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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 17:46

 

 

 

 

L'Histoire d'Al-Qods

 

 

La ville d'Al-Qods a eu plusieurs noms de baptême à travers sa longue histoire. On peut citer entre autres appellations : Ur-Shalem, Jébus, Al-Madina, Aélia Capitolina, Beit Al -Maqdis, Al-Qods Al- Charîf, Dâr Es-Salam, Al-Qods.

Le nom de la ville fit son apparition pour la première fois dans des textes égyptiens (textes d'exécration) qui datent du 18e siècle et du 19 e siècle avant Jésus-Christ sous une forme pouvant être déchiffrée comme « Rushlimum ». Dans les écrits, en caractères cunéiformes, découverts à Tell Al-Amarna et datants du 14e siècle, le nom d'  »Urusalem » revient assez souvent sous la plume des scribes égyptiens. Au 7 e siècle avant Jésus-Christ, c'est l'appellation « Ursalimu » qui était couramment utilisée dans les écrits de San chérib. Bien avant cette époque, les Hébreux désignaient la ville par le vocable « Yerusalem », alors que opta les Grecs et les Romains l'appelaient « Hierosolima ». L'Occident, quant à lui, opta pour le nom de « Jérusalem ». En l'an 70 de l'ère chrétienne les Romains l'appelèrent « Solimus » et en l'an 175 ils désignèrent sous le nom de « Solima ». Tarn (1974) rapporte qu'à une certaine période de la civilisation hellénique, Al-Qods portait le nom d' « Antaquia » (Antioche).

Selon Ishaq Mûsa Al-Hosseinî, la ville d'Al-Qods était connue dans les ouvrages des historiens et des géographes arabes sous diverses dénominations telles que : Yerusalel, Hieroshalem, Shalem, Salem, Jébus, Sion Moriah, Aélia, Beit Al-Maqdis, Al-Qods, Al-Charîf.

L'Ancien Testament parle de Shalem qui est peut-être une abréviation de « Hieroshlem ». Ce nom est mantionné dans le Livre de Joshué, de même que dans la Genèse à propos de l'arrivée d'Abraham en terre cananéenne lorsqu'il fut reçu par « le Roi de Shalem » le Jébuséen. Le Libre des Juges cite le nom d' « Urshalem », alors que dans le Livre de Samuel II, la ville est appelée « Cité de Daoud » (Ville de David)...

Avec l'avènement de l'Islam, Al-Qods a eu diverses appellations dont Beit Al-Maqdis, Beit Al-Qods, Al-Qods Al-Charif, Al Madina Al-Moqaddasa (la Ville Sainte) et Ilyâ' (Aélia). A ces divers noms Le Strange (1963) ajoute celui d' « Al Balât ».

La ville est également désignée par « La Mosquée Al-Aqsâ » et « Les Oliviers ». Ces appellations figurent dans les versets coraniques suivants:

« Gloire à celui qui fit voyager Son serveur la nuit de la Sainte Mosquée à la Mosquée très éloignée (Al-Aqsâ) dont Nous avons béni les abors afin de lui montrer certains de Nos Signes ».

(Le Voyage Nocturne, 1).
« Par le Mont des Figuiers et des Oliviers.
Par le Mont SINAI
Par ce territoire sûr ».
(Le Mont des Figuiers, 1-2-3).

Ibn 'Asàkir citant Ibn Al 'Abbâs explique: «   Le Mont des Figuiers désigne la Syrie, le Mont des Oliviers c'est Al-Qods, le Mont Sinai c'est la montagne d'où Allah s'est adressé directement à Mûsâ (Moise) et le territoire sûr n'est autre que Makkah (La Mecque) ».

Le nom de « Yerusalem » semble être composé des deux termes d'origine asiatique « Yrw » et »Slm » qui signifient probablement « Cité de Dieu ». Shalem est connu dans les textes mythologiques antiques comme étant - avec Shahar- un Dieu beau et généreux dont le nom suggère la sérénité du crépuscule. Certains historiens expliquent dont le nom de « Yerusalem » par « Cité de la Paix » ou « Terre de la Paix », alors que d'autres lui confèrent un sens métaphorique et devient pour eux « la Ville de la Justice » ou « la Ville de la Vérité... ».

Posté par Adriana Evangelizt

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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 17:08

 Je pense que ce très beau poème de Rudyard Kipling se passe de commentaires... dédié à ceux qui se prennent pour un hypothétique Dieu sur terre. Devenir d'abord un Homme nécessite autre chose que des rêveries chimériques ne nécessitant aucun effort pour se rendre meilleur...

 

 

 

Tu seras un homme

 

par Rudyard Kipling

 

 

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et, sans dire un seul mot te remettre à bâtir
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir.

Si tu peux être amant sans être fou d'amour
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre.

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter les sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot.

Si tu peux rester digne en étant populaire
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi.

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître
Penser, sans n'être qu'un penseur.

Si tu peux être dur sans jamais être en rage
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant.

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front.
Si tu peux conserver ton courage et ta tête,
Quand tous les autres la perdront.

Alors, les rois, les dieux, la chance et la victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les rois et la gloire,
Tu seras un homme, mon fils


Posté par Adriana Evangelizt

 

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 02:11

 

 

Confiteor

 

 

par Bernard Besret

 


 

Par sa conscience, l’homme est à cheval entre deux mondes. D’un côté il est lié au morcellement de l’espace et au déroulement du temps. Il participe de l’éphémère dans lequel il est inséré. Mais de l’autre, il a la capacité de le dépasser, de penser en catégories d’ailleurs, de passé, de futur. Il parvient même, c’est du moins ma conviction, en certains moments privilégiés de sa vie, à élargir sa conscience à la perception de l’univers dans sa globalité, comme s’il participait alors, même de façon modeste et timide, à la vision que Dieu a du monde.

Cette conscience de la transcendance, loin de dévaloriser celle de l’éphémère, lui confère au contraire une importance et une valeur d’éternité. Chaque instant vécu est le moment, chaque être croisé est le lieu d’un rendez-vous avec le Réel qui les transcende mais que chacun exprime à sa manière. Ils sont donc éminemment précieux. D’autre part, tout instant du temps étant co-actuel à l’instant éternel de Dieu, tout acte que Je pose, toute parole que je profère, toute pensée que j’émets qui ne laissent qu’une trace éphémère dans ma mémoire et à fortiori dans celle des autres hommes, imprime une marque éternelle dans la conscience que Dieu en a. A chaque instant je sécrète donc de l’information éternelle.

Le point Oméga de l’humanité avec Dieu n’est donc pas situé en avant de nous, en un moment mythique du futur. Il est co-actuel à chaque instant que nous vivons et se déplace comme un curseur sur la ligne du temps. L’idée que l’humanité tend par le progrès vers son achèvement ultime, qu’elle y travaille par la recherche scientifique et technique, par l’élaboration d’une civilisation de la communication, loin de valoriser le travail de l’homme me semble au contraire en dévaloriser tous les moments. En privilégiant un hypothétique point du futur, elle inhibe la conscience que nous pouvons prendre du verso éternel du chaque instant de notre vie.

C’est en effet à chaque instant et en chaque homme, quelle que soit l’évolution de la civilisation à laquelle il appartient, que l’humanité débouche sur l’éternité de Dieu. C’est ce que j’entends lorsque Jésus déclare : Il n ’y a rien de caché qui ne devienne manifeste, ni rien de secret qui ne doive être connu et venir au grand jour (Lc 8, 17). De même que tous nos cheveux sont comptés, de même tous nos sentiments, toutes nos pensées, toutes nos paroles, tous nos actes, sont inscrits à l’encre indélébile dans le livre de vie qui n’est autre que la conscience éternelle que Dieu a du monde.

La substance vidée

Revenons maintenant aux modalités quotidiennes de notre vie sociale. Nous sommes sollicités de toutes parts et la pression s’est encore accentuée sur chacun d’entre nous depuis que par le biais des médias la planète entière est devenue notre entourage et que notre prochain a pris le visage de multitudes innombrables. Nous risquons vite d’y épuiser nos énergies et d’être vidés de notre substance (cela me rappelle un dessin humoristique de Sempé dont tous les personnages, dans les rues de la ville ou les étages des immeubles, se saluaient les uns les autres en se plaignant d’être crevés ! Être crevé semble en effet devenir la condition universelle de l’homme contemporain). Mais que vaut la parole d’un crevé ? Que vaut l’action d’un crevé ? Où trouveront leur puissance et leur signification la parole de celui qui parle et l’action de celui qui agit, sinon dans son intériorité ? Sinon dans sa relation roboratrice à la Source qui lui donne d’être, de vivre et de devenir ?

In ipso enim vivimus, et movemur et sumus (Actes. 17,28). Plus je me ressource et mieux je puis agir. L’un n’est pas le contraire de l’autre mais bien sa condition.

Or je n’ai de lieu et de moment pour me brancher sur le Réel qui me fonde qu’ici et maintenant, selon l’expression commune aux spirituels de toutes les traditions. Je ne dois surtout pas m’évader de l’instant présent car il est ma seule prise sur l’au-delà du temps. Ma capacité à atteindre la Transcendance est donc à la mesure même de la qualité de ma présence dans l’espace et le temps. Autrement dit, à la mesure de mon incarnation.

L’inverse est également vrai. Je ne contribuerai à métamorphoser le monde et les êtres qui m’entourent, à leur apporter lumière et vie que si je suis moi-même habité par une lumière et une vie qui puisent leur force génératrice à la source de toute lumière et de toute vie. En toi est la source de vie par ta lumière nous verrons la lumière (Ps 38, 10)

L’action et la contemplation, loin d’être deux sœurs ennemies, s’appellent l’une l’autre pour se féconder mutuellement. Le dehors n’est pas le contraire du dedans. Il en est le verso. Plus le dedans s’ouvre sur la transcendance, mieux le dehors peut se développer à la dimension du monde sans risquer de s’y disperser et de s’y épuiser.

Au sens strict, Dieu est la seule source d’énergie absolument inépuisable puisqu’elle n’a pas même besoin de se renouveler. Celui qui sait y puiser sa force intérieur ne s’épuisera jamais.

Il pourra être économe en gestes et en paroles car son geste et sa parole seront éminemment signifiants et efficaces.

C’est l’histoire bouddhiste du gros chat qui, sans bouger, par sa seule présence, éloigne les souris à plusieurs lieues à la ronde ! Il ne sert à rien de crier ou de s’agiter pour être efficace. Comme le pensait Maître Eckhart et comme aimait à le rappeler Raymond Abellio, ce ne sont pas nos actes qui nous sanctifient, c’est nous qui sanctifions nos actes. C’est donc en dernière analyse la qualité de notre être qui leur confère leur valeur et non l’inverse.

