé notre cosmos ne peut pas être bon. L’univers était tissé de fils effroyables : violence, massacres, maladie et souffrance. Ces maux étaient l’œuvre du Créateur. Celui-ci ne pouvait être qu’une force perverse et sadique, dont il fallait entraver l’influence sur l'esprit des hommes.

Les chrétiens plus traditionnels trouvèrent une autre façon de traiter le problème du mal. Ils créèrent le mythe de Lucifer. Lucifer était un ange magnifique, courtisan de Dieu, l’un des plus grands parmi ceux qui peuplent les salles royales du paradis. Il était respecté, puissant, charmant, imposant par son assurance. Mais il avait un défaut : il voulait usurper le siège du pouvoir divin et s’emparer du trône de Dieu lui-même. Lorsque le complot fut découvert, Lucifer fut précipité hors du paradis, exilé sous la terre et jeté dans le lugubre domaine de l’enfer. Les anciens Dieux qui avaient participé au complot furent jetés dans les sombres grottes souterraines avec lui.

Mais Lucifer disposait toujours des attributs de son créateur et ancien maître. C’était un organisateur, un artisan potentiel de nouveaux ordres, une créature apte à rassembler des forces à sa propre façon. L’ange déchu ne resta pas allongé face contre terre dans la boue des grottes sombres. Son premier geste fut de mobiliser les Dieux querelleurs enfermés avec lui en enfer et de les organiser en une nouvelle armée.

Puis Lucifer partit à la conquête du monde, en choisissant comme pion une toute nouvelle invention divine, un couple innocent que Jéhovah venait de placer dans un jardin : Adam et Ève. Lorsque le Grand Séducteur tenta Ève avec la pomme de la connaissance, celle-ci ne put résister au fruit luciférien. Le péché d’Ève contre Dieu corrompit l’humanité entière. Depuis ce jour, l’homme aspire à Dieu, mais reste la victime du démon.

Marcion l’hérétique affirmait que Dieu était responsable du mal. Les chrétiens du courant dominant absolvèrent le Tout-Puissant de toute responsabilité, en imputant tous les maux au Prince des Ténèbres et à l’homme. Mais, curieusement, Marcion comprit la situation bien mieux que les disciples plus conventionnels de l’Eglise, car Lucifer est seulement l’un des visages d’une force plus importante. Le mal est une conséquence, une composante de la création. Dans un monde évoluant vers des formes toujours supérieures, la haine, la violence, l’agression et la guerre sont les éléments d’un plan évolutionniste. Mais où ces éléments s’insèrent-ils ? Pourquoi existent-ils ? Quel peut être l’objectif positif qu’ils cherchent à atteindre ? Voici quelques-unes des questions qui sont à l’origine du Principe de Lucifer.


* * *


Le Principe de Lucifer est un ensemble de règles naturelles, fonctionnant à l’unisson pour tisser une toile qui nous effraie et nous épouvante parfois. Chaque fil de cette tapisserie est fascinant mais l’ensemble est encore plus stupéfiant. En son centre, le Principe de Lucifer ressemble à cela : la Nature découverte par les scientifiques a créé en nous les pulsions les plus viles. Ces pulsions font en fait partie d’un processus dont la Nature se sert pour créer. Lucifer est le côté obscur de la fécondité cosmique, la lame tranchante du couteau du sculpteur. La Nature n’abhorre pas le mal, elle l'intègre. Elle l’utilise pour construire. Avec lui, elle conduit le monde humain vers des niveaux supérieurs d’organisation, de complexité et de pouvoir.

La mort, la destruction et la fureur ne dérangent pas la Mère de notre monde

Résultat : de nos meilleures qualités découle ce qu’il y a de pire en nous. De notre ardent désir de nous réunir provient notre tendance à nous déchirer. De notre dévotion envers le bien résulte notre propension à commettre les plus infâmes atrocités. De notre engagement envers les idéaux naît notre excuse pour haïr. Depuis le début de l’histoire, nous sommes aveuglés par la capacité du mal à porter un masque d’altruisme. Nous ne voyons pas que nos plus grandes qualités nous mènent souvent aux actions que nous abhorrons le plus : le meurtre, la torture, le génocide et la guerre.

Depuis des millénaires, les hommes et les femmes regardent les ruines de leurs foyers perdus et les morts adorés qu’ils ne reverront plus vivants, puis demandent que les lances soient transformées en émondoirs et que l’humanité reçoive le don de la paix.

* * *

Le Principe de Lucifer rassemble des données nouvelles extraites de diverses sciences pour former une lentille perceptuelle, avec laquelle nous pourrons réinterpréter l’expérience humaine. Il essaie d’offrir une approche très différente de la structure de l’organisme social.

Le Principe de Lucifer affirme que le mal est intégré à notre structure biologique la plus fondamentale. Cet argument fait écho à un argument très ancien. Saint Paul le proposa lorsqu’il créa la doctrine du péché originel. Thomas Hobbes le ressuscita lorsqu’il qualifia l’ensemble de l’humanité de brutale et mauvaise. L’anthropologiste Raymond Dart le remit en avant lorsqu’il interpréta les restes fossilisés découverts en Afrique comme des preuves du fait que l’homme est un grand singe tueur. Aussi vieux soit-il, ce concept a souvent eu des implications révolutionnaires. Il a été le fil auquel des hommes tels que Hobbes et Saint Paul ont accroché de nouvelles visions dramatiques du monde.

J’ai essayé d’employer le sujet du caractère inné du mal chez l’homme, comme l’ont fait ceux qui ont traité le sujet par le passé, pour proposer une restructuration de la façon dont nous concevons l’activité d’être humain. J’ai utilisé les conclusions de sciences avant-gardistes (l’éthologie, la biopsychologie, la psychoneuroimmunologie et l’étude des systèmes adaptatifs complexes, entres autres) pour suggérer une nouvelle façon de considérer la culture, la civilisation et les mystérieuses émotions qui vivent dans la bête sociale. Le but est d’ouvrir la voie vers une nouvelle sociologie, qui dépasse les limites étroites des concepts durkheimiens, weberiens et marxistes, théories qui se sont avérées inestimables pour l’étude du comportement humain collectif, tout en l’enfermant simultanément dans l’orthodoxie.

Nous devons construire une image de l’âme humaine qui fonctionne. Non pas une vision romantique de la Nature nous prenant dans ses bras pour nous sauver de nous-mêmes, mais une reconnaissance du fait que l’ennemi est en nous et que la Nature l’y a placé. Nous devons regarder en face le visage sanglant de la Nature et prendre conscience du fait qu’elle nous a imposé le mal pour une raison. Et, pour la déjouer, nous devons comprendre cette raison.

Car Lucifer est presque comme les hommes tels que Milton l’ont imaginé. C’est un organisateur ambitieux, une force s’étendant avec puissance pour maîtriser jusqu’aux étoiles du paradis. Mais ce n’est pas un démon distinct de la générosité de la Nature. Il fait partie de la force créative elle-même. Lucifer est, en réalité, l’alter ego de Mère Nature.

