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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 23:18



La langue hébraïque restituée

et le Véritable sens des mots hébreux rétabli et prouvé par leur analyse radicale

par FABRE-D'OLIVET

PREMIERE PARTIE

Chapitre I

 

 

 

§. II. Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ;

vicissitudes que ce livre a éprouvées.

 

 

 

En choisissant la Langue hébraïque, je ne me suis dissimulé aucune des difficultés, aucun des dangers auxquels je m'engageais. Quelque  intelligence de la Parole et des langues en général, et le mouvement inusité que j'avais donné à mes études, m'avaient convaincu dès longtemps que la Langue hébraïque était perdue, et que la Bible que nous possédions était loin d'être l'exacte traduction du Sépher de Moyse. Parvenu à ce Sépher original par d'autres voies que celle des Grecs et des Latins, porté de l'orient à l'occident de l'Asie par une impulsion contraire à celle que l'on suit ordinairement dans l'exploration des largues, je m'étais bien aperçu que la plupart des interprétations vulgaires étaient fausses, et que, pour restituer la langue de Moyse dans sa grammaire primitive, il me faudrait heurter violemment des préjugés scientifiques ou religieux que l'habitude, l'orgueil, l'intérêt, la rouille des âges, le respect qui s'attache aux erreurs antiques, concouraient ensemble à consacrer, à raffermir, à vouloir garder.

Mais s'il fallait toujours écouter ces considérations pusillanimes, quelles seraient les choses qui se perfectionneraient ? L'homme clans son adolescence a-t-il besoin des mêmes secours que l'enfant à la lisière ? Ne change-t-il pas de vêtements comme de nourriture ? Et n'est-il pas d'autres leçons pour l'âge viril que pour la jeunesse ? Les nations sauvages ne marchent-elles pas vers la civilisation ? Celles qui sont civilisées, vers l'acquisition des sciences ? Ne voit-on pas la tanière du troglodyte faire place au chariot du chasseur, à la tente du pasteur, à la cabane de l'agriculteur ; et cette cabane se transformer tour à tour, grâce au développement progressif du commerce et des arts, en commode maison, en château, en palais magnifique, en temple somptueux ? Cette cité superbe que vous habitez, et ce Louvre qui étale à vos yeux une si riche architecture, ne reposent-ils pas sur le même sol où s'élevaient naguères quelques misérables baraques de pêcheurs.

Il est, n'en doutez pas, des moments marqués par la Providence, où l'impulsion qu'elle donne vers de nouvelles idées, sapant des préjugés utiles dans leur origine, mais devenus superflus, les force à céder, comme un habile architecte déblayant les grossières charpentes qui lui ont servi à supporter les voûtes de son édifice. Autant, il serait maladroit ou coupable d'attaquer ces préjugés ou d'ébranler ces charpentes, lorsqu'ils servent encore d'étai soit à l'édifice social, soit à l'édifice particulier, et d'aller, sous prétexte de leur rusticité, de leur mauvaise grâce, de leur embarras nécessaire, les renverser hors de propos ; autant il serait ridicule ou timide de les laisser en place les uns et les autre, par l'effet d'un respect frivole ou suranné, d'une faiblesse superstitieuse et condamnable, lorsqu'ils ne servent plus à rien, qu'ils encombrent, qu'ils masquent, qu'ils dénaturent des institutions plus sages, ou des portiques plus nobles et plus élevés. Sans doute, dans le premier cas, et pour suivre ma comparaison, ou le Prince ou l'architecte doivent arrêter l'ignorant audacieux, et l'empêcher de s'ensevelir lui-même sous des ruines inévitables ; mais dans le second, au contraire, ils doivent accueillir l'homme intrépide qui, se présentant, ou le flambeau ou le levier à la main, leur offre, malgré quelques périls, un service toujours difficile.

Si j'étais né un siècle ou deux plus tôt, et que des circonstances heureuses, servies par un travail opiniâtre, eussent mis les mêmes vérités à ma portée, je les aurais tues, comme ont dû les taire ou les renfermer hermétiquement plusieurs savants de toutes les nations ; mais les temps sont changés. Je vois, en jetant les yeux autour de moi, que la Providence ouvre les portes d'un nouveau jour. Partout les institutions se mettent en harmonie avec les lumières du siècle. Je n'ai point balancé. Quel que soit le succès de mes efforts, ils ont pour but le bien de l'humanité, et cette conscience intime me suffit.

Je vais donc restituer la Langue hébraïque dans ses principes originels, et montrer la rectitude et la force de ces principes en donnant, par leur moyen, une traduction nouvelle de cette partie du Sépher qui contient la Cosmogonie de Moyse. Je me trouve engagé à remplir cette double tâche par le choix même que j'ai fait, et dont il est inutile d'expliquer davantage les motifs. Mais il est bon, peut-être, avant d'entrer dans les détails de la Grammaire et des notes nombreuses qui précèdent ma traduction, la préparent et la soutiennent, que j'expose ici le véritable état des choses afin de prémunir les esprits droits contre les mauvaises directions qu'on pourrait leur donner, montrer le point exact de la question aux esprits explorateurs, et bien faire entendre à ceux que des intérêts ou des préjugés quelconques guideraient ou égareraient, que je mépriserai toute critique qui sortira des limites de la science, s'appuiera sur des opinions ou des autorités illusoires ; et que je ne connaîtrai de digne athlète que celui qui se présentera sur le champ de bataille de la vérité, et armé par elle.

Car, s'agit il de mon style ? Je l'abandonne. Veut-on s'attaquer à ma personne ? Ma conscience est mon refuge. Est-il question du fond de cet ouvrage ? Qu'on entre en lice ; mais qu'on prenne garde aux raisons qu'on y apportera. Je préviens que toutes ne seront pas également bonnes pour moi. Je sais fort bien, par exemple, que les Pères de l'Église ont cru, jusqu'à St.-Jérôme, que la version hellénistique dite des Septante, était un ouvrage divin, écrit par des prophètes plutôt que par de simples traducteurs, ignorant souvent même, au dire de St Augustin, qu'il existât un autre original 34 ; mais je sais aussi que St.-Jérôme, jugeant cette version corrompue en une infinité d'endroits, et peu exacte 35, lui substitua une version latine, qui fut jugée seule authentique par le Concile de Trente, et pour la défense de laquelle l'Inquisition n'a pas craint d'allumer la flamme des bûchers 36. Ainsi les Pères ont d'avance contredit la décision du Concile, et la décision du Concile a condamné à son tour l'opinion des Pères ; en sorte qu'on ne saurait tout à fait trouver tort à Luther d'avoir dit que les interprètes hellénistes n'avaient point une connaissance exacte de l'hébreu, et que leur version était aussi vide de sens que d'harmonie 37, puisqu'il suivait le sentiment de St.-Jérôme, approuvé en quelque sorte par le Concile ; ni même blâmer Calvin et d'autres savants réformés d'avoir douté de l'authenticité de la Vulgate, malgré la décision infaillible du Concile 38, puisque St.-Augustin [XXIV] avait bien condamné cet ouvrage d'après l'idée que toute l'Église s'en était formée de son temps.

34 Walton, Proleg. IX. Rich. Simon. Hist. crit. L. II. ch. 2. August. L. III. c. 25.

35 Hieron. in quaest. hebr. Rich. Simon. Ibid. L. II. ch. 3.

36 Mariana : pro Edit. vulg. C. I.

37 Luther. sympos. Cap. de Linguis.

38 Fuller, in miscell. Causabon, adv. Baron.

Ce n'est donc ni de l'autorité des Pères, ni de celle des Conciles, qu'il faudra s'armer contre moi ; car l'une détruisant l'autre, elles restent sans effet. Il faudra se montrer avec une connaissance entière et parfaite de l'hébreu, et me prouver, non par des citations grecques et latines que je récuse, mais par des interprétations fondées sur des principes meilleurs que les miens, que j'ai mal entendu cette langue, et que les bases sur lesquelles repose mon édifice grammatical sont fausses. On sent bien qu'à l'époque où nous vivons ce n'est qu'avec de tels arguments qu'on peut espérer de me convaincre 39.

Que si des esprits droits s'étonnent que seul, depuis plus de vingt siècles, j'aie pu pénétrer dans le génie de la langue de Moyse, et comprendre les écrits de cet homme extraordinaire, je répondrai ingénument que je ne crois point que cela soit ; que je pense, au contraire, que beaucoup d'hommes ont en divers temps et chez différents peuples possédé l'intelligence du Sépher de la même manière que je la possède ; mais que les uns ont renfermé avec prudence cette connaissance dont la divulgation eût été dangereuse alors, tandis que d'autres l'ont enveloppée de voiles assez épais pour être difficilement atteinte. Que si l'on refusait obstinément de recevoir cette explication, j'invoquerais le témoignage d'un homme sage et laborieux, qui ayant à répondre à une semblable difficulté, exposait ainsi sa pensée : "Il est très possible qu'un homme retiré aux confins de l'Occident, et vivant dans le XIXème siècle après J. C., entende mieux les livres de Moyse, ceux d'Orphée et les fragments qui nous restent des Étrusques, que les interprètes Égyptiens, les Grecs et les Romains des siècles de Périclès et d'Auguste. Le degré d'intelligence requis pour entendre les langues anciennes, est indépendant du mécanisme et du matériel de ces langues : il est tel que l'éloignement des lieux ne saurait lui porter atteinte. Ces livres anciens sont mieux entendus aujourd'hui qu'ils ne l'étaient même par leurs contemporains, parce que leurs auteurs, par la force de leur génie, se sont autant rapprochés de nous qu'ils se sont éloignés d'eux. Il n'est pas seulement question de saisir le sens des mots, il faut encore entrer dans l'esprit des idées. Souvent les mots offrent dans leurs rapports vulgaires un sens entièrement opposé à l'esprit oui a présidé à leur rapprochement… 40"

39 Les Pères de l'Eglise peuvent sans doute être cités comme les autres écrivains, mais c'est sur des choses de fait, et selon les règles de la critique. Lorsqu'il s'agit de dire qu'ils ont cru que la traduction des Septante était un ouvrage inspiré de Dieu, les citer en pareil cas est irrécusable ; mais si l'on prétend par là prouver que cela est, la citation est ridicule. Il faut étudier, avant de s'engager dans une discussion critique, les excellentes règles que pose Fréret, le critique le plus judicieux que la France ait possédé. (Voyez Acad. de Belles-Let. T. VI. Mémoir. p. 146. T. IV. p. 411. T. XVIII. p. 49. T. XXI. Hist. p. 7. etc.

40 Court-de-Gébelin : Mond. primit. T. I. p. 88.

Voyons maintenant quel est l'état des choses. J'ai dit que je regardais l'idiome hébraïque renfermé dans le Sépher comme une branche transplantée de la langue des Égyptiens. C'est une assertion dont je ne puis en ce moment donner les preuves historiques, parce qu'elles m'engageraient dans des détails trop étrangers à mon sujet ; mais il me semble que le simple bon sens doit suffire ici : car, de quelque manière que les Hébreux soient entrés en Égypte, de quelque manière qu'ils en soient sortis, on ne peut nier qu'ils n'y aient fait un fort long séjour. Quand ce séjour ne serait que de quatre à cinq siècles, comme tout porte à le croire 41 ; je demande de bonne foi, si une peuplade grossière, privée de toute littérature, sans institutions civiles ou religieuses qui la liassent, n'a pas dû prendre la langue du pays où elle vivait ; elle qui, transportée à Babylone, seulement pendant soixante-dix ans, et tandis qu'elle formait un corps de nation, régie par des lois particulières, soumise à un culte exclusif, n'a pu conserver sa langue maternelle, et l'a troquée pour le syriaque araméen, espèce de dialecte chaldaïque 42 ; car l'on sait assez que l'hébreu, perdu dès cette époque, cessa d'être la langue vulgaire des Juifs.

41 On lit au second Livre du sépher, intitulé ואלה שׁמות W'aleh-Shemoth, ch. 12. v. 40. que ce séjour fut de 430 ans.

42 Walton Proleg. III. Rich. Simon : Hist. crit. L. II. ch. 17.

Je crois donc qu'on ne peut, sans fermer volontairement les yeux à l'évidence, rejeter un assertion aussi naturelle, et me refuser d'admettre que les Hébreux sortant d'Égypte après un séjour de plus de quatre cents ans, en emportèrent la langue. Je ne prétends pas détruire par là ce qu'ont avancé Bochart, Grotius, Huet, Leclerc 43, et les autres érudits modernes, touchant l'identité radicale qu'ils ont admise avec raison, entre l'hébreu et le phénicien ; car je sais que ce dernier dialecte, porté en Égypte par les rois pasteurs, s'y était identifié avec l'antique égyptien, longtemps avant l'arrivée des Hébreux sur le bord du Nil.

43 Bochart, Chanaan L. II. ch. I. Grotius : Comm. in Genes. c. 11. Huet : Démonst.Evan. prop. IV. c. 13. Leclerc : Diss. de Ling. hebr.

Ainsi donc l'idiome hébraïque devait avoir des rapports très étroits avec le dialecte phénicien, le chaldaïque, l'arabe, et tous ceux sortis, d'une même souche ; mais longtemps cultivé en Égypte, il y avait acquis des développements intellectuels qui, avant la dégénérescence dont j'ai parlé, en faisaient une langue morale tout à fait différente du chananéen vulgaire. Est-il besoin de dire ici à quel point de perfection était arrivée l'Égypte ?

Qui de mes Lecteurs ne connaît les éloges pompeux que lui donne Bossuet, quand sortant un moment de sa partialité théologique, il dit que les plus nobles travaux et le plus bel art de cette contrée consistait à former les hommes 44 ; que la Grèce en était si persuadée, que ses plus grands hommes, un Homère, un Pythagore, un Platon, Lycurgue même, et Solon, ces deux grands législateurs, et les autres qu'il se dispense de nommer, y allèrent apprendre la sagesse. Or, Moyse n'avait-il pas été instruit dans toutes les sciences des Égyptiens ? N'avait-il point, comme l'insinue l'historien des Actes des Apôtres 45, commencé par là à être puissant en paroles et en oeuvres ? Pensez-vous que la différence serait très grande, si les livres sacrés des Égyptiens, ayant surnagé sur les débris de leur empire, vous permettaient d'en faire la comparaison avec ceux de Moyse ? Simplicius qui, jusqu'à un certain point, avait été à même de la faire, cette comparaison, y trouvait tant de conformité 46, qu'il en concluait que le prophète des Hébreux avait marché sur les traces de l'antique Taôth.

44 Bossuet : Hist. Univers. III. part. §. 3.

45 Act. VII. v. 22.

46 Simplic. Comm. phys. arist. L. VIII. p. 268.

Quelques savants modernes, après avoir examiné le Sépher dans des traductions incorrectes, ou dans un texte qu'ils étaient inhabiles à comprendre, frappés de quelques répétitions, et croyant voir, dans des nombres pris à la lettre, des anachronismes palpables, ont imaginé, tantôt que Moyse n'avait point existé, tantôt qu'il avait travaillé sur des mémoires épars, dont lui-même ou ses secrétaires avaient maladroitement recousu les lambeaux 47. On a dit aussi qu'Homère était un être fantastique ; comme si l'existence de l'Iliade et de l'Odyssée, ces chefs-d'oeuvre de la poésie, n'attestaient pas l'existence de leur auteur ? Il faut être bien peu poète, et savoir bien mal ce que c'est que l'ordonnance et le plan d'un oeuvre épique, pour penser qu'une troupe de rapsodes se succédant les uns aux autres, puisse jamais arriver à l'unité majestueuse de l'Iliade. Il faut avoir une idée bien fausse de l'homme et de ses conceptions, pour se persuader qu'un livre comme le Sépher, le King, le Veda, puisse se supposer, s'élever par supercherie, au rang d'Écriture divine, et se compiler avec la même distraction que certains auteurs apportent à leurs libelles indigestes.

47 Spinosa : tract. theol. c. g. Hobbes : Leviath. Part.III. c. 33. Isaac de la Peyrère : Syst. theol. Part. I. L. IV. c. I. Leclerc, Brolinbroke, Voltaire, Boulanger, Frérot, etc. etc.

Sans doute quelques notes, quelques commentaires, quelques réflexions écrites d'abord en marge, ont pu se glisser dans le texte du Sépher ; Esdras a pu mal restaurer quelques passages mutilés ; mais la statue d'Apollon Pythien, pour quelques brisures légères, n'en reste pas moins debout, comme le chef-d'oeuvre d'un sculpteur unique dont le nom ignoré est ce qui importe le moins. Méconnaître dans le Sépher le cachet d'un grand homme, c'est manquer de science ; vouloir que ce grand homme ne s'appelle pas Moyse, c'est manquer de critique. Il est certain que Moyse s'est servi de livres plus anciens et, peut-être de mémoires sacerdotaux, comme l'ont soupçonné Leclerc, Richard Simon et l'auteur des conjectures sur la Genèse 48. Mais Moyse ne le cache point ; il cite dans deux ou trois endroits du Sépher le titre des ouvrages qu'il a sous les yeux : c'est le livre des Générations d'Adam 49 ; c'est le livre des Guerres de IÔHAH 50, c'est le livre des Prophéties 51. Il est parlé dans Josué du livre des Justes 52. Il y a fort loin de là à compiler de vieux mémoires, à les faire compiler par des scribes, comme l'ont avancé ces écrivains ; ou bien à les abréger, comme le pensait Origène 53. Moyse créait en copiant : voilà ce que fait le vrai génie. Est-ce qu'on pense que l'auteur de l'Apollon Pythien n'avait point de modèles ? Est-ce qu'on imagine, par hasard, qu'Homère n'a rien imité ? Le premier vers de l'Iliade est copié de la Démétréide d'Orphée. L'histoire d'Hélène et de la guerre de Troie était conservée dans les archives sacerdotales de Tyr, où ce poète la prit. On assure même qu'il la changea tellement, que d'un simulacre de la Lune il fit une femme, et des Éons, ou Esprits célestes qui s'en disputaient la possession, des hommes qu'il appela Grecs et Troyens 54.

 

48 Leclere, in Diss. III. de script. Pentateuch. Richard Simon : Hist. crit. L. I. c. 7.

49 Sépher. I. c. 5.

50 Ibid. IV. c. 21.

51 Ibid. IV. c. 21 v. 27.

52 Jos. c. 10. v. 13.

53 Epist. ad Affric.

54 Beausobre, Hist. du Manich. T. II. p. 328.


La suite 3

Posté par Adriana Evangelizt

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 23:12

La langue hébraïque restituée

et le Véritable sens des mots hébreux rétabli et prouvé par leur analyse radicale

PREMIERE PARTIE

par FABRE-D'OLIVET

 

LA LANGUE HÉBRAÏQUE RESTITUÉE (parties une et deux) est un OUVRAGE dans lequel on trouve réunis :

1°. Une DISSERTATION INTRODUCTIVE sur l'origine de la Parole, l'étude des langues qui peuvent y conduire, et le but que l'Auteur s'est proposé ;

2°. Une GRAMMAIRE HÉBRAÏQUE, fondée sur de nouveaux principes, et rendue utile à l'étude des langues en général ;

3°. Une série de RACINES HÉBRAÏQUES, envisagées sous des rapports nouveaux, et destinées à faciliter l'intelligence du langage, et celle de la science étymologique ;

4°. Un Discours PRÉLIMINAIRE ;

5°. Une traduction en français des dix premiers chapitres du Sépher, contenant la COSMOGONIE de MOYSE.

Cette traduction, destinée à servir de preuve aux principes posés dans la Grammaire et dans le Dictionnaire, est précédée d'une VERSION LITTÉRALE, en français et en anglais, faite sur le texte hébreu présenté en original avec une transcription en caractères modernes, et accompagnée de notes grammaticales et critiques, où l'interprétation donnée à chaque mot est prouvée par son analyse radicale, et sa confrontation avec le mot analogue samaritain, chaldaïque, syriaque, arabe, ou grec.

PAR FABRE-D'OLIVET.

DISSERTATION INTRODUCTIVE

 

§ I. Sur l'origine de la Parole, et sur l'étude des Langues qui peuvent y conduire.

L'ORIGINE de la Parole est généralement inconnue. C'est en vain que les savants des siècles passés ont essayé de remonter jusqu'aux principes cachés de ce phénomène brillant qui distingue l'homme de tous les êtres dont il est environné, réfléchit sa pensée, l'arme du flambeau du génie, et développe ses facultés morales ; tout ce qu'ils ont pu faire, après de longs travaux, a été d'établir une série de conjectures plus ou moins ingénieuses, plus ou moins probables, fondées en général sur la nature physique de l'homme qu'ils jugeaient invariable, et qu'ils prenaient pour base de leurs expériences. Je ne parle point ici des théologiens scholastiques qui, pour se tirer d'embarras sur ce point difficile, enseignaient que l'homme avait été créé possesseur d'une langue, toute formée ; ni de l'évêque Walton, qui, ayant embrassé cette commode opinion, en donnait pour preuve les entretiens de Dieu même avec le premier homme, et les discours qu'Ève avait tenus au serpent 1 ; ne réfléchissant pas que ce prétendu serpent qui s'entretenait avec Ève, et auquel Dieu parlait aussi, aurait donc puisé à la même source de la Parole, et participé à la langue de la Divinité. Je parle de ces savants qui, loin de la poussière et des cris de l'école, cherchaient de bonne foi la vérité que l'école ne possédait plus. D'ailleurs les théologiens eux-mêmes avaient été dès longtemps abandonnés de leurs disciples. Le père Richard Simon, dont nous avons une excellente histoire critique du Vieux-Testament, ne craignait pas, en s'appuyant de l'autorité de St. Grégoire de Nysse, de rejeter l'opinion théologique à cet égard, et d'adopter celle de Diodore de Sicile, et même celle de Lucrèce 2, qui attribuent la formation du langage à la nature de l'homme, et à l'instigation de ses besoins 3.

