Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : LE PORTEUR DE LUMIERE
  • LE PORTEUR DE LUMIERE
  • : Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
  • Contact

Texte Libre

Il y a  

  personne(s) sur ce blog

Recherche

Texte libre

Archives

18 août 2007 6 18 /08 /août /2007 14:33

 Où il est démontré que le nom de Jehovah constient le système de la Trinité Chrétienne... ce qu'ont toujours refusé de voir les rabbins, ajoutons-nous personnellement... alors que toutes les traditions dont ce sont inspirées les Lévites n'ont jamais nié ce fait. Mais on sait très bien pourquoi le Sacerdoce préféra se débarrasser du gêneur pour garder ses privilèges et continuer de prendre le Peuple pour une vache à lait. A court terme, vu l'ère du Verseau qui se profile, tous les mensonges et toutes les faussetés vont devoir laisser à la place à la Lumière et à la Fraternité. Le temps des obscurantistes est compté.

 

 

La Maçonnerie

considérée comme le résultat

des religions Egyptienne, Juive et Chrétienne

par le Fr.°. Reghellini de Shio

1842

"Il existe au fond de nos coeurs un désir insatiable de connaître la vérité"

13ème partie

12ème partie

11ème partie

10ème partie

9ème partie

  1ère partie

 CHAPITRE VIII

2ème partie

Revenons à notre histoire. Selon l'Ecriture-Sainte, les Juifs restèrent longtemps soumis aux Perses, après leur délivrance de Babylone. Certes, les doctrines théosophiques des Mages durent leur être connues, et purent même être suivies par quelques-uns d'entr'eux ; de plus, les livres bibliques eux-mêmes font foi qu'après le règne d'Alexandre-le-Grand, les Israélites furent tour-à-tour soumis à des Rois égyptiens et syriens, qui s'efforcèrent toujours de leur inculquer leurs doctrines.

Ainsi les Juifs,
changeant continuellement de maîtres, habitant un pays sujet à des invasions fréquentes, prêts à tout instant à perdre ce qu'ils avaient, soit par les tributs ordinaires et volontaires payés à leurs prêtres, soit par ceux qu'imposaient les conquérans, de pâtres et agriculteurs qu'ils étaient, devinrent commerçans, fixèrent leur domicile dans les royaumes limitrophes et lointains, et devinrent bientôt les courtiers du commerce d'Antioche, d'Alexandrie et de Rome. Ils adoptèrent également de nouvelles idées religieuses, conséquence naturelle de leur émigration chez tant de nations diverses.

Les Actes des Apôtre», ch. 1, v. 9, nous fournissent la preuve que beaucoup de Juifs qui habitaient la Grèce, la Perse et l'Arabie,
étaient arrivés à Jérusalem pour solemniser la fête de la Pentecôte (70) qui précéda la mort de Jésus.

Dans ces pays lointains, les Juifs achetaient et vendaient les parfums et les objets de luxe de l'Asie, qu'ils tiraient des Indes et de la Perse; en voyageant continuellement, ils apportèrent dans ces villes étrangères et lointaines leurs mystères et leurs dogmes, mais aussi
ils rapportèrent chez eux des principes inconnus jusqu'alors en Judée, d'où naquirent les sectes des Saducéens , des doctes Pharisiens, des Esséniens , des Thérapeutes, des Carpocratiens, des Cabalistes, Gnosticiens, Ophites, et plus tard les Basiliens, les Manichéens et autres. Ces sectes étaient imbues des principes philosophiques grecs, romains, persans, indiens, égyptiens, qui furent suivis par une quantité de nouveaux sectaires; ceux-ci, par des prestiges, c'est-à-dire, par des opérations physiques, apprises dans leurs voyages , séduisaient le peuple juif, toujours crédule et imbu de ses aciens prodiges et miracles, comme on le lit dans Joseph.

Il en résulta que
le culte du grand Jéhovah, ses mystères et allégories furent près d'être détruits, et même oubliés par l'introduction des nouveaux systèmes, et en particulier par celui des Trinitaires, que l'on avait apporté de Perse. Dans ce pays, les sages suivaient le dogme du Dieu unique avec les deux principes lumière et ténèbres, tel que Zoroastre l'avait appris et apporté d'Egypte.

Ce schisme, selon l'opinion des critiques que nous citons,
défigurait la pureté des idées de Zoroastre, en établissant que les deux principes lumière et ténèbres, que l'unique Être, Suprême et Créateur, avait produits par son intelligence, étaient aussi deux êtres supérieurs avec pouvoir de créer. A l'appui des faux principes rapportés par les Juifs de la Perse, arrivèrent de la Grèce les allégories et rêveries de Platon , à l'aide desquelles ce philosophe avait voilé sa doctrine, et qui avaient beaucoup d'analogie avec le dogme trinitaire des novateurs persans.

Platon (71) avait établi trois Hypostases, ou manières d'être de la Divinité. La première constituait
le Dieu suprême ; la seconde le Logos, ou verbe engendré du premier Dieu ; la troisième l'Esprit, ou l'âme du monde.
 

A ces causes, il faut en ajouter une autre, qui finit par fixer l'opinion sur ce nouveau dogme.

Les théologiens juifs ont voulu que le système de la Trinité fût renfermé et démontré dans le mot ineffable de Jéhovah, objet de leurs mystères comme des nôtres.

Ces subtils commentateurs ont voulu que la lettre initiale j exprimât le Dieu père, car cette lettre était
la racine du nom de Dieu chez toutes les nations de l'antiquité ; que les deux hh liées ensemble par le T fussent le symbole des deux natures divine et humaine, du Fils ou Verbe; et que la double w, qui les unit, fût le symbole du saint Esprit, le Rouach Elohim, l'esprit Dieu qui débrouilla le chaos, et que nous avons vu rendre des oracles au temps de Salomon.

François Vatable, dans ses Commentaires sur la Bïble, ( Exod., ch. 28 ), prétend que
le nom de Jéhovah contient le système de la Trinité chrétienne. Voici comment il s'exprime : « Hoc autem nomen XXX Trinitatis mysteriutn continet ut veteres Judei, qui Christum proecesserunt, dixere in suis traditionibus, nam per x intelligitur Pater qui est principium, et origo omnium rerum, Per X Filius per quem omnia quae facta sunt esse coeperunt. Per X quae est conjunctio copulativa intelligitur Spiritus Sanctus, qui est amor et nexus utriusque, qui ab utroque procedit. Geminatur autem X propter duplicem naturam quae est in Christo. Per primum natura divina intelligitur ; per X postremum natura humana. »

Un auteur du 12.™" siècle, qui délaissa le culte des Juifs pour celui des Chrétiens, et continua l'Histoire des Juifs, par Joseph, dit, tom. 4, pag. 109 : «Que
la Trinité est prouvée par le nom de Jéhovah, dont la combinaison peut former trois noms, qui cependant ne forment qu'une essence : voilà sa démonstration que bien des théologues révèrent, fût-elle même un rêve. (Voyez planche II, n.° 13. )

Décrivez quatre cercles a, b, c, d, dont deux a et A, l'un enfermé dans l'autre et concentriques, et les deux autres dont les centres soient dans la circonférence du concentirique inférieur et intérieur. Dans chacun des cercles, écrivez deux lettres du nom XXXX, de manière à ce qu'il y en ait une dans chaque hémisphère ; alors, joignez le
jod au premier he, vous aurez un des noms de Dieu ; c'est le Générateur. Joignez encore le premier he avec le vaf, vous aurez un autre nom de Dieu ; c'est le nom du Verbe engendré. Joignez aussi le vaf avec le dernier he, c'est un troisième nom qui procède du premier et du second ; enfin , comme le tout est réuni dans le grand cercle , vous avez trois dans un. Au moins avec de tels principes, il y a une démonstration.

M. de St-Martin, dans son Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'Homme et l'Univers, chap. 10
, page 197, dit : « Les Péruviens eurent des chefs visibles, lesquels, comme Orphée, se dirent enfans du Soleil, et obtinrent les hommages de leurs contrées : ils avaient aussi un idole dont le nom, selon les interprêtes, signifie trois et un. »

Les Indiens ont un emblème de la Divinité dans le mot Âum. Ils ne doivent le prononcer
qu'en secret : des trois lettres qui le composent, le A désigne le principe de tout, le Créateur Brahma ;  le U désigne le Conservateur Vichen-ou ; l'M, le Destructeur Chivam. Cette Divinité est l'alpha et Y Oméga des Chrétiens, le Jéhovah , la Trinité. ( Voyez Volney, Ruines de Palmyre , note 1ère)

On ne saurait faire trop l'éloge d'un ouvrage sorti dernièrement de la plume de M. Benjamin Constant, et qui a pour titre : De la Religion considérée dans sa source, ses formes et ses développement. Voici comme il dépeint la Trinité des Chinois (pag. 279, à la note 1ère ) : « Tao, essence triple et ineffable, qui crée le ciel et la terre, se divisant en trois personnes , dont l'une est chargée de la production, l'autre de l'arrangement, et la troisième de maintenir la succession régulière. » Voilà aussi la Trinité des Perses : Les prêtres égyptiens avaient
leur mystère de la Trinité dans la Table Isiaque (planche n.° III), qui renfermait un triangle expliqué pour les trois symboles du Monde, de l'Egypte et de Memphis. Plusieurs auteurs ont regardé cette Table comme l'explication de la Trinité chrétienne.

Les prêtres égyptiens reconnaissaient un Dieu créateur et tout-puissant avec les deux principes, l'un bon, l'autre mauvais. Isis, Osiris, Orus, représentaient le bon principe, tandis que
Typhon était le mauvais. Les prêtres égyptiens adaptèrent ces deux principes au moral de l'homme ;
Typhon était
le procréateur des passions qui se trouvent en lui ; Osiris et Orus étaient l'emblème de la raison qu'il possède. Voilà par quelles analogies, et comment les Juifs, après leur captivité en Babylone, et après eux, les Chrétiens , établirent des anges gardiens et des démons séducteurs et tentateurs, qui ne sont que le développement des bons et mauvais anges babyloniens, et du bon et mauvais principe des Egyptiens et des Chinois , etc.

On trouve quelque rapport avec ce système de
la Trinité, dans les Rose-Croix de Kilvinning ; l'instituteur de cet Ordre a voulu cacher, dans un sens énigmatique, la vérité de ses doctrines, sans blesser les opinions introduites dans le Christianisme. On remarque à la tête de chaque colonne (72) ces mots gravés : « Au nom de la sainte et indivisible Trinité » ; mais elles finissent constamment en ces ternies : « Soit salut au Dieu éternel ; nous avons la faveur d'être dans l'unité possible des Nombres sacrés. » On remarque la même chose dans le grade de Trinitaire, où les mots sacrés sont Jéhovah, Jakin, qui sont en opposition avec le titre de ce même Ordre ; car ils signifient : « Un Dieu seul, éternel, souverain maître de tout. »

Les Trinitaires augmentant dans la Judée, ajoutèrent, par la suite, à ce nouveau dogme,
la doctrine saine de Jésus-Christ, qui était ennemi de toute question théologique.

Les critiques assurent que
Jésus n'a jamais parlé du dogme de la Trinité ; qu'il se disait le Fils de Dieu , qui, selon sa doctrine est le Père de tous les hommes.

Jésus n'admettait
que l'unité de Dieu, d'autant plus que, selon sa légende, il avait été en Egypte, dont les prêtres pratiquaient le culte d'un Dieu unique, comme il est rapporté par Lactance et Pline.

M. Alexandre Lenoir dit que Théophile, évêque d'Antioche, qui vivait l'an 176 de l'ère chrétienne, est le premier qui employa le mot
Trinité dans ses discours et instructions religieuses, ce qui prouve que ce dogme n'a été introduit dans le culte chrétien que longtemps après Jésus-Christ ; et quoique cette religion existât en France depuis l'an 260 de notre ère, Gregor. Tur., Hist., liv. 9, ch. 30 , attribue à saint Martin l'introduction de ce dogme dans la Gaule, seulement au milieu du 4.me siècle. Voici comme il s'explique : « II fit éclore les premiers germes de notre foi vénérable; car les mystères ineffables de la Trinité divine n'étaient alors encore parvenus à la connaissance que d'un très petit nombre de personnes. »

Les doctrines de Jésus-Christ étaient
simples et populaires ; elles modifiaient quelques lois sévères que Moïse avait été obligé de donner aux Juifs, en raison des circonstances. La morale de Jésus est celle de l'Ordre, de la bienveillance et de la nature.

Les
anciens Trinitaires avaient, selon lesdits critiques, une croyance aveugle pour tout ce qui était établi par la Bible ; ils s'efforçaient de persuader aux autres Juifs que Jésus ne vint au monde que pour confirmer en tout point l'ancienne Loi, quoique la nouvelle souvent la contredise; ils oublièrent que le Divin Maître, pour cette cause, eut à soutenir des débats continuels avec les Sacrificateurs , les Pharisiens et les Scribes, qui cherchaient à le surprendre et à le convaincre de faux ; mais il sut les confondre et esquiver leurs piéges. Par la suite, nous en citerons quelques traits qui se rapportent à nos Ordres et à nos rites.

Plusieurs écrivains, comme nous l'avons dit, et même l'abbé Marotti, veulent que
notre dogme soit la doctrine pure de Jésus et de la première Eglise, et nos mystères, les allégories et vertus qu'il prêcha par son exemple.

Comme notre Ordre a des Frères qui sont nés
dans le sein d'autres religions (73), et qui ne connaissent que de nom notre Divin Maître, il est utile d'entrer pour eux dans de plus grands détails : nous serons obligés, de temps à autre, de recourir aux cinquante fragmens des anciens Evangiles, dont la notice se trouve dans les Oeuvres de Voltaire , édition de Baie , vol. xxxv, pag. 65—206 , et nous donnerons des extraits des quatre Evangiles qui sont admis par l'Eglise de Rome, après le Concile de Nicée, d'autant plus qu'ils sont rappelés dans plusieurs rites et Ordres maçonniques.

Quatorzième partie

Notes

70 Quelques rites maçonniques, peut-être pour se conformer à cette ancienne pratique, ont établi une fête à cette époque. La Grande-Loge de Hollande la conserve encore de nos jours.

71 Platon vécut 348 ans avant Jésus-Christ. Les Saints-Pères ont cru voir dans ses écrits la préparation à l'Evangile, la Trinité , la Vierge-Mère, Jésus-Christ, etc.

 72 Colonne gravée signifie les actes qui émanent de cet Ordre.

73 Il y a des Loges en Turquie et aux Indes orientales et occidentales.

 

Posté par Adriana Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans FRANC MACONNERIE
commenter cet article
18 août 2007 6 18 /08 /août /2007 14:21

 Suite de la démonstration que la Franc-Maçonnerie s'inspire de la tradition juive issue elle-même de la tradition Egyptienne et dont les Lévites créèrent la première société "secrète", dont s'inspira l'Eglise Catholique Romaine... tout un poème !

 

 

La Maçonnerie

considérée comme le résultat

des religions Egyptienne, Juive et Chrétienne

par le Fr.°. Reghellini de Shio

1842

"Il existe au fond de nos coeurs un désir insatiable de connaître la vérité"

12ème partie

11ème partie

10ème partie

9ème partie

  1ère partie

CHAPITRE VII.

3ème partie

Hiram, dans les Kadosch de tous les rites (remarquons que cet Ordre n'est pas, selon les plus savans Maçons, celui des Juifs et de l'antiquité), est cru l'allégorie du martyre de Jacques Molay et de la destruction des Templiers ; opinion adoptée par le régime de la Stricte- Observance, par les rites écossais des Templiers, et même par celui qui s'est dernièrement reproduit sur l'horizon sous la dénomination de l'Ordre du Temple.

La légende des trois assassins d'Hiram varie de la même manière ; chez les uns, ce fut
Judas, Caïphe, Pilate; chez d'autres, Luther, Calvin, Zuingler, ou Abiram, Romvel, Grevelot, ou Giblon, Giblas, Giblos, ou Jubela, Jubelum , Jubelos (C'est toujours Philippe le Bel qui figure sous ce nom) ; tandis que le Kadosch , la Stricte-Observance et l'Ordre du Temple ont Squin de Florian, Neffodei et l'inconnu dans un point; et dans un autre, on leur suppose avoir Philippe-le-Bel, Bertrand de Cotte et l'inconnu, ou le Grand-Maître de Malte, qui firent périr les Templiers.

Les
Rose-Croix de Kilwinning nomment les trois assassins Cain, Haken et Heni ; tandis que les Adon-Hiramites les appellent Hobben, Austersfuth, Schterke.

Chez les nations
où un pouvoir absolu ou illégitime tient lieu de gouvernement paternel et représentatif, souvent l'allégorie d'Hiram et de ses assassins s'est prêtée à la commémoration, peut-être irrégulière, de l'assassinat de la liberté civile , occasionné par l'avarice, la superstition, le despotisme.

