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  • : LE PORTEUR DE LUMIERE
  • LE PORTEUR DE LUMIERE
  • : Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
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27 décembre 2006 3 27 /12 /décembre /2006 19:25

Le devoir spiritualiste

 

de Sédir

 

 

CHAPITRE PREMIER

1. - La morale.
2. - Sa définition.
3. - Puissance créatrice de l'acte pour la biologie des êtres futurs.
4. - La vie; emmagasinement des expériences.
5. - Le Verbe, source vitale universelle; son omniprésence.
6. - L'harmonie spirituelle.
7. - La simplicité du langage.
8. - Le véritable spiritualiste.
9. - L'esclavage de l'idéal; la révélation de nos devoirs est
      toujours opportune.
10.- Choix du devoir l'Absolu en vous.
Il. - Unité totale de la Création.
12 - Le binaire et sa bataille, la volonté de vivre, l'Amour.
13 - Passion de l'Idéal; la force qu'elle donne.
14 - Culture psychique.
15 - Elle s'exerce à toute occasion, et ne refuse aucune expérience.




- 1 Toute créature a des droits et des devoirs. Ses droits : c'est ce que le reste de l'univers est dans l'obligation de lui fournir. Ses devoirs : c'est ce qu'il faut qu'elle donne à cet univers sous peine d'enfreindre la Loi, de détruire l'harmonie, de léser les autres êtres.

Le fonctionnement du monde peut donc passer par trois états :

L'un :
négatif, où le cosmos est en voie de disparition vers le Néant; c'est quand les êtres ne s'occupent que de leurs droits.

Le second : neutre, où se maintient l'équilibre du régime de la Justice; c'est quand les êtres savent balancer exactement leurs droits et leurs devoirs; ceci est l'idéal scientifique et humain.

Le troisième :
positif, où les êtres se soucient plus de leurs devoirs que de leurs droits. L'univers tend alors vers la vie absolue : c'est le régime de l'Amour, que prêchent les religions, et nommément l'Évangile.


- 2 Chacune de ces trois classes de volonté s'affirme en agissant; mais les modes de cette affirmation sont divers. Sans disséquer ici tous les éléments connus de ce corps très complexe, de ce principe central individuel, qu'est
la puissance volitive, nous pouvons nous rendre compte qu'il est pourvu d'organes de réception et d'organes de manifestation. Suivant le point où il en est de son cycle de développement, il emploie un groupe d'organes plutôt qu'un autre. Ainsi, tel homme vit, c'est-à-dire veut, avec son intelligence, ou avec l'une des facultés de son intelligence; tel autre avec l'un de ses pouvoirs corporels, et ainsi de suite.

De sorte que chaque phénomène vital est en somme un acte de volonté, aux racines plus ou moins profondes.

D'autre part,
notre organisme le plus extérieur étant le corps physique, l'acte le plus extérieur aussi que nous puissions accomplir est donc l'acte physique. Et il sera le plus complet, le plus saturé d'énergies, le plus fécond, puisque, pour mouvoir l'instrument corporel, le courant volitif aura eu à traverser, à évertuer, à ébranler tous les organismes intellectuels, animiques, magnétiques et sensoriels intermédiaires.


- 3 L'acte matériel est donc le plus sain, le plus normal, le plus équilibrant. Si j'avais le moyen et le loisir d'esquisser un manuel de psychologie spirituelle, ce serait ici le lieu de faire voir quelle armée d'énergies, quelle suite séculaire d'efforts furent nécessaires pour que, par exemple, notre enfant pût mettre un pied devant l'autre. Toutes les puissances du monde sont ici en action. La plus misérable des formes de la vie mérite infiniment d'être étudiée, d'être admirée, d'être aimée.

Il serait aussi important de faire pressentir que tel artiste, en dessinant le pli d'une robe, tel potier en tournant un vase, tel poète qui exprime l'ineffable par des mots, tel musicien qui nous apporte un accord de l'harmonie des sphères, tel philosophe qui cultive une fleur de méditation, jettent chacun dans le vaste champ du futur le germe d'un organe, d'une possibilité physique pour les races de l'avenir. La vie est partout.

Mais il faut circonscrire nos imaginations.

- 4 Tout est un être, en dernière analyse; il faut comprendre ici que les plus grands mystères ne sont pas cachés, mais fleurissent en foule sous nos pas. Marcher, dormir, vivre, en un mot : qu'y a-t-il de plus inexplicable ? Quel savant dénombrera tous les efforts, toutes les souffrances, les sensations, les sentiments, les pensées innombrables, qui, répétées durant des millénaires, nous permettent aujourd'hui de mouvoir notre main instantanément ? Que d'efforts n'y a-t-il pas sous la spontanéité d'un mouvement réflexe ?

Telle est l'expression de la seconde face du formidable axiome que la vie est en tout. L
es sages du vieux temps connurent cette vérité, et quelques-uns en firent le grand arcane de leurs initiations, arcane d'autant plus occulte qu'il est découvert, d'autant plus difficile à saisir qu'on le trouve exprimé à chaque seconde et partout, d'autant plus inaccessible à la convoitise cupide, que le seul dragon qui en défende l'approche est le propre égoïsme de l'homme.

- 5 Si la notion vive de la vie universelle inspira le communisme métaphysique du Jaune, la mansuétude de l'Aryen, et l'âpre activité du Sémite, la véritable forme et la plus compréhensible s'en trouve fixée dans le verset divinement simple de l'évangile joannite :
" Tout ce qui est, a été fait par le Verbe, et rien de ce qui est n'a été fait sans Lui ".

Le Verbe est Dieu, le Verbe est la vie; la vie est partout; le Verbe est partout. Les états de l'être ne sont que des vêtements; et comme les créatures sont elles-mêmes ces modes infinis de l'Etre, toutes : de la plus microscopique à la plus immense, de la plus belle à la plus monstrueuse, sont
les robes dont Il cache à nos yeux clignotants la radieuse splendeur de Ses membres ineffables.

En chaque créature, Il réside, bienfaisant, très pur, très secret; Il est, en elles, leur âme unitaire et unifiante; mais toutes les puissances, tous les halos, tous les organes de l'individu, ses ciels, ses terres et ses cloaques, sont les habits de ce Verbe omniprésent; tout cela Lui appartient et tout cela est donc encore Lui-même.

Si le règne minéral fournit à la plante sa substance, celle-ci fait de même pour l'animal, et ces trois ordres s'unissent pour offrir à l'esprit humain le chef-d'oeuvre organique de leur silencieuse collaboration. Ils sont, je le répète,
les vêtements de ce Verbe dont l'esprit de l'homme doit devenir un jour le corps glorieux.

- 6 Ne vous effarouchez pas de cette phraséologie d'illuminé; si
dans la matière, les forces s'entre-dévorent; si dans l'animique, les passions s'incendient mutuellement; si dans l'intellectuel, les idées se choquent, dans l'Esprit tout s'ordonne, tout se concilie, tout s'harmonise.

Le langage y est
surhumain, les émotions angéliques, et les pensées universelles. Ne prenez donc pas les mots dont on use ici dans le sens que l'usage des sectes et des écoles leur a conféré; voyez-les comme des signes tout neufs; comprenez-les comme on les comprit aux anciens siècles, quand ces très vieilles idées vinrent pour la première fois sur terre.


- 7 Il est peu utile, sauf pour les spécialistes pourvus de dons particuliers et investis d'un caractère d'ambassadeur, de se servir, dans l'étude des questions morales, d'un vocabulaire bien savant. La langue usuelle nous offre tous les termes nécessaires à la notation des phénomènes intérieurs. Les mystiques de notre race nous montrent excellemment ceci. Quand, par exemple, Amiel explique que le sauvage civilisé fait un homme; que l'homme cultivé fait un sage; que le sage éprouvé fait un juste; que le juste, qui a mis la
volonté divine à la place de sa volonté propre est un saint; et que ce saint est le régénéré, le spirituel, le céleste, le libre, dont parlent toutes les religions, il décrit, en termes compréhensibles à la masse, l'ascèse des vieux ésotérismes, et l'ascension des mystiques.

Donc, à notre époque,
où l'abus des termes excessifs est devenu d'un usage si général, réagir en restituant aux mots leur valeur primitive, simple, absolue, est une bonne chose. Ainsi, dans l'ordre d'idées qui nous occupe en ce moment, on ne devrait pas classer sous le vocable de spiritualistes, cette masse énorme d'individus qui sentent remuer en eux des tendances plus ou moins vagues, plus ou moins faibles, plus ou moins latentes, vers des formes d'idéal; ou plutôt, si : tous ceux-là sont des spiritualistes en ébauche; le critique est obligé de les ranger sous cette dénomination; mais c'est eux-mêmes qui ne devraient pas s'accorder ce titre, car on ne tire jamais que des bénéfices d'une excessive sévérité envers soi.


- 8 Un spiritualiste est, par étymologie,
celui qui croit à l'existence, à la primauté, à la permanence de l'Esprit; c'est un homme qui sait cet agent partout actuel, en tout actif, principe et fin de tout; c'est un coeur assez sensible pour en percevoir les effets mondiaux; c'est une intelligence assez vaste pour en connaître les modes les plus contraires; c'est, pardessus tout, une volonté assez royale pour faire obéir les instincts de la chair, les tendances du moi, les paresses de la pensée, à ce qu'elle a pu reconnaître, dans les voix que sa conscience entend, comme l'appel très sage de cet Esprit. Si tout homme porte en soi un idéal, même obscur, même bas, celui qui se réclame de l'Esprit, doit concevoir le plus haut, le plus neuf, le plus lointain des Idéals, et il le doit nourrir de son amour, de toute son intelligence, de toutes ses forces, et de tout son sang.

C'est
un tel serviteur qui a seul le droit à la qualification de spiritualiste; il paraît à la foule un surhumain, parce qu'il est exceptionnel, bien que cependant le simple titre d'homme soit le plus beau et le plus difficile à conquérir.

- 9 Or, si celui qui parcourt ces lignes pressent, malgré leur maladresse, quelque peu
du Beau, du Flamboyant, de l'Ineffable, dont elles procèdent, il est élu, dès lors, à la béatitude et au martyre. Car, " le devoir qu'on devine nous lie dès cet instant ".

En réfléchissant à cette sentence, on à l'intuition nette que le vrai principe de notre moi vit plus haut que notre conscience ordinaire; et, en effet, la personnalité n'est qu'une partie de nous-mêmes, celle où luit, pour l'instant,
le soleil de la vie psychique terrestre; chacun des organes de l'individu n'est en rapport qu'avec la sphère du Non-Moi qui lui est analogue et correspondante; ces rapports, alternativement passifs et actifs, constituent les droits et les devoirs des créatures; ils existent en dépit de la connaissance que nous pouvons en acquérir, mais dès que cette connaissance a lieu, ils s'imposent à nous comme la loi même de notre santé totale.

Ou, plus exactement, ces rapports ne se dévoilent qu'à l'heure où nos forces physiques, intellectuelles et morales sont assez développées pour que nous collaborions dans le sens actif ou passif qu'ils indiquent;
la loi de nature est appliquée par des puissances invisibles qui graduent l'effort selon notre degré d'évolution. Aussi, quand nous sommes aptes à suivre telle classe de l'École du Monde, on nous y conduit, et il serait maladroit et puéril de ne pas vouloir entrer : un devoir est un instituteur.


- 10 Sachant donc que chaque jour de notre existence est préparé par des guides capables, sachant que nos contacts avec le dehors sont toujours opérés par ce qu'il y a dans le sujet de semblable à l'objet, comme d'ailleurs les anciennes sagesses ésotériques le répètent à l'envi, - nous autres, qui aspirons à devenir les réceptacles, les serviteurs et les propagateurs de l'Esprit, de la Force des forces, de Dieu, sachons aussi, entre les guides, - entre les devoirs, - qui s'offrent à nous,
choisir les plus durs; sachons, entre les demandes que nous font les autres êtres, choisir les plus exigeantes, les plus hautes.

Nous reconnaîtrons alors
la vérité de l'enseignement des sages : rabbins à la barbe fourchue, philosophes à la parole fleurie, brahmanes immobiles, Pères romains d'abondante éloquente, moines enfiévrés de jeûnes, tous s'accordent à dire que, selon la nette formule de Marsile Ficin et d'Angelus Silesius : " Comme l'oreille emplie d'air entend les vibrations de l'air, comme l'oeil rempli de lumière voit la lumière, c'est Dieu qui, dans l'âme, voit Dieu ".

Ne jugez pas cet axiome panthéiste. N'accordez jamais grande importance aux étiquettes; elles s'usent, et elles se décollent; étudiez plutôt l'objet qu'elles prétendent décrire.

Dieu est en nous : non pas comme la forme de l'eau et dans chacune des gouttes de l'Océan; Il est en nous individuellement, personnellemen
t, comme lumière distincte, comme feu central particulier, - et tous les composants du genre humain sont uns, parce que la lampe sacrée qu'abrite leur coeur à chacun vient de Dieu et est Dieu, mais pour comprendre ceci, il faudrait comprendre comment le zéro devient l'unité, comment le Point mathématique devient la forme géométrique, comment le monde est créé, comment l'infini devient fini et l'absolu relatif.

Ce n'est pas cela qu'il est nécessaire de savoir; c'est plutôt ce que je vais essayer de décrire.

- 12 Dieu est en nous l'organe essentiel; avec lui nous sommes tout; sans lui, nous nous évaporons dans le néant. Mais, par la même raison que ce vaste univers fut manifesté, il faut, pour la croissance de ce germe ineffable, pour la splendeur de cette étincelle, des efforts et un aliment; c'est à cause de cela qu'il y a en nous le
moi qui n'est pas Dieu, qui lutte contre son Père, qui cherche à le détrôner; si ce moi se transforme, il y a régénération, renaissance mystique, salut et vie.

La bataille est donc nécessaire, inévitable, bénie.

La vie c'est le mouvement; l'immobilité c'est la mort; plus le mouvement est subtil, plus la vie est haute, puissante, parfaite; plus l'immobilité est intérieure, plus la mort est néfaste et grave. Il faut donc vivre, c'est-à-dire vouloir sans cesse, sans relâche,
le plus hautement possible, dans l'Esprit et non dans aucun des aspects de la Matière.

Que le spiritualiste comprenne à fond ceci : car. s'il est un signe auquel la foule le doit reconnaître, c'est qu'il aura la stature d'un homme de volonté; et comme nul ne peut vouloir extraordinairement, S'il n'aime extraordinairement, l'amour vrai sera le réactif de sa puissance volitive, et
les oeuvres de celle-ci les aliments de sa flamme mystique.


- 13 C'est
son idéal que le spiritualiste doit chérir d'une tendresse inlassable : c'est à lui qu'il doit tout rapporter, c'est de lui qu'il doit tout attendre.

A l'amant, rien n'a de prix que le sourire de l'être qu'il aime. Le serf d'une idée ne s'inquiètera donc pas de ses échecs, de ses déboires, de ses recommencements : Ce jourd'hui ne semble pas promettre de récolte ? Qu'est-ce que cela fait ? Demain en donnera peut-être : n'est-ce pas le désir de l'Ami que Son esclave s'efforce ? Le grand charme du travail est la certitude, qui l'idéalise, d'être le geste que l'Aimé souhaite qu'on fasse. Que ce geste n'ait point d'effet apparent, qu'il soit à répéter cent et cent fois, qu'il nous amène la moquerie ou la haine, qu'il nous épuise, jusqu'à la mort même ? Eh oui ! L'Ami est là qui le fera resplendir quand il le jugera bon, qui nous aimera au centuple de ce que nous aurons été haïs, qui nous recréera beaux de sa beauté, forts de sa puissance, savants de toute son intelligence, lucides de toute sa clairvoyance. Avançons, non pas dans une heure, mais de suite; marchons sans regrets, sans fièvre, sans plainte. Qui n'avance pas recule; et c'est, en vérité, par la patience que nous pourrons nous posséder nous-mêmes.


- 14 " Aucune chose - écrit le prestigieux Pic de la Mirandole, - aucune chose n'est plus profitable que de lire, jour et nuit, les Saintes Écritures; il y a en elles une certaine
force céleste, vive, efficace, qui, animée d'un pouvoir merveilleux, convertit l'âme du lecteur à l'amour divin ".

L'oeuvre du savant, de l'artiste, du musicien, du prophète est toujours oeuvre d'inspiré; l'auteur est toujours l'interprète d'un invisible, et si la puissance d'expression du livre, de l'édifice, ou de l'objet d'art dépend de la maîtrise technique et de la compréhension animique du travailleur, si sa puissance de rayonnement se proportionne à la réceptivité du public, - la puissance cultivatrice, l'émotion, l'émulation, l'ardeur que l'oeuvre va susciter, dépendront de
l'altitude, de la pureté, de la beauté intrinsèque de l'invisible inspirateur.

Un homme robuste et qui travaille, jouit d'un bon appétit; il faut que notre sensibilité, que notre esprit, que notre mental travaillent pour avoir faim. La faim intellectuelle, cela s'appelle le désir d'apprendre; la faim psychique s'appelle l'admiration; la faim passionnelle se nomme l'amour; la faim du coeur spirituel,
c'est l'adoration de Dieu.

Il faut donc que l'aspirant spiritualiste
s'apprenne à apprendre, s'apprenne à aimer, s'apprenne à admirer, s'apprenne à adorer.

- 15 Regardons les herbes des champs; combien d'entre elles, répandues à foison, contiennent, pour le thérapeute sagace, les vertus curatives les plus énergiques ! Ne faisons pas comme le promeneur désoeuvré, ni comme le savant à système-; les vieux alchimistes disent que la matière de leur poudre philosophale est commune et que les enfants s'en servent tous les jours dans leurs jeux. Illustration ingénieuse d'une vérité générale, cette remarque doit nous rendre attentifs à tout autour de nous. Il n'est pas de monstre qui ne révèle quelque beauté à l'oeil du peintre; il n'est pas d'homme vulgaire chez qui l'amant du divin ne puisse faire jaillir quelque étincelle d'idéal.

Ne rejetons rien; tout s'offre à nos enquêtes; ne refusons aucune aide; ne fuyons aucun travail; et comme l'enseigne le vieux théodidacte, Jacob Boehm,
" que le disciple apprenne à ne dire jamais : Non, dans la Colère, - et à dire toujours : Oui, dans l'Amour ".

Le grand Alchimiste emploi une substance extrêmement vile; les perles et les gemmes que sa divine industrie sait en extraire, n'en sont que plus précieuses; pourquoi serions-nous plus difficile que Lui dans nos petits travaux, tâtonnants et hasardeux ?

Sources
Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt


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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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27 décembre 2006 3 27 /12 /décembre /2006 01:48

Dernier chapitre de La Voie Mystique de Sédir... ici il donne divers conseils pour que la Lumière descende dans le Coeur... un texte d'une grande beauté et qui touche vraiment l'Âme...

 

 

De la Vie  Contemplative
ou  l'Epuration de l'Amour 

 

par Sédir

 

Chapitre XI de La Voie Mystique


  

Tableau de Scott Grimando
 

Le double Visage de la Vie.

 

 

     Dans la maison fraîche, Marthe s'affaire aux soins domestiques; Marie, assise aux pieds du Maître, L'écoute en adorant. «Elle a choisi la meilleure part », dit Jésus. Les théologiens se sont autorisés de cette parole pour exalter la vie monastique aux dépens de la vie séculière. Mais cela veut dire tout simplement qu'il y a une heure pour chaque chose. Quand la Lumière daigne Se tenir auprès de nous, il faut tout quitter pour Elle; quand Elle Se voile à nos regards, c'est le temps du travail. Marthe est devenue sainte Marthe, d'ailleurs; et Marie, de même, est devenue sainte Marie.
     L'un des purs archanges qui, par intervalles,
descendent sur cette terre d'exil pour y semer la nostalgie des cieux, disait un jour. « La contemplation et l'action, c'est le double visage de la vie. » La première illumine la seconde, en effet, et la guide; celle-ci prépare à celle-là son pain quotidien. L'une et l'autre évertuent nos puissances, les entraînent, les reposent tour à tour par un balancement harmonieux et les conduisent à l'équilibre. Comme la théologie est un regard sur Dieu de la raison rectifiée, comme la liturgie est un envol vers Dieu de l'affectif discipliné, ainsi la contemplation va chercher l'eau des fontaines éternelles pour le rafraîchissement de sa sœur aux mains calleuses, ainsi l'action tonifie la contemplation, redonne la vigueur à ses élans et la mesure à ses rêves.

     Comme la théologie et la liturgie sont les deux visages de la religion vraie, la vie active et la vie contemplative, parallèlement pratiquées, aménagent au disciple une existence mystérieuse, à laquelle ceux du dehors ne comprennent rien et dont les rares élus ne racontent que de très brefs récits.
     L'Amour est le principe de tout cela; il s'agit d'en agrandir l'étincelle que le Père nous confia, de l'approfondir, de la discipliner, de la transmuer. Nous aimons l'argent, les sciences, les arts, les machines, la réputation, les grands paysages, l'orgueil d'être obéis, les chaînes de la fortune, l'oisive liberté du vagabond, le cœur de nos amis.
Mais c'est nous-mêmes que nous chérissons à travers ces objets. Toutes ces amours voilent l'Amour; il faut greffer ces sauvageons, extraire de ces venins la médecine de la Sagesse, atteindre, au delà de ces fantômes décevants, la Réalité permanente, toujours identique à elle-même.
     L'Amour, bon ou mauvais, r
epose dans les ténèbres de l'inconscient; il préexiste à la rencontre extérieure dont le choc semble le faire naître. Uni à l'imagination, il engendre le désir; celui-ci, épousant son objet, génère la volonté; cette dernière, enfin, s'incarne dans l'acte, qui assure l'équilibre de tout le système. Prenons donc pour règle de toujours poursuivre jusqu'à l'acte le prolongement de nos pensées, de nos désirs, de nos impressions. Dès que l'un de ces mouvements émerge à la surface de notre conscience, demandons-nous immédiatement à quelle œuvre il nous sollicite.
 
 

La Volonté.


 

     Notre esprit est un caravansérail. Toutes sortes de voyageurs s'y coudoient, avec leurs suites, leurs animaux de somme, leurs nouvelles et leurs curiosités. On y entend mille langages, on y respire les odeurs les plus rares, on y apprend des secrets . Mais les gardiens ne comprennent pas toujours ce que viennent leur dire les hôtes. Aussi aucune psychologie n'est complète et les sages qui ont voulu disséquer l'être humain, qui ont tenté d'expliquer l'Homme aux hommes, ressemblent à des astrologues qui prétendraient explorer tout le firmament avec une lunette immobile.
     Notre conscience n'enregistre qu'une très petite part des visites que notre esprit reçoit; encore ignore-t-elle l'identité authentique des visiteurs. Nos perceptions sensorielles, affectives ou mentales ne nous procurent que les images réfractées des objets; et encore ces apparences varient selon le jeu compliqué des réactions internes; un concept métaphysique peut naître à la suite d'une sensation;
une sensation corporelle peut venir même de l'Esprit pur.
     Il paraît donc préférable,
au lieu de contrôler séparément nos instincts, nos passions ou nos idées, d'agir sur le pivot central de tout le mécanisme : sur le vouloir. C'est lui qu'il faut assainir dans son principe, qui est l'Amour; qu'il faut parfaire dans ses moyens : la méditation et l'oraison; qu'il faut rendre, vivant par l'œuvre.

     Pour ce quadruple travail, une foule de collaborateurs nous sont commis. Depuis la pierre du chemin jusqu'à l'ange radieux, depuis notre frère le plus proche jusqu'à l'insaisissable génie qui plane aux bornes du Zodiaque, toute créature nous offre son secours. A nous de savoir l'utiliser, par l'étude et la méditation, par un cœur purifié à force de renoncements, par des œuvres embellies à force de zèle. Ainsi l'importance du Moi diminue, l'horizon intellectuel s'élargit, les paresses meurent et les souffles de l'Esprit pénètrent en nous à grands flots avec la lumière du Soleil divin.


L'Amour.

     Les systèmes de psychologie sont tellement nombreux qu'il est aussi difficile d'en choisir que d'en inventer. Après tout, la connaissance analytique de l'être humain n'est pas indispensable pour nous élever à Dieu. Là aussi une seule chose est nécessaire. Les entraînements, l'ascétisme, la méditation, les pratiques religieuses ont été surabondamment enseignés dans leurs plus petits détails. Il importe au plus haut point de ne pas perdre les grandes directives, de ne pas cacher le but sous les moyens, ni le résultat sous les méthodes.

