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11 août 2007 6 11 /08 /août /2007 15:43

 

 

 

Chapitres extraits des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

CHAPITRE XV

Des personnages antédiluviens 2

11  - Des personnages antédiluviens 1

 10 - Du personnage appelé Abraham 2

9 - Du personnage appelé Abraham 1

8 - De la tour de Babel

7 - Examen de la Genèse en particulier 2

 6 -  Examen de la Genèse en particulier1 

 5 Suite de "Problèmes cités par l'époque citée"

4  Problèmes résolus par l'époque citée

3 - Suite des preuves

2 - Epoque de l'apparition du Pentateuque

1 - Des temps antérieurs à Moïse

Une première école d’astronomie avait divisé le grand cercle céleste (le zodiaque) en douze parties, subdivisées chacune en 30 degrés, faisant au total 360, et ce nombre avait été regardé comme suffisant aux horoscopes du calendrier. Une seconde école d’astronomes plus raffinés, le trouva insuffisant aux horoscopes bien plus nombreux de la vie humaine : elle divisa chaque signe zodiacal en douze sections, dites dodécatémories, puis chacune de ces sections en soixante particules ou minutes, partagées elles-mêmes en soixante secondes, etc. Cette division avait l’inconvénient de couper les 30 degrés de chaque signe par une première fraction de 2 ½. Une troisième école voulut y remédier en y appliquant un calcul décimal ; et elle partagea chaque signe en trois sections ou décatémories, comprenant chacune 10 degrés ; puis chaque section en soixante minutes, et chaque minute en soixante secondes, etc. Ptolémée, qui nous apprend ce fait, ajoute que cette dernière méthode est chaldaïque, c’est-à-dire qu’elle fut inventée par les Chaldéens ; de là ne semble-t-il pas résulter que les Arabes de Chaldée sont les inventeurs des chiffres qui la constituent, et qui portent le nom d'Arabes ; tandis que la méthode duodécimale appartiendrait aux astronomes égyptiens. Quoi qu’il en soit, la méthode chaldaïque, en donnant dix sections à chaque signe, divise le cercle zodiacal en 120 parties ; et parce que chaque section se subdivise en soixante multiplié par soixante, il en résulte une subdivision de 3.600 parties pour chacune, et une somme de 432.000 pour la totalité du cercle.

Maintenant il est remarquable que ce nombre 432.000 est précisément l’expression de la période antédiluvienne, c’est-à-dire du temps écoulé entre le commencement du monde et sa destruction par le déluge ; et que les parties élémentaires de ce nombre sont exactement les sares, les sosses et les nères mentionnés par le chaldéen Bérose. En effet, selon lui, le sare vaut 3.600 ans ; et nous voyons que la section décutémorie vaut 3.600 secondes : le nère valait 600 ans, et nous trouvons que chaque signe contient 600 minutes, savoir, 10 sares, de 60 minutes chaque : selon Bérose, le sosse, qui est la moindre période, vaut 60 ans ; et nous trouvons que 60 secondes sont la dernière sous division du sare. On voit que le logogriphe commence à se dévoiler ; mais d’où vient cette conversion du zodiaque mathématique en valeurs chronologiques ? Pour expliquer ceci, il faut savoir ou se rappeler que chez les anciens, le mot année, qui signifie un cercle, un anneau(2), une orbite, ne fut point restreint à l’année solaire, mais qu’il fut étendu à tout cercle dans lequel un astre, une planète quelconque, exécute, une révolution ; bien plus, il devint chez les astronomes l'expression des révolutions simultanées de plusieurs astres partis d’un même point du ciel, et s’y retrouvant après une longue série de leurs mouvements inégaux : ainsi ayant, appelé année de Mars, la révolution de cette planète, qui dure deux ans solaires ; année de Jupiter, celle qui dure 12 ans ; année de Saturne, celle qui dure 31 ans ; ils appelèrent encore année de restitution, et grande année, l’espace de temps que le soleil, les planètes et les étoiles fixes employaient ou étaient censés employer à revenir et à se trouver tous ensemble à un point donné du ciel ; par exemple, au premier degré dAries, d’où ils étaient partis. Cette dernière idée ne put avoir lieu que lorsque le phénomène de la précession des équinoxes eut été connu, et que l’on eut vu l’ordre du premier planisphère dérangé de plusieurs degrés, par l’anticipation que fait le soleil dans le cercle zodiacal à chacune de ses révolutions. Cette grande année fut d’abord estimée 25.000 ans, puis 36.000, puis enfin 432.000. Et voilà ces années divines dont nous venons de voir l’indication dans Moïse de Chorène, et dont les livres indous nous ont conservé une mention clairement détaillée, en disant : qu’une année de Brahma est composée de plusieurs années des nôtres, et qu’un jour des dieux est précisément une année des hommes(3), etc.

Ce premier équivoque n’a pu manquer d’occasionner beaucoup de confusions d’idées ; un second vint compléter le désordre. Dans la langue des premiers observateurs, le grand cercle s’appelait mundus et orbis, le monde. Par conséquent, pour décrire l’année solaire, ils disaient que le monde commençait, que le monde naissait dans le signe du Taureau ou du Bélier ; que le monde finissait, était détruit dans un tel autre signe ; que le monde était composé de 4 âges (les 4 saisons) ; et parce que leur année commençait, selon l’ordre rural, au printemps où tout naît, et finissait en hiver où tout dépérit, ils disaient que ces âges allaient en se détériorant ; que le monde allait de mal en dis. Ces idées naturelles et vraies, au sens physique, s"imprimèrent dans tous les esprits : Lorsque ensuite par le laps de temps, par les progrès ou l’altération du langage, les mots année et monde prirent un sens plus précis, les idées attachées à l’un ne se détachèrent pas de l’autre, et les astrologues et les moralistes profitèrent de l’équivoque pour dire que le monde subissait des naissances et des destructions successives ; que la méchanceté des hommes était la cause de ces destructions ; que, dans les premiers âges, les hommes étaient bons, mais qu’ensuite ils se pervertirent ; et ils ajoutèrent que le monde périssait tantôt par des incendies, tantôt par des déluges ; parce que, selon que nous l’apprend Aristote, la saison brûlante de l’été avait été appelée incendie, et que la saison pluvieuse de l’hiver avait été appelée déluge(4); or le monde, c’est-à-dire, l’année ayant eu son commencement tantôt au solstice d’été, comme chez les Égyptiens, tantôt au solstice d’hiver, on avait dû dire que sa fin arrivait dans ces saisons.

Ainsi c’est par l’équivoque des mots, et par l’association vicieuse des idées, que le Zodiaque matériel fut converti en Zodiaque chronologique, et que l’on supposa pour durée infinie du monde, ce qui ne fut primitivement que la durée limitée d’une révolution circulaire. Voilà toute l’illusion du calcul chaldéen et le mot de son logogriphe. Les 432.000 ans de Bérose ne sont qu’un calcul fictif de la grande période qui, selon les mathématiciens, devait rétablir toutes les sphères célestes dans un premier état donné. Cette grande période avait d’abord été supposée de 36.000 ans ; mais l'observation ayant fait connaître que le concours de toutes les sphères n’était pas parfait, qu’il restait des intervalles et des fractions, les mathématiciens, pour atténuer ces fractions et les rendre insensibles, imaginèrent de les reverser sur plusieurs révolutions ; multipliant 36.000 par 12, ils obtinrent le nombre cité 432.000. Ils ne s’en sont pas tenus là ; il paraît que leur doctrine s’étant introduite dans l’Inde, à une époque plus ou moins reculée, leurs successeurs, dans cette contrée, ont voulu ajouter un nouveau degré de précision, et ont, pour cet effet, multiplié ces 432.000 par 10, ce qui leur a produit les 4.320.000 qu’aujourd’hui les Indous nous présentent comme durée du monde, avec des circonstances semblables à celles des Chaldéens ; car ils terminent cette durée par un déluge, et ils remplissent le prétendu temps antérieur par dix avatars ou apparitions de Vishnou, qui répondent aux dix Rois antédiluviens. Ces analogies sont remarquables et mériteraient d’être approfondies ; mais elles nous écarteraient trop de notre sujet ; il doit nous suffire, pour terminer cet article, de dire que les 432.000 ans étant une fiction, les dix prétendus Rois en sont une autre du même genre : chacun d’eux doit désigner une période partielle ; et en effet, Alor et Dâon nous en offrent un exemple connu dans leur nombre 36.000, qui est une période élémentaire de 432.000 ans. Par cette analyse, les 10 patriarches de la Genèse , identiques aux 10 rois de Bérose, se trouvent jugés ; mais pourquoi portent-ils tous des noms et. des chiffres différents ? ne serait-ce pas que cette légende serait plus ancienne que celle de Bérose, et qu’elle aurait été faite avant l’ampliation décimale des nombres ? D’ailleurs les écoles arabe et chaldéenne étant diverses, chacune d’elles a pu avoir son système particulier calqué sur un fond commun. Celui qu’a préféré l’auteur de la Genèse doit être antérieur à Moïse, puisque le dogme des 7 jours qui se lie à l’histoire d’Adam, se trouve consacré dans la législation de ce réformateur : le nom même d’Adam se trouve dans son cantique(4), en admettant cette pièce comme autographe. Si les détails des légendes nous fussent parvenus sur chacun des rois et patriarches ; nous y eussions trouvé sur le monde leurs énigmes respectives(5); nous en sommes dédommagés par l’histoire d’Adam, d’Ève et de leur serpent, dont le caractère astrologique est d’une évidence incontestable.

La suite... Mythologie d'Adam et Eve

2 Voyez Asiatik Researches, tome II, pages III et suivantes.

3 Aristote, Meteor., lib. I, chap. 14, et Julius Firmicus, lib. III, chap. I, page 47, et Epiphan. hœres., chap. 19.

4 Deutéronome, chap. 32, v. 8.

5 Alexandre Polyhistor remarque (dans Eusèbe, Præpar. evang., lib. IX, chap. 17), qu’Enoch, selon plusieurs savants, est le même, qu’Atlas, par conséquent le même que Bootes, sur les épaules de qui, tourne le pôle, et qui, par cette raison, a été peint comme portant le globe. C’est saint Christophe. Voyez Bochart, sur Sem, Cham, Seth, etc.

Posté par Adriana Evangelizt

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11 août 2007 6 11 /08 /août /2007 15:29

 

 

 

Chapitres extraits des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

CHAPITRE XV

Des personnages antédiluviens 1

 10 - Du personnage appelé Abraham 2

9 - Du personnage appelé Abraham 1

8 - De la tour de Babel

7 - Examen de la Genèse en particulier 2

 6 -  Examen de la Genèse en particulier1 

 5 Suite de "Problèmes cités par l'époque citée"

4  Problèmes résolus par l'époque citée

3 - Suite des preuves

2 - Epoque de l'apparition du Pentateuque

1 - Des temps antérieurs à Moïse

CES ANALOGIES que nous avons vues se suivre depuis le déluge, se continuent au delà, et remontent jusqu’à l’origine première, dite la création. Les anciens auteurs, chrétiens en ont tous fait la remarque, en se plaignant d’ailleurs de l’altération, c’est-à-dire de la différence des noms et des âges que les livres chaldéens donnent aux personnages antédiluviens appelés par nous patriarches, et rois par les Chaldéens. Le Syncelle(1) nous a rendu le service d’en conserver la liste, copiée d’Alexandre Polyhistor ou d’Abydène, copistes eux-mêmes de Bérose.

Patriarches antédiluviens selon la Genèse

 

 

 

 

 

 

Rois chaldéens antédiluviens selon Bérose

 

 

 

Noms

 

 

 

Âges en années

 

 

 

 

 

 

Noms

 

 

 

Âges en sares

 

 

 

En années

 

 

 

Adam

 

 

 

930

 

 

 

 

 

 

Alor

 

 

 

10

 

 

 

36 000

 

 

 

Seth

 

 

 

912

 

 

 

 

 

 

Alaspar

 

 

 

3

 

 

 

10 800

 

 

 

Énos

 

 

 

905

 

 

 

 

 

 

Amélon

 

 

 

13

 

 

 

46 800

 

 

 

Kaïnan

 

 

 

910

 

 

 

 

 

 

Aménon

 

 

 

12

 

 

 

43 200

 

 

 

Mahlaléel

 

 

 

862

 

 

 

 

 

 

Metalar

 

 

 

18

 

 

 

64 800

 

 

 

Iared

 

 

 

895

 

 

 

 

 

 

Daôn

 

 

 

10

 

 

 

36 000

 

 

 

Énoch

 

 

 

365

 

 

 

 

 

 

Evedorach

 

 

 

18

 

 

 

64 800

 

 

 

Mathusala

 

 

 

969

 

 

 

 

 

 

Amphis

 

 

 

10

 

 

 

36 000

 

 

 

Lamech

 

 

 

777

 

 

 

 

 

 

Otiartes

 

 

 

8

 

 

 

28 800

 

 

 

Noé

 

 

 

950

 

 

 

 

 

 

Xisuthrus

 

 

 

18

 

 

 

64 800

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Total

 

 

 

120

 

 

 

432 000

 

 

 

Voilà les prétendus rois que les Chaldéens disaient avoir régi le monde pendant 120 sares, équivalant à 432.000 ans. Ce calcul seul nous montre qu'il s’agit ici d’êtres astronomiques ou astrologiques ; et le Syncelle lui-même nous en avertit, lorsque, page 17, il dit que les Égyptiens, les Chaldéens et les Phéniciens se donnent une antiquité extravagante ; au moyen de certaines supputations astrologiques. L’Arménien Moïse de Chorène, environ 300 ans avant le Syncelle, avait fait les mêmes remarques. L’origine du monde, dit-il (chap. 3), n’est pas exposée par nos saints livres, de la même manière que par les historiens ; j’entends le très savant Bérose et Abydène ; dans, Abydène, les chefs de famille diffèrent quant au temps et aux noms (mais non quant au nombre qui est également de 10). Ces auteurs présentent même le chef du genre humain, Adam, sous un autre caractère que la Genèse , car ils disent : Dieu très prévoyant fit Alorus pasteur et directeur du peuple, et il régna 10 sares, qui sont 36.000 ans. De même, ils donnent à Noyi (Noé), un autre nom (Xisuthrus) et un temps immense, d’accord d’ailleurs sur la corruption des hommes, et la violence du déluge. Ils établissent dix chefs (ou rois) avec Xisuthrus ; et leurs années diffèrent, non seulement de nos années qui ont quatre saisons, et des années divines, mais encore ils ne comptent point les levers de lune comme les Égyptiens, ni les levers dont le nom se tire des dieux (les constellations personnifiées). Néanmoins les auteurs qui les prennent pour des années (ordinaires), les adaptent aux calculs grecs, etc.

On voit que les Chaldéens nous ont donné une sorte de logogriphe à résoudre ; il ne faut pas s’étonner s’il a été mal compris de beaucoup d’auteurs anciens et même modernes, puisque sa solution exige la connaissance d’une doctrine astrologique assez compliquée, et qui, longtemps tenue secrète, a été trop négligée depuis qu’elle a perdu son empire. Pour donner quelques idées claires sur cette énigme, il faut les reprendre à leur origine.

Lorsque l’expérience eut fait connaître aux anciens peuples agricoles, les rapports intimes qui se trouvent entre la production des substances terrestres et la marche du soleil dans le cercle céleste, un premier système astronomique et physique fut organisé, conforme aux besoins de l'agriculture, et aux phénomènes des corps célestes les plus remarquables : Ce système, inculqué dans tous les esprits, par l’éducation civile et religieuse, et par l’habitude, devint la base de tous les raisonnements, le type de toutes les hypothèses qui firent naître ensuite des idées plus étendues. Le grand cercle céleste avait été divisé en douze maisons (les douze signes du zodiaque), d’après les lunes qui se montraient tandis que le soleil le parcourait ; chacune de ces maisons était subdivisée en 30 parties (ou degrés), d’après les jours de chaque lune. Les étoiles, individuellement et en groupes, avaient reçu des noms tirés des opérations de l’homme ou de la nature pendant la révolution solaire ; et le ciel astronomique était devenu comme un miroir de réflexion de ce qui se passait sur la terre. Cet ordre de choses, si intéressant pour le peuple, en fut d’abord bien compris ; mais par le laps du temps plusieurs causes introduisirent dans les idées une confusion qui eut des suites à la fois ridicules et graves. Une classe d'hommes, livrés spécialement à l’observation des astres, était parvenue à découvrir le mécanisme des éclipses, à en prédire les retours. Le peuple, frappé d’étonnement de cette faculté de prédire, imagina qu’elle était un don divin qui pouvait s’étendre à tout : d’une part, la curiosité crédule et inquiète, qui sans cesse veut connaître l’avenir ; d’autre part, la cupidité astucieuse, qui sans cesse veut augmenter ses jouissances et ses possessions, agissant de concert, il en résulta un art méthodique de tromperie et de charlatanisme que l’on a appelé astrologie, c’est-à-dire, l’art de prédire tous les événements de la vie par l’inspection des astres et par la connaissance de leurs influences et de leurs aspects. La véritable astronomie étant la base de cet art, ses difficultés le restreignirent à un petit nombre d’initiés, qui, sous les divers noms de voyants, de devins, de prophètes, de magiciens, devinrent une corporation sacerdotale très puissante chez tous les peuples de l’antiquité. Quant aux influences des corps célestes, leur préjugé dut sa naissance aux premiers observateurs, qui, remarquant un rapport habituel entre le lever et le coucher de tel astre, avec l’apparition de tel phénomène ou de telle substance terrestre, supposèrent une action secrète de cet astre, par un fluide subtil, tel que l'air, la lumière ou l’éther. Ce préjugé devint le grand levier de toute l’astrologie ; les astres étant censés les moteurs et régulateurs de tout ce qui arrive dans le monde, le mortel qui connut leurs lois, put tout connaître, et par conséquent tout prédire.

