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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 15:14

Histoire de détendre l'atmosphère en ce week-end de Pâques, un peu de diablerie dont on apprendra avec plaisir que le diable a surtout fait son apparition avec le christianisme pratiqué par l'Eglise Catholique Romaine...

 

La peur du diable


Les faces du diable


Par Jean Verdon

 


Tableau de Gérald Brom



L'Antiquité n'a pas vraiment connu de diables dans la mesure où nulle créature n'incarne le mal en tant que tel. Le diable apparaît au début de l'ère chrétienne. Ses plus anciennes représentations datent du VIe siècle. Les théologiens ne distinguent pas à proprement parler les démons et les diables. Il s'agit d'anges déchus qui constituent une hiérarchie à la tête de laquelle se trouve un chef appelé Satan, Lucifer ou le diable. Il apparaît sous diverses formes. La première est à mettre en relation avec son état initial, à savoir celui d'ange. Ce genre s'est développé rapidement, particulièrement dans les régions d'Italie sous influence byzantine. Le diable peut également revêtir l'apparence d'un être humain, un homme face au Christ, un homme ou une femme face à saint Antoine ou à d'autres saints. Certains démons présentent une apparence animale, d'autres se manifestent sous l'aspect de monstres, comme le dragon, bien souvent un serpent ailé, ou le basilic au regard mortel, composé d'un serpent et d'un coq.

Sur le plan chronologique, les premières représentations chrétiennes
donnent au Malin une apparence humaine. En effet, il est le tentateur, jeune femme ou jeune homme, et les artistes n'osent pas enlaidir une créature que Dieu a créée. Ce diable à figure humaine prévaut dans l'art jusqu'à la fin du XIe siècle. Puis, à l'époque romane, il revêt des allures monstrueuses. C'est un personnage hideux qui voit le jour, et cet aspect perdurera jusqu'à la fin du Moyen Age. Il doit inspirer de l'effroi aux fidèles afin de les détourner du péché. Aussi, pour que ces fidèles puissent le reconnaître dans le décor des églises, il convient de le rendre laid. Toutefois, les laïcs qui tiennent à partir du XIIIe siècle le premier rôle dans le domaine de l'art, conçoivent un diable moins terrifiant, parfois même ridicule sous l'influence des Mystères. Cette représentation d'un diable amusant perdurera jusqu'à la fin du XVe siècle.


Tête de chat

Jérôme Bosch (1450-1516), connu pour son réalisme, représente la lutte du Bien contre le Mal. Dans ce portrait d'un diable (Venise, palais des Doges), il donne libre cours à son imagination : ailes de chauve-souris, pattes d'oiseau et moustaches de chat.

Bleu nuit

Dans L'Enfer de Fra Angelico (v. 1400-1455), Satan dévore plusieurs damnés : des têtes et des jambes sortent de sa gueule ; ses mains enserrent deux autres pécheurs. Le démon est grand et de couleur sombre afin d'inspirer la crainte.

Bleu pâle

Sur cette fresque de la chapelle Saint-Sébastien de Roure (Alpes-Maritimes), peinte en 1510 par Andrea da Cella, le démon s'en prend à un pèlerin. Le diable est de couleur bleu clair : à la fin du Moyen Age, les teintes sombres laissent parfois la place à des coloris plus doux. La tête stylisée au bas de son dos met l'accent sur les vils appétits du personnage cornu.

Tête de femme

Un portail de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens comporte une diablesse du XIIIe siècle. Elle est nue, les seins en évidence pour attirer les hommes ; son regard, dans un visage quelque peu félin, les invite à s'abandonner à la luxure.

Rouge

Le démon est doté de tous les attributs destinés à susciter la peur : cornes et crocs, yeux exorbités, regard cruel. Le rouge renforce l'air de méchanceté (vitrail de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais).

Sources Historia

Posté par Adriana Evangelizt

 

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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 14:55

Charlemagne ne fut pas le dernier à persécuter les peuples païens...

 

 

La peur du diable


Charlemagne contre le diabolisme saxon

 

Par Bruno Dumézil



Pour justifier la conquête de la Saxe, le roi des Francs invoque une raison religieuse : la lutte contre le culte des démons. Mais les Saxons ne se laissent pas christianiser sans résister.


Eginhard, le biographe de Charlemagne, est catégorique : la Saxe, infestée par les cultes diaboliques, mérite d'être écrasée par les armées franques et convertie à la véritable religion, celle du Christ. « Les Saxons, comme à peu près toutes les nations établies en Germanie, sont bien connus pour être d'une nature féroce, pour s'adonner au culte des démons, pour s'opposer à notre religion et pour ne pas juger déshonnête de violer et de transgresser les lois divines et humaines. [...] Les Francs finirent par en être à ce point irrités que, jugeant insuffisant de rendre les coups, ils estimèrent qu'il était nécessaire d'entreprendre contre eux une guerre ouverte », écrit-il.

La guerre que mène Charlemagne en Saxe ne ressemble pourtant en rien à une guerre de religion. C'est une pure opération
de conquête, longue, difficile et progressive. Les tribus saxonnes, installées dans un vaste territoire entre le Rhin moyen et la vallée de l'Elbe, résistent pendant longtemps aux armées franques. Débutée en 772, la guerre ne s'achève qu'en 804. La résistance opiniâtre des Saxons est bien sûr favorisée par leur connaissance du terrain. Mais leur volonté d'indépendance s'ancre avant tout sur l'adhésion au paganisme germanique.

Les Saxons vénèrent de nombreux dieux, proches de ceux du panthéon scandinave. Ils rendent également un culte aux éléments naturels : arbres, sources, rochers... En Saxe, on croit aussi à l'existence des stryges et des esprits peuplant certains lieux. Les Saxons n'ont pas de clergé à proprement parler, mais certains individus, surtout les chefs, bénéficient de contacts privilégiés avec la sphère du sacré. A ce titre, ils dirigent les sacrifices et lisent les signes envoyés par les dieux. Il existe de grands sanctuaires fédéraux, où les tribus rendent un culte. Ces lieux jouent un rôle important dans la cohésion politique. C'est le cas de l'Irminsul, un
arbre sacré considéré comme un pilier reliant le ciel et la terre.

Les habitants de l'ancienne Germanie semblent avoir été très tôt de farouches défenseurs de leur religion face aux progrès du christianisme. Au tout début du VIIIe siècle, deux missionnaires anglo-saxons qui cherchent à convertir un chef saxon sont massacrés par une foule en colère. Dès les années 730, la religion germanique devint le catalyseur de la résistance saxonne face à la pénétration culturelle franque. Lorsque la guerre commence, Charlemagne comprend très vite
qu'il lui faut briser le paganisme saxon s'il veut durablement intégrer à son royaume les régions conquises.

Cette volonté politique du roi franc s'accorde d'ailleurs probablement avec ses convictions religieuses. Pour le christianisme antique et médiéval,
les multiples divinités du paganisme constituent un sujet de scandale. Jadis, les Pères de l'Eglise avaient élaboré différents raisonnements pour contester le polythéisme de l'Empire romain. Certains avaient affirmé que les dieux étaient un pur produit de l'imagination des hommes. D'autres expliquaient qu'il s'agissait de rois des temps anciens, à qui un peuple crédule avait rendu un culte. Mais la plupart des théologiens pensaient que les divinités païennes étaient en fait des démons envoyés par le diable pour tromper les hommes. C'est cette dernière interprétation que Charlemagne décide d'adopter pour lutter contre la religion saxonne. Il commence donc par détruire systématiquement tous les objets du culte « démoniaque ». L'Irminsul est ainsi solennellement abattu en 772. Mais la meilleure façon de chasser le diable de Saxe reste de convertir tous les Saxons au christianisme. Le roi des Francs édicte vers 785 un capitulaire qui condamne à mort tout homme adulte qui refuserait le baptême. Les parents doivent faire baptiser leurs enfants avant l'âge d'un an, sous peine d'une amende écrasante.

Le hasard a voulu que l'on ait conservé le rituel destiné au baptême des Saxons. On y voit le prêtre interroger le candidat au baptême : « Forsachistu diobolae ? »
(« Renonces-tu au diable ? ») Le Saxon doit répondre : « Ec forsacho diabolae. » (« Je renonce au diable. ») Le prêtre lui demande ensuite de renoncer aux démons : « Thunaer ende Woden ende Saxnote » , c'est-à-dire aux dieux Donnar, Wotan et Saxnot, ce dernier étant la divinité tutélaire de la Saxe. La première victime de la campagne de baptêmes forcés est naturellement la classe dirigeante, celle qui a le plus de rapports avec les dieux païens, et donc avec le diable. En 785, Charlemagne oblige notamment Widuking, le chef de la résistance saxonne, à recevoir le baptême.

Une fois les populations converties, Charlemagne continue de
surveiller les pratiques religieuses de ses nouveaux sujets. Il est interdit, sous peine de mort, de « sacrifier aux démons », c'est-à-dire de procéder aux offrandes traditionnelles aux divinités païennes. Les Saxons ne peuvent non plus faire de voeux sur les arbres ou les sources. Après avoir lutté contre Satan, on lutte maintenant contre ses pompes et ses oeuvres. Charlemagne va plus loin en interdisant totalement l'incinération des défunts. L'Eglise, pourtant, n'avait jamais légiféré sur le sujet. Saint Augustin lui-même considérait que toute pratique funéraire était valable, car Dieu saurait parfaitement reconstituer les corps le jour de la Résurrection de la Chair. Mais puisque l'incinération est une pratique saxonne, Charlemagne la juge sacrilège. Les tertres où l'on dépose les cendres des défunts sont tenus pour des lieux démoniaques, et ils doivent être abandonnés au profit des cimetières chrétiens.

Le paganisme saxon ne résiste pas à cet assaut législatif. Les comtes francs font impitoyablement appliquer la loi en terrain conquis, et les évêques peuvent facilement imposer la nouvelle religion. Le diable ne cessera pourtant pas d'exister en Saxe. Mais désormais, comme tout le monde, il est devenu chrétien.

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Maître de conférence à Paris X-Nanterre, Normalien, agrégé d'histoire, Bruno Dumézil est l'auteur de Conversion et Liberté dans les royaumes barbares. Ve-VIIIe siècles (Fayard, 2005).
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La chute de l'arbre sacré

L'Irminsul a la forme d'un tronc d'arbre et symbolise la colonne cosmique qui soutient la voûte céleste. Lors de la campagne de 772, Charlemagne le fait
abattre solennellement afin de "chasser le diable" de Saxe.



Comprendre

Styges
Femmes douées de pouvoirs magiques et capables de dévorer de l'intérieur le coeur des hommes.


Capitulaire
Edit législatif d'un roi franc qui se présente sous la forme d'une liste de chapitres (en latin, capitula ).


Donnar
Dieu de la force et de la guerre.
Il brandit un marteau, dont les hommes portent la représentation en collier, à titre d'amulette. Les Scandinaves le nomment Thor.


Wotan
Divinité suprême du panthéon germanique. Dieu de la victoire, de la ruse et de la sagesse, il est représenté avec une lance et deux corbeaux. Les Scandinaves le nomment Odin.


Saxnot
Le "dieu à l'épée". Il est considéré comme l'ancêtre fondateur des dynasties royales saxonnes installées en Grande-Bretagne.

Sources Historia

Posté par Adriana Evangelizt

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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 14:08

 Il est question ici de l'incapacité de l'Occident à comprendre l'âme musulmane...

 

Le déséquilibre du monde 2

par Gustave Le Bon

1924

3ème partie

2ème partie

Première partie

Livre I : Le déséquilibre politique


Chapitre IV



Le réveil de l'Islam



La série des erreurs de psychologie auxquelles nous venons de consacrer plusieurs chapitres n'est pas close. Nous allons en examiner d'autres encore.

Depuis plusieurs siècles, la politique britannique eut pour but constant l'agrandissement de la domination anglaise aux dépens de divers rivaux : l'Espagne d'abord, la France plus tard, qui prétendaient s'opposer à son extension. Elle a successivement conquis sur eux l'Inde, le Canada, l'Égypte, etc. La dernière de ses grandes rivales, l'Allemagne, s'étant effondrée, elle put s'emparer de toutes ses colonies.

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner les qualités de caractère et les principes qui ont déterminé d'aussi persistants succès. On remarquera seulement que, confinés dans la préoccupation exclusive de buts utilitaires, les hommes d'État anglais professent
un absolu dédain pour toutes les idéologies et tâchent toujours d'adapter leur conduite aux nécessités du moment. Ils se trompent quelquefois, mais n'hésitent pas à réparer les erreurs commises en modifiant leur ligne de conduite, sans se soucier des blessures d'amour propre et des critiques pouvant résulter de telles oscillations.

Un exemple récent et d'une prépondérante importance, puisque
l'avenir de l'Orient en dépend, montre quels profonds et rapides revirements peut subir la politique anglaise.

Après avoir soutenu en Mésopotamie de durs combats et co
nstaté qu'une armée de soixante-dix mille hommes n'avait pu triompher de la résistance indigène, l'Angleterre renonça brusquement à une expédition aussi coûteuse et improductive que la nôtre en Syrie. Retirant ses troupes, elle les remplaça par un souverain indigène, l'émir Fayçal, que nous avions dû chasser de Damas en raison de sa persistante hostilité.

Le but apparent de cette solution fut indiqué dans un discours prononcé à la Chambre des Communes :

«
Établir, avec l'ancienne Bagdad pour capitale, un État musulman qui puisse faire revivre l'ancienne gloire du peuple arabe. »

L'installation
d'un ennemi déclaré au voisinage de nos frontières de Syrie ne constituait pas, évidemment, une manœuvre amicale envers la France ; mais, dans la politique anglaise, l'utilité étant toujours mise très au-dessus de l'amitié, aucun compte ne fut tenu des observations du gouvernement français.

La nouveau souverain fut
installé en grande pompe à Bagdad et, par privilège exceptionnel, le roi d'Angleterre lui envoya une lettre de chaleureuses félicitations.

Cette annexion, sous une forme à peine déguisée,
d'une des contrées les plus riches en pétrole de l'univers, figurait parmi les gains nombreux dont la diplomatie britannique a, depuis la fin de la guerre, doté l'Angleterre.

Les soldats anglais étaient
remplacés par des ingénieurs exploitant le pays au profit de la Grande-Bretagne.

Le nouveau roi de Mésopotamie régnera
non seulement sur Bagdad, mais aussi sur l'ancien emplacement de Ninive et Babylone, c'est-à-dire sur un territoire aussi grand que l'Angleterre et jadis célèbre par sa fertilité.

Cette brillante opération aurait eu, si le protectorat anglais avait réussi à s'imposer dans tout l'Orient, des résultats plus importants encore que de simples bénéfices commerciaux. Le plus manifeste eût été d'assurer à l'Angleterre
une route terrestre la reliant à la Perse et à l'Inde. Si elle était parvenue ensuite à conquérir Constantinople, soit directement, soit par l'intermédiaire des Grecs, la domination britannique sur l'Orient fût devenue complète et son hégémonie, à laquelle nos pâles diplomates résistèrent si peu, eût pesé de plus en plus lourdement sur le monde.


*
* *


L'Angleterre avait donc réparé très habilement quelques-unes des fautes commises en Orient, mais
des erreurs psychologiques aujourd'hui irréparables sont venues ruiner pour longtemps sa puissance en Orient.

Soutenir
les aspirations contradictoires des musulmans en Mésopotamie, des Juifs en Palestine, des Grecs en Turquie constituait une politique d'aspect machiavélique mais que, cependant, Machiavel eût sûrement désavouée. L'illustre Florentin savait bien, en effet, qu'il est toujours imprudent de s'attaquer aux dieux ou à leurs représentants.

Les Anglais oublièrent complètement ce principe, quand ils prétendirent
démembrer la Turquie et détruire à Constantinople le pouvoir du sultan considéré par tous les musulmans comme le « Commandeur des Croyants », représentant de Dieu ici-bas.

Les conséquences de cette conception furent immédiates. Du Bosphore au Gange en passant par l'Égypte,
le monde musulman se souleva.

Les politiciens anglais n'ayant évidemment
pas compris la grande puissance de l'Islam sur les âmes, il ne sera pas inutile d'en rappeler sommairement les origines et le développement.


*
* *


Les dieux nouveaux ne furent pas rares dans l'Histoire. Leur destinée habituelle fut de
périr avec la puissance politique des peuples qui les avaient vus naître.

Par une rare fortune,
le sort de l'Islamisme a été tout autre. Non seulement il survécut à la chute de l'immense empire créé par ses fondateurs, mais le nombre de ses adeptes n'a cessé de s'accroître. Du Maroc au fond de la Chine, deux cent cinquante-millions d'hommes obéissent à ses lois. On compte, aujourd'hui, soixante-dix millions de musulmans dans l'Inde, trente millions en Chine, vingt millions en Turquie, dix millions en Égypte, etc.

La création de l'Empire arabe, que
les Anglais prétendaient faire revivre à leur profit en imposant à Bagdad un calife choisi par eux, est une des plus merveilleuses aventures de l'Histoire. Si merveilleuse, même, que de grands écrivains comme Renan ne réussirent pas à la comprendre et contestèrent toujours l'originalité de la civilisation que cette religion fit surgir.

Cette fondation de l’Empire arabe, que je vais rappeler en quelques lignes, restera toujours intelligible d'ailleurs aux esprits convaincus que la logique rationnelle gouvernant l'Histoire, ne tient pas compte
de l'immense pouvoir des forces mystiques dont tant de grands événements dérivent.


*
* *


Aux débuts du VIIe siècle de notre ère, vivait à La Mecque
un obscur chamelier du nom de Mahomet. Vers l'âge de quarante ans, il eut des visions dans lesquelles l'ange Gabriel lui dicta les principes de la religion qui devait bouleverser le monde.

On comprend que les compatriotes du nouveau prophète, qui professaient alors sans convictions profondes un polythéisme un peu vague, aient adopté facilement
une religion nouvelle, d'ailleurs très simple, puisqu'elle se bornait à proclamer qu'il n'y a qu’un dieu dont Mahomet est le prophète.

On s'explique moins aisément
la foudroyante rapidité avec laquelle cette foi se répandit dans tout le monde alors connu et comment ses adeptes trouvèrent en elle la force nécessaire pour fonder un empire plus grand que celui d'Alexandre.

Chassés de la Syrie dont ils se croyaient les maîtres éternels, les Romains virent avec stupeur
des tribus nomades électrisées par la foi ardente qui unifiait leurs âmes conquérir, en quelques années, la Perse, l'Égypte, le nord de l'Afrique et une partie de l'Inde.

Le vaste empire ainsi formé se maintint pendant plusieurs siècles. Il ne constituait pas une création éphémère analogue à celles de divers conquérants asiatiques
tels qu'Attila puisqu'il fut l'origine d'une civilisation entièrement nouvelle brillant d'un vif éclat, alors que toute l'Europe occidentale était plongée dans la barbarie.

En fort peu de temps, les Arabes réussirent à
créer des monuments tellement originaux que l'œil le moins exercé les reconnaît à première vue.

L'empire des Arabes était trop vaste pour ne pas se désagréger. Il se divisa donc en petits royaumes qui s'affaiblirent et furent conquis par divers peuples, Mogols, Turcs, etc.

Mais
la religion et la civilisation musulmanes étaient si fortes que tous les conquérants des anciens royaumes arabes adoptèrent la religion, les arts et, souvent aussi, la langue des vaincus. C'est ainsi, par exemple, que l'Inde, soumise aux Mogols, continua à se couvrir de monuments musulmans.

Et non seulement la religion des Arabes survécut à la disparition de leur puissance politique, mais loin de s'affaiblir, elle continue à s'é
tendre. La foi de ses adeptes reste si intense que chacun d'eux est un apôtre et agit en apôtre pour propager sa croyance.

La grande force politique de l'Islamisme fut de donner à des races diverses cette communauté de pensée qui constitua toujours un des plus énergiques moyens de solidariser des hommes de races différentes.

Les événements actuels ont montré la puissance d'un tel lien. Nous avons vu qu'il réussit à faire reculer en Orient la formidable Angleterre.

Les gouvernants britanniques
ignoraient cette force de l'Islamisme quand ils rêvaient de chasser les Musulmans de Turquie. Ils ne commencèrent à la soupçonner qu'en voyant non seulement les Turcs, mais les Musulmans du monde entier se soulever contre eux.

Les Anglais, qui s'imaginaient pouvoir garder Constantinople, où ils avaient déjà installé un commissaire parlant en maître, découvrirent alors la grandeur de leur illusion. Ils la comprirent surtout quand les Turcs, vaincus et presque sans armes, refusèrent la paix qu'on voulait leur imposer et chassèrent les Grecs de Smyrne. Aujourd'hui
l'Islam est redevenu assez fort pour tenir tête à l'Europe.







Livre I : Le déséquilibre politique


Chapitre V

L'incompréhension européenne de la mentalité musulmane.



Le réveil de l'Islam qui vient d'être sommairement rappelé a profondément étonné l'Europe. La mentalité musulmane est généralement si incomprise qu'il ne sera pas inutile de lui consacrer quelques pages.

L'Orient a toujours
charmé ses visiteurs. Il me séduisit dans ma jeunesse, au point qu'après l'avoir parcouru, j'écrivis un livre sur La Civilisation des Arabes .

Malgré bien des instances, je n'ai jamais consenti à le rééditer parce qu'il aurait demandé trop de travail pour être complété. Si je le mentionne ici, c'est simplement pour indiquer que l'auteur du présent ouvrage n'est
pas tout à fait incompétent sur les questions relatives à l'Orient.

En ce qui concerne
les Musulmans modernes, héritiers des Arabes, je me trouvais quelquefois, avant la guerre, en rapport avec eux à propos des traductions turques et arabes de plusieurs de mes livres. Peu de mois avant les hostilités, le grand vizir, ministre des Affaires Étrangères de l'Empire ottoman, Saïd Halim pacha, me fit demander par son ambassadeur à Paris, d'aller faire quelques conférences de philosophie politique à Constantinople.

J'ai toujours regretté que ma santé m'ait empêché d'accepter cette proposition, restant persuadé – et c'était aussi l'opinion de mon éminent ami Iswolsky, alors ambassadeur de Russie à Paris –
qu'il n'eût pas été impossible de maintenir les Turcs dans la neutralité. La lutte même déchaînée, il eût suffi, comme l'a constaté plus tard un ministre anglais devant le Parlement, que se fût trouvé un amiral assez hardi pour suivre Le Gœben et Le Breslau quand ils entrèrent à Constantinople. Ce fut un de ces cas où la valeur d'un homme peut représenter des milliards, car la neutralité des Turcs eût sans doute abrégé la guerre de deux ans. Nelson fut jadis, pour l'Angleterre, un de ces hommes. Combien s'en rencontre-t-il par siècle ?