     L'Amour pour Dieu est à la fois le moyen central, la direction droite, le résultat unique et le but suprême.
     Il nous libère des systèmes, nous intériorise, nous rend actifs en toute circonstance.
     Il nous montre la présence divine universelle, nous donne la maîtrise de nos instincts et la patience et la confiance; il unifie les mille mouvements de notre interne; il simplifie nos attraits.
     Il lave notre cœur, le débarrasse de ses parures artificielles et lui apprend la prière.
     Cette triple opération, c'est
la triple ascèse intérieure que suivaient autrefois les néophytes de l'antique ésotérisme et que les docteurs de l'Église ont rajeunie, pour les besoins des fidèles catholiques, sous les noms de voie purgative, de voie illuminative et de voie unitive.

     N'oublions pas cependant que Jésus, par Sa descente sur la terre, a frayé d'innombrables routes nouvelles. Chacun peut, par Lui, cheminer jusqu'au Ciel. Dès lors les cadres du vieil ésotérisme éclatent et ceux des théologiens ne correspondent plus toujours à l'épanouissement libre de la vie. Une illumination peut être reçue durant les rigueurs de la période purgative et, au milieu des extases unitives, le disciple peut s'infliger les plus rudes dépouillements.
     Souvenons-nous : le Père désire qu'on L'adore en esprit; Jésus conseille que, pour la prière, on se retire dans la chambre secrète. Les livres et les exhortations
échauffent seulement le zèle du disciple. Ainsi des acteurs sur une scène prestigieuse élèvent vers la noblesse les pensées du public. Le mystère de votre vie intérieure, qu'il reste entre Jésus et vous; si vous avez vraiment besoin d'un guide visible, vos guides invisibles le conduiront à vous.
     Enfin, la prière au dedans, la charité au dehors; et même la charité avant la prière. N'hésitez pas à sortir de la plus haute extase si la plus humble créature a besoin du moindre secours. Le Ciel peut vous donner en une seconde infiniment plus que ce que vous amasseriez en un siècle
d'efforts psychiques et de contemplations.
 
 

L'Ascétisme.


 

     L'ascétisme est la lutte contre soi-même entreprise pour transformer en vertus chacune des forces égoïstes. Aussi le travail ascétique dure-t-il toute la vie; jamais il ne se termine, car le mauvais ferment subsistera en nous jusqu'à la minute lointaine du baptême en Esprit.
     Tous les artistes affirment que la maîtrise ne s'obtient que par un certain nombre d'exercices inlassablement répétés. Mais la maîtrise spirituelle exige bien d'autres efforts et une tout autre persévérance. L'ascète a entendu la voix de sa vocation, il se dirige vers elle avec toutes ses énergies, qui sont les aspects multiformes de l'Énergie fondamentale :
l'Amour. Et chacun de ses efforts ascendants évoque irrésistiblement la descente d'un mode, de plus en plus parfait, de l'Idéal auquel son cœur brûle de donner asile.
     Il exalte son vouloir au feu de son amour et, plus son amour est ardent, plus son vouloir est fort, plus il cingle, haut et ferme, vers les cimes. La matière de son travail, c'est lui-même, et cette matière, il la façonne par ses renoncements, il l'affine par sa vigilante patience, il la pénètre d'incorruptibilité par son adhérence à la Volonté divine. Certain que, dans la poursuite de ce grand œuvre, toute sa ferveur, tout son héroïsme, toute sa ténacité ne sont que le geste malhabile mais sincère de sa toute-faiblesse s'élevant, pour lui permettre de descendre, vers la Toute-Puissance de son éternel Ami.
     Ainsi
le disciple sculpte en lui-même la statue que l'Esprit animera. Ainsi la confiance grandit. On aperçoit par intervalles le miracle continu qui soutient l'Univers et le retient. La reconnaissance et l'admiration pour l'œuvre divine engendrent un enthousiasme tranquille et pur qui vous envahit totalement et qui rayonne alentour.
 
 

Règles pour la vie purgative.


 

     Pour plus de clarté, les formules qui suivent sont réparties sous les trois titres traditionnels : vie purgative, vie illuminative, vie unitive. Non parce que leur usage doive être successif, mais pour en faciliter l'application aux différents phénomènes de la vie intérieure. Il ne s'agit pas, comme nous l'avons dit déjà, d'un plan de travail systématique. Nous devons nous attacher à suivre uniquement les appels de l'Esprit.
     Chacune des maximes qu'on va lire représente
l'acquisition d'une vertu, je veux dire la croissance d'un organe de notre esprit, dont le développement se prépare dans l'effort méditatif, se facilite dans la prière et se parachève dans l'acte. Chacun des points ci-après devra donc fournir le sujet d'une méditation, d'une prière et d'un acte.

     I. Distinction du Naturel et du Surnaturel, du Relatif et de l'Absolu, du Créé et de l'Incréé, dans tous les ordres. Recherche des caractères de l'Absolu en tant qu'accessible à notre compréhension : le sacrifice, la rédemption. Diagnostic de la part divine et de la part naturelle dans les créatures, les faits, les pensées, les sentiments.
     II. Détachement du bénéfice de l'action, puisque
notre intérêt nous lie, quelque haut qu'il soit. Pratiquer la vertu pour elle-même, sans espoir de récompenses, par obéissance, par amour de Dieu : c'est ainsi que nous deviendrons libres.
     III. Gouvernement des pensées en se tenant dans le calme. Se garder de la rêverie. Examiner les idées qui arrivent, les rejeter ou les accepter. Se démontrer s
a propre étroitesse de vues.
     IV. Gouvernement des actes.
Couper les impulsions et des gestes et du langage. Examiner auparavant le tort qu'elles peuvent faire à quelqu'un ou à quelque chose. Agir et parler contre ses inclinations naturelles.
     V. Pratique de la patience. La perte de la santé, de la fortune, de la réputation, des amours, de l'intelligence, de la confiance en Dieu, du courage, apprendre à les subir sans plaintes extérieures, sans plaintes intérieures, avec une joie intime, avec une joie visible aux autres. Supporter les dissentiments, les querelles philosophiques, religieuses et autres. Rétablir la concorde. Se faire tout à tous. Tout vient à son heure; nous avons le temps de tout faire; tout possède sa raison d'être et sa part de vérité.
     VI. Ne pas se distraire du but. Si les distractions viennent des objets sensibles, en rechercher les rapports avec Jésus, type du Bien;
si des sentiments naturels, les hausser jusqu'à l'Amour, type du Beau; si des idées, en asseoir l'équilibre par des idées contraires, et l'harmonie par l'établissement du Vrai. (« je suis la Voie, la Vérité et la Vie. ») Analyse du péché. Transmutation des énergies mauvaises en vertus. Affaiblissement de l'égoïsme. Refus de ce qui est naturellement agréable. Conscience de notre petitesse.
     VII. Créer la foi;
nier l'impossible. Dans la lutte contre le mal invisible (tentations) et le mal visible (action familiale et sociale), être certain de la victoire. Ne pas s'exalter. Démonstration de l'aide incessante que le Ciel nous envoie. Théorie intellectuelle et sentiment intime de la présence de Dieu. Tout ceci représente l'action volontaire dans le champ de notre conscience. Vient ici l'ouverture des portes de l'inconscient par :
     VIII.
Désir du Ciel. Création de l'enthousiasme par la contemplation de la beauté des pierres, des plantes, des animaux, des objets, des femmes, des hommes, des œuvres d'art. des sciences physiques et naturelles, des idées philosophiques, des sentiments généreux, des formes religieuses. Recherche de ces douze modes esthétiques dans leur type idéal, Notre Seigneur Jésus-Christ. L'enthousiasme, pour être vivant, doit se faire sentir de notre chair jusqu'à la cime de l'intellect. Pour qu'il se rénove, il faut l'exprimer, le semer, le faire partager aux autres.
 
 

Règles Pour la vie illuminative.


 

     « Dans la pleine nuit, l'Époux vient; sortez à Sa rencontre. » Et encore: « Rentrez dans la chambre la plus secrète. »
     C'est ici l'école de la méditation vivifiée par la prière; c'est la contemplation. Elle doit toujours aboutir à un perfectionnement de la vie active.

     I. Parfaire les huit pratiques précédentes par la simplification du cœur. S'analyser à fond. Pourchasser le Moi jusque dans les antres les plus obscurs de la conscience. Vivre en la présence de Jésus: « Que ferait-Il à ma place, en telle circonstance ? »
     II. Se tenir dans un état de demande constante. Tous actes, toutes émotions, toutes pensées
peuvent être accomplis, sentis et construits infiniment mieux que nous ne le fîmes jusqu'à présent. Attirer les idéals de toutes choses qui resplendissent dans le Trésor de Lumière sous des formes angéliques, en implorant la bonté du Maître.
     III. Se dénuder. Établir logiquement et intuitivement
la faiblesse de nos facultés, la grossièreté de nos perceptions,, l'étroitesse de notre intellect, l'infirmité de notre vouloir. Accepter tous les phénomènes psychiques, comme on accepte tous les événements extérieurs. Détruire les préjugés. Se démontrer que tout est possible. Analyse et critique de nos observations.

     Tel est le côté volontaire de la contemplation. L'Esprit descend ensuite, ou Il ne descend pas; Il est le Maître. Quant Il descend, Il nous possède à divers degrés: soit par la quiétude, soit par le ravissement qui laisse les sens actifs, soit par l'extase qui enlève l'être conscient dans sa totalité.

     Ces leçons vivantes embrassent tout entier le champ du monde. L'ange conduit le disciple partout : dans le sein de la terre, dans les abîmes, dans les soleils, dans les océans fluidiques, dans le passé, dans l'avenir, jusqu'aux confins du Néant. Dans la mesure où le disciple se renonce lui-même - et les possibilités de ce renoncement croissent en profondeur et en étendue selon la ferveur du travail -, les vérités descendent en lui, les êtres lui disent leurs secrets, et les choses aussi; et, pour soutenir le poids formidable de ces mystères, il ne peut s'appuyer que sur l'approfondissement de sa petitesse et sur la solidité de sa faiblesse. Car toute notion est une charge; toute connaissance entraîne une responsabilité. Nous sommes tous des saints Christophes au petit pied; l'Enfant Jésus, que nous portons sans le savoir, deviendrait vite trop lourd, s'Il ne donnait Lui-même à nos épaules la vigueur nécessaire.
     Ceci, le contemplateur le sait. En Jésus, dans Sa vie, dans Ses travaux, dans Ses souffrances sont exprimés toutes les sciences, tous les arts, tous les arcanes, non pas en allégories, mais en évidentes réalités. Il faut seulement que nos yeux soient ouverts.
     Que
cette compréhension mystique ait lieu par le sensible ou le psychique ou l'intellectuel, elle reste indicible et ineffable. Venant de l'Esprit, elle arrive à notre esprit; elle est expérimentale; elle donne d'un coup la science et son application, l'idée et le pouvoir; elle trouve le mal et administre le remède; elle est vraie, c'est-à-dire toujours harmonieuse avec l'objet, le milieu et le sujet; elle est toute belle, enfin, parce que toute bonne.
     Au cours de cette école passent, par intervalles,
les éclairs de l'Union.
 
 

La vie unitive.


 

     Tout ce qu'on pourrait dire de celle-ci est vain. Ceux que l'on raconte y avoir été plongés n'y sont réellement pas parvenus.
    
Car être uni à Dieu, c'est vivre par delà le temps et l'espace, tous les temps et tous les espaces; c'est avoir subi sans mourir l'horreur indicible du Néant; c'est soutenir la vue de Dieu sans que cette fulguration nous volatilise.
     Être uni à Dieu ne peut se faire
sans que tout ce qu'il y a de naturel en l'homme ait été purifié, régénéré, recréé, que tous nos corps et nos fluides et nos intelligences aient été lavés de toute trace du mal.
     Être uni à Dieu exige qu'on n'ignore plus rien des choses de la terre, des secrets du zodiaque et des mystères des constellations; qu'on ait expérimenté toutes les formes de l'existence, que toutes les joies, même les plus augustes, aient perdu leur saveur, et toutes les souffrances, leur âpreté.
     Être uni à Dieu,
c'est savoir aimer, c'est-à-dire savoir s'oublier, constamment, partout, spontanément; c'est ne plus connaître la crainte de se perdre; c'est ne plus pouvoir se troubler.
     Être uni à Dieu,
c'est ne plus rien désirer : ni la beauté des archanges, ni la vie glorieuse des dieux, ni la vie abstraite des puissances transcendantes.
     Être uni à Dieu, c'est se sentir un néant; c'est s'être travaillé si à fond, c'est être recuit au feu de tant d'épreuves qu'en nous il ne reste plus rien qui soit nous. C'est avoir si longtemps traîné nos chaînes qu'elles se soient usées, qu'elles tombent de nos chevilles.
C'est être capable de recevoir la Liberté.
     Être uni à Dieu,
c'est pouvoir distinguer Jésus sous tous les vêtements, sous les plus splendides et sous les plus vils. C'est avoir reconquis l'innocence primitive, si bien que nulle humble bête de la terre ne s'effarouche plus à notre aspect et que nul formidable démiurge ne nous fasse plus trembler..

     Cependant quiconque accomplit l'une des sept perfections possède les six autres.
     Les états que décrivent les docteurs: le rapt, le ravissement, l'ivresse céleste, le sommeil mystique, les touches divines, les blessures d'amour, les noces spirituelles, la vision béatifique ne constituent
qu'un fragment de la très longue liste des expériences de l'Union. Si le simple corps physique est un organisme tellement compliqué que les plus savants n'arrivent pas à le connaître, notre personnalité complète, qui communique avec la multitude des mondes, apparaît comme indéchiffrable; tout ce que les plus sages, parmi les hommes ont dit de l'homme n'est qu'une fraction infinitésimale de ce qu'il y aurait à savoir.
     C'est pour cela qu'il faut ici poser la plume et se tenir dans le silence. Ici s'élève seul le chant toujours neuf de l'Amour, ici ses ailes se déploient librement, il répand avec une abondance plénière tout son sang, il enflamme l'Univers du zénith au nadir, il lui verse sa splendeur omnipénétrante, il comble tous les abîmes, il réalise tous les impossibles.
     Ici la créature a payé sa dette aux pierres, aux plantes, aux animaux, aux instincts, aux passions, aux idées, aux hommes, aux patries, aux religions, aux démons, aux esprits et aux dieux.
Elle est libre. Libre, elle peut s'envoler d'Aldébaran à Antarès, de Neptune à la Lune, du Ciel à l'Enfer. Libre, elle peut s'entretenir avec tous les êtres, se réjouir de toutes les beautés, s'enrichir de tous les trésors. Mais libre, elle donne tout parce que le Père lui a tout confié. Elle est plus forte que les dieux, plus splendide que les anges; elle est l'Homme.

     Et, dans le suprême effort de toutes ses puissances intégralement reconquises, elle offre au Père cette liberté précieuse, au Père qui l'a aidée, par le moyen du Fils, à parfaire lentement le long des siècles le grand œuvre intégral. Elle se charge librement des chaînes bénies de l'Amour. Elle peut tout; mais elle ne fera plus un geste sans en demander la permission à son Seigneur. Tous les secrets lui sont ouverts; mais elle n'interrogera plus jamais que pour les besoins de sa mission. Toutes les portes tombent devant elle; mais à chaque gardien elle paiera quand même le prix de son passage.

     Puisse Notre Jésus, après avoir encore lavé nos pieds, nous prendre tous dans Ses Bras miséricordieux et nous faire asseoir à Sa Table, pour l'Éternité !

 

Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt


 

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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 23:10

 

 

 

LA VIE DU CHRIST DANS L'AME HUMAINE

 

par Sédir

Chapitre X de La Voie Mystique

 

 

 


Tableau de Dali



Toute incarnation du Verbe est une vie inconnue du Christ; tout acte du Christ est une incarnation du Verbe. A l'origine, la Vie universelle dont le Père ensemence une partie du Néant, c'est la première incarnation du Verbe comme Créateur. Au milieu des temps, le salut que le Père envoie au monde en détresse, c'est la seconde incarnation du Verbe comme Rédempteur. En chacun de nous, lorsque nous quittons la route descendante pour prendre le chemin ascendant, c'est la troisième sorte d'incarnation du Verbe comme Illuminateur individuel.


Dans notre cœur, en le formant, le Père a mis deux cœurs : un cœur de Lumière, un cœur de Ténèbres. C'est celui-ci qui prend le gouvernail tout d'abord et qui le garde jusqu'à ce qu'il ait épuisé sa provision d'énergie. A ce point extrême de notre course descendante, parvenus aussi près de l'Abîme que la force de notre être nous a permis d'en approcher, nous nous arrêtons, et la crainte s'empare de nous, cette crainte particulière que David dit être le commencement de la Sagesse. Ici commence une période heurtée d'obscures inquiétudes, de dégoûts, de lassitudes, qui se termine soudain par l'intuition salvatrice de la miséricorde divine; et voici que s'ouvre le long travail de la repentance, précurseur de l'Amour, comme Jean-Baptiste est le précurseur de Jésus.

Le repentir est un sentiment complexe où entrent des retours divers et imprévus. Il commence par
le regret, souvent teinté de peine et de plainte; puis le remords, comme un regret plus incisif, frappe la conscience à coups redoublés; on dirait qu'un scalpel de Lumière incise et tranche les corruptions de notre personne morale. Les motifs du remords peuvent être la honte d'un blâme public, la honte plus noble d'avoir agi laidement, la crainte d'être puni; ces considérants égoïstes se nomment, en théologie, l'attrition. Quand ces motifs deviennent la pure douleur d'avoir désobéi à Dieu, déplu au Christ, lésé nos frères, et qu'ils s'accompagnent de la ferme résolution de ne plus retomber, cela s'appelle la contrition.


Notre être moral étant ainsi en proie aux élans du vrai repentir, notre volonté décide qu'elle réparera tout ce mal; elle revient
vers l'acte délictueux, essaie d'en atténuer les dommages, en soi et hors de soi, et ne retrouve son calme que lorsque le sentiment d'être pardonnée lui descend du Ciel. Ces réparations, ces restitutions constituent la pénitence; la volonté convertie joue, dans l'Israël intérieur, le rôle de Jean-Baptiste et appelle la foule de nos énergies diverses au baptême des larmes.


Ce
broiement du cœur par la contrition, ce feu ardent du remords qui, de la pierre glacée de ce cœur, fait jaillir les larmes bienheureuses du repentir suppliant et l'humble ferveur pour mieux agir, telles sont les preuves de notre sincérité, de notre véracité. Elles seules montent jusqu'à la miséricorde du Père pour qu'en descende le pardon. Elles seules attendrissent la juste rigueur impitoyable des gardiens de la Loi.

De même que l'enfant Jésus apercevait de loin, dans les déserts, la silhouette du Baptiste enfant,
l'étincelle christique en nous jette par intervalles son éclair sur nos tumultes et sur nos nuits intérieures. Notre vie spirituelle véritable, quelque vaste que soit notre vie intellectuelle, ne commence qu'avec la certitude installée en nous de Jésus Fils unique de Dieu venu en chair. Cette certitude est un don, Jésus nous l'affirme à plusieurs reprises; c'est le premier des dons de l'Esprit; notre effort ne peut le conquérir, mais seulement nous rendre aptes à le recevoir; c'est le premier pas sur la voie étroite,
La généralité des fidèles
croit que cette certitude constitue toute la régénération et implique le salut. C'est une opinion exagérée. La foi au Christ est simplement le premier acte du vaste drame de la régénération intérieure; c'est la naissance du Verbe dans l'étable de notre conscience, entre la Vierge, notre âme, Joseph, notre moi, devenu silencieux et patient, le bœuf et l'âne instinctifs, les bergers de l'intuition et les mages de l'intellect illuminé.
Désormais notre croissance spirituelle
va suivre phase après phase les épisodes historiques de la vie du Christ.
La Lumière en nous, après avoir jeté son premier éclat,
va se retirer dans l'Égypte de l'inconscient. Elle réapparaîtra pour reconstruire notre édifice intellectuel, comme fit Jésus répondant aux docteurs du Temple, et elle disparaîtra de nouveau. pendant une longue période de labeurs prosaïques, comme ceux de l'enfant divin à Nazareth, croissant silencieusement devant Dieu en force et en sagesse, et étant soumise aux facultés normales de notre conscience ordinaire, comme Jésus était soumis à Ses parents.

Cette Lumière si secrète du Verbe enfoui très humblement au sein de notre misère parvient donc à sa trentième année symbolique, à la plénitude relative que lui permet de prendre
l'imperfection individuelle de notre Moi à chacun. Ce terme est marqué par deux gestes: l'un, de soumission superflue aux lois de la nature humaine ou sociale : c'est le baptême du Jourdain; l'autre, d'affirmation de puissance en face du monde des Ténèbres : c'est la tentation. Le disciple régénéré reçoit alors du Père une ambassade et en commence l'accomplissement, comme Jésus fait, aussitôt reçue la double onction simultanée de l'eau et de l'Esprit.
Nous Le voyons d'abord élire Ses apôtres; le Verbe intérieur
transmue au spirituel les douze facultés maîtresses de l'homme naturel. je ne puis pas entrer dans tout le détail d'une psychologie entièrement inconnue; permettez-moi de ne vous donner que de brèves indications éparses; il vous sera loisible de les relier plus tard en systèmes cohérents.
Le Pierre intérieur, c'est la Foi; nous le verrons, en effet, reconnaître le premier son Maître comme Dieu,
puis le renier; Jean, c'est la charité; Jacques, c'est l'espérance; Judas, c'est l'orgueil immortel qui ne disparaît qu'au jour de notre rentrée dans le Ciel; et chaque apôtre est, subjectivement, une énergie de l'homme spirituel régénéré. Le Verbe circule dans tout notre être, le réorganise, le purifie, l'élève et en fait progressivement passer les facultés de toute sorte, y compris les corporelles, à une stase de vie surhumaine, ou plutôt surnaturelle.
De même que nous entendons Jésus révéler aux foules des mystères insoupçonnés, que nous Le voyons guérir les incurables, enlever les cœurs jusque dans l'Absolu et tout réinstaller sur un mode nouveau,
Sa Lumière vivante opérant en nous béatifie notre intelligence, nous débarrasse de nos tares corporelles les plus invétérées, change nos opinions et nos concepts, nous éclaire la vie aux rayons d'un soleil merveilleux et, nous communiquant Sa patience souveraine et Son inlassable abnégation, nous Procure la joie intérieure, la certitude et la paix.

Je voudrais vous dire quelques exemples précis
de cette transsubstantiation ascendante aussi merveilleuse que la transsubstantiation descendante de l'eucharistie; malheureusement les mots manquent pour caractériser des faits observés par une toute petite minorité d'expérimentateurs. Personne encore n'a réduit en nomenclatures exactes les phénomènes de la vie mystique; on peut le regretter; quant à moi, je serai plutôt incliné à m'en réjouir, d'abord parce que cette imprécision obligatoire est la meilleure protectrice des réalités sacrées dont l'âme du disciple devient le temple, et ensuite parce que la vie mystique étant essentiellement la vie de l'esprit en nous, et l'esprit étant le plus libre des mobiles, le plus imprévisible, le moins enchaînable, essayer de faire tenir ses explosions et ses envols dans le cadre rigide d'un système serait le dénaturer sûrement et fausser l'intelligence que nous pourrions en acquérir.
La mystique ne se raconte pas; ceux qui la vivent se taisent. Aussi veuillez bien considérer ce que j'essaie de vous en dire, non pas comme des descriptions exactes, mais seulement comme de simples allusions, des images, des indications. je vous ai montré le chemin de ce sanctuaire; nul que vous-mêmes ne peut vous y engager.
Tous les disciples du Christ suivent une même route, mais en s'y livrant à des travaux différents sur la nature desquels il est assez difficile de donner des précisions. Les uns sont agriculteurs; les autres, soldats; d'autres, ouvriers;
d'autres enfin, plus rares, sont pêcheurs d'âmes. Ils portent tous un signe sur le front; tout homme d'ailleurs est marqué au front du signe du roi qu'il sert. Mais ce signe n'est visible qu'aux yeux des chefs de l'un ou l'autre Royaume. Tout au plus nous, la foule, pouvons-nous discerner dans certains regards une clarté spéciale; mais il nous est aussi difficile de différencier les prunelles où luit la Lumière de celles où luisent les Ténèbres qu'il est difficile à un Fuégien de distinguer une verroterie d'un diamant. Aussi, je vous le recommande encore, tenons-nous en à notre seul Christ, à Sa seule parole certaine.