Ces lois semblèrent d’abord assez simples, parce que l’on crut que le ciel avait un état fixe, comme il semble au premier aspect. Mais lorsque des observations séculaires eurent montré des changements considérables dans le premier ordre arrangé, il fallut inventer de nouvelles théories, que les progrès des sciences mathématiques rendirent plus savantes et plus compliquées.

La suite... Des personnages antédiluviens 2

Notes

1 Annus, annulus. En arabe, aïn désigne le rond de l’œil, le rond du soleil, le rond d’une fontaine.

Posté par Adriana Evangelizt

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9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 16:53

 

 

 

Chapitres extraits des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

CHAPITRE XIV

Du personnage appelé Abraham 2

9 - Du personnage appelé Abraham 1

8 - De la tour de Babel

7 - Examen de la Genèse en particulier 2

6 -  Examen de la Genèse en particulier1

 5 Suite de "Problèmes cités par l'époque citée"

4  Problèmes résolus par l'époque citée

3 - Suite des preuves

2 - Epoque de l'apparition du Pentateuque

1 - Des temps antérieurs à Moïse

 

 

 

Tout s’accorde donc à démontrer qu’Abraham n’a point été un individu historique, mais un être mythologique, célèbre sous divers noms chez les anciens Arabes que nous nommons Phéniciens et Chaldéens, et chez leurs successeurs, les Mèdes et les Perses. Si l’auteur juif de la Genèse en a fait un personnage purement historique, c’est parce que voulant faire remonter l’origine de sa nation jusqu’aux temps les plus reculés, il a, sciemment ou par ignorance, commis une méprise qui se retrouve à d’autres égards chez la plupart des historiens de l’antiquité.

Mais, nous dira-t-on, si l’histoire d’Abram-Zérouan n’est réellement qu’une légende astrologique, comme celle d’Osiris, d’Hermès, de Ménou, de Krishna, etc., l’histoire de son fils Isaak, de son petit-fils Jacob, et même des 12 fils de celui-ci, tombera dans la même catégorie ; alors où s'arrêtera la mythologie des Hébreux ? à quelle époque commencera leur histoire véritable, et comment expliquerez-vous la tradition immémoriale d'après laquelle ils se sont appelés enfants de Jacob, d’Israël et d’Abram ?

Ces difficultés puisent leur solution dans la nature même des choses.

D’abord il est dans le génie des langues arabiques, dont l’hébreu est un dialecte, que les habitants d’un pays, les partisans d’un chef, les sectateurs d'une opinion, soient appelés enfants de ce pays, de cette opinion, de ce chef : c’est le style habituel de tous leurs récits, de toutes leurs histoires.

2° Chez les anciens, comme chez les modernes, un usage presque général fut que chaque peuple, chaque tribu, chaque individu eussent un patron ; et ce patron fut le génie d’un astre, d’une constellation on d’une puissance physique quelconque. Tous les clients ou sectateurs de cette divinité tutélaire étaient appelés et se disaient ses enfants ; la Grèce , dans ses origines soit disant historiques, offre de nombreux exemples de ce cas.

En troisième lieu, l’origine des anciens peuples est généralement obscure, comme celle de tous les êtres physiques, parce que ce n’est qu’avec le temps que ces êtres ; d’abord petits et faibles, font des progrès et acquièrent un volume ou une action qui les font remarquer. D’après ces principes, combinant les récits divers sur ls Hébreux avec les faits avérés, nous pensons que ce peuple dérive d’une secte on tribu chaldéenne qui, pour des opinions politiques ou religieuses, émigra de gré ou de force de la Chaldée , et vint, à la manière des Arabes, camper sur la frontière de Syrie, puis sur celle de l’Égypte, où elle trouvait à subsister. Ces étrangers durent être appelés par les Phéniciens, Eberim, c’est-à-dire gens d’au delà, parce qu’ils venaient d’au delà du grand fleuve (l’Euphrate), et encore béni Abram, béni Israël, enfants d’Abram et d’Israël, parce qu’Abram et Israël étaient leurs divinités patronales. Ce que l’Exode raconte de leur servitude sous le roi d’Héliopolis, et de l’oppression des Égyptiens, leurs hôtes, est très vraisemblable : là commence l’histoire ; tout ce qui précède, c’est-à-dire le livre entier de la Genèse , n’est que mythologie et cosmogonie.

Les chances de la fortune voulurent qu’un individu de cette race fût élevé par les prêtres égyptiens, fût instruit de leurs sciences, alors si secrètes, et que cet individu fût doué des qualités qui font les hommes supérieurs. Moïse, ou plutôt Moushah, selon la vraie prononciation, conçut le projet d’être roi et législateur, en affranchissant ses compatriotes ; et il l’exécuta avec des moyens appropriés aux circonstances et une force d'esprit vraiment remarquable. Son peuple, ignorant et superstitieux, comme l’ont toujours été et le sont les Arabes errants, croyait à la magie dont est encore infatué tout l’Orient ; Moïse exécuta des prodiges, c’est-à-dire qu’il produisit des phénomènes naturels, dont les prêtres astronomes et physiciens avaient, par de longues études et par d’heureux hasards, découvert les moyens d’exécution.... Quand on lit comment des feux lancés du tabernacle s’attachèrent aux séditieux qui le voulaient lapider au retour des espions, et comment ces feux les dévorèrent, on touche au doigt et à l’œil ce feu grégeois, composé de naphte et de pétrole, qui d’époque en époque s’est remontré dans l’Orient.

On pourrait ramener à un état naturel tous les miracles dont Moïse sut grossir les apparences ; mais il faudrait écarter de leur récit les circonstances exagérées et fausses dont lui-même ou les écrivains posthumes ont entouré les faits réels. Ainsi l’on verrait le passage de la mer Rouge fait par les Hébreux à gué et à basse marée, comme il se fait encore ; tandis que les Égyptiens voulant passer au moment du flux, en furent surpris, comme ils le seraient encore, car à peine le connaissent-ils. On verrait le passage du Jourdain, projeté par Moïse, exécuté par Josué, en dérivant cette petite rivière, comme Krœsus dériva l’Halys ; les murailles de Jéricho renversées par une mine pratiquée, et par le feu mis aux étançons dont on les avait étayées ; on verrait Coré, Dathan et Abiron engloutis dans une fosse recouverte, où des combustibles cachés prirent feu par leur chute ; et enfin l’on verrait que cette voix qui parlait dans le propitiatoire (16), et que l’on croyait être la voix de Dieu causant avec le prophète, n’était que la voix du jeune Josué, fils de Noun, qui (17) ne sortait point du tabernacle où il servait Moïse, et qui fut son successeur plus habile et plus heureux que ne fut Ali, le Josué de Mahomet. Mais ce sujet curieux nous écarterait trop de notre sphère ; qu’il nous suffise de dire que Moïse a dû être le véritable créateur du peuple hébreu, l’organisateur d’une multitude confuse et poltronne (18), en un corps régulier de guerriers et de conquérants. Le séjour dans le désert fut employé à cette œuvre difficile. La division en douze corps ou tribus fut très probablement son ouvrage ; mais lors même qu’elle eût existé auparavant, elle ne prouverait point encore la réalité de l’histoire de Jacob et de ses enfants ; d'abord, parce que nous n’avons qu’un seul témoin déposant, l’auteur juif, qui, après toutes les déceptions que nous avons vues sur d’autres articles, ne peut mériter notre confiance ; et ensuite parce que la légende de Jacob porte des détails du genre fabuleux, tels que sa vision des anges montant au ciel avec des échelles, ses conversations avec Dieu, sa lutte contre l’homme divin qui lui paralysa la cuisse, et lui donna le nom d’Israël, tout à fait suspect en cette occasion. Si l’on nous eût transmis sur Jacob des détails vraiment chaldéens, comme sur Abraham, nous y trouverions sûrement la preuve de son caractère mythologique déguisé par le rédacteur juif. Mais revenons aux analogies de la Genèse avec la cosmogonie chaldéenne.

Notes

16 Or quand Moïse entrait dans le tabernacle, la nuée descendait à l’entrée et parlait à Moïse, en présence de tout le peuple prosterné en adoration ; et Dieu parlait à Moïse comme un ami à son ami ; et quand il revenait au camp, le jeune Josué, fils de Noun, qui l’assistait, dans le tabernacle, y restait et n’en sortait point. (Exode, chap., 33, v. 10.)

17 Il est encore dit, au chap. 32, v. 17, que lorsque Moïse descendit du mont Sinaï, Josué l’accompagnait : preuve qu’il y fut, avec lui pendant les 40 jours que Moïse y resta ; qu’il y fut l’interlocuteur et le scribe de la loi attribuée à Dieu ; et l’on a le droit de dire qu’il y prépara tout l’appareil de pyrotechnie dont l’Exode nous montre les effets, en même temps qu’il y porta les provisions dont Moïse et lui vécurent pendant les 40 jours du prétendu jeûne, également raconté et cru sans preuves ni témoins.

18 Il y a une exagération, palpable dans le nombre de six cent mille hommes portant les armes, qui, selon le texte, sortirent d’Égypte avec Moïse. Ce nombre suppose une quantité proportionnelle d’enfants, de femmes et de vieillards invalides ; il est même ajouté qu’une populace innombrable suivit avec des troupeaux (Exode, chap. 12, v. 37).

Cette quantité ne peut pas être évaluée moins de trois têtes pour chaque homme armé ; ainsi ce serait une masse de 2.400.000 âmes, sans les troupeaux. Pour qui connaît l’Égypte et le désert, cela est une pure absurdité, et cette absurdité est décelée par plusieurs circonstances. 1° Dieu est censé dire (Exode, chap. 24) : Je n’exterminerai point les Cananéens devant votre face en une seule année, de peur que le pays ne soit réduit en un désert, et que, les bêtes féroces ne se multiplient contre vous. Nous remarquons que le pays de Canaan n'a pas plus de 30 lieues de long sur autant de large, faisant 900 lieues carrées environ, dont beaucoup en terres rocailleuses et désertes ; ce serait près de 3.000 âmes par lieue carrée, ce qui ne se voit en aucun pays. 8 à 900 âmes par lieue carrée sont une forte population : toute la Syrie , toute l’Égypte, qui ont plus de 3.000 lieues carrées chacune, ne contiennent pas plus de 2.000.000 âmes chaque. 2° Au Deutéronome, chap. 7, v. 1, il est dit que la terre de Canaan contenait 7 peuples plus forts et plus nombreux chacun que le peuple hébreux. Ce petit pays de 900 lieues carrées aurait donc contenu 16.800.000 âmes ! On voit l'extravagance. Mais quel peut être le nombre vrai ? Nous croyons qu’il y a une erreur de décimale, et qu’au lieu de 600.000 il faut lire 60 000. le calcul décimal paraît avoir été très usité chez les Chaldéens, les Perses et les Mèdes ; l’on trouve répétées dans le Zend Avesta les progressions décuples : Ormuzd, y est-il dit, donne-moi 100 chevaux, 1.000 bœufs, 10.000 lièvres, 9 bénédictions, 90 bénédictions, 900 bénédictions, etc. Dans le cas dont nous traitons, le signe décuple se serait introduit mal à propos. 60.000 hommes armés supposeraient 240.000 âmes en tout, ce qui est déjà trop de monde à nourrir dans le désert : ce nombre eût donné 266 têtes par lieues carrées au pays de Canaan, qui en aurait eu déjà plus de 1.700. (C’est trop.) Un passage du livre de Josué indique un nombre plus modéré, et ce témoignage a d’autant plus de poids, que ce livre, étranger au Pentateuque, a été hors de l’influence d’Helqiah. Il est dit, chap. 7 et 8, que Josué voulant attaquer la ville de Haï, ses éclaireurs lui rapportèrent que le nombre d’hommes qu’elle contenait ne méritait pas la peine de faire marcher toute l’armée, et que 2 ou 3.000 hommes suffiraient. Josué envoya 3.000 hommes qui furent battus avec perte de 36 hommes. Cet échec, tout léger qu’il était, effraya beaucoup les Hébreux. Pour les rassurer, Josué imagina l’expiation dont Achan fut victime ; puis il dressa, pendant la nuit, une embûche de 30.000 hommes en un ravin près la ville, avec l’instruction que le lendemain, lorsqu’il aurait attiré au dehors le roi et ses gens armés par une fuite simulée ; ils eussent à y entrer et à la saccager. Cela fût fait ; la ville fut prise : tout fut égorgé, et le nombre total, y compris vieillards, femmes et enfants, fut de douze mille. Ces 12.000 âmes supposent au plus trois mille hommes en état de combattre. Les premiers 3.000 que Josué, envoya supposent encore moins, puisqu’ils furent regardés comme plus forts. L’embuscade de trente mille est improbable ; ce dut être aussi trois mille. Il est encore dit que Josué embusqua 5.000 hommes entre Haï et Bethel, et qu’il se présenta avec tout le reste : il ne dut pas présenter un nombre beaucoup plus fort que la veille, de peur d’effrayer trop le roi et son monde : supposons encore 3 ou 4.000 hommes, cela ne produit pas plus de 12.000 hommes. Josué n’a pas dû avoir une réserve plus considérable, et tout ce récit n’indique pas 30.000 combattants. Il est étonnant que la perte de trente-six hommes ait pu effrayer cette armée ; c’était encore moins pour soixante mille. Si toute l’armée de Josué ne fut que de 25 à 30.000 hommes, sa population totale ne dut être que de 120 à 130.000 têtes. Les 7 peuples plus nombreux donneraient alors 1.050.000 âmes, c’est-à-dire, plus de 1.000 âmes par lieue carrée. Au lieu de 600.000 hommes armés, ne serait-ce pas plutôt 60.000 âmes qui seraient sorties de l’Égypte, et qui ensuite se seraient recrutées dans le désert arabe ? Les exemples de ces exagérations décimales se reproduisent dans les 1.000 livres d’argent qu’Albimelek donne à Sara (au lieu de 10), les 1.000 Philistins que tue Samson, les 3.000 qu’il précipite de la terrasse d’un temple ; les 50.000 Betsamites qui périssent pour avoir regardé dans l’arche (peut-être 50) ; les 300.000 guerriers que Saül mena contre Nahas, roi des Ammonites (sans doute 30.000) ; et voilà comme s’écrit l’histoire ! et l’on y croit !

La suite... Des personnages antédiluviens 1

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9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 16:38

 

 

Chapitres extraits des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

CHAPITRE XIV

Du personnage appelé Abraham 1

8 - De la tour de Babel

7 - Suite d'Examen de la Genèse

6 -  Examen de la Genèse en particulier

 5 Suite de "Problèmes cités par l'époque citée"

4  Problèmes résolus par l'époque citée

3 - Suite des preuves

2 - Epoque de l'apparition du Pentateuque

1 - Des temps antérieurs à Moïse

 

 

 

 

 

BÉROSE, dit Josèphe(1), en supprimant le nom d’Abraham, notre ancêtre, l’a cependant indiqué par ces mots :

A la dixième génération après le déluge, exista chez les Chaldéens, un homme juste et grand, qui fut très versé dans la connaissance des choses célestes.

Effectivement, dans la généalogie juive, Abraham se trouve à la dixième génération depuis le déluge, et cela prouve, l’identité continue et l’origine commune des deux récits.

Josèphe ajoute : Hécatée a écrit sur Abraham un volume entier. Nicolas de Damas, au quatrième livre de son recueil d’histoire, dit : Abraham régna à Damas ; c’était un étranger venu du pays des Chaldéens ; au-dessus, de Babylone, à la tête d’une armée(2). Peu de temps après, il quitta le pays avec tout son monde, et il émigra dans la contrée appelée alors Canaan, aujourd’hui Judée.

D’autre part, Alexandre Polyhistor, citant Eupolème, dit(3) : Qu’Abraham naquit à Camarine, ville de la Babylonie , appelée Ouria, ou ville des Devins ; cet homme surpassait tous les autres en naissance et en habileté. Il inventa l’astrologie et la chaldaïque (4) ; par sa piété il fut agréable à Dieu. Les Arméniens ayant attaqué les Phéniciens, Abraham les chassa (comme le dit la Genèse ). Il eut en Égypte de longs entretiens avec les prêtres sur l'astrologie.

Artapan, écrivain persan, cité par Eusèbe (l. 9, chap. 18), parlait également de ce séjour d’Abraham en Égypte, où il enseigna pendant 20 ans l’astrologie ; il ajoutait qu’Abraham se rendit ensuite à Babylone chez les géants, qui furent exterminés par les dieux, à cause de leur impiété.

Enfin Josèphe parle, comme tous ces auteurs, de la grande connaissance qu’Abraham avait des changements qui arrivent dans le ciel ; et de ceux que subissent le soleil et la lune (les éclipses), etc.(5); ce qui signifie, en mots décents, qu’Abraham était versé en astrologie.