*
* *


« Se connaître soi-même est difficile », disait un adage antique ; connaître les êtres qui nous entourent, plus difficile encore. Déterminer la mentalité, et par conséquent les réactions, dans des circonstances données, d'un peuple dont le passé et les croyances diffèrent des nôtres, semble presque impossible. C'est, en tout cas, une connaissance dont la plupart des hommes d'État actuels se montrent dépourvus à un rare degré.

Les événements écoulés depuis dix ans justifient pleinement cette assertion.

Si les Allemands perdirent la guerre, c'est que, de tous leurs dirigeants, pas un seul ne fut assez pénétrant pour deviner les réactions possibles de la Belgique, de l'Angleterre et de l'Amérique devant des actes dont des esprits suffisamment perspicaces eussent facilement prévu les conséquences.

Le Congrès de Lausanne a fourni un nouvel exemple
d'incompréhension totale de l'âme d'un peuple.

Cette incompréhension est d'autant plus surprenante que
la France et l'Angleterre constituent, par leurs colonies, de grandes puissances musulmanes. Des relations fréquentes avec des Musulmans auraient dû permettre de les connaître.

Or le premier Congrès de Lausanne et le second aussi, prouvèrent qu'on ne les connaissait pas du tout. L'incompréhension n'eût guère été plus complète si des barons du temps de Charlemagne et des professeurs d'une école de droit moderne se fussent trouvés en présence.

Un insuccès aussi total que facile à prévoir résulta de cette incompréhension. La discussion qui aurait dû se terminer en quelques heures n'était pas achevée après des mois de discussions.


*
* *


Personne ne parla
ni du Croissant ni de la Croix au cours de ces conférences. Ce fut, cependant, la lutte entre ces deux symboles qui en constitua l’âme secrète.

Nous avons précédemment rappelé que, par son incompréhension de l'Islam, l'Empire britannique perdit la Perse, la Mésopotamie, l'Égypte et voit l'Inde menacée. Presbytérien ardent, le ministre anglais, M. Lloyd George, véritable auteur de tous ces
désastres, rêvait comme revanche sur le Croissant d'expulser les Turcs de l'Europe en poussant les Grecs vers Constantinople. Il se heurta à une foi mystique aussi forte que la sienne et toute la puissance coloniale de l'Angleterre fut ébranlée du même coup.


*
* *


Les moyens
d'unifier les intérêts et les sentiments d'une poussière d'hommes pour en faire un peuple ne sont pas nombreux, puisqu'ils se réduisent à trois : la volonté d'un chef, des lois respectées, une croyance religieuse très forte.

De la volonté d'un chef
dérivent tous les grands empires asiatiques, ceux des Mogols notamment. Ils durent ce que durent les capacités du chef et de ses successeurs.

Ceux
fondés sur une religion acceptée restent beaucoup plus forts. Si le code religieux subsiste il continue le rôle d'unification.

Cette action d'une foi religieuse devient dans des cas, rares d'ailleurs,
assez forte pour unifier des races différentes et leur donner une pensée commune génératrice de volontés identiques.

Pour
les disciples du Coran, le code civil et le code religieux, si complètement séparés en Occident, sont entièrement confondus.

Aux yeux du Musulman,
toute force vient d'Allah et doit être respectée quel qu'en soit le résultat, puisque ce résultat représente la volonté d'Allah.

En permettant aux Turcs de chasser de Smyrne les infidèles, il était visible
qu'Allah rendait sa protection à ses disciples. Cette protection parut s'exercer plus manifestement encore à Lausanne, puisque les délégués européens ne purent résister aux délégués musulmans.

Les Alliés cédèrent, effectivement, sur tous les points importants.
Comprenant mieux l’âme musulmane, ils auraient su qu'elle ne s'inclinait que devant la force. La nécessité de s'entendre pour imposer une volonté européenne commune sur des sujets fondamentaux fut alors devenue évidente et la paix en Orient, si menacée aujourd'hui, établie pour longtemps.


*
* *


On ne saurait contester, d'ailleurs,
la justesse de certaines réclamations musulmanes. Leur civilisation valant certainement celle des autres peuples balkaniques : Serbes, Bulgares, etc., ils avaient le droit d'être maîtres de leur capitale, Constantinople, malgré les convoitises de l'Angleterre. D'un autre côté ils n'avaient pas le droit de renier leurs dettes et, notamment, les nombreux milliards que la France leur prêta.

Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, les exigences des délégués turcs à Lausanne passèrent toute mesure. Leur ton fut souvent
celui de vainqueurs devant des vaincus.

Grâce à
la pauvre psychologie des mandataires de l'Occident, le prestige européen en Orient est détruit pour longtemps. Or, le prestige fut toujours la plus solide base de la puissance d'un Peuple.

L'excuse des Turcs, en dehors des motifs religieux expliqués plus haut, est
l'incontestable injustice de l'Angleterre à leur égard lorsqu'elle rêvait de les expulser de l’Europe et surtout de Constantinople, par l'intermédiaire des Grecs.

L'unique raison donnée à cette expulsion était
l'habitude attribuée aux Turcs de massacrer constamment leurs sujets chrétiens. On a justement remarqué que si les Turcs avaient commis la dixième partie des massacres dont les accusait le gouvernement anglais, il n'y aurait plus de chrétiens en Orient depuis longtemps.

La vérité est que
tous les Balkaniques, quelle que soit leur race ou leur croyance, sont de grands massacreurs. J'eus occasion de le dire à M. Venizelos lui-même. Égorger l'adversaire est la seule figure de rhétorique admise dans les Balkans.

Cette méthode n'a pris, d'ailleurs, sa considérable extension que depuis l'époque où la politique britannique donna l'indépendance à des provinces jadis soumises à la Turquie, On sait avec quelle fureur Bulgares, Serbes, Grecs, etc., se précipitèrent les uns contre les autres, dès qu'ils furent libérés des entraves pacifiques que le régime turc opposait à leurs violences.

La faiblesse des Alliés à Lausanne aura bien des conséquences funestes. Parmi les documents permettant de les prévoir je vais citer la lettre pleine de judicieuses observations d'un de nos meilleurs chefs militaires en Syrie :

« Du côté politique et militaire, je crois que nous aurons une année mouvementée. Il ne faut
traiter avec des Turcs que quand on leur fait sentir qu'on est le plus fort, la force étant le seul argument qui compte avec eux. Or, à Lausanne, on leur a laissé prendre figure de vainqueurs. Résultat : ils sont intransigeants et se figurent que le monde tremble devant eux.

« Les gens d'Angora revendiquent ouvertement
Alexandrette, Antioche et Alep, quoique ces régions aient été reconnues comme appartenant à la Syrie par le dernier accord franco-turc et qu'elles soient peuplées d'Arabes. Bien que les Turcs y soient en minorité ils essaient de les reprendre. On doit s'attendre à voir se reproduire les mêmes événements qu'en Cilicie : pas de guerre officiellement déclarée, mais des bandes de plus en plus actives, composées soi-disant d'habitants insurgés contre la domination française, en réalité de réguliers turcs déguisés et commandés par des officiers turcs ou allemands. Ces bandes attaqueront les petits postes, les convois, couperont routes et chemins de fer ; elles seront de plus en plus nombreuses, auront même des canons, et nous obligeront à une guerre de guérillas pénible et difficile, où les Turcs espèrent atteindre le résultat qu'ils ont annoncé : dégoûter les Syriens des Français et les Français de la Syrie. »


*
* *


Pour un philosophe, cette nouvelle attitude des musulmans est pleine d'enseignements. Elle montre, une fois de plus, à quel point
les forces mystiques qui ont toujours régi le monde continuent à le régir encore.

L'Europe civilisée, qui croyait en avoir fini avec les luttes religieuses, se trouve, au contraire, plus que jamais menacée par elles.

Ce n'est
pas seulement contre l'Islamisme, mais contre le socialisme et le communisme, devenus des religions nouvelles, que les civilisations vont avoir à combattre. L'heure de la paix et du repos semble bien lointaine.

A suivre...

Posté par Adriana Evangelizt

 

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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 14:00

La première partie se trouve ICI...

 

Le déséquilibre du monde 2

par Gustave Le Bon

1924

2ème partie

Première partie

Chapitre IV

Conséquences politiques des erreurs de psychologie

Suite

La troisième des erreurs énumérées plus haut, celle d'avoir empêché, par tous les moyens possibles, l'introduction en France après la paix des produits allemands accumulés pendant la guerre, est une de celles qui ont le plus contribué à l'établissement de la vie chère.

Cette interdiction ne résulta pas, bien entendu, des décisions de la Conférence de la Paix, mais
uniquement de notre gouvernement.

Il fut, d'ailleurs,
le seul à commettre pareille faute. Plus avisées, l'Amérique et l'Angleterre ouvrirent largement leurs portes aux produits venus d'Allemagne et profitèrent du bon marché de ces produits pour aller s'en approvisionner et réduire ainsi le prix de la vie dans leur pays.

Commercer de préférence avec des pays dont le change est favorable constitue une notion économique tellement évidente, tellement élémentaire, que l'on ne conçoit pas qu'il ait pu exister un homme d'État incapable de la comprendre.

Les illusoires raisons de nos interdictions d'importation, ou, ce qui revient au même, de nos taxes douanières prohibitives, étaient de favoriser quelques fabricants impuissants, d'ailleurs, à produire la dixième partie des objets dont la France avait besoin.

Pour plaire à quelques industriels, le public en fut réduit à payer trois à quatre fois trop cher aux négociants anglais et américains des produits qu'ils auraient pu se procurer à très bon marché en Allemagne et que nous pouvions y acheter comme eux.

Les erreurs psychologiques que nous venons d'examiner furent
commises au moment de la paix. Depuis cette époque, les hommes d'État européens en ont accumulé bien d'autres.

Une des plus graves, puisqu'elle faillit compromettre la sécurité de l'Europe, fut
l'attitude prise à l'égard de la Pologne par le ministre qui dirigeait alors les destinées de l'Angleterre.

Espérant
se concilier les communistes russes, ce ministre n'hésita pas à conseiller publiquement aux Polonais d'accepter les invraisemblables conditions de paix proposées par la Russie, notamment un désarmement dont la première conséquence eût été le pillage de la Pologne, d’effroyables massacres et l'invasion de l'Europe.

Pour bien montrer sa bonne volonté aux bolchevistes, le même Ministre
interdisait, contre tout droit d'ailleurs, le passage par Dantzig des munitions destinées aux Polonais et il obtenait du gouvernement belge la même interdiction pour Anvers.

Le résultat de cette intervention fut d'abord de provoquer chez les neutres – sans parler de la France –
une indignation très vive. Voici comment s'exprimait à ce sujet Le Journal de Genève :


« Ces
deux actes d'hostilité contre la Pologne ont causé aux admirateurs de l'Angleterre une stupéfaction extraordinaire et une douloureuse déception. Aujourd'hui, ces admirateurs disent ceci :

L'Angleterre, grâce au sang non seulement anglais, mais français, belge, italien, polonais,
est, aujourd'hui, en sûreté dans son île. La France, la Belgique, la Pologne, restent aux avant-postes, exposées en première ligne.

L'Angleterre
croit-elle qu'il soit conforme à ses traditions de loyauté, qu'il soit même conforme à son intérêt le plus évident, de laisser ses alliés s'épuiser dans la lutte pour arrêter le bolchevisme en marche vers l'Occident, sans user de toute son influence et de toutes ses forces pour leur venir en aide? »

Les intérêts commerciaux qui déterminèrent l'orientation politique de l'homme d'État anglais étaient faciles à voir. Ce qu'il n'a pas aperçu, ce sont les, conséquences pouvant résulter de sa conduite à l'égard des Polonais.

Si la Pologne, cédant aux suggestions anglaises, avait renoncé à la lutte, le Bolchevisme, allié à
l’Islamisme, si maladroitement traité en Turquie, fût devenu plus dangereux encore qu'il ne l'est aujourd’hui.

La Pologne vaincue, l'alliance de la Russie bolcheviste avec l'Allemagne était certaine.

Fort heureusement pour nous, – et plus encore, peut-être, pour l'Angleterre, – notre gouvernement eut une vision autrement nette de la situation que l'Angleterre.

Bien que le cas des Polonais semblât désespéré, puisque l'armée rouge était aux portes de Varsovie, notre président du conseil n'hésita pas à les secourir non seulement par
l'envoi de munitions, mais surtout en faisant diriger leurs armées par le chef d'état-major du maréchal Foch. Grâce à l'influence de ce général, les Polonais, qui reculaient toujours sans paraître se soucier de combattre, reprirent courage, et quelques manœuvres habiles transformèrent leurs persistantes défaites en une éclatante victoire.

Ses conséquences furent immédiates : la Pologne délivrée, les espérances de l'Allemagne déçues, le bolchevisme refoulé, l'Asie moins menacée.

Pour arriver à ces résultats, il avait suffi de voir juste et d'agir vite. On ne saurait trop louer nos gouvernants d'avoir fait preuve de qualités qui, depuis quelque temps, devenaient exceptionnelles chez eux.


*
* *


La politique européenne
vit d'idées anciennes correspondant à des besoins disparus. La notion moderne d'interdépendance des peuples et la démonstration de l'inutilité des conquêtes n'ont aucune influence sur la conduite des diplomates. Ils restent persuadés qu'une nation peut s'enrichir en ruinant le commerce d’une autre et que l'idéal pour un pays est de s'agrandir par des conquêtes.

Ces
conceptions usées semblent choquantes aux peuples que n'agitent pas nos préjugés et nos passions ataviques.

Un journal du Brésil en exprimait son étonnement dans les lignes suivantes qui traduisent bien les idées du nouveau monde :


« Tous les peuples du vieux continent, quels qu'ils soient, ont
une conception antique du monde et de la vie. Que veulent-ils ? Prendre. Que voient-ils dans la fin d'une guerre ? L'occasion de recevoir le plus qu'ils peuvent. C'est la conception antique, c'est le passé de nombreux siècles se faisant toujours sentir chez les grands esprits, comme dans les masses, même dans les milieux socialistes et ouvriers, où les idées sont confuses et les appétits exaspérés simplement par égoïsme de classes. »


Les hommes d'État européens parlent bien quelquefois
le langage du temps présent mais ils se conduisent avec les idées des temps passés. L'Angleterre proclame très haut le principe des nationalités, mais elle s'empare ou tente de s'emparer de l'Égypte, de la Perse, des colonies allemandes, de la Mésopotamie, etc. Les nouvelles petites républiques fondées avec les débris des anciens empires professent, elles aussi, de grands principes, mais tâchent également de s'agrandir aux dépens de leurs voisins.

La paix ne s'établira en Europe que
quand l'anarchie créée par les erreurs de psychologie ne dominera plus les âmes. Il faut, parfois, bien des années pour montrer à un peuple les dangers de ses illusions.


*
* *


La guerre ayant
bouleversé les doctrines guidant les chefs d'armée comme celles dont s'alimentait la pensée des hommes d'État, un empirisme incertain reste leur seul guide.

Cet état mental a été bien mis en évidence dans un discours prononcé par un président du Conseil devant le Parlement français.

« Nous avons fait, disait-il,
la guerre dans l'empirisme et la paix aussi parce qu'il est impossible que ce soit autrement. De doctrines économiques, il n'en est chez personne ici. »

L'empirisme représente forcément la période de début de toutes les sciences, mais en progressant elles réussissent à tirer de l'expérience des lois générales permettant de
prévoir la marche des phénomènes et de renoncer à l'empirisme.

Nul besoin d'empirisme par exemple, pour savoir que
quand un corps tombe librement dans l'espace, sa vitesse à un moment donné est proportionnelle au temps de sa chute et l'espace parcouru au carré du même temps.

Les lois physiques sont tellement certaines, que lorsqu'elles semblent ne pas se vérifier on est sûr qu'intervient
une cause perturbatrice, dont il est possible de déterminer la grandeur. Ainsi l'astronome Leverrier constatant qu'un certain astre ne paraissait plus obéir rigoureusement aux lois de l'attraction, en conclut que sa marche devait être troublée par l'influence d'une planète inconnue. De la perturbation observée, fut déduite la position de l'astre produisant cette perturbation et on le découvrit bientôt à la place indiquée.

La psychologie et l'économie politique sont soumises, comme d'ailleurs tous les phénomènes de la nature, à des lois immuables, mais ces lois, nous en connaissons très peu, et celles connues subissent tant d'influences perturbatrices qu'on arrive à douter des plus certaines, alors même qu'elles ont de nombreuses expériences pour soutien.

Il est visible que
les gouvernants européens n'ont possédé, ni pendant la guerre, ni depuis la paix, aucune règle fixe de conduite. Leur oubli de certaines lois économiques et psychologiques n'empêche pas l'existence de ces lois. De leur méconnaissance ils furent souvent victimes.




Livre I : Le déséquilibre politique


Chapitre III



La paix des professeurs.




Aux erreurs de psychologie précédemment énumérées il faut ajouter les illusions qui présidèrent à la rédaction du traité de paix. Leur importance va être montrée dans ce chapitre.

Peu d'hommes possédèrent au cours de l'Histoire un pouvoir égal à celui du président Wilson lorsque, débarqué en Europe, il dicta les conditions de la paix. Pendant la rayonnante période de sa puissance, le représentant du nouveau monde resta enveloppé d'un prestige que les Dieux et les Rois n'obtinrent pas toujours au même degré.

À entendre ses merveilleuses promesses, une nouvelle lumière allait éclairer l'univers. Aux peuples sortis d'un effroyable enfer et redoutant d'y être replongés apparaissait l'aurore d'une paix éternelle.
Un âge de fraternité remplacerait l'ère des carnages et des dévastations.

Ces vastes espoirs ne durèrent
pas longtemps. La réalité prouva bientôt que les traités si péniblement élaborés n'avaient eu d'autres résultats que de précipiter l'Europe dans l'anarchie et l'Orient dans une série d'inévitables guerres. La presque totalité des petits États créés en découpant d'antiques monarchies, envahirent bientôt leurs voisins et aucune intervention des grandes puissances ne réussit, pendant de longs mois, à calmer leurs fureurs.

Des diverses causes qui transformèrent en désillusions de grandes espérances, une des plus actives fut
la méconnaissance de certaines lois psychologiques fondamentales qui, depuis l’origine des âges, dirigent la vie des nations.

Le
président Wilson était le seul personnage assez puissant pour imposer, avec le morcellement de l'Europe, une série des conditions de paix dont on a pu dire qu'elles faisaient hurler le bon sens. Nous savons, aujourd'hui, qu'il ne fut pas leur unique auteur.

Les révélations de l'ambassadeur américain Elkus, que reproduisit le Matin, ont appris que les diverses clauses du traité avaient été rédigées par une petite phalange de professeurs.

« Lorsque le président Wilson confia au colonel House la mission de choisir les futurs délégués, il stipula :

« – Je ne veux
que des professeurs de l'Université.

« – Vainement, le colonel tenta de rappeler que l'Amérique possédait de grands ambassadeurs, des industriels qui sont les premiers de la terre, des hommes d'État qui avaient une profonde expérience de l'Europe :

« –
Je ne veux que des professeurs, répéta le président. »

Ce fut donc une cohorte de professeurs qui peuplèrent les commissions. « Penchés sur les textes,
et non sur les âmes, ils interrogeaient les grands principes abstraits et fermaient les yeux devant les faits. » La paix devint ainsi ce que l'ambassadeur Elkus appelle « une paix de professeurs ». Elle montra, une fois de plus, à quel point des théoriciens pleins de science, mais étrangers aux réalités du monde, peuvent être dépourvus de bon sens, et, par conséquent, dangereux.


*
* *


La traité de paix comprenait, en réalité, deux parties distinctes :

1° Création
d'États nouveaux, aux dépens surtout de l'Autriche et de la Turquie ;

2° Constitution d
'une Société des Nations, destinée à maintenir une paix perpétuelle.

En ce qui concerne la création d'États nouveaux aux dépens de l'Autriche et de la Turquie, l'expérience montra vite, comme je l'ai déjà indiqué plus haut, ce que valait une telle conception. Ses premiers résultats furent
d'installer pour longtemps dans ces pays la ruine, l'anarchie et la guerre. On vit alors combien fut chimérique la prétention de refaire à coups de décrets des siècles d'Histoire. C'était une bien folle entreprise de découper de vieux empires en provinces séparées, sans tenir compte de leurs possibilités d'existence. Tous ces pays nouveaux, divisés par des divergences d'intérêts et des haines de races, ne possédant aucune stabilité économique, devaient forcément entrer en conflit.

La minuscule Autriche actuelle est
un produit des formidables illusions politiques qui conduisirent le maître du Congrès à désagréger une des plus vieilles monarchies du monde.

Que pourront les Alliés quand l'Autriche, réduite à la dernière misère,
reconnaîtra qu'elle ne saurait vivre qu'en s'unissant à l'Allemagne ? C'est alors seulement que les auteurs du Traité de paix constateront l'erreur commise en détruisant le bloc aussi utile que peu dangereux constitué par l'ancienne Autriche.

Prétendre
refaire avec une feuille de papier l'édifice européen lentement édifié par mille ans d'histoire, quelle vanité!

M. Morgenthau, ambassadeur d'Amérique, a fait récemment des petits États fabriqués par les décisions du Congrès la description suivante :

« Quel tableau que celui de l'Europe centrale aujourd'hui ! Ici,
une poussière de petites républiques sans force physique réelle, sans industrie, sans armée, ayant tout à créer, cherchant surtout à s'étendre territorialement sans savoir si elles auront la force de tout administrer, de tout vérifier. Et là, un État compact de 70 millions d'hommes qui savent la valeur de la discipline, qui savent qu'il s'en est fallu de quelques pouces qu'ils asseyent leur domination sur le monde entier, qui n'ont rien oublié de leurs espoirs, et qui n'oublieront rien de leurs rancunes. »


*
* *


L'Angleterre respecta les utopies du président Wilson, de solides réalités lui étant accordées en échange de cette tolérance. Gagnant d'immenses territoires, qui en firent la véritable bénéficiaire de la guerre, elle n'avait aucun intérêt à s'opposer aux parties du traité ne la concernant pas.

Restée seule,
la France dut subir toutes les exigences de l'idéologie wilsonienne, exigences d'autant plus intransigeantes qu'elles prétendaient dériver de la pure raison.