Les hommes que nous sentons supérieurs, de deux choses l'une :
ou ils appartiennent en réalité aux Ténèbres, par le caractère d'orgueil ou d'insensibilité de leur prééminence, et alors nous courons de grands risques à les suivre, même sous prétexte de ne prendre d'eux que ce qu'ils ont de bon; car comment distinguerons-nous ce qui est bon et vrai en eux, nous qui plongeons presque tout entiers dans l'erreur ou dans le mal? Ou bien ces hommes supérieurs appartiennent à la Lumière; dans ce cas, plus profondément ils lui appartiennent, moins ils accepteront de garder pour eux nos admirations ou nos docilités, plus instamment nous presseront-ils toujours de nous adresser à Dieu, de ne demander qu'au Christ de ne rien vouloir prendre que de Lui ou de Sa Mère, la Vierge.
Ainsi donc, encore une fois, écoutez ce que je vous dis : Jésus-Christ est en tout, dans vos larmes et dans vos joies, dans vos sécheresses et dans vos ferveurs, dans vos compassions et dans vos impuissances. Et, lorsque la nuit devient trop noire ou que le fardeau vous semble trop lourd - ce n'est pas vrai, ce sont des apparences: la nuit n'est jamais plus noire ni le fardeau plus lourd qu'il ne faudrait; mais enfin,
nous sommes de pauvres choses -, alors demandez à la Vierge; elle demandera à son Fils et son Fils n'a jamais rien su lui refuser.
Ces défaillances , ces hésitations dans le service divin appartiennent à la période de l'enfance intérieure du Verbe. Lorsque l'étincelle éternelle a pris tout son développement, lorsque sa clarté pénètre toutes les cachettes de notre personne physique et psychique, alors nous avons dûment compris le caractère entier de notre travail. Laboureurs, soldats, ouvriers ou pêcheurs, l'œuvre de Dieu est devenue notre œuvre à nous, ou plutôt nous nous sommes identifiés à elle. Nous savons qu'il n'y a réellement rien autre chose à faire pour nous, jusqu'au dernier jour, que de conduire la charrue, de semer, de sarcler, de manier la faux ou le marteau, de mener les brebis, de revêtir la cuirasse de la patience, de saisir le glaive de l'Amour.
Je dis « nous », mais vous m'entendez : je ne parle pas de moi ni de vous tous, ni de la foule de nos semblables; les serviteurs de Dieu sont toujours en toute petite minorité. Il n'y a point là d'ailleurs de quoi nous inquiéter, car ce sont toujours les minorités qui ont accompli les plus grandes choses; et, entre toutes les minorités sociales ou politiques, la minorité des vrais disciples est la plus faible, la moins bruyante, la plus dédaignée; son triomphe ne m'en apparaît que plus certain.

Ainsi ces serviteurs secrets, ces âmes assez mûries pour donner naissance au Fruit éternel, restent perdus dans la masse comme un levain minime dans toute la pâte d'une fournée. Encore la plupart n'en sont-elles qu'à la période préparatoire correspondant aux trente premières années de la vie de Jésus. Celles qui atteignent
l'âge mystique de trente ans, nous pourrions les comparer, suivant la nature de leur mission, à des fermiers, à des patrons, à des officiers.
L'ensemble de ces quatre catégories de disciples forme ce que l'on a appelé
l'Église intérieure. Il ne faut pas prendre cette dénomination dans un sens antithétique à celle d'église extérieure. L'une et l'autre sont utiles, légitimes et voulues par le Christ; celle-ci est l'assemblée des corps, la collection des actes liturgiques et sacramentels, l'ensemble des rouages administratifs nécessaires; celle-là est l'assemblée des cœurs, l'union des volontés désireuses de servir, la communion des saints, en un mot, vivants et morts, Les différences de doctrines théologiques restent secondaires pourvu que subsiste la foi en Jésus-Christ Fils unique de Dieu et la volonté de Lui obéir en tout.
Quelles que soient les fonctions propres des membres de cette Église mystique, leur dignité spirituelle se mesure à leurs renoncements et à leur énergie d'action extérieure.
Le chrétien qui travaille pour son salut, qui, en aidant ses frères, songe à sa récompense temporelle ou paradisiaque
, se cantonne dans le vestibule du Temple; il s'expose à chaque instant à en sortir, car les spectacles de la place publique peuvent le distraire.
Le chrétien qui, triomphant de l'inquiétude de l'avenir, observe l'Évangile en se fiant à Dieu pour tout ce qui lui adviendra, devient un serviteur fidèle; Jésus nous parle de lui dans deux paraboles, je crois. Il n'est plus exposé à la nonchalance, au doute que rarement, lorsqu'un obstacle lui devient utile pour rassembler ses forces et monter d'un degré, quand l'orgueil le menace, cet orgueil qui reste à perpétuité le grand empêchement de notre purification profonde, ou bien quand, à force de se dévouer à des œuvres bonnes, il se met à les chérir, s'y attacher, à les vouloir telles que son jugement humain les lui montre.

L'ami du Christ a vaincu ce dernier reste de la volonté propre. Profondément humble, persuadé de sa maladresse et de son ignorance, il se laisse mouvoir en tous sens par le Ciel sans que son Moi fasse jamais obstacle aux impulsions divines. Il sait que les œuvres sont nécessaires; mais celle même qui lui paraît la meilleure, s'il s'aperçoit que Dieu ne l'approuve pas, il y renonce y eût-il consacré des années d'effort, et sans regrets. Cette liberté, ou plutôt ce non-attachement lui évite bien des chutes, lui donne une forte stabilité et lui rend toutes choses claires et lisibles. L'Esprit alors lui communique Ses dons; il voit les vertus des êtres, déchiffre les consciences, il prévoit, enseigne, réconforte, guérit. Cependant il reste encore trop riche pour devenir un chef dans l'armée de son Christ, un fermier des domaines du Père. Voici quelle est la richesse qui l'alourdit et l'enchaîne : il sait qu'il s'efforce, qu'il travaille, qu'il monte. Il s'attache à ses dons et les croit indispensables dans la forme sous laquelle l'Esprit les lui communique. Il reste encore particulariste. Il n'est pas tout à fait pauvre, tout à fait nu, tout à fait rien.
Le Judas psychique respire encore en lui, tout au fond.
Tandis que le parfait Ami marche dans un oubli complet de soi-même. Il est impeccable et infaillible. Lui seul entre tous les hommes a le droit de dire :
« Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus qui vit en moi. » Il est un frère cadet de Jésus; du moins il nous paraît tel, à nous les débutants qui le regardons du dehors; tout lui est également le Ciel, même l'Enfer, même les limbes, parce que, partout, il passe identifié à la Volonté du Père qui l'envoie en ces lieux différents. Il demeure avec son Maître aux déserts de la sécheresse dévastatrice, comme aux cieux de l'extase éblouissante. La tempête et le calme, l'admiration des hommes et leur haine, l'échec et le triomphe le trouvent également impassible; ou plutôt non, l'impassibilité implique une certaine dureté; il n'est pas dur, il n'est jamais froid; il brûle, mais d'une flamme tellement toujours égale que nous n'en mesurons plus l'incandescence. Il peut guérir, il peut enseigner; comme Jésus, il a gravi son Calvaire; comme Jésus, il est remonté en Haut; mais, comme Jésus, il est redescendu en nous abandonnant tout le butin, de ses batailles, toutes les gemmes de ses explorations, toutes les joies de ses douleurs. C'est un homme libre.

En vous traçant cette description sommaire de l
'assemblée spirituelle des disciples, je vous ai promenés en même temps, vous vous en êtes aperçus sans doute, à travers les paysages intérieurs de l'âme où le Verbe mystique reproduit les gestes historiques de Jésus. je vous dis ces choses pour guider ceux d'entre vous - je désire de tout mon cœur qu'ils soient très nombreux - que le Ciel appellera expressément à Son service. Quand la Lumière éternelle en nous porte sa splendeur jusqu'au champ de notre mentalité consciente, tout l'Évangile se développe dans ce champ. Le Christ mystique parle à la Samaritaine psychique, aux scribes de notre intellect, aux foules cellulaires de nos corps; Il guérit nos cécités, nos lèpres et nos infirmités animiques; Il triomphe et Il subit une Passion secrète par la vertu de laquelle Il conquiert sur toute notre personne Sa royauté définitive; Il exalte notre cœur dans la gloire, et nous désenchaîne à jamais.
Qu'il me suffise de vous indiquer ces rapports, ces correspondances, ces harmonies; permettez-moi de vous encourager à les poursuivre, non par d'ingénieuses spéculations, mais par la recherche précise, expérimentale de vos cœurs et de vos volontés.

Sources : Livres mystiques

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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 22:01

Sédir est né en 1871 et mort en 1921 et lorsqu'on lit cette conférence, on a l'impression qu'il parle aujourd'hui tant la situation est la même qu'à son époque...

 

 

 

Le Christ, Fils de Dieu

 

par Sédir


Chapitre IX de La Voie Mystique





Tous les événements de l'histoire du monde, les fastes et les néfastes, sont des signes qu'il faut comprendre. Pour ne parler que de ces derniers, en un temps où, comme il est écrit, « on entend parler de guerre et de bruits de guerre », il est utile, il est nécessaire de connaître exactement le mécanisme invisible des rivalités internationales, des bouleversements sociaux ou économiques. Par exemple, la cause effective de toute bataille militaire, c'est une bataille immatérielle. Les compétitions territoriales et financières, les antipathies de race ou de religion, voilà les motifs visibles des guerres. Ils ne sont que les effets de causes spirituelles et celles-ci, à leur tour, cachent une seule cause mystique, la même pour tous les conflits imaginables : la reconnaissance ou la méconnaissance de Jésus-Christ, Fils unique de Dieu.


Cette déclaration n'est pas un paradoxe. Sans apporter ici un appareil ennuyeux d'arguments abstraits, je me propose de vous offrir, à l'appui de ma thèse, quelques faits de la vie intérieure de l'homme et de la vie spirituelle du monde. je ne vous présenterai pas des dogmes nouveaux, mais seulement la forme moderne d'une très ancienne doctrine que les patriarches antédiluviens ont connue et que, de nos jours, un très grand nombre ne professe plus que de bouche.
Vous rappellerai-je que la religion se dresse à l'extrémité de toutes les avenues de l'esprit humain ? que les hypothèses terminales du Savoir ressemblent singulièrement aux propositions de la théologie ? que les plus impétueux envols de la sensibilité esthétique, du sentiment moral et de la volonté trouvent dans le seul Absolu l'aire de leur repos ? et que, par conséquent, l'opinion que nous nous formons sur l'activité de cet Absolu et sur le mode de ses interventions dans les affaires du Relatif qualifie notre. vie psychique tout entière et, de là, modifie la vie sociale, la vie nationale, la vie internationale ? Vous tomberez donc d'accord avec moi qu'il est urgent de comprendre ces interventions avec le plus d'exactitude possible, puisque le devoir s'impose à chacun de conduire sa propre vie en concordance avec elles.

* *

Il existe un Créateur, un Être suprême, principe et fin de tout, indépendant de Son œuvre, préexistant à elle, existant avec elle et en elle, subsistant après elle. Il aurait pu ne pas créer, créer une autre Nature, en créer plusieurs différentes,
Il a pu en créer qui sont disparues, Il pourra en créer de nouvelles dans le futur. Tout Lui est possible. L'homme ne sait rien, ne peut rien que ce que Dieu juge utile qu'il sache, qu'il puisse ou qu'il soit.
Voilà ce qu'il faut admettre d'abord pour approcher de cet Absolu. Si notre cerveau est rempli
de concepts relatifs, si notre cœur brûle pour des idéals transitoires, si nos yeux s'attachent à la beauté formelle, si nos mains peinent pour des buts égoïstes, nous rencontrerons seulement des erreurs ou des fantômes. Ceci explique comment l'Evangile ne touche que les simples ou ceux qui ont vidé jusqu'à la lie la coupe de l'humaine sagesse; comment les chercheurs qui refusent de se faire des pauvres en esprit aboutissent à l'orgueil ou au scepticisme ou à l'indifférence.

Nous sentons, en effet, nous savons de science infuse que nous n'avons pas le droit de nous isoler, de nous désintéresser, mais bien le devoir d'aider à vivre toutes les formes de la vie, et cela de toutes les forces de notre être. Cette mission d'altruisme n'est rien autre que l'image diminuée de l'oeuvre divine; car, encore une fois, le Créateur était libre de ne pas créer; Il n'avait pas besoin de nous; s'Il nous a créés, c'est pour notre bénéfice et non pour le Sien. Portant ainsi dans notre constitution et dans notre activité l'image de Dieu, il parait évident que, sortis de Sa Demeure éternelle pour acquérir par l'expérience et le savoir et le pouvoir, nous rentrerons dans cette Demeure
quand nous aurons suivi l'école jusqu'au bout.

Mais, d'autre part, de même qu'aucun nombre, quelque énorme qu'en soit le multiplicateur, n'approche jamais le nombre infini, de même
le Moi, si gigantesque qu'on l'imagine, ne pourra jamais s'introduire par sa propre force dans l'Absolu, puisque ses énergies sont, par nature, limitées.
Ainsi le retour à notre patrie perdue n'est possible que par le secours de Celui-là seul qui nous a permis d'en sortir. Nous sommes tous des enfants prodigues; Dieu seul peut nous faire franchir l'abîme que
notre égoïsme originel a creusé entre le Relatif et l'Absolu. Aucun dieu, aucun gouverneur de soleils ou de constellations n'est capable de cela, puisque ce sont, si formidables qu'on les imagine, des créatures finies. Dieu seul est notre véritable sauveur; seul Il est la Vie, seul la Vérité, seul la Voie. et si un être à forme humaine a pu dire : « je suis la Voie, la Vérité, la Vie», c'est que cet être - Jésus-Christ - est Dieu.
Que pensent les hommes de cet être, dont tout le monde parle, qui S'offre à tout le monde, et qui reste le plus profondément inconnu et le plus incompréhensible à l'intelligence? Que dit-Il de Lui-même à ceux qui Le servent? Où les mène-t-Il, où dirige-t-Il les mondes,
en apparence frappés de folie, et qui Lui obéissent sans s'en apercevoir ? Voilà les points sur lesquels il faut des certitudes pour que nos fatigues rendent le plus de fruits, pour que la paix s'établisse dans chaque cœur et entre tous les cœurs, dans chaque peuple et entre tous les peuples, dans chaque mode d'activité humaine et entre tous les modes.

* *

Chaque école et chaque secte veulent accaparer le Sauveur. Les philosophes, les artistes, les occultistes, les magnétiseurs, les spirites, les mentalistes, les anarchistes Le réclament à l'envi. Or Il n'appartient à aucun, mais tout le monde, au contraire, dépend de Lui, bon gré, mal gré. Car voici la grande énigme et le grand secret, promontoire sur l'océan de la conscience universelle, qui divise les eaux de la mort d'avec les eaux de la vie: le Christ est-Il un mythe, un symbole, un homme, un dieu, ou Dieu Lui-même ? Si l'on pousse jusqu'au bout les méditations sur n'importe quel objet, la réponse sera différente selon qu'on aura rejeté ou accepté la divinité du Christ. Les solutions aux problèmes du laboratoire, de la politique, du gouvernement, de l'industrie, les constructions métaphysiques, esthétiques, morales, tout est fonction de cet axiome religieux, qu'aucun raisonnement ne peut prouver, parce que la raison a besoin de repères; qu'aucun témoignage ne peut certifier, parce que le miracle provient souvent de l'emploi des forces naturelles et que nous sommes incapables de discerner si une guérison est obtenue par les fluides, par les esprits, bons ou mauvais, par la volonté ou par la surnaturelle de Dieu agissant directement.

Si un jeune homme ne porte pas dans son œil le sens de la couleur et celui de la forme, le travail le plus acharné ne fera pas de lui un peintre. De même il faut, pour découvrir Dieu,
un sens spécial: le sens de l'éternel et de l'infini, le sens du divin. Nous avons l'habitude de prendre ces épithètes comme des hyperboles; il faut les employer dans leur exactitude entière. L'infini n'est pas, comme les mesures astronomiques, une de ces grandeurs si vastes qu'elles brouillent la netteté de nos conceptions, que nous devenons incapables de La concevoir; c'est une autre espèce de grandeur, une grandeur sans mesures, sans parties, sans étapes et sans limites. Or la pensée a besoin d'appuis et de compartiments; seul l'amour peut apercevoir Dieu, parce qu'il est, en son principe, libre et sans bornes. Jésus, en ne nous demandant que d'aimer et d'agir, déclare donc bien que c'est vers Dieu seul qu'Il nous entraîne; Il ne parle nulle part de science ni de philosophie; au contraire, Il déclare: « je Te bénis, ô Père, Seigneur du Ciel et de la terre, de ce que Tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et de ce que Tu les a révélées aux enfants! » à ceux qui, morts par le renoncement aux choses humaines et temporelles, viennent de renaître aux choses éternelles.
Or chaque semence engendre un fruit selon son espèce. Seul donc l'Infini vivant, qui est Dieu
, peut S'engendrer lui-même dans notre être. Ni la chair, c'est-à-dire le monde sensible, ni le sang, c'est-à-dire les forces naturelles de notre Moi, ne peuvent communiquer une telle connaissance, puisqu'elle leur est à jamais extérieure et étrangère. Seul le Père nous la dévoile.

Si donc Jésus nous conduit à Dieu par le chemin le plus direct, il ne peut y avoir de mensonge dans Son enseignement; il ne peut y avoir quelques-unes de Ses paroles vraies et
quelques autres fausses; tout de Lui, tout en Lui doit être vérité, réalité, permanence; enfin, le seul guide qui puisse nous mener vers le Royaume, c'est Celui qui en vient.
Quel autre que Dieu, en effet, est capable de sauver ensemble et l'homme et la Nature ? Pour qu'une avalanche s'arrête, un obstacle extérieur à elle, indépendant d'elle est nécessaire. Pour que non seulement ce monde, mais encore les milliers d'astres et de soleils, non seulement cette humanité terrestre, mais encore les milliers d'humanités disparues et futures, disséminées probablement sur les innombrables sphères, s'arrêtent de rouler sur la pente du néant où les entraînent leur égoïsme, il faut un rempart dressé du dehors de cette Création tout entière périssante. Hors de la création, Dieu seul est. Le Sauveur véritable doit donc être Dieu; non inspiré par Dieu, car ses limites de créature borneraient l'action divine, mais Dieu même tout entier.

* *

Jésus-Christ vient du Père; Jésus-Christ est le Sauveur; et le seul Sauveur réel doit être Dieu. Jésus-Christ donc est Dieu.
Si l'on tient à se construire une théogonie, on peut concevoir que la descente de l'Être vers le Non-être s'effectue selon trois modes parallèles. Le premier, c'est la Création; le second, c'est la Rédemption; et le troisième, la Régénération.
Par le premier, une partie du Néant reçoit la vie, s'organise et existe.
L'usage que les créatures font de leurs forces étant presque toujours, puis de plus en plus égoïste, les pousse vers la division et, si aucun frein ne les arrêtait sur cette pente, le Cosmos entier s'évanouirait en poussière chaotique.
Comme j'ai voulu l'expliquer tout à l'heure, ce frein ne peut être que Dieu, agissant non plus comme Créateur mais comme Rédempteur. Or, de même que le mur construit pour retenir l'avalanche est fait de pierres semblables à celles que le cataclysme arrache à la montagne, ce Dieu Sauveur, pour agir sur le monde, devait revêtir Sa pure spiritualité d'un manteau de matière que les êtres charnels qu'Il secourt puissent percevoir et comprendre. Le Fils de Dieu sera donc aussi le Fils de l'Homme ; tel est Jésus-Christ.
Dans l'univers en réduction qu'est l'être humain,
la même course à l'abîme exerce ses ravages; et, comme nulle créature n'est supérieure en dignité spirituelle à la créature humaine, c'est encore de Dieu seul qu'elle doit attendre son salut. La naissance du Moi est une mort à notre vie céleste; notre naissance à la vie éternelle ne pourra être que la mort de ce Moi. Le ferment mystérieux qui réalise cette transformation, c'est le pain vivant descendu du Ciel, le corps et le sang du Verbe Jésus, la souffrance et l'amour.

Contemplons encore ce dernier mystère; peut-être nous donnera-t-il la clef des deux autres.
On sait aujourd'hui que les états mentaux intenses :
l'attention profonde, la colère, la peur déterminent dans notre corps de nombreuses réactions chimiques et modifient profondément la composition des humeurs. Imaginons les plus vastes analogies à ces phénomènes minuscules et nous concevrons qu'une individualité puissante planant dans les espaces subtils où se meuvent les dieux pourra se construire un corps terrestre qui serait l'expression charnelle de ses volontés matérielles. Regardons maintenant notre Père qui nous aime et qui assiste aux folies de nos égarements. Il est ému de pitié. Il veut nous sauver; mais, s'Il nous sauve malgré nous, Il attente à notre liberté; l'ivrogne que l'on enferme ne guérit pas son vice. Notre Père va donc envoyer vers nous Sa compassion vivante qui revêtira le corps, l'âme et l'esprit humains, grâce auxquels Il pourra nous parler, nous émouvoir, nous entraîner par Son exemple vers la bonne route. Cette incarnation de la tendresse divine, c'est Jésus-Christ, être unique, « pain de Dieu descendu du Ciel et qui donne la vie au monde ».

Chez l'un quelconque d'entre nous, la composition du sang, des muscles, des os, de la masse cérébrale varient selon le caractère moral, la spécialité mentale, la qualité spirituelle du sujet. Le sang et les nerfs de l'artiste diffèrent, bien que d'une façon infinitésimale,
du sang et des nerfs d'un industriel. Les papilles digitales de l'aveugle suppléent à ses yeux morts; le pianiste développe dans ses mains une mémoire très complexe; les muscles du jongleur nous émerveillent par leur souplesse; l'homme d'affaires, l'inventeur, le politicien, l'artiste flairent la chance, saisissent l'intuition, prévoient l'imprévu, haussent la banalité jusqu'à la beauté. Chaque particule du corps supporte une énergie impondérable que l'exercice perfectionne. Toute cette organisation si compliquée que la science ne s'y reconnaît pas, tant elle est encore minuscule en face de l'immense Nature, elle devient, en Jésus-Christ, universelle et permanente. Chaque atome de Son corps terrestre supporte une énergie absolue qui resplendit dans Son corps de gloire; ces milliards inépuisables d'éblouissements servent tous à exaucer les vœux des créatures tâtonnantes vers la lumière; et ces fleuves sans fin de clartés croissantes surabondent infiniment les prières innombrables des multitudes créées.
Depuis l'instant où la pitié divine - le Verbe - franchit le seuil de l'Éternité et entre dans la prison du Temps, Il commence de subir
les attaques des êtres. Les siens ne Le reçoivent pas. Et ces milliards de blessures créent chacune un atome des corps au moyen desquels Lui, pur esprit, doit communiquer avec ces mêmes êtres égarés, les émouvoir, les convaincre et les ramener. Jésus-Christ, c'est la compassion même; chaque parcelle de Son corps est une souffrance cristallisée; chaque goutte de Son sang, c'est un sacrifice consommé.

* *

Tout geste du Père est un Verbe; le Verbe, c'est l'ensemble de toutes les activités du Père. Ainsi le Fils et le Père ne font qu'un; mais, considérés d'en-bas, d'ici-bas, nous les voyons deux. Aussi, pour notre faiblesse, c'est le Fils qui est la Vie, c'est le Fils qui est la Vérité, c'est le Fils qui est la Voie, puisque seul Il nous mène au Père. Et enfin Il est le don, Il est la grâce, puisque c'est par Lui que tout nous descend du Père et que le plus précieux trésor du Créé ne paiera jamais la moindre parcelle de l'Incréé.
En même temps Dieu et homme, Christ et Jésus, Il connaît toute la création dans tous ses détails; Il possède à la perfection tous les pouvoirs propres à l'homme, parce que,
pour supporter l'ardeur incandescente de l'entité divine, il faut l'entité humaine la plus pure. Il nous connaît aussi tous et chacun, nous surveille et nous guide. Il nous aime humainement, comme le frère aîné aime ses frères encore aux langes; nos actes Lui donnent donc douleur ou joie suivant leur qualité mauvaise ou bonne; Il nous aime divinement, selon le mode infini. Ces douleurs et ces joies sont donc transposées à l'infini, par la nature divine du cœur qui les éprouve. De là vient que nous, hommes, n'avons jamais aucun autre mérite que celui de notre bonne volonté.