1 Walton, prolegom. I.

2 Rich. Sim. Histoire crit. L. Ier, ch. 14 et 15.

3 Diod. Sic. L. II.

Ce n'est point parce que j'oppose ici l'opinion de Diodore de Sicile ou de Lucrèce à celle des théologiens, qu'on doive en inférer que je la juge meilleure. Toute l'éloquence de J.-J. Rousseau ne saurait me la faire approuver. C'est un extrême heurtant un autre extrême, et par cela même, sortant du juste milieu où réside la vérité. Rousseau dans son style nerveux et passionné, peint plutôt la formation de la société que celle du langage : il embellit ses fictions des couleurs les plus vives, et lui-même, entraîné par son imagination, croit réel ce qui n'est que fantastique 4. On voit bien dans son écrit un commencement possible de civilisation, mais non point une origine vraisemblable de la Parole. Il a beau dire que les langues méridionales sont filles du plaisir, et celles du nord de la nécessité : on lui demande toujours comment le plaisir ou la nécessité peuvent enfanter simultanément des mots que toute une peuplade s'accorde à comprendre, et surtout s'accorde à adopter. N'est-ce pas lui qui a dit, avec une raison plus froide et plus sévère, que le langage ne saurait être institué que par une convention, et que cette convention ne saurait se concevoir sans le langage ? Ce cercle vicieux dans lequel l'enferme un Théosophe moderne peut-il être éludé ? Ceux qui se livrent à la prétention de former nos langues, et toute la science de notre entendement par les seules ressources des circonstances naturelles, et par nos seuls moyens humains, dit ce Théosophe 5, s'exposent de leur plein gré à cette objection terrible qu'ils ont eux-mêmes élevée ; car qui ne fait que nier ne détruit point, et l'on ne réfute point un argument parce qu'on le désapprouve : si le langage de l'homme est une convention, comment cette convention s'est-elle établie sans langage ?

4 Essai sur l'origine des Langues.

"At varios linguae sonitus natura snbegit
Mittere, et utilitas expressit nomina rerum".

Lucret

5 St.-Martin, Esprit des choses, T. II. p. 127.

Lisez avec attention et Locke et Condillac, son disciple le plus laborieux 6 ; vous aurez, si vous voulez, assisté à la décomposition d'une machine ingénieuse, vous aurez admiré peut-être la dextérité du décompositeur ; mais vous serez resté aussi ignorant que vous l'étiez auparavant et sur l'origine de cette machine, et sur le but que s'est proposé son auteur, et sur sa nature intime, et sur le principe qui en fait mouvoir les ressorts. Soit que vous réfléchissiez d'après vous-même, soit qu'une longue étude vous ait appris à réfléchir d'après les autres, vous ne verrez bientôt dans l'habile analyste qu'un opérateur ridicule, qui s'étant flatté de vous expliquer et comment et pourquoi danse tel acteur sur le théâtre, saisit un scalpel et dissèque les jambes d'un cadavre. Socrate et Platon vous reviennent dans la mémoire. Vous les entendez encore gourmander les physiciens et les métaphysiciens de leur temps 7 ; vous opposez leurs irrésistibles arguments à la vaine jactance de ces écrivains empiriques, et vous sentez bien qu'il ne suffit pas de démonter une montre pour rendre raison de son mouvement. Mais si l'opinion des théologiens sur l'origine de la Parole choque la raison, si celle des historiens et des philosophes ne peut résister à un examen sévère, il n'est donc point donné à l'homme de la connaître. L'homme, qui selon le sens de l'inscription du temple de Delphes 8, ne peut rien connaître qu'autant qu'il se connaît lui-même, est donc, condamné à ignorer ce qui le place au premier rang parmi les êtres sensibles, ce qui lui donne le sceptre de la Terre, ce qui le constitue véritablement homme ; la Parole ! Non, non cela ne peut être, parce que la Providence est juste. Un nombre assez considérable de sages parmi toutes les nations a pénétré ce mystère, et si malgré leurs efforts, ces hommes privilégiés n'ont pu communiquer leur science et la rendre universelle, c'est que les moyens, les disciples ou les circonstances favorables leur ont manqué pour cela.

6 Lock. an Essay concern. human. Underst. B. III, Condillac, Logique.

7 Plat. dial. Thett. Phedon. Cratyl.

8 Cette fameuse inscription connais-toi toi-même, était, selon Pline, du sage Chicon, célèbre philosophe grec qui vivait vers l'an 560 avant J.-C. Il était de Lacédémone, et mourut de joie, dit-on, en embrassant son fils, vainqueur aux jeux olympiques.

Car la connaissance de la Parole, celle des éléments et de l'origine du langage, ne sont point au nombre de ces connaissances que l'on transmet facilement à d'autres, ou qu'on démontre à la manière des géomètres. Avec quelque étendue qu'on les possède, quelques racines profondes qu'elles aient jetées dans un esprit, quelques fruits nombreux qu'elles y aient développés, on n'en peut jamais communiquer que le principe. Ainsi, rien dans la nature élémentaire ne se propage ni tout de suite, ni tout à la fois : l'arbre le plus vigoureux, l'animal le plus parfait, ne produisent point simultanément leur semblable. Ils jettent, selon leur espèce, un germe d'abord très différent d'eux, qui demeure infertile, si rien d'extérieur ne coopère à son développement.

Les sciences archéologiques, c'est-à-dire toutes celles qui remontent aux principes des choses, sont dans le même cas. C'est en vain que les sages qui les possèdent s'épuisent en généreux efforts pour les propager. Les germes les plus féconds qu'ils en répandent, reçus par des esprits incultes, ou mal préparés, y subissent le sort de ces semences qui, tombant sur un terrain pierreux, ou parmi les épines, y meurent stériles ou étouffées. Les secours n'ont pas manqué à nos savants ; c'est l'aptitude à les recevoir. La plupart de ceux qui s'avisaient d'écrire sur les langues ne savaient pas même ce que c'était qu'une langue ; car il ne suffit pas pour cela d'avoir compilé des grammaires, ou d'avoir sué sang et eau pour trouver la différence d'un supin à un gérondif ; il faut avoir exploré beaucoup d'idiomes, les avoir comparés entre eux assidûment et sans préjugés ; afin de pénétrer, par les points de contact de leur génie particulier, jusqu'au génie universel qui préside à leur formation, et qui tend à n'en faire qu'une seule et même langue.

Parmi les idiomes antiques de l'Asie, il en est trois qu'il faut absolument connaître si l'on veut marcher avec assurance clans le champ de l'étymologie, et s'élever par degrés jusqu'à la source du langage. Ces idiomes, que je puis bien, à juste titre, nommer des langues dans le sens restreint que l'on donne à ce mot, sont le chinois, le sanscrit, et l'hébreu.

Ceux de mes Lecteurs qui connaissent les travaux des savants de Calcutta, et particulièrement ceux de William Jones, pourront s'étonner que je nomme l'hébreu en place de l'arabe dont cet estimable écrivain fait dériver l'idiome hébraïque, et qu'il cite comme l'une des langues-mères de l'Asie. Je vais expliquer ma pensée à cet égard, et dire en même temps pourquoi je ne nomme ni le persan ni le tatare oïghoury que l'on pourrait penser que j'oublie. Lorsque W. Jones jetant sur le vaste continent de l'Asie et sur les îles nombreuses qui en dépendent, un oeil observateur, y plaça cinq nations dominatrices entre lesquelles il en partagea l'héritage, il créa un tableau géographique d'une heureuse conception, et d'un grand intérêt, que l'historien ne devra pas négliger 9 ; mais il eut égard en établissant cette division, plutôt à la puissance et â l'étendue des peuples qu'il nommait, qu'à leurs véritables titres à l'antériorité ; puisqu'il ne craint pas de dire que les Persans, qu'il range au nombre des cinq nations dominatrices, tirent leur origine des Hindous et des Arabes 10, et que les Chinois ne sont qu'une colonie indienne 11 ; ne reconnaissant ainsi que trois souches primordiales, savoir : celle des Tatares, celle des Hindous, et celle des Arabes. Quoique je ne puisse lui accorder entièrement cette conclusion, je ne laisse pas d'en inférer, comme je viens de le dire, que cet écrivain en nommant les cinq nations principales de l'Asie, avait eu plus d'égard à leur puissance qu'à leurs véritables droits à l'antériorité. Il est évident du moins, que s'il n'eût pas dû céder à l'éclat dont le nom arabe s'est environné dans ces temps modernes, grâce à l'apparition de Mahomet, et à la propagation du culte et de l'empire islamiste, W. Jones n'eut point préféré le peuple arabe au peuple hébreu, pour en faire une des souches primordiales de l'Asie. Cet écrivain avait fait une étude trop sûre des langues asiatiques pour ne pas savoir que les noms que nous donnons aux Hébreux et aux Arabes, quoiqu'ils paraissent très dissemblables, grâce à notre manière de les écrire, ne sont au fond que la même épithète modifiée par deux dialectes différents. Tout le monde sait que l'un et l'autre peuple rapporte son origine au patriarche Héber 12 : or, le nom de ce prétendu Patriarche ne signifie rien autre chose que ce qui est placé derrière ou  au-delà, ce qui est éloigné, caché, dissimulé, privé du jour ; ce qui passe, ce qui termine, ce qui est occidental, etc. Les Hébreux, dont le dialecte est évidemment antérieur à celui des Arabes, en ont dérivé hébri, et les Arabes harbi, par une transposition de lettres qui leur est très ordinaire dans ce cas. Mais soit qu'on prononce hébri, soit qu'on prononce harbi, l'un ou l'autre mot exprime toujours que le peuple qui le porte se trouve placé ou au-delà, ou à l'extrémité, ou aux confins, ou au bord occidental d'une contrée. Voilà, dès les temps les plus anciens, quelle était la situation des Hébreux ou des Arabes, relativement à l'Asie, dont le nom examiné dans sa racine primitive, signifie le Continent unique, la Terre proprement dite, la Terre de Dieu.

9 Asiat. research. T. I.

 

10 Ibid. T. II. p. 51.

11 Asiat. research. T. II. p. 368. 379.

12 Suivant l'orthographe hébraïque עבר habar, suivant l'arabe مابر hâbar. Le dérivé hébraïque est עברי habri, un Hébreu le dérivé arabe est مربي harbi, un Arabe.

Si, loin de tout préjugé systématique, on considère attentivement l'idiome arabe, on y découvre les marques certaines d'un dialecte qui, en survivant à tous les dialectes émanés d'une même souche, s'est successivement enrichi de leurs débris, a subi les vicissitudes du temps, et, porté, au loin par un peuple conquérant, s'est approprié un grand nombre de mots étrangers à ses racines primitives ; s'est poli, s'est façonné sur les idiomes des peuples vaincus, et peu à peu s'est montré très différent de ce qu'il était à son origine ; tandis que l'idiome hébraïque, au contraire, et j'entends par cet idiome celui de Moyse, éteint depuis longtemps dans sa propre patrie, perdu pour le peuple qui le parlait, s'est concentré dans un livre unique, où presque aucune des vicissitudes qui ont altéré l'arabe n'a pu l'atteindre. C'est là surtout ce qui le distingue, et ce qui me l'a fait choisir.

Cette considération n'a point échappé à W. Jones. Il a bien vu que l'idiome arabe, pour lequel il sentait d'ailleurs beaucoup de penchant, n'avait produit aucun ouvrage digne de fixer l'attention des hommes avant le Koran 13, qui n'est encore qu'un développement du Sépher de Moyse ; tandis que ce Sépher, refuge sacré de l'idiome hébreu, lui paraissait contenir, indépendamment d'une inspiration divine 14, plus de vraie sublimité, de beautés exquises, de moralité pure ; d'histoire essentielle et de traits de poésie et d'éloquence, que tous les livres ensemble, écrits dans aucune langue, et dans aucun siècle du monde.

13 Asiat. research. T. II. p. 13.

14 Ibid.T. III. p. 15.

Quoique ce soit beaucoup dire, et qu'on pût, sans faire le moindre tort au Sépher, lui comparer et même lui préférer certains ouvrages également fameux parmi les nations, j'avoue qu'il renferme pour ceux qui peuvent le lire, des choses d'une haute conception et d'une sagesse profonde ; mais ce n'est point assurément dans l'état où il se montre aux lecteurs vulgaires qu'il mérite de tels éloges,, à moins qu'on ne veuille se couvrir les yeux du double bandeau de la superstition et du préjugé. Sans doute W. Jones l'entendait dans sa pureté, et c'est ce que j'aime à croire.

Au reste, ce n'est jamais que par des ouvrages de cette nature qu'une langue acquiert des droits à la vénération. Les livres des principes universels appelés King par les Chinois, ceux de la science divine appelés Veda ou Beda par les Hindous, le Sépher de Moyse, voilà ce qui rend à jamais illustres et le chinois, et le sanscrit, et l'hébreu : Quoique le tatare oïghoury soit une des langues primitives de l'Asie, je ne l'ai point fait entrer au nombre de celles dont l'étude est nécessaire à celui qui veut remonter au principe de la Parole ; parce que rien ne saurait ramener à ce principe, dans un idiome qui n'a point de littérature sacrée. Or, comment les Tatares auraient-ils eu une littérature sacrée ou profane, eux qui ne connaissaient pas même les caractères de l'écriture ? Le célèbre Gengis khan, dont l'empire embrassait une étendue immense, ne trouva pas, au rapport des meilleurs auteurs, un seul homme parmi ses Moghols, en état d'écrire ses dépêches 15. Timour-Lenk, dominateur à son tour d'une partie de l'Asie, ne savait ni lire, ni écrire. Ce défaut de caractère et de littérature, en laissant les idiomes tatares dans une fluctuation continuelle, assez  semblable à celle qu'éprouvent de nos jours les dialectes informes des peuples sauvages de l'Amérique, rend leur étude inutile à l'étymologie, et ne peut servir qu'à jeter dans l'esprit des lueurs incertaines, et presque toujours fausses.

On ne doit rechercher l'origine de la Parole que sur des monuments authentiques, où la Parole elle-même ait laissé son empreinte ineffaçable. Si le Temps et la faux des révolutions eussent respecté davantage les livres de Zoroastre, j'aurais égalé sans doute à l'hébreu l'ancienne langue des Perses appelée Zend, dans laquelle sont écrits les fragments qui nous en restent ; mais après un examen long et impartial, je n'ai pu m'empêcher de voir, malgré toute la reconnaissance que j'ai ressentie pour les travaux inouïs d'Anquetil-du-Perron qui nous les a procurés, que le livre appelé aujourd'hui le Zend-Avesta par les Parses, n'est qu'une sorte de bréviaire, une compilation de prières et de litanies, où sont mêlés par-ci par-là quelques morceaux des livres sacrés de Zérédosht, l'antique Zoroastre, traduits en langue vivante ; car c'est précisément ce que signifie le mot Zend, langue vivante. L'Avesta primitif était divisé en vingt et une parties appelées Nosk, et entrait dans tous les détails de la nature 16, comme font les Védas et les Pouranas des Hindous avec lesquels il avait peut-être plus d'affinité qu'on ne pense. Le Boun-Dehesh qu'Anquetil-du-Perron a traduit du Pehlvi, sorte de dialecte plus moderne encore que le Zend, ne paraît être que l'abrégé de cette partie de l'Avesta qui traitait particulièrement de l'origine des Êtres et de la naissance de l'Univers.

15 Traduct. franc. des Recher. Asiat. T. II. p. 49. Notes.

16 Zend-Avesta, T. I. part. II. p. 46.

W. Jones, qui juge comme moi que les livres originaux de Zoroastre sont perdus, pense que le Zend, dans lequel sont écrits les fragments que nous en possédons, est un dialecte du sanscrit, où le Pelhvi, dérivé du chaldaïque et du tatare cimmérien, a mêlé beaucoup de ses expressions 17. Cette opinion assez conforme à celle du savant d'Herbelot qui rapporte le Zend et le Pelhvi au chaldaïque nabathéen 18, c'est-à-dire à la plus ancienne langue de l'Assyrie, est d'autant plus probable que les caractères du Pelhvi et du Zend sont évidemment d'origine chaldaïque.

17 Asiat. research, T. II. p. 52 et suiv.

18 Bibl. ori. p. 514.

Je ne doute pas que les fameuses inscriptions qui se trouvent dans les ruines de l'ancienne Isthakar 19, nommée Persépolis par les Grecs, et dont aucun savant n'a pu déchiffrer encore les caractères, n'appartiennent à la langue dans laquelle étaient écrits originairement les livres sacrés des Parses, avant qu'ils eussent été abrégés et traduits en pehlvi et en zend. Cette langue, dont le nom même a disparu, était peut-être parlée à la cour de ces monarques de l'Iran, dont fait mention Mohsen-al-Fany dans un livre très curieux intitulé Dabistan 20, et qu'il assure avoir précédé la dynastie des Pishdadiens, que l'on regarde ordinairement comme la première.

Mais sans m'engager plus avant dans cette digression, je crois en avoir dit assez pour faire entendre que l'étude du Zend ne peut être du même intérêt, ni produire les même fruits que celle du chinois, du sanscrit et de l'hébreu, puisqu'il n'est qu'un dialecte du sanscrit, et qu'il n'offre que quelques fragments de littérature sacrée, traduits d'une langue inconnue plus ancienne que lui. Il suffit de le faire entrer comme une sorte de supplément dans la recherche de l'origine de la Parole, en le considérant comme le lien qui réunit le sanscrit à l'hébreu.

19 Millin : Monumens inédits, etc. T. I. p. 58-68.

20 On ne connaît cet ouvrage qui traite des moeurs et usage de la Perse, que par un seul extrait, inséré dans le New Asiatic Missellany, publié à Calcuta par Gladwin, en 1789.

Il en est de même de l'idiome scandinave, et des poésies runiques conservées dans l'Edda 21. Ces vénérables débris de la littérature sacrée des Celtes, nos aïeux, doivent être regardés comme un moyen de réunion entre les langues de l'antique Asie, et celle de l'Europe moderne. Ils ne sont point à dédaigner comme étude auxiliaire, d'autant plus qu'ils sont tout ce qui nous reste d'authentique touchant le culte des anciens Druides, et que les autres dialectes celtiques, tels que le Basque, le Breton armorique, le Breton wallique, ou cumraig, ne possédant rien d'écrit, ne peuvent mériter aucune espèce de confiance dans l'objet important qui nous occupe.

21 Edda Irlandorum Haoniae, 1665, in-4".

Mais revenons aux trois langues dont je recommande l'étude : le chinois, le sanscrit et l'hébreu : jetons un moment les yeux sur elles, et sans nous inquiéter, pour l'heure, de leurs formes grammaticales, pénétrons dans leur génie, et voyons en quoi il diffère principalement.

La Langue chinoise est de toutes les langues actuellement vivantes sur la surface de la terre, la plus ancienne ; celle dont les éléments sont les plus simples et les plus homogènes. Née au milieu de quelques hommes grossiers séparés des autres hommes par l'effet d'une catastrophe physique arrivée au globe, elle s'est renfermée d'abord dans les plus étroites limites, ne jetant que des racines rares et matérielles, et ne s'élevant pas au-dessus des plus simples perceptions des sens. Toute physique dans son origine, elle ne rappelait à la mémoire que des objets physiques : environ deux cents mots composaient tout son lexique ; et ces mots, réduits encore à la signification la plus restreinte, s'attachaient tous à des idées locales et particulières. La Nature, en l'isolant ainsi de toutes les langues, la défendit longtemps contre le mélange ; et lorsque les hommes qui la parlaient, s'étant multipliés, purent se répandre au loin et se rapprocher des autres hommes, l'art vint à son secours et la couvrit d'un rempart impénétrable. J'entends par ce rempart les caractères symboliques dont une tradition sacrée rapporte l'origine à Fo-hi. Ce saint homme, dit cette tradition, ayant examiné le ciel et la terre, et recherché la nature des choses mitoyennes, traça les huit Koua, dont les diverses combinaisons suffirent pour exprimer toutes les idées alors développées dans l'intelligence du peuple. Au moyen de cette invention il fit cesser l'usage des noeuds dans les cordes qui avait eu lieu jusqu'alors 22.

22 Cette tradition est tirée de la grande histoire Tsée-tchi-Kien-Kang-Mou, que l'empereur Kang-hi fit traduire en tatare, et décora d'une préface.

Cependant à mesure que le peuple chinois s'étendit, à mesure que son intelligence fit des progrès, et s'enrichit de nouvelles idées, sa langue suivit ces divers développements. Le nombre de ses mots, fixés par les Koua symboliques, ne pouvant pas être augmenté, l'accent les modifia. De particuliers qu'ils étaient, ils devinrent génériques ; du rang de noms, ils s'élevèrent à celui de verbes ; la substance fut distinguée de l'esprit. Alors on sentit la nécessité d'inventer de nouveaux caractères, symboliques, qui en se réunissant facilement les uns avec les autres, pussent suivre l'essor de la pensée, et se prêter à tous les mouvements de l'imagination 23. Ce pas fait, rien n'arrêta plus la, marche de cet idiome indigène, qui, sans jamais varier ses éléments, sans admettre rien d'étranger dans sa forme, a suffi, pendant une suite incalculable de siècles aux besoins d'une nation immense ; lui a donné des livres sacrés qu'aucune révolution n'a pu détruire, et s'est enrichi de tout ce que le Génie métaphysique et moral peut enfanter de plus profond, de plus brillant et de plus pur.

23 Mém. concer. les Chinois. T. I. p. 273 et suiv. Ibid. T. VIII. p. 133 et suiv. Mém. de l'Acad. des Inscript.T. XXXIV. in-4°. p.25.

Telle est cette langue qui, défendue par ses formes symboliques, inaccessible à tous les idiomes voisins, les a vus expirer autour d'elle, de la même manière qu'un arbre vigoureux voit se dessécher à ses pieds une foule de plantes frêles que son ombre dérobe à la chaleur fécondante du jour.

