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30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 20:33

 

 

 

  LA FRANC-MACONNERIE ET L'ANTISEMITISME


 
par Lucien SABAH

 

3ème partie

2ème partie

1ère partie

 

 

La lutte contre l'antisémitisme


Nous avons vu le Frère Priou, membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient intervenir contre les propositions de certains de ses Frères. Si nous avançons dans le temps, nous apprenons qu'une intervention est faite à propos de l'Affaire Dreyfus, le Frère Orateur, celui qui est chargé de faire respecter le Règlement dans la Loge menace de faire suspendre la discussion conformément aux dispositions du Règlement de l'Obédience 74.

 Si nous poursuivons la lecture de ces comptes-rendus, nous voyons au fur et à mesure que les membres de la Loge se préoccupent de savoir quel fut le comportement des candidats à la réception dans la Franc-Maçonnerie.


En fait la lutte est menée d'abord par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France qui s'inquiète de la situation en Algérie, sur divers plans : antijuif, contre les tendances séparatistes ou scissionniste de certains
"néos" ou nouveaux naturalisés, pour l'intégration des Musulmans.

Nous nous concentrerons sur l'aspect de la lutte contre l'antijudaïsme, notant que ces autres aspects sont toujours aussi contemporains et mériteraient des études particulières.


À Constantine, le Grand Orient arrive à détruire la Loge de Morinaud, pour créer la Loge Cirta, celle de Morinaud passant à la Grande Loge de France ; à Alger, la Loge Soleil Levant est reprise en main, à Oran, le Grand Orient aide le Frère Charruault, fonctionnaire qui y est affecté. C'est ce Frère qui mène le combat contre les tenants de l'antisémitisme et Bogros est finalement amené à démissionner de la Loge et à rendre ses archives 75.


Et nous allons voir des Loges passer de l'Obédience du Grand Orient à celle de la Grande Loge de France, simplement à cause de ces questions de racisme ou de nationalisme par exemple anti-espagnol, comme à Oran 76.


Mais cette tendance anti-juive si elle perdure chez certains Maçons comme le Frère Cavaignac, ministre de la guerre qui se déclare convaincu de la culpabilité de Dreyfus, ne sera plus qu'un souvenir, mauvais sans doute. Désormais, nous avons des avis de rejet de candidature de "profanes" par les Loges d'Algérie, parce qu'ils furent plus ou moins antisémites 77.


Aussi, c'est sans étonnement que nous lisons dans le travail de M. Ansky ou de M. Bourdrel que les "radicaux-maçons" algériens ont développé l'antisémitisme en Algérie, et qu'ils l'ont combattu 78 !


Mais parfois le monstre se réveille et c'est avec le plus grand étonnement que nous avons lu dans les mémoires posthumes du "Grand Maître" Riandey qu'il a déclaré à la police antimaçonnique de Vichy avoir toujours lutté contre l'influence juive dans les Loges 79. Ce Frère avait conservé son emploi de secrétaire général d'une mairie d'arrondissement à Paris, alors que le Frère Charruault, celui qui avait combattu l'antisémitisme devait démissionner de son poste de Conseiller municipal de Beauvais où il s'était retiré, en 1940 80 !


Pièces justificatives


Liste des Maçons de Livourne


Grâce à l'obligeance de M. Hivert-Messeca, nous avons pu vérifier une cote du fonds maçonnique de la B. N. : Fm² 572, Loge Napoléon à Livourne (Italie). Nous avons relevé les noms suivants sur les "Tableaux" de la loge :
1808 : Moïse Coen Bacri, né à Alger en 1784, négociant, absent.
Abraham Busnach, né à Alger le 20/3/1788, négociant, signe en français. Tous les deux sont Maîtres.
1810 : Bacri, Moïse, Cohen, 26 ans, né à Alger, Maître Parfait.
Burnack Moïse, 40 ans, né à Alger, Maître.
Burnack Abraham, 23 ans, né à Alger, négociant, Maître.
1812 Bacri Moïse Coen, Maître Parfait.
Cette dernière mention tend à montrer que Bacri Moïse Coen est allé au moins deux fois dans la loge Napoléon : la première fois, il a pu recevoir les trois premiers grades ensemble, comme cela pouvait se faire alors en "cas d'urgence". Par contre, il a dû revenir pour obtenir le 5° grade du Rite de Perfection ou du Rite Écossais Ancien Accepté, celui de Maître Parfait. Les frères de Lesseps faisaient partie de la loge. D'ailleurs voici le tableau de cette loge au 24 du 11° mois de 5807 (=24-1-1808) :


Vénérable d'honneur Guil. Capelle préfet du département de la Méditerranée ;
Vénérable Mathieu Lesseps 32° (REA) ex-consul général ;
Premier Surveillant Louis Nicolas, chef d'escadron gendarmerie ;
Deuxième Surveillant : Isaac Grant, négociant ;
Orateur : Pierre Cercignani, avocat ;
Secrétaire : Antoine Devoulx, négociant ;
Trésorier : Darius Mercati, directeur des Postes ;
Garde des sceaux : Georges Vitali, négociant ;
Experts : Joseph Terrazzi, négociant & Hippolyte Tiribilli, employé aux douanes ;
Maîtres des Cérémonies : Félix Vasse, négociant & Jean Grant , négociant ;
Terrible : François Scarpa, capitaine marine marchande ;
Couvreur : Moise Busnack, négociant ;
Économe : François Nazzar, négociant
Architecte : Jean Wulffen Jr, consul de Danemark ;
Trésorier des pauvres : Ange Carmi, négociant
Hospitalier : Ferdinand Manteri, négociant ;
Ordonnateurs des banquets : Cornelius Filippi, négociant & François Papanti, négociant ;
Adjoint au secrétaire : Jean-B. Magini, employé aux douanes ;
Adjoints aux maîtres des cérémonies : Moïse Coen Bacri (sic), négociant & Louis Battaglini, chirurgien.
Ancien vénérable : Auguste de Viany, Chef de bureau des douanes ;
Roses-Croix : Léon Vidal, négociant - Thomas Petrini, courtier - Daniel Moise, négociant.
Grand Écossais : Alexandre de La Valette, employé aux hospices ;
Élus : Herman Schbart, Ministre plénipotentiaire de Danemark ; Jean Bachelard, employé des
douanes.
Maître parfait : Vincent Saffandi, négociant
Maîtres : Théophile Boissi d'Anglas, commissaire des guerre - Julien Brunel, négociant - Isac Attias, propriétaire - Henri Mugniaini, négociant - Nicolas Giorni, avocat - Jean Walser, négociant - Paule Henry Wulfen, négociant - Abraham Busnach, négociant - Chrétien Due, négociant - Guillaume Mitechel, négociant - Antoine Granucci, officier de la compagnie départementale -Joseph Bernard, avocat - Jacob Recanati, négociant - Joseph Alliata, propriétaire - Joseph Pefetti, employé à la préfecture de Lucques - Gustave Wulffen, négociant.

Compagnon : Pierre Caire, négociant.


Apprentifs : Marciano Simonetti, consul général de Naples - Jacques Garbini, prêtre et docteur - François Massoni, aide de camp de S. A. I. le prince de Lucques - Jean Caselli, capitaine au 1er régiment de la garde nationale de Lucques - Maurice Vialis, négociant - Jean David, inspecteur des domaines à Pise - Isidore Giovannetti, directeur des postes - Jean Carmignani, professeur de droit criminel à l'université de Pise - Pierre Cilla, capitaine, Gendarmerie. -Jean Mutel, capitaine de gendarmerie à Livourne.


Frères absents : Jean, Bap., Lesseps, Pascal Lesseps, Pierre Massol, Auguste Mahelin, Philippe
Bertolacci, Charles Wiedman, Charles Balfour, Jean Pasco, Georges Aide' (sic), H. Alwein, J.-J. Lamarche, Georges Gaussen, Gérard Questroi, J. Joseph Lautier, Joseph Chauvet.


Apprentifs : Louis Buttafoco, Demetrius Maximum, Félix Lombard, Frédéric Brayer, Jacques Hergard, Auguste Renaudin,


Député au Grand Orient : Rouyer général de brigade


Associés libres : François Sequis, Jacques Ginot, J.-J. Melet, Mechin, Alesandre Desbeuf, Charles Prat, François Augear, Jean Toussaint Godard, Pierre Renard, Cas. Carre' (sic), Victor Morand, Bernard Oudin (tous officiers au 13e de Ligne). Eliert Lund, Niels Metersen, N. Cartensen, Truels Eger, Chresten Chrisiensen, Jorge Paulsen (Tous capitaines de marine marchande danoise).


Frères servants : Jean Ruffi, Ange Tagliazucchi, Fernand Frediani.).


La question prussienne.


Bulletin du Grand Orient de France, n° 3, 1844, pp 106 et 107 : "La position exceptionnelle des Maçons Israélites en Prusse semble préoccuper vivement les Maçons de l'Allemagne, de la France et de l'Angleterre, et on s'étonne à bon droit de cet ostracisme prononcé au nom de l'intolérance. Des observations ont été adressées à ce sujet au Grand Orient de France, qui les a renvoyées à l'examen d'une commission. Nous croyons pouvoir assurer qu'un article, dans lequel cette question sera examinée, paraîtra dans le prochain numéro du Bulletin".


Bulletin du Grand Orient de France, n° 6, décembre 1845, p 239 : "Des Maçons israélites en Prusse.


La position exceptionnelle des Maçons Israélites en Prusse continue à préoccuper non plus seulement les Maçons de l'Allemagne et de la France, mais aussi ceux de toutes les parties du globe ; c'est qu'en effet la question qui s'agite à l'égard de ces FF touche essentiellement à l'une des bases fondamentales de notre institution : la tolérance. Mais en France, où les leçons enseignées par l'histoire, implacable révélatrice des fautes du passé, ont appris ce qu'on pouvait craindre de l'oubli de ce principe inséparable de la vraie fraternité, cet anachronisme, oserons-nous dire politique, a soulevé de vives sympathies en faveur de ceux atteints par cette mesure renouvelée des siècles antérieurs. Plusieurs ateliers se sont adressés au Grand Orient et l'ont prié d'aviser aux moyens à prendre pour faire cesser un état de choses si contraires à l'esprit du dix-neuvième siècle. Le Grand Orient a pris en considération les demandes qui lui ont été soumises et qu'il a renvoyées à l'examen de la commission permanente. Cette dernière a consulté à cet égard de nombreux documents, ne voulant, dans une semblable affaire, négliger aucuns moyens pour éclairer sa religion, et l'un de ses membres sera incessamment chargé de présenter au Grand Orient un rapport sur cet important objet".


Bulletin du Grand Orient de France, n° 7, avril 1846, p 256 sqq. : Position exceptionnelle des maçons israélites en Prusse.


Cette question, qui a préoccupé et préoccupe encore si vivement les Maçons de tous les pays, vient d'être traitée au sein du Grand Orient de France, en sa séance du 3 de ce mois, et le Grand Orient a entendu avec le plus vif intérêt le rapport qui lui a été présenté à ce sujet, au nom de la commission permanente par le Frère Charrassin, son rapporteur.

Nous allons donner le texte de ce rapport, en faisant observer que le Grand Orient en a adopté les résolutions en leur entier, et a nommé une commission spéciale pour en suivre l'exécution.


Rapport sur la question relative a la position exceptionnelle

des maçons israélites en Prusse
présentée au G ? O ? de France, en sa séance du 3 avril 1846,
par le Frère Charrassin,
rapporteur de la commission permanente.96+01

 

"Très Chers Frères,
"De tous les coins du ciel de la Maçonnerie, à l'Est surtout et vers le Nord de la France, une voix unanime se fait entendre qui proteste contre l'espèce d'excommunication fulminée en Prusse contre nos Frères israélites. De Lyon, où cette voix solitaire, pour ne rien devoir au commun écho de la Maçonnerie française, s'exposait à mourir sans retentissement entre les limites d'une étroite circonférence ; des rives du Rhin au sommet des Vosges, de la Sarre à la Moselle et jusqu'aux rives de l'Escaut et de la Lys, partout alarmé, le sentiment de l'humaine confraternité s'est exhalée par d'éclatantes manifestations.

 
"L'Amitié Fraternelle de Bourg, La Fidélité à Lille, Les Vrais Amis de l'Ordre à Avize, Les Amis de la Vérité à Metz, ont plus expressément appelé l'attention du Grand Orient sur ce déplorable et solennel renoncement à la morale Maçonnique. La Fidélité de Lille vous conseillait "de menacer d'une rupture des Frères assez oublieux de leurs devoirs envers l'humanité pour faire revivre les préjugés du moyen âge". Les Amis de l'Ordre, à Avize, plus circonspects, peut-être plus prudents, mais tout aussi jaloux de la sainteté de nos devoirs, appréciant avec sagesse ce qu'il y avait de délicat et de difficile à s'immiscer dans l'administration d'une souveraineté étrangère, désiraient d'abord voir ouvrir des négociations et ramener le Sénat prussien par d'officieuses démarches, puis en cas d'inefficacité, d'appeler au secours du viol continué de la fraternité les armes même employées contre elle, et retourner en France contre les Frères prussiens l'excommunication dont on flétrit en Prusse nos Frères israélites.


"Enfin, Les Amis de la Vérité, le 29 juin 1845, entendirent les développements généreux, mais trop passionnés peut-être, trop débordants d'amères récriminations, par lesquels le Frère Landau engageait cette Loge à supplier le Grand Orient de convier à une ligue universelle contre les Loges souveraines de Berlin, tous les Grands Orients du monde pour frapper tous ensemble, comme d'un blocus général, la Maçonnerie d'entre l'Elbe et la Vistule, jusqu'à la révocation d'une si déplorable mesure. Ils nommèrent une commission particulière pour en faire rapport. Le 7 juillet suivant, cette commission s'associant au fond aux sentiments du Frère Landau, mais tempérant, avec une rare sagesse, ce qu'il y avait de trop orageux dans sa position, arrêta en principe :

 
"Que la tolérance est la vertu qui peut le plus contribuer à attaquer les préjugés et à combattre les erreurs... que la violence, au contraire, n'est pas l'arme qui convient pour les vaincre, et que toute autre voie que celle de la persuasion n'offrirait aucune chance de succès" ; que d'ailleurs le principe de la fraternité générale, voilée d'un nuage passager dans les Temples prussiens, compte pourtant à l'heure même, et jusque dans le sanctuaire, assez de zélés, assez de dignes défenseurs, pour qu'on puisse en augurer bientôt le pacifique triomphe : d'après ces motifs, la commission déclare "les mesures inopportunes", et propose à la Loge de renouveler sa protestation et de supplier le Grand Orient "de mettre tout à profit pour obtenir du suprême protecteur" le retour à une morale plus généreuse, et par cela même plus chère aux descendants d'un roi philosophe, et surtout pour faire ouvrir à titre de visiteurs, aux Maçons des Loges de France, ne fut-ce que par une juste réciprocité, l'entrée de toutes les Loges des rives de l'Oder.


"Enfin, dans sa séance du 4 août, la Loge de Metz écoutait la traduction d'un discours du Frère Kirsh, orateur de la Loge de Luxembourg et prêtre israélite. Ce Frère y rappelait cette grande parole de Salomon :
"Et même l'étranger qui n'est pas de ton peuple, Israël, et qui sera venu d'un pays éloigné pour glorifier ton nom, tu l'exauceras du haut du ciel, Grand Architecte de l'Univers !..." et, suivant cette grande idée comme une grande lumière, il se demandait si le Juif doit être moins que l'étranger pour les descendants de Salomon ! S'il n'est pas chrétien aussi par la croyance à l'unité de Dieu ? à l'immortalité de l'âme et surtout par la morale pratique ? Il se demandait si, pour différer sur la double nature du fils de Marie et sur les rapports du père, du fils et de l'esprit, sur le dogme de la présence réelle et sur d'autres particularités, comme aussi sur la manifestation, sur la direction miraculeuse de la pensée divine, le Juif ne marchait pas d'ailleurs sur les traces de Jean et du Christ ? Si le Christ, mort sur la croix pour l'humanité n'était pas pour lui, aussi bien que pour le chrétien, le sublime modèle du dévouement de toute la vie ? Si ce modèle sacré ne représentait pas pour tous deux le sacrifice continuel au bonheur du prochain ? Et si à ce titre tous les Juifs, comme tous les gens de bien, ne devaient pas s'efforcer de conformer toute leur vie à une vie si sainte, et n'étaient pas ainsi tous chrétiens du christianisme pratique, c'est-à-dire du véritable christianisme ? il se demandait enfin, si la Maçonnerie n'était pas précisément le temple commun, où tous, à l'abri des dogmes qui divisent, peuvent venir s'aimer dans la religion qui unit, et oublier les vaines et dangereuses spéculations des écoles religieuses.


"Telles sont, mes Frères, les trop justes plaintes de vos Loges : il est trop vrai que le principe de l'universalité maçonnique est entamé par quelques dispositions des statuts généraux de nos voisins du Nord ; que le mal est d'autant plus délicat à toucher, qu'il veut, pour être guéri, un retour sur une décision solennelle, et que ce retour, pour n'être pas parfois sans grandeur, peut n'être pas non plus sans danger pour la dignité et la considération d'un corps suprême. C'est assez dire l'embarras qui va environner votre délibération, où doivent se concilier à la fois les inflexibles devoirs envers l'Ordre, et les fraternels égards que mérite une puissance votre égale ; et ce qui ajoute encore et complique la situation, c'est la division du pouvoir souverain dans la constitution de cette puissance.


"Cent quatre-vingt-seize Loges y sont dirigées par trois Grandes Loges ; chacune de ces puissances travaille à sa manière, et dans un esprit et même d'après ses principes jusqu'à un certain point différent. Ces trois Grandes Loges sont la Grande Loge Aux Trois Globes, fondée par Frédéric II, qui administre à elle seule cent cinq Ateliers ; la Grande Loge d'Allemagne, qui en gouverne soixante, et la Grande Loge Royale York à L'Amitié, trente et un. Pour racheter le vice d'une action morcelée, et rattraper dans l'expédition des affaires générales une partie des avantages et de la régularité qu'assure seul en entier l'unité d'administration, les Grands Maîtres se réunissent au Prince royal, lien vivant, protecteur de ces trois familles, et ce comité forme la direction souveraine de l'Ordre. Il paraîtrait que rien de ses délibérations ne doit transpirer au dehors.


"Quant aux règlements généraux, ils demeurent en pleine exécution neuf années durant, et sont à ce terme soumis à révision. Or, à la Saint-Jean 5845, les neuf ans de l'ancienne loi expiraient, et avec eux sa vertu régulatrice ; et la loi révisée alors commençait à son tour sa neuvaine gouvernante. On y remarque, par malheur, la disposition suivante, triste héritage de sa devancière :


"Seront admis comme Frères visiteurs, à tous les travaux, excepté aux Loges délibératives, les Frères Chrétiens prouvant par un diplôme authentique qu'ils appartiennent à une Loge reconnue". C'est à cette barrière que les Israélites, consacrés sur vos autels ou sur les autels de la grande main de la fraternité ; c'est là que sur leur front humilié, le vieux préjugé, debout derrière les barreaux, comme une sentinelle sourde et muette, leur jette encore la malédiction barbare d'un autre âge.