2


L’ÉNIGME CLINT EASTWOOD



Nous nous considérons comme des individus virils, des personnages à la Clint Eastwood, sûrs d’eux et capables de prendre des décisions en faisant fi des pressions du groupe qui étouffe les pensées les moins indépendantes des personnes qui nous entourent. Eric Fromm, gourou psychanalytique des années soixante, popularisa l’idée que l’individu peut contrôler son propre univers. Fromm nous dit que le besoin des autres est un défaut de caractère, une marque d’immaturité. La possessivité dans une relation amoureuse est une maladie. La jalousie est un défaut de caractère de première importance. L’individu mature est celui qui peut avancer dans ce monde en totale indépendance, tel une navette interstellaire fabriquant son oxygène et sa nourriture. Cet individu sain et rare, comme Fromm voulait que nous le croyions, possède le sentiment indestructible de sa propre valeur. Il n’a donc pas besoin de l’admiration ou du réconfort que les faibles désirent ardemment.

Fromm était piégé dans une illusion scientifique devenue un dogme dominant. Selon la théorie évolutionniste actuelle, telle qu’elle est présentée par des scientifiques tels que E. O. Wilson de Harvard et David Barash de la University of Washington, seule la compétition entre individus compte.

Cependant, cette idée largement acceptée demande une analyse plus poussée. Chez les êtres humains, les groupes sont trop souvent les moteurs principaux. La concurrence qui existe entre eux nous a amenés sur le chemin inexorable qui conduit aux plus hauts niveaux d’ordre. C’est l’une des clés du Principe de Lucifer.

Au premier abord, cette notion semble élémentaire, à peine digne d’être explorée plus avant, mais elle possède des implications révolutionnaires. Ce livre entend montrer comment la concurrence entre les groupes peut expliquer le mystère de nos émotions autodestructrices (dépression, anxiété et sensation d’impuissance) ainsi que notre féroce attachement à la mythologie, à la théorie scientifique, à l’idéologie, et notre penchant encore plus féroce pour la haine.

La concurrence entre groupes résout l’énigme récemment découverte par les chercheurs en psychoneuroimmunologie dans le système immunitaire. Elle est la réponse aux mystères éternels révélés par les dernières études sur les endorphines et le contrôle. Et elle apporte même des solutions à certains de nos dilemmes politiques les plus déconcertants.

L’individualisme est, pour moi, un credo de grande importance. J’y crois avec force. Mais pour les scientifiques, c’est une chimère qui les mène vers une voie sans issue. En science, l’individualisme est réapparu sous la forme d’une proposition simple : si un élément de notre physiologie (une dent, une griffe, un pouce opposable ou le circuit neuronal sous-jacent à un instinct) a réussi à émerger du processus d’évolution, c’est pour une raison simple : il a permis à l’individu de survivre. Pour être plus précis, l’outil physiologique s’est montré utile dans la survie d’une longue lignée d’individus ayant chacun gardé un avantage concurrentiel grâce à cette partie de leur équipement biologique. Le problème est que cette prémisse de base a ses limites. Comme l’indique une récente recherche sur le stress, la survie de l’individu n’est pas le seul mécanisme du processus d’évolution.

La réaction de stress, caractérisée par de hauts niveaux de corticostéroïdes et des manifestations de lourde anxiété, est généralement décrite comme faisant partie d’un syndrome combat-fuite, ce mécanisme de survie, vestige des temps où les hommes devaient repousser les attaques de tigres à dents de sabre. Lorsque nos ancêtres primitifs étaient confrontés à une bête féroce, la réaction de stress les préparait, à ce que l’on suppose, à engager le combat avec l’animal ou à détaler loin du danger. Mais si la réaction de stress est un mécanisme si merveilleux pour l’autodéfense, pourquoi est-elle si invalidante ? Pourquoi les réactions de stress court-circuitent-elles nos pensées, paralysent-elles notre système immunitaire et nous transforment-elles parfois en tas de gélatine amorphe? Comment ces altérations peuvent-elles nous aider à survivre ?

Réponse : elles ne nous aident pas. Les hommes et les animaux ne luttent pas uniquement pour protéger leur existence individuelle.

A première vue, notre dépendance vis-à-vis de nos congénères semble, et c’est encourageant, angélique, mais c’est en réalité un cadeau empoisonné. Le psychologue de Harvard, David Goleman, paraphrasant Nietzsche, affirme, " La folie… est l’exception parmi les individus mais une règle dans les groupes. " Une étude menée par le psychosociologue Bryan Mullen montre que plus la foule est nombreuse plus le lynchage est brutal. Freud déclare que les groupes sont " impulsifs, changeants et irritables. " Ceux qui sont pris dans un groupe, soutient-il, peuvent devenir les esclaves infantiles de l’émotion, " gouvernés presque exclusivement par l’inconscient. " Balayés par les émotions d’une foule, les êtres humains tendent à dépasser les limites de leurs contraintes éthiques. Par conséquent, les plus grandes fautes humaines ne sont pas celles que les individus font en privé, ces petites transgressions d’une norme sociale fixée arbitrairement que nous appelons péchés. Les fautes suprêmes sont les meurtres collectifs perpétrés au cours des révolutions et des guerres, les sauvageries à grande échelle qui surviennent lorsqu’un groupe d’êtres humains essaie de dominer l’autre : les actes du groupe social.

La meute sociale, comme nous le verrons, est un soutien nécessaire. Elle nous donne l’amour et les moyens de subsistance. Sans sa présence, notre esprit et notre corps déclenchent littéralement un arsenal de mécanismes internes d’autodestruction. Si nous nous délivrons du fléau de la violence collective, ce sera par l’effort de millions d’esprits, rassemblés dans les processus communs que sont la science, la philosophie et les mouvements pour les changements sociaux. En bref, seul un effort du groupe peut nous sauver des folies sporadiques du groupe.

* * *

Ce livre traite du corps social dont nous sommes des cellules involontaires. Il traite des moyens dissimulés que ce groupe social utilise pour manipuler notre psychologie, et même notre biologie. Il traite de la façon dont un organisme social se bat pour survivre et œuvre à maîtriser les autres organismes de son espèce. Il traite de la façon dont, sans penser le moins du monde aux résultats à long-terme de nos minuscules actions, nous contribuons aux actes lourds et parfois attérants de l’organisme social. Il traite de la façon dont, par notre intérêt pour le sexe, notre soumission à des Dieux et à des dirigeants, notre attachement parfois suicidaire à des idées, des religions et de vulgaires détails de type culturel, nous devenons les instigateurs inconscients des exploits de l’organisme social.

La suite...

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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 22:45

 Ici, l'on découvre que le "dieu" de tradition est devenu un dieu de destruction dans la Bible...