Le sanscrit n'est point originaire de l'Inde. S'il m'est permis d'exposer ma pensée, sans m'engager à la prouver, car ce ne serait ici ni le temps, ni le lieu ; je crois qu'un peuple de beaucoup antérieur aux Hindous, habitant une autre partie de la terre, vint dans des temps très reculés s'établir dans le Bharat-Wersh, aujourd'hui l'Indostan, et y porta un idiome célèbre appelé Bali ou Pali, dont on rencontre des vestiges considérables à Singala, capitale de l'île de Ceilan, aux royaumes de Siam, de Pegu, et dans tout ce que l'on appelle l'empire des Burmans. Partout cette langue est considérée comme sacrée 24. W. Jones qui a pensé comme moi, relativement à l'origine exotique du sanscrit, sans pourtant lui donner la langue balic pour souche primitive, montre que le pur hindi, originaire de la Tatarie, jargon informe à l'époque de cette colonisation, a reçu d'une langue étrangère quelconque, ses formes grammaticales et se trouvant dans une situation convenable à être, pour ainsi dire, greffé par elle, a développé une force d'expression, une harmonie, une abondance, dont tous les Européens qui ont été à même de l'entendre parlent avec admiration 25.

24 Descript. de Siam. T. I. p. 25. Asiat. resear. T. VI. p. 307.

25 Ibid. T. I. p. 423.

En effet, quelle autre langue posséda jamais une littérature sacrée plus étendue ? Avant que les Européens, revenus de leurs préjugés, aient épuisé la mine féconde qu'elle leur offre, que d'années s'écouleront encore !

Le sanscrit, au dire de tous les écrivains anglais qui l'ont étudié, est la langue la plus parfaite que les hommes aient jamais parlée 26. Elle surpasse le grec et le latin en régularité comme en richesse, le persan et l'arabe en conceptions poétiques. Elle conserve avec nos langues européennes une analogie frappante, qu'elle tient surtout de la forme de ses caractères, qui, se traçant de gauche à droite, ont servi, selon l'opinion de W. Jones, de type ou de prototype à tous ceux qui ont été et qui sont encore en usage en Asie, en Afrique et en Europe.

26 Wilkin's Notes on the heetopades. p.294. Halhed, dans la préface de la Gramm. du Bengale,et dans le Code des lois des Gentoux.

Maintenant passons à la Langue hébraïque. On a débité un si grand nombre de rêveries sur cette Langue, et le préjugé systématique ou religieux qui a guidé la plume de ses historiens, a tellement obscurci son origine, que j'ose à peine dire ce qu'elle est, tant ce que j'ai à dire est simple : Cette simplicité pourra cependant avoir son mérite ; car si je ne l'exalte pas jusqu'à dire avec les rabbins de la synagogue, ou les docteurs de l'Eglise, qu'elle a présidé à la naissance du monde, que les anges et les hommes l'ont apprise de la bouche de Dieu même, et que cette langue céleste, retournant à sa source, deviendra celle que les bienheureux parleront dans le ciel ; je ne dirai pas non plus avec les philosophistes modernes, que c'est le jargon misérable d'une horde d'homme malicieux, opiniâtres, défiants, avares, turbulents ; je dirai, sans partialité aucune, que l'hébreu renfermé dans le Sépher est le pur idiome des antiques Égyptiens.

Cette vérité ne plaira pas aux gens passionnés pour ou contre, je le sens bien ; mais ce n'est pas ma faute si la vérité flatte si rarement les passions.

Non, la Langue hébraïque n'est ni la première ni la dernière des langues ; ce n'est point la seule des langues-mères, comme l'a cru mal à propos un théosophe moderne que j'estime d'ailleurs beaucoup, parce que ce n'est pas la seule qui ait enfanté des merveilles divines 27 ; c'est la langue d'un peuple puissant, sage, religieux ; d'un peuple contemplatif, profondément instruit dans les sciences morales, ami des mystères ; d'un peuple dont la sagesse et les lois ont été justement admirées. Cette langue, séparée de sa tige originelle, éloignée de son berceau par l'effet d'une émigration providentielle dont il est inutile de rendre compte en ce moment, devint l'idiome particulier du peuple hébreu ; et semblable à la branche féconde qu'un habile agriculteur ayant transplantée sur un terrain préparé à dessein, pour y fructifier longtemps après que le tronc épuisé d'où elle sort a disparu, elle a conservé et porté jusqu'à nous le dépôt précieux des connaissances égyptiennes.

27 St-Martin : Esprit des choses, T. II. p. 213.

Mais ce dépôt n'a point été livré aux caprices du hasard. La Providence, qui voulait sa conservation, a bien su le mettre à l'abri des orages. Le livre qui le contient, couvert d'un triple voile, a franchi le torrent des siècles, respecté de ses possesseurs, bravant les regards des profanes, et n'étant jamais compris que de ceux qui ne pouvaient en divulguer les mystères.

Ceci posé, revenons sur nos pas. J'ai dit que le chinois, isolé dès sa naissance, parti des plus simples perceptions des sens, était arrivé de développements en développements aux plus hautes conceptions de l'intelligence ; c'est tout le contraire de l'hébreu : cet idiome séparé, tout formé d'une langue parvenue à sa plus haute perfection, entièrement composé d'expressions universelles, intelligibles, abstraites, livré en cet état à un peuple robuste, mais ignorant, est tombé entre ses mains de dégénérescence en dégénérescence, et de restriction en restriction, jusqu'à ses éléments les plus matériels ; tout ce qui était esprit y est devenu substance ; tout ce qui était intelligible est devenu sensible ; tout ce qui était universel est devenu particulier.

Le sanscrit, gardant une sorte de milieu entre les deux, puisqu'il était le résultat d'une langue faite, entée sur un idiome informe s'est déployé d'abord avec une admirable promptitude ; mais après avoir, comme le chinois et l'hébreu, jeté ses fruits divins, il n'a pu réprimer le luxe de ses productions : son étonnante flexibilité est devenue la source d'un excès qui a dû entraîner sa chute. Les écrivains hindous, abusant de la facilité qu'ils avaient de composer des mots, en ont composé d'une excessive longueur : non seulement ils en ont eu de dix, de quinze, de vingt syllabes, mais ils ont poussé l'extravagance jusqu'à renfermer, dans de simples inscriptions, des termes qui s'étendent jusqu'à cent et cent cinquante 28. Leur imagination vagabonde a suivi l'intempérance de leur élocution ; une obscurité impénétrable s'est répandue sur leurs écrits ; leur langue a disparu.

28 Asiat. Research. T. I. p. 279, 357, 366, etc.

Mais cette langue déploie dans les Védas une richesse économe. C'est là qu'on peut examiner sa flexibilité native, et la comparer à la rigidité de l'hébreu, qui, hors l'amalgame de la Racine et du Signe, ne souffre aucune composition ; ou bien, à la facilité que laisse le chinois à ses mots, tous monosyllabiques, de se réunir ensemble sans se confondre jamais. Les beautés principales de ce dernier idiome résident dans ses caractères, dont la combinaison symbolique offre comme un tableau plus ou moins parfait, suivant le talent de l'écrivain. On peut dire, sans métaphore, qu'ils peignent le discours 29. Ce n'est que par leur moyen que les mots deviennent oratoires. La langue écrite diffère essentiellement de la langue parlée 30. Celle-ci est d'un effet très médiocre et pour ainsi dire nul ; tandis que la première transporte le Lecteur en lui présentant une suite d'images sublimes. Les caractères sanscrits ne disent rien à l'imagination, et l'oeil qui les parcourt n'y fait pas la moindre attention ; c'est à l'heureuse composition de ses mots, à leur harmonie, au choix et à l'enchaînement des idées, que cet idiome doit son éloquence. Le plus grand effet du chinois est pour les yeux ; celui du sanscrit est pour les oreilles. L'hébreu réunit les deux avantages, mais dans une moindre proportion. Issu de l'Égypte, où l'on se servait à la fois et des caractères hiéroglyphiques et des caractères littéraux 31, il offre une image symbolique dans chacun de ses mots, quoique sa phrase conserve dans son ensemble toute l'éloquence de la langue parlée. Voilà la double faculté qui lui a valu tant d'éloges de la part de ceux qui la sentaient, et tant de sarcasmes de la part de ceux qui ne la sentaient pas.

29 Mem. concern. les Chinois. T. I.

30 Ibid. T. VIII. p. 133 à 185.

31 Clem.Alex. Strom L.V. Herodot. L. II. 36.

Les caractères chinois s'écrivent de haut en bas, l'un au dessous del'autre, en rangeant les colonnes de droite à gauche : ceux du sanscrit suivent la direction d'une ligne horizontale, allant de gauche à droite les caractères hébraïques, au contraire, procèdent de droite à gauche. Il semble que, dans l'arrangement des caractères symboliques, le génie de la langue chinoise rappelle leur origine, et les fasse encore descendre du ciel, comme on a dit que fit leur premier inventeur. Le sanscrit et l'hébreu, en traçant leurs lignes d'une manière opposée, font aussi allusion à la manière dont furent inventés leurs caractères littéraux ; car, comme le prétendait très bien Leibnitz, tout a sa raison suffisante ; mais comme cet usage appartient spécialement à l'histoire des peuples, ce n'est point ici le lieu d'entrer dans la discussion qu'entraînerait son examen. Je dois remarquer seulement que la méthode que suit l'hébreu était celle des anciens Égyptiens, comme le rapporte Hérodote 32.

32 Herodot. Ibid.

Les Grecs, qui reçurent leurs lettres des Phéniciens, écrivirent aussi quelque temps de droite à gauche ; mais leur origine, tout à fait différente, leur fit bientôt modifier cette marche. D'abord ils tracèrent, leurs lignes en forme de sillons, en allant de droite à gauche et revenant alternativement de gauche à droite 33 : ensuite ils se fixèrent à la seule méthode que nous avons aujourd'hui, et qui est celle du sanscrit, avec lequel les langues européennes ont, comme je l'ai déjà dit, beaucoup d'analogie. Ces trois manières d'écrire méritent d'être considérées avec soin, tant dans les trois langues typiques, que dans les langues dérivées qui s'y attachent directement ou indirectement. Je borne là ce parallèle : le pousser plus loin serait inutile, d'autant plus que ne pouvant exposer à la fois les formes grammaticales du chinois, du sanscrit et de l'hébreu, je courrais risque de n'être pas entendu. Il faut faire un choix.

33 Mém. de l'Acad. des Inscript. T. XXXIX. in.-12, p. 129. Court-de-Gébelin, Orig. du Lang. p. 471.

Si j'avais espéré d'avoir le temps et les secours nécessaires, je n'aurais pas balancé à prendre d'abord le chinois pour base de mon travail, me réservant de passer ensuite du sanscrit à l'hébreu, en appuyant ma méthode d'une traduction originale du King, du Veda et du Sépher : mais dans la presque certitude du contraire, et poussé par des raisons importantes, je me suis déterminé à commencer par l'hébreu, comme offrant un intérêt plus direct, plus général, plus à la portée de mes Lecteurs, et promettant d'ailleurs des résultats d'une utilité plus prochaine. Je me suis flatté que si les circonstances ne me permettaient pas de réaliser mon idée à l'égard du sanscrit et du chinois, il se trouverait des hommes assez courageux, assez dociles à l'impulsion que la Providence donne vers le perfectionnement des sciences et le bien de l'humanité, pour entreprendre ce travail pénible et pour terminer ce que j'aurais commencé.

 

La suite...

Posté par Adriana Evangelizt

 

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 22:42

 

 

AELOIM

ou

Les dieux de Moïse

par Pierre Lacour

de l'Académie des Sciences, Lettres et Arts de Bordeaux

1839

14ème partie

13ème partie

12ème partie

11ème partie

10ème partie

9ème partie

7ème partie

1ère partie

 

Tome I

ÉPOQUES HISTORIQUES.




Voici maintenant l'ensemble de la tradition relative à Babel, expliquée selon le sens intime. Je mets en garde la traduction de MM. l'abbé Glaire et Franck pour le sens vulgaire et convenu. J'aurais pu choisir celle de M. Cahen, qui est beaucoup plus littérale ; mais M. Cahen est israélite, et M. Glaire a si vivement critiqué cette traduction, qu'il faut croire celle de ces messieurs meilleure*.

 

* Fabre d'Olivet n'a point traduit l'épisode de Babel ; son livre hébraïque n'explique que les dix premiers chapitres de la Genèse.

Je placerai la version mot à mot et les notes à la fin de cette dissertation.

Remarquez d'abord et pesez la valeur, sous le rapport chronologique et religieux, de cette locution traditionnelle, échappée du temple de Jérusalem et trahie par Esaïe.

"Les Egyptiens reviendront vers JÉOVÉ ( UShBOU OD JÉOVÉ), il se laissera fléchir par leurs prières.

"Israël se joindra pour troisième à l'Egypte et à Assur (IN DIE ILLA ERIT ISRAEL TERTIUS AEGYPTO ET ASSUR). Et  JÉOVÉ bénira cette union en disant :

BENIS SOIENT

         L'EGYPTE,              mon peuple ;
         ASSUR,                  l'ouvrage de mes mains ;
    et ISRAEL,                  mon héritage.

 

 

Voilà donc comment s'opéra la divulgation de l'écriture alphabétique, voilà comment, par l'usage de cette écriture, le langage primitif qui jusqu'alors avait été borné à un petit nombre de mots, s'enrichit d'expressions nouvelles, qui d'abord purent produire quelque embarras, mais qui bientôt après enrichirent la pensée et donnèrent à l'entendement humain tout l'essor dont ilétait susceptible et qu'en effet il a pris depuis.

Ainsi s'explique également, d'une manière simple et raisonnable, et par la seule puissance des mots, la cause et l'intention qui firent ériger cette tour si célèbre et pourtant si mal connue. On n'a plus besoin d'un miracle préparé par une absurdité, justifié par une crainte qui dégrade l'idée que nous devons avoir de la puissance de Dieu, pour en expliquer les conséquences; c'est- à-dire pour comprendre la confusion, l'embarras introduit effectivement à cette époque dans le langage.

On entrevoit aussi, sans recourir aux citations et aux commentaires, la vérité de ces mots connus et qui ne sont qu'une tradition égyptienne : Tot, imitant le ciel, fit les caractères des lettres; ou : —l'antique chef du Sacerdoce égyptien symbolisé sous le nom de TOT (TAUT, les signes, à cause de l'invention des signes, fit, en imitant les signes des constellations, les caractères des lettres; — imitation qui remonte donc à Babel pour ce qui est relatif à l'alphabet zodiacal et à celui de seize lettres.

Il me semble que cette tradition historique, doit avoir produit la preuve que l'invention des signes célestes est antérieure à l'idée d'ériger un observatoire astronomique dans le centre de Shinôr, appelé depuis Babylone.

Comme l'alphabet que nous trouvons à Shinôr est celui de Phaleg ou Pelage, alphabet de seize lettres, il en résulte également que l'alphabet osiridien n'en ayant que dix, est antérieur; et de plus , que la division astronomique en douze signes zodiacaux a dû succéder à une division différente, et par dix. Il est probable que pour cette division on avait fait usage de ces dix lettres, puisque six d'entr'elles, Aleph, Lamed, Beth, Caph, Mim et Nun, sont pour le Taureau, le Lion, la Vierge, la Balance, le Verseau et les Poissons.

Ceci nous ramène à ce que j'ai dit de la division de l'année en mois de vingt jours; mais ce n'est pas le moment de nous y arrêter.

Les traditions attribuent à ShT, ou SeTh selon l'orthographe ordinaire, l'invention des signes astronomiques, et l'on parle de ST-èles, tables ou colonnes érigées par lui ou sur ses enseignements pour conserver les sciences de l'ancien monde.

Le nom de ce personnage est célèbre en Egypte comme nom de constellation. Suivant que les observations étaient relatives au cours annuel des astres ou aux révolutions qui ont lieu sur la terre par le changement des mois et des saisons, ce nom recevait une prononciation différente, on le prononçait SeTh, SeThos ou SoThis dans le ciel, c'est-à-dire lorsqu'il s'agissait de la science astronomique ou de la sainte doctrine. Son nom était ToTh, TeTh, TeThos, ou ToThès, ou même A- ToThès, sur la terre, c'est-à-dire lorsqu'il traitait des révolutions annuelles. Sous le nom de Sothis, il fermait, il finissait l'année, et c'est ce que signifiait ST, STY ou SoTY. Sous le nom de Toth ou de ToR, au contraire, il ouvrait l'année, il en était le portier, et c'était une des significations de son nomTÔR.

L'auteur de la Genèse a négligé ces traditions, qui sont fort anciennes et qu'il a dû connaître : elles n'étaient pas nécessaires à son plan, ou peut- être jugea-t-il qu'elles étaient suffisamment indiquées par les significations attachées au nom de SheT, et par l'ensemble du texte qui paraît expliquer ce nom.

Quoi qu'il en soit, Seth est connu dans l'histoire du langage et de l'invention des lettres. Pour se rendre compte de l'identité entre son nom et celui de Toth, il suffit de se rappeler le déplacement de la lettre Sh et son changement en T.

A côté de ce nom, sous celui d'Enosch, Moïse a placé cette observation :

AZ ÉOVÈL —QRA  B~ÇhM JÉOVÉ, tunc cœptum est ad invocandum in nominc Domini, dans laquelle se trouve le nom de JÉOVÉ, anachronisme manifeste et reconnu, erreur de rédaction, consentie pour remplacer un mot antique et oublié par un mot nouveau, par un mot nouvellement révélé aux Israelites, et sur lequel devait reposer tout l'esprit théosophique des lois mosaïques.

Cette phrase est connue sous le rapport des difficultés qu'elle présente ; car, indépendamment de l'anachronisme remarqué par tous les interprètes, ce mot JÉOVÉ avec ce qui précède, établit évidemment, selon le sens vulgaire, qu'avant Enosch les hommes n'avaient eu aucune idée de religion , de culte, de piété, de prière; et cependant, remarquez ceci, ce serait à partir de ces institutions religieuses que daterait l'excessive corruption des hommes, corruption tellement grande, qu'elle motive le déluge.

Il y a donc erreur, et très certainement, dans cette manière d'interpréter les mots de la phrase.

Voici la traduction de M. Cahen :

« Alors on commenca par nommer par le nom « de l'Eternel. »

MM. Glaire et Franck ont traduit :

« C'est de son temps qu'on commença a invoquer le nom de l'Eternel. »

Ces messieurs n'ont pas sans doute pensé à la conséquence fâcheuse d'une semblable traduction. M. Cahen a mieux choisi le sens de sa phrase. On voit cependant combien elle est obscure; elle ne présente réellement aucun sens positif : que veut dire on nomma par le nom de l'Eternel. Etait-ce donc un usage dans l'antiquité, de prodiguer ce nom et de l'attacher à tout? Ce n'est pas ce que Moïse a voulu dire, lui si fidèle au respect des initiés pour ce nom sacré, lui qui défend si expressément de prendre ce nom en vain, d'en user sans respect, LÇhOUA.

Pour retrouver le sens de cette phrase, il faut donc faire disparaître l'anachronisme, et voir sous le nom de JÉOVÉ le mot primitif AÉI, comme les Juifs y voient le nom du Dieu que leurs ancêtres adorèrent dans le désert, ADONI.

De l'aveu de Moïse, JÉOVÉ est un mot que n'ont point connu les patriarches, un mot que lui- même, lui si savant dans les lettres sacrées, eut mission et autorisation de divulguer pour remplacer AÉI, nom de l'Eternel, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.

Ce point établi il ne nous restera plus qu'à rendre au mot QRA sa signification primitive qui est lire à haute voix, et l'on aura cette phrase:

« Alors on commença à lire par le nom AÉI.

Ce nom, on se le rappelle, est composé des trois premières lettres de l'alphabet osiridien, alphabet sacerdotal; sans leur concours toute lecture s'adressant a l'ouïe est impossible. Commencer à lire par le motAÉI, revient à notre façon de parler, commencer à faire usage de l'ABC. Mais il exprime plus encore, puisqu'il explique un fait historique.

Jusqu'au temps d'Enosch, la lecture avait été pratiquée au moyen des signes symboliques et hiéroglyphiques qui ne frappent que la vue ; alors, on commença à faire usage, on découvrit l'usage qu'on pouvait faire des caractères astronomiques osiridiens pour suppléer à l'absence des signes figurés sur les monuments ; on concut l'idée de faire
pour l'ouïe ce qu'on avait fait pour les yeux.

On remarqua que les signes astronomiques figurés par les osiridiennes A, E et I, pouvaient bien être rappelés à la pensée par le son connu et caractérisé de ces lettres, et l'idée vint de les associer avec les sept autres signes osiridiens. On convint de marquer ces combinaisons par des articulations bien tranchées, et ces articulations furent, L, B, C, D, M, N, Sh.

Il n'était pas difficile de s'entendre pour cela : il ne s'agissait d'abord que des sept combinaisons LA, BA, ÇA, DA, etc., et enfin de quatorze autres. Ces combinaisons s'adressant à l'ouïe et à la vue en même temps, il ne fallait pas un grand effort de mémoire pour les retenir.

Voici ces vingt-et-un monosyllabes, les premiers mots alphabétiques que les hommes aient inventés et écrits: LA, LE, LI; BA, BE, BI; ÇA, CE, CI;DA, DE, DI; MA, ME, MI; NA, NE, NI; ShA, ShE, ShI. On serait tenté de demander s'il n'y aurait pas quelque rapport entre ces dénominations primitives et les vingt et une constellations septentrionales que les anciens comptaient hors du zodiaque (Voyez pag. 73, n. 4 el 5).

Ces vingt et un monosyllabes étant devenus familiers, on comprit la possibilité de créer de nouvelles combinaisons, qui parlassent comme les premières à l'ouïe ainsi qu'à la vue, et l'on eut bientôt une langue factice composée de cent mots scientifiques.

Ce fut la première langue alphabétique et l'origine de toutes les autres.