Ma méditation revient inlassablement à son point de départ : la conviction métaphysique que le monde tel que nous le connaissons en appelle à un Dieu qui le crée, non pas en un hypothétique instant zéro de son histoire, mais bien tout au long et en tout instant de sa durée, c’est à dire en ce moment même où j’écris ces lignes autant qu’en tout autre et que par conséquent tout être mais aussi tout acte et tout événement n’existent l’espace et dans le temps que parce que Dieu les pose dans l’existence. C’est le mystère de la création.

Je n’aurai pas trop de ma vie entière pour en scruter tous les arcanes. Ils contiennent en germe une sorte de mythe de l’incarnation puisque tout phénomène que nous percevons est, du fait même de son existence, une manifestation de Dieu, un signe qu’il nous donne, une parole qu’il nous adresse.

L’univers créé est le véritable livre de la révélation. Comme tout langage, il nous voile et à la fois nous dévoile sa signification. Il nous voile et nous dévoile le Créateur. Il nous le voile, car si tout, dans l’univers créé, nous parle de lui, rien ne peut être purement et simplement identifié à lui. Dieu reste irrémédiablement au-delà des portes de la perception. Le monde nous le dévoile cependant, parce qu’à travers le visible, nous pressentons l’invisible qui le fonde, per visibilia ad invisibilia (Logion 3).

Pour le meilleur ou pour le pire, notre destin spirituel ne se joue nulle part ailleurs qu’en nous-même. Il ne se joue pas dans l’appartenance à une caste, un peuple, une secte, une chapelle ou une Église. Nous ne pouvons pas nous en démettre sur quelqu’un d’autre. Il se joue en chacun de nous. Hors de soi, point de salut ! Tout au plus pouvons-nous trouver des amis ou des précurseurs qui, en éclaireurs, nous font part de leur expérience. A nous d’en tirer parti, avec discernement.

Dans "l’Évangile selon Mathieu", Jésus ne dit pas autre chose : Pour vous, ne vous faites pas appeler Rabbi car vous n’avez qu ’un Maître et tous vous êtes les frères. N’appelez personne votre Père sur la terre car vous n’en avez qu’un, le Père céleste. Ne vous faites pas non plus appeler Docteur : car vous n’avez qu’un Docteur : le Christ (Mt. 23,8-10).

Le véritable guide n’est pas à rechercher parmi les hommes. Il est au plus profond de chacun d’entre nous. Comme nous le rappellent les Upanishads : Tat Twam asi : Tu es cela...

Pour prier ou méditer, je puis me sentir mieux dans un lieu donné parce qu’il est plus chargé d’histoire et qu’il est alors un puissant stimulant pour ma mémoire. Je puis aussi me sentir mieux dans certains lieux dont on m’affirme, mais je n’ai aucun moyen de le vérifier, qu’ils sont chargés de vibrations telluriques. Mais Dieu, lui, est présent en tous lieux. Aujourd’hui, comme il y a deux mille ans, comme dans cent mille ans.

Crois-moi, femme, l’heure vient

où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem

que vous adorerez le Père.

Dieu est esprit et ceux qui adorent,

c’est en esprit et vérité qu’il doivent adorer. ( Jn 4, 21 et 24)

Retraverser la mer rouge

Personne n’a le droit de s’approprier Dieu sans risquer le plus grave des dénis de justice. Dieu n’appartient à personne en particulier et n’a passé de contrat d’exclusivité avec aucune agence de communication.

Il est présent en tous et potentiellement accessible à tous. Il est le dedans de nous et nous n’avons aucune raison de laisser une religion, quelle qu’elle soit, nous en spolier au profit de son institution et de son système. Dieu est le fondement de notre liberté, non de notre aliénation. Au cours de ce voyage à Jérusalem, l’urgence m’apparut, impérative, de retraverser la Mer rouge. Retraverser la Mer rouge, c’est cesser de considérer que notre histoire commence avec Moïse et se décline nécessairement en judaïsme, christianisme, Islam ou, par défaut, athéisme.

Je revendique le droit de ne me reconnaître vraiment dans aucun de ces corps constitués, de renoncer à toute orthodoxie définie par des gardes patentés et de développer en toute liberté, mon hétérodoxie. A chacun d’entre nous de créer la sienne en dehors de tout dogmatisme.

Il n’y a rien à craindre. Dieu y reconnaîtra les siens ! Si j’ose reprendre, en l’inversant, la formule tristement célèbre d’un moine cistercien qui a laissé une bien sinistre mémoire en terre albigeoise. Retraverser la Mer rouge, c’est aussi poser un regard nouveau et désembué de tout à priori, sur l’univers des dieux. C’est s’interroger sans préjugé sur la signification réelle du polythéisme à l’aube des temps historiques.

Les dieux de l’Antiquité étaient-ils vraiment les rivaux du Dieu de la métaphysique ? La confusion a-t-elle été essentiellement linguistique ? André Chouraqui reproche aux occidentaux jusqu’à l’usage du mot Dieu, Deus, Theos, dont il trouve, à tort ou à raison, l’origine étymologique dans le nom de Zeus, le célèbre dieu de l’Olympe. Il reproche en somme au Dieu des occidentaux de n’être qu’un dieu mal dégrossi.

Mais ne pourrions-nous pas renvoyer cette mise en question à la tradition juive ? Le Dieu du peuple hébraïque n’était-il pas à l’origine un dieu ethnique comme tant d’autres ? Le génie de Moïse n’a-t-il pas été de se convaincre puis de convaincre son peuple et enfin de convaincre jusqu’à un certain point le reste du monde, que ce Dieu-là n’était pas seulement le seul valable parmi tous les autres, mais qu’il s’identifiait aussi avec le Principe, le Créateur de l’univers ?

Au fond n’est-il pas, lui aussi, un dieu mal dégrossi ? D’où ses colères, ses parti-pris, ses alliances politiques, qui le font apparaître si souvent comme bien peu universel et, à certains égards, bien peu sympathique ? Le chant des psaumes dont certains sont d’une grande beauté sapientielle mais dont beaucoup d’autres sont d’inspiration guerrière, n’était tolérable à longueur de nuit dans nos monastères que parce qu’ils étaient chantés en latin et que, la musique répétitive de la psalmodie aidant, il était possible de faire totalement abstraction de leur contenu. Leurs textes ne servaient alors que de prétexte.

Quand je demandais à Dom Alexis comment il s’en appropriait le contenu que je trouvais pour ma part assez pénible (en particulier, je n’aimais pas passer mon temps à rappeler le massacre des premiers nés d’Égypte pour lequel nous étions sensés rendre grâce à Dieu, car éternel est son amour !), il me répondait qu’il pensait à la misère des petits chinois !

Nous étions loin de la transparence du signe et de sa signification.

Illuminer l’histoire

Les premiers chapitres de la Genèse trébuchent d’ailleurs sur cette question du polythéisme. L’un des récits de la création parle des Élohim, ces dieux dont l’exégèse s’efforce aussitôt de faire oublier le pluriel. Ces dieux qui par la suite deviennent des anges, beaucoup moins encombrants, sont encore au chapitre 6 de la Genèse, capables de faire des enfants aux filles des hommes. De ces accouplements qui ne semblent pas avoir été totalement contre nature, naissent des géants, les néphilim, qui rappellent les Titans des autres traditions (notons en passant que cet épisode redonne du sens à la querelle byzantine sur le sexe des anges car les anges dont il est question n’ont en vérité rien d’angélique au sens éthéré que nous avons donné au mot au cours des siècles suivants).

Chouraqui a raison : nous ne devrions pas employer le même mot pour parler des dieux et de Dieu. Il s’agit bien en effet de réalités parfaitement hétérogènes. Mais ce constat une fois établi, il me semble, pour ma part, que nous devrions reprendre, l’esprit dégagé de toute attitude défensive, l’étude du polythéisme que nous retrouvons sous des vocabulaires différents à l’origine de toutes les grandes civilisations.

A quoi correspondent ces dieux, ces anges, ces célestes dont les premiers textes historiques laissent entendre qu’ils ont joué un rôle primordial juste avant que ne commence l’histoire répertoriée ? Après tout c’est un problème à caractère historique ou tout du moins protohistorique que nous devrions traiter sans passion partisane. Ce n’est pas un problème métaphysique. Dieu (puisque je n’ai pas d’autre mot en français pour le désigner) n’est nullement en danger. Il n’est pas du même ordre. Il n’est pas en guerre contre ces dieux qui sont probablement des messagers, à leur manière, comme nous le sommes nous aussi à la nôtre.

Retraverser la Mer rouge, ce n’est pas nécessairement faire allégeance à la religions des pharaons. C’est élargir l’horizon. C’est s’ouvrir à toutes les cultures, toutes les traditions du monde, sans le regard condescendant de ceux qui estiment, à priori, avoir un point de vue supérieur, parce qu’il se trouve qu’ils bénéficient dune élection ou d’une révélation divines, indépendamment d’ailleurs de leur volonté puisqu’il s’agit, dans la grande majorité des cas, d’une affaire de naissance.

Retraverser la Mer rouge, c’est se mettre à l’écoute de toutes les voix de Dieu. C’est, si le cœur vous en dit, partir en explorateur sur toutes les voies de Dieu. Cela n’exclut ni les profondeurs de la sagesse hébraïque, ni les fulgurances des intuitions chrétiennes, ni la pureté du mysticisme musulman. Refuser le système ne signifie pas refuser l’héritage. Je suis fier pour ma part de la lignée dans laquelle je m’insère. Cela dénie seulement aux religions du Livre toute primauté congénitale et la prétention à un monopole sur la communication avec Dieu.

Retraverser la Mer rouge, pour moi, c’est au bout du compte revenir à la sagesse sous-jacente à toutes les grandes traditions. C’est revenir à la Philosophie éternelle d’Aldous Huxley.

La boucle est ainsi bouclée.

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 00:46

 

La Quête du Retour


par Khalil Gibran

 

Tableau de Martina Hoffman

 




Je vis depuis l’alpha de la création et je vivrai jusqu’à l’oméga de l’Eternité. Et mon existence ne sera jamais étiolée.

J’ai vogué dans l’univers de l’infini et volé dans les éthers de l’imaginaire. Et me voilà près du cercle à divine lumière, me voici dans la geôle de la matière.

J’ai écouté les enseignements de Confucius et la sagesse de Brahma. Et avec Bouddha j’ai partagé l’ombre de l’arbre-Savoir. Et à présent j’affronte l’ignorance et l’apostasie.

J’ai gravi le Mont-Sinaï où surgit jadis Jéhovah devant les yeux de Moïse. Je me suis purifié le corps dans le Jourdain et j’ai vécu les miracles du Nazaréen. Et à la Médine j’ai écouté ce Messager réitérer le Verbe en arabe. Et maintenant je suis indécis.

J’ai connu la force de Babel, la gloire de l’Egypte et la magnificence des Grecs. Et je ne cesse de voir la faiblesse et la bassesse, toujours là dans toutes ces oeuvres.

J’ai même habité la magie de l’oeil d’un oisillon. Par ailleurs j’ai été l’hôte des ermites assyriens, et j’ai suivi les prophètes en terre de Palestine. Et je suis toujours en quête de la vérité.