"Assurément cette mesure n'est conforme ni aux principes essentiels de la Maçonnerie ni aux devoirs mutuels d'autorités en possession d'administrer les choses de la fraternité. Le Grand Orient de France réservant toujours, au foyer tout ouvert de sa nationale famille, des places pour les enfants de la famille prussienne, quelque religion qu'ils professent d'ailleurs, pourrait à bon droit se sentir blessé de ne pas trouver pour les siens un traitement semblable, de voir méconnus les droits sacrés conférés en son nom, et ses avances pour établir l'égalité des enfants des hommes. Il devrait se sentir blessé de voir en quelque sorte autour des champs de la Maçonnerie, par une contrefaçon sacrilège, s'étendre une manière de douane religieuse, pour fouiller à l'entrée des Temples le fond des consciences, et n'accorder l'hospitalité qu'aux croyances cotées au tarif pour passer en franchise.


"Mais le juste orgueil qui semble vous obliger à ne pas souffrir d'atteinte à notre nationalité maçonnique, ce dépôt remis à votre vigilance par les élections de vos Frères, n'est rien à notre avis auprès de cet autre dépôt dont le Grand Architecte de l'Univers a de toute éternité confié la garde au coeur de toute la Maçonnerie de la terre ; je veux parler du principe moral de l'Ordre entier.

"S'il est en effet quelque chose de clair pour nous, c'est que le cachet particulier qui distingue la morale maçonnique de toutes les autres, est l'universalité des grands sentiments qui en forme le fond ! Ce qui élève cette morale au-dessus de toute autre morale, c'est que ses inspirations divines enveloppent les battements de tous les coeurs et les mouvements de tous les esprits ; c'est qu'elle ne comporte, dans ses dimensions infinies, ni jalousie entre les sectes, ni concurrence entre les familles, les provinces, les nations industrielles ou politiques, ni rivalités, ni haines, ni privilèges de force, ni de race, ni de croyance, ni de couleur ! Son large drapeau, d'un pôle à l'autre, doit flotter au-dessus de tous les drapeaux divers ; il se déploie sur les étendards entre agités de Mahomet, comme sur ceux de Moise, sur la croix de Rome comme sur celle de Moscou, sur celle de Genève, comme sur celle de Londres, sur le Gange somme sur le Tibre, sur les Amazones comme sur l'Ohio ; sous son ombre ondoyante, au loin projetée, doivent un jour, parmi les distinctions effacées, vivre en frères, l'Indien et le Tatare, l'Américain et l'Arabe, le Grec et le Scythe, le Nègre et le Romain ; et tous ensemble, unis dans un même coeur, dirigés par un même esprit, former enfin la conscience commune du genre humain.


"C'est cette grandeur, cette généralité dans les pensées et les sentiments qui fait, n'en doutez pas, le propre, l'essence de nos doctrines. Détruisez ce grand caractère, et la Maçonnerie découronnée n'a plus rien à apprendre au monde, plus rien à lui faire pratiquer ; ses symboles devenus vides n'ont plus ni sens ni révélation ; et ses petites sociétés, éparses par le monde et sans objet, n'ont plus d'avance à offrir l'image de la grande société humaine ; elles ne sont plus comme autant de doux concerts s'exerçant et préludant à l'harmonie de l'ensemble, et s'efforçant même dès ce jour de réaliser dans un monde condamné, le bonheur promis au monde à venir !


"Détruisez ce grand caractère, et vous ne savez plus pourquoi tous les arts, toutes les professions, toutes les sciences et tous les cultes, toutes les activités, tous les travaux et toutes les pensées, toutes les religions et tous les climats se cherchent ici comme dans un rendez-vous commun ? Pourquoi toutes ces mains, que les habitudes et les moeurs tiennent à distance, viennent ici se serrer et s'unir dans une chaîne sans fin, et à travers les âges et les frontières, les mers et les montagnes, les usages et les préjugés ? Et vous ne savez plus pourquoi tombent ici les murailles d'airain, debout ailleurs entre les enfants des hommes, entre les fils du Christ et ceux de Mahomet, entre les noirs et les blancs, entre les races de l'Inde et celles de l'Europe, entre celles des nouveaux continents et celles de l'ancien ? Pourquoi disparaissent les distances et les aversions qui tiennent cantonnés dans des étages divers, forts et faibles, riches et pauvres, et ceux qui, courbés sur le métier ou la charrue, fécondent de leurs sueurs les champs et l'industrie, et ceux qui plus favorisés du ciel, cueillent dans le domaine de l'intelligence ou de la fortune une vie plus douce et moins semée d'épines ? Pourquoi se calment ici et brisent expirantes ces vagues que soulèvent toutes les passions, toutes les souffrances particulières, et qui, dans leur furie vagabonde, roulent les hommes, les familles et les peuples entrechoqués entre les ateliers, les héritages, les préjugés et les croyances diverses.


"Oui, c'est ici la grande école où chacun vient apprendre et développer en lui ce qu'il a de commun avec tous les autres et qui l'incorpore à l'humanité, et oublier ce qui lui est personnel et qui l'en isole ; c'est ici qu'aux vives flammes de l'égalité et de l'unité humaine, l'orgueil vient fondre ses armoiries, et le travail laver les flétrissures que la barbarie jeta trop longtemps sur son front humilié ! C'est ici que les enfants de l'industrie reconnaissent leurs frères dans les ouvriers et dans les rivaux qu'une aveugle concurrence désigne partout encore l'un à l'autre comme ennemis ou oppresseurs ! C'est ici qu'Arabe et chrétien, catholique et protestant, déposent leur armure de haine pour s'étreindre plus étroitement dans l'éternelle religion du genre humain, et que les fils de Moise et de Jésus viennent s'exercer à parler ensemble la grande langue, pour en répandre partout ensuite parmi les familles les fécondes harmonies.


"Si la Maçonnerie n'est pas l'immense atelier où les coeurs les mieux inspirés parmi toute secte, toute philosophie, où les âmes généreuses de chaque branche de l'intelligence et de l'activité de l'homme, où les penchants affectueux de toute contrée, divisés, excités sans cesse contre eux-mêmes, animés à une guerre intime par des luttes de tous les jours, peuvent enfin se préparer, se façonner au solennel apprentissage des moeurs humaines ; si la Maçonnerie n'est pas l'immense atelier où les âmes, trop à l'étroit dans la vie particulière de chaque industrie, de chaque clocher, de chaque adoration, de chaque race, de chaque nation, et lasses de porter plus que leur charge de haine et de mépris contre toute communauté qui ne vit pas de cette vie isolante, peuvent venir désapprendre les préjugés et les moeurs exclusives, et étudier par avance la grande vie de l'humanité, elle n'est plus rien qu'une secte ordinaire et n'a que faire en ce monde ; elle donne sa démission de toute fonction humaine. Si les fils du Coran ferment leur temple aux fils de l'Évangile, si ceux-ci aux fils de Moise, si les chrétiens de Rome à ceux de Londres ; pourquoi les blancs ne les fermeraient- ils pas aux noirs et les hommes de couleur aux races Mongoles ? Pourquoi pas les nobles aux enfants du peuple ? Pourquoi pas les Français aux Russes, les Slaves aux Allemands, l'Europe à l'Afrique ? Or, au milieu de cet univers en morceaux, au milieu de ces groupes séparés, barricadés les uns crainte des autres, parmi ce monde en mille compartiments isolés, se repoussant l'un l'autre, cherchez, je vous prie, ce que deviendrait le saint dogme de la fraternité universelle ? Cherchez sur ces milliers de bannières frémissant et s'entrechoquant au loin, le signe essentiel et distinctif de notre Ordre ! Et voyez autour de vous si le principe d'exclusion dans le sanctuaire n'est pas un principe de dissolution ? Si le souffle impie de ce principe, quelque sacrée que soit d'ailleurs
la raison qui l'invoque, le monument de la fraternité ne tombe point en ruine et ne menace pas de se dissiper comme une vaine poussière ! Et si chaque Maçonnerie, devenue nationale ou provinciale, ne descend pas aux maigres proportions d'une association particulière, d'une manière de confrérie ou de congrégation, sans enseignement propre, sans titre constitutif et méritoire dans les archives de l'humanité, sans lien général qu'elle étende sur le globe, où se puissent attacher les siècles, les familles, les nations et les continents, et qui la désigne et la caractérise entre toutes les autres corporations !


"C'est bien assez déjà que les mystères doivent demeurer fermés à la foule dont la triste ignorance emprisonne et étouffe la pensée ! C'est bien assez qu'une nécessité cruelle nous force ainsi à déshériter ces victimes sociales et à ne pas leur confier un apostolat qu'il les compromettraient sans profit pour elles-mêmes : nous ne devrions voir condamnés à ne jamais venir entendre la grande voix de la fraternité que les coeurs desséchés ou vides, ou corrompus sans retours, que les âmes flétries qui vivent et jouissent des larmes d'autrui, qui, se faisant une divinité d'elles-mêmes, y rapportent tout, et, consommées tout entières en elles, n'ont plus rien pour les souffrances ni pour l'enseignement des autres et ne sauraient être que membres morts d'une société toute vivante. Mais du moins n'élargissons pas ce cercle fatal ! Car la Maçonnerie sera d'autant moins la philosophie de l'humanité, d'autant moins elle-même, qu'elle élaguera du faisceau un plus grand nombre de rayons ! Le coeur simple et bon qui sait faire la grande prédication de l'exemple et de la vertu pratique, aussi bien que l'esprit éclairé qui sait la puissance du savoir, comme l'imagination brillante qui possède la magie des peintures ou l'émotion de la parole, tous doivent concourir à ses enseignements : et ces enseignements demeureront incomplets si dans un coin du monde, au fond d'une religion ou d'un peuple, dans quelque étage enfin de la vie qu'il puisse se rencontrer, un apôtre digne de l'Ordre pouvait, sous un vain prétexte, être écarté des tribus de la fraternité.


"Ainsi, réprouver en son nom un peuple tout entier, c'est prêter à l'Ordre de la fraternité universelle les passions étroites et presque vindicatives d'une croyance particulière et exclusive ; c'est en corrompre et en altérer l'essence et le but ; c'est faire, d'un principe commun à tous les hommes, un principe propre à certaine nation privilégiée et réduire l'unité humaine à une simple unité nationale ou moins peut-être ; c'est reculer aux siècles où chaque race se croyait plus pure que toutes les autres, et s'arroger le domaine de la terre, refoulant celles-ci à ses pieds, entre elle et les bêtes ! Devant cette profanation de la grande image de la Maçonnerie, le Grand Orient ne pouvait garder le silence : il devait tenter au moins de relever cette image aux yeux mêmes de l'autorité qui l'avait mutilée, tout en croyant, nous n'en doutons pas, et en voulant travailler à sa gloire. Mais le Grand Orient devait-il se contenter de répéter encore les protestations dont le monde maçonnique a déjà si vainement retenti ou bien appeler au secours de sa pensée méconnue la triste voix des représailles ?


"Sans doute il serait facile de mander avec son glaive l'ange chargé de défendre l'entrée de nos Temples à tous les Maçons de la Prusse : sans doute encore le Grand Orient pourrait se liguer peut-être avec la plupart des Grands Orients étrangers pour emprisonner l'intolérance chez elle et la ramener peut-être, par la nécessité d'une expansion étouffée, à de plus libérales pratiques. Il pourrait bien plus : jusque dans son sanctuaire, il irait audacieusement aborder une Maçonnerie rivale, où les fils d'Abraham serrés en foule, sous son Obédience, et plus généreux que les chrétiens, sauraient tendre des bras amis à des Frères prévenus et forcer enfin des portes jalouses à coup de persévérance et de dévouement : car au milieu des troubles et des embarras que cette administration nouvelle aurait ajoutés à la triple direction prussienne, il parait impossible qu'on pût longtemps retenir des Frères partout mêlés, partout enlacés déjà, et impatients de fortifier, de couronner tant de liens par celui d'une fraternité générale ! Non, ce mouvement entre les anciens et les nouveaux Frères viendrait tout droit sans aucun doute aboutir à une transaction sur le pied d'égalité : et les persécutions mêmes de l'autorité profane, si cette autorité avait pu s'y résigner, n'auraient fait qu'attacher plus vivement les opprimés à l'autel si douloureusement élevé et ajouter à leur influence la vertu du martyr !

A suivre...

 NOTES

74 Cf. Annexe 20-2-1899.

75 L. Sabah, Op. cit., p 292.

 
76 Pour tout ce développement, nous nous permettons de renvoyer à notre thèse, Op. cit., passim.

 
77 Cf. L. Sabah, Op. cit., passim.


78 M. Ansky, Les Juifs d'Algérie du décret Crémieux à la Libération, Paris, 1950, p 55 ; Ph. Bourdrel, Histoire des Juifs de France, Paris, 1974, p 258, n 1.


79 C. Riandey, Confession d'un Grand Commandeur de la Franc-Maçonnerie, Paris, 1989, p 197 :
"J'ai combattu, avec beaucoup d'autres, au prix de pénibles épreuves, l'envahissement de la Maçonnerie par les juifs, non pas par antisémitisme primaire, mais parce que la Maçonnerie, ouverte à tous les hommes de bonne volonté, qu'elles que fussent leurs opinions ou leurs croyances, ne devait devenir le champ d'expériences ou le champ d'action d'aucune secte, d'aucune confession, d'aucun parti, d'aucun particularisme".


80 Ch. Riandey, Op. cit., passim :
"Dans le conseil actuel - conseil élu en 1933 - il n'y aurait pas que deux Francs- Maçons, mais au moins trois : MM. Charruault, conseiller et Gourdain ont démissionné ; M. Girard, conseiller a été démissionné d'office par vous et il est assez étrange qu'un délégué à la propagande se permette par l'expression "seulement" de porter une critique contre un acte ministériel" A.N., 2 AG 517, rapport du préfet, 2-12-41.

(Paru dans la Revue des Etudes Juives, janvier 1996, t 155, fasc. 1-2)

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30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 19:12

 

 

 LA FRANC-MACONNERIE ET L'ANTISEMITISME


 
par Lucien SABAH

2ème partie

1ère partie

 

 

L'antisémitisme.


Mais nous arrivons en 1890.

L'affaire Boulanger est quasiment réduite, l'Affaire Dreyfus va naître en 1894. Nous sommes dans notre sujet. Pourquoi ne pas commencer à l'évoquer avec le début de l'Affaire Dreyfus ?
Tout simplement parce que la politique antisémite ne naît pas avec cette affaire : l'Affaire est bâtie sur le substratum antisémite qu'est le pamphlet de Drumont, La France juive 37. La masse de la littérature antisémite est considérable dès cette époque, au point qu'on peut se demander pourquoi toute la France ne fut pas antisémite, certainement parce que les Français sont équilibrés. Mais certains esprits sont suffisamment échauffés pour croire que tous les Juifs sont des traîtres ou mieux qu'un Juif ne peut être qu'un traître.


Et puis, il y a la politique où il faut gagner des voix.


La politique.


En 1897, le Conseil de l'Ordre du Grand Orient tient séance et débat des élections législatives. C'est que depuis au moins 1877, lorsque le gouvernement de l'Ordre moral fermait plus de 20 loges du Grand Orient 38, alors que ce dernier s'engageait à fond dans le soutient de la République et qu'il supprimait de ses Statuts la référence au Grand Architecte de l'Univers, la Maçonnerie française était devenue plutôt politique que spéculative et comme très souvent les Maçons font bien ce qu'ils font, ils s'engagèrent à fond dans la défense des institutions républicaines. Pour cela il fallait gagner les élections. Donc, il y a préoccupations électorales au Conseil de l'Ordre lors de la séance du 14-4-1897.


Dès lors, il ne faut pas être étonné d'apprendre, par exemple, qu'au Convent de 1897, le délégué de la Loge de Mostaganem rende compte qu'il a voté pour la nomination au Conseil de l'Ordre du Frère Lucipia, parce que la Loge qu'il représente est 39 ou encore que le Grand Orient soutient un préfet, le Frère Humbert, menacé par le gouvernement 40, ce préfet qui a encore l'appui du Gouverneur général de l'Algérie Jules Cambon.


Et ici, nous entrons un peu plus dans le vif du sujet.


Jules Cambon a été pris à parti par le journaliste Yves Guyot, dans les colonnes du "Siècle" 41 qui lui reproche tout à la fois et son étiquette politique et d'avoir attisé les haines raciales en Algérie. À Jules Cambon, il est aussi reproché par d'aucuns d'avoir fait créer une Loge maçonnique à Alger pour défendre sa politique antisémite 42.


L'accusation était sévère, mais la preuve manquait, puisque les archives de la Loge en cause, Soleil Levant, ne se trouvaient plus à leur place aux archives du Grand Orient. Nous avons eu la chance de pouvoir les retrouver par hasard.

Naturellement dans le carton concernant cette Loge, il n'y a aucun papier affirmant qu'elle fut créée par Jules Cambon ; nous avons seulement une lettre dans laquelle l'un des fondateurs de la Loge, le Vénérable Lebourgeois écrivait au Frère Bergere, à Paris, rendant compte de l'installation de la nouvelle Loge, le 14 mars 1896, et où il ajoutait : "... J'ai fort à faire pour arriver. Il y a de bons éléments, j'en ai déjà réuni ; j'ai une vingtaine de FF ∴ et j'ai en vue cinq nouveaux. Mais je ne saurais dire combien la Maçonnerie est déconsidérée à Alger. Et ce sont les opportunistes qui s'alliant avec les Juifs ont créé cette situation. Le Frère Gueirouard et le Frère Gosset ont fait le reste. Maintenant, le Frère Letellier cherche à grouper autour de lui des intérêts en vue des élections prochaines. La lutte contre le cléricalisme est laissée de côté, car il ne faut pas s'aliéner les Pères Blancs en vue des élections.


"Je vais tâcher de réagir et je ferai de mon mieux..."
43.


Il y a plus : le Frère Lebourgeois déclare avoir eu un entretien avec le Gouverneur général :
" Le 28-10-1896,
"T ∴ C ∴ Frère Fontainas,
"Le Frère Jules Cambon, Gouverneur général de l'Algérie, m'avait donné rendez-vous ce matin. Nous avons eu une très longue conversation.
"Je lui ai demandé la permission de lui recommander le cas échéant, nos FF ∴ du Soleil Levant. Il s'est mis entièrement à ma disposition.
"La conversation s'est terminée d'une façon tout à fait inattendue pour moi.
"L'interpellation Fleury-Navarin, d'où dépend la solution de la question du Gouvernement
général, vient en discussion à la Chambre la semaine prochaine.
"Le Frère Jules Cambon, commissaire du gouvernement, n'est pas sans appréhension sur l'issue définitive. C'est la grande partie qui se joue. Il a eu tous les succès au Sénat, mais à la Chambre, il craint que les députés Etienne et Thomson ne fassent dévier la discussion et ne provoquent du scandale de façon à empêcher la Chambre de conclure.
"Il m'a exprimé le désir que les FF ∴ députés le soutiennent dans la discussion. Je lui ai répondu que tout ce que je pouvais lui promettre c'est que son désir serait connu en haut lieu.
"Voulez-vous, T ∴ C ∴ Frère, vous charger de cette mission. Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer combien, en cas de réussite, la Franc-Maçonnerie algérienne en profiterait.
"Inutile de vous en dire plus long. L'affaire est entre vos mains.
"Le temps me fait défaut pour écrire au Frère Bergere. Je pense que vous voudrez bien m'excuser auprès de lui.
"Bien frat ∴ à vous.
S. Lebourgeois
"P.S. Le Frère Jules Cambon est du rite écossais
." 44. Cette lettre est accompagnée par la suivante : "Je vous communique la lettre que le T ∴ C ∴ Frère Lebourgeois vient de m'adresser au moment de partir pour Alger ; elle me paraît extrêmement importante.
Voudriez-vous la communiquer à notre T ∴ C ∴ (?? deux abréviations illisibles) Président, le Frère Desmons ? Il appréciera s'il ne convient pas, d'appeler l'attention de nos FF ∴ députés sur l'utilité et l'opportunité d'une intervention en faveur du Frère Cambon ; il y a urgence, l'interpellation de MM Fleury R** devant avoir lieu la semaine prochaine.
Bien à vous
Signé : Fontaine : 45 !