Quand l'homme-Jésus ne peut plus rien
à cause de notre mauvais vouloir, le Dieu-Christ intervient et puise aux inépuisables trésors du Père et tous les miracles se produisent. Se tenant à la frontière du Créé et de l'Incréé, à la fois dans et hors l'espace et le temps, Il est le pont sur l'abîme, depuis l'origine des choses jusqu'à leur consommation.
« Le Fils, dit-Il de Lui-même, fait tout ce que fait le Père » et Il ne peut rien faire d'autre de Sa propre volonté, sans quoi Il ne serait plus le Fils. Le Verbe est donc nécessairement unique. en rapports immédiats avec le Père d'une part, Il rassemble tous les éléments pour la gérance de la création, pour « l'exercice du jugement », comme s'exprime l'Évangile, et Il administre cet immense domaine, non pas selon un plan préétabli, mais selon les faits: « Comme Il entend, Il juge, et Son jugement est juste, parce qu'Il ne cherche pas Sa volonté mais la volonté de Celui qui L'a envoyé. » Ainsi
les logoï de second et de troisième ordre n'existent pas, sauf dans les imaginations de l'émanationisme; il n'y a qu'un Créateur et des créatures, celles-ci rangées d'après un ordre dont elles ignorent les raisons. Aucune d'entre elles n'est un verbe total; car, de deux choses l'une, ou telle créature obéirait complètement au Père et alors elle serait un Verbe, ou elle Lui obéirait par intermittences et alors, quelque infinitésimal que soit l'écart entre sa volonté et celle du Père, elle n'est plus un Verbe, une enfant de Dieu. Le Verbe, le Fils, Jésus-Christ reste unique à jamais.

Le surnaturalisme constitue si bien le caractère spirituel du Sauveur qu'il affranchit de toute chaîne déterministe quiconque l'adopte :
« Celui qui écoute ma parole et croit à Celui qui m'a envoyé possède la vie éternelle et ne comparait point en jugement. » Écouter veut dire réaliser les conseils de Jésus; croire veut dire une parfaite obéissance; ce double effort libère l'homme de l'emprise du Destin. Libre Lui-même, Jésus libère Ses amis; unique, Il les unifie; vivant, Il les fait vivre à toujours; confident de tous les desseins du Père, Il leur communique Son savoir; tout-puissant, Il leur partage Ses pouvoirs; serviteur enfin de tous les êtres, Il les invite aux joies inconcevables du sacrifice volontaire.
« Ma nourriture, dit-Il, c'est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé. » Or, absolument parlant, personne ne peut accomplir en toute perfection les desseins de personne; une telle réalisation exigerait la simultanéité de la conception, de l'enthousiasme animateur et de la force réalisatrice. Aucun être créé ne réalise cet ensemble, puisqu'il vit dans l'espace et dans le temps et que ses actes ne peuvent être que successifs. Dieu seul est capable d'accomplir les œuvres de Dieu. Un tel effort, une telle incessante transmutation des énergies libres de l'Amour heurtant contre les murs de la matière, cette nuit imposée au Soleil éternel, ces déchirements de la Vie une, tout cela constitue un martyre inimaginable; le Père le subit dans la présence de Son Fils tout le long de la durée; chacune des larmes de Son amour devient une goutte de sang rédempteur; chacune des fatigues de Sa pitié devient une particule de ce corps sacré qui porte le fardeau du monde.
Ainsi l'homme qui nourrirait son cœur de souffrances acceptées pour autrui, qui désaltérerait la soif de son Moi à la source de la compassion,
s'incorporerait au Verbe et le Verbe résiderait en lui. « De même que Celui qui est seul vivant par Lui-même, le Père, a envoyé le Fils et que le Fils vit par le Père, celui qui se nourrit du Fils vivra par Lui. » Voilà par quelle secrète alchimie « celui qui mange la chair et le sang du Fils de l'Homme reçoit la vie éternelle ».
Telles sont, hâtivement indiquées, les attitudes respectives du Christ Jésus, Fils de l'Homme et Fils de Dieu, et de
nous les humains qui, pour la plupart, Le renions en fait, même quand nous Le confessons de bouche.

* *


Examinons où ce Christ emmène l'humanité, comment Il l'entraîne, par quelles promesses, par quels indicibles accents, avec quelle invincible patience.
La vérité vraie doit être totale; une vérité
seulement mystique ou métaphysique ou politique ou scientifique n'est pas vraie. J'appliquerai cette remarque à la parole connue : « Le bon berger est celui qui donne sa vie pour ses brebis » et, par extension, aux divers conducteurs d'hommes que nous connaissons. Le philosophe que protègent contre les importuns les murs de sa bibliothèque, les hommes d'État qui, ne parlant que du bonheur du peuple, ne se refusent aucun luxe; ces tribuns qui font leur fortune en envoyant les autres aux barricades; ces réformateurs qui se tiennent bien à l'abri pendant que leurs dupes se battent pour la défense de leurs idées; tous ceux-là , ce sont les mauvais bergers, et leurs vérités ne peuvent être vraies avec plénitude.
En conservant ce regard d'Absolu, il apparaît de nouveau ici que Dieu seul peut nous faire connaître Dieu; que Dieu seul peut nous faire recevoir Dieu. Si l'homme ne recherche
qu'un avenir de transformations nécessitées, comme les panthéistes matérialistes nous l'enseignent; s'il recherche un avenir d'indépendance solitaire, selon la théorie des panthéistes spiritualistes, sans doute les types du surhomme, du mage on du sceptique peuvent lui paraître l'idéal. Mais s'il veut, dans son avenir ultra-terrestre, une transformation de son Moi, aujourd'hui limité, en un Moi libre et bienheureux, au lieu d'une simple extension des pouvoirs actuels de ce Moi, c'est le Christ qu'il devra suivre, parce que seul le Christ l'introduira dans l'Absolu; les autres révélateurs ne peuvent mener leurs fidèles que là où ils sont parvenus eux-mêmes, sur quelque sphère plus ou moins radieuse, mais bornée parce que créée. Jésus est l'unique porte du Royaume de Dieu.

Je sais bien que le texte le plus clair
peut être détourné de son sens évident, mais aucun fondateur de religion n'osa jamais prononcer des paroles comme celles-ci: «Celui qui me confessera devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux. Qui me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père. » Et ailleurs: « je suis venu pour apporter non la paix, mais la guerre; je suis venu mettre la division entre l'homme et son père, la fille et sa mère; qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi. » Ces terribles déclarations, qui font jeter les hauts cris aux pauvres intellectuels contemporains, à nos réformateurs utopistes, ne peuvent s'entendre que si celui qui les profère détient la maîtrise suprême, s'il nous apporte une manière surhumaine d'aimer et la certitude d'une paix surnaturelle.

Et ces nombreuses âmes inquiètes qui attendent aujourd'hui un retour du Christ,
puisqu'on les trompe sur le mode de ce retour et sur l'identité de celui qui en sera le héros, je ne puis les blâmer, puisque jamais la guerre n'a été tellement maîtresse de notre globe. Non seulement on s'entr'égorge partout, mais on s'assassine partout, par l'intrigue. la calomnie, les combinaisons d'affaires; on se suicide partout, au moyen de n'importe quelles drogues et de n'importe quels excès; partout la fausse science des philosophes hystériques, un esthétisme d'obsédés empoisonnent ce qui pouvait survivre d'harmonieux et de sain dans nos civilisations. Les trois visages de la guerre ne sont d'ailleurs que les masques de son visage véritable; il ne s'agit de rien d'autre que de la bataille invisible entre les serviteurs du Christ et les mercenaires de l'Antéchrist. Quiconque ne croit pas au Christ Fils unique du Père appartient à cette seconde armée, et aussi quiconque croit en Lui de bouche, sans vivre conformément à cette foi. Quiconque croit au Fils unique du Père et réalise Ses commandements appartient à la première armée. Et, dans cette bataille qui a commencé avec le monde et qui ne finira qu'avec lui, l'armée des ténèbres triomphe constamment; telle est la loi de la Lumière de se laisser ainsi écraser, jusqu'au jour suprême et imprévisible où elle remporte soudain, une victoire inattendue.

Ainsi l'homme qui ose déclarer :
« Le Ciel et la Terre passeront, mais mes paroles ne passeront point », puisque, contre toute vraisemblance et toute raison, Son œuvre subsiste encore, cet homme ne peut être qu'un Dieu, ou plus exactement doit être Dieu, car les dieux passent comme la terre et le firmament. L'homme qui répond à l'adjuration solennelle du pontife de sa religion: « Tu l'as dit, je suis le Fils de Dieu»; qui affirme : «Toutes choses m'ont été confiées par mon Père», Celui-là en qui nous voyons coïncider la plus haute altitude spirituelle et le champ d'action le plus bas, l'énergie toute-puissante et la plus douce tendresse, la liberté parfaite et l'esclavage volontaire le plus complet, Celui-là, le Christ, ne peut être que le visage visible du Père.

* *

Vous avez reconnu, dès les premières paroles de cet aride exposé, les énigmes immémoriales pour lesquelles tous les sages ont offert leurs solutions.
Personne ne semble les avoir résolues, sauf les très rares qui, ayant absorbé toute la science humaine, s'étant blasés sur toutes les joies humaines, ont accueilli du fond de leur mélancolique satiété la Lumière de l'Étoile éternelle. Je ne suis que l'écho de cette élite mystérieuse où se groupent, le long des siècles, ceux que l'évangile nomme les pauvres en esprit; les solutions que je vous propose ne sont pas les miennes, mais les leurs: celles-là mêmes que Dieu nous offre, depuis que nous existons, dans la mesure toutefois où le Vrai suprême peut être reçu par des créatures. Je ne vous demande pas de les accepter sans examen. Si déjà la Vérité vous a élus, elle vous fera sentir sa présence par un instinct indubitable; si vous en êtes encore à la période des recherches, que mes affirmations, quelque paradoxales qu'elles vous paraissent, ne vous rebutent pas de prime abord; dites-vous que tout est possible, que le vrai peut n'être pas vraisemblable, que la logique elle-même, dans quelque direction qu'elle s'exerce, part toujours d'un dogme indémontrable; et enfin, et surtout, qu'avant de condamner une théorie, il faut l'avoir expérimentée.

Si vous ne pouvez pas me croire, refaites pour votre compte les expériences des serviteurs du Christ. Astreignez-vous pour quelque temps à vivre comme l'Évangile nous le demande; essayez de comprendre, de sentir, de vouloir comme si vous étiez des disciples; oubliez provisoirement les conclusions auxquelles vos recherches ont pu vous conduire; agissez enfin comme
si vous saviez avec certitude que le Christ est bien l'unique Fils de Dieu, descendu dans la chair et ressuscité.
Les juifs disaient, il y a deux mille ans, en parlant de jésus :
« Comment cet homme connaît-il tout cela, lui qui n'a pas étudié ? » Et Jésus leur répondit : « Mon enseignement n'est pas de moi, mais de Celui qui m'a envoyé. Si quelqu'un veut faire la volonté de Celui-là, il saura si mon enseignement est de Dieu ou si je parle de mon chef. » Voilà l'expérience critérium de la connaissance. Expérimentez donc Jésus-Christ et vous saurez qui Il est.
Des bibliothèques entières ont été écrites sur les choses religieuses; aucun de ces in-folios n'a fait de saints, tandis qu'une seule parole de Jésus, réalisée à fond, en a fait des milliers. je ne saurais trop redire que l'intelligence n'est qu'une introduction à l'amour. Dieu est vivant, Il vient vers l'homme par de la vie, et l'homme ne peut monter vers lui que par de la vie. Il ne s'agit pas de Le comprendre, mais de Lui obéir. Notre corps et notre esprit sont liés, ils ont besoin l'un de l'autre pour l'accomplissement de leur tâche. Il ne suffit pas de réfléchir, il faut aimer, il faut agir; et, pour suppléer à toutes les faiblesses de notre cœur et de notre cerveau et de nos bras, il faut prier.

Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 20:15

 

 

La Rose-Croix

 

 

par Sédir

 

 

Chapitre VIII de La Voie Mystique

 



Quand on prononce devant eux le nom de Rose-Croix, les hommes raisonnables et instruits font une moue dubitative, et ils invoquent Leibniz, Gassendi, le Père Mersenne, qui ont cherché partout les Rose-Croix et ne les ont point trouvés.

Je ne vous fatiguerai pas par de longues énumérations de dates, de chartes, de parchemins, de vieux livres, de vieilles estampes, de vieilles légendes. Toute croyance, même superstitieuse, a une base; l'imagination ne peut créer l'irréel; il lui faut une parcelle de vérité pour construire ses palais alentour. Il est donc impossible qu'il n'y ait jamais rien existé de semblable à la Rose-Croix. Notre tâche sera de séparer, dans les documents connus, le faux du vrai : le faux intellectuel, le faux historique, le faux moral. Par éliminations successives, la statue enterrée apparaîtra enfin au jour; probablement mutilée; mais les tronçons épars nous diront, malgré tout, par l'éloquence convaincante de leur beauté, qu'il y eut là un chef-d'oeuvre; et, puisque les chefs-d'œuvre sont impérissables, il y a encore là le même chef-d'œuvre rayonnant sur nous sa gloire essentielle.

* *


Les sociétés contemporaines qui, en Angleterre, en Allemagne, en France, aux États-Unis, se sont parées du titre de Rose-Croix, agrandi par divers qualificatifs, apparaissent d'abord toutes comme antichristiques par leurs théologies et par leurs ascèses. Elles apparaissent ensuite très peu rosicruciennes par la complication de leurs grades, l'étroitesse de leur horizon spirituel, la partialité de leurs opinions, la tyrannie de leurs chefs, la superficialité de leur science.

Au dix-huitième siècle,
Samuel Richter, Schroepfei, Weisshaupt fondèrent des ordres soit-disant rosicruciens; quoique beaucoup plus savants en occultisme, en alchimie, en magie que leurs homonymes du dix-neuvième siècle, ces groupes prêtent d'eux-mêmes à la critique.

C'est au dix-septième siècle qu'il faut revenir pour rencontrer des adeptes dignes de ce nom. Au quinzième siècle, les érudits soupçonnent à Naples, en Flandre, en Bavière des vestiges d'associations rosicruciennes. Au quatorzième siècle se place la légende initiale et initiatique du fondateur supposé de l'Ordre, Christian Rosenkreutz. Avant le quatorzième siècle, le chercheur s'épuise dans des enquêtes impossibles à travers les courants vaudois, albigeois, franciscains, templiers et celtiques. Les documents font défaut;
ceux qui fourniraient des indices restent inaccessibles, enfermés dans des armoires ignorées, au Vatican,
en Suisse, en Hongrie, à Paris.

Toutefois, on peut recueillir, par l'enquête interne, et aussi avec l'aide de l'enquête externe, quelques idées justes sur la plus mystérieuse des fraternités secrètes. Mais ces idées sont tellement extraordinaires qu'aucun étudiant presque ne les admettra d'abord. Je vais vous les dire, avec le plus de clarté possible; vous les rappellerez de temps à autre à votre mémoire; et peut-être, si vous êtes doués, si votre destin spirituel vous y porte, les comprendrez-vous dans quelques années et les accepterez-vous. 

* *


Quels hommes étaient ces mystérieux hérauts d'une sagesse et d'une science inconnues ?

Qu'on feuillette les petits pamphlets distribués aux foires de Leipzig et de Francfort, véritables expositions universelles de ce temps, ou qu'on lise les affiches placardées sur les murs de Paris, de ce Paris à l'aurore du siècle de Vincent de Paul et de Pascal, de ce Paris encore tout pantelant des horreurs de la guerre civile, les grands verbes millénaires annonciateurs de la paix et de la beauté s'expriment avec éloquence dans ces documents.
Voici ce que disent les signataires de ces manifestes, types originaux
de tous les supérieurs inconnus qui foisonnent dans les initiations frelatées
du dix-huitième siècle :
« Nous faisons en cette ville résidence visible et invisible par la grâce du Très-Haut qui se tourne vers le cœur des justes.
Nous enseignons sans livres ni marques; nous parlons les langues des pays où nous voulons être, pour tirer les hommes nos semblables d'erreur et de mort. »

Voilà les grands pouvoirs de l'adepte vrai. La présence invisible et réelle, l'enseignement intérieur, le rayonnement spirituel attractif, le don des langues appartiennent, en effet, à ceux-là seuls qui ont réalisé la grande renonciation, entendu les paroles des dieux, affronté les ténèbres extérieures et rendu à tous les êtres ce qui leur appartient.

Robert Fludd affirme qu'ils résident visiblement en neuf collèges au mont Athos, vers Basra, au Travancore, près d'Oudh, en Lucanie, à la Mecque, à Fez, aux Pyramides et au Parnasse.
Que ces Rose-Croix s'attribuent comme résidence le Temple du Saint-Esprit, ce n'est pas une vantardise. Le Temple du Saint,Esprit, s'il m'est permis d'en parler
avec des mots incompréhensibles aux indignes, leTemple du Saint-Esprit, c'est ce lieu secret où sont réunies les entités vivantes de l'Intelligence, de l'Harmonie et de la Beauté universelles.
L'Esprit, lui,
personne ne peut le saisir, personne ne peut savoir ni d'où il vient, ni où il va. Mais la maison des Rose-Croix est une des œuvres de cet Esprit insaisissable; c'est pourquoi quelques hommes ont pu l'apercevoir et y entrer.
Ces Rose-Croix de la fin du seizième siècle professaient la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ comme aboutissement terrestre de l'incarnation cosmique du Verbe. La Bible, le Tarot étaient leurs manuels de théosophie. L'expérienc
e matérielle (arts occultes) et immatérielle (Liber, Mundi), leur manuel d'observation pratique. Les œuvres de Tauler, de Weigel, surtout de Thomas a Kempis étaient leur code d'initiation.

Ils déclaraient posséder
la pierre philosophale, la Médecine universelle, l'Élixir de longue vie, connaître les vertus des simples, les secrets des dieux, les mystères des nombres, des signes, de la musique. Ils offraient à leurs élèves les mêmes trésors. Ils se présentaient enfin au monde avec, dans les mains, les plans de la triple réforme : pour la science, pour la politique et pour la religion.
Entre 1592 et 1624 on rencontrait parfois, aux grands centres européens du commerce ou de la civilisation, sur les routes de Hollande, de Suisse ou d'Italie, tel inconnu, paraissant avoir atteint la quarantaine, au costume discret, à la parole rare, au nom modeste, à l'abord simple et cependant peu familier. Quelque ravagé que fût le visage de ce voyageur, son regard brillait d'un feu limpide et jeune; sa conversation, riche comme celle d'un qui a beaucoup vu, étonnait, instruisait, éveillait des idées nouvelles. Il portait toujours sur soi, au moment opportun, l'élixir précieux, le simple, le remède même du malade imprévu qu'il rencontrait. Et les chercheurs
capables d'un long effort de discipulat trouvaient souvent quelqu'un de ces inconnus près d'un lac dont les eaux fournissaient le prétexte à un signe mystérieux de reconnaissance et de maîtrise.

Toutefois - la justice exige qu'on le dise - il y eut, dans les mains de ces maîtres,
des pouvoirs licites et des pouvoirs illicites. La suite de cet entretien permettra, je l'espère, à ceux d'entre vous à qui cela sera utile, d'en établir le critérium. Les rares écrits de ces adeptes d'ailleurs nous les montrent encore plus comme des chercheurs que comme des Œdipes immobiles revenus de tous les sphinx.


* *
Depuis que la terre porte des fils d'Adam, il existe un centre de sagesse dont le mouvement du dix-septième siècle ne fut qu'un des mille rayons, lancé sur la seule Europe et baptisé du titre de Rose-Croix. Des motifs de haute convenance m'interdisent de révéler quels noms portèrent les autres rayons de ce même centre, lancés sur d'autres pays, avant comme après cette époque.
Ne cherchez pas à connaître prématurément ces secrets. La curiosité fait fuir les mystères. Comprenez seulement que
ceux qui, depuis lors, se parent du titre de Rose-Croix ou qui disent se rattacher à cet Ordre, se trompent et trompent leur public, puisque le centre qui se nomme ainsi au dix-septième siècle a changé son titre.

Les vrais Rose-Croix ne se sont
jamais fait connaître et n'ont jamais rien dévoilé de leurs réels secrets. Ils se sont même ingéniés à détruire quelques livres trop révélateurs, comme le petit in-quarto de Welling imprimé à la fin du dix-huitième siècle, ou les récits de ce capitaine anglais parus à Londres il y a quelque soixante ans. Sait-on davantage ce que sont devenus les carnets chiffrés de Cagliostro ?

La Rose-Croix est une fonction immatérielle de l'âme de la terre. je vais essayer de préciser.
Notre planète reçoit toutes les formes de sa vie, non pas d'un seul soleil, le soleil jaune qui nous éclaire, mais encore de six autres soleils invisibles. Le premier d'entre eux, le rouge, construit les corps terrestres. Son ange est l'être que Paracelse et quelques autres nomment Hélias Artista. Il gouverne la morphologie générale, les affinités des êtres sous leur aspect de molécules minérales, les organisations physiques, chimiques, sociales, intellectuelles et religieuses. Et, de même que tous les soleils, il agit sur terre par intermittences, à la façon d'un phare tournant.
Je dois expliquer comment je conçois les caractères propres de la vie minérale. Elle consiste essentiellement, étant donné un être ou un milieu quelconque, dans un mode propre d'agrégation des atomes de ce milieu ou de cet être, de cette créature en un mot.
La physique et la chimie officielles étudient des modes d'agrégation dans ce qu'elles appellent la matière terrestre.
Mais tout, dans l'univers, possède un aspect minéral. Lorsque l'atome humain se réunit à d'autres atomes humains, de façon à former un groupe solide, fixe et inaltérable (telle la cellule sociale des anciennes synarchies), cette sorte d'organisation, on peut l'appeler l'aspect minéral de l'être social.

Autre exemple. Quand un penseur a construit son organisme mental, ou plutôt l'a reconstruit suivant les lignes de force idéales, telles que l'ensemble de ces conceptions, son savoir personnel, sa sapience individuelle arrive à constituer une sorte d'entité intellectuelle, définitive et immuable, cette sorte d'œuvre cérébrale est l'aspect minéral de la pensée humaine.
Considérons maintenant la personnalité humaine dans l'ensemble des organes occultes qui la constituent essentiellement et dont ce que nous connaissons de nous-mêmes n'est que le résultat extérieur. Cette personnalité contient des représentations de tout l'univers. Pour parler net,
il y a en nous un corps qui vit de la même façon que l'ange, par exemple; il y a en nous un corps qui vit de la même façon que le génie, ou l'élémental, ou l'astre, ou la plante, comme nous savons tous qu'il y a en nous un corps, notre corps physique, qui vit de la vie des animaux.
L'un de ces organismes secrets ne peut être mieux comparé qu'à une gangue en voie de cristallisation dans les profondeurs du s
ol. Quand le rayon du soleil rouge passe, cet organisme se développe sous son influence; comme dans chaque individu prédomine un des types de la vie universelle, l'homme chez qui cette prédominance est minérale voit son être spirituel entraîné dans la direction d'Hélias Artista, et tendre vers l'état du Rose-Croix.


Tout ceci doit vous sembler de pures imaginations; cependant rien n'est plus réel. Dieu est le vivant. La vie est partout; avec elle sont partout la sensibilité, l'intelligence et l'amour. Une pierre éprouve des sensations, perçoit des idées et engendre une volonté. Les pierres de notre terre se trouvent tout au bas de l'échelle universelle des minéraux;
tout en haut sont les pierres rayonnantes et parlantes de la Cité sainte. Un jour viendra où l'homme conversera avec le champ et avec la montagne, où les cailloux du chemin diront leurs secrets au voyageur, où les galets de la grève raconteront au pêcheur les histoires des siècles disparus. Car la nature tient encore en réserve ses secrets par milliards.
Nul ne peut définir cet Hélias Artista. Ceux même sur lesquels il repose sentent son influence sans la pouvoir analyser.
Ce n'est pas Dieu, c'est un dieu,
simplement un des ministres du Père, le remous dans les paradis cosmiques des haleines de l'Esprit à travers les vergers du Seigneur. C'est une force attractive, agglomérante, harmonisatrice qui, dans chaque espèce, tend à réunir les individus et à les organiser par une hiérarchisation d'équilibre et de concours mutuel.

* *


La santé parfaite pour le corps, la pierre philosophale pour la matière, la médecine universelle pour la thérapeutique, l'organon intégral du savoir, la monarchie universelle, la paix universelle, la religion universelle, la fraternité universelle : voilà les œuvres de cet Hélias et les buts des travaux rosicruciens.
Voilà ce qu'ont cherché des alchimistes comme Artéphius, Basile Valentin et le Cosmopolite; des philosophes comme Raymond Lulle, Sabbathier, Fabre d'Olivet, Wronski, Saint-Yves d'Alveydre et Jacob; des meneurs d'hommes tels que Ram, Moise, Charlemagne; des thaumaturges comme Enoch, Elie, et quelques saints peu connus; des émissaires comme le visiteur de Jacob Boehme, comme Isaac Barnaud et Irenaeus Agnostus auprès de Henri IV et de Guillaume d'Orange; comme Ellious Bocthor, l'interprète de Bonaparte aux Pyramides; comme les deux cavaliers albanais soudain apparus aux portières du carrosse où Napoléon ramenait la jeune Marie-louise; comme surtout le grand et intrépide Cagliostro.