La manifeste erreur du président Wilson et de son équipe d'universitaires fut ju
stement de croire à cette puissance souveraine de la raison sur la destinée des peuples. L'Histoire tout entière aurait dû leur enseigner, pourtant, que les sentiments et les passions sont les vrais guides des collectivités humaines et que les influences rationnelles ont, sur elles, une bien minime action.

La politique, c'est-à-dire
l'art de conduire les hommes, demande des méthodes fort différentes de celles qu'utilisent les professeurs. Elles doivent toujours avoir pour base cette notion fondamentale que les sentiments s'influencent, je le répète encore, avec des sentiments et non avec des arguments rationnels.


*
* *


La
constitution de la Société des Nations, bien que distincte du traité de paix, lui reste intimement liée. Son but était, en effet, de maintenir cette paix.

Elle débuta par un éclatant échec :
refus du Sénat américain de s'associer à la création du président Wilson.

Idéalistes, parfois les dirigeants de l'Amérique conservent cependant
une claire vision des réalités, et les discours des professeurs ne les influencent guère. Le successeur de M. Wilson a résumé les motifs de leur refus dans les termes suivants :

« Le seul covenant que nous acceptons est
le covenant de notre conscience. Il est préférable au contrat écrit qui fait litière de notre liberté d'action et aliène nos droits entre les mains d'une alliance étrangère. Aucune assemblée mondiale, aucune alliance militaire ne forcera jamais les fils de cette République à partir en guerre. Le suprême sacrifice de leur vie ne pourra jamais leur être demandé que pour l'Amérique et pour la défense de son honneur. Il y a là une sainteté de droit que nous ne déléguerons jamais à personne. »

Nous aurons à parler plus loin de
la Société des Nations. Construite sur des données contraires à tous les principes de la psychologie elle n'a fait que justifier les opinions de l'Amérique en montrant son inutilité et son impuissance. Il fallait en vérité une dose prodigieuse d'illusions pour s'imaginer qu'un grand pays comme les États-Unis consentirait à se soumettre aux ordres d'une petite collectivité étrangère sans prestige et sans force. C'eût été admettre l'existence en Europe d'une sorte de super gouvernement dont les décisions eussent régi le monde.

Troisième partie

Posté par Adriana Evangelizt



 

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Published by Adriana Evangelizt - dans TEXTES A LIRE
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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 01:03

Gustave Le Bon a écrit Le déséquilibre du monde en 1924 mais quand on le lit, on a l'impression qu'il est d'époque. Impressionnant. Il parle là de la guerre 14-18 pour analyser le manque d'anticipation des élites par leur ignorance de la connaissance de l'âme des Peuples.  

Le déséquilibre du monde 1

par Gustave Le Bon

1924

Introduction

La physionomie actuelle du monde


Les civilisations modernes se présentent sous deux faces, tellement dissemblables, tellement contradictoires, que vues d'une planète lointaine, elles sembleraient appartenir à deux mondes entièrement différents.

Un de ces mondes est celui de la science et de ses applications. Des édifices qui le composent rayonnent les éblouissantes clartés de l'harmonie et de la vérité pure.

L'autre monde est le ténébreux domaine de la vie politique et sociale. Ses chancelantes constructions restent enveloppées d'illusions, d'erreurs et de haines. Des luttes furieuses le ravagent fréquemment.

Cet éclatant contraste entre les divers domaines des grandes civilisations tient à ce que chacun d'eux est formé
d'éléments n'obéissant pas aux mêmes lois et n'ayant pas de commune mesure.

La vie sociale est régie par
des besoins, des sentiments, des instincts légués par l'hérédité et qui pendant des entassements d'âges, représentèrent les seuls guides de la conduite.

Dans cette région, l'évolution progressive demeure très faible. Les sentiments qui animaient nos premiers aïeux :
l'ambition, la jalousie, la férocité et la haine, restent inchangés.

Durant des périodes, dont la science révèle l'accablante longueur,
l'homme se différencia peu du monde animal qu'il devait tant dépasser intellectuellement un jour.

Restés les égaux des animaux dans le domaine de la vie organique, nous les dépassons à peine dans la sphère des sentiments. C'est seulement dans le cycle de l'intelligence que notre supériorité est devenue immense. Grâce à elle les continents ont été rapprochés, la pensée transmise d'un hémisphère à l'autre avec la vitesse de la lumière.

Mais
l'intelligence qui, du fond des laboratoires, réalise tant de découvertes n'a exercé jusqu'ici qu'un bien faible rôle dans la vie sociale. Elle reste dominée par des impulsions que la raison ne gouverne pas. Les sentiments et les fureurs des premiers Âges ont conservé leur empire sur l’âme des peuples et déterminent leurs actions.


*
* *


La compréhension des événements n'est possible
qu'en tenant compte des différences profondes séparant les impulsions affectives et mystiques des influences rationnelles. Elles expliquent pourquoi des individus d'une intelligence supérieure ont accepté, à toutes les époques, les plus enfantines croyances : l'adoration du serpent ou celle de Moloch, par exemple. Des millions d'hommes sont dominés encore par les rêveries d'illustres hallucinés fondateurs de croyances religieuses ou politiques. De nos jours, les chimères communistes ont eu la force de ruiner un gigantesque empire et de menacer plusieurs pays.

C'est également parce que
le cycle de l'intelligence a peu d'action sur celui des sentiments qu'on vit, dans la dernière guerre, des hommes de haute culture incendier des cathédrales, massacrer des vieillards et ravager des provinces, pour l'unique satisfaction de détruire.



*
* *


Nous ignorons le rôle que la raison exercera un jour sur la marche de l'histoire.
Si l'intelligence n'en conserve d'autre que de fournir aux impulsions sentimentales et mystiques qui continuent à mener le monde des procédés de dévastation plus meurtriers chaque jour, nos grandes civilisations sont vouées au sort des grands empires asiatiques, que leur puissance ne sauva pas de la destruction et dont le sable recouvre aujourd'hui les derniers vestiges.

Les futurs historiens, méditant alors sur les causes de ruine des sociétés modernes, diront sans doute qu'elles périrent parce que
les sentiments de leurs défenseurs n'avaient pas évolué aussi vite que leur intelligence.  


*
* *


La complication des problèmes sociaux qui agitent aujourd'hui la vie des peuples tient en partie à la difficulté de concilier des intérêts contradictoires.

Pendant la paix les divergences entre peuples et entre classes d'un même peuple existent également, mais les nécessités de la vie finissent par équilibrer les intérêts contraires. L'accord ou tout au moins un demi-accord s'établit.

Cette entente
toujours précaire ne survit pas aux profonds bouleversements comme ceux de la grande guerre. Le déséquilibre remplace alors l'équilibre. Libérés des anciennes contraintes, les sentiments, les croyances, les intérêts opposés renaissent et se heurtent avec violence.

Et c'est ainsi que depuis les débuts de la guerre le monde est entré dans une phase de déséquilibre dont il ne réussit pas à sortir.

Il en sort d'autant moins que
les peuples et leurs maîtres prétendent résoudre des problèmes entièrement nouveaux avec des méthodes anciennes qui ne leur sont plus applicables aujourd'hui.

Les
illusions sentimentales et mystiques qui enfantèrent la guerre dominent encore pendant la paix. Elles ont créé les ténèbres dans lesquelles l’Europe est plongée et qu'aucun phare directeur n'illumine encore.



*
* *


Pour que les menaces dont l'avenir paraît enveloppé soient évitées, il faut étudier sans passions et sans illusions les problèmes qui se dressent de toutes parts et les répercussions dont ils sont chargés. Tel est le but du présent ouvrage.

Cet avenir, d'ailleurs, est surtout
en nous-mêmes et tissé par nous-mêmes. N'étant pas fixé comme le passé, il peut se transformer sous l'action de nos efforts. Le réparable du présent devient bientôt l'irréparable de l'avenir. L'action du hasard, c’est-à-dire des causes ignorées, reste considérable dans la marche du monde, mais il n'empêcha jamais les peuples de créer leur destinée.




Gustave Le Bon, Le déséquilibre du monde (1923)


Livre I

Le déséquilibre politique



L’évolution de l’idéal





J'ai, souvent, étudié au cours de mes livres le rôle prépondérant
de l'idéal dans la vie des peuples. Il me faut cependant y revenir encore, car l'heure présente s'affirme de plus en plus comme une lutte d'idéals contraires. Devant les anciens idéals religieux et politiques dont la puissance a pâli se dressent, en effet, des idéals nouveaux qui prétendent les remplacer.

L'histoire montre facilement
qu'un peuple, tant qu'il ne possède pas des sentiments communs, des intérêts identiques, des croyances semblables, ne constitue qu'une poussière d'individus, sans cohésion, sans durée et sans force.

L'unification qui fait
passer une race de la barbarie à la civilisation s'accomplit par l'acceptation d'un même idéal. Les hasards des conquêtes ne le remplacent pas.

Les
idéals susceptibles d'unifier l’âme d'un peuple sont de nature diverse : culte de Rome, adoration d'Allah, espoir d'un paradis, etc. Comme moyen d'action leur efficacité est la même dès qu'ils ont conquis les cœurs.

Avec
un idéal capable d'agir sur les âmes un peuple prospère. Sa décadence commence quand cet idéal s'affaiblit. Le déclin de Rome date de l'époque où les Romains cessèrent de vénérer leurs institutions et leurs dieux.


*
* *


L'idéal de chaque peuple contient des éléments très stables, l'amour de la patrie, par exemple, et d'autres qui varient d'âge en âge, avec les besoins matériels, les intérêts, les habitudes mentales de chaque époque.

À ne considérer que
la France, et depuis une dizaine de siècles seulement, il est visible que les éléments constitutifs de son idéal ont souvent varié. Ils continuent à varier encore.

Au moyen âge, les éléments théologiques prédominent, mais la féodalité, la chevalerie, les croisades, leur donnent une physionomie spéciale. L'idéal reste cependant dans le ciel, et orienté par lui.

Avec
la Renaissance, les conceptions se transforment. Le monde antique sort de l'oubli et change l'horizon des pensées. L'astronome l'élargit en prouvant que la terre, centre supposé de l'univers, n'est qu'un astre infime perdu dans l'immensité du firmament. L'idéal divin persiste, sans doute, mais il cesse d'être unique. Beaucoup de préoccupations terrestres s'y mêlent. L'art et la science dépassent parfois en importance la théologie.

Le temps s'écoule et
l'idéal évolue encore. Les rois, dont papes et seigneurs limitaient jadis la puissance, finissent par devenir absolus. Le XVIIe siècle rayonne de l'éclat d'une monarchie qu'aucun pouvoir ne conteste plus. L'unité, l'ordre, la discipline, règnent dans tous les domaines. Les efforts autrefois dépensés en luttes politiques se tournent vers la littérature et les arts qui atteignent un haut degré de splendeur.

Le déroulement des années continue et
l'idéal subit une nouvelle évolution. À l'absolutisme du XVIIe siècle succède l'esprit critique du XVIIIe. Tout est remis en question. Le principe d'autorité pâlit et les anciens maîtres du monde perdent le prestige d'où dérivait leur force. Aux anciennes classes dirigeantes : royauté, noblesse et clergé, en succède une autre qui conquiert tous les pouvoirs. Les principes qu'elle proclame, l'égalité surtout, font le tour de l'Europe et transforment cette dernière en champ de bataille pendant vingt ans.

Mais comme
le passé ne meurt que lentement dans les âmes les idées anciennes renaissent bientôt. Idéals du passé et idéals nouveaux entrent en lutte. Restaurations et révolutions se succèdent pendant près d'un siècle.

Ce qui restait
des anciens idéals s'effaçait cependant de plus en plus. La catastrophe dont le monde a été récemment bouleversé fit pâlir encore leur faible prestige. Les dieux, visiblement impuissants à orienter la vie des nations, sont devenus des ombres un peu oubliées.

S'étant également montrées impuissantes, les plus antiques monarchies se virent
renversées par les fureurs populaires. Une fois encore l'idéal collectif se trouva transformé.

Les peuples déçus cherchent maintenant à se protéger eux-mêmes. À la dictature des dieux et des rois, ils prétendent substituer celle du prolétariat.

Ce nouvel idéal se formule, malheureusement pour lui, à une époque où,
transformé par les progrès de la science, le monde ne peut plus progresser que sous l'influence des élites. Il importait peu jadis à la Russie de ne pas posséder les capacités intellectuelles d'une élite. Aujourd'hui, le seul fait de les avoir perdues l'a plongée dans un abîme d'impuissance.

Une des difficultés de l'âge actuel résulte de ce qu'il n'a
pas encore trouvé un idéal capable de rallier la majorité des esprits.

Cet idéal nécessaire, les démocraties triomphantes
le cherchent mais ne le découvrent pas. Aucun de ceux proposés n'a pu réunir assez d'adeptes pour s'imposer.

Dans l'universel désarroi,
l'idéal socialiste essaye d'accaparer la direction des peuples mais étranger aux lois fondamentales de la psychologie et de la politique, il se heurte à des barrières que les volontés ne franchissent plus. Il ne saurait donc remplacer les anciens idéals.


*
* *


Dans une des cavernes rocheuses dominant la route de Thèbes, en Béotie, vivait jadis, suivant la légend
e, un être mystérieux proposant des énigmes à la sagacité des hommes, et condamnant à périr ceux qui ne les devinaient pas.

Ce conte symbolique traduit clairement le fatal dilemme :
deviner ou périr, qui a tant de fois surgi aux phases critiques de l'histoire des nations. Jamais peut-être, les grands problèmes dont la destinée des peuples dépend, ne furent plus difficiles qu'aujourd'hui.

Bien que
l'heure d'édifier un idéal nouveau n'ait pas sonné il est déjà possible cependant de déterminer les éléments devant entrer dans sa structure, et ceux qu'il faudra nécessairement rejeter. Plusieurs pages de notre livre seront consacrées à cette détermination.






Livre I : Le déséquilibre politique


Chapitre II

Conséquences politiques des erreurs de psychologie





Le défaut de prévision d'événements prochains et l'inexacte observation d'événements présents furent fréquents pendant la guerre et depuis la paix.

L'imprévision s'est révélée à toutes les périodes du conflit. L'Allemagne n'envisagea ni l'entrée en guerre de l'Angleterre, ni celle de l'Italie, ni surtout celle de l'Amérique.
La France ne prévit pas davantage les défections de la Bulgarie et de la Russie, ni d'autres événements encore.

L'Angleterre ne montra pas une perspicacité plus grande. J'ai rappelé ailleurs que, trois semaines avant l'armistice, son ministre des affaires étrangères,
ne soupçonnant nullement la démoralisation de l'armée allemande, assurait dans un discours que la guerre serait encore très longue.

La
difficulté de prévoir des événements même rapprochés se conçoit ; mais celle qu'éprouvent les gouvernants à savoir ce qui se passe dans des pays où ils entretiennent à grands frais des agents chargés de les renseigner est difficilement compréhensible.

La
cécité mentale des agents d'information vient sans doute de leur impuissance à discerner le général dans les cas particuliers qu'ils peuvent observer.

En dehors
des lourdes erreurs de psychologie qui nous coûtèrent la ruine de plusieurs départements mais dont je n'ai pas à m'occuper ici, plusieurs fautes, chargées de redoutables conséquences, ont été commises depuis l'armistice.

La première fut de n'avoir
pas facilité la dissociation des différents États de l'Empire allemand, dissociation spontanément commencée au lendemain de la défaite.

Une autre erreur fut de
favoriser une désagrégation de l'Autriche, que l'intérêt de la paix européenne aurait dû faire éviter à tout prix.

Une erreur moins importante mais grave encore fut
d'empêcher l'importation en France des stocks accumulés par l'industrie allemande pendant la guerre.


*
* *


Examinons l'engrenage des conséquences issues de ces erreurs.

La première fut capitale. Ainsi que je l'avais dit et répété, bien avant la conclusion du traité de paix, il eût été d'un intérêt majeur pour la sécurité du monde de
favoriser la division de l'Allemagne en États politiquement séparés, comme ils l'étaient avant 1870.

La tâche se trouvait grandement facilitée, puisque l'Allemagne, après sa défaite, se divisa spontanément
en plusieurs républiques indépendantes.

Cette séparation n'eût
pas été du tout artificielle. C'est l'unité, au contraire, qui était artificielle, puisque l'Allemagne se compose de races différentes, ayant droit à une vie autonome, d'après le principe même des nationalités si cher aux Alliés.

Il avait fallu la main puissante de la Prusse et cinquante ans de caserne et d'école pour agréger en un seul bloc des pays séculairement distincts et professant les uns pour les autres
une fort médiocre sympathie.

Seuls, les avantages de cette unité avaient pu la maintenir. Ces avantages disparaissant, elle devait s'écrouler. Ce fut d'ailleurs ce qui en arriva au lendemain de la défaite.

Favoriser une telle division, en attribuant de meilleures conditions de paix à quelques-unes des républiques nouvellement fondées, eût permis de stabiliser la dissociation spontanément effectuée.

Les Alliés ne l'ont pas compris, s'imaginant sans doute qu'ils obtiendraient
plus d'avantages du bloc allemand que d'États séparés.

Maintenant, il est trop tard. Les gouvernants allemands ont
profité des interminables tergiversations de la Conférence de la Paix pour refaire péniblement leur unité.

Elle est, actuellement, complète. Dans la nouvelle constitution allemande, l'Empire semble partagé en une série d'États libres et égaux. Simple apparence. Tout ce qui ressort de la législation appartient à l'Empire. Les États confédérés sont bien moins autonomes, en réalité, qu'ils ne l'étaient avant la guerre. Ne représentant que de simples provinces de l'Empire,
ils restent aussi peu indépendants que le sont les provinces françaises du pouvoir central établi à Paris.

Le seul changement réel opéré dans la nouvelle unité allemande c'est que
l'hégémonie exercée jadis par la Prusse ne lui appartient plus.


*
* *


L'erreur politique consistant à favoriser
la désagrégation de l'Autriche fut encore plus grave. Certes, l'Autriche était un empire vermoulu, mais il possédait des traditions, une organisation ; en un mot, l'armature que les siècles seuls peuvent bâtir.

Avec
quelques illusions en moins et un peu de sagacité en plus, la nécessité de conserver l'Empire d'Autriche fût nettement apparue.

L'Europe entrevoit déjà et verra de plus en plus, ce que lui coûtera la dissolution de l'Autriche en petits États sans ressources, sans avenir et qui à peine formés entrèrent en conflit les uns contre les autres.

C'est surtout en raison des nouvelles conflagrations dont tous ces fragments d'États menacent l'Euro
pe, que le Sénat américain refusa d'accepter une Société des Nations qui pourrait obliger les États-Unis à intervenir dans les rivalités des incivilisables populations balkaniques.

La désagrégation de l'Autriche aura
d'autres conséquences encore plus graves. Une des premières va être, en effet, d'agrandir l'Allemagne du territoire, habité par les neuf à dix millions d'Allemands représentant ce qui reste de l'ancien empire d'Autriche. Sentant leur faiblesse, ils se tournent déjà vers l’Allemagne et demandent à lui être annexés.

Sans doute
, les Alliés s’opposent à cette annexion. Mais comment pourront-ils l'empêcher toujours puisque les Autrichiens de race allemande invoquent, pour réclamer leur annexion, le principe même des nationalités, c'est-à-dire le droit pour les peuples de disposer d'eux-mêmes, droit hautement proclamé par les Alliés ?

Et ici apparaît, une fois encore, comme il apparut si fréquemment dans l'histoire,
le danger des idées fausses. Le principe des nationalités, qui prétend remplacer celui de l'équilibre, semble fort juste au point de vue rationnel, mais il devient très erroné quand on considère que les hommes sont conduits par des sentiments, des passions, des croyances et fort peu par des raisons.

Quelle application peut-on faire de cet illusoire principe dans des pays où, de province en province, de village en village, et souvent dans le même village, subsistent
des populations de races, de langues, de religions différentes, séparées par des haines séculaires et n'ayant d'autre idéal que de se massacrer ?

Deuxième partie


Posté par Adriana Evangelizt

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6 avril 2007 5 06 /04 /avril /2007 21:48

 

 

Pourquoi ne pas faire profiter les Profanes de certaines publications ou revues censées éveiller la conscience de Toutes et de Tous sur la Symbolique du Monde et de la Position de l’Homme libre et de bonnes mœurs dans celui-ci ?

Je ne suis pas de ceux qui cherchent le Secret avant tout autre chose : ce qui compte c’est de se sentir bien en nous et, si pour cela, il faut en passer par l’ouverture vers les Profanes, l’Initié que je suis en trouve une force décuplée : halte aux secrets dévoyés ! mais gare à l’Homme qui se cache sous le sceau du secret pour mener des « combines » qui ne correspondent en rien à la Maçonnerie Traditionnelle.

En Apparté, et pour vous offrir quelques textes personnels sur la Maçonnerie, voici ici une « Planche », épurée des secrets inviolables inhérant à ma Nouvelle Vie et de mes Nouveaux Devoirs. Le sujet ? Regardez plus bas :

«La sincérité, un Principe Maçonnique ?»

Constatations de la part d’un App.°. .

par Christophe Hinderchiette

 

 

Ven.°. M.°., et vous toutes et tous mes BB.°. AA.°. SS.°. et FF.°. en vos grades et qualités,

On peut toujours tenter de définir la sincérité, il restera toujours de multiples définitions de ce terme dans la vie profane car il fait appel à l’affect de chaque individu.

Mais dans l’enseignement maçonnique, ce terme a un sens profond qui rattache tous les maçons entre eux : la sincérité se doit d’être un principe de tous au service de l’enseignement maçonnique de chacun.

Quand un Profane est reçu en Loge afin de soutenir son entrée, il lui faut rapidement se rendre compte que, dès les premières questions, ses interlocuteurs ont cerné ses principales qualités et défauts. Les questions qu’ils posent ensuite sont dans ce sens une découverte autant pour le Profane que pour ses interlocuteurs de ce qu’il Est réellement.

Il est dès cet instant plus facile de répondre avec franchise qu’en tentant de masquer un comportement qui, de toute manière, sera détecté par les F.°. Maç.°.

Car si les Maçons savent reconnaître la Sincérité d’un Candidat, c’est uniquement parce que l’enseignement maçonnique prodigue la culture de la tolérance, sous couvert de savoir -sous forme de symbolisme et d‘Histoire-, et qu’un homme honnête se doit, à chaque instant, de l’être avec soi-même comme avec ses F.° en Loge.

Ce qui est primordial c’est d’arriver en Maçonnerie avec des intentions pures et aucunement pour obtenir un « carnet d’adresses » : ce genre de comportement est très vite repéré et tout profane venu chercher ce genre d’arrangement est rapidement écarté de la Chaîne d’Union unissant tous les Maçons, dignes et de bonnes mœurs.