Cette langue si bornée s'accrut par l'invention qui eut lieu à Babel, et elle devint l'hébreu primitif, puis enfin l'hébreu de Moïse.

Les premières lettres de l'alphabet osiridien étaient le nom de l'Eternel.

Alors on commença à lire au moyen de ces lettres.

Il était donc bien vrai, bien exact de dire, comme Moïse : alors on commença à lire par le nom de l'Eternel; mais il fallait savoir quel était ce nom. Ce ne pouvait être JÉOVÉ, cette dénomination n'existait pas, c'était donc AEI.

Ce fut sous le fils de Seth, sous ENOSCH, que cette mémorable découverte eut lieu ; et c'est en effet à Enoch (par similitude du nom) qu'on attribue le premier, le plus ancien livre écrit; livre cité par saint Jude, par Tertullien, par Origène ; livre qui, dit-on, existe encore en éthiopien.

Remarquez enfin que ce mot ENOC signifie l'initié, l'initiateur, celui qui a reçu l'enseignement et celui qui le donne.

Ainsi, nous avons les époques précises de l'invention des deux premiers alphabets.

Le plus ancien, du temps d'Enosch, avant l'époque du grand cataclysme appelé le déluge.

Le second, après ce déluge, à l'époque où l'on met communément la tour de Babel et la confusion des langues.

On peut placer environ cinq siècles après Babel l'invention du troisième alphabet, celui dont les lettres furent nommées assyriennes, d'AÇhR. Il est plus ancien que Moïse, puisque, suivant Philon, Moïse apprit les lettres assyriennes en Egypte.

Cet alphabet fut donné aux Hébreux par Moïse avec la langue hébraïque. Les prêtres égyptiens qui l'avaient instruit, et dont il avait révélé les principes religieux et la langue sainte, l'appelèrent, de l'aveu de Manethon, prêtre égyptien lui-même, AShR-ShaPh, mot hébreu composé déjà vu, et qui signifie langue parfaite, parole de félicité et de bonheur.

Ce mot, échappé à un prêtre égyptien qui traite fort mal la population israëlite, et qui ment évidemment lorsqu'il donne les motifs de leur sortie d'Egypte, confirme ce que j'ai dit de la langue ambrique, la même que la langue hébraïque, et laisse entrevoir bien des mystères. Il resterait à déterminer historiquement cette troisième époque, mais elle importe peu maintenant et j'en réserve l'étude pour une autre occasion, si je dois continuer la version de la Génèse par le sens intime et rationnel.

Il résulte de ces alphabets, ainsi chronologi quement rapprochés, que les lettres Th, S, Ph, Tz, Q et R étant les dernières inventées, les mots où elles se trouvent sont modernes en comparaison des autres, et appartiennent à la troisième époque.

Que les racines ou mots écrits avec les seules osiridiennes appartiennent au contraire à la première époque.

Que les racines où ces lettres osiridiennes sont jointes aux caractères G, Y, Z, E, T et Ô, peuvent appartenir à l'alphabet zodiacal, ainsi qu'à la seconde et a la troisième époque.

Que les racines d'où sont banies les osiridiennes sont de la seconde ou de la troisième époque.

Et qu'enfin en poursuivant la racine monosyllabique d'un mot, il faut avoir égard à l'ordre successif et chronologique des caractères.
Chercher le mot par A, puis par Ô ;
par E, puis par E ;
par I, puis par Y ;
par B, puis par Ph ;
par D, puis par T et par Th ; ,
par C , puis par G et par Q ;
par L, puis par R ;
par M,
par N,
par Çh, puis par Z et par S et Tz.
Alors on trouvera :
100 racines de deux lettres pour 1ère époque,
156 idem — pour la 2ème époque,
228 idem — pour la 3ème époque.

En tout484 racines primitives de deux lettres. Si toutes ne sont pas usitées, elles ont pu l'être; mais il peut y avoir eu des rapprochements de lettres impossibles, comme, par exemple, celui de U première radicale avec toute autre lettre qu'elle même ; celui de l'A et de l'Ô, qu'on ne trouve que dans trois ou quatre mots orthographiés chaldaïquement.

Cette antipathie n'existe pas dans les mots soumis aux formes grammaticales, ce qui prouve que ces formes sont modernes, et qu'elles étaient primitivement des mots détachés, mis à côté de ceux sur lesquels elles devaient produire une action ou modification.

Quelle peut avoir été la cause de cette antipathie?

Provenait-elle de la signification radicale des caractères ?

En effet,
A peint le bruit, le son, l'éclat d'un objet;

É peint l'être, l'existence;

I peint la vue, la manifestation, l'indication d'un objet;

O ou A peint la voix, l'ouïe, la lumière;

E peint la vie, le mouvement vital;

Y, OU, peint la vue incertaine, le doute; l'indication vague, douteuse ; la situation entre plusieurs objets.

Enfin, il est très remarquable que toutes les inflexions grammaticales des verbes, que toutes les formes des pronoms postfixes ou préfixes, que les articles, prépositions et particules adjonctives ou conjonctives appartiennent toutes à l'alphabet de la première époque, et qu'il n'y ait d'exception que pour l'Y et pour le T, qui sont de la seconde :
Y, qui pour la forme hébraïque, pour la valeur et l'emploi, remplace si souvent et si facilement la lettre I de la première époque ;

T, qui figuré + dans l'hébreu ancien et sur les médailles, a pris cette forme du Çh ou Sh dans l'alphabet primitif; et qui remplace si facilement cette lettre Çh ou Sh dans une foule de noms devenus chaldaïques par ce changement.

Il y aurait quelques observations à faire sur l'usage du pronom préfixe Çh, que l'on dit postérieur au siècle de Moïse (Gramm. hébr. de l'Advocat. ) ; mais il suffit de considérer qu'AÇhR est un mot fort important, dont on n'a pu hasarder une abréviation que tard. La remarque est d'ailleurs inexacte : l'adverbe B-Çh-GM par-ce-que Genèse 6. 3. (sens littéral), est composé de B préposition, de Çh relatif et de GM; ainsi, la conséquence qu'on a tirée de l'absence de cette abréviation, pour prouver l'antériorité des livres de Moïse, tombe. Cette abréviation est au surplus fort rare, excepté dans les Psaumes, l'Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques.

A suivre...

Posté par Adriana Evangelizt

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 21:55





AELOIM

ou

Les dieux de Moïse

par Pierre Lacour

de l'Académie des Sciences, Lettres et Arts de Bordeaux

1839

13ème partie

12ème partie

11ème partie

10ème partie

9ème partie

7ème partie

1ère partie

 

Tome I

ÉPOQUES HISTORIQUES.



BABEL

 


Nous laisserons à des curiosités tristement laborieuses, dit M. l'abbé Latouche, la tour de Babel et ses briques hiéroglyphiques. » Nous ne sommes pas si dédaigneux. M. l'abbé Latouche avait renoncé aux dénominations antiques des lettres de l'alphabet, et ces dénominations nous ont découvert l'existence d'un alphabet zodiacal. ll abandonne maintenant la tour de Babel : voyons, peut-être y trouverons-nous quelque chose.

 

Nous avons dit que le second alphabet, composé de seize lettres, est celui que les historiens ont appelé Pélagien. Le nombre de lettres de cet alphabet a varié plus tard.

Ce mot PeLaG ou PhaLeG doit nous apparaître maintenant comme une révélation entière.

En effet, ne suffit-il pas de ce mot pour rappeler à notre souvenir une époque célèbre dans l'histoire de la parole, et que l'auteur de la Genèse, quel
qu'il soit, a caractérisée par ce nom symbolique, BABEL?

Cette époque, c'est celle où la langue parlée d'un peuple primitif éprouva une révolution générale par le surcroît d'un grand nombre de mots nouveaux.

La signification de ces mots n'étant pas bien déterminée, ou n'étant pas comprise du vulgaire, il en résulta ce qu'on a appelé la confusion des langues.

On concevra sans peine qu'une langue dont jusqu'alors dix caractères avaient peint toutes les articulations, tous les sons, dut être prodigieusement changée ou rendue méconnaissable par le mélange de six nouveaux caractères qui peignaient tous des sons nouveaux et des articulations nouvelles ; qui créaient enfin des mots étranges, illisibles, ou n'offrant aux yeux qu'une espèce d'hiéroglyphes inconnus.

Ainsi, c'est à Babel, c'est à l'occasion de cette tour célèbre, consacrée alors comme depuis aux observations astronomiques, qu'eut lieu la première réforme de la langue sacrée, de la langue hébraïque primitive.

Examinons d'abord le verset principal de cette précieuse tradition, à laquelle l'auteur a donné littéralement le sens et la forme d'un fait miraculeux; nous étudierons ensuite l'ensemble et le sens intime ou rationnel du récit.

Selon l'interprétation vulgaire du texte, il n'y avait autrefois sur toute la terre qu'une seule langue, et les hommes n'avaient qu'une seule manière d'exprimer leurs pensées.

Quelques-uns étant partis de l'Orient, arrivèrent dans la plaine de Sénaar, et s'y établirent.

Ils préparèrent les matériaux nécessaires pour une construction gigantesque, — et ils se dirent ensuite :
BATISSONS-NOUS UNE VILLE ET UNE TOUR DONT LE SOMMET TOUCHE AUX CIEUX, FAISONS-NOUS UN SIGNAL : PEUT-ÊTRE SERONS-NOUS DISPERSÉS SUR LA TERRE.

Voici le texte avec la traduction interlinéaire.
ÉBÉ      NBNÉ    LNOU    ÔIR             U-MGDL U-RAÇhOU
agite, œdificamus nobis civitatemet turrim    et caput ejus
B-ÇhMIM,   U-NÔÇhÉ     LNOU     ÇhM      PhN
incoelum,   et faciamus   nobis     nomen    ne forte
NPhOUTz      ÔL     PhNI   CL     EARTz.
dispergamur super faciès omnis terrœ.

La traduction de M. Cahen est plus exacte que cette version, et cette exactitude tient à l'emploi du mot signal pour rendre l'hébreu ÇhM; elle est surtout supérieure a celle de MM. Claire et Franc, que voici : « Essayons de nous construire une ville et une tour dont le sommet s'élève jusqu'au ciel, ( nous rendrons par là notre nom célèbre, ) afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de la terre. »

Néanmoins la traduction de M. Cahen ne reproduit que le sens apparent et littéral du texte ; elle ne nous offre encore rien de relatif à l'objet réel de ce monument.

Pour avoir le sens intime de ce texte, il ne faut que rapprocher davantage de leur signification primitive les mots ÔIR, MGDL, RAÇh et ÇhM.

ÔR, ÔIR ET ÔYR.

OYR ne signifie une ville que secondairement, et par une application de la valeur qu'il a dans le sens intime de ce passage. Il veut dire veiller et tenir éveillé ; tenir les yeux ouverts pour observer dans les ténèbres, dans l'absence d'AYR, de la lumière, car ce mot, qu'on peut prononcer AYR, est évidemment la transcription d'AYR, AUR prononcé négativement.

ÔYR, ÔIR, employé pour désigner un monument, un édifice, une construction haute et fermée (arcem) ne peut donner d'autre idée que celle d'un lieu où l'on veille, où l'on observe pendant la nuit, en un mot d'un observatoire; et même ce sens d'observer se rapporte aux astres : ainsi, ÔYR est aussi l'esprit qui veille sur un des astres, et le pluriel ÔYR-IM, les intelligences qui dirigent le mouvement des astres.

Ce mot, appliqué à l'ensemble d'une quantité de monuments élevés par les hommes, a dû signifier une ville : il s'est écrit ÔR et ÔIR, et même alors il fait naître la pensée d'une surveillance exercée autour de soi, de nuit d'abord , de jour ensuite, dans une enceinte entourée de murs, ou fermée de toute autre manière.

Quant au changement de la lettre Y en I, il ne doit plus étonner ; ce changement est d'ailleurs fort commun dans la langue hébraïque. Il ne faut en tenir compte dans l'étymologie; on les voit disparaître ici pour laisser à nu la racine ÔR, qu'on retrouve dans le pluriel ÔR-IM. Il suffit de comparer la forme de ces deux lettres Y et I,ו י, en hébreu, pour s'expliquer comment indépendamment du son souvent le même, elles peuvent être employées l'une pour l'autre.

MGDL


Le mot MGDL qui suit ÔIR, et qui lui est joint par la conjonction U, explique l'objet pour lequel on veut élever et bâtir cet observatoire. M-GDL signifie bien une tour, mais ce n'est que dans un sens dérivé; et la preuve que l'idée d'une construction colossale de ce genre ne lui convient pas d'une manière absolue, c'est qu'il signifie tout aussi bien une chaire, une tribune de laquelle on peut haranguer dans un temple ou ailleurs. Nous l'avons vu employé dans ce sens, à l'occasion de la lecture du nouveau Pentateuque revu par Esdras.
 

Pourquoi donc ces significations si opposées?

C'estqu'en les attribuantau mot MGDL*, on n'a eu égard qu'à la forme des objets construits; c'est que le mot GDL, sur lequel il s'élève, appelle l'idée d'une chose tournée, ou qui entoure et fait le tour; d'une bande, d'un cordon, d'une zone, d'un ruban déroulé, en forme circulaire, ce que représentent en effet les bords d'une tribune, et en grand les murs d'une tour.

* Ce mot MGDL avait été pris dans le sens d'obélisque : c'est une erreur, quant à ce passage du moins. (Essai, p. 285. )

Enfin, le mot GDL avait probablement, lorsque, l'auteur de ce récit en fit usage, la signification qu'il a gardée dans l'arabe, et il désignait une table astronomique, un calendrier.

Les Coptes avaient conservé l'idée de tour pour désigner les signes du zodiaque.

En arabe BRG ou BRGA, une tour, désigne le zodiaque et les douze signes du zodiaque*.

* Voyez entr'autres le Lexicon Pentaglotton de Schindler.

Cette zone, cette bande rubannée et arrondie pour laquelle on veut construire un obervatoire, est donc un cercie astronomique, un calendrier dans le genre du grand cercle élevé sur le tombeau (EPI TOU MNÈMATOS) d'ISO-mandès ou OSl-mandès, d'Osimandias, personnage allégorique par son
nom même ; et c'est probablement ce cercle célèbre que l'auteur avait présent à sa pensée lorsqu'il rédigeait cette partie de la Genèse.

Le sens des mots du verset est donc jusqu'ici : bâtissons-nous un lieu d'observation, un édifice pour veiller et pour observer les astres ; ou bâtissons-nous un observatoire et une tour, un cercle astronomique.

Ce sens modifie celui des mots qui suivent ; RAÇh-OU B-ÇhMIM, sa tête est ou sera dans les cieux : ce qui ne signifie pas positivement dont le
sommet touche aux cieux.

RAÇh.

Le mot RAÇh désigne le chef, la tête, mais il les désigne comme principe dirigeant et d'où découlent les choses ; comme le principe ( non le commencement) des choses, la cause qui les génère.

La signification de ce mot, on le sent bien, suppose un mouvement directif agissant de haut en bas, du commandant au commandé, du supérieur à l'inférieur, et non de bas en haut comme le sens vulgairement adopté l'indiquerait nécessairement.

ÇhMIM.


Il ne nous reste plus qu'un mot à étudier, mais ce mot est de la plus grande importance, c'est le singulier de ÇhMIM, les cieux.

 

Ce singulier estÇhM, en arabe ÇhM-A, le ciel ; on le traduit : signe, signal, nom; c'est la racine du grec SèMA, un signe, une marque, un astre, un signe horaire, une lettre.

Il signifie SIGNE, parce que le ciel est la partie de l'univers pour laquelle les hommes ont primitivement fait usage de signes.

Il se rend par NOM, parce qu'un nom est un signe ; et parce que les hommes n'ont inventé les lettres, au dire formel des anciens, que par l'imitation
même de ces signes.

ÇhM est donc bien réellement le singulier de ÇhM-IM, les cieux, et sa signification littérale et précise, bien qu'on l'ait communément négligée après l'invention de l'alphabet de vingt-deux lettres, est un ciel, un ciel signifère,un ciel astronomique, parce que dans le vieux langage hébraïque et dans l'hébreu de Moïse, l'idée de ciel ÇhM-IM, est inséparable de celle de signe, ÇhM.

Conçoit-on que la signification radicale d'un nom sorte d'un pluriel ? et conçoit-on qu'elle reste étrangère au singulier de ce nom? Mais alors, pourquoi et comment le pluriel ? pourquoi le pluriel de tel nom plutôt que de tout autre ? ÇhM est donc bien réellement encore un ciel figuré par la main des hommes. Or, que peut être un ciel astronomique fait par la main de l'homme sur une bande circulaire, sur une tour, si ce n'est un zodiaque et un planisphère céleste ?

On s'explique maintenant la singularité de ce mot ÇhMIM, les cieux, au pluriel, pour un objet qui est un dans la nature et qui ne permet même pas l'idée d'une pluralité, comme le permettent les mots Dieu, soleil, car on peut avoir l'idée de plusieurs puissances, de plusieurs Dieux, de plusieurs soleils: l'espace semble pouvoir en contenir un grand nombre ; mais les hommes n'ont jamais pu concevoir naturellement plusieurs cieux*. On voit que cette singularité est due à la multiplicité des signes astronomiques, et aux tableaux de ces signes, on voit également que dans plusieurs circonstances
ÇhM-IM doit signifier les signes du ciel, les signes astronomiques, l'ensemble des constellations figurées, un planisphère céleste.

* Le caractère chinois de ciel est composé de deux hiéroglyphes qui signifient LE GRAND-UN , tant l'idée du ciel tient à celle d'unité.

On voit enfin que la création de ce mot ÇhM pour désigner le ciel, est encore un ouvrage, une production de l'esprit de l'homme, qu'elle est étrangère au langage donné, inspiré par la nature et l'organisation vocale de l'homme ; que cette création est postérieure à l'invention des signes astronomiques, et qu'elle n'est due qu'à ces signes.

La division du ciel en trois ciels, ou trois zones superposées, a une autre origine que nous trouverons quand nous en serons aux premiers versets du second chapitre de la Genèse.

ÇhM n'a pu désigner un nom, comme nous entendons ce mot, que tard et après la divulgation de l'écriture alphabétique. Or l'usage commun de cette invention a presque effacé du mot ÇhM, même la signification de signe, caractère, marque, symbole, hiéroglyphe, et ne lui a laissé que celle de nom.

Venons-en à l'origine de ce mot, un des plus importants de la langue hébraïque.

L'invention de l'écriture provient de l'imitation des signes célestes ; les traditions égyptiennes et phéniciennes nous le disent, et nos études l'ont déjà suffisamment montré. ÇhM était le nom qui désignait ces signes, puisque son pluriel  ÇhM-IM signifie les cieux. Mais pourquoi ce mot ÇhM et non tout autre ? Le voici, et cette étymologie, qui explique la cause du choix qu'on fait, prouve aussi que ce mot doit avoir au singulier la signification que l'usage moderne lui refuse, ou que le sens convenu lui a enlevé.

ÇhM est le mot antique de l'araignée, dont l'ouvrage suspendu dans les airs au milieu des campagnes et se détachant sur le ciel, est travaillé en forme circulaire et divisé en rayons et en zones comme le tableau du ciel ou des signes du ciel, comme les premiers planisphères célestes. De là seulement est venu pour ce mot ÇhM l'ensemble des significations qui lui sont ici restituées, et qu'il doit prendre souvent dans le texte de Moïse et dans les paraboles ou allégories relatives à des usages qui se rapportent aux premières époques de la civilisation humaine.

Je néglige les inductions qui expliqueraient enfin l'origine et le comment de l'idée qui fit imaginer ces planisphères célestes. Je dirai seulement, parce que le mot araignée peut avoir paru trop peu noble à quelques personnes, et pour justification historique, qu'Eudoxe, qui séjourna si longtemps en Egypte, fit connaître un cadran fameux que l'on appelait l'araignée, à cause des signes horaires et des courbes qui y formaient une sorte de réseau*.

* Voy. M. Jomard, Syst. métrique des Égyptiens, pag. 239

Ainsi donc, la traduction précise de la première partie du verset sera : bâtissons-nous un observatoire et une tour, un cercle astronomique, dont le principe sera dans les constellations du ciel.

Après cette première partie, maintenant connue, viennent ces mots, U-NÔÇhÉ LNOU ÇhM, que l'on traduit : faisons-nous un signal, ou rendons notre nom célèbre, et qui ne peuvent l'être ainsi.

Il a fallu évidemment la contrainte de l'habitude et du sens convenu pour traduire U-NÔÇhÉ par faisons-nous.

Le mot NÔÇHÉ est un futur convertible et non un impératif; il ne signifie pas non plus nous ferons, puisqu'il faut le tourner par le passé, mais nous avons fait; et comme s'être fait une chose c'est l'avoir, OÇhÉ signifie aussi avoir : dans cette phrase, U NOÇhÉ est donc pour: or, nous avons; or, nous nous sommes fait.

J'ai parlé de futur convertible ; ceci mérite, exige même une digression.

Ce mot futur convertible signifie entraîné du futur au passé. Ce mouvement a lieu par la force de la conjonction U ou Y, que l'on traduit communément par et, or, etc.

J'ai déjà dit quelque chose de la puissance de cette voyelle (page 83) ; un plus grand détail est nécessaire, parce que dans les traductions qui vont suivre on verra presque partout le futur prendre la signification du passé, par la seule puissance de cette lettre.

OU, que l'on transcrit aussi U et Y, est une voyelle dubitative, c'est-à-dire exprimant le doute, l'incertitude. Elle se place entre deux idées, ou deux mots ayant un sens différent. Quand elle ne peut faire douter de la signification de l'un par la signification de l'autre, elle s'attache aux deux ; également et en même temps, elle les lie entr'eux, elle opère un mouvement qui les rapproche, elle saisit l'un et n'abandonne point l'autre. Quand elle se joint aux verbes, elle entraîne le temps connu et désigné vers celui qui ne l'est pas; elle opère ainsi une conversion, et c'est pour cela qu'on dit
qu'elle est convertible.