Les Ordres des Maîtres Elus, Kadosch, Templiers, etc. etc., envisagés par quelques cabinets comme dangereux, par suite de préventions mal fondées, furent
accusés de vouloir, par leur allégorie, venger la destruction des Chevaliers Templiers dans leurs assassins ; mais que tous les politiques se désabusent, l'Ordre maçonnique est bien plus ancien que ces Chevaliers, qui n'y furent admis qu'au 13.me siècle, et desquels on adopta seulement quelques systèmes dans quelque Ordre dont l'institution est moderne. Par tout ce qu'on vient de dire précédemment, les allégories du Maître, de l'Elu, du Kadosch, quoi qu'en disent les légendes, ne tiennent, par les cahiers qu'on peut examiner, qu'à des faits physiques et moraux, liés à d'anciennes institutions : elles ne se rapportent aucunement à ces points historiques et politiques. Mais quand cela serait, que tous ces visionnaires se rassurent; car, dis-je, quand même l'allégorie d'Hiram se rapporterait à la politique, il est évident qu'alors elle serait bien plus favorable que nuisible à l'autorité royale, même despotique et absolue ; car elle commande la vengeance du meurtre d'un héros égorgé par trois rebelles ; et dans le rite moderne français, elle le commande au nom du plus juste des Rois juifs.

Quant
aux Lévites, outre les allégories personnelles que présentaient leurs mystères, ils en avaient aussi de matérielles; ce que nous conservons dans tous les rites, comme la pierre cubique, sous laquelle est caché le précieux Delta, qui porte gravé le nom du grand innommable Jéhovah.

Les faces de cette pierre cubique nous servent, comme les anciennes pierres monumentales, à nous rappeler les paroles sacrées de nos mystères et de nos Ordres. Nous en donnons une ici (Pl.VII) qui sert pour le rite Ec.'. A.'. et Ac.'. en 33 degrés; on y trouve l'essence de bien des rites. Les mots sacrés de passe sont, autant que possible, rectifiés d'après les meilleurs indices de M. Delaunay.

Outre l'allégorie de la pierre cubique,
les Lévites avaient aussi celle de la pierre angulaire, placée à l'angle du Temple mystique de Salomon, qui devait servir de modèle à tout parfait ouvrier, et qui, mystiquement dans nos travaux, est composée d'amour fraternel, de secours, de vérité, vertus nécessaires à tout initié qui veut parvenir aux degrés de perfection.

De pareilles allégories appartiennent aussi à d'autres dogmes et religions. Les Musulmans ont la pierre angulaire placée à l'angle du Temple de Caaba. appelée
Barktan, objet de leur profonde vénération. Des pierres mystiques sont encore en vénération, de nos jours, dans Jérusalem, sur le Moria, sur le Golgotha, revêtues de titres très augustes par la légende sacrée des Chrétiens.

A Padoue,
on baise avec vénération une pierre noire dans la chapelle de Saint-Antoine (67) ; une pareille se trouve à Venise, dans l'église de saint Marc ; à Rome, dans celle de saint Pierre, ainsi que dans différentes villes , les chrétiens baisent des colonnes ou des pierres incrustées dans les murailles ; ils imitent en cela les Musulmans, qui croiraient n'avoir pas satisfait au pèlerinage de la Mecque, s'ils n'avaient pas baisé plusieurs fois la même pierre angulaire.

D'après Suidas , les anciens Arabes adoraient, par des sacrifices, des libations, des fêtes, une pierre noire, haute de six pieds, large de deux, qui était sur une base dorée,
l'idole de Thusaré. Les Indiens, qui donnèrent à l'Asie une grande partie de leurs opinions religieuses, adorent des pierres qui ne deviennent sacrées et ne sont réputées être le siège de Brama, de Wichnou, de Schivan, qu'après les prières et cérémonies des Brames.

L
'allégorie de la pierre angulaire, et celle de la pierre de Pierre, sont les deux allégories les plus usitées par les orateurs de Rome moderne.

 

CHAPITRE VIII.

 


La restauration des Israélites, après la captivité de Babylone, se rattache à difFérens grades et rites maçonniques. — Les mystères maçonniques passent des Juifs aux Chrétiens. — Opinions des autres cultes introduites chez les Juifs, entr'autres, la Trinité des Perses et celle de Platon. — Différentes explications de la Trinité chez différentes nations ; rapport de cette croyance avec les mystères maçonniques du jour. — Jésus n'a jamais enseigné le dogme de la Trinité.


Les nouvelles institutions et les mystères des Lévites se durent conserver à Babylone pendant les soixante- dix ans que les Israélites y furent, esclaves, et jusqu'au temps où Cyrus (68), devenu Roi des Babyloniens, accorda la liberté aux Israélites. Cyrus, en sage politique, pour s'attacher ce peuple, protégea son retour en Judée, mit à sa tête Zorobabel, et lui fit remettre les vases sacrés et autres symboles qu'il avait dans le Temple, et qu'on lui avait pris lors de la destruction de la ville de Jérusalem.

Les Juifs, à leur rentrée dans la Judée, se disputèrent entr'eux sur la forme réelle de la réédification du Temple saint ; leurs discussions furent terminées par Darius, que l'Ecriture Sainte fait Roi de Perse.

Ce fait est commémoré dans le degré
du Chevalier d'Orient, dans celui du Prince de Jérusalem et autres ; il a rapport à ce qui est renfermé dans les chap. 5 et 6 du premier livre d'Esdras.

Les
Lévites ayant été troublés par les ennemis de leur dogme dans leurs travaux, introduisirent à ces époques reculées l'usage des épées ou des Rayons, dont nous nous servons dans certaines cérémonies. On trouve cet usage établi au ch. 18 dans Néhémia, qui fait partie de l'histoire d'Esdras.

v. 17. « Ceux qui bâtissaient la muraille et ceux qui chargeaient les porte-faix, travaillaient
chacun d'une main, et de l'autre ils tenaient l'épée. v. 18. » Car chacun de ceux qui bâtissaient était ceint sur ses reins d'une épée, et ils bâtissaient ainsi équipés. »

Ces différens passages doivent être pris
dans un sens allégorique ; ils se rapportent à la nouvelle institution apportée de Babylone, et qui trouvait alors dans la Judée de violens adversaires ; car il est impossible d'appliquer ces versets à des ouvriers de pratique.

Plusieurs Ordres et rites maçonniques commémorent ces deux versets, entr'autres l'Ecossais, dans son
Hiérophante, et plus particulièrement le rite français, dans son troisième Ordre, le Chevalier d'Orient, où tous les Frères, dans les travaux, tiennent le glaive de la main droite, et de la gauche la truelle.

Après la réédification de Jérusalem et du Temple saint,
les Lévites, comme tout le porte à croire, ajoutèrent aux Ordres et mystères pratiqués dans Babylone, des cérémonies nouvelles, et des commémorations qui leur rappelaient les bontés de Cyrus, leur délivrance, leur nouvelle régénération, sous la protection d'une nouvelle constitution théocratique, qui avait fait pendant bien des années leur bonheur, et qui n'était dans le fait que les institutions apportées d'Egypte par Moïse, qui les avait empruntées aux prêtres égyptiens.

L'unique but que se proposèrent
les prêtres hébreux dans les institutions qu'ils donnèrent au peuple pendant la captivité de Babylone, fut, dans le cas où il eût recouvré sa liberté, de rétablir leur domination et le conseil créé par Moïse, composé du Grand-Prêtre et des prêtres qui formaient un tribunal suprême, où se jugeaient en dernier ressort les grandes affaires de la nation juive.

Par la suite,
les Lévites retournés en Judée, après leur esclavage du temps des Machabées, portèrent à soixante et douze le nombre des prêtres-juges qui composaient ce conseil, qui prit le titre de grand Sanhédrin.

Ce corps qui jouissait
d'une autorité sans bornes, subsista dans Jérusalem jusqu'à sa ruine par les Romains. Les Juifs furent presque toujours soumis à la théocratie, et les Rois qu'ils eurent, n'étaient que des simulacres de l'autorité civile. On peut dire avec assurance que, malgré la guerre, les invasions et l'esclavage de ce peuple, l'autorité resta toujours dans les mains du Grand-Sacrificateur et de ses prêtres.

L'histoire de la restauration des Juifs après l'esclavage de Babylone, se rattache dans nos travaux aux Ch
de l'Epée, et Ecos de plusieurs rites; dans ces grades, le Vén est Cyrus, et le néophyte Zorobabel. Cette histoire se trouve aussi rappelée au grade Prin de Jérusalem, dans lequel le Vén est Zorobabel, et toutes les instructions sont relatives à ce fait; ce qu'on trouve aussi dans le Ch d'Orqui fait partie de l'Ec réformé, dont les instructions et les mots de passe sont relatifs à cette commémoration.

Ces mêmes commémorations
des fastes israélitiques se trouvent dans le M
Par , dans l'Elu de neuf, dans l'Elu de quinze et autres ordres et rites, dont les mystères tendent au recouvrement des libertés sacerdotales, ravies par des lois arbitraires, et au rétablissement des Israélites dans leur patrie après la captivité de Babylone.

Dans ces commémorations et mystères nouveaux,
les Lévites durent marquer une reconnaissance éternelle à Salomon, Cyrus et Zorobabel, qui se trouvent placés comme chefs symboliques de toutes ces institutions, où se conserve toujours pour dogme le culte de Jéhovah avec le bon et le mauvais principe.

Tout Frère peut se convaincre, par cet exposé, que les allégories, qui font la base d'une grande partie des grades mac
, sont la commémoration de l'histoire des Juifs, de leurs douze patriarches, qui précédèrent Moïse en Egypte, de leur départ de ce royaume, de leur pèlerinage dans le désert, de l'établissement de leur dogme par Moïse, de ses mystères, du secret qui les environnait, de leurs tribus, de leur gouvernement patriarchal, de leur entrée en Judée, terre promise par Moïse au nom de Dieu, de l'établissement de leurs Rois, de Salomon, de la faveur qu'il accorda aux Lévites et Sacrificateurs, de l'édification du Temple saint, de la grandeur de Salomon, de sa justice et de sa science, et de l'abus que firent du pouvoir les successeurs de Salomon (ce qui amena la destruction de Jérusalem et du Temple), de leur captivité dans Babylone, de leur délivrance par Cyrus, de leur nouveau rétablissement sous Zorobabel en Judée, et de la réédification de leur Temple.

Notre opinion se trouve appuyée par la Bibliothèque du Maçon, ou General Ahiman Rezon, Baltimore , 1817, dont nous donnerons des extraits en son temps. On y lit que
les fastes bibliques et actes des apôtres font tout l'édifice maçonnique; notre opinion se trouve aussi appuyée par celle de M. de Plane qui, dans
son apologie des Templiers, a démontré que les Juifs nous transmirent le dogme mac , quoique d'autres veuillent que les mystères mac, tels qu'on les pratique (69) à présent, aient pris naissance avec le christianisme , et que son dogme soit la religion de Jésus dans toute sa pureté ; car dans toutes ses instructions sont recommandées les vertus des anciens Chrétiens, et même une partie de ses mystères est fondée ou sur la religion chrétienne, ou sur quelques faits de l'histoire ecclésiastique.

 

Ce partage d'opinions nous oblige de mettre en évidence les preuves sur lesquelles elles s'appuient, afin que l'on sache si l'on doit croire que les Frères Maçons soient les vrais prêtres de Jésus et de sa lumière.

Le docteur Dodd, dans Smith's Works, a osé dire
qu'il ne voyait dans les prêtres que des Maçons ignorans qui faisaient, comme bien des initiés, des cérémonies qu'ils n'entendaient pas, et que le corps du clergé n'était qu'une branche bâtarde et rejetée des augustes mystères de la Mac adonhiramite. Et dans la Maçonnerie écossaise, comparée avec les trois professions, Orient de Londres, 1788, 1ere partie, pag. 81, à la note, il est dit : « Au moment où s'impriment ces Essais, on m'annonce qu'il vient de paraître un ouvrage très-curieux, où l'on a pour objet de prouver que les prêtres d'aujourd'hui ne sont absolument qu'une secte rejetée du sein de l'antique Maçonnerie. » Nous verrons par la suite sur quoi se fonde cette opinion.

S'il faut en croire la Bible,
les mystères des Juifs se sont conservés trente-deux siècles depuis la création du monde, c'est-à-dire, jusqu'au commencement de l'ère chrétienne. On peut aisément se convaincre qu'alors ils existaient encore ; car les premiers Chrétiens empruntèrent des Lévites, l'allégorie de la construction du Temple de Salomon ; elle figure continuellement dans les actes des premiers Chrétiens Juifs qui adaptèrent cette allégorie au système de leur nouvelle religion, en substituant au Temple de Salomon, que les Maçons du jour conservaient, la fiction d'une Eglise à élever au vrai Dieu.

Les premiers Chrétiens qui professaient la loi mosaïque avec celle de Jésus , s'appelaient entr'eux des Maçons. Saint Mathieu, ch. XVI, v. 16, 17, 18, dit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, et je dis que
sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contr'elle, et je te donnerai la clé du royaume des cieux. » Saint Pierre, dans sa première Epître, va plus loin, quand il dit : « Je vais poser à Sion la principale pierre de l'angle, pierre choisie qui fait l'honneur principal de l'édifice ; quiconque croira en elle, ne sera pas confondu ».


Dernièrement, par un excès d'adulation mal entendue, l'abbé Bernier a voulu faire des Papes autant de Maçons. Peut-être a-t-il pris cette idée de M. l'abbé Grégoire, évêque de Blois, dans son ouvrage Sur l'Illustration de la Société des Frères-Hospitaliers. Voici ce que dit ce M. Bernier : « Les Papes sont des Pontifes (Faiseurs de ponts) et des Architectes spirituels qui bâtissent des ponts, à l'aide desquels les catholiques romains montent tout droit en paradis. » Nous trouverons les premiers Pères de l'Eglise à la tête des Maçons.

Treizième partie

Notes

(61) Dans le Tombeau de Jacques Molay, 2me. édit. de Paris, libelle dirigé et contre les Frères Maçons et contre les Jésuites, on lit que ces religieux avaient adopté des formules entièrement Maçon.'. Il rappelle à ce sujet l'ouvrage du capitaine Smith, où l'on voit que dans leurs grades, les initiales et les mots de passe sont les mêmes. Il fait connaître les crimes nombreux de cette société en analysant les décrets que tous les Rois de la terre ont rendus contre eux , nomme leurs ouvrages qui prêchent les doctrines qui ont enfanté ces crimes, et compte les révoltes, les conspirations et les guerres civiles qui leur sont dues. Ce fut en 1600 qu'ils se rendirent les apologistes du régicide, et peu d'années après l'assassinat du prince d'Orange. En 1586, après la prise d'Anvers par le duc de Parme, les Jésuites recueillirent précieusement les corps des scélérats qui avaient commis le crime, et les exposèrent à la vénération des fidèles. (Voyez la petite Histoire de la Belgique, par M.r Collin ; Bruxelles , 1826.

(62) Toutes les institutions religieuses eurent dans l'antiquité leur préparation aux initiations. Les prêtres catholiques ont les jeûnes, etc., et les jésuites des préparations prises des prêtres égyptiens.

(63) Tous ces noms ont servi aux rêveries des Maçons cabalistes et des Rosé-Croix alchimistes.

(64) Nous avons été surpris de trouver cette assertion dans le Tuileur de l'Ec.'., par M. Delaunay., dans sa réimpression de 1821, à sa nouvelle conclusion, page 253.

(65) Plusieurs momies ont la tête ceinte de guirlandes de feuilles d'Acacia ou du Sount ; les inities égyptiens, après leur mort, en étaient couronnés. Ainsi l'on retrouve toujours des analogies avec les Juifs et les Chrétiens.

(66) On trouvera à la suite, qu'une infinité de Saints Evêques furent Grands-Maîtres des Maçons.

(67)  Cette chapelle, d'une architecture très élégante, ornée d'excellens bas-reliefs des plus célèbres artistes du 16e siècle, comme Sansovino et autres , porte sur le fronton une inscription tout-à-fait maçonnique : elle contient les doctrines des premiers Chrétiens, Esséniens, Gnosticiens : Qaerite et invenietis, petite et accipïeti, pulsate et aperietur vobis.

68  Cyrus, par les conseils de son père Cambyse, apprit les sciences des prêtres et des augures avec la divination ; il fut initié dans les anciens mystères des philosophes ; il devait regarder comme bon tout culte à l'Auteur de la nature. Xénophon, Cyropédie, liv. I , 25 et 27.

69 Bien de rites maçon.-, se croient être les successeurs des Templiers.

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans FRANC MACONNERIE
commenter cet article
18 août 2007 6 18 /08 /août /2007 13:15

 

 

 

Chapitre extrait des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

CHAPITRE XVII 

Mythologie de la création 2

15e partie

14 - Mythologie de la Création 1

13 - Mythologie d'Adam et Eve

12 Des personnages antédiluviens 2

1 - Des temps antérieurs à Moïse

 

 

 

 

Un tel état de choses n’a lieu que par le 49e degré 20 minutes de latitude, où le plus long jour de l’année est de 16 heures 10 minutes, et le plus court, de 3 heures 5 minutes. Or cette latitude est d’environ 12 degrés plus nord que les villes de Bactre ou Balhh et Ourmia, où l’histoire place le théâtre des actions de Zoroastre. Cette latitude sort infiniment au delà des frontières de l’empire persan, à quelque époque qu’on le prenne. Elle tombe dans la Scythie , soit au nord du lac Aral et de la Caspienne , soit aux sources de l’Irtisch, de l’Ob, du Ienisseï et de la rivière Selinga : elle se trouve dans le pays des anciens grands Scythes (ou Massagètes), qui disputèrent d’antiquité avec les Égyptiens, selon Hérodote. Aurait-il donc existé dans ces contrées, à ce parallèle, un ancien foyer d’observations astronomiques, chez un peuple policé et savant ? ou l’observation citée par le Boun Dehesch serait-elle tirée de temps plus modernes ? Ammien Marcellin nous apprend avec Agathias, que, postérieurement à Zoroastre, le roi Hystasp ayant pénétré dans certains lieux retirés de l’Inde supérieure, arriva à des bocages solitaires dont le silence favorise les profondes pensées des Brames. Là, il apprit d’eux, autant qu’il lui fut possible, les rites purs des sacrifices, les causes du mouvement des astres et de l’Univers, dont ensuite il communiqua une partie aux mages. Ceux-ci se sont transmis ces secrets de père en fils, avec la science de prédire l’avenir ; et c’est depuis lui (Hystasp) que dans une longue suite de siècles jusqu’à ce jour, cette foule de mages composant une seule et même race (ou caste), a été consacrée au service des temples et au culte des dieux.