Ainsi, l'affirmation selon laquelle cette Loge a été créée par Cambon prend plus de valeur.

Un Franc-Maçon "juif" d'une autre Loge d'Alger ne s'était pas mépris sur le sens de la création de cette nouvelle Loge : il s'agit du Frère Honel dont le fondateur du Soleil Levant écrit :
"... Les FF ∴ de Bélisaire acceptent de fait et paraissent le considérer avec calme. Il n'y a parmi eux qu'un Juif, le Frère Honel46 qui craint que nous n'acceptions pas chez nous les Israélites et qui se remue le plus qu'il peut. Il a agi vigoureusement contre nous auprès du Frère Delpech, sénateur, mais celui-ci a paru assez indifférent à tout cela ; on le poussait à faire une démarche auprès de moi ; il n'en a rien fait. Le Frère Honel en a été pour ses intrigues ; il n'est pas arrivé à agir sur l'opinion..."47.


Quand une plainte du fondateur de cette Loge aboutit à Paris, un de ses premiers membres, le Frère Benezet comprend
"que les Sieurs Lebourgeois et Ebert ne travaillaient que dans un intérêt particulier et ne voulaient se servir de la Franc-Maçonnerie que comme d'une aide servile à leurs ambitions personnelles..."48).


Dès lors, il nous semble évident que la Loge Soleil Levant a bien été fondée par le Frère Cambon, que ce Frère s'est servi de la propagande anti-juive pour essayer d'influer sur les élections en Algérie ! Il n'est pas le seul a avoir eu un tel comportement. Des Francs-Maçons tendent à exclure, en Métropole, des "profanes" issus de familles de confession juive.


En Métropole.


Le 26-2-1896, la Loge Fraternité des Peuples, de Paris, appelait l'attention du Conseil de l'Ordre du Grand Orient : "... il a certainement été porté à la connaissance du Conseil de l'Ordre que, durant ces deux dernières années, on avait vu surgir dans cette Loge une sorte de question sémitique, qui aurait pu reprendre des proportions inquiétantes pour l'Ordre... Certains Frères semblaient parfois plus soucieux de l'origine de leur religion que partisans de l'exacte vérité..."49.


"La Loge Saint Jean de Jérusalem, Orient de Nancy, demande l'avis du Conseil de l'Ordre sur le cas d'un profane présenté à l'initiation dans cette Loge, et qui est refusé, parce qu'il est Juif, et bien que les rapports résultant de l'enquête lui soient des plus favorables. C'est un homme honnête, patron d'une importante usine, adoré de ses ouvriers. Sa qualité de Juif est le seul 50 motif invoqué hautement par ceux qui ont entaché le scrutin.


Le Conseil, se conformant aux décisions qu'il a déjà prises dans des circonstances analogues, rappelle les FF ∴ de la Loge de Nancy à l'observation des principes de la Franc-Maçonnerie et des prescriptions formelles des articles 1 et 2 de la Constitution du Grand Orient de France.
Aux termes de l'article 63 du règlement général, le Vénérable nommera trois nouveaux commissaires pour procéder à une nouvelle enquête sur le profane qui paraît être, d'après les explications données, seulement ajourné à un mois. Le Conseil espère que, dans le nouvel examen auquel l'Atelier se livrera au sujet de ce profane, les membres de la Loge ne s'écarteront plus de l'esprit de tolérance qui est celui de notre Constitution, et qu'ils comprendront tous qu'il est absolument contraire à toutes les idées dont la Franc-Maçonnerie s'honore, de faire à un récipiendaire un grief de sa race ou de la religion dans laquelle il est né 51".

C'est en Algérie que nous avons l'illustration la plus parfaite de ce que le dévoiement de l'esprit maçonnique a pu réaliser.


Dans ses "Mémoires", l'ancien maire de Constantine, Morinaud raconte comment il a mené la lutte contre les Juifs dans sa ville. C'est lui, franc-maçon et maire de la ville, qui entraîne sa Loge Union et Progrès dans la campagne antisémite. Il s'en explique d'ailleurs longuement dans le premier tome de ses mémoires, le seul paru à notre connaissance 52. Il fait adopter par sa Loge une motion demandant l'expulsion de Juifs de la Franc-Maçonnerie à laquelle la Loge d'Oran, Union Africaine répond vivement 53.


Ce rappel ne présente aucun intérêt sauf quand on rappelle que Morinaud a été un des responsables de la Maçonnerie à Constantine, avec une audience nationale 54 et qu'au même moment où il engageait la lutte contre la communauté juive de sa ville, à Oran, le Vénérable de la Loge
Union Africaine, l'avocat Bogros, écrivait dans l'hebdomadaire que la Loge publiait sous son titre "Union Africaine" : " ****" 55.


À Alger, c'est le Frère Samary qui mène l'attaque contre les Juifs et demande l'abrogation du Décret Crémieux.


Il y a ici convergence de Francs-Maçons qui en veulent à leurs concitoyens juifs !


À Tlemcen, la Loge provisoire adresse une lettre au Conseil de l'Ordre du Grand Orient pour exiger la libération du "profane" Max. Regis, le maire antisémite d'Alger, qui venait d'être emprisonné pour outrage à magistrat 56.


La Loge de Mostaganem et l'antisémitisme.


Prenons l'exemple de la Loge de Mostaganem,
Trinosophes Africains, nous avons pu consulter les Livres d'Or pour cette période. Ils sont extraordinairement significatifs, nous nous permettrons d'en tirer quelques passages.


Lorsque le frère Mardochée Cohen démissionne de la Loge, cette demande suit son cours normal et une commission est régulièrement envoyée auprès de Cohen pour le faire revenir sur sa décision 57. D'ailleurs Cohen avait été élu Maître des Cérémonies en 1876 58.

Nous sentons les prémisses du malaise relatif à l'admission de juif dans la Loge en 1886, lorsque le vénérable décide de garder "sous le maillet" des rapports sur la demande d'initiation présentée par le profane Nissim Cohen, quelques temps plus tard, les rapports sont incomplets, et puis deux rapports sur trois étant défavorables, le candidat est ajourné à un an ; curieusement, il y a un nouveau vote un mois plus tard, le scrutin est alors de 4 boules noires sur 17, alors à la tenue suivante, le vénérable invite les frères opposants à l'initiation de Cohen à lui faire connaître les motifs de leur vote 59.


Nous trouvons mention de la question juive au sein de la Loge dans cet extrait du Procès-Verbal du 17 février 1890 :

"Attaques contre la juiverie."
"D'après les règlements de la Constitution du Grand Orient de France, les ateliers ne doivent dans leurs tracés ne s'occuper ni de politique ni de questions religieuses.
"En conséquence, si le clan israélite est attaqué par le clan catholique, c'est à lui de se défendre. La Maçonnerie n'ayant de lien commun avec aucune confession, ne peut intervenir dans ces luttes sans compromettre un de ses principaux caractères qui a pour base la Tolérance.
"La Maçonnerie n'est ni catholique, ni protestante, ni juive, ni attachée à aucune secte religieuse.
"Que la secte qui est attaquée se défende par la voie de la presse, ou par tous autres moyens justes, c'est son droit.
"Les Juifs ne peuvent plus se présenter en opprimés.
"Le temps de l'inquisition est déjà loin. Celui de la liberté de conscience la remplace (sic).
La Maçonnerie reste donc au-dessus de ces luttes et sans s'en désintéresser ne peut prendre ouvertement aucun parti"
60.

Par contre la présence en ville du frère Mardochée Cohen semble poser des problèmes à la Loge lorsqu'il est question de dresser la liste de souscription pour la fête que la Loge veut organiser et le frère Brunet de déclarer : "En englobant tous les Maçons de Mostaganem, nous serions obligés aussi de comprendre les femmes de nos frères Antoine Pizzoli et Mardochée Cohen. Ces deux frères étant dans une situation maçonnique qui lui paraît absolument irrégulière, le Vénérable ajoute que dans le monde profane, il a eu souvent à subir de la part des profanes des invectives blessantes pour la Maçonnerie concernant l'initiation des frères Pizzoli et Mardochée Cohen et propose franchement des moyens possibles pour arriver à la radiation" 61. Mais, compte tenu du rapprochement de Pizzoli et de Cohen, nous pouvons penser qu'il s'agit de question commerciales et non pas raciales. Nous verrons même la Loge de Mostaganem écrire officiellement le Frère Ben Saadoun de Mazounah "pour l'engager à nous amener des indigènes" 62 .

En 1895, la Loge de Mostaganem adopte le vœu suivant :


"Considérant qu'il est urgent de dénoncer ce fait social qui avec raison, a pu être appelé le péril juif ;
"Considérant qu'il est urgent de mettre en garde les Ateliers contre l'envahissement de la Franc-Maçonnerie par les Juifs ;
"À l'unanimité, la Loge Les Trinosophes Africains
"Donne mission à ses délégués de combattre le voeu des Loges de Constantine et de soumettre à l'approbation du Congrès la résolution suivante : Le Congrès recommande aux Ateliers de la Fédération de ne recevoir dans leur sein, les Juifs, qu'avec la plus grande réserve et la plus grande circonspection ;
"S'associe au mouvement antisémite en tant que ce mouvement a pour effet d'attirer l'attention du gouvernement sur la situation privilégiée qui est faite aux Juifs dans les différentes administrations et dans l'armée, en leur confiant des postes qui devraient être exclusivement réservés à des Français" 63.


Continuons la lecture du
"Livre d'Or" de la Loge de Mostaganem, nous apprenons que le Frère Yvars a la possibilité de développer ses idées à propos de l'abrogation du décret Crémieux, lors de la réunion du 28-6-1897, peu après qu'il y a eu des incidents dans la ville 64, proposait que la Loge demande l'abrogation du décret Crémieux, avec effet rétroactif. Sa proposition recevait l'appui d'un autre membre de la Loge, lorsqu'un délégué au Conseil de l'Ordre, le Frère Priou, prenant la parole, donna une leçon de tolérance maçonnique au signataire de la proposition et, gentiment, lui fit comprendre qu'il valait mieux qu'il la retire 65. Si bien que lorsqu'un Frère est questionné sur sa conduite à propos de la question juive, sa réponse est significative : il ne sait plus ce qu'il doit faire par rapport à la Maçonnerie 66.

Les antisémites


Le 14-6-1897, la Loge délibère sur la situation du
"Frère Truc, huissier à Inkermann (qui) est menacé d'une révocation pour avoir, à la suite des troubles antijuifs, signé une pétition à l'adresse du Gouverneur Général désapprouvant les mesures prises à l'égard des jeunes gens de cette localité. Le Vénérable Rigaud donne connaissance des démarches faites par les cinq Lumières de l'Atelier auprès du Grand Orient pour éviter la révocation dont le Frère est menacé" ; à la suite de cette discussion, l'ordre du jour de la tenue porte : "Question anti-juive : le Frère Yvars donne lecture d'un travail qu'il a préparé à la hâte où il fait l'historique des troubles antijuifs qui ont pris naissance à Mostaganem et qui se sont étendus dans toute la province. Les troubles ont été provoqués par l'élément juif auteur d'un guet-apens aussi vil que lâche et digne seulement des enfants d'Israël.
"Il fait à grands traits l'historique de la richesse des Juifs et des moyens qu'ils emploient pour spolier la société.
"Il nous les montre tels que nous les connaissons : usuriers, s'attachant aux opérations de commerce mais incapables d'un travail manuel et ennemis par conséquent de la colonisation dont ils entravent l'essor par leurs opérations usuraires.
"Il conclut en proposant l'adoption d'un voeu tendant à l'abrogation du décret Crémieux.
"Après une discussion à laquelle prennent part plusieurs membres de l'Atelier, il est décidé que le Frère Yvars préparera ce voeu qui sera étudié par la commission pour être ensuite soumis au vote de l'Atelier"
67.


Effectivement, le Frère Yvars donne lecture lors de la réunion suivante de son projet tendant à l'abrogation du Décret Crémieux :


"Faisant l'historique de la question juive, le Frère Yvars, dans un langage très dur pour les Juifs nous les montre usuriers, sans patrie, faisant de mauvais soldats et partant incapables d'être de bons citoyens. Il fait ressortir la précipitation qui a été apportée en 1871, au lendemain de nos désastres pour faire aboutir ledit décret Crémieux, donnant à tous les Juifs indigènes le titre de Citoyen français. Et par des considérants habilement agencés, il arrive à exposer son vœu concernant l'abrogation pure et simple du décret dont il s'agit avec une condition, c'est que la loi à intervenir aura un effet rétroactif.
"Le Vénérable dit qu'on a fait observer au Frère Yvars au sein de la commission des vœux qu'une motion identique avait été votée il y a deux ans par le Congrès de Constantine, mais que le Grand Orient ne lui a pas fait un accueil favorable. Avant de voter un pareil voeu, il est nécessaire de le discuter froidement en Loge, d'autant plus qu'il ne paraît pas répondre aux sentiments maçonniques exprimés dans l'article 1er de notre Constitution"
68.

Et c'est là que cela devint intéressant : la réunion se poursuit par la proposition du Frère Courtois qui ne demande rien moins que les "Frères de l'Orient qui occupent des Juifs les remplacent par des Français" et que la Loge "combatte l'influence financière des Juifs de la localité". Alors, le Frère Priou, membre du Conseil de l'Ordre prend la parole pour montrer à ses Frères comment ils se fourvoient dans ces considérations curieuses, amenant les Frères intervenant à se rétracter 69. Si bien que lors de la "tenue" suivante, le Frère Yvars présente une demande pour obtenir l'honorariat "à cause de certains déboires qu'il aurait eus en Loge" et devant les assaut de gentillesse, dont ceux de Priou, il accepte de rester membre de la Loge 70.


Cette passe ne suffit pas et le 6-12-1897, au cours de la discussion relative au bal que la Loge doit offrir, bal qui est un des événements de la saison, le Frère Chabault propose de
"n'inviter aucun Juif à notre bal. Le Frère Bertrand est étonné qu'une pareille propositions soit faite dans un local maçonnique. Elle est d'ailleurs anticonstitutionnelle et il compte sur la sagesse et sur les sentiments maçonniques du Vénérable pour ne pas ouvrir une discussion à ce sujet en Loge. Il trouve d'ailleurs étrange que ce soit un Frère aussi jeune que le Frère Chabault qui fasse une telle proposition. Le Frère Maury appuie le voeu présenté par le Frère Chabault espérant qu'on ne lui fera pas le même reproche en ce qui concerne une jeunesse maçonnique. Le Vénérable : C'est rouvrir la discussion que de répondre maintenant au voeu du Frère Chabault, proposition qui ne peut-être vidée actuellement" 71.

Encore une fois, il faut chercher l'explication de la sortie du Frère Chabault à une date ultérieure, et elle consiste simplement dans ce que les élections au Conseil Général vont avoir bientôt lieu, et comme le Frère Chabault a, au cours de la campagne, mis publiquement en cause la Maçonnerie, sa situation maçonnique est alors examinée par ses Frères 72 !


En 1899, les thèses antijuives vont avoir encore un écho au Convent du Grand Orient de France à Paris, lorsque le délégué de la Loge de Mascara, le Frère Meiss vote contre la déclaration que cette assemblée décide de proclamer 73.


Troisième partie

 

Notes :

37 E. Drumont, La France juive, Paris, s. d. (1886).


38 BGO, 1877, passim ; les loges suivantes sont fermées par Foutrou : Orion, Gaillac ; Les Amis de la Parfaite Union, Perpignan ; L'Humanité, Nevers; La Parfaite Égalité, Paris ; Triple Essence, Saint-Malo ; La Fraternité, Avallon ; L'Auguste Amitié, Condom ; La Fraternité, Brive ; Amis Persévérants etc., Perigueux ; La Cosmopolite, Vichy ; La Justice, Marmande ; Les Coeurs Réunis - L'Encyclopédique - La Française des Arts - La Parfaite Harmonie - Les Vrais Amis Réunis, Toulouse ; La Ligne Droite, Auch ; La Fraternité, Caussade ; Les Arts et l'Amitié, Aix ; La Persévérance, Vienne.

 
39 AGO, LA, 25-10-1897, Compte-rendu du Frère Maillols.


40 BGO, Convent 187**, p**.


41 Y. Guyot, L’œuvre de M. Jules Cambon, Paris, s. d.


42 ****

43 A.G.O., Alger, Soleil Levant, Lettre de Lebourgeois à Bergere, 19-3-1896.


44 A.G.O., Alger, soleil levant, Lettre à Fontainas, 28-10-1896.

 
45 A.G.O., Alger, Soleil Levant, Lettre du 28-10-1896 à Brugere.

46 Ce Frère fut aussi président du Consistoire israélite d'Alger, Cahiers de la GLF, **.


47 A.G.O., Alger, Soleil Levant, Lettre de Lebourgeois à Bergere, 24-1-1896.


48 A.G.O., Alger, Soleil Levant , Rapport sur la réclamation adressée au Grand Orient de France par le Frère Stanislas Lebourgeois.


49 L. Sabah, la Franc-Maçonnerie à Oran, 1832-1914, Paris, 1991, p 494, n 42.

 
50 Souligné dans le texte.


51 BGO, Conseil du 31-5-1897, pp 15 & 16.

52 E. Morinaud, Cinquante années d'histoire politique du département de Constantine, mes mémoires, première campagne contre le Décret Crémieux, Alger, 1941.


53 P. Lamarque, Le Grand Orient de France et l'antisémitisme, Humanisme, n° 120-121, déc. 1977, p 68.


54 Au Congrès des Loges de Constantine, dans "sa" ville, en 1895, les congressistes acceptent une motion demandant l'abrogation du Décret Crémieux, une lettre qu'il adresse au Convent est ovationnée en 1896, BGO, 1896, Convent, p 354.

 55 Union Africaine , *.

56 A.G.O., Tlemcen, Loge Union, Lettre du 27-3-1898, au Grand Orient : "Nous avons la faveur de porter à votre connaissance l'extrait de procès-verbal suivant de la tenue solennelle du 23-3-1898 de la Respectable Loge l'Union, Orient de Tlemcen :
"Sur la proposition d'un de nos Frères, l'atelier vote à l'unanimité l'ordre du jour suivant :
"La Respectable Loge l'Union de Tlemcen, tout en blâmant la conduite du journaliste Max. Régis, un des fauteurs de troubles d'Alger, proteste contre son arrestation arbitraire qui constitue une violation flagrante des droits de la liberté individuelle et des principes contenus dans la déclaration des Droits de l'Homme.
"La Respectable Loge l'Union de Tlemcen décide que sa protestation sera envoyée au Conseil de l'Ordre et à toutes les Loges algériennes.
"Elle prie en outre le Conseil de l'Ordre de vouloir bien intervenir auprès des pouvoirs publics pour demander la mise en liberté de Régis...".