Tous ces hommes ont essayé de refondre les anarchies en organisations stables; c'est pourquoi, selon les brochures de 1604, leur patrie symbolique est la Germanie. Et presque tous ont échoué, parce que, si
Hélias Artista représente le Verbe cosmique comme Pacificateur, ce même Verbe, comme Sauveur, n'est encore venu ici-bas que pour y apporter la guerre et non la paix.

Mais il n'importe. Si la maturation de l'or céleste demande des cycles quand la maturation de l'or terrestre demande des siècles, accordons à l'avenir la confiance la plus optimiste. Les murs de la Cité éternelle, que l'apôtre Jean nous décrit avec une concision splendide, ces murs impérissables, sur les parois desquels joue l'infinie magnificence des spectacles divins, leurs pierres ce seront des esprits d'hommes parfaits. Ces portes de la Cité sainte, immuables, grandioses, toutes belles, ce seront ces esprits que connut autrefois l'esprit de la terre, sous l'égide de la Rose-Croix. Souvenons-nous que seulement au jour de l'universelle réintégration se réalisera l'hypothèse sacrée
: « De ces pierres Dieu peut faire naître des enfants à Abraham. » Notre jésus ne déclare-t-il pas être le Roc ? Ses paroles sont totalement vraies le règne de la Pierre est une des formes de l'être cosmique du Verbe. Et si nous ne voyons ici-bas que les pierres muettes, inertes et endormies, il existe dans les eaux supérieures du firmament des roches et des gemmes toutes palpitantes d'une vie extraordinaire et prestigieuse.

* *

Ces inconnus, « amants de la Rose et porteurs de la Croix », comme ils s'intitulaient, en appelant à eux les hommes de bonne volonté, leur indiquaient le chemin.
Il faut ici considérer deux points : l'état d'âme du disciple, puis sa méthode de travail.
Quand l'homme interroge en silence
ses propres profondeurs, il s'affirme l'existence d'une source éternelle de force, de lumière et de paix. Cette fontaine cachée répand parmi les paysages invisibles d'innombrables et d'intarissables ruisselets; point de sente, là-bas, que n'accompagne le murmure de ces ondes régénératrices; point de sable qu'elles ne fertilisent. Il ne s'agit que de laisser tomber les costumes artificiels dont nous croyons à tort devoir nous revêtir et de nous baigner dans ces eaux dispensatrices de vigueur et de pureté.

Alors la simplicité, cette vertu négative, deviendra la simplesse, une vertu active et féconde. Nos yeux, regardant la nature, verront vraiment la Nature, et non pas l'image préconçue que nous nous en étions forgée; regardant les hommes, et nous-mêmes, nous les verrons, nous nous verrons, chair, sang, passions, misères et grandeurs, et
non plus types schématiques ou artificiels.

L'occultisme ordinaire ressemble à un bachelier ès sciences qui, à force de tout réduire en équations, finit par devenir incapable de voir dans les mondes du sentiment autre chose que des prétextes à polynômes. La noblesse d'une colline, la courbe d'un sourire, le pathétique d'un crépuscule, il couche toutes ces beautés sur des épures noires de chiffres. Il ne peut plus s'assimiler la vie; il ne trouve plus en lui de forces pour aimer ni de motifs pour agir.
Quand il a bien macéré
dans les eaux pétrifiantes de la théorie, il se lance à l'extrême opposé. Il brise l'émail dont il s'était fait un masque; il se jette vers la spontanéité, vers l'élan; il s'enflamme; et il se meurtrit durement la tête; car l'esprit est prompt, mais la Nature est lente.

Patience !
« Possédez vos âmes par la patience », a dit le Maître des maîtres. Le vrai désir, le désir sain, le désir fort, le désir prédestiné à la victoire ne se traîne ni ne court; il marche d'un pas long et sûr, comme un vieux soldat. Il marche le jour, oui, mais surtout tout le long des longues nuits froides où l'on bute contre l'invisible caillou, où l'on tombe dans le ravin aux épines mauvaises, où les bêtes rampantes piquent si le bâton les dérange. Il marche tout seul, recru de fatigue, la tête sans pensées, les reins moulus, du nuage gris sur les yeux. Nuits sans lune et sans étoiles, voyageur sans même un chien, bois noir qu'il faut traverser malgré d'insidieuses, chuchotantes et terrifiantes voix; fermes où l'on sait , horribles entr'aperçus, que l'on sera chassé; formes dans les ténèbres; pierres levées, tronc desséché où se blottit l'immémoriale sorcière : la peur!
Et la route diminue en montant, pas après pas, détour après détour, lieue après lieue. La vie est longue, ô disciple; et, si tu trouves quelque roche avec un tapis de mousse, prends le temps d'y dormir une heure ou deux.
Ce sommeil sera propice à ton amour.

Le fort torrent de l'Amour divin demande à être
canalisé dans le cœur de l'homme entre de solides quais de granit; il faut apprendre à attendre, comme un vin nouveau dans une cave sèche et fraîche, qu'années après années l'Amour dans notre cœur dépose sa lie impure.

Ici encore, à l'entrée des domaines rosicruciens, on peut lire le commandement universel des néophytes :
«Abandonne ce qui t'aime, et cherche ce qui te déplaît. »
Il existe, en Europe, un livre où cette maxime se trouve examinée dans tous les sens et sous tous les rapports. Ce livre est pour
ceux qui brûlent, pour ceux qui flambent, pour ceux qui agonisent chaque jour de ne pouvoir étreindre leur idéal. Ce livre, c'est le quai de granit, c'est la cave silencieuse, c'est le vieux prieur lent, c'est le mur infranchissable du cloître.

Il dissèque la science, la vanité, la prudence, la retenue, les affections déréglées; il rend impossibles les espoirs impatients, les épanchements sur un coeur ami, les discours, le zèle indiscret; il émonde, il échenille, il concentre très lentement; il apaise, il amène à l'apparence d'être un cadavre. Et, lorsque toutes les flammes, tous les ouragans, tous les tonnerres dans le cœur du disciple sont enfin ensevelis sous la cendre, emprisonnés dans la crypte, engloutis dans le souverain silence,
ce livre ouvre soudain la porte. Le cœur jaillit comme un bolide, et son élan longuement préparé le jette avec certitude aux pieds de la Présence permanente qui résume les désirs de toute créature.
Voyez-vous maintenant pourquoi
les fils de Rosenkreutz disent que, lorsqu'on a réalisé le premier livre de l'Imitation de Jésus-Christ, on est prêt à entrer dans leur cohorte ? Voilà l'état d'âme du disciple, voilà son effort personnel.

Il va recevoir une aide. Il est sorti de
sa démence mystique; son bel amour primitif de Dieu, son repentir tumultueux flottent enfin devant lui comme d'irréels fantômes; enfin il lie, pense plus à la gloire adeptale ni à son propre salut; il s'oublie lui-même; en parlant à Dieu il peut dire.: « Mon frère le vent, ma sœur la terre, mon frère l'âne, ma sœur la misère. » Alors, en vérité, il commence à parler avec Dieu. Et Dieu lui envoie Son ange.
Ensemble ils partent dans la nuit
vers la Montagne au centre de la terre, où se cache le Trésor, où veille le diable. Le guide et l'homme prient ensemble en marchant; c'est la vraie prière; la sueur jaillit de l'homme tout entier pressé dans les mains effroyables de l'angoisse. Et, comme ils arrivent au sommet, les dragons, les monstres et les diables se jettent sur eux; l'ouragan s'élève, la terre tremble, les rochers se fendent, le tonnerre remplit les ténèbres. Si le voyageur persiste dans la calme et confiante oraison, il est sauf. Aux premières blancheurs de l'aurore le Trésor apparaît et la nature alentour devient un paradis.


Le candidat est accepté;
les vertus des choses et les arcanes physiques lui sont dévoilés.
Toutefois, la connaissance des arcanes ne doit pas être le but de ses efforts. Aussi les Rose-Croix n'y voient-ils qu'un Parergon. Ils n'admettent à l'Œuvre véritable qu'après de nouvelles épreuves. Quant à la nature de cet Œuvre, jamais ils ne l'ont expliqu
é. Il ne convient pas de violer leur secret. C'est déjà beaucoup de savoir que, à leur yeux, les maîtrises en alchimie, ou en magie, ou en hermétisme ne sont qu'une préparation.

* *


C'est le moment de conclure.

Vouloir conquérir le titre de Rose-Croix est une illusion. On peut seulement se mettre dans les conditions nécessaires pour que, lorsqu
e la splendeur d'Hélias Artista passera sur notre esprit, il soit fécondé par cette force, et qu'il se développe ensuite selon cette forme.
Ces conditions se trouvent remplies quand on est devenu un
élève docile de Thomas a Kempis.

Mais, comme personne ne se connaît, ni dans son état actuel ni dans ses possibilités futures,
comme personne ne sait le moment où passe l'Artista mystérieux ni même ne peut discerner son passage, n'est-il pas plus prudent de remonter à la source de l'Imitation qui est l'Évangile, de rechercher le maître d'Hélias, notre Seigneur Jésus ?

Aucun homme, aucun dieu n'a encore embrassé du regard l'horizon spirituel que décrivent les Évangiles. Aucun autre livre ne renferm
e une égale somme de connaissances ni sur la terre, ni sur aucun astre visible, ni dans aucun lieu invisible. L'initiation rosicrucienne n'est qu'une seule des quelque soixante-dix initiations dont l'Evangile énonce les règles. Il les énonce d'une façon incompréhensible, sur un plan inconnaissable pour nous; mais je vous certifie qu'il les énonce.
Attachons-nous donc à l'Évangile. Que le dernier des hommes, le plus ignorant, le plus stupide parvienne dans toute sa vie à réaliser un seul des conseils évangéliques, il atteindrait tout de suite la Maison du Père, et
ce monde, ne pouvant supporter le feu terrible que rayonnerait ce cœur, le libérerait à l'instant des chaînes de matière.
L'homme recèle les germes de toutes les sciences et de tous les pouvoirs; il les laisse dormir et, quand il veut les réveiller, il en fait de frêles plantes de serre ou des fleurs monstrueuses, sans parfum et sans vertu.
Écoutons plutôt le grand Jardinier : le Jardinier, la forme sous laquelle le Verbe apparut après Sa victoire à l'amour repentant. Nous avons tous
, comme la courtisane d'Israël, avili nos beautés intérieures. Laissons le Jardinier arracher les mauvaises herbes, bêcher, ensemencer, fumer, arroser; ne L'aidons que comme Il nous demande de L'aider, et non pas comme nous croyons utile de L'aider.

Si nous nous estimions à notre juste valeur, si nous étions humbles, toutes ces angoisses et ces fatigues que j'ai essayé de vous décrire tout à l'heure nous seraient épargnées.
Ne cherchons pas à devenir des adeptes, des Rose-Croix, des Mahatmas, ni même des saints. Cherchons simplement à faire plaisir à Notre Ami très fidèle. Il sait bien quels offices nous sommes capables de remplir. De quoi nous inquiétons-nous ?
La possession de quels secrets, la maîtrise de quelles forces, la victoire sur quels dieux vaudront-elles jamais devant l'ineffable promesse :
« Voici, mes Amis, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin ?»

Vous tous qui m'écoutez, vous avez lu cette promesse, dès votre enfance, et combien de fois ?
Cependant qui de vous l'a lue ?
Croyez-en quelqu'un revenu de chez les peuples étranges : ne cherchez pas des trésors au loin ; ramassez ceux, ici, que l'on foule aux pieds. Et apprenons ensemble à nous baisser. Nous apprendrons ainsi que l'attitude la plus magnifique où l'homme puisse atteindre, c'est de se tenir à genoux.

Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans ROSE-CROIX
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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 18:29

A lire d'abord la 1ère partie...

 

 

Aimons notre prochain

 

par Sédir

 

Chapitre VII de La Voie Mystique

 

2ème partie

 

 

1ère partie

 

 

Beaucoup de personnes bien intentionnées ne s'aperçoivent pas qu'elles vont vers les pauvres avec des manières protectrices et condescendantes. Leur cœur est bon, certes, mais elles s'imaginent que leur naissance, leur éducation, leur fortune constituent un privilège. Elles se trompent; elles ne tiennent de leur mérite aucun de ces avantages et, en toute justice, celui que le destin favorise est le débiteur du déshérité; mystiquement, celui qui souffre plus est supérieur à celui qui souffre moins. Allons aux misérables humblement, simplement, avec bonhomie.
D'autres personnes compatissantes tombent
dans l'excès inverse; elles usent d'une grosse familiarité vulgaire, qu'elles croient être cordiale et bon enfant. Or le pauvre a sa dignité; sa misère ne le rend pas forcément stupide; le bon sens est presque toujours vif chez lui et le tact délicat. Témoin muet de beaucoup d'injustices apparentes, privé de s'instruire, tout son temps pris par le dur gagne-pain, il demande d'être traité en homme et non pas en serf.

D'autres philanthropes se croient tenus à discourir; ils ne peuvent
s'empêcher de faire des remontrances et des sermons, et ils ne s'aperçoivent pas qu'on les écoute mal; ventre affamé n'a pas d'oreilles. Ce que la misère réclame d'abord, c'est du pain, un abri, des vêtements; après, les théories qu'on fera pourront être entendues. Rien n'aiguise le sens critique comme le malheur ou la rudesse de l'existence; d'un regard le pauvre découvre les travers, les ridicules ou la valeur morale de la dame patronnesse qui entre chez lui.
Or nous savons combien la force du caractère et la hauteur de l'esprit peuvent rendre supportables les peines du corps. En soulageant les souffrances matérielles, la charité parfaite du Christ purifiait l'âme et illuminait l'intelligence. Voilà où nous devons tendre; ne touchons aux blessures du corps, à celles du cœur qu'avec des mains respectueuses, des sentiments modestes et de délicates précautions. Tout cet ensemble, dont la réalisation paraît à première vue si difficile, découle du grand axiome mystique dont je veux vous entretenir maintenant. Ce vous sera un exemple entre mille de la marche unitive que Jésus nous enseigne, et vous vous convaincrez par l'expérience que
, quelle que soit la situation à dénouer, le travail à fournir, le trajet à parcourir, l'Evangile nous indique le chemin le plus court et la meilleure méthode.


* *



Le Christ prescrit la charité à maintes reprises, et en donne l'exemple bien plus souvent encore; mais Il ne parle qu'une fois du résultat que produit en nous l'exercice de cette vertu essentielle : «Ce captif, dit-Il, que vous avez consolé, ce malade que vous avez soigné, ce vagabond de qui vous avez étanché la soif, c'est Moi-même que vous avez ainsi visité, pansé, désaltéré. » De telles paroles merveilleuses où respire toute la divine tendresse, sur lesquelles se déploie la splendeur de la Gloire, ne sont pas l'expression littéraire d'une vérité métaphysique; elles énoncent simplement une vérité réelle, vivante, substantielle et sensible avec évidence à ceux que l'Esprit illumine.
Quittant l'Absolu par un sacrifice définitif de Lui-même à la totalité des créatures,
le Verbe sauveur Se présente sur chacun des mondes qu'Il visite comme le Pauvre parfait. Les créatures sont des pauvresses récalcitrantes, si riches qu'elles se croient; le Verbe, par contre, riche de tous les trésors de Son Père, est le seul vrai pauvre, parce qu'Il S'appauvrit volontairement et parce qu'Il connaît le prix de ce qu'Il donne. Il Se tient à l'affût auprès de chacun de nous, guettant les plus minces fissures de notre carapace d'égoïsme pour y faire passer un rayon de Son inlassable amour; et la plus fugitive de nos pitiés, c'est Lui-même qui, secrètement, nous l'inspire.

D'autre part, Se voulant martyr universel, chacune des souffrances possibles, chaque particularité de la Douleur universelle propre à chaque individu, est la gangue d'une étincelle de ce même Verbe. Dans toute angoisse, Il est là; dans toute compassion, Il est là; dans tout acte de secours, Il est là. Tout misérable et tout bienfaiteur ne peuvent se rencontrer qu'en Son nom, si même ils l'ignorent. Et Son indulgence est telle que la résignation de l'un, la docilité de l'autre à l'impulsion divine leur valent un mérite et une récompense. Voilà comment
ni le savoir ni le vouloir ne nous rendent capables de suivre le Verbe; seule la charité permet de L'atteindre et de s'unir à Lui.
Dans l'ordre liturgique, le Verbe est à la fois
l'autel et la victime, le sacrifice et le sacrificateur, le suppliant et le Dieu supplié. Dans l'ordre de l'Amour fraternel, le Verbe est à la fois l'aumône et le pauvre, le bienfaiteur et l'occasion en apparence fortuite, la souffrance et la joie du soulagement. Par le Verbe, par le Christ, celui qui donne et celui qui reçoit désormais deviennent des frères; leurs esprits, sinon leurs personnes, se retrouvent en maintes étapes des itinéraires cosmiques; le Ciel leur ménage des occasions de plus en plus nombreuses de s'unir par de mutuels sacrifices, par des gratitudes et aussi par des ingratitudes. Les sympathies, les antipathies spontanées indiquent ces retours et ces réunions; les motifs que nous donnons à ces sentiments sont des effets, non pas des causes que nous n'avons pas, d'ailleurs, à chercher. Le chrétien ne doit jamais obéir à ses antipathies; s'il ne peut les arracher de son cœur, qu'il se conduise comme s'il aimait celui qui l'offusque; mais ce modeste effort est déjà si difficile que le Christ doit souvent intervenir.


* *



Au reste, notre Maître est toujours présent à côté de chaque âme, parce qu'Il est la Vie et que la vie selon Dieu se nomme l'Amour. Là règne la fraternité de fait; ce qui arrive à l'un, tous le ressentent et Jésus, centre de ce monde homogène, éprouve dans Son esprit glorieux tout ce que ressentent Ses disciples. Voilà comment la charité parfaite peut devenir thaumaturgique. Sous certaines conditions de ferveur et de limpidité interne, le verre d'eau offert peut guérir un malade et la phrase la plus courante peut retremper une conscience; il suffit qu'on vive dans le royaume du Christ.
Sans doute de telles affirmations trouvent incrédules même des spiritualistes; sans doute, pour expliquer le miracle, on parlera de magnétisme, d'esprits, de suggestion, même de magie. Ces divers agents ne sont que des forces naturelles plus ou moins connues; elles ne peuvent pas produire des miracles; elles ne peuvent produire que des prodiges. Le miracle - car, enfin, il faut bien donner aux mots un sens précis -,
le miracle est l'effet d'une force sur-naturelle, extra-naturelle, incréée: c'est un acte immédiat de Dieu.

Mais nous concevons mal un Dieu si proche de nous, si incliné sur nos petites affaires;
nous concevons mal l'unité humaine aussi. Nous sommes des analystes, des êtres divisionnels; nous apercevons les différences avant les ressemblances; tous ces mots: synthèse, union, unification, régénération, nous ne parvenons pas à les entendre comme des réalités palpables. C'est que notre personnalité est faite de fragments hétéroclites; seule la conscience du moi ramène à une unité approximative ces millions de minuscules flammes vitales qui, par leurs divergences, tendent inconsciemment vers l'harmonieuse unité de l'âme éternelle, reflet humain du Verbe divin. Ainsi, à l'encontre de ce dont nos sens témoignent, plus un fait est interne, plus il est réel.

Chaque fois donc que
nous diminuerons les distances sociales ou individuelles entre nos frères et nous, et qu'au geste matériel nous ajouterons toute la chaleureuse tendresse jaillie du plus profond de nous-mêmes, nous avancerons vers l'Identique et nous entraînerons ces frères. Depuis Jésus, à cause de Jésus, chacune de ces avances devient un contact avec l'unité vivante du monde qui est Lui-même. Selon la force avec laquelle notre amour et notre foi nous maintiennent en Lui - force que seuls nos actes charitables mesurent avec actitude - , les différents modes de notre personnalité deviennent homogènes, chacun en soi d'abord, les uns avec les autres ensuite, et enfin cette personnalité elle-même s'harmonise avec les personnalités voisines. Ainsi avance lentement l'unification du genre humain.
En outre, tous ceux de ces efforts qui sont accomplis sous l'invocation du Verbe Jésus, Ses anges les Lui portent, et commence le miracle suprême de la régénération. Les doigts mêmes qui donnent le verre d'eau ou la pièce de monnaie, les lèvres, les mains qui reçoivent l'un ou l'autre, la langue qui prononce la parole bonne, les oreilles qui l'écoutent, les bras qui se tendent pour une réconciliation fraternelle, le cœur qui s'ouvre à cette paix, tous ils reçoivent une lumière du Christ; le fluide qui meut ces membres, l'élan, la pensée, la volonté qui délèguent ces gestes, tout cela reçoit une lumière du Christ; les témoins de ces scènes, les ancêtres des acteurs et quelquefois leurs descendants, les choses mêmes, les animaux, les arbres, le sol, les meubles, les murs, tous, par le spectacle dont ils sont témoins, reçoivent une lumière du Christ. Et ainsi se propage de proche en proche, dans les six directions de l'espace, dans les nombreux rythmes du temps,
l'œuvre secrète de l'universelle et totale régénération.

Dès que commencé, l'obscur travail de chacune de ces infinies lumières christiques se poursuit sans arrêt jusqu'au jour suprême. Çà et là, le long de ce cheminement souterrain, un rameau pousse, une fleur s'épanouit; c'est un chef-d'œuvre, une cathédrale, une loi tutélaire; c'est le remède à quelque affreuse maladie, quelque désert fertilisé, quelque rêve de poète descendant sur la terre, ou l'âme limpide de quelque saint, souriant et humble et ardent.
Les promesses et les paroles du Christ sont de même toutes créatrices; elles peuplent l'univers, elles le béatifient et l'assument jusqu'à la Gloire en lui conservant sa réalité physique entière. L'unité intellectuelle ne ressemble pas à l'unité divine; celle-ci est organique, celle-là artificielle; la première est une reconstitution, la seconde une constitution de l'interne vers l'externe qui s'exprime en descendant de l'être jusqu'au néant par une multitude de formes spontanées dont les plus sages des hommes déchiffrent avec peine quelques rapports. Ainsi une machine, un poème, une fleur, une aumône, un mariage, une méditation, un sacrifice, une naissance, un meurtre, un accident peuvent n'être que les réfractions différentes d'un même éclair jailli de l'unité suprême. Mais seul l
e baptème de l'Esprit donne au regard humain assez de force pour saisir une série entière de ces correspondances; et seule la réalisation journalière de l'Amour fraternel rend capable de recevoir ce baptème.


* *



L'amitié antique était un pacte fraternel. entre deux hommes, que chacun pouvait rompre, quitte à prendre figure de traître. L'amitié chrétienne est un engagement unilatéral que contracte le disciple seul avec tous les hommes, où il garde pour lui toutes les charges, laissant aux autres tous les bénéfices. C'est un marché de dupe volontaire, mais que la duperie cimente; l'ingratitude et la trahison, au rebours de ce qui a lieu pour les contrats humains, rendent ce pacte imprescriptible; car l'obligé du disciple, s'il répond aux bienfaits par le mépris ou le mauvais vouloir, devient débiteur spirituel et se trouve lié dans l'avenir à celui qui l'a secouru. Ainsi, comme pour la société antique, pour la pensée, pour la religion, pour la beauté antiques, Jésus, Se plaçant entre Achille et Patrocle, a étendu leur sentiment à tout le genre humain, l'a transformé, l'a divinisé enfin en lui ouvrant l'hospitalité de Son propre cœur divin.

Comme Il S'est mis
dès l'origine des siècles au service de la Création, Il demande à ceux qui ont pu le comprendre de servir leurs frères plus jeunes. Il a voulu que ces serviteurs bénévoles portent Son sceau : la grâce et la liberté, et les a nommés Ses Amis. Voilà pourquoi la philanthropie chrétienne se nomme la charité, c'est-à-dire le bon vouloir, l'aisance, la bonne humeur et le sourire; voilà pourquoi le serviteur de Dieu vit dans une atmosphère qui s'appelle la joie parfaite.
On se figure l'Evangile triste parce qu'il parle de renoncement. On se trompe. Sans doute, rien de pur ici-bas; mais c'est notre faut
e; comment les hommes reçoivent-ils la perfection lorsqu'elle les visite ? Ils la détestent, ils la chassent, ils la crucifient. Et cependant, au fond de leur être, palpitent le souvenir nostalgique et l'espoir invincible d'une patrie par delà les étoiles, sans frontières, et dont les paysages se déploient sous les feux d'immuables soleils, où la splendeur des formes jamais ne dissimule quelque monstre ténébreux, où l'enchantement des nuances ne repose que sur de la clarté, où les parfums ne s'exhalent que de la lumière, où la beauté des êtres ne recouvre pas d'humeurs empoisonnées, où l'harmonie des musiques ne masque plus de basses convoitises.