Ce passage nous indique clairement une réforme ou, une innovation introduite par Hystasp dans la religion de Zoroastre. Quel fut, cet Hystasp ? Ammien Marcellin dit que ce fut le père du roi Darius ; mais Agathias, auteur instruit, dit que cela n’était point clair chez les Perses : et Hérodote, presque contemporain de Darius, atteste que ce prince, promu à la royauté par l’élection, était le fils d’un simple particulier ou seigneur persan. N’est-il pas à croire que le roi Hystasp est Darius lui-même, appelé par abréviation, du nom de son père Hystasp ? L’innovation indiquée lui conviendrait par bien des raisons : lorsqu’il fut élu roi, les mages de Zoroastre subirent un massacre général dans tout l’empire perse, en vengeance de la tromperie du mage Smerdis, usurpateur du trône de Cambyse. Darius, qui organisa le gouvernement, jusqu’alors purement militaire, qui partagea l’empire en vingt satrapies, qui fit battre une monnaie générale et régla les tributs de chaque peuple, qui établit une police et des lois, porta sûrement son attention sur le culte qui n’avait plus de ministres et qui partageait leur discrédit ; il voulut, comme tous les rois, donner cet appui à son trône : Hérodote, garant de tous ces détails, nous apprend que la vingtième satrapie, la plus riche de toutes8, était celle des Indiens (des sources de l’Indus ou Pendjab) : n'est-il pas probable que Darius Hystasp visita cette partie de ses sujets, et que le fait cité par Ammien date de cette époque. Ce prince aurait donc alors consulté les Brahmes ou plutôt les Bouddhistes-Samanéens, dont la doctrine était dominante. Or, en examinant la cosmogonie des Bouddhistes réfugiés à Ceylan, telle qu’elle est exposée dans le tome septième des Asiatik researches9, nous trouvons plusieurs traits de ressemblance entre cette cosmogonie d’origine indienne et celle des Perses ; ce qui est surtout frappant, "c’est que des quatre dieux ou anges qui gardent et surveillent les quatre coins du monde, l’un en Parsi, s’appelle Tashter, et en Bali, ou langue sacrée de Ceylan, der Terashtré ; l’île de l’est en Bali, se nomme pouya wevidehé ; et en Parsi l’est se nomme pouroué weedesieh ; l’ouest en Parsi est appelé appéré godamé et en Bali apré godami : le nord, en Parsi, outourou kourou offre, le même mot outourou, que les Indiens appliquent au pôle du sud, par une transposition dont on trouve un autre exemple entre les Ceylanais et les Birmans.

Maintenant, s’il existe une analogie marquée entre les Bouddhistes et les Parsis, quant au système cosmogonique, n’est-il pas à croire, que la cause de cette analogie se trouve dans la réforme ou innovation de Darius Hystasp, qui rapporta de l’Inde ces idées qu’il communiqua aux mages, dont il fit une création nouvelle. Alors le Boun Dehesch aura été composé après cette époque, et probablement peu après la ruine de l’empire perse par Alexandre, lorsque les livres sacrés devinrent plus rares par les troubles et les incendiés des guerres. D’autre part, les Brahmes et les Bouddhistes s'accordent à dire qu’ils ne sont point indigènes de l’Indostan ; qu’ils sont originaires du nord, et leur figure ovale porte le caractère scythe : leur berceau ancien et premier aurait-il été par les 49 degrés 20 minutes de latitude, et aurait-il existé là très anciennement un peuple policé, auteur de l'observation, citée ? L’illustre Bailly, dans son Astronomie ancienne, a cité beaucoup de faits à l’appui de cette opinion ; son émule, Lalande, qui ne fut point versé en littérature ancienne, a voulu beaucoup la déprécier, mais si quelque jour un homme doué de talent réunit aux connaissances astronomiques l’érudition de l’antiquité que l’on en sépare trop, cet homme apprendra à son siècle bien des choses que la vanité du nôtre ne soupçonne pas. Revenons à notre cosmogonie juive, et à nos douze mille ans étrusques et parsis.

Astronomiquement parlant, il n’existe point de périodes de 12.000 ans, c’est-à-dire que ce nombre ne convient à aucune révolution simple ou compliquée d’astres ou de planètes. Pourquoi donc se trouve-t-il employé en ce sens par les anciens ? Ceci est encore un logogriphe astrologique dont il faut demander la solution aux adeptes de la science secrète. Cette solution nous est donnée par l’ingénieux et savant Dupuis, dans son Mémoire sur les grands Cycles ou Périodes de restitution. En comparant avec attention diverses périodes des Indiens et des Chaldéens, dit-il en substance, l’on s'aperçoit que leur composition est due à une addition ou soustraction croissante ou décroissante d’un premier nombre élémentaire qui suit l’ordre arithmétique direct 1, 2, 3, 4, ou l’ordre inverse 4, 3, 2, 1 ; c’est ce que démontre l’analyse

1° L’Ezour-Vedam rapporte une tradition indienne10 d’après laquelle les quatre âges du monde, ont eu la durée suivante : savoir,

Le premier âge : 4.000 ans.

Le second : 3.000

Le troisième : 2.000

Le quatrième :1.000

Otez les zéros, vous aurez 4, 3, 2, 1.

Le Baga-Vedam, autre livre sacré indou, cite une tradition d’une autre source ; il dit que, selon les anciens, le premier âge du monde

dura : 4.800 ans.

Le second : 3.600

Le troisième : 2.400

Le quatrième, où nous sommes, doit durer : 1.200

TOTAL  : 12.000

Voilà encore l’ordre 4, 3, 2, 1, dans les premiers chiffres ; et il se retrouve le même, quoique double, dans les seconds, 8, 6, 4, 2. De plus, prenez pour élément le nombre le plus simple 1.200, élevé à 2 ou à son double, vous avez 2.400 ; à son triple (3) 3.600 ; à son quadruple (4) 4.800, et la somme des quatre est 12.000. Les mystiques indiens ont figuré ce système par une vache dont les quatre pieds représentent les quatre âges du monde. Au premier âge, la vache se tenait sur ses quatre jambes ; au second sur 3 ; au troisième sur 2 ; au quatrième, sur 1. Toujours 1, 2, 3, 4, ou 4, 3, 2, 1. Ce n’est pas tout ; ces mêmes Indiens, dans d’autres livres plus savants11, ayant établi la durée totale du monde à 4.320.000 ans,

disent que le premier âge a duré : 1.728.000 ans.

Le second : 1.296.000

Le troisième : 864.000

Le quatrième : 432.000

TOTAL  : 4.320.000

Voilà une grande différence de nombre, et cependant l’ordre de composition et de décomposition est le même, car prenant pour élément le plus petit nombre 432.000 = 1 ans. Nous avons, en l’élevant à 2

son double....    : 864.000 = 2

En l’élevant à 3, son triple.       : 1.296.000 = 3

En l’élevant à son quadruple    : 1.728.000 = 4

TOTAL  : 4.320.000.

D’autre part, les Indiens disent qu’une année des dieux se compose de 360 années des hommes : les 4.320.000 étant des années de cette dernière espèce, divisons cette somme par 360, qui est le dénominateur des années divines ; le quotient qui vient est la période 12.000 ; n’est-il pas singulier de voir les calculs indiens prendre leurs éléments chez les Perses et chez les Étruriens ?

En outre, dans la période indienne nous avons pour élément premier la fameuse période chaldaïque de Bérose, 432.000 ans.

Maintenant, pour la composer suivons l’ordre arithmétique 1, 2, 3, 4 jusqu’à 8, en prenant comme élément premier la période

Etrusco-Perse  : 12.000 ans,

nous aurons, pour second degré : 24.000

Pour troisième  : 36.000

Pour quatrième : 48.000

Pour cinquième : 60.000

Pour sixième : 72.000

Pour septième  : 84.000

Pour huitième : 96.000

Pour total de toutes ces sommes : 432.000

Il n’est pas besoin de raisonner longuement sur cet exposé, que nous avons beaucoup abrégé ; le lecteur en voit facilement découler plusieurs conséquences.

1° Il est clair que toutes ces périodes sont des combinaisons mathématiques plus ou moins fictives et arbitraires, imaginées par les anciens pour faciliter leurs opérations d’astrologie plutôt que de véritable astronomie.

2° Il est sensible, que ces périodes qui, quoique éparses chez divers peuples à diverses époques, s’amalgament si parfaitement quand on les rassemblé, appartiennent à un seul et même corps de doctrine dont l’origine remonte à une très haute antiquité, et dont le foyer semble se placer de préférence chez les Égyptiens et les Chaldéens.

3° Enfin il nous semble également démontré que toutes ces idées, tous ces systèmes de création, de durée, de destruction et d’âges du monde ont eu leurs types primitifs dans les idées simples et naturelles d’un système originel dont les figures hiéroglyphiques mal interprétées, dont les termes équivoques mal compris, sont devenus une cause de désordre moral et métaphysique. Ainsi les 4 âges du monde, si célèbres dans l’Inde et la Grèce , quoique aucun mortel n’en pût avoir de notion, ces 4 âges n’ont point d’autre origine, d’autre type que les 4 saisons de l’année, ce grand cercle monde dont une révolution commence et finit toutes les opérations de la nature. La création n’est autre chose que la production nouvelle, que le mouvement, de vie spontané qui, chaque année, au printemps, a lieu dans tout le système des végétaux et des animaux. Ce printemps, saison de feuilles, de fleurs et de pâturages, d’abondance, de lumière et de chaleur, fut l’âge d’or, parce qu’il est sous l’influence du soleil, qui dans l’alchimie et l’astrologie a l’or pour emblème ; l’été, l’âge d’argent, parce que ses nuits longues et sereines sont sous l’empire de la lune, à l’emblème d’argent : Vénus au blason de cuivre, Mars an blason de fer, présidèrent à l’automne et à l’hiver ; et voilà l’ordre figuré sur lequel les moralistes bâtirent leurs systèmes de bonheur originel, de vertu première, de dégradation postérieure et successive, de vice et de malheur final, punis par une destruction à laquelle ils ne manquent jamais de faire succéder une nouvelle organisation calquée sur celle du monde ou cercle zodiacal. Voilà les bases de cette doctrine qui, professée d’abord secrètement dans les mystères d’Isis, de Cérès et de Mithra, etc., se répandit ensuite avec éclat dans toute l’Asie, et qui a fini par envahir toute la terre. Mais il est temps de clore cet article, et cependant ne passons point sous silence la différence apparente ou réelle qui existe entre la Genèse et Bérose au sujet de la création. Il est fâcheux que le récit de cet écrivain ne nous soit parvenu qu'après avoir été copié d’abord par Alexandre Polyhistor qui a pu y faire quelque changement, puis retouché par le Syncelle qui l’abrége et le censure selon ses idées, de manière qu’il y a plusieurs voiles entre nous et le texte originel et primitif des traditions chaldéennes traduites en grec et commentées par Bérose.

Selon cet historien, dans le fragment qui nous est transmis12, : l’on avait conservé avec beaucoup de soin à Babylone, des archives ou registres contenant l’histoire de 15 myriades d’années et traitant du ciel, de la mer, de l’origine des choses, puis des (X) rois et de leurs, actions, etc. Bérose décrit d’abord l’état physique du pays de Babylone, ses productions, ses limites, sa population... Dans le principe, les hommes vivaient à la manière des brutes, sans mœurs et sans lois, lorsque de la Mer Érythrée (golfe persique), sur la plage chaldéenne, sortit un animal ayant la forme d’un poisson selon Apollodore, portant sous sa tête de poisson une autre tête et des pieds d’homme attachés près sa queue de poisson ; cet animal, appelé Oan, avait la voix et le langage des hommes, et l’on conserve encore (à Babylone) son effigie peinte. Cet être qui ne mangeait point, venait de temps à autre se montrer aux hommes, pour leur enseigner tout ce qui est utile, les arts mécaniques, les lettres, les sciences, la construction des villes et des temples, la confection des lois, la géométrie, l’agriculture, et tout ce qui rend une société policée et heureuse. Depuis cette époque l’on n’en a plus ouï parler. Cet animal Oan, au coucher du soleil, descendait dans la mer, et passait la nuit sous l’eau ou près de l’eau : par la suite, d’autres animaux semblables à lui se montrèrent aussi. Il avait écrit un livre qu’il laissa aux hommes, sur l’origine des choses et, sur l’art de conduire la vie. Un temps exista où tout était eau et ténèbres contenant des êtres inanimés informes, qui (ensuite) reçurent la vie et la lumière sous diverses formes et espèces étranges c’étaient des corps humains ; les uns à 2, les autres à 4 ailes d’oiseau avec 2 visages ; ceux-ci, sur un seul corps, portaient une tête d’homme et une tête de femme avec l’un et l’autre sexe ; ceux-là avaient des jambes et des cornes de chèvre ; d’autres, tantôt la tête, tantôt la croupe d’un cheval : il y avait aussi des taureaux à tête d’homme et une foule d’autres combinaisons bizarres de têtes, de corps, de queues de divers animaux, tels que les chiens, les chevaux, les poissons, les serpents, les reptiles, dont les figures se voient encore peintes dans le temple de Bel. Une femme nommée Omoroka présidait à toutes ces choses : ce mot chaldéen signifie en grec la mer et désigne la lune. Or Belus, divisant cette femme en deux moitiés, de l’une fit la terre, et de l’autre le ciel, d’où s’ensuivit la mort des animaux. Bérose observe que ceci est une manière figurée d’exprimer la formation du monde et des êtres animés avec une matière humide. Le dieu Bel ayant enlevé la tête de cette femme, d’autres dieux (Elahim) mêlèrent à la terre son corps qui était tombé, et dont furent formés les hommes ; c’est par cette raison qu'ils sont doués de l’intelligence divine. En outre le dieu Bel, qui est Youpiter, ayant partagé les ténèbres en deux moitiés, sépara le ciel de la terre, établit le monde dans l’ordre où il est, ci les animaux qui ne purent soutenir la lumière, disparurent. Bel, qui vit que la terre était déserte quoique fertile, ordonna aux autres dieux de se couper chacun la tête, de mêler leur sang à la terre, et d’en former des êtres qui supportassent l’air ; enfin Bel lui-même fit les astres, le soleil, la lune et les 5 autres planètes. Voilà ce que Polyhistor raconte en son livre 1er, d’après Bérose.

Ces récits, pris à la lettre, seraient, trop choquants, trop absurdes ; aussi le prêtre Bérose nous observe-t-il qu’il y faut voir une expression figurée des opérations de la nature ; et l’étude de l’histoire ancienne et moderne, en nous montrant, chez des peuples divers, tels que les Égyptiens, les Indiens, les Chaldéens, les Chinois, les Mexicains, etc. des systèmes entiers de figures monstrueuses du même genre que celles-ci, nous apprend que cette manière de peindre et de rendre sensibles à la vue les attributs et les rapports abstraits des corps, est la première opération dont s’avise l'entendement humain ; c’est cette écriture, dite hiéroglyphique, qui partout a précédé l’écriture dite alphabétique, née ensuite d’une abstraction et d’une observation comparée beaucoup plus subtile et raffinée. Dans le prétendu monstre Oan, la tête d’homme désigne l’intelligence, le raisonnement, tandis que la forme de poisson désigne l’habitude ou la nature aquatique combinées pour exprimer les effets et l’action de la constellation appelée poisson austral : l’étoile principale de cette constellation avait le mérite de mesurer exactement la plus courte nuit de l’année, en se levant le jour du solstice d’été, au moment où se couchait le soleil, et en se couchant au moment où il se levait : par cette raison, elle joua un rôle important en Égypte, où elle annonçait l’inondation, et en Chaldée, ainsi qu’en Syrie, où elle servait à régler l’époque de certains travaux agricoles, et à conjecturer certains accidents de la saison ou du climat. C’est le Dagon des Philistins13. Avec cette clef, l’on explique toutes les autres figures d’animaux monstrueux. On leur donnait des ailes pour désigner leur nature aérienne, des sexes, pour exprimer leur nature passive ou active ; des têtes de chien, pour exprimer leur propriété d’avertir comme l’animal qui aboie : tous étaient des symboles d’astres ou de constellations ; et voilà pourquoi leurs images étaient peintes sur les murs du temple de Bel, comme d’autres semblables l’étaient dans l’autre des Nymphes, dans la caverne de Zoroastre et dans tous les temples des dieux égyptiens où on les retrouve. Voilà aussi pourquoi l’auteur juif de la Genèse , ennemi des idoles, a répudié cette partie de la cosmogonie chaldéenne ; mais l’emprunt qu’il a fait des autres parties se retrouve dans plusieurs phrases de la formation ou création de l’univers par Bel. Un temps exista où tout était eau et ténèbres. Et Dieu, partagea les ténèbres en 2 moitiés, sépara le ciel de la terre, fit les astres, le soleil, la lune, etc. Toutes ces phrases, qui ne sont que des extraits peu fidèles du texte chaldéen, ont cependant une analogie marquée avec le texte de la Genèse ; dans Bérose, les dieux Elahim forment l’homme et lui donnent l’intelligence divine. Dans la Genèse les dieux disent : faisons l’homme à notre image ; par le mot notre, ils s’avouent plusieurs. Bel était le grand dieu, Elah-Adkbar : eux étaient les dieux Kabirim, ces douze grands dieux Cabires, adorés des Grecs.