La Maçonnerie

considérée comme le résultat

des religions Egyptienne, Juive et Chrétienne

par le Fr.°. Reghellini de Shio

1842

"Il existe au fond de nos coeurs un désir insatiable de connaître la vérité"

28e partie

27e partie

26e partie

  1ère partie

CHAPITRE XVII. 2

C'est en Italie que ces doctrines anciennes se trouvent professées avant qu'elles le fussent autre part; résultat des progrès de sa civilisation. Le Dante, lorsqu'il a peint la Divinité, ne s'est servi que des symboles des Abraxas ; il n'a point donné à la figure de la Divinité, suivant les descriptions (*) bibliques et de l'Apocalypse :


Lunga la barbà, e di pel bianco mista
Portava a suoi capelli simigliante
Li raggi delle quatro luci sante ;
Fregian si la sua faccia di lume
Ch'io 'l credea come 'l sot fosse devante.

(*) Nous exposons textuellement de quelle manière la Bible représente le Dieu des Hébreux, et l'Apocalypse celui des Chrétiens. C'est le Roi David qui parle, PS. XVIII, v. 8 : « Une fumée sortait de ses mains, et de sa bouche sortait un feu dévorant, et des charbons en étaient embrasés ». Le prophète Habacuc dit, ch. III, v. 4, 3 : « Sa splendeur était comme la lumière même, et des rayons sortaient de sa main, c'est là où réside sa force ; la mortalité marchait devant lui, et le charbon vif sortait à ses pieds ».

Partout le Dieu des Juifs est une image de destruction ; voyons si la peinture que nous en donne St Jean est moins désolante. Apoc., ch. I, § 13 : « Et au milieu de sept chandeliers d'or. Un personnage semblable à un homme, vêtu d'une longue robe, et ceint d'une ceinture d'or à l'endroit de ses mamelles. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche et comme de la neige, et ses yeux étaient comme une flamme de feu ; ses pieds étaient semblables à de l'airain très-luisant, comme s'ils eussent été embrasés ; et sa voix était comme le bruit des grosses eaux ; et il avait en sa main droite « (le système astronomique brille continuellement dans l'Apocalypse) » sept étoiles ; et de sa bouche sortait une épée aiguë à deux tranchans ; et son visage était semblable au Soleil en sa plus grande force ».

Il est tout simple, par des comparaisons faciles à se faire, que les symboles des Abraxas étaient, sans contredit, plus nobles et plus propres à donner une idée de Dieu Père des hommes, que les portraits juifs et chrétiens qui le présentaient comme un être destructeur.

Ces vers nous indiquent que le Dante avait vu des Abraxas ; et le dernier, où il dit qu'il voyait la Divinité comme si le Soleil était devant lui, démontre qu'il était initié dans les doctrines que nous avons expliquées sur le Soleil, emblème de la Divinité, doctrines suivies par les Cabalistes et Rose-Croix, établies depuis ces époques lointaines, comme nous le dirons, à Florence, à Vicence et ailleurs. L'Abraxas que nous donnons, sous la figure Tab. II, n." 2 , prise loco citato de Montfaucon, a le même Père Eternel Créateur, avec l'Oglade gnosticienne et les huit étoiles ; de l'autre côté, le même Père Eternel est couronné de cinq pointes relatives au pentagone, ayant deux étoiles à côté de sa tête, pour expliquer les deux principes, et en bas une sphère annulaire, sur laquelle s'appuyent quatre figures, les quatre élémens, dont deux, l'air et le feu, avec des ailes, les deux autres, la terre et l'eau, sans. On y voit sur la droite la pierre cube, et sur la gauche l'équerre. A ces époques, la Bible et l'Apocalypse étaient toujours mises en avant par ces philosophes ; ainsi bien des Abraxas ont des Eons, des Séphirotes et des Anges pour représenter soit les quatre Vertus par excellence, soit les quatre Elémens, ou les quatre Anges qui, suivant les rabbins, entouraient sans cesse le trône de la Divinité, Michel, Gabriel, Uriël et Raphaël, auxquels on attribuait aussi des vertus ; les abstractions juives étaient toujours unies à la philosophie de Platon ; elles jouissaient d'un grand crédit chez les sectes par nous nommées.

Tous ces monumens, très-curieux, servent à lever le voile que l'histoire de ce temps n'a pas déchiré, et nous montrent de combien se trompèrent les auteurs anciens qui, jusqu'au 17 e siècle, traitèrent ces signes parlans de l'ancienne science et des mystères
comme des signes de la magie noire, ce qui est rapporté par Maffei, Montfaucon et autres.

L'équerre maçonnique que nous avons vue dans les emblèmes antécédens, se trouve dans plusieurs monumens sacrés des Egyptiens ; cet emblème était dans leurs mystères.

M. Spor possédait les deux pierres n. 6, 21, pl. II, qui représentent, la première, un Osiris-Apis sur la fleur de Lotus ; il a la tête de lion ; c'est le Soleil dans la constellation du Taureau ; d'une main il supporte la Lune, et de la droite il tient une équerre ; les oiseaux qui l'environnent sont l'emblème de l'Air.
L'autre représente un Harpocrate qui est assis sur le tronc d'un cou d'âne, la tête renversée ; il tient une équerre dans sa main droite. Nous pourrions rapporter bien d'autres documens qui nous donnent le même emblème.

Un Abraxas tout-à-fait maçonnique est celui de la collection Capello : c'est un buste d'homme avec bras et mains, ayant la tête de coq, symbole du Soleil, auteur de toute vitalité, et ayant pour jambes
deux serpens, symbole des deux principes bon et mauvais. Sa main droite est armée d'un fouet, comme Phébus, lorsqu'il guide ses chevaux, et comme il est représenté sur bien des médailles, et en particulier sur celles du Bas-Empire ; il tient de la main gauche un bouclier qui est environné d'une couronne de laurier, arbre consacré à Jupiter, et dans le centre du bouclier, on lit le mot Jao, qui est aussi le Jéhovah des Hébreux. Mais ce qui surprendra tout Frère admis au 3.° grade, c'est l'inscription de cet Abraxas qui a rapport au mystère maçonnique de la Parole Perdue, et dit : « Donnez-moi la grâce et la victoire, puisque j'ai prononcé votre nom caché et ineffable. » Voilà de la maçonnerie toute pure que l'on pratiquait il y a 17 ou 18 cents ans. (Planche II, n.° 20.)

La figure n° 3 de la Pl. II, tirée de Montfauçon, nous présente un Abraxas très-intéressant : à des branches d'arbres, que, par la feuille, on doit dire d'acacia, se trouvent pendues trois têtes avec la légende
Jao. Voilà des traces pour croire que les anciens initiés avaient d'autres assassins à venger que ceux trop légèrement attribués aux Maçons en vue des Templiers, ce qu'on a remarqué en parlant de l'allégorie d'Hiram.