En examinant ces récits, l’on s’aperçoit que, semblables à ceux sur le déluge, ils viennent d’une source antique où la Genèse a puisé ; mais parce qu’ils ont mieux conservé le caractère mythologique qu’ils avaient originairement, ils suscitent plus de doutes et de soupçons sur l’existence d’Abraham, comme individu humain. En effet, dès lors que le déluge chaldéen n’est qu’une fiction astrologique, que peuvent être les personnages et les générations mis à la suite d’un événement qui n’a pas existé ? Si un déluge détruisait aujourd’hui la race humaine, à l’exception d’une famille de 8 personnes, cette famille, isolée et faible, accablée de tous ses besoins, ne vaquerait qu’aux soins pressants de sa conservation ; et avant 3 générations, sa race serait retombée dans un état sauvage, qui ne permettrait ni écriture, ni conservation de souvenirs anciens. Chez les peuples policés eux-mêmes, personne, sans l’écriture, n’a idée de la 6e génération antérieure ; comment donc la prétendue généalogie d’Abraham eût-elle pu se conserver ; surtout chez les Juifs, qui n’ont conserver aucun monument régulier et suivi, ni de la période des juges ; ni du séjour de leurs ancêtres en Égypte ? cette généalogie ne leur appartient point ; ils l’ont empruntée des Chaldéens ; elle est toute chaldéenne. Or chez les Chaldéens elle est du temps mythologique, comme le déluge et comme les géants avec qui Abraham eut des relations ; c’est pour cette raison que tous les détails ont tant de précision. Dans l’habitude où nous sommes de regarder Abraham comme un homme, il est choquant, au premier aspect de dire que ce personnage est fictif et allégorique, et qu’il n’est que le génie personnifié d’une planète ; cependant tel est le cas d’une foule de prétendus rois, princes et patriarches des anciennes traditions de l’Orient. Qui ne croirait qu’Hermès a été un sage, un philosophe, un astronome éminent chez les Égyptiens ? et néanmoins Hermès analysé, n’est que le génie personnifié, tantôt de l’astre Sirius, tantôt de la planète Mercure. Qui ne croirait que chez les Indiens, les 7 richis ou patriarches ont été de saints pénitents qui ont enseigné aux hommes des pratiques dévotes encore subsistantes ? et cependant les 7 richis ne sont que les génies des 7 étoiles de la constellation de l’ourse, réglant la marche des navigateurs et des laboureurs, qui la contemplent. Du moment que par la métaphore naturelle de leurs langues, les anciens Orientaux eurent personnifié les corps célestes, l’équivoque introduisit un désordre d’idées, qui s’accrut de jour en jour, et par l’ignorance d’un peuple crédule, superstitieux, et par l’usage mystérieux, énigmatique, qu’en firent les initiés à la science, et par la tournure poétique que lui donnèrent des écrivains à imagination. Il ne faudrait donc pas s'étonner si Abraham, roi, patriarche et astrologue chaldéen, analysé dans ses actions et son caractère ; ne fût que le génie d’un astre ou, d’une planète.

D’abord tout génie d’astre est loi : il gouverne une portion du ciel et de la terre soumise à son influence ; ses images on idoles portent toujours une couronne, emblème de son pouvoir suprême(6) : Abraham, nous dit-on, avait régné à Damas ; son nom y était resté. S’il n’eût été qu’un chef d’armée passager, il n’eût pas laissé une impression si durable. Il était allé en Égypte et y avait enseigné l’astrologie ; il l’avait même inventée, dit Eupolème, ainsi que la chaldaïque.

Un étranger enseigner l’astrologie aux Égyptiens, et cela 16 ou 17 siècles avant notre ère, quand les Égyptiens étaient, depuis tant d’autres siècles, les maîtres et les inventeurs de cette science ! cela est inadmissible et décèle la fable : Abraham a ici les caractères de Thaut ou Hermès, qui inventa l’astrologie et les lettres de l’écriture (7); surpassa tous les hommes dans la connaissance des choses célestes et naturelles ; qui fut un sage et un roi, mais qui, dans son type originel, n’est que le génie de l’astre Sothis ou Sirius, qui annonçait l’inondation du Nil, etc.

Abraham, dans le sacrifice homicide de son fils unique, retrace une autre divinité également célèbre par sa science.

Écoutons Sanchoniaton, qui écrivit environ 1300 ans avant notre ère.

Saturne, que les Phéniciens nomment Israël, eut d’une nymphe du pays, un enfant mâle qu’il appela Iêoud, c’est-à-dire un et unique. Une guerre survenue, ayant jeté le pays dans un grand danger, Saturne dressa un autel, y conduisit son fils paré d’habits royaux, et l’immola.

Or Saturne avait été roi en Phénicie, ayant pour secrétaire Thaut ou Hermès, et après sa mort on lui avait consacré l’astre de son nom.

Dira-t-on que Sanchoniaton, qui consulta un prêtre hébreu nommé Ierombal, a défiguré le récit de la Genèse ? Nous disons, au contraire, que les récits de cet écrivain tendent à prouver qu’elle n’existait pas de son temps, vu leur différence absolue. La vérité est que les Phéniciens, périple bien plus ancien que les Hébreux, ont eu leur mythologie propre et particulière, à laquelle ce trait appartient, et qu’ils ne l’ont pas emprunté des Juifs, qu’ils haïssaient : pourquoi donc cette ressemblance ? Parce qu’une tradition semblable existait chez les Chaldéens, peuple d’origine arabique, comme les Cananéens ; mais l’écrivain juif, auteur de la Genèse , a pris à tâche d’effacer tout ce qui retraçait l’idolâtrie, pour donner à son récit le caractère historique et moral convenable à son but.

L’analogie ou plutôt l’identité d’Abraham et de Saturne ne se borne pas à ce trait. Les plus savants auteurs persans, dit le docteur Hyde (8), assurent que dans les anciens livres chaldéens, Abraham porte le nom de Zerouan et Zerban, qui signifie riche en or, gardien de l’or (il est remarquable que la Genèse appelle Abraham, très riche en or et en argent(9); elle l’appelle aussi prince très puissant(10), ce qui se retrouve dans les anciens livres où il est appelé roi) ; ces mêmes livres l’appellent encore Zarhoun et Zarman (11), c’est-à-dire vieillard décrépit. Les Perses lui appliquent l’épithète spéciale de grand, et il est de tradition antique que l’on voyait son tombeau à Cutha en Chaldée : Sa réputation ne se bornait pas à la Judée , elle était dans tout l’Orient.

Maintenant rappelons-nous que le nom de Zerouan se trouve dans la Sibylle bérosienne, et dans le fragment de Mar I Bas, cités au 5e siècle de notre ère, par Moïse de Chorène, et copiés par le livre chaldéen traduit par ordre d’Alexandre. Déjà la bonne information des auteurs persans est prouvée : ajoutons qu’une autre sibylle, dans la même circonstance, au lieu de Zerouan, nomme Saturne ; qu’Abydène associe Saturne au lieu de Zerouan à Titan (12) ; l’identité de Saturne, de Zerouan et d’Abraham devient palpable. Les accessoires cités complètent la démonstration : Abraham est nommé Zerouan, Zerban, riche en or. Saturne fut le roi de l’âge d’or : Abraham est nommé Zarhoun et Zarman, vieillard décrépit ; Saturne, dans les légendes grecques, est un vieillard, emblème du temps que sa planète mesure par la marche la plus lente et la carrière la plus longue de toutes les planètes. L’on a donné à ce vieillard le caractère habituel de son âge ; on l’a peint avare, aimant l’or et entassant l’or : on lui a aussi donné la faux, parce qu’il moissonne tous les êtres, et qu’il fait mourir tout ce qu’il fait naître ; c’est sous ce rapport que, de temps immémorial ; les Arabes et les Perses l’ont appelé l’ange de la mort, Ezrail or Israël, chez les Phéniciens, était le nom de Saturne, dit Sanchoniaton : l’une des épithètes d'Abraham, en Bérose, est Mégas (13), grand ; son épithète spéciale chez les Perses, est Buzoug, qui signifie aussi grand. Sa femme Sarah  portait primitivement le nom d’Ishkah, signifiant belle et beauté : la Genèse en fait la remarque spéciale (chap. 12, v. 14) ; et dans le fragment de Sanchoniaton (14), Saturne épouse la beauté que son père avait envoyée pour le séduire. Enfin le nom primitif d’Abram (15)désigne Saturne ; car il est composé de deux mots, Ab-ram, signifiant père de l’élévation ; et dans l’hébreu, comme dans l’arabe, c’est la manière d’exprimer le superlatif très élevé, très haut, tel qu’est Saturne, la plus élevée, la plus distante des planètes.

La suite... Du personnage  nommé Abraham 2 

Notes

1 Antiq. jud., liv. I, chap. 7, § 11.

2 Nicolas de Damas, dans son propre texte, ajoute ici : Son nom est encore célèbre à Damas, où l’on montre un faubourg qui l’a retenu.

3 Eusèbe, Præpar. evang., liv. IX, chap. 17.

4 Probablement l’écriture chaldaïque.

5 Josèphe, liv. I, chap. 7.

6 Voyez Moses Maimonides, More Nebuchim, et le livre intitulé Dabistan, publié à Calcutta, 1789, dans le New-Asiatick Miscellany, tome Ier. Ce livre contient à ce sujet des détails qui se lient très bien avec ceux de Maimonides.

7 Voyez le fragment de Sanchoniaton, Eusèbe, Præpar. evang., lib. I, cap. ult.

8 De Religione veter. Persarum, pages 77, 78.

9 Genèse, chap. 13, v. 3.

10 Genèse, chap. 23, v. 6.

11 De Relig. veter. Persarum, pages 77, 78.

12 Voyez Moïse de Chorène, Histoire arménienne, page 16, note 2.

13 Josèphe, Antiq. jud.

14 Eusèbe, Præpar. evang., lib. II, page 37.

15 Selon la Genèse, chap. 17, v. 5, Dieu changea le nom d’ Abram en Abraham, comme signifiant père de la multitude ; mais ce mot Rahm manque dans les lexiques.

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Chapitres extraits des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

CHAPITRE XIII

De la tour de Babel ou pyramide de Bel à Babylone

7 - Suite d'Examen de la Genèse

6 -  Examen de la Genèse en particulier

 5 Suite de "Problèmes cités par l'époque citée"

4  Problèmes résolus par l'époque citée

3 - Suite des preuves

2 - Epoque de l'apparition du Pentateuque

1 - Des temps antérieurs à Moïse

 

 

 

 

 Viennent ensuite dans le chapitre XI, la séparation des familles, l’entreprise de la tour de Babylone et la confusion des langues. Nous trouvons l'équivalent de ce récit dans un fragment de Polyhistor. (Voyez le Syncelle, p. 44, et Eusèbe, Prœpar. evang., lib. IX, c. XIV) : la Sibylle porte ce texte :

Lorsque les hommes parlaient (encore) une seule langue, ils bâtirent une tour très élevée, comme pour monter au ciel, mais les dieux (Elahim) envoyèrent des tempêtes qui la renversèrent, et ils donnèrent à chaque (homme) un langage : de là est venu le nom de Babylone à cette cité. Après le déluge, existèrent Titan et Prométhée, etc.

Ici, dit le Syncelle, Polyhistor oublie que selon ses auteurs, existait depuis des milliers d’années cette ville de Babylone, dont le nom n’est donné qu'à cette époque. Le même Syncelle poursuit son récit par ce fragment d’Abydène, qui porte, p. 44 : Il y en a qui disent que les premiers hommes nés de la terre, se fiant en leur force et en leur taille énorme, méprisèrent les dieux, dont ils voulurent devenir les supérieurs ; que dans ce dessein, ils bâtirent une tour très haute, mais que les vents, venant au secours des dieux, renversèrent l’édifice sur ses auteurs ; et les décombres prirent le nom de Babylone : jusqu’alors le langage des hommes avait été un et semblable, mais de ce moment il devint multiple et divers ; ensuite survinrent des dissensions et des guerres entre Titan et Saturne, etc.

En nous offrant plusieurs versions, ces fragments nous montrent qu’il existait diverses sources dont le récit juif n’était qu’une émanation, sans être le type primitif, comme on le voudrait établir.

Quelle fut cette sibylle citée par Polyhistor ? On ne nous le dit point ; mais nous pensons la retrouver dans Moïse de Chorène, dont les premiers chapitres se lient à notre sujet, de manière à prouver l’authenticité et l’identité des sources communes. Cet écrivain, qui date du cinquième siècle avant J.-C., établit d’abord comme faits notoires : Que les anciens Asiatiques, et spécialement les Chaldéens et les Perses ; eurent une foule de livres historiques ; que ces livres furent partie extraits, partie traduits en langue grecque, surtout depuis que les Ptolémées eurent établi la bibliothèque d’Alexandrie, et encouragé les littérateurs par leurs libéralités ; de manière que la langue grecque devint le dépôt et la mère de toutes les sciences. Ne vous étonnez donc pas, continue-t-il, si pour mon histoire d’Arménie, je ne vous cite que des auteurs grecs, puisqu’une grande partie des livres originaux a péri (par l’effet même des traductions). Quant à nos antiquités, les compilateurs ne sont pas d’accord sur tous les points entre eux, et ils diffèrent de la Genèse sur quelques autres : cependant Bérose et Abydène, d’accord avec Moïse, comptent dix générations avant le déluge ; mais selon eux, ce sont des princes, et des noms barbares avec une immense série d’années, qui diffèrent non seulement des nôtres (qui ont 4 saisons), et des années divines, mais encore de celles des Égyptiens, etc. Abydène et Bérose comptent aussi 3 chefs illustres avant la tour de Babel ; ils exposent fidèlement (c’est-à-dire comme la Genèse ) la navigation de Xisuthrus en Arménie ; mais ils mentent, quant aux noms, (c’est-à-dire qu’ils diffèrent de la Genèse) .... Je préfère donc de commencer mon récit d’après ma véridique et chérie sibylle bérosienne, qui dit : Avant la tour et avant que le langage des hommes fût devenu divers, après la navigation de Xisuthrus en Arménie, Zérouan, Titan et Yapétosthe gouvernaient la terre : s'étant partagé le monde, Zérouan, enflammé d’orgueil, voulut dominer les deux autres : Titan et Yapétosthe lui résistèrent, et lui firent la guerre, parce qu’il voulait établir ses fils rois de tout. Titan dans ce conflit s’empara d’une certaine portion de l’héritage de Zérouan : leur sœur Astlik, en se mettant entre eux, apaisa le tumulte par ses douceurs. Il fut convenu que Zérouan resterait chef ; mais ils firent serment de tuer tout enfant mâle de Zérouan, et ils préposèrent de forts Titans à l’accouchement de ses femmes.... Ils en tuèrent deux ; mais Astlik conseilla aux femmes d’engager quelques Titans à conserver les autres, et de les porter à l’orient, au mont Ditzencets ou Jet des Dieux, qui est l’Olympe.

Le lecteur voit qu’ici nous avons une sibylle, comme dans Polyhistor ; et elle est appelée Bérosienne. Les anciens nous apprennent que Bérose eut une fille dont il soigna beaucoup l’éducation, et qui devint si habile, qu’elle fut comptée au rang des sibylles. N’avons-nous pas lieu de voir ici cette femme savante, surtout quand il s’agit d’antiquités de son pays ? Le fragment cité à une analogie marquée avec le Sem, Cham et Iaphet de la Genèse , et c’est par cette raison que le dévot auteur arménien le préfère aux récits de Bérose et d’Abydène ; mais ce fragment nous reporte, comme les autres, à des traditions mythologiques qu’il nous importe de multiplier pour en éclaircir le sens. Notre Arménien en rapporte une très ancienne de son pays, qui dit :

Un livre qui n’existe plus, a dit de Xisuthrus et de ses trois fils : Après que Xsisutra eût navigué en Arménie, et pris terre, un de ses fils, nommé Sim, marcha entre le couchant et le septemtrio ; et arrivé à une petite plaine sous un mont très élevé, par le milieu de laquelle les fleuves coulaient vers l'Assyrie, il se fixa deux mois au bord du fleuve, et appela de son nom Sim, la montagne ; de là il revint par le même (chemin), entre orient et midi, au point d’où il était parti ; un de ses enfants cadets, nommé Tarban, se séparant de lui avec 30 fils, 15 filles et leurs maris, se fixa sur la rive du même fleuve.... ; d’où vint à ce lieu le nom de Taron, et à celui qu’il avait quitté, le nom Tseron, à cause de la séparation qui s’y était faite de ses enfants.

Or, les peuples de l’Orient appellent Sim, Zerouan, et ils montrent un pays appelé Zaruandia (1). Voilà ce que nos anciens Arméniens chantaient dans leurs fêtes ; au son des instruments, ainsi que le rapportent Gorgias, Bananus, David, etc.

Nous touchons ici aux sources où a puisé l’auteur juif. Notre Arménien cite un autre écrit plus intéressant par son origine et ses développements ; c'est le volume que le Syrien Mar I Bas trouva dans la bibliothèque d’Arshak, 80 ans après Alexandre, et qui portait pour titre :

Ce volume a été traduit du chaldéen en grec. Il contient l’histoire vraie des anciens personnages illustres, qu’il dit commencer à Zerouan, Titan et Yapetosth ; et il expose par ordre la série des hommes illustres nés de ces 3 chefs.