La tenue d’Initiation : Gestation

Quel serait plus beau symbole que cette sincérité affichée par le Profane dénudé et, surtout, momentannément aveugle avec un bandeau lui couvrant les yeux ?

« Tu es venu ici en tant que Profane, les Maçons t’ont jugé digne de recevoir la Lumière : Pour entrer dans ce tunnel de la Mort vers la rennaissance, tu devras faire preuve de courage, de volonté mais aussi d’Honnêteté : la Chambre de Préparation t’as déja mise en garde : Vas-t’en si s’est la curiosité qui t’a amené ici ». Un premier travail de sincérité s’est déjà fait jour dans l’esprit du Candidat, mais si réellement il souhaite continuer son Parcours vers la Lumière, il va devoir affronter de terribles épreuves qui sont avant tout des épreuves pour l’esprit : il est nulle question ici d’être flagellé en public ou de recevoir des coups, mais uniquement de franchir certains passages, sous forme de cercles, pour tester la Volonté du Demandeur !

Ce sont des épreuves poussant le candidat à une réflexion intérieure intense où tous les sentiments traverseront son esprit à mesure de son avancée dans la cérémonie d’initiation symbolisée par l’avancée vers les cercles intérieurs.

Les Maçons des Temps Anciens ont crée ces niveaux comme des passages volontaires que le Profane se doit de franchir lui-même pour oser espérer atteindre la Lumière.

A cet instant, il est évident que le Visiteur comprend qu’on attend de lui Courage, Abnégation, Force … et Sincérité !

Eclosion


La force de l’Esprit est, ici, durant ces épreuves initiatiques, magnifiée de façon à ce qu’une introspection proche d’une phase de poussée, tel le nouveau-né à sa sortie, l’amène à ressentir les luttes qui l’agitent pour savoir si, réellement, il est mûr et si sa motivation est assez forte pour s’exposer à l’Inconnu, pour permettre à des personnes de le mener vers un chemin dont même son imagination n‘a aucune prise : son individualisme primaire lutte dans sa conscience pour lui intimer l’ordre de tout arrêter ! « Comment ose-t-il accepter d’être dirigé de la sorte ? » Son corps veut se rebeller : l’angoisse du Noir absolu se mêle à la crainte que jamais il ne redeviendra le même : toutes ses belles vérités seront peut-être remises en question, et ceci par la « faute » d’Hommes et de Femmes sûrement bien plus intelligents que lui : l’Ego l’amène à rechercher un compromis, la Sincérité l’amène à transcender ses propres instincts animaux pour accepter le soutien de ceux qui l’entourent : « Advienne que pourra ! Ils ne me mangeront peut-être pas durant leurs Agapes !!» J .

A son arrivée…

La Sincérité jouera toujours un rôle majeur dans le cheminement du Jeune App.°. tout au long de ses tenues, au contact des Maîtres l’entourant de leur patience et, par la-même, de leur compréhension.

Cette patience n’est pas qu’une vertu maçonnique mais appartient à tous les Hommes Intelligents sachant comprendre l‘Autre. Toutefois l’expérience maçonnique rend les Maîtres bien plus ouverts et conscients des difficultés de chaque nouveau venu : eux-mêmes ont eu besoin de leurs Maîtres pour répondre à nombre de questions qu’ils ont pu se poser lors de leurs premiers pas en Maçonnerie.

Que constate un Apprenti lors de son arrivée en Maç.°.? Tout d’abord le plaisir de ces Frères et Sœurs d’accueillir un nouveau Maillon dans la Chaîne. Le visage raillonnant de ses interlocuteurs l’incite immédiatement à prendre confiance en lui, de façon à « ressembler » à ceux qui lui font face. On peut parler de mimétisme, mais je crois que c’est avant tout une marque de respect que l’App.°. tente de témoigner à l’égard de la Loge et de ses membres pour leur signifier que la gentillesse dont ils font preuve à son égard est reçue de manière délicieuse dans son cœur de Jeune Initié.

Après les tumultes des épreuves, le premier symbole de cette nouvelle vie est le sentiment de la Lumière incarnée par la douceur des regards et la gentillesse dont font preuve les Maçons : il faut immédiatement panser les plaies qui ont pu s’ouvrir durant la Tenue d’Initiation. Après le Chaos vient l’Ordre !

Constatations en Loge

Les visages radieux remplis de tendresse de toute l’Assemblée amènent immédiatement l’App.°. à ressentir une immense chaleur dans son Cœur.

Les Profanes vivent ensemble et font en sorte de se supporter, ici les Maçons vivent leur Seconde Vie en parfaite harmonie : hors de question de hausser le ton ou de s’envoyer des noms d’oiseaux lors de la Tenue. Ici prime le respect de la Parole d’Autrui, le Silence permettant aux Apprentis de percevoir avec encore plus de force cette démarcation avec la Vie Profane. Les Maçons semblent, au yeux de notre App.°., sincères en acceptant avec honneur et un plaisir, parfois non dissimulé, les échanges verbaux mêlant courtoisie et respect -et il apprendra plus tard qu‘il a raison ! Chaque phrase employée est alors importante et représente toujours un moyen d’accomplissement intellectuel dans le but avoué de remplacer la Parole des nouveaux Initiés, qui leur est confisquée à leur entrée sur le Parvis, afin que ces derniers, s’enrichissent tout autant, et même au-delà, dans le silence.

Les Maîtres font preuve de Sincérité mais dans leurs discussions lors des Tenues puis des Agapes, il n’est pas question de dévoiler leur vie personnelle : Sincérité ne doit jamais être le paravent au voyeurisme et à la Curiosité malsaine mais au contraire une méthode pour faire ressentir aux App.°. que c’est en étant sincère, et en tout premier lieu avec soi-même, que naîtra l’échange fraternel.

Une Pédagogie de la naissance


L’accomplissement ne peut se faire que si nous sommes nous-mêmes !

L’Apprenti doit apprendre : l’enseignement maçonnique doit être apporté avec une pédagogie à l’image de chacun : le Maître se doit de se mettre au niveau du nouveau-né et lui faire acquérir les bases d’une compréhension qu’il construira, ensuite, seul. Mais jamais aucun enseignement ne devra se départir de la Sincérité qui guide les Enseignants à l’égard des Enseignés.

La Sincérité bouscule toutes les idées préconcues et offre un vivier fantastique de patience aux deux parties : c’est en étant sincère que les fautes sont pardonnées, c’est en suivant la route de son cœur que les embûches durant le chemin seront moins lourdes à porter. L’Apprenti apprend à étoffer ses connaissances par la patience et la démonstration de sa Sincérité : Avouer parfois sa méconnaissance nous côute peut-être beaucoup au départ, mais les réponses que l’on recoit nous enrichissent au centuple de ce que nous avons perdu. L’Apprenti comprend alors que la Sincérité paye !. Le mensonge, lui, est toujours, un jour ou l’autre, revélé.

La Reconnaissance pour Croissance

Face à la gentillesse des Maçons de toute âge et de tous niveaux, l’Apprenti, automatiquement, tentera de les remercier par les moyens qui lui sont permis d’utiliser : en premier lieu, par le respect des bornes qu’on lui intime de ne pas franchir. Ensuite, à mesure qu’il acquiert une confiance dans ce qui l‘entoure, comme pour le nouveau né s’habituant à la Lumière du Soleil, lui vient à l’esprit quelques initiatives comme se proposer à toutes sortes de travaux : il tient à montrer, ainsi, aux Maîtres l’entourant de leurs ailes, que ce qu’ils ont pû lui enseigner commence à porter ses fruits : les actes de tout ordre se veulent alors l’expression d’une gratitude magnifiée par l‘innocence du nouveau-né. Comme les Maîtres s’en doutent, les premiers gestes, qui ne sont aucunement des gestes démonstratifs d’indépendance, mais de témoignage de la part de l’Appenti et qui sont emplis de Sincérité touchante et innocente, sont gauches et empoulés : les Maîtres en prennent, sous cape, un immense ravissement : le Nouveau-Né, montre, fier, ses premiers pas et il le fait en guise de témoignage de Respect Infini pour ses Maîtres, qui lui offrent protection et enseignement.

Les premiers gestes sont assurément le signe que la Lumière a atteint le jeune App.°., mais parfois ils prennent des formes à la limite du risible. Loin de moi la croyance que tous osent faire leur premier pas en agissant avec déraison !! pourtant les premiers pas sont toujours source de comportements innocents et tendres et parfois, sont si peu Maçonniques, qu’un sourire peu subrepticement apparaître sur les lèvres d’un Maître.

Je ne suis pas de ceux qui croient qu’innocence rime obligatoirement avec sincérité, mais la gage d’une longue sincérité tient absolument au fait que l’Etre a gardé une part de naîveté généreuse, confinant à une innocence à l’égard de ses semblables.

Ouverture vers l’Indépendance


Quand les premiers gestes « indépendants » de l’App.°. se font jour, ils sont toujours marqué par le sceau de la reconnaissance envers les Maîtres qui ont été, pour lui, les plus généreux à son égard : la Mère recevra avant quiconque le premier sourire de son nouveau-né : merveilleux pour le Cœur, incommensurable douceur pour tout le travail accompli, pour tous ces mois où il a fallu donner plus que la Mère ne possédait : le sourire est le premier échange réel entre les Maçons Confirmés et l’Apprenti en quête d’un espace où affirmer son Moi.

Un Engagement vers l’Identité

Cette Sincérité du Cœur peut prendre, bien sûr, une multitude d’aspects allant, je l’ai dit, du travail à des gestes plus raffinés tels que l ‘écriture de planches innombrables, toutes dédiées à montrer à la Loge qu’elle a bien agi en acceuillant l’App.°. en son sein. Ceux qui en recoivent les premières ébauches sont également ceux dont l’Apprenti tient à montrer que, malgré le peu de richesse de son travail, tout ce que l’on peut en tirer de bénéfique leur est accordé.

C’est à ce moment là que les Maîtres devront être particulièrement vigilants quand aux actes entrepris par le jeune Maçon dans sa Nouvelle vie : ce sont les premiers actions témoignant de la fraîche assurance prise à l’aide de ses pairs, où l’App.°. va apprendre à constater les réactions de son Vénérable et des Surveillants : ses actes peuvent tout à fait être en contradiction même avec la Maçonnerie… ses premiers pas ne sont que les tatonnements de son cœur pour toucher ses F.°., une tentative de les renseigner sur l’état larvaire dans lequel il se trouve : plus vraiment profane, Solide Apprenti, par de nombreux points il reste en recherche sur l’Inconnu, sur les questionnements de son Esprit concernant le Futur. Il se cherche un espace dans lequel il pourra respirer, vivre, souffler. Ici naît ses premières actions, individuelles dans sa recherche Initiatique pour une mineure partie, communes pour une grande partie vers un Idéal qu’il juge nécessairement en rapport avec ses F.°. et S.°.. La réaction de ses Maîtres se doit d’être à la mesure des tentatives de leur App.°. : aussi sincère que droit.

L’Enseignement du symbolisme doit alors être primordial mais uniquement à partir de cette période, car avant le jeune App.°. n’est pas encore en mesure de percevoir suffisamment clairement tout ce qui l’entoure. Les premiers signes d’action de l’Apprenti doivent donc être le déclic pour les Maîtres afin d‘engager, ensemble, l’étude de l’enseignement maçonnique dans ses Traditions, son Histoire, sa Philosophie, Sa Recherche Moderne. Mais on ne doit pas oublier que l’Enseignement Maçonnique à proprement dit inclut tous ces instants « magiques » durant lesquels l’App.°. apprend…à apprendre! Nul souci vient entraver ses premières sorties vers la Tenue : il faut déjà qu’il aborde avec confiance ses F.°. et ce travail nécessite déjà beaucoup de courage : Face à la Touchante sincérité dont font preuve les S.°. et F.°. de la Loge, accepter de sortir de son cocon pour, aussi, s’engager dans une Voie de Sincérité n’est pas en soi un Défi, c’est un Combat ! Et c’est le Premier Travail de chaque Maçon : à la découverte de son Moi Intérieur par l’entremise du comportement bien « étrange » de ses Frères J !!

Un nouveau stade

Quand les premières actions visibles de l’App.°. se font jour, il est alors temps pour la Loge de réellement l’accueillir en son sein en lui ouvrant des portes jusqu’alors fermées à sa vision : je veux parler ici de la Vie Maçonnique dans son pays comme partout ailleurs : l’Histoire au service du renseignement sur le bouillonnement culturel propre à la Maçonnerie ! Beaucoup de Jeunes App.°. arrivent en Maç.°. avec toutes les connaissances d’un Maître du 33eme degré… Mais d’autres arrivent très peu vêtu : « Je ne demande qu’à apprendre, habillez mon esprit de vêtements chauds pour me permettre de passer en paix les hivers rigoureux, les printemps humides à venir… ».

La Sincérité des demandes que formulent les Apprentis sont à ce sujet symboliques de leur parcours de Profane : L’Homme cherche avant tout à satisfaire sa curiosité et les questions qui interpellent son intellect. Ces interrogations sont sensiblement différentes selon le parcours de l’App.°. et il est bon de se renseigner sur le parcours profane de chaque nouvel arrivant afin d’orienter ce dernier vers un Maître ayant un parcours soit à l’identique soit au plus proche des sensibilités du nouveau Maillon de la Chaîne.

Apparté

Quand je suis arrivé en Maçonnerie, tout d’abord lors de la « Séance des Questions » (que j’inclue totalement dans mon enseignement maçonnique), j’ai pu me rendre compte au fond de mon Cœur que des doutes subsistaient sur mes réelles motivations quant à mon entrée dans la Lumière : de confession chrétienne, j’ai depuis l’age de 12 ans ressenti profondément le Message de Dieu qui est celui d’apporter à tout Homme tout ce qui est possible de lui procurer, et ceci même au détriment de sa propre vie. Certains appelleront cela de la sottise, d’autres une utopie mêlée de mensonge intérieur, et encore certains diront d’une folie patentée !! Qu’importe si je suis fou, ce qui compte c’est que je ne dénature pas, ni dans mes propos ni dans mes actes, le Message de Dieu qui se veut Amour et Bienfaisance.

Lors des questions, au fond de mon Ame se mêlaient Religion, Société Secrète, Organisation Charitative… Un de mes futurs F.°. me fit rapidement remarquer que la Maçonnerie n’était aucunement une Organisation à but charitatif, mais se voulait porteuse d’idées de tolérance, de respect et, en communion avec ces principes, d’une Idée de l’Homme et de valeurs intemporelles en vue de son épanouissement personnel et sociétal. Me voilà dévoilé !! : mon principal doute se fit jour sans que, ouvertement, je n’en fasse mention. Je devais sincérement trouver une Réponse à cette mise en garde tout autant pour honorer son propos d’une réponse à son attention mais aussi pour moi. Il fallait que je fasse un choix et ce choix fût fait : j’acceptais pleinement le rôle réel de la Maçonnerie et rectifiait, en mon for intérieur, la définition erronée ou tronquée de ce qu’était pour moi la F.°. M.°.. Je fis rapidement mien cette nouvelle et réelle représentation de la Maçonnerie, souvent dénaturée par des propos de profanes se servant d‘attaques à son encontre comme moyen de pression pour des sujets à milles lieux de la Maçonnerie que nous pratiquons.

Il va sans dire qu’une fois reparti chez moi, je refis intérieurement toutes les étapes de la soirée et il me sembla que je n’avais pas été assez sincère avec moi-même : comment des Maçons accepteraient d’accueillir à leurs côtés un Profane qui se trompait si lourdement sur la F.°. M.°.?

Même si j’acceptais totalement le nouveau sens du but ultime que tout Maçons cherche dans son chemin initiatique, je m’imaginais mal d’être accepté : « Il a peut-être fait preuve de Sincérité, mais sa recherche s’établit sur des bases érronées du réel sens dont est porteur la Mac.°. !! ».

Toutefois, je fut accepté et accueilli, une fois le bandeau retiré, dans une « Confrérie » de femmes et d’hommes dotés d’une profonde patience : ce fut, pour moi, le premier exemple de l’enrichissement que peut apporter l’enseignement maçonnique à ceux qui en acceptent les bases et fondent leur comportement dans le respect des valeurs que les Anciens ont toujours souhaité perpétuer bien après leur départ vers l‘Orient Eternel.

Une autre constatation que je pus rapidement faire fut l’arrivée d’ailes protectrices qui m’enveloppèrent et me protégèrent avec beaucoup de Chaleur Humaine et d’Amour Fraternel : ce que je ressentis comme « la Protection d’un Corps au service des Plus faibles » : ceux dont l’innocence font les proies faciles des charognards, toujours prompts à profiter de la naïveté qui caractérise nos premiers pas et qui accompagnera toujours notre démarche maçonnique. La seule nuance est qu’en Maçonnerie je sais que je n’ai pas à me méfier de mes F.°. et S.°. : Jamais ils ne profiteront de cette faiblesse, ma Confiance leur est acquise.

Dans la vie profane, par opposition, tout défaut apparent est désavantage. Défaut dans la cuirasse, le Talon d’Achille dont vos ennemis prennent plaisir à imaginer son utilisation pour vous mettre à terre. Il est difficile de changer d’attitude : d’une position défensive dans la Société, on passe à une position de confiance où rien n’est omis dans les Tenues, où l’on se permet même de s’ouvrir et de faire partager parfois ses douleurs, souvent ses joies et le bonheur de participer à une Œuvre Commune, peu importe la trace quelle laissera dans l’histoire, l’Oeuvre initiatique de tous est un enrichissement formidable pour tous.

La Sincérité a toujours guidé mes pas et ce comportement restera à jamais ce que j’ose espérer être une qualité. Toutefois, pour certaines activités profanes dont je commence l‘appprentissage, cette capacité à vouloir ne jamais mentir est un comportement à proscrire. Des endroits, sujets qu’on ne peut aborder en Loge, où règnent l’hypocrisie et un individualisme exarcerbé, sont une preuve supplémentaire que notre société accepte mal l’œuvre d’Honnêteté qui doit caractériser le Chemin prit par l ‘Homme Sincère.

L’éveil de la conscience n’est possible que si nous sommes en harmonie avec nous-mêmes !

J’ai commencé très jeune la Maçonnerie et j’ai l’orgueuil de croire que je n’en connais rien. Mes pas sont toujours marqués par la peur de blesser ou de heurter. Je ne renierai jamais ma foi ni ce que me dicte ma conscience. Je suis comme tout Etre : très enclin à connaître avant de savoir.


Je ne veux pas blesser du fait de ma motivation, plutôt expréssive, mes F.°. qui peuvent, parfois, ressentir une exaspération à mon contact.

Je ne joue pas un rôle, je suis moi-même : je préfère donner que recevoir. Ceci est ma nature d’Homme, en accord avec mes Principes inculqués dans mon passé. Ne voyez pas en moi un Chrétien Propagandiste ni un Régoriste. Ne voyez pas en moi l’opportuniste ni l’Homme soucieux de son Image, mais uniquement un homme rempli de doutes sur son devenir, soucieux de trouver un pôle où trouver son Unité, en accord avec les principes qui définissent « Libre et de Bonnes moeurs ».

Juger un Homme sans le connaître totalement, c’est assurément se tromper.

Les ailes protectrices sont un bienfait dont jamais je n’oserai me départir. La Patience m’anime à mesure que les sollicitations à mon égard se font jour. Mais jamais vous ne me verrez agir en opposition avec les principes fondateurs de la Maçonnerie dont vous êtes toutes et tous, de véritables exemples :

Intégrité, Patience, Honnêteté et Sincérité.

J’ai dit, Ven.°. M.°. !



 

RITES



Tout d’abord, les RITES. Ils en existent de nombeux en Maçonnerie et chaque Loge est en droit d’en pratiquer un. Dans les faits, les Obédiences proposent à chacune de leurs loges plusieurs rites et c’est cette dernière qui, selon l’avis de leurs membres, determine sous quel rite ils ouvriront et fermeront leurs travaux.

Je vous présente ici des textes ouverts à tous sur différents rites pratiqués par nos F.°. et S.°.

Le R.E.R (pas de blagues de mauvais goût concernant notre moyen de locomotion pour les pauvres civilisés que nous sommes J ) : le Rite Ecossais Rectifié.

L



Historique RER

Le texte qui suit a été primitivement publié dans une plaquette éditée en 1995 par le Grand Prieuré des Gaules auquel nous adressons nos fraternels remerciements.

Régime Écossais Rectifié est un système maçonnique et chevaleresque chrétien qui fut constitué en France dans le troisième quart du XVIIIe siècle. Après une éclipse apparente au XIXe siècle, il connaît, à notre époque, et surtout depuis les années 1960, un fort regain de vitalité.

On notera que la notion de Régime renvoie à l’organisation structurelle du système, celle du Rite à la pratique rituelle proprement dite. Les deux expressions : Régime Écossais Rectifié et Rite Écossais Rectifié ne sont donc pas, à strictement parler, interchangeables, même si la pratique courante les confond, ce que facilite leur sigle commun : R.E.R.

Le Régime Écossais Rectifié a été organisé entre 1774 et 1782 par deux groupes de maçons strasbourgeois et lyonnais parmi lesquels on doit citer Jean et Bernard de Turckheim ainsi que Rodolphe de Salzman (tous trois de Strasbourg) et surtout le Lyonnais Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) qui en fut l’âme pensante. L’architecture du Régime fut son œuvre et c’est lui qui mit en forme la doctrine qu’il véhicule.

Du point de vue formel, le Régime Écossais Rectifié a trois origines ; du point de vue spirituel, il a deux sources ou inspirations.

Pour ce qui est de la structure et de la symbolique tant maçonnique que chevaleresque, les trois origines du système sont :

· La maçonnerie française de l’époque avec sa prolifération de grades les plus divers [1] et qui, épurée, devait être structurée vers 1786/1787 en un système qui portera plus tard le nom de « Rite français », avec ses trois grades bleus et ses quatre ordres, sans omettre les divers grades dont la combinaison constitue ce qu’on appelle l’écossisme ;

· Le système propre à Martinez de Pasqually, personnage énigmatique mais inspiré que Willermoz, comme Louis-Claude de Saint-Martin, reconnut toujours pour son maître, c'est-à-dire l’ « Ordre des Chevaliers Maçons Élus Cohen de l’Univers » ;

· La « Stricte Observance », dite encore « Maçonnerie rectifiée » ou « Maçonnerie réformée de Dresde », système allemand où l’aspect chevaleresque primait absolument sur l’aspect maçonnique, car il se voulait non seulement l’héritier mais le restaurateur de l’ancien Ordre du Temple aboli en 1312.