Un Abraxas qui mérite la considération de nos profonds critiques, est celui tiré de Montfauçon ( n.° 18, Pl. II), il assure que l'estampe lui avait été envoyée d'Italie ; elle représente d'un côté la tête d'Alexandre couverte de la peau du lion, avec l'inscription, partie latine, partie grecque, Alexandri; au revers sont une ânesse et un ânon qui tète. Au-dessus un
scorpion, signe du Zodiaque, avec l'inscription : Dominus noster Jesus-Christus Dei filius.
Bien des Abraxas portaient des noms de héros, comme Alexandre; mais que penser de ce monument d'antiquité ? Ne serait-il pas
pour nier la divinité de Jésus et pour le désigner pour le mauvais principe? car sous quel emblème plus méprisable pouvait-on symboliser et mystifier notre Divin-Maître ?

D'abord toute personne, un tant soit peu versée dans les anciens mystères égyptiens, sait que dans l'écriture symbolique, l'âne était établi comme l'emblème du mauvais principe. Harpocrate, Dieu du silence, et dans lequel on représentait la Divinité silencieuse, est assis sur le tronc détaché du corps d'un âne. On montrait par-là que la Divinité taciturne, mais immuable dans ses opérations, triomphe du mauvais principe, rétablissant l'équilibre dans les élémens par le triomphe sur Typhon.

L'Histoire d'Occhus, Roi de Perse, nous fait connaître que ce Roi qui dominait en Egypte, ayant appris que les Egyptiens l'appelaient âne, fit tuer leur Dieu Apis et commanda aux Egyptiens qu'ils dussent, dans leurs adorations externes, y substituer l'âne, qui était regardé comme l'emblème du mauvais principe. Bagoas, son eunuque, de nation égyptienne et prêtre, indigné de l'injure qu'Occhus faisait à sa nation, le tua et donna sa chair à dévorer à des chats, afin qu'un animal consacré à Isis, réparât l'injure faite à la même Divinité.

A Coptos, l'âne dans une cérémonie était fort maltraité; c'était le bouc israélite chargé de l'exécration religieuse.

Bien des Abraxas prouvent
l'opinion peu favorable que plusieurs sectes avaient de la divinité de Jésus. Le scorpion se trouve dans différens monumens. Les anciens mythologues le regardent toujours comme un symbole de mort et de destruction. Dans l'estampe, frontispice de l'excellent ouvrage de M. Lenoir, de la Maçonnerie, il se trouve dans un coin un tableau qu'on voit dans Montfaucon, v. 1er, pag. 378; il représente Mythras, image du Dieu Soleil, en habit sacerdotal, sacrifiant le taureau ; pendant le sacrifice, le scorpion est prêt à dévorer les parties génitales du taureau. C'est l'allégorie de la mauvaise saison qui détruit tout germe de génération; en Egypte, en Perse et dans l'Inde, les parties de la génération étaient des symboles des bienfaits de la Divinité, et par-là, elles étaient une haute vénération; elles étaient sacrées. Il est bien naturel qu'on regardât avec dédain le scorpion comme Typhon, allégorie du principe destructeur.

Nous ne pouvons finir cet article sans une observation de St Jérôme, qui, dans une lettre à Théodore, dit qu'un sectateur de Basilide, Marc, qui donna le nom aux Marcassiens, s'adonnait à la magie pour séduire les faibles, sous prétexte de les faire entrer dans la connaissance des mystères les plus profonds de sa doctrine ; que cette curiosité avait été d'une grande amorce en France et en Espagne, et que ces contrées étaient infectées de faux dogmes par de telles initiations.

Après la quantité énorme d'Abraxas qu'on trouve semés dans toute l'Europe, on croirait que la propagation des systèmes de Basilide, des Gnosticiens et autres, eut le plus grand succès, même entre les personnes aisées ; car la gravure de ces pierres dures ne pouvait se faire à ces époques que par un grand travail et par une jdépense remarquable.

Le tombeau de Childéric, Roi des Francs, mort en 464, découvert à Tournay, en 1653, sert à renforcer l'opinion de St Jérôme, que les initiés de Basilide ou des mystères égyptiens, juifs-chrétiens, se répandirent en Europe, et que les mystères des premiers Chrétiens, unis aux Egyptiens, que nous appelons maçonniques, y trouvaient des adeptes dans la haute classe de la Gaule ; dans cette Gaule, où les prêtres druides enchaînaient l'élan même de l'imagination de leurs propres sectateurs par la plus oppressive superstition, pour perpétuer l'ignorance de leurs administrés et pour conserver leur pouvoir funeste*.

* Il paraît que leurs descendans, les prêtres qui servent à la Religion de nos jours, n'ont pas abandonné ce principe. Dans un ouvrage imprimé en 1791, à Anvers, portant pour titre : Les Masques arrachés, ou Histoire sectété de la Révolution et Contre- Révolution , etc. etc., du Brabant, on lit, et il y est dit positivement que les prêtres jouèrent le premier rôle dans cette révolution ; qu'ils la machinèrent pour y établir une domination théocratique, au lieu de l'autrichienne ; qu'ils employèrent tous les moyens que leur crédit, leur hypocrisie , leur procurait ; qu'ils dominent sur ces peuples en les entretenant dans la plus stupide croyance, et dans l'ignorance la plus grossière. Les religions changèrent ; mais les préceptes des Druides y restèrent. L'esprit d'intérêt, la cagotterie et l'ignorance se succédèrent. Heureuse la postérité de ces belles contrées ! car un sage et paternel gouvernement cherche dès-à-présent, par tous les moyens possibles , à y introduire les lumières par une soigneuse éducation.

On lit dans la Collection des Costumes, par Vial Castel, à la première livraison, qu'on a trouvé dans ce tombeau une bague, une tète de bœuf creusée du haut en bas, une épée, un stilet à écrire, de petites figures qu'on a prises pour des abeilles, une boucle et deux médailles ovales représentant l'une un scarabée, l'autre une grenouille ». (Pl. II, N.°» 30-31.)

La tête de bœuf peut avoir été l'emblème du Dieu
Apis, et avoir servi à Childéric dans l'initiation, comme on l'a dit, des prêtres égyptiens et perses, qui, dans la représentation des mystères, portaient pour casque une tête d'animal relatif au culte du Soleil ; et de même que l'on a vu des quatre Evangélistes du bienheureux Angélique. L'épée peut avoir été aussi bien le glaive du Sacrificateur comme un signe de guerrier. La boucle doit avoir servi à serrer (*) la ceinture sacrée accordée aux hauts initiés : le scarabée et la grenouille devaient être des emblèmes qui avaient été admis par la science égyptienne; ces emblèmes (PL II, nos 30, 31) se trouvent aussi dans la Table Isiaque qui renfermait tous les mystères des prêtres d'Isis. Le premier emblème était le symbole de la Divinité ; il n'a besoin pour sa reproduction que de soi-même ; il était aussi un emblème du Soleil et du Feu élémentaire, comme la grenouille (**) représentait l'élément humide de l'Eau; tous les deux premiers principes de la fécondation universelle. Les  Croix, qui étaient sur une des faces latérales du style, se trouvent dans des monumens de huit cents ans avant l'ère chrétienne. Souvent la Croix désignait l'immortalité.