Dieu Elahim fit le vide au ciel et au milieu des eaux.... Ce mot vide en hébreu est Râqia (ou Rakia) ; en chaldéen, om-o-raka signifie littéralement mère du vide ; c’est-à-dire l’espace sans bornes que le vulgaire, trompé par le mot mère, à pris pour une femme. Le sens vrai est que Bel partagea le vide en deux moitiés ; dont la supérieure fut le ciel ; l’inférieure fut la terre, et c’est littéralement le sens de l’hébreu, Dieu fit le vide (Râqia) au milieu des eaux ; et il donna le nom de ciel aux eaux de dessus, et les eaux d’au-dessous furent la mer et la terre. Dans la cosmogonie des Bouddhistes du Tibet, qui, comme nous l’avons déjà dit, paraît venir de l’école chaldéenne, le ciel n’a pas d’autre nom que le vide, l’immensité (om-oraka) ; et un vent impétueux, excité par le destin sur les eaux, fût le premier signe de la création de l’univers14. Dans la Genèse , ce qu’on traduit l'esprit de Dieu, n’est littéralement que le vent de Dieu s’agitant sur les eaux. Ce vent, premier moteur, ou premier mû, se retrouve dans la cosmogonie phénicienne, où nous lisons que le vent Kolpia eut pour femme Bâau, c’est-à-dire la nuit, l’obscurité ténébreuse.... Ce terme Bâau, dans la Genèse, est l’épithète de la terre informe, qui d’abord fut Tohou, Bahou, traduit par la version grecque et par Josèphe, invisible, ténébreuse. Les hébraïsants se fondant sur l’arabe, interprètent Bahou, par le vide immense ; et alors c’est la femme Om-o-raka du chaldéen. De ce vent Kolpia, premier moteur, comme le cœur (qui en arabe se dit aussi qolb et qalb), naissent Aïon et premier-né. En sanscrit adima signifie premier, et dans l’hébreu, Adam est le premier-né.

Ainsi à chaque instant, à chaque pas, nous trouvons de nouvelles preuves de notre proposition première et fondamentale, savoir, que la Genèse n’est point un livre particulier aux Juifs, mais un monument originairement et presque entièrement chaldéen, auquel le grand-prêtre Helqiah se contenta de faire quelques changements dictés par l’esprit de sa nation et adaptés au but qu’il se proposa.

Désormais le lecteur sait que penser de ces créations du monde, que l’on nous raconte comme s’il y eût eu des témoins à en dresser procès-verbal : il voit à quoi se réduisent ces prétendues chronologies qui tronquent l’histoire des nations, et restreignent la formation, les progrès, la succession de toutes les institutions, de toutes les inventions humaines, y compris le langage et l’écriture, à un petit nombre d'années, incompatible avec la nature de l’entendement et avec le témoignage des monuments subsistants.

16ème partie Le système géographique des Hébreux 1

Notes

7 Ce mot signifie, dit-il, racine donnée ou donné par la racine, c’est-à-dire origine, Genèse des choses.

8 Hérodote, liv. III, § XCIV.

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
commenter cet article
18 août 2007 6 18 /08 /août /2007 12:55

 

 

Chapitre extrait des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

CHAPITRE XVII

 

Mythologie de la création 1

13 - Mythologie d'Adam et Eve

12 Des personnages antédiluviens 2

11  - Des personnages antédiluviens 1

 10 - Du personnage appelé Abraham 2

9 - Du personnage appelé Abraham 1

8 - De la tour de Babel

7 - Examen de la Genèse en particulier 2

 6 -  Examen de la Genèse en particulier1 

 5 Suite de "Problèmes cités par l'époque citée"

4  Problèmes résolus par l'époque citée

3 - Suite des preuves

2 - Epoque de l'apparition du Pentateuque

1 - Des temps antérieurs à Moïse

 

POURSUIVONS nos recherches sur la Genèse, et montrons que son récit de la création se retrouve, comme les précédents presque littéralement exprimé, dans les cosmogonies anciennes, et toujours spécialement dans celles des Chaldéens et des Perses. Notre traduction va être plus fidèle que celles du grec et du latin :

Au commencement, les dieux (Elahim) créa (bara) les cieux et la terre. Et la terre était (une masse) confuse et déserte, et l’obscurité (était) sur la face de la terre.... Et le vent (où esprit) des dieux s’agitait sur la face des eaux. Et les dieux dit : Que la lumière soit ! et la lumière fut ; et il vit que la lumière était bonne ; et il la sépara de l’obscurité. Et il appela jour la lumière, et nuit l’obscurité ; et le soir et le matin furent un Premier jour.

Et les dieux dit : Que le vide (Raqîa) soit (fait) au milieu des eaux, et qu’il sépare les eaux des eaux ; et les dieux fit le vide séparant les eaux qui sont sous le vide, des eaux qui sont sur le vide ; et il donna au vide le nom de cieux ; et le soir et le matin furent un second jour ; et les dieux dit : Que les eaux sous les cieux se rassemblent en un seul lieu, et que la terre sèche se montre ; cela fut ainsi ; et il donna le nom de terre à la sèche, et le nom de mer à l’amas d’eaux ; et il dit : Que la terre produise les végétaux avec leurs semences ; et le soir et le matin furent un troisième jour, etc.

Et le quatrième jour, il fit les corps lumineux (le soleil et la lune), pour séparer le jour de la nuit, et pour servir de signes aux temps, aux jours et aux années.

Au cinquième jour, il fit les reptiles d’eau, les oiseaux et les poissons.

Au sixième jour, les dieux fit les reptiles terrestres, les animaux quadrupèdes et sauvages, et il dit : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance, et il créa (bara) l’homme à son image ; et le créa (bara) à son image ; et il les créa (bara) mâle et femelle ; et il se reposa au septième jour, et il bénit ce septième jour.

Or, il ne pleuvait point sur la terre ; mais une source (abondante) s’élevait de la terre, et arrosait toute sa surface.

Et il avait planté le jardin d’Éden (antérieurement ou à l’Orient) ; il y plaça l’homme. Au milieu du jardin était l’arbre de vie : et l’arbre de la science du bien et du mal. Et du jardin d’Éden sortait un fleuve qui se divisait en 4 têtes appelées le Phison, le Gihoun ; le Tigre et l’Euphrate.

Et Iahouh-les-dieux1 dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; et il lui envoya un sommeil, pendant lequel il lui retira une côte, de laquelle il bâtit la femme, etc., etc.

Si un tel récit nous était présenté par les brahmes ou par les lamas, il serait curieux d’entendre nos docteurs contrôler ses anomalies. Voyez, diraient ils, quelle étrange physique ! Supposer que la lumière existe avant le soleil, avant les astres, et indépendamment d’eux ; et ce qui est plus choquant, même dans le langage, dire qu’il y a un soir et un matin, quand le soir et le matin ne sont que l’apparition ou disparition de l’astre qui fait le jour ! Et ce vide produit au milieu des eaux, qui suppose qu’au-dessus du ciel visible, il y a un amas d’eaux subsistant ! aussi cette physique nous parle-t-elle des cataractes du ciel ouverte au déluge ; et l’un de ses interprètes ne craint pas de nous dire que la voûte du ciel est de cristal2. Et cette terre sans pluies, sans nuages, par conséquent, sans évaporation, ayant une seule source qui arrose sa face ! et cet homme créé tout seul et cependant mâle et femelle ! en vérité ces Indous avec leurs Shastras et leurs Pouranas nous font des contes arabes.

Nous le pensons comme nos docteurs ; mais parce que ce côté de la question est jugé pour tout esprit de sens rassis et non imbu des préjugés de l'enfance, nous allons nous borner à considérer le côté allégorique, et à développer le sens : Tout lecteur aura été choqué de notre traduction les dieux créa ; néanmoins telle est la valeur du texte, de l’aveu de tous les grammairiens. Pourquoi ce pluriel gouvernant un singulier ? parce . que le rédacteur juif, pressé par deux autorités contradictoires, n’a vu que ce moyen de sortir d’embarras. D’une part, la loi de Moïse proscrivait la pluralité des dieux ; d’autre part, les cosmogonies sacrée, non seulement des Chaldéens, mais de presque tous les peuples, attribuaient aux dieux secondaires, et non à ce grand Dieu unique, l’organisation du monde. Le rédacteur n’a osé chasser un mot consacré par l’usage. Ces Elahim étaient les décans des Égyptiens, les génies des mois et des planètes chez les Perses et les Chaldéens, génies-dieux cités sous leur propre nom par l'auteur phénicien Sanchoniaton, lorsqu’il dit : les compagnons d’Il ou El qui est Kronos (Saturne), furent appelés Eloïm ou Kroniens3 et on les disait les égaux de Kronos.

Or Kronos ou Saturne est, comme on sait, l’emblème du temps, mesuré par la planète de ce nom : ses égaux furent donc naturellement des génies de la même espèce. La lettre h manquant à l’alphabet grec, le mot Eloïm a rendu le mieux possible le phénicien arabe Elahim, pluriel hébreu de Elah, Dieu. Mais pourquoi leur attribuait-on l’organisation de la création du monde ? Par la raison simple et naturelle, que le monde dans son sens primitif fut le grand orbe des cieux, et spécialement l’orbe ou cercle du Zodiaque. Or, comme à partir de l’équinoxe du printemps les êtres terrestres, engourdis et comme morts pendant l’hiver, prenaient une vie nouvelle, que la production des feuilles, des fleurs et de tout le règne végétal, semblait être une véritable création, les génies qui présidaient à chaque signe du Zodiaque furent considérés comme les auteurs et moteurs de tout ce mouvement de vie ; et parce que cette période de vie, d’abondance et de délices, ne durait que jusqu’à l’équinoxe d’automne, la création fut dite ne durer que six mois, qui, par d’autres équivoques, ont été appelés dans les diverses cosmogonies tantôt des jours, tantôt des mille, etc.

Avec le progrès des connaissances, les astronomes physiciens ayant considéré le monde sous un point de vue plus vaste, des esprits subtils raisonnèrent sur l’origine de tous les êtres visibles ; et alors naquirent ces systèmes plus ou moins extravagants qui de l’Inde et de la Chaldée passèrent dans l'ancienne Grèce, et qui, commentés par Pythagore, par Thalès, par Platon, par Zénon, par Aristote, ont donné naissance à d’autres systèmes que l’on peut appeler des délires organisés. Quant au mot création, pris dans ce sens de produire de rien, de tirer du néant des substances solides et sensibles, il est douteux que cette idée abstraite, due à l’exaltation des cerveaux jeûneurs des pays chauds, ait été connue ou reçue par les anciens juifs ; ce qu’il y’a de certain, c’est que le mot bara ; traduit par (les dieux) créa, ne comporte point ce sens, puisqu’on le trouve en beaucoup d'occasions employé comme dans le sens de fabriquer, former : nous en avons trois exemples dans le morceau cité, où il est dit que Dieu créa l’homme à son image, qu’il les créa mâle et femelle, etc. Le limon rouge dont l’homme fut formé existait, et la distinction du sexe n’est qu’une disposition de la matière déjà formée : il n’y eut donc point là une création dans le sens de tirer du néant, de produire quelque chose avec rien.

Nous avons dit que les six mois de la création furent considérés sous des rapports et sous des noms divers, selon les divers systèmes des anciens astrologues. Leurs livres, chez les Perses et chez les Étrusques, nous en offrent deux exemples d’une analogie sensible avec la Genèse.

Un auteur toscan très instruit, dit Suidas4, a écrit que le grand Démi-ourgos, ou architecte de l’univers, a employé 12.000 ans aux ouvrages qu’il a produits, et qu’il les a partagés en 12 temps distribués dans les 12 maisons du soleil (les 12 signes du Zodiaque).

[Notez que ce grand architecte, ou son type originel, est le soleil, qui dans toutes les premières théogonies, est le créateur, le régulateur du monde supérieur et inférieur.]

 

 

 

 

Au premier mille, il fit le ciel et la terre. Au deuxième mille, il fit le firmament (le grand vide) qu’il appela le ciel.

Au troisième mille, il fit la mer et les eaux qui coulent dans la terre.

Au quatrième, il fit les deux grands flambeaux de la nature.

Au cinquième, il fit l’âme des oiseaux, des reptiles, des quadrupèdes, des animaux qui vivent dans l’air, sur la terre et dans les eaux.

Au sixième mille, il fit l’homme.

Cette distribution des ouvrages est d’une telle ressemblance, qu’on ne peut douter qu’elle ne vienne de la même source. Or, et si l’on considère, d’une part, que tout ce que nous connaissons des arts et de la religion étrusques, a une analogie frappante, avec les arts et la religion de l’Égypte5; d'autre part, que Moïse a imité une foule d’institutions de ce dernier pays, l’on sera porté à y placer l’origine de ces idées, surtout lorsqu’elles se lient à l’institution de la semaine qui est attribuée aux Égyptiens et qui date de la plus haute antiquité. Dans la citation que nous venons de faire, nous avons des mille à la place des jours ; mais il ne faut pas oublier que les anciens théologues ou cosmologues ont donné des acceptions très diverses aux mots jours et années.

Le soleil, dit l’ancien livre indien attribué à Manou, cause la division du jour et de la nuit qui sont de deux sortes, ceux des hommes et ceux des dieux. Le mois (où temps d’une lune) est un jour ou nuit des Richis (ou Patriarches). La moitié brillante est destinée à leurs occupations, et la moitié obscure à leur sommeil. Une année est un jour et une nuit des dieux (censés habiter le pôle ou mont Merou) ; leur jour a lieu quand le soleil se meut (de l’équateur) au nord (en effet le pôle nord est éclairé, six mois) ; (de l’équateur) au midi (ou pôle sud) ; or 4.000 années des dieux, composées de tels jours, font un âge appelé krïta, etc.6

Quant aux mille employés ici comme synonymes des mois et des signes du Zodiaque ; nous avons vu et nous allons voir encore que cette division décimale de chaque signe fut usitée par les Chaldéens, sans néanmoins prétendre en exclure les Égyptiens. Avec un tel langage et de telles acceptions de mots, l’on sent que les mystiques anciens et modernes ont pu se faire un dictionnaire très embarrassant pour ceux qui n’en ont pas la clef. En cette occasion, elle nous donne le moyen de reconnaître entre les six jours des Hébreux et les six mille des Étruriens, une synonymie difficile à contester. L’auteur étrurien ajoute que les six premiers mille ans ayant précédé la formation de la race humaine, elle semble ne devoir subsister que pendant les six mille autres qui complètent la période de douze mille ans au bout desquels le monde finit.

Ici nous avons la source de l’Opinion des millénaires si célèbres dans les premiers siècles du christianisme, et qui fut commune à presque tout l’Orient : en même temps nous voyons l’effet bizarre produit par l’équivoque du monde ou orbe zodiacal avec le monde pris pour une durée systématique de l'univers.

D’un autre côté, cette durée de douze mille, et cette création pendant six, se retrouve chez les Parsis, successeurs des anciens Perses, et dans leur Genèse intitulée Boun Dehesch.

Le temps, dit ce livre ancien, page 420, est de douze mille ans ; il est dit dans la loi que le peuple céleste fut trois mille ans à exister, et qu’alors l'ennemi (Ahriman) ne fut pas dans le monde. Kaïomorts et le Taureau furent trois autres mille ans dans le monde, ce qui fait six mille ans....

Les mille de Dieu parurent dans l’Agneau, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion et l’Épi, ce qui fait six mille ans. (Ici l’allégorie est sans voile.) Après les mille de Dieu, la Balance vint ; Ahriman (ou le mal) courut dans le monde (l’hiver commença.)

Idem, page 345. Le temps (ou destin) a établi Ormuzd, roi borné pendant l’espace de douze mille ans.

Page 348. Des productions du monde, la première que fit Ormuzd fut le ciel. La deuxième fut l’eau ; la troisième fut la terre ; la quatrième furent les arbres ; la cinquième furent les animaux ; la sixième fut l’homme. »

Page 400. Ormuzd parlant dans la loi dit encore, j’ai fait les productions du monde en 365 jours ; c’est pour cela que les 6 gahs gahanbars (les mois) sont renfermés dans l’année.

Enfin, dans l’origine de toutes choses, l’auteur dit, page 344 et suivantes, que les ténèbres et la lumière étaient d’abord mêlées et formant un seul tout ; qu’ensuite étant séparées par le temps (ou destin), elles formèrent Ormuzd et Ahriman, etc.

Ces passages nous offrent, d’une part, l’explication la plus claire de la période de douze mille ans, supposée devoir être la durée physique du monde ;d'autre part, une analogie marquée avec le récit que la Genèse fait de la création : la différence principale est que, dans l’hébreu, le premier oeuvre est la séparation de la lumière, tandis que dans le Parsi, c’est la formation du ciel ; mais abstractivement de l’ordre numérique, l’un et l'autre placent d’abord le chaos ténébreux, puis la séparation de la lumière, et l’auteur juif semble faire une allusion directe aux idées zoroastriennes, quand il dit que la lumière fut bonze : néanmoins, comme le dogme du bien et du mal existe également dans le système égyptien d'Osiris et de Typhon, cette allusion ne peut faire preuve pour la date de la composition.