Cette nostalgie est juste, et cette espérance légitime. N'imputons pas cependant les fièvres de nos attentes à d'autres qu'à nous-mêmes. Cette terre de béatitude, qui existe puisque nous la désirons, nous allons vers elle
de mauvaise grâce et d'une marche maladroite; nous nous essayons aux gestes du Ciel avec les allures renfrognées de l'enfant qu'on traîne à l'école. Vers les nues translucides où planent les anges souriants nous ne levons que des visages maussades; la Matière et ses appâts nous engluent si fort que nous pouvons à peine concevoir les bonheurs spirituels.
Il faut nous détendre. Dieu n'est pas que dans l'infini; Il Se tient en même temps sur la terre; ne voir que celle-ci est un aveuglement; mais la maudire, maudire ses modestes bonheurs légitimes, ses pauvres beautés à peu près nobles,
c'est un autre aveuglement. Nous sommes craintifs et méfiants. Presque toujours, lorsque nous décidons d'aller vers le Christ, ou bien nous nous donnons à lui avec des réticences, ou bien nous tirons une espèce de misérable lettre de change sur l'au-delà. Contraints, engoncés, peureux, nous est-il possible de recevoir la joie du Père, jaillissante, libre, libératrice ?

Non, il faut se donner sans réserve; il faut s'épanouir, ouvrir en soi les portes et les fenêtres, faire doux accueil à tout être et à toute chose. S'aimer les uns les autres,
ce n'est pas s'imposer des gènes réciproques, mais bien s'offrir les uns aux autres une détente et un allègement; il faudrait que la rencontre de deux hommes soit toujours une fête pour chacun, et la magnificence du cœur devrait suppléer à la misère du porte-monnaie.
Autant la véritable foi chrétienne excède l'impassibilité stoïcienne, autant
la fraternité christique excelle sur la noblesse des amitiés humaines. Celles-ci comportent l'estime, la confiance, la communauté des goûts, le partage de la bonne et de la mauvaise fortune; l'amitié chrétienne, c'est tout cela, mais offert sans attente de réciprocité, tout cela surabondant, survivant à l'ingratitude et à la trahison, donné à tous sans distinction; c'est l'école de cette future société divine où chacun sera le serviteur de tous, où tous s'uniront à l'envi pour aider l'un d'eux, serviteurs et non esclaves, frères plutôt que serviteurs.

L'égoïsme refroidit, ossifie, pétrifie; entraînons-nous avec patience à retrouver la souplesse et la chaleur; quelque misérable que soit notre état présent, nous portons tous un chef-d'œuvre merveilleux, une clarté certaine et pure, toute élan, offrande et accueil. Regardez, au centre de vous-mêmes, cette lueur qui dort, parcelle de la splendeur du Christ, délégation de la Sagesse divine, tabernacle où, plus tard, naîtra le Verbe. Montez votre conscience à cette altitude, modelez votre caractère sur les augustes proportions de cet idéal, rendez vos membres dociles à sa discrète influence; habituez-vous à vouloir, à sentir, à vivre dans ce jour limpide, et l'univers, peu à peu, changera de sens et d'aspect sous vos regards renouvelés.
A la place d'une falaise s'étendra l'horizon céleste; là où vous aurez cru tout votre devoir accompli, vous découvrirez de grands travaux encore à entreprendre; et cette perspective qui,
autrefois, vous aurait abattus, décuplera votre courage et vos forces.


* *



Que la longueur de la route, que la hauteur du but ne vous fassent point hésiter; Dieu aime que l'on tente quelque chose, si téméraire, si maladroite que soit la tentative. Continuons la tâche entreprise, jour après jour, année après année; il importe moins de faire une chute que de se relever; il importe moins d'obtenir le succès que de tenter l'effort. Nous nous tiendrons paisiblement à l'ombre du Christ et, serviteurs inutiles, nous nous inclinerons toujours sous Ses directions. Notre obéissance immédiate, fille de notre amour, nous donnera ce calme puissant, cette joie silencieuse que Jésus nous promit à la veille de Son martyre.
Pensez à ces choses dans vos minutes solitaires, accoutumez-vous à ces contemplations, élancez-vous vers les Cieux, je vous le demande avec instance. La vie vous deviendra douce alors; ses pauvres fleurettes vous émerveilleront, car vous trouverez en elles les images des étoiles; et vous répandrez
sur vos frères encore dans l'ombre les lueurs avant-courrières de l'aurore éternelle.

 

Sources Livres mystiques

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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 16:48

Aimons notre prochain... il suffit de regarder autour de soi pour voir combien on est loin du compte. Chacun pour soi et dieu pour tous. Si l'Amour du prochain était une constante, personne ne devrait dormir dehors ni mourir de faim ou de soif en ce monde. Seulement voilà... il y en a quelques uns qui donnent et des millions qui s'en foutent.

 

 

 Aimons notre prochain

 

par Sédir

 

Chapitre VII de La Voie Mystique

 

1ère partie

 

 



Les grands artistes, les grands penseurs, les grands réalisateurs abondent en notre siècle; ce sont bien plutôt
des disciples parfaits du Christ qui lui manquent, des saints, des êtres qui soient tout amour. Or, vous tous à qui je m'adresse, en ce moment, vous qui avez choisi d'aller vers Dieu, vous souvenez-vous qu'une fois la résolution prise librement, tout retard est compté comme une faute ? Que la raison vous détermine, ou la vocation, que vous cherchiez Dieu en aimant les hommes, ou que vous vous donniez aux hommes par amour de Dieu, le chemin est rude, et qui n'avance pas recule. Ici surtout l'immobilité est impossible. Il faut marcher malgré tout.
Lorsqu'on se sent
las jusqu'à l'écœurement de subir duperies, ingratitudes, indifférences et moqueries; lorsque, plus on se fait attentif, affectueux, patient, plus nos obligés méprisent nos dons et nous piétinent; lorsque nos proches et ceux-là mêmes vers lesquels s'élance notre tendresse entière nous repoussent le plus durement, seul le Christ nous envoie la force d'une invincible persévérance. Or, il faut persévérer; l'amour pour le Christ est donc indispensable.

Réciproquement,
si la douleur humaine nous laisse insensibles, si nous n'avons de zèle que pour les ravissements de la contemplation, bientôt Dieu retirera Sa Lumière de notre esprit, afin que, commençant de vivre les angoisses des ténèbres mystiques, nous sympathisions avec les angoisses plus matérielles des misérables. Nous toucherons ainsi notre propre misère; nous apprendrons à prier; nous sortirons de l'égoïsme pieux vers les champs de la charité.
Quelle que soit la route où notre âme nous engage, il nous faut brûler tour à tour pour nos frères ou pour Dieu. L'amour du prochain et l'amour de Dieu sont deux mondes qui s'interpénètrent et, à chacun de leurs mutuels contacts, resplendit une forme différente du Verbe, notre Christ. Car
c'est le Christ qui nous mène où c'est le mieux que nous allions. Pour chaque être les choses se passent comme s'il n'y avait dans toute la Nature que le Christ et cet être; le Christ S'offre tout entier à chacun; chacun prend du Christ ce qu'il est capable d'en recevoir. Or le Christ possède la somme de ce que toutes les créatures peuvent et pourront jamais désirer; or Il est en outre la somme d'autres béatitudes pour longtemps encore inimaginables à nos plus vastes espérances. Si amers que soient donc nos dégoûts, si effrayantes que soient nos détresses, nous trouverons toujours en Lui toutes les forces et toutes les sérénités.

Que notre cœur se prosterne devant Dieu, qu'il se penche sur le prochain, c'est le même Amour qui le pousse, ce suprême Amour, principe et source de la vie, totalité des puissances éternelles, moteur de toute créature. Il s'agit pour nous de bien employer cette force omnipotente. Mais sera-ce à notre profit? Sera-ce au profit du prochain? Sans doute et depuis longtemps nous savons que
l'égoïsme engendre en fin de compte les plus fâcheuses conséquences; toutefois nous sommes si souvent habiles à colorer nos paresses ou nos convoitises de prétextes altruistes, que notre premier soin doit être, avant toute décision, de voir clair en nous-mêmes et de préciser nos mobiles par l'examen le plus impartial et le plus rigoureux.




* *



Une fois résolus à suivre les commandements de la charité, abstenons-nous d'impatience et d'excès de zèle; la hâte constitue l'un des plus grands obstacles à la floraison intérieure. L'acte, c'est le fruit; l'arbre, c'est tout l'ensemble de notre existence; or nous habitons un dur climat que le soleil de l'Esprit réchauffe mal et rien n'y prospère sans des soins minutieux, sans une culture patiente.
Certes, sauver de la faim, procurer un abri, soigner, ce sont des gestes admirables, et nous nous inclinons avec respect devant la philanthropie individuelle ou collective, devant les exemples qu'elle nous offre. On peut seulement regretter que
cette noble compassion humaine limite parfois ses bienfaits aux seuls tenants de telle confession religieuse, de telle opinion politique. La charité parfaite du Christ se répand sur tous comme le soleil de Dieu nous éclaire tous, bons et méchants. Mais, pour atteindre cette ampleur, il faut dépasser le niveau humain de la compassion, il faut devenir capable de sauver un ennemi déloyal, il faut devenir insensible à l'ingratitude ou à la trahison. Et, pour cela, il faut une vie intérieure divine, entée sur le Christ.

Cette perfection de l'acte découle de la perfection des mobiles. Purifier les mobiles, c'est purifier les émotions, ennoblir les pensées, agrandir l'intelligence, sublimiser le caractère,
vaincre les répugnances physiques. Contemplons à cet effet l'amour dont nous comble notre Père céleste, les laideurs où nous nous complaisons et ce ciment solide qui agrège en un seul bloc le genre humain tout entier. je ne veux pas reproduire des homélies que vous avez cent fois entendues; mais méditez plutôt sur la fraternité terrestre : cette chair et ce sang, uniques en définitive, dont nous sommes tous construits; par delà les dissemblances de patries et de races, ce parallélisme des sentiments et de la pensée; par delà les spécifications intellectuelles, esthétiques ou religieuses, cet internationalisme immense de l'homme spirituel, ces contacts innombrables des âmes, ces réponses et ces prolongements des mentalités, d'un bout à l'autre du monde, du fond des âges jusqu'à leur terme; cette cohésion, enfin, d'autant plus intime que l'on analyse une forme plus profonde de la vie. La pensée d'un grand homme disparu depuis deux cents siècles ne subsiste pas que dans la mémoire déférente des érudits; elle palpite dans l'atmosphère seconde, vivace à proportion du Vrai qu'elle contient, et immortelle, quand même elle ne trouve plus d'écho dans les générations ultérieures qui lui obéissent inconsciemment. Un chef-d'œuvre ruiné par les siècles continue de vivre malgré qu'il n'ait plus de spectateurs ou de lecteurs. Et l'acte brutal de quelque ancêtre préhistorique envoûte encore aujourd'hui les impulsions de nos contemporains.

Ainsi, chaque frémissement de mon cerveau, chaque désir de mon cœur, chaque geste de mon corps influe sur tous les êtres d'aujourd'hui et sur tous leurs descendants. De quelle importance n'est donc pas
la purification de notre interne ?
D'autre part, en réciproque, le corporel réagit sur le spirituel, et nos actes sur notre psychologie. je ne dois pas attendre, dès lors, pour me mettre à faire le bien, d'être devenu parfait. Il faut alternativement améliorer son cœur, améliorer ses actions et s'acheminer ainsi vers
une concordance juste de l'idéal mystique avec l'idéal pratique.

Outre cette préparation générale à la fraternité, chaque bonne œuvre demande une préparation propre. Jésus dit :
« Donne à qui te demande »; il nous faut donc être à tout instant prêts; la constance est sous-entendue par toutes les maximes de l'Evangile. Jésus est l'incarnation de la constance, puisqu'Il fait la même chose depuis le commencement du monde. Il faut s'installer à demeure dans une certaine région spirituelle, dans un certain état d'âme, et cet établissement transforme de lui-même tout notre être et toute notre vie. Un cœur fixé sur le Verbe est prêt à tout; il entend toutes les demandes, formulées ou muettes, et, en retour, puise aux trésors du Père telle aumône préparée précisément en vue de telle demande. Le vrai disciple tirera de sa bourse telle pièce de monnaie destinée à tel pauvre et non sa voisine; il administrera au malade telle quantité du remède voulu et non telle autre portion; car, du point de vue du Verbe, chaque pièce, chaque dose de médicament, chaque phrase possèdent une vertu propre, bien que, physiquement, chimiquement, grammaticalement, toutes les pièces de monnaie, toutes les fractions d'un même produit, toutes les répétitions de la même phrase soient identiques. Voilà pourquoi le disciple doit s'assouplir à toute éventualité.

Enfin il cultivera le goût de la perfection, il apprendra la persévérance, il ne laissera aucune bonne œuvre inachevée, il n'abandonnera aucune souffrance sans avoir tout tenté.
« Malheur, dit Jésus, à celui qui, après avoir mis la main à la charrue regarde en arrière. » Ce serait trop facile de se contenter d'un pansement à un malade; il faut tâcher de le remettre debout. Il faut rendre le dévoyé capable de gagner son pain et le désespéré capable de reprendre la lutte. En un mot, tenir à la qualité de nos bienfaisances plutôt qu'à leur quantité : « Qui trop embrasse mal étreint. »


* *



Que nos compassions ne demeurent pas platoniques; conduisons-les jusqu'à l'acte, si petit soit-il; l'acte seul leur donnera un corps terrestre et la puissance fructifiante. Autour de nous les gémissements de la douleur et les rires du cynisme s'élèvent avec plus de tumulte que jamais; notre souci devrait être de changer ceux-ci en larmes de repentir et ceux-là en sourires d'espérance. Les affligés accourraient en foule si nous, chrétiens, ne nous contentions pas de plaintes et de vœux. Nous devrions prendre une part des charges sous lesquelles plie notre semblable, nous devrions comprendre sa peine, nous mettre à sa place, mêler notre cœur avec son cœur. Jésus réside au milieu de ceux qui se réunissent en Son Nom; c'est à nous, qui Le connaissons, d'entraîner vers Lui les malheureux qui n'ont pas su encore L'apercevoir.
Voilà ce que faisaient les premiers disciples. Ils s'étaient d'abord donnés à leur Maître, puis les uns aux autres, et ils s'offraient ensuite aux incrédules et aux infidèles. Au travers
des sensibilités épaissies, au fond des consciences obtuses, l'amour de l'apôtre allait attiser l'étincelle divine presque éteinte au cœur du païen. Voilà ce que nous devrions renouveler en ce temps qui ressemble si fort à la décadence antique. D'autres font des meetings, des cercles, des journaux, des révélations; nous autres, qui croyons au Christ vivant, Fils unique de Dieu vivant, animés par un ordre secret de ce Christ, notre mission, c'est de redire à l'infini cette parole, cette lettre de créance auprès du monde, de lui donner mille et mille corps, de la faire vivre enfin dans la matière, par notre conduite, par nos gestes et par nos oeuvres.
Relisez la parabole des Talents et celle de la Maison
: « Tout homme qui entend ces paroles que je dis et qui ne les met pas en pratique sera semblable à l'insensé qui a bâti sa maison sur le sable. » Et la divine confidence recueillie par saint jean : « je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez aux autres comme je vous ai fait. »

Le théoricien aperçoit l
es réalités comme des formules; à force de réfléchir, il désapprend la décision. Le réalisateur voit tout en réalités substantielles; cerveau calme et cœur brûlant, il aime pétrir la vie et goûte l'effort; homme, son désir sera l'œuvre consciencieuse et noble; chrétien, son idéal sera la pitié, le désintéressement, le sacrifice. Le disciple de Jésus, sachant que le divin commence où l'humain s'arrête, cherchera toujours à se dépasser; la difficulté, l'impossibilité, l'incompréhension et l'ingratitude l'attireront davantage que les travaux faciles, suivis de reconnaissance ou de profits.
Le Maître et le Modèle de cette activité surnaturelle, c'est le Christ; S
a méthode, c'est la charité; Son exemple, c'est la charité; l'aide qu'Il prodigue à Ses imitateurs, c'est la charité.


* *



La charité est une chaîne vivante qui attache Dieu à l'homme, qui tire l'homme vers Dieu, et qui agrège tous les êtres les uns avec les autres. C'est une flamme vivante dont l'ardeur et la splendeur croissent en proportion des obstacles qu'elle rencontre; elle embrase à jamais quiconque en reçoit une étincelle et, nourrie de la force vive de notre cœur, elle se répand sur tout ce qui l'entoure comme l'eau d'une source intarissable.
Elle ne cherche pas
les douceurs mystiques ni les ravissements; elle plane, les ailes immobiles, comme le grand aigle des solitudes; son regard découvre, où qu'ils se cachent, les misérables et les souffrants; elle fond sur eux pour les emporter vers le soleil du pur Amour. Sa vie est une mort innombrable parce qu'elle se donne toujours tout entière et, à chacune de ses agonies, le Père la ressuscite pour de nouveaux sacrifices.

Les peines et les fatigues sont sa nourriture, parce qu'elle y découvre la chair et le sang du Verbe sauveur, formes innombrables de la souveraine volonté de Dieu. Tout acte accompli par amour procure, en vertu d'une mystérieuse transsubstantiation, un accroissement à la puissance rédemptrice du Maître de l'Amour. On ne se souvient pas assez que Jésus souffre encore; on oublie que toute prière limpide rafraîchit la fièvre du Martyr perpétuel, cloué sur la croix de la permanente expiation; on oublie que le moindre morceau de pain dont on se prive pour un pauvre cicatrise une des plaies du Crucifié; qu'une visite affectueuse, une corvée allègrement subie, une réconciliation franche, ce sont des joies pour Son cœur sans cesse blessé par les milliards de paroles et d'actions méchantes commises chaque minute dans l'immense univers.
Apprenons de Lui la pitié véritable et la juste bonté. jamais nos plus patientes indulgences n'égaleront la mansuétude dont Il use envers nous-mêmes. Regardons comme Il tâche
d'émouvoir les cruels et les pervers. Nous ne savons pas aimer; nous croyons aimer nos enfants, nos parents, nos femmes ou nos maris, nos compagnons, mais, en réalité, c'est nous-mêmes que nous aimons à travers ces êtres. Or, ce maladroit amour nous élève parfois jusqu'à l'héroïsme; jusqu'où ne parviendrions-nous pas si nous aimions en nous oubliant, en nous sacrifiant, si nous aimions nos frères comme Jésus nous aime?

Vous voyez pourquoi il ne suffit point d'aimer ceux qui nous aiment ou qui nous plaisent; il est nécessaire, pour imiter Dieu,
d'obliger ceux qui nous sont antipathiques et de faire du bien à ceux qui nous font du mal. Nous ne sommes pas tant sur la terre pour développer nos énergies natives que pour les transformer, les dépasser, pour atteindre aux rives de l'infini. L'école de cette transplantation et de cette renaissance, c'est la lutte contre nos goûts et le don de soi-même aux œuvres rebutantes et aux malheureux déplaisants. De même que l'aumône donne des fruits plus nombreux quand elle est prise sur le nécessaire que lorsqu'elle est distraite de notre superflu, l'amour fraternel procure la plus riche moisson lorsqu'il comporte les gènes, les contrariétés et les dégoûts.
En résumé,
plus que les cilices et que les disciplines, plus que les veilles, les jeûnes et les longues oraisons, l'œuvre charitable qu'animent le repentir et l'humilité efface nos fautes et nos crimes, apaise les ressentiments des vaincus de la vie, ouvre leurs cœurs à la Lumière. Et cette descente dans l'organisme social, dans la substance humaine, et jusque dans cette matière que nous croyons inerte, des sublimes effusions de l'Amour constitue notre unique devoir, notre unique raison d'être.



Deuxième partie

 

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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 21:51

Alors là, nous entrons dans un domaine qui touche tout le monde ou presque... l'Amour, le Mariage ou la vie à deux. Quand on voit tous les divorces, toutes les désunions et tout le malheur qu'entraîne finalement le soit-disant Amour que les humains pensent éprouver et que l'on sait ce qu'il en est vraiment de l'union terrestre, à savoir... son but dans le futur métaphysique, on se dit qu'il faudrait commencer à inculquer à chaque être dès son plus jeune âge, l'Enseignement Originel perdu dans la nuit des temps. Moi-même d'ailleurs, je n'échappe à la règle dans ma prise de conscience tardive. Si tardive, ai-je envie d'ajouter. Le Serment de l'Amour trahi qui fait rompre le contrat de la vie commune sera malheureusement porté à notre passif. C'est le même cas que pour les personnes qui se suicident. Si vous signez un bail de 70 ans et que vous y mettez un terme à 35... il vous faudra finir le travail dans une autre vie. Ce qui fait que l'on n'avance pas dans l'Evolution karmique. On a perdu du temps... l'Âme du Suicidé reviendra pour 35 ans et celles du couple désuni devront aussi réparer la brisure avec le même conjoint. Alors quand je pense que j'ai divorcé 3 fois, je reste fort dubitative quant à ma prochaine existence. Comme vous pourrez le constater, le texte de Sédir donne à réfléchir...

 

 

LA RECHERCHE MYSTIQUE DU BONHEUR

 

par Sédir

 

Chapitre VI de La Voie Mystique

 




Nous faisons, vous tous et moi, œuvre de collaborateurs. Nous nous rencontrons, amenés, vous par votre désir des choses divines, moi par la dilection que je ressens à en parler. Peut-être, de ces échanges de nos plus chers élans, sortira-t-il quelque jour une belle action ou une belle œuvre.


Ne m'écoutez donc pas dans l'espérance d'entendre dévoiler des arcanes, ou pour juger si je connais plus ou moins de mystères que tel autre conférencier, ou pour classer les faits que je vous expose dans tel système ésotérique. Ouvrez, pour m'entendre, votre cœur plutôt que votre intelligence; veuillez sentir les êtres de Lumière dont j'essaie de vous évoquer les mouvements, veuillez les aimer plutôt que les comprendre. Ainsi vous entrerez plus loin dans le palais de notre Roi, l'air plus léger que vos âmes y respireront les clarifiera et, plus proches des célestes Présences, vous serez indulgents au parleur malhabile qui s'efforce à vous les rendre sensibles.
Nous allons donc nous entretenir bien simplement. La simplicité est convenable aux choses éternelles qui seules peuvent dignifier nos misères et hausser nos désirs jusqu'aux jardins de la Béatitude divine.




* *



Cette
recherche du Bonheur est un des appétits les plus profonds et les plus constants de notre cœur. C'est qu'elle correspond à quelqu'une des réalités absolues; c'est que, quelque part dans cette immense création, s'étend un royaume béni dont tous les habitants sont heureux, où l'existence même est béatifique, où chaque être vit, de seconde en seconde, par des transfigurations incessantes, par des extases régénératrices, et où il lui semble mourir aussi, de seconde en seconde, sous la délicieuse oppression de l'Idéal qui se verse sans relâche en lui. Ce mode d'existence, c'est celui de la vie divine; rien n'a lieu en nous, rien n'y bouge, aucune intuition n'y bat des ailes, aucun enthousiasme n'y flambe, aucune larme n'y flétrît, qui ne vienne de Dieu.

Sachons donc que
nos pitoyables tâtonnements, quand nous nous bousculons les uns les autres vers un peu d'or, vers un fauteuil présidentiel, vers un peu de beauté matérielle, vers un peu de science, vers un peu de gloire, c'est le magnifique instinct des choses divines qui palpite en nous, de ses premiers tressaillements.
Ces
obscurs efforts dureront des siècles ? Qu'importe. Ce sont des graines en travail dans le noir terreau, sous la neige; et la neige, cela veut dire les averses bienfaisantes du printemps et les rayons vivifiants du soleil.