Elle attaque donc le futur énoncé, le rend douteux et par cela seul elle le tourne au passé, car les verbes en hébreu n'ont que ces deux temps. Elle change de même le passé en futur.

Elle saisit l'objet que la pensée considère en état de repos, ou de matière, ou d'inertie, et frappant de doute cette manière d'être, elle le produit au mouvement et à la vie: ainsi, lorsqu'elle s'ingère dans un nom, elle lui donne un mouvement vital et le fait verbe. C'est ainsi qu'elle opéra sur tous les mots et monosyllabes qui avaient précédé sa création ; et comme il faut qu'elle saisisse deux objets à la fois, elle se plaça entre les caractères de ces
monosyllabes.

Cette lettre si singulière appartient à la seconde époque de l'alphabet, à l'époque même dont nous nous occupons dans ce moment. Son origine est donc à Babel : qu'on juge de la confusion que sa puissance opéra dans le langage écrit et probablement dans la langue parlée!

Son nom et sa forme ont été choisis pour exprimer cette propriété de saisir et d'attirer à soi : ו en hébreu, Y dans les caractères grecs, donnent l'idée d'un croc, d'une pince ; dans l'alphabet zodiacal elle est représentée par les pinces ou serres de l'écrevisse, dont le mouvement est censé rétrograde ou reporter en arrière.

Tout le mystère de sa force convertible résulte de cette signification dubitative et rétrocessive OU ; elle peint un mouvement de bascule entre l'un ou l'autre, avoir clé ou devoir être. Ainsi, placée devant devoir être de cette manière ou devoir être elle lui fera signifier avoir été. Placée devant avoir été, elle lui fera signifier devoir être.

A la fin des noms et des verbes elle saisit l'objet dont on parle et le désigne, lui, il, de lui, à lui.

Ses valeurs comme relation conjonctive sont une conséquence de la signification de doute et d'accrochement à tout. On la traduit ou, et, mais, cependant, or, alors, puis, après que, quand, c'est pourquoi, etc.

Elle ne peut être première radicale dans aucun mot, si ce n'est son nom formé des deux pinces de l'écrevisse (Voyez l'alphabet zodiacal.). On conçoit cette exclusion, la place qu'elle occupe à la tête des mots ne lui est accordée que pour l'exercice de ses fonctions grammaticales -, dans le corps des racines où elle se trouve, elle agit par usurpation et remplace la lettre I.

Considérée sous le rapport générant et général de sa signification matérielle cette lettre désigne : la vue incertaine, l'indécision ; l'indication douteuse, produisant le rapport, le rapprochement de plusieurs objets.

L'invention de cette lettre et sa puissance sont, comme on voit, une production de l'esprit et du raisonnement; sa présence dans l'alphabet zodiacal fixe son origine à Babel. Elle est tout un système grammatical; elle confirme ce que j'ai dit : les langues alphabétiques sont des langues créées par l'usage de l'alphabet même, et autres que le langage naturel de l'homme.

14e partie

Posté par Adriana Evangelizt

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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 01:11

 

3 L'Égypte pharaonique, ou,

Histoire des institutions des Égyptiens sous leurs rois nationaux

 

 Par Dominique Marie Joseph Henry

1846

1ère partie

2ème partie

 

PARTIE THÉOSOPHIQUE.


THÉOLOGIE.

I. COSMOGONIE.

CHAPITRE II.


Le système cosmogonique de Moïse est antédiluvien. — Moïse l'a emprunté aux Égyptiens. — Quels furent les premiers habitants de l'Egypte. — Pourquoi les sciences des antédiluviens se perdirent hors de l'Egypte, et se conservèrent dans cette vallée.

Nul mortel n'a assisté à l'œuvre du Créateur, aucun regard humain n'a donc pu en dévoiler le mystère, et rapporter ce qui s'est passé à la grande époque de l'origine du monde. Les livres saints ne disent nulle part que les opérations et la marche de cette création aient été révélés à l'homme ; des communications entre Dieu et le chef de la race humaine n'ont eu lieu que pour ce qui était déjà , et non par rétrospection ; les derniers versets du premier chapitre de la Genèse le montrent clairement.

Moïse, cependant, raconte tout ce que la main de Dieu a opéré pour former l'univers; et ce qu'il nous rapporte est d'une exactitude telle, que les progrès que les sciences ont faits de nos jours viennent appuyer de leur irrécusable témoignage chacune de ses narrations. Si ce que ces écrits nous apprennent est précisément ce que l'état actuel de la science nous démontre, comment l'a-t-il appris ? Pour rendre raison de la manière dont Moïse a pu savoir ce qui s'était passé à la formation du monde, le savant dom Calmet en est réduit à supposer que le chef du peuple hébreu avait pu en puiser la connaissance dans des écrits et des mémoires conservés dans les familles des patriarches ; mais c'est là fuir devant la difficulté, et non pas la résoudre. Qui avait écrit ces mémoires? qui avait vu l'accomplissement des faits? Et si la nation juive n'a commencé qu'à Abraham, à qui Dieu dit qu'il le rendrait le père d'un grand peuple, quelle famille de cette nation avait pu conserver ces mémoires ou rédiger ces écrits? Veut-on remonter jusqu'à un premier homme? Alors qui avait appris à celui-ci ce qui s'était passé avant son existence? Il faudrait encore recourir ici à une foule de suppositions qui ne feraient que placer la difficulté sur un autre terrain, sans lui faire faire un seul pas vers la solution, sans en diminuer en rien la force.

La Bible de Vence ne voït pas d'empêchement à ce que Moïse ait appris ces choses dans les temples égyptiens (Tome I, page 151). Quoique le fait soit vrai, la question n'en revient pas moins la même pour les prêtres de ces temples; car de qui tenaient-ils cette connaissance? Puis donc que personne n'a pu assister comme témoin et historiographe à la création, et que Dieu n'en a pas révélé les procédés et les actes, il faut bien que le secret de ses opérations ait été surpris par les méditations des hommes, à la vue des résultats que leur montrait l'étude : la conséquence inévitable d'un tel fait, c'est que la science géologique avait été cultivée avec le plus grand succès par ceux qui purent d'après ces phénomènes, combiner le système entier de la cosmogonie.

Ce point principal convenu ( et il est impossible de se soustraire logiquement à sa démonstration ), il ne serait pas difficile de prouver, s'il en était encore besoin, que ce n'est pas le sol si borné de l'Egypte qui à pu devenir la matière de si savantes, si laborieuses, si immenses recherches ; de telles connaissances exigent de profondes et pénibles études, que des travaux, et des observations longtemps continuées et comparées sur divers points du globe, pouvaient talent seuls amener.

On est donc forcé de reconnaître que ces hautes connaissances, fruit de la civilisation la plus avancée, ne pouvaient pas sortir d'une misérable vallée entourée de montagnes qui n'auraient pu fournir que des notions géologiques très-bornées; vallée, d'ailleurs, dont l'existence remontait à trop peu de temps; que ces connaissances venaient de plus loin; qu'elles appartenaient à ces peuples premiers qu'une suite de siècles dont il est impossible d'apprécier le nombre, et de longues et sérieuses études sur l'organisation de l'univers, avaient rendus familiers avec toutes les sciences qui en sont le produit.

La question de savoir d'où venaient les peuples d'Ethiopie qui furent les premiers cultivateurs du sol égyptien, et qui transportèrent sur cette terre les institutions héritées des peuples primitifs, est la première qui se présente ici. Ces peuples n'appartenaient ni par la couleur ni par les traits du visage aux aborigènes de l'Afrique. Les langues que parlent les nègres n'ont aucun rapport avec celles de l'Orient, que des affinités font filles d'une langue mère, et par conséquent antédiluvienne; ces nègres n'ont conservé aucune trace, quelque légère qu'elle puisse être, des connaissances que nous reconnaissons aux peuples primordiaux, ce qui semble établir qu'ils étaient, même dans le premier âge, aussi étrangers à la civilisation qu'ils le sont de nos jours.

Les peuples qu'épargna le grand cataclysme furent, sans contredit, tout au moins ceux qui se trouvaient dans les parties les plus élevées du globe, à la limite des régions inhabitables. Ceux qui vivaient sur le grand plateau d'Asie, sur les versants des hautes chaînes du Taurus et du Caucase, durent être de ce nombre; et c'est par cette raison sans doute, que l'Asie a toujours été considérée par les postdiluviens comme la ruche mère du genre humain (*).

(*) En rendant compte dans le Journal des Savants, mai 1887, d'un ouvrage intitulé Sur les noms des mois chez quelques anciens peuples. M. Eugène Burnouf remarque que la filiation des peuples occidentaux avec ceux de l'Asie se reconnaît encore dans la langue irlandaise, qui a conservé plusieurs composés tout à fait analogues à ceux que forme le sanscrit. M. F. Lajard, dans le prospectus de l'ouvrage intitulé Recherches sur le culte de Vénus en Orient et en Occident, dit aussi que « les progrès brillants des langues orientales ont depuis quelque temps mis hors de doute la communauté d'origine qui existe entre certains idiomes de l'Asie et la plupart des idiomes de l'Europe ancienne et moderne, notamment le grec et le latin. »La communauté d'origine des langues indo-européennes n'est plus aujourd'hui un fait nouveau ni contestable, ou plutôt ni contesté. Les peuples asiatiques ne furent pas les seuls qui échappèrent en partie aux ravages du grand cataclysme : l'Amérique conserva aussi une partie de ses habitants; et il est bien constant que les insulaires de la mer du Sud sont aussi, eux-mêmes, les débris de la population du continent affaissé, dans cette partie, de la grande ile Atlantide. Cette observation modifie considérablement encore les idées sur la hauteur à laquelle les eaux du cataclysme portèrent leurs ravages. Dans les séances du mois de janvier et du mois de février 1843, de la Société ethnologique de Paris, M. d'Eichthal a lu un mémoire sur les rapports qui , d'après certaines analogies linguistiques, paraissent avoir existé entre l'ancienne Egypte, l'Océanie et l'Amérique. Journal de l'Institut, février et mars 1843.

 De cette région partirent les colonies qui passèrent en Ethiopie, et qui s'étendirent au nord des cataractes. Si nous considérons que l'historien Ephore plaçait, suivant Strabon, des peuples qualifiés d'Éthiopiens dans les environs de Joppé et dans la Palestine, et que c'était là que se trouvaient ceux dont parle Homère ; si nous remarquons qu'Hérodote place dans l'armée de Xerxès des Ethiopiens asiatiques qui n'étaient guère différents des Indiens (*), nous serons conduits à penser que ce titre d'Ethiopiens, c'est-à-dire brûlés, avait été donné d'abord à tous les peuples dont le teint basané semblait être un effet de l'ardeur du climat, et que parla suite le nom en resta aux seuls habitants des rives du Nil, au sud des cataractes, en souvenir de leur origine asiatique (**).

(*) Nous avons déjà montré que la Bible considère comme appartenant à l'Ethiopie asiatique le pays de Madian.

(**) Eusèbe fait venir les Éthiopiens des bords mêmes de l'Indus mais il place, on ne sait pourquoi, cet événement sous le règne d'Aménophis I.

Quant à la filiation des Éthiopiens et des Égyptiens, avouée par toute l'antiquité, elle est démontrée d'une manière qu'on peut qualifier d'incontestable, par la comparaison des traits du visage des momies avec ceux des habitants actuels de la Nubie et de l'Abyssinie. Le voyageur français M. Caillaud a prouvé, de plus, que les principaux objets qu'on voit figurer dans le culte des Egyptiens étaient des produits étrangers à l'Egypte, et exclusivement inhérents au sol de l'Ethiopie.

L'origine des Egyptiens et des Éthiopiens, se rattachant ainsi à l'un des peuples qui habitèrentl'Asie avant le déluge, partie du globe qui paraît avoir été, à cette époque, la plus avancée dans la civilisation et dans les connaissances acquises par l'étude (*), il n'est pas étonnant qu'il existe de si intimes rapports entre les institutions des divers peuples du second âge habitant les régions orientales. Héritiers les uns et les autres des mêmes sciences et de la même manière de les exprimer graphiquement, il n'est pas surprenant alors que les plus anciens caractères chinois aient eu tant de conformité avec les signes hiéroglyphiques des Egyptiens, qu'il se trouvât tant d'analogie entre certaines lois et certaines idées de ces peuples, si éloignés les uns des autres par leur position topographique; et, ce point constaté, on n'a plus à discuter si c'est l'Egypte qui a fourni à lu Chine et au Japon leurs premiers habitants, ou si une colonie de Chinois est allée porter ses mœurs et sa civilisation immobiles sur les rives du Nil. En avouant cette communauté d'origine, on a aussi la raison de la haute civilisation de l'Inde avant la sixième incarnation de Vichnou, époque qu'on fait remonter à plus de trois mille ans avant Jésus-Christ (Fortia d'Urban, Origine du Globe, Tome II, page 286).

* Les Tartares d'aujourd'hui sont les plus grossiers et les plus ignorants des hommes; ceux d'autrefois ont pu (ont dû) être éclairés et policés. On trouve dans quelques-unes de leurs solitudes des inscriptions en caractères inconnus, des débris d'édifices qui paraissent avoir été considérables, des vestiges de longs et péniblis travaux exécutés dans les mines que la terre y recèle. Il y a aussi, dans le peu que l'on connaît de la structure des langues, dans le sujet le plus ordinaire des livres, dans les dogmes religieux, et même dans quelques notions scientifiques qui, toutes tronquées et imparfaites qu'elles sont, semblent indiquer des connaissances d'astronomie et de géométrie, des traits plus caractéristiques, et qu'on ne saurait concilier avec l'état actuel de la civilisation chez les nations de la haute Asie. » Abel Remusat, Recherches sur la langue tartare ; discours préliminaire.

Les Chinois et les Indiens, ainsi que les Éthiopiens et les Égyptiens, ne furent pas les seuls peuples chez qui s'étaient conservées les connaissances antédiluviennes. A travers les ténèbres qui couvrent la plus haute antiquité, et à une époque où l'Egypte n'était pas encore sortie des marais, nous entrevoyons un empire déjà signalé comme éminemment illustre par sa puissance et ses exploits : c'est celui de Babel ou de Schin'ar (Sennar), sur lequel régnait alors Nimrod, deux siècles seulement, dit-on, après le déluge. Ce Nimrod , qui fonda plusieurs villes, fut l'auteur principal de la construction de cette très-haute et très-vaste tour, si célèbre dans les livres saints, dans laquelle les habitants de Babel se proposaient de se retirer, en cas d'un nouveau cataclysme semblable à celui dont la mémoire était si récente. Les dimensions gigantesques de cette tour, sa forme calculée pour la solidité et pour la durée, ses ornements, tout annonce que ceux qui en avaient combiné le plan et l'élévation, aussi bien que la résistance, étaient familiarisés avec les sciences mathématiques.

En même temps que l'Assyrie; ou Schin'ar de Nimrod, différent de l'Assyrie ou Aschour de Ninus, nous voyons paraître à la même époque des peuples nommés Zamzumnim, qualifiés de géants comme les Hanachim, ce qui témoigne de leur excessive antiquité. Avant même Nimrod , la Genèse signale l'existence de villes rivales de Babel, et florissantes comme elle; enfin, la plupart des noms donnés aux descendants de Noé sont évidemment des noms de lieux connus alors. Ce n'est pas en trois ou quatre siècles que ces villes, que ces empires auraient pu acquérir tant de splendeur : ces lieux avaient donc résisté, tout au moins en partie, à la grande destruction ; et leurs habitants avaient dû conserver, par conséquent, les connaissances de leurs devanciers. Mais leurs livres, leurs monuments, leur souvenir même, tout a péri.

S'il nous reste encore une faible idée des immenses travaux des peuples primitifs, nous ne le devons qu'à l'inconcevable immobilité qui a frappé la Chine à une époque excessivement reculée, à la vénération dont le peuple juif entoura les documents puisés par leur législateur dans le sanctuaire égyptien, et encore tout imbibés de la science de ceux qui les avaient fournis, malgré les pertes qu'ils ont éprouvées au milieu des cruelles vicissitudes auxquelles a été soumise la destinée de ce peuple.

Platon, instruit aussi par les prêtres égyptiens, nous a transmis également quelques notions sur les temps primitifs ; mais n'ayant en vue, comme Moïse, que sa propre nation, il nous a laissé dans la plus grande ignorance sur tout ce que les registres des temples pouvaient renfermer de l'histoire générale du premier âge du monde. Mais par quel concours heureux de circonstances, ou par quel prodige, lorsque les connaissances acquises par les peuples premiers, et parvenues jusqu'à ceux qui leur survécurent, se sont perdues de si bonne heure dans le reste du monde, l'Egypte a-t-elle eu le privilège de les conserver encore pendant une si longue suite de siècles ?

La cause, n'en doutons pas, en est due uniquement à la position de ce pays. Les sciences primitives se sont maintenues dans la vallée du Nil pendant très-longtemps, par cette même raison qui perpétue les usages, les mœurs, les traditions dans les vallées des hautes montagnes, que ne traverse aucune grande route, que ne fréquentent guère les étrangers, qui sont le moins en contact avec les populations des villes. Si l'Egypte n'avait pas été isolée entre des montagnes, au milieu des déserts; si, dans les premiers temps, son sol n'avait pas été presque complètement fermé aux autres nations, ces souvenirs s'y seraient éteints, comme ils s'éteignirent chez les autres peuples, comme ils commencèrent à s'éteindre en Egypte même, après l'époque où l'esprit conquérant des pharaons de la XVIIIe dynastie, mais surtout de Rhamsès le Grand , ayant mis ce pays eu rapport avec les contrées les plus lointaines, et ses soldats ainsi que ses peuples, les premiers par leurs voyages belliqueux, les seconds par la société des captifs amenés en grand nombre de toute part, en communication avec des régions et des populations qui leur étaient auparavant à peu près inconnues, une modification sensible s'ensuivit, tant dans les idées politiques que dans les idées religieuses; époque où les provinces égyptiennes purent aussi être ouvertes elles-mêmes à d'autres conquérants qu'à ceux de l'Ethiopie, placée dans les mêmes conditions que l'Egypte, c'est-à-dire, isolée aussi au milieu des déserts ou de peuples incivilisés; époque enfin où son sol ne fut plus inhospitalier à l'égard des hommes et des usages des autres nations. Cette cause, il faut la reconnaître aussi dans l'extrême fertilité de son sol et sa facile agriculture, qui, n'exigeant l'une et l'autre ni soins assidus ni fatigants travaux pour fournir en abondance à tous les habitants les choses nécessaires à la vie, procurait à la caste privilégiée de la nation de grandes richesses qui lui permettaient de se livrer, sans préoccupation étrangère, à la culture des sciences confiées à sa garde, et à la contemplation des phénomènes de l'univers.

Dans cette situation heureuse, ces prêtres purent continuer, aux premiers siècles de l'existence de l'Egypte, ces hautes études qui avaient été le partage des classes savantes des peuples primitifs, et auxquelles s'étaient d'abord livrés après eux les Ethiopiens leurs pères, tandis que dans les autres contrées les hommes échappés au déluge, ayant tous plus ou moins à se préoccuper péniblement de leur propre existence, durent glisser rapidement dans un abîme d'ignorance, d'autant plus grand qu'il était sans cesse augmenté par ces guerres, alors toujours barbares, dont les livres saints attestent la fréquence et nous révèlent les fureurs.

Les prêtres égyptiens voulant justifier près de Solon l'oubli dans lequel étaient tombées, chez ces peuples, les connaissances historiques sur le premier âge du monde, lui tiennent ce langage remarquable : « Ceux qui survécurent à la destruction étaient des gens rustiques et vivant dans les montagnes, qui ne connaissaient guère des hommes puissants que le nom, et n'avaient que des notions très-légères de leurs grandes actions ou des lois qu'ils avaient rendues. Manquant encore, durant bien des siècles, des choses les plus indispensables à la vie, ils ne travaillaient, eux et leurs enfants, qu'à se procurer le nécessaire, sans songer à rappeler à leur mémoire les anciens événements, ce qui leur en fit complètement négliger le souvenir. En effet, ce n'est que lorsqu'on est sans inquiétude sur les premiers besoins qu'on peut, dans l'oisiveté des villes, se livrer à la recherche des faits des temps passés, et en faire la matière de ses conversations (Platon, in Critias, page 559). » Quoique ce récit manque d'exactitude, puisque ce ne furent pas seulement des gens rustiques et ignorants des montagnes, mais des gens civilisés et instruits des villes, qui survécurent au grand désastre, les dernières réflexions aussi bien que l'ensemble n'en sont pas moins frappants de vérité; et ce que Platon rapporte ainsi aux seules notions de l'histoire s'applique encore mieux aux connaissances scientifiques.

4ème partie

Posté par Adriana Evangelizt

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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 19:08

 

 

2 L'Égypte pharaonique, ou,

Histoire des institutions des Égyptiens sous leurs rois nationaux

 

 Par Dominique Marie Joseph Henry

1846

1ère partie

PARTIE THÉOSOPHIQUE.


THÉOLOGIE.

I. COSMOGONIE.
CHAPITRE PREMIER.

 


Etat des sciences à l'époque de Menès. — Elles n'avaient pu éclore en Egypte. — Elles se montrent principalement dans la cosmogonie suivant les temples égyptiens.


En donnant une chronologie qui assigne à la durée de la monarchie égyptienne jusqu'à la seconde invasion des Perses, une durée de 4956 ans, Manéthon a élevé sur le tombeau de cette monarchie le seul monument qui puisse servir de phare dans l'exploration de ces temps si reculés. Ce monument fixe invariablement le départ de cette vaste carrière chronologique, la plus longue de l'histoire humaine, à la 5303e année avant notre ère.