J’ai appris la sagesse révélée en Inde et la poésie exhalée en Arabie. Et j’ai saisi les mélodies qui ont pris corps dans les coeurs du pays où le soleil se meurt. Et je me vois encore aveugle et je suis toujours sourd à mes lèvres muettes.

J’ai enduré la férocité et la cupidité des conquérants et j’ai souffert sous le joug des tyrans. Et je demeure une force qui lutte à chaque battement de minute.

J’ai vu et entendu tout cela, étant encore enfant, et je continuerai à ouvrir l’oeil et à prêter l’oreille à tous les actes en herbe de ma jeunesse. Dès lors que ma tête devient chenue, j’effleurerai alors les pans de la plénitude et je regagnerai la demeure de Dieu.

Si vous êtes morts, il vous rendra la vie.

Et si vous l’êtes à nouveau, il saura vous relever jusqu ’à l’heure de votre retour en lui.

Ce poème est extrait de textes inédits de l’anthologie de textes de Gibran : L’Oeil du Prophète, paru chez Albin Michel, col. Spiritualités Vivantes Poche.

Sources Nouvelles Clés

Posté par Adriana Evangelizt

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 00:27

 

L’innommable


par Jacques Brosse

 

Tableau de Mark Harrison

Au nom de Dieu, on a commis tant d’injustices, tant d’infamies que le mot en est resté souillé. Nommer Dieu, n’est-ce pas, ainsi que le croit la pensée primitive, vouloir se l’approprier, lui assigner un rôle, en faire un masque sous lequel s’abritent le fanatisme, le refus de celui qui ne pense pas comme vous ? Ainsi agirent les monothéismes qui, à l’origine, firent de Dieu le chef de la tribu, le maître d’un peuple qu’il aurait élu, excluant tous les autres, un Dieu vengeur, un Père céleste et tout puissant, qui récompense et qui punit.


Une telle conception de Dieu, on comprend qu’on l’ait combattue avec acharnement. L’Être suprême n’était plus que l’horloger de l’univers une hypothèse commode, mais provisoire et en définitive invérifiable. Enfin, on a pu penser que l’on n’avait même plus besoin de lui. Dieu était mort : on était libre. Alors l’athéisme militant devint à son tour un culte, aussi persécuteur que le précédent. Pouvaient à nouveau s’exprimer ce que l’on avait cru éliminer, l’intolérance, le refus d’autrui. Comment formuler ce qui est par essence indicible ? Aujourd’hui cependant il le faut, même si l’on préfère le non-dit, si l’on sait que dans ce cas dire peut trahir, car les autres interrogent, il ont besoin que l’on nomme ce qu’ils n’osent plus nommer.

Dieu meurt peut-être, mais il ressuscite, tant il a dans le coeur de l’homme de profondes racines. Seulement, il ne peut ressusciter que sous une autre forme. C’est à une telle renaissance que nous assistons aujourd’hui.

Il y a de moins en moins de "fidèles", mais de plus en plus de "convertis", en prenant ce mot en son sens premier : celui qui s’est retourné, qui a regardé derrière lui. La véritable conversion est retournement vers le dedans et révélation d’une Présence. Il s’agit d’un éveil, du réveil du Dieu intérieur, celui du Mémorial de Pascal, du Mémorial de Jakob Böhme ; révélation soudaine, toujours inattendue, qui n’arrive pas seulement aux incroyants, mais peut aussi bien intervenir dans la vie du croyant qu’elle change du tout au tout, ainsi qu'en témoignent ceux que Je viens de citer. Pour eux, elle est "seconde naissance". "Il faut que vous naissiez de nouveau, si vous voulez voir le royaume de Dieu" (Evangile de Jean, III, 7).

Ce Dieu caché, qui au plus intime de l’être se révèle comme son principe, comme sa source, n’est plus celui de la foi historique, transmise et reçue ; il fait l’objet d’une expérience personnelle, la plus profonde, la plus bouleversante qui soit. Ce qui en nous l’appréhende n’est plus la raison, mais l’intuition qui seule procure évidence et certitude, puisque annulant toute distance entre le sujet et l’objet : elle les réunifie.

Lorsque Dieu parle à Moïse à travers le Buisson ardent et que celui-ci demande par quel nom il faut l’appeler, Dieu répond : "Je suis celui qui suis", ce qui ne peut signifier que ceci : il est le seul Être dont nous sommes les existants. Exister, c’est se tenir dehors, l’existant est à l’extérieur, au-dedans il y a Dieu. Nous sommes des créatures sorties de Lui, des êtres vivants qui naissent et par conséquent meurent, mais susceptibles peut-être d’un autre destin, puisque conçus "à l’image et à la ressemblance de Dieu", donc comme ses reflets, mais aussi comme des miroirs qui Le reflètent et avec Lui sa manifestation, la Création, dont nous faisons partie. S’il s’agissait seulement d’un Dieu intérieur, le péril serait grand de s’égarer, de s’abuser ; ce pourrait n’être là qu’une idée, qu’une rêverie qui retrancheraient l’individu en lui faisant croire qu’il est seul en commu­nication personnelle avec le Divin.

Mais le Dieu intérieur est aussi le plus extérieur qui soit puisque, créateur de toutes choses visibles et invisibles, il est l’univers entier, l’Essence unique de la folle diversité des existants. Une telle vue aurait pu naguère être qualifiée de panthéiste, mais seulement dans le cadre du christianisme occidental, non dans l’orthodoxie pour laquelle Dieu est à la fois transcendant et immanent ; ce ne sont là en effet que des mots, ceux d’un vocabulaire rationaliste et scolastique qui n’a ici guère de sens.

La Création, pour qui sait la voir, est la manifestation tangible du Divin. Humainement, le Créateur peut être considéré comme l’Artiste suprême et incomparable, centre, source et unité de l’oeuvre. De cette Création, nous avons en tant qu’humains le privilège d’être les témoins par excellence, les témoins conscients. Notre rôle en son sein devient dès lors évident. Nous sommes nés pour la contempler, en jouir, mais la respecter, non pour la "maîtriser", usurpant une place qui ne saurait être la nôtre, ce qui veut dire finalement la violenter, la détruire, et nous avec. La vie de l’esprit propre à l’homme ne lui indique-t-elle pas sa véritable destinée ?

Pour celui qui a accompli la traversée des apparences, tout change de signe, tout redevient sacré. N’est-ce pas au fond ce que recherche, sans oser se l’avouer, l’homme d’aujourd’hui, celui tout au moins qui s’est rendu compte de l’absurdité d’un monde exclusivement profane, matérialiste et faussement rationaliste, qui ne peut trouver en lui-même sa signification, qui n’est plus que mort et anéantissement ?

Vertige de la vérité


Ce Dieu de l’expérience n’a évidemment plus de nom. Il est Celui qui est. Il ne s’appelle ni Yahwé ni Allah, ni même Dieu ni non plus le Tao (la Voie) dont il est dit que le Tao que l’on peut nommer n’est pas le véritable Tao. "Sans nom, il représente l’origine de l’univers. Avec un nom, il est la Mère de tous les êtres." Le Tao tö king distingue donc le Principe préalable à toute création et l’acte créateur. Ainsi, le fait que la Kabbale qui postule l’Infini (Ayn Soph), inconnaissable, impensable, antérieur à toutes extériorisations, mais dont toutes découlent par voie de procession, descendant l’échelle triple des séphiroths qui, d’étage en étage se matérialisent, donc se dégradent pour aboutir à notre monde, le Royaume (Malkhut). Ce schéma correspond au corps humain, de la tête aux Pieds, à celui du premier homme avant la chute, Adam Kadmon, lequel est aussi notre "visage originel", celui que par la méditation nous découvrons, nous redécouvrons au-dedans de nous. A ce titre, on a pu comparer l’arbre triple des séphiroths aux trois nadis du tantrisme que parcourt l’Énergie vitale, la Kundalini, qui monte et qui descend, du divin à l’incarnation, mais que le yogi comme le kabbaliste peut remonter. Ainsi vont et viennent, sur l’échelle de Jacob, les anges entre Dieu et l’homme. Autrement dit, si l’Énergie se dégrade en matière, pourquoi la matière ne redeviendraIt-elle pas Énergie ? Voilà, certes, qui donne le vertige. Mais pourquoi pas ? La Vérité ne peut être que vertigineuse.

Le Tao tö king parle de la création comme de l’œuvre de la Mère de tous les êtres, parèdre divine, comparable à ce qu’est dans le tantrisme la shakti, l’aspect féminin de l’absolu, l’Énergie secrètement à l’oeuvre en l’homme comme dans l’univers. Pourquoi en effet et comment Dieu serait-il seulement Père ? Sinon parce que les monothéismes sont issus de sociétés patriarcales. Les traditions considèrent bien plutôt la divinité comme androgyne, unissant, et transcendant en elle l’un et l’autre sexes, ce qui n’est évidemment encore qu’une façon trop humaine de parler.

La Création serait donc division divine. La réflexion chrétienne, fondée sur la personne du Christ à la fois Dieu et homme, distingue en Dieu trois Personnes, le Père Créateur, le Fils, Verbe et sauveur et l’Esprit, le Souffle, le Feu qui anime tout être, préfigurés dans l’Ancien Testament par les trois anges venus trouver Abraham, scène sublimement représentée par le grand moine peintre russe, Andreï Roublev.

Comment ne pas rapprocher cette Trinité de la Trimurti hindouiste : Brahma, le Créateur, Vishnou, le Mainteneur, le Conservateur et Shiva, le Destructeur, mais qui ne détruit la matière impermanente que pour libérer l’Esprit ? Ces trois dieux distincts ne sont eux aussi que les émanations de Brahma, le Dieu unique, immuable et absolu, mais qui réside pourtant dans le coeur de l’homme. La séparation entre monothéisme et polythéisme est artificielle et de surcroît malveillante. La pluralité des dieux n’est qu’une manière d’exprimer la diversité infinie des aspects du divin pour l’homme, les dieux n’étant que les hypostases du Principe unique.

Enfin, par une évolution inévitable, le christianisme a retrouvé l’antique Mère Divine, qui est Vierge, en la personne de Marie, femme devenue la Mère de Dieu et de ce fait intercesseur naturel entre l’homme et son divin Fils. Seulement, l’orthodoxie chez qui la Théotokos, celle qui enfante Dieu, fut de tout temps l’objet d’un culte fervent, ne présente pas le destin de l’homme, son rapport à Dieu de la même manière que le catholicisme et moins encore que les protestantismes, lesquels empruntèrent à Saint Kadmon, lequel est aussi notre Augustin, manichéen converti, le dogme aberrant de la double prédestination. Les Pères grecs de l’Église montrent que la Rédemption n’a pas seulement pour effet de vaincre le péché originel et sa conséquence, la mort.