Une comparaison suivie de la Genèse juive juive avec la Genèse parsie, multiplierait les exemples d’analogie ; mais ce travail nous écarterait trop de notre but ; nous nous bornerons à remarquer avec le traducteur (Anquetil du Perron) que le Boun Dehesch7 est une compilation évidente de livres anciens dont il s’autorise, et que cette compilation, quoiqu’elle cite dans ces trois derniers versets les dynasties Sasanide, Aschkanide, et le règne d'Alexandre, doit néanmoins remonter à une époque antérieure : ces trois versets ont dû être ajoutés après coup, comme il est arrivé aux livres de l'Inde. On a droit de croire, vu l’analogie de plusieurs de ses passages avec certaines citations des anciens auteurs grecs, et entre autres de Plutarque, que le compilateur eut sous les yeux quelques livres de Zoroastre ; mais en lisant le Boun Dehesch avec attention, nous y trouvons d'autres citations singulières qui ne peuvent venir de cette source. Par exemple, à la page 400, ch. XXV, il est dit : que le plus long jour de l’été est égal aux deux plus courts de l’hiver ; et que la plus longue nuit d’hiver est égale aux deux plus courtes nuits d’été.

La suite... Mythologie de la Création 2ème partie

Notes

1 Ce nom de Iahouh n’est employé, pour la première fois, qu’au 4e verset du chap. 2 ; le latin le rend par Dominus, il devrait dire existens per se.

2 Flavius Josèphe, Antiq. jud., liv. I, chap. i.

3 Eusèbe, Præpar. evang., lib. I, page 37.

4 Article Tyrrhenia.

5 Les peintures découvertes par nos savants français dans les catacombes des rois de Thèbes, achèvent de certifier cette opinion. Les vases, les meubles et les ornements que représentent ces peintures, sont absolument du même style que ceux des vases étrusques ; voyez le tome II de la Commission d’Égypte ; et relativement à Moïse, son arche d’alliance a totalement la forme du coffre ou tombeau d’Osiris.

6 Asiatick researches, tome I.

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

 

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
commenter cet article
18 août 2007 6 18 /08 /août /2007 10:40

 

 

Dernière partie et c'est dans celle-ci qu'il est question de Ieschoua et des demandes très curieuses de Dieu en ce qui concerne les offrandes, notamment lorsqu'il exige une coupe d'argent de soixante-dix sicles. C'est bien ce que nous disions précédemment, à la place du mot Yahweh, on met Lévite et effectivement on se rend compte de beaucoup de choses. Notamment lorsque Dieu dit qu'il a fait sortir le peuple d'Egypte... le tout est de savoir pourquoi il l'a fait sortir ? C'est le but de notre recherche...

 

 

Les Cinq livres secrets dans la Bible

 

par Gérald Messadié

 

5ème partie

4ème partie

 3ème partie

 2ème partie

1ère partie

La lecture diacritique du Pentateuque permet alors de comprendre l'une des énigmes les plus tenaces du Nouveau Testament : l'hostilité du clergé à l'égard de Jésus. En effet, l'interprétation ouverte de la Torah que propose Jésus et son prophétisme (les pharisiens les traitent de magicien, accusation à l'époque dangereuse, exposant même à la lapidation, puisque Dieu a interdit la magie), contreviennent de la manière la plus provocatrice à leur ritualisme sclérosé. De même qu'ils ont calomnié Moïse lui-même, ils vont calomnier Jésus, dont il est évident qu'il fut grand lecteur du Deutéronome et qui est, lui, défenseur à la fois d'une Loi plus ouverte ("Lequel d'entre vous si sont veau vient à tomber dans le fossé un jour de sabbat n'ira l'en faire sortir.."), plus populaire et d'un renouvellement de celle-ci.

 Dans les pages qui suivent, chacun des quatre courants a été différencié par un code typographique spécifique. Mais, même dans la traduction d'hébreu en français, qui comporte forcément des infidélités, un lecteur un peu attentif apprend rapidement à les distinguer l'un de l'autre ; non seulement par l'usage des noms Yahweh ou Elohim, dans les trois premiers Livres, mais aussi par le ton et l'idéologie à laquelle ils se réfèrent.

 

De la poésie de J et E au légalisme de P et au prophétisme de D :
les styles des quatre courants
  

 

Les noms de Dieu offrent certes une différenciation immédiate entre J et E, mais non absolue ; ainsi le courant yahwiste n'utilise jamais une autre forme que Yahweh, mais en deux points au moins (Ex. III, 13 et 15), le courant élohiste utilise ce nom, de même que d'autres formes du nom divin, telles que El Shaddaï. Il apparaît également que, dans les textes élohistes incorporés dans de vastes ensembles, comme le Livre des Nombres, les textes élohistes utilisent l'appellation Elohim.

 

La distinction entre les appellations Yahweh et Elohim n'est donc qu'un des nombreux fils conducteurs que permettent de distinguer les textes des quatre courants, mais ce n'est pas le seul ; il y a surtout les styles et les biblistes recourent aussi souvent à leur analyse qu'à celle du vocabulaire et des tournures.

 

 

Aussi le courant yahwiste est plus réaliste et romanesque que l'élohiste ; ses portraits sont presque provocateurs. Les hommes y sont souvent dépeints comme cruels, fourbes, lâches et même criminels (tels les frères de Joseph) et Yahweh lui-même, sublimation masculine du chef patriarcal, y est représenté comme une divinité capricieuse, indéchiffrable et volontiers outrancière (ainsi, il tue Onan parce que celui-ci se refuse au coït avec la veuve de son frère, motif assez mince, étant donné que la loi du lévirat l'y autorisait parfaitement, fût-ce au prix d'un crachat rituel à la face). Peu d'hommes échappent à un préjugé évident de l'auteur contre la gent masculine ; ce sera le cas de Jacob, déconcertant manipulateur qui, après avoir acheté le droit d'aînesse de son frère Esaü, lui dérobe la bénédiction paternelle en se couvrant les mains et la nuque de peau de chèvre pour prendre l'apparence velue de son frère. Son fils Joseph n'est guère en reste à cet égard, et sa comédie cruelle à l'égard de ses frères, quand il est arrivé au pouvoir en Egypte, qu'ils viennent lui acheter du blé et ne le reconnaissent pas, le dépeint comme retors et même sadique. Les femmes, en revanche, constituent une galerie de personnages souvent saisissants ; ne citons pour témoin que Sara, formidable matrone qui chasse son esclave Agar, bien que celle-ci ait donné un enfant à son mari,  parce qu'elle n'entend pas sacrifier sa lignée légitime à des considérations de descendance.

Telle est d'ailleurs la raison pour laquelle le critique littéraire américain Harold Blomm attribue les textes J à une femme qui aurait vécu à la cour du roi Réhoboam.

 Outre sa fidélité à l'égard de la légitimité du royaume d'Israël, c'est-à-dire du nord, le courant élohiste témoigne d'une bien plus grande révérence à l'égard d'Elohim. Même quand Celui-ci est-devenu Yahweh après la Révélation à Moïse dans le désert, c'est un Dieu beaucoup moins passionnel, beaucoup plus politique, et très tôt soucieux de donner à un peuple décidément indiscipliné les structures institutionnelles qui le rendront gouvernable. On reconnaît l'idéologie du courant élohiste, que le courant sacerdotal reprendra avec une détermination sans faille ; seule une religon structurée, ancrée par des rites, peut garantir l'identité politique et culturelle des juifs. L'un des piliers évidents de sa théologie est la sagesse immanente du Seigneur, qui se manifeste au-delà de la compréhension des hommes, ainsi qu'on le voit dans le récit du sacrifice d'Isaac. Son style est nettement plus solennel et parfois, épique, comme en témoigne l'extraordinaire dialogue entre Dieu et Moïse dans le chapitre XI du livre des Nombres, dont on ne relève nulle part l'équivalent dans les textes yahwistes, note R. R. Friedman (27).
 

Bien avant les grandes épreuves d'Israël, J et E avaient jeté les bases de la grande saga hébraïque où Dieu avait tiré son peuple des déserts de la Mésopotamie à droite  et de l'esclavage égyptien à gauche pour le conduire vers la Terre promise. C'était essentiellement une oeuvre poétique retraçant l'histoire de ce peuple avec son Dieu et l'intercession de ses héros, Abraham, Jacob, Moïse... Le courant J, en particulier, nous avait donné ces récits réalistes, intimes ou dramatiques, qui contribuent tant au charme savoureux, "littéraire", du Pentateuqe ; l'épisode où Dieu accompagné de visiteurs mystérieux mange des petits gâteaux devant la tente d'Abraham, le désespoir d'Agar dans le désert, le cheminement d'Abraham vers la montagne où il va égorger son fils unique et les mensonges qu'il lui fait...

 

Le rite sacerdotal se reconnait d'emblée à son autorité et à un ton juridique, ainsi qu'à une propension frappante pour les énumérations et les généalogies. Les textes sacerdotaux surprennent souvent le lecteur contemporain par leur faible spiritualité ; ils ne sont en grande partie que destinés à asseoir les pouvoirs et privilèges des prêtres sous couvert de divination divine, et l'on ne peut qu'être surpris de l'exploitation qu'ils font du sentiment de révérence à l'égard des Livres ; quel lecteur peut admettre que Dieu se soit vraiment soucier de dicter le poids exact des offrandes qu'on devait lui faire, comme dans ce verset du Livre  des Nombres où Il exige une coupe d'argent de soixante-dix sicles ? (Nb. VII, 13) Ou que, tel un commandant de la garde, Il se soit occupé de dicter le code des sonneries de trompettes, distinguant entre appel et fanfare ? (Nb. X, 11-10)

 

Enfin, le style deutéronomique se reconnaît par sa simplicité et une propension au lyrisme exalté étonnamment proche des prophètes. Impossible d'oublier le monologue terrible et bien plus humain que divin de Yahweh qui voit les Hébreux franchir le Jourdain pour conquérir la terre qu'il leur a promise et qui devine déjà qu'ils vont l'oublier, et qui prévoit qu'Il leur pardonnera quand même...

Ouvrir le Livre

Que gagnera-t-on à la connaissance de ces travaux ? Si l'on y perd l'illusion, à vrai dire déjà bien ternier, qu'il fut écrit par un seul homme, son principal héros, Moïse, mon sentiment est qu'à travers les contradictions, les incertitudes, les omissions, les partis pris, les outrances scandaleuses, et peut-être même parce qu'il les percevra encore plus clairement, le lecteur y trouvera l'image encore plus vive, plus émouvante et parfois pathétique d'une épopée qui semblait politique et qui n'était en vérité que spirituelle : Israël ne trouva son identité qu'en trouvant Dieu. Son itinéraire est certes très ancien ; en réalité, il est moderne et quotidien. Il est celui de tous, hommes et femmes, qui s'interrogent et s'interrogeront longtemps sur ce qu'est une identité privée d'axe.

Les pages que voicise proposent d'offrir une lecture critique du Pentateuque. La décomposition du texte selon les quatre courants y est commentée dans les notes marginales et les renvois de ces notes en fin de chapitre. Etablies sur la base des travaux poursuivis dans les trente dernières années et dans le cadre de la nouvelle hypothèse documentaire, en dépit de leur compétence, de leur sagacité et de leur érudition, et même au terme d'un siècle d'études les biblistes modernes aient percé tous les secrets du Pentateuque. Leur modestie est perceptible dans tous leurs travaux et leuers conclusions préliminaires.

Qu'on ne voit donc ici qu'un reflet de leurs travaux, inspirés par la volonté d'inciter une fois de plus le lecteur à ouvrir le Livre.

 

FIN

 Notes

(27) Who Wrote the Bible ? op. cit.

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
commenter cet article
17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 23:54

Avant-dernière partie concernant les cinq livres secrets cachés dans la Bible. Où il est bien évidemment question de Ieschoua qui LUI connaissait la Vérité sur ce qu'il était vraiment advenu dans le désert. Et à qui s'en prend-il toujours ? Aux scribes, aux sacrificateurs, aux Pharisiens. A l'élite Sacerdotale. A ceux qui ont écrit le Pentateuque à la place de Moïse. Et qui l'ont transformé à leur gré pour saigner le Peuple et vivre comme des Princes. Il est bien évident qu'ils ont fait dire à Moïse ce qu'ils ont voulu. Ainsi qu'à Dieu. Même le pire. On prendra comme exemple le rachat des premiers nés... en se remettant bien dans le contexte et en donnant leur vraie signification aux mots...  "tu consacreras à l'Éternel tout premier-né, même tout premier-né des animaux que tu auras: les mâles appartiennent à l'Éternel./Tu rachèteras avec un agneau tout premier-né de l'âne; et, si tu ne le rachètes pas, tu lui briseras la nuque. Tu rachèteras aussi tout premier-né de l'homme parmi tes fils." (Exode 13, 12-13) Les choses sont ici terribles pour ce qu'elles sous-entendent. Le premier-né était racheté et si l'on ne pouvait pas, il était tué. Jusqu'où ils auront été pour escroquer de l'argent à un Peuple inculte et misérable. Nous avons déjà parlé ICI du rachat du premier né pour CINQ SICLES. C'est Dieu qui l'a ordonné et l'argent est pour lui. C'est ce que les Lévites ont réussi à faire croire aux ancêtres naïfs qu'ils ont fait sortir d'Egypte, soit disant pour les sortir de l'esclavage. Sans compter tous les dons et offrandes qu'ils étaient obligés de faire à Dieu et au Temple. Là aussi, c'est le même schéma que pour les prêtres Egyptiens avec une différence. Les Lévites normalement n'avaient pas le droit d'avoir de terre. On sait que par la suite, ils ont passé outre, possédant terres et villes. Souvenons-nous de l'épisode du Temple et de la colère de Ieschoua. "Jésus entra dans le temple de Dieu. Il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons./Et il leur dit: Il est écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs." (Mat. 21, 12-13) et dans Jean, on trouve "Il trouva dans le temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs assis./Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les bœufs; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables;/et il dit aux vendeurs de pigeons: Otez cela d'ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic." (Jean 2, 14 à 16) Croyez bien que depuis qu'IL avait fait son apparition en Palestine, la caste sacerdotale L'avait à l'oeil. IL était même sous haute surveillance. Le Sanhédrin composé de 72 sages -comme la classe des Lévites au départ dans le désert qui n'était que la recomposition du rite Egyptien- avait même diligenté une enquête sur LUI. Ils n'arrêtaient pas d'envoyer des espions et de le faire suivre. Car il est bien évident que les préceptes qu'IL prônait et les attaques virulentes dont IL accablait le clergé mettait sérieusement en danger leur avenir "financier" si le Peuple L'avait écouté. Or cette caste appartenant à Mammon tenait absolument à ses privilèges. Il leur avait d'ailleurs dit ce qu'Il pensait sur la question. Donc ils le savaient... "Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices." (Mat. 9,13) Il y a là dessus quelques  phrases sans équivoque "Alors les principaux sacrificateurs et les pharisiens assemblèrent le sanhédrin, et dirent: Que ferons-nous? Car cet homme fait beaucoup de miracles./Si nous le laissons faire, tous croiront en lui, et les Romains viendront détruire et notre ville et notre nation./L'un d'eux, Caïphe, qui était souverain sacrificateur cette année-là, leur dit: Vous n'y entendez rien;/ vous ne réfléchissez pas qu'il est dans votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas"(Jean 11, 47 à 50) Or la Nation, il est bien évident que c'est eux qui la gouvernaient et qui y faisaient aussi les rois. Ils ont senti venir le péril. Il leur fallait se débarrasser du danger qu'IL représentait. "Et Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs: Il est avantageux qu'un seul homme meure pour le peuple" (Jean 18/14)
Ils n'ont certainement pas fait assassiner Ieschoua sous le fallacieux prétexte qu'IL s'était fait Dieu. Quand on se penche attentivement sur l'épisode du désert, on comprend vite CE qui met le grappin sur le Peuple sorti d'Egypte, nos ancêtres. Ieschoua, LUI, savait. Il avait compris ce que valait réellement ceux qui prêchaient l'Innommable. Et si ces impies avaient interdit de nommer Dieu ou le nommait l'Innommable, c'est qu'ils savaient très bien à quel Dieu ils avaient à faire mais que le peuple devait ignorer. Ceci fera l'objet d'un autre article.

 

 

 Les Cinq livres secrets dans la Bible

 

par Gérald Messadié

4ème partie

 3ème partie

 2ème partie

1ère partie

 

Documents et composition :

les conditions de la mise en forme du texte actuel

 

Quand ces documents à la fois épars et disparates qui servaient de supports aux chantres eurent été récupérés,  il fallut les colliger, puis les recopier afin d'établir une version canonique. D'où l'importance sociale des scribes, à la fois artisans et maîtres d'oeuvres. On voit bien leur statut dans la tumultueuse traversée du désert du Sinaï, lorsque les Hébreux se révoltent contre Moïse. Dieu exaspéré commande alors au prophète de réunir "soixante-dix anciens et scribes des enfants d'Israël". Les scribes étaient les gardiens de la mémoire du peuple et ses guides spirituels. Et c'est la raison pour laquelle leur importance ne cessa de croître tout au long de l'histoire d'Israël.