Le texte commence : Ils étaient terribles et brillants, ces premiers des dieux, auteurs des plus grands biens, et principes du monde et de la multiplication des hommes.... D’eux vint la race des géants, au corps robuste, aux membres (ou bras) puissants (ou vigoureux), à l’immense stature, qui, pleins d’insolence, conçurent le dessein impie de bâtir une tour. Tandis qu’ils y travaillaient, un vent horrible et divin, excité par la colère des dieux (Elahim), détruisit cette nasse immense, et jeta parmi les hommes des paroles inconnues qui excitèrent (ou causèrent) le tumulte et la confusion : parmi ces hommes, était le Iapétique Haïk, célèbre à vaillant gouverneur (præfectus), très habile à lancer les flèches et à manier l’arc (2). Ce Haïk, beau, grand, à chevelure brillante, aux bras puissants, à l’œil perçant, plein d’hilarité, se trouvant l’un des géants les plus influents, s’opposa à ceux qui voulurent commander aux autres géants, et à la race des dieux, et il excita du tumulte contre l’impétueux effort de Belus. Le genre humain, dispersé sur la terre, vivait au milieu des géants, qui, mus de fureur, tirèrent leurs sabres les uns contre les autres, et luttèrent pour le commandement. Belus ayant eu des succès, et s’étant rendu maître de presque toute la terre, Haïk ne voulut pas lui obéir, et après avoir vu naître son fils Armenak dans Babylone, il alla vers le pays d’Ararat, placé au nord, avec son fils, ses filles et des braves, au nombre de 300, sans compter des étrangers qui s’y joignirent : il se fixa ou s’assit au pied d’un certain mont très étendu dans la plaine, où habitaient quelques-uns des hommes dispersés. Haïk le soumit et y établit son domicile, etc.

Voilà donc un livre original chaldéen qui, à raison de sa célébrité, excita la curiosité d’Alexandre, et qui, par ce léger fragment, nous prouve 1° l'antiquité réelle des traditions recueillies par Bérose, par Abedène, par la Sibylle ; 2° l’analogie de ces traditions avec celles du livre juif appelé la Genèse. Cette analogie est sensible dans ce qui concerne le déluge, l’homme sauvé dans un navire ; les trois princes ou chefs du genre humain issu de cet homme ; la séparation de leurs enfants ; l’entreprise de la tour de Babel, la confusion qui en résulte, etc. ; enfin dans ces géants, nés des enfants des dieux (Elahim) et des filles des hommes, géants grands de corps et fameux de nom dans les temps anciens (Genèse, ch. VI, v. 2 à 5) ; ce sont les propres expressions de la Genèse. Leur entreprise de monter aux cieux est la même que celle des géants chantés par les mythologues, grecs, et cette ressemblance vient confirmer l’origine chaldéenne de toutes ces allégories, dont l’explication nous écarterait trop de notre sujet(3). Nous nous bornerons à remarquer ; que ces mêmes allégories se trouvent dans les récits cosmogoniques des sectateurs de Budha, réfugiés au Thiliet ; et qui, sous le nom de Samanéens, étaient une secte indienne célèbre et déjà ancienne : au temps d’Alexandre. Leur cosmogonie qui, sous d’autres rapports, ressemble singulièrement à celle de la Genèse , parle comme ce livre, de la corruption des hommes, de la colère de Dieu, des déluges dont il punit le genre humain ; et ils tournent dans un sens moral tout ce que les mythologues grecs présentent sous un aspect astrologique. Or, si l’on considère que les récits des Grecs se rapportent à une époque où la constellation du taureau, ouvrait l’année et la marche clés signes, c’est-à-dire au delà de 4000 ans avant notre ère, tandis que les récits, des Juifs et des Perses indiquent l’agneau ou bélier comme réparateur, l’on pensera que les Grecs ont mieux gardé le type originel, parce qu’ils sont plus anciens que les autres, et que les autres l’ont altéré, parce qu’ils sont venus plus tard en sorte que le système moral et mystique, dans lequel il faut comprendre l’Élysée, le Tartare, et, toute la doctrine des mystères, n’aurait pas une origine plus reculée que 2500 à 2300 ans avant notre ère, et ce serait de l’Égypte et de la Chaldée que se seraient répandues dans l’Orient et dans l’Occident toutes ces idées, comme s’accordent à le témoigner tous les anciens auteurs grecs et même les arabes, qui ont eu en main d’anciens livres échappés aux ravages des guerres et du temps. Il est remarquable qu’un de ces livres, cité par le Syncelle sous le nom de livre d’Énoch, présente l'histoire des géants, nés des anges et des filles des hommes, presque dans les mêmes termes que les livres de Boudhistes du Thibet, et le livre de la Genèse ; sans doute le livre d’Énoch est apocryphe quant au nom que lui a donné l’auteur anonyme, pour imprimer le respect, mais non quant à sa doctrine qui est chaldéenne et de haute antiquité. Revenons à nos confrontations.

Après le déluge de Noh ou de Xisuthrus, le partage de la terre entre 3 personnages puissants et brillants, dont Titan est un, ressemble beaucoup à ce que les Grecs nous disent des 3 frères, Jupiter, Pluton et Neptune (4). La construction de la tour de Babylone semblerait prendre un caractère plus historique, et lorsqu’on se rappelle que pour bâtir cette ville et la pyramide de Bel aux sept étages (comme les sept sphères), Sémiramis employa deux millions d’hommes tirés de tous les peuples de son empire, par conséquent parlant une multitude de dialectes divers, on serait tenté de croire que cette confusion de langage a donné lieu à une tradition ensuite altérée. Mais Sémiramis était trop récente pour être oubliée et méconnue ; l'événement porte un caractère mythologique beaucoup plus ancien : et comme en langage astrologique, le zodiaque s’appelait la grande Tour Burg, en grec, pyrg-os, la partie de cette tour, composée de six signes ou six étages, qui, depuis le solstice d’hiver jusqu’à celui d’été, s’élevait vers le nord où était le mont Olympe (Ararat et Merou), était censée élevée ou bâtie par les géants, c’est-à-dire par les constellations ascendantes de l’horizon au zénith. Il faudrait connaître tous les détails de ces mystères chaldéens, pour expliquer tous ceux du récit.... Il est du moins évident que le repeuplement de la terre en 5 ou 6 générations, est une rêverie au physique comme au moral. Par suite de cette impossibilité, l’on ne peut admettre, à la onzième génération, l’apparition d’Abraham comme homme et comme personnage historique ; et les soupçons s’accroissent lorsqu’on lit ce qu’en rapportent Bérose, Alexandre Polyhistor et Nicolas de Damas.

La suite... Du personnage nommé Abraham 1

1 Pline, lib. VI, cap. 27.

2 Moses Chor., ch. 9. Ce Haïk a tous les caractères d’Apollon, chassé du ciel par Jupiter, qui, de l’aveu des Grecs, est identique au Belus babylonien.

3 Voyez Dupuis, Origine des Cultes, Table des matières, tome III, in-4°, art. Déluge, Orion, Titan, Géants, Belus, et sa Dissertation sur les grands cycles.

4 Pluton même est noir comme Cham.

 

 

 

 

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9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 10:18

 

 

Chapitres extraits des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

CHAPITRE XI

Examen de la Genèse en particulier Suite..

6 -  Examen de la Genèse en particulier

 5 Suite de "Problèmes cités par l'époque citée"

4  Problèmes résolus par l'époque citée

3 - Suite des preuves

2 - Epoque de l'apparition du Pentateuque

1 - Des temps antérieurs à Moïse

 

 

 

 

Au moment du solstice et au début de l’inondation, la planète de Kronos ou Saturne, qui avait son domicile dans le cancer, ou plutôt le génie ailé, gouverneur de cette planète, était censé avertir l’homme ou le laboureur de s’embarquer. Il avertissait pendant la nuit, parce que c’était le soir ou la nuit que l’astre était consulté. Le calendrier des Égyptiens et leur science astrologique ayant pénétré dans la Grèce encore sauvage, ces tableaux non appropriés au pays y furent mal. compris, et ils y devinrent les fables mythologiques de Deucalion, d’Ogygès et d’Inachus, dont le nom est Noh même, écrit en grec Noch et Nach. La Chaldée avait aussi son déluge, par les débordements du Tigre et de l’Euphrate, au moment où le soleil fond les neiges des monts Arméniens. Mais ce déluge avait un caractère malfaisant, par la rapidité et l’incertitude de son arrivée. Ce pays, d’une fertilité extrême, par conséquent peuplé de toute antiquité, dut avoir son calendrier propre ainsi que ses légendes : cependant les historiens nous assurent que les rites de l’Égypte y furent introduits avec une colonie de prêtres, peut-être par le moyen de Sésostris qui, vers l’an 1350, traversa ces régions en conquérant ; peut-être par la voie des Ninivites ou, plus anciennement, ce put être déjà une cause de variantes dans les légendes chaldéennes. Les déluges du Nil et de l’Euphrate n’arrivaient pas aux mêmes époques ; une autre cause fut la précession des équinoxes qui, tous, les 71 ans, change d’un degré la position du soleil dans les signes. Enfin les physiciens ayant étendu leurs connaissances géographiques, et ayant constaté que l’hémisphère du nord était comme noyé de pluies dans l’intervalle hybernal des cieux équinoxes, il en résulta que l’idée et le nom de déluge furent appliqués au semestre d’hiver, tandis que le nom d’incendie fut donné au semestre d’été, ainsi que nous l’apprend Aristote. De là l’expression amphibologique que le monde éprouvait des révolutions alternatives d’incendie et de déluge ; de là aussi une nouvelle source de variantes adoptées par l’écrivain juif, lorsqu’il fait durer la pluie 150 jours (près de 6 mois), après avoir dit qu’elle n’en dura que 40 ; il n’est donc pas étonnant qu’il y ait des discordances entre les divers compilateurs des monuments, puisqu’il a dû s’en introduire très anciennement entre les monuments eux-mêmes et entre les calendriers tant indigènes qu’étrangers.

La différence la plus remarquable entre le récit chaldéen et le récit hébreu, est que le premier conserve le caractère astrologico-mythologique, tandis que le second est tourné dans un sens et vers un but moral. En effet selon l’hébreu, dont nous n’avons donné qu’un extrait, puisque le texte contient plus de 100 versets, le genre humain s’étant perverti, et des géants, nés des anges de Dieu et des filles des hommes, exerçant toutes sortes de violences, Dieu se repent d’avoir créé l’espèce ; il se parle, il délibère, il se fixe au parti violent d’exterminer tout ce qui a vie. Cependant il aperçoit un homme juste, il en a pitié ; il veut le sauver : il lui fait part de son dessein, il lui annonce le déluge, lui prescrit de bâtir un navire, etc. Quand le déluge a tout détruit, l’homme fait un sacrifice d’animaux purs (selon la loi de Moïse) ; Dieu en est si touché, qu’il promet de ne plus faire de déluge ; il donne des bénédictions, des préceptes, un abrégé de loi ; il fait alliance avec tous les êtres vivants ; et pour signe de cette alliance, il invente l'arc-en-ciel qui se montrera en temps de pluie, etc. ; tout cela chargé de redites avec quelques contradictions. Par exemple, la pluie dura 40 jours.... ; les eaux crûrent 150 jours, un vent souffla, et la pluie cessa. Le premier jour du dixième mois, l’on vit les cimes des monts ; 40 jours après, la colombe ne trouve pas où poser le pied, etc.

Tout ce récit n’est-il pas un drame moral, une leçon de conduite que donne au peuple un législateur religieux, un prêtre ? Sous ce rapport, on pourrait l’attribuer à Moïse ; mais le nom pluriel Elahim, les dieux, très mal traduit au singulier, Dieu, ne saurait se concilier avec l’unité dont Moïse fait la base de sa théologie. Le Dieu de Moïse est Iahouh : on ne voit jamais que ce nom dans ses lois et dans les écrits de ses purs sectateurs, tels que Jérémie. Pourquoi l’expression Elahim, les dieux, se trouve-t-elle si souvent et presque uniquement dans la Genèse ? Par la raison que le monument est chaldéen, et parce que dans le système chaldéen comme dans la plupart des théologies asiatiques, ce n’est pas un Dieu seul qui créait, c’étaient les dieux, ses ministres, ses anges, et spécialement les décans et les génies des 12 mois qui créèrent chacun une partie du monde (le cercle de l’année). Le grand-prêtre Helqiah empruntant cette cosmogonie, n’a osé y changer une expression fondamentale qui peut-être avait cours chez les Hébreux, depuis leurs relations avec les Syriens ; il est même possible qu’il n’ait rien ajouté de son chef à ce texte, quoique les animaux purs (selon la loi), et le nombre 7, indiquent une main juive, avec d’autant plus de raison, que le nom de Iahouh y est joint.

Longtemps avant Helquiah ; la Grèce avait l’apologue de Ioupiter irrité contre les géants et contre la génération coupable, lui annonçant la fin du monde, submergeant la terre de torrents qui se précipitent des cataractes du ciel, etc. (Voyez Nonnus, Dionysiaq., lib. VI, vers. 230.)

Tout le système du Tartare et de l’Élysée tenait à cette théologie d’origine égyptienne et d’antiquité assez reculée, puisqu’elle était la base des mystères et des initiations : ce fut dans ces mystères que la science astrologique prit un caractère moral qui altéra de jour en jour le sens physique de ses tableaux hiéroglyphiques, etc.

Selon l’hébreu, après le déluge, Noh cultive la terre ; plante la vigne ; en cela, il est Osiris et Bacchus qui tous deux sont le soleil dans la constellation Arcturus ou le Bouvier qui, après la retraite du Nil, annonçait au plat pays le temps de semer ; et sur les coteaux du Fayoum, le temps de vendanger.

Ici les fragments de Bérose et de ses copistes ont une lacune qui correspond au chapitre X de la Genèse, où l’auteur juif décrit le partage de la terre entre les trois prétendus enfants de Noh, et donne la nomenclature de leurs prétendus enfants, selon leurs langues et nations : nous disons prétendus, parce que toute cette apparente généalogie est une véritable description géographique des pays et des peuples connus des Juifs à cette époque ; description dans laquelle chaque nation est désignée, tantôt par un nom collectif, selon le génie de la langue, tantôt par un nom pluriel ; et cela, dans un ordre méthodique de localités contiguës et d’affinités de langage. Imaginer que les noms pluriels de Medi, les Mèdes, Saphirouim, les Saspires, Rodanim, les Rhodiens, Amrim, les Amorrhéens, Aradim, les Aradiens, Masrim, les Égyptiens, Phélastim, les Philistins, etc., etc., soient des noms d’individus, et imaginer que ces individus fussent la troisième ou quatrième génération de trois familles qui seules sur le globe s'en seraient fait le partage, est un excès de crédulité et d’aveuglement qui passe toutes bornes ; mais ce sujet nous écarterait trop : nous le traiterons dans un article particulier.

La suite... De la tour de Babel ou pyramide de Bel à Babylone

Notes

[8] Areturus, Bootes.

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9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 10:00

 

 

Chapitres extraits des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

CHAPITRE XI

Examen de la Genèse en particulier.

 

 5 Suite de "Problèmes cités par l'époque citée"

4  Problèmes résolus par l'époque citée

3 - Suite des preuves

2 - Epoque de l'apparition du Pentateuque

1 - Des temps antérieurs à Moïse

 

 

 

POUR rendre à Moïse ce qui peut lui appartenir dans cette composition, il faut la diviser en deux parties ; l’une, la partie religieuse et législative, contenant les ordonnances de rites et de cérémonies, les préceptes, commandements et prohibitions qui constituent! la loi de Moïse, et que l’on trouve répandus dans lExode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome ; l’autre, la partie purement historique et chronologique qui expose les faits, leur série, la manière dont ils sont arrivés ; et celle-là dont le début est au Ier chapitre de l’Exode, est le travail du grand-prêtre Helqiah, qui en a fait la rédaction d’après les écrits et monuments anciens dont il a pu disposer. Le livre de la Genèse se trouve ici dans un cas particulier ; car, bien qu’il soit un livre historique, on ne saurait le considérer comme appartenant aux Juifs, ni comme un livre national, puisque son sujet comprend un espace de temps où ce peuple n’existait pas ; où il n’avait point d’archives, et ne pouvait rien conserver.... Or, si depuis Moïse, dans toute la période des juges, les Juifs en corps de nation n’ont point eu ou n’ont point su conserver d’annales ; si avant Moïse, le temps de leur séjour en Égypte, dans un état de servitude qui exclut tout autre soin, est resté dans une profonde obscurité faute de monuments, comment se pourrait-il qu’ils eussent conservé des annales Antérieures, surtout des annales aussi détaillées que celles dès anecdotes de la vie : de Joseph, de son père Jacob et d'Abraham leur souche commune ? Et quand ce point serait accordé, alors qu’Abraham, de leur aveu, naquit Chaldéen, tout ce qui précède cet homme, vrai ou fictif, n’est-il pas un récit chaldéen, uniquement fondé sur les traditions et les monuments des Chaldéens ? La Genèse , du moins au-dessus d’Abraham, n’est donc pas une histoire juive, mais un monument que les Juifs ont emprunté d’un peuple étranger, qu’ils ont reconnu pour leur aïeul..... Or, comment a pu se faire une telle naturalisation, surtout lorsqu’un article de ce livre paraît contraire à la loi de Moïse ? Voilà un problème absolument inexplicable dans le système des opinions reçues, mais il s’explique naturellement dans le nôtre.