57 AGO, LA, 19-5-1879.


58 Ibid., 4-12-1876.

59 AGO, LA, TA, 5-7, 18-10, 25-10, 8-11 1 15-11-1886.

 
60 Ibid., AGO, LA, 17-2-1890.


61 Ibid., 5-1-1891.


62 A.G.O., LA, 28-3-1892.

68 A.G.O., LA, Mostaganem, 28-6-1897.


69 A.G.O., LA, Mostaganem, 28-6-1897.


70 A.G.O., LA, Mostaganem 5-7-1897.


71 A.G.O., LA, Mostaganem, 6-12-1897.


72 A.G.O., LA, Mostaganem, 3-10-1898.


73 BGO, Convent, 1899, p 14. Cf. annexe *.

(Paru dans la Revue des Etudes Juives, janvier 1996, t 155, fasc. 1-2)


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30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 17:06

 

 

LA FRANC-MACONNERIE ET L'ANTISEMITISME


 
par Lucien SABAH

1ère partie

Est-ce une gageure de parler de la Franc-Maçonnerie ? Parce que, soit les auteurs s'en préoccupent très peu, on peut mentionner maintenant le livre classique que M. Miquel a consacré à la IIIe République1, soit ils en font une fixation qui tourne à la monomanie, mais alors ce ne sont pas des historiens !


C'est donc tout naturellement que nous devrons nous demander ce que sont ces Francs- Maçons, qui les représentent, s'il y a lieu et, enfin, quelle peut avoir été leur influence sur la crise antisémite qui a agité notre pays qui s'étendait, nous n'aurons garde de l'oublier, aussi en Algérie et au-delà.


Qui sont les Francs-Maçons ?


Un journaliste, Alain Guichard, les décrit très bien dans l'étude qu'il leur a consacrés2.

 
Pouvons-nous penser que ce sont des hommes et aussi des femmes qui partagent un idéal commun de progrès, se réunissent ensemble dans un esprit de fraternelle coopération ? En tout cas, ils se réunissent discrètement, même si le secret n'est pas leur fait : les archives de la police, sont remplies de pièces, rapports et autres papiers les concernant, mais seulement à partir du XVIII° siècle, lorsque la Franc-Maçonnerie classique ou historique naît.


M. le professeur Chevallier a tracé magistralement cette histoire dans la monumentale étude qu'il a consacrée aux Francs-Maçons et qui sera le texte de référence pour longtemps pour toute recherche sur le sujet3.


À sa naissance historique, c'est-à-dire en 1723, date de la publication des Constitutions d'Anderson, la Franc-Maçonnerie est une institution d'Europe occidentale, purement chrétienne, faite pour des chrétiens et par des Chrétiens !


Certes, M. Beresniak évoque la réception ou initiation de deux Juifs dans une Loge, unité de travail de la Maçonnerie, à Londres, en 1721, soit deux ans avant la publication des Constitutions4, malheureusement cet auteur ne cite pas ses sources. Dans la notice que nous trouvons dans l'Encyclopaedia Judaïca, nous lisons que c'est en 1732 que le premier Juif aurait été initié, c'est-à-dire reçu Maçon dans une Loge de Londres et que la Loge Israël, Loge juive, aurait été constituée toujours à Londres en 1793 ; en Allemagne, pendant la présence française, une Loge, Aurore Naissante, fut constituée en 1808, à Francfort, sous l'égide du Grand Orient de France5. Nous lisons un peu plus loin dans cette encyclopédie qu'un rabbin juif hollandais, le cabaliste Jacob Templo (1603-1675) aurait dessiné les armes des Maçons anglais ; il avait collaboré avec le rabbin Manasseh ben Israël6, ce rabbin qui avait convaincu Cromwell de laisser revenir les Juifs en Grande- Bretagne pour permettre la venue du Messie.

Nous avons dit "Cabale". La mystique ésotérique juive a influencé certainement la pensée ou les préoccupations des hommes qui s'adonnaient à la recherche ésotérique. La Loge maçonnique, au rite français (il y a plusieurs rites), n'est-elle bâtie sur le plan des Sephirot ? Quel que soit le rite, le vocabulaire maçonnique est riche d'expressions juives, au point que M. Saint-Gall a pu en dresser un dictionnaire7.


C'est à un curieux Maçon que nous avons à faire, lorsque le Rite Écossais Rectifié est établi. Ce Maçon est Martines de Pasqually, dont M. Beresniak a montré la figure curieuse, mais a rappelé qu'il a été établi qu'il n'était pas juif, mais sans doute un lecteur d'ouvrages kabbalistique8. Ce qui joint aux différentes excommunications papales induit certains esprits à voir dans la Maçonnerie une Synagogue et comme la Synagogue est satanique puisqu'elle n'a pas reconnu le message christique, une Synagogue de Satan. C'est le titre d'un ouvrage qu'un évêque de Port-Louis, Mgr Meurin, livre tout à fait original, dans le sens charitable de curieux9.


Nous avons là un mélange suffisant pour exciter les esprits, si possible faibles, lorsque la situation économique ou politique ou les deux ensemble, seront telles que certains chercheront un bouc émissaire pour proposer une alternative politique.


La Maçonnerie au XIX° siècle.


Quoiqu'il en soit, les Francs-Maçons, eux, se posent la question de savoir s'ils doivent ouvrir les portes de leurs Loges à des non chrétiens, Juifs ou Musulmans ? ou à des non Européens, Noirs10, Jaunes ?


Le Siècle des Lumières va régler cette question en ouvrant les portes de ses Loges à ceux qui nous intéressent ici, les Juifs.


Ils sont sur les colonnes, avec leurs Frères chrétiens, Catholiques ou Protestants ou agnostiques ou encore d'esprit gallican qui n'admettaient pas que l'Église imposât ses croyances au moins en ce qui concernait la politique et les Sciences. Il y a réellement là coupure entre l'esprit ancien et un monde moderne11. Le Galilée de 1633 n'est pas très loin ! Il ne faut pas être étonné de voir les Francs-Maçons nombreux dans les nouveaux milieux scientifiques créer, non seulement la science moderne, mais encore ces sociétés scientifiques qui fleurissent pendant tout le XIX° siècle, comme la Société asiatique de Paris, avec le Frère Sylvestre de Sacy, la Société de l'Histoire de France, avec le Frère Guizot ou la Société de Géographie de Paris et naturellement les sociétés purement scientifiques. C'est l'époque où les sciences sont détachées de la théologie.

C'est l'époque aussi, où on veut même mettre l'Homme en équation, le mesurer12 !...


Nous avons vu que le Grand Orient de France avait accepté en son sein, une Loge juive en Allemagne. Une autre
Loge des Chevaliers de la Croix, à l'Orient de Paris, qui est la Loge des néo- Templiers mentionne sur ses registres matricules la religion de ses membres : catholiques ou protestants13. Nous n'y trouvons ni Juif, ni Musulman, alors que les Templiers sont présents en Algérie.

 
Mais, si nous abandonnons cette
Loge des Chevaliers de la Croix, nous constatons que le Grand Orient a initié des Juifs, notamment à Livourne, en Italie, et permettez-moi d'ouvrir une parenthèse : on s'est demandé comment Bugeaud avait pu admettre dans son cercle de relations le Juif Durand, lorsqu'il était à Oran pendant son premier séjour ? Tout simplement parce que l'un et l'autre étaient Francs-Maçons. Nous l'avons montré pour Bugeaud, nous le montrons pour Durand dans un livre à paraître 14.


En Allemagne, les Loges prussiennes refusent d'admettre en leur sein des Juifs, entraînant la protestation des Loges françaises et anglaises, au point qu'en 1848, le Grand Orient de France doit adresser une protestation officielle à la Maçonnerie allemande et menacer de rompre leurs relations fraternelles. La menace agit et quelques temps plus tard, les Loges prussiennes initient à leur tour des profanes de confession juive 15. Ce qui est relativement peu connu est cette pétition non datée, mais qui peut être de la fin du IId Empire 16 qui tend à prouver que les Maçons prussiens sont toujours enveloppés des ténèbres médiévales 17...


Les citations présentées en annexe montrent simplement que l'institution maçonnique tend à l'universalisme...


L'application est quasi immédiate. L'armée française, celle de la Révolution, la grande, de l'Empire et après, est la première à admettre que des hommes ne pratiquant pas la religion du prince, puissent commander des nationaux, contrairement à ce qui se faisait sous l'Ancien Régime. En d'autres termes, nous trouvons dans une armée marquée par la Maçonnerie 18 des cadres juifs ou musulmans comme ce général Wolf, inspecteur de la cavalerie 19 ou ce musulman : Adallah d'Asbonne 20. C'est à ce signe que nous pensons que l'armée a été révolutionnaire et qu'elle l'est restée. Il n'est que de voir noté l'étonnement des officiers français quand ils constatent que leurs homologues égyptiens les recherchent parce qu'ils ne les repoussent pas, alors que leurs camarades anglais les ignorent parce que "natives" 21. Et pourtant, un Franc-Maçon comme le maréchal Bugeaud ne propose rien moins, à un moment de sa réflexion sur la colonisation, que de chasser les Juifs d'Algérie 22.

 
Voilà le cadre dans lequel le judaïsme français va continuer son oeuvre d'émancipation pendant ce XIX° siècle, en tout cas jusqu'en 1877, lorsque la lutte pour l'établissement du régime républicain va entraîner la réaction à tenter un pseudo-coup d'Etat, en 1877, et essayer de reprendre le pouvoir au moment de la crise boulangiste.


L'affaire Boulanger.


La crise boulangiste est assez connue pour que nous puissions ne pas y revenir, à ceci près que cette crise a connu une poussée dans la Maçonnerie du Grand Orient.


Les historiens qui parlent de cette période, ne citent généralement pas l'action de la Franc- Maçonnerie, c'est normal : cette société étant discrète. Il faut se reporter au travail du professeur Chevallier pour avoir une idée globale des efforts de certains d'entre eux 23. Nous pouvons dire aujourd'hui que des Francs-Maçons ont eu une action - particulièrement au sein du Grand Orient - en faveur du "brav'général". Ces Frères furent pour l'essentiel les Frères Naquet et Laguerre. Je crois que Naquet était d'origine juive.


Ici il faut faire très attention sur deux choses :


1/ à cette époque, l'origine d'un individu ne signifie pas nécessairement l'appartenance à un groupe ; M. Ageron a montré comment le seul membre de la Libre Pensée d'Alger avait été chassé de cette association parce que d'origine juive, alors que son adhésion à cette association lui avait fait rompre tous liens avec sa communauté religieuse d'origine 24 ; pour notre modeste part, nous avons rencontré au début de la présence française à Oran un certain Lévy Alexandre, né à Londres le 11- 8-1816, figurant sur le tableau de la Loge Union Africaine d'Oran, en 1845 comme Apprenti 25, qui obtient son exeat de cette Loge le 29-5-1847 : il était ministre anglican 26 !...


2/ il convient aussi de se poser la question de savoir qui peut parler au nom de la Maçonnerie ?  n'importe quel de ses adhérents ? sinon qui ?


Nous répondrons à cette dernière question en disant que nous pensons que localement, dans les villes, le président de l'Atelier ou Loge 27 est la personne ad-hoc ; sur le plan national, les membres du Conseil de l'Ordre du Grand Orient ou du Conseil Fédéral de la Grande Loge de France, ainsi que les Grands Maîtres, sont ceux qui peuvent généralement engager leur Obédience. Quelques personnalités reconnues peuvent encore parler au nom de la Maçonnerie, comme le député Etienne, président du groupe coloniste à l'Assemblée et son homologue et Frère Saint- Germain au Sénat 28. Ceci posé, il faut faire attention que tout individu désigné même par des Maçons comme Franc-Maçon n'est pas nécessairement "Enfant de la Veuve", nous l'avons montré pour le préfet de Malherbes 29.

Le "brav'général" a été soutenu par des Francs-Maçons qui avaient des responsabilités dans leurs Obédiences.


Nous avons cité Naquet. Ce Franc-Maçon a été un Maçon qui a eu une influence certaine dans la région parisienne au moins. Cet avocat, député de la Seine a été le promoteur du rétablissement du divorce en France30 ; Il faut aussi évoquer le souvenir du Frère Laguerre, qui donna tant d'espérances à la Maçonnerie du Grand Orient31. Ce membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient fut mis en accusation avec le Frère Laisant pour sa participation à la tentative de putsch boulangiste32.


Le professeur Chevallier rappelle, dans le chapitre cité, le texte d'une lettre que le président du Conseil de l'Ordre du Grand Orient, le Frère et pasteur Desmons a adressée à Boulanger 33 : n'est-ce pas là le témoignage que les Maçons se sont au moins pendant un temps - mépris sur l'état d'esprit de Boulanger, ou plutôt que ce dernier soutenu à gauche, s'est fait phagocyter à un moment par la droite réactionnaire, entraînant son rejet par le parti de la République ? Car alors, la Maçonnerie est plutôt "revancharde", elle exclut de ses Loges les Frères allemands34 et soutient la Ligue des Patriotes35. Finalement, les Maçons abandonnèrent Boulanger.


Cet abandon ne se fit pas sans grincement de dents. Pendant longtemps, les colonnes du Bulletin du Grand Orient seront remplies de notices annonçant l'exclusion de Francs-Maçons qui avaient pratiqué le boulangisme 36.

Deuxième partie

Notes

1 P. Miquel, La Troisième République, Paris, 1989, notamment chapitre V, Les Francs-Maçons, p 357 sqq. Dans le travail de J. Ganiage, L'expansion coloniale de la France sous la IIIe République, 1871 - 1913, Paris, 1968, nous n'avons jamais vu mentionner la Maçonnerie parmi les acteurs de l'expansion coloniale de la France !

2 A. Guichard, Les Francs-Maçons, Paris, 1969.


3 P. Chevallier, Histoire de la Franc-Maçonnerie, Paris, 1975.


4 D. Beresniak, Juifs et Francs-Maçons, Paris, 1989, p 47.


5 Encyclopaedia Judaïca, t vii, col. 122 & 123, s v° Freemasons.

6 Ibid., t xv, col 998 & 999.


7 M. Saint-Gall, Dictionnaire du Rite Écossais Ancien et Accepté, Hébraïsmes et autres termes d'origine française, étrangère ou inconnue, 2° éd., Paris, 199.


8 D. Beresniak, Op. cit., p 118 sqq. Dans ce même ouvrage, nous trouvons encore mention de Juifs initiés en Italie, aux États-Unis.


9 Mgr Meurin, La Franc-Maçonnerie, Paris, 1893.


10 Qu'il nous soit permis de citer ici un article paru dès 1847 sur les LL ∴ de nègres et d'hommes de couleur en Amérique, paru dans le Bulletin du Grand Orient, n° 13, septembre 1847, p 267.


11 X. Yacono, Un siècle de Franc-Maçonnerie algérienne (1785-1884), Paris, 1969, a montré que des Musulmans ont fréquenté des Loges parisiennes dès 1785, cf. Ibid., passim.

12 Cf. les travaux de Vignon qui expliquait magistralement qu'un nègre ne pourrait jamais faire d'études secondaires parce que son cerveau pesait 200 gr de moins que celui du blanc, L. Vignon, Un programme de politique coloniale, les questions indigènes, Paris, 1919, passim.


13 AN, 3 AS, 14, 19, 22, 32, 33, 35 cf. L. Sabah, La Franc-Maçonnerie à Oran, 1832-1914, Paris, 1991, p 21, sqq., notamment le tableau, p 32 sqq.


14 Cf. annexe 1.


15 La première mention sur la question de l'admission des "profanes" ou non maçons, mais bien des Maçons israélites en Prusse est évoquée dans le Bulletin du Grand Orient de France, n° 3, 1844, p 106 et 107 etc. Cf. annexe 2.


16 Elle est signée par le Frère J. Macé, Orateur de la Loge de Mulhouse qui y occupe cette fonction à cette période.


17 Cf. Annexe : Adresse des LL∴ françaises de l'Est aux Maçons allemands.


18 Au point que M. Quoy-Bodin a pu consacrer sa thèse à la question : J.-L. Quoy-Bodin, L'armée et la Franc- Maçonnerie, au déclin de la monarchie, sous la Révolution et l'Empire, Paris, 1987.


19 De Castellane, Journal, Paris, 1896, t I, passim.


20 X. Yacono, Op. cit., p. 26.


21 Gal Bremont, Le Hedjaz dans la guerre mondiale, Paris, 1931, p 87.

22 L. Sabah, La Franc-Maçonnerie à Oran de 1832 à 1914, Paris, 1989, p 467.


23 Cf. P. Chevallier, Histoire de la Franc-Maçonnerie, Paris, 1975, t III, p 183 sqq.


24 R. Ageron, Histoire de l'Algérie contemporaine (1871-1954), Paris, 1979, p 589, n 1 et p 593


25 B.N., Fm² 532 ; cf. X. Yacono, Op. cit., p 213.


26 BGO, LA, Union Africaine, à la date.


27 En général il n'y a qu'une Loge par ville ou "Orient".


28 Sur ces deux personnalités, cf. L. Sabah, La Franc-Maçonnerie à Oran, Paris, 1991, passim.

29 L. Sabah, La vie politique à Oran au début du XX° siècle, Henry de Malherbe, préfet d'Oran (1893-1909), Administration, n° 140, 1988, alors que nous avons trouvé des matériaux tendant à montrer que Paul Cambon l'aurait été, ce qui serait logique : il était proche de Jules Ferry, Cf. . L. Sabah, L'ambassadeur Paul Cambon était-il Franc-Maçon ? BIDERM, n° 35, 1985.

30 P. Chevallier, Op. cit., t III, p 66 : "Dès 1879, il déposa une proposition de loi... Réélu en 1881, il réussit à la faire inscrire à l'ordre du jour de la Chambre. Votée en 1882, la loi fut adoptée par le Sénat en 1884 et Naquet reçut les félicitations de ses Frères pour l'énergie et la persévérance qu'il avait déployées. En juillet 1884, le Bulletin de la Grande Loge Symbolique Écossaise n'hésita pas à revendiquer pour la Maçonnerie la paternité de la nouvelle loi".


31 D. Ligou, Dictionnaire, s. v° .


32 B.G.O., 1891, p 115 : "Le Conseil de l'Ordre, vu le jugement rendu le 24-3-1891 par la Respectable Loge Les Disciples du Progrès, Orient de Paris, condamnant le Frère Laisant , Charles, député, à la perte de ses droits maçonniques et à l'exclusion définitive de la Franc-Maçonnerie pour délit de 1ère classe, Attendu que le jugement a été régulièrement notifié à l'intéressé le 27 mars ; qu'il n'a été depuis justifié d'aucun acte d'opposition ou d'appel ; que les délais sont expirés ; vu l'article 30 de la Constitution (du Grand Orient) ; ordonne : L'exclusion de la Franc-Maçonnerie, prononcée contre le Frère Laisant, sera insérée au Bulletin Officiel du Grand Orient de France. Fait en séance, le 11-5-1891".


33 Ibid., t III, p 184 ; p 185, M. Chevallier indique la suite que cette correspondance eut au sein du Conseil de l'Ordre du Grand Orient.