(*) Cette ceinture et huppe dentelée, tire son origine des Egyptiens et passa aux Juifs. Exode, ch. XXIX, v. 9: « Et tu les ceindras du baudrier Aaron et ses Fils, et tu leur attacheras des calottes, et ils posséderont la sacrificature». Les prêtres égyptiens portaient déjà des calottes avant l'Exode, et avaient la ceinture sacrée.

(**) Les Grecs slaves, croates, etc. etc., par un reste de l'ancienne tradition, ne mangent pas de grenouilles. Cet emblème est arrivé de la Chine aux Egyptiens : une infinité de Divinités chinoises portent ce symbole sur leur main ; quelquefois la grenouille divinisée a trois jambes, et se trouve souvent dans l'intérieur d'une petite pagode ou chapelle., que ces Dieux portent sur leurs mains.

Par les emblèmes ci-dessus indiqués et qu'on a trouvés dans ledit tombeau, on peut déduire que Childeric a été initié aux mystères et doctrines juives-chrétiennes que nous avons vu recherchées avidement en Europe aux temps ci-dessus énoncés, que le culte égyptien fut introduit en France dans ces temps reculés ; il est prouvé même par un fait de nos jours.

Le Courrier des Pays-Bas, des jeudi et vendredi 16 et 17 août 1827, sous la rubrique de France, dit : « Des ouvriers creusant dans le lit de la rivière d'Erdre, pour y construire une écluse du canal de Bretagne, ont trouvé à vingt pieds au-dessous du fond actuel de la rivière deux idoles qui paraissent égyptiennes, avec des têtes de bélier et des cornes d'Amnon. Elles sont en terre cuite qui ressemble à celle des briques dont nous nous servons. Dieu sait à quelle époque ces statues ont été jetées dans l'Erdre ; la profondeur à laquelle on les a trouvées et les dépôts qui se sont formés au-dessus par couches, au nombre desquelles s'en trouve une argileuse, prouvent qu'il doit y avoir bien des siècles. Serait-ce des divinités étrangères que les Druides auraient fait précipiter dans l'Erdre ? Serait-ce des idoles apportées d'Egypte, par des Romains, que l'établissement du Christianisme aurait fait détruire ? C'est aux savans antiquaires à fixer nos idées à cet égard. »

30ème partie

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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 22:34

 

 

La Maçonnerie

considérée comme le résultat

des religions Egyptienne, Juive et Chrétienne

par le Fr.°. Reghellini de Shio

1842

"Il existe au fond de nos coeurs un désir insatiable de connaître la vérité"

28e partie

27e partie

26e partie

  1ère partie

CHAPITRE XVII. 1


Table Isiaque. — Les Abraxas sont des emblèmes du culte du Soleil. Explication de ce mot. Sa valeur en lettres grecques. Description des differens Abraxas. De celui du Grand-Ouvrier ou du Père Eternel. — D'un Abraxas qui porte la Règle maçonnique. Abraxas de la Parole perdue. D'une Médaille qui porte l'inscription d'Alexandre, avec l'emblème d'un Anon pour celui de Jésus- Christ. De l'opinion de l'Ane et du Scorpion dans l'Antiquité. — Les Mystères égyptiens, juifs, chrétiens dans la Gaule, au 4 eme siècle. — Du Tombeau de Childéric ; des emblèmes qu'on y a trouvés relatifs aux Mystères égyptiens. — Monumens très-anciens retrouvés de nos jours en France.


La Table d'Isis, dans laquelle on prétend que tous les mystères égyptiens étaient consignés, offre une riche mine à exploiter aux philosophes archéologues, qui, dans la réunion des symboles des animaux, des attributs de la Divinité, trouvent le fétichisme ou l'idolâtrie du vulgaire ainsi que l'astrolatria apparente des prêtres, tous emblèmes qui servaient à tracer à ces derniers le culte du Grand-Architecte de la Nature : si le peuple trouvait dans tous ces objets une adoration antique, le Sacerdoce se servait de ces mêmes caractères pour se retracer et perpétuer son dogme et ses découvertes.

L'origine du système hiéroglyphique est couverte des ténèbres de la plus haute antiquité ; mais il a précédé toute espèce d'écriture. L'usage de cet art, à en croire la Bible, devait être inconnu du temps de Moïse. Ses lois, comme celles de Solon, qui vécut quatre siècles après Homère, furent consignées ou gravées sur des matières difficiles à manier et peu portatives : ces faits indiquent l'enfance de cette science.

La première écriture fut, avec des emblèmes qui se multiplièrent à l'infini et qui durent servir à tracer l'histoire de l'instruction agricole, la religion astronomique et la métaphysique du Sacerdoce. Ce fait causa cette variété inconciliable dans
les objets de la vénération du vulgaire, et donna lieu à une quantité d'allégories tout-à-fait différentes les unes des autres, entées sur le même emblème par le Sacerdoce.

La pyramide de Psamitique, dont nous avons parlé dans ces différens emblèmes, représentait les guerres et les triomphes de ce Roi. Plusieurs autres mouumens offrent des emblèmes qui faisaient allusion
aux guerres des anciens peuples pasteurs. Osiris, par ses différens aspects, pouvait être pris dans son origine pour un homme illustre, pour un héros de l'antiquité, associé postérieurement à la Divinité, par l'ignorance du peuple; ce qui induit à le croire, c'est qu'Osiris est représenté souvent sous les dehors d'une momie, tandis qu'Isis, qui représente le Grand-Ouvrier, est toujours étrangère au trépas. Diodore et plus particulièrement Synesieus, ne virent que l'histoire fabuleuse travestie dans ces emblèmes et conservée par des traditions sacerdotales : ils pensèrent qu'Isis fut une Reine, qu'Osiris fut un Roi chassé du trône par Typhon ; que lui-même fut détrôné pour ses crimes ; Osiris ressuscite pour ramener l'âge d'or. Diodore, qui a décrit toutes ces allégories, le fait dans un langage qu'il paraît avoir puisé dans les idées de la mythologie grecque.