Pour ce qui regarde les deux sources spirituelles dont il est un des dépositaires modernes, il a puisé à :

· La doctrine ésotérique de Martinez de Pasqually dont l’essentiel porte sur l’origine première, la condition actuelle et la destination ultime de l’homme et de l’univers ;

· La tradition chrétienne indivise, nourrie des enseignements des Pères de l’Église.

Quoi que certains aient pu affirmer, ces deux doctrines, non seulement ne se contredisent pas, mais, a contrario, se corroborent l’une l’autre.

Tous les textes prouvent la parfaite orthodoxie, au regard des confessions chrétiennes, du Régime Écossais Rectifié qui s’occupe, non de ce qui divise les chrétiens, mais de ce qui les réunit.

Partant de là, Willermoz a donné à son Système ou Régime une architecture concentrique en l’organisant en trois classes successives de plus en plus intérieures et, en même temps, de plus en plus secrètes, chacune étant inconnue de celle qui lui était extérieure.

En outre, il a doublé le parcours initiatique de grade en grade par un enseignement doctrinal progressivement de plus en plus précis et explicite, au moyen d’instructions qui font partie intégrante du rituel de chaque grade.

Cette conception d’ensemble – architecture du Régime et doctrine – a été officiellement approuvée en deux étapes. D’abord, sur le plan national, par le Convent des Gaules (novembre-décembre 1778) lequel ratifia, entre autres, le Code maçonnique des Loges réunies et rectifiées et le code de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte qui demeurent les textes constitutionnels, toujours en vigueur, du régime. Puis, sur le plan européen, par le Convent de Wilhemsbad, en Allemagne, (août-septembre 1782), tenu sous la présidence du duc Ferdinand de Brunswick-Lunebourg et du prince Charles de Hesse, principaux dirigeants de la « Stricte Observance » qui se rallièrent à ce qu’on appelait à l’époque la Réforme de Lyon.

L'Organisation


Dans sa structure d’origine, le Régime Écossais Rectifié comportait trois classes, deux ostensibles et une secrète :

- la classe symbolique ou Ordre maçonnique dans laquelle est conférée et conduite à son terme l’initiation maçonnique. Cette classe est elle-même subdivisée en quatre grades :

- les grades pratiqués dans les loges de saint Jean, dites loges bleues, en raison de la couleur de leurs décors ; le grade de Maître Écossais de Saint-André ou Loges Écossaises, dites loges vertes pour les mêmes raisons. Sans ce quatrième grade, l’initiation maçonnique demeure incomplète. La cérémonie de réception à ce grade récapitule et parachève le contenu initiatique et doctrinal des trois précédents et le mène à son accomplissement. Il est donné au Maître Écossais de Saint-André de contempler tout ce qui l’attend jusqu’à sa réintégration dans la Jérusalem céleste, but de l’initiation chrétienne. Ces quatre grades sont axés sur la reconstruction intérieure de l’homme par l’approfondissement de la foi et la pratique assidue des vertus chrétiennes.

Lorsque le Maître Écossais de Saint-André a atteint le degré requis de réalisation spirituelle prouvant qu’il a effectivement mis en œuvre l’initiation maçonnique, il peut avoir accès à l’Ordre intérieur.

L’Ordre Intérieur se subdivise à son tour en deux étapes :

- une première étape préparatoire et transitoire, celle de l’Écuyer novice. Cette qualité est conférée par la cérémonie de la vestition. En effet, l’Écuyer novice a pour unique tâche de se préparer, durant un an au moins, à devenir Chevalier mais, s’il s’y révèle définitivement inapte, il peut et, même (selon la prescription du code des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte), il doit être rétrogradé et redevenir maître Écossais de Saint-André.

- La seconde étape est celle de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (en abrégé : C.B.C.S.). Ce n’est pas un grade, mais une qualité que confère la cérémonie d’armement. Celle-ci est en principe célébrée par le Grand Maître national et Grand Prieur en personne ou, à défaut, par un délégué désigné par lui.

Le Chevalier a le devoir d’œuvrer activement dans l’Ordre et dans le monde pour mettre en pratique les enseignements moraux, religieux et doctrinaux reçus dans les loges de saint Jean et de Saint-André, qu’il n’abandonne pas pour autant mais où il doit, à contrario, et plus que jamais, se dévouer au service de ses frères et de tous les hommes, en particulier par l’exercice de la bienfaisance.

Au XVIIIe siècle, existait en outre une classe secrète, celle de la « Profession ». Les Chevaliers qui la composaient se répartissaient en deux catégories : les Profès et les Grands Profès, réunis en un Collège métropolitain. Tenus à un engagement total envers l’Ordre, sans exercer en tant que tels des fonctions de responsabilité ou de direction administratives (ces dernières incombant aux dignitaires de l’Ordre intérieur), les Profès et les Grands Profès se vouaient à l’approfondissement, par l’étude et la méditation, de la doctrine exposée dans les textes (instructions secrètes conservées par le Collège métropolitain), à charge de vivifier l’Ordre à la fois par leurs connaissances et leur exemple de vie. Cette classe a apparemment disparu ou, si elle existe encore, poursuit, comme à l’origine, une existence très discrète.

Sources FM H

Posté par Adriana Evangelizt









 

 

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6 avril 2007 5 06 /04 /avril /2007 20:25

La première partie se trouve ICI...

La Mystique Chrétienne

par Sédir

Chapitre IV

La thaumaturgie

2ème partie

1ère partie

Ses miracles ne sont pas des oeuvres systématiques, préparées, artificielles, préconçues; évidemment prévus dès l'origine par la prescience du Père, ils sont en même temps imprévus, spontanés, jaillissant des sources profondes du coeur de Jésus, au hasard des circonstances, juste à l'inverse de cette volonté olympienne et logique qui appartient à l'adepte.

Jésus rayonne une atmosphère de miracles, comme le lis exhale ses parfums.
Cette libre allure dans la toute-puissance, cette grâce dans l'autorité, cette simplesse dans la grandeur lui font l'auréole suprême de beauté devant laquelle s'inclinent les plus nobles intelligences, inquiètes d'une gloire assez subtile pour échapper à leurs analyses.

Le travail réel d'un homme n'est jamais celui pour lequel les autres hommes l'admirent. Ce sont les racines qui font vivre l'arbre. Les discours, les prodiges, les conversions ne furent que
les fruits ou les fleurs du Cep mystique. Tout ce que l'Évangile ne raconte pas, les jeûnes, les nuits de prières, les courses épuisantes, les désolations silencieuses, les douleurs secrètes : voilà le vrai travail de Jésus; voilà les racines innombrables, profondes, vigoureuses, obstinément enfoncées dans la ténèbre terrestre.

Quand Jésus marche sur la mer, ce n'est pas parce qu'Il S'est mis dans un état magnétique spécial, ni parce que des esprits Le soutiennent, ni parce qu'Il le veut; Jésus voit Ses disciples aimés dans le désarroi; Son coeur Le porte vers eux; et c'est Son amour qui rend Son corps léger. Cela, c'est le processus terrestre du miracle; en voici le processus extraterrestre. Jésus revenait de visiter un monde
où la pesanteur, plus vivante qu'ici, varie avec l'état psychique des êtres. Il avait emmené avec Lui un peu de cet air plus sensitif. Car l'esprit de l'homme rapporte toujours au corps de l'homme quelques fruits des campagnes où il vient de se promener.

Quand Jésus Se fait obéir de la tempête, c'est qu'Il vient de combattre, dans l'intérieur des airs, l
es démons des ouragans.

Quand Jésus guérit tel malade,
Son geste est l'aboutissant matériel d'un geste spirituel.

Les démons et les bourreaux invisibles
ne Lui obéissent ici que parce qu'Il les contraint d'abord là-bas. Les pains ne sont pas multipliés parce qu'Il a modifié le canevas astral du froment, ou parce qu'Il a suggéré la foule, mais parce que, la nuit précédente, sans doute, ayant examiné l'être du froment, Il lui avait conféré une force nouvelle, dans certains buts.

Quand Jésus ressuscite la petite fille, puis, à distance, le fils de la veuve, puis Lazare enterré depuis quatre jours, enfin quand Il Se ressuscite Lui-même, ces prodiges sont le naturel prolongement
de visites au Royaume des morts, de voyages dans le Soleil des morts, d'inscriptions dans le Livre des morts.

Jésus n'a pas gravi le Thabor avec le propos de S'y transfigurer, et d'y évoquer Moïse avec Elie. Il monta sur ce roc, parce que, la nuit précédente, Son esprit s'était élevé jusqu'au zénith du monde; Son corps ne reçut qu'une réflexion, plutôt
une réfraction atténuée de la splendeur descendue pendant l'extase; et les deux témoins de l'Ancienne Loi vinrent spontanément L'assister, sans avoir été appelés, parce qu'Il était logique, naturel, irrésistible qu'ils vinssent.

Jésus, pour apparaître après Sa mort, n'a pas besoin de Se concentrer
pour faire sortir son double, corps astral, ou n'importe quoi d'analogue. Il a quelque chose à dire à Ses amis; Il va le leur dire en personne, en personne complète, sans effort, sans complication; Il apparaît, tangible, vivant et semblable à Lui-même.

Il ne décide pas un beau jour de monter au Ciel. Il ne S'amuse pas à faire de la lévitation ou de la désintégration. Il est plus simple que cela; s'Il S'élève, avec Son corps, jusqu'au firmament, c'est que le Père Lui a demandé de revenir.

Chez toute créature,
le mouvement intime tend à s'exprimer. Plus l'émotion est forte, plus l'être est sain, plus vivante sera l'expression. Des ondes de forces de plus en plus denses à mesure qu'elles approchent du physique collaborent à tisser le vêtement des acteurs inconnus qui jouent en nous les drames de notre vie véritable. Toute oeuvre matérielle de l'homme est la statue vivante d'un génie qu'il héberge.

Mais nous, nous sommes
des hôtes pauvres, paresseux, inattentifs. Imaginez un être comme le Christ : tout énergie, tout vie, tout esprit. Ses drames intérieurs se réaliseront aussi, mais tout de suite, avec la vigueur divine, la fidélité parfaite, l'éloquence irrésistible.

Et de même que, dans nos modestes existences, les événements et les personnages se répondent, de même, avec une justesse précise et rapide, le cadre terrestre se présentait exactement
à la rencontre des actes spirituels du Christ. Reconstituer des fluides, réorganiser des phalanges invisibles, réparer tel rouage de la machine terrestre secrète, exercer enfin sur toute créature un ministère perpétuel d'assistance et d'épuration : voilà les secrets travaux du Sauveur.

Aux dernières lueurs du couchant, Jésus gravissait les pentes des montagnes pour passer,
seul en face du Père, les heures silencieuses de la nuit. L'innombrable clarté des étoiles, plus scintillantes de verser leur lumière sur ces yeux même qui, au commencement, la leur donnèrent, fait palpiter l'abîme supérieur. Les souffles alternés de la mer et de la montagne passent en bruissant sur les vignes et les vergers. Des parfums flottent; des cris s'entendent, que la distance harmonise. Et Jésus veille, allant et venant, du rocher à l'olivaie, tandis que comparaissent devant Son regard insondable les créatures pour lesquelles Il travaille.

Et lorsque, dans les brumeuses fraîcheurs du matin, ce Jésus redescendait vers les villages, tout environné d'une aurore mystique, dispensant sur la campagne à peine réveillée la suave douceur des collines éternelles, Il trouvait sur Ses pas la guérison, le miracle
exactement semblables à Son oeuvre nocturne.

Dans la vie du Christ tout est coordonné; tout atteint son but avec plénitude. Le lépreux qu'Il purifie, c'est celui-là même chez qui cette purification est la plus utile, la mieux accueillie, la plus féconde. Le figuier qu'Il dessèche, l'eau qu'Il transmue, les pains qu'Il multiplie, tous, ce sont ceux-là même
marqués pour subir Son invincible influence. Le jour où nos yeux seront ouverts, où nous pourrons, quelques minutes seulement, suivre dans la Lumière évidente les ramifications des actes du Rédempteur, combien nous L'aimerons, et de quelle totale adoration ne baiserons-nous pas les traces toujours vivantes de Sa prévoyance miséricordieuse et de Sa tendresse !

* * *

Tous
les pouvoirs sommeillent dans les jachères de notre esprit. Pour les réveiller, il leur faut les pluies fécondatrices, messagères du printemps divin. Le dieu, l'adepte qui semblent pouvoir provoquer ces pluies, sont des usurpateurs. Le seul Fermier, c'est le Verbe; les seuls laboureurs, ce sont Ses Amis : « Toute plante que mon Père céleste n'a pas plantée, sera arrachée et jetée au feu ». Cependant, le travail des faux jardiniers n'est point inutile. Les plantes éphémères qu'ils ont fait pousser, réduites en cendres au feu de la Croix, donnent aux graines divines un engrais excellent.

Le vrai Jardinier attend que nous Lui ouvrions la barrière; nous faisons cela en acquittant nos dettes spirituelles, en subissant nos épreuves, en dépassant le strict de nos devoirs. Telle est la longue préparation,
l'entraînement avant la bataille, l'attente sur les parvis du sanctuaire.

* * *

S'il est parmi vous quelque âme ardente que les perspectives entrevues des magnifiques douleurs de l'Amour exalte et enflamme, je l'adjure
de délibérer avant de faire le premier pas. Car, si plus tard, effrayée de l'effort qu'elle aperçoit, elle veut revenir en arrière, il lui en coûtera. Des mains levées vers le Ciel remuent le monde, et changent la route de beaucoup de créatures subalternes. Et, quand de telles mains se baissent, c'est une catastrophe.

Il faut avoir bien compris la qualité de cet effort.
L'initié, pour conquérir l'adeptat, doit être, dès ses premiers exercices, certain du succès. Le mystique aussi. Mais la foi du premier tente Dieu. La foi du second est certaine aussi, mais parce qu'elle compte sur l'amour que Dieu lui voue. La première s'exerce dans son propre sens. La seconde, par une absurdité sublime, s'exerce contre elle-même; elle renverse ainsi les bornes du possible, et se transfigure en vertu surnaturelle. Voilà pourquoi le don du miracle dépend de celui des dons du Saint-Esprit que les théologiens appellent la force.

J'emprunterai, pour graver dans vos coeurs les maximes de cet entraînement singulier, l'énergique burin de saint Jean de la Croix.

Voici le thème :

« Pour
parvenir à posséder tout, veuillez ne posséder rien.

Pour a
tteindre ce que vous ne possédez pas, traversez ce que vous possédez. .

Voici les développements :

« Que l'âme se porte toujours non au plus facile, mais au plus difficile;

Non au plus savoureux, mais au plus insipide;

Non à ce qui plaît, mais à ce qui déplaît;

Non à ce qui est un sujet de consolation, mais plutôt de désolation;

Non au repos, mais au travail;

Non à désirer le plus, mais le moins;

Non à vouloir quelque chose, mais à ne rien vouloir;

Non à rechercher le meilleur dans les choses, mais le pire;

Désirant d'entrer pour l'amour de Jésus

Dans un dénûment total,

Dans une parfaite pauvreté d'esprit,

Dans un renoncement absolu

Par rapport à tout ce qui existe de créé ».

Telle est la « Montée du Carmel », telle est la partie subjective ou psychique de l'école de la foi.

Le Christ, en effet, semble indiquer
la foi comme la cause déterminante du miracle. Il demande la foi à Ses malades; Il gourmande Ses disciples de n'en pas avoir; Il les encourage : « Tout ce que vous demanderez, en priant, si vous croyez, vous le recevrez ».

C'est que le miracle étant, selon l'excellente définition du catéchisme, une dérogation aux lois de la Nature, appartient à
l'ordre surnaturel; la force surnaturelle seule peut l'atteindre et, si j'ose dire, le contraindre. La volonté est naturelle, elle suffit à produire le merveilleux; la foi est surnaturelle, elle se dresse quand l'intelligence ne comprend plus, quand le coeur agonise, quand la volonté se bute à l'impossible.

* * *

C'est alors que le disciple peut, avec espoir, commencer sa prière. Je vous ai souvent parlé de la prière; que j'aurais encore à vous en dire de choses ! Dans l'objet qui nous occupe, la sorte de prière requise est proprement l'intercession, l'intercession d'un pécheur pour un autre pécheur. Seulement celui-ci est un pécheur qui se croit un saint; et celui-là un saint qui se croit un pécheur.

L'intercesseur vrai a de la foi, non pas la foi totale, mais un tout petit peu de foi, « gros comme un grain de sénevé ». Et cette minuscule étincelle suffit à transmuer sa prière. De prière terrestre, implorante, craintive, tiède, hésitante, elle devient
une prière autorisée, commandante, une prière d'élu, une fonction, une demande accordée en vertu d'une promesse préalable, et, à peine formulée, elle est réalisée.

Exercez-vous à cette sorte de prière. Précipitez-vous dans cette prière-là, jetez-vous au fond, lancez-vous en haut; donnez-vous à Dieu.

Quand on exerce la charité, du discernement est utile; mais non pas quand on prie. Priez donc sans cesse, pour ceux qui le demanden
t, pour ceux qui ne savent pas que la prière existe, pour ceux qui ne veulent pas de la prière. Arrachez d'abord de votre prière tout ce qu'elle peut contenir de compassion personnaliste; ayez de la pitié, mais de la pitié pour l'affligé, et non de la pitié pour ce en quoi sa douleur vous atteint personnellement. Dites-vous, quand la pitié reste muette en vous, dites-vous que tous les hommes sont fragiles et misérables, mais que vous, vous êtes le plus fragile et le plus misérable; entrez-vous cela dans le coeur; cherchez des motifs convaincants, employez à cette persuasion de vous-mêmes des heures s'il le faut; car, sans cette compassion, votre prière ne quitterait pas le sol.

Et priez en tremblant; car c'est
une terrible chose que de se faire obéir de Dieu. Tremblez pour les faveurs obtenues; taisez-vous sur les grâces descendues. Le coeur pur peut commander, et tout être lui obéit; mais, si vous vous croyez purs, n'est-ce pas la preuve que vous ne l'êtes point ? Souvenez-vous qu'un thaumaturge qui opère au nom de Dieu égale zéro; mais qu'un thaumaturge qui opère en son propre nom, même s'il désire le bien, ne peut atteindre que les quantités illusoires des grandeurs négatives.

C'est pourquoi l'Église n'accorde pas aux pouvoirs extatiques ou thaumaturgiques une estime extraordinaire. Dans
les procès de canonisation, la Congrégation des Rites examine d'abord s'il y a eu vertus héroïques; et ensuite seulement si la preuve est faite de quelques miracles.

* * *

De temps à autre,
Dieu choisit un homme pour confident; Il lui montre l'envers des choses, la vraie, l'unique Réalité. Il lui fait peser les mérites des créatures et leurs démérites. Il lui démonte les rouages cachés des événements. Il l'introduit dans les conseils des dieux. L'homme s'aperçoit alors de l'étonnante injustice qui règne sur la terre, une injustice perpétuelle, obstinée, ingénieuse, une injustice incompréhensible : l'injustice de la longanimité, de la miséricorde et de l'amour; l'injustice d'un Père très tendre, que Ses mauvais enfants n'irritent point, mais font pleurer. L'homme s'aperçoit que toutes les calamités qui nous lapident, les catastrophes, les épidémies, les guerres sont vingt fois, cent fois plus bénignes qu'elles ne devraient.

Il demande alors à devenir un ministre de cette miséricorde; et
le Père l'enrôle dans Son armée. Voilà comme se recrutent les soldats de la Lumière, dans les rangs desquels se trouvent les seuls thaumaturges véritables.

Ces soldats ne connaissent pas le plan de leur général; cela nuirait à leur élan. Ils sont
obligés, à chaque pas, de discerner le vrai, l'opportun, le meilleur. Pour cela, le Christ réalise envers eux Sa promesse mystérieuse : « Quiconque, à cause de mon nom, aura quitté des frères, des soeurs, un père, une mère, des enfants, des terres, des maisons, en recevra le centuple dès maintenant, en ce temps présent... avec des persécutions. »

Les persécutions, le « soldat » n'en manque jamais; par contre il reçoit
l'invisible présence de ses ancêtres spirituels, les délices secrètes de son épouse, la Sagesse incréée, la Joie de voir se multiplier autour de lui les fruits de ses oeuvres, la douceur de rencontrer de temps à autre quelque frère voué aux mêmes tâches, le repos du coeur dans l'un des appartements de la maison du Père, et la certitude de ne manquer jamais, puisque le soleil éternel fait mûrir ses récoltes.

L'homme qui fait le bien avec la conscience de son mérite, le stoïcien,
l'adepte, le philanthrope agit dans la Justice, et reçoit immédiatement sa récompense. Le disciple agit dans l'Amour et refuse sa récompense au bénéfice d'autrui, parce que son humilité lui persuade qu'il n'a rien fait de méritoire. Sa force lui vient de Dieu.

Il se voue à une suite
de morts intérieures, de plus en plus profondes, jusqu'au jour où, ayant atteint la racine même de l'égoïsme, il reçoit, dans l'extase de la béatitude commençante, la Vie qui le recrée, qui le transfigure en homme libre, et, j'oserai le dire, en un frère de Jésus-Christ.

C'est ici seulement que s'ouvre le monde du miracle. Tout ce que nous venons de dire n'en est que la route. Au moins je voudrais vous avoir instillé le désir du départ. Puissent, comme dit le poète « vos coeurs entendre le chant des matelots » !

Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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6 avril 2007 5 06 /04 /avril /2007 20:04

Alors les miracles existent-ils ? Les magnétiseurs, par exemple, qui guérissent certaines maladies ou maux font-ils des miracles ou se servent-ils de l'énergie particulière que nous possédons tous et qui est diffusée par notre âme ? Quand on prend conscience que l'on possède une âme et que l'on sait qu'elle est en relation constante avec le cosmique, tout est possible ou presque. Ainsi, pour vous raconter une anecdote parmi tant d'autres, puisque je suis moi-même magnétiseuse. Je magnétise aussi bien les gens que les animaux. Dernièrement, j'ai sauvé deux de mes chats. Ils avait chopé un choriza et cela faisait plus de dix jours qu'ils ne s'alimentaient plus malgré une visite quotidienne chez le vétérinaire qui leur faisait des injections d'antibiotiques, sans succès. Ils dépérissaient à vue d'oeil et leur état empirait. J'ai téléphoné au veto pour lui dire que je ne lui amènerait plus mes chats et que j'allais prendre la chose en main personnellement. Je les ai donc magnétisés pendant deux jours en invoquant Ieschoua. Ce que je fais pour tout magnétisé. Et au bout du troisième jour, ils ont commencé à manger. Là, j'ai su qu'ils étaient sauvé et aujourd'hui, ils sont magnifiques. On peut faire de grands "miracles" avec son propre magnétisme.

