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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 21:47

 

 

 

 

Introduction à l'Alchimie


par Richard Khaitzine

 

 

 

 

 

Avant-propos :

Pour le grand public, l'Alchimie demeure indissociable de la transmutation des métaux pauvres en or et de Nicolas Flamel, ce qui est bien peu. Néanmoins, cet art mystérieux fascine, à tel point que, de temps à autre, la littérature romanesque et le cinéma s'en emparent avec plus ou moins de bonheur. Quant au terme, lui-même, il est mis à toutes les sauces et l'on peut entendre parler de " subtile alchimie " à propos de tout et de n'importe quoi. Pour les milieux scientifiques, la cause est entendue, l'Alchimie est une vieille lune, une escroquerie, un passe-temps de rêveurs courant derrière une chimère. Mais qu'en est-il réellement ?

Qu'est-ce que l'Alchimie ?

Il s'agit à la fois d'une science authentique et d'un art sacré, les plus anciens qui soient. Tous les arts, toutes les philosophies, toutes les religions, lui sont redevables et s'en sont nourris, lui ont servi de véhicule. L'Alchimie englobe et résume l'ensemble des philosophies et des religions. Elle est la plus pure expression de la quête spirituelle, une quête spirituelle qui a pour église le plus vaste des laboratoires, le laboratoire de la Nature. Contrairement à ce qui est fréquemment affirmé, l'Alchimie n'a aucun rapport avec notre chimie, elle se situe même aux antipodes de cette dernière. Le fossé séparant l'Alchimie de la Chimie est de la taille de celui démarquant la Métaphysique de la Physique. L'Alchimie se définit comme reposant sur le principe de la permutation des formes par la lumière, le feu, ou encore l'Esprit. Connaître ce feu ou Esprit et savoir le capter constitue le secret, jalousement gardé, de ceux qui se qualifient de disciples d'Hermès, par référence au père supposé de la science en question.

Les Moyens mis en œuvre :

Contrairement à l'imagerie populaire, un four, appelé aussi Athanor, n'est d'aucune utilité dans ce domaine et seuls ceux ayant lu les textes au niveau littéral se laissent abuser par la formulation trompeuse des vieux Maîtres. Celui qui n'a pas bénéficié du Don de Dieu, ce que la religion chrétienne nomme la Grâce ne peut espérer aller plus loin. Il peut se dispenser de perdre ses forces et son temps en manipulations diverses. Cette Grâce n'est octroyée qu'à ceux qui la méritent par leurs actions, en étant attentifs aux besoins et aux souffrances de l'autre. L'exercice de la charité et de la compassion est un préalable. L'Alchimie repose sur une révélation et tout commence par un Songe…Pour autant, la transmutation des métaux est un fait, mais elle ne constitue aucunement un but. Elle n'a que valeur de test…

Tout ceci nécessitera quelques développements.

Sources Eso Blog

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans Alchimie
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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 21:38

 

La Chevalerie


Par Pierre Dujols « de Valois »

2ème partie

1ère partie

Tableau de Jean-Pierre Targete

L’Igne Natura Renovatur Integra des Rose-Croix, à notre sentiment, est une traduction phonétique de ce symbole, que la chevalerie gardait soigneusement sous le voile. Tous les anciens temples vénéraient cette figure. Le Temple de Vesta à Rome en fut une des dernières expressions. Mais pourrait-on affirmer que l'allégorie en est entièrement disparu ?
La lampe qui brûle perpétuellement devant le Saint-Sacrement dans les sanctuaires catholiques est
un souvenir du gardal égyptien; et ce n'est pas le seul. Nous démontrerons un jour que le catholicisme est la seule religion qui ait conservé dans la liturgie la véritable tradition des mystagogies orientales.
Le gardal est devenu, par contraction, Grâal, avec un accent circonflexe, puis Graal qu'on a écrit sans tenir compte du signe de la contraction.


La légende chrétienne dont on enveloppait cet arcane, le patronage de Joseph d'Aritmathie [N-O de Jérusalem] qui avait offert le sépulcre au Sauveur, couvraient suffisamment les origines suspectes de ce rite. Il est vrai que
toute l'église chrétienne repose sur le même fondement, mais celle-ci, matérialisant le symbole, n'en expose que l'exotérisme aux fidèles tandis que la chevalerie en révélait l'ésotérisme. Au surplus il ne serait pas difficile d'établir que le nom des personnages qui évoluent autour du Graal n'ont rien d'hébraïque; Joseph d'Arimathie sonne grec. Arimathie est visiblement formé de airemahesis, science de démonstration. Le radical air du verbe aireio, démontrer, nous a donné airetist, hérétique. C'était un titre de maîtrise ou un surnom initiatique.
Ainsi les Compagnons modernes se désignent encore entre eux par certains vocables: X- la Clef des Coeur, Agricol Perdiguier était surnommé Avignonnais la Vertu. Arimathie était un mot tout-à-fait en situation mais
propre à donner le change aux chefs de l'église temporelle qui n'y voyaient que l'arimathaïn de Palestine . Titurel, le fondateur du Temple du Graal, est encore un nom tiré de titrain qui signifie trouer, percer. Il correspond à Perceval, Parsifal, Perceforest oui sont une traduction manifeste de Titurel. Ces aperçus ajoutent quelque poids à l'opinion des écrivains dont nous avons fait état.


Dans une exposition sommaire de l'histoire secrète de la Chevalerie il serait superflu d'insister. Du reste,
la preuve des origines mystériales de la Chevalerie a été faite avec une ampleur impressionnante par un homme de grande culture, d'esprit religieux large, Eugène Aroux, ami de l'historien clérical Cesare Cantu, et traducteur de son Histoire universelle. Eugène Aroux a consacré à cette démonstration une série d'ouvrages d'une érudition insoupçonnable que nous énumérons par ordre de date: Dante hérétique, révolutionnaire et socialiste ; La comédie de Dante traduite en vers selon la lettre et commentée selon l'esprit ; Le paradis de Dante illuminé à Giorno ; Dénouement maçonnique de la Comédie albigeoise ; Preuves d'hérésie de Dante, notamment au sujet d'une fusion opérée vers 1312 entre la Massénie albigeoise, le Temple et les Gibelins pour constituer la Franc- Maçonnerie ; Clef de la comédie anti-catharique de Dante ; L'hérésie de Dante démontrée par Francesco de Rimini et Coup d'oeil sur les romans du SaintGraal. La Clef da la Langue des Fidèles d'amour et enfin Les mystères de la Chevalerie et de l'amour platonicien au Moyen-âge.

 
L'auteur de ce travail de bénédictin sacrifie une partie de sa fortune et toute son existence pour faire prévaloir historiquement dans l'église et les universités ce fait patent et irréfutable que
Dante fut un hiérophante de la Massénie chevaleresque et le fondateur de la Maçonnerie moderne. Cette opinion est recevable au moins dans les grandes lignes, car le fond hermétique de l'institution chevaleresque a échappé aux investigations d'Eugène Aroux insuffisament instruit des choses de l'occulte.


Le point de vue d'Aroux diffère sensiblement du nôtre. Nous tâcherons de trouver un moyen de conciliation car il ne comporte aucune incompatibilité absolue.
« Il y avait réellement, dit-il, dans la civilisation du midi comme celle du nord, bien moins avancée, et
il ne pouvait y avoir qu'une seule chevalerie. Elle était purement féodale et nullement amoureuse. Celle des Tristan, des Lancelot du Lac, des Amadis et des Galaor n'a jamais existé que dans les romans et dans les assemblées secrètes de la Massénie albigeoise. C'est dans cette dernière qu'il faut chercher les chevaliers du Cygne, de l'Aigle noir et blanc, d'Orient et d'Occident, etc... ainsi que les poursuivants d'amour à tous les degrés. »

 
Qu'est-ce à dire ?
Cette tradition de bons chevaliers errants et amoureux prêts à rompre une lance pour le triomphe de l'honneur et du bon droit ne reposerait que sur une fiction mystagogique et n'aurait eu de vigueur que dans des réduits souterrains, nombreux à la vérité, mais très distants des hauts manoirs et fiers castels perchés sur des cimes trop élevées ? Eugène Aroux tombe ici dans une erreur regrettable. Il confond noblesse et chevalerie. Les deux choses pourraient se combiner somme toute, mais n'étaient pas de même nature. Quand il nous parle d'une chevalerie féodale et d'une chevalerie amoureuse il fait montre d'une inconséquence assez singulière chez un homme aussi averti.


M. Aroux se trompe. Il n'y avait
qu'une chevalerie; celle des mystères. Tous les nobles, même les plus grands feudataires n'y étaient pas admis. Le titre de chevalier était recherché comme le plus grand honneur qui Dût échoir à un homme sur terre et le couronnement de la noblesse. Cette dignité était même refusée aux rois. Certains monarques l'acquirent, il est vrai, à une époque de décadence où la chevalerie n'était plus qu'un mot creux dont l'esprit s'était envolé. Et même si pour les besoins de la cause on en était réduit à accueillir un souverain régnant dans le temple, c'était à titre profane comme Napoléon ou Louis XVIII ont pu être reçus Maçons.


Le titre de chevalier n'était point décerné à la légère. Il fallait faire ses preuves. On s'est imaginé à tort que ces preux se bornaient à de rudes estocades et à des prouesses de bravoure. Il en allait tout autrement. Pour être armé chevalier
il fallait être homme de bien dans toute l'acceptation du terme, renoncer à la vie de rapine des hauts barons routiers et détrousseurs et protéger la veuve et l'orphelin, en un mot être régénéré et né à une vie nouvelle. L'église, au XI° siècle, ne pouvait qu'opposer une faible barrière aux déprédations des grands seigneurs et ne put guère avoir exercé une influence suffisante pour que l'on puisse lui faire l'honneur d'un tel revirement dans les moeurs féodales.


Il fallait pour une oeuvre aussi considérable un levier plus puissant que celui de la force cléricale faite surtout d'éléments temporels.

Nous ne dénierons pas absolument à l'église romaine une action morale qu'il serait injuste de ne pas admettre. Mais la chevalerie, encore qu'elle se soit développée sous son patronage, avait surtout un habile maquillage, leurrer la puissance des papes et entreprendre (sous le masque) la guerre de sape qui s'est prolongée jusqu'à nos jours.
Pour être au fait de ce qu'était alors l'église officielle, il suffit de lire l'horrible peinture qu'en retrace le véhément Pierre Damien. Jamais on vit
pareil étalage de pourriture. Est-il raisonnable de considérer un clergé avili à ce point comme l'instigateur du mouvement chevaleresque ? Le Vatican en serait bien embarrassé d'en produire la preuve, et il sait bien aujourd'hui qu'il avait d'autres racines.


Eugène Aroux, si avisé par ailleurs, se montre ici mal informé. Si l'on admettait sa pétition de principe, sa thèse s'écroulerait par la base.
Une objection se pose tout de suite : à la bonne époque
la chevalerie n'était pas héréditaire tandis que la noblesse de race l'était. Ce trait distinctif démontre que la chevalerie consacrait une évolution morale toute personnelle.
Ce qui a créé ce malentendu dans l'esprit d'Aroux tient à ce fait administratif: il y avait dans la noblesse une organisation militaire forcément équestre puisque l'on combattait alors à cheval. Mais ces chevaliers étaient des gens de cheval qui
portaient le glaive de la force et non celui de la loyauté. Jamais l'histoire ne prouvera que les cavaliers aient été armés chevaliers par une investiture régulière. Le titre de chevalier (banneret) cause de cette erreur est une pure homophonie sans conséquence tirée du mot cheval. La chevalerie légendaire qui est aussi celle de l'histoire exigeait une période de probation fort longue.


A l'origine elle durait vingt et un ans. Elle était conférée au milieu d'un cérémonial symbolique qui frappe le moins prévenu . Des parrains ou jurants étaient indispensables et ce n'étaient point des comparses de pure forme. Le candidat passait d'abord par des bains fréquents puis demeurait plusieurs nuits dans une chapelle obscure sans lumière. C'était la nuit du tombeau
dans lequel le vieil homme allait être inhumé puis rentrer en putréfaction pour ressusciter à une vie nouvelle ( la Vita nuova de Dante). Ensuite il reparaissait au jour tout vêtu de blanc pour témoigner de la résurrection morale. Il accomplissait alors les rites de la religion officielle. Après ce devoir il recevait l'épée; celle du bon combat, et l'on procédait à la vêture. Un discours initiatique accompagnait chaque pièce de l'armure qui murait en quelque sorte le récipiendaire dans les devoirs de sa charge. M. Roy, dans un petit livre, imprimé autrefois chez Mame, a recueilli quelques unes des allocutions prononcées pour la circonstance. L'intention ésotérique y est manifeste: l'armure n'est plus qu'une allégorie. Tous les sabreurs profanes ignoraient le sens philosophique.


Fauriet, dans son Cours de littérature provençal, reconnaît au milieu des plus grandes perplexités que la chevalerie, en recrutant dans la menue noblesse, vivant
à l'abri des écarts criminels de la noblesse de proie: » Ces hommes qui prenaient l'amour sur un ton si exalté n'étaient ni de grands barons ni de puissants feudataires.

 
C'étaient, pour la plupart, de pauvres chevaliers sans fiefs (l'auteur parle ici la langue de la noblesse actuelle pour laquelle le titre de chevalier est le plus bas dans la hiérarchie). Le plus grand nombre appartenait aux rangs inférieurs de la féodalité et plusieurs sont expressément
cités pour leur grande pauvreté et le peu de figure qu'ils faisaient dans le monde. » L'on s'étonnera peut-être que l'église n'ait point éventé la supercherie ? Mais » maints couvents, tant d'hommes que de femme, étaient envahis par l'hérésie » dit Aroux. M. (Aidre Tieberg), dans son excellent ouvrage sur la Route Sociale signale certains monastères de Champagne qui, au moyen-âge, célébraient les rites symboliques de la Maçonnerie. Ils finirent par disparaître par la suite, et pour cause.


Non, la chevalerie dont l'Europe s'honore et se glorifie a tenu trop de place dans la vie réelle pour qu'on puisse la réduire à une chevalerie purement allégorique comme celle des (trages). L'une aurait-elle débordé l'autre au point de la faire oublier et de donner le change à tel enseigne qu'on la prenne pour l'autre ? Le fait tiendrait de la nature du prodige, car
la noblesse extrêmement jalouse de ses prérogatives n'aurait pas souffert un empiètement qui aurait diminué son prestige.


La chevalerie s'inspirait
de principes trop élevés pour n'être qu'une institution guerrière, car même celle que E. Aroux considère comme héraldique témoigne des plus nobles aspirations.


A notre avis elle est l'émanation des hautes personnalités du temps qui professaient le christianisme philosophique. S'il en était autrement et s'il fallait nécessairement confondre la chevalerie avec l'albigéisme; le catharisme et le Vaudoiserie il conviendrait d'aller jusqu'au bout de la logique et de dire que tous les membres de ces sectes étaient chevaliers.


Nous ne nous refusons pas à leur reconnaître des liens de famille avec la chevalerie; mais
celle-ci occupait l'étage au dessus de l'hérésie embrassée par le peuple et dirigée par un sacerdoce de même condition. Au lieu de troubadours portant les bonnes paroles les manants avaient les colporteurs, les marchands, les pèlerins et les baladins de carrefour. Cet état de chose découle nécessairement de l'influence régénératrice de la caste supérieure mais s'ils professaient intimement la même doctrine, la manière différait.


Nous faisons les mêmes réserves en ce qui concerne le christianisme des chevaliers. E. Aroux que c'était celui qu'on entend de nos jours ramené à son état de pureté originelle.
Nous pensons, au contraire, que
lorsque l'église pactisa avec le pouvoir temporel et donna aux fidèles la chair matérielle du christ pour unique nourriture, les hiérophantes du christianisme philosophique, pour préserver de la ruine qui menaçait la Religion de la sagesse, suscitèrent le mouvement chevaleresque pour réagir sur les hautes classes et suivre le dogme des anciens mystères qui est la nourriture de l'âme par la science.

 
Après avoir remonté en une seule et unique pièce la chevalerie que M. Aroux avait coupée en deux, nous croyons utile de reproduire quelques pages trés instructives des Mystères de la chevalerie de cet auteur, la Massénie du Saint-Graal et les cours d'Amour.


Goërres fait une étude comparative des initiations aux mystères et de l'ancienne chevalerie. Un extrait de ce travail devrait trouver sa place. Vous pourrez peut-être vous le procurer. Ce document vient à l'appui de ma thèse contre celle d'Aroux. Il ferait donc bonne figure et documenterait plus sérieusement ce travail.

Posté par Adriana Evangelizt

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 21:16

 Voilà quelque chose qu'il nous fait plaisir de vous offrir, une étude sur  La  Chevalerie dont nous sommes des adeptes puisqu'en nous vit un Chevalier de Lumière exigeant la réhabilitation de la Vérité dans ce monde en décadence où se meurent, peu à peu, toutes les valeurs...

 

La Chevalerie


Par Pierre Dujols « de Valois »

1ère partie

Manuscrit n° 5491 de la bibliothèque de Lyon écrit aux environs de 1900


N.B. - entre parenthèses ( ) : orthographe non sûre; entre crochets [ ] ; commentaires du transcripteur

 

L'histoire n'a vu dans la chevalerie qu'un ordre militaire destiné à livrer le bon combat. Elle n'a saisi que la forme extérieure, que le corps physique de l'institution. En réalité, la Chevalerie était une organisation très complexe basée sur le ternaire et comprenait le corps, l'âme et l'esprit.


L'esprit était constitué par un aréopage
de hauts initiés, prêtres philosophes héritiers de la Sagesse et de la Science égyptiennes des Mages, de Pythagore, de Platon et des Druides du Celtisme. Ils conservaient dans leur collège les traditions mystériales de l'antiquité et imprimaient le mouvement à l'organisme par l'intermédiaire des troubadours et des trouvères. Ceux-ci, bardes, ménestrels, jongleurs; constituaient le corps médian qui servait de lien entre les deux extrêmes. Ils recevaient d'en haut la doctrine et la transmettaient en bas au moyen de poèmes et de chansons allégoriques, dont le sens intime échappait souvent à l'auditoire composé de la gent bardée de fer, matière rude, grossière, rempart du dogme, qui prenait à la lettre les belles histoires des poètes et y puisait les vertus et l’héroisme indispensable à l'action séculière que devaient accomplir les guerriers de la Corporation.