Elle permet le retour d’Adam à Dieu - le Christ étant considéré comme le Nouvel Adam -, elle est promesse de la déification de l’homme et par lui de la Création tout entière. Saint Paul déjà l’avait dit : "La Création, en effet, a été assujettie à la vanitas (qu’il faut ici traduire en son sens premier de non-réalité, de vide intrinsèque), non de son gré, mais par la volonté de Celui qui l’y a soumise, avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu" (Romains, 8). Faut-il rappeler que le premier vœu du moine bouddhiste se formule ainsi : "Aussi nombreux que soient les êtres, je fais le voeu de les faire tous parvenir avec moi à l’Eveil" ?

"L’homme a été créé pour participer de tout son être (y compris le corps) à la vie divine, et la communiquer à l’univers" (O. Clément).

Pour l’orthodoxie, "Dieu s’est fait homme afin que l’homme puisse devenir Dieu. Il est devenu chair pour que l’homme devienne esprit." Dans cette perspective, elle met l’accent sur l’aspect intérieur du Divin, privilégie la méditation en tant que réunification du corps et de l’esprit, qui est hésychia, paix du cœur et prépare la contemplation infuse de la Présence divine.

Ainsi que l’exprime Maître Eckhart, si proche par certains côtés des mystiques grecs : "Tout ce que Dieu demande de la façon la plus pressante, c’est que tu sortes de toi-même, dans la mesure où tu es la créature, et de laisser Dieu être Dieu en toi."

La théologie occidentale est celle du Verbe qui divise, la théologie orientale celle de l’Esprit, du silence qui réunifie.

Sources
Nouvelles Clés

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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 22:54

Quelques extraits du très beau livrede Marie-Madeleine Davy Le désert intérieur...

 

Le désert intérieur

 

de Marie-Madeleine Davy

 

Extraits du livre

 

Quand il se trouve disposé
à la vraie intériorité,
qu’il laisse hardiment tomber
toute chose extérieure.
 Eckhart

Ose ! Recherche le désert, la solitude.
Renonce d’abord
à la conscience commune
et après, on verra.
Léon Chestov

                                                                                     

" Devant la crise qui ébranle métaphysiques, religions et valeurs, le désert intérieur n’est pas un refuge et n’offre aucun abri : il invite aux métamorphoses ".

" La vocation des hommes nouveaux - dont l’ère s’annonce et a déjà commencé - sera d’être voués au " sanctuaire de l’homme intérieur ". Ces derniers mots appartiennent aux Pères du Désert de Gaza. Tout se poursuit. La nouveauté est que ce " sanctuaire " ne sera plus fréquenté par une très faible minorité choisissant le désert extérieur comme lieu d’élection, mais par un grand nombre vivant parmi la foule tout en se tenant dans le désert du dedans.

 Les ermites extérieurs doivent abandonner leur famille, leur patrie, leur demeure. Les ermites intérieurs sont aussi affrontés à une séparation. Ils s’évadent de l’omnitude, de la conscience commune, des formes sclérosées, des antihumanismes et parfois de certaines formulations religieuses aliénantes.

Les comparaisons claudiquent. On peut toutefois se demander si les exigences du désert intérieur ne sont pas encore plus rigoureuses que celles du désert extérieur.

Quitter famille, amis, lieu de naissance, métier s’effectue en une seule fois, même si le voyageur se tourne vers son passé en le retenant encore dans sa mémoire et dans son cœur. Rompre avec ses habitudes, les divers enseignements qui ont pétri depuis le berceau, se sont mélangés à la chair et au sang ; avoir éprouvé la chaleur grégaire - dilatante pour les faibles - et qui risque de donner bonne conscience, tout cela ne peut se distancer que dans la mesure où loin d’en être comblé on vivait sa faim, cherchant désespérément une porte de sortie donnant accès sur un ailleurs.

La recherche tâtonnante, douloureuse, que nul enseignement donné du dehors n’informait, avait heureusement à sa disposition des lectures : celles des Ecritures sacrées. Encore fallait-il en comprendre le sens. Les Maîtres - appartenant à l’Orient et à l’Occident - répondaient à un besoin d’exotisme pour les uns et de prise en charge pour les autres. Les relations n’étaient pas sans danger.

 Les jeunes générations ignorent combien il a fallu à leurs aînés de courage, d’audace, de souffrances, pour briser les liens avec leur famille, leur milieu social ambiant, les habitudes de penser d’une époque dans laquelle ils s’inséraient. Quel combat sur tous les fronts ! La crainte de se tromper en se séparant d’autrui, le poids des malédictions dont les " repus " dits " spirituels " ne se privent jamais ; les vociférations des meutes cherchant à faire rentrer au bercail l’animal sauvage devenu incapable de supporter une bergerie anesthésiante.

Actuellement les jeunes possèdent à leur disposition des ouvrages se référant à l’intériorité, à la vie du dedans dont témoignent maints auteurs. Les écoles de méditations se multiplient, l’enseignement généralisé du yoga et du zen favorise la vraie recherche. Bien entendu les mélanges foisonnent et nombreux sont les imposteurs. Peu importe. Il y a choix et non pas défrichement comme hier. Et ceux qui appartiennent aux précédentes générations savent combien il leur a fallu de persévérance et de force pour continuer leur démarche au milieu de ce qui leur apparaissait ombres, ruines, abêtissements sordides, propositions édulcorées. Il leur fut nécessaire de se dévêtir des oripeaux qui collaient à leur peau et qui durant longtemps leur servirent de vêtements. Devant eux, une voie : le vide, le renoncement, la vacuité. Le rejet n’était pas nécessaire ; il s’opérait naturellement.

Le christianisme étant institutionnalisé depuis des siècles, il importait non pas de le quitter mais de le redécouvrir dans sa profondeur, en abandonnant ses caricatures qui l’ensevelissaient en le défigurant.

La mort de Dieu avait été annoncée à grand fracas. Comme on pouvait s’y attendre, elle fut suivie par la mort de l’homme. Qu’allions-nous faire sans Dieu et sans homme, sinon attendre la mort du monde et laisser paisiblement enterrer les morts sans avoir le goût de se recueillir sur leurs tombes.

 … Aujourd’hui le salut de l’homme est en jeu, c’est à dire sa santé, son équilibre, sa mesure et sa démesure, son harmonie. Il est impossible d’envisager l’homme coupé de sa profondeur d’origine divine. Comment accepter que la condition humaine ne réponde pas à sa vocation essentielle ? Privé du divin, l’homme est mutilé. Pourrait-on sans folie consentir à l’abolition d’une des ailes d’un oiseau ou à son ankylose ? Incapable de voler, il lui faudrait alors vivre dans une cage et demeurer prisonnier. Tel l’oiseau, l’homme est fait pour la souveraine liberté. Il la conquiert par un au-delà de tout esclavage ; celui de ses sens extérieurs, de son enracinement dans le terrestre. C’est à ce prix qu’il dépasse les familles charnelles, les patries transitoires, tout ce qui appartient au passage et ne saurait faire éclore le mystère dans sa propre splendeur.

Comment provoquer l’animation de la dimension intérieure, découvrir le " royaume du dedans " qui coïncide avec " la beauté de la fille du roi " ? Hier la réponse aurait été simple. Il suffisait de prendre une des voies traditionnelles et de se maintenir dans son sillage. Mais l’homme a évolué. Son exigence est devenue plus subtile. Il s’éprouve dans la nécessité de communier à l’universel, de rencontrer ses frères et de partager un amour identique, une semblable connaissance. Incapable de supporter les divisions, les comparaisons, les divergences, il tend vers l’union incluant les différences sans être séparé par leur présence.

Un seul banquet existe auquel tous les hommes sont conviés, indépendamment de leur origine et de leurs options. Une Déité unique préside à ce festin, son amour éternel s’étend indistinctement sur tous ceux qui s’orientent vers elle avec foi et confiance. Les uns veulent la nommer et comprendre qui elle est ; d’autre, plus sages, préférant au savoir l’expérience, ne tentent jamais de balbutier son nom.

Il n’existe aucune voie commune, rassemblant tous les hommes de bonne volonté, en dehors de l’intériorité. Tel est le chemin le plus court conduisant inexorablement vers son but. Le choisir et le suivre exige d’en subir l’attrait, de pouvoir s’y maintenir contre vents et marées, de se tenir à l’écoute du dedans, sourd aux appels du dehors. Il y aura toujours des donneurs de recettes pour crier " casse-cou " aux audacieux ; des sirènes pour distraire les " aventuriers de l’esprit ". Peu importe ! L’homme séduit par le dedans poursuit inexorablement sa route en sachant que le passage par la solitude, voire l’isolement, précède la communion. Qu’il devra cheminer seul avant de rencontrer ses frères, se libérer des fausses notions dont il a été parfois imbibé et pétri pendant son adolescence et sa jeunesse. Il lui faut devenir un homme neuf, choisissant une nouveauté de vie.

Cette nouveauté de vie ne survient qu’après un ultime détachement de tout ce qui encombre et qu’on a pu durant longtemps supposer nécessaire. Dans ce mouvement essentiellement dynamique, aucune tradition n’est récusée, aucune religion écartée. Traditions et religions sont épurées des divers revêtements imputables à l’Histoire. Elles deviennent d’autant plus vivantes, qu’elles sont enfin dégagées du fatras qui les encombrait et rebutait les hommes épris d’Absolu et d’authenticité. Privées de leur gangue, elles libèrent enfin leurs parcelles d’or.

De même l’homme est appelé à se débarrasser de son plomb, de sa finitude, de son pseudo-savoir, de ses fausses croyances, des superstitions auxquelles il a prêté foi. Tout doit être revu, purifié. Il lui faut pénétrer dans le creuset alchimique d’où surgira le grand oeuvre : l’apparition de l’étincelle divine.

Mystérieux, ce creuset symbolise moins un lieu qu’un état. Il inaugure un passage du dehors au dedans, du chaos à l’ordonnance, de l’esclavage à la liberté. Terrain de formation, sur lequel chacun se doit de tracer lui-même sa piste, il ne peut être abordé que par ceux qui consentent au dénuement, à la nudité, au vide, au détachement suprême à l’égard de soi-même. Seul l’homme privé de tout bagage dans ses mains, de tout savoir et souvenir dans sa tête, de toute possession intellectuelle en passera le seuil. Ne pourra s’y mouvoir que celui qui préfère l’essence à l’existence, la contemplation à l’action, l’éternité au temps, l’absolu au relatif, le sens intérieur à la littéralité, le silence à la parole ou à l’écriture. N’y sera indigène, que l’amoureux de la lumière ou de la ténèbre obscure par excès de clarté ; l’amant du feu qui consume et consomme les scories ; l’imitateur du papillon qui, tremblant de joie, se jette soudain dans la flamme brûlante.

Quel est donc ce lieu d’élection dans lequel amour et connaissance se jumellent, où le détachement fleurit en expérience, faisant franchir la Porte d’or donnant accès au " Verger des Mystères " ?

Il porte un nom : il s’appelle désert.