 

La Mystique Chrétienne

par Sédir

Chapitre IV

La thaumaturgie

1ère partie


 



Le miracle, c'est la chose extraordinaire, qui semble n'avoir lieu qu'une fois, qui semble ne pouvoir être reproduite. A la vérité, les choses ordinaires n'arrivent non plus qu'une fois; mais elles ont un air de famille. La foule spectatrice, qui analyse peu, les classe par petits paquets. Chaque phénomène est un tout en soi; un ou deux traits de sa complexité ressortent seuls : c'est par eux que nous nous familiarisons avec les faits courants; et l'on finit par ne plus les remarquer.

Or, c'est l'ordinaire qui recèle le plus de merveilleux. Voici un piéton traversant le boulevard; combien de forces et de combinaisons de forces ne faut-il pas pour qu'il parvienne sans encombre au trottoir opposé ? Et, pour que l'accident survienne, il suffit qu'un seul de ces centaines de fils ténus se rompe, à l'action desquels le voyant aperçoit les humains
obéir comme des marionnettes compliquées.

Tandis que le miracle, c'est un fait ordinaire, mais qui s'affirme avec éclat par un de ces traits constitutifs, généralement enfouis dans le sous-oeuvre, et qu'une cause rare fait surgir. Ce fait nous frappe alors, et nous nous récrions.

Il faut distinguer du miracle proprement dit les prodiges, les charmes, les fascinations, les enchantements, les prestiges. Fixons nettement nos idées.

Devant Dieu se tiennent l'Homme et la Nature. En chacun d'eux, depuis l'incarnation du Verbe, se trouvent
du relatif et une lueur d'absolu, du créé avec une semence d'incréé. Le créé, c'est tout ce dont la connaissance et le gouvernement ont été promis à l'homme; c'est l'ensemble des objets du savoir spéculatif, du pouvoir pratique, des sciences et des arts, tant exotériques qu'ésotériques. L'incréé, c'est tout ce qui reste à jamais inaccessible à l'homme, hors de lui et aussi en lui; c'est le don de Dieu; c'est le domaine de l'Évangile, de la mystique.

Ces deux royaumes du Moi perçoivent les deux régions correspondantes du Non-Moi par leurs moyens propres; l'étude, l'entraînement et l'action rationnels, - ou bien en invoquant la bonté divine par l'exercice de la vertu et la prière.

A leur tour, les régions du Non-Moi influent sur la double sphère du Moi, par les images conscientes de la sensibilité ou de l'intellect, - ou bien par
l'influence divine directe, la grâce, les dons de l'Esprit Saint.

Ainsi un thaumaturge peut agir par cette collaboration du savoir et du vouloir, qui engendre le pouvoir, et
qu'enseignent les initiations. Ceci est proprement le domaine du merveilleux, domaine rempli de mirages, de pièges, de violences, et où il ne convient de s'aventurer qu'avec la plus extrême prudence. C'est un des grands mérites de l'Église que d'avoir constamment prévenu les curieux des risques de telles études.

Dans ces régions, où pullulent
mille peuplades invisibles, la plupart uniquement avides des émanations de la vie humaine ou matérielle, les fourberies abondent et les brutalités. Vous souvenez-vous du gardien du seuil de Zanoni ? Il n'y a pas un gardien du seuil; il en existe plusieurs, car il existe beaucoup de seuils.

Ces êtres, dont l'archéologue peut retrouver les portraits
dans les figures de monstres grimaçants sculptés au pourtour des antiques édifices religieux de là-bas comme de chez nous, s'entendent admirablement à manoeuvrer les ressorts de l'égoïsme, de la cupidité, des plus basses passions. C'est à cause d'eux que les garanties morales les plus sévères étaient exigées autrefois des néophytes.

Voyez
quels ravages ces invisibles ont pu faire dans l'esprit de tels étudiants modernes, imprudents, peu scrupuleux, rétifs à toute saine discipline. Que d'histoires attristantes j'aurais à raconter !

D'autant que
les portes des régions troubles de l'Invisible se fracturent assez facilement.

Les écrivains qui présentent la Magie comme un art très occulte
trompent leur public, involontairement peut-être, mais ils le trompent. La vie est une perpétuelle magie. Chacun de nos actes est une évocation; chacun de nos sentiments est une incantation; chacun de nos désirs est une conjuration. La grande majorité des hommes possède le germe des pouvoirs magiques; heureusement qu'on s'ignore soi-même; et que la Nature, mère prudente, ne nous laisse prendre des bribes du Savoir que juste ce que comporte notre médiocre sagesse.

Les prodiges et les miracles se ressemblent dans leur forme; ils diffèrent selon l'essence. Les premiers peuvent être opérés par quatre moyens. Par l'emploi de forces naturelles peu connues telles que le magnétisme, les fluides de l'âme terrestre, les courants collectifs humains, les auras et les éthers qui animent l
e minéral, le végétal et la chair.

Le second moyen, c'est
l'intervention d'êtres de l'au-delà, intervention consentie par eux (spiritisme) ou obligée (magie). Le troisième, c'est le désir de l'homme et sa prière, exaltée artificiellement par le jeûne, les parfums, les rites, et adressée à de puissantes créatures, comme les dieux du polythéisme et les phalanges de la pneumatologie ésotérique. Le quatrième enfin, c'est notre volonté, toute seule, impérieuse, royale et tyrannique; méthode rare, parce qu'extrêmement difficile et dangereuse à proportion.

Les résultats obtenus par l'une de ces quatre méthodes, nous les appellerons des prodiges, réservant le titre de
miracles aux seules thaumaturgies mystiques, celles où Dieu agit seul, où l'homme ne fait qu'appuyer ses bras suppliants sur la croix de ses sacrifices personnels.

De
soi-disants spiritualistes déclarent que le surnaturel n'existe pas; ils devraient plutôt avouer qu'ils ne possèdent pas le-sens du divin, et que des taies sur les yeux les empêchent de voir le Christ.

Or, Dieu Se préoccupe de l'homme, de deux façons. Par une sollicitude habituelle et générale dont notre insouciance ne s'aperçoit même pas; puis par
une sollicitude extraordinaire, moins fréquente, et qui ne se manifeste que lorsque tout autre mode de secours est fermé; ceci est le miracle.

Mais dans l'orbe du miracle gravitent autour du Verbe deux sphères jumelles; celle des
grâces subjectives : visions, extases, prophéties, stigmates; celle des grâces objectives, miracles proprement dits : guérisons, arrêts de catastrophes, direction des événements, régence des phénomènes matériels.

De cette dernière classe nous nous occuperons seulement.

* * *

Quelles conditions le miracle exige-t-il pour se produire ? Aucune. Il nous paraît n'éclater que lorsque toutes les ressources du courage, de l'intelligence et de la patience sont épuisées, lorsque tous les espoirs du possible sont déçus. Sans doute. Mais, par essence
, le miracle est libre, spontané, soudain. Il échappe aux prévisions et secoue les règles; il est. Comme l'Esprit, qu'il réalise visiblement, il souffle où il veut. On le touche, mais personne ne sait d'où il vient, ni où il va. Le miracle, c'est Dieu se faisant palpable, c'est le Christ prouvant qu'II ne nous a pas quittés. Car aucun miracle réel et pur ne peut s'accomplir si le Verbe, notre très cher Jésus, n'en a disposé les préparatifs et béni l'objet.

A quoi donc reconnaître qu'un fait extraordinaire provient de Dieu, de l'homme, des génies ou des démons ? Aucune analyse ne donnera de critérium certain. L'intuition seule nous renseignera; l'intuition dans ce qu'elle a de
plus subtil, de plus juste, de plus clair et de plus central; en un mot : le sens du divin.

Un peintre, un littérateur jugent par une intuition jaillissant soudain avant qu'ils aient analysé, comparé, critiqué. Ils jugent par le sens de la couleur, ou le sens de la langue; comme l'écrit admirablement le très grand seigneur des lettres contemporaines, Villiers de l'Isle-Ada
m : « Personne ne connaît que ce qu'il reconnaît. » Chaque spectateur d'un prodige en attribuera la cause au principe même à la connaissance duquel son esprit est parvenu. Car notre entendement nous construit des opinions correspondantes à l'habitat invisible de notre esprit. Celui qui réside dans le royaume des ombres verra en tout fait merveilleux un fait spirite; celui qui réside dans le royaume des fluides apercevra partout du magnétisme; de même pour le rationaliste, le sceptique, le volontaire. Mais celui qui s'est désaltéré aux fontaines éternelles discerne avec certitude, à la vue d'un prodige, la présence du Père ou Son absence.

* * *

La valeur du miracle est essentielle; celui qui le détermine, celui qui le reçoit, son importance matérielle ne lui ajoutent, ne lui enlèvent rien. Il n'est pas plus difficile à Dieu de renverser les Andes que de guérir une écorchure. Les pouvoirs psychiques n'impliquent pas toujours la sainteté vraie; le diable donne des forces à ses serviteurs. Ces pouvoirs ne sont pas, par définition, permanents. Tous, nous avons vu, dans notre existence, quelques-unes de nos prières exaucées; est-ce parce que nous le méritions ? Qui oserait le prétendre ? Souvenons-nous des ouvriers de la onzième heure; et, observant le monde des fenêtres de la maison du Père, persuadons-nous qu'il n'y a pas de loi, nulle part, jamais, que la volonté de ce Père. Que ceci nous jette plus avant vers cette pauvreté d'esprit à laquelle Jésus donne le Royaume; que ceci nous monte vers ces montagnes bénie dont l'air se nomme la Paix, dont les anges peuplent les plateaux, dont les vallées silencieuses ne résonnent que des seuls échos du Verbe consolateur !

Quelques-uns diront, au dernier jour, qu'ils chassèrent les démons, qu'ils guérirent, non par un procédé illicite, mais par la force du nom de Jésus. Et le Fils de l'Homme leur répondra
: « Je ne vous ai jamais connus ».

Remémorez-vons souvent cette parole, vous tous, nombreux parmi les spiritualistes, dont l'infatuation se couvre du manteau de la charit
é. Chassez de vos coeurs, pas encore mûris, le désir d'opérer des miracles. Vous marchez vers les précipices et les cavernes à serpents. Combien de vos frères ne s'y sont-ils pas déjà perdus !

* * *

Rien à dire des thaumaturges anciens, puisque nous n'étudions pas l'occultisme. Quant aux thaumaturges chrétiens, nous retrouverons les types de toutes leurs oeuvres, dont l'hagiographie nous offre d'innombrables récits, dans les actes du Christ.

L'énumération que l'Évangile fait des pouvoirs accordés aux apôtres ouvre déjà d'immenses perspectives à notre ardeur. Guérir les malades, nettoyer les lépreux, chasser les démons, ressusciter les morts : voilà pour la santé; marcher sur les serpents, voilà pour la nature, si l'on généralise cette expression; parler de nouvelles langues, voilà pour l'intelligence; convertir les incrédules,
voilà pour le coeur.

Ces
sept privilèges que, dans un certain sens, on pourrait faire découler des sept dons de l'Esprit, impliquent, lorsqu'ils sont permanents, le même nombre de travaux préparatoires, de missions différentes, de correspondances avec les divers appartements de la maison du Père.

Il n'entre ni dans mon plan, ni dans mes capacités d'entreprendre ici une description exacte de ce palais, ou des serviteurs qui s'y affairent. Voici le peu qu'il m'est donné de vous en dire. Vous savez que le Verbe, en S'incarnant, avant d'atterrir ici-bas,
Se rendit réellement présent à tous les mondes supérieurs au nôtre; dans chacun d'eux Il laissa une lueur de Son esprit; lueur partielle, faut-il dire à cause de l'infirmité de notre langage, mais contenant tout de même la totalité de Sa lumière.

Or, notre planète ne reçoit pas sa vie que d'un soleil; l'astre qui nous éclaire ne donne que la vie physique;
six autres soleils nous nourrissent. Ils demeurent invisibles pour tous, sauf pour l'homme libre. C'est à peine si les disciples les plus parfaits de Jésus aperçoivent, dans le feu de la prière, le plus inférieur de ces soleils, celui qu'on a appelé le soleil noir, quoiqu'il ne soit pas noir. Il existe des livres occultes, en Orient et chez les Rose-Croix, où l'on apprend des détails sur cet astre mystérieux; mais je ne vous les redirai pas; ce sont des arcanes trop dangereux à connaître et qui chargeraient nos faibles épaules d'un fardeau écrasant. Tout doit être divulgué, mais à son heure.

Chacun de ces sept soleils revêt l'une des couleurs du prisme;
le jaune est celui que tout le monde voit; il y en a un rouge, un bleu, un vert, un violet, un orangé, un indigo, tous les six invisibles. Ils nous envoient les formes, les pensées, les modes esthétiques, les lumières morales, telles facultés psychiques, telles propriétés naturelles.

Or,
l'homme qui reçoit une mission divine, le véritable apôtre, le soldat du Ciel, en prenant congé du Père pour se rendre à son poste, reçoit un instrument de travail, un secret, un don qui le consacre maître de telle ou telle forme de la vie terrestre. Mais une accommodation préalable est nécessaire de la force divine à lui conférée, pour que les habitants de la terre puissent se l'assimiler. Cette adaptation, qui demande un certain temps, se fait-par le séjour de cet apôtre dans le soleil correspondant; de là il passe, pour achever cette mise au point, dans le soleil visible, d'où il descend enfin sur terre.

C'est pourquoi les thaumaturges ne sont
pas capables de tous les miracles; leur chef seul, l'homme libre, ayant séjourné sur tous les soleils, est omnipotent sur la terre.

Vous comprenez maintenant pourquoi l'Évangile établit des distinctions entre : guérir un malade, nettoyer un lépreux, ressusciter un mort. La cause et l'esprit de la lèpre
n'appartiennent pas à l'ordre des maladies; la cause et l'esprit de la mort sont d'une troisième région. Les langues nouvelles que parlent les disciples consacrés sont autres que les dialectes humains; les reptiles qu'ils manient impunément sont ceux de l'En Deçà; leur prédication dépasse l'art oratoire, elle atteint le coeur spirituel et le transforme par un effort qui est le chef-d'oeuvre de la thaumaturgie.

* * *

Tout ceci ne s'applique qu'aux serviteurs. Le Maître opère comme il Lui plaît; Sa toute-puissance emploie diverses méthodes pour l'amélioration de ces méthodes, mais non pas parce qu'elles Lui sont utiles. Il touche les malades, leur parle, leur impose les mains, ou bien Il ne les regarde même pas, ou bien Se passe de leur présence. Ce n'est là ni du magnétisme, ni de la volonté, ni de la télépathie, ni de la suggestio
n; Jésus veut plus simplement et plus hautement; Il purifie l'être même du geste, de la parole, du regard, de fluides, des génies auxiliaires, en les faisant servir de canaux à la Vie éternelle, comme Il a purifié toutes les formes de la vie psychique, intellectuelle, de la vie sociale, en les hospitalisant dans Son esprit. Il n'est pas seulement le Rédempteur de l'homme; Il rédime tout.

Ses miracles portent un caractère déconcertant pour qui cherche à se les expliquer par les théories hermétiques; c'est leur instantanéité. Aucune force que l'homme puisse conquérir n'est pure de toute matière; aucune ne peut se mettre en branle que sous deux conditions : un peu de temps pour parcourir la distance qui la sépare de son objet. Il n'y a pas, dans l'univers, de monde sans espace, ni sans durée. Et ceci démontrerait métaphysiquement que
les miracles du Christ sont surnaturels.

Le fluide du magnétiseur le plus expert n'atteint le malade qu'au bout de quelques secondes; la volonté du plus haut adepte demande aussi un peu de temps pour mobiliser les forces dont elle se sert. Tandis qu'à peine la main de Jésus s'est-elle levée sur le lépreux, à peine Son regard s'est-il baissé sur le paralytique, que l'un et l'autre sont nets et agiles.

Qu'Il calme la tempête, qu'Il marche sur la mer, qu'Il multiplie les pains, qu'Il dessèche le figuier, qu'Il fasse venir les morts, qu'Il les ressuscite, qu'Il Se transfigure, qu'Il apparaisse après Sa propre mort, qu'Il monte enfin au Ciel avec Son corps de chair, cette suite de miracles, qui forme comme une liste complète de tous les types de prodiges, est obtenue essentiellement par un seul procédé :
le commandement après autorisation demandée au Père. Jésus est le seul être qui possède le droit de commander. Il le possède deux fois : divinement, parce qu'Il est Dieu; humainement, parce qu'Il a obéi en tout et pour tout.

Mais de quelle façon commande-t-Il, et à qui ? Aux créatures autres que l'homme Il donne un ordre;
aux hommes Il demande leur adhésion préalable, leur foi, par respect pour leur libre arbitre. Ce n'est qu'ensuite que la vertu divine, toute-puissante, irrésistible, sort de Lui et agit. Cette vertu, c'est la force même de Dieu, c'est l'Amour pur, c'est la vie éternelle, c'est l'atmosphère fulgurante qui réunit le Père et le Fils, c'est l'Esprit. Elle agit au-dessus du temps, de l'espace et des conditions; en dehors d'eux, intérieurement à eux, centralement; elle se propage sans mesure, sans durée, dans ce partout et ce nulle part où se tiennent les centres de tous les êtres.

Voilà pourquoi Jésus ne guérit
qu'en effaçant la cause originelle : le péché; pourquoi Il produit le miracle du dedans au dehors; pourquoi Il demande la foi; Il Se comporte selon le mode absolu de l'éternité.

A suivre...

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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31 mars 2007 6 31 /03 /mars /2007 02:37

Voilà une étude qui ne manque pas d'humour, écrite en 1805.

Du culte du Phallus chez les Grecs

Extrait de l’ouvrage, Les divinités génératrices (1805)


Par Jacques-Antoine DULAURE

Des colonies égyptiennes vinrent, à différentes époques, s’établir dans certaines parties de la Grèce, y apportèrent leurs mœurs, leur religion, et les firent insensiblement adopter par les habitants incivilisés de ce pays, qui étaient alors connus sous le nom de Pélasges. Un des chefs de ces colonies fonda, en Béotie, une ville à laquelle il donna le nom de Thèbes, que portait une autre ville très fameuse de la haute Égypte, où l’on adorait particulièrement le soleil sous le nom de Bacchus, et par suite le Phallus, un de ses principaux symboles.

Hérodote et Diodore de Sicile s’accordent à dire que le culte de Bacchus fut porté en Grèce par un nommé Mélampous, qui vivait cent soixante-dix ans avant la guerre de Troie. « Mélampous, fils d’Amythaon, avait, dit Hérodote, une grande connaissance de la
cérémonie sacrée du Phallus. C’est lui en effet qui a instruit les Grecs du nom de Bacchus, des cérémonies de son culte, et qui a introduit parmi eux la procession du Phallus. Il est vrai qu’il ne leur a pas découvert le fond de ces mystères ; mais les sages qui sont venus après lui en ont donné une plus ample explication.
« C’est donc Mélampous, ajoute-t-il, qui a institué la procession du Phallus que l’on porte en l’honneur de Bacchus, et c’est lui qui a instruit les Grecs des cérémonies qu’ils pratiquent encore aujourd’hui1. »

Le même historien nous apprend que Mélampous, instruit par les Égyptiens d’un grand nombre de cérémonies, entre autres de celles qui concernent le culte de Bacchus, les introduisit dans la Grèce avec de légers changements. Il convient que les cérémonies pratiquées par les Grecs ont beaucoup de ressemblances avec celles des Égyptiens. Plutarque dit de même que les Pamylies des Égyptiens, fêtes célébrées en l’honneur du dieu-soleil Osiris et dans lesquelles on portait le Phallus, ne différaient point des Phallophories des Grecs, célébrées en l’honneur du dieu-soleil Bacchus, où l’on portait aussi des Phallus2. La différence qu’y trouve Hérodote consiste en ce que les Grecs, dans leur fête, ne sacrifiaient point un porc, comme les Égyptiens, et que le Phallus qu’ils portaient dans les processions n’adhérait point à une figure humaine, mais qu’il était isolé.

Hérodote pense que les connaissances acquises par Mélampous sur le culte de Bacchus provenaient de ses liaisons avec les descendants de Cadmus de Tyr, et avec ceux des Tyriens de sa suite qui vinrent de Phénicie dans cette partie de la Grèce qu’on appelle aujourd’hui Béotie.
Les Grecs ne composèrent pas seulement leur théologie de celle de la haute et basse Égypte, mais encore ils y amalgamèrent le culte grossier des Pélasges, anciens habitants de la Grèce. Hérodote nous apprend que l’Hermès à Phallus ou Mercure au membre droit, ne vient point d’Égypte, que les Athéniens le tiennent des Pélasges qui habitaient le même canton. « Les Pélasges, ajoute-t-il, en donnent une raison sacrée que l’on trouve expliquée dans les mystères de Samothrace3. »

Au culte transmis par les Égyptiens, à celui qu’ils trouvèrent établi chez les Pélasges, les Grecs ajoutèrent les cultes en vigueur chez les Syriens, les Babyloniens, les Phéniciens,
les Phrygiens, et d’autres peuples qui fondèrent des colonies chez eux ou avec lesquels ils étaient en commerce. Ce mélange confus devint la matière que l’imagination féconde et déréglée des Grecs mit en œuvre pour enfanter le dédale inextricable de la mythologie, cet océan d’aventures ridicules ou merveilleuses, souvent contradictoires, qui ont fait le désespoir des commentateurs.
Au milieu de ce chaos, il subsiste cependant des points de reconnaissance qui établissent la conformité des cérémonies et des fables des Grecs, avec celles qui étaient en usage chez les étrangers. Le Phallus, par exemple, fut constamment chez eux, comme il était chez les Égyptiens et autres peuples, uni au culte du dieu-soleil.