* *



On a défini
l'homme un animal raisonnable. Ce n'est pas la Raison qui est notre prérogative, c'est l'Amour. Nos décisions les plus froidement rationnelles ne contiennent-elles pas toujours une préférence secrète, parfois inavouée ? Quand nous optons, même pour le parti pénible, n'est-ce pas parce que nous aimons un but plus haut et que nous espérons nous en rapprocher par ce sacrifice ? Nos mobiles ont toujours une racine dans notre centre émotif et aucune de nos œuvres n'est viable si nous ne lui infusons le sang de notre amour. C'est pourquoi il est écrit : « Là où est votre trésor, là est votre cœur. »
Seulement, par une erreur qui tient
à notre courte vue et à la sujétion de la matière, en obéissant à cette soif d'Absolu nous cherchons à l'étancher aux sources troubles des formes du Relatif; l'ardeur qui nous consume s'irrite à ces eaux doucereuses et nous nous traînons ainsi, toujours plus enfiévrés, de déceptions en désillusions.

Mais la mère Nature est là qui nous guide avec patience, le long du sentier des renaissances. Par ses soins, l'homme aime d'abord les satisfactions sensorielles et instinctives; puis il goûte celles
de l'orgueil, de la force violente; puis, par une seconde réaction, il s'attendrit aux délices sentimentales.
Mais il ne fait, en réalité, que changer le mode de son égoïsme; il souffre, se rebute et se rejette vers les joies plus calmes de l'intellect. Enfin, l'heureuse nuit où il s'est convaincu de la vanité du savoir, il revient vers l'action et, grâce à l'expérience acquise, il conçoit l'amour du prochain, l'amour fraternel, l'amour qui se donne et qui n'attend rien en retour. Et, lorsque l'exercice de la charité a mis de l'ordre dans ses puissances et de la Lumière dans les appartements de son esprit, l'homme sent vibrer tout son être de la commotion très profonde et ineffable qui précède l'éclosion de l'amour divin, comme le frémissement de l'aurore annonce, dans la colline, le lever triomphal du soleil.

Remercions le Père de ce qu'Il a mis en nous le germe des plus vastes développements. Le dernier des hommes porte tout de même un inestimable joyau. Le plus misérable des amours contient, si on sait le regarder, sa part de noblesse, ne serait-ce que par la douleur qu'il exhale.
Bornons-nous à étudier la recherche sentimentale du bonheur. Nous verrons plus tard comment le service du prochain et le service de Dieu sont les splendides roses presque pareilles où se couronnent, sous la pure clarté de l'Esprit, les mille efforts obscurs de la sève le long des canaux dolents du tronc et des rameaux.


* *



L'amour passionnel débute, chez le sauvage, avec la violence de l'instinct; il atteint son maximum dans la polygamie et la polyandrie, et s'affine au moyen d'institutions comme le gynécée ou le harem; enfin, il revêt sa forme la plus digne par la monogamie.
Parallèlement, avec l'évolution civilisatrice, se sont fait jour quelques fleurettes de l'amour du prochain, sous forme d'humanité, de bonté, de tolérance. Et, sur une troisième spirale, mais alors presque tout à fait dans l'inconscient collectif ou individuel, s'éveillent les premières vibrations de l'amour de Dieu.
Le but de l'existence, c'est d'apprendre à nous aimer les uns les autres; mais, dans
l'état d'égoïsme profond qui est naturel à l'homme, jamais celui-ci ne s'occupera d'autrui s'il ne trouve à ce soin un avantage immédiat. Et, si nous sympathisons volontiers avec l'âme grecque, par exemple, avec l'âme hindoue, c'est que nous sommes certains de n'avoir jamais à souffrir de leurs travers; par contre, le monsieur qui prend trop de place dans le tramway, nous ne le goûtons pas du tout, serait-il même d'un commerce exquis.

Pour toutes ces raisons, la Nature a cherché comment attacher côte à côte deux êtres, afin qu'une cohabitation constante
les oblige d'arrondir mutuellement les aspérités de leurs égoïsmes. Elle a imaginé le philtre sentimental.
Le mariage ou, plus exactement, le contrat par lequel se lient l'un à l'autre un homme et une femme, a pour but de fonder une famille, de s'entr'aider dans les travaux de la vie et de réaliser une harmonie spirituelle.
Laissons ici de côté l'aspect physiologique de la question, le point de vue social, ainsi que l'ésotérique. Les deux premiers ne sont pas de notre ressort; quant au troisième, il y a déjà assez
de criminels qui, sous couleur d'initiation et d'ésotérisme, ont détraqué et aliéné un trop grand nombre de disciples crédules ! La Koundalini hindoue., l'Hervah kabbalistique doivent rester des notions secrètes.

Ce qui lie les époux,
ce n'est ni le maire ni le prêtre. Ceux-ci ne sont que des témoins pour les deux collectifs où ils sont appelés à exercer leurs fonctions. Ce qui lie les époux, c'est leur parole. L'Eglise enseigne fort justement que ce qui confère le sacrement de mariage, c'est le consentement des époux. Il faut donc faire très attention au manque de parole. La pensée suffit à rendre adultère : « Celui qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur. » Le mariage, c'est l'engagement qui, de deux êtres humains, fait un seul esprit corporel, mélange deux vitalités, attelle deux volontés aux mêmes travaux et adoucit deux égoïsmes.
C'est pourquoi le divorce n'existe pas. Le divorce est
aussi illusoire que le suicide; il reporte à une époque ultérieure le travail actuel. Seulement, à ce moment-là, les conditions dans lesquelles le travail devait être effectué sont changées; les personnes, le milieu, les aides ne sont plus les mêmes. Et il en résulte pour les retardataires des complications et des difficultés accrues.



* *



L'âme-sœur, telle que Platon l'a décrite, n'est qu'une vue métaphysique. Il n'existe rien de semblable dans la réalité, nulle part dans aucune des régions qu'habite l'homme universel. Il ne faut pas vous étonner de ceci, car aucun homme vivant sur terre n'a connu ni ne connaît l'homme. Pour nous connaître, en effet, nous qui existons depuis le commencement du monde, il aurait fallu être témoin de l'acte de création. Il est heureux, d'ailleurs, que les savants et les sages même ignorent ce que nous sommes,
car ils n'auraient pu garder secrète leur découverte et le monde serait depuis longtemps arrêté dans sa croissance.
C'est Dieu qui a créé des hommes et des femmes.
Le sexe existe dans l'individualité avant d'exister dans le corps. Les hommes et les femmes sont simplement des êtres pourvus de qualités différentes et complémentaires. Ils n'ont pas les mêmes droits parce qu'ils n'ont pas les mêmes devoirs, et ils n'ont pas les mêmes devoirs parce qu'ils n'ont pas les mêmes facultés. A l'homme sont la force physique, l'action extérieure; à la femme, la force morale, l'action intérieure.

C'est pourquoi
le féminisme, qui veut conquérir à la femme des fonctions de pouvoir, d'activité physique, est faux. Il est exact que « la femme est l'ange du foyer ». Ce qui signifie qu'elle en est la prêtresse, que son activité s'exerce dans le plan spirituel, qu'elle est l'inspiratrice, la gardienne, la consolatrice. Elle a une sensibilité aiguë, un esprit naturellement anxieux; il lui a été fait le don subtil et périlleux de l'intuition; elle souffre donc plus que l'homme, mais plus que lui aussi elle est près du Père.
L'homme, dans le visible, est le maître. Toutefois, de même que les pouvoirs politiques consultent parfois des illuminés, il écoute la femme, il devrait
l'écouter plus souvent encore et plus attentivement.
Quant à la femme, que jamais elle n'oublie qu'elle a auprès d'elle le Modèle ineffable de l'enfant, de la jeune fille, de l'épouse, de la mère; qu'elle se souvienne à jamais que la Vierge a tout souffert et tout accompli, qu'en son être infiniment pur la Vierge a donné asile à tous les états d'âme, enfant élevée modestement dans l'ombre du Temple, jeune fille de bonne heure orpheline, épouse en butte au plus injuste soupçon, mère ayant connu la pauvreté, les deuils, les douleurs et dont, en un jour solennel, « une épée transperça l'âme ». Qu'elle se remémore constamment que la Vierge a été la plus humble, la plus belle, la plus inconnue, que son Fils lui a accordé - et non pas aux seules noces de Cana - ce qu'elle Lui a demandé et que, pour ces raisons, la femme peut la prier sans crainte, lui exposer tout ce qui la préoccupe ou la chagrine, certaine d'être entendue, certaine d'être aidée.

Ainsi,
la femme a entrepris un travail plus lourd que l'homme. Dans quelques cas, même, ce travail lui a été imposé, comme, par exemple, quand un homme s'est dégradé extraordinairement et qu'on lui donne un corps de femme pour lui fournir la possibilité de payer un peu plus vite.
Mais ces lois des mutations ontologiques ne sont utiles à connaître que pour le conducteur d'âmes, pour le théurge, pour l'Envoyé du Père,
pour le Chien mystérieux du Céleste Berger qui, souvent, doit modifier des destinées individuelles et changer les pâturages des troupeaux humains.

Nous autres, comprenons bien que, puisque nous sommes ici,
nous ne sommes pas parfaits, que, par conséquent, nous nous ferons souffrir forcément les uns les autres. Aussi, malgré les ivresses des fiançailles, malgré les enthousiasmes des hyménées, sachons que notre bonheur aura des défaillances et nos sentiments des fluctuations; nous diminuerons ainsi la douleur des faux pas futurs. Ce n'est qu'en apparence que nous avons choisi librement notre compagnon de route.
De nos jours on apparie les jeunes gens
suivant des convenances de dot, d'espérances, de position sociale, et quelquefois selon l'appel des vœux du coeur. Mais ces choix ne sont pas libres; il y a de puissantes volontés qui pèsent sur les volontés à courte vue des marieurs, des parents et des fiancés; tous les motifs de notre prudence, de nos prévoyances sont illusoires; on n'épouse jamais que la femme ou le mari que notre destin nous impose, selon la sentence de la justice universelle.

Les anciens sages, qui savaient l'existence et le mécanisme de ces lois du Destin, consultaient les astres pour connaître la signature invisible des jeunes hommes et des jeunes filles, afin de les unir au mieux de leurs intérêts matériels, sociaux, physiologiques et spirituels. Dans ces époques reculées, les roues astrales de l'Univers tournaient dans un sens connu, les arrivées et les départs des âmes dans l'azur radieux de l'éther avaient lieu à des moments fixes du Temps cosmique. Aujourd'hui,
l'Invisible a changé d'aspect. Voici deux mille ans que les dieux qui régnaient dans les hauteurs ont été jetés à bas par le vent des ailes de l'Esprit et que les esclaves des anciens lieux inférieurs ont été élevés sur des trônes. Les sciences divinatoires ne valent donc plus rien puisqu'elles avaient été construites sur les observations de l'antiquité; elles ne disent plus juste que par hasard.

Il devient ainsi bien
inutile de s'impatienter, de gémir, de se venger, de même se séparer, puisque l'inexorable Fatalité nous ramènera tôt ou tard au compagnon de chaîne jusqu'à ce que le temps marqué sur le Livre secret soit écoulé. Telle est la seconde raison pour laquelle le divorce est illusoire.
Mais de ce que les directeurs des Générations ne sont plus actuellement les mêmes que dans l'antiquité, il ne s'ensuit pas qu'il n'y a plus de règles. Un mariage est une rencontre sur la grande route, r
encontre fugitive mais grosse de conséquences. De ce que le choix du conjoint n'est libre qu'en apparence, il ne s'ensuit pas qu'il puisse être fait à la légère, au gré du caprice. Le mariage existe pour que l'homme et la femme apprennent à se connaître eux-mêmes et l'un l'autre. La vraie connaissance, ce n'est pas de la psychologie ou de la littérature, c'est de l'expérience. Or, il n'est pas d'expérience sans travail et pas de travail sans souffrance.

La vie conjugale,
qui pourrait être un paradis, est souvent un enfer parce qu'il y a des époux qui passent leur vie ensemble, en restant tout à fait étrangers l'un à l'autre. Tout être ne possède que le bonheur domestique, ou le malheur, qu'il mérite strictement. Si l'on croit en Dieu - et, sans cette foi, on ne serait pas un être humain, on ne serait qu'un animal plus ou moins intelligent -, si l'on croit en Dieu, on doit avoir confiance en Sa justice et savoir qu'aucune souffrance n'est imméritée, avoir confiance en Sa Bonté et savoir qu'aucune souffrance n'est excessive.

Le mariage, nous l'avons dit, est une école, il est l'école de l'amour vrai. Il commence par un attrait spontané, mais il se parfait par les sacrifices qui évoquent et nourrissent l'Amour. Il nous achemine vers le lieu béni
où il n'y aura plus d'appétits matériels, plus de convoitises sensorielles, où l'amour divin seul régnera, où tous sauront et pourront à tout instant se sacrifier avec bonheur pour le bonheur des autres. Heureux les époux qui, dès ici-bas, s'essaient à ce sacrifice !
Nous sommes
en nous-mêmes anges et démons, et l'union conjugale, qui est aussi, un être, comporte également un ange et un démon. Mais c'est, hélas ! celui qui se croit l'ange qui souvent est le démon, car peut-on se juger avec indulgence sinon par orgueil ? Et qu'est-ce que le diable, sinon l'orgueil ? Et qu'est-ce que la perfection, sinon l'art de souffrir en silence et avec joie ?

Ceci ne veut pas dire que la femme et le mari
doivent s'approuver aveuglément et hypocritement. Il faut, en aimant, conserver du sens critique. Il faut, en aimant, avoir le courage de voir les défauts de celui qu'on chérit et qu'on voudrait tant, hélas! parfait.
Ayez donc, maris et femmes, de l'indulgence patiente les uns pour les autres; souvenez-vous que votre Ami divin, Celui qui glorifie
de Son ineffable et invisible présence les minutes trop rares où resplendit entre vous le véritable et pur amour, souvenez-vous qu'Il a défendu et pardonné la femme adultère. Celui de vous deux qui est sans péché a donc seul le droit de jeter à l'autre la première pierre.

Mais ayez aussi le souci de votre amélioration réciproque. Prêchez-vous l'un à l'autre sans cesse le Bien, le Vrai et le Beau par l'éloquence toute-puissante du bon exemple, par la force du silence dans les choses importantes, par la forte douceur de la persuasion dans les petites choses.
Ne tuez jamais rien dans votre amour réciproque par impatience, colère ou brutalité.
Faites tout pour conserver la paix de votre ménage, non
pas une paix d'apparence, de tenue mondaine, de respectabilité, mais une paix plus profonde basée sur l'amour, sur l'amitié à défaut d'amour, sur l'estime à défaut d'amitié. Si, à force de patience, le plus sage a forcé le moins sage à reconnaître ses torts, quel immense résultat! En vérité plus grand que nous ne l'imaginons, car il a été dit : « Si vous êtes deux ou trois réunis en Mon Nom, je serai au milieu de vous. » Et où mieux que dans le mariage une telle réunion peut-elle être réalisée?

Efforcez-vous vers la perfection l'un envers l'autre, car les actes et les sentiments évoquent toujours leurs anges ou leurs démons. Ne vous lassez jamais dans votre effort, même si
la patience semble trop longue et la lutte trop dure, car on reste ensemble aussi longtemps que l'on a encore à se corriger mutuellement. Le lien noué ici-bas au moyen de ce qu'il y a d'éternel en nous -notre parole -dure de l'autre côté, après la mort.


* *



La meilleure façon souvent de résoudre les problèmes spéciaux, c'est de rappeler la solution du cas général.
Ainsi,
quand des époux s'entendent mal et qu'ils en viennent à se demander, chacun dans son for intérieur, s'il est vraiment juste de subir ainsi les caprices, les égoïsmes et les défauts du conjoint, qu'ils se rappellent le précepte universel de l'amour du prochain, et celui du disciple de Jésus :
« Fais du bien à celui qui te hait.
« Prie pour celui qui t'outrage et te persécute.
« La vie de l'Amour, c'est le sacrifice. »
Nous le voyons dans les sphères minuscules où se développe l'existence des insectes; bien plus encore cela est-il dans les régions infiniment plus vastes où des anges descendent, en battant des ailes,
unir deux coeurs humains et leur donner, pendant quelques si brèves années, l'avant-goût des béatitudes divines.

Le mariage est un devoir. Il nous permet de transmettre la vie matérielle, il enrichit notre vie spirituelle. Parmi les célibataires, il en est qui ne sont pas fautifs: il se peut que l'être qu'ils devaient épouser ne soit pas incarné. Mais ce cas est accidentel. D'ailleurs, souvenons-nous toujours que, si nous nous décidons à vivre contre nos commodités et notre repos, nous sommes ainsi, toujours plus proches du Ciel et plus obéissants à la Volonté de Dieu.



* *



Nous avons considéré la seule recherche sentimentale du bonheur. Mais les principes que nous avons redécouverts sont susceptibles des applications les plus étendues. Oui, le bonheur est un être, comme le malheur, comme la vérité, comme la musique, comme l'espérance, comme la guerre, comme la tentation, comme l'amour. Platon disait que tout ce qui est préexiste dans le monde des idées; nous savons que tout existe substantiellement. L'homme se croit mené par des aspirations, des sentiments, des désirs bons ou mauvais; il est mené par des êtres qui, s'il pouvait les percevoir dans leur réalité, l'empliraient de béatitude ou d'effroi.

Le but que se propose l'homme, depuis le jour où il aborda aux plages du Créé, est bien le bonheur, cet état de stabilité, de sécurité, de certitude où peut s'épanouir pleinement la Vie qui palpite en lui. Cette plénitude qu'il a connue dans la préexistence, il doit la conquérir dans la relativité afin qu'elle soit véritablement sienne. L'important est qu'il cherche le bonheur là où il est.
« Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir », a dit le Christ. Aussi a-t-Il résumé toute la Loi dans le double amour de Dieu et du prochain. Amour, c'est-à-dire don, offrande constamment renouvelée, sacrifice perpétuellement offert. Amour, c'est-à-dire bonheur permanent, inattaquable, anticipation de la béatitude des élus.

Le Bonheur, c'est la rencontre avec Jésus. Et Jésus Se rencontre dans toutes les formes, dans toutes les conditions de l'existence, en attendant l'ineffable Rencontre, au terme du Créé. Puisse l'incendie de l'Amour embraser enfin nos cœurs et puissions-nous à notre tour entendre la divine Parole que, au moment de les quitter, le Christ laissa à Ses disciples :
« Vous passez maintenant par la douleur; mais je vous reverrai : alors votre cœur se réjouira et personne ne vous ravira votre joie. »


Sources Livres Mystiques


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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 19:52

La première partie se trouve ICI... l'homme de génie  s'incarne souvent dans une famille avec laquelle il n'a aucune affinité et ses comportements peuvent même sembler étranges à son entourage car il peut être très original voire excentrique... c'est qu'il vient "d'un autre monde" et que dans le nôtre, il est comme décalé...

 

 

 

La Science, L'Art et la Philosophie dans les rapports avec le Ciel

 

par Sédir

Chapitre V de La Voie Mystique

 

2ème partie

 

1ère partie

 

 

 

Laissons la métaphysique. Le mystique est le naturaliste de l'Absolu; il ne regarde que l'aspect vivant des êtres. Il ne verra donc, dans l'effusion des entités platoniciennes du Beau et du Vrai, que la descente d'anges ou même la trajectoire de véritables mondes spirituels, imperceptibles à nos sens, insensibles à notre méditation, mais tout de même aussi denses, aussi réels, aussi objectifs que les planètes de l'astronome.
Et il aura pleinement raison. Voyez les anciennes théogonies, les mythologies effondrées; on y mentionne des dieux et des déesses de la science, de toutes les sciences et de la Beauté. Voyez les systèmes
des Sephiroth de la Kabbale, un des plus beaux efforts qu'ait tentés le génie humain pour se rendre compte du mystère du Monde. L'une de ces Sephires, la sixième, c'est-à-dire celle de l'harmonie, le plan où toutes forces et toutes formes s'équilibrent sans heurt, se nomme Tiphereth : la Beauté.
Or, rien de ce que nous possédons, nous hommes,
ne naît de notre propre fonds; toutes nos puissances sont des rejetons, des marcottages de plantes dont la terre d'origine est ailleurs qu'en nous, dans des plantes visibles ou invisibles, dans des océans fluidiques, dans les champs presque infinis du Cosmos.
La pensée est un être qui vient de Dieu. Il existe un monde dont les habitants ne vivent que par la pensée; ils ne sont cependant pas, comme nous pourrions nous l'imaginer, de pures abstractions métaphysiques; ils possèdent des corps; mais leur vie, leurs relations, leurs perceptions, leurs fonctions organiques ne sont que des activités intellectuelles semblables à ce que nous appelons ici-bas la numération, la mémoire, l'analyse, la synthèse, le raisonnement, la généralisation, la méditation en un mot. La vie du démon, c'est haïr; la vie de l'ange, c'est aimer; la vie de la brute, c'est jouir; la vie de ces êtres, c'est réfléchir.

Chacune des applications de la pensée
à l'une des classes d'objets donne lieu à une science. Pour nous, une science, c'est une collection de faits, de raisonnements et de conclusions. Dans le plan un, une science est un être vivant. C'est pour cela que, dans certains états de conscience, tels adeptes peuvent apprendre une science en en évoquant le génie, sans autre étude discursive de l'entendement. je ne dis pas qu'un tel procédé soit à la portée de tout le monde; il demande des travaux bien autrement ardus que ceux par lesquels nous obtenons d'ordinaire notre savoir. Nous en reparlerons tout à l'heure.
De même il est des planètes
dont les habitants vivent de couleurs ou d'harmonies; elles ont avec l'âme de la terre des conjonctions et des aspects plus ou moins propices à l'échange de leurs fluides réciproques. Quand les contacts se bornent à ce mélange d'énergies vitales, il en résulte pour nous, dans celle des nations qui est capable d'en bénéficier, un pas en avant de la civilisation dans la littérature ou la philosophie ou la musique ou telle autre branche de la culture humaine. Mais, très souvent, ces influences collectives sont précédées comme par un héraut; de la planète initiatrice descend par exception un de ses habitants de bonne volonté et de grand courage qui consent à passer ici-bas une incarnation pour accomplir une mission de précurseur ou d'annonciateur. C'est ce que sont, en général, nos hommes de génie; ils viennent dans des familles, en dehors pour ainsi dire de la volonté des parents; et c'est parce que, étrangers à cette terre, dépaysés au milieu de nos usages, de nos opinions, de nos préjugés, de nos catégories mentales, ne pouvant porter le flambeau spirituel dont ils ont assumé la charge qu'avec un effort anormal, les artistes et les sommités intellectuelles nous semblent si souvent excentriques, bizarres, déséquilibrés, anormaux, demi-fous.
Ceci est encore
une raison capitale pour ne juger personne autour de nous.
Il y aurait ici bien des choses à dire
sur la naissance et l'identité spirituelle des hommes de génie, mais ce seraient des détails un peu techniques, un peu étranges et qui n'auraient d'utilité pratique que pour un bien petit nombre d'entre vous. Restons-en donc aux généralités.




* *



Il y a
deux sortes d'hommes d'élite : les dilettantes et les créateurs. Les premiers ne peuvent que comprendre, qu'assimiler; ils ne possèdent que l'intelligence. Les seconds peuvent ensemencer le champ de l'esprit humain; ils ont de ce feu qu'on a nommé le génie; c'est à eux seuls que les dieux confient la mission redoutable d'acclimater ici-bas les sciences, les arts, les inventions, les institutions sociales. Et, comme tous les porteurs de Lumière, ils ont un calvaire à gravir et des supplices à endurer.
Pourquoi cette cruelle nécessité que ceux-là même que l'humanité vénérera un jour comme des bienfaiteurs aient auparavant à subir tant de haines et de persécutions ? Nous avons vu pour quelle raison ces êtres de génie semblent étranges et se plient mal aux petites règles de vertus moyennes et de bienséances des gens comme il faut. Mais, semble-t-il, la Nature, le Destin ne pourraient-il les faire naître à l'abri de la misère et de la maladie pour qu'ils puissent consacrer toutes leurs forces à l'œuvre pour laquelle ils sont ici-bas ?
Eh bien ! non.
Leurs souffrances sont une condition presque nécessaire à l'éclat de cette oeuvre.
Bien loin de distraire leur attention, d'éparpiller leurs forces et de tarir en eux les sources de l'inspiration,
la misère, la maladie, les privations des commodités matérielles, les chagrins moraux sont les coups de cravache au Pégase qui emporte leur esprit vers les cimes. Le moi terrestre se lamente et se désespère, mais l'esprit, dans ces sombres occurrences, brille d'une lumière plus éclatante et s'épanouit d'une béatitude surnaturelle.