Sous son aspect un,
la Chevalerie était donc triple. Les Historiens n'en ont retenu que l'enveloppe encuirassée. Cette enveloppe avait nécessairement la couleur propre au milieu où elle se développait; c'est-à-dire était chrétienne. C'est une loi de nature. Mais le christianisme n'était pas alors ce qu'il est aujourd'hui et dans tous les cas n'exerçait encore qu'une action relative sur la société civile.
Qu'on ne perde pas de vue qu'au
XIème siècle l'Eglise éprouvait les plus grandes difficultés à contenir le brigandage des temps féodaux.
L'Europe était
un immense coupe-gorge. L'invasion des barbares avait profondément altéré les moeurs. L'autorité ecclésiastique imposait bien aux puissants barons La Trêve de Dieu, mais elle devait faire la part de ces lions déchaînés en leur abandonnant trois jours de la semaine pour leurs nobles rapines. La Masse n'était pas d'avantage pénétrée par le ferment théologique de Rome et conservait toujours les coutumes, les usages et les croyances du Paganisme. Jésus-Christ ne faisait guère qu'un dieu de plus, supérieur sans doute aux dieux de l'Olympe qu'il avait vaincus et détrônés, mais aussi incompris des adeptes de la foi nouvelle.
Il est donc impossible d'admettre la Chevalerie comme une création réellement orthodoxe.
Elle était plutôt un prolongement des ordres équestres grecs et latins. Tout y trahit, du reste, des origines étrangères à la religion qui s'étendait progressivement sur le pays.
Le présent n'est fait que du passé, de même que l'avenir se compose du passé et du présent. On ne crée pas un monde d'un coup de baguette féerique. Les choses évoluent lentement et se succèdent par filiation. A la suite des siècles elles changent de visage. Les générations actuelles ne ressemblent plus aux générations primitives qui les engendrent.


Ce travail de transformation qui échappe souvent à l'historien doit être analysé par le Philosophe. C'est à cette étude profonde qu’une pléiade d'écrivains déçus par l'artifice des opinions conventionnelles qui ont prévalu jusqu'à nos jours, ont consacré leur labeur, étudiant les dessous des histoires, fouillant les décombres, remuant des poussières séculaires, ils ont exhumé à l'étonnement des Pontifes, une Chevalerie toute différente de celle de la Tradition.


Ces auteurs, Ugo Foscolo, Gabriele Rossetti, E.J. Delécluze « Dante Alighieri : la vie nouvelle », Philarète Chasles « Galiléo Galiléi, sa vie, son procès », Eugène Aroux « La Comédie de Dante », « Dante hérétique », « Clé de la comédie anti-catholique de Dante Alighieri » et même Antony Rhéal, auxquels il convient d'associer Grasset d’Orcet, ont jeté les plus vives lumières sur ce point obscur de la vie médiévale, et à leur clarté il nous sera permis de restituer la physionomie réelle de l'ordre chevaleresque, de ses paladins, de ses troubadours, de leurs gestes, de leurs chants et
des récits légendaires qui constituent le Cycle du Graal.


La caractéristique de la Chevalerie, suivant les Classiques, est la galanterie, l'amour des preux pour les dames. Les célèbres cours d'amour de Romanin et d'ailleurs, les lois qui les régissaient, les jugements et procédures qui en émanèrent seraient autant de preuves de l'esprit érotique de l'institution. Si l'on consulte les Pandectes (recueils de décisions d'anciens jurisconsultes romains) de ces tribunaux singuliers, les difficultés apparaissent. Il est difficile et même impossible d'accorder la vertu de ces nobles figures avec les sanctions peu honorables qui les frappent et les avilissent. Il faudrait donc admettre alors qu'il fut un temps où nous n'avions plus de moeurs et ce serait justement ce temps-là qu'on nous proposerait comme modèle ?


L'amour n'est pas toujours une vertu, et l'on a dit nos chevaliers gens vertueux. Qu'on nous explique les articulations infamantes dont les assises d'amour ont fait état et qu'on les concilie, si l'on peut, avec l'honneur conjugal. Ces hommes de fer à qui rien ne résistait, faisaient-il à ce point bon marché du sang d'une race dont ils se montraient si jaloux et abandonnaient-ils leur lit aux pires aventures ?


L'Amour! Mais c'est sur la valeur de ce mot que les avis se sont partagés. L'amour chevaleresque devenu un parangon de pureté était-il l'inclination vulgaire qui porte un sexe vers l'autre. N'y avait-il pas; au contraire, dans ce tertre,
une intention mystique, étrangère au doux commerce des coeurs et des sens ? C'est l'opinion qui commença à prévaloir et que nous partageons. Elle est appuyée de preuves pragmatiques. Rossetti, le premier, a établi sa démonstration dans ce sens en cinq gros volumes formant environ deux milles pages et intitulés : Il Mistero d'ell Amor platonico del Medio Evo, derivato da Mysteri antichi. L'érudit professeur de littérature italienne, né à Gondrise, malgré la violence que la vérité faisait à ses sentiments catholiques, s'incline devant les faits.


Dans cet ouvrage monumental, d'une érudition historique et littéraire immense, dit Delécluze, l'exilé italien développe le système de l'amour platonique ou allégorique, qu'il fait remonter à l'origine des mystères de la Grèce et à la secte des soufis de l'Inde.

 
L'auteur de Dante Alighieri et la Poésie amoureuse, qui échappe à toute suspicion par son attitude de distance des conflits, reconnaît lui-même que la poésie érotique des troubadours découle de la même source. Il la retrouve chez la grande prêtresse de Mantinée, Diotime de Mégare, qui aurait initié Socrate à la Religion d'Amour.


Socrate y aurait admis Platon, l'Académie l'aurait répandue et, passant par Alexandrie, elle aurait fait son apparition en Italie et en France avec l'entrée des Isiaques et des Philosophes dans la ville de Rome.

En d'autres termes, la Religion d'Amour serait la même que celle des Inititations antiques.
Mais parvint-elle dans nos régions par cette seule voie ? N'y avait-il point déjà chez nous un foyer ardent du même culte ?
Grasset d'Orcet, le perspicace sphinx qui a débrouillé l'énigme du Songe de Polyphile, nous donne l'explication d'un texte stéganographique dont le sens avait défié jusqu'alors la sagacité des meilleurs cryptographes.
«
Le Druide ne rend de culte qu'au vrai seul amour. Il est la clef ouvrant aux âmes le ciel et le roi du monde. Il est le maître qui fit le soleil au ciel qui y domine comme vrai seul seigneur. Le Franc-Maçon tient pour principe universel le Brouillard d'où sort le Principe du Vrai régnant seul. »


On sera surpris de lire ici ce terme de Franc-Maçon qui semble un anachronisme au milieu des Philosophes, des Druides et des chevaliers du moyen-âge. Mais Grasset d'Orcet nous transporte justement à ces époques. Il envisage les associations des Architectes et Constructeurs de Cathédrales qui se reliaient vraisemblablement aux pontifes païens; ou constructeurs de ponts. Il étend même plus haut les ramifications maçonniques. Il nous révèle l'existence d'une Chevalerie du Brouillard. Cette manchette, qui évoque la basse littérature de certains feuilletonistes, correspond à
un principe de haute métaphysique du domaine de la Gnose. Le Brouillard dont il s'agit est l'inconnaissable; le Pater Agnostos des ésotéristes. Il est peut-être encore autre chose d'aussi inaccessible que les Philosophes hermétistes savent bien, mais qui n'entre point dans notre sujet.


« On remarquera dans ce texte, dit Grasset d’Orcet, le mot
néphès (qu'il traduit par brouillard ainsi que le veut le grec). C'est le nom de deux poèmes célèbres, les Niebelungen et les Nuèes d'Aristophane.
Le Brouillard ou l'Inconnu, principe universel, était, en effet, le grand dieu de la franc-maçonnerie grecque aussi bien que de la moderne, la nue qui embrassait Ixion et que les grecs nommaient gryphé d'embrouillée, avec une tête de boeuf pour hiéroglyphe.
Nous allons voir, du reste, que cette profession de foi, que les Francs-Maçons disaient tenir des Druides, était exactement conforme à celle de Platon »
Or Platon disait que
l'Amour est le plus ancien Dieu du monde.
M. G. D'Orcet se complait-il dans une erreur nécessaire à sa thèse hardie ? Les Francs- Maçons contemporains qui se piquent de détenir les véritables traditions, penseraient-ils différemment ? Cèdons leur la parole:
« Montrons-nous, s'écriait le F.: Bailleul, dans un discours prononcé au G.O le 19 octobre 1847, montrons-nous digne d'être les continuateurs de cette vénérable institution qui a travers tant de siècles
depuis la mission mission mystique de notre frère Platon. »
Mais le F.: Bailleul pourrait s'abuser peut-être sur les lettres de noblesse de l'ordre auquel il est si fier d'appartenir.


L'américain MacKey, auteur d'ouvrages considérables sur les origines de la maçonnerie, déclare avoir retrouvé au siège primitif de l'Académie Platonicienne de Florence, fondée en 1480, les fresques murales originales illustrées des symboles pythagoriciens. Notons en passant que les maitres, aprés Dante, dans les sciences d'amour, L’Arioste, Pétrarque, Le Tasse, Boccace; Michel-Ange, Gravinne et Marsile Ficin, le savant humaniste, prêtre et chanoine de l'église de Rome, en faisait partie. Ce dernier nous a laissé un témoignage écrit de la nature de ses croyances. On lit dans un de ses ouvrages, sorte de Banquet, cette indication singulière sous la plume d'un ecclésiastique: « Que le Saint-Esprit, amour divin qui nous a été soufflé par Diotime, dit-il, nous éclaire l'intelligence. » Ce n'est plus le Paraclet orthodoxe.

Il est vrai que toutes les sources qui proviennent plus ou moins du Bâtiment ou de certaines côteries peuvent paraître suspectes et intéressées. Récusera-t-on celles de l'Histoire officielle ?
M. Henri Martin; qui fait autorité, raconte lui-aussi la Maçonnerie et la Chevalerie, et (celleci) au druidisme. Il reconnaît que le Roman du Saint Graal en est l'expression authentique.
Nous verrons plus loin à attacher la Table-Ronde aux mystères de la Grèce. Voici le texte de l'historien Henri Martin.
« Dans le Titurel, la légende du Graal atteint sa dernière et splendide transfiguration sous l'influence d'idées que Wolfram semblerait avoir puisées en France et particulièrement chez les Templiers du Midi de la France (les Albigeois). Un héros, appelé Titurel, fonde un temple pour y déposer le Saint Vaissel et c'est le prophète Merlin qui dirige cette construction mystérieuse, initié qu'il a été
par Joseph d'Arimathie en personne au plan du temple de Salomon. La chevalerie du Graal devient ici la Massenie; c'est-à-dire une franc-maçonnerie ascétique dont les membres se nomment
Templistes, et l'on peut saisir ici l'intention de relier à un centre commun, figuré par ce temple idéal, l'Ordre des Templiers et les nombreuses confréries de constructeurs qui renouvellent alors l'architecture du moyen-âge. On entrevoit là bien des ouvertures sur ce que l'on pourrait renommer l'histoire souterraine de ces temps, beaucoup plus complexe qu'on ne le croit communément ».


M. G d’Orcet, qui parait avoir remué des montagnes de livres à ce point de vue, nous assure « que le nombre d'ouvrages qui traitent de l'ancienne maçonnerie est prodigieux et non moins prodigieux par la variété des formes, car il n'est pas jusqu'à l'ordre des Jésuites qui n'y ait apporté son contingent, et même l'un de ses types les plus complets, est l'ouvrage du jésuite (Villalpanie) sur le temple de Salomon. »


Que la chevalerie du moyen-âge nous vienne des initiations grecques ou druidiques, cela ne parait plus guère un point très discutable. Mais au cas ou elle dériverait plus particulièrement d'une formation celtique, on pourrait néanmoins la faire rebondir bien au delà. Arthur, le Roi-Chevalier et le (penteyrn) des Bretons, prétendait tirer son origine de Troie et sa généalogie d'Ascagne, fils d'Enée l'Initié. Il fonde l'ordre de la Table Ronde sur des traditions antiques.
Le point de départ de l'institution se perd donc dans la nuit des temps, mais ce qui s'impose par l'évidence même, c'est que
toutes les associations chevaleresques étaient étrangères à la doctrine chrétienne, encore qu'elles eussent revêtu par la force des choses la livrée de l'Eglise régnante. Et encore formulerions-nous la plus expresse réserve au sujet du dogme chrétien.
Nous n'insisterons pas. Il semble bien démontré que la chevalerie est
un ordre mystérial, prolongement de Memphis, de Thèbes et de la Grèce. Le docte (Goerres) convient luimême qu'elle formait une vaste société secrète, et il en identifie tous les rites avec ceux des mystères païens.
La chevalerie est
venue mourir dans les loges maçonniques de nos jours, où l'on rencontre encore une profusion de titres chevaleresques qui décorent des Frères dont l'ignorance vaniteuse rappelle l'âne de la fable, porteur de reliques. Henri Martin s'en fait garant:
« Ce qui est bien curieux, et ce dont on ne peut guère douter, dit-il, c'est que la Franc- Maçonnerie moderne
ne remonte d'échelon en échelon jusqu'à la Massenie du Saint- Graal. »
Le Graal est la clef du mystère chevaleresque. C'est le masque chrétien de la foi antique, le Palladium de l'ordre qui le met à l'abri du soupçon d'hérésie. Le Graal des légendes de la Table Ronde est, pour le profane et l'Eglise jalouse, le Saint Vaissel dans lequel Jésus a célébré la dernière cène la veille de sa mort et institué le sacrement de l'eucharistie. En réalité, pour les adeptes, c'était autre chose, ou plutôt le symbole spirituel de l'arcane matérialisé par Rome. Le mot Graal a mis dans le plus grand embarras les étymologistes.
Diez s'est approché de la racine en faisant dériver ce dernier du grec crater qui, dit-il, aurait pu devenir cratale. Il, en effet, le cratère - le mot est rentré dans notre langue - désigne bien une grande coupe.
Mais cette coupe - la Coupo Santo que chantent encore nos félibres albigeois et chevaliers du Graal sans le savoir, est
le vase païen du feu sacré. Camille Duteil, ancien conservateur du Louvre, section égyptologique, sans soupçonner qu'il avait retrouvé le Graal de la Table Ronde; nous révèle à la page 143 de son inestimable « Dictionnaire des Hiéroglyphes » que les égyptiens nommaient gradal un vase en terre cuite dans lequel on  conservait le feu dans les temples. Le provençal, surtout le languedocien montagnard, moins corrompu, appelle grasal un certain vase. Il est à propos ici de rappeler que les chevaliers continuateurs des rites égytptiens parlaient et écrivaient le provençal. Ce mot (est) passé dans la langue des troubadours. Le gardal, en écriture hiéroglyphique, ajoute cet auteur, exprime l'idée du feu (le contenant pour le contenu). Sérapis portait le gardal sur la tête. Les vierges consacrées des temples de Memphis entretenaient le gardal sur l'autel de Ptha, comme l'emblème du feu éternel qui perpétue la vie dans l'univers.

A suivre...

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 18:57

Continuons sur notre lancée avec un autre texte du génial Nicolas Berdiaeff... après l'Argent, seconde plaie de ce monde dirons-nous, la première étant l'Amour galvaudé, dénaturé, trahi, parce qu'aussi "marérialisé" et pour nombre de gens associé à la "propriété". Je t'Aime donc tu m'appartiens. C'est sans compter l'amalgame Désir-Envie = Amour. Alors que dire à la Jeunesse qui rêve au fond de son cœur du Grand Amour ? Et oui, la Princesse ou le Prince Charmants dorment au fond de chaque adolescent nourri dans son enfance par les contes de la Belle au Bois dormant ou de Blanche-Neige. Mais plus sûrement, il faut savoir que l'Âme porte en elle la souvenance du "pays" dont elle s'est exilée pour s'incarner. Elle en a ramené la Lumière mais aussi le sentiment ineffable que toutes les âmes -dépourvues de corps- éprouvent entre elles.. Rien de comparable à ici-bas. Là-bas, tout n'est que radiance. A peine les âmes s'effleurent-elles que jaillit du noyau de leur essence une énergie luminescente qui explose dans l'éther en gerbes de lumière. Et c'est cette sensation purement idéale tapie au fond de lui que l'humain cherchera toute sa vie. Que sont les orgasmes humains comparés à cette fulgurance ? Il y a toujours pour l'Âme quelque chose d'inassouvi dans les étreintes corporelles. Et c'est ce qu'elle fait ressentir à l'humain. A ce triste humain -dont moi-même je fus- qui croit trouver l'Âme sœur au travers d'une belle apparence. Mais ce qui plaît au corps ne plaît pas forcément à son Être Intérieur. Voilà où se situe le problème de l'Amour sur Terre. Voilà pourquoi il cause tant de souffrance, tant de haine et tant de violence.

Il faut savoir que l'Âme génère de l'Energie à l'état pur qui se dissémine dans tout le corps. Cette énergie mal maîtrisée provoque des pulsions incontrôlables pour l'Humain qui n'en est encore qu'au stade Animal. Cela donne la colère, la jalousie mais aussi dans le pire des cas, le viol. Et ne pas croire que le viol est l'apanage de ce que l'on nomme les désaxés sexuels. Il y a des tas de femmes mariées ou vivant en couple qui sont obligées de subir les assauts de leurs conjoints de gré ou de force. Comme si c'était un dû. Un prix à payer du soit-disant Amour. Et ce fait se trouve tant chez les gens cultivés que chez les incultes. Mais il est vrai que lorsque nous nous  penchons sur les écrits judéo-chrétiens, on comprend vite d'où vient le mal... et on comprend surtout comment sont traitées les femmes. On va commencer par le Deutérome qui à lui seul pourrait remplir des pages... suivi de près par le Lévitique dont les rabbins orthodoxes se font fort d'inculquer les aberrations à leurs élèves... la femme est un être impur, qu'on se le dise ! Elle n'est bonne que pour assouvir les pulsions de ces messieurs et procréer ! 

Lorsqu'un homme aura pris et épousé une femme qui viendrait à ne pas trouver grâce à ses yeux, parce qu'il a découvert en elle quelque chose de honteux, il écrira pour elle une lettre de divorce, et, après la lui avoir remise en main, il la renverra à sa maison.
Deutéronome 23/1

Parle aux enfants d'Israël, et dis : Lorsqu'une femme deviendra enceinte, et qu'elle enfantera un mâle, elle sera impure pendant sept jours ;
elle sera impure comme au temps de son indisposition menstruelle.
Lévitique 12/2

Elle restera encore trente-trois jours à se purifier de son sang ; elle ne touchera aucune chose sainte,
et elle n'ira point au sanctuaire,
jusqu'à ce que les jours de sa purification soient accomplis.