Désert ! Terme fascinant pour ceux qui possèdent le goût de l’alliance, de la montagne des révélations, de la parole reçue dans le cœur, des éternelles fiançailles dont le cœur est avide. Peu importe le passage par la " terre aride et ravinée, de sécheresse et de ténèbres " , les tentations qu’il faudra surmonter, la solitude, voire la déréliction. Un jour arrivera où " l’eau jaillira dans la steppe inculte, où la terre sèche deviendra un étang, où le pays de la soif se changera en sources " .

 " La source a soif d’être bue ", disait Irénée de Lyon. La terre de feu, le désert intériorisé brûle d’allumer la mèche des " lampes vivantes " qui, laissant filtrer la lumière, pourront éclairer leurs frères: les hommes, les animaux, les plantes, les pierres.

Sur la terre transfigurée, les passants verront la clarté dansante des " lampes vivantes " qu’ils prendront pour les étoiles d’un nouveau firmament :

" Je vis un nouveau ciel,
et une terre nouvelle. "



Ciel et Terre annoncent une nouvelle Alliance. Celle-ci est vécue par les " pneumatikoï ".

Quant à ceux qui ne participent pas encore à la plénitude de l’Esprit, qu’ils s’orientent avec une inaltérable confiance vers la Réalité ultime. De toute manière, de près ou de loin, ils seront les bénéficiaires du rayonnement de son illumination.

 A l’égard d’une option pour le voyage intérieur, donnant accès au désert du dedans, il est seulement possible de décrire un parcours, tenter de déchiffrer un enseignement. Le désert ne serait plus le désert si on dévoilait son mystère.

L’homme vivant dans la nuit et la lumière du désert s’écrie comme le prophète : " Ah ! Ah ! nescio loqui ! ". Qui pourrait parler et préciser ce qui est vu sans vision, entendu sans voix. L’oreille s’ouvre au silence et le regard y plonge lorsque les images et symboles se retirent pour faire place au surgissement de la Réalité pure. A cet instant, le mutisme naît de l’émerveillement.

… L’homme traverse son propre désert pour découvrir son fond mystérieux dont la beauté le remplit d’allégresse. Il oublie les perturbations de son long et périlleux voyage pour ne retenir que la jubilation qui l’envahit dès qu’il découvre sa propre source. Il comprend que le désert n’est rien d’autre que le passage par la mort donnant accès à une nouvelle naissance. Le désert intériorisé est Genèse.

Certains lecteurs de ces pages risquent de s’irriter devant ce qu’ils appelleront - à tort - un certain optimisme plus ou moins volontairement exprimé. En effet, une telle confiance peut sembler de mauvais goût lorsqu’elle est présentée en une période où tout se dégrade. Il s’agit moins d’un optimisme que de la conscience d’un déluge dévastateur sur tous les continents. Ce qui est proposé est une " arche " et cette arche est constituée par le " sanctuaire intérieur " dans lequel l’homme est invité à pénétrer et que le désert intérieur symbolise.

Si on tenait à parler d’optimisme, il faudrait dire que son fumier ou son engrais ont été pétris de nausée et d’angoisse. La nausée des caricatures mensongères, l’angoisse de l’extrême solitude : celle du navigateur esseulé pris dans d’incessantes tempêtes avant que la mer devienne calme et brillante de clarté.

A certains instants de notre existence, qui de nous n’a pas souhaité se retirer durant quelques jours, mois ou années " dans le désert, dans une auberge de voyageurs " ? A ce propos André Neher dira : " Où est cette auberge dans le désert, qui ne tient pas registre de ses hôtes...? Aucune route n’y conduit, elle n’est marquée dans aucun guide...Et pourtant, c’est en ce lieu dépouillé de toute localisation, en ce gîte dépourvu de tout habitat, en cette demeure privée de tout séjour, qu’est la résidence de Dieu. "

De même, Gurnemanz l’annonce à l’acte premier du Parsifal de Richard Wagner :

" Dire le Graal est vain,
vers lui ne s’ouvre aucun sentier,
et nul ne peut trouver la route
qu’il n’ait lui-même dirigé son chemin. "

Pour découvrir l’auberge qui respecte l’anonymat de ses hôtes, prendre à son compte la parole de feu, prononcée par Henri Le Saux : " J’ai découvert le Graal ", il n’existe pas de voie, de système, de technique. Aucun dogmatisme rassurant n’y conduit. "

Atteindre le désert intérieur exige d'opérer une percée à travers mille et une épaisseurs, dans des blocs de granit ou de béton. "Ma Parole - dira l'Eternel à Jérémie - comme un marteau fait voler en éclats les rochers". Sable mouvant d'une plage désertique, que le vent impétueux ou la brise légère soulève et transporte. A peine la béance ouverte, elle tend à se combler. Ce qui signifie que durant cette longue marche, il est impossible de s'assoupir car tout est perpétuellement à recommencer. La rigueur, on pourrait dire, l'extrême rigueur accompagne la longue quête.

… On pourrait dire avec simplicité que le désert intérieur n’est pas un refuge pour les inadaptés, les individus mal dans leur peau. Il ne constitue pas une retraite offerte aux pusillanimes. Certes, il est arche dans ce déluge qui nous inonde. Il apparaît surtout semblable à une chambre secrète où les sens nouveaux naissent. Afin d’y parvenir et de pouvoir accueillir la plénitude d’une nouveauté de vie, il importe de se débarrasser de nos habitudes, de nos tabous, de nos jugements de valeurs, de nous libérer de ce qu’on nous a appris durant notre enfance et notre adolescence.

Le passé n’est pas méprisé, il convient seulement de le libérer de son opacité, en sachant que tout est mouvement, dynamisme, éclosion. Il nous faut avoir l’audace d’appartenir à notre époque et de nous y insérer. L’option pour l’intériorité ne se présente pas au détriment de l’extériorité. Toutefois, il est évident qu’une remise en question bouscule des formulations, des adhésions prises au sein d’une conscience commune.

…Que l’approche du désert intérieur soit difficile, on ne saurait le nier. Qu’elle soit périlleuse, il faut bien en convenir.

 …Il faut le savoir : ou l’homme deviendra un robot situé au-dessous de l’animal ou il lui est encore possible d’acquérir un nouveau type de conscience. Le désert intérieur désigne le laboratoire où s’opère cette mutation. (...) Actuellement, le désert intérieur est comparable à une île habitée par quelques insulaires. Demain elle sera un continent devenant de plus en plus vaste.

Le désert intérieur est purification, ascèse à l’égard d’un enseignement millénaire. Qu’on le refuse, alors tout succombera. (...) le monde entier bascule, il apparaît en péril de mort. Il risque d’être livré aux forces nucléaires maniées par des hommes devenus fous parce que privés de leur dimension divine qui seule peut engendrer l’amour.

Invincible est l’élan vers l’intériorité : il vaincra.

Marie-Madeleine Davy
Editions Albin Michel
Paris 1985

Sources Le Qasar

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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 22:37

 

 

 

Le trou de l’Être


par Jean-Yves Leloup

 

Comme on a pu dire du sage que celui à qui la sagesse manque (l’imbécile lui ne manque de rien), le mystique est celui à qui l’Être manque (le religieux, lui, ne manque pas d’Êtres plus ou moins bien déifiés) et cela n’est-il pas au plus propre de l’homme : un étant à qui l’Être manque ? Ainsi, étudier les mystiques des grandes traditions de l’humanité peut introduire l’esprit analytique contemporain à des anthropologies moins closes, moins "bornées" où ce qui importe est ce qu’on sait de l’homme, cette faille ou cette blessure que dans sa prudence il ne cessera de saler et par laquelle il se tiendra Éveillé, Ouvert à l’"Autreté" ou à "Cela" qui nous manque, guéri de ces trop pleins narcissiques et autres incurables épaisseurs. Tous ceux qui parlent de Dieu ne parlent en effet que d’eux-mêmes, de ce qu’ils ont de meilleur ou de pire. Dieu n’est souvent que leur expérience la plus extrême, une subtile et ultime idole de soi.. ; Un "Je" ne peut parler que de ce qu’il connaît, c’est à dire de ce qu’il est capable de contenir. Les plus honnêtes diront qu’ils "ont" en eux de l’"Inconnu", de l’"Incréé, parfois ils oseront comme Maître Eckart, dire qu’ils "sont" cet inconnu. Mais "Cela qui Est", ils ne savent pas ce que Cela est, ce qu’on peut savoir c’est toujours du Même, du pareil à soi. L’Autre c’est du "non moi", alors tant que c’est un moi qui parle... ! S’il n’y avait plus de "moi" pour chercher Dieu, où serait Dieu ?

Ainsi, se poser la question du moi et la question de Dieu c’est se poser la même question, l’apparition de l’un entraîne l’apparition de l’autre, la disparition de l’un entraîne aussi la disparition de l’autre...

Dieu est partout, sauf là où il y a un moi pour le chercher. C’est le moi qui le met ailleurs, il n’y a que ce moi pour l’empêcher d’être tout. Ceux qui vivent dans un profond silence mental, sans intervention d’un jugement, d’une comparaison, d’une estimation, peuvent sans doute voir, sentir, écouter, toucher "Cela" qui Est ? Qui n’Est pas ? Il n’y a plus de moi pour se poser la question.


Sources
Nouvelles Clés

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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 21:59

 

 

 

 

 

Le mystère d'une présence

 

 

par Marie-Madeleine Davy

 

 


 

Dieu n’est pas un sujet de réflexion, de pensée ou de discours. Le Dieu dont on tenterait par la raison de prouver l’existence s’apparente à une idole. On peut le vénérer et se croire son serviteur fidèle. Ce Dieu apparaît accessible par l’intermédiaire de ceux qui ont pour mission d’établir des liens entre le profane et la sacré. Les faux dieux abondent. Ils sont aussi nombreux que les pseudo-gurus guidant leurs disciples vers des impasses vouées, le plus souvent à l’autosatisfaction.


Tout le problème est là. De quel Dieu s’agit-il ? Du Dieu vivant, caché (Deus absconditus) pour qu’on le cherche, un Dieu rempli d’amour pour ses créatures ou d’un Dieu susceptible de courroux, punissant les faux pas, les reniements, proclamant un géhenne pour ceux qui le trahissent ou le méconnaissent.

Le vrai Dieu laisse à l’homme la liberté de l’aimer, de répondre à son amour ou de le récuser. C’est à l’homme de choisir la lumière ou l’opacité ; mieux vaut l’athéisme que l’idolâtrie.

La croyance engendre la foi. Une foi terriblement mobile, susceptible de s’éclipser sans laisser derrière elle la moindre trace. On s’étonne parfois de la médiocrité d’un grand nombre d’adhérents aux différentes religions d’Orient ou d’Occident. Portée à la façon d’un vêtement ou d’un masque, l’option se localise dans l’extériorité ; elle flotte dans les franges de l’être. Ainsi, le dedans ne se trouve pas concerné. La religion de l’âme équivaut à une animation trop souvent fallacieuse, susceptible d’illusions.

Un tel comportement est naturel, parfaitement normal, d’une déconcertante banalité.