Ces mêmes emblèmes hiéroglyphiques purent aussi se rapporter à l'astronomie et à l'agriculture. Deux fois par an, l'Egypte était menacée de son dépérissement par les chaleurs du printemps et par les inondations du Nil dans l'automne. Cette guerre destructive des êtres par les élémens fut représentée par des courses qu'Isis devait faire deux fois l'année, allant à la recherche des organes générateurs, dont le cruel ennemi Typhon avait privé son époux Osiris. Les prêtres égyptiens voyaient que l'union seule des sexes pouvait pourvoir à la conservation des mondes, par la reproduction qui s'en suivait des êtres nouveaux anéantis par les élémens. Isis est soumise à des incestes, qu'on référait au développement des bénéfices de l'agriculture par l'astronomie. Quoique ces allégories fussent obscures, elles se référaient néanmoins aux mystères de la Nature (i). Les emblèmes servaient à rappeler* les animaux utiles et malfaisans, les plantes et les mois où l'on devait les soigner, ainsi que nous l'avons expliqué en parlant des colonnes. Mais si l'histoire et l'agriculture ont pu obtenir une place dans ces hiéroglyphes,
l'astronomie et la métaphysique sacerdotales durent former le faîte de ce mystique édifice.

*Nous regrettons que l'Histoire d'Ahole et d'Aholibe, d'Ezéchiel, ch. XXIII, par nous rapportée pag. 187, ne soit pas susceptible de pareilles allégories.

Le Lotus, symbole local relatif au Nil, se rapportait à celui du Soleil et de l'Univers : il était aussi le symbole de la reproduction des êtres et de l'immortalité.

L'
Arnoglossum rappelait, par ses sept côtes, les sept planètes, comme les feuilles du palmier marquent le renouvellement de la Lune par les branches que cet arbre pousse tous les mois ; ces plantes avaient rapport à l'astronomie.

L'Oignon, le fétiche le plus ridiculisé par les Saints-Pères , fut
un des plus célèbres emblèmes du Sacerdoce par les pellicules qui le composent; il offrait dans ses sphères enfermées les unes dans les autres, l'image végétable de l'Univers, toujours différent, toujours le même, et où chaque enveloppe représente l'ensemble de l'unité divine.

Une analogie fortuite procura peut-être au
Bœuf Apis l'honneur d'être un des signes du Zodiaque, et la force productive du Bouc de Mendès lui aura pu valoir la place de Dieu, père du ciel et des étoiles.

Le
Scarabée a pu aussi devenir l'image de la Divinité occulte; car il passe six mois caché sous terre; il a pu aussi être pris pour l'emblème du Soleil et du principe actif, étant né sans le secours d'une mère. Le peuple, combinant mal les lettres de la langue sacrée, prit réellement le Scarabée pour une idole, en lui attribuant quantité de vertus, ce qui induisit les dévots égyptiens, juifs et chrétiens (Le Scarabée représente un crucifié), à le porter au col comme un préservatif, comme une amulette et un talisman.

L
'Epervier qu'on a découvert sur le fronton d'un grand nombre de Temples, n'était pas seulement le symbole de la Nature Divine, mais aussi du Soleil ; et l'Ibis, regardé comme un agent du bon principe par la destruction qu'il faisait des animaux nuisibles et des serpens (Les Musulmans n'oseraient tirer sur un Ibis ; ils ne l'adorent pai, mais ils le regardent comme un animal bienfaisant, et le vénèrent. ), était aussi le symbole d'Hermès et de la Lune. La Gazelle, qui, avant la crue du Nil, fuit dans le désert, était regardée comme un animal prophétique; descendue par la mystagogie égyptienne au rang des victimes, elle lègue ses cornes à Hermès-Ânubis, qui, par un rapport astronomique, avait appris d'elle la division du jour en douze heures.

Tous ces emblèmes servaient aussi à expliquer les hypothèses métaphysiques sacerdotales, sur l'origine des choses ; ils montraient clairement le
panthéisme sacerdotal qui, par la suite des temps, conduisit au pur théisme.

La   Musaraigne, que le peuple supposait aveugle à cause de ses petits yeux, était désignée par le Sacerdoce comme l'incompréhensibilité du premier principe. Par tous les emblèmes, chaque Dieu égyptien, à son tour, est représenté comme le Grand - Architecte, digne de vénération et de sacrifices. On trouve Osiris représenté comme le Grand-Tout, dans Diodore ; Isis, dans Apulée; Neith, dans Procope in Tim ; Sérapis de même, dont les pieds sont la terre ; le corps, la mer ; les oreilles, l'air ; les yeux, le flambeau du ciel ; et la tête, le firmament, est regardé par Diodore comme le Grand-Tout. Le Nil est appelé le père de toutes les Divinités ; il est figuré par un Serpent circulaire.

Athir est la nuit élémentaire ; elle engendre les premiers Dieux,
Cneph, Phtas, Neith; ceux-ci veulent avoir ensuite la prééminence sur leur mère. Cneph et Phtas deviennent Osiris, Cneph est Isis ; ils retournent tous les trois dans le sein de leur mère ; là, par un inceste, ils engendrent d'autres Divinités. Isis eut d'Osiris Harpocrate. Dans ces allégories, les Divinités sont les symboles variables des doctrines sur la matière et sur l'esprit qui la coordonne et l'anime ; elles sont les symboles des forces destructives et conservatrices qui luttent entr'elles, ou les deux principes. Mais lorsque les prêtres voulurent adapter leurs symboles à l'explication du théisme ou de l'Étre-Suprême et unique, ils supposèrent que ce symbole engendre de lui-même. Voilà la raison de la dévotion au Scarabée, qui est en même temps et à son tour, son propre père, son propre époux et son fils, l'unité et la trinité égyptienne. Nous terminerons ces notions en invitant les curieux à examiner les ouvrages de MM. Denon, Belzoni, et le Précis du Système hiéroglyphe, par M. Champollion; ils y trouveront des explications que les bornes que nous nous sommes imposées ne nous permettent pas de produire.

DES ABRAXAS


La plus grande partie des sectes philosophiques chrétiennes que nous avons annoncées, avaient en vénération ces pierres gravées qu'on appelait Abraxas, et qui généralement n'étaient que l'emblème du Soleil. Elles portaient même cette pierre, non comme un talisman, ainsi que des détracteurs ont cru l'apercevoir, mais pour se dire à chaque instant de la vie : « Sois juste, car tu marches sous les yeux du Soleil de la Vérité et sous ceux de la Nature. » Ces pierres représentaient les opérations du Soleil. Une grande partie d'entr'elles portent des inscriptions hébraïques, mêlées avec du copte, du grec et quelquefois avec du latin ; elles contiennent souvent une demande, une grâce, et quelquefois elles sont l'expression de la reconnaissance pour la faveur qu'on a obtenue ; d'autres représentent le Soleil, souvent des Etoiles et la Lune.

(*) Les rites philosophiques ont adopté, dans le Chevalier du Soleil, comme il était usité dans le rite ancien hollandais, par les Maitres-Elus, de porter suspendu sur la poitrine le Soleil de Vérité. An Maçon des Pays-Bas, tom. I, pag. 381.

Vandelin croit que le mot Abraxas est composé de sept noms, quatre hébreux et trois grecs ; que leur signification et traduction est : « le Père, le Fils, le Saint-Esprit ; salut par le bois ». En conséquence, ces pierres devaient être très-fréquentes chez tous les Chrétiens, à quelque secte qu'ils appartinssent.