Si elle enfante une fille, elle sera impure pendant deux semaines,
comme au temps de son indisposition menstruelle ;
elle restera
soixante-six jours à se purifier de son sang
. Lévitique 12/4-5

Poussons plus loin l'infériorité de la femme grâce à ces chers rabbins et à leurs Saintes Ecritures... qu'ils disent...

"Eve elle-même ressemblait à un singe, comparée à Adam,
dont le talon -
pour ne pas parler du visage- surpassait l'éclat du soleil."
(B.Baba Bathra 58a ; Lev. Rab 20, 2)

"Dieu créa Lilith (la femme) mais pour la créer,
il a utilisé des ordures et de la boue
au lieu de poussière vierge"
(Num. Rab. 16, 25)

"L'acte d'amour est une chose mauvaise qu'Adam et Eve ont seulement appris de Samaël,
le diable, après qu'ils aient été chassés du Paradis"

(Sefer Adam 64-67 p.35)

Mais il est bien évident que l'Eglise Catholique Romaine n'est pas en reste... ainsi parle Pierre...

Femmes, soyez de même soumises à vos maris...
Pierre1/3-1

Quant à Paul qui avait été éduqué chez les Pharisiens, on peut constater qu'il en reste quelque chose...

Que la femme écoute l'instruction en silence, avec une entière soumission.
Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre l'autorité sur l'homme ;
mais
elle doit demeurer dans le silence.
Timothée2/11-12*

Monsieur ne permet pas... La femme doit juste se taire et ne même pas être belle...

Je veux aussi que les femmes vêtues d'une manière décente,
avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses,
ni d'or, ni de perles, ni d'habits somptueux...

Timothée2/9

Il en trépigne presque de rage et trouve même une explication pour confirmer l'infériorité de la femme et son statut de procréatrice forcée...

Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite ;
et ce n'est pas Adam qui a été séduit,
c'est la femme qui, séduite,
s'est rendue
coupable de transgression.
Elle sera néanmoins
sauvée en devenant mère...
Timothée 2/14-15

On est loin là de l'Enseignement de Ieschoua don't les paroles ont bien sûr été traficotées par les scribes catholiques romains... *

Jésus leur répondit :
les enfants de ce siècle prennent des femmes et des maris ;
mais ceux qui seront trouvés dignes... ne prendront ni femmes ni maris.
Car ils ne pourront plus mourir, parce qu'ils seront semblables aux anges.

Luc 20/34-35-36

Il est bien évident qu'il parlait des Âmes. Ces dernières étant androgynes. Il n'y a donc nulle supériorité dans les sexes. Dans le mot Amour, il y a Ame... et l'Ame vient d'un monde libre. L'Amour l'est donc également. Nul ne peut le forcer ni le contraindre. Il est comme le vent. Il va là où il veut... s'arrête là où il se sent le mieux. Une âme vibrant au diapason d'une autre âme est le seul Véritable Amour. Il faut, pour cela, passer le cap du regard charnel. Toutes les beautés ne sont pas visibles à l'oeil nu. D'ailleurs vous remarquerez que nombre d'amours platoniques ont donné naissance à des oeuvres superbes. Quand la chair se tait, le cœur exulte, l'Âme rayonne. Car l'Amour sincère du cœur transcende avec l'énergie lumineuse de l'Âme et celui qui la maîtrise devient à son tour Créateur avec tout le génie que cela comporte. Ceci est très bien expliqué dans un autre texte de Berdiaeff que j'ai posé voilà quelques temps... La Création...

 

L'Amour

 

de Nicolas Berdiaeff

 

Tableau de Wojtek Siudmak

 

Dans l’acte créateur de l’amour, se dévoile le secret créateur de la face de l’aimé. Celui qui aime aperçoit l’aimé, à travers le nuage du monde naturel, à travers le masque qui s’étend  sur chaque visage. L’amour est le chemin qui mène à la découverte du secret d’un visage, de la compréhension de la personne jusqu’à la profondeur de son être. Celui qui aime sait sur l’être aimé ce que le monde ignore, et en cela il est
plus près de la vérité que le monde entier. Ce n’est
qu’en aimant qu’on peut comprendre intégralement une personnalité, pénétrer son génie. Nous tous qui n’aimons pas, nous ne connaissons les êtres qu’en surface, et non dans leur ultime secret. La tristesse mortelle de l’acte sexuel réside en ceci que dans son impersonnalité se perd et s’obscurcit le secret à la fois de l’aimant et de l’aimé. L’acte sexuel fait pénétrer dans le cycle de la nature impersonnelle, il se place entre la personne de celui qui aime et celui qui est aimé, et dissimule le secret de leurs visages.
Ce n’est pas dans l’espèce, ce n’est pas dans l’acte sexuel, que s’accomplit l’union amoureuse, celle qui crée une vie différente, la vie éternelle de la personne. C’est en Dieu que se rencontrent l’aimant avec l’aimé, c’est en Dieu que s’incarne le visage de l’amour. Dans le monde de la nature, ceux qui s’aiment se divisent.
La nature de l’amour est cosmique et supra-individuelle, et l’on ne peut saisir son secret à la lumière de la psychologie individuelle.
L’amour est
destiné à la hiérarchie cosmique; c’est cosmiquement qu’il réunit, sous la forme de l’androgyne, ceux qui dans l’ordre de la nature restaient séparés. L’amour est la voie par quoi chacun peut découvrir en soi l’homme androgyne.

 

  Nicolas Berdiaeff, Le Sens de la création,
Un essai de justification de l’homme, 1916.

 L’éternelle tragédie de la famille est due à ce que l’homme et la femme représentent deux mondes distincts, dont les fins ne coïncident jamais. Ce principe tragique existe déjà dans l’amour, mais il se cristallise dans la famille, où tout s’alourdit, se solidifie, et où le tragique lui-même acquiert un caractère banal. La femme a une structure psychique et un sentiment de la vie qui se différencient radicalement de ceux de l’homme. Elle attend de la famille et de l’amour incommensurablement plus que lui. Il y a, en effet, dans son attitude à l’égard du sexe une intégralité et une absoluité, auxquelles ne peuvent correspondre le dédoublement et la relativité de l’attitude masculine. En somme, la plupart des mariages sont malheureux. Ils dissimulent de pénibles conflits mettant aux prises le conscient et l’inconscient. Le premier, élaboré par la quotidienneté sociale, cherche à étouffer le second, qui engendre dans la famille un nombre incalculable de difficultés. Seul l’amour authentique parvient à surmonter leurs conflits et à résoudre merveilleusement leurs relations. Mais l’amour véritable est une fleur rare dans notre monde, il n’appartient pas à la quotidienneté.

Lorsque l’amour existe, en tant que fondement ontologique de l’union conjugale, la question de la nécessité de la monogamie absolue ne se pose pas. Elle ne se pose que lorsque le sentiment véritable a disparu, qu’il s’est refroidi ou a péri et que l’on s’efforce de substituer à l’intérieur ce qui est extérieur, à l’énergie bienfaisante, la loi. L’union monogamique absolue n’est créée qu’en prévision d’un malheur possible, car dans le bonheur, on n’y songe même pas et il n’est point utile d’avoir recours à la loi pour l’affirmer. La monogamie n’apparaît contradictoire que dans l’amour malheureux, dans l’incompatibilité fatale. Et il faut bien reconnaître qu’en fait elle ne correspond pas à la loi naturelle de l’union sexuelle. Elle n’est en aucune façon inhérente à la "nature" de l’homme, elle n’a pas toujours existé et ne s’est formée qu’à un certain stade du développement humain. Si la monogamie est possible, elle ne l’est réellement que selon la grâce, mais nullement selon la nature ou selon la loi. Elle est bien plus un phénomène d’ordre spirituel et mystique que d’ordre naturel et social. C’est en cela que réside d’ailleurs son paradoxe fondamental. En effet, le mariage monogamique est revendiqué par la quotidienneté sociale, à laquelle précisément il n’est pas inhérent par sa nature. Nous sommes donc amenés à reconnaître qu’on ne peut l’affirmer que nominalement, mais non réellement. Dans le royaume de la banalité civilisée, le foyer monogamique trouve son corrélatif et son correctif dans l’effroyable phénomène de la prostitution, au sens large du terme, un des phénomènes les plus infamants de la vie humaine, légalisés par la quotidienneté.
À vrai dire, la monogamie réelle n’existe pas dans la société contemporaine; elle n’est qu’un mensonge, qu’une hypocrisie conventionnelle et qu’un nominalisme de la loi. Aussi une révolte contre la vieille famille monogamique était-elle absolument normale.

 

 Nicolas Berdiaeff, De la Destination de l’homme,
Essai d’éthique paradoxale, 1931.

 

 La débauche ne peut être vaincue que par le retour de l’élément sexuel à sa signification universelle, sa fusion avec le sens de la vie. L’indignation "bourgeoise" et "mondaine" qui accueille la débauche n’en saisit absolument pas le sens, et les vérités superficielles, utilitaires, conditionnelles, émises à ce sujet, n’atteignent pas le fond métaphysique du problème. Le moralisme d’opportunité, le traditionalisme social, ne sont pas de force à percer le mystère accablant de la débauche, le secret du non-être. Dans ce qu’on appelle le mariage, la débauche trouve un abri comme dans tous les lieux qui ne se justifient pas. La débauche a sa place partout où le but ne semble pas être l’union de ceux qui s’aiment, l’élucidation par l’amour du secret d’une personne. Le problème de la débauche n’est pas d’ordre moral, mais métaphysique. Tous les critères biologiques et sociologiques ne sont que conditionnels, c’est la voix de la bourgeoisie de ce monde qui parle en eux. Selon ce code, la débauche représente une forme vénale et monstrueuse de l’union des sexes, alors qu’en fait c’est l’absence d’union qui crée la monstruosité. L’acte sexuel est un acte de débauche en ce qu’il est incapable de réaliser une union profonde. Aussi la définition de la débauche, en tant qu’anomalie sexuelle, apparaît-elle superficielle. Notre vie sexuelle est elle-même une anomalie, "le normal" pourrait apparaître plus débauché que "l’anormal". La débauche ne doit pas être interdite, elle doit être vaincue ontologiquement, par un être différent. L’amour est l’antidote de la débauche, et l’autre antidote en est une vie spirituelle supérieure. La volupté en elle-même n’est pas la débauche, seule est débauchée la volupté de la désunion, et sainte, au contraire, la passion voluptueuse de la réunion.
Est débauche la volupté qui ne pénètre pas dans l’objet, qui s’absorbe en elle-même, et sainte l’extase orgiaque de l’amour, se répandant sur l’être aimé.

 

 Nicolas Berdiaeff, Le Sens de la création,
Un essai de justification de l’homme, 1916.

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 13:01

Salutations fraternelles à tous... je ne vous oublie point et je tiens à remercier tous ceux qui m'écrivent auxquels je n'ai pas encore répondu mais je reçois plus de mille mails par jour, ce qui m'oblige à quelques retards. Je remercie notamment la "Jeunesse" qui s'intéresse et qui cherche à comprendre... c'est pour Elle que nous créons tous ces sites. Pour lui ouvrir les yeux. Pour qu'elle prenne conscience, bien plus tôt que nous n'avons su le faire, du mal qui mine notre monde. Le combat de l'Ombre contre la Lumière n'est pas une fiction destinée à faire rêver les amoureux de science-fiction justement. Encore faut-il savoir ce qui appartient à l'Ombre et ce qui revient à la Lumière. Le décryptage des symboles est essentiel à celui qui cherche. L'Ombre travaille pour le prince de ce monde. Pour le matériel, le matérialisme donc le Satanisme. Et ses symboles puisées dans la nuit des temps mais inversés souvent -comme la svatiska fut inversé par l'Ordre nazi- s'opposent à ceux de la Lumière, dont le domaine se situe Ailleurs... dans un monde spirituel. Un monde dématérialisé, invisible à l'oeil nu. Pour appréhender cet Univers, il faut laisser tomber tous ses acquis. Muer. Laisser tomber la vieille dépouille qui nous a été léguée par d'autres et revêtir l'Armure de l'Homme Nouveau... c'était l'Enseignement de Ieschoua qui ne doit pas être pris au sens littéral comme le fait l'Eglise Catholique Romaine... lire avec les yeux de son âme et non avec ses yeux de chair... savoir Décrypter...

Ne mentez pas les uns aux autres,
vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres
,

et
ayant revêtu l'homme nouveau,
qui se renouvelle, dans la connaissance,
selon l'image de celui qui l'a créé.

Colossiens 3/9-10

 

Je commence par poser un texte de Nicolas Berdiaeff... sur l'Argent... domaine du Prince de ce monde... et une plaie pour l'Humanité... ce que Ieschoua nommait Mammon... soit vous suivez la route de votre Ego, de votre corps donc du Matériel soit vous suivez la route de votre Âme... de votre dieu Intérieur...

Nul ne peut servir deux maîtres ;
car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre;
ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre.
Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon.
Matthieu 6/24

L’argent

 

 

 

 

Si la propriété est une garantie de la liberté et de l’indépendance de l’homme, de tous les hommes, l’existence d’un prolétariat privé de propriété est inadmissible. Mais le bourgeois ne veut l’indépendance et la liberté que pour lui-même, et il ne connaît pas d’autre liberté que celle que lui assure la propriété. Celle-ci remplit en effet une double fonction: elle peut être une garantie de la liberté et de l’indépendance, mais elle peut aussi faire de l’homme un esclave du monde matériel, du monde des objets. La propriété perd de plus en plus son caractère individuel. Telle est l’action de l’argent, ce grand facteur de l’esclavage de l’homme et de l’humanité. L’argent est le symbole de l’impersonnel, il rend possible l’échange impersonnel de toute chose contre n’importe quelle chose. Mais même en tant que propriétaire le bourgeois perd son nom propre et devient un anonyme. Dans le royaume de l’argent, dans les livres de comptabilité des banques, on ne trouve que des chiffres, derrière lesquels les noms des propriétaires disparaissent. L’homme s’éloigne de plus en plus du monde réel, pour se perdre dans un monde fictif. Le règne de l’argent est doublement affreux, car son pouvoir ne constitue pas seulement une offense pour le pauvre et le non-possédant, mais fait de l’existence humaine une fiction, quelque chose de spectral. Le règne du bourgeois aboutit à la victoire de la fiction sur la réalité. Or la fiction constitue l’expression extrême de l’objectivation de l’existence humaine. Contrairement à ce qu’on pense généralement, la réalité est l’attribut non de l’objectif, mais du subjectif. La primauté revient au sujet, et non à l’objet. Que la propriété soit en mauvaise posture, c’est ce qui ressort déjà du fait que les gens se sentent mal à l’aise toutes les fois qu’il est question d’argent et de propriété.

Nicolas Berdiaeff, De l’esclavage et de la liberté de l’homme, 1939.

L’argent est la force et la puissance d’un monde séparé de l’esprit, c’est-à-dire de la liberté, de la signification, de l’acte créateur, de l’amour. Il existe deux symboles : le symbole du pain et celui de l’argent, et deux mystères : le mystère du pain, ou mystère eucharistique, et le mystère de l’argent, ou mystère satanique. Une grande tâche s’offre à nous : renverser la puissance de l’argent et constituer un gouvernement du pain. L’argent sépare l’esprit et le monde, l’esprit et le pain, l’esprit et le travail. L’argent est l’ennemi essentiel d’une spiritualité intégrale englobant toute la vie humaine. Séparée de la plénitude de la vie, la spiritualité justifie la puissance de l’argent et trahit le symbole du pain. Dans le symbole du pain, l’esprit s’unit à la matière de ce monde. Le monde retranché de l’esprit se place sous le signe de l’argent. Le règne de l’argent est précisément le règne de l’objectivation. Le symbole du pain nous ramène au contraire à l’existence authentique. Le règne de l’argent est le règne des fictions, le règne du pain est le retour aux réalités. Le socialisme lutte contre un règne qui se situe sous le signe de l’argent. Mais si le socialisme est retranché de l’esprit et de la spiritualité, il reviendra fatalement au règne de l’argent. Le règne de l’argent est celui du prince de ce monde, le règne du bourgeoisisme. Ce sera le cas également du royaume socialiste, si le socialisme ne s’unit pas à la spiritualité. Seule la spiritualité, c’est-à-dire la liberté, c’est-à-dire l’amour, c’est-à-dire la signification, s’oppose efficacement au règne de l’argent, au règne du prince de ce monde.

Nicolas Berdiaeff, Esprit et Réalité, 1939.

 

 

 

Posté par Adriana Evangelizt
 

 

 

 

 

 

 

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8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 22:59

Un très belle étude talmudique à lire avec attention...

 

Jérusalem dans la conscience

 

par Hervé élie Bokobza

Talmudiste

 

Tableau de Duncan Long



Jérusalem est la lumière du monde, comme il est dit : “Les peuples marcheront vers Ta lumière et les rois à la clarté de ton aurore” (Isaïe 60, 3). Qui est la lumière de Jérusalem ? le Saint béni soit-Il comme il est écrit : « Et le Seigneur sera pour toi, une lumière éternelle » (ibidem 60, 19)

Midrach Rabbah (Gen. 59, 5)


 

La lumière du monde qu’est Jérusalem s’exprime par le fait que tous les peuples vont converger vers cette lumière, le symbole de la reconnaissance du Dieu unique sur la terre.


Nous trouvons cette idée dans le « Chema Israël », le verset dit « Ecoute (chema) Israël, l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est un » (Deut. 6, 4). Rachi explique : Ecoute Israël, l’Éternel qui est aujourd’hui notre Dieu – mais pas encore le Dieu des autres nations (idolâtres) — deviendra le Dieu unique pour tous les peuples, comme il est dit : « Car là je gratifierai les peuples d’un langage épuré, afin que tous implorent le Nom de l’Éternel pour le servir d’un cœur unanime » (Cephania 3, 9). Il est également écrit « L’Éternel sera Roi sur toute la terre ; en ce jour, l’Éternel sera Un et Unique sera Son Nom » (Zacharie 14, 9).
Ainsi, le couronnement de la Royauté Divine sur la terre ne peut s’établir que par la reconnaissance unanime de l’unité de Dieu par toutes les nations du monde.