La sagesse exigerait de ne pas s’en affliger outre mesure, en comprenant qu’une croyance superficielle peut devenir un motif d’aliénation parmi d’autres. Et ceux-ci ne manquent point.

Traditions et religions.

Dans une démarche vers Dieu, quel est le rôle des traditions et des religions ? Tout dépend de la façon dont on est capable de les vivre. Elles peuvent remplir un rôle positif voire irremplaçable. Mal comprises, vécues d’une façon extérieure" elles risquent de stopper et même d’enliser. Liturgie et prière communautaires offrent une aide efficace. Si les formes s’estompent d’elles-mêmes et se retirent, tout devient différent. C’est à chacun de savoir ce qui lui convient et d’interroger sa propre conscience. Ce qui est tunnel pour l’un devient clarté pour l’autre. Traditions et religions n’ont pas à disparaître ; elles sont nécessaires pour la majorité des hommes. Le choix personnel permet de les utiliser avec profit et de les vivre suivant son propre état de conscience.

L’approche de la dimension divine rencontre de nombreux obstacles. La connaissance de soi s’impose tout d’abord. Il est impossible d’en faire l’économie. Découvrir ses propres aspects positifs et négatifs exige un véritable labeur. Et cela d’autant plus qu’il convient de se découvrir dans sa mobilité. Passer de l’extériorité à l’intériorité comporte à la fois des reculs et des bonds en avant. Habituellement, il convient de se contenter d’un pas à pas. La modestie, disons l’humilité, constitue une base essentielle.

Ce qui bloque l’élan et son dynamisme peut provenir d’un état de tristesse. Celui-ci décolore et fane prématurément toute éclosion. La beauté n’est jamais découverte dans sa splendeur et la joie demeure inconnue. La vanité, l’orgueil, la fatuité rendent inaccessible l’accès à l’essentiel. L’orgueilleux peut se vanter d’un savoir, mais la véritable connaissance et l’amour lui échappent. Le gonflement de l’ego produit un certain délire, conséquence de l’inflation du moi. C’est pourquoi les sages nous apprennent que l’ascèse du mental et du cœur s’avère nécessaire. Cette ascèse provoque un état de veille, c’est à dire d’attention. Pas d’accès au vrai Dieu sans une perpétuelle conversion. Celle-ci concerne l’homme dans sa totalité. Ce retournement se poursuit durant toute l’existence ; il concerne à la fois le dehors et le dedans. A ce propos, les divisions proposées par Philon d’Alexandrie demeurent toujours valables. L’homme enraciné dans le soma (le corps) et aussi dans sa psyché n’aura pas la même approche de Dieu que celui en qui l’éveil à l’esprit a pu se produire. Tout dépend de la capacité de l’homme. C’est elle qui détermine son expérience du divin. Ce n’est pas en se détournant des religions que le progrès survient. La réalité s’avère différente. Il importe de se quitter soi-même. S’abandonner dans un suprême renoncement engendre un vide. La "nature ayant horreur du vide", ce vide appelle le plein : l’esprit va pouvoir occuper la place vacante. Répétition du mystère de l’Annonciation. Dieu ne saurait s’imposer. En toute liberté, l’homme va prononcer un "oui" au dedans, un "oui" qui se déploie et dont on peut percevoir l’écho.

La passion de l’absolu

La véritable orientation vers Dieu suppose un départ du sensible vers l’intelligible. Ce mouvement est provoqué par une passion de l’Absolu. Peu à peu la passion se meut en séduction. Dans sa totalité, l’homme est happé par le mystère divin ; il est possédé par lui. Cette séduction l’arrache au monde qui passe. Ses racines sont peu à peu transposées dans la dimension divine. Toutefois, en raison de sa faiblesse et de sa fragilité, il risque toujours d’être retenu par l’agitation, la diversité de ses désirs et leur véhémence. Il s’égare... et il revient, il se détourne... et se retourne de nouveau vers l’essentiel. Par ignorance, il peut momentanément prendre de faux chemins, chercher à l’extérieur qu’il possède au-dedans, écouter les voix des sirènes, céder à la tentation du discours, croire que Dieu s’éloigne lorsqu’il n’est plus perçu dans ses reflets. En effet, Dieu n’a pas à être senti, il échappe totalement aux sens extérieurs. Seuls les sens intérieurs peuvent par instant saisir la réalité de sa présence. Expérience fugitive dont la brièveté peut déconcerter. Cependant, cette expérience laisse des traces. l’éblouissement a brûlé le regard du dedans, l’oreille intérieure a capté la sonorité d’une parole ou mieux encore entendu la voix d’un silence habité : la plénitude du silence dont la densité s’avère plus ample que des paroles, des mots, des syllabes proférées. L’amour est un mystère. Chacun le sait, rien de plus difficile que d’aimer. On croit aimer Dieu et l’on s’aime soi-même ; on suppose chercher Dieu et c’est une façon de se découvrir, sans pour autant se dépasser.

Comment savoir qu’on l’a rencontré, non l’idole, mais le Dieu vivant ? L’idole apporte l’inquiétude. Or, de la plénitude résulte la paix, une paix qui n’est pas tout d ’abord sans angoisse ni souffrance. Cependant, à travers les treillis, auxquels fait allusion le Cantique des Cantiques (2, 8), il peut se présenter des instants de vision. Vision voilée par amour pour ne pas anéantir le "voyant" par excès de lumière. Une contemplation s’ébauche, un savourement, une douceur... On voudrait voir et on s’écrie : "Montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix" (Cant. 2, 14).

Présence et absence

Parfois, l’absence est cruelle, Telle l’épouse du Cantique (5, 2 sv.), l’aimée croit entendre la voix de celui qu’elle aime, elle tire le verrou de la porte de son cœur, la voici ouverte à la Présence... Il n’y a rien. Épreuve d’une absence ou plutôt d’un Présence non éprouvée. L’erreur serait d’aller sur la place publique, c’est à dire au-dehors, et d’interroger : "Avez-vous vu mon bien-aimé ; dites-moi, l’avez-vous vu ?" C’est uniquement au-dedans que se déploie la patiente attente.

Et cela jusqu’au jour ou l’on comprendra, d’une façon soudaine, qu’il n’est pas nécessaire d’éprouver. Lorsque "Dieu est né dans l’âme et que l’âme est née en Dieu" comme dit si bien Maître Eckhart, il n’y a plus à chercher, ni au-dehors, ni au-dedans. Cet arrêt s’avère difficile à supporter. La recherche permettait de se sentir exister, d’où l’entrée subite dans un état inconnu, éprouvant du fait de sa nouveauté. "Les cieux sont ouverts" (cf. Ezé 1, 11 ; .Jn 1, 52). En effet, le monde invisible s’entrouvre. On ne voit rien et on voit ; on n’entend rien et on perçoit. Dans ce monde invisible, l’homme devient indigène. Une béatitude dilate le cœur et l’intelligence. Suprême déploiement, mystère d’un amour intelligible. On souhaiterait ne plus employer le "je", le "moi" qui encombraient et faisaient obstacle. "Je" et "moi" se gomment plus ou moins durablement.

On passe ainsi de la religion de l’âme à la religion de l’Esprit, de Dieu à la Déité avec tout ce que cela implique de distance. La foi s’éclipse, elle devient certitude. Plus d’alternances, sinon le tangage de sa barque minuscule sur Ies flots de la mer du monde. L’eau monte mystérieusement, elle atteint la margelle d’un puits d’eau vive situé au-dedans. Une liturgie intérieure s’élève avant de céder la place à l’ampleur d’un abyssal silence.

L’homme cesse d’être emprisonné en lui-même. Libre, il libère. Le cosmos tressaille de joie.

Le théophore considère la nature à la fois comme sa mère et son enfant. Action et contemplation se jumellent ; se mouvoir en Dieu signifie aimer tous les hommes, sans aucune distinction.

Survient un nouveau climat, une autre atmosphère, une renaissance. Il n’y a plus que Dieu. Béatitude de plus en plus fine, impalpable, tout en étant réelle : jubilation. En cet instant, tout s’efface. Plus de présence ou d’absence, plus de bonheur éprouvé ou d’angoisse ressentie. Sorte de néant de sensation et de certitude. On consent alors - non sans émotion - à tout abandonner. Un état de vacuité surgit, impossible à décrire. Cet état comporte un repos festif : une participation à l’indicible. Le vertige éprouvé tout d’abord s’éclipse : sorte de plongée dans l’inconnu. Est-on mort, est-on vivant ? On peut parfois se poser la question. Plus de joie, plus de souffrance : un au-delà de l’au-delà.

Le temps de l’éternité

Dieu n’est pas nommé. On a aussi perdu son propre nom. Les Personnes divines deviennent actives au-dedans. Elles ne sont plus à distinguer dans leurs opérations propres. Encore un fois, tout est Un. Dès lors, le consentement à l’arrachement de soi-même cesse de se présenter. Toute appartenance s’efface. Durant son cheminement, l’homme pouvait dans les moments cruels se tourner vers son passé, désirer revenir en arrière. Désormais, aucune trace de voie, ni en-deçà, ni au-delà. Un présent qui englobe le passé, le présent et l’avenir. Plus de culpabilité ou de pesanteur, d’où qu’elles puissent venir. Rien d’autre que l’instant, uniquement l’Un, la sainte unité et son mystère comprenant la révélation des secrets. Tout se déroule au-dedans au sein d’un profond silence et se répand au-dehors tel un vase dont le contenu déborde.

On comprend d’une façon foudroyante que le temps s’inscrit désormais dans l’éternité.

Le voyageur du dedans était passé par l’extrême solitude, la déréliction de l’esseulement.

Tel Job, il avait tout perdu, ses biens et sa famille. Désormais le monde I’invisible le visite.

Ses véritables amis appartiennent à l’autre rive, celle dont on ne revient pas.

Dans ce mystère de l’éternité, toute la création est aimée avec tendresse. A travers l’homme, l’Innommable opère des mutations et des métamorphoses. L’ami du mystère devient -avant sa mort- un ressuscité.

Si on lui posait la question : "Qu’est ce que Dieu est pour toi ?", il répondrait : "Une mystérieuse Présence ; l’expérience d’une Présence, d’un amour et d’une connaissance".