Bacchus était nommé en Grèce Dionysos4 et ses fêtes Dionysiaques. II y avait plusieurs fêtes de ce nom ; celles qui se célébraient à la ville étaient appelées les grandes Dionysiaques ou les Dionysiaques urbaines ; elles avaient lieu à Limna, dans l’Attique, où Bacchus avait un temple, le 12 du mois élaphébolion, qui répond au 12 du mois de mars, et
huit jours avant l’époque où la même fête se célébrait en Égypte sous le nom de Pamylies.
Les grandes Dionysiaques duraient pendant trois jours. Quatorze prêtresses, choisies par l’archonte-roi et présidées par son épouse, figuraient dans cette solennité.
Ces fêtes, dans leur origine, se célébraient sans luxe et sans beaucoup d’appareil. Voici ce qu’en dit Plutarque :

« Rien n’était plus simple et en même temps plus gai, que la manière dont on célébrait autrefois, dans ma patrie, les Dionysiaques. Deux hommes marchaient à la tête du cortège, dont l’un portait une cruche de vin et l’autre un cep de vigne ; un troisième traînait un bouc ; un quatrième était chargé d’un panier de figues ; une figure du Phallus fermait la marche. On néglige aujourd’hui, continue-t-il, cette heureuse simplicité ; on la fait même disparaître sous un vain appareil de vases d’or et d’argent, d’habits superbes, de chevaux attelés à des chars et de déguisements bizarres5. »

Voici quelle était ordinairement l’ordonnance de cette pompe religieuse :
La marche s’ouvrait par des bacchantes qui portaient des vases pleins d’eau ; ensuite s’avançaient de jeunes vierges recommandables par la pureté de leurs mœurs et par leur naissance, appelées canéphores, parce qu’elles portaient des corbeilles d’or remplies des prémices de tous les fruits, où se trouvaient des serpents apprivoisés, différentes fleurs, quelques objets mystiques, comme le sésame, le sel, la férule, le lierre, des pavots, des gâteaux de forme ombilicale, des placenta, et notamment le Phallus couronné de fleurs.
À la suite de cette troupe de vierges, paraissaient les phallophores : c’étaient des hommes qui ne portaient point de masque sur leur visage, mais qui le couvraient avec un tissu formé par des feuilles de lierre, de serpolet et d’acanthe. Une épaisse couronne de
lierre et de violette ceignait leur tête. Ils portaient l’amict6 et la robe augurale ; ils tenaient en main de longs bâtons de la cime desquels pendaient des Phallus.
Cette partie de la solennité était nommée Phallophorie, Phallogogie, Périphallie.
Venait ensuite un chœur de musiciens qui chantaient ou accompagnaient, au son des instruments, des chansons analogues au simulacre que les phallophores étalaient, et criaient par intervalles : « Évohé Bacché, io Bacché, io Bacché ! »

À ce chœur de musiciens, succédaient les ithyphalles. Ils étaient, suivant Hésichius, vêtus d’une robe de femme. Athénée les présente la tête couronnée, les mains couvertes de gants sur lesquels des fleurs étaient peintes, portant une tunique blanche et l’amict tarentin, à demi vêtus, et, par leurs gestes et leur contenance, contrefaisant les ivrognes. C’étaient surtout les ithyphalles qui chantaient les chants phalliques et qui poussaient ces exclamations, eithé me ityphallé !
Suivaient le van mystique et autres objets sacrés.
Des groupes de satyres et de bacchantes figuraient souvent dans ces processions. Ces dernières, à demi nues ou couvertes seulement d’une peau de tigre passée en écharpe, les cheveux épars, tenant en main des torches allumées ou des thyrses, s’abandonnaient aux mouvements les plus impétueux, en hurlant des évohé, et menaçaient ou frappaient même les spectateurs. Elles exécutaient quelquefois des danses appelées phalliques, dont le principal caractère consistait en mouvements lascifs.
Les satyres traînaient des boucs ornés de guirlandes et destinés au sacrifice ; puis on voyait arriver, monté sur un âne, le personnage qui jouait le rôle de Silène, et représentait ce nourricier de Bacchus chancelant et à demi ivre.
On doit juger que de telles scènes religieuses devaient facilement dégénérer en abus :
Aussi, tout ce que l’ivresse et la débauche ont de plus dégoûtant était audacieusement offert aux yeux du public. Un médecin de l’antiquité, Arétéus, dit en parlant des satyres qui accompagnaient les pompes de Bacchus, qu’ils s’y présentaient d’une manière fort indécente, dans un état apparent de désir dont la continuité étonnante était regardée comme une grâce du ciel, une marque de l’assistance divine7.
Il est possible que ce déclamateur ait pris la fiction pour la réalité et le postiche pour la
nature. Divers monuments antiques qui nous retracent les scènes des groupes de satyres, nous représentent des hommes dont la tête était couverte d’un masque entier ou têtière, et le corps et les jambes enveloppés de peaux de bouc. On peut croire que le travestissement était complet, et qu’un Phallus artificiel était substitué au naturel ; car sans cela, la durée de l’état en question, un éréthisme si soutenu, pendant une course longue et fatigante, serait vraiment un miracle.
Que les jeux obscènes des groupes de satyres fussent figurés ou réels, ils n’en étaient
pas moins des attentats à la pudeur publique ; et un Père de l’Église grecque, révolté de ces scènes scandaleuses, s’exprime de la sorte :

« L’homme le plus débauché n’oserait jamais, dans le lieu le plus secret de son appartement, se livrer aux infamies que commet effrontément le chœur des satyres, dans une procession publique8. »
Cette marche religieuse était suivie de jeux qui avaient un caractère analogue. La jeunesse s’exerçait à sauter sur des outres enflées de vent et à courir, les yeux bandés, parmi des Phallus ornés de fleurs et suspendus à des pins ou à des colonnes. On regardait comme un présage de bonheur lorsqu’en courant, la tête venait à se heurter contre ces simulacres.
Les prêtres d’Osiris, d’Adonis, d’Attis, de Chiven et d’autres dieux-soleil, avaient composé pour chacune de ces divinités une ou plusieurs fables ou légendes que l’on récitait lors de leurs fêtes, qui servaient aussi de matière à leurs hymnes et dans lesquels on rendait raison de leur association avec le Phallus. Les prêtres de Bacchus suivirent cet exemple et composèrent une fable dont voici le sommaire :
Bacchus a perdu sa mère Sémélé, tuée par la foudre ou morte dans un incendie : il la cherche dans plusieurs pays, et va jusqu’aux enfers pour la trouver. Pendant le cours de ses recherches, il rencontre un jeune homme appelé Polymnus ou Nosumus qui promet de le conduire auprès de sa mère et de lui montrer le chemin des enfers s’il en avait besoin ; mais Polymnus, devenu amoureux de Bacchus, exigea, pour prix de ce service, une complaisance honteuse. Le dieu consentit sans difficulté. On va voir de quelle manière il tint sa promesse.

Polymnus mourut en chemin. Bacchus lui éleva un tombeau et, en mémoire du défunt, il fabriqua, avec une branche de figuier, un Phallus qu’il plaça sur ce monument.
Deux Pères de Église, qui me fournissent ces détails, Arnobe et Clément d’Alexandrie, en ajoutent de fort scandaleux. Leurs expressions sont si peu ménagées qu’à cause de la
sévérité de notre langue et de la délicatesse de nos oreilles, je ne puis les traduire. Je me bornerai à dire que Bacchus, jaloux de remplir ses engagements, planta le Phallus de bois sur le tombeau du défunt, s’assit à nu sur sa pointe, et que, dans cette attitude, il s’acquitta complètement, envers ce simulacre, de la promesse qu’il avait faite au jeune Polymnus9.

C’était par ces contes obscènes qui décèlent l’immoralité du temps auquel ils ont été inventés, que les prêtres amusaient le peuple et le trompaient sur le véritable motif de
l’institution du Phallus ; comme si des mensonges orduriers devaient être plus profitables à la religion que des vérités simples, dont la connaissance était réservée aux seuls initiés des hautes classes.


Le scoliaste d’Aristophane attribue à une autre cause l’institution du Phallus en Grèce. Il raconte qu’un nommé Pégaze, ayant introduit le culte de Bacchus et de ses symboles dans
l’Attique, les habitants de ce pays refusèrent de l’adopter. Ils en furent punis par ce dieu, qui les frappa de maladie dans les parties de la génération, maladie incurable qui résistait à tous les remèdes, et dont ils ne purent se débarrasser qu’en rendant de grands honneurs à Bacchus. Ils fabriquèrent alors des Phallus, comme un hommage particulier qu’ils faisaient à cette divinité, et comme un monument de leur reconnaissance et de leur attachement pour elle.
Les Grecs, très affectionnés au culte du Phallus, l’introduisirent dans les cérémonies consacrées à plusieurs autres divinités. « On a conservé la coutume, dit Diodore de Sicile, de rendre quelques honneurs à Priape, non seulement dans les sacrés mystères de
Bacchus, mais aussi dans ceux des autres dieux, et l’on porte sa figure aux sacrifices, en
riant et en folâtrant. »
Vénus et Cérès, la première présidant à la fécondité de l’espèce humaine, la seconde à celle des champs, devaient avoir droit au Phallus, symbole général de la fécondité.
La consécration du Phallus par Isis, en Égypte, la réunion à Byblos, dans un même temple, du culte du Soleil, de Vénus Astarté et du Phallus, cette même réunion du simulacre des deux sexes dans l’Inde, prouvent que les Grecs ne manquaient pas d’exemples pour associer le Phallus au culte de Vénus ; aussi l’unissaient-ils souvent au Mullos, c’est-à-dire
au simulacre de la partie du sexe féminin, et cette réunion complétait l’allégorie. Aussi voyait-on, dans l’île de Chypre, dans les mystères de la mère des amours, figurer l’emblème de la virilité. Les initiés aux mystères de la Vénus cyprienne, recevaient ordinairement une poignée de sel et un Phallus.
Une secte particulière et peu connue, appelée la secte des Baptes, célébrait à Athènes, à Corinthe, dans l’île de Chio, en Thrace et ailleurs, les mystères nocturnes de Cotitto, espèce de Vénus populaire. Les initiés qui se livraient à tous les excès de la débauche, y employaient les Phallus d’une manière particulière ; ils étaient de verre, et servaient de vase à boire10.
Ceux qui ne voient, dans ce symbole de la reproduction, que le caractère du libertinage, doivent s’étonner de ce qu’il faisait partie intégrante des cérémonies consacrées à Cérès, divinité si recommandée par sa pureté, et surnommée la Vierge sainte ; de ce qu’il figurait dans les mystères de cette déesse à Éleusis, appelés mystères par excellence, auxquels tous les hommes de l’antiquité, distingués par leurs talents, par leurs vertus, s’honoraient d’être initiés, d’où les scélérats, fussent-ils sur le trône, étaient rigoureusement exclus, dont la moralité des dogmes, ainsi que la sagesse des principes, sont garanties par le témoignage des écrivains grecs ou romains, connus par leur véracité et leurs belles actions. C’est Tertullien qui nous apprend que le Phallus faisait, à Éleusis, partie des objets mystérieux. Aucun autre écrivain de l’antiquité n’avait fait connaître cette particularité, nul initié n’avait avant lui révélé ce secret. « Tout ce que ces mystères ont de plus saint, dit-il, ce qui est caché avec tant de soin, ce qu’on est admis à ne connaître que fort tard, ce que les ministres du culte, appelés Epoptes, font si ardemment désirer, c’est le simulacre du membre viril11. »


Théodoret dit que l’on vénérait aussi, dans les orgies secrètes Éleusis, l’image du sexe féminin12.
Pour justifier la présence de ces figures obscènes dans des mystères aussi saints, pour donner un prétexte à cette association du culte de Cérès et de celui du Phallus, voici la fable extravagante que les prêtres imaginèrent :
Cérès cherchait sa fille Proserpine que Pluton avait enlevée. Dans cette intention, elle parcourait le monde, tenant deux flambeaux qu’elle avait allumés aux feux du mont Etna. Elle arrive fatiguée à Éleusis, bourg de l’Attique. Une femme, nommée Baubo, lui offre l’hospitalité, lui fait un accueil gracieux, cherche par ses caresses à adoucir le chagrin dans lequel la déesse est plongée, et lui présente, pour la rafraîchir, cette liqueur fameuse dans les mystères, et que les Grecs appelaient cycéon. Cérès, en proie à sa douleur, refuse avec dédain ce breuvage, et repousse la main de celle qui l’invite à se désaltérer.
Voyant que ses instances, plusieurs fois renouvelées, étaient vaines, Baubo, pour vaincre l’obstination de la déesse, a recours à d’autres moyens. Elle pense qu’une plaisanterie, en l’égayant, pourra la disposer à prendre la nourriture dont elle a besoin. Dans ce dessein, elle sort, fait ses dispositions, puis reparaît devant la déesse, se découvre à ses yeux, et de la main secoue et caresse une petite figure qu’elle a formée en certain lieu. À ce spectacle aussi étrange qu’inattendu, Cérès éclate de rire, oublie son chagrin, et consent
avec joie à boire le cycéon13.
Dans les fêtes Éleusis, on chantait un hymne dont une strophe contenait la conclusion de cette aventure. Clément d’Alexandrie et Arnobe ont tous les deux publié cette fable ; ils nous ont de plus transmis cette strophe, monument authentique de la grossièreté et de l’indécence des fables que débitaient les prêtres de l’antiquité.


Dans les fêtes appelées Targilies, qui se célébraient le 6 du mois de targélion ou de mai, on voyait aussi figurer le Phallus. Sa présence, dans cette solennité, ne doit point étonner, puisqu’elle était consacrée à Apollon, dieu-soleil, et à Diane, divinité de la lune, ou, suivant le scoliaste d’Aristophane, au soleil et aux saisons. II ajoute que des jeunes gens portaient, dans cette fête, des branches d’olivier, d’où pendaient des pains, des légumes, des glands, des figues et des Phallus14.


On a remarqué que le Phallus était constamment lié aux dieux-soleil, quels que fussent les noms qu’ils portassent ; qu’il en était dépendant, et qu’il ne figurait, dans les mystères consacrés à cet astre, que comme un symbole, un objet secondaire de la cérémonie, mais non comme une divinité particulière. Les habitants de Lampsaque15, ville située sur les bords de l’Hellespont, s’avisèrent, les premiers, de tirer ce symbole de la dépendance des dieux soleil, de l’ériger en divinité, et de lui rendre un culte particulier sous le nom antique de Priape. Ce dieu naquit dans cette ville, dit la fable, ce qui, en langage allégorique, signifie que son culte y prit naissance.
Priape était représenté comme un Hermès, un Terme, dont la tête, et quelquefois la moitié du corps, appartenait à l’espèce humaine. Sa figure était la copie de ces Hermès, ou Mercure, munis d’un Phallus colossal, qui étaient si nombreux en Grèce, dans les champs, sur les chemins et dans les jardins. Ils étaient évidemment une imitation des figures à Phallus disproportionné que les femmes d’Égypte portaient en procession, pendant les fêtes d’Osiris, et que l’on conservait dans le temple d’Hiérapolis, en Syrie.
C’étaient de tels Hermès à Phallus qui, placés dans les carrefours d’Athènes, furent mutilés dans une débauche nocturne par Alcibiade et ses compagnons, profanation qui eut
pour lui des suites très fâcheuses.
C’était aussi à ces Hermès à tête humaine et à Phallus, que Philippe, roi de Macédoine, comparait les Athéniens. Ils n’ont, disait-il, comme les Hermès, que la bouche et les parties de la génération, pour exprimer qu’ils n’étaient que babillards et libertins16.
Les habitants de Lampsaque, ignorant l’origine de cette divinité, et n’ayant d’autres données que sa figure pour lui composer une légende ou une fable, et trouvant entre certaine partie de l’âne et le trait qui caractérisait Priape, des rapports frappants, lui sacrifièrent un âne, et introduisirent cet animal comme acteur, dans les aventures qu’ils
supposèrent à ce dieu. Voici en substance quelle fut cette fable.
Sa naissance est fort incertaine. Il était, suivant les uns, fils de Bacchus et d’une nymphe appelée Naïade. D’autres lui donnent pour mère la nymphe Chionée ; Hygin le dit fils de Mercure, et Apollonius, d’Adonis et de Vénus. Il naquit, suivant l’opinion la plus généralement adoptée, de Bacchus et de Vénus. Les mythologues, qui le font fils d’Hermès ou de Mercure, annonçaient par-là que ce dieu devait sa naissance aux pierres ou aux troncs d’arbres appelés Hermès par les Grecs, et qui avaient servi à composer sa figure.
Ceux qui le disent fils de Bacchus ou d’Adonis, dieux-soleil, exprimaient son origine par une allégorie plus savante et plus conforme à la vérité.
La jalouse Junon, apprenant que sa fille Vénus était enceinte, la visita et, sous le prétexte de la secourir, elle employa, en lui touchant le ventre, un charme secret qui la fit accoucher d’un enfant difforme, et dont le signe de la virilité était d’une proportion
gigantesque. Vénus, fâchée d’avoir donné le jour à un enfant monstrueux, l’abandonna, et le fit élever, loin d’elle, à Lampsaque. Devenu grand, le dieu courtisa les dames de cette ville, et sa difformité ne leur déplut pas : mais les maris, jaloux, le chassèrent honteusement. Ils furent bientôt punis de cette violence ; une maladie cruelle les attaqua à l’endroit même où le dieu préside. Dans cette fâcheuse extrémité, on consulta l’oracle de Dodone et, d’après son avis, Priape fut honorablement rappelé, et les pauvres maris se virent contraints de lui dresser des autels et de lui rendre un culte17.
Telles sont les fables fabriquées sur l’origine de Priape. Voici celles qui expliquent l’association de l’âne à son culte.
Un jour, Priape rencontra Vesta couchée sur l’herbe et plongée dans un profond sommeil. Il allait profiter d’une occasion aussi favorable à ses goûts lascifs, lorsqu’un âne vint fort à propos réveiller par ses braiments la déesse endormie, qui échappa heureusement
aux poursuites du dieu libertin.
Lactance et Hygin attribuent à une autre cause l’usage d’immoler un âne à ce dieu, et cette cause est encore moins décente. Priape eut, disent-ils, une dispute avec l’âne de Silène que montait Bacchus lors de son voyage dans l’Inde. Priape prétendait être, à certain égard, mieux que l’âne, avantagé de la nature. La question, dit Lactance, fut décidée en faveur de l’animal, et Priape, furieux d’une telle humiliation, tua son concurrent. Hygin raconte au contraire que Priape fut vainqueur, et que l’âne, vaincu, fut mis au rang des astres18.
Le peuple de Lampsaque, dit Pausanias, est plus dévot à Priape qu’à toute autre divinité19. Il était le dieu tutélaire de cette ville, dont les médailles, conservées jusqu’à nos jours, offrent sa figure bien caractérisée et attestent encore la considération dont il jouissait parmi ses habitants. Ces médailles, qui se voient dans les cabinets des curieux, le présentent le plus ordinairement sous la forme d’un Hermès où le monstrueux Phallus est ajusté.


Des empereurs romains, non pas de ceux qui se sont distingués par leur extrême débauche, ont voulu éterniser leur dévotion au dieu de Lampsaque, et faire frapper des médailles où leurs noms sont associés au signe indécent de cette divinité. On en trouve une de Septime Sévère, et une autre que la ville même de Lampsaque fit frapper en l’honneur de l’empereur Maximin20.


La ville de Priapis ou de Priape, bâtie sur les bords de la mer Propontide, dans la Troade, doit son nom au culte de cette divinité. Ce fut dans ce lieu, dit la fable, que Priape, chassé par les maris de Lampsaque, vint chercher un asile. On y voyait un temple où le dieu-soleil Apollon était adoré sous le nom de Priapesaeus. Ainsi, les habitants avaient conservé, dans leur culte, les rapports existant entre l’astre du jour et l’emblème de la
fécondité.
Pline fait mention de plusieurs autres lieux qui portaient le nom de Priape, et où, sans doute, il était vénéré comme la divinité principale. En parlant des îles de la mer d’Éphèse, il en nomme une appelée Priapos21. Il dit ailleurs qu’au golfe Céramique est l’île Priaponèse22.
Priape était honoré d’un culte particulier dans différentes villes de la Grèce ; telles étaient Ornée, située près de Corinthe, qui donna à ce dieu le surnom d’Ornéates et à ses fêtes celui d’Ornéennes ; Colophon, ville de l’Ionie, fameuse par son oracle d’Apollon. On y célébrait avec beaucoup d’éclat les fêtes de Priape, et ce dieu n’y avait, pour ministres, que des femmes mariées.
Les Cylléniens rendaient aussi à Priape un culte particulier, ou plutôt ils confondaient cette divinité avec celle d’Hermès ou de Mercure ; car, comme je l’ai dit, les Hermès à
Phallus ne différaient en rien des Priapes pour la figure : la matière de pierre ou de bois, le lieu où ils étaient placés, et les honneurs qu’on leur rendait, faisaient les seules différences.
Une de ces figures ; que Pausanias qualifie d’Hermès, recevait les honneurs divins à Cylenne. Elle était élevée sur un piédestal et présentait un Phallus remarquable23.
Le même auteur a vu sur le mont Hélicon une autre figure de Priape qui, dit-il, mérite l’attention des curieux. Ce dieu est, continue-t-il, surtout honoré par ceux qui nourrissent des troupeaux de chèvres ou de brebis ou des mouches à miel24.
Tous les auteurs qui parlent de Priape s’accordent avec les monuments numismatiques et lapidaires à donner à son signe caractéristique des proportions plus grandes que nature. Les Grecs avaient conservé l’antique tradition sur cette forme colossale qui rend le signe étranger à la figure humaine auquel il adhère.
Ils conservèrent aussi au Phallus et à Priape même ses rapports originels avec le soleil, et leur culte ne fut presque jamais séparé de celui de cet astre, sous quelque nom qu’il fût adoré. Déterminés par ces principes, ils accordèrent à Priape le titre auguste de sauveur du monde, qu’on a souvent donné aux dieux-soleil et surtout aux différents signes qui ont successivement marqué l’équinoxe du printemps, tels que les Gémeaux, le Taureau, le Bouc, enfin le Bélier ou l’Agneau. Cette qualification divine se trouve en une inscription grecque placée sur le Priape antique du musée du cardinal Albani25.
On sacrifiait un âne à Priape ; on lui offrait des fleurs, des fruits, du lait et du miel ; on
lui faisait des libations en versant du lait ou du vin sur la partie saillante qui distingue cette divinité ; on y appendait des couronnes et même de petits Phallus en ex-voto ; enfin, les dévots venaient baiser religieusement le Phallus consacré.