Le grand-prêtre Helqiah ayant conçu le projet de ranimer la ferveur des Juifs, de retremper leur esprit national, en ressuscitant la loi de Moïse, dut croire que son dessein, ne serait pas assez rempli ; s’il ne publiait que le code des rites et ordonnances des 4 livres. C’était la mode alors d'avoir des cosmogonies, et d’expliquer l’origine de toutes choses ; celle des nations et celle du monde ; chaque peuple avait son livre sacré ; commençant par une cosmogonie : les Grecs avaient la Cosmogonie d’Hésiode ; les Perses, celle de Zoroastre ; les Phéniciens, celle de Sanchoniaton ; les Indiens avaient les Vedas et les Pouranas ; les Égyptiens avaient les 5 livres d’Hermès, portés solennellement dans la procession d’Isis, que décrit Clément d’Alexandrie. Helqiah voulant donner aux Juifs un livre qui leur servît d’étendard, et, pour ainsi dire, de cocarde nationale, trouva nécessaire d’y joindre une cosmogonie. L’inventer de son chef eût compromis tout l’ouvrage ; son peuple d’origine chaldéenne, avait conservé plusieurs traditions maternelles ; Helqiah, qui comme Jérémie, son agent, penchait politiquement pour la Chaldée de préférence à l’Égypte, adopta avec quelques modifications la cosmogonie babylonienne ; voilà la source vraie et radicale de la ressemblance extrême que l’historien juif, Josèphe, et les anciens chrétiens ont remarquée entre les 11 premiers, chapitres de la Genèse et les antiquités chaldaïques de Bérose, sans que ces auteurs aient élevé le moindre soupçon de plagiat. Le droit d’aînesse des Chaldéens et l’antiquité de leurs monuments étaient alors trop notoires pour que personne imaginât qu’un peuple aussi puissant, aussi fier de ses arts et de ses sciences que les Babyloniens, eût emprunté les traditions mythologiques d’une petite tribu qu’il regardait comme schismatique et rebelle, et qu’il avait rendue son esclave. Aujourd’hui que par la bizarrerie des révolutions humaines, toute la gloire de Babylone a disparu comme un songe, et que Jérusalem couverte de ruines, de chaînes et de mépris, voit l'univers soumis à ses opinions, il est devenu facile de récuser des témoins qui n’ont plus de représentants, de réfuter des écrits dont il ne reste plus que des morceaux incohérents : cependant, si l’on recueille et confronte ces morceaux, on y trouve encore de quoi persuader tout esprit impartial de l’identité des cosmogonies juive et chaldéenne ; et de faire sentir que le système faussement attribué à Moïse, a été un système commun à beaucoup de peuples de l’ancien Orient, et dont on retrouve des traces jusqu’au Thibet et dans l’Inde.... Nous ne prétendons point approfondir ce sujet, qui serait la matière d’un gros volume ; mais par quelques exemples nous voulons prouver jusqu’à quel point une analyse exacte pourrait porter l’évidence.... Citons d’abord le témoignage de l’historien Josèphe, qui, vu son caractère, est du plus grand poids dans cette question.

 

CHAPITRE XII.

 Du Déluge.

D’ABORD, dans la défense du peuple juif contre les attaques d’Apion[1], recueillant les témoignages répandus dans les écrits de diverses nations, maintenant, dit-il, j’interpellerai les monuments des Chaldéens, et mon témoin sera Bérose, né lui-même Chaldéen, homme connu de tous les Grecs qui cultivent les lettres, à cause des écrits qu’il a publiés en grec, sur l’astronomie et la philosophie des Chaldéens. Bérose donc, compulsant et copiant les plus anciennes histoires, présente les mêmes récits que Moïse, sur le déluge, sur la destruction des hommes par les eaux, et sur l’arche dans laquelle Noux[2] [Noé ] fut sauvé et qui s’arrêta sur les montagnes d’Arménie ; ensuite, exposant la série généalogique des descendants de Noux, il fixe le temps où vécut chacun d’eux, et il arrive jusqu’à Nabopolassar, etc.

Ainsi l’histoire de Noé, du déluge et de l’arche, est une histoire purement chaldéenne, c’est-à-dire que les chapitres 6, 7, 8, 9, 10 et 11, sont tirés des légendes sacrées des prêtres de cette nation, à une époque infiniment reculée. Il est très fâcheux que le livre de Bérose ne nous soit point parvenu ; mais la piété des premiers chrétiens le regardant comme dangereux[3], paraît l’avoir supprimé de bonne heure. Josèphe en cite un texte positif sur le fait du déluge, dans ses Antiquités Judaïques, livre 1er, chap. 6.

De ce déluge, dit-il, et de l’arche font mention tous les historiens asiatiques ; Bérose, entre autres, en parle ainsi : On prétend qu’une partie de cette arche subsiste encore sur les monts Korduens (Kurdestan) en Arménie ; et quelques dévots en retirent des morceaux de bitume, et vont les distribuant au peuple, qui s’en sert comme d’amulettes contre les maléfices. Josèphe continue.... Hiérôme, l’Égyptien, qui a écrit sur les antiquités phéniciennes, en parle aussi de même, que Mnaseas et plusieurs autres. Nicolas de Damas lui-même, dans son livré 96e, dit :

Au-dessus de Miniade, en Arménie, est une haute montagne appelée Baris ; où l’on raconte que beaucoup de personnes se sauvèrent au temps du déluge, qu’un homme, monté sur un vaisseau, prit terre au sommet, et que longtemps les débris de ce vaisseau y ont subsisté. Cet homme pourrait être celui dont parle Moïse, le législateur des Juifs.

On voit que Josèphe est loin d’inculper Bérose et les autres historiens, d’un plagiat envers Moïse, qu’il croit auteur de la Genèse ; qu’au contraire il invoque les monuments chaldéens, phéniciens, arméniens, comme témoins premiers et originaux, dont la Genèse n’est qu’une émanation ou un pair.

Quant au détail du déluge, nous les trouvons, 1° dans un fragment d’Alexandre Polyhistor, savant compilateur du temps de Sylla, dont le Syncelle nous a transmis plusieurs passages précieux : 2° dans un fragment d’Abydène, autre compilateur qu’Eusèbe nous représente comme ayant consulté les monuments des Mèdes et des Assyriens[4] ; ce qui explique pourquoi il diffère quelquefois de Bérose, dont le Syncelle l’appelle le copiste, avec Alexandre Polyhistor[5]. Ce que la Genèse raconte de Nouh ou Noé, ces auteurs le racontent de Xisuthrus, avec des variantes qui prouvent la diversité des monuments antiques, d’où émanaient ces récits. Un tableau comparé des textes sera plus éloquent que tous les raisonnements.

Monuments chaldéens, copiés par Alexandre Polyhistor, en son second livre[6].

Xisuthrus fut le 10e roi (comme Noé fut le 10e patriarche) : sous lui arriva le déluge.... Kronos (Saturne) lui ayant apparu en songe, l’avertit que le 15 du mois Doesius, les hommes périraient par un déluge : en conséquence il lui ordonna de prendre les écrits qui traitaient du commencement, du milieu, et de la fin de toutes choses ; de les enfouir en terre dans la ville du soleil, appelée Sisparis ; de se construire un navire, d’y embarquer ses parents, ses amis, et de s’abandonner à la mer. Xisuthrus obéit ; il prépare toutes les provisions, rassemble les animaux quadrupèdes et volatiles ; puis il demande où il doit naviguer ; vers les Dieux, dit Saturne, et il souhaite aux hommes toutes sortes de bénédictions. Xisuthrus fabriqua donc un navire long de cinq stades et large de deux ; il y fit entrer sa femme, ses enfants, ses amis et tout ce qu’il avait préparé. Le déluge vint, et bientôt ayant cessé, Xisuthrus lâcha quelques oiseaux qui, faute de trouver où se reposer, revinrent au vaisseau : quelques jours après il les envoya encore à la découverte ; cette fois les oiseaux revinrent ayant de la boue aux pieds ; lâchés une troisième fois, ils ne revinrent plus : Xisuthrus concevant que la terre se dégageait, fit une ouverture à son vaisseau, et comme il se vit près d’une montagne, il y descendit avec sa femme, sa fille et le pilote ; il adora la terre, éleva un autel, fit un sacrifice, puis il disparut, et ne fut plus vu sur la terre avec les trois personnes sorties avec lui.... Ceux qui étaient restés dans le vaisseau ne les voyant pas revenir, les appelèrent à grands cris : une voix leur répondit en leur recommandant la piété, etc., et en ajoutant qu’ils devaient retourner à Babylone, selon l’ordre du destin, retirer de terre les lettres enfouies à Sisparis, pour les communiquer aux  hommes ; que du reste le lieu où ils se trouvaient était l’Arménie. Ayant ouï ces paroles, ils s’assemblèrent de toutes parts, et se rendirent à Babylone. Les débris de leur vaisseau, poussés en Arménie, sont restés jusqu’à ce jour sur les monts Korkoura ; et les dévots en prennent de petits morceaux pour leur servir de talismans contre les maléfices. Les lettres ayant été retirées de terre à Sisparis, les hommes bâtirent des villes, élevèrent des temples, et réparèrent Babylone elle-même.

Récit du livre hébreu, la Genèse.

Et les dieux (Elahim) dit à Noh : Fais-toi un vaisseau, divisé en cellules et enduit de bitume : sa longueur sera de 300 coudées, sa largeur de 50, sa hauteur de 30. Il aura une fenêtre d’une coudée carrée. Je vais amener un déluge d’eau sur la terre ; tu entreras dans l’arche, toi, tes fils, ta femme et les femmes de tes fils ; et tu feras entrer un couple de tout ce qui a vie sur la terre, oiseaux, quadrupèdes, reptiles : tu feras aussi des provisions de vivres pour toi et pour eux. Noh fit tout ce que Dieu (Elahim) lui avait ordonné : et Dieu (Iahouh) dit encore : Prends sept couples des animaux purs, et deux seulement des impurs ; sept couples aussi des volatiles.... Dans sept jours je ferai pleuvoir sur terre pendant 40 jours et 40 nuits : et Noh fit ce qu’avait prescrit (Iahouh) ; il entra dans l’arche âgé de 600 ans ; et après sept jours, dans le second mois, le 17 du mois, toutes les sources de l’Océan débordèrent, et les cataractes des cieux furent ouvertes ; et Noh entra dans le vaisseau avec sa famille et tous les animaux ; et la pluie dura 40 jours et 40 nuits ; et les eaux élevèrent le vaisseau au-dessus de la terre ; et le vaisseau flotta sur les eaux ; et elles couvrirent toutes les montagnes qui sont sous les cieux, à 15 coudées de hauteur ; et tout être vivant fut détruit ; et les eaux crurent pendant 50 jours ; et Dieu (Elahim) se ressouvint de Noh ; il fit souffler un vent ; les eaux se reposèrent ; les fontaines de l’Océan et les cataractes du ciel se fermèrent, et la pluie cessa ; et les eaux s’arrêtèrent au bout de 150 jours, et le 7e mois, au 17e jour, l’arche se reposa sur le mont Ararat en Arménie, et les eaux allèrent et vinrent diminuant jusqu’au 10e mois ; et le 10e mois au 1er jour, on vit les cimes des montagnes ; 40 jours après (le 10e du 11e mois), Noh ouvrit la fenêtre du vaisseau, et lâcha le corbeau, qui alla volant jusqu’à ce que les eaux se retirassent ; et Noh lâcha la colombe qui, ne trouvant point où reposer le pied (les cimes étaient pourtant découvertes), revint au vaisseau, et après 7 jours (le 17 du 11e mois), Noh la renvoya encore, et elle revint le soir portant au bec une feuille d’olivier ; et 7 jours après (le 24 du 11e mois), il la lâcha encore, elle ne revint plus. L’an 601 de Noh, le 1er du mois, 7 jours après le dernier départ de la colombe, la terre fut sèche, et Noh leva le couvercle du vaisseau, et il vit la terre sèche, et le 27e du second mois, la terre fut sèche ; et Dieu (Elahim) lui dit de sortir avec toute sa famille et tous les animaux ; et Noh dressa un autel et y sacrifia des oiseaux et des animaux purs ; et (Iahouh) Dieu en respira l’odeur avec plaisir, et dit : Je n’amènerai plus de déluge ; et il donna des bénédictions et des préceptes à Noh : ne pas manger le sang des animaux (précepte de Moïse : l’âme est dans le sang) ; de ne pas verser le sang des hommes, etc. ; et il fit alliance avec les hommes ; et pour signe de cette alliance, je placerai, dit-il, un arc dans les nues (l’arc-en -ciel), et en le voyant, je me souviendrai de mon alliance avec tout être vivant sur la terre, et je ne les détruirai plus.... ; et Noh en sortant du vaisseau avait trois enfants, et il se livra à la culture de la terre et il planta la vigne, etc.

Nous ne transcrivons point le récit d’Abydène qu’Eusèbe a conservé dans sa Préparation évangélique (liv. IX, chap. 12), parce qu’il est infiniment abrégé, et qu’il ne diffère que dans deux circonstances. Dans son récit tiré des monuments mèdes et assyriens, Xisuthrus lâche les oiseaux 3 jours après que la tempête se fut calmée ; ils reviennent 2 fois, ayant de la boue aux ailes et non aux pieds ; à la troisième fois ils ne reviennent plus.

Ces textes seraient la matière d’un volume de commentaires : bornons-nous aux remarques les plus nécessaires pour tout homme sensé : les deux récits sont un tissu d’impossibilités physiques et morales ; mais ici le simple bon sens ne suffit pas ; il faut être initié à la doctrine astrologique des anciens, pour deviner ce genre de logogriphe, et pour savoir qu’en général tous les déluges mentionnés par les Juifs, les Chaldéens, les Grecs, les Indiens, comme ayant détruit le monde sous Ogygès, Inachus, Deucalion, Xisuthrus, Saravriata, sont un seul et même événement physico-astronomique qui se répète encore tous les ans, et dont le principal merveilleux consiste dans le langage métaphorique qui servit à l’exprimer. Dans ce langage, le grand cercle des cieux s’appelait mundus, dont l’analogue mondala signifie encore cercle en sanscrit : l’orbis des Latins en est le synonyme. La révolution de ce cercle par le soleil, composant l’année de 12 mois fut appelée orbis, le monde, le cercle céleste. Par conséquent, à chaque 12 mois, le monde finissait, et le monde recommençait ; le monde était détruit, et le monde se renouvelait. L’époque de cet événement remarquable variait selon les peuples et selon leur usage de commencer l’année à l’un des solstices ou des équinoxes : en Égypte, c’était au solstice d’été. A cette époque, le Nil donnait les premiers symptômes de son débordement, et dans 40 jours, les eaux couvraient toute la terre d’Égypte à 15 coudées de hauteur. C’était et c’est encore un océan, un déluge. C’était un déluge destructeur dans les premiers temps, avant que la population civilisée et nombreuse eût desséché les marais, creusé des canaux, élevé des digues, et avant que l’expérience eût appris l’époque du débordement. Il fut important de la connaître, de la prévoir : l’on remarqua les étoiles qui alors paraissaient le soir et le matin à l’horizon : Un groupe de celles qui coïncidaient fut appelé le navire ou la barque, pour indiquer qu’il fallait se tenir prêt à s’embarquer ; un autre groupe fut appelée le chien, qui avertit ; un troisième avait le nom de corbeau ; un quatrième, de colombe[7] ; un cinquième s’appelait le laboureur, le vigneron[8] ; non loin de lui était la femme (la vierge céleste) : tous ces personnages qui figurent dans le déluge de Noh et de Xisuthrus sont encore dans la sphère céleste ; c’était un vrai tableau de calendrier dont nos deux textes cités ne sont que la description plus ou moins fidèle.

Suite d'Examen de la Genèse en particulier

Notes

[1] Contre Apion, liv. I, § XIX.

[2] Ce mot noux est la meilleure orthographe de l’hébreu nouh (Noé), parce que les Grecs n’ayant point l’aspiration h, la remplacent par x, qui est le ch allemand et latin.

[3] Voyez le Syncelle, pages 38 et 40, ligne 8. Cet auteur cite quelquefois le nom de Bérose ; mais tous les passages qu’il produit, finissant par être rapportés à Polyhistor, Abydène et autres copistes de Bérose, il nous semble que déjà l’original de Bérose n’existait plus.

[4] Præpar. Evang., lib. IX, cap. 12.

[5] Nec me fugit Berosum et sequaces ejus Alexandrum Polyhistorem, et Abydenum, etc., page 14.

[6] Le Syncelle, page 30, semble d’abord tirer ce passage de Bérose ; mais en le terminant, il dit : Voilà ce qu’écrit Alexandre Polyhistor.

[7] En Égypte ces oiseaux ne quittent pas la maison pendant que le sol est couvert d’eau : quand ils s’absentent, c’est le signe qu’ils trouvent à vivre et que la terre se découvre.

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9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 08:25

 

 

 

Chapitres extraits des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

 CHAPITRE X

5 - Suite du précédent

 4  - Problèmes résolus par l'époque citée

3 - Suite des preuves

2 - Epoque de l'apparition du Pentateuque

1 - Des temps antérieurs à Moïse

 

 

La rédaction du Pentateuque par Helqiah, explique encore pourquoi l’on trouve dans ce livre quelques faits chronologiques des temps anciens, que l’on ne peut concilier avec les temps postérieurs ; par exemple, il est dit dans l’Exode, (Ch. XVI, v. 1er et 13) :

Que les Hébreux étant arrivés dans le désert de Sinaï le quinzième jour du second mois depuis la sortie d’Égypte, le peuple murmura de la disette des vivres, et que le soir il vint une si grande quantité de cailles, qu’il put en manger à satiété.

Et dans les Nombres (comparez ch. IX, v. 1er, 3, 5, chap. X, v. 11, et chap. XI, v. 31), il est encore dit :

Que l’an II, au deuxième mois, peu après le vingtième jour, le peuple étant campé dans le désert, à 3 jours de marche de Sinaï, il arriva encore une volée de cailles si abondante, que chaque famille put s’en rassasier et en faire sécher pour sa provision.

Ce fait d’histoire naturelle n’est point changé ; il y a encore, chaque année, 2 passages de cailles dans ce désert et dans l’Égypte. L’un de ces passages a lieu vers la mi-septembre, lorsque les cailles craignant l’hiver, quittent l’Europe pour se rendre en Afrique et en Arabie ; l’autre vers la fin de février, lorsque les cailles reviennent en Europe chercher l’abondance de la belle saison.