La souffrance, sous n'importe laquelle de ses formes, est le pain de l'âme, si le plaisir est le pain du moi. Un jeune poète qui, pour obéir à sa vocation, brave les foudres paternelles et meurt de faim dans des mansardes pendant des années, nourrit son idéal ainsi, avec sa propre chair et son propre sang; tandis qu'installé dans une confortable bibliothèque, il ne pourrait que meubler sa mémoire ou affiner son gout. Mais la souffrance fait jaillir en lui des sources vives et chauffe son enthousiasme. L'enthousiasme, le dieu en nous, quel beau mot pour désigner une chose plus belle encore! Qu'importent le froid, la faim, les déboires, si l'Idéal nous tient le cœur tout enflammé ? Il n'y a pas de grand artiste qui n'ait pleuré. Lisez la vie de Michel-Ange; essayez de sentir entre les lignes de ses manuscrits palpiter l'âme du divin Léonard; rappelez-vous Beethoven, Schumann et Bach et Wagner, Coleridge et Shelley, Villiers de l'Isle-Adam, tous ceux enfin qui furent des messagers d'une Vérité inconnue ou d'une Beauté nouvelle; leur vie à tous fut un martyre.

Ainsi
le dieu qui habite en nous demande des holocaustes et le parfum de nos souffrances lui est agréable. Toutefois les exemples de quelques rares hommes d'élite qui ont enfanté ici de la beauté très pure et de la vérité immortelle et dont le destin ne fut ni tragique ni magnifique ni pitoyable, ces exemples doivent nous faire soupçonner que peut-être un chemin existe plus sain que celui par lequel passent d'ordinaire les «porteurs de flambeaux ».
Que fait l'homme de science, l'homme de pensée ?
Il s'écarte des tumultes de la vie, il renonce à l'activité matérielle, aux affaires, aux expériences sentimentales, aux conquêtes sociales, pour n'être point distrait du soin de ses constructions intellectuelles. Que fait l'artiste ? Il se plonge à corps perdu dans la vie sensible ou sentimentale pour en observer ou en expérimenter les mouvements les plus délicats, les plus pathétiques, et les plus beaux. C'est-à-dire que ces êtres d'élite suivent, dans leurs enquêtes, une méthode analogue à celle du positivisme. Ils induisent la vie intérieure d'après la vie extérieure; et par là leurs travaux portent un stigmate indélébile d'incomplet, de provisoire et parfois d'anormal. Il faudrait qu'ils puisent leurs inspirations dans l'Esprit et non dans aucune des sources plus ou moins pures du Créaturel; qu'ils comprennent, les uns, les hommes d'intelligence, que le Savoir réel est une plante qui ne fleurit qu'au pied de la Croix; les autres, les hommes de sensibilité, que l'Art n'est rien autre que la lumière irradiée par cette Croix.

A quoi se réduit, en somme
, l'effort de l'artiste comme celui du philosophe ? A rendre sensibles des entités morales ou intellectuelles. Ils sont les hiérophantes d'une magie très pure aux clartés de laquelle nulle vapeur de chair ni de sang ne se doit mélanger. Il faut donc qu'ils offrent aux anges dont ils désirent la visite des demeures dans leur intelligence et dans leur sensibilité où rien n'offusque ces hôtes divins, où il y ait l'activité silencieuse des seuls familiers du temple intérieur, où le Père seul soit adoré, où tout soit net et noble, où le tumulte vain du monde meure au pied des murs élevés sur le roc de l'action bonne.
Bien que composés d'une multitude de vies individuelles,
nous sommes un, cependant, et tout ce que fait l'esprit réagit sur le corps, comme tout ce que fait le corps réagit sur l'esprit. Ainsi le philosophe qui ne cultiverait que son intellect ou le poète qui ne purifierait que ses sentiments, en laissant leurs instincts corporels satisfaire tous leurs caprices, vicieraient la pureté de leurs méditations et alourdiraient l'envol de leurs enthousiasmes.

Le mal accompli par le corps ne tue pas que l'énergie corporelle; il corrompt de proche en proche, parce que la vie physique, la vie fluidique, la vie astrale, la vie mentale se pénètrent réciproquement; et parce que, aussi, nos cellules ne sont pas immobiles. Tel esprit du tissu fibreux ou de la peau ou du globule sanguin aujourd'hui situé dans un doigt, l'année prochaine sera peut-être dans la rétine ou dans le cerveau; et, s'il a été corrompu dans ce doigt, il sera mauvais enregistreur de la couleur, de la ligne ou de l'idée.
La Croix est bien la fontaine de ce jardin paradisiaque d'où jaillit l'eau vive, une et multiforme de la vie éternelle et de la sagesse divine. Que
ces amants de la Beauté et de la Vérité contemplent donc d'un regard constant et immuable le Maître de cette Croix, la fleur indescriptible épanouie sur le tronc dur de cet arbre mystique. Le Verbe est la Volonté même de Dieu; Il est donc, pour le monde, sa Vérité éternelle et toutes ses vérités relatives, sa Vie absolue et chacun des modes passagers de l'Existence universelle. Il est le type physique, intellectuel, moral ou esthétique du Monde, car Il est la Voie, la Vérité, la Vie.

Pourquoi chacune des pensées de Jésus qui nous sont parvenues nous émeuvent-elles,
même quand notre ténèbre intérieure ne nous permet pas de les comprendre ? Parce qu'elle éveille, par delà notre pauvre intelligence infirme, un écho profond sous les voûtes du sanctuaire de notre cœur. Pourquoi ce qui nous a été transmis de Ses actions enchante-t-il les sources secrètes de notre sensibilité ? Parce que chacune de ces scènes, malgré les maladresses de l'écrivain et les coups de ciseaux de la censure humaine, chacune de ces scènes remue, par delà notre sens d'analyse ou de critique, les harmonies du Beau qui sommeillent au sommet de notre esprit.
Est-ce que, par exemple,
ce drame de Jésus marchant sur les eaux, vers la barque où tremblent les disciples, ne nous présente pas, en un raccourci énergétique, l'image de l'immense épopée du Salut universel ?
Est-ce que nous ne sentons pas, à cette lecture, des murailles s'abattre en nous ?
L'œil de notre âme n'aperçoit-il pas ce Verbe, tout éclatant d'une insupportable splendeur, traverser les fleuves et les mers cosmiques en posant les pieds sur les soleils de l'éther, comme nous traversons le torrent dans la montagne en passant sur les pierres dérochées ? Et notre cœur ne sent-il pas alors tout le divin de l'acte du Verbe cosmique concentrant son mystère dans l'harmonie sereine et pourtant surhumaine de l'acte du Verbe incarné ?

Voilà comme sont
la Vérité belle et la Beauté vraie. Pour tous les hommes sans exception, la réalisation du Bien est l'indispensable, le nécessaire, le fondement de granit et la substructure immuable. Le troupeau moyen ne peut que cela - et encore -; seuls les êtres d'exception reçoivent, en les payant de quelle monnaie douloureuse ! des dons spéciaux qui leur permettent d'élever le temple de la Science et celui de la Beauté. A notre époque, tout le monde a du talent et se prévaut de cette petite qualité pour s'installer sur un trône, mais le sage et l'artiste sont, en réalité, les fleurs rares de toute une génération; et combien de célébrités contemporaines la postérité ne se hâtera-t-elle pas d'enfouir dans l'oubli ?
Des trois types de la perfection relative à laquelle notre humanité peut prétendre,
la sainteté est la moins difficile à atteindre, car tout homme peut devenir. un saint, s'il le veut. Et combien y a-t-il de saints autour de nous ? dans cette ville ? dans ce pays ?

Tandis que
le Beau esthétique et le Vrai intelligible demandent des énergies extraordinaires pour être conçus, compris, assimilés et exprimés. Il faudrait, pour qu'ils atteignent la limite de leurs possibilités, que le philosophe et l'artiste fussent d'abord des saints. Alors seulement l'un connaîtrait sa propre intelligence et pourrait l'entraîner avec méthode et certitude; et le second saurait, pour les avoir subis chez lui-même et consolés chez autrui, les passions des sens et des sentiments, les désespoirs et les enthousiasmes, les violences et les renoncements.
Il serait superflu que je vous indique ici par le détail les travaux propres à chacun de ces deux grands oeuvres. Ce que j'ai désiré vous faire apercevoir, c'est
la dignité de la Science, la sublimité de l'Art, la gravité qu'exigent de leurs fidèles ces deux divinités et le respect plein de reconnaissance que nous autres, troupeau anonyme aux vertus anémiques et aux vices falots, devons professer envers les héros audacieux qui gravissent péniblement, dans la nuit de l'Esprit, les sentiers rocailleux au haut desquels se dressent les sanctuaires de l'Idéal.
Malgré que
les écarts, peut-être, de leurs vigoureuses personnalités scandalisent notre prosaïsme, si nous rencontrons de ces pionniers, aidons-les de tout notre cœur, avec notre bourse si nous sommes riches, avec notre affection si nous sommes pauvres. Car quiconque apporte ici-bas le moindre reflet des soleils de l'Absolu est essentiellement un serviteur du Père.

Sources : Livres Mystiques

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25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 19:38

Chapitre V de La Voie Mystique de Sédir... tout le monde n'est pas Pythagore, Aristote, Mozart ou Einstein... pour ne citer que quelques génies. Mais si leur âme s'est incarnée dans ce monde, c'est qu'il y avait une raison et pas la moindre. Apporter quelque chose à l'évolution de l'Humanité...

 

 

La Science, L'Art et la Philosophie dans les rapports avec le Ciel

 

par Sédir

Chapitre V de La Voie Mystique

 

1ère partie

 

 

Tableau de Luis Royo



Un simple regard jeté sur la Nature nous montre qu'elle répand à l'infini les créatures utiles et nécessaires, mais qu'elle se montre économe de celles d'entre ses productions qui sont moins indispensables à nos besoins quotidiens. Il y a dans les êtres une élite et, dans les facultés de ces êtres, il en est aussi quelques-unes de plus rares, de plus hautes et de plus belles. Ce sont très souvent celles dans la structure desquelles la matière n'entre que pour un minimum. Ainsi, regardez l'un de nous. Par quoi communiquons-nous les uns avec les autres, sinon surtout par le visage? Où notre interne se dévoile-t-il plus que dans cette petite partie de notre corps ? Et, dans le visage, où le Grand Constructeur des corps a percé les fenêtres de notre centre instinctif, de notre centre animique et de notre centre intellectuel, quel est le petit organe dans l'admirable structure duquel notre vie organique tout entière s'épanouit comme une fleur et par où s'aperçoit la petite veilleuse mystique qui éclaire notre temple intérieur ? Ce sont les yeux. Les yeux, si petits quant au reste du corps, et si grands par tout l'infini qu'ils parviennent à refléter et à rayonner.

Nous imiterons un peu la Nature; et, après nous être occupés
des relations secrètes de l'homme avec son milieu et des devoirs qu'elles entraînent, nous quitterons quelques instants le grand troupeau et nous rechercherons des horizons plus rares, les cimes, les idéals et nous suivrons les solitaires qui partent à la découverte des royaumes inconnus de la Vie. Nous essaierons, pour ceux-là aussi, ces éclaireurs de l'armée du genre humain, de les rallier vers le phare immuable du divin et de les prémunir contre d'inconnus et de très subtils ennemis.
L'accomplissement du Bien est la tâche obligatoire de l'humanité tout entière; mais quelques-uns de ses membres, fleurs rares produites par le labeur anonyme de telles générations, ont pour travail de renouveler le décor où se meuvent leurs frères, moins beaux, mais utiles tout autant. Il faut à l'esprit humain des lueurs intermittentes d'espoirs immenses comme les nuées du couchant sur la mer et des éclairs sur tels sommets éblouissants des montagnes éternelles. Ceux qui sentent
brûler en eux les flammes du Vrai et du Beau sont aptes à devenir les distributeurs de ces espoirs indicibles.

Ceux-là, malheur à eux, car,
s'ils comprennent leur mission, les jours et les nuits leur deviennent un long martyre intérieur ! Et bienheureux sont-ils aussi, car ils portent les torches à la lueur desquelles le pâle troupeau des humains -nous autres- piétine confusément pour sortir des marécages de la quotidienne banalité et de l'existence prosaïque !
Je n'appelle pas savant l'homme qui a fait de sa mémoire une bibliothèque; je n'appelle pas philosophe celui qui a compris un grand nombre de systèmes idéologiques; je n'appelle pas artiste celui qui ne commet ni fautes de prosodie ni fautes de gout, d'harmonie ou de dessin.
Ceux-là ont simplement du talent et ils sont nombreux aujourd'hui; ils exercent un métier, une profession et non pas un sacerdoce.
Le philosophe, l'ami de la sagesse, ou, mieux, son amant, c'est le prêtre du Vrai. L'artiste, c'est le prêtre du Beau. Tout homme peut devenir le prêtre du Bien; mais quelle effrayante audace montre celui d'entre nous qui se donne comme le Prêtre, tout court, le prêtre de Dieu, le prêtre de Ce qui est à la fois toute Bonté, route Vérité et toute Beauté!

Mais restons dans les bornes que nous nous sommes fixées. Essayons de préciser la fonction de l'individu d'élite, son ontologie et
ses contacts avec tout l'Inconnu, tout l'Inouï, tout l'Invisible et tout l'Indicible que renferme cet immense Univers. Et, enfin, les précautions spéciales qui conviennent à cet ouvrier des plus hautes besognes.
Le philosophe, l'artiste et le sacerdote représentent dans une nation les facultés intuitives de son collectif; ce sont, pour le peuple d'où ils s'élèvent,
les médiums du divin. Il y a en nous des organes et des facultés qui tirent leur nourriture du monde matériel; mais nous contenons aussi des facultés et des organes et des sens qui ne vivent que d'invisibles aliments. De l'existence et de l'activité de ceux-ci nous ne sommes pas conscients. Toutefois la barrière qui sépare en nous le conscient de l'inconscient est mobile; elle se déplace non seulement d'un mouvement continu et régulier, mais aussi par soudains à-coups. Parfois des envahisseurs font irruption dans le royaume de notre Moi, les uns sont des brigands, d'autres sont des illuminateurs. Alors il se fait en nous des déchirures, des trouées; des parois granitiques s'écroulent, des avenues se percent dans nos futaies. Le psychologue nomme cela l'intuition, l'inspiration, l'éclair du génie, l'abîme de la folie; mais il ne voit du cataclysme intime que les remous qui se brisent aux grèves de la conscience; il ne voit que bien peu de choses.

Ces tremblements de terre, ces volcans animiques, ces labours, ces dévastations, voilà les spectacles auxquels sont attentifs ce philosophe, cet artiste et ce prêtre. Le premier les étudie, le second les décrit, le troisième s'en sert pour nous rejeter vers leur Auteur surnaturel.
Dans l'esprit du dernier des hommes se déroulent les mêmes épopées vivantes que dans celui d'un Shakespeare, d'un Michel-Ange ou d'un Sébastien Bach; mais, chez le premier, le drame demeure enseveli loin de son intelligence et, chez le second, cette faculté est un clavier assez riche et assez délicat pour résonner sous les doigts formidables des géants déiformes dont notre être mystique est l'instrument merveilleux.
Si j'étais un métaphysicien, je rechercherais avec vous ce que c'est que le Vrai. Mais c'est l'aspect vivant des idées qui nous intéresse, leur mystère le plus caché, leur visage mystique. Dès lors nous nous demanderons. Qu'est-ce que la Vérité ?
Il existe à cette question une réponse concise, mais d'une hardiesse effrayante et d'une vigueur telle qu'aucun des sages qui ont guidé les races disparues, qu'aucun des dieux qui gouvernent les étoiles, qu'aucun de ces cavaliers flamboyants qui chevauchent les comètes d'une borne à l'autre de l'Univers n'a rien dit de semblable depuis l'aurore du Temps. Il y a vingt siècles, une nuit, par les sentiers pierreux des faubourgs de Jérusalem, une troupe d'hommes du peuple se dirigeait sous les étoiles vers les jardins en étages de la colline des Oliviers; et l'un d'entre eux, à la stature puissante, disait aux autres, pour les consoler d'un départ imminent
; « je suis la Voie, la Vérité et la Vie; et personne ne vient au Père que par moi. »

Ce Jésus de Nazareth qui, après avoir donné tant de preuves de Son humilité profonde, S'égalait ainsi aux sommets les plus vertigineux des nobles espoirs humains, q
ui était-Il, à quel Père songeait-Il, qu'étaient ce que cette Voie, cette Vérité et cette Vie qu'Il prétendait identifier avec les forces centrales de Son propre individu?
Que peuvent faire ici-bas les hommes? Trois choses seulement : agir, penser, aimer. Tout le monde agit, quelques-uns pensent,
presque point aiment. Celui qui agit, son espoir marche le long de ces routes invisibles qui sillonnent l'aspect essentiel de cet univers et il avance avec lenteur à travers des enfers, des paradis, des solitudes et des cités, des pays inconnus et des contrées familières, vers quelqu'une de ces célestes Jérusalems que la bonté tendre du Père prépare çà et là dans les vastes déserts du Monde. Personne ne peut ne pas agir, personne ne peut ne pas marcher, puisque celui-là même qui fait le mal recule en esprit. Et l'homme a un modèle, c'est le Grand Voyageur, Celui qui, dès la première aurore du monde, partit des demeures paternelles du Royaume divin, qui parcourut les constellations, les soleils et les planètes par myriades et qui arriva enfin ici-bas, il y a deux mille ans, pour continuer, sous le voile de Sa stature de chair, Ses pérégrinations salvatrices. Et sous chacun de Ses pas ont brillé des étincelles de la Lumière surnaturelle de l'Amour, et les plis de Son vêtement étaient à eux seuls des leçons divines, et Ses paroles étaient des vertus, et Son sourire était la purification, et Son regard était la renaissance. Ah! quel poids terrible ne portons-nous pas, ceux d'entre nous qui L'ont aperçu il y a deux mille ans et qui n'ont presque pas profité de cette Bénédiction !

Ainsi
Jésus, porteur des forces du Père, incarnation même de Sa volonté de Miséricorde, est réellement ce que Dieu veut que nous soyons, puisqu'Il est ce que Dieu veut que nous fassions, et que l'être de l'homme devient toujours semblable à son acte. Ne voyons-nous pas chaque jour, dans notre misérable impuissance actuelle, que nos pensées, nos sentiments changent l'habitude de notre corps et les formes de notre visage ? Ainsi notre individu, lorsqu'il naît ici-bas, est la statue en chair et en os d'une entité spirituelle où il entre un peu de lumière et beaucoup, hélas! de ténèbres. Ainsi Jésus, ou plutôt les myriades de formes corporelles qu'Il revêtit dans Ses pérégrinations furent les incarnations, les expressions vivantes et parfaites de la bonté, de la compassion, de la miséricorde, de la sollicitude, de l'amour du Père pour nous.
Nos dernières causeries ont eu pour objet de discerner quelle est, en toutes choses, l'attitude à prendre, quel est l'effort, le pas en avant que demande toute circonstance, où est le Bien, en somme, c'est-à-dire quelle est la Voie. Et nous avons découvert que l'imitation du Christ est le meilleur effort, ce Bien et ce Chemin direct vers la perfection. Aujourd'hui, ce que nous désirerions entrevoir, c'est la Vérité et la Vie, ce que sont la Science et l'Art, la Connaissance et l'Esthétique.

Connaître,
c'est incorporer dans le Moi l'image d'un phénomène du Non-moi; c'est faire vivre de la vie cérébrale telle créature qui n'avait pas encore pris contact avec notre mental, ou plutôt l'apparence sous laquelle cette créature se révèle à nous. Plus donc cette apparence sera proche de la forme essentielle et centrale de cette création, plus la perception sera nette et plus la connaissance sera exacte. L'amateur du savoir se trouve ici obligé de donner à sa vie une direction spéciale et un effort constant.
Car qu'y a-t-il entre nous et les choses environnantes? Qu'est-ce qui sépare le Moi du Non-moi? Le Moi, c'est ce sens qui nous individualise, cet organe qui fait que, quand j'aperçois un arbre, je sais immédiatement qu'il s'agit là d'une chose distincte et qui me rend conscient de cette distinction; c'est ce par quoi je suis conscient que je suis conscient. Il y a donc, dans tout acte de connaissance, l'objet perçu, le sujet qui perçoit, l'objet par lequel on perçoit et le milieu qui sépare l'objet du sujet. La perfection de cet acte dépend, par conséquent, de la pureté de l'organe, du calme du milieu; car l'objet et le sujet sont purs par définition, puisqu'ils se tiennent
dans l'état originel où il n'y a pas encore de matière, de temps, d'espace ni de conditions d'aucune sorte.

Or, comment purifier nos sens physiques? Comment purifier ces sens intellectuels qui sont l'attention, la mémoire, la comparaison, le jugement, l'abstraction, la méditation en un mot ? Comment purifier ce sens mi-spirituel, l'intuition ? je crois vous avoir déjà montré qu'il n'existe pour cela qu'une seule méthode saine et normale: c'est l'exercice de ces facultés pour la seule et unique réalisation du Bien. puisque
la santé de notre être éternel dépend seulement de la perfection avec laquelle nous faisons concourir toutes ces forces et toutes ces facultés à la réalisation de la Loi de l'Univers, c'est-à-dire à l'accomplissement de la Volonté de Dieu.
Le Christ, qui est la perfection même de cet accomplissement, peut donc dire en toute exactitude
qu'Il est la Connaissance. Mais c'est la Vérité qu'Il déclare être. Qu'est-ce donc que la Vérité ? La Vérité est l'objet essentiel où convergent tous les objets de nos perceptions. La Vérité est double : relative ou absolue.
Nous ne sommes pas capables de percevoir cette dernière; mais nous pouvons, nous devons tâcher de saisir des vérités relatives avec des approximations de plus en plus approchées. Car si le Moi connaissant est, dans son centre le plus profond,
identique à notre âme éternelle et immuable, si le Non-moi contient dans chacune de ses parties la Lumière du Verbe créateur, ce sont deux sortes de foyers où resplendit la même flamme, mais dont la chaleur n'est pas la même. Pour nous, qui les apercevons des rivages du Relatif, nous voyons identiques toutes les étoiles de l'Absolu, et c'est ce qui explique l'erreur orientale et panthéiste de la fusion de l'Atmà dans le Brahmân; mais, en réalité, il y a parmi ces étoiles des différences, à nous inconcevables, puisque les modes biologiques de Dieu sont différents de ceux de la Création.

Pour nous autres, tant que nous ne serons pas
régénérés de la régénération divine, et non d'aucune initiation humaine; tant que nous ne serons pas baptisés du baptême de l'Esprit, et non d'aucun baptême ésotérique, la Vérité ne sera pas une, mais aussi multiple que sont nombreuses les enveloppes des êtres, les enveloppes de notre Moi et les modifications du milieu. Et cependant, pour chaque instant du Temps et pour chaque point de l'Espace où peut se produire le phénomène de la Connaissance, il en existe un aspect qui est le Vrai, comme une forme qui est le Beau, comme un geste qui est le Bien.
La vie du monde est aussi
une suite constante de drames ou de crises qui se résolvent en tueries ou en procréations. Pour chacun d'eux, si l'homme fait le geste qui augmente cette vie et la rend harmonieuse, c'est le Bien; et ceci a lieu toutes les fois qu'il s'oublie lui-même pour n'envisager que les intérêts des autres acteurs.
Chacun de ces drames, l'homme peut en extraire une lumière intellectuelle pure, lorsqu'il les interroge au moyen de la Lumière pure qu'il a fait grandir préalablement en lui; et cela, c'est
la Science, la Connaissance, la Philosophie, la Vérité.

Chacun de ces spectacles enfin, si tumultueux qu'il apparaisse, passe toujours par un rapide instant d'équilibre et d'harmonie, dans la fugitive sérénité duquel se laisse sentir tout l'inconcevable et tout l'inexprimable dont il est le voile passager. Et cela,
si le spectateur a pris soin de vivre, c'est-à-dire de rayonner, de dépenser, de s'ouvrir, en un mot, aussi libéralement qu'il a reçu, et avec ce sens intime de l'équilibre que donne seul le souci constant des choses éternelles, cela, dis-je, lui apparaît comme l'efflorescence splendide de l'Amour, de la Vie, de tout ce qui dépasse la raison, comme la Beauté. L'aspect esthétique du personnage de Jésus, personne ne s'en est occupé de notre temps, sauf une des intelligences les plus subtiles que le XIXè siècle ait produites. Oscar Wilde est le seul qui ait pensé à cela et qui ait pu, grâce évidemment à ses dures et injustes souffrances, exprimer la pure, la liliale, l'immatérielle harmonie des gestes de notre Ami. Pour comprendre le commentateur il faut déjà un amour extrêmement délicat de son divin Modèle; quel amour ne faut-il pas pour comprendre ce dernier ?

Deuxième partie

 

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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