L’introduction et les progrès du christianisme en Grèce devinrent funestes au culte du Phallus et de Priape, mais ne l’anéantirent pas. Lors même que plusieurs écrivains chrétiens s’attachaient à déclamer contre lui, se récriaient contre ses indécences, en décrivaient, et peut-être même en exagéraient les abus, une secte favorable au Phallus s’établissait sous une forme nouvelle. C’était celle qui célébrait les fêtes appelées orphiques, espèce de Dionysiaques régénérées sous des noms différents. La divinité qui en était l’objet se nommait Phanès, surnom du soleil ; elle était figurée avec un Phallus très apparent qui, suivant quelques auteurs, était placé en sens inverse.
La secte des orphiques se distingua d’abord par ses principes austères, par ses mœurs pures, qui dégénérèrent dans la suite en débauche26.
Aux déclamations violentes et répétées des Pères de Église contre le Phallus, les partisans de ce culte répondaient qu’il était un emblème du soleil, de l’action régénératrice de cet astre sur toute la nature.
Un philosophe platonicien, Jamblique, qui vivait sous le règne de Constantin, disait que l’institution des Phallus était le symbole de la force générative ; que ce symbole provoquait la génération des êtres. « C’est véritablement, ajoutait-il, parce qu’un grand nombre de Phallus sont consacrés, que les dieux répandent la fécondité sur la terre27. »
Malgré les atteintes du christianisme, le culte du Phallus se soutint encore longtemps chez les Grecs. Les femmes de cette nation continuèrent de porter à leur cou, comme un
préservatif puissant, des amulettes ithyphalliques de diverses formes, comme les indiennes portent le taly ; elles le plaçaient même quelquefois plus bas que le sein. Arnobe et son disciple Lactance, qui vivaient sous l’empire de Dioclétien, c’est-à-dire vers le commencement du IIIe siècle de l’ère chrétienne, prouvent, par leurs déclamations, que ce culte était alors dans toute sa vigueur en Grèce. « J’ai honte, dit Arnobe, de parler des mystères où le Phallus est consacré, et de dire qu’il n’est point de canton dans la Grèce où l’on ne trouve des simulacres de la partie caractéristique de la virilité28. »
Lactance tourne en ridicule la figure et la fable de Priape29, et plusieurs Pères de l’Église qui ont vécu après eux, tiennent le même langage et attestent la continuité de ce culte.
L’historien Évagrius, qui écrivait vers la fin du VIe siècle, témoigne que toutes les cérémonies du culte du Phallus existaient encore de son temps ; il se moque des ithyphalles, des Phallogonies, du Priape, remarquable par les dimensions gigantesques de son signe caractéristique, et de la corbeille sacrée qui contenait le Phallus30.
Nicéphore Calixte, autre historien ecclésiastique plus récent et qui n’est mort qu’au VIIe siècle, parle aussi des Phallus, des ithyphalles, ainsi que du culte de Pan et de Priape, comme des objets ridicules qui cependant recevaient encore les hommages religieux des Grecs31.
Les exemples que je rapporterai dans la suite, de quelques peuples qui, ayant embrassé le christianisme, ont conservé plusieurs pratiques de l’idolâtrie et du culte du Phallus, me portent à croire que les Grecs, devenus chrétiens et néanmoins restant attachés à une infinité de superstitions païennes, se sont difficilement déshabitués de ce culte, et qu’il doit en rester encore des traces parmi eux.

1 Hérodote, Euterpe, 1. 11, sect. 49.
2 Plutarque, Traité d'Isis et d'Osiris.
3 Hérodote, Euterpe, sect. 51.

4 Cette dénomination dérive, dit-on, de Nysa, ville où Jupiter fit porter Bacchus par Mercure, pour y être élevé par des nymphes ; ou du nom de Nysa, fille d'Aristeus, qui le nourrit. Ce sont des fables. Bacchus ne fut élevé par personne ni dans aucune ville. Bacchus était le soleil, et ce nom lui vient du pays de Cous, dans la Thébaïde. La syllabe ab ou ba signifie père, maître, dieu ; ainsi, le nom de Bacchus doit être interprété par le père ou le dieu de Cous. Quant au nom Dionysos, il est le même qu'Adon, Adonis, Adonai, Dionis, qui signifient maître, seigneur, qualifications qu'on a toujours données au soleil.

5 Plutarque, Œuvres morales, Traité de l'amour des richesses, vers la fin.

6 Pièce du vêtement liturgique, que le prêtre place autour de son cou et sur ses épaules, sous l’aube.

7 Satyri in hanc pompam procedebantur erecto pene, quod tamen rei divinæ signum æstimabant. Areteus, 1. II. Auctorum, chap. xtt.
8 Théodoret, cité par Castellan., de Festis Græcorum, Dionysia, p. 101.
9 Voici comment Arnobe décrit cette action de Bacchus: « Figit (penem) super aggerem tumuli, et postica ex parte nudatus, insidit, lascivia deinde surientis assumpta, huc atque illuc clunes torquet, et meditatur ab ligno pati quod jamdudum in veritate promiserat.» (Arnobii adversus Gentes, 1. V, p. 177, éd. 1651.) (Clément Alexand., Propterpt.). Arnobe et Clément d'Alexandrie ne sont pas les seuls Pères de Église qui ont rapporté cette fable : on la trouve avec ces circonstances dans Julius Firmicus, De Errore profanarum Religionum ; dans Théodoret, Sermo 8 De. Martyribus ; dans Nicetas, sur Grégoire de Nazianze, orat. 39, p. 829, etc. Voyez au surplus Observationes ad Arnobium Gebharti Elmenhorstii, p. 171.
10 Juvénal, parlant de la licence extrême de ces mystères, dit (Satyre 11, vers 95) : « ... Vitreo bibit ille priapo. »

11 Tertullien, Adversus Valentinianos. Tertuliani opera, p. 250.
12 Castellanus, de Festis Græcorum, Eleusinia, pp. 143 et 144.
13 Partem illam corporis, per quam secus femineum et soholem prodere, et nomen solet acquirere generi, tum longiore ab incuria liberat : Facit sumere habitum puriorem, et in speciem levigari nondum duri atque striculi pusionis : redit ad deam tristem... atque omnia illa pudoris loca revelatis monstrat inguinibus atque pubi affigit oculos Diva et inauditi specie solaminis pascitur, etc. » Ce passage, sans doute corrompu dans plusieurs
endroits, a embarrassé les commentateurs. (Arnobe, Adversus gentes, 1. V, pp. 174 et 175, Godescale. Stevch. in Arnob. Observat. Elmenhorst. Desid, Heraldi animadversiones, etc.)
14 Histoire religieuse du Calendrier, par Court de Gebelin, p. 436.
15 Aujourd’hui nommé Laspi.

16 Stobée, Serm., 11.
17 On voit que cette fable a le même fond que celle rapportée par le Scoliaste d'Aristophane, sur l'origine du culte du Phallus dans l’Attique.
18 Lactantius, De falsa Religione, 1. 1, chap. XXII, Hyginus, Poeticum astronomicon, chap. XXXIII.
19 Pausanias, 1. IX, Boétie, chap. XXXI.

20 Baudelot, dans son ouvrage intitulé : Utilité des Voyages, a donné la gravure de ces deux médailles (t. 1, pp.
343 et 344).
21 Pline, 1. V, chap. XXXI.
22 Idem, 1. V.
23 Pausanias, Elide, I. VI, chap. XXVI. 23.
24 Idem, Béotie, 1. IX, chap. XXXI
25 Voyez l'ouvrage de Knight, sur le culte de Priape, où ce monument est gravé. 26 Warburton attribue la cause de cette dégradation au Phallus qui figurait dans les mystères, aux allégories indécentes et aux assemblées nocturnes. Mais ce sont bien plutôt les passions humaines qui s'installent, pour ainsi dire, dans les institutions, après en avoir déplacé l'esprit primitif, qui y dominent, et finissent par les corrompre.
27 Jamblicus, De Mysteriis Ægyptiorum, sect. 1, chap. XI.
28 Arnobius, Adversus gentes, 1. V, p. 176
29 Lactantius, De falsa Religione, 1. I, p. 120.
30 Évagrius, Histoire ecclésiastique, 1. XI, chap. II
31 Nicéphore Calixte, Hist. ecclésiastique, 1. XIV, chap. XLVIII.

Sources : Misraïm3

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

 

 

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans RELIGION-INTEGRISME
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31 mars 2007 6 31 /03 /mars /2007 01:10

Une très belle vision hermétiste des Assassins ou Haschichins...

Les Secrets des Assassins

de Peter Lamborn Wilson

Après la mort du Prophète Muhammad, la nouvelle communauté islamique fut dirigée par une succession de quatre de ses anciens Compagnons, choisis par le peuple & appelés les Califes "Justement Guidés". Le dernier de ceux-ci fut Ali ibn Abu Talib : le gendre du Prophète.

Ali eut ses propres disciples ardents parmi les croyants, qui furent ensuite appelés Shi’a ou "adhérents". Ils croyaient qu’Ali devait succéder à Muhammad de plein droit, & qu’après lui ses fils (les petits-enfants du Prophètes) Hassan et Hussein auraient dû régner ; et après eux leurs fils et ainsi de suite dans une succession quasi-monarchique.

En fait, excepté Ali, aucun d’entre eux ne dirigea l’entièreté de l’Islam. Au lieu de cela, ils devinrent une lignée de prétendants et, en fait, les chefs d’une branche de l’Islam appelée Shi’isme. Par opposition aux Califes orthodoxes (sunnites) de Bagdad, ces descendants du Prophète furent connus sous le nom d’Imam.

Pour les chiites, un Imam est bien plus et d’un rang bien plus élevé qu’un Calife. Ali dirigea de droit du fait de sa grandeur spirituelle que le Prophète avait reconnue en lui en le nommant comme son successeur (en fait, Ali est également révéré par les soufis en tant que "fondateur" et prototype du Saint musulman). Les chiites diffèrent des musulmans orthodoxes ou sunnites par leur croyance que cette pré-éminence spirituelle fut transférée aux descendants d’Ali au travers de Fâtima, la fille du Prophète.

Le sixième Imam chiite, Jaffar al-Sadiq, eut deux fils. L’aîné, Ismaël, fut choisi en tant que successeur. Mais il mourut avant son père. Jaffar déclara alors son plus jeune fils Musa comme nouveau successeur.

Mais Ismaël avait déjà donné naissance à un fils - Muhammad ibn Ismaël - qu’il proclama comme prochain Imam. Les disciples d’Ismaël se séparèrent de Jaffar au sujet de cette question et suivirent le fils d’Ismaël au lieu de Musa. Ils furent alors connus en tant qu’Ismaéliens.

Les descendants de Musa régnèrent sur le Shi’isme "orthodoxe". Quelques générations plus tard, le Douzième Imam de cette lignée disparut du monde matériel sans laisser de traces. Il vit encore sur le plan spirituel, d’où il reviendra à la fin de ce cycle du temps. Il est l’"Imam Caché", le Mahdi dont parlait le Prophète. Le Shi’isme "duédodécimain" est la religion de l’Iran actuel.

Les Imams Ismaéliens languirent dans l’occultation, chefs d’un mouvement underground qui attirait les mystiques et révolutionnaires les plus extrêmes du Shi’isme. Ils émergèrent en tant que force puissante à la tête d’une armée et conquirent l’Égypte et y établirent la dynastie Fatimides, les anti-Califes du Caire.

Les premiers Fatimides régnèrent de manière éclairée, et le Caire devint la ville de l’Islam la plus culturelle et la plus ouverte. Ils ne réussirent, cependant, jamais à convertir le reste du monde islamique ; en fait, même la majorité des égyptiens n’embrassèrent pas l’ismaélisme. Le mysticisme très élevé de la secte fut sa principale force d’attraction mais aussi sa principale limitation.

En 1074, un brillant jeune perse converti arriva au Caire afin d’être introduit dans les plus hauts rangs initiatiques (et politiques) de l’ismaélisme. Mais Hassan i Sabbah se trouva bientôt emmêlé dans une lutte pour le pouvoir. Le Calife Mustansir avait nommé son fils aîné Nizar comme successeur. Mais un de ses plus jeunes fils, al-Mustali, intrigua afin de la supplanter. Lorsque Mustansir mourut, Nizar - l’héritier légitime - fut emprisonné et assassiné.

Hassan i Sabbah intrigua pour Nizar, et fut alors forcé de s’enfuir d’Égypte. Il retourna en Perse à nouveau où il prit la tête d’un mouvement révolutionnaire nizâri. Par quelque ruse intelligente, il acquit le commandement de l’imprenable forteresse montagneuse d’Alamut ("Nid d’Aigle") près de Qazvin dans le nord-ouest de l’Iran.

La vision de Hassan i Sabbah, cruelle et romantique, est devenue une légende dans le monde islamique. Avec ses disciples, il rebâtit en miniature les gloires du Caire dans ce refuge rocheux aride.

Afin de protéger Alamut et sa petite, mais intense, civilisation, Hassan i Sabbah se fondait sur l’assassinat. Tout dirigeant ou politicien ou chef religieux qui menaçait les nizâri se mettait sous le danger de la dague d’un fanatique. En fait, le premier coup public d’Hassan fut l’assassinat du premier ministre de Perse, peut-être l’homme le plus puissant de cette époque (et selon la légende, un ami d’enfance d’Hassan).

Une fois que leur réputation fut établie, la simple menace d’être sur la liste des éso-terroristes était suffisante pour empêcher les gens d’agir contre les hérétiques haïs. Un théologien fut une fois menacé par un couteau (laissé sur son oreiller lorsqu’il dormait), et ensuite corrompu par de l’or. Lorsque ses disciples lui demandèrent pourquoi il avait cessé de fulminer contre Alamut, il répondit de son pupitre que les arguments des ismaéliens étaient "à la fois pointus et de poids".

Du fait que la grande bibliothèque d’Alamut fut certainement brûlée, on sait peu de choses sur les véritables enseignements d’Hassan i Sabbah. Apparemment, il forma une hiérarchie initiatique constituée de Sept Cercles et basée sur celle du Caire, avec les assassins à la base et les mystiques érudits à son sommet.

Le mysticisme ismaélien est basé sur le concept de ta’vil, ou "herméneutique spirituelle". Ta’vil signifie en fait "reprendre quelque chose à sa source ou dans sa signification la plus profonde". Les chiites avaient toujours pratiqué cette exégèse sur le Coran lui-même, lisant certains versets comme étant des allusions voilées ou symboliques à Ali et aux Imams. Les ismaéliens étendirent la ta’vil de manière bien plus radicale. Toute la structure de l’Islam leur apparaissait comme une coque, afin d’en pénétrer le coeur, la coque doit être pénétrée par la ta’vil, et en fait elle doit être brisée afin d’être ouverte totalement.

La structure de l’Islam, plus que dans toutes autres religions, est basée sur la dichotomie entre l’exotérique et l’ésotérique. D’un côté, il y a la Loi Divine (Shariah), et de l’autre la Voie Spirituelle (Tariqah). Habituellement, la Voie est perçue comme le coeur ésotérique et la Loi comme la coque exotérique. Mais pour l’ismaélisme, les deux ensembles représentent un tout qui à son tour devient un symbole qui doit être pénétré par la ta’vil. Derrière la Loi et la Voie, se tient l’Ultime Réalité (Haqiqah), Dieu Lui-même en des termes théologiques - l’Être Absolu en termes métaphysiques.

Cette réalité n’est pas quelque chose en dehors de l’objet humain ; en fait, si elle existe alors elle doit se manifester elle-même complètement au niveau de la conscience. Donc, elle doit apparaître en tant qu’homme, Homme Parfait - l’Imam. La connaissance de l’Imam est la perception directe de la Réalité elle-même. Pour les chiites, la Famille d’Ali est identique à la conscience parfaite.

Une fois l’Imam réalisé, les niveaux de la Loi et de la Voie disparaissent naturellement comme des coquilles brisées. La connaissance de la signification intérieure libère de l’attachement à la forme extérieure : l’ultime victoire de l’ésotérique sur l’exotérique.

L’"abrogation de la Loi", cependant, fut considérée comme une hérésie ouverte par l’Islam. Pour leur propre protection, les chiites furent toujours autorisés à pratiquer la taqqiya, "la dissimulation permise" ou "occultation", et à prétendre être des orthodoxes afin d’échapper à la mort ou à la punition. Les ismaéliens pouvaient prétendre être chiites ou sunnites, selon ce qui était le plus avantageux.

Pour les nizâris, pratiquer l’occultation c’était pratiquer la Loi ; en d’autres mots, prétendre être orthodoxes signifiait obéir à la Loi Islamique. Hassan i Sabbah imposa la dissimulation à tous sauf aux rangs les plus élevés d’Alamut, car en l’absence de l’Imam les voiles de l’illusion doivent naturellement cacher la vérité ésotérique de la liberté parfaite.

En fait, qui était l’Imam ? Pour autant que l’histoire soit concernée, Nizar et son fils moururent emprisonnés et intestats. Hassan i Sabbah fut, par conséquent, un légitimiste supportant un prétendant qui n’existait pas ! Il n’a jamais prétendu être lui-même l’Imam, ni son successeur en tant que "Vieil Homme de la Montagne", et aucun de ses successeurs ne le fit non plus. Et cependant, ils prêchèrent tous au "nom de Nizar". Il est probable que la réponse à ce mystère fut révélée au sein du septième cercle de l’initiation.

Le troisième Vieil Homme de la Montagne eut un fils appelé Hassan, un jeune érudit, généreux, éloquent et aimable. De plus il était un mystique et enthousiaste étudiant des plus profonds enseignements de l’ismaélisme et du soufisme. Même durant la vie de son père, quelques alamutis commencèrent à murmurer que le jeune Hassan était le véritable Imam ; le père entendit ces rumeurs et les nia. "Je ne suis pas l’Imam, comment donc mon fils pourrait-il être l’Imam ?"

En 1162, le père mourut et Hassan (appelé Hassan II pour le distinguer de Hassan i Sabbah) devint le chef d’Alamut. Deux ans plus tard, le 17e jour de Ramadan (8 août) 1164, il proclama la Qiyamat, ou Grande Résurrection. Au milieu du mois de jeûne, Alamut brisa le jeûne à jamais et proclama ce jour fête perpétuelle.

La résurrection des morts dans leur corps à la "fin des temps" est une des doctrines les plus difficiles de l’Islam (et de la chrétienté également). Prise littéralement, elle est absurde. Prise symboliquement, cependant, elle renferme l’expérience du mystique. Il "meurt avant la mort" lorsqu’il réalise les aspects séparateurs et aliénés du moi, l’ego en tant qu’illusion programmée. Il est "rené" en conscience mais il est rené dans le corps en tant qu’individu, "l’âme en paix".

Lorsqu’Hassan II proclama la Grande Résurrection qui marque la fin des Temps, il leva le voile de l’occultation et abrogea la loi religieuse. Il offrit la participation commune et individuelle dans la grande aventure mystique, dans la liberté parfaite.

Il agit au nom de l’Imam, et il ne prétendit pas être lui-même l’Imam (en fait, il prit le titre de Calife ou de "représentant"). Mais si la famille d’Ali est identique à la conscience parfaite, alors la conscience parfaite est identique à la famille d’Ali. Le mystique qui s’est réalisé "devient" un descendant d’Ali (comme le Salman perse qu’Ali adopta en le couvrant avec son manteau, et qui est révéré par les soufis, les chiites et les ismaéliens).

Dans la Réalité, dans la haqiqah, Hassan II était l’Imam car dans la phraséologie ismaélienne, il avait réalisé l’"Imam de son propre être". La Qiyamat était donc une invitation pour chacun de ses disciples à faire de même, ou du moins à participer aux plaisirs du paradis sur terre.

La légende du jardin d’Eden à Alamut où les houris, les porteurs de coupes, le vin et le haschich du paradis dont jouissaient les assassins dans leur chair, peut provenir de la mémoire populaire de la Qiyamat. Ou bien, il se peut que cela soit littéralement vrai. Pour une conscience réalisée dans ce monde il n’y a d’autre paradis, et ses délices et ses plaisirs sont tous permis. Le Coran décrit le paradis comme un jardin. Il est donc logique pour les membres d’Alamut de devenir le reflet de l’état spirituel de la Qiyamat.

En 1166, Hassan II fut assassiné après seulement quatre années de règne. Ses ennemis se sont peut-être ligués avec des éléments conservateurs d’Alamut qui pressentaient la Qiyamat comme étant la dissolution de l’ancienne hiérarchie secrète (et donc de leur propre pouvoir en tant que hiérarches)et qui craignaient de vivre ouvertement en tant qu’hérétiques. Le fils d’Hassan II, cependant, lui succéda et établit fermement la Qiyamat en tant que doctrine nizarite.

Si la Qiyamat avait été acceptée dans toutes ses implications, cependant, elle aurait probablement apporté la dissolution et la fin de l’ismaélisme nizarite en tant que secte séparée. Hassan II, en tant que Qa’im ou "Seigneur de la Résurrection" avait relevé les alamutis de tout combat et de tout sens légitimiste. L’ésotérisme pur après tout ne peut être lié par quelque forme que ce soit.

Le fils d’Hassan II, par conséquent, se compromit. Apparemment, il décida de "révéler" que de son père était de fait et par le sang un descendant direct de Nizar. L’histoire court qu’après qu’Hassan i Sabbah eut établi Alamut, un mystérieux émissaire lui remit le petit-fils de Nizar. L’enfant fut élevé secrètement à Alamut. Il grandit, eut un fils, il mourut. Le fils eut un fils. Ce bébé naquit le même jour que le fils du Vieux de la Montagne. Les deux enfants furent secrètement échangés dans leur berceau. Même le Vieil Homme de la Montagne ne connut jamais cette ruse. Une autre version est que l’Imam Caché avait commis l’adultère avec la femme du Vieux de la Montagne, et qu’il eut un enfant naturel, qui fut Hassan II.

Les ismaéliens acceptèrent ces prétentions. Même après la chute d’Alamut sous les coups des hordes mongoles, la lignée survécut et le chef actuel de la secte, l’Aga Khan, est connu en tant que quarante-neuvième descendant d’Ali (et prétendant au trône d’Égypte). L’accent sur la légitimité des alides a préservé la secte en tant que secte. Si celle-ci est littéralement vraie ou non, cependant, n’a pas d’importance si l’on veut comprendre la Qiyamat.

Avec la proclamation de la Résurrection, les enseignements de l’ismaélisme furent à jamais étendus au-delà des frontières qui leur étaient imposées par les événements historiques. La Qiyamat reste un état de conscience auquel n’importe qui peut adhérer, un jardin sans murs, une secte sans église, un moment perdu de l’histoire islamique qui refuse de se voir oublié, se tenant en dehors du temps, un reproche ou un challenge à tout légalisme et tout moralisme, à toute cruauté de l’exotérique. Une invitation au paradis.

Reproduit de "Scandal : Essays in Islamic Heresy" par Peter Lamborn Wilson - Autonomedia, PO Box 568, Williamsburg Station, Brooklyn, NY, USA.

Sources EzoOccult

Posté par Adriana Evangelizt

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