Ce fut alors, et pour la première fois, que des lacunes apparurent dans les documents et entre ceux-ci. Des lettrés furent chargés de les combler et ils le firent dans le style qui leur était le plus familier ou le plus plausible, tous à mille lieues d'imaginer qu'un jour des érudits exigeants se pencheraient sur leur travail et décideraient que tel texte était probablement du Xe siècle et tel autre du VIe : c'était de la composition. Pour effectuer leurs liaisons, certains imitèrent les textes yahwistes, les autres, les élohistes. Puis des préférences se manifestèrent : tel récit était plus conformes aux idées du temps et l'on constitua donc des compositions avec des documents yahwistes et élohistes à la fois, comme il en est tant le livre de la Genèse et dans celui de l'Exode. C'est ainsi que le Livres des Nombres, le Lévitique et le Deutéronome ne soufflent mot de l'histoire de Joseph, ni de celle d'Adam et Eve, comme on l'a vu.

On comprend alors que pendant près de sept siècles, du Xe au IIIe siècle avant notre ère, contradictions, doublons et anachonismes n'avaient pu être éliminés par les scribes : ils n'en avait pas pris conscience jusqu'alors. Et quand ils les découvrirent, ils n'avaient pas d'autorité pour y remédier ; ces textes avaient été sacrés par la tradition ; l'ancienneté leur prêta le prestige de la révélation, car ils remontaient à ces temps où Dieu venait s'adresser aux prophètes face à face et, parfois même écoutait leurs remontrances.

Pis, la transcription ne s'est pas effectuée de manière continue, ni cohérente, ni encore sous une autorité centrale, mais sans doute souvent sous l'influence de l'antagonisme héréditaire entre Israël et Juda, d'où de nouvelles contradictions.

 

La Nouvelle Hypothèse documentaire : des couches dans les courants...
et une clef pour comprendre le procès de Jésus

 

A la lumière de ces analyses, il fallut, vers le milieu de la décennie soixante-dix, replacer dans une nouvelle perspective non seulemente le courant yahwiste, mais les trois autres aussi bien.

En ce début du IIIe millénaire, un nouveau consensus s'est instauré sur les bases suivantes, établies grâce à des biblistes tels que Hemann Gunkel, Albrecht Alt, puis Gerhard Von Rad (24) :

        # Les grandes lignes des quatre courants, telles qu'elles ont été esquissées plus haut, demeurent inchangées ; mais ces courants sont moins homogènes dans le temps et le contenu qu'on s'en était avisé. Il faut y distinguer des couches et des ramifications. Ainsi, le courant yahwiste, J, n'a pas reproduit un document unique au Xe siècle, mais plusieurs documents jusqu'au VIIIe siècle et peut-être jusqu'au VIIe, à l'époque où Josias, roi de Juda, entreprenait de restaurer à la fois Jérusalem et la religion. J et E ont assré, dès le Xe siècle pour premier et la fin du IXe pour le second, la transmission orale de récits fondateurs. Mais les documents J et E ont été récrits à plusieurs reprises. Et même ceux de leurs éléments qui paraissaient homogènes le sont bien moins qu'ils avaient paru, et même sont parfois complètement hétérogènes.

Ainsi l'histoire de Joseph, que se partagent J et E, avait passé jusqu'au dernier quart du XXe siècle pour un récit fondateur très ancien, qui faisait l'unanimité de tous les milieux juifs depuis des temps anciens, car il servait de lien entre la Genèse et l'Exode. Mais sur ce point comme sur bien d'autres, un revirement intégral s'est produit à la fin du XXe siècle  : ce serait au contraire, un écrit tardif, qui daterait même selon certains, de la période suivant l'exil, c'est-à-dire du VIe siècle (25).

Le Deutéronome a également fait l'objet d'une révision fondamentale. Jusqu'à Martin Noth, l'un des plous éminents successeurs de Wellhausen, on lui avait attribué une homogénéité certaine. Mais, dans le derniers tiers du XXe siècle, il a fallu admettre qu'il se subdivisait en deux courants au moins : le premier, D, devenu Dtr 1 et antérieur au VIIe siècle, avait produit le Livre de ce nom redécouvert lors de la rénovation du Temple de Jérusalem sous le règne de Josias, vers 632 avant notre ère ; le deuxième, formé pendant le second exil à Babylone, comme le courant sacerdotal P, en 550 avant notre ère, appelé Dtr 2, avait entraîné une remise à jour de ce Livre (d'où les éloges de Josias qu'on y trouve). Il y aurait même une troisième vague, Dtr 3, qui avait prolongé son influence jusqu'à la rédaction de la version finale du Pentateuque qui nous est parvenue. Peut-être l'hypothèse de cette troisième vague n'est-elle pas indispensable à la compréhension du Deutéronome, sauf si l'on exige des textes une homognénéité parfaite. D est un courant puissant, puisqu'on en trouve des traces dans Josué, Rois, I et II Samuel, chez Jérémie... Il est possible qu'il n'ait pas été toujours homogène.

On admet aujourd'hui les trois autres points suivants :

        # L'immense haggadah ou saga des juifs, qu'on retrouve dans les Livres de la Genèse, de l'Exode et une fraction des Nombres, revient au courant J et E et à eux seuls. Ce sont eux qui ont fourni les documents de base et les premières transcriptions de traditions orales. D et P ont ensuite appelé ce peuple à suivre son Dieu dans le rappel constant de ce principe : le salut ne peut résider que dans la Loi. Là, le ton devient sévère et les rédacteurs ne sont plus soucieux que de retracer et d'exalter la protection que Dieu a accordée aux juifs de manière préférentielle, et Sa sagesse infinie.

        # A l'apparition des courants deutéronomiste et sacerdotal, D et P, respectivement aux VIIe et VIe sicèles, de nouvelles rédactions du Pentateuque ont été entreprises, incorporant les écrits J et E, mais en y ajoutant des éléments nouveaux, tels que le Jardin d'Eden. A l'évidence, ces rédactions n'ont pas été faites non plus sous une autorité centrale de coordination. D'où les contradictions qui apparaissent cette fois entre D et P et qui s'ajoutent aux contradictions précédentes.

En résumé, on peut donc considérer que tout s'est donc passé comme si le couple de courants D et P avait succédé au couple J et E dans l'établissement du Pentateuque. On ne peut donc plus s'étonner qu'à partir du chapitre XV du Livre de l'Exode, les documents yahwistes disparaissent quasiment du Pentateuque pour ne plus reparaître que par fragments épars et mineurs dans le Livre des Nombres ; admissibles à la rigueur dans les récits des origines, ils étaient trop familiers et au fond trop irrévérencieux pour figurer dans l'ensemble solennel de textes que Josias et l'établissement sacerdotal entendaient imposer aux juifs.

        # Entre 515 et 398 avant notre ère, c'est-à-dire entre l'achèvement du Second Temple et la promulgation du Pentateuque comme Loi judaïque, un travail d'harmonisation des Cinq Livres se révéla nécessaire pour imposer au peuple l'ensemble (traditionnellement attribué à Moïse) qui comprenait obligatoirement le Lévitique et le Deutéronome, Livres fondamentaux des lois et prescriptions du judaïsme. Tâche immense, d'une part rendue plus aisée par la disparition des royaumes du Nord et du Sud et les revendications de légitimité attachées, mais de l'autre compliquée par le respect que les scribes portaient aux évènements des temps anciens.

Il était déjà assez ardu d'établir une version canonique à partir de textes vieux de plusieurs siècles, de décider lequel des documents du courant yahwiste devait être préféré à celui du courant élohiste et d'effectuer les chevilles de liaison entre l'un et l'autre texte ; mais entreprendre une harmonisation en profondeur pour gommer les contradictions était impossible ; cela eût suscité d'interminables querelles d'écoles et de docteurs (26) Chaque rédacteur décida donc au cas par cas, en son âme et conscience.

Le résultat est le Pentateuque qui nous est parvenu.

Enfin, et sans entraîner de révisions aussi profondes, la Nouvelle Hypothèse a sensiblement affiné la connaissance du courant sacerdotal. Celui-ci s'est affirmé aux nouvelles analyses comme un courant de censure et de sélection autant qu'un courant théologique et un instrument de pouvoir. Dans un radicalisme sourcilleux, il élimine tout ce qui n'a pas trait à l'essence de la foi judaïque. C'est ainsi qu'il n'inclut ni l'histoire d'Adam et d'Eve, ni celle du Serpent qui parle dans le Jardin d'Eden, ni les histoires d'anges qui visitent Sodome et Gomorrhe, ni celle de l'ange qui retient la main d'Abraham au moment où celui-ci s'apprête à sacrifier son fils Isaac, ni celle de la lutte de Jacob avec l'Ange, ni la présence de Dieu aux côtés de Moïse quand celui-ci frappe le rocher. Il tend à rejeter le surnaturel, le folklorique et, en règle générale, tous les midrash dont les courants J et E sont fertiles.

Mais surtout, il met la main, et quel autre terme utiliser, sur deux des Livres qui commandent le plus étroitement l'administration juridique et politique d'Israël après les épreuves que ce peuple a traversées ; le Lévitique et les Nombres. Il entend affirmer que le pouvoir légitime suprême en Israël est détenu exclusivement par les prêtres, seuls détenteurs de la Loi, seuls maîtres des rituels et seuls intercesseurs entre le peuple et Dieu. Ils sont partisans de l'interprétation la plus fermée de la Loi. C'est à partir d'eux qu'Israël prend la tournure théocratique qui va se perpétuer jusqu'à la chute de Jérusalem en l'an 70.

La Suite... Dernière partie

Notes

(24) La recherche sur l'Hypothèse documentaire a postulé à un certain moment que le Pentateuque aurait d'abord été un Tétrateuque, sans le Deutéronome, puis un Hexateuque incluant Josué.

(25) Comme le rappelle Pierre Soisson (A propos de l'authenticité du Pentateuque, op. cit., "... pour qu'il y ait apparition d'une littérature écrite, il ne suffit pas de connaître une écriture. Il faut que cette écriture soit connue par un certain nombre de gens cultivés et assez répandue pour trouver des lecteurs...".

(26) Ronald S. Hendel a donné, dans son étude textuelle des onze premiers versets de la Genèse, The Text of Genesis 1-11 (Oxford University Press, New York - Londres, 1998) un aperçu des problèmes considérables que la version canonique de ce seul fragment peut poser aux hébraïstes.

Posté par Adriana Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
commenter cet article
17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 16:47

 L'histoire d'Adam et Eve a donc été rajoutée très tardivement dans la Genèse. Et empruntée à d'autres traditions. Il faut bien se dire que tous ceux qui ont fait ces rajouts ne l'ont pas fait au hasard. Ils poursuivaient un but ou ... plusieurs. On connaît, dans tous les cas, la funeste conséquence du Péché Originel. Sur les femmes, notamment, et ce, dans toutes les religions, sans exception, et plus particulièrement chez les extrêmistes qui suivent aveuglément leurs livres dits "sacrés", à la lettre sans en saisir l'Esprit. La lettre tue, l'Esprit vivifie, nous le savons. L'élite sacerdotale sortie d'Egypte qui encadrait nos ancêtres incultes et ignorants possédait, bien évidemment, la Tradition orale soigneusement "gardée" et dissimulée au Peuple. Ainsi en était-il aussi en Egypte. Les "leaders" n'ont fait que reproduire ce qu'ils avaient déjà pratiqué avant de se faire éjecter d'Egypte. N'oubliez pas que pour nous la "véritable histoire" se passe au refoulement des Hyksos d'Egypte. Ces derniers étant des barbares sanguinaires qui ont ruiné l'Egypte. Aux dires des Egyptiens, une vraie calamité. Voilà le commentaire de Manéthon, un prêtre Egyptien qui a écrit l'histoire de l'Egypte sur ordre du Pharaon Ptolémée Ier « Sous le règne de Timaos, Dieu fut irrité, on ignore pourquoi, et des hommes de race ignoble, venant à l'improviste des régions orientales, envahirent l'Egypte, pénétrèrent dans la contrée et s'en emparèrent en peu de temps, presque sans combat; ils opprimèrent les chefs du pays, brûlèrent les villes avec fureur, et renversèrent les temples des dieux. Ils se conduisirent en ennemis cruels contre les habitants de l'Egypte, réduisirent en esclavage une partie des femmes et des enfants ; et, ce qui mit le comble aux malheurs de l'Egypte, ils choisirent un d'entre eux, nommé Salathis, et ils le firent roi. Salathis se rendit maître de Memphis, sépara par là la haute Egypte de la basse, leva des impôts, plaça des garnisons dans les lieux convenables, et fortifia particulièrementla partie orientale du pays. Méditant une entreprise contre les Assyriens, alors très puissants, Salathis se rendit dans le nome Méthraïte, releva une ancienne ville située à l'orient de la branche bubastique du Nil, nommée Avaris, la ferma de fortes murailles, et il y rassembla deux cent quarante mille hommes; il les visitait dans la belle saison; il les nourrissait, les comblait de présents, et les exerçait aux manœuvres militaires, afin d'inspirer le respect et la crainte aux nations étrangères. Salathis mourut après avoir régné pendant dix- neuf ans. »  En lisant Champollion, vous en apprendrez encore davantage. Pour lui, les Hyksos et les Juifs étaient ensemble. Flavius Josèphe ne cachant pas d'ailleurs que pour lui, les Israélites sont les descendants des Hyksos.

A ce niveau, nous nous permettons de dire que non, pas tous étaient des descendants des Hyksos ou pas tous sont des descendants du peuple qui passa quarante ans dans le désert. Parce qu'il y en avait beaucoup qui n'avaient jamais quitté Canaan ou d'autres pays environnants. C'est pour cette raison d'ailleurs qu'il y a eu une scission à une époque et deux royaumes. Les vrais Israélites n'étaient pas d'accord avec la nouvelle religion ramenée du Sinaï. Tout comme ils ne connaissaient pas l'Hébreu. D'autre part, il faut signaler aussi que la population judaïque était maintenue dans une grande inculture soigneusement entretenue par le Sacerdoce. Les pauvres ne savaient ni lire ni écrire, comme tant d'autres peuples... il n'y avait pas de surcroît de livre comme aujourd'hui. C'était donc les prêtres qui lisaient la Loi à leur convenance. Cela fait un peu comme lorsque la messe était dite en latin et que personne n'y comprenait goutte. Les vaticanistes ont bien retenu les leçons de leurs frères lévites et on peut même comparer l'Inquisition à l'extermination des Rebelles dans le désert. Il y a beaucoup de points communs entre ces deux religions. Moins le Peuple en sait, mieux c'est. Et l'on voit où ça mène.

 

 

 

 

Les Cinq livres secrets dans la Bible

 

par Gérald Messadié

 3ème partie

 2ème partie

1ère partie

Chronologie et caractères des quatre courants

 

    # Jusqu'en 1975 il apparaissait ainsi que le courant Yahwiste, J, semblait être le premier qui eût reçu les traditions orales pour les coucher par écrit, au Xe siècle avant notre ère, c'est-à-dire au début de l'époque royale. Son ou ses rédacteurs étaient du sud, Jérusalem et Judée, et leur idéologie était monarchiste ; les patriarches-prophètes, Abraham, Jacob, Moïse, y figurent comme des médiateurs choisis par Dieu entre Lui et les juifs ; mais l'autorité légitime sur le peuple juif est celle du trône de David dont le siège est à Jérusalem.

    # Le courant élohiste, E, est apparu au IXe siècle dans le nord ; c'est le courant légitimiste d'Israël proprement dit, par opposition au sud, Juda. Pour ses tenants, la lignée légitime du royaume voulu par Dieu est celle d'Ephraïm, le petit-fils de Jacob, et la capitale d'Israël n'est pas Jérusalem mais Sichem, qui fut effectivement la capitale de Jéroboam, schismatique roi du Nord.

Plusieurs auteurs estiment qu'à un certain moment les courants J et E auraient fusionné pour former un courant subsidiaire, dit "jéhoviste" Mais à partir de l'effondrement du royaume du Nord, Israël, au VIIIe siècles, ces deux courants se sont amenuisés, puisque la rivalité entre Israël et Juda avait disparu. Ce qui n'implique cependant pas que ces courants aient eux-mêmes disparus, comme le donnent à penser plusieurs indices.

    # Le courant deutéronomiste, D, est celui qui pose aujourd'hui le plus de problèmes aux exégètes ; en effet, s'il est certain qu'il exista un "livre de la Loi de Yahweh", un Deutéronome, antérieur au VIIe siècle (c'est celui qui fut découvert en 632 avant notre ère dans les caves du Temple, lors de la restauration de l'édifice sous le règne de Josias), on ne peut déterminer l'époque à laquelle il fut écrit, cerner ses auteurs ni définir avec certitude la part qui en demeure dans le Deutéronome qui nous est parvenu. 


   Dans l'ensemble, ce courant se distingue par sa soif de justice ; il se fonde sur le respect rigoureux de la Loi, mais son inspiration est spécifiquement laïque ; Israël ne peut survivre que par l'entière adhésion de tout le peuple à la loi mosaïque (il serait anachronique d'imaginer qu'il existait alors une autre loi que la loi religieuse). Et le respect de la volonté divine s'incarne dans l'observance scrupuleuse des lois de l'Alliance que Dieu a dictées à Moïse non seulement dans la plaine de Moab, mais également au mont Horeb, lors du renouvellement de l'Alliance. Le Deutéronome se distingue par des accents exaltés qui évoquent les prophètes, mais sa réserve à l'égard des prophètes est évidente : pour ses auteurs, il n'y a qu'un seul véritable prophète, Moïse.