34 AGO, Compte-rendu des séances du Conseil de l'Ordre, 12-4-1897, inédit : "Le Frère Dazet appelle l'attention du Conseil sur la note qui figure à la page 224 de l'annuaire de 1897 où il est dit qu'il n'existe aucune espèce de relations entre le Grand Orient de France et les Grandes Loges de l'Empire allemand. Le Frère Damuzeaux trouve que les Loges ne devraient pas recevoir de Maçons allemands, puisqu'elles refusent des Maçons français depuis la rupture du Grand Orient avec le rite de Misraïm. Le Frère Desmons dit qu'il faut éviter de donner des armes au parti réactionnaire qui profite de toutes les occasions pour nous combattre au point de vue national. Le Frère Grégoire est d'avis qu'il faut laisser les Loges libres de faire ce qu'elles voudront, mais si elles demandent au Conseil un avis sur cette question, il serait bon de leur faire remarquer qu'en 1871, nos Ateliers d'Alsace-Lorraine, sommées par l'autorité allemande de rompre leurs relations avec le Grand Orient de France, ont préféré cesser leurs travaux et se dissoudre. Le Conseil décide de laisser cette question d'admission des Maçons allemands, en visiteurs, à l'appréciation des Loges...".


35 P. Miquel, Op. cit., p 386.


36 I. E., B.G.O., 1891 : Loge Avant Garde Maçonnique, Paris, Frère Pruniere, p 23 ; Loge Les Vrais Experts, Paris, Frère Paulin-Mery, pp 23 & 33 ; Loge Les Disciples du Progrès, Paris, Frère Goussot, député, pp 114, 127, Frère Laisant, député, pp 115, 127 ; Loge Saint-Jean-de-Jerusalem, Nancy, Frère Gugenheim, Georges, publiciste, p 127 etc.

(Paru dans la Revue des Etudes Juives, janvier 1996, t 155, fasc. 1-2)

 Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans FRANC MACONNERIE
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27 avril 2007 5 27 /04 /avril /2007 04:01

Chapître très intéressant. Il faut savoir que nous portons tous en nous une "mémoire archaïque" où sont inscrits tous les évènements marquants de l'histoire de notre âme. C'est quelque chose de latent en chaque individu. Pour vous donner un exemple, j'ai une amie qui avait un blocage. Le blocage venait d'un de ses ancêtres qui a été assassiné pendant la Révolution de 1789. La tragédie qu'avait connu sa famille à cette époque avait laissé sur leur âme une blesssure indélébile que mon amie portait aussi. Et c'est sa physiologue qui lui a dit ça. Ces praticiens ne sont pas remboursés par la Sécurité Sociale et pourtant, ils sont sur la bonne Voie. Ils savent que pour guérir le corps, il faut soigner l'Âme.

Moïse, son peuple et le monothéisme

par Sigmund Freud

II. Le peuple d'Israël

14ème partie

13ème partie

12ème partie

11ème partie

10ème partie

9ème partie

8ème partie

1ère partie

 

 

IV. Le progrès dans la spiritualité

 

Pour continuer d'exercer sur un peuple quelque action psychique, il ne suffit pas, c'est évident, de lui affirmer qu'il a été spécialement choisi par Dieu. Il faut aussi, d'une manière quelconque, le lui prouver si l'on tient à ce qu'il y ajoute foi et à ce qu'il tire des conséquences de cette croyance, Dans la religion de Moïse, ce fut l'Exode qui servit de preuve. Dieu ou en son nom Moïse ne se lassaient jamais de faire état de cette marque de faveur. C'est pour commémorer cet événement que fut instituée ou plutôt modifiée la fête de Pâques. Mais il ne s'agissait plus que d'un souvenir, l'Exode lui-même appartenait à un lointain passé. À l'époque qui nous intéresse les preuves de la faveur divine étaient devenues bien rares et les événements dénotaient plutôt une disgrâce. Les peuples primitifs avaient accoutumé de déposer, voire même de châtier leurs dieux quand ceux-ci ne leur accordaient pas la victoire, le bonheur et le bien-être.

Les monarques ont, de tout temps, été traités de la même façon que les dieux, ce qui témoigne en faveur d'une ancienne identité, d'une origine commune. Les peuples modernes aussi chassent leurs souverains quand la splendeur des règnes vient à être ternie par des défaites qui entraînent des pertes de territoires et d'argent. Par quel miracle alors le peuple d'Israël, si rigoureusement traité par son Dieu, persista-t-il cependant à lui montrer tant de soumission? C'est là un problème que nous sommes obligés de laisser sans solution pour le moment.

Tout ceci nous incite à rechercher si la religion de Moïse n'a pas donné au peuple autre chose qu'un accroissement de sa confiance en lui-même au travers de son sentiment d'être préféré par Dieu. Et cette autre chose est vraiment facile à déceler. Leur religion a donné aux Juifs une idée plus grandiose de la divinité ou, plus exactement, l'idée d'un Dieu plus grand. Quiconque croyait en ce Dieu devait, de quelque manière, participer à sa grandeur et pouvait s'en trouver élevé. Ce fait ne manquera pas de surprendre les incrédules, mais peut-être un rapprochement leur fera-t-il mieux comprendre ce sentiment : prenons, par exemple, un sujet britannique et supposons qu'une quelconque révolution vienne à éclater dans le pays étranger où il se trouve. Cet homme ne s'inquiétera pas, contrairement à tout ressortissant d'un petit État continental. C'est que le sujet britannique sait que si l'on se permettait de toucher à un seul de ses cheveux, son gouvernement enverrait un navire de guerre. Cela, les émeutiers ne l'ignorent pas non plus. Au contraire, le petit État, lui, ne possède aucun navire de guerre. Le sujet britannique est fier de la puissance de son empire, mais cette fierté tient aussi à un sentiment de sécurité, à la certitude d'une protection dont jouit tout sujet du Royaume-Uni. Il en est de même, sans doute, quand il s'agit de la conception d'un Dieu sublime et comme on ne saurait prétendre à aider Dieu dans son gouvernement du monde, la fierté de sa grandeur va de pair avec le sentiment d'avoir été « élu ».

L'une des lois mosaïques a plus d'importance qu'on ne lui en attribue tout d'abord. C'est l'interdiction de se faire une image de Dieu, c'est-à-dire l'obligation d'adorer un dieu invisible. Je présume que Moïse a dû, sur ce point, être plus strict encore que la religion d'Aton. Peut-être ne cherchait-il qu'à être logique, sa Divinité ne devait avoir ni nom ni visage. Peut-être s'agissait-il là d'une nouvelle mesure de protection contre d'illicites pratiques magiques. Mais une fois cette interdiction admise, elle avait certainement d'importants effets, à savoir : une mise à l'arrière-plan de la perception sensorielle par rapport à l'idée abstraite, un triomphe de la spiritualité sur les sens ou plus précisément un renoncement aux instincts avec tout ce que ce renoncement implique au point de vue psychologique.

Afin de rendre plus plausible ce qui, à première vue, ne semble pas convaincant, faisons appel à certains phénomènes de caractère analogue survenus au cours du développement de la civilisation humaine. Le plus ancien et peut-être le plus important d'entre eux se perd dans la nuit des temps, et cependant ses surprenantes conséquences nous contraignent à en postuler la réalité. Chez nos enfants et chez les adultes névrosés, comme chez les primitifs, nous retrouvons le phénomène mental que nous avons appelé « croyance en la toute-puissance de la pensée ». Il s'agit là, à notre avis, d'une surestimation de l'influence que nos facultés mentales - les facultés intellectuelles dans le cas présent - sont capables d'exercer sur le monde extérieur en le modifiant. Toute la magie, prédécesseur de la science, repose sur cette croyance. Toute la magie des mots découle de cette foi en la toute-puissance de la pensée comme aussi la conviction du pouvoir lié à la connaissance et à l'énonciation de quelque nom. Nous estimons que « la toute-puissance de la pensée » exprimait le prix que l'homme attachait au développement du langage qui amena de si extraordinaires progrès des activités intellectuelles. C'est alors que s'établit le règne nouveau de la spiritualité à partir duquel les concepts, les souvenirs, les déductions, prirent une importance décisive au contraire des activités psychiques inférieures relatives aux perceptions sensorielles immédiates. Ce fut certainement là, sur la voie du devenir humain, l'une des étapes les plus importantes.

Un processus plus tardif se présente à nous sous une forme bien plus tangible : sous l'influence de conditions extérieures qu'il ne nous appartient pas d'étudier ici et qui d'ailleurs ne sont pas toutes bien connues, une organisation patriarcale de la société succéda à l'organisation matriarcale, ce qui naturellement provoqua un grand bouleversement des lois alors en vigueur. Il nous semble percevoir comme un écho de cette révolution dans l'Orestie d'Eschyle. Mais ce bouleversement, ce passage de la mère au père a un autre sens encore . il marque une victoire de la spiritualité sur la sensualité et par là un progrès de la civilisation. En effet, la maternité est révélée par les sens, tandis que la paternité est une conjecture basée sur des déductions et des hypothèses. Le fait de donner ainsi le pas au processus cogitatif sur la perception sensorielle fut lourd de conséquences.

Entre les deux faits que nous venons de citer s'en produisit un jour un autre, apparenté surtout à celui que nous avons étudié dans l'histoire des religions. L'homme se vit amené à reconnaître l'existence de forces « spirituelles », c'est-à-dire de forces que les sens, et singulièrement la vue, ne peuvent saisir et qui ont cependant des effets indéniables et même extrêmes. Si nous nous en référons au langage, c'est le déplacement de l'air qui fournissait une image de la spiritualité, puisqu'en effet l'esprit emprunte son nom au souffle d'air (animus, spiritus et, en hébreu, ruach-fumée). Ainsi naquit l'idée d'une âme, principe spirituel de l'individu. Ce souffle d'air, l'observation le retrouva dans la respiration de l'homme, laquelle ne cesse qu'à la mort.

Aujourd'hui encore nous disons d'un mourant qu'il rend le dernier soupir. C'est ainsi que s'ouvrit à l'homme le royaume de l'esprit. L'âme qu'il avait découverte en lui-même, il fut disposé à la prêter à toute la nature. L'univers tout entier se trouva pourvu d'une âme et la science, qui naquit bien plus tard, eut fort à faire pour déposséder de cette âme une partie du monde, tâche qui n'est pas encore achevée aujourd'hui.

Grâce à l'interdiction mosaïque, Dieu fut porté à un échelon plus élevé de la spiritualité et une porte s'ouvrit devant ces nouvelles modifications du concept de Dieu dont nous parlerons par la suite. Occupons-nous, auparavant, d'une autre de ses conséquences. Tout progrès de la spiritualité a pour effet d'accroître la confiance en eux-mêmes des individus, de les rendre orgueilleux, de telle sorte qu'ils finissent par se croire supérieurs à ceux qui subissent encore le joug de la sensualité. Nous savons que Moïse inculqua aux Juifs la fierté de se croire un peuple élu ; grâce à la dématérialisation de Dieu, un nouveau joyau s'ajouta encore au trésor secret de ce peuple.

Les Juifs continuèrent à s'intéresser aux choses spirituelles, les malheurs politiques de leur nation leur apprirent à apprécier à sa juste valeur le seul bien qui leur restât : leurs documents écrits. Immédiatement après la destruction par Titus du Temple de Jérusalem, le rabbin Jochanaan ben Sakkai demanda l'autorisation d'ouvrir à Jahné la première école consacrée à l'étude de la Thora. Désormais ce furent les Livres Sacrés et leur étude qui empêchèrent ce peuple dispersé de se désagréger.

Tous ces faits sont généralement connus et admis. J'ajouterai seulement que cette si caractéristique évolution des Juifs fut due à l'interdiction formulée par Moïse d'adorer Dieu sous une forme visible.

La préférence accordée par les Juifs, pendant environ deux mille ans, aux efforts spirituels, eut naturellement certains effets : elle provoqua une atténuation de la brutalité et de la violence qu'on rencontre habituellement là où le développement athlétique est devenu un idéal populaire. Il ne fut pas permis aux Juifs d'accéder à cette harmonie entre activités spirituelles et physiques que réalisèrent les Grecs. Dans ce conflit, ils optèrent du moins pour ce qui était le plus important du point de vue culturel.

 

V. Le renoncement aux instincts

 

On ne comprend pas, au premier abord, pourquoi tout progrès de la spiritualité, tout recul de la sensualité, renforce la confiance en soi des individus aussi bien que des nations. Ce fait semble présupposer une certaine échelle de valeurs ainsi que l'existence d'une personne ou d'une instance qui disposerait de cette échelle. Pour nous faire mieux entendre, examinons un cas analogue de psychologie individuelle, cas actuellement bien compris de nous.

Quand le ça tente d'imposer à un être humain quelque exigence pulsionnelle d'ordre érotique ou agressif, la réaction la plus simple, la plus naturelle du moi, maître des systèmes cogitatif et musculaire, est de satisfaire par un acte cette exigence. Cette satisfaction instinctuelle, le moi la ressent comme un plaisir, tandis que l'insatisfaction aurait provoqué, pour lui, du déplaisir. Toutefois il peut arriver que le moi, du fait de quelque obstacle extérieur, par exemple s'il s'aperçoit que l'acte en question entraînerait un grave danger, renonce à cette satisfaction. Le renoncement à une satisfaction, à une pulsion, par suite d'obstacles extérieurs, par obéissance, comme nous disons, au principe de réalité, n'est jamais agréable. Il provoquerait une tension et un déplaisir durables s'il ne se produisait, en même temps, grâce à un déplacement d'énergie, une diminution de la force pulsionnelle elle-même. Mais il peut arriver que le renoncement se produise pour des motifs que nous pouvons à juste titre qualifier d'intérieurs. Au cours de l'évolution individuelle, une partie des forces inhibitrices du monde extérieur se trouve intériorisée, il se crée dans le moi une instance, qui, s'opposant à l'autre, observe, critique et interdit. C'est cette instance que nous appelons le surmoi. Dès lors, le moi, avant de satisfaire les instincts, se trouve obligé de tenir compte non seulement des dangers extérieurs, mais encore des exigences du surmoi et il aura ainsi d'autant plus de motifs de renoncer à une satisfaction. Mais alors que le renoncement dû à des raisons extérieures ne provoque que du déplaisir, le renoncement provoqué par des raisons intérieures, par obéissance aux exigences du surmoi, a un effet économique différent. A côté d'un déplaisir inévitable, il assure aussi un gain en plaisir, une sorte de satisfaction compensatrice. Le moi se sent exalté et considère comme un acte méritoire son renoncement à la pulsion. Nous croyons avoir compris le fonctionnement de ce mécanisme : le surmoi est le successeur et le représentant des parents (et des éducateurs) qui, pendant les premières années de l'individu, ont surveillé ses faits et gestes. Le surmoi continue, sans y presque rien changer, à remplir les fonctions de ces parents et éducateurs, ne cessant de tenir le moi en tutelle et d'exercer sur lui une pression constante. Comme dans l'enfance, le moi reste soucieux de ne pas perdre l'amour de ce maître dont l'estime provoque en lui un soulagement et une satisfaction, et les reproches, un remords. Quand le moi a fait au surmoi le sacrifice de quelque satisfaction instinctuelle, il en attend, en retour, un surcroît d'amour. Le sentiment d'avoir mérité cet amour se transforme en fierté. A une époque où l'autorité ne s'était pas encore intériorisée et muée en surmoi, la relation entre la crainte de n'être plus aimé et l'exigence pulsionnelle devait avoir été la même. Un sentiment de sécurité et de satisfaction naissait chaque fois que, par amour filial, l'être renonçait à quelque satisfaction instinctuelle. Ce bon sentiment ne pouvait avoir acquis son caractère narcissique particulier qu'une fois l'autorité intégrée elle-même dans le moi.

Mais cette explication de la manière dont un renoncement à la pulsion se transforme en satisfaction peut-elle jeter quelque lumière sur le phénomène que nous voulons étudier, c'est-à-dire sur l'accroissement de la confiance en soi et sur les progrès de la spiritualité? En apparence, le profit sera maigre car les circonstances sont tout à fait différentes. Ni renoncement à la pulsion, ni personnage ou instance supérieurs en vue desquels se fait le sacrifice n'entrent ici en jeu, et voilà qui ne tarde pas à nous faire hésiter. Cependant une objection se présente : le grand homme ne personnifie-t-il pas justement cette autorité pour l'amour de laquelle on agit ? Comme il est un substitut du père, ne nous étonnons point de lui voir, en psychologie collective, remplir le rôle du surmoi. Cette observation doit valoir également pour Moïse dans ses rapports avec le peuple juif. Toutefois, ailleurs l'analogie n'apparaît plus vraiment. Qu'est-ce que progresser dans la voie de la spiritualité sinon reléguer au second plan les perceptions sensorielles directes en donnant le pas aux souvenirs, aux déductions, aux réflexions, tous processus intellectuels tenus pour supérieurs, c'est décider, par exemple, que la paternité, bien que les sens ne la puissent déceler, est plus importante que la maternité. C'est pourquoi le fils porte le nom de son père et en hérite. Ou bien encore c'est déclarer : notre Dieu est le plus grand, le plus puissant, bien qu'il soit invisible comme le vent d'orage ou comme l'âme. Le renoncement à une exigence instinctuelle d'ordre sexuel ou agressif semble être quelque chose d'entièrement différent. De même, lorsqu'il s'agit de certains progrès spirituels tels par exemple que le triomphe du droit paternel, il est impossible de déterminer l'autorité qui décide de ce qui doit avoir le plus de prix. Ce ne peut être ici l'autorité paternelle puisque cette autorité n'a justement été conférée au père que par le progrès. Il faut donc se contenter de constater un phénomène: le fait qu'au cours de l'évolution de l'humanité, la sensualité a progressivement été vaincue par la spiritualité et que tout progrès de cet ordre provoque chez les hommes un sentiment d'orgueil et de contentement de soi. Mais nous ignorons pourquoi il en est ainsi. Un beau jour, il advient encore que la spiritualité elle-même se trouve vaincue par le phénomène émotionnel mystérieux de la foi. C'est le fameux credo quia absurdum et celui même qui le regarde comme un renoncement à la raison le considère cependant aussi comme une sublime réalisation. Peut-être toutes ces situations psychologiques comportent-elles un autre point commun, peut-être l'homme attribue-t-il plus de prix à ce qui lui est le plus difficile à atteindre et sa fierté tient-elle à un narcissisme accru par la conscience de la difficulté vaincue.

Que voilà donc une dissertation peu profitable! Certains penseront peut-être qu'elle n'a d'ailleurs aucun rapport avec le sujet, nos recherches ayant pour but de découvrir ce qui a déterminé le caractère du peuple juif. Cela ne serait qu'à notre avantage, mais un fait trahit la parenté des deux problèmes, un fait qui, par la suite, nous préoccupera plus encore. Cette religion, après avoir commencé par interdire de figurer la divinité, est devenue toujours davantage, au cours des siècles, une religion de renoncement aux instincts. Certes, sans exiger une continence totale, elle se contente de mettre un frein sérieux à la liberté sexuelle. Dieu est tout à fait dépouillé de sexualité et devient un idéal de perfection éthique. Mais qui dit éthique dit restriction des instincts. Les prophètes ne sont jamais las de rappeler que Dieu exige une seule chose de son peuple.. qu'il mène une vie de justice et de vertu, donc qu'il s'abstienne de toutes les satisfactions instinctuelles qu'aujourd'hui encore la morale considère comme des péchés. En regard des exigences de l'éthique, le commandement même de croire en Dieu semble passer au second plan. C'est ainsi que le renoncement aux pulsions semble jouer un rôle prédominant dans la religion, bien qu'il n'y ait pas été édicté dès le début.