Jérusalem est considérée comme le point de départ de la création du monde :
« Les sages disent que le monde a été créé à partir de Sion, car il est dit : “ Le Dieu Tout-Puissant, l’Éternel, parle et convoque la terre, […] de Sion, beauté parfaite, Dieu resplendit ” (Ps. 50, 1-2), ce qui signifie : c’est à partir de Sion que s’épanouit la beauté du monde. » (Talmud, Yoma 54, b). C’est donc en son sein que l’humanité trouvera l’harmonie et la Paix, le “Chalom”, car elle représente le ChaLeM (plénitude, intégrité, perfection), et le ChaLoM (paix). Comme le précise le Midrach (Gen. 56, 10), Yérouchalaïm veut dire “Yireh Chalem”, littéralement : « il verra le chalem », que l’on comprend ici dans le sens : cet endroit a été désigné par Dieu, pour être le centre du chalem/chalom, (l’harmonie, l’unité, la paix).

Par ailleurs, c’est sur la colline de Sion qu’a eu lieu l’épreuve suprême d’Abraham. Lorsqu’il a remplacé le Sacrifice de son fils par un bélier, il a voulu implorer Dieu : il était allé au bout de son obéissance, renonçant à ce qu’il avait de plus cher, pour se dévouer au service divin. Aussi, de la même manière, va-t-il demander à Dieu, en retour, de renoncer à quelque chose pour se dévouer à ses créatures ; c’est-à-dire en l’occurrence, de subordonner son attribut de rigueur à son attribut de miséricorde. Pour cette raison, il a appelé la ville Sainte « Hachem Yireh » (Dieu a désigné) (Gen. 22, 14), car Sion est le témoin de cet échange entre Dieu et son fidèle, où chacun va se priver de quelque chose pour se donner à l’autre.

Enfin, Jérusalem est le symbole de la justice. Le Midrach nous apprend que Malkitsedek (qui est Sem le fils de Noé selon la Tradition juive) a appelé Jérusalem « Chalem », comme le verset dit : « Et Malkitsedek le roi de Chalem » (Gen. 14, 18). Malkitsedek signifie « le roi de Justice », et il règne sur la Ville Sainte, appelée également Ville de Justice, comme il est dit : « La justice repose en elle » (Isaïe 1, 21) ; voir encore le Midrach Rabbah (Gen. 43, 6) « Maintenant les peuples savent que cet endroit est l’endroit choisit de Dieu, il est l’image du Sanctuaire céleste par la Présence divine appelée “Justice”, car cet endroit apporte la Justice à ses habitants. (voir Na’hamide sur le verset).

Le dévoilement de la Royauté divine ne peut se faire tant que la royauté terrestre ne se trouve pas en harmonie avec elle, dans les termes du Talmud : « La Royauté d’en bas ressemble à la Royauté d’en Haut » (Berachot 58, a). Ainsi de même que Jérusalem doit être un rayonnement de la Royauté divine pour tous les Peuples, elle ne peut être entière « Chalem » (complète) et ainsi être une bénédiction de Paix pour le monde que si elle devient patrimoine de toute l’humanité.

Tant que les diverses influences politiques ne prennent pas en compte la légitimité de tous les Peuples sur la Ville Sainte, sa lumière ne pourra pas éclairer le monde de toute sa splendeur, et ainsi apporter la véritable délivrance d’Israël, car la construction de Jérusalem unifiée est la délivrance d’Israël, comme il est dit : « L’Éternel rebâtira Jérusalem, il y rassemblera les dispersés d’Israël » (Ps. 147, 2, voir également le Talmud Berachot 49, a).

Alors nous pourrons tous appeler d’un cœur unanime la Ville Sainte au nom de Dieu, dans les termes du Talmud : « Jérusalem est appelée au nom de Dieu comme il est écrit : Dès ce jour, le nom de la ville sera : l’Éternel est là » (Ez. 48, 35) ne lit pas
chamah (est là) mais chemah (son nom) » (Baba Batrah 75, b).

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Adriana Evangelizt

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8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 22:20

Dernière partie de l'exposé de Freud sur Moïse l'Egyptien... avec une chute finale très intéressante... après la mort du Père -Moïse- et par la même celui de Dieu... survint celle du Fils pour le rachat du crime commis... après la mort d'une religion remplacée par une autre venue d'Egypte, vint la dernière dont s'empara l'Eglise de Rome. La boucle est-elle bouclée ? Certains disent que Ieschoua n'a pas dit son dernier mot. Fiat Lux.

 

 

Moïse, son peuple et le monothéisme

 

par Sigmund Freud

16ème partie

 

15ème partie

14ème partie

13ème partie

12ème partie

1ère partie

 

Moïse, son peuple et le monothéisme : deuxième partie

II. Le peuple d'Israël

VIII. La vérité historique

 

Par toutes ces digressions nous avons voulu démontrer que la religion mosaïque n'a exercé une influence sur le peuple juif que lorsqu'elle fut devenue une tradition. Sans doute n'avons-nous affaire qu'à des probabilités ; mais supposons que nous ayons acquis une preuve certaine, il ne s'en dégagerait pas moins l'impression qu'en la matière nous avons négligé le facteur quantitatif en tenant compte uniquement, du facteur qualitatif. Tout ce qui a trait à la création d'une religion - et ceci s'applique naturellement aussi à la création de la religion judaïque - est empreint d'un caractère grandiose que toutes nos explications ne suffisent pas à éclairer. Il doit y avoir un autre élément, quelque chose qui comporte peu d'analogie et n'a nulle part d'équivalent, quelque chose d'unique qui ne se peut mesurer que d'après ses conséquences et dont l'ordre de grandeur est celui de la religion elle-même.

Essayons d'aborder notre sujet par le côté inverse. Nous comprenons que le primitif a besoin d'un dieu créateur du monde, chef de sa tribu et protecteur personnel. Ce dieu a sa place derrière les aïeux disparus dont la tradition a conservé quelque souvenir. L'homme des époques plus tardives, celui de notre temps, par exemple, se comporte de la même manière. Lui aussi est resté infantile et, même à l'âge adulte, a besoin de protection, lui aussi sent qu'il ne peut se passer de l'appui de son dieu. C'est là un fait indiscutable, toutefois l'on comprend moins pourquoi il ne doit y avoir qu'un seul Dieu et pour quelle raison le passage de l'hénothéisme au monothéisme prend une aussi formidable importance. Certes, nous l'avons dit déjà, le croyant participe à la grandeur de son Dieu et plus ce Dieu est puissant, plus est efficace la protection qu'il peut assurer. Mais la puissance de Dieu ne présuppose pas son unicité. Un grand nombre de peuples ont eu d'autant plus de considération pour leur dieu que celui-ci régnait sur une plus grande multitude d'autres divinités inférieures. Ils ne pensaient pas que l'existence de ces autres divinités diminuât la grandeur du dieu principal. En admettant l'universalité de Dieu, l'homme abandonnait en outre un peu de son intimité avec celui-ci qui avait à se soucier de tous les pays et de tous les peuples. Il fallait, pour ainsi dire, partager son Dieu avec des étrangers et se consoler en pensant que l'on était préféré. Notons encore que l'idée d'un Dieu unique implique un progrès dans la spiritualité, toutefois il ne convient pas d'attacher une énorme importance à ce point.

Cependant les croyants ont trouvé un moyen de combler cette évidente lacune dans la motivation. Ils prétendent que si l'idée de Dieu a eu sur les hommes une telle emprise, c'est parce qu'elle émane de la vérité éternelle qui, bien longtemps cachée, est enfin apparue pour balayer tout ce qui existait auparavant. Nous sommes obligés d'avouer que c'est là un facteur proportionné à l'ampleur du sujet autant qu'à celle de ses effets.

Nous serions satisfaits, nous aussi, d'adopter cette solution, toutefois nous nous heurtons à une difficulté. L'argumentation religieuse est basée sur une hypothèse optimiste et idéaliste. Jamais on n'a pu établir que l'intellect humain possédât une aptitude particulière à discerner la vérité ni que l'esprit humain tendît spécialement à accepter la vérité. Nous savons, au contraire, que l'intelligence humaine s'égare très facilement à notre insu et que nous ajoutons aisément foi, sans nous soucier de la vérité, à tout ce qui flatte nos désirs et nos illusions. Voilà pourquoi notre adhésion n'est pas totale. Nous aussi pensons que la solution proposée par les croyants est vraie, mais vraie historiquement et non pas matériellement. Et nous revendiquons le droit de corriger une certaine déformation subie par cette vérité quand elle réapparut. C'est-à-dire que si nous ne croyons pas à l'existence aujourd'hui d'un Dieu suprême tout-puissant, nous pensons qu'aux époques primitives il y eut un personnage qui dut alors sembler gigantesque et qui, élevé ensuite au rang divin, resurgit dans le souvenir des hommes.

Nous supposions que la religion mosaïque, après avoir été rejetée et en partie oubliée, réapparut plus tard sous la forme de tradition. Nous admettons maintenant que ce processus n'était que la répétition d'un processus antérieur. En apportant au peuple l'idée d'un Dieu unique, Moïse ne lui donnait rien de nouveau et ne faisait que ranimer un événement ancien remontant aux époques primitives de la famille humaine et qui avait, depuis longtemps, échappé à la mémoire consciente des hommes. Mais cet événement avait été si important, avait provoqué ou bien préparé de tels changements dans l'existence des hommes que tout permet de croire qu'il avait laissé dans l'âme humaine une trace profonde, comparable à une tradition.

La psychanalyse des individus nous apprend que les impressions les plus précoces, recueillies à une époque où l'enfant ne fait encore que balbutier, provoquent un jour, sans même resurgir dans le conscient, des effets obsédants. Nous sentons qu'il doit en aller de même quand il s'agit des événements les plus précoces vécus par l'humanité. L'un des effets dus à ces événements serait justement l'apparition du concept d'un seul Dieu tout-puissant ; il s'agit là, il est vrai, d'un souvenir déformé mais malgré tout réel. Ce concept possède un caractère obsédant et il faut se contenter d'y ajouter foi. Dans la mesure où il est déformé, on peut l'appeler démence ; dans la mesure où il apporte quelque lumière sur le passé on doit l'appeler vérité. La démence des psychopathes elle-même renferme une parcelle de vérité et la conviction du malade s'établit sur cette parcelle pour au-delà se répandre sur toute la construction démentielle.

Ce qui va suivre n'est qu'une répétition à peine modifiée de mon premier exposé.

En 1912, j'ai essayé dans a Totem et Tabou » de reconstituer la situation ancienne dont découlèrent toutes ces conséquences. Dans ce but, j'ai utilisé certaines réflexions théoriques de Charles Darwin, d'Atkinson et surtout de Robertson Smith en les combinant avec certaines découvertes et certaines suggestions de la psychanalyse. A Darwin, j'empruntai l'hypothèse suivant laquelle les hommes avaient originairement vécu en petites hordes, dont chacune était soumise à l'autorité tyrannique et brutale d'un mâle plus âgé qui avait réduit à merci des jeunes hommes dont certains étaient ses fils, ou s'était débarrassé d'eux. J'adoptai la description donnée par Atkinson de la fin du régime patriarcal : les fils révoltés se liguèrent contre leur père, le vainquirent puis le dévorèrent en commun. Me basant sur la théorie du totem de Robertson Smith, j'admis que le clan totémique des frères succéda à la horde du père. Afin de vivre en paix, les frères victorieux renoncèrent aux femmes pour lesquelles cependant ils avaient assassiné leur père et édictèrent l'exogamie. La puissance paternelle ayant aussi été brisée, les familles s'organisèrent d'après le droit matriarcal. L'ambivalence des fils à l'égard de leur père persista au cours de toute l'évolution ultérieure. En lieu et place du père, un certain animal fut choisi comme totem, considéré comme l'ancêtre, l'esprit protecteur, et il fut interdit de lui faire du mal ou de le tuer. Toutefois, une fois l'an, tout le clan s'assemblait pour un festin où l'animal totem, révéré en général, était mis en pièces et dévoré en commun. Personne n'était autorisé à s'abstenir de participer à ce festin qui était une répétition solennelle du meurtre du père, meurtre qui avait marqué le début d'un nouvel ordre social, d'une nouvelle loi morale et d'une nouvelle religion. Plusieurs auteurs ont, avant moi, été frappés de la relation qui existe entre le festin totémique de Robertson Smith et la communion chrétienne.

Je continue présentement à m'en tenir à cette façon de considérer les choses. On m'a maintes fois véhémentement reproché de n'avoir pas, dans les récentes éditions de mon oeuvre, modifié mes opinions, puisque de modernes ethnographes, avec un ensemble parfait, ont rejeté les théories de Robertson Smith pour les remplacer par d'autres entièrement différentes. A cela je réplique que tout en étant bien au courant de tous ces soit-disant progrès, je ne suis convaincu ni de leur bien-fondé ni des erreurs de Robertson Smith. Contester n'est pas nécessairement réfuter et innover ne signifie pas toujours progresser. Et surtout je ne me donne pas pour ethnographe, mais pour psychanalyste et j'étais en droit de tirer de données ethnographiques ce dont j'avais besoin pour mon travail psychanalytique. Les travaux du génial Robertson Smith m'ont fourni de précieux points de contact avec le matériel psychologique de l'analyse en même temps que des suggestions pour utiliser ce matériel. Je n'en saurais dire autant des travaux de ses contradicteurs.

 

IX. Le développement historique

 

Je ne puis reproduire ici de façon détaillée le contenu de « Totem et Tabou », mais j'essaierai de combler le fossé qui sépare ces présumés événements primitifs et la victoire. à une période historique, du monothéisme. Une fois qu'eurent été institués le clan des frères, le matriarcat, l'exogamie et le totémisme, il se réalisa une évolution qu'on peut considérer comme un lent « retour du refoulé ». Ce n'est pas dans son sens propre que le mot « refoulé » est employé. Il signifie ici quelque chose de passé, de révolu et de surmonté dans la vie d'un peuple et ce quelque chose nous tentons de le traiter comme un équivalent du matériel refoulé dans le psychisme de l'individu. Nous ne sommes pas encore en mesure de dire sous quelle forme psychologique le passé subsiste pendant sa période d'obscurcissement. Il n'est guère facile de transférer à la psychologie collective les concepts de la psychologie individuelle et je doute qu'il puisse y avoir quelque profit à instaurer le concept d'un inconscient « collectif ». Le contenu de l'inconscient n'est-il pas, dans tous les cas, collectif ? Ne constitue-t-il pas une propriété générale de l'humanité ? Ne nous servons donc, pour le moment, que des analogies. Les phénomènes qui se produisent dans la vie des peuples, sans être absolument identiques à ceux que la psychopathologie nous fait connaître, sont cependant très semblables à ces derniers. Concluons-en que les résidus psychiques de ces époques primitives ont constitué un héritage qui, à chaque génération nouvelle, a dû être non pas reconquis, mais rendu au jour. Considérons, par exemple, le symbolisme du langage qui semble certainement inné. Il remonte à l'époque même où le langage naquit et est familier à tous les enfants sans jamais leur avoir été enseigné. Malgré la diversité des langues, ce symbolisme est le même chez tous les peuples. Les investigations de la psychanalyse nous fournissent, sur des points douteux, d'autres renseignements encore. Nous constatons qu'en bien des circonstances importantes nos enfants ne réagissent pas de la manière que devrait leur inspirer leur propre expérience, mais instinctivement, à la façon des animaux, ce qui ne peut s'expliquer que par atavisme phylogénétique.

Le retour du refoulé s'effectue avec lenteur, non pas spontanément mais sous l'influence de tous les changements des conditions de la vie, changements qui abondent dans l'histoire de la civilisation humaine. Je ne puis examiner ici les conditions de ces changements ni donner plus qu'une énumération incomplète des étapes de ce retour. Le père redevint le chef de la famille, sans récupérer toutefois l'omnipotence du père de la horde primitive. Au cours d'étapes transitoires bien délimitées, l'animal totem a été évincé par le dieu. Au début, le dieu sous sa forme humaine conserve encore la tête de l'animal ; plus tard il prend volontiers la forme même de cet animal, puis l'animal lui devient sacré et il en fait son compagnon préféré, ou alors il a tué l'animal dont il ajoute le nom au sien. Entre l'animal totem et le dieu, le héros a fait son apparition, ce qui n'a constitué souvent qu'un stade précoce de la déification. L'idée d'une divinité supérieure semble surgir de bonne heure, d'abord confuse et sans rapport avec les préoccupations quotidiennes de l'homme. Lorsque les tribus et les peuples se groupèrent en plus vastes unités, les dieux eux-mêmes s'organisèrent en familles, en hiérarchies. Souvent l'un des dieux grandit et devient le maître des autres dieux et des hommes. L'étape suivante, celle qui conduit à l'adoration d'un seul Dieu, se franchit avec hésitation. Enfin on en arrive à révérer ce Dieu unique, à lui attribuer l'omnipotence et à ne souffrir à ses côtés aucune autre divinité. C'est alors seulement que la grandeur du père de la horde primitive se trouve rétablie et que les émois qu'il suscitait peuvent être répétés.

Cette reprise de contact avec ce dont les hommes avaient été si longtemps privés, avec ce à quoi ils aspiraient, eut un effet écrasant et tel exactement que nous le rapporte la tradition en nous décrivant comment la loi fut édictée sur le Sinaï. Le peuple ressentit de l'admiration, du respect, de la reconnaissance envers ce Dieu qui lui donnait ce témoignage de sa faveur : la religion de Moïse ne connaît que ces sentiments positifs envers Dieu le Père. La croyance en l'invincibilité de Dieu, la soumission à sa volonté n'avaient pu être plus absolues chez le fils sans défense, craintif du père de la horde primitive et elles se conçoivent aisément si l'on se replace, par la pensée, dans un milieu infantile et primitif. Les émotions infantiles sont bien plus intenses, bien plus inépuisables que celles des adultes et seule l'extase religieuse peut les ramener. C'est ainsi qu'un transport de dévotion fut la première réaction au retour du Père tout-puissant.