Sources Nouvelles Clés

 

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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 21:22

 

 

L’ESPRIT

de Nicolas Berdiaev

 

Tableau de Duncan Long

 

Il est impossible de définir rationnellement l’esprit, ce serait là pour la raison une vaine tentative. Une telle définition tue l’esprit, le transforme en objet, tandis qu’il est sujet. On ne peut élaborer un concept de l’esprit. Mais on peut saisir les caractères de l’esprit. On peut dire que la liberté, le sens, l’activité créatrice, l’intégralité, l’amour, la valeur, la tendance vers un monde supérieur et divin et l’union avec celui-ci figurent parmi ces caractères. Cette série de caractères englobe le pneuma de l’Écriture Sainte et le nous de la philosophie grecque. En tant que l’esprit est liberté, le spirituel se caractérise principalement par son indépendance par rapport aux déterminations de la nature et de la société. L’esprit s’oppose avant tout au déterminisme. L’esprit est l’intérieur par rapport à l’extérieur, à tout ce qui dépend de l’extérieur. L’intérieur est le symbole de l’esprit. On peut également définir le caractère de l’esprit par des symboles spatiaux : profondeur et hauteur. L’esprit est profondeur infinie et hauteur céleste. On ne peut, comme le fait Max Scheler, retirer l’activité à l’esprit pour la conférer uniquement à la vie. L’esprit, précisément, est activité; quant à la vie au sens biologique de ce mot, elle est passivité. Mais Scheler comprend parfaitement que l’esprit n’est pas un épiphénomène de la vie, qu’on ne saurait le comprendre d’une manière vitaliste. L’esprit est une évasion hors de ce monde alourdi, il représente l’élément dynamique, créateur, une sorte d’envol. Pic de la Mirandole affirme que l’esprit humain est d’origine céleste, c’est-à-dire qu’il ne provient pas du monde naturel. L’esprit ne serait pas déterminé par le monde naturel, il échapperait à celui-ci. C’est l’esprit qui fait de l’homme l’image de Dieu. L’esprit est l’élément divin dans l’homme. Et c’est grâce à l’esprit que l’homme peut accéder aux plus hautes sphères divines. L’esprit est l’acte créateur intégral de l’homme. L’esprit est la liberté qui se perd dans les profondeurs préontiques du monde. La liberté a la primauté sur l’être qui est une liberté déjà figée. C’est pourquoi l’esprit ne peut se définir par l’être, qui a une forme complètement finie, qui est pour ainsi dire statique. C’est pourquoi l’esprit est l’acte créateur; l’esprit crée un être nouveau. L’activité créatrice, la liberté créatrice du sujet est primitive. Le principe de causalité ne s’applique ni à l’esprit, ni à la vie spirituelle.
L'esprit est de Dieu, et l’esprit mène à Dieu. L’homme reçoit tout de Dieu par
  l’esprit et c’est par l’esprit que l’homme donne tout à Dieu, qu’il multiplie les dons qu’il a reçus, qu’il crée ce qui n’existait pas auparavant. L’esprit vient de Dieu. L’esprit n’est pas créé par Dieu comme l’est la nature, il émane de Dieu, il est versé, insufflé par Dieu à l’homme.

 Nicolas Berdiaeff, Esprit et Réalité, 1937.

 

L’esprit est toujours vérité, vérité orientée vers l’éternel. L’esprit échappe au temps et à l’espace. Par son caractère intégral, il s’oppose au morcellement temporel et spatial.
L’esprit n’est pas être, mais il est le sens de l’être, la
vérité de l’être. L’esprit est également intelligence, mais une intelligence intégrale. L’esprit est aussi bien transcendant qu’immanent. En lui le transcendant devient immanent et l’immanent transcendant.
L’esprit n’est pas identique à la conscience, mais la conscience se construit par l’esprit, et c’est aussi l’esprit qui transcende les limites de la conscience, qui atteint au supraconscient. L’esprit présente un aspect prométhéen, il se révolte contre les dieux de la nature, contre le déterminisme du destin humain; l’esprit est une évasion, une évasion vers un monde supérieur et libre?

Nicolas Berdiaeff, Ibid.

 

 

La réalité de l'Esprit - Esprit et Être

Premier chapitre

 

Le monde tend à nier la réalité de l'esprit. Il ne doute pas des objets visibles qui forcent son adhésion. Mais l'esprit n'est pas un objet visible; du moins pas un objet parmi d'autres objets. Il n'est personne, il est vrai; s'agît-il du matérialiste le plus endurci, qui ne reconnaisse à l'esprit une certaine réalité, de nature moins consistante. Il ne saurait en être autrement, car l'esprit est présent en chacun de nous, même chez celui qui en nie l'existence. Dans ce cas, pourtant, l'esprit n'est reconnu qu'en tant qu'épiphénomène de la matière, comme produit d'une série de processus matériels. Mais une telle formule est toujours restée parfaitement inintelligible. La négation matérialiste de l'esprit n'est à vrai dire qu'une description erronée des données de l'expérience, aussi fausse que celle d'un daltonien décrivant des couleurs. Le matérialiste se tire d'embarras en attribuant à la matière toutes les facultés de l'esprit : raison, liberté, activité. D'autres écoles philosophiques, plus raffinées, considèrent l'esprit non comme l'épiphénomène de la matière, mais comme l'épiphénomène de la vie en attribuant à celle-ci des forces créatrices inépuisables. C'est la conception vitaliste de l'esprit. Les écoles spiritualistes se sont fait une spécialité de défendre la réalité de l'esprit. Le spiritualisme conçoit généralement l'esprit comme une substance, comme une réalité qualitativement distincte des autres objets du monde naturel, mais du même type qu'eux. La pensée philosophique a souvent naturalisé l'esprit en le situant tout en haut dans la hiérarchie homogène des objets du monde objectif. Tout en lui attribuant une plus haute dignité, c'est encore comme un objet qu'on a conçu l'esprit et la réalité qu'on lui attribue ainsi est homogène à celle des objets du monde objectif. Mais est-il possible de saisir et de démontrer la réalité de l'esprit, tout en y voyant une réalité cosmique du même type que les autres? C'est là toute la difficulté de notre problème. Toute philosophie qui tend à objectiver et à hypostasier la pensée identifie par là même réalité et objectivité. Au contraire, ceux qui nient la substantialité de l'esprit le réduisent à un état subjectif de l'âme humaine. Les phénomènes spirituels se trouvent identifiés ainsi avec les phénomènes psychiques qu'on qualifie généralement de subjectifs. Aussi bien les défenseurs de l'esprit tiennent-ils à démontrer l'objectivité des phénomènes spirituels. L'ontologie spiritualiste affirme que l'esprit est l'être authentique, la substance de l'être, que l'esprit par conséquent est être, être objectif.

Mais qu'est-ce que l'être ? C'est là le problème fondamental de la philosophie. Généralement, nous usons du concept d' « être » comme s'il était d'une évidente clarté et ne posait aucune question. Mais la critique de la connaissance se demande dans quelle mesure les produits de notre pensée viennent s'ajouter à ce que nous appelons l'être, jusqu'à quel point l'activité du sujet construit cet « être » que nous considérons ensuite comme originel. Ce fut là le travail essentiel de Kant qui doit être réhabilité d'une façon toute nouvelle. Les néo-kantiens nous ont voilé les mérites éternels de leur maître
en déformant ses doctrines. Kant n'était nullement un idéaliste au sens péjoratif du terme : il tendait précisément au réalisme. Nous trouvons chez Kant les bases de la seule vraie métaphysique — le dualisme de l'ordre de la liberté et de l'ordre de la nature, le volontarisme, l'indéterminisme (le caractère intelligible), le personnalisme, la doctrine des antinomies, la reconnaissance d'une autre réalité plus authentique dissimulée par le monde des phénomènes visibles. Les métaphysiciens allemands du début du XIX0 siècle, Fichte, Schelling et Hegel, se sont par trop empressés à prétendre surmonter le dualisme de Kant par des systèmes monistes. Le dualisme de Kant garde une vérité plus durable que le monisme, né sans doute des efforts d'une pensée géniale, mais d'une pensée qui s'objective et s'hypostasie. La métaphysique se laisse entraîner trop aisément à hypostasier des concepts; elle prend le concept pour l'être et elle crée un concept de l'être qui réponde à sa pensée. L'ontologie cherche un être qui soit objectif, et l'être qu'elle découvre n'est que l'objectivation de ses concepts : l'être objectif qui s'offre à elle résulte lui-même d'une élaboration de ses propres concepts. Ainsi l'ontologie n'accède qu'à un être qui est un produit de la pensée et le fruit d'un labeur rationnel. Toute métaphysique qui use de la catégorie ontologique apparaît donc comme entachée de naturalisme. J'appelle naturaliste toute métaphysique qui considère l'être comme objet, comme « nature », s'agît-il d'une nature spirituelle. Bien qu'il ait reculé lui-même devant cette voie, c'est Kant qui a rendu possible une considération existentielle de la philosophie qui surmonte le naturalisme.

 

Esprit et réalite
Nicolas Berdiaeff
Editions Montaigne, 1934

 

 

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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 20:47

Une biographie de Nicolas Berdiaev dont je conseille vivement de lire les ouvrages pour ceux qui ne le connaissent pas. La première fois que j'ai lu un de ces textes, une porte s'est ouverte au fond de mon âme. C'était un peu comme si j'étais en attente de ses mots. Il traduisait dans un langage lumineux tout ce que j'avais longtemps pressenti sans savoir l'exprimer. Berdiaev est un philosophe mystique, le prince de la Véritable Liberté. « La liberté n'est pas un droit mais une obligation. » disait-il. Il avait saisi le sens de la véritable libération de l'homme. Je pense qu'il parlait comme une âme seule pourrait le faire, il en avait saisi l'androgyne... il était ici pour nous parler de l'Ailleurs. Pour nous laisser des messages riches et nous pousser à chercher et à essayer de trouver...

 

NICOLAS BERDIAEV

« Enfin un pneumatologue ! Près de lui, je respirais, j’étais heureuse ;
la Déité me semblait plus proche et le monde habitable »

Marie-Madeleine Davy

Nicolas Berdiaev (1874-1947)

Si Marie-Madeleine Davy parle de Nicolas Berdiaev comme d’un « pneumatologue », celui-ci se définissait comme un homo mysticus - plutôt qu’un homo religiosus. Certes, il faut donner ici son sens au mot « mystique » tel que Berdiaev l’utilise, dans l’ordre de la pensée orthodoxe. Il dira lui-même à ce sujet : « J’ai du monde une conception mystique à l’origine et, par comparaison, le moment religieux, organisé, n’est que secondaire. Eckhart, Jacob Boehme, Angélus Silesius sont plus près de mon cœur que les Pères de l’Eglise. Je crois à la présence d’une mystique universelle, d’un spiritualisme universel. (…) J’ai cependant toujours été plus attiré par la mystique gnostique et la mystique prophétique que par la mystique ayant reçu l’approbation officielle de l’Eglise, celle qui a été reconnue comme la mystique orthodoxe, quoiqu’elle mériterait mieux le nom d’ascèse », In Essai d’autobiographie spirituelle.