Une observation va ici éviter un malentendu. Même si l'on se refuse à croire que le renoncement à la pulsion et la morale basée sur ce renoncement sont l'essentiel de la religion, il n'en reste cependant pas moins vrai que renoncement et religion sont génétiquement étroitement liés. Le totémisme, première forme connue de la religion, contient toute une série d'interdictions et de commandements qui constituent la base indispensable de tout le système. Ces commandements, ces interdictions ne sont que des renoncements à des pulsions ; c'est le cas, par exemple, de la vénération du totem qui comporte l'interdiction de nuire à ce dernier ou de le tuer, le cas également de l'exogamie, c'est-à-dire du renoncement à la mère, aux soeurs de la horde, passionnément convoitées, et la reconnaissance de droits égaux pour tous les membres de la horde des frères, ce qui équivaut à abandonner toute lutte violente entre rivaux. Nous voyons dans tous les règlements une première ébauche d'un ordre moral et social. Il ne nous échappe pas que deux motifs entrent ici en jeu : les deux premières interdictions sont conformes à ce qu'avait voulu le père évincé et continuent, pour ainsi dire, sa volonté; la troisième, celle de l'égalité des droits des frères, ignore cette volonté et tend à maintenir intact l'ordre nouveau établi après le meurtre du père. S'il en était autrement, un retour à l'état antérieur deviendrait inévitable. C'est ici que les lois sociales se séparent des autres qui, affirmons-le, émanent directement de la religion. Dans l'évolution, bien plus rapide, de l'individu, l'on retrouve l'essentiel de ce processus. Ici encore l'autorité parentale, surtout celle du père, être omnipotent et qui a le pouvoir de châtier, incite l'enfant à renoncer à ses pulsions et détermine ce qui est permis et ce qui est interdit. Les actes qui font qualifier un enfant de « sage » ou de « méchant» seront, plus tard, considérés, quand la société et le surmoi se seront substitués aux parents, comme « bons » ou « mauvais », vertueux ou vicieux. Et pourtant c'est toujours d'une seule et même chose qu'il s'agit, d'un renoncement aux instincts par suite de l'existence d'une autorité venue remplacer et continuer celle du père.

Cette manière de voir se trouve encore renforcée quand nous étudions le concept étrange de la sainteté. Qu'est-ce donc qui donne à quelque chose, par comparaison avec tout ce que nous respectons, un caractère sacré? D'abord les rapports du sacré avec le religieux sont indéniables et très marqués ; tout ce qui tient à la religion est sacré et c'est là le fondement même de la sainteté. D'autre part, notre jugement est troublé par maintes tentatives de conférer un caractère de sainteté à nombre d'autres choses, individus, institutions, fonctions, qui n'ont pas grand-chose à voir avec la religion. Ces efforts sont souvent très tendancieux. Examinons tout d'abord le caractère prohibitif inhérent à la sainteté. Ce qui est sacré, il est naturellement interdit d'y toucher. Toute interdiction sacrée a un caractère nettement affectif, mais, à dire vrai, aucun motif rationnel. Par exemple, pourquoi les relations incestueuses d'un individu avec sa fille ou avec sa soeur paraissent-elles bien plus odieuses que n'importe quelle autre sorte de rapports sexuels? A cette question, en ne manquera pas de nous répondre que tous nos sentiments se révoltent contre un pareil crime, ce qui revient à dire que l'interdiction semble toute naturelle et que les raisons ne s'en peuvent donner.

Comme il est facile de le démontrer, une explication de cette sorte n'a aucune valeur. Ce qui soi disant offusque nos sentiments constituait jadis dans les familles régnantes de l'ancienne Égypte, ainsi que chez d'autres peuples de l'antiquité, un usage répandu et l'on pourrait même dire une tradition sacrée. Il était de règle que le Pharaon trouvât en la personne de sa soeur sa première et principale épouse. Les successeurs des Pharaons, les Ptolémées grecs, n'hésitèrent pas à suivre cet exemple. Nous sommes donc tentés de penser que l'inceste, dans le cas présent l'inceste entre frère et soeur, était une prérogative réservée aux souverains, représentants des dieux sur la terre, et interdite au commun des mortels. Par ailleurs ni le monde grec ni le monde germain, tels que nous les représentent les légendes, ne réprouvaient ces relations incestueuses. Il est permis de supposer que l'attachement de la grande noblesse à la «naissance » n'est qu'un reliquat de cet ancien privilège et nous observons que, par suite de ces unions consanguines réalisées dans les plus hautes sphères sociales pendant bien des générations, les têtes couronnées de l'Europe actuelle appartiennent à une ou deux familles seulement.

L'existence de l'inceste chez les dieux, les monarques et les héros nous permet aussi de rejeter une autre thèse qui tend à donner à l'horreur de l'inceste une explication biologique, en ramenant cette aversion à quelque obscure prescience du danger de la consanguinité. Toutefois il n'est pas du tout certain que ce danger-là existe réellement et bien moins sûr encore que les primitifs l'aient perçu et aient réagi contre lui. L'incertitude dans la détermination des rapports sexuels permis ou défendus ne permet pas non plus d'admettre que la peur de l'inceste émane d'un « sentiment naturel ».

Nos vues sur la préhistoire nous poussent à admettre une autre explication. La loi de l'exogamie, dont l'expression négative est la peur de l'inceste, traduisit la volonté du père et la continua après le meurtre de ce dernier. D'où sa teinte affective si marquée et l'impossibilité de toute explication rationnelle, bref son caractère sacré.

Nous sommes convaincus que si nous examinions tous les autres cas d'interdiction sacrée, nous obtiendrions un résultat analogue à celui que fournit l'étude de la peur de l'inceste et nous constaterions que le caractère sacré n'est originellement rien d'autre que la volonté perpétuée du père primitif. Ainsi quelque lumière serait également projetée sur l'ambivalence jusqu'ici inexplicable des mots qui expriment le concept de « sacré ». C'est l'ambivalence qui régit les rapports avec un père. « Sacré » ne signifie pas seulement « saint », « consacré », mais aussi ce qui se traduit par (maudit », « abominable » ( « auri sacra fames »). Non seulement il ne fallait pas toucher à la volonté du père, non seulement il convenait de l'honorer hautement, mais il fallait aussi la redouter parce qu'elle exigeait un pénible renoncement aux instincts. Lorsque nous entendons dire que Moïse avait « sanctifié » son peuple en lui imposant la circoncision, nous saisissons alors le sens profond de cette assertion. La circoncision est un substitut symbolique de la castration que le père primitif et omnipotent avait jadis infligée à ses fils. Quiconque acceptait ce symbole montrait par là qu'il était prêt à se soumettre à la volonté paternelle, même si cela devait lui imposer le plus douloureux des sacrifices.

Pour en revenir à l'éthique, disons en manière de conclusion qu'une partie de ses lois s'explique rationnellement par la nécessité de délimiter les droits de la communauté en face de l'individu, ceux de l'individu en face de la communauté et ceux réciproques des individus. Mais tout ce qui, dans l'éthique, nous semble mystérieux, sublime, mystiquement évident, elle le doit à sa parenté avec la religion et au fait qu'elle tire son origine de la volonté du père.

15ème partie La part de vérité dans la religion

Posté par Adriana Evangelizt

 

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27 avril 2007 5 27 /04 /avril /2007 03:46

 

Moïse, son peuple et le monothéisme

par Sigmund Freud

II. Le peuple d'Israël

13ème partie

12ème partie

11ème partie

10ème partie

9ème partie

8ème partie

1ère partie

 

Dans le travail que nous avons entrepris, nous avons dû emprunter à notre matériel de traditions ce qui nous a semblé utile, rejeter ce qui ne nous sert pas et grouper, d'après les probabilités psychologiques, tous les divers éléments recueillis. En constatant que notre technique ne fournit pas à coup sûr la vérité, chacun est en droit de se demander pourquoi pareil travail a été entrepris. Pour répondre à cette question, nous citerons les résultats obtenus. Si l'on consent à diminuer beaucoup les exigences d'ordinaire imposées à une recherche historique et psychologique, on parviendra peut-être à résoudre certains problèmes qui ont, de tout temps, retenu l'attention et qui, à la suite d'événements récents, s'offrent de nouveau à l'observateur. Nous savons que de tous les peuples antiques qui vécurent dans le bassin méditerranéen, le peuple juif est probablement le seul qui ait conservé son nom et peut-être aussi sa nature. Avec une ténacité sans exemple, il a résisté à toutes les calamités et à tous les sévices ; en manifestant certains traits de caractère particuliers, il s'est attiré l'animosité cordiale de tous les autres peuples. A quoi peut bien tenir cette résistance des Juifs et quels rapports peut-il y avoir entre leur caractère et leur destinée? Voilà certes d'intéressants problèmes qu'on voudrait arriver à comprendre.

Examinons d'abord un trait de caractère qui, chez les Juifs, prédomine dans leurs rapports avec leur prochain : il est certain qu'ils ont d'eux-mêmes une opinion particulièrement favorable, qu'ils se trouvent plus nobles, plus élevés que les autres dont certaines de leurs coutumes les séparent encore 1 . En même temps, ils conservent une sorte de confiance dans la vie, semblable à celle que confère la possession secrète d'un don précieux, une sorte d'optimisme. Les gens pieux parleraient de confiance en Dieu.

Nous connaissons la raison de ce comportement nous savons ce qu'est ce trésor caché. Les Juifs se croient vraiment le peuple élu de Dieu et pensent être tout près de lui, ce qui leur donne orgueil et confiance. Suivant des récits dignes de foi, leur comportement était le même à l'époque hellénistique que de nos jours. Le caractère juif était déjà alors ce qu'il est maintenant et les Grecs, au milieu et à côté de qui les Juifs vivaient, réagissaient à leurs particularités de la même manière que leurs hôtes actuels. On pourrait dire qu'ils réagissaient comme si eux aussi croyaient au privilège revendiqué par le peuple d'Israël. Le fils favori déclaré d'un père redouté n'a guère le droit de s'étonner si la jalousie de ses frères et soeurs est ainsi suscitée. La légende juive de Joseph vendu par ses frères montre déjà très bien les conséquences possibles d'une telle jalousie. Les événements semblèrent d'ailleurs, par la suite, justifier les prétentions juives puisque quand le Seigneur consentit à envoyer aux hommes un Messie, un Sauveur, ce fut à nouveau au sein du peuple juif qu'il le choisit. Les autres peuples auraient pu alors, à juste titre, se dire: « Les Juifs ont raison. Ils sont bien les élus de Dieu. » Mais, tout au contraire, la Rédemption provoqua chez tous les peuples une recrudescence de haine contre les Juifs et ceux-ci ne tirèrent aucun avantage de la prédilection divine parce qu'ils ne reconnurent pas le Rédempteur.

En nous basant sur ce qui précède, nous pouvons affirmer que Moïse conféra au peuple juif le caractère qui, à jamais, le distingua des autres peuples. Il lui donna une confiance accrue en lui-même en lui affirmant qu'il était le peuple élu, le déclara béni et l'obligea à se tenir à l'écart des autres peuples. Nous ne voulons pas dire par là que les autres peuples manquaient de confiance en eux-mêmes, non, tout comme aujourd'hui, chaque nation était imbue de sa supériorité. Toutefois la confiance en eux-mêmes des Juifs subit, grâce à Moïse, un affermissement religieux et devint un élément de leur foi. Du fait d'un lien particulièrement étroit avec leur Dieu, ils participèrent à la grandeur de celui-ci. Or nous savons que, à l'arrière-plan du Dieu qui choisit les Juifs et les sauva d'Égypte, on trouve le personnage de Moïse qui, soi-disant au nom du Seigneur, avait fait la même chose ; c'est pourquoi nous sommes en droit de prétendre qu'un homme, Moïse, a créé les Juifs. Ce peuple lui doit non seulement la ténacité qu'il met à continuer de vivre, mais aussi une grande part de l'hostilité qu'il a suscitée et qu'il suscite encore.

 

III. Le grand homme

 

Comment concevoir qu'un homme ait réalisé cette tâche extraordinaire de faire de familles et d'individus différents un peuple unique et de déterminer ainsi pour des millénaires son destin? Une pareille hypothèse ne constitue-t-elle pas une régression vers une manière de voir qui a permis la création et la vénération des héros ? N'est-elle pas un retour à des temps où l'histoire n'était que le récit des exploits et de la vie de certains personnages ? Nous avons actuellement tendance à rapporter les faits historiques humains à des causes plus cachées, plus générales, plus impersonnelles, à l'influence déterminante des facteurs économiques, aux divers modes d'alimentation, au progrès du machinisme et des matériaux, aux migrations provoquées par l'accroissement des populations, aux diversités des climats. L'individu n'est plus considéré que comme un figurant, un représentant des aspirations collectives qui doivent nécessairement se manifester fortuitement en chaque personne.

Ces points de vue parfaitement justifiés nous rappellent cependant qu'il existe, entre la nature de notre appareil cogitatif et l'organisation de l'univers que notre pensée cherche à saisir, une importante discordance. Il suffit à notre impérieux besoin de causalité de trouver à chaque phénomène une cause unique démontrable, ce qui, dans la réalité extérieure, est rarement le cas. Bien au contraire, tout événement semble surdéterminé et paraît résulter de plusieurs causes convergentes. Effrayés par l'immense complexité des faits, nous prenons parti, dans nos recherches, pour une série d'événements contre une autre, en établissant des oppositions qui n'existent pas et qui n'ont été créées que par la suppression de relations plus larges 2 .

Si donc nous trouvons, dans l'étude d'un cas particulier, la preuve du rôle prédominant joué par un grand personnage, il ne faut pas que notre conscience nous reproche de minimiser par là l'importance de la doctrine des facteurs généraux et impersonnels. Il y a place, c'est un fait certain, pour les deux façons de voir. En ce qui concerne la genèse du monothéisme, nous ne pouvons, il est vrai, découvrir d'autre facteur extérieur que celui dont nous avons déjà fait mention : cette évolution est liée aux relations étroites nouées entre diverses nations et à l'existence d'un grand empire.

C'est pourquoi nous réservons au « grand homme » une place dans la chaîne ou plutôt dans le réseau des causes déterminantes. Mais peut-être nous demanderons-nous dans quelles conditions ce titre honorifique est conféré. Nous constatons avec surprise qu'il n'est pas facile de répondre à cette question. Dirons-nous que nous qualifions de grand homme celui dont nous apprécions hautement les qualités? Cela serait en tous points inexact ; la beauté, par exemple, la force musculaire, quelque enviables qu'elles soient, ne confèrent nullement le droit d'être considéré comme un « grand homme ». Il s'agit donc probablement de qualités de l'esprit, d'avantages psychiques ou intellectuels. Toutefois, notons qu'un homme doué en un domaine donné d'un savoir-faire extraordinaire n'est pas forcément pour cela un grand homme.

Ce titre ne sera donné ni à un maître ès jeu d'échecs, ni à un musicien virtuose, il n'est pas nécessairement conféré à un artiste distingue ou à un savant remarquable. En pareil cas, nous nous contentons de dire que le personnage en question est un grand poète, un grand peintre, un grand mathématicien, un grand physicien, un pionnier en tel ou tel domaine, mais nous hésitons à le qualifier de grand homme. Quand nous déclarons, par exemple, que Goethe, Léonard de Vinci ou Beethoven sont de grands hommes, c'est que quelque chose de plus que l'admiration pour leurs chefs-d’oeuvre nous incite à le faire. Si nous ne disposions pas de semblables exemples nous serions tentés de croire que le titre de « grand homme » est de préférence réservé à des hommes d'action -. conquérants, capitaines, chefs, du fait de la grandeur de leurs actes et de leur puissante influence. Mais cela encore est insatisfaisant et se trouve contredit par la condamnation de bien des personnages indignes dont l'influence sur leurs contemporains et sur les générations ultérieures reste indéniable. Ce n'est pas non plus la réussite qui sert de critère car nous nous rappelons alors que nombre de grands hommes, au lieu de triompher, ont achevé leur vie dans l'infortune.

Nous sommes ainsi amenés à penser qu'il est inutile de déterminer avec précision le concept de « grand homme ». Contentons-nous de considérer que cette expression qualifie de façon quelque peu élastique et arbitraire une floraison exubérante, chez certains individus, de certaines qualités humaines: en agissant ainsi nous nous rapprochons du sens primitif du mot « grandeur ». Rendons-nous compte aussi que ce qui suscite notre intérêt, c'est moins le grand homme en soi que le pourquoi de son influence sur les autres hommes. Mais abrégeons cette discussion qui menace de nous entraîner trop loin de notre but.

Il faut donc admettre que le grand homme exerce son influence sur ses contemporains de deux façons différentes : par sa personnalité et par l'idée qu'il défend. Cette idée peut soit flatter quelque désir ancien des masses, soit leur montrer un nouveau but, soit encore les attirer de quelque autre façon. Parfois, dans le cas le plus primitif, c'est la personnalité seule qui exerce une influence et l'idée ne joue qu'un rôle tout à fait secondaire. Nous comprenons immédiatement pourquoi le grand homme a pu prendre tant d'importance, car nous savons que la plupart des humains éprouvent le besoin impérieux d'une autorité à admirer, devant qui plier, et par qui être dominés et parfois même malmenés. La psychologie de l'individu nous a appris d'où émanait ce besoin collectif d'une autorité : il naît de l'attirance vers le père, sentiment qui est, dès l'enfance, inclus en nous, inclination vers ce père que le héros légendaire se flatte d'avoir vaincu. Et nous entrevoyons que tous les traits de caractère dont nous voulons parer le grand homme sont des traits propres au personnage paternel et que c'est justement cette similitude qui fait le grand homme dont nous avons vainement cherché à établir la nature essentielle. Fermeté dans les idées, puissance de la volonté, résolution dans les actes, c'est cela qui fait partie de l'image paternelle, et plus encore la confiance en soi du personnage, sa divine conviction d'avoir toujours raison, conviction parfois poussée jusqu'au manque total de scrupules. Tout en nous voyant contraints de l'admirer, parfois de placer en lui toute notre confiance, nous ne pouvons nous empêcher de le craindre aussi. Le mot lui-même aurait dû nous mettre sur la piste. Quel autre que son père, en effet, peut sembler « grand » aux yeux de l'enfant ?

Ce fut, indubitablement, l'imposante image paternelle qui, en la personne de Moïse, condescendit à assurer aux misérables laboureurs juifs qu'ils étaient les fils préférés du père. Et quelle séduction dut exercer sur eux l'idée d'un Dieu unique, éternel, omnipotent, qui, en dépit de leur humble condition, daignait conclure avec eux une alliance en leur promettant, à condition qu'ils continuassent à l'adorer, de veiller sur eux! Sans doute leur fut-il difficile de séparer l'image de Moïse de celle de son Dieu. Juste intuition, car Moïse dut attribuer certains des traits de son propre caractère au Seigneur : l'irascibilité et l'implacabilité, par exemple. En tuant leur grand homme, les Juifs ne firent que répéter un crime qui, aux époques primitives, avait été une loi dirigée contre le roi divin et qui, nous l'avons vu, avait un prototype plus lointain encore3 .

Si, d'une part, la figure du grand homme s'est ainsi trouvée divinisée, rappelons-nous maintenant, d'autre part, que le père eut, lui aussi, une enfance. La grande idée religieuse dont Moïse se fit le champion n'était pas proprement sienne, nous l'avons déjà dit. Il l'avait empruntée à son souverain lkhnaton et ce dernier, dont l'importance en tant que fondateur d'une religion est nettement démontrée, obéit peut-être à des suggestions qui lui avaient été transmises par sa mère ou par quelque autre voie, de la proche ou lointaine Asie.