De cette époque à cette autre époque terrible où la plus grande partie du genre humain périt victime de la dernière grande révolution du globe, et où deux immenses portions des continents du monde antédiluvien furent abîmées sous les eaux, on ne peut compter au plus qu'une période d'environ six à sept siècles, si, comme nous croyons l'avoir suffisamment établi dans les prolégomènes de ce travail, l'origine du sol égyptien se lie à cette grande catastrophe. Sept siècles sont un terme bien court pour amener la civilisation, de l'état purement négatif à un état très-avancé; et cependant nous voyons briller déjà, à l'origine même de la monarchie égyptienne, des connaissances qui ne laissent pas douter que le génie de l'homme n'eût alors pénétré fort avant dans la profondeur de toutes les sciences. Ici, deux grandes vérités sont mises dans toute leur évidence : l'une , que des siècles ont dû s'écouler en grand nombre avant que les peuples passassent de l'état nomade primitif, où nulle civilisation à peu près n'existait, à celui de cette civilisation urbaine qui seule peut conduire à la culture des sciences et à la pratique des beaux-arts; l'autre, que le sol de l'Egypte n'admet pas cette longue succession de siècles qui aurait pu produire, en civilisation , des résultats aussi immenses que ceux qui apparaissent déjà au berceau même de cette monarchie. Pour arriver de l'absence absolue des éléments des sciences à l'état de perfection où elles se montrent en Egypte dès les temps les plus reculés, il a fallu de nombreux siècles de méditations, d'observations, de comparaisons, au milieu d'un état social très-avancé : or, cette condition favorable à tous les développements de l'intelligence ne peut exister sans liberté, sans concurrence, sans émulation ; et, en Egypte, les peuples étaient esclaves de fait, s'ils ne l'étaient de nom; les classes étaient parquées; la population était séparée entre elle par d'infranchissables barrières.

S'il suffit d'une étincelle pour dénoncer un incendie, il suffit aussi d'un fait bien constaté dans une haute science pour démontrer qu'à l'époque où a eu lien ce fait,
cette science existait déjà, et, avec elle, toutes celles dont le cortège est indispensable à ses progrès. Toutes les connaissances humaines s'enchaînent mutuellement; et l'une ne peut pas faire de grands pas vers la perfection, si celles dont elle doit recevoir l'appui demeurent stationnaires.

Le premier roi d'Egypte, le fondateur de la monarchie, nous est connu parles immenses travaux qu'il fit exécuter, et qui attestent, non pas de simples notions, mais la connaissance la plus positive des sciences mathématiques. Ce prince
barre le cours du Nil ou en déplace la principale branche, et lui impose un nouveau lit ; il fait exécuter un vaste nivellement au milieu de terrains montagneux, pour jeter, à travers ces montagnes, une dérivation considérable du fleuve dans un bassin que la nature avait fermé de toute part; il fonde au milieu des marais, dont il prépare habilement le dessèchement, une ville qu'il couvre de fortes digues, parce qu'elle se trouve sur l'ancien passage du fleuve, qui peut la menacer sans cesse; et dans cette ville on élève un édifice qui, trente-six siècles après, mérite encore l'épithète de magnifique. Ce même prince donne des lois à son nouvel empire ; il va même jusqu'à faire pénétrer le luxe, qui est le superflu de l'aisance, dans la vie domestique : cet état de choses est loin d'indiquer un temps d'ignorance et de barbarie tel qu'il aurait dû exister après le grand cataclysme, si hommes et sciences avaient péri. Le successeur de ce premier roi, habile dans l'art de la médecine, écrit lui-même un traité sur la dissection du corps humain ; le quatrième successeur de Menés fait élever des pyramides. Que d'autres connaissances ne supposent pas celles de l'hydrodynamique, de l'architecture monumentale, de l'anatomie ! Ces nivellements, ces constructions gigantesques, ces écrits, dénotent donc un état complet de civilisation à cette époque si prodigieusement éloignée. Ce n'est pas dans l'espace de dix siècles, et dans un pays aussi resserré que l'était alors l'Egypte, concentrée dans sa seule vallée, que toutes les sciences auraient pu prendre naissance, faire des progrès nécessairement lents, et arriver à un degré si élevé de perfection : les Égyptiens les avaient donc reçues d'ailleurs.

Le déluge n'a pas été universel ; et ce sentiment, que le
célèbre Mabillon avait déjà soutenu il y a deux siècles, à Rome, au milieu de la congrégation de l'Index, ne répugne plus à la saine théologie ; mais, tout en défendant, à la face d'un tribunal dont la susceptibilité en matière de foi est si farouche et si prompte à s'alarmer, l'opinion émise sur cette non-universalité du déluge par Vossius, le savant bénédictin français s'était cru obligé de faire une concession à l'esprit de son siècle ; et il accorda, avec le célèbre Batave, que tous les hommes, généralement, avaient péri dans le désastre, moins une famille désignée par les livres saints comme seule arrachée au naufrage du genre humain par une exception toute divine. Mais c'était là se débattre contre une inflexible nécessité. Si le déluge n'a pas été universel, si le globe entier n'a pas été surmonté par les ondes, des populations ont pu , ont dû échapper à ses ravages : la conséquence découle forcément du principe. Moïse ne parle que d'une famille; mais cette famille est celle à laquelle se rattache la filiation d'un peuple réservé par la Providence aux plus hautes merveilles, et auquel il doit donner une nationalité ; la seule par conséquent qui intéresse le personnage qui se présente à nous comme le plus grand homme de l'antiquité, et que, dans un travail comme celui-ci, nous ne pouvons considérer que comme un homme supérieur à ses semblables par son génie, par sa science, par sa prudence et par son courage, en faisant abstraction de tout caractère prophétique. Envisagé de ce point de vue, n'oublions jamais qu'il sort d'un pays où les fictions allégoriques furent toujours l'enveloppe obligée de toute doctrine et de toute instruction.

Les sciences, dont nous reconnaissons l'état florissant chez les Égyptiens dès l'établissement de leur monarchie, n'ayant pu naître et se perfectionner dans cette étroite vallée, c'est des antédiluviens que ce peuple les avait nécessairement reçues ; aussi voyons-nous Platon, parlant des habitants de l'Atlantide, faire dire aux prêtres qui instruisaient Solon : « Vous observerez d'abord que leurs lois se rapportent aux nôtres, et vous en trouverez beaucoup des nôtres qui sont en tout semblables aux leurs (Plato, in Timaeo). »

Mènes avait donc
emprunté aux peuples primitifs, par la transmission des Ethiopiens, dont les Egyptiens étaient issus, les lois qu'il avait données à son peuple ; et ces lois ainsi que les sciences, qui venaient de la même source, les Ethiopiens les avaient reçues de leurs ancêtres asiatiques échappés au déluge.

Ces précieux monuments des connaissances du premier âge du monde étaient
restés en dépôt entre les mains du sacerdoce, en possession d'être le corps savant de la nation, et qui les conserva purs et sans altération pendant un certain temps. Mais les sciences, pour prospérer, doivent toujours tendre à de nouveaux perfectionnements; elles commencent à décliner du moment qu'elles restent stationnaires : mais aussi, pour tendre au perfectionnement, il leur faut la liberté la plus entière, la concurrence la plus étendue, l'émulation la plus illimitée, parce qu'elles ne s'avancent que par la diffusion et une honorable rivalité. En Egypte, pays presque sans commnications avec les autres contrées du globe, et où une caste seule pouvait se livrer, de père en fils, à l'étude des sciences, ces hautes connaissances devaient avoir pour apogée le point où elles se trouvaient quand elles y parvinrent : cette immobilité était le premier pas vers leur décadence, qui se consomma à mesure que les siècles s'amoncelèrent (*).

(1) Ce que nous avançons ici serait un paradoxe si on comparait les collèges des prêtres égyptiens à nos académies, où un nombre borné de savants fait avancer les sciences ; mais les académies se recrutent de tout ce qui, dans la masse entière de la nation, est organisé de manière à s'occuper avec succès de ces sciences, et acquiert de la célébrité. Qu'on rende les places d'académiciens héréditaires; que le fils de l'astronome, du naturaliste, du médecin, doive s'occuper exclusivement d'astronomie, d'histoire naturelle ou de médecine, et que ces savants par droit de succession soient privés de toute communication avec les savants des autres contrées, l'on verra si les sciences se soutiendront longtemps au même niveau.

Les sublimes fragments du livre qui, le plus ancien du monde, sortait de la plume d'un homme instruit dans toutes les connaissances que possédaient les Egyptiens, nous donnent, dans un petit nombre de lignes, les plus précieux aperçus du haut degré auquel les sciences physiques et naturelles avaient été poussées par les hommes qui vivaient avant la grande catastrophe : ce résumé, nous le trouvons dans les sept premiers chapitres de la Genèse (*).

(*) Les livres du pentateuque ont été évidemment rédigés sur des mémoires de Moïse et de ses successeurs, mais la rédaction ne lui en appartient pas. Quelques efforts qu'aient faits, pour prouver le contraire, ceux qui les croient sortis, tels que nous les avons, de la plume du grand homme, les réflexions, les gloses, les inégalités de doctrine scientifique, tout prouve que ce qu'avait laissé Moïse n'est pas ce que nous avons entre les mains : une véritable confusion qu'on y remarque, et qui est le fruit d'un ordre d'idées qui n'était plus celui que Moïse avait puisé dans l'instruction solide et complète par lui reçue dans les temples de l'Egypte, et qui dénote la perte des saines notions de haute physique, démontre que cette rédaction a eu lieu sur les écrits, déjà mal compris, de Moïse, et, par conséquent, longtemps après l'établissement des Hébreux dans la Palestine. Nous aurons à revenir plusieurs fois sur cette importante question. Voy. aussi Mém. de l'Acad. des inscr., tome III, le mémoire de Boivin ; Cuvier, Discours sur 1es révol. du Globe, page 81, édit. in-4°; ou 169, édit. in-8" ; Fortia d'Urban, Hist. univers. du Globe, tome X.

On rencontre , éparses dans les ouvrages des divers écrivains de l'antiquité, quelques-unes des idées des premiers peuples
sur l'origine des choses : deux de ces écrivains nous ont conservé avec plus de détail celles des Egyptiens; mais ces deux écrivains diffèrent tellement dans l'exposition des mêmes doctrines, qu'il serait difficile de deviner, si on ne le savait déjà, que ce qu'ils nous apprennent émane des mêmes instituteurs : ces deux écrivains sont Moïse et Diodore de Sicile. La cosmogonie de Moïse, simple, claire, naturelle, se fonde sur les plus savantes recherches ; il a fallu que l'auteur de ce système géogénique et uranogénique se livrât à de profondes méditations sur l'histoire du globe, et que la géologie fût parvenue, de son temps, à un bien rare point de perfection, pour que l'historien de la création pût suivre, comme il l'a fait, pas à pas tous les mystères de cette création, pour pénétrer dans les secrets du Créateur si intimement, qu'il semble , en l'entendant rendre compte de ces admirables opérations, qu'il en a été le témoin lui-même.

L'autre cosmogonie suivant les Égyptiens, telle que nous la raconte Diodore, n'est qu'une suite de rêves pleins d'absurdités, à travers lesquels on a bien de la peine à retrouver l'idée mère. La première, fondée sur le spiritualisme, se montre encore tout imprégnée de la science des antédiluviens; l'autre n'est qu'un plat matérialisme, déduit de la fausse contemplation de phénomènes naturels, dont on n'était plus en état de se rendre raison ou de pénétrer les principes. C'est que Moïse vivait dans un temps où l'Égypte, concentrée en elle-même, possédait encore ses savantes traditions, comme un feu qui, avant de s'éteindre, brûle encore longtemps sous la cendre dont il se couvre; tandis que Diodore a vu ce même pays à une époque où , après le plus haut période de gloire, après être parvenue au maximum de la puissance et de la splendeur, l'Egypte, tombée de revers en revers sous le joug des Assyriens, des Perses et des Grecs, avait vu gémir ses prêtres dans la servitude, dévaster ses temples magnifiques, profaner les somptueuses sépultures de ses rois, ruiner, saccager et disperser ses antiques archives, s'altérer son culte national, se matérialiser ses savantes allégories; et, par l'extinction des hautes sciences, résultat inévitable de tous ces désastres, aussi bien que de la perte du vrai sens de ces mêmes allégories, déguisant d'abord, étouffant complètement ensuite les vérités auxquelles elles étaient substituées, l'ignorance s'introduire dans le sanctuaire, et le charlatanisme y remplacer les connaissances qui n'y existaient plus.

3 ème partie

Posté par Adriana Evangelizt

 

 
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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 19:03

De qui les Egyptiens tenaient-ils leur Science ? Voilà la question à laquelle va tenter de répondre l'auteur de ce livre passionnant. Il y est question des antédiluviens. Avant le grand cataclysme, il existait des civilisations. Tout comme il est quasiment certain que tout le monde n'a pas péri lors de ce déluge dont parlent toutes les traditions. Moïse-Akhenaton lui-même tenait sa cosmogonie des antédiluviens. Il en est longuement question dans cet ouvrage.

 

1 L'Égypte pharaonique, ou,

Histoire des institutions des Égyptiens sous leurs rois nationaux

 

 Par Dominique Marie Joseph Henry

1846

 

AVANT-PROPOS.


Nous essayons d'éclairer la source des institutions qui ont rendu si célèbre le peuple le plus renommé de l'antiquité, celui dont l'histoire est devenue, depuis l'immortelle découverte de Champollion, le sujet des études de tout ce qu'il y a d'érudit en Europe. Un travail si hérissé de difficultés ne nous a pas effrayé, quoique écrivant au fond de la province , et privé de quelques documents qui auraient pu le rendre moins pénible pour nous et plus complet pour les autres.

Ces recherches diffèrent essentiellement, quant au principe, de celles des autres écrivains qui ont traité la même matière. La marche que nous suivons, le plan que nous nous sommes tracé, le point de vue sous lequel nous envisageons cette terre classique de la civilisation, sont entièrement nouveaux. Contrairement à nos devanciers, nous montrons l'Egypte riche, à son aurore, de toutes les sciences, de toutes les connaissances humaines, et nous suivons cette haute instruction dans les degrés de sa décadence ; nous la remarquons s'affaiblissant à mesure que le temps marche, que les siècles s'amoncellent, que l'Occident se civilise. Mais pourquoi les connaissances ont-elles suivi dans ce pays une progression inverse à ce qui s'est passé dans tous les autres? Parce que l'Egypte, simple héritière de tout ce qu'avaient amassé de science, pendant la durée inappréciable de leur existence, les antédiluviens, bien que dans des conditions favorables à la conservation de ces sciences, manquait des moyens de les faire prospérer, et que les sciences ne peuvent pas rester stationnaires.

Nous venons de prononcer le nom des ANTÉDILUVIENS : ce mot fera sourire peut-être; car qu'est- ce que les antédiluviens? qui les connaît ? comment atteindre à leur histoire?

Les souvenirs de tous les peuples de la terre ont conservé dans leurs traditions la mémoire d'un grand cataclysme ; toutes les annales s'accordent sur cette vérité. Les bouleversements manifestes du globe attestent plusieurs de ces grands désastres ; mais c'est le dernier de tous qui a dû laisser une impression d'épouvanté dans l'esprit de ceux qui en furent témoins, et dont la terreur passa dans l'âme de leurs descendants : c'est ce dernier grand désastre qu'on qualifie du titre, consacré, de déluge. Ce déluge, on est convaincu qu'il n'a pas été universel, c'est-à-dire qu'il n'a pas effacé généralement de la surface de notre globe tous les peuples qui l'habitaient alors ; et cependant tout en repoussant, même systématiquement, cette universelle destruction , on a toujours raisonné dans l'hypothèse de sa réalité. On veut que le monde soit très-ancien , et on annule complètement l'existence de ces peuples primitifs. L'habitude de ne voir l'histoire que dans l'infidèle miroir des Grecs, fait qu'on ne tient aucun compte de tout ce qui a vécu et fleuri dans les sciences et dans les arts avant la tardive apparition de ce peuple, que les Égyptiens traitaient d'enfant. On veut que les hommes soient restés dans un état à peu près sauvage pendant (qui sait?) des myriades d'années, et jusqu'à ce qu'il ait plu à la Providence de susciter les Grecs, ce peuple de deux jours, pour inventer les arts, les sciences, la civilisation : c'est ce qu'a dit la vanité de leurs historiens, et ce qu'a adopté la bénévole crédulité des modernes. Consultez les écrivains qui ont parlé sur les inventeurs des choses : tout est, comparativement, moderne.

Les Assyriens, les Babyloniens, les peuples dont l'antique existence n'est pas contestée, ont vécu d'une vie animale ; ils ont construit des monuments sans connaître la géométrie, sans connaître les métaux, sans posséder les instruments les plus vulgaires, pas même la scie, qu'il était réservé à un élève de Dédale d'inventer! Si, laissant de côté les Grecs, leur folle vanité et leur ridicule amour-propre, nous portons nos regards plus haut, nous voyons que l'habitude de ne faire commencer les temps historiques qu'au déluge, fait attribuer aux peuples de ce second âge du monde toutes les inventions, toutes les découvertes. Le monde dure depuis des siècles innombrables, on en convient, et on établit en principe que les hommes qui ont vécu dans ce long intervalle ont végété comme des brutes, qu'ils n'ont pas même connu l'art de faire le pain ! Toutes les institutions humaines ont pris naissance en Egypte, au dire de l'antiquité; c'est-à-dire qu'un petit peuple resserré entre des montagnes, des déserts et des mers, a eu plus de génie que toutes les nations répandues sur le globe !

Los institutions bienfaisantes qui ont renouvelé la civilisation dont nous sommes héritiers sont sorties véritablement de l'Egypte; mais c'est parce que l'Egypte en avait hérité elle-même de ces antédiluviens dont on efface la mémoire. On n'a entrevu jusqu'ici ces antédiluviens que par une étroite ouverture de la porte des temps primordiaux : osons donc ouvrir entièrement cette porte. La Bible en nous parlant des patriarches, Platon en citant un peuple atlante, nous ont seuls fait soupçonner des peuples primitifs : ne bornons donc plus l'origine des temps historiques à l'empire de Nemrod, à la construction de la lourde Babylone, à l'usurpation de Menés; car la vérité n'est pas là, car les temps historiques remontent très-avant dans les temps antédiluviens. En jugeant les travaux de ces peuples primitifs, victimes d'une immense catastrophe du globe, par les travaux de leurs successeurs, qui tenaient d'eux les éléments de leurs connaissances, nous serons étonnés de retrouver leur histoire dans l'histoire même de leurs descendants.

Nous allons donc essayer de renouer le fil des temps postdiluviens aux temps considérés comme perdus, de retrouver les anneaux de la chaîne des siècles rompue au déluge, en retraçant l'histoire de toutes les institutions qui régirent l'Egypte pharaonique. En parlant de ces temps si énormément reculés, nous ne suivrons pas la division des âges établie par les chronologistes ; pour nous, il ne saurait en exister que deux : le premier âge, qui est la période antédiluvienne; le second âge, qui commence au déluge et se continue jusqu'à J. C. Nous allons donc nous efforcer de remonter à l'origine de ces institutions qui illustrèrent l'Egypte, et nous montrerons que les Égyptiens n'en furent que les dépositaires. Ces dépositaires en furent aussi les fidèles conservateurs pendant une longue suite de siècles; mais enfin ils finirent par en altérer aussi la pureté, et cela dans le temps où ceux qui leur soutiraient ce fluide sacré faisaient refleurir chez eux-mêmes la civilisation éteinte, et qu'ils dirigeaient vers la perfection les connaissances qui leur étaient rendues : nous indiquerons les causes qui déterminèrent chez les Égyptiens ces funestes résultats, et qui amenèrent enfin pour eux la perte complète de ces vastes connaissances qui les avaient distingués des autres nations, quand, par un concours providentiel de circonstances, ces autres nations étaient tombées dans la barbarie ; et, chose bizarre, ces Égyptiens, qui ont été les savants d'entre les hommes tout le temps que les autres peuples restent dans l'ignorance, se plongent à leur tour dans cette même ignorance dès que ces autres peuples sont parvenus à s'éclairer à la lumière puisée au foyer de l'Egypte : comme si, par une destinée inévitable, toutes les nations postdiluviennes avaient été condamnées à payer le fatal tribut.

Un fait ressort évident dans l'histoire : c'est que la philosophie égyptienne se montre sublime dans l'antiquité la plus reculée, et qu'aux derniers temps de la période antique, ce qu'il en reste encore n'est plus qu'un pâle et incolore reflet de cette SAGESSE tant célébrée par les auteurs sacrés et par les écrivains profanes. Jusque vers l'époque de Sésostris, cette sagesse égyptienne darde du centre du sanctuaire des rayons d'un éclat vif et pur : après cette époque, elle s'affaiblit sensiblement; et sous les Perses, sous les Grecs, sous les Romains, la décadence est si rapide, qu'un des plus grands empereurs finit par ne plus voir dans les prêtres égyptiens que les plus ignorants, les plus crédules et les plus superstitieux des hommes; et dans l'Egypte, que la plus abrutie et la plus dégradée des nations. Les temps antérieurs à Sésostris forment, sous le rapport des connaissances humaines, l'époque la plus brillante de l'Egypte; et pourtant cette époque est celle où une invasion formidable et désastreuse a, dit-on, ravagé tout le pays, l'invasion des pasteurs, et celle où l'anarchie et les guerres civiles l'ont le plus désolé: mais pendant ces temps de troubles, de violences et de brigandage, les collèges sacerdotaux, toujours respectés, concentraient en eux-mêmes toute leur existence, planaient au- dessus des misères humaines, et s'abandonnaient aux seuls travaux de l'esprit. Au temps de Sésostris commencent, avec plus d'éclat dans la monarchie, les longues et grandes guerres extérieures. En portant leurs armes loin de l'Egypte, les Pharaons de, la dix-huitième dynastie avaient appris aux autres nations le chemin de leur empire, et des invasions multipliées et toujours désastreuses se succédèrent.