Le sens dans lequel devait évoluer cette religion du Père se trouvait donc à tout jamais fixé, mais l'évolution elle-même n'en était pas achevée pour autant. L'ambivalence est un caractère essentiel des relations entre père et fils. Il fallait bien qu'au cours des siècles l'hostilité, qui avait un jour incité les fils à tuer un père à la fois admiré et redouté, se manifestât à nouveau. Une haine meurtrière à l'égard du père ne devait plus trouver place dans le cadre de la religion mosaïque. Une seule puissante réaction pouvait se manifester : un sentiment de culpabilité, le remords d'avoir péché et de continuer à pécher envers Dieu. Ce sentiment de culpabilité sans cesse entretenu par les prophètes, et qui devint bientôt partie intégrante du système religieux, avait encore une autre motivation superficielle qui dissimulait adroitement son origine réelle. Le peuple eut de durs moments à traverser, les espoirs qu'il avait mis en Dieu tardaient à se réaliser et il lui devenait vraiment difficile de continuer à se croire le peuple élu. Pour ne pas renoncer à ce bonheur, il fallait bien qu'un sentiment de culpabilité, que la conscience d'avoir péché, vint bien à propos disculper Dieu. En effet, c'est parce que l'on avait enfreint les lois du Seigneur que celui-ci vous punissait. Et par besoin d'atténuer le remords implacable jailli d'une source si profonde, on se voyait contraint de rendre ces lois toujours plus rigoureuses, plus pénibles et aussi plus mesquines. Dans un nouveau transport d'ascétisme, les Juifs s'imposaient constamment de nouveaux renoncements instinctuels et parvenaient, par ce moyen, tout au moins en théorie et en doctrine, à atteindre des sommets éthiques inaccessibles aux autres peuples de l'antiquité. Nombre de Juifs considèrent ces hautes aspirations comme la seconde grande caractéristique et la seconde grande réalisation de leur religion. Nous cherchons à démontrer comment elles se relient à la première idée, à la conception d'un Dieu unique. Il est indéniable que cette éthique tire son origine d'un sentiment de culpabilité dû à un sentiment réprimé d'hostilité envers Dieu. Elle a le caractère jamais achevé, inachevable, des formations réactionnelles qu'on observe dans les névroses d'obsession. On devine aussi qu'elle sert secrètement de châtiment.

Ce qui advint ensuite dépasse le judaïsme. D'autres éléments resurgis de la tragédie qui s'était jouée autour de la personne du père primitif ne sont nullement compatibles avec la religion mosaïque. A cette époque le sentiment de culpabilité ne demeura pas l'apanage des Juifs ; il affecta, à la manière d'un vague malaise, d'un triste pressentiment dont nul ne pouvait expliquer la cause, tous les peuples méditerranéens. Les historiens modernes parlent d'un vieillissement de la culture antique, je les soupçonne fort de n'avoir vu, dans cette dépression des peuples, que les causes occasionnelles et accessoires. C'est le judaïsme qui clarifia cette situation pénible. Bien que les voies eussent été préparées de différents côtés, ce fut cependant dans l'esprit d'un Juif, Saul de Tarse, qui en tant que citoyen romain était appelé Paul, que naquit l'idée suivante : « Si nous sommes aussi malheureux, c'est parce que nous avons tué Dieu le Père. » Nous concevons parfaitement qu'il n'ait pu saisir cette vérité que sous la forme fabulée, erronée, de cette bonne nouvelle : « Nous voilà débarrassés de toute culpabilité depuis que l'un d'entre nous a donné sa vie pour le rachat de tous nos péchés. » Évidemment, on ne trouve pas dans cette formule d'allusion au meurtre de Dieu, mais un crime que seul le sacrifice d'une vie pouvait racheter pouvait-il être autre chose qu'un meurtre? Il était dit, de plus, que le sacrifié était le propre Fils de Dieu, ce qui établissait un lien entre l'illusion et la vérité historique. Puisant sa force dans une vérité historique, la nouvelle foi put surmonter tous les obstacles; au sentiment enivrant d'avoir été choisi succéda le soulagement de la rédemption salvatrice. Toutefois le fait de l'assassinat du père, quand son souvenir resurgit dans la mémoire des hommes, eut à surmonter de bien plus grands obstacles que l'autre, celui qui avait constitué l'essence du monothéisme. Ce fait-là subit aussi de bien plus considérables déformations. Le meurtre dont on ne pouvait faire mention fut remplacé par le concept vraiment vague du péché originel.

Péché originel, rédemption par le sacrifice d'une vie, telles devinrent les bases de la nouvelle religion fondée par Paul. Au sein de la horde des frères révoltés, s'était-il vraiment trouvé un meneur, un instigateur du meurtre ou bien ce personnage a-t-il été créé ultérieurement et introduit dans la tradition par les poètes pour se magnifier eux-mêmes ? C'est là une question qui demeure sans réponse. Après que la doctrine chrétienne eut fait sauter les cadres du judaïsme, elle emprunta certains éléments à bien d'autres sources, renonça à divers caractères du monothéisme pur et adopta nombre de particularités rituelles propres aux autres peuples méditerranéens. Tout se passa comme si l'Égypte se vengeait des héritiers d'Ikhnaton. Il convient de noter la façon dont la nouvelle religion avait résolu le problème de l'ambivalence en ce qui concerne les relations entre père et fils. Certes, le fait principal y était la réconciliation avec Dieu le Père et l'expiation du crime perpétré envers celui-ci, mais, d'autre part, un sentiment inverse se manifestait également du fait que le Fils, en se chargeant de tout le poids du péché, était lui-même devenu Dieu aux côtés ou plutôt à la place de son Père. Issu d'une religion du Père, le christianisme devint la religion du Fils et ne put éviter d'éliminer le Père.

Une partie seulement du peuple juif adopta la nouvelle doctrine et ceux qui la rejetèrent s'appellent encore aujourd'hui les Juifs. Du fait de cette décision, ils se trouvent à l'heure actuelle plus séparés que jadis du reste du monde. Les nouvelles communautés religieuses qui, en dehors des Juifs, comprenaient des Égyptiens, des Grecs, des Syriens, des Romains et ultérieurement aussi des Germains, reprochèrent aux Juifs d'avoir assassiné Dieu. Voici quel serait le texte intégral de cette accusation : « Ils n'admettent pas qu'ils ont tué Dieu, tandis que nous, nous l'avouons et avons été lavés de ce crime. » On aperçoit facilement la part de vérité dissimulée derrière ce reproche. Il serait intéressant de rechercher, en en faisant l'objet d'une étude particulière, pourquoi il a été impossible aux Juifs d'évoluer dans le même sens que les autres en adoptant une religion qui, en dépit de toutes les déformations, avoue le meurtre de Dieu. Les Juifs ont par là assumé une lourde responsabilité qu'on leur fait durement expier!

Peut-être notre travail a-t-il jeté quelque clarté sur la façon dont le peuple juif a acquis les qualités qui le caractérisent. Mais comment a-t-il réussi à maintenir jusqu'à nos jours son individualité? C'est là une question qui n'est pas encore élucidée. Il est raisonnable de renoncer à résoudre entièrement cette énigme. Ce que j'ai pu offrir dans mon étude n'est qu'une simple contribution qui ne doit être appréciée qu'en tenant compte des limitations mentionnées au début de cet ouvrage.

Notes

1 Dans l'ancien temps, il arrivait souvent qu'on insultât les Juifs en les traitant de lépreux. Cette injure doit être considérée comme une projection : « Ils se tiennent éloignée de nous comme si nous étions des lépreux. »

2 Gardons-nous de laisser faussement croire à certains que la complexité du monde est telle que toute explication doit nécessairement comporter une parcelle de vérité. Non, notre esprit a conservé la liberté d'inventer des rapports, des relations qui n'ont aucun équivalent dans la réalité et il attache évidemment un grand prix à cette faculté en en faisant, dans les, sciences et ailleurs encore, un important usage.

3 Voir Frazer, l. c.

4 Allusion à un passage de Faust: « Ne méprise que la raison et la science. »

5 Laissons une fois encore la parole au poète. Voici comment il explique son inclination :

Du warts in abgelebten Zeiten.

Meine Schwester oder meine Frau.

« Tu fus en des temps révolus ma soeur ou bien ma femme. » (Goethe, vol. IV, Ed. de Weimar, p. 97).

Posté par Adriana Evangelizt

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8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 21:05

 

 

Moïse, son peuple et le monothéisme

 

par Sigmund Freud

 

15ème partie

14ème partie

13ème partie

12ème partie

1ère partie

 

Moïse, son peuple et le monothéisme : deuxième partie

II. Le peuple d'Israël

VI. La part de vérité dans la religion

 

Avec quelle envie ne considérons-nous pas, nous, hommes de peu de foi, ceux qui sont convaincus de l'existence d'un Être Suprême! Pour ce Grand Esprit, l'univers n'offre plus de problème puisqu'il a lui-même tout créé et tout organisé. Combien vastes, profondes, définitives, semblent les théories professées par les croyants quand on les met en parallèle avec ces pénibles, mesquins et fragmentaires essais d'explication qui constituent le maximum de ce que nous pouvons donner! L'Esprit Divin, qui est en soi l'idéal de la perfection éthique, a inculqué aux hommes la connaissance de cet idéal et en même temps l'aspiration à s'y hausser. Ils distinguent immédiatement ce qui est noble et élevé de ce qui est bas et vil. Leur vie affective s'évalue d'après la distance qui les sépare de leur idéal et ils éprouvent une grande satisfaction à s'en rapprocher, à être, pour ainsi dire, périhélies. Au contraire, quand ils s'en éloignent, quand ils sont aphélies, ils en éprouvent un grand déplaisir. Tout est ainsi réglé si simplement , si inébranlablement! Regrettons seulement que certaines expériences de la vie, certaines observations de l'univers, nous empêchent absolument d'admettre l'hypothèse de cet Être Suprême. Comme si le monde ne nous offrait pas assez de problèmes, nous voilà obligés de rechercher comment ceux qui possèdent la foi ont pu l'acquérir et d'où cette foi tire son pouvoir de vaincre « et la raison et la science 4 ».

Revenons au problème plus modeste dont nous nous sommes jusqu'ici occupés. Demandons-nous d'où le peuple juif a pu tirer ce caractère particulier qui lui a, selon toutes probabilités, permis de subsister jusqu'à nos jours. Nous avons vu que Moïse avait créé ce caractère en donnant aux Juifs une religion qui augmenta leur confiance en eux-mêmes au point qu'ils se considérèrent comme supérieurs à tous les autres peuples. Ils survécurent alors en ne se mêlant pas aux autres. Les mélanges de sangs importèrent peu en l'occurrence, car ce qui unissait les Juifs entre eux c'était un facteur idéal : la possession commune d'un certain trésor intellectuel et affectif. Si la religion mosaïque put produire cet effet, c'est

1º parce qu'elle permit au peuple de participer à la grandeur d'un nouveau concept de la divinité,

2º parce qu'elle affirma que Dieu avait «choisi » ce peuple qui devrait, entre tous, jouir de sa faveur spéciale,

3º parce qu'elle imposa au peuple un progrès dans la spiritualité, progrès qui, déjà important en soi, put encore ouvrir la voie au respect du travail intellectuel et à de nouveaux renoncements aux pulsions.

Telle est donc notre conclusion, mais bien que nous n'en voulions rien rétracter, nous ne nous dissimulons guère qu'elle n'est pas totalement satisfaisante. La cause ne s'accorde pour ainsi dire pas avec le résultat. Le fait que nous tentons d'expliquer semble différer, par son ordre de grandeur, des motifs que nous découvrons. Il se peut que l'ensemble des recherches faites jusqu'ici n'ait pas encore permis de découvrir tous ces motifs mais seulement une partie superficielle de ceux-ci. Ne se dissimulerait-il pas, là derrière, un facteur très important? Étant donné l'extrême complexité de toutes les causations dans la vie et dans l'histoire, il faut bien s'attendre à quelque chose de ce genre.

L'accès vers ces motifs plus profonds nous est ouvert dans un certain passage de l'exposé ci-dessus. La religion de Moïse n'a pas eu d'effets immédiats, mais a agi, au contraire, de façon curieusement indirecte. Je n'entends pas dire par là que ces effets aient été tardifs, qu'elle ait mis longtemps, plusieurs siècles, à en achever la production, ce qui va de soi quand il s'agit du caractère d'un peuple. Non, notre remarque s'applique à un fait historique de la religion judaïque ou, si l'on préfère, à un fait que nous avons inséré dans cette histoire. Nous avons dit qu'au bout d'un certain temps, le peuple juif rejeta à nouveau la religion de Moïse, mais nous ne pouvons spécifier si ce fut en totalité ou si quelques-unes des prescriptions du prophète furent maintenues.

En admettant que pendant la longue période de temps où s'acheva la conquête de Canaan et où se poursuivirent les luttes contre les peuples déjà installés dans le pays, la religion de Jahvé ne différa pas essentiellement de celle de Baal, nous restons sur le terrain historique et cela malgré toutes les tentatives tendancieuses faites ultérieurement pour dissimuler ce honteux état de choses. Toutefois la religion de Moïse n'avait pas disparu sans laisser de traces ; il en était demeuré une sorte de souvenir obscur et déformé, peut-être conservé chez certains membres du clergé par d'anciens documents. Et c'était cette tradition d'un grand passé qui continuait à agir à l'arrière-plan, prenant toujours plus d'empire sur les esprits. Finalement elle réussit à transformer le Dieu Jahvé en Dieu de Moïse et à ranimer, après plusieurs siècles d'abandon, la religion instituée par ce dernier.

Dans un chapitre précédent de ce livre nous avons formulé une hypothèse qui semble inéluctable quand on cherche à comprendre ce que la tradition a pu ici réaliser.

 

VII. Le retour du refoulé

 

Parmi les phénomènes que l'étude psychanalytique de la vie psychique nous a permis de connaître, il en est beaucoup d'analogues à celui dont nous venons de parler. Certains sont qualifiés de pathologiques, d'autres sont considérés comme normaux. Mais peu importe, car la délimitation entre les deux est peu marquée et les mécanismes sont, en grande partie, identiques. Ce qui nous intéresse, c'est de savoir si les changements en question affectent le moi lui-même ou lui restent étrangers, devenant alors ce qu'on appelle des symptômes. Parmi tout le matériel dont je dispose, je choisis des cas se rapportant à la formation du caractère.

Une jeune fille a pris en toutes choses le contre-pied de sa mère, a cultivé toutes les qualités qu'elle ne trouvait pas en celle-ci et évité tout ce qui lui ressemblait. Ajoutons à cela que, comme toute autre petite fille, elle avait dans sa petite enfance commencé par s'identifier à sa mère, tandis que maintenant elle se révolte avec énergie contre cette identification. Une fois mariée cependant, devenue femme et mère, la même jeune personne, ne soyons pas surpris de le constater, ressemble de plus en plus à cette mère ennemie pour enfin s'identifier à elle, comme autrefois. Un fait analogue se produit chez les garçons et le grand Goethe lui-même qui, dans sa jeunesse, avait certainement méprisé un père rigide et tatillon, développe, dans son vieil âge, certains traits de caractère de celui-ci. Ce résultat est plus frappant encore quand le contraste entre les deux personnes est plus marqué. Un jeune homme que le sort condamna à être élevé auprès d'un père indigne devint tout d'abord, par révolte contre lui, un garçon honnête, laborieux, plein de bonne foi. A l'âge adulte, son caractère se modifia et il se comporta dès lors comme s'il avait pris son père pour modèle. Afin de ne pas perdre de vue le lien qui unit ces faits à notre sujet, rappelons-nous qu'au début d'un pareil processus, il existe toujours une identification précoce avec le père. Cette identification se trouve ensuite abandonnée et même surcompensée pour finalement s'instaurer à nouveau. Chacun sait depuis longtemps que les faits des cinq premières années de la vie exercent sur notre existence une influence décisive à laquelle rien ne saurait plus tard s'opposer. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur la manière dont ces expériences précoces résistent ultérieurement à tous les efforts tendant à les modifier, mais ce n'est pas ici le lieu de le faire. On sait moins bien toutefois que la plus forte des influences obsédantes découle d'impressions reçues à une époque de l'enfance où, à ce que nous croyons, l'appareil psychique de l'enfant n'est pas encore prêt à les accueillir. Le fait lui-même, cependant, est indiscutable mais semble si surprenant que nous allons nous efforcer de le faire comprendre en comparant le processus à un cliché photographique qui peut être développé et transformé en image au bout d'un temps plus ou moins long. Quoi qu'il en soit notons avec plaisir qu'un écrivain plein d'imagination, avec la hardiesse que l'on permet au poète, a fait avant moi cette déconcertante découverte. E. T. A. Hoffmann attribuait la richesse en personnages imaginaires de ses oeuvres à la diversité des images et des impressions reçues par lui, au cours d'un voyage de plusieurs semaines en chaise de poste, lorsqu'il n'était qu'un nourrisson tétant encore sa mère. Tout ce qu'un enfant de deux ans a déjà pu voir sans le comprendre peut bien ne jamais revenir à sa mémoire, sauf dans ses rêves. Le traitement analytique seul sera capable de lui faire connaître ces événements. Mais à un moment donné ces derniers, doués d'une grande force compulsionnelle, peuvent surgir dans la vie du sujet, lui dicter ses actes, déterminer ses sympathies ou ses antipathies et souvent décider de son choix amoureux lorsque ce choix, cas très fréquent, est indéfendable du point de vue rationnel. Il ne faut pas méconnaître les deux points par où ces faits se rattachent à notre problème. En premier lieu, l'éloignement dans le temps 5 , qui est ici le facteur essentiel par exemple en ce qui concerne cet état spécial de la mémoire que nous appelons « inconscient ». N'y a-t-il pas là une analogie avec l'état de choses que, dans la vie affective d'un peuple, nous attribuons à la tradition ? Il convient de dire cependant qu'il n'a pas été facile d'appliquer à la psychologie collective le concept d'inconscient.

Les mécanismes mêmes qui font surgir les névroses jouent toujours dans les phénomènes que nous étudions ici. Dans les deux cas, les événements déterminants ont eu lieu dans la prime enfance, mais dans le dernier cas, l'accent porte non sur l'époque mais sur le processus qui s'est opposé à l'événement, sur la réaction à celui-ci. Schématiquement voici comment les choses se passent - l'événement crée une exigence instinctuelle qui veut être satisfaite. Le moi s'oppose à cette satisfaction soit parce qu'il se trouve paralysé par la grandeur excessive de l'exigence, soit parce qu'il la trouve dangereuse. De ces deux raisons c'est la première qui est plus primitive, mais toutes deux aboutissent à l'évitement d'une situation périlleuse. Le moi se défend contre le danger en utilisant le phénomène du refoulement, l'émoi pulsionnel est, d'une manière quelconque, entravé et l'incitation ainsi que les perceptions et les représentations concomitantes sont oubliées. Mais le processus n'est pas pour autant achevé car, en effet, ou bien la pulsion a conservé sa force ou bien elle tend à la récupérer ou bien enfin elle est ranimée par quelque incident nouveau. Elle redevient ainsi exigeante, mais comme la voie de la satisfaction normale reste barrée du fait de ce que nous appelons la «cicatrice » du refoulement, elle se fraye quelque part, en un point mal défendu, un autre accès vers une soi-disant satisfaction substitutive qui apparaît sous la forme d'un symptôme, et tout ceci sans l'assentiment ni la compréhension du moi. Tous les phénomènes de la formation des symptômes peuvent être considérés comme des « retours du refoulé ». Leur caractère distinctif est la déformation qu'ont subie, par rapport à leur forme originale, les éléments resurgis. Peut-être va-t-on nous reprocher de nous être, en examinant ce groupe de faits, trop éloigné de notre parallèle avec la tradition. Ne le regrettons pas si nous avons pu, de cette façon, serrer de plus près le problème du renoncement aux pulsions.