Nous ne pouvons suivre plus loin l'enchaînement des faits, niais si notre manière de voir s'avère exacte, c'est que l'idée du monothéisme était parvenue, à la façon d'un boomerang, dans son pays d'origine. Il semble stérile de chercher à établir quelle part revient à un individu dans le lancement d'une idée ; il va de soi que bien des gens y ont apporté leur contribution. D'autre part, il serait évidemment erroné d'interrompre à Moïse la chaîne des causations et de négliger l'oeuvre réalisée par ses successeurs et continuateurs. Le germe du monothéisme ne leva pas en Égypte, mais la même chose eût pu se produire en Israël après que le peuple se fut débarrassé du joug d'une religion importune et tyrannique. Mais au sein du peuple juif, surgirent toujours des hommes qui ravivaient la tradition affaiblie et renouvelaient les admonestations et les sommations de Moïse en n'ayant de cesse que les croyances perdues ne fussent retrouvées. Après d'incessants efforts poursuivis pendant des siècles, après deux grandes réformes, réalisées l'une avant, l'autre après l'exil à Babylone, la transformation du dieu populaire Jahvé se réalisa ; Jahvé devint le Dieu que Moïse avait imposé à l'adoration des Juifs. Et c'est une preuve de l'existence, chez les Juifs, de certaines dispositions psychiques, que cette apparition, au sein de la collectivité destinée à former ce peuple, de tant de personnages prêts à supporter les inconvénients de la religion mosaïque dans le seul dessein d'être le peuple élu de Dieu et d'obtenir d'autres avantages analogues.

14ème partie Le progrès dans la spiritualité

Posté par Adriana Evangelizt

 

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27 avril 2007 5 27 /04 /avril /2007 03:18

Ah qui connaît la mythanalyse ?

La société sur le divan.

Éléments de mythanalyse

Montréal - L'artiste-philosophe Hervé Fischer* apporte avec La société sur le divan, une nouvelle pierre à la construction de sa théorie philosophique, l'hyperhumanisme. Cette philosophie, qu'il développe depuis de nombreuses années et dont il nous fait partager les avancées avec ses titres publiés régulièrement, est basée sur une anthropologie contemporaine (Le choc du numérique et Cyberprométhée), une logique (La planète hyper), une éthique (Nous serons des dieux) et une ontologie : la mythanalyse.

La mythanalyse, qu'il conçoit aussi comme une thérapie de la psyché collective et personnelle, et telle qu'Hervé Fischer nous en propose les éléments théoriques dans ce nouvel ouvrage, tente de mettre en évidence les mille et un cauchemars et enchantements qui surgissent sans cesse et qui font de ce monde ce que nous en croyons.

« Face à la pensée magique triomphante, aux cyberprimitifs, à l'instinct de puissance qui plane sur notre planète, au catastrophisme et à l'intégrisme renaissant qui s'y mêlent [.] la mythanalyse tend à démontrer l'incontournable puissance de l'irrationnel dans lequel se situe la condition humaine. »

En effet, Cyberprométhée, se mêle aux jeux d'Éros et Thanatos et tous trois semblent l'emporter aujourd'hui sur la trilogie du réalisme, du rationalisme et de l'humanisme que les hommes ont tenté de bâtir depuis quelque cinq siècles.

Après plusieurs chapitres consacrés à lever les obstacles théoriques qui pourraient encombrer le chemin, Fischer affirme que la théorie freudienne demande à être déplacée de l'analyse biographique individuelle à celle du groupe social.

« Oui, pour le meilleur et pour le pire, les sociétés ne manquent pas d'inconscient ! Mais le psychanalyste aurait bien du mal à les traiter. [.] Pourtant, les sociétés rêvent et cauchemardent; elles s'inventent des pères et des mères, elles ont des désirs, des peurs, des tourments, des pulsions de puissance et de destruction. Elles souffrent de diverses pathologies, subissent des traumatismes qui les marquent et pratiquent sans aucun doute le refoulement. »

Alors, nous demande Fischer, comment les écouter ? Comment les faire parler ? Elles ne sonnent pas à la porte du mythanalyste pour consultation, même si elles prennent des tranquillisants et des euphorisants. L'auteur propose pourtant justement d'écouter avec attention les innombrables récits des sociétés, sonores, visuels, écrits, gestuels, etc. Il consacre d'ailleurs le dernier tiers de son livre à l'analyse de trois mythes majeurs, à titre d'exemples, ainsi que leurs déclinaisons concrètes et détaillées : la raison, l'art et la nature.

Terminant avec la prédiction réconfortante d'une réconciliation, à court ou moyen terme, entre nature, culture et technologie, Hervé Fischer suggère de surimposer à la loi darwinienne de l'adaptation, la loi de la divergence pour comprendre notre évolution. Et il continue à prétendre que nous serons des dieux lorsque nous cesserons enfin de croire en d'autres dieux que nous-mêmes et que nous penserons et parlerons en notre nom.

« Puisque notre rapport au monde est de nature imaginaire, c'est bien le moins d'oser l'imaginer pleinement, d'oser le réimaginer autrement. Cette liberté est notre conquête, notre pouvoir humain de création et notre responsabilité éthique. »

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*Artiste-philosophe, Hervé Fischer a enseigné pendant de nombreuses années la sociologie de la culture et de la communication à la Sorbonne-Paris V.

Parallèlement, il a mené une carrière d'artiste multimédia. Il a été fondateur de « l'art sociologique » en 1971, puis cofondateur et coprésident, en 1985, avec Ginette Major, de la Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal. Il a été titulaire de la chaire Daniel Langlois de technologies numériques et de beaux-arts à l'Université Concordia de Montréal et responsable de la conception d´un Médialab québécois, Hexagram (2000-2002), en collaboration avec l'Université du Québec à Montréal, où il crée actuellement un Observatoire international des nouveaux médias.

Il a publié de nombreux livres, notamment : Le choc du numérique (VLB éditeur, 2001), CyberProméthée. L'instinct de puissance (VLB éditeur, 2003), La planète hyper. De la pensée linéaire à la pensée en arabesque (VLB éditeur, 2004), Le déclin de l'empire hollywoodien (VLB éditeur, 2004) et Nous serons des dieux (VLB éditeur, 2006).

Pour information :

Marie-Pierre Barathon

Tél. : (514) 523-7993, poste 4214 ;
mbarathon@groupevml.com

Virginie Perron

Tél. : (514) 523-7993, poste 4545 ;
vperron@groupevml.com

Fuente: www.edvlb.com

Sources
CUBA SOLIDARITY PROJECT

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8 avril 2007 7 08 /04 /avril /2007 21:50

Aux sources de la Bible



par Mathieu Perreault




Il y a environ 2500 ans, les Hébreux ont écrit l'histoire de Moïse, qu'ils se transmettaient oralement depuis plusieurs siècles. Les tribulations de ce prophète, qui a mené les Hébreux hors de l'Égypte vers la Terre promise, sont rappelées par la Pâque juive, dont les Pâques chrétiennes ont repris plusieurs éléments comme la tradition pastorale de manger de l'agneau. Ces dernières années, les archéologues s'intéressent aux traces laissées par Moïse. Ils racontent une histoire inspirée de mythes et d'événements bien réels.

Cet hiver, le réalisateur torontois Simcha Jacobovici a fait couler beaucoup d'encre avec un documentaire au sujet du «tombeau de Jésus». Ce n'est pas la première fois que le cinéaste juif se frotte à la controverse. L'an dernier, il avait affirmé, dans son film The Exodus Decoded, que Moïse était un pharaon étranger chassé d'Égypte par une révolte de la population autochtone et que les 10 plaies avaient toutes une explication naturelle.

Plusieurs explications surprenantes ont été proposées pour donner une base archéologique à l'histoire de l'Exode et de Moïse. Ce foisonnement de théories, plus douteuses les unes que les autres, désespère les universitaires. D'autant plus qu'elles jettent de l'ombre sur les succès de l'archéologie biblique.

«Depuis un siècle et demi, on est progressivement arrivé à une compréhension inédite du contexte où ont été écrits l'Ancien et le Nouveau Testament», explique Jean-Marc Michaud, professeur de théologie à l'Université de Sherbrooke et membre du Laboratoire des études sémitiques anciennes du Collège de France. «Avec les grandes découvertes comme Ninive ou Babylone et la traduction des hiéroglyphes égyptiens, on s'est rendu compte qu'i l existait de nombreux mythes de déluge et de création dans la région. Les rédacteurs de la Bible reflétaient le monde culturel de leur époque.»

Aucune mention de l'Exode

Si la Bible s'inspire d'autres textes plus anciens, serait-il possible que l'histoire du peuple juif soit différente de la chronologie biblique ? se sont demandé les archéologues. «Le problème, c'est qu'il n'existe aucune mention de l'Exode dans les textes égyptiens, dit M. Michaud. On ne mentionne qu'une seule fois Israël, sur une stèle de la fin du XIIIe siècle qui commémore une victoire sur les Libyens. Mais on ne sait pas l'importance ou l'identité de ce groupe. Certains doutent même qu'il s'agisse des Hébreux. Jusqu'à preuve du contraire, nous n'avons que des hypothèses sur la protohistoire d'Israël

Par exemple, dans les montagnes cananéennes, à cheval sur la frontière actuelle entre Israël et la Cisjordanie, on a trouvé de petits villages où il n'y avait pas d'os de porc. Certains experts pensent que ce pourrait être le premier État hébreu. Par contre, il n'y a pas de trace de destruction rapide des villages cananéens (comme Jéricho, dont les murailles auraient été détruites par des trompettes) comme le raconte la Bible pour expliquer l'implantation des Hébreux après la fuite d'Égypte.

L'une des clés de l'archéologie biblique est le village d'Ougarit, en Syrie, qui a prospéré aux XIIIe et XII e siècles avant notre ère et a laissé de nombreux écrits. «Ougarit est plus important que les manuscrits de la mer Morte, qui ne constituent que l'expression d'une communauté marginale, dit M. Michaud. Les tablettes d'Ougarit nous donnent un aperçu de la littérature locale des Hébreux, des Phéniciens et des Araméens quelques siècles avant le judaïsme. Il ne s'agit pas d'un culte au dieu de l'écriture, comme en Égypte, mais d'une culture laïque de lettrés qui traduisent la piété locale.»

LES HÉBREUX EN ÉGYPTE

Selon la Bible, les Hébreux sont arrivés en Égypte quand Joseph, fils de Jacob, a été vendu au pharaon par ses frères. Grâce à ses dons pour interpréter les rêves, Joseph est devenu l'un des hauts fonctionnaires du pharaon.

Quelques générations plus tard, la situation des Hébreux s'est détériorée. Ils sont devenus esclaves. Pour lui épargner cette vie dure, les parents de Moïse le cachent, bébé, dans un couffin parmi les roseaux où la fille du pharaon vient se baigner. Elle adopte Moïse. Devenu adulte, il découvre sa véritable identité. Révolté devant le sort des Hébreux, il tue un contremaître qui bat - tait l'un d'entre eux. Il fuit dans le désert pour échapper à la justice égyptienne, se joint à une tribu nomade et se marie. À l'âge de 80 ans, il voit Dieu dans un buisson enflammé. Dieu lui dit de faire sortir les Hébreux d'Égypte. Le pharaon ne veut rien entendre, et Dieu envoie 10 catastrophes qui dévastent l'Égypte. Le pharaon laisse finalement les Hébreux partir, puis change d'idée et envoie son armée à leurs trousses. Dieu écarte les eaux de la mer Rouge pour que les Hébreux puissent la franchir à pied sec, puis les laisse se refermer sur l'armée égyptienne.

Pendant la traversée du désert vers la Palestine, la «terre promise» par Dieu, Moïse se rend au sommet du mont Sinaï, où Dieu lui dicte les Dix commandements. Il meurt à 120 ans sans avoir pu fouler la Terre promise.

Sources Cyberpresse

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8 avril 2007 7 08 /04 /avril /2007 21:39

L'Exode en questions



par Mathieu Perreault




Q Les Hébreux ont-ils habité l'Égypte?

R Il n'y en a aucune preuve sans équivoque. On sait que des pharaons étrangers, les Hyksos, ont régné sur l'Égypte au milieu du deuxième millénaire avant notre ère. Les Hyksos étaient d'origine sémite et ont introduit dans le panthéon égyptien le dieu moyen-oriental Réchef, originaire d'Ougarit, en Syrie. Mais rien ne prouve qu'ils étaient hébreux. Par contre, souligne Françoise Briquel Chatonnet, du CNRS en France, il est très possible que des sémites de la Palestine aient fait l'aller-retour vers l'Égypte pour y travailler ou faire du commerce et que l'Exode raconte leur expérience. D'autres experts soulignent qu'il est normal d'inclure l'Égypte, grande puissance de l'époque, dans un récit fondateur.

Q En quoi consistaient les 10 plaies?

R Pour Simcha Jacobovici, il peut s'agir des séquelles de l'éruption du volcan de Santorini, en Grèce, au XVI e siècle avant Jésus-Christ (par exemple, les cieux obscurcis par la pluie, ou un tremblement de terre causant un raz-de-marée qui aurait emporté l'armée égyptienne). Pour ce qui est de la mort des animaux et des premiers-nés, le cinéaste torontois penche vers une libération de gaz similaire à celle qui a tué des poissons et des gens près du lac Nyos, au Cameroun, en 1986. Pour la plupart des experts, on situe les plaies d'Égypte trois siècles trop tôt parce que les premiers villages hébreux en Palestine datent de la fin du XIIIe siècle.

Q Les Hébreux ont - ils fui l'Égypte?


R La Bible parle de 600 000 familles. Or, la population totale égyptienne à cette époque ne dépassait pas quatre millions de personnes, selon l'archéologue canadien Donald B. Redford, qui enseigne maintenant à l'Université d'État de Pennsylvanie. Comme il n'y a aucune mention d'une telle catastrophe démographique dans les annales égyptiennes, une telle migration est improbable, d'autant plus qu'il n'y en a pas de trace dans le désert menant à la Palestine. Par contre, Françoise Briquel Chatonnet souligne qu'il peut très bien y avoir eu un petit incident frontalier en Égypte impliquant des travailleurs immigrants sémites. Autre théorie, basée sur des écrits de Manéthon, prêtre égyptien du IIIe siècle avant Jésus-Christ : l'Exode rappellerait une alliance entre un groupe d'«impurs» égyptiens et une tribu sémitique, les Hyksos, au début du XIIIe siècle avant Jésus-Christ. Les Hyksos habitaient à 200 ou 300 kilomètres au sud de Jérusalem depuis qu'ils avaient été chassés du trône égyptien, au XVI e siècle. Les pharaons égyptiens ont fini par triompher de la coalition des impurs et des Hyksos.

Q Où était le mont Sinaï ?

R Probablement pas au sud de la péninsule où se trouve le mont Sinaï aujourd'hui. C'est trop loin des routes de migration et de commerce bordant la Méditerranée. Françoise Briquel Chatonnet avance que, comme les contacts entre humains et dieux se déroulent souvent sur des montagnes et qu'il n'y en a pas dans le nord de la péninsule, il est normal d'évoquer le sud montagneux. L'imprécision de l'Exode est d'autant plus surprenante, si le récit est historique, que l'Égypte avait des techniques toponymiques très précises, souligne Sydney Aufrère, d'Aix-en-Provence.

Sources Cyberpresse

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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 16:52

 

 

 

La peur du diable


Le démon en butte aux inquisiteurs

 

Par Laurent Vissière




Pour faire face à la contestation religieuse qui grandit durant le XIIe siècle, l'Eglise dénonce la marque du diable. Elle recourt alors à une justice d'exception afin de faire avouer les accusés.



Dès les premiers temps du christianisme, les fidèles ont conscience de participer à un gigantesque combat, qui a commencé avant la création de l'Homme et qui ne s'achèvera qu'avec l'avènement de la Jérusalem céleste. Si Dieu et ses anges habitent « au plus haut des Cieux
», les démons occupent, quant à eux, les espaces intermédiaires du Ciel, juste au-dessus de la Terre, et ils disposent de grands pouvoirs de nuisance. Ils détraquent le temps et peuvent gâter les récoltes par la pluie, le vent ou la sécheresse ; ils envoient sur les hommes et le bétail maladies et fléaux. Mais surtout, ils arrivent à séduire l'esprit humain : schismes et hérésies, qui divisent l'Eglise primitive, apparaissent bien comme des méfaits du démon - le diable est celui qui divise. Pour autant, les chrétiens ne vivent pas dans la terreur, car ils mènent un combat gagné d'avance. L'Apocalypse de Jean annonce clairement le triomphe du Christ. Et si le diable, par hasard, se fait trop pressant, un simple signe de croix ou une prière permet de l'exorciser.

L'Eglise condamne naturellement
magiciens et sorciers qui trafiquent avec le démon dans l'espoir d'acquérir la puissance, la fortune ou une science supérieure ; mais dans les faits, elle ne les pourchasse guère. Invoquer le diable ne signifie d'ailleurs pas qu'on l'adore ou qu'on pactise avec lui. Bien au contraire, c'est au nom de Dieu et des saints que les magiciens appellent les esprits et les contraignent à l'obéissance. Cette magie, dite rituelle ou cérémonielle, suppose un haut niveau d'instruction, que seuls des clercs possèdent. Et les papes eux-mêmes, durant tout le Moyen Age, ont souvent entretenu à leur cour astrologues et alchimistes.

Cela dit, la magie n'est pas toujours prise au sérieux. Sans nier l'action du diable ici-bas, les théologiens s'interrogent sur la réalité des phénomènes maléfiques. Un texte juridique aussi important que le canon Episcopi , au Xe siècle, présente comme de simples illusions les voyages nocturnes des sorciers ou leurs métamorphoses :
sous l'emprise des démons, un esprit faible peut croire avoir reçu des pouvoirs surnaturels, mais en réalité, il n'en est rien. Et si l'Eglise entend combattre la superstition, elle ne lui accorde pas pour autant une importance démesurée.

Le diable n'en fait pas moins sentir sa présence. Les auteurs religieux affirment
qu'il fréquente assidûment les monastères. Raoul Glaber, un moine écrivain du XIe siècle, l'a ainsi rencontré à plusieurs reprises ; c'était, dit-il, « une espèce de nain horrible à voir [...], avec un cou grêle, un visage émacié, des yeux très noirs [...], une barbe de bouc, les oreilles velues et effilées, les cheveux hérissés, des dents de chien, le crâne en pointe, la poitrine enflée, le dos bossu, les fesses frémissantes [...]. » Un siècle après, Richalmus, abbé de Schönthal, possède l'étrange don de voir et d'entendre les minuscules démons qui l'entourent. Aussi denses que les grains de poussière dans un rayon de soleil, ils ne rêvent que de troubler le service divin - la voix enrouée du chantre, les flatulences de l'abbé ou l'assoupissement des moines aux offices -, tout est leur oeuvre.