   D est aussi un courant canonique : à partir de la perspective que lui donnent les siècles écoulés, il entend imposer une interprétation de l'histoire d'Israël. Pour lui, l'Alliance entre Dieu et le peuple juif a été renouvelée après la chute de Jérusalem ; c'est la base de son espérance. En effet, la chute de la Ville sainte a été vécue par le peuple juif comme une rupture de l'Alliance et interprétée comme la sanction de ses errements(15).

    # Enfin, le courant sacerdotal, P,également canonique, est, lui, spécifiquement religieux ; contemporain de D, il est comme lui partiellement inspiré par J et E à la fois, mais il s'en différencie et même s'y oppose tacitement en ce qu'il fait de l'établissement sacerdotal et des rites les instruments fondamentaux du rachat et du salut d'Israël : ainsi, chef des  prêtres, Aaron apparait comme investi d'un pouvoir égal, sinon supérieur à celui de Moïse. Les traits du principal auteur sacerdotal apparaissent clairement dans les textes P : pour R. E. Friedman(16), ce serait un prêtre qui vivait à Jérusalem à la chute de la ville, en 587 avant notre ère. Mais "principal auteur" ne signifie pas "seul auteur". De fait, le courant sacerdotal s'est constitués autour de prêtres exilés, soit en 722, soit en 587, et d'un Code Sacerdotal(17). Il semble cependant que d'autres textes sacerdotaux aqient été rédigés après le retour d'exil.

Plusieurs points unissent cepandant les courants P et D et en particulier celui-ci : l'identité du peuple juif passe obligatoirement par la séparation vis-à-vis des autres peuples, d'où l'interdiction des mariages mixtes. Pour l'un et l'autre, il fallait empêcher le peuple d'Israël de se fondre dans le mascaret de religions environnantes, plus "commodes", parce qu'elles offraient à la religiosité des supports visibles, alors que le Dieu juif est essentiellement métaphysique, et que tout ce qu'on peut en savoir est qu'il est masculin. En effet, apparus dans une époque où les juifs étaient menacés d'assimilation ethnique et religieuse par les puissances militaires environnantes, ces deux courants se présentent comme les garants à la fois de cette identité et de l'héritage juif en péril.

On peut à ce point-ci résumer la question dans les termes que voici : les quatre courants sont essentiellement politiques et religieux et le quatrième, P, essentiellement religieux.

Les deux courants D et P ont prolongé leur influence jusqu'à la rédaction de la version finale du Pentateuque, au IVe siècle. D'où les reflets qu'on en trouve dans d'autres Livres que dans le Pentateuque. Ainsi, l'on reconnait l'influence de D dans les livres de Josué, des Juges, de Samuel I et II, Jérémie... Postériedurs à J et E, les courants D et P se sont évidemment taillé la part du lion dans la récriture du Pentateuque. Relativement discrets dans les Livres des Origines, Genèse ou Exode, qui étaient en quelque sorte scellés par la tradition, ils dominent les Livres au contenu plus spécifiquement législatif  : ainsi une très grande partie du Lévitique est due au courant P, lui aussi, avec au moins trois chapitres D.

De toute le Pentateuque, le Deutéronome est le seul qui ne comporte quasiment aucune intervention des autres courants (les quelques interventions E et l'ajout P suggérés par certains biblistes ressemblent bien plus à des emprunts qu'à des ajouts).

Les quelques indications que voilà ne sauraient certes rendre compte de la littérature considérable sur l'Hypothèse documentaire et tel n'est d'ailleurs pas leur but. Il existe probablement autant de variantes de cette hypothèse que d'auteurs. Elle ne sauraient non plus définir dans le détail les orientations idéologiques des quatre courants.

Unpoint est certain : ces quatre courants se retrouvant dans les textes du Pentateuque, celui-ci leur est postérieur dans la forme que nous connaissons.

Le terrain paraissait donc à peu près défriché. Il devenait possible de découper le Pentateuque selon les lignes que voilà, pour distinguer quel texte avait été écrit, à quelle époque et les influences historiques qu'il avait exercées ou subies. Les doublons et les contradictions s'expliquaient par des ajouts et des révisions apportés au cours des siècles. De fait, deux reconstitutions du Livre J furent publiées (18) ; elles étaient toutes deux riche du mérite de leur finesse analytique, mais comme il apparut par la suite, elles étaient entachées du formalisme inévitable de leurs thèses. Elles donnaient aussi à penser qu'il y aurait eu essentiellement un auteur J qui avait écrit d'un trait une vaste part du Pentateuque (Deutéronome excepté, évidemment). C'était peu plausible.

En effet, pendant ce temps-là, les analyses se poursuivaient, et le propre de l'analyse est d'être interminable.

 

L'histoire d'Adam et Eve : plus récente qu'on l'avait cru

 

A partir de 1975, en effet, certains problèmes apparurent dans le découpage qui avait semblé si simple : comme l'observe un spécialiste éminent, Joseph Blenkinsop (19), l'histoire de l'Eden, qui n'est rapportée que par J, est inconnue dans les textes antérieurs à l'Exil de Babylone. C'est-à-dire qu'au XIe, Xe ou IXe avant notre ère, époque à laquelle les courants yahwiste et élohiste étaient vivaces, personne ne connaissait cette histoire, devenue par la suite l'une des plus célèbres du monde, et que le rédacteur yahwiste est le seul à rapporter. Le premier écho qu'on en trouve est chez le prophète Ezechiel, qui la raconte à sa façon (20). C'est-à-dire encore que cette histoire date au plus tôt du VIe siècle avant notre ère. Autant dire, en termes d'histoire, qu'elle est assez récente. Et que c'est un ornement dramatique tardif, probablement recueilli au cours de l'exil et introduit dans la Genèse, pour capter l'attention des auditeurs par cette fable sur la Faute originelle.

Comment ne pas évoquer l'idée de Platon, selon qui le mythe est un résumé de philosophie ? Pour les biblistes, en tout cas, l'inspiration de la fable d'Eden se rapproche des écrits bibliques de sagesse, dit sapientiaux : or, ceux-ci sont postérieurs au retour d'Exil, c'est-à-dire au VIe siècle.

Mais l'analyse des textes ? Elle semblait infaillible ; elle avait daté le texte yahwiste au Xe siècle. Certes, ce texte comportait un anachronisme constant, qui est l'usage de la forme de Yahweh bien longtemps avant que Dieu se fût révélé à Moïse sous ce nom-là : les Patriarches ignoraient le nom Yahweh. Mais enfin, on pouvait admettre qu'un rédacteur yahwiste écrivant au Xe siècle avait jugé que cette forme du nom divin, éternelle et préexistante, pouvait être utilisée dans le récit d'évènements antérieurs.

Or, une analyse plus approfondie avait mené à des constatations troublantes : ainsi, l'histoire d'Adam et Eve comporte une multitude de termes qui ne sont apparus qu'assez tard en hébreu, vers les VIIe et VIe siècles avant notre ère justement. C'était fâcheux pour la thèse traditionnelle : pour le linguiste aussi bien que pour l'exégète historique, ce texte yahwiste avait donc été récrit, sinon rédigé trois à quatre siècles après l'époque supposée. Et même, un à deux siècles après la disparition du courant yahwiste, puisque ce dernier et le courant élohiste s'étaient éteints entre 721 et 701, sous l'occupation assyrienne des royaumes du Nord et du Sud, quand il n'y avait alors plus de légitimité du nord ou du sud à défendre.

La déduction de ces constatations linguistiques était encore plus déconcertante ; l'histoire du Paradis terrestre ressemblerait fort à un ajout écrit à la manière du courant yahwiste, ou peut-être à l'aide de documents anciens, désormais introuvables.

Mais le récit de l'Eden n'est qu'un exemple parmi de nombreux autres.

Ici s'impose une précision indispensable. Pour le lecteur contemporain, les seuls termes à la manière de évoquent un faux ou, au mieux, un pastiche. C'est là un point de vue contemporain, qui reflète un système culturel où seule l'originalité est garante d'authenticité, c'est-à-dire de valeur, concept totalement inconnu aux temps antiques. Il convenait alors de se référer à un modèle stylistique approuvé de tous, et ce modèle était toujours ancien. D'où, aussi bien dans la Chine antique que dans l'Egypte du Nouvel Empire et dans la Grèce héllenistique, des retours à un style antique, dit archaïsant. L'Orient sémitique n'échappa pas à ce concept. A la fin du IIIe siècle avant notre ère, le mouvement de rébellion qui sépara les juifs traditionalistes des juifs hellénisés produisit ainsi une littérature pareillement archaïsante, dont l'ouvrage le plus connu est le Livre d'Enoch, rédigé par le courant dit essénien dans le style des prophètes.

Autre point qui rappelait une révision : contrairement à ce qu'on avait longtemps cru, le courant D avait modifié les textes des trois courants indiqués plus haut et son influence sur la version finale avait été plus profonde qu'on l'avait d'abord supposé.

 

Une étape cruciale : le passage de la tradition orale au texte écrit

 

La question originelle se posait de nouveau : qui avait donc rédigé le texte du Pentateuque tel que nous le connaissons et qui date au plus tôt du VIe siècle avant notre ère (21) ? Des auteurs de tendances différentes, certes, mais ces tendances ne s'étaient-elles pas fragmentées ? Et de quelle époque datait la mise en forme de leurs documents ? Car il convenait dès lors de distinguer entre deux notions essentielles : d'une part, celle de document et de l'autre, celle de composition. Dans bien des cas, en effet, les rédacteurs disposaient de documents anciens, J et E, avaient jugé nécessaire de les remettre en forme et avaient pour cela recouru à la composition.

Pour le comprendre, force est de revenir à l'histoire d'Israël.

Quand, humiliés et rebelles au retour de l'exil babylonien, les prêtres de Jérusalem prirent conscience de la nécessité d'un Livre de Mémoire autant que d'un Livre qui fonderait l'Israël futur, ils disposaient d'atouts précieux, mais ils n'en survivaient pas moins en tant que populations distinctes dotées d'une culture spécifique. Leur héritage était unique, puisqu'ils étaient alors, avec les Perses mazdéens, les seuls monothéistes du monde.

Des difficultés : l'entreprise de récupération des documents était ardue. Il fallut alors rassembler les morceaux épars des textes transmis depuis des siècles, qui se trouvaient aux quatre coins du pays, et qui sans doute, voire certainement, étaient souvent fragmentaires. Les envahisseurs avaient brûlé les sanctuaires, dispersé les prêtres et les manuscrits. Le parchemin n'existait pas, on écrivait sur des feuilles de papyrus, des planchettes de bois, des pièces de cuir que les rats et le temps avaient parfois grignotées.

Parfois la mémoire des chantres était plus fiable que le support matériel du texte. Car on méconnaitrait un aspect essentiel de l'impact de l'Ancien Testament et du Pentateuque en particulier si l'on négligeait le fait que sa récitation était psalmodiée selon des rythmes marqués par des signes de cantillation quo'n retrouve dans les versions écrites (22). D'où les répétitions si nombreuses qui prêtent à la lecture moderne une monotonie déconcertante. Seule cette forme psalmodiée, proto-musicale, permettait de graver une trace profonde dans les mémoires d'auditeurs qui ne savaient ni lire ni écrire. Car le rythme musical permet de mieux mémoriser un texte.

Rappelons à cet égard que le plus ancien alphabet sémitique n'apparaît qu'au XIIIe siècle avant notre ère, et que l'écriture courante n'apparaît qu'au IXe siècle, date à laquelle les caractères hébreux prennent leur forme(23). Ce qui incidemment fait bonne et définitive mesure de l'hypothèse, d'ailleurs exclue depuis plusieurs siècles, que Moïse ait pu écrire le Pentateuque, puisque Moïse ne peut être postérieur au XIIIe siècle. Il n'a été possible d'entreprendre une version écrite -encore très fragmentaire- des Cinq livres qu'au IXe siècle. Cette entreprise n'a évidemment pu se faire ex nihilo ; il existait un corpus de de récits transmis oralement. Les uns provenaient du nord et ils étaient élohistes, les autres du sud, et ils étaient yahwistes.

Par ailleurs, les contradictions et doublons n'apparaissent qu'aux yeux du lecteur qui dispose de l'ensemble du Pentateuque et qui est suffisamment lettré pour le parcourir en quelques jours. Tel n'était certainement pas le cas au Xe, ni même au VIII, voire au VIe siècle avant notre ère, où seule une très faible minorité pouvait lire et écrire couramment ; certains passages du Pentateuque étaient sans doute plus souvent récités que d'autres, et ce n'étaient pas les mêmes qui étaient lus dans le sud et dans le nord.

On ne peut établir ici à quel moment la récitation chantée de l'Ancien Testament a fait place à la lecture au sens moderne du mot ; mais ce fut indéniablement tard, vers le IIIe ou IIe siècle avant notre ère, peut-être même plus tard. Il faut, quand on aborde l'impact, la diffusion et l'histoire du Pentateuque, garder en mémoire que ce ne fut réellement qu'à l'avènement de l'imprimerie à caractères mobiles, à la fin du XVe siècle de notre ère, que commença la lecture solitaire des textes. Jusqu'alors, seuls quelques rares scribes, prêtres et docteurs de la Loi avaient une connaissance globale du Pentateuque. D'où les doublons, contradictions et anachronismes qu'on y relève.

Quatrième partie

Notes

 (15) C'est le point de vue auquel souscriront les évangélistes du Nouveau Testament, qui insistent pour présenter Jésus comme le descendant légitime de David.

(16) Who Wrote the Bible ? Summit Books, New York, 1987.

(17) Olivier Artus, Le Pentateuque, Cahiers Evangile/Cert 1999.

(18) David Rosenberg et Harold Bloom, The Book of J, Grove Weidenfeld, New York, 1990.

(19) The Pentateuch, An Introduction to the Fist Five Books of the Bible, SCM Press Ltd. Londres, 1992.

(20) C'est la lamentation sur le roi de Tyr dans le Jardin d'Eden, où l'injustice s'introduit, entraîne la corruption de la sagesse et entraîne l'expulsion du Jardin (Ex. XXVIII, 11-19)

(21) En effet, le Deutéronome n'y aurait été incorporé qu'à la fin du VIe siècle. C'est la thèse d'Albert de Pury (Le cycle de Jacob comme légende autonome des origines d'Israël, J.A. Emerton éd., Louvain 989), à laquelle souscrit Robert Michaud, in Débat actuel sur les sources et l'âge du Pentateuque, Médiaspaul, Montréal, 1994, Les éléments J et E de l'histoire de Joseph seraient des transcriptions et mise en forme d'une tradition orale récente. Le "rajeunissement" de l'histoire de Joseph est peut-être excessif, mais divers points -et notamment le fait que le Deutéronome l'ignore totalement - donnent, en effet, à penser que plusieurs milieux lettrés, sacerdotaux et législatifs, la tenaient pour un midrash sans valeur fondatrice. Cette histoire se serait formée au VIIIe siècle avant notre ère, peut-être après la chute de la Samarie en 722, quand le sentiment de la prédestination d'Israël et de l'Alliance commençait à défaillir.

(22) Il faut ici rendre hommage aux travaux de Suzanne Haïk-Vantoura, résumés dans La Musique de la Bible révélée (1976), grâce auxquels on a compris l'usage des accents qui accompagnent la graphie de la Bible.

(23) Pierre Soisson, A propos de l'authenticité du Pentateuque, Cahiers du Cercle Ernest Renan n° 210.

Posté par Adriana Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
commenter cet article
17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 15:49

 Comme vous avez pu le constater au travers des divers textes que nous posons, nous sommes dans une recherche en ce qui concerne nos "Ancêtres". Nous cherchons la Vérité. En nous servant de tous les moyens qui sont à notre disposition. En cherchant dans les Livres Anciens et Sacrés de tous les Peuples. En nous attachant aux symboles millénaires qui ont traversé les siècles mais dont de nombreux vestiges portent encore la trace. Notamment en Egypte. En nous plongeant par des moyens paranormaux dans l'ambiance de ces temps-là. On obtient beaucoup de résultats en pratiquant des régressions dans le temps sous hypnose. Et enfin, nous sommes quelques peu aiguillés -mais très peu- par des personnes que nous connaissons,  qui savent -ce sont des Initiés- mais qui ne sont pas dans notre camp. Ils ne sont pas dans notre camp mais ils nous livrent parfois des indices qui nous permettent d'affiner notre recherche. Comment se fait-ce... allez vous penser ? Il faut savoir que lorsqu'on acquiert un certain degré de Connaissance, on rencontre des "Adversaires" avec qui s'installe parfois une admiration réciproque par rapport à une certaine vision du monde et à sa Compréhension. Si nous ne nous battons pas pour le même idéal, au moins, nous estimons-nous suffisamment pour nous taire plutôt que de mentir lorsque nous abordons les "questions épineuses". Ces dernières lignes sont, bien sûr, destinés à ceux qui s'y reconnaîtront. Merci pour le "peu".