De ces 2 passages, celui qui s’applique à l’exemple cité est le passage en février, par les raisons suivantes. Peu avant la sortie d’Égypte, il y avait eu une grêle terrible qui avait détruit l’orge parce qu’il était déjà grandi et le lin, parce qu’il montait en tuyaux(1 ); elle n’avait point détruit le froment, parce qu’il est plus tardif. Cet état de choses n’a lieu en Égypte que dans le cours de février : l’épi du blé se forme vers la fin de ce mois. Le texte ajoute peu après : Et Dieu dit : Voici le premier de vos mois (qui arrive), et (ch. XIII, v. 4) aujourd’hui vous sortez dans le mois des nouveaux blés.

L’année commençait donc en hiver. Le passage des cailles n’était donc pas celui de septembre, qui placerait le premier mois en août : c’était le passage de février, qui étant arrivé vers le vingt ou vingt-cinquième jour du second mois, nous indique le commencement de l’année vers la fin de décembre ou le début de janvier : les circonstances de la grêle n’y seraient point discordantes, lors même que l’on supposerait exact ; tout ce récit, ce qui ne peut s’admettre, vu les prodiges magiques qui y sont joints. Nous avons donc lieu de croire qu’à l’époque de Moïse, l’année commençait au solstice d’hiver, selon un usage des Égyptiens, dont ce législateur emprunta beaucoup d’idées. Cependant tous les livres juifs, y compris le Pentateuque, indiquent que l’année commençait à l’équinoxe du printemps.... Ce n’est pas tout le livre intitulé Josué, écrit sur des matériaux anciens, et rédigé, à ce qu’il semble, avant le temps de Salomon, porte un autre passage tout à fait contraire à celui-ci. On y lit(2) : que Josué, devenu chef, s’approcha du Jourdain pour le passer ; qu’il trouva cette rivière gonflée, parce que le Jourdain au temps de la moisson, a coutume de remplir son lit ; et que le peuple le traversa le dixième jour du premier mois(3). Notez ces circonstances ; le peuple passe le Jourdain le dixième jour du premier mois, et le Jourdain est gonflé parce que c’est son usage au temps de la moisson ; ce qui a encore lieu de nos jours, à raison de la fonte des neiges. L’année commençait donc à cette époque : or, la moisson dans le pays de Jéricho se fait, selon Josèphe(4), 14 jours avant le pays de Jérusalem ; et dans ce pays, comme dans la Palestine , elle a lien vers la fin de mai : tout est fini du 1er au 5 juin. La date du passage est donc indiquée vers le solstice d’été ; et cette date, vu l’importance du fait, a dû être notée et conservée même par la tradition.

Nous avons ici deux textes clairs et positifs, indiquant chacun le commencement de l’année à une époque différente ; l’une au solstice d’hiver, l’autre au solstice d’été. D’où peut venir une telle contradiction ? Selon nous, elle vient de ce qu’à l’époque de Moïse et de Josué, les Hébreux avaient une manière de compter le temps, qui fut changée sous le régime obscur et anarchique des juges ; et que le grand-prêtre Helqiah eu rédigeant son livre, a fait disparaître la méthode des temps anciens et des livres originaux, parce qu’elle n’était plus d’usage et qu’elle eût contrarié ses récits en d’autres occasions, spécialement à l’occasion du déluge. Notre opinion pourra sembler singulière à quelques lecteurs ; mais ceux qui connaissent certains passages de Pline, de Plutarque ; de Macrobe, et surtout le Traité de Censorin, de Die natali, pourront admettre avec nous, que les Hébreux, dans l’origine, ont, été du hombre de ces peuples qui ne mesuraient point le temps par la double révolution du soleil dans l’écliptique, et qui trouvaient plus simple d’employer de moindres révolutions de cet astre ou de la lutte, telles que les mois, les saisons de 3 mois, et la durée de 6 mois que le soleil met à se rendre d’un tropique à l’autre, on de l’un à l’autre équinoxe : de là est venue l’expression singulière d’années d’un mois, d’années de trois mois, d’années de six mois, dont les anciens citent beaucoup d’exemples.

L’an le plus ancien usité en Égypte, dit Censorin(5), fut de 2 mois : Orus le fit de 3 ; le roi Pison le porta à 4. Les Cariens et les Arcarnaniens ont eu des années de 6 mois ; les Arcadiens des années de 3 mois, etc.

Chez les anciens, dit Pline(6), l’année a eu des valeurs bien différentes de celle que nous lui donnons aujourd’hui ; les uns faisaient un an de l’été et un an de l’hiver ; d’autres, comme les Arcadiens, composaient l’année de 3 mois ; d’autres, comme les Égyptiens, avaient des années d’un mois.

En raisonnant d’après ces exemples, qu’il nous serait facile de multiplier(7), nous pensons que les Hébreux eurent d’abord des années de 6 mois ; prises d’un solstice à l’autre(8). Le passage de Josué que nous avons cité, et ceux de l’Exode relatifs aux cailles, en offrent l’indication formelle ; et nous en trouvons d’autres indices dans l’analyse de quelques autres faits de l’Histoire des Juifs. Par exemple, au temps de Moïse, le Pentateuque donne pour terme ordinaire et moyen de la vie humaine, 120 ans de 12 mois : Moïse meurt à cet âge ; Josué vit 110 ans ; Amram, 137 ; Caat, fils de Lévi, 133, etc. Cet état prodigieux est d’autant moins admissible, qu’environ 4 siècles plus tard, David dit expressément que 70 ans sont le terme habituel de la vie humaine ; et qu’au delà ce n’est qu’infirmité et misère(9). Supposons qu’il y ait équivoque de mots ; et qu’au temps de Moïse l’année fût de 6 mois, tous les âges cités se réduiront à l’état naturel, tel que l’indique David, et que nous le voyons encore réglé par l’organisation de l’homme ; Moïse aura vécu 66 de nos années, Josué, 55, Amram 68, etc. À l’appui de notre idée vient la remarque faite par dom Calmet, que les Juifs semblent n'avoir connu que deux saisons, puisque leurs anciens livres ne nomment jamais que l’hiver et l’été, lesquels présentent cette division de l’année solaire en deux parties, comme nous le disons.

Un fait cité dans le livre de Josué, ch. 14, v, 6, vient à l’appui de notre opinion. Kaleb, fils de Iephoné, dit à Josué :

Tu sais que j’avais 40 ans lorsque Moïse m’envoya avec toi reconnaître le pays des Cananéens il y a environ de cela 45 ans.... Maintenant je suis âgé de 85, et je suis aussi fort que j’étais alors ; j’ai la même vigueur pour combattre et pour marcher.... Donne-moi, pour mon partage, cette montagne d’Hébron que Moïse m’a promise.

(Ch. 15, v. 13). Josué ayant donné ce lot à Kaleb, celui-ci marcha avec ses parents pour s’en emparer. Je donnerai, dit-il, ma fille à celui qui prendra Kariath Sepher ; et Othoniel, fils de Kenez, frère cadet de Kaleb, prit la ville d’assaut, et il eut sa cousine Oxa pour épouse.

Si dans ce récit on prend les 85 ans de Kaleb pour des années, de 12 mois, sa vigueur est hors de vraisemblance, bien plus, le mariage de sa fille avec son neveu est une autre circonstance choquante, en ce que ce même neveu (Othoniel) après la mort de Josué, après celle des vieillards, après 8 ans d’oppression de Cusan, chasse ce roi et gouverne pendant 40 ans ; il en eut vécu plus de 100. Prenons les pour des années de 6 mois, tout devient naturel. Kaleb partit âgé de 20 ans (moitié de 40), et il est dit qu’il était le plus jeune avec le jeune Josué, serviteur de Moïse.... 22 ½ après (moitié de 45) Kaleb, âgé de 42 ½, est aussi vigoureux qu’à 20 ans, et cela est naturel.... Il donna sa fille âgée de 16 à 18 ans, au fils de son frère cadet : ce frère put être âgé de 40 à 41 ans, son fils Othoniel put en avoir 20, tout cela est dans l’ordre.... ; et il put, 20 ou 30 ans après, gouverner encore 20 ans (moitié de 40) sans être âgé de plus de 60 à 70.

Une seule objection raisonnable se présente. Si des années de 6 mois eurent lieu sous Moïse, pourquoi ses lois font-elles une mention expresse des fêtes placées au 7e mois ?  Par exemple au Lévitique (ch. 23, v. 27), il est dit : Au premier jour du 7e mois vous célébrerez une grande fête.... ; le 1er jour du 7e mois sera la fête des expiations, et le 15e sera la fête des tentes ou tabernacles.... : ce jour, en recueillant le produit de la terre, vous prendrez les fruits du plus bel arbre, etc.

Nous répondons que cela est une conséquence naturelle de la refonte des livres originaux, faite par Helqiah, et de la réforme qui s’introduisit tacitement dans le calendrier au temps des jugés.... Helqiah écrivant selon les usages de son temps, a fait disparaître les expressions anciennes et autographes qu’avait pu employer Moïse ; et quant à la célébration de la Pâque qui, dans notre hypothèse, ne revient que tous les deux ans, rien n'empêche que Moïse l’ait désignée par le passage du soleil dans le signe du bélier, et que connaissant l’année de 12 mois, employée par les Égyptiens, ses maîtres, il se soit conformé à l’usage populaire des Hébreux dans la désignation des fêtes.

A l’égard de la réforme que nous disons s’être introduite tacitement du temps des juges, elle a dû réellement se faire et elle a pu se faire sans laisser de traces apparentes, à raison de l’anarchie et du défaut de monuments ; car le livre des Juges n’est pas une chronique. Cette réforme expliquerait très bien la surabondance d’années que donne ce livre dans les sommes partielles ; les premiers juges et les premières servitudes ayant compté des années de 6 mois, il s’ensuivrait que 2 ou 300 de leurs années ne vaudraient que moitié ; et c’est la non distinction des unes et des autres qui, par l'ignorance de l’écrivain, a introduit un désordre maintenant irrémédiable. Il est probable que Helqiah lui-même n’a pas trouvé de matériaux suffisants à cet égard.... D’ailleurs la période des juges n’était pas dans son plan : l’auteur du livre des Rois ne nous semble pas avoir été plus heureux.

Le temps écoulé en Égypte est une autre période obscure sur laquelle le Pentateuque ne fournit point de documents admissibles. Selon l’Exode (ch. 12, v. 40), ce temps fut de 430 ans ; mais outre que ce calcul est entièrement dénué de preuves, il est encore incompatible avec le nombre de 2 ou 3 générations que veulent compter les Évangiles, et même avec les quatre que nous donne la Genèse dans la vision où Dieu dit à Abraham, que sa race, pendant 400 ans, servira un peuple étranger et qu’à 4e génération seulement, elle reviendra posséder le pays de Canaan10. Il est impossible d'admettre 100 ans pour une génération, et outre que cette prophétie est évidemment faite, après coup comme nous verrons celles de Jacob et de Noé, il est apparent que l’auteur n’a pas eu d’autres renseignements que ceux de l’Exode, qui sont nuls.

Josèphe qui eut sous les yeux11 des chroniques égyptiennes, ne compte que 230 ans ; et ce nombre qui avoisine la moitié de 430 viendrait à l’appui de notre opinion pour les années de 6 mois ; nous, aurions, encore en notre faveur, l’emploi inverse qu’il en fait lorsqu’il donne : à Salomon 80 ans de règne au lieu de 40, et nous dirions que l’ancien usage se serait conservé dans quelque chronique qu’il aurait consultée12 ; au reste, en admettant, les années de 6 mois, le séjour en Égypte n’en reste pas moins un temps incertain, inconnu.... ; et l’ignorance où nous laisse le Pentateuque sur l’emploi de ce temps, est une nouvelle preuve que Moïse n’est pas l’auteur de ce livre : il eût eu, et il nous eût donné, à cet égard, des renseignements qui ont manqué à Helqiah cette observation s’applique encore mieux aux 40 années du désert, dont 38 se passent dans un silence absolu ; car entre les chap. 9, 11, 13, 14 du livre des Nombres, où il est parlé des événements arrivés l’an 2, et le chap. 20 du même livre, où les Israélites se trouvent près d’entrer en Canaan (l’an 40 de la sortie d’Égypte), il y a une lacune manifeste, que le Deutéronome répète et rend plus sensible dans la fin du chap. 1er jusqu’au verset 14 du chap. 2, et cette lacune, qui ne saurait avoir existé dans le Journal de Moïse, s’explique naturellement de la part de Helqiah, soit que réellement il ait manqué de documents sur l’emploi de ce temps, soit qu’il ait volontairement supprimé des détails qui eussent contrarié d’autres parties de son travail, et indiqué, par exemple, l’usage des années de 6 mois.

Ainsi nous nous voyons sans cesse ramenés à nos deux propositions fondamentales, savoir :

Que Moïse n’est point l’auteur du Pentateuque, et que Helqiah est cet auteur indiqué par une foule de circonstances.

La suite... Examen de la Genèse en particulier

1 Exode, chap. 9, v. 23, 31, 32.

2 Chap. 3, v. 1, 15.

3 Chap. 4, v. 19.

4 De Bello judaico.

5 Censorinus, de Die natali par Lindenbroq. Cantabrigiæ, 1695, in-12, chap. 19. Et in Ægypto antiquissimum ferunt annum bimestrem fuisse ; deinde a Pisone rege quadrimestrem factum. Diodore, liv. I, pas. 22, dit, d’un mois, d’accord avec Plutarque, Pline, Augustin, Varron et Proclus. Item in Achaia, Arcades trimestrem habuisse ; Cares autem et Acarnanes semestres habuerunt annos, et inter se dissimiles quibus alternis dies augescerent aut senescerent, eosque conjunctos veluti trieterida annum magnum.

6 Hist. nat., lib. VII., cap. 49.

7 Voyez Plutarque, de Numa ; Diodore, lib. I, Varron ; Proclus, Comment. in Timeum.

8 Cela serait d’autant plus naturel, que n’étant point laboureurs, mais pâtres errants, ils n’avaient pas besoin du calendrier écliptique.

9 Lorsque ce roi, fuyant Absalon, passe le Jourdain, il est accueilli par un vieillard de 85 ans, que l’historien peint décrépit, tel qu’il serait de nos jours.

10 Genèse, chap. 15.

11 Josèphe, Antiq. jud., liv. II, ch. 6 et 15.

12 Voyez Mémoires de l’Acad. des Inscrip., tome XXXIV, un Mémoire de Gibert sur les années des Juifs.

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Chapitres extraits des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

CHAPITRE IX.

Problèmes résolus par l’époque citée.

 

 

CES PROPOSITIONS étant admises, l’on peut résoudre d’une manière satisfaisante presque toutes les difficultés chronologiques, géographiques et historiques contenues dans le Pentateuque. Et d’abord en considérant que son apparition ou promulgation l’an 18 de Josiah, correspond à l’an 621 avant notre ère, on voit la raison de tous les faits disparates dont-ce livre offre les citations, Par exemple, on conçoit que Helquiah écrivant dans Jérusalem, à l’occident et en deçà du Jourdain, a dû dire que Moïse parla et mourut au delà du Jourdain, du côté du soleil levant ; et il a pu ajouter avec convenance que personne n’avait connu le lieu de sa sépulture jusqu’à ce jour, puisque 8 siècles étaient écoulés et encore, qu’aucun prophète égal à Moïse ne s’était élevé en Israël : un tel prononcé a de la dignité et de la modestie dans la bouche d’un grand-prêtre successeur de Moïse.

On conçoit aussi comment Helquiah a pu employer, au temps d’Abraham, les mots Iahouh et Dan, qui ne furent usités que longtemps après ; comment il a fait des notes explicatives sur le lit d’Og, roi de Basan, sur les rois qui régnèrent en Édom, avant qu’il y eût des rois en Israël, comment il a cité le livre des Guerres du Seigneur, celui de Moshalim, ou traditions, etc., et employé le terme de nabia pour prophète, au lieu de raï, voyant ; qui fût usité jusqu’après David ; enfin, comment il a pu dire : de la terre de Sennar est sorti l’Assyrien qui a bâti Ninive, événement qui date de l’an 1218, ainsi que nous le prouverons. Cette remarque avait alors de l’intérêt pour les Juifs, à qui 150 ans de guerres avaient fait connaître, les Assyriens, tandis qu’auparavant, soit sous Moïse, soit sous David, ils n’avaient aucun rapport avec ce peuple lointain, et ne le connaissaient que vaguement.

Le mérite de cette date tardive du Pentateuque ne se borne pas là. Elle a encore l’avantage d’expliquer plusieurs énigmes de la Genèse et du livre des Nombres, qui sont restées inintelligibles jusqu’à ce jour. Par exemple, elle explique les bénédictions supposées que Jacob mourant est censé donner à ses enfants.... Nous disons supposées, parce qu’il est inconcevable qu’il y ait eu là un sténographe pour les recueillir1, et qu’en les examinant avec critique, l’on y découvre un résumé allégorique de l’historique de chaque tribu, présenté, selon l’usage oriental, sous une forme prophétique.

Zabulon habitera aux bords de la mer, près à des ports, appuyé contre Sidon : Issachar, âne robuste, voyant que sa terre est bonne, baissera2 l’épaule sous le fardeau, et paiera le tribut. Le pain d’Aser est excellent.... Je diviserai Siméon et Lévi : je le disperserai en Israël (les lévites n’eurent point de lot spécial...) ; le sceptre ne sera point ôté de Juda, ni le trône d’entre ses pieds, jusqu’à ce que vienne celui à qui appartient le sceptre et l'obéissance.... Remarquez qu’au temps de Josiah le sceptre avait été ôté d’Israël, c’est-à-dire des tribus, et qu’il restait en Juda, mais avec l'incertitude d’y persister s’il venait un puissant à qui appartînt l’obéissance.