16ème partie La vérité historique

Posté par Adriana Evangelizt

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8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 18:39

 

LA FRANC-MACONNERIE ET L'ANTISEMITISME


 
par Lucien SABAH

 5ème partie

4ème partie

3ème partie

2ème partie

1ère partie

 

29
Après une discussion à laquelle prennent part les Frères de Lanessan, Louis Lucipia, Dazet et Hubbard, le Conseil invite le Frère Desmons à se rendre, en sa qualité de Sénateur, chez le Président de la République, puisqu'il est connu de tout le monde qu'il est président du Conseil de l'Ordre et peut exprimer les sentiments de la Maçonnerie tout entière.


Mostaganem.
"Livre d'Or" 1-3-1897 Le Frère Peuriere (Rosaba dit) : on lui a demandé dans les interrogatoires qu'il a subis quand il n'avait pas encore reçu la Lumière quelle était sa manière de voir concernant la question antisémitique. Il pense avoir donné toutes les explications qu'il était possible de fournir sur la situation où il se trouvait à ce moment-là, mais il désirerait savoir aujourd'hui quel est le rôle joué par la Franc-Maçonnerie dans cette importante question et de quelle façon on entend combattre les Juifs dans les Loges ?


Le Vénérable (Rigaud) lui répond que l'atelier a son opinion faite à cet égard : "nous n'avons jamais fait ici de l'antisémitisme une antienne, attendu qu'aucune difficulté ne s'était jamais présentée à ce sujet, mais il faut bien se pénétrer que la Franc-Maçonnerie est l'adversaire de tous les préjugés et de tous les privilèges que se créent les Juifs". Différents voeux ont été présentés sur cette question par différents Congrès maçonniques, mais jusqu'à présent il ignore le sort qui leur a été réservé au Grand Orient".


Le Frère Bertrand improvise : il retrace le rôle de la Franc-Maçonnerie qui doit se tenir audessus des questions de personnes et de partis pour poursuivre le but humanitaire qui justifie sa raison d'être et faire triompher ses principes qui sont de tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.
Il désirerait que le Frère Peuriere développe ses idées dans une prochaine tenue, où il nous ferait une conférence sur l'abrogation du décret Crémieux. Il tient à sa disposition les travaux qui ont déjà été faits à ce sujet et dans lesquels le Frère Peuriere pourra puiser des éléments précieux.


15-3-1897 Demande salle des fêtes pour conférence sur l'organisation à Mostaganem d'une société coopérative.
Dans la discussion qui a lieu, il résulte que le Comité de cette conférence se réserverait de faire des invitations personnelles pour assister à cette réunion dans laquelle les questions antisémitiques pourraient ne pas être étrangères.
L'Atelier ne croit pas devoir entrer dans cette voie : si une réunion doit avoir lieu dans le local maçonnique, il importe qu'elle soit publique. La Loge serait heureuse de contribuer à cette oeuvre sociale qui ne doit comporter aucune restriction de personnes.
Sur proposition du Frère Brunet, la Loge décide que la salle serait mise à la disposition du Comité à la condition expresse que la réunion sera essentiellement publique.


15-3-1897 Frère Priou appartenant au Conseil de l'Ordre : "Dans quelques instants la Loge donnera à des Frères le grade de Maître qui donne la plénitude des droits maçonniques. Il convient donc de n'accorder cette augmentation de salaire qu'avec toute la circonspection voulue. "Par l'initiation au 1er grade, le Frère a pris l'engagement de se respecter davantage... il doit se pénétrer bien des enseignements maçonniques qui lui prescrivent de servir la cause commune;
"Aussi quand un Frère demande la maîtrise, il faut avant tout nous assurer s'il a honoré la grande famille maçonnique et s'il a été un exemple de vertu civique".


28-6-1897 "Faisant l'historique de la question juive, le Frère Yvars, dans un langage très dur pour les Juifs nous les montre usuriers, sans Patrie, faisant de mauvais soldats et, partant, incapables d'être de bons citoyens. Il fait ressortir la précipitation qui a été apportée en 1871 au lendemain de nos désastres, pour faire aboutir le décret dit décret Crémieux donnant à tous les Juifs indigènes le titre de citoyen français. Et par des considérants habilement agencés, il arrive à exposer son voeu concernant l'abrogation pure et simple du décret dont il s'agit avec une condition : c'est que la loi à intervenir aura un effet rétroactif.

"Le Vénérable dit qu'on a fait observer au Frère Yvars, au sein de la commission des voeux qu'une motion identique avait été votée il y a deux ans par le Congrès de Constantine, mais que le Grand Orateur ne lui a pas fait un accueil favorable.
"Avant de voter un pareil voeu, il est nécessaire de le discuter froidement en Loge, d'autant plus qu'il ne parait pas répondre aux sentiments maçonniques exprimés dans l'article 1er de notre Constitution.
"Sur sa demande, la parole est donnée au Frère Courtois. Ce Frère expose que dans la Tenue du 14 juin dernier, il a proposé deux voeux : le 1er tendant à ce que tous les Francs-Maçons de l'Orient qui occupent des Juifs les remplacent par des Français, et le deuxième relatif à la création d'un comptoir d'escompte à Mostaganem ; en ce qui concerne ce dernier, il voudrait voir l'Atelier prêter son concours à l'organisation d'une pareille société destinée à combattre l'influence financière des Juifs de la localité. Le Frère Courtois trouve étrange que mention de ces deux voeux n'ait pas été faite au procès-verbal de la dernière séance.
"Le Vénérable lui fait remarquer qu'après la lecture du tracé, il a demandé si on avait des observations à présenter, les colonnes étant muettes et après conclusion de l'Orateur, le tracé a été approuvé à l'unanimité, il n'y a donc plus lieu de revenir sur une affaire qui a reçu une solution. Quant aux vœux du Frère Courtois, il aurait dû, s'il tenait à les faire discuter, les soumettre par écrit à la commission des voeux qui s'est réunie le 21 juin courant, ainsi qu'il en avait le loisir.
"Le Frère Priou obtient la parole et fait connaître à l'Atelier que ce n'est pas en qualité de membre du Conseil de l'Ordre qu'il va parler, mais comme membre de ce Respectable Atelier.
"Avec les sentiments maçonniques qu'on lui connaît, le Frère Priou démontre que le vœu du Frère Yvars est antimaçonnique ; il regrette que ce Frère qui est un Maçon ait oublié les enseignements qu'il a reçus dans ce Temple, au point de venir, le lendemain des troubles, alors que les esprits sont encore échauffés, faire dans la forme où il l'a présenté, un tel voeu ; c'est vouloir, dit-il, influencer les Frères pour faire aboutir une idée, ce n'est pas ainsi que nous devons travailler.
"Le Frère Priou fait remarquer qu'il invite les israélites dans la Franc-Maçonnerie : ils ont été reconnus dignes d'y rentrer, ils n'ont commis aucune faute, ils sont donc dignes d'être nos Frères, pourquoi les blesser gratuitement dans leurs sentiments en employant constamment le mot Juif?
Le Frère Yvars ne paraît pas avoir attaché toute cette importance dans ses considérants et il s'est laissé égarer par les sentiments que nous avons tous ressentis au lendemain du lâche attentat dont plusieurs jeunes gens français ont été les victimes à Mostaganem ; mais ce n'est pas une raison pour que nous Francs-Maçons, nous nous fassions l'écho des passions du dehors, nous sortirions de notre rôle, nous deviendrions intolérants.
"Le Frère Yvars reprenant la parole trouve que le Frère Priou a été très dur avec lui. Ce Frère expose qu'il a été touché par la façon dont les Juifs se comportent et c'est ce qui l'a guidé dans la préparation de son voeu.
"Que d'ailleurs, la municipalité de Mostaganem a pris elle-même l'initiative de demander, sous forme de voeu, l'abrogation du décret Crémieux et qu'il lui semble que notre Loge peut prendre parti dans la question antisémite.
"Il sait que ce sera probablement un coup d'épée dans l'eau, mais c'est en frappant, dit-il constamment sur le même clou qu'on finit par l'enfoncer.
"En terminant, le Frère Yvars fait connaître que si son voeu doit donner naissance à des discussions violentes et si on le trouve antimaçonnique, il préfère le déchirer et qu'il n'en soit plus question. Il laissera toutefois au Frère Priou le soin d'examiner si son voeu doit être maintenu.
"Ce Frère reprenant la parole fait observer que le F∴ Yvars s'est mépris sur le sens de ses paroles. Il a voulu faire remarquer que son voeu n'était pas présenté sous une forme maçonnique, qu'on sentait au contraire que le F∴ Yvars voulait imposer sa volonté. Eh bien, c'est ce qu'il ne faut pas faire dans nos travaux, nous venons tous ici pour apprendre à respecter la liberté et il faut que nos actes soient le reflet de nos enseignements.
"Toutefois il estime que le voeu du Frère Yvars peut être repris, mais à la condition expresse qu'il soit présenté sous une autre forme.

"Le Frère Grosclaude fait remarquer que dans ce voeu, il y a deux questions à envisager : la question juive proprement dite et la question politique. Ces deux questions devraient être traitées pour leur donner toute la forme nécessaire. Il est certain que le Frère Yvars trouvera auprès des personnes qui se sont occupées de ce voeu émis par la municipalité, des éléments précieux dont il pourra se servir pour retoucher son travail.
"L'Atelier décide que le voeu du Frère Yvars sera remis au prochain Convent."

 
20-2-1899 Interprétation de l'article 15 du Règlement. Au sujet de son interprétation :
"Les Ateliers ont droit de discipline... Ils s'interdisent tout débat sur les actes de l'autorité civile et toute intervention maçonnique dans les luttes des partis politiques".
Le Frère Mathis parle de l'Affaire Dreyfus. Le Frère Orateur prévient que si la discussion doit rester longtemps sur ce terrain, il sera dans l'obligation d'opposer son veto afin de faire respecter la Constitution.
Le Frère Joulin reprend la parole sur la question Mathiss, il dit que les Loges sont des lieux de libre discussion et il demande au Frère Orateur que la parole soit librement donnée aux Frères qui la demandent, sans restriction aucune et que tout se passera bien. Après une courte réplique du Vénérable expliquant le but de la discussion portée à l'ordre du jour, la parole est donnée au Frère Grosclaude.
Dans un remarquable morceau d'architecture, ce Frère fait l'historique de la question antisémite depuis son origine (1870) jusqu'à ce jour. Après avoir expliqué les manœuvres multiples des hommes politiques qui se sont servi et se servent encore de cette question comme tremplin électoral, il nous montre le clergé, la réaction, en un mot, tous les ennemis de la République ameutés à la suite, attendant impatiemment le jour de la curée qui leur semble proche. Dans une chaleureuse péroraison, le Frère Grosclaude fait appel à la solidarité maçonnique et aux sentiments vraiment républicains de tous les Frères pour que la Maçonnerie puisse résister à cette formidable coalition (dont on feint malheureusement d'ignorer l'existence) et aider, dans la mesure des moyens à sauver et défendre la République menacée.
D'unanimes applaudissements couvrent les dernières paroles de ce Frère.
(...)
Le Frère Joulin se demande s'il est préférable d'être Franc-Maçon ou antijuif. Il développe sa thèse. Les Frères Peuvriere , Grosclaude et Antoine prennent successivement la parole.
(...)
Le Frère Muhu (...) ne pense pas qu'il soit possible d'être antisémite et Franc-Maçon. Il propose une addition (...) la contradiction absolue qu'il croit devoir exister entre les principes maçonniques et l'antisémitisme (...).


17-4-1899 Lecture du jugement rendu par la Loge Union et Progrès de Constantine sur l'affaire Morinaud.
Le Vénérable donne lecture (in extenso) du jugement qui renferme de nombreuses considérations d'une rare éloquence juridique tous favorables au Frère Morinaud. Ce Frère est acquitté à la majorité. On sait que ce Frère a été mis en jugement à la suite d'une décision du Conseil de l'Ordre, lors du Convent de 1898 qui lui reprochait d'avoir fait alliance avec les pires ennemis de la République, lors des dernières élections législatives pour assurer le triomphe du parti antisémite à la tête duquel était le Frère Morinaud, dans la province de Constantine.

La brochure donnant le compte-rendu des débats sera à la disposition des Frères qui voudront la relire plus attentivement et la commenter.

 
5-6-1899 Rappelant l'affaire Morinaud dont eu à s'occuper la 3° Commission du Congrès, après avoir expliqué comment avait été préparé son acquittement et raconté la conduite indigne qu'il avait tenu à l'égard de ses Frères algérois lors de l'arrivée de Drumont, il fait connaître l'ordre du jour de flétrissure voté à l'unanimité par les membres du Congrès contre ce Frère et contre les Loges et les Frères qui ont approuvé sa conduite ou se sont solidarisés avec lui. L'Orateur termine son compte-rendu par une brillante péroraison.


31-12-1900 Motion : En cette aube du XXe siècle, les Francs-Maçons soussignés réunis dans un banquet fraternel sont heureux et fiers d'affirmer leur foi républicaine en présence des menées réactionnaires qui ont pour objet le renversement de la République. Ils s'engagent, en fervents apôtres de la liberté et de la justice, à la défendre avec la dernière énergie jusqu'au jour où, triomphante, elle verra la consécration définitive dans une République idéale résumant les déclarations des Droits de l'Homme.


Proclamation de 1899


Les Francs-Maçons du Grand Orient de France représentés par les membres de l'Assemblée générale de 1899,
Renouvellent la déclaration qui a inauguré le Convent de 1898 ;
"Fidèles aux traditions qui sont l'orgueil de la Franc-Maçonnerie ; fidèles aux principes de la Révolution qui a proclamé l'égalité des hommes devant la loi, quelle que soit leur race, quelles que soient leur philosophie et leurs croyances, et promis à tous les garanties d'une égale justice ; passionnés pour la grandeur de la patrie française, en ce que ces principes se sont incarnés, et pour le bon renom de son armée nationale, qui doit être la gardienne de la justice et la sauvegarde du droit humain - ils proclament, comme leurs prédécesseurs, que toute violation du droit est une diminution de la patrie" ;


Ils dénoncent comme criminelle et honteuse pour le pays de la Déclaration des Droits de l'Homme, la campagne trop longtemps tolérée qu'un parti de malfaiteurs publics ne craint pas de poursuivre, sous prétexte de race ou de confession, contre une catégorie de citoyens ;
Et, constatant que toutes les forces réactionnaires et cléricales sont littéralement ameutées contre le gouvernement de la République, ils comptent sur la vigilance du ministère, sur sa décision et son énergie ;
Ils déclarent attendre de lui les résolutions viriles qu'exigent impérieusement les circonstances critiques de l'heure présente ;
Ils l'assurent de toute leur confiance, de tout leur dévouement et s'engagent à lutter avec lui pour la défense de nos institutions, pour la répression nécessaire de toutes les atteintes portées à la loi, pour l'anéantissement de la conjuration cléricale, militariste, césarienne et monarchiste, pour le salut enfin et la grandeur de la patrie républicaine. (Salve d'applaudissements).
(...)
Les conclusions sont adoptées à l'unanimité moins une voix (Loge de Mascara) p 28 :

 (...)

Plusieurs membres de l'Assemblée se sont émus de ce que le Frère qui a ainsi voté, était le délégué d'une Loge de l'Algérie ; on a cru devoir s'enquérir si ce Frère était bien l'interprète fidèle de la Loge de Mascara qu'il représente : on a télégraphié à cette Loge et voici la réponse de son Vénérable qui arrive à l'instant même :
"Loge Mascara désapprouve absolument énergiquement vote de son délégué, est de coeur avec Convent pour l'admirable voeu d'hier. Signé Desmons, 33e".

 Posté par Adriana Evangelizt

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30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 22:06

 

 

 

LA FRANC-MACONNERIE ET L'ANTISEMITISME


 
par Lucien SABAH

 

4ème partie

3ème partie

2ème partie

1ère partie

"Mais non : hommes de fraternité et d'amour, vous ont dit justement les Amis de la Vérité, c'est avec les armes de la fraternité et de l'humanité que vous devez peser dans les conseils des autorités voisines ! Et cette fois vous avez d'autant plus d'espoir de réussir par une intervention toute d'amitié, que vos voeux sont dans le coeur de vos voisins aussi bien que dans les vôtres et que parmi les trois sénats de la Maçonnerie en Prusse, celui de Royal-York à l'Amitié avait, dès 1838, décidé l'admission des juifs comme visiteurs ; que le 6 décembre 1844, le Grand Maître de ce sénat proposa formellement cette libre admission au Conseil Suprême présidé par le Prince protecteur, et ne suspendit ses instances que devant le danger de voir les deux autres corps dirigeants se séparer de lui et rompre le peu d'unité de l'administration générale ; que vers le même temps, la Grande Loge Aux Trois Globes, avec l'ascendant que lui donne ses cent cinq Ateliers sur les 196 que compte la Prusse, demandait aussi à la majorité de 16 voix sur 27, le renversement de cette barrière fatale, et que ces deux Grande Loges annonçant chacune à leurs Ateliers qu'elles n'avaient pu réussir encore, ajoutaient expressément dans leur circulaire, qu'il ne s'agissait pas d'abandonner le principe, mais seulement d'attendre des temps meilleurs pour en assurer enfin le règne attardé. Ainsi la majorité des Grande Loges de Prusse, la majorité des Frères dans ce grand pays partage la noble pensée de l'égalité de toutes les races et de tous les cultes, et pour eux tous le principe de l'universalité dans la fraternité maçonnique est un désir du coeur, comme un devoir de religion, comme une loi des esprits et des intelligences.