Le mot Abraxas donne en lettres grecques la valeur de trois cent soixante-cinq, ou le nombre de jours que le Soleil emploie dans son cycle annuaire :
A . 1
B  2  
R  100
A  1
X  60
A   1
S 200

= 365

Nous donnerons quelques Abraxas pour faciliter l'intelligence de notre histoire, et pour prouver de plus en plus l'affinité de la Maçonnerie avec ces sociétés philosophiques que nous venons de décrire.

Quelques Abraxas ont le nom de Moïse ou autres législateurs; celui de la fig. 5 , PL II, qui a appartenu à M. Spon, porte l'inscription de
Jao, Salomon , Sabao.

Il est à remarquer que les noms qui devraient être écrits autrement, le furent de la sorte pour conserver dans ces mots les nombres Cabalistiques 3,7,5.

Un Abraxas de la collection de S. E. Capello, de Venise, donne lieu à bien des conjectures, on y voit
Jésus - Christ représentant Phébus lorsque Thicon-Brahée le représente dans la position d'un néophyte qui reçoit la lumière maçonnique ( Voyez son Jésus, Pl. II, n° 29 ).

Nous prions nos Frères de faire bien attention aux Abraxas que nous donnerons, car ils représentent des documens autographes des anciennes opinions religieuses et mystères qui n'ont pu être
ni altérés ni falsifiés, ce qui arriva souvent aux écrits théologiques.

Montfaucon , dans son tome II, Table 179, nous fournit une preuve évidente que l
es mystères des Maçons juifs s'étaient greffés sur les Egyptiens. On y trouve les emblèmes des uns et des autres. Cette pierre, par son travail, indique qu'elle a été gravée au commencement du Christianisme. D'abord, on y remarque sur une face les emblèmes relatifs à la reconstruction du Temple de Salomon, unis avec ceux des Mages et prêtres égyptiens, désignant un culte d'Astronomie ; et sur la seconde face, les idées mystérieuses de Platon sur la Divinité (PI. II, n° 27).

Sur une face on voit gravé, le Grand-Ouvrier (Synonyme de Grand-Architecte) de l'Eternité , le Père des Gnosticiens, le Créateur, l
'Architecte de l'Univers, avec une longue chevelure, pour peindre l'ordre et les grâces de la Création, et avec la barbe pour indiquer la force génératrice; il est dans une gaîne d'hermès, sur laquelle il y a des nombres mystérieux. La position des bras est celle du signe du Bon Pasteur ; elle indique par son repos, que l'œuvre de la Création n'est pas arrivée par suite du travail de sa main, mais qu'elle l'est par sa seule volonté. Il paraît que ce signe était accepté dans les anciennes initiations, car il se retrouve dans le second point de Rose-Croix, et dans plusieurs autres hauts degrés. Le Père Eternel est orné d'une étole en camail croisée sur le devant, signe sacerdotal des Juifs, des Egyptiens et des Orientaux, et sur laquelle les Perses et Egyptiens brodaient souvent les douze signes du Zodiaque, pour marquer l'empire de Dieu Père sur les saisons et le firmament. Ce Père de l'Eternité a une couronne sur la tête, à cinq pointes ou rayons, marque de son puissant empire, symbole du Soleil et du Dieu mystique. Ces cinq rayons furent appliqués à l'Etoile flamboyante, toujours emblème de la Divinité. Cette tête est environnée par quatre étoiles qui indiquent les quatre qualités par excellence attribuées au Grand-Architecte , et en même temps les quatre élémens qui jouaient un si grand rôle dans les initiations anciennes comme dans les maçonneries existantes de nos jours : la figure est entourée de signes et emblèmes mystérieux; à droite, le glaive sacerdotal pour l'usage des sacrifices ; à gauche, le marteau ; emblèmes adoptés dans l'ancienne maçonnerie juive et signe sacerdotal. On voit sur l'autre face les neuf Etoiles symboliques ; au-dessous de celle qui occupe le sommet, on retrouve le carré, emblème conservé dans le Maître Parfait, qui renferme la pentagone de Pythagore, et au-dessous trois Etoiles sur une ligne, symbole des trois anciens Ordres de l'initiation. A leur droite le même pentagone libre, qui représente toujours le Créateur; à gauche, l'équerre et le compas, symboles de la Maçonnerie juive et moderne ; à droite, une Etoile enfermée dans un triangle, symbole du Delta et de la Trinité perse, juive, égyptienne, de laquelle émane un rayon de lumière; au centre une Sphère (*) avec deux Etoiles, pour indiquer qu'à l'aide de l'astronomie, plus que par toute autre science, on découvre et on démontre la puissance et l'immensité du Père Eternel : au pied est la pierre cubique, ayant une Etoile sur les cinq faces visibles. Les sept autres Etoiles placées symétriquement, sont l'emblème des émanations de la Toute-Puissance et des sept planètes.

* Le rite Maçon anglais, dans ses instructions, fait supporter des Sphères aux colonnes du Temple de Salomon, ce qui est exécuté en réalité dans les Temples de plusieurs rites.

29e partie

Posté par Adriana Evangelizt


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3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 17:02

 

Les éthiques originales

 



L'éthique sceptique

Le scepticisme éthique affirme qu'il est possible de parvenir à un état identique à celui du bonheur ( " ataraxie " visée par les épicuriens aussi bien que par les stoïciens). Pourtant il se distingue des autres théories grecques dans la mesure où il refuse d'admettre quelque principe de direction que ce soit. Le sceptique, en effet, considère que toutes les propositions de la raison (même si elles sont contradictoires) s'équivalent et qu'il n'y a pas à choisir l'une plutôt que l'autre. Ainsi sur la question de savoir si c'est la vertu au sens fort qu'il faut suivre pour parvenir au bonheur (thèse stoïcienne) ou le plaisir (thèse épicurienne), le philosophe sceptique estime que les deux propositions éthiques s'équivalent et qu'il n'y a donc pas à choisir entre elles. Pour lui les deux positions sont purement dogmatiques, elles sont le produit d'affirmations arbitraires de la raison.
Pour parvenir au bonheur (à la fameuse " ataraxie " visée par les grecs) le sceptique considère qu'il faut absolument mettre entre parenthèses les énoncés dogmatiques de la raison. C'est le seul moyen de parvenir à l'état " d'épochè ", c'est à dire d'
indifférence absolue par rapport à toute chose et par conséquent de ne plus souffrir de rien. Celui qui sait éviter les faux choix de la raison, les illusions du dogmatisme, se donne les moyens de parvenir au bonheur (compris comme abscence de souffrance) : il n'est plus touché par aucun problème puisque tous lui apparaissent comme indifférents.
Sextus Empiricus dans ses Hypotyposes pyrrhoniennes expose les principes du scepticisme en matière d'éthique. Ses différentes critiques des modes réflexifs et dogmatiques de la raison le conduisent à conclure à la vacuité des théories classiques du bonheur, du bien et du mal et lui font choisir le point de vue de l'ataraxie comprise comme synonyme d'épochè.
La conception sceptique a considérablement marqué l'histoire de la pensée philosophique. La morale provisoire exposée par Descartes dans la troisième partie du
Discours de la méthode mais aussi La Critique de la raison pratique de Kant sont des formes de réflexion à comprendre comme des tentatives de réponse au scepticisme.