Un second passage énigmatique : qui s’explique également bien, est la prophétie de Noé à ses trois (prétendus) enfants : Maudit soit Canaan 3 ; il sera l’esclave des serviteurs de ses frères. Canaan, comme on sait, est le peuple phénicien. Ici, les serviteurs de ses frères sont les Hébreux, devenus tributaires des Assyriens, issus de Sem, et même, des Mèdes et des Scythes (en 621), issus de Iaphet.

Béni soit le Dieu de Sem, Canaan sera son esclave.... Dieu dilatera Iaphet 4 qui habitera les tentes de Sem...., et Canaan sera son esclave.

On n’a jamais compris ce verset ; mais dans la géographie hébraïque, Iaphet désigne les races scythiques qui parlent l’idiome sanscrit. Sem désigne les nations arabiques-chaldéennes, et la prophétie eut son accomplissement lorsque les Mèdes, race de Iaphet, eurent envahi Ninive, c’est-à-dire, l'habitation guerrière des Assyriens, race de Sem. Cet événement avait eu lieu 100 ans avant Helquiah, au temps de Sardanapale et d’Arbak ; mais l'invasion des Scythes, qui, en 625, s’emparèrent de tous les pays sémitiques, nous paraît être l’application la plus directe et l’objet le plus immédiat de l’oracle : cet article semble nous révéler positivement le secret du rédacteur Helqiah.

Enfin Canaan, c’est-à-dire les peuples phéniciens se trouvaient alors exactement les esclaves et les tributaires des peuples sémitiques et iaphétiques, puisqu’ils payaient le tribut aux Assyriens et aux Scythes. Aucune explication n’avait, jusqu’à ce jour, rempli toutes les conditions de celle-ci. En cette circonstance nous avons un exemple remarquable de l’observation critique de M. John Bentley, qui, à l’occasion de prophéties semblables insérées dans les livres indiens, soit Pouranas, soit Shastras, nous avertit que, de l’aveu des plus savants et des plus honnêtes brahmes 5, les écrivains Indous (et, en général les écrivains asiatiques), à raison de la corruption des mœurs du siècle, ont dès longtemps imaginé de se servir du respect porté aux anciens personnages, et de la croyance établie qu’ils avaient le don de prévoir l’avenir, pour leur attribuer tantôt des leçons de morale, tantôt des avis et prédictions de choses futures que l’on voyait ensuite arriver. Or, comme les Indous modernes sont en tout point une image vivante de l’esprit et du caractère, des usages et du régime politique de l’ancienne Asie, qu’il ont surtout une grande ressemblance avec les Égyptiens, les Chaldéens et les Hébreux 6; l’on conçoit que le grand-prêtre a pu imiter une pratique commune à tout l’ancien monde, surtout lorsque personne ne pouvait le convaincre de supposition.

Une troisième énigme plus obscure, plus compliquée que les précédentes, se résout encore très bien par la rédaction du Pentateuque à la date de l’an 621 avant J.-C. ; c’est l’oracle rendu par le prophète Balaam, que le roi des Moabites appela pour maudire l’armée des Hébreux 7 ; ce morceau est d'autant plus bizarre, que l’on veut expliquer les mystères les plus sacrés par les prédictions d’un devin païen que Moïse fit tuer (Voyez Josué, chapitre 13, verset 22, et Numeri, chapitre 31, verset 8). Laissons à part son dialogue avec son ânesse, qui est raconté sérieusement, comme une chose crue par la cour du roi Moab et par les Hébreux. Balaam après bien des difficultés, et après des cérémonies de divination curieuses pour le temps, au lieu de maudire les Hébreux, prononce sur eux des bénédictions.

Or les dernières de ces bénédictions composent les versets suivants 8: Que les tentes d’Israël sont belles ! Son roi l’emportera (ou prédominera) sur Agag ; et son royaume s’élèvera (de plus en plus).

Une étoile sortira de Jacob, un sceptre s’élèvera d’Israël ; il démolira les pierres angulaires 9 de Moab ; il détruira tous les enfants de Seth. L’Idumée sera possédée par lui. — Le mont Séir sera possédé par ses ennemis, et Israël montrera sa force.

Jusqu’ici le style oraculaire est intelligible et présente des faits liés entre eux. Le premier roi d’Israël vainquit Agag, roi des Amalékites, et la royauté naissante des Hébreux fut affermie.... David succéda, et se montra comme une étoile fortunée ; il écrasa dans une bataille toute la nation moabite, dont il fit tuer, après l’action, tous les chefs, qui sont les pierres angulaires, les soutiens d’une nation, et tous les mâles qui pouvaient porter les armes : il fut le premier qui subjugua Séir (l’Idumée) ; jamais les Hébreux ne furent plus forts. Le verset qui suit se comprend encore.

Amaleq est le commencement (c’est-à-dire le plus ancien, ou le chef des peuples), sa fin sera la perte. David réduisit aussi ce peuple aux abois : ici nous entrons dans l’obscurité.

Pour toi ! ô peuple Qinéen, ton habitation (montueuse) est très forte ; tu as placé ton nid, sur un rocher (destiné) à te brûler du soleil, ô Qinéen ! jusqu’à ce que l’Assyrien (Assur) t’emmène captif. Malheur à qui verra ces choses ! des vaisseaux viendront de Ketim ; ils dévasteront l’Assyrien, ils dévasteront l’hébreu, et lui aussi sera détruit 10.

Le petit peuple Qinéen, ou la tribu de Qin, était parent des Juifs, comme étant issu d’une famille madianite, alliée de Moïse. Ce peuple vivait troglodyte dans des rochers arides au sud-est de la mer Morte, dans le district des Amalékites 11 : on ignore le temps où il fut conquis ; mais puisque ce fut par les Assyriens, ce dut être par Sennachérib ou par Téglatphalasar, qui enleva les tribus d’Israël fixées à l’est du Jourdain et contiguës au pays d’Amaleq et de Qin.

Quant aux vaisseaux venant de Ketim, la Vulgate traduit venant de l’Italie, par conséquent, elle désigne les Romains : ceci supposerait une interpolation postérieure au règne d’Antiochus le Grand 12. Il faudrait alors supposer que la grande Synagogue a eu le crédit et l’autorité d'introduire ce verset dans la version grecque faite sous Ptolémée, environ 280 ans avant notre ère et dans le texte samaritain : cela n’est pas absolument impossible, mais cela est très difficile à concevoir.

D’autres versions veulent que Ketim désigne la Macédoine , et ils s’appuient du livre des Macchabées, qui dit qu’Alexandre vint de Ketim ; ce serait donc lui qui aurait dévasté ou assiégé l’Assyrien et l’Hébreu ; cela lui conviendrait assez à raison de l’addition, et lui aussi périra. Alors ce passage aurait été interpolé peu après ce prince, et il serait naturel de le trouver dans le texte grec ; mais comment s’est-il introduit dans le samaritain ?

Une troisième explication nous paraît plus convenable de toutes manières. L’historien Josèphe, qui en général a eu des idées saines sur l’ancienne géographie des Hébreux, c’est-à-dire, sur le chapitre 10 de la Genèse , observe que le nom pluriel, Ketim, doit s’entendre des insulaires de Cypre, ainsi nommés du périple de Kitium, antique capitale de cette île : voilà pourquoi dans la Genèse on trouve les Ketim à côté des Rodanim 13 ou Rhodiens. Il paraît que les Juifs, aussi ignorants en géographie que les Druses, étendirent par la suite ce nom aux côtes de la Cilicie 14 et en général aux grandes îles ou pays 15 de l’ouest : l’auteur tardif des Macchabées en serait une preuve, sans devenir une autorité contre Josèphe. Or, en prenant les Ketim de Balaam pour les peuples ou pays de Cypre, le règne de Josiah nous fournit un fait analogue et convenable. Hérodote 16 rapporte que le roi égyptien Nekos (qui régna en 616), ayant tourné toutes ses pensées du côté des expéditions militaires, fit construire une flotte de trirèmes sur la Méditerranée , et que cette flotte lui servit dans l’occasion ; et aussitôt il parle de la bataille de Magdol ou périt Josiah.

D’autre part, nous apprenons par Bérose et par Jérémie, que cet armement fut destiné à agir contre la Syrie , soumise aux Assyriens de Babylone ; en sorte que tandis que Nekos conduisit par terre une armée qui battit les Juifs et Josiah, sa flotte conduisit par mer une autre armée qui dut le seconder sur l’Euphrate. Cette flotte dut nécessairement prendre un appui en Cypre, et put agir de concert avec les Kitiens ; alors ces vaisseaux seront réellement venus de Ketim, ils auront tourmenté l’Assyrien et l’Hébreu. Ce dernier, dans cette même guerre, reçut le terrible échec de Magdolum, où périt Josiah, échec qui fut suivi de la prise de Jérusalem : or, comme Nekos finit par être battu et chassé en l’an 604, l’oracle, lui-même aussi périra, se trouve accompli. Il y a l’objection que cet événement est postérieur de 17 ans à la publication du Pentateuque ; mais Helqiah pouvait vivre 17 encore ; et comme il resta maître de son manuscrit, toujours unique, il put y faire lui-même cette addition : les mots, malheur à qui vivra alors, conviennent singulièrement à la douleur que durent lui laisser la mort de son pupille Josiah et la prise de Jérusalem.

Cette solution, qui sauve l’interpolation trop tardive du temps des Romains et même d’Alexandre, a aussi le mérite d’expliquer l’existence du Pentateuque samaritain, plus naturellement que ne le fait l’hypothèse qui rend Esdras auteur du Pentateuque : en effet, si Esdras eût composé ou publié ce livre 18 , c’eût été en lettres chaldaïques, qui sont notre hébreu actuel, dont l’usage prévalut chez les Juifs à leur retour de Babylone, et alors on ne conçoit pas comment une secte schismatique, usant de l’ancien et véritable caractère hébreu, mal à propos nommé samaritain, aurait accepté un tel livre, et l’aurait transcrit, à l’exclusion de tous les autres qu’elle rejette ; au lieu qu’à l’époque de Helquiah, tous les Juifs usaient encore de leur écriture nationale, qu’ils tenaient des Phéniciens, et avec laquelle furent composés tous leurs livres, depuis Moïse jusqu’à Jérémie. Ce ne fut qu’au retour de Babylone, que les émigrés, nourris dans les sciences et dans les lettres chaldéennes, voulurent avoir les livres nationaux transcrits dans le caractère auquel ils étaient habitués. Comme ils étaient la haute classe de la nation, leur système acquit l’ascendant ; mais ce ne dut pas être subitement, et il resta un autre parti, conservateur du système ancien, qui traitant celui-ci d’innovation, continua d’écrire la loi avec les caractères dits samaritains ; de là s’est formée cette double branche de manuscrits perpétuée jusqu’à nos jours et parce que les Juifs du pays de Samarie, dès longtemps séparés de ceux de Jérusalem, n’ont en aucun temps voulu se plier à leur autorité ecclésiastique, ni admettre leur genre d’écriture, le parti novateur des chaldaïsants finit par confondre avec eux la branche ou secte réellement orthodoxe des hébraïsants qui out continué d’écrire comme les Samaritains. Par la suite, sous le régime des Asmonéens, un sanhédrin suprême et despotique s’étant formé, son autorité, semblable à celle des conciles, introduisit des changements qui composent les différences actuelles du texte hébreu avec le samaritain et même avec la version grecque.

Que si le verset de Balaam, relatif aux vaisseaux de Ketim a désigné la venue d’Alexandre, il faudra attribuer cette interpolation au grand sanhédrin ; et alors il faudra admettre qu’il a eu le crédit d’engager ou de contraindre les manuscrits grecs et samaritains à l’admettre, ce qui n’est pas impossible, mais ce qui néanmoins est peu naturel. Il est d’ailleurs singulier et remarquable que par un devoir traditionnel, les copistes ne manquent jamais de laisser à certains endroits des manuscrits hébreux, des places vides ou blanches..., comme si elles eussent primitivement été destinées à recevoir des interpolations du genre de la prophétie que le grand-prêtre Iaddus montra à Alexandre. Au demeurant, lorsque l’on examine tous les détails de l’anecdote de Balaam, on est, porté à croire qu’elle est un épisode tiré, quant aux faits, d’un livre tel que celui des Guerres du Seigneur, écrit par Moïse, ou de son temps ; et quant aux prédictions, qu’elles ont été composées par le rédacteur même ; car qui a tenu le procès verbal des jongleries de Balaam 19 ?

La suite... Suite de Problèmes résolus par l'époque citée

Notes

1 Genèse, ch. 49.

2 Les interprètes traduisent ce mot au passé, mais il n’en porte pas plus le signe dans l’hébreu que les autres traduits au futur. En général ils font arbitrairement l’échange de ces deux temps.

3 Genèse, chap. 9.

4 C’est un jeu de mots, car Iaphet signifie dilaté, vaste, comme le continent des races scythiques. Ham, le pays chaud, brûlé.

5 Asiatick researches, tome IV.

6 Mégisthènes fait une remarque expresse de cette ressemblance entre les Indiens et les Juifs pour les opinions théologiques. Eusèbe nous dit, Prœpar. Evang., lib. IX, cap. 6, Megasthenis.... clarissimus hic locus est libro suo de Indicis tertio : Quidquid ab antiquis de natura dictum est, eorum etiam qui extra Græciam philosophantur, ut brachmanum apud Indos, et Judæorum in Syrid sermone celebrutur. Un passage de Josèphe, dans son livre Ier contre Apion, est encore remarquable, § XXII : Cléarque, disciple d’Aristote, en son livre du Sommeil, parlant d’Hyperochides, philosophe juif, observe que les Juifs tirent leur origine des Indiens. Chez les Indiens, dit-il, les philosophes se nomment Kalani, et chez les Syriens, Judœi, à raison du nom de la contrée qu’ils habitent.

7 Le livre des Nombres, chap. 22, dit que Balaam vint du pays des Ammonites. Le livre du Deutéronome dit, chap. 23, v. 4, qu’il vint de la Mésopotamie (Aramnahrim).

8 Numeri, chap. 24, v. 5 à 7 et 17 à 20.

9 Voilà encore une phrase de Jérémie.

10 Dans la Polyglotte de Walton, pas une des sept traductions grecque, syriaque, arabe, vulgate, chaldaïque, etc., ne ressemble à l’autre ; ce qui démontre l’incertitude des auteurs : nous avons suivi le sens le plus littéral et le plus plausible.

11 Samuel, lib. I, cap. 15, v. 6.

12 Environ 180 ans avant J.-C.

13 Le texte hébreu porte Dodanim par confusion de l’R avec le D, qui en hébreu lui ressemble ; mais le samaritain, qui n’est pas susceptible de cette confusion, porte Rodanim, et c’est la vraie leçon.

14 Voyez Isaïe, chap. 23.

15 En hébreu, tout pays au-delà de la mer s’appelle Ile : Ai. La même chose a lieu en sanscrit.

16 Hérodote, liv. II, § CLXI.

17 Supposez qu’en 638, 1ère année de Josiah, Helqiah eût 40 ans, il en aura eu 74 en 604.

18 Sous le règne d’Artaxerxés, vers l’an 452 avant J.-C.

19 Le livre célèbre intitulé, Tractatus theologico politicus, publié en 1670, est le premier qui ait traité tout ce qui concerne les livres hébreux avec la liberté d’esprit convenable pour y porter la lumière.... Le lecteur y trouvera beaucoup de détails intéressants sur le sujet que nous traitons ; mais son auteur, qui a cru qu’Esdras composa le Pentateuque, nous paraît s’être trompé dans plusieurs de ses raisonnements ; son grand mérite est d’avoir ouvert une route où presque personne n’avait osé mettre le pied avant lui.

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9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 06:11

 

 

Chapitres extraits des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

 

CHAPITRE VIII. — Suite des preuves.

Mais que faut-il entendre par ce Livre de la Loi découvert dans le temple et porté au roi ? Les commentateurs qui veulent absolument que le Pentateuque soit l’ouvrage immédiat de Moïse, imaginent ici diverses hypothèses pour détourner l’idée qui s’offre d’abord : cependant tout esprit impartial qui voudra peser les circonstances accessoires, pensera probablement comme nous, que ce livre ne saurait être autre que le Pentateuque tel que nous l’avons, et cela par plusieurs raisons qui se confirment réciproquement.

1° Parce que l’on n’aperçoit pas le moindre indice de l’existence du Pentateuque, avant le roi Josiah, et que s’il eût, été connu, un silence aussi absolu eût été une chose impossible.,

2° Parce que depuis l’époque de Helqiah, nous trouvons le Pentateuque accrédité d’une manière imposante ; et qu’il est habituellement désigné chez les Juifs sous le nom de Livre de la Loi. C ’est ce livre qu’Esdras lut au peuple rassemblé aux portes du nouveau temple, et cette lecture, qui dura six matinées consécutives, nous donne précisément l’espace de temps qui convient à une lecture publique du Pentateuque.

Après Esdras, les docteurs l’appelèrent indifféremment Livre de la Loi Livre de Moïse, parce qu’il contient la loi de ce prophète ; or il est facile de voir que ce fut cette expression qui introduisit l’usage de regarder Moïse comme son auteur : les Pharisiens consacrèrent cette opinion par bigoterie ; puis, en haine des Saducéens, ils déclarèrent hérétiques quiconque la rejetterait.