Dans les déchirements intérieurs, et comme de famille, le sanctuaire égyptien, toujours vénéré, était toujours hors de cause; dans les invasions étrangères, les temples, livrés à la dévastation, au pillage, à l'incendie, les sciences héréditaires dans les maisons sacerdotales, durent suivre le sort de ceux qui avaient seuls le droit de les cultiver : elles périrent avec eux.

C'est donc l'état des connaissances humaines dans les temps primordiaux, qu'il nous a semblé curieux d'étudier; c'est la route que ces connaissances ont suivie pour arriver en Egypte, qu'il nous a paru intéressant d'explorer.

Nous diviserons nos recherches en deux grandes sections. La première, qui est la partie théosophique, comprendra tout ce qui tient à la religion et à la philosophie; la seconde, qui est la partie technologique, renfermera ce qui concerne les sciences et l'industrie humaine. Nous ferons précéder la partie théosophique par l'histoire du sol égyptien et par l'histoire chronologique de ses rois, prolégomènes indispensables d'un pareil ouvrage : car comment remonter à l'origine des institutions qui fleurirent sur le sol de l'Egypte, si nous ne sommes pas bien fixés d'abord sur la véritable antiquité de ce sol tout factice? et comment apprécier l'influence qu'ont pu exercer sur la prospérité ou la décadence de ces institutions les Pharaons qui ont maîtrisé les destinées de l'Egypte, si nous ne connaissons pas l'ancienneté relative des princes qui ont commandé sur ce sol ?

2ème partie 

Posté par Adriana Evangelizt

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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 18:15

Abrégé de l'origine de tous les cultes 4

par Charles-François Dupuis

1830

6e partie

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

5ème partie

CHAPITRE III - 2


De l'Univers animé et intelligent.

Dans la théologie des Grecs, on supposait que les dieux avaient partagé entre eux les différentes parties de l'Univers, les différents arts, les divers travaux. Jupiter présidait au Ciel, Neptune aux eaux , Pluton aux enfers, Vulcain au feu, Diane à la chasse, Cérés à la terre et aux moissons, Bacchus aux vendanges, Minerve aux arts et aux diverses fabriques. Les montagnes eurent leurs Oréades, les fontaines leurs Naïades, les forêts leurs Dryades et leurs Harna-dryades ; c'est le même dogme sous d'autres noms ; et Origène, chez les Chrétiens, partage la même opinion lorsqu'il dit :

« J'avancerai hardiment qu'il y a des vertus célestes qui ont le gouvernement de ce Monde : l'une préside à la terre, l'autre aux plantes, telle autre aux fleuves et aux fontaines, telle autre à la pluie, aux vents. »

L'astrologie plaçait une partie de ces puissances dans les Astres : ainsi les Hyades présidaient aux pluies, Orion aux tempêtes, Sirius aux grandes chaleurs, le Bélier aux troupeaux , etc.

Le système des anges et des dieux qui se distribuent entre eux les diverses parties du Monde et les différentes opérations du grand travail de la Nature, n'est autre chose que l'ancien système astrologique, dans lequel les Astres exerçaient les mêmes fonctions qu'ont depuis remplies leurs anges ou leurs génies.

Proclus fait présider une Pléiade à chacune des sphères : Céléno préside à la sphère de Saturne, Sténopé à celle de Jupiter, etc.

Dans l'Apocalypse, ces mêmes Pléiades sont appelées sept anges, qui frappent le Monde des sept dernières plaies.

Les habitants de l'île de Thulé adoraient des génies célestes aériens, terrestres; ils en plaçaient aussi dans les eaux, dans les fleuves et les fontaines.

Les Sintovistes du Japon révèrent des Divinités distribuées dans les étoiles, et des esprits qui président aux éléments, aux plantes, aux animaux, aux divers événements de la vie.

Ils ont leurs Udsigami, qui sont les Divinités tutélaires d'une province, d'une ville, d'un village, etc.

Les Chinois rendent un culte aux génies placés dans le Soleil et dans la Lune, dans les planètes, dans les éléments, et à ceux qui président à la mer, aux fleuves, aux fontaines, aux bois, aux montagnes, et qui répondent aux Néréides, aux Naïades, aux Dryades et autres Nymphes de la théogonie des Grecs. Tous ces génies, suivant les lettrés, sont des émanations du grand comble, c'est-à-dire, du Ciel ou de l'ame universelle qui le meut.

Les Chen, chez les Chinois de la secte de Tao, composent une administration d'esprits ou d'intelligences rangées en différentes classes, et chargées de différentes fonctions dans la Nature. Les unes ont inspection sur le Soleil, les autres sur la Lune, celles-ci sur les étoiles, celles-là sur les vents, sur !a pluie, sur la grêle; d'autres sur les temps, sur les saisons, sur les jours, sur les nuits, sur les heures.

Les Siamois admettent, comme les Perses, des anges qui président aux quatre coins du Monde; ils placent sept classes d'anges dans les sept cieux : les astres, les vents, la pluie, la terre, les montagnes, les villes, sont sous la surveillance d'anges ou d'intelligences. Ils en distinguent de mâles et de femelles : ainsi l'ange gardienne de la Terre est femelle.

C'est par une suite du dogme fondamental qui place Dieu dans l'ame universelle du Monde, dit Dow, âme répandue dans toutes les parties de la  Nature, que les Indiens révèrent les éléments et toutes les grandes-parties du corps de l'Univers, comme contenant une portion de la divinité. C'est là ce qui a donné naissance, dans le peuple, au culte des Divinités subalternes ; car les Indiens, dans leurs vedams, font descendre la Divinité ou l'âme universelle dans toutes les parties de la matière. Ainsi ils admettent, outre leur trinité ou triple puissance, une foule de Divinités intermédiaires, des anges, des génies, des patriarches, etc. Ils honorent Voyoo, dieu du vent : c'est l'Éole des Grecs; Agny, dieu du feu; Varoog, dieu de l'Océan; Sasanko, dieu de la Lune ; Prajapatée, dieu des nations : Cubéra préside aux richesses, etc.

Dans le système religieux des Indiens, le Soleil, la Lune et les Astres sont autant de dewatas ou de génies. Le Monde a sept étages, dont chacun est entouré de sa mer et a son génie : la perfection de chaque génie est graduée comme celle des étages. C'est le système des anciens Chaldéens sur la grande mer ou firmament, et sur les divers cieux habités par des anges de différente nature et composant une hiérarchie graduée.

Le dieu Indra, qui chez les Indiens préside à l'air et au vent, préside aussi au Ciel inférieur et aux Divinités subalternes, dont le nombre se monte à trois cent trente-deux millions : ces dieux subalternes se sous-divisent en différentes classes. Le Ciel supérieur a aussi ses Divinités ; Adytya conduit le Soleil ; Nishagara, la Lune, etc.

Les Chingualais donnent à la Divinité des lieutenans : toute l'île de Ceylan est remplie d'idoles tutélaires des villes et des provinces. Les prières de ces insulaires ne s'adressent pas directement à l'Être suprême, mais à ses lieutenans et aux dieux inférieurs, dépositaires d'une partie de sa puissance.

Les Moluquois ont leur Nitos, soumis à un chef supérieur qu'ils appellent Lanthila. Chaque ville, chaque bourg, chaque cabane, a son Nitos ou sa Divinité tutélaire ; ils donnent au génie de l'air le nom de Lanitho.

Aux îles Philippines, le culte du Soleil, de la Lune et des Étoiles est accompagné de celui des intelligences subalternes, dont les unes président aux semences, les autres à la pêche, celles-ci aux villes, celles-là aux montagnes, etc.

Les habitants de l'île de Formose, qui regardaient le Soleil et la Lune comme deux Divinités supérieures, imaginaient que les Étoiles étaient des demi-dieux ou des Divinités inférieures.

Les Parsis subordonnent au Dieu suprême sept ministres, sous lesquels sont rangés vingt-six autres qui se partagent le gouvernement du Monde. Ils les prient d'intercéder pour eux dans leurs besoins, comme étant médiateurs entre l'homme et le Dieu suprême.

Les Sabéens plaçaient entre le Dieu suprême, qu'ils qualifiaient de seigneur des seigneurs, des anges qu'ils appelaient des niédiateurs.

Les insulaires de l'île de Madagascar, outre le Dieu souverain, admettent des intelligences chargées de mouvoir et de gouverner les sphères célestes; d'autres qui ont le département de l'air, des météores; d'autres celui des eaux : celles-là veillent sur les hommes.

Les habitants de Loango ont une multitude d'idoles de Divinités, qui se partagent entre elles l'empire du Monde. Parmi ces dieux ou génies, les uns président aux vents, les autres aux éclairs, d'autres aux récoltes : ceux-ci dominent sur les poissons de la mer et des rivières, ceux-là sur les forêts, etc.

Les peuples de la Celtique admettaient des intelligences que le premier Être avait répandues dans toutes les parties de la matière, pour l'animer et la conduire. Ils unissaient au culte des différentes parties de la Nature et des Éléments, des génies qui étaient censés y avoir leur siège et en avoir la conduite. Ils supposaient, dit Peloutier, que chaque partie du Monde visible était unie à une intelligence invisible qui en était l'âme. La même opinion était répandue chez les Scandinaves.

« De la Divinité suprême, qui est le Monde animé et intelligent, dit Mallet, était émanée, suivant ces peuples, une infinité de Divinités subalternes et de génies, dont chaque partie visible du Monde était le siège et le temple : des intelligences n'y résidaient pas seulement, elles en dirigeaient aussi les opérations. Chaque élément avait son intelligence ou sa Divinité propre. Il y en avait dans la Terre, dans l'Eau, dans le Feu, dans l'Air, dans le Soleil, dans la Lune, dans les Astres. Les arbres, les forêts, les fleuves, les montagnes, les rochers, les vents, la foudre, la tempête, en contenaient aussi, et méritaient par là un culte religieux. »

Les Slaves avaient Koupalou, qui présidait aux productions de la terre; Bog, dieu des eaux. Lado ou Lada présidait à l'amour.

Les Bourkans des Kalmouks résident dans le Monde qu'ils adoptent, et dans les planètes ; d'autres occupent les contrées célestes. Sakji-Mouni habite sur la Terre ; Erlik-Kan aux Enfers, où il règne sur les ames.

Les Kalmouks sont persuadés que l'air est rempli de génies ; ils donnent à ces esprits aériens le nom de Tengri: les uns sont bienfaisants, les autres malfaisants.

Les habitants du Thibet ont leurs Lahes, génies émanés de la substance divine.

En Amérique, les sauvages de l'île de Saint-Domingue reconnaissent, au-dessous du Dieu souverain, d'autres Divinités sous le nom de Zémés, auxquelles on consacrait des idoles dans chaque cabane.

Les Mexicains, les Virginiens, supposaient aussi que le Dieu suprême avait abandonné le gouvernement du Monde à une classe de dieux subalternes. C'est avec ce Monde invisible ou composé d'intelligences cachées dans toutes les parties de la Nature, que les prêtres avaient établi un commerce qui a fait tous les malheurs de l'homme et sa honte. Il reste donc démontré, d'après l'énumération que nous venons de faire des opinions religieuses des différents peuples du Monde, que l'Univers et ses parties ont été adorés, non seulement comme causes, mais encore comme causes vivantes, animées et intelligentes, et que ce dogme n'est pas celui d'un ou de deux peuples, mais que c'est un dogme universellement répandu
par toute la Terre.

Nous avons également vu quelle a été la source de cette opinion : elle est née du dogme d'une âme unique et universelle, ou d'une âme du Monde, souverainement intelligente, disséminée sur tous les points de la matière, où la Nature exerce comme cause quelqu'action importante, ou produit quelqu'effet régulier, soit éternel, soit constamment reproduit.

La grande cause unique ou l'Univers-Dieu se décomposa donc en une foule de causes partielles, qui furent subordonnées à son unité, et qui ont été considérées comme autant de causes vives et intelligentes de la nature de la cause suprême, dont elles sont, ou des parties, ou des émanations.

L'Univers fut donc un dieu unique, composé de l'assemblage d'une foule de dieux qui concouraient comme causes partielles à l'action totale qu'il exerce lui-même, en lui-même et sur lui-même.

Ainsi se forma cette grande administration, une dans sa sagesse et sa force primitive, mais multipliée à l'infini dans ses agents secondaires , appelés
dieux, anges, génies, etc., et avec lesquels on
a cru pouvoir traiter comme l'on traitait avec les ministres et les agents des administrations humaines.

C'est ici que commence le culte; car nous n'adressons des vœux et des prières qu'à des êtres capables de nous entendre et de nous exaucer. Ainsi Agamemnon dans Homère, apostrophant le Soleil, lui dit :

« Soleil, qui vois tout et entends tout. »

Ce n'est point ici, une figure poétique; c'est un dogme constamment reçu, et l'on regarda comme impie le premier philosophe qui osa avancer que le Soleil n'était qu'une masse de feu. On sent combien de telles opinions nuisaient aux progrès de la physique, lorsqu'on pouvait expliquer tous les phénomènes de la Nature par la volonté de causes intelligentes qui avaient leur siège dans le lieu où se manifestait l'action de la cause.

Mais si par là l'étude de la physique éprouva de grands obstacles, la poésie y trouva de grandes ressources pour la fiction. Tout fut animé chez elle, comme tout paraissait l'être dans la Nature.

Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre,
C'est Jupiter armé pour effrayer la Terre ;
Un orage terrible aux yeux des matelots,
C'est Neptune en courroux qui gourmande les flots, -
Écho n'est plus un son qui dans l'air retentisse,
C'est une Nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse.
BOILEAU, Art poétique, l. III.


Tel fut le langage de la poésie dès la plus haute antiquité; et c'est d'après ces données que nous procéderons à l'explication de la mythologie et des poëmes religieux, dont elle renferme les débris.

Comme les poètes furent les premiers théologiens, c'est aussi d'après la même méthode que nous analyserons toutes les traditions et les légendes sacrées, sous quelque nom que les agens de la nature se trouvent déguisés dans les allégories religieuses, soit que l'on ait supposé les intelligences unies aux corps visibles qu'elles animaient, soit qu'on les en ait séparées par abstraction, et qu'on en ait composé un Monde d'intelligences, placé hors du Monde visible, mais qui fut toujours calqué sur lui et sur ses divisions.

A suivre

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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 17:59

Abrégé de l'origine de tous les cultes 4

par Charles-François Dupuis

1830

5e partie

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

CHAPITRE III - 1


De l'Univers animé et intelligent.


Avant de passer aux explications de notre système et aux résultats qu'il doit donner, il est bon de considérer dans l'Univers tous les rapports sous lesquels les Anciens l'ont envisagé.

Il s'en faut de beaucoup qu'ils n'aient vu dans le Monde qu'une machine sans vie et sans intelligence, mue par une force aveugle et nécessaire. La plus grande et la plus saine partie des philosophes ont pensé que l'Univers renfermait évidemment le principe de vie et de mouvement que la Nature avait mis en eux, et qui n'était en eux que parce qu'il existait éternellement en elle, comme dans une source abondante et féconde dont les ruisseaux vivifiaient et animaient tout ce qui a vie et intelligence. L'homme n'avait pas encore la vanité de se croire plus parfait que le Monde, et d'admettre dans une portion infiniment petite du grand Tout, ce qu'il refusait au grand Tout lui-même; et dans l'être passager, ce qu'il n'accordait pas à l'être toujours subsistant.

Le Monde paraissant animé par un principe de vie qui circulait dans toutes ses parties, et qui le tenait dans une activité éternelle, on crut donc que l'Univers vivait comme l'homme et comme les autres animaux, ou plutôt que ceux-ci ne vivaient que parce que l'Univers, essentiellement animé, leur communiquait, pour quelques instants, une infiniment petite portion de sa vie immortelle, qu'il versait dans la matière inerte et grossière des corps sublunaires.

Venait-il à la retirer à lui, l'homme et l'animal mouraient, et l'Univers seul, toujours vivant, circulait autour des débris de leurs corps par son mouvement perpétuel, et organisait de nouveaux êtres. Le feu actif ou la substance subtile qui le vivifiait lui-même, en s'incorporant à sa masse immense, en était l'âme universelle. C'est cette doctrine qui est renfermée dans le système des Chinois, sur l'Yang et sur l'Yn, dont l'un est la matière céleste, mobile et lumineuse, et l'autre la matière terrestre, inerte et ténébreuse dont tous les corps se composent.

C'est le dogme de Pythagore, contenu dans ces beaux vers du sixième livre de l'Énéide, où Anchise révèle à son fils l'origine des âmes, et le sort qui les attend après la mort.

« Il faut que vous sachiez , lui dit-il, ô mon fils ! que le Ciel et la Terre, la Mer, le globe brillant de la Lune, et tous les Astres, sont mus par un principe de vie interne qui perpétue leur existence; qu'il est une grande ame intelligente, répandue dans toutes les parties du vaste corps de l'Univers, qui, se mêlant à tout, l'agite d'un mouvement éternel. C'est cette âme qui est la source de la vie de l'homme, de celle des troupeaux, de celle des oiseaux et de tous les monstres qui respirent au sein des mers. La force vive qui les anime émane de ce feu éternel qui brille dans les cieux, et qui, captif dans la matière grossière des corps, ne s'y développe qu'autant que le permettent les diverses organisations mortelles qui émoussent sa force et son activité. A la mort de chaque animal, ces germes de vie particulière, ces portions du souffle universel, retournent à leur principe, et à leur source de vie qui circule dans la sphère étoilée. »

Timée de Locres, et après lui Platon et Proclus, ont fait un Traité sur cette âme universelle, appelée âme du Monde, qui, sous le nom de Jupiter, subit tant de métamorphoses dans la mythologie ancienne, et qui est représentée sous tant de formes empruntées des animaux et des plantes dans le système des Égyptiens. L'Univers fut donc regardé comme un animal vivant, qui communique sa vie à tous les êtres qu'il engendre par sa fécondité éternelle.

Non-seulement il fut réputé vivant, mais encore souverainement intelligent, et peuplé d'une foule d'intelligences partielles répandues par toute la Nature, et dont la source était dans son intelligence suprême et immortelle.

Le Monde comprend tout, dit Timée; il est animé et doué de raison : c'est ce qui a fait dire à beaucoup de philosophes que le Monde était vivant et sage.

Cléanthe, qui regardait l'Univers comme Dieu ou comme la cause universelle et improduite de tous les effets, donnait une âme et une intelligence au Monde et c'était à cette âme intelligente qu'appartenait proprement la Divinité. Dieu, suivant lui, établissait son principal siège dans la substance éthérée, dans cet élément subtil et lumineux qui circule avec abondance autour du firmament, et qui de là se répand dans tous les Astres, qui par cela même partage la nature divine.

Dans le second livre de Cicéron sur la nature des Dieux, un des interlocuteurs s'attache à prouver par plusieurs arguments que l'Univers est nécessairement intelligent et sage. Une des principales raisons qu'il en apporte, c'est qu.'il n'est pas vraisemblable que l'homme, qui n'est qu'une iniiniment petite partie du grand Tout, ait des sens et de l'intelligence, et que le Tout lui-même, d'une nature bien supérieure à celle de l'homme , en soit privé.

« Une même sorte d'âmes, dit Marc-Aurèle, a été distribuée à tous les animaux qui sont sans raison et un esprit intelligent à tous les êtres raisonnables. De même que tous les corps terrestres sont formés d'une même terre, de même que tout ce qui vit et tout ce qui respire ne voit qu'une même lumière, reçoit et ne rend qu'un même air, de même il n'y a qu'une âme, quoiqu'elle se distribue en une infinité de corps organisés : il n'y a qu'une intelligence, quoiqu'elle semble se partager. Ainsi !a lumière du Soleil est une, quoiqu'on la voie dispersée sur les murailles, sur les montagnes, sur mille objets divers. »

Il résulte de ces principes philosophiques que la matière des corps particuliers se généralise en une matière universelle dont se compose le corps du Monde; que les âmes et les intelligences particulières se généralisent en une âme et en une intelligence universelle, qui meuvent et régissent la masse immense de matière dont est formé le corps du Monde.

Ainsi l'Univers est un vaste corps mu par une âme, gouverné et conduit par une intelligence, qui ont la même étendue et qui agissent dans toutes ses parties, c'est-à-dire, dans tout ce qui existe, puisqu'il n'existe rien hors l'Univers, qui est l'assemblage de toutes choses. Réciproquement, de même que la matière universelle se partage en une foule innombrable de corps particuliers sous des formes variées, de même la vie ou l'âme universelle , ainsi que l'intelligence, se divisant dans les corps, y prennent un caractère de vie et d'intelligence particulière dans la multitude infinie de vases divers qui les reçoivent : telle la masse immense des eaux, connue sous le nom d'Océan, fournit par l'évaporation les diverses espèces d'eaux qui se distribuent dans les lacs, dans les fontaines , dans les rivières, dans les plantes, dans tous les végétaux et les animaux, où circulent les fluides sous des formes et avec des qualités particulières, pour rentrer ensuite dans le bassin des mers, où elles se confondent en une seule masse de qualité homogène. Voilà l'idée que les Anciens eurent de l'âme ou de la vie et de l'intelligence universelle, source de la vie et des intelligences distribuées dans tous les êtres particuliers, à qui elles se communiquent par des milliers de canaux.

C'est de cette source féconde que sont sorties les intelligences innombrables placées dans le Ciel, dans le Soleil, dans la Lune, dans tous les Astres, dans les Éléments, dans la Terre, dans les Eaux, et généralement partout où la cause universelle semble avoir fixé le siège de quelque action particulière et quelqu'un des agents du grand travail de la Nature. Ainsi se composa la cour des dieux qui habitent l'Olympe, celles des Divinités de l'Air, de la Mer et de la Terre; ainsi s'organisa le système général de l'administration du Monde, dont le soin fut confié à des intelligences de différents ordres et de dénominations différentes, soit dieux , soit génies, soit anges, soit esprits célestes, héros, ireds, azes, etc.