"Il faut donc, dans leurs saintes aspirations, que tant d'âmes si dévouées, si éclairées, soient arrêtées par une de ces puissances inapparentes de loin, mais momentanément invincibles, par une de ces résistances intimes contre lesquelles se brisent les volontés les plus ardentes et les résolutions les mieux formées ; il faut donc que la crainte d'ébranler la colonne du Temple et d'entraîner la Maçonnerie qu'ils dirigent sous les ruines et les décombres les ait contraints de laisser inachevée ce soir la tâche de la journée, et de remettre demain, après que l'orage sera passé, la fin du sillon interrompu !


"Ne voyez-vous pas, à travers tout cela, que ces Grandes Loges ont senti, près de se briser à leurs bras, les deux grands anneaux auxquels ils s'efforcent de tenir attaché le sort actuel de la grande famille en Prusse ? Ne vous semble-t-il pas voir la main du Prince royal éloigner du ciel de cette Maçonnerie, les nuages qu'y amoncellent les vents du Nord, les conjurer et les entrouvrir pour laisser sur elle, à travers les clairs azurés, tomber les rayons d'une avare lumière ? Ne devinez- vous pas que pour tenir soudées l'une à l'autre et se défendre contre la poussière des divisions intestines, ces trois directions, à défaut d'une source de vie commune, doivent emprunter à une protection souveraine la prépondérance d'une volonté qui associe leur triple activité, sous la couronne imposante d'une unité salutaire autant qu'indispensable ? Ne sentez-vous pas que ce sénat à trois visages, n'a pas cru payer trop cher cette double protection contre les ennemis de notre Ordre et contre les forces dissolvantes, au prix d'une déférence douloureuse, sans doute, mais imposée d'ailleurs, et par les services rendus, et par les préventions du pays, et par les nécessités d'une plus parfaite administration, et que par gratitude et pour ne pas blesser les susceptibilités religieuses d'un noble coeur aveugle en ce point, ce sénat, obligé d'opter entre l'exclusion des Juifs d'une part, et le sort de l'institution tout entière de l'autre, a voulu sauver la constitution de l'Ordre d'abord, sauf à travailler ensuite au sauvetage de la portion de l'équipage un instant sacrifié ?

"Pourquoi eut-il désespéré ! Les sentiments d'où partent les résistances vainement combattues jusqu'à ce jour, n'ont-ils pas aussi leur source dans de grandes et pures convictions ? N'est-ce pas dans l'attachement à de chères croyances qu'elles puisent leur force et le respect qu'elles inspirent ? et ne pourrait-il tourner un jour ces scrupules sacrés en d'autres plus sacrés encore ? ne pourrait-il aux yeux désilés de son illustre patron, faire briller la grande fraternité qui, comme l'âme de l'humanité, enveloppe le monde et les siècles, d'un éclat à faire pâlir cette autre fraternité presque sans souffle, qu'on voit mourir épuisée à la frontière d'un État ou au bout d'une croyance particulière ? Puissent-ils réussir enfin !

"Quant à nous, à vrai dire, nous ne conservons que bien peu d'illusions : les préjugés religieux auxquels ont affaire les Grande Loges de Prusse ne sont pas de nature à céder sitôt la victoire ; quel qu'il en soit, et quelque temps qu'il faille attendre, nous n'avons pas le coeur de vous proposer d'ajouter l'embarras des représailles aux embarras d'une situation si malaisée déjà. Les représailles, mes Frères, c'est la guerre par le mal et la Maçonnerie nous semble le concours par le bien et pour le bien ; les représailles même les plus douces, c'est quelque chose comme l'esprit de colère, de vengeance ou d'orgueil, justement soulevé ou non ; c'est l'esprit qui lutte, disperse, détruit et isole par les haines, et la Maçonnerie, c'est l'esprit de fraternité et d'égalité qui unit et assemble, élève, harmonise et purifie les cœurs, et édifie la morale universelle ; l'une procède de la force, l'autre de la bonté ?


En Maçonnerie on ne doit combattre qu'à mieux comprendre et mieux pratiquer le bien et le beau ; le vainqueur, c'est celui qui en étend le plus les applications ; le vaincu, c'est celui qui s'enrichit de ces études et de ces découvertes sans autre crève-cœur que de s'être laissé devancer. La guerre pour s'enrichir ou pour opprimer est vieille comme les siècles ; les droits d'aubaine et les rançonnements remontent aussi loin qu'elle. La conquête par rapine et violence est le premier désir et le premier mouvement du premier sauvage ; et la gloire qui ne sait régner et dominer que sur les ruines d'une gloire rivale, c'est l'antique génie du monde primitif, avec ses voraces penchants, ses discordes, ses furies, ses cupidités funestes, ses crimes et ses batailles. L'histoire a charge d'enseigner ce qu'elle fut aux siècles futurs, et de montrer les ossements qu'elle entasse tant qu'il lui fut donné d'inspirer les âmes ! A la Maçonnerie un autre rôle convient : à elle à enseigner entre peuples des rapports tout nouveaux ; à elle à préluder à la guerre vraiment sainte où le triomphe n'appartiendra qu'aux plus grandes vertus sociales et aux plus grands bienfaits ; où les plus grands héros seront ceux qui auront vaincu le plus de mauvaises passions, et détruit le plus de ces préjugés qui dévastent les intelligences et dessèchent les cœurs ; où les plus grands conquérants seront ceux qui auront conquis les plus saintes, les plus généreuses inspirations, celles qui lient les âmes de plus en plus près ; où la plus grande gloire, la plus riche couronne sera pour le meilleur, le plus fraternel, le plus dévoué, et la domination la plus enviée et la plus étendue, celle qu'assure l'excellence du coeur et des oeuvres, et la seule ambition, celle de surpasser les autres en ce point seulement.

"C'est par-là qu'il nous a paru que le Grand Orient devait à tout prix chercher à mériter la prépondérance et à assurer son ascendant parmi les puissances directrices de la Maçonnerie. Que gagnerait l'humanité à nous voir suivre les traditions barbares encore de l'ancien droit des gens, et du nouveau droit des concurrences industrielles ? Si vous excommuniez vos Frères prussiens, ceux-ci vont vous le rendre ; la dignité du pouvoir les y oblige, quand la jalousie ou l'orgueil national ne leur en ferait pas un devoir : et voilà la Maçonnerie française séparée de sa fière voisine. Et avec nos Frères juifs voilà encore nos Frères chrétiens confondus sous le feu croisé des interdits, lancés à la fois de Berlin et de Paris ? Voilà toutes nos Loges de la Meuse à la Seine, des Vosges au Rhin et des Alpes au Rhône, obligées de chasser de leurs foyers fraternels leurs Frères de Prusse, pour un travers de conscience religieuse dont ces derniers sont eux-mêmes les premières victimes. Ce serait comprendre les rapports des peuples à la manière du monde politique, et ne pas dépasser en morale internationale les oracles des écoles profanes.

"Non, non, mes Frères ; non, ce n'est pas par représailles que nous vous proposons de demander justice et de l'obtenir : tout au contraire nous aimerions mieux vous voir adopter la résolution suivante :


"Le Grand Orient de France a reçu avis que les Grande Loges de Prusse ont violé à son égard, non seulement les lois d'un fraternel voisinage, mais même celles de la plus vulgaire réciprocité, en ne reconnaissant pas les Maçons français de la religion de Moise, et en leur refusant une place sur les colonnes hospitalières de l'Ordre. Remontant aux motifs de cette violation de la confraternité universelle, le Grand Orient de France s'est convaincu que la conduite des Ateliers prussiens était commandée par la disposition expresse des règlements généraux de l'autorité de ce pays.


"Vivement sollicité par les Loges de son Obédience, d'user de sa position directrice, pour faire reconnaître les actes de son autorité méconnue, et désirant forcer le conseil suprême des Grande Loges de Berlin à révoquer la déplorable disposition de l'article 287 de la loi générale de la Maçonnerie en Prusse, le Grand Orient de France annonce solennellement à toutes les autorités du monde , et en particulier aux trois Grande Loges de Prusse, et à tous les Ateliers qui en dépendent, que les Maçons prussiens, réguliers, protestants ou catholiques, chrétiens ou philosophes, israélites ou mahométans, et enfin de tout culte et de toute religion, trouveront toujours, comme par le passé, dans toutes les Loges de France, une main fraternelle pour les introduire au sein de la grande famille, et leur donner l'hospitalité que leur refusent parfois les Ateliers prussiens. Le Grand Orient adjure les Loges de France de ne point user de représailles envers nos Frères prussiens, et tout au contraire de les recevoir d'autant plus cordialement qu'ils sont assez malheureux pour ne pouvoir toujours le leur redresser pour être condamnés à ne pas se considérer comme Frères de tous les Maçons de la terre.

"Le Grand Orient de France délègue un de ses présidents, et d'après l'avis de ce représentant particulier du Grand Maître, le charge d'associer ses efforts, s'il y a lieu, à ceux du garant d'amitié des Grande Loges de Prusse, et à ceux des Grande Loges Aux Trois Globes et Royal-York à l'Amitié : d'ouvrir et d'entretenir des négociations, de les suivre sans relâche avec le gouvernement de l'Ordre à Berlin, pour prier et supplier ce gouvernement, non pas seulement au nom de la Maçonnerie française, non pas seulement au nom de son autorité, de ses droits, de son hospitalité, si mal payée de retour à l'autre rive du Rhin, mais au nom de l'humanité, de la fraternité universelle, au nom de l'unité de la famille humaine, d'effacer enfin de ses statuts ces dispositions presque sauvages, qui contrastent si outrageusement avec le principe essentiel de l'Ordre, avec la morale de tous les peuples et de tous les siècles, avec la générosité d'une aussi grande nation, avec le caractère religieux des Loges prussiennes, et leur dévouement au dogme de l'égalité des Loges prussiennes, et leur dévouement au dogme de l'égalité de tous les enfants de la terre.


"Le Grand Orient recommande surtout à son délégué de n'épargner aucune démarche, aucune supplication, telle humble qu'elle soit, pour purger de cette proscription d'un autre âge, le Code maçonnique d'une des plus intelligentes nations du monde ; il lui recommande de se souvenir que la plus grande humiliation devient le plus grand acte de vertu, quand ce sacrifice d'un juste orgueil est offert pour décider le triomphe de principes si chers à l'humanité"


Bulletin du Grand Orient de France, n° 11, mai 1847 : "Tolérance envers Les maçons israélites On nous assure que le cri de tolérance jeté de toutes parts en faveur des Maçons israélites de Prusse a enfin été entendu, et que les dispositions du Code maçonnique de cet État qui interdisait à ces Frères l'entrée des Ateliers maçonniques, viennent d'être révoquées de l'agrément du Grand Maître de l'Ordre, S.A.R. le prince de Prusse. Puisse cet événement si impatiemment attendu par les amis de l'humanité, et qui comblerait l'un des voeux les plus ardents des Maçons de la France, ne pas être démenti.


"Nous serions surtout heureux de penser que les sages réflexions et les conseils éclairés et fraternels contenus au rapport présenté par le Frère Charrassin, et adoptés par le Grand Orient en sa séance du 3 avril 1846, n'ont pas été sans quelque influence sur cette honorable détermination. Un tel résultat prouve plus que jamais que tôt ou tard la lumière finit par triompher des ténèbres, et témoigne hautement des prodiges que peut opérer le grand principe de la fraternité".


Adresse des LL∴ françaises de l'Est aux Maçons allemands. 


FF∴ Allemands,

 
La Maçonnerie de tous les pays ne fait qu'une grande famille, au sein de laquelle on ne connaît qu'une patrie l'humanité, et dont tous les membres doivent se sentir solidaires, d'un bout de la terre à l'autre.
C'est à ce titre que les représentants des Loges françaises de l'Est, réunies en congrès à Metz, viennent s'adresser à vous, certains que vous les considérerez, non comme des étrangers qui cherchent à s'immiscer dans vos affaires intérieures, mais comme des frères qui croient remplir un devoir en plaidant auprès de vous la cause des principes communs à tous les Maçons.
Vous le savez aussi bien que nous, frères, le but suprême de notre institution, c'est de chasser de la terre les préjugés superstitieux, les mépris et les haines qui séparent encore les hommes en sectes, en castes, en races ennemies, c'est de préparer, avec le triomphe de la liberté, celui de l'égalité et de la fraternité dans l'espèce humaine.
Ces préjugés, ces mépris et ces haines que nous avons à combattre autour de nous, pouvons- nous, sans nous donner le démenti le plus cinglant, courber nous même la tête devant eux ?
Ces principes de l'universelle fraternité humaine, dont nous avons à préparer partout le triomphe, peut-il nous être permis de lui fermer la porte de nos temples ?
Est-ce en Allemagne surtout, dans un pays si éclairé, si fier à bon droit de son haut degré de civilisation, que la Maçonnerie, ce foyer de civilisation, pourrait accepter d'être ainsi inférieure à elle-même ?
Elle le sera, vous en conviendrez vous-mêmes, tant qu'elle laissera subsister dans une partie de vos loges, les mesures antimaçonniques qui en interdisent jusqu'à présent l'entrée aux Israélites.
Beaucoup d'entre vous ont su s'affranchir de ce dernier reste des vieilles prescriptions du moyen âge ; beaucoup le réprouvent qui le subissent encore. Nous les conjurons au nom des principes fondamentaux qui nous servent de lien dans la grande famille, au nom de l'honneur maçonnique qu'il entache, de se prendre corps à corps avec lui, et de ne pas abandonner la lutte avant de l'avoir fait disparaître.
Ils auront avec eux tous les maçons du monde qui prennent au sérieux notre commune devise :
Liberté, Égalité, Fraternité.
Les membres du Congrès de Metz.
Présidents du Congrès : Laflize, Vénérable, Orient de Nancy.
Vacca, Vénérable, Orient de Metz.
Premiers surveillants : Bardon, Vénérable, Or∴ 81 de Sarreguemines. Etienne, 1er Surveillant Or∴ de Metz.
Deuxièmes surveillants : Voirin, Or∴ de Saint-Dié. Dallien Or∴ de Nancy.
Orateurs : J. Macé, Or∴ de mulhouse. Loche, Or∴ de Rheims (sic). Secrétaires : Lévy, Or∴ de
Metz. Bay, Or∴ de Vesoul.


Suivent 30 signatures. Le texte se présente sur deux colonnes, la première en français, la seconde en allemand...


P.-V. du Conseil de l'Ordre du Grand Orient


24-9-1896 ... Le Frère Adrien Durand donne au Conseil des renseignements très détaillés et fort intéressants sur la situation de la Franc-Maçonnerie en Espagne. Il en fait l'historique ; les deux rites existant se font la guerre ; le Grand Orient espagnol est républicain et pour lui surtout, la situation est devenue grave. On a repris les Jésuites qui n'avaient pas reparu à la Cour depuis 70 ans et ils font une propagande acharnée contre les Francs-Maçons ; ils envoient partout des circulaires contre eux, contre les Israélites et contre les protestants, et enfin aux Philippines, on accuse les Loges maçonniques de faire cause commune avec les insurgés. Canovas a fait arrêter plusieurs Francs-Maçons, entre autres le Frère Oriol, secrétaire général du Grand Orient Espagnol, le Frère Joseph Vie etc. Ces Frères écrivent des lettres désespérées. Le Frère Durand termine en demandant au Conseil s'il peut faire quelque chose pour eux, ne fût-ce que leur envoyer un témoignage de sympathie.


Les Frères Louis Lucipia et Paul Viguier sont d'avis de ne rien envoyer du tout ; agir autrement dans l'état actuel de l'Espagne serait dangereux même pour les Frères arrêtés.

26-9-1896 ... Le Frère Sincholle demande, à propos du Bulletin comment la presse cléricale en a communication ; c'est évidemment par la Bibliothèque Nationale.
Le Frère Dazet dit que l'on peut se dispenser de faire le dépôt du Bulletin à la Bibliothèque Nationale ; le Bulletin du Grand Orient n'est en réalité qu'un compte-rendu de ses travaux communiqués seulement aux Ateliers de la Fédération et aux seuls Maçons qui en sont membres actifs ; il n'est donc pas public, et, dans ce cas, la loi sur la presse n'en exige pas le dépôt.
Le Frère Jeanvrot dit qu'il suffirait de changer le titre du Bulletin et de supprimer la faculté de l'abonnement. Il propose de donner, par exemple, comme titre : Compte-rendu aux Loges de la Fédération des travaux du Grand Orient de France.


Après discussion, le Conseil adopte la modification proposée.
...10° "L'Alliance Française" association nationale pour la propagation de la langue française dans les Colonies et à l'étranger, demande au Grand Orient d'organiser une réunion dans une des salles de la rue Cadet, pour entendre une conférence de M. Pensa, chargé de mission en Égypte, dans le but de faire connaître d'une façon complète aux membres du Grand Orient la tâche que l'association s'est imposée et les inviter à y participer plus directement.
Le Frère Alfred Faure et le Frère Edgar Monteil rappellent que "L'Alliance Française" s'est laissée envahir par les Jésuites et ils sont d'avis qu'il ne faut pas pousser la Maçonnerie dans la voie indiquée par la lettre de M. Fonein, secrétaire général de "L'Alliance". Après discussion, le Conseil décide que le Frère Desmons, président, verra M. Fonein pour savoir ce qu'il désire.
... Le Frère Dequaire entretient le Conseil d'un incident qui s'est produit à la suite de la création du Chapitre Nouvelle Carthage, Vallée de Tunis. Trois des membres fondateurs, les Frères Blanchet, Lafitte et Pietra, avaient été éliminés pour des raisons diverses du premier tableau fourni par cet Atelier ; deux de ces Frères : les Frères Blanchet et Lafitte, protestent aujourd'hui contre cette exclusion. Le Frère Dequaire donne des explications sur les raisons qui avaient amené quelques Frères du Conseil à prendre cette détermination dans l'intérêt supérieur de la Maçonnerie.
Le Frère Fontainas dit que la situation est délicate en ce qui concerne le Frère Blanchet qui paraît jouir de l'estime de la Loge de Tunis, puisque celle-ci l'avait délégué pour la représenter au Congrès maçonnique des Loges algériennes et tunisiennes, tenues à l'Orient de Constantine en 1896. Le Frère Blanchet a même été élu président de ce Congrès.
Le Frère Tranier donne des renseignements sur le Frère Lafitte qui se servait de sa situation de conseiller municipal de Toulouse pour emprunter de l'argent, même à des maîtresses de maisons de tolérance. Le Frère Tranier cite divers faits qui sont confirmés par l'acquittement du journal "Le Télégramme" poursuivi par le Frère Lafitte pour diffamation.
Le Frère Bidou estime que le Conseil n'avait pas le droit d'intervenir dans le choix des membres fondateurs du Chapitre mais que d'autre part les Loges de Toulouse sont coupables de n'avoir pas mis le Frère Lafitte en accusation.
Le Frère Fontainas pense qu'il y aurait un moyen d'éliminer le Frère Lafitte, ce serait d'ouvrir une enquête pour examiner s'il n'y a pas lieu de mettre ce Frère en accusation. Quant au Frère Blanchet, le Chapitre pourrait l'admettre en son sein.
Le Frère Dupré dit qu'il y a une épuration à faire, qu'il faut frapper le Frère Lafitte sans pitié parce qu'il est indigne et qu'il serait un danger permanent pour nos Ateliers de Tunis.
Le Frère Audibert est d'avis de mettre le Vénérable de la Loge de Tunis en demeure de faire le nécessaire pour se débarrasser des Frères Lafitte et Pietra qui seront aussi nuisibles à la Loge qu'au Chapitre.
Le Frère Dequaire ajoute qu'il n'y a rien de précis contre le Frère Pietra et que le Conseil pourrait se borner à une seule exécution, celle du Frère Lafitte.
Le Frère Tiniere demande la mise en accusation du Frère Lafitte, en exécution des dispositions de l'article 289 du Règlement Général.