Si le Pentateuque eût existé avant Josiah, il eût été connu du moins dans les hautes classes ; et le jeune roi, élevé par le grand-prêtre, n’eût pu être surpris en entendant des préceptes qui s’y trouvent répétés cent fois. Au contraire, le Pentateuque n’ayant pas existé jusque là, on conçoit l’épouvante vraie ou simulée de Josiah à la lecture des anathèmes terribles contenus dans les chapitres 27 et 28 du Deutéronome. Mais, nous dira-t-on, si le livre trouvé par Helqiah, fût le Pentateuque, et si, par toutes les raisons citées, Moïse ne put en être l’auteur, s’ensuivra-t-il que Helqiah l’ait composé de toutes pièces, et qu’on doive le regarder comme un livre entièrement supposé ?

Nous n’admettons point cette conséquence exagérée ; nous pensons seulement que ce grand-prêtre se proposant de ressusciter la loi de Moïse, généralement oubliée, par les Juifs, a recherché tout ce qui a pu subsister d’écrits et de monuments relatifs à. son but ; qu’il a réellement pu trouver des écrits dont Moïse fut l’auteur ; mais plutôt en copie de seconde main qu’en original ; qu’à raison des 800 ans écoulés depuis ce prophète, beaucoup de choses étant tombées en désuétude dans le langage, dans l’écriture, et dans les usages géographiques ou civils, il a fait de tous ces matériaux une refonte, une rédaction nouvelle, dans laquelle il a conservé beaucoup de fragmens anciens, mais aussi dans laquelle il a introduit beaucoup de liaisons et d’explications de son propre chef. D’autre part nous rejetons aussi l’opinion de ceux qui veulent regarder tous les passages anachroniques comme des notes marginales introduites dans le texte par la succession des copistes ; il suffit de lire avec attention ces passages et d’autres que nous ne citons pas, pour sentir qu’il font partie intégrante de la narration, et qu’il faudrait considérer des chapitres entiers comme des parenthèses. Les redites, même, qui sont si nombreuses, prouvent cette rédaction par compilation telle que nous l’indiquons : il serait d’ailleurs trop commode de dire à chaque découverte d’un nouveau trait posthume, que c’est une note insérée ; il vaut mieux convenir de bonne foi que Helqiah est réellement auteur dans le sens de rédacteur et ordonnateur de matériaux ; mais il faut convenir aussi qu’à ce titre nous sommes livrés à sa discrétion, et qu’il a pu supprimer, réformer ; introduire même une partie entière ; inconnue ou du moins étrangère aux livres de Moïse, ainsi que nous croyons le pouvoir démontrer du livre de la Genèse.

A l’époque et dans les circonstances dont nous parlons, l’état politique et religieux des Juifs nous semble avoir été le même que celui des Parsis et des Hindous, qui pratiquent les lois de Brahma et de Zoroastre, sur des traditions, sur des commentaires et liturgies de prêtres, sans posséder les livres autographes de leurs prophètes(7). Maintenant supposons qu’un roi perse, tel que Darius Hystasp ou Ardchir-Babekan ; eût concerté avec le grand Môbed, la découverte et la mise au jour de l’ouvrage de Zoroastre, n’est-il pas vrai que personne autre n’ayant en main ni l’original, ni une copie, n’eût pu démontrer la fausseté de leur opération, et que nous n’aurions de moyen d’en juger, que par l’examen du livre lui-même ; questionné et interrogé dans tous ses détails : or ce cas est précisément celui de Josiah et de Helqiah, avec la différence que le grand-prêtre est ici l’auteur et le promoteur principal. Ils ont pu dire tout ce qui leur a convenu sur la découverte un livre : c’est à nous de n’admettre que ce qui est conforme au raisonnement et aux preuves ou indices fournis par ce livre lui-même. Déjà nous y avons vu des preuves chronologiques d’une composition postérieure de plusieurs siècles à Moïse ; maintenant si nous le questionnons nous encore, nous serons conduits à penser que les livres réels de Moïse ne sont point contenus dans le Pentateuque, en original ; mais en extraits et par citation ; et que le rédacteur, en écartant tout ce qui ne marchait pas à son but, y a introduit des portions tout à fait étrangères et probablement inconnues à ce législateur.

On ne saurait douter que Moïse ait composé des livres et laissé des écrits. Son rôle de législateur lui en suppose la faculté, comme il lui en impose la nécessité. Il se trouva dans la même position que Mahomet ; avec la différence que Mahomet feignit de ne savoir pas écrire. Aussi trouvons-nous la mention expresse de certains écrits de Moïse, dans plusieurs passages de l’Exode et du Deutéronome. Par exemple, au chapitre 24 de l’Exode, versets 3 à 7, il est dit que Moïse étant descendu de la montagne d’Horeb vers le peuple, il lui répéta tout ce que (le Dieu) Iahouh lui avait dit : qu’il l’écrivit (ce jour-là) et que le matin (du lendemain) étant retourné au pied de la montagne avec le peuple, pour faire un sacrifice, il prit en main le volume ou rouleau qu’il avait écrit, il le lut au peuple, qui dit : Tout ce que vous nous ordonnez, nous l’observerons.

Il est clair qu’un rouleau écrit dans un jour, et lu en préliminaire d’un sacrifice, n’est pas le Pentateuque, ni même le Deutéronome. Si nous confrontons ce qui précède et ce qui suit, nous trouvons que ce volume ou livre de l’Alliance dut être composé des 126 versets ou articles de la loi que nous lisons (chap. 20, vers. 2, jusqu’au chap. 24, vers. 1er), qui effectivement comprennent toute l’essence de la loi des Juifs. Or, ce livre de l'Alliance n’étant employé dans le Pentateuque que comme fragment, il est clair que nous n’avons pas les écrits originaux de Moïse dans leur état distinct et isolé.

En un autre endroit (Exode, chap. 17, verset 14), il est dit que Josué ayant battu les Amalékites qui étaient venus attaquer les Hébreux, peu après leur sortie d’Égypte, le dieu Iahouh ordonna à Moïse d’écrire ce premier fait d’armes dans le livre. Que peut avoir été ce livre, sinon le registre ou journal des opérations militaires des Hébreux, guidés par leur dieu Iahouh, et par son vizir Moïse ; opérations dont ce lieutenant voulut, comme tout chef militaire, avoir le tableau pour le consulter au besoin ? Lorsque ensuite nous trouvons au livre des Nombres (chap. 21, vers. 14) la citation d’un livre intitulé livre des Guerres (du Dieu) Iahouh..., exprimée dans les termes suivants :
Les enfants d’Israël décampèrent, du torrent de Zared et vinrent camper sur l’Arnon ; qui est dans le désert ; et sort de la montagne des Amrim. Or, l'Arnon est la frontière de Moab qui le sépare des Amrim : c’est pourquoi il est dit dans le livre des Guerres de Iahouh, ce qu’a fait Iahouh sur la mer Rouge, (il l’a fait) sur les torrents d’Arnon ; nous disons qu’un tel récit, une telle citation ne saurait être de Moïse, et qu’ils ne conviennent qu’à un interlocuteur posthume qui écrivait d’après des matériaux qu’il avait sous les yeux, et où il trouvait décrits les campements et les faits militaires des Hébreux. Or ce livre ancien et original semble devoir être celui-là, même où Moïse écrivit la victoire sur Amaleq, l’an 1er, puis tout ce qui arriva pendant le séjour dans le désert, et enfin l’an 40, la victoire sur Sehoun et celle sûr Og, qui furent les derniers exploits du législateur. Lorsque ensuite les livres que nous avons en main portent une lacune totale entre l’an 2 et l’an 40 ; et que tout leur récit de ce qui se passa pendant 37 ans, se borne à une stérile notice de campements (voir chap. XXXIII et précédens du livre des Nombres), c’est parce que le rédacteur posthume a supprimé, comme inutiles à son but, les détails du Journal de Moïse, de ce livre des Guerres du Dieu Iahouh, que nous n’avons pas.

Le Deutéronome (Deut. XXIX, vers. 1) parle encore plusieurs fois d’un livre de la Loi écrit par Moïse l’an 40 ; outre le livre de l’Alliance écrit au pied de l’Horeb, l’an 2....... Moïse remit ce livre, peu avant sa mort, aux prêtres ; enfants de Lévi, et aux anciens d’Israël (ch. 31, v. 9), pour être lu, tous les 7 ans, à la fête des Tabernacles ; à l’époque du Jubilé : or, ce livre ne saurait être ni le Pentateuque, ni le Deutéronome entier, attendu que Moïse ordonna (ch. 27, v. 2), qu’après le passage du Jourdain, ledit livre serait écrit en entier sur les pierres du pourtour d’un autel dont la face aurait été enduite de chaux pour recevoir l’écriture. Il est déraisonnable et impossible de supposer qu’une masse d’écriture, telle que le Deutéronome, ait été écrite sur des pierres, surtout lorsqu’une partie contient des récits étrangers à la loi et postérieurs à Moïse....... Ce second livre de la Loi ne peut donc être qu’un nouvel exposé des lois, avec quelques développements, tels qu’on les trouve dans certains chapitres du Deutéronome ; mais là encore, nous n’avons l’écrit de Moïse que par intermédiaire et non pas autographe, tel qu’il le produisit ; et toujours nous sommes ramenés à l’idée d’un compilateur, posthume, qui retranchant, ajoutant, choisissant ce qu’il a voulu, a composé l’ouvrage réellement confus, et peu cohérent, que l’on appelle Pentateuque.

Ici revient se placer une remarque qui semble avoir échappé à nos prédécesseurs, et que nous avons indiquée plus haut. Nous avons dit que l’oracle rendu par la prophétesse Holdah, désignait d’une manière spéciale les anathèmes des chapitres 27 et 28 du Deutéronome.

Le dieu d’Israël, dit cette femme, va envoyer contre Jérusalem tous les maux écrits dans le livre dont le roi a ouï la lecture, et, cela, parce que les Juifs, ont abandonné leur Dieu et sacrifié à des dieux étrangers.

On feuillette vainement l’Exode, le Lévitique, les Nombres, l’on n’aperçoit rien qui corresponde à ces paroles, ni qui remplisse l’idée de ces maux ; mais lorsqu’on arrive au chapitre 17 du Deutéronome, on trouve une série de malédictions et d’anathèmes qui continue dans le chapitre 28, et qui réellement présente un tableau affreux.

Si vous n’écoutez point la voix de Dieu, dit le verset 15, pour observer tous ses commandements et pratiquer ces cérémonies, une foule de maux viendra vous accabler. Vous serez maudits dans vos villes, maudits dans vos campagnes....... ; Dieu vous enverra la disette et la famine....... ; il vous enverra la peste qui vous consumera....... ; la pluie du ciel sera une poussière et une cendre brûlante, etc., etc. »

Maintenant, comment se fait-il que la suite de ces anathèmes ait pour le sens, et, qui plus est, pour l’expression, une analogie frappante avec les premiers chapitres de Jérémie, écrits depuis l’an 625 jusqu’à 621 ; c’est-à-dire pendant les 4 années où le grand-prêtre dut être occupé de la rédaction du Pentateuque. Les chapitres 4, 5 et 6 en offrent surtout des exemples frappants :

Deutéronome ; chapitre 28, v. 48 et suiv. : Et vous servirez les ennemis que Dieu enverra contre vous : vous les servirez dans la faim, la nudité, la soif, le manque de tout....... Ils appuieront un joug de fer sur vos têtes.


Dieu amènera sur vous un peuple lointain, un peuple du bout de la terre, semblable à un aigle qui vole (à sa proie) ;


Un peuple dont vous ne connaissez point le langage, dont vous ne comprendrez point les paroles, un peuple insolent et dur, sans respect pour les vieillards, sans pitié pour les enfants ;


Qui dévorera les produits de vos animaux, les, fruits de vos champs jusqu’à votre entière destruction : qui ne vous laissera ni blé, ni vin, ni huile, ni bœufs, ni brebis ;

 

 

Qui vous resserrera dans toutes vos villes fortes jusqu’à ce qu’il abatte les murs élevés qui font votre confiance ; et vous serez assiégés dans toutes les villes de votre pays, etc.

 

 

Jérémie, chapitre 5, v. 15, Dieu a dit : Voici que j’amène sur vous un peuple lointain, un peuple robuste, antique, dont vous ne connaissez point le langage ; dont vous ne comprenez point les paroles.


Et (chap. 4, v. 13.) Ses chevaux sont plus légers que les aigles. Malheur à nous ! nous sommes ravagés.

(Chap. 6., v. 22 et 23.) Un peuple vient du nord ; il sort des flancs de la terre ; peuple cruel, qui n’à point de pitié.

 

Ils mangent (ou mangeront) votre moisson, votre pain, vos enfants, vos troupeaux, vos bœufs, vos vignes, vos figues, etc.

 
Ils ravagent (ou ravageront) vos villes fortes dans lesquelles vous mettez votre confiance.

 Le hasard ne produit pas d’aussi parfaites ressemblances(8), surtout lorsque les expressions des deux textes sont littéralement les mêmes. Il nous semble donc presque démontré que Jérémie a eu connaissance du travail que préparait le grand-prêtre ; qu’il en est devenu le confident, peut-être même le collaborateur ; du moins est-il certain que son rôle et sa doctrine sont en accord parfait avec le Pentateuque et quant à la composition matérielle de ce livre, nous trouvons, dans les difficultés de l’entreprise, de nouvelles raisons de l’attribuer, à Helqiah ; car quel individu autre que ce grand-prêtre, tout-puissant par sa place et ses récentes fonctions de régent, eût pu se faire ouvrir les archives du temple, les registres du royaume et les monuments des villes ? Quel autre que lui eût pu réunir l’instruction variée, la connaissance des antiquités nécessaire à la compulsation des monuments et à la rédaction de l’ouvrage ? Huit siècles s’étaient écoulés depuis la mort de Moïse ; ce laps de temps avait introduit bien des changements dans le langage, dans les coutumes, dans le régime civil et même religieux, dans la forme même de l’écriture et l’usage des mots. Les 12 tribus pendant 400 ans sous les juges, avaient vécu dans un état réciproque d’indépendance et d’isolement ; c’étaient autant de peuples séparés comme les tribus arabes.... Après Salomon 10 tribus firent schisme absolu, et de ces 10 tribus, 3 vivant au-delà du Jourdain, faisaient presque une autre confédération distincte.... Le langage et les coutumes s’étaient ressentis de cette manière d’être : bien des choses anciennes étaient des énigmes pour le vulgaire ; les vieux manuscrits étaient pénibles à déchiffrer, à comprendre ; le concours de plusieurs hommes lettrés était nécessaire ; de tels hommes étaient rares chez un peuple grossier, ignorant, déchiré de troubles ; leur travail devenait dispendieux, et toute l’entreprise avait des obstacles qu’un homme puissant et tel que le grand-prêtre pouvait seul exécuter.

 

 

Après l’exposé que nous venons de faire des preuves positives fournies par divers passages du Pentateuque d’une part, et des présomptions et indices tirés des faits historiques et de leurs accessoires d’autre part, nous croyons pouvoir conclure impartialement

1° Que le Pentateuque, tel qu’il est en nos mains, ne saurait être l’ouvrage immédiat, ni la composition autographe de Moïse

2° Que le livre soi-disant trouvé par le grand-prêtre Helqiah, l’an 18 du roi Josiah, est réellement notre Pentateuque actuel ;

3° Que la partie de ce livre lue devant Josiah, se rapporte aux chapitres 27 et 28 du Deutéronome ;

4° Que le grand-prêtre Helqiah, qui dit avoir trouvé ce livre, et qui l’a possédé, seul et sans témoins ; qui en a été le maître absolu et sans contrôle, est fortement prévenu, par toutes les circonstances du fait, d’en être l’auteur, et de l’être en ce sens, qu’il a recueilli et rassemblé des matériaux dont quelques-uns paraissent venir directement de Moïse ; mais qu’il les a fondus, rédigés et mis dans l’ordre qu’il lui a convenu, et que nous voyons aujourd’hui.

 La Suite... Problèmes résolus par l'époque citée

Notes

7 Depuis Alexandre on a peine à prouver l'existence des livres de Zerdoust. Quant aux Vedas , on a longtemps douté de la leur ; et il a fallu toute la puissance des Anglais pour parvenir à compléter une copie de ces livres, réduits à un seul manuscrit dont rien ne garantit la parfaite pureté.

8 Une autre identité a été remarquée par les critiques. On lit, au chap. 21 du livre des Nombres, v. 26, 27 et 28 : Or, la ville de Hesbon avait été enlevée aux Moabites par Séhon, roi amorrhéen ; c’est pourquoi il est dit dans le livre des Moshalim : Venez bâtir Hesbon, la ville de Séhon.... Un feu est sorti de Hesbon, une flamme de la ville de Séhon, pour dévorer les villages de Moab sur les hauteurs de l’Arnoun : malheur à toi, ô Moab ! il a péri le peuple de Kâmôs..., il a livré ses enfants à la fuite, et ses filles à la captivité.

D’autre part, le chapitre 48 de Jérémie, v. 44, 45 et 46, porte : A l’ombre de Hesbon se sont arrêtés les fuyards de Moab ; un feu est sorti de Hesbon, une flamme du milieu de Séhon pour dévorer les pierres angulaires et les sommets des enfants de Châoun. Malheur à toi, Moab ! Le peuple de Kâmôs a péri ; car ses enfants sont emmenés en esclavage, et ses filles en captivité. — On objecte que le livre des Moshalim a pu être cité, par l’auteur des Nombres, comme par Jérémie ; mais dans un temps où un manuscrit était rare et souvent unique, sa citation par deux auteurs devient un indice de quelques relations habituelles entre eux, et appuie notre opinion sur celles de Jérémie avec le grand-prêtre Helqiah.

 

 

 

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
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