L'éthique du progrès

Fondée sur l'idée que le monde évolue vers une direction qui ne peut qu'être la meilleure, les théories du progrès sont toujours des théories optimistes. Pour les philosophes qui pensent que le monde est régi par un esprit transcendant et une fin supérieure, l'histoire des hommes ne peut évoluer que dans un sens positif.
Elle est nécessairement régie par une pensée ou un être divin qui organisent l'univers de manière cohérente et le font tendre vers un idéal de perfection absolue. L'homme doit donc suivre l'ordre fixé par Dieu s'il veut progresser et ne pas désespérer de l'avenir qui lui est réservé. Il doit avoir confiance dans le sort qui sera le sien et suivre les commandements qui révèlent la parole de l'être divin.
Leibniz dans son Essai de théodicée exprime le point de vue de la métaphysique et de l'éthique optimiste avec la plus grande clarté. Il voit en Dieu le créateur du monde qui conduit l'univers et l'histoire des hommes en fonction du "principe du meilleur" (qui veut que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles). Il explique l'existence du mal dans le monde en le présentant comme quelque chose d'inévitable (ex : le péché originel) ou bien comme quelque chose qui peut être compensé par un bien (ex : je tombe malade mais j'évite de faire un voyage qui serait dangereux pour moi).
Pour l'auteur des
Principes de la nature et de la grâce, Dieu ,dont la pensée logique gouverne le monde, choisit entre différents mondes possibles pour réaliser le meilleur : il fait tendre l'univers à l'infini vers la perfection.
La pensée d'
Auguste Comte se distingue également par sa conception optimiste de l'éthique mais chez elle c'est la diffusion du savoir scientifique et non pas celle de la morale divine qui doit permettre aux hommes de progresser. Pour l'auteur du Discours sur l'esprit positif , en effet, la pensée métaphysique ne peut permettre de conduire sa vie de manière rigoureuse : elle ne propose que des modes d'explication trop abstraits et non fondés sur la rigueur de la loi. Seule la science (astronomie, physique, biologie, chimie, sociologie) est à même de permettre à l'homme de s'émanciper et de rentrer dans l'état socio-historique que Comte appelle de ses vœux et qu'il nomme " positif ".
"
Savoir pour prévoir et prévoir pour agir ", faire la synthèse de l'ordre et du
progrès, de la raison et des sentiments, tel est le fondement de la théorie positiviste en matière d'éthique. L'homme qui saura suivre l'ordre en toutes choses sera également celui qui aura l'existence la plus équilibrée.
Les conceptions optimistes n'ont pas survécu aux crimes nazis perpétrés contre les juifs pendant la seconde guerre mondiale ni au lancement de la bombe atomique sur les villes japonaises de Nagasaki et d' Hiroshima. Il n'en demeure pas moins intéressant sur le plan intellectuel de lire ces auteurs et d'essayer de penser de manière critique mais positive l'idée de progrès.

L'éthique pessimiste

Tous les philosophes n'ont pas sur le monde un regard joyeux et plein d'entrain. Beaucoup en effet ressentent le monde de manière douloureuse et se demandent quel peut bien être l'avenir de l'humanité.
Parmi eux
Arthur Schopenhauer est sans doute l'un de ceux qui aura le plus marqué la pensée pessimiste. Pour l'auteur du Monde comme volonté et comme représentation, l'homme n'est que le produit et en même temps le jouet d'une force qui le dépasse : la Volonté comprise comme force aveugle qui dirige l'univers de manière incohérente et destructrice.
Philosophe de l'absurde, Schopenhauer insiste sur l'idée que
le seul recours pour échapper au principe incohérent qui dirige le monde réside dans le retrait par rapport aux choses et la négation du désir, du " vouloir-vivre " qui se manifeste en nous.
C'est lorsqu'il parvient à nier en lui tout ce qui est de l'ordre du désir que l'homme peut accéder au " nirvana ", à l' " ataraxie " véritable. Loin des hommes et de leurs désirs imbéciles, le sage qui s'est libéré de l'absurdité du principe directeur et destructeur de la Volonté ne souffre plus de l'absurdité du monde. Très inspirée de la pensée indienne (Schopenhauer y fait souvent référence dans la quatrième partie du
Monde comme Volonté et comme représentation), l'éthique pessimiste qui suppose que le monde est dirigé par une force aveugle, un principe absurde, ne laisse d'autre choix aux hommes que de se réfugier dans l'idéal ascétique de la négation du désir.
Nietzsche a beaucoup admiré puis critiqué cette théorie comme " nihiliste ",
" symbole de la volonté de vengeance ", " émanation du principe du ressentiment qui veut nier les forces véritables de la vie ".

L'éthique révolutionnaire

A l'opposé des éthiques sceptiques et pessimistes, l'éthique révolutionnaire proclame qu'il faut non pas fuir le monde mais s'y engager pour le transformer. Le monde, en effet, même s'il est hostile et parfois source de souffrance doit être affronté et regardé en face plutôt qu'évité. Le philosophe révolutionnaire choisit donc de ne pas éviter le monde mais bien au contraire de le bouleverser : il adopte une attitude résolument active par rapport à lui, au contraire de l'homme de religion (qui préfère reporter tous ses espoirs dans un univers spirituel qui n'est atteignable qu'après la mort).
L'éthique révolutionnaire suppose donc
un engagement total de la personne dans l'activité sociale et politique. Pour autant il ne faudrait pas la confondre avec les éthiques mystiques ou les éthiques du sacrifice qui supposent un renoncement de soi absolu. Au contraire dans la perspective révolutionnaire, si l'engagement est total, la volonté de vivre ne l'est pas moins.
L'attitude révolutionnaire n'est pas en ce sens à confondre avec celle du missionnaire, il ne s'agit pas d'apporter la bonne parole ou d'évangéliser les masses. Il s'agit de transformer le monde en espérant faire de lui quelque chose de meilleur que ce qu'il est. On ne se bat pas là pour un paradis que personne n'atteindra jamais mais pour un monde nouveau qui est à vivre et à construire demain.
Marx mais aussi Bakounine et Sartre ont posé les bases de ce que peut et doit être une éthique révolutionnaire, une théorie de l'action au service des masses, une philosophie de l'engagement qui fait comprendre que l'on ne peut pas ne pas s'engager et que lorsqu'on croit ne pas le faire, on s'engage encore.

Sources Heraclitea

Posté par Adriana Evangelizt

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