Après une discussion à laquelle prennent part en outre les Frères Dazet, Grégoire, Sincholle et Damuzeaux, le Conseil décide :


1/ la mise en accusation du Frère Lafitte ;

2/ de charger officieusement le Frère Dequaire de confirmer les conseils donnés au Frère Caillat, Très Sage du Chapitre.
Le Frère Dequaire ajoute qu'il y a une différence à faire entre les Frères Ebert et Lebourgeois, celui-ci est honnête et le principal grief qui existe contre lui est d'avoir pris une part active au mouvement boulangiste.


Le Conseil renouvelle sa confiance au Frère Fontainas.


11-4-1987 ...Le Frère Desmons, président, demande que le Conseil échange quelques observations sur la conduite à tenir à l'égard de la Loge mixte Le Droit Humain. Il rappelle l'incident qui s'est produit à la fête de l'Unité Maçonnique, Orient de Paris, à laquelle assistait Mme Georges Martin, décorée du cordon de Vénérable.
Le Frère Edgar Monteil dit que ces femmes font une propagande acharnée et accomplissent de bonne besogne. Il pense que dans les tenues blanches où il y a des Maçons de toutes les Obédiences, les membres du Conseil n'ont qu'à conserver leur cordon, sans faire attention aux
femmes maçonnes ; il n'y a pas intérêt à les rejeter.
Le Frère Dequaire signale qu'il les a rencontrées dans un banquet, en tenue blanche, à Blois. Dans son discours, il leur a dit que le Grand Orient ne les reconnaissait pas.
Le Frère Bidou estime qu'elles se parent d'un titre qu'elles ne possèdent pas et que, puisque nous ne les reconnaissons pas, les membres du Conseil doivent enlever leur cordon lorsqu'ils se trouvent en leur présence dans des fêtes blanches.
Le Frère Tave voudrait aller plus loin ; il demande que les membres du Conseil se retirent.
Le Frère Tiniere demande qu'on ferme les yeux, puisque les femmes des Maçons portent aussi des cordons dans les fêtes blanches.
Le Frère Audibert estime qu'il ne faut pas agir avec tant de rigueur dans les tenues blanches qui ne sont que de simples réunions ; d'ailleurs, le Conseil n'a pas la responsabilité de l'existence et de l'organisation de ces Loges mixtes, par conséquent il n'y a aucun inconvénient à assister aux fêtes blanches où se trouvent des femmes maçonnes.
Le Frère Sincholle demande ce qu'il faut répondre dans une fête lorsque le Conseil est interpellé violemment par les représentants de la Loge mixte ?
Le Frère Tiniere dit qu'on peut les appeler "Mes Sœurs", comme on le fait pour des femmes de Maçons.
Le Frère Griveaud pense que les Loges ne devraient pas inviter de femmes maçonnes à leurs fêtes.
Le Frère Tranier croit qu'il serait bon d'envoyer une circulaire aux Loges pour leur dire que les délégués du Conseil n'assisteront pas aux fêtes où seront des femmes maçonnes.
Le Frère Bidou propose que le secrétariat demande aux Loges qui désirent une délégation du Conseil, si des femmes maçonnes doivent assister à leur fête.
Le Frère Sincholle dit qu'on connaît déjà les Loges où les femmes maçonnes ont l'habitude d'aller ; il y a les Loges de Blois, de Vernon et une de Lyon, et à Paris, les Loges l'Ecole Mutuelle,
L'Evolution Sociale, La Franchise et L'Unité Maçonnique.
Le Frère Tiniere propose que les membres du Conseil ne soient pas obligés d'ôter leur cordon et que s'ils sont interpellés par des représentants de la Loge mixte, ils se bornent à répondre que des discussions de cette nature ne peuvent pas être discutées dans un banquet.


Après discussion à laquelle prennent en outre part les Frères Roche et Dazet, le Conseil adopte la proposition du Frère Tiniere par huit voix contre trois.


12-4-97...Le Frère Priou, chargé de faire une enquête sur les faits signalés au sujet de la mise en sommeil du Chapitre Bélisaire, rappelle au Conseil les agissements du Frère Ebert, Très Sage. Il croit que l'enquête n'est pas nécessaire parce qu'il est certain que les faits allégués par le Frère Colin, Chancelier du Chapitre, et par la Loge Bélisaire sont exacts. Le Frère Priou pense qu'on pourrait éviter la mise en accusation du Frère Ebert en exigeant simplement sa démission ; ce qu'il faut montrer à ce Frère, c'est que le Conseil n'est plus dupe de sa supercherie.


Le Frère Fontainas trouve qu'il y a une question de droit délicate, mais que le Conseil peut revenir sur une décision viciée par les faux renseignements qui lui ont été donnés. Il rappelle que lorsqu'il est allé à Alger, le Frère Ebert lui a déclaré que le Chapitre ne se réunissait plus et qu'il était en sommeil de fait ; ces déclarations lui ont été confirmées par le Frère Lebourgeois. Le Frère Fontainas demande que l'enquête décidée par le Conseil soit maintenue et que le Frère Priou fasse convoquer tous les membres du Chapitre, pour leur demander s'ils ont été régulièrement convoqués aux tenues des 27 novembre et 3 décembre 1896 pour lesquelles le Frère Ebert déclare que le quorum réglementaire n'a pas été atteint.


Le Frère Sincholle est d'avis qu'il faut débarrasser l'Algérie du Frère Ebert qui sera une cause perpétuelle d'ennuis.
Le Frère Priou craint qu'une mise en accusation amène une agitation dangereuse pour la Maçonnerie algérienne et pense pouvoir arriver à une démission des Frères Ebert et Lebourgeois ou tout au moins du Frère Ebert.
Le Frère Dazet estime que la justice maçonnique est une machine très lourde à mettre en mouvement, ce qui le fait croire qu'une démission serait préférable. 
Après quelques observations des Frères Audibert, Roche et Damuzeaux, le Conseil décide de maintenir l'enquête votée dans sa précédente séance.


12-4-1897 ...Le Frère Desmons, président, demande au Conseil d'examiner la question de relations à établir entre le Grand Orient de France et la Grande Loge de France. Il rappelle que le Grand Orient n'a pas été avisé de la fusion de la Grande Loge de France avec la Grande Loge Souveraine Écossaise.


Le Frère Sincholle refait l'historique du Suprême Conseil du rite Écossais, de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Souveraine Écossaise et de la fusion de ces deux derniers groupements maçonniques. Il estime que le Grand Orient n'a aucun intérêt à avoir des relations
avec la Grande Loge de France ; on peut simplement conserver des relations fraternelles, sans caractère officiel. Le Frère Sincholle ajoute que les Écossais, qui parlent toujours de leurs relations avec les Maçonneries étrangères, n'ont été représentés ni à la Conférence maçonnique d'Anvers, ni à celle de La Haye, alors que le Grand Orient de France y a joué un rôle important.
Le Frère Bidou demande la rupture des relations avec le Suprême Conseil qui a violé les décisions du Congrès de Lausanne. Il estime que ce groupement maçonnique n'est plus régulier et qu'une rupture aurait l'avantage de faciliter les négociations tendant à faire venir un certain nombre de Loges écossaises au Grand Orient.
Le Frère Sincholle n'est pas partisan d'une rupture avec le Suprême Conseil qui peut toujours avoir des relations avec le Grand Orient, mais à partir du 18° degré, puisqu'il ne possède plus les Loges.
Le Frère Dazet donne de très intéressants détails sur les attaques****


14-4-1897 ... Le Frère Grégoire demande au Conseil de vouloir bien consacrer quelques instants
à l'examen de la situation politique actuelle et à la conduite à tenir en vue des prochaines élections législatives qui auront lieu en mai 1898. Il dit que partout le cléricalisme triomphe ; que les fonctionnaires (petits ou grands) nommés actuellement sont tous réactionnaires, que les prêtres reçoivent des secours du gouvernement sans qu'un avis préalable soit demandé aux préfets et Sous- Préfets comme cela se faisait ordinairement, qu'il connaît des prêtres ayant 5.000 F de rente qui reçoivent des secours pour prendre les eaux.
Le Frère Priou assure ses collègues du concours des Loges algériennes pour combattre le cléricalisme.
Le Frère Schwerer parle de la puissance des jésuites qui obtiennent ce qu'ils veulent et qui sont aujourd'hui plus forts que jamais parce qu'ils ont l'appui du gouvernement.
Le Frère Tave pense que le mal vient surtout du gouvernement qui protège les Jésuites ; il voit dans l'alliance des modérés avec la droite un gros danger pour la République.
Le Frère Audibert donne des renseignements sur les dernières élections municipales de Montpellier qui ont été un véritable succès pour le parti républicain, grâce à l'union qui s'est fait à gauche. Il demande si le Conseil ne pourrait pas faire faire une campagne pour arriver à cette union au moins au deuxième tour de scrutin ; ce serait un mot d'ordre à donner pour les prochaines élections législatives.
Le Frère Croissant dit qu'il y a une plate-forme électorale sur laquelle tous les vrais Républicains peuvent s'entendre, c'est la question cléricale ; il serait donc préférable de partir en guerre ainsi en signalant le danger que le cléricalisme fait courir à la République.
Le Frère Tave croit qu'il serait nécessaire, pour arriver à une union à gauche, de s'entendre préalablement avec les chefs des divers partis progressistes.
Le Frère Tranier donne comme exemple d'union les dernières élections municipales de Toulouse où les radicaux-socialistes et les socialistes des différentes écoles se sont alliés et ont remporté la victoire. Il se déclare partisan d'une plate-forme électorale pour reconnaître les vrais démocrates.
Le Frère Roche pense qu'il sera difficile d'imposer aux candidats républicains de mener la campagne avec courtoisie ; les divisions dans le parti républicain s'accentuent de jour en jour et cela produit des résultats désastreux.
Le Frère Schwerer estime qu'il n'y a qu'un moyen de faire l'union, c'est de prendre la question cléricale comme tremplin électoral.
Le Frère Roche dit que dans la Charente-Inférieure, les bonapartistes sont aussi des anticléricaux et qu'alors, il serait bien plus simple de laisser à chacun sa liberté d'action suivant les milieux.
Le Frère Grégoire ne croit pas que les idées cléricales fassent beaucoup de chemin et il pense que la question cléricale serait seule de nature à pouvoir faire la concentration.
Le Frère Edgar Monteil pense qu'on peut essayer de faire de la concentration républicaine, mais le parti opportuniste aimera mieux faire des concessions aux cléricaux qu'au parti radical. Il parle des services que rend le Comité d'action pour les réformes républicaines qui multiplie les conférences en province, ce Comité a essayé d'avoir de l'argent et il a, dit-on, environ 40.000 F en caisse. Le parti opportuniste dispose de sommes considérables ; on prétend qu'après le vote de la loi sur les sucres, Méline a eu à sa disposition un million pour faire les élections et on parle de 1.200.000 F dont disposerait Waldeck-Rousseau. Il serait nécessaire, d'une part, que par les Loges on puisse arriver à porter la bonne parole un peu partout ; il faudrait faire comprendre aux Loges qu'il est nécessaire d'éviter les discussions et d'obéir à un programme déterminé. Le Frère Edgar Monteil pense aussi que le Bureau du Conseil de l'Ordre devrait s'entendre avec le parti radical pour arrêter un programme et même avec les différents présidents ou chefs de groupes ; quatre ou cinq articles suffiraient et on pourrait commencer la campagne dès maintenant. Le service militaire d'un an serait séduisant et allécherait les paysans, la suppression des dépenses afférentes aux cultes, la dissolution des congrégations religieuses et le retour de leurs biens à l'Etat, l'impôt sur le revenu et la révision de la Constitution, seraient également de nature à rallier beaucoup de républicains.
Le Frère Edgar Monteil propose que le Conseil charge son Bureau de s'entendre avec les présidents des divers groupes républicains, pour arrêter un programme commun.
Le Frère Paul Viguier est partisan d'une entente avec les présidents des divers groupes républicains, mais il n'est pas d'avis de parler dans le programme de la suppression des dépenses afférentes aux cultes parce qu'il craint que cela éloigne de nous certaines bonnes volontés.
Le Frère Edgar Monteil dit qu'il ne s'agit pas d'être tout à fait d'accord pour préparer la séparation des Églises et de l'Etat, il faut émettre des idées simples et parler un langage clair aux paysans, en se servant de mots auxquels ils sont habitués.
Le Frère Audibert pense qu'il ne faut pas supprimer les questions cléricales du programme, parce qu'on amènerait à la Chambre des républicains qui voteraient avec la droite dans ces questions ; mais il ne va pas jusqu'aux idées émises par le Frère Edgar Monteil, il croit qu'il serait préférable de laisser les communes libres de disposer comme elles l'entendraient des fonds qui leurs seraient alloués pour les dépenses afférentes aux cultes. Le Frère Audibert est aussi partisan d'une entente avec les présidents des différents groupes républicains.
Le Frère Paul Viguier dit que si l'on compte localement sur les Loges pour faire quelque chose, on se trompera, parce que certains politiciens les empêcheront de marcher. Il demande qu'une circulaire soit envoyée aux Loges pour les avertir de ce que le Conseil aura fait d'accord avec les progressistes.

Le Frère Desmons estime qu'il faut ouvrir les yeux des républicains sur les agissements du parti clérical, au lieu de parler de la suppression des dépenses afférentes aux cultes, parler de la séparation des Églises et de l'Etat que tout le monde connaît. Si le service militaire d'un an est suffisant, il est prêt à le voter. Le Frère Desmons ajoute qu'il ne fait pas mettre de côté le parti socialiste et que pour sa part, il accepte le programme minimum de Millerand d'il y a trois ou quatre ans. Il dit qu'à l'heure actuelle, la République court un grave danger et que si nous voulons lui sauver la vie, nous devons cirer casse-cou.
Le Frère Edgar Monteil pense qu'il est indispensable d'aborder tout au moins la question de réduction du service militaire.
Le Frère Girod a entendu dire dans l'artillerie qu'un an suffirait ; c'était l'avis général des officiers.
Le Frère Priou dit que le contingent algérien ne fait qu'un an et que cela suffit bien ; il faut qu'il y ait égalité entre les bourgeois et les paysans, c'est pourquoi nous pouvons demander l'égalité effective par la réduction du service militaire.
Le Frère Tiniere pense qu'aucun progrès sérieux ne sera possible, tant que nous n'aurons pas détaché l'idée religieuse des masses ; il constate que dans les quartiers populeux, tous les ouvriers vont à la messe, ce sont les socialistes qui sont les plus pratiquants.
Le Frère Bourceret parle d'un discours malheureux qu'aurait prononcé le Frère Léon Bourgeois, tout récemment, à l'Hôtel Continental, où il a attaqué les collectivistes. Il ne faut pas, dit-il, que les socialistes croient que nous sommes leurs ennemis.
Le Frère Tave répond que les socialistes en font autant de leur côté et qu'ils en se gênent pas pour nous éreinter.
Le Frère Delpech dit qu'il s'opère en ce moment un travail de rapprochement entre opportunistes et radicaux, Ribot et Leygue s'en occupent, il s'agit d'établir un programme minimum contre les réactionnaires et les collectivistes révolutionnaires. Le Frère Delpech ne croit pas à la possibilité d'un programme commun.
Le Frère Desmons signale que les députés maçons ne veulent pas parler de la Maçonnerie.
Le Frère Lemaître estime qu'il faut faire le nécessaire pour ménager la concentration au deuxième tour.
Le Frère Paul Viguier croit que c'est une erreur que de vouloir laisser ce côté la Maçonnerie qui est l'armure de la République ; la Maçonnerie, dit-il, est l'arme nécessaire à la société moderne pour se défendre et si nous mettons la Maçonnerie dans notre poche, nous sommes battus.
Le Frère Tave pense qu'il faut faire entendre la voie de la Maçonnerie et dire qu'elle est une force et qu'il faut compter avec elle.
Le Frère Tranier dépose l'ordre du jour suivant :

 
"La Franc-Maçonnerie, au nom de ses principes, a le devoir :


1/ de recommander à tous ses adeptes de faire leur possible pour faire introduire dans les programmes électoraux un article visant le péril clérical et la nécessité de travailler sans cesse à la séparation des Églises et de l'Etat.


2/ de recommander à tous les Francs-Maçons de ne soutenir que les candidats qui accepteront cet article du programme.

 
3/ Le Bureau du Conseil de l'Ordre fera tous ses efforts auprès des chefs politiques pour trouver la formule d'un programme commun qui devra contenir l'article ci-dessus.


4/ Tous les chefs politiques feront tout leur possible auprès des Comités pour obtenir l'engagement de soutenir au deuxième tour de scrutin le candidat républicain le plus favorisé au premier tour".


Le Conseil adopte l'ordre du jour du Frère Tranier et charge son Bureau d'entrer en pourparler avec les présidents des différents groupes républicains du Parlement.

A suivre

81 Ville.

(Paru dans la Revue des Etudes Juives, janvier 1996, t 155, fasc. 1-2)

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans FRANC MACONNERIE
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