Rien ne s'exécuta plus dans le Monde que par des moyens physiques, par la seule force de la matière et par les lois du mouvement : tout dépendit de la volonté et des ordres d'agents intelligents. Le conseil des dieux régla le destin des hommes, et décida du sort de la Nature entière, soumise à leurs lois et dirigée par leur sagesse. C'est sous cette forme que se présente la théologie chez tous les peuples qui ont eu un culte régulier et des théogonies raisonnées.

Le sauvage, encore aujourd'hui, place la vie partout où il voit du mouvement, et l'intelligence dans toutes les causes dont il ignore le mécanisme, c'est-à-dire, dans toute la Nature : de là l'opinion des Astres animés et conduits par des intelligences ; opinion répandue chez les Chaldéens, chez les Perses, chez les Grecs et chez les Juifs et les Chrétiens ; car ces derniers ont placé des anges dans chaque astre, chargés de conduire les corps célestes et de régler le mouvement des sphères.

Les Perses ont aussi leur ange Chur, qui dirige la course du Soleil; et les Grecs avaient leur Apollon, qui avait son siège dans cet astre. Les livres théologiques des Perses parlent des sept grandes intelligences sous le nom d'Amschaspands, qui forment le cortège du dieu de la Lumière, et qui ne sont que les génies des sept planètes. Les Juifs en ont fait leurs sept archanges, toujours présents devant le Seigneur. Ce sont les sept grandes puissances qu'Avenar nous dit avoir été préposées par Dieu au gouvernement du Monde, ou les sept anges chargés de conduire les sept planètes; elles répondent aux sept ousiarques, qui, suivant la doctrine de Trismégiste, président aux sept sphères. Les Arabes, les Mahométans, les Cophtes, les ont conservées. Ainsi, chez les Perses, chaque planète est surveillée par un génie placé dans une étoile fixe : l'astre Taschter est chargé de la planète Tir ou de Mercure, qui est devenu l'ange Tiriel, que les cabalistes appellent l'intelligence de Mercure ; Hafrorang est l'astre chargé de la planète Behram ou de Mars, etc. Les noms de ces astres sont aujourd'hui les noms d'autant d'anges chez les Perses modernes.

Au nombre sept des sphères planétaires on a ajouté la sphère des fixes et le cercle de la Terre ; ce qui a produit le système des neuf sphères. Les Grecs y attachèrent neuf intelligences, sous le nom de Muses, qui, par leur chants, formaient l'harmonie universelle du Monde. Les Chaldéens et les Juifs y plaçaient d'autres intelligences, sous le nom de Chérubins et de Séraphins, etc., au nombre de neuf chœurs, qui réjouissaient l'Éternel par leurs concerts.

Les Hébreux et les Chrétiens admettent quatre anges chargés de garder les quatre coins du. Monde. L'astrologie avait accordé cette surveillance à quatre planètes; les Perses, à quatre grandes étoiles placées aux quatre points cardinaux du Ciel.

Les Indiens ont aussi leurs génies, qui président aux diverses régions du Monde. Le système astrologique avait soumis chaque climat, chaque ville à l'influence d'un astre. On y substitua son ange, ou l'intelligence qui était censée présider à cet astre et en être l'âme. Ainsi les livres sacrés des Juifs admettent un ange tutélaire de la Perse, un ange tutélaire des Juifs.

Le nombre douze ou celui des signes donna lieu d'imaginer douze grands anges gardiens du Monde, dont Hyde nous a conservé les noms. Chacune des divisions du temps en douze mois eut son ange, ainsi que les Éléments. Il y a aussi des anges qui président aux trente jours de chaque mois. Toutes les choses du Monde, suivant les Perses, sont administrées par des anges, et cette doctrine remonte chez eux à la plus haute antiquité.

Les Basilidiens avaient leurs trois cent soixante anges qui présidaient aux trois cent soixante cieux qu'ils avaient imaginés. Ce sont les trois cent soixante Éons des gnostiques.

L'administration de l'Univers fut partagée entre cette foule d'intelligences, soit anges, soit izeds, soit dieux, héros, génies, gines, etc. ; chacune d'elles était chargée d'un certain département ou d'une fonction particulière : le froid, le chaud, la pluie, la sécheresse, les productions des fruits de la terre, la multiplication des troupeaux, les arts, les opérations agricoles, etc., tout fut sous l'inspection d'un ange.

Bad, chez les Perses, est le nom de l'ange qui préside aux vents, Mordad est l'ange de la mort. Aniran préside aux noces. Fervardin est le nom de l'ange de l'air et des eaux. Curdat, le nom de l'ange de la terre et de ses fruits. Cette théologie a passé chez les Chrétiens. Origène parle de l'ange de la vocation des Gentils, de l'ange de la grâce. Tertullien, de l'ange de la prière, de l'ange du baptême, des anges du mariage, de l'ange qui préside à la formation du fœtus. Chrysostôme et Basile célèbrent l'ange de la paix. Ce dernier dans sa liturgie, fait mention de l'ange du jour. On voit que les Pères de l'Église ont copié le système hiérarchique des Perses et des Chaldéens.

6 ème partie

Posté par Adriana Evangelizt

 
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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 20:01

 

 

 

 

Abrégé de l'origine de tous les cultes 4

par Charles-François Dupuis

1830

1ère partie

2ème partie

3ème partie  

CHAPITRE II.

Universalité du culte rendu à la Nature,

prouvé par l'histoire

et par les monuments politiques et religieux.

3ème partie

Il en fut de même du nombre sept. Tel le chandelier à sept branches, qui représentait le système planétaire dans le temple de Jérusalem; les sept enceintes du temple ; celles de la ville d'Ecbatane, également au nombre de sept, et teintes de couleurs affectées aux planètes; les sept portes de l'antre de Mithra ou du Soleil; les sept étages de la tour de Babylone, surmontés d'un huitième qui représentait le Ciel, et qui servait de temple à Jupiter; les sept portes de la ville de Thèbes , portant chacune le nom d'une planète; la flûte aux sept tuyaux, mise entre les mains du Dieu qui représente le grand tout ou la Nature, Pan; la lyre aux sept cordes, touchée par Apollon ou par le Dieu du Soleil; le livre des Destins, composé de sept tablettes; les sept anneaux prophétiques des Brachmanes, où était gravé le nom d'une planète; les sept pierres consacrées aux mêmes planètes en Laconie; la division en sept castes, adoptée par les Égyptiens et les Indiens dès la plus haute antiquité ; les sept idoles que les Bonzes portent tous les ans en pompe dans sept temples différents ; les sept voyelles mystiques qui formaient la formule sacrée proférée dans les temples des planètes; les sept pyrées ou autels du monument de Mithra ; les sept Amchaspands ou grands génies invoqués par les Perses ; les sept archanges des Chaldéens et des Juifs; les sept tours résonnantes de l'ancienne Byzance; la semaine chez tous les peuples, ou la période de sept jours consacrés chacun à une planète ; la période de sept fois sept ans chez les Juifs; les sept sacrements chez les Chrétiens, etc. C'est surtout dans le livre astrologique et cabalistique, connu sous le nom d'Apocalypse de Jean, qu'on retrouve les nombres douze et sept répétés à chaque page. Le premier l'est quatorze fois, et le second vingt-quatre.

Le nombre trois cent soixante, qui est celui des jours de l'année, sans y comprendre les épagomènes, fut aussi retracé par les trois cent soixante dieux qu'admettait la théologie d'Orphée ; par les trois cent soixante coupes d'eau du Nil, que les prêtres égyptiens versaient, une chaque jour, dans un tonneau sacré qui était dans la ville d'Achante ; par les trois cent soixante Éons ou génies des gnostiques; par les trois cent soixante idoles placées dans le palais du Daïri au Japon ; par les trois cent soixante petites statues qui entouraient celle d'Hobal ou du dieu Soleil, Bel, adoré par les anciens Arabes; par les trois cent soixante chapelles bâties autour de la superbe mosquée de Balk, élevée par les soins du chef de la famille des Barmécides; par les trois cent soixante génies qui saisissent l'âme à la mort, suivant la doctrine des Chrétiens de saint Jean ; par les trois cent soixante temples bâtis sur la montagne Lowham à la Chine ; par le mur de trois cent soixante stades, dont Sémiramis environna la ville de Bélus ou du Soleil, la fameuse Babylone. Tous ces monuments nous retracent la même division du Monde, et du cercle divisé en degrés que parcourt le Soleil. Enfin la division du zodiaque en vingt-sept parties, qui exprime les stations de la Lune, et en trente-six, qui est celle des décans, furent pareillement l'objet des distributions politiques et religieuses.

Non seulement les divisions du Ciel, mais les constellations elles-mêmes, furent représentées dans les temples, et leurs images consacrées parmi les monuments du culte et sur les médailles des villes. La belle étoile de la Chèvre, placée aux cieux dans la constellation du Cocher, avait sa statue en bronze dorée dans la place publique des Phliassiens. Le Cocher lui-même avait ses temples, ses statues, ses tombeaux, ses mystères en Grèce, et il y était honoré sous les noms de Myrtile, d'Hippolyte, de Sphéroeus, de Cillas , d'Érecthée , etc.

On y voyait aussi les statues et les tombeaux des Atlantides ou des Pléiades, Steropé, Phœdra, etc.

On montrait près d'Argos le tertre qui couvrait la tête de la fameuse Méduse, dont le type est aux cieux, sous les pieds de Persée.

La Lune ou la Diane d'Éphèse para sa poitrine de la figure du Cancer, qui est un des douze signes, et le domicile de cette planète. L'Ourse céleste, adorée sous le nom de Calysto, et le Bouvier sous celui d'Arcas, avaient leur tombeau en Arcadie, près des autels du Soleil.

Ce même Bouvier avait son idole dans l'ancienne Byzance, ainsi qu'Orion, le fameux Nembrod des Assyriens : ce dernier avait son tombeau à Tanagre en Béotie.

Les Syriens avaient consacré dans leurs temples les images des poissons, un des signes célestes.

Les constellations Nesta ou l'Aigle, Aiyûk ou la Chèvre, Yagutho ou les Pléiades, et Suwaha ou Al-hauwaa, le Serpentaire, eurent leurs idoles chez les anciens Sabéens. On trouve encore ces noms dans le commentaire de Hyde sur Ulug-Beigh.

Le système religieux des Égyptiens était tout entier calqué sur le Ciel, si nous en croyons Lucien, et comme il est aisé de le démontrer.

En général, on peut dire que tout le Ciel étoilé était descendu sur le sol de la Grèce et de l'Égypte pour s'y peindre, et y prendre un corps dans les images des dieux, soit vivantes soit inanimées.

La plupart des villes étaient bâties sous l'inspection et sous la protection d'un signe céleste. On tirait leur horoscope : de là les images des Astres empreintes sur leurs médailles. Celles d'Antioche sur l'Oronte représentent le Bélier avec le croissant de la Lune; celle des Marmétins , l'image du Taureau ; celle des rois de Comagène, le type du Scorpion ; celles de Zeugma et d'Anazorbe, l'image du Capricorne. Presque tous les signes célestes se trouvent sur les médailles d'Antonin ; l'étoile Hespérus était le sceau public des Locriens, Ozoles et Opuntiens.

Nous remarquons pareillement que les fêtes anciennes sont liées aux grandes époques de la Nature et au système céleste. Partout on retrouve les fêtes solsticiales et équinoxales. On y distingue surtout celle du solstice d'hiver : c'est alors que le Soleil commence à renaître, et reprend sa route vers nos climats; et celle de l'équinoxe du printemps : c'est alors qu'il reporte dans notre hémisphère les longs jours , et la chaleur active et bienfaisante qui met en mouvement la végétation , qui en développe tous les germes, et qui mûrit toutes les productions de la terre. Noël et Pâques chez les Chrétiens, adorateurs du Soleil sous le nom de Christ, substitué à celui de Mithra, quelque illusion que l'ignorance ou la mauvaise foi cherche à se faire, en sont encore une preuve subsistante parmi nous. Tous les peuples ont eu leurs fêtes des quatre-temps ou des quatre saisons.

On les retrouve jusque chez les Chinois. Un de leurs plus anciens empereurs, Fohi, établit des sacrifices dont la célébration était fixée aux deux équinoxes et aux deux solstices. On éleva quatre pavillons aux Lunes des quatre saisons.

Les anciens Chinois, dit Confucius, établirent un sacrifice solennel en l'honneur de Chang-Ty, au solstice d'hiver, parce que c'est alors que le Soleil, après avoir parcouru les douze palais, recommence de nouveau sa carrière pour nous distribuer sa bienfaisante lumière.

Ils instituèrent un second sacrifice dans la saison du printemps, pour le remercier en particulier des dons qu'il fait aux hommes par le moyen de la terre. Ces deux sacrifices ne peuvent être offerts que par l'empereur de la Chine, fils du Ciel.

Les Grecs et les Romains en firent autant, à peu près pour les mêmes raisons.

Les Perses ont leur Neurouz ou fête du Soleil dans son passage sous le Bélier ou sous le signe de l'équinoxe du printemps, et les Juifs leur fête du passage sous l'Agneau. Le Neurouz est une des plus grandes fêtes de la Perse. Les Perses célébraient autrefois l'entrée du Soleil dans chaque signe, au bruit des instruments de musique.

Les anciens Égyptiens promenaient la vache sacrée sept fois autour du temple, au solstice d'hiver. A l'équinoxe du printemps, ils célébraient l'époque heureuse où le feu céleste venait tous les ans embraser la nature.

Cette fête du feu et de la lumière triomphante, dont notre feu sacré du samedi saint et notre cierge pascal retracent encore l'image, existait dans la ville du Soleil, en Assyrie , sous le nom de fête des Bûchers.

Les fêtes célébrées par les anciens Sabéens en honneur des planètes étaient fixées sous le signe de leur exaltation ; quelquefois sous celui de leur domicile, comme celle de Saturne chez les Romains l'était en décembre sous le Capricorne, domicile de cette planète. Toutes les fêtes de l'ancien calendrier des pontifes sont liées au lever ou au coucher de quelque constellation ou de quelque étoile, comme on peut s'en assurer par la lecture des fastes d'Ovide.

C'est surtout dans les jeux du cirque, institués en honneur du dieu qui distribue la lumière, que le génie religieux des Romains et les rapports de leurs fêtes avec la Nature se manifestent. Le Soleil, la Lune, les Planètes, les Éléments, l'Univers et ses parties les plus apparentes, tout y était représenté par des emblèmes analogues à leur nature. Le Soleil avait ses chevaux, qui, dans l'Hippodrome, imitaient les courses de cet astre dans les cieux.

Les champs de l'Olympe étaient représentés par une vaste arène consacrée au Soleil. Ce dieu y avait au milieu son temple, surmonté de son image. Les limites de la course du Soleil, l'orient et l'occident, y étaient tracées, et marquées par des bornes placées vers les extrémités du cirque.  

Les courses se faisaient d'orient en occident, jusqu'à sept tours, à cause des sept planètes.

Le Soleil et la Lune avaient leur char, ainsi que Jupiter et Vénus. Les conducteurs des chars étaient vêtus d'habits de couleur analogue à la teinte des divers éléments. Le char du Soleil était attelé de quatre chevaux, et celui de la Lune de deux.

On avait figuré dans le cirque le zodiaque par douze portes ; on y retraça aussi le mouvement des étoiles circompolaires ou des deux Ourses.

Dans ces fêtes tout était personnifié : la Mer ou Neptune, la Terre ou Cérés, ainsi que les autres éléments. Ils y étaient représentés par des acteurs qui y disputaient le prix.

Ces combats furent, dit-on, inventés pour retracer l'harmonie de l'Univers, du Ciel, de la Terre et de la Mer.

On attribue à Romulus l'institution de ces jeux chez les Romains, et je crois qu'ils étaient une imitation des courses de l'Hippodrome des Arcadiens et des jeux de l'Élide.

Les phases de la Lune furent aussi l'objet de fêtes, et surtout la néoménie ou la lumière nouvelle dont se revêt cette planète au commencement de chaque mois; car le dieu Mois eut ses temples, ses images et ses mystères. Tout le cérémonial de la possession d'Isis, décrite dans Apulée, se rapporte à la Nature, et en retrace les diverses parties.

Les hymnes sacrés des Anciens ont le même objet, si nous en jugeons par ceux qui nous sont restés, et qu'on attribue à Orphée: Quel qu'en soit l'auteur, il est évident qu'il n'a chanté que la Nature.

Un des plus anciens empereurs de la Chine, Chun, fait composer un grand nombre d'hymnes qui s'adressent au Ciel, au Soleil, à la Lune, aux Astres, etc. Il en est de même de presque toutes les prières des Perses contenues dans les livres zends. Les chants poétiques des anciens auteurs, de qui nous tenons les théogonies, connus sous les noms d'Orphée, de Linus, d'Hésiode , etc., se rapportent à la Nature et à ses agents. « Chantez, dit Hésiode aux Muses, les dieux immortels, enfants de la Terre et du Ciel étoilé, dieux nés du sein de la Nuit, et qu'a nourris l'Océan; les Astres brillants, l'immense voûte des cieux et les dieux qui en sont nés; la Mer, les Fleuves, etc. »

Les chants d'Iopas, dans le repas que Didon donne aux Troyens, contiennent les sublimes leçons du savant Atlas sur la course de la Lune et du Soleil, sur l'origine des hommes, des animaux, etc. Dans les pastorales de Virgile, le vieux Silène chante le chaos et l'organisation du monde; Orphée en fait autant dans les Argonautiques d'Apollonius; la cosmogonie de Sanchoniaton ou celle des Phéniciens cache sous le voile de l'allégorie les grands secrets de la Nature, que l'on enseignait aux initiés. Les philosophes qui ont succédé aux poètes qui les précédèrent dans la carrière de la philosophie, divinisèrent toutes les parties de l'univers, et ne cherchèrent guère les dieux que dans les membres du grand Dieu ou du grand tout appelé Monde, tant l'idée de sa divinité a frappé tous ceux qui ont voulu raisonner sur les causes de notre organisation et de nos destinées.

Pythagore pensait que les corps célestes étaient immortels et divins ; que le Soleil, la Lune et tous les Astres étaient autant de dieux qui renfermaient avec surabondance la chaleur, qui est le principe de la vie. Il plaçait la substance de la Divinité dans ce feu Éther, dont le Soleil est le principal foyer.

Parménide imaginait une couronne de lumière qui enveloppait le Monde, il en faisait aussi la substance de la Divinité, dont les Astres partageaient la Nature. Alcméon de Crotone faisait résider les dieux dans le Soleil, dans la Lune et dans les autres Astres. Antisthène ne reconnaissait qu'une seule Divinité, la Nature. Platon attribue la Divinité au Monde, au Ciel ; aux Astres et à la Terre. Xénocrate admettait huit grands dieux, le Ciel des fixes et les sept Planètes. Héraclide de Pont professa la même doctrine. Théophraste donne le titre de causes premières aux Astres et aux signes célestes. Zénon appelait aussi dieux l'Éther, les Astres, le Temps et ses parties. Cléanthe admettait la dogme de la divinité de l'Univers, et surtout du feu Éther, qui enveloppe les sphères et les pénètre. La Divinité toute entière, suivant ce philosophe, se distribuait dans les Astres, dépositaires d'autant de portions de ce feu divin. Diogène le babylonien rapportait toute la mythologie à la Nature ou à la physiologie. Chrysippe reconnaissait le monde pour Dieu. Il faisait résider la substance divine dans le feu Éther, dans le Soleil, dans la Lune et dans les Astres, enfin dans la Nature et ses principales parties.

Anaximandre regardait les Astres comme autant de dieux ; Anaximène donnait ce nom à l'Éther et à l'Air ; Zénon, au monde en général, et au Ciel en particulier.

Nous ne pousserons pas plus loin nos recherches sur les dogmes des anciens philosophes, pour prouver qu'ils ont été d'accord avec les plus anciens poètes, avec les théologiens qui composèrent les premières théogonies, avec les législateurs qui réglèrent l'ordre religieux et politique, et avec les artistes qui élevèrent les premiers des temples et des statues aux dieux.

Il reste donc démontré, d'après tout ce que nous venons de dire, que l'Univers et ses parties, c'est-à-dire, la Nature et ses agents principaux, ont non seulement dû être adorés comme dieux, mais qu'ils l'ont été effectivement ; d'où il résulte une conséquence nécessaire; savoir : que c'est par la Nature et ses parties, et par le jeu des causes physiques, que l'on doit expliquer le système théologique de tous les anciens peuples ; que c'est sur le Ciel, sur le Soleil, sur la Lune, sur les Astres, sur la Terre et sur les Éléments que nous devons porter nos yeux si nous voulons retrouver les dieux de tous les peuples, et les découvrir sous le voile que l'allégorie et la mysticité ont souvent jeté sur eux, soit pour piquer notre curiosité, soit pour nous inspirer plus de respect.

Ce culte ayant été le premier et le plus universellement répandu , il s'ensuit que la méthode d'explication qui doit être employée la première et le plus universellement, est celle qui porte toute entière sur le jeu des causes physiques et sur le mécanisme de l'organisation du Monde. Tout ce qui recevra un sens raisonnable, considéré sous ce point de vue ; tout ce qui, dans les poëmes anciens sur les dieux et dans les légendes sacrées des differents peuples, contiendra un tableau ingénieux de la Nature et de ses opérations, est censé appartenir à cette religion que j'appelle la religion universelle.

Tout ce qui pourra s'expliquer sans effort par le système physique et astronomique doit être regardé comme faisant partie des aventures factices que l'allégorie a introduites dans les chants sur la Nature. C'est sur cette base que repose tout le système d'explication que nous adoptons dans notre ouvrage. On n'adora, avons- nous dit, on ne chanta que la Nature, on ne peignit qu'elle : donc c'est par elle qu'il faut tout expliquer : la conséquence est nécessaire.

5e partie

Posté par Adriana Evangelizt

 

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