 

Aperçus sur la vie et l'œuvre de Nicolas Berdiaev

Nicolas Berdiaev est né le 19 mars 1874 près de Kiev dans une famille de la haute aristocratique et c’est à Kiev qu’il passa son enfance et son adolescence, nourrissant progressivement sa révolte contre la société mondaine et aristocratique à laquelle il appartenait jusqu’à la rupture et son entrée – alors étudiant – dans le monde révolutionnaire – il découvre le marxisme à 20 ans. En 1898, il est emprisonné pour menées révolutionnaires, libéré puis exclu de l’Université et en résidence surveillée pendant 2 ans à Kiev – il y fera la connaissance de Léon Chestov. Condamné à 3 années d’exil à Vologda, il aurait pu regagner Kiev après quelques semaines, après les démarches. De retour à Kiev, il se tourne vers la religion orthodoxe, sous l’influence de Serge Boulgakov, se marie avec Lydie Trouchev. 1904 : Saint-Pétersbourg où la société qu’il fréquente s’est « convertie » à la Théosophie, selon Hélène Blavatsky et Annie Besant : « Par la réaction qu’elle provoqua en moi, elle contribua fort à ma conversion à l’Église orthodoxe. »

            Survient alors, en 1907, un événement singulier qu’il décrira brièvement dans son Essai d’autobiographie spirituelle : « Je me rappelle un moment - c’était en été, à la campagne, - je me trouvais dans le jardin, à l’heure du crépuscule et le cœur lourd… Sous les  nuages, la nuit s’épaississait, mais subitement une lumière intérieure surgit ». Ce que fut cette lumière, c’est sans doute cette « lumière non crépusculaire » dont parle Soloviev qui invite à « se mettre en route », en sa direction. Il dira lui-même que ce ne fut pas une « conversion », parce qu’il ne trouva pas la paix du cœur en cette circonstance, et l’on ne peut parler d’une initiation au sens strict. Il passera l’hiver 1907 à Paris, puis retournera à Moscou où il retrouve Serge Boulgakov. C’est de cette époque que date son admiration pour Jacob Boehme – et on peut se demande si ce dernier - son « ange » - n’est pas pour quelque chose dans l’évolution ultérieure de Berdiaev. Jacob Boehme donc, ainsi d’ailleurs qu’un singulier personnage, un paysan illettré, Akimouchka, avec il s’est lié : « Nos entretiens étaient d’une grande profondeur spirituelle, il se trouvait au niveau des thèmes mystiques les plus arides, particuliers à la mystique germanique. (…) L’union existe dans le règne de l’esprit ».

            Vint la révolution de 1917. Nommé membre du Conseil provisoire de la République, il se détourne rapidement de l’activité politique, rédige La Philosophie de l’inégalité, qui est une attaque contre le bolchevisme et qui ne sera pas publié, est nommé ensuite vice-président de l’Union des Écrivains et professeur à l’université de Moscou. Ses ennuis avec le régime commencent en 1920, et il sera finalement expulsé de Russie, en 1922, « pour des raisons idéologiques et non politiques ».  Commence l’exil, à Berlin d’abord, de 1922 à 1924, où il est Doyen de l’Institut scientifique russe, puis à Paris où il vécut jusqu’en 1947, date de sa mort, le 23 mars. Plus de vingt années donc où il se consacrera exclusivement à son œuvre.

          Toute l’œuvre de Nicolas Berdiaev part d’un postulat selon lequel « l’esprit est « inversé » dans le monde, il s’en détache, y redescend, se symbolise en lui » et toute sa vie s’explique par sa revendication de l’action créatrice – et donc par son refus de ce qui la limite : « Ma voie spirituelle m’ayant mis en contact avec le monde de l’orthodoxie, j’éprouvais la même angoisse que j’avais ressentie dans les mondes aristocratiques et révolutionnaire, j’y retrouvais la même atteinte à la liberté, la même hostilité envers l’indépendance de la personne et de son action créatrice ». Toute sa démarche philosophique ou plutôt gnostique repose sur la notion d’Ungrund, selon Maître Eckhart : « Dieu en tant que créateur du monde et de l’homme est corrélatif à la création. Il surgit des profondeurs de la Divinité, de l’inexprimable Néant. Telle est l’idée la plus profonde et la plus secrète de la mystique allemande ». Mais c’est à Jacob Boehme – auquel il consacrera de nombreuses pages – qu’il est redevable de certaines « percées », en particulier en ce qui concerne sa conception de la sexualité humaine. Quant au fond de sa pensée, elle découle de cette « action créatrice » qui en constitue le moteur, du fait qu’il accorde à l’esprit la précellence sur l’être : « L’esprit est l’acte créateur ; l’esprit crée un être nouveau. L’activité créatrice, la liberté créatrice du sujet est primitive. Le principe de causalité ne s’applique ni à l’esprit ni à la vie spirituelle. L’esprit est de Dieu, et l’esprit mène à Dieu. L’homme reçoit tout de Dieu par l’esprit et c’est par l’esprit que l’homme donne tout à Dieu, qu’il multiplie les dons qu’il a reçus, qu’il crée ce qui n’existait pas auparavant. L’esprit vient de Dieu. L’esprit n’est pas créé par Dieu comme l’est la nature, il émane de Dieu, il est versé, insufflé par Dieu à l’homme ».

            Pour Nicolas Berdiaev, l’homme peut contempler Dieu par une « orientation ascendante » de l’esprit. Pour y parvenir, il doit d’abord passer du monde de la chair au monde de l’âme, puis de celui-ci au monde de l’esprit, dans une démarche typiquement « pneumatique ». Cette même démarche lui permet d’affirmer aussi que l’Église de Pierre, « dont l’Église orthodoxe reçoit aussi sa prééminence », s’oppose à l’Église de Jean dont « les saints et les mystiques sont les vivants dépositaires ». Car, ce qui caractérise la tradition johannique est qu’elle suppose chez l’homme une connaissance de type « pneumatique », et quand nous disons, elle s’oppose, c’est bien à la manière dont l’âme s’oppose à l’esprit et le psychique au spirituel. Voici justement ce qu’il dit de la tradition johannique : « L’Église de l’amour est l’Église de Jean, l’Église éternelle, recelant en elle la plénitude la vérité à la fois sur le Christ et sur l’homme. »

           S’agissant de la sexualité humaine, pour Nicolas Berdiaev, « l’homme intégral comprenait en lui la nature féminine », et surtout il dira : « Ce n’est ni l’homme ni la femme qui sont faits à la ressemblance divine, mais seulement l’androgyne, l’être intégralement bisexué ». C’est d’ailleurs ce qui le conduira à pratiquer l’abstinence, et à parler de la virginité comme d’une « énergie sexuelle positive ». On reconnaît bien sûr ici la marque de Jacob Boehme : « Selon l’enseignement génial de Boehme, l’homme perdit la Vierge éternelle (Sophia), celle-ci le quitta et se réfugia dans le ciel. La nature féminine se détacha de l’homme-androgyne, et devint pour lui une nature extérieure » ; « L’enseignement de Boehme concernant la Sophia est précisément celui de la Vierge et de l’image androgyne, image intégrale et virginale de l’homme », écrira-t-il à ce propos.

Sources JM Saliege

 

La philosophie de Berdiaev

 

Sa pensée est l'un des sommets de l'existentialisme chrétien. Elle reflète aussi l'influence de Jacob Boehme dont il traduisit en français le Mysterium Magnum, précédé de deux précieuses études.

La pensée de Berdiaev est une philosophie de la liberté. Elle s'oppose à la philosophie ontologique. Le premier principe n'est pas l'être mais la liberté. Autrement dit, la liberté l'emporte sur l'être. A partir de cette liberté, Dieu crée l'homme, l'être libre. La liberté étant par nature irrationnelle peut donc conduire aussi bien au bien qu'au mal. Pour Berdiaev, le mal, c'est la liberté qui se retourne contre elle-même, c'est l'asservissement de l'homme par les idôles de l'art, de la science et de la religion qui reproduisent « les rapports d'esclavage et de domination dont est issue l'histoire de l'humanité ». Berdiaev se révolte contre les conceptions rationalistes, déterministes, téléologiques qui brisent le règne de la liberté. Le problème de l'existence humaine est donc celui de sa libération. Ici, Berdiaev fonde une véritable philosophie de la personne qui influencera Mounier et le personnalisme. L'homme se définit d'abord comme une personne. La personne, catégorie éthique et spirituelle s'oppose à l'individu, catégorie sociologique et naturaliste. La personne n'est pas nature, mais liberté. Contrairement à l'individu qui est partie de l'espèce et de la société, la personne n'est pas la partie d'un tout quelconque. Elle s'oppose aux fausses totalités que forment le monde naturel, la société, l'état, la nation, l'Église, etc. Ses fausses totalités constituent les sources majeures de l'objectivation qui aliène la liberté de l'homme dans des productions qu'il finit par idolâtrer en se soumettant à leur tyrannie. Pour se libérer de toutes les formes d'objectivations aliénantes, Berdieav prône la redécouverte de l'acte créateur fondé sur un travail d'élimination de la contrainte, de la connaissance et de l'amour, ses forces libératrices qui luttent et se révoltent contre les structures ossifiées, refroidies, inhumaines.

Retournant à un messianisme christique d'essence joachimiste et écrivant à l'époque de la montée des totalitarismes, Berdiaev a dénoncé, l'un des premiers « le messianisme de la race élue et de la classe élue ». Se dressant contre toutes les formes d'oppression sociale, politique, religieuse, dépersonnalisantes et déshumanisantes, l'œuvre de Berdiaev agit comme un vaccin contre toutes les formes d'utopies meurtrières du passé et de l'avenir. Par opposition, elle souligne les vrais besoins et la vraie destination de l'homme qui est surnaturelle, liberté issue du mystère divin et fin de l'histoire dans une annonce du Royaume de Dieu que l'homme doit d'ores et déjà préparer dans l'amour et la liberté.

Dans ses grandes lignes, la pensée de Berdiaev est conforme à la tradition du messianisme russe, mais un messianisme purifié et éclairé par la critique radicale des forces qui s'y opposent, y compris à travers la critique du phénomène Église, qu'il dénonce comme une source majeure d'aliénation spirituelle.

On cite de lui cette phrase: Dieu est moins puissant qu'un agent de police.

Œuvre

        # La Signification de l'acte créateur (1916)

        # L'esprit de Dostoievski (1921)  

        # La Destinée de l'Homme (1931)

        # Solitude et Société (1934)

        # Cinq méditations sur l'existence (1936)

        # Esprit et Réalité (1937)

        # Esclavage et Liberté (1939)

        # Essai de métaphysique eschatologique (1946)

        # L'idée russe (1946)

        # Dialectique existentielle du divin et de l'humain (1947)

Rééditions :

        # Esprit et liberté, éd. Desclée de Brouwer, 1992, ISBN 2-22002-480-6

        # Khomiakov : L'épître aux serbes, éd. L'Age d'Homme, 1990, ISBN 2-82512-222-X

        # Le nouveau Moyen-Âge, éd. L'Age d'Homme, 1990, ISBN 2-82512-223-8

        # De la destination de l'homme, éd. L'Age d'Homme, 1990, ISBN 2-82512-221-1

        # Christianisme, marxisme, éd. Centurion, 1975, ISBN 2-22731-007-3

 

Liens externes

        # http://jm.saliege.com/berdiaev.htm

        # http://www.berdyaev.com/ (site en anglais)

Sources Wikipedia

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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