Le Malin n'est pas toujours le pauvre diable volontiers ridiculisé dans les fabliaux du Moyen Age, il reste aussi l'Ennemi par excellence, et la place qu'il occupe dans les esprits tend à se renforcer à partir du XIe siècle, tandis que des mouvements hérétiques commencent à troubler l'Europe occidentale. C'est à Orléans, en 1022, que pour la première fois se manifeste une secte hérétique dans le royaume de France. Une dizaine de chanoines lettrés remettent publiquement
en cause certains dogmes tels que la Trinité ou les peines éternelles. Ils proposent une lecture très personnelle des textes sacrés, et n'ont pas peur d'affronter le bûcher. Le chroniqueur Adhémar de Chabannes, qui ne s'intéresse guère au débat théologique, dénonce violemment la marque de Satan. Les hérétiques, d'après lui, « adoraient le diable d'abord sous la forme d'un nègre, puis sous celle d'un ange de Lumière » ; lors d'orgies nocturnes, ils lui sacrifient des bébés, et mélangent ensuite la cendre des enfants brûlés au pain qu'ils partagent. Accusations ridicules. Pour l'heure, l'affaire reste exceptionnelle, mais la contestation religieuse grandit durant le XIIe siècle. Pendant que le catharisme se répand dans le Languedoc, la secte des Pauvres de Lyon, ou vaudois, essaime dans l'est du royaume (lire p. 16) . L'Eglise prend peur : pour soutenir l'effort de la croisade albigeoise, le concile de Latran IV, en 1215, favorise une procédure expéditive contre les hérétiques et les condamne à la peine de mort. De cette violente réaction naît l'Inquisition elle-même. Il s'agit d'une justice d'exception, supérieure à toute autre juridiction, laïque ou religieuse. Une justice redoutable, car l'accusé n'a pratiquement aucun moyen de défense devant ses juges, qui peuvent le torturer à volonté pour extorquer des aveux. Mais cette institution a-t-elle pour mission de pourchasser les sorciers ? Durant trois siècles, la question va être âprement débattue.

Dans un premier temps, Grégoire IX (1227-1241) se positionne nettement
en faveur de l'Inquisition, à ses yeux la meilleure arme de l'Eglise. Il est d'ailleurs horrifié par les rapports qu'il reçoit de son inquisiteur en Germanie, Conrad de Marburg (voir l'encadré en bas) . Et c'est sur la foi de ce dernier qu'il fulmine, en 1233, l'extraordinaire bulle Vox in Rama . Pour la première fois, un pape décrit le sabbat des sorciers, l'orgie sexuelle et les apparitions de Lucifer sous la forme d'un crapaud géant, d'une oie, d'un canard ou encore d'un homme étrangement pâle ; les sorciers lui baisent l'anus et la bouche pour mieux renier Dieu.

La portée de ce texte est immense, car
il diabolise nettement l'hérésie, et surtout, il investit de toute l'autorité pontificale des contes à dormir debout. Les excès manifestes de Conrad de Marburg expliquent peut-être la relative prudence des papes suivants. En 1258, Alexandre IV déclare que les délits magiques ne relèvent pas de l'Inquisition, sauf s'ils sentent manifestement l'hérésie. Et de fait, on ne parle plus guère d'affaires sataniques pendant un demi-siècle.

Quand l'offensive contre le démon reprend, au tout début du XIVe siècle, elle ne provient d'ailleurs pas de l'Inquisition, ni même de l'Eglise, car
la diablerie est devenue une redoutable arme politique, forgée par les légistes de Philippe le Bel. En 1303, dans un contexte de crise aiguë, alors que le pape Boniface VIII se prépare à l'excommunier, le roi demande à son âme damnée, Guillaume de Nogaret, de contre-attaquer. On songe à convoquer un concile qui jugerait le pape, et Nogaret monte une expédition pour capturer Boniface VIII dans sa résidence d'été d'Anagni. L'affaire échoue, mais le pape meurt peu après les mauvais traitements qu'il a subis. Face au scandale, le roi et Nogaret n'ont d'autre solution pour se blanchir que de persévérer et d'engager contre Boniface VIII un procès posthume en hérésie. L'opinion publique apprend avec effarement que le saint-père gouvernait l'Eglise assisté par tout un conseil de démons, et qu'il avait, emprisonné dans son anneau pastoral, un esprit familier, appelé également Boniface.

A la même époque, on instruit à la cour de France le procès de l'évêque de Troyes, Guichard. Ce personnage d'origine modeste a connu une ascension foudroyante grâce à la protection de la reine Jeanne ; mais
son arrogance et ses prévarications lui valent bien des ennemis, et dans le procès qu'on lui intente, en 1302, se mêlent des accusations de sorcellerie. L'évêque se disculpe une première fois, en versant une amende, mais ses ennemis ne désarment pas. Et, en 1308, un ermite champenois vient déclarer à la cour que Guichard, toujours diabolique, est directement responsable du décès brutal de la reine, trois ans plus tôt. L'enquête montre que l'évêque dispose d'un démon familier, qu'il fabrique des figurines de cire pour envoûter la famille royale, et qu'en plus, il n'est pas le fils de son père, mais d'un démon incube...

Le procès des Templiers constitue sans doute
le grand oeuvre de Nogaret. Entre autres fantaisies démoniaques, les chevaliers du Temple auraient adoré une idole monstrueuse, appelée le Baphomet, baisé l'anus d'un chat noir et renié le Christ en crachant sur la Croix.

Ces procès, qui portent tous trois
la patte de Nogaret, n'ont sans doute pas totalement convaincu les contemporains, mais ils donnent un ton nouveau à la politique française. Et si l'Inquisition est battue sur son propre terrain, l'Eglise est ébranlée par des révélations qui sapent son autorité. C'est peu après que Jean XXII (1316-1334), un pape français établi en Avignon, reprend le dossier de Satan et de ses émules. Dès son avènement, il déjoue un complot, peut-être imaginaire, qu'aurait fomenté le vieil évêque de Cahors. De fait, sous la torture, celui-ci avoue avoir voulu l'envoûter. Jean XXII édicte toute une série de règles strictes interdisant aux ecclésiastiques de pratiquer les arts occultes, et quelques affaires spectaculaires viennent bientôt illustrer la fermeté nouvelle de l'Eglise en ce domaine.

En 1323, à Château-Landon, près de Paris, l'attention des autorités est alertée par le manège curieux de chiens qui grattent frénétiquement la terre d'un carrefour. En creusant, on découvre, dans une boîte,
un chat noir et du pain humecté d'eau bénite. L'enquête montre que l'abbé de Sarcelles avait fait appel à un magicien, Jean de Persan, pour retrouver un trésor volé. Le chat, nourri de substances consacrées, devait demeurer trois jours dans sa boîte ; puis, avec sa peau, le magicien pensait confectionner des lanières et s'en servir pour tracer un cercle magique, d'où il pourrait invoquer le démon Bérith. Jean de Persan monte au bûcher, et l'abbé, révoqué, se voit condamner à la prison à vie.

La même année, l'inquisiteur de Carcassonne envoie en prison
Pierre Recordi, un carme lubrique qui évoquait Satan pour séduire les femmes. Sous peine d'être tourmentées par le démon, celles qu'il convoitait devaient céder à ses ardeurs. Pour remercier le diable de son aide, il lui sacrifiait ensuite... un papillon. En 1326, à Agen, c'est un chanoine sorcier qui est poursuivi. On venait d'arrêter deux de ses serviteurs qui volaient, au gibet de la ville, des crânes de pendus - des ingrédients bien utiles pour certaines préparations magiques.

De telles affaires incitent Jean XXII à fulminer, en 1326 ou 1327,
la bulle Super illius Specula , qui affirme la réalité de la magie et donne toute latitude à l'Inquisition pour traquer les sorciers. Mais comment procéder ? Dans son célèbre Manuel de l'Inquisiteur , le dominicain Bernard Gui (v. 1261-1331) utilise les mêmes méthodes pour les hérétiques et les sorciers : intimidation et torture. Mais son collègue aragonais, Nicolas Eymerich (v. 1320-1399), reconnaît que la torture n'est pas très efficace : de manière générale, « il y a des hommes faibles qui à la première douleur avouent même les crimes qu'ils n'ont pas commis, et d'autres vigoureux et opiniâtres qui supportent les plus grands tourments ». Mais surtout, les magiciens « emploient pour leurs maléfices des passages de l'Ecriture qu'ils écrivent d'une manière étrange sur du parchemin vierge ; ils y mêlent des noms d'anges qu'on ne connaît pas, des cercles, des caractères singuliers et portent ces caractères sur quelque endroit caché de leur corps ». Eymerich ne connaît pas encore « de remèdes bien sûrs contre ces sortilèges », mais de toute façon, il convient de dépouiller les suspects. Le corps nu et entièrement rasé, ils répondent mieux aux questions.

Dès le XIVe siècle, la justice royale et le Parlement de Par
is rognent méthodiquement les prérogatives des tribunaux ecclésiastiques et de l'Inquisition. Les juges laïques, qui jusque-là laissaient le diable en paix, se mettent alors à traquer ses sectateurs. En 1390, le tribunal du Châtelet à Paris juge ainsi le cas de Marion L'Estalée, une jeune fille « de folle vie » (une prostituée) qui a demandé à une vieille sorcière de faire revenir son amant, qui doit se marier. La sorcière n'arrive point à empêcher le mariage, mais sa magie semble assez puissante pour rendre malade le jeune couple. La justice royale arrête Marion et sa sorcière. Sous la torture, elles avouent avoir conjuré un démon, pareil à ceux qu'on voit dans les Mystères ... Elles finissent au bûcher.

En 1440, le procès de Gilles de Rais défraye encore la chronique. Sans même subir la question, l'ancien connétable de France reconnaît avoir pratiqué
tous les arts interdits, notamment l'alchimie. Et pour accéder aux secrets de la pierre philosophale, il a voulu invoquer un démon en lui sacrifiant des enfants. En vain, d'ailleurs. S'étant repenti et confessé, il meurt néanmoins réconcilié avec l'Eglise.

En réalité, durant tout le Moyen Age, la démonolâtrie n'a jamais été efficacement combattue, ni par l'Eglise ni par les justices laïques. Quelques affaires spectaculaires ne doivent pas masquer cette relative indifférence des autorités. Mais au cours du XVe siècle, le climat intellectuel change en Europe. Dans un contexte d'angoisse, puis de crise religieuse, on commence à avoir vraiment peur du diable, et de ses auxiliaires féminins. Pour éradiquer le mal,
on se met à chasser la sorcière.



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Archiviste paléographe de formation, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, Laurent Vissière est maître de conférences en histoire médiévale à l'université de Paris IV-Sorbonne.
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Comprendre

Incubes et succubes
En fonction de leurs victimes, les démons peuvent être sexués. Les incubes (qui se couchent dessus) sont mâles, tandis que les succubes (qui se couchent dessous) sont femelles.



Conrad sème la terreur en Rhénanie

D'origine aristocratique, Conrad de Marburg devient, dans les années 1220, le premier inquisiteur officiel de Germanie ; il entrepren
d de purger le pays de ses hérétiques et notamment d'une secte d'adorateurs du diable, les lucifériens. Il s'adjoint les services de deux redoutables chasseurs d'hérétiques : Conrad Torso, un convers dominicain, et Johannes, un borgne manchot. Ces deux individus se vantent de pouvoir reconnaître les hérétiques au premier coup d'oeil. Durant plusieurs années, le trio sème la terreur. Sur simple dénonciation, des suspects sont arrêtés, torturés et, en général, brûlés. Aucune autorité, religieuse ou laïque, ne semble en mesure de tempérer leur ardeur meurtrière, mais les inquisiteurs s'en prennent un jour au puissant comte Henri de Sayn, un personnage au-dessus de tout soupçon, ancien croisé et bienfaiteur de monastères. Sur la foi de témoins douteux, Conrad de Marburg convoque le comte, qu'on aurait vu participer à une orgie nocturne, à cheval sur un crabe géant... Le comte, furieux, obtient de se faire entendre devant une diète de l'Empire, au cours de laquelle tous les témoins se rétractent (juin 1233). Marburg et Torso sont, peu après, assassinés dans des circonstances obscures, et Johannes est pendu. Dès 1234, une nouvelle diète innocente complètement toutes leurs victimes, et le prince évêque de Francfort affirme que « maître Conrad devrait être déterré et brûlé comme hérétique ». Les lucifériens de Rhénanie ne feront plus jamais parler d'eux, et pour cause : ils n'ont sans doute jamais existé...

La justice frappe au plus haut niveau

Si la condamnation de Gilles de Rais (1404-1440) est justifiée par ses crimes, notamment d'enfants,
celle des Templiers est purement arbitraire. Elle n'a d'autre but que de servir les intérêts de Philippe le Bel.



En complément

Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen Age. Fantasmes et réalités , de Norman Cohn (Payot, 1982).
Une histoire du diable (XIIe-XXe siècle) , de Robert Muchembled (Le Seuil, 2000).
Satan hérétique. Histoire de la démonologie (1280-1330) , d'Alain Boureau (Odile Jacob, 2004).

Sources Historia

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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 16:30

Où  comment l'Eglise  Catholique  Romaine a instauré la Confession pour traquer le péché donc le diable... mais aussi le début de l'Inquisition. Inutile de préciser que toutes ces méthodes s'éloignent fortement de l'Enseignement de Ieschoua.

 

 

La peur du diable


Le concile de Latran traque le péché

 

Par Jean Verdon



Réunie en 1215 par le pape Innocent III, l'Eglise légifère, notamment, sur la confession. Désormais, les chrétiens doivent faire pénitence au moins une fois l'an. Le diable n'a qu'à bien se tenir !

Au début du XIIIe siècle, alors que le christianisme semble solidement établi, au moment où se manifeste un vigoureux développement économique et urbain, une nouvelle pauvreté apparaît en même temps que se manifestent d'attirantes hérésies. Prenant conscience d'un enracinement insuffisant de la religion dans la société, malgré son expansion sur le plan géographique, le pape Innocent III convoque un concile général par une bulle d'avril 1213. Les objectifs y sont nettement définis : réformer tant le monde clérical que laïc, engager les chrétiens dans une vie religieuse moins superficielle, lutter contre les hérésies et obtenir des secours pour la Terre sainte.

Latran IV doit, selon le souverain pontife, ressembler aux grands conciles de l'Eglise ancienne. Aussi la liste officielle des participants est-elle impressionnante, recensant 402 cardinaux, patriarches, archevêques et évêques, ainsi que plus de 800 prélats de statut moindre, tels qu'abbés, prieurs, prévôts et doyens. Le 11 novembre 1215 a lieu l'inauguration. Deux autres séances plénières se déroulent les 20 et 30 novembre. Soixante-dix décrets ou canons sont pris au total. Après une longue définition de la foi, divers décrets traitent de l'organisation de la vie ecclésiale, de la discipline des prêtres et des religieux, cependant que d'autres concernent plus spécialement les laïcs, particulièrement en matière de pénitence et de mariage. Le concile lance l'anathème contre les hérétiques, impose des mesures de discrimination à l'égard des juifs, condamne le clergé grec, appelle à la croisade. Le canon 21, et accessoirement le canon 22, relatifs à la confession vont marquer la vie du chrétien pour des siècles.

Tous les fidèles de l'un et de l'autre sexe - c'est pourquoi on parle du canon Omnis utriusque sexus -
doivent dès l'âge de discrétion (c'est-à-dire 7 ans) confesser tous leurs péchés, au moins une fois par an, à leur propre prêtre, à savoir le curé de leur paroisse. Ils accompliront leur pénitence et communieront à Pâques, à moins qu'ils n'estiment avoir une raison valable de s'en abstenir quelque temps et à condition d'avoir reçu l'assentiment de leur curé. Ceux qui n'obtempéreront pas à cette obligation seront privés durant leur vie de l'entrée de l'église et après leur mort de sépulture ecclésiastique.

Ce décret sera publié fréquemment dans les églises, afin que
personne ne prétende l'ignorer. Le canon stipule également que si quelqu'un souhaite, pour une juste raison, confesser ses péchés à un prêtre étranger, par exemple un curé voisin, ou un autre prêtre approuvé, il doit obtenir la permission de son propre prêtre ; sinon ce prêtre étranger ne peut ni le lier ni le délier. Par ailleurs, le prêtre qui entend le récit des péchés doit se montrer discret et prudent. Tout comme un bon médecin, il panse les plaies du malade, en s'informant très exactement des circonstances du péché, afin de fournir avec discernement conseils et remèdes. Le directeur de conscience est tenu à un secret absolu en ce qui concerne les péchés de ceux qu'il confesse ; le prêtre qui n'observera pas cette règle sera déposé et enfermé dans un monastère où il fera pénitence le reste de ses jours. Selon le canon 22, lorsqu'un malade fera appel à un médecin, ce dernier, avant de pourvoir au rétablissement de sa santé, devra songer au salut de son âme. Le médecin qui n'aura pas rempli cette obligation sera privé de l'entrée de l'église jusqu'à ce qu'il ait fourni une satisfaction suffisante. Si le médecin conseille pour la santé du corps des remèdes nuisibles au salut de l'âme, il est excommunié.

Les anciens pénitentiels
(catalogues de péchés avec en regard les pénitences qu'ils impliquent) sont donc abandonnés. Tout un travail théologique permet de préciser les notions de péché véniel et de péché mortel et de préciser les caractères de la confession où l'important est l'aspect pénible de l'aveu, où la pénitence, si le coupable a été sincère et désireux de ne pas recommencer, apparaît comme secondaire. Le prêtre peut ainsi délier les fidèles. Par l'absolution, il remet les péchés- qu'il doit donc pouvoir connaître avec précision -, ce qui explique le développement des Sommes des confesseurs , ouvrages florissants au début du XIIe siècle.

Le prêtre,
pour avoir une idée exacte de la culpabilité de celui qui vient le trouver, est tenu de « s'enquérir avec soin de la situation du pécheur et des circonstances du péché ». Bien informé, il doit, par ses questions, amener ses ouailles à se connaître. La confession auriculaire mise en place par Latran IV marque ainsi la naissance de la confession moderne. Il s'ensuit évidemment une nouvelle pastorale. Le curé de paroisse joue un rôle essentiel. C'est lui qui intervient obligatoirement. En tout cas, sans sa permission et seulement dans quelques circonstances particulières, nul autre prêtre ne peut lier ou délier.

Et le diable ? Quand on parle péché,
il n'est jamais loin. Le concile renforce donc sa surveillance sur les esprits aussi bien que sur les corps. La confession devient une obligation morale. Toute la vie privée du chrétien doit être révélée au prêtre ; aucun péché, même véniel, ne doit être caché. Evidemment, la culpabilisation des fidèles est amplifiée. Il faut rechercher en soi le péché, ce péché que le diable suscite.

Les pères conciliaires sont
obnubilés par la question des hérétiques. Ils craignent que les démons et leurs disciples terrestres n'essaient de faire régner Satan. Ces mouvements hérétiques seront accusés au cours du siècle de commettre des actes abominables, de tenir des réunions où se déroulent des contre-messes, d'ériger en quelque sorte une contre-Eglise. Les pères voient en particulier dans les manichéens, ceux qui croient à l'existence de deux forces antagonistes, le Bien et le Mal, l'aspect le plus évident de ces mouvements. Or, la lutte contre les cathares est déjà commencée. Le pape Innocent III a légitimé en quelque sorte la procédure inquisitoriale, prescrivant à des prêtres de parcourir les pays, d'interroger les suspects, de procéder à des enquêtes, de punir. Latran IV encourage de telles enquêtes. Doivent être dénoncés tous les coupables, ennemis de Dieu, qui rendent un culte au Mal.



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Ancien professeur d'histoire médiévale à l'Université de Limoges, Jean Verdon est spécialiste des mentalités. Il est l'auteur de multiples ouvrages dont La Nuit au Moyen Age ; Le Plaisir au Moyen Age ; Voyage au Moyen Age et dernièrement Boire au Moyen Age (tous chez Perrin).
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Faute avouée est à moitié pardonnée

La confession devient un acte de pénitence où ce qui importe est l'aspect pénible de l'aveu. Si le repentir est sincère, la peine sera symbolique. Il faut se méfier du Malin et n'oublier aucun péché. (Livre de prières, 1320.)

Sources Historia

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans DIABLE et Diableries
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