Justement dans la suite des Cinq livres secrets dans les Evangilesci-dessous, il est question du fameux "Exode" dont on n'a retrouvé aucune trace dans le Sinaï. Comme vous pourrez le lire ICI, suite à certaines fouilles archéologiques dans et sur le lieu. Cet exode qui aurait duré 40 ans alors que quelques semaines auraient suffi pour parvenir en terre de Canaan. En admettant que cela soit vrai -sous toutes réserves- pourquoi CEUX QUI CONDUISAIENT LE PEUPLE l'auraient-ils contraint de rester quatre décennies dans le désert ? En sachant qu'un grand nombre ont été exterminés parce qu'ils se rebellaient contre l'autorité de Moïse et d'Aaron. Souvenons nous de l'épisode où Moïse descend de la montagne et voit que le Peuple a sacrifié au veau d'or fabriqué par Aaron. Il réprimande ce dernier mais par contre il donne ordre de tuer tous ceux qui ont "désobéi". Et ceux qui doivent exterminer sont les gens de la famille de Lévi. On y revient toujours. "Il leur dit: Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël: Que chacun de vous mette son épée au côté; traversez et parcourez le camp d'une porte à l'autre, et que chacun tue son frère, son parent. Les enfants de Lévi firent ce qu'ordonnait Moïse; et environ trois mille hommes parmi le peuple périrent en cette journée." (Ex. 32, 27-28). D'autres exécutions sont faites en les attribuant à l'Eternel en guise de représailles. Mais nous avons désormais compris qu'il faut remplacer l'Eternel ou Yahweh par Lévites pour avoir une bonne compréhension de ce qu'il advint vraiment. Pour nous, l'épisode de l'Exode se situerait à l'expulsion des Hyksos dont on sait que Joseph fut le gouverneur d'un des rois. Il est très important de noter dans l'Ancien Testament que tout ce qui est passé sous silence est d'une extrême importance. On ne parle pas de l'occupation égyptienne en Palestine. On ne parle pas des Hyksos non plus. On ne parle pas non plus du Dieu qu'adorait les Hyksos. Ceci vous le lirez bientôt. Mais il faut quand même savoir, et cela a son importance pour la politique actuelle qui se passe en Israël, que ce sont les Hyksos qui ont créé ou bâti Jérusalem, à l'origine. Dans le temps et dans l'Histoire, Hermétistement tout se tient. Donc les Ancêtres ont été jugulés durant quarante ans dans le désert, en exterminant une bonne partie des anciens. ON a fait en sorte que n'arrive en Canaan que ceux qui ignoraient tout de la fuite d'Egypte. Ceci est très important au niveau de notre recherche. Car nous en avons déjà déduit qu'ils sont sortis de la servitude d'Egypte pour entrer dans une autre, beaucoup plus pernicieuse. Et vicieuse. Dont le résultat s'est répercuté de générations en générations -pour ceux qui faisaient partie du lot- et se fait toujours ressentir aujourd'hui, et même plus que jamais par rapport à ce qui se perpètre en Palestine et en Israël. Nous répétons, tout se tient. Et croyez-le, cela a des racines profondes qui nous plonge dans les Mystères Egyptiens mais aussi aussi dans certains pays de l'Est car les Hyksos étaient apparentés aux Scythes qui deviendront des Huns et plus tard des Khazars. Personne n'ignorant que les Juifs Ashkenazes sont des descendants des Khazars et que ce sont aussi eux qui ont importé le Sionisme en Palestine. Nous allons mieux expliciter cela sur un autre site en évoquant "les groupes d'âmes...". Comme nous vous le disions plus haut, Hermétistement, tout s'explique.

N'oubliez pas de lire les "Notes", elles sont intéressantes...

 

 

 

 

Les Cinq livres secrets dans la Bible

 

par Gérald Messadié

 

2ème partie  

1ère partie

 

Du mythe à l'histoire et du Livre révélé au Livre de mémoire :
la mise en forme de l'Hypothèse documentaire

 

    Entre-temps, la connaissance des langues sémitiques progressait et les découvertes et les travaux de l'archéologie se multipliaient. L'on disposait de textes, inscriptions et repères beaucoup plus nombreux. L'analyse devenait plus aisée. Advint alors un changement d'éclairage majeur.

    Ainsi, au XIXe et au XXe siècle, grâce à l'archéologie, le Déluge, par exemple, est passé du niveau de récit mythique à celui de témoignage d'un ou plusieurs évènements récurrents réels : des textes cunéiformes du XXe siècle avant notre ère ont confirmé qu'un déluge eut bien lieu en Mésopotamie, sans doute causé par des crues exceptionnelles du Tigre et de l'Euphrate. Les dépôts de limon retrouvés par-dessus les strates d'anciennes habitations en témoignent(7).

Autre exemple, mais dans le sens inverse : l'Exode des juifs d'Egypte, dont la réalité avait pendant des siècles été garantie par l'autorité du texte sacré, a subi au XXe siècle une révision radicale ; aucun évènement de l'ampleur phénoménale évoquée par le Pentateuque n'a eu lieu dans l'histoire d'Egypte, ni dans celle de la Palestine. Les chiffres cités par le Pentateuque, six cent mille hommes, c'est-à-dire au moins un million deux cent mille individus puisqu'il faut compter les femmes, les soeurs et les mères, sans parler des enfants, sont complètement mythiques. Un mouvement de population de cette importance de l'Egypte vers Canaan eût été extraordinaire pour l'époque et il eût défrayé toutes les chroniques. Il eût, en tout cas, entraîné en Canaan des ruptures de culture et de langage dont on n'a retrouvé aucune trace(8). Il n'en existe aucune trace archéologique ou historique. Bien plus vraisemblablement, un groupe d'Hébreux, installés dans le Delta depuis l'occupation du pays par les Hyksos ont participé à la révolte d'un seigneur local de Basse-Egypte contre le pouvoir central, soit sous le règne du pharaon Séti Ier, soit sous celui de son fils Ramsès II (9), aux XIIIe siècle avant notre ère. Vaincus, ils ont alors dû prendre le chemin de l'exil. Une telle révolte est attestée par la stèle de Merneptah ; peut-être fut-ce les Hébreux de l'Exode, quelques milliers tout au plus. Sauf à avoir repris une vie nomade, ils mirent alors, non pas quarante ans, chiffre ô combien symbolique dans le langage dela Bible, mais quelques semaines à parvenir en Canaan. Leur chef fut un Egyptien dont il ne nous reste que la moitié du nom, Moïse.
   Bref, dans l'esprit des spécialistes encore plus que de ses lecteurs, le Pentateuque a effectué une lente transition du statut de Livre révélé à celui d'un Livre de Mémoire du peuple juif, où l'on pouvait retrouver les traces d'évènements historiques, magnifiés jusqu'au mythe par l'imagination(10). Ce nouvel éclairage a accru l'intérêt d'un large public, recruté cette fois, non plus parmi les seuls fidèles de l'une des trois religions citées plus haut, mais également de lecteurs attirés par les aspects historiques inconnus d'un texte plusieurs fois millénaire.

    Ce fut l'orientaliste, bibliste et théologien allemand Hermann Hupfeld qui, en 1853, conféra une identité formelle à cette approche diachronique et qui, avec ses Quellen des Genesis, "Sources de la Genèse", jeta les bases de ce qu'on appelle à ce jour l'Hypothèse documentaire. Il distinguait, en effet, et le premier, quatre grands courants dans la composition du texte biblique, dont les appellations sont toujours en cours ; le courant Yahwiste, dit J, ainsi nommé parce que Dieu y est désigné sous le nom de Yahweh (Jahwed en allemand), le courant Elohiste, dit E, où Dieu est désigné sous le nom d'Elohim, le courant Sacerdotal, dit P (pour Priestlich), qui représente l'apport des prêtres et le courant Deutéronomiste, dit D, qui à l'époque moderne apparaît comme plus spécifiquement législatif.

Dès lors, il était admis, mais dans certains cercles exceptionnellement libéraux seulement, qu'on pût considérer le Pentateuque comme ayant été rédigé sur une période de plusieurs siècles, indépendamment de l'autorité de Moïse. La rédaction est les transformations du Pentateuque apparaissaient désormais liées à l'histoire même du peuple d'Israël.

L'hypothèse documentaire essentielle fut structurée en moins d'un quart de siècle par deux chercheurs désormais célèbres, Karl Heinrich Graf et Julius Wellhausen. A partir de 1865, Graf proposa une théorie de la chronologie des quatre courants (depuis lors abandonnée(11) et, en 1878, Wellhausen proposa pour sa part dans sa Geschichte Israels(12) un modèle d'interprétation de l'histoire et de l'influence des quatre courants J, E, P et D ; ce modèle représente à ce jour la référence de départ dans les révisions de l'Hypothèse documentaire jusqu'à la fin du XXe siècle et vraisemblablement au-delà.

 

Les quatre grandes périodes de l'histoire d'Israël

 

Pour permettre déjà au lecteur de s'orienter dans ces considérations, il convient de rappeler que l'histoire du peuple d'Israël se divise, en effet, en quatre périodes :

    1 - arrivée d'Abraham en Palestine (vers 1600 avant notre ère) ; arrivée ultérieure des Hébreux dans le pays en deux vagues successives ; installation de colonies hébraïques en Egypte, surtout dans la région du Delta, lors de la domination de l'Egypte par les dynasties Hyksos, entre le XVIIe et le XVIe siècle avant notre ère ; exode de ces populations vers la Palestine au XIIIe siècle ; arrivée des Hébreux d'Egypte, porteurs du monothéisme. En Palestine, union des Douze tribus, sous l'égide de la religion hébraïque (vers 1200 avant notre ère) ; partage des territoires ; établissement de la royauté avec Saül, puis avec David (XIe-Xe siècles) ; union de Juda et des provinces du nord. Règne de Salomon (Xe siècle), construction du Premier Temple ; Jérusalem a le monopole du culte et le pélerinage annuel est obligatoire ; division du pays en douze provinces successivement chargées des frais de la cour. C'est l'ère pré-exilique, qui correspond, dans l'Ancien Testament, au Tétrateuque, à Josué et à Samuel I et II et aux Rois.

    2 - A partir de 926, déclin du Royaume sous Jéhoboam, fils de Salomon ; division en deux royaumes, au sud Juda, avec Jérusalem comme capitale et au nord, Israël, avec comme capitale successives Sichem, Tirsah et Samarie. L'hostilité oppose les deux royaumes et les prophètes Amos et Osée attaquent violemment Israël, accusé d'exploiter les pauvres.

    3 - En 722, destruction de Samarie après trois ans du siège par Sargon II ; première déportation des Israélites en Mésopotamie et en Médie ; Israël devient une province assyrienne. La population restante se mélange avec les Samaritains. En 632, découverte d'un manuscrit du Deutéronome. Au sud, Sénnachérib soumet le royaume de Juda. Apparition du prophète Jérémie. En 587 avant notre ère, seconde prise de Jérusalem et destruction du Temple par le roi Babylonien Nabuchodonosor ; seconde déportation des Juifs à Babylone ; après la conquête de Babylone par les Perses, en 539, la Palestine fait partie de l'Empire perse ; c'est la période de l'exil. En 522 avant notre ère, libération des captifs juifs  par le Perse Darius et reconstruction du Temple, achevée en 515 avant notre ère. La Loi sacrée promulguée par Esdras en 398 avant notre ère confère alors au Pentateuque force de loi.

    4 - En 332, la Palestine est conquise par Alexandre le Grand ; en 200 avant notre ère, l'Ancien Testament est traduit en grec (traduction des Septante). Après une brève période d'indépendance relative, la Palestine est absorbée par l'Empire Romain et découpée en provinces  impériales et sénatoriales romaines.
   La période qui s'étend de 926 à 522, c'est-à-dire de la fin du royaume de Salomon au retour d'Exil, est cruciale dans l'élaboration du Pentateuque. Le peuple juif prend conscience de son déclin politique. Les deux courants indépendants, l'un du sud, J, l'autre du nord, E, président à la rédaction des documents qui constituent le Tétrateuque. Puis les occupations étrangères successives, la destruction du Temple et les deux déportations suscitent un sentiment de déchéance, comparable à la Chute après la Faute. C'est l'époque des Prophètes, dont les imprécations semblent retentir aux travers des siècles, et c'est aussi l'époque où apparaissent en exil deux autres courants également opposés l'un à l'autre, P, affirmant le rachat et le salut par l'observance des rites, et l'autre qu va donner naissance au Deutéronome, D. C'est aussi à cette époque que prendra corps ce qu'on peut appeler l'Esprit apocalyptique juif, qui se prolongera jusqu'à Jésus, par le relais des contestataires dits esseniens.

Chacune des trois premières périodes a vu s'opérer une interprétation de la tradition, effectuée à l'aide d'ajouts aux textes antérieurs et de remaniements. Le Pentateuque n'a alors pas atteint la forme que nous connaissons actuellement. Il est vain d'imaginer que la rédaction des Cinq Livres fondateurs du judaïsme ne porterait pas la trace de ces quatre siècles désastreux.

L'Evolution des théories sur la rédaction du Pentateuque ne fut pas linéaire ; ainsi l'hypothèse de Wellhausen ne fut pas unanimement acceptée au début, et des désaccords d'écoles s'élevèrent et compliquèrent le débat. Puis la critique s'affinant, il fallut réviser certains aspects des premiers schémas. Ainsi, en 1938, Wilhelm Rudolf observa que les textes auparavant désignés comme élohistes ne constituaient pas un ensemble cohérent et il poussa même l'objection jusqu'à nier l'existence d'un document originel élohiste(13). L'hypothèse de documents entiers, cohérents et indépendants semble accuser de nombreuses failles. Ainsi, actuellement, des chercheurs tels qu'Erhard Blum contestent l'existence d'un texte sacerdotal, c'est-à-dire d'une histoire sacerdotale indépendante. Telle est la raison pour laquelle nous avons ici privilégié la notion de courants de préférence à celle de documents.

Mais enfin, au XXe siècle, un certain consensus avait pu s'établir, notamment sur deux questions essentielles : celle de la chronologie des quatre courants et celle de la représentation de ces courants (à la différence de certains auteurs, nous préférons le terme "courant") car ce sont les tenants de courants qui semblent être intervenus pour la modification et la composition du texte biblique au cours des siècles(14).

 La suite... Troisième partie

 Notes

2 - Ibn Ezra semble avoir estimé que certaines observations n'étaient pas destinées à la divulgation, car s'il traite son prédécesseur de "gaffeur", il ne dit pas pour autant qu'il était dans l'erreur, et lui-même semble bien indiquer dans sa note -fort cryptique, et pourquoi donc être si obscur si l'affaire était claire ?- sur le Deutéronome I, 1, que le Pentateuque est post-mosaïque.

3 - Son nom dérive des docteurs juifs ou massoreth, chargés de la sauvegarde de la tradition et qui s'appliquèrent du IVe au Xe siècle de notre ère à fixer le texte hébreu de la Bible. La Bible massorétique, qui est la référence de toutes les autres versions, s'est imposée, entre autres mérites, par le fait qu'elle a indiqué scrupuleusement les points-voyelles qui permettent de lire correctement l'hébreu, langue exclusivement formée de consonnes (consonantique). Le système de points, traits et accents introduit par les massorètes, et comparable à un système musical, permet par ailleurs d'établir l'intonation et le rythme qu'il convient de donner à la lecture. On connait l'auteur du premier texte de la Bible massorétique, Abraham ben Asher, et l'on sait que ce texte fut achevé en 930 de notre ère.

 4 - La saisie de l'ouvrage de Simon et son expulsion de l'ordre des Oratoriens furent l'effet d'intrigues de Port-Royal (aussi bien que des Bénédictins). Simon se retira dans sa cure de Bolleville en Normandie. L'Histoire critique parut néanmoins sous son nom chez l'imprimeur Rénier Leers, à Rotterdam en 1685. Une version anglaise fut traduite par John Hampden, parlementaire et homme politique anglais, hostile à Charles 1er et aux évêques, qui fut contraint en 1688 d'abjurer ses positions favorables à Simon avant sa libération de la Tour de Londres.

(5) Pour Martin Luther en particulier, il était indifférent que ce fût Moïse ou un autre qui eut écrit le Pentateuque. Il jugeait les Chroniques moins dignes de confance que les deux livres des Rois et estimait que, dans leurs formes modernes, les livres d'Isaïe, de Jérémie et d'Osée avaient été récrits par d'autres mains.

(6) Ptolémée II Philadelphe (309-246) était l'un des rois séleucides de la province d'Egypte.

(7) Le premier récit sumérien du Déluge remonte aux environs du XXe siècle avant notre ère, mais on a trouvé des dépôts de sable et de limon antérieurs, témoignant de grandes inondatons. Il semble qu'il y ait eu, non pas un, mais plusieurs déluges, sans doute par suite de bouleversements climatiques.

(8) Dans The Hebrew Conquest of Palestine (Biblical Archeologist, n° 25, 1962), George E. Mendenhall a démontré la quasi-impossibilité d'une conquête de Canaan telle qu'elle est représentée par le Pentateuque.

(9) Cf Moïse, le prince sans couronne et Le prophète Fondateur, romans historiues, de l'auteur, J. C. Lattès, 1996 et 1997.
Il est significatif que le récit de l'Exode dans le Livre des Nombres s'achève
sur la décimation des Hébreux au moment d'entrer en Terre promise ; ils ne sont alors plus que quelques poignées à avoir survécu à la colère divine pour leurs fautes vraies ou présumées, comme en témoigne le verset XXVI, 64 : "Parmi eux (ceux qui étaient arrivés au bord du Jourdain) il n'y eut personne de ceux qu'avaient recensé Moïse et Aaron le prêtre dans le désert du Sinaï."

(10) Traces considérablement déformées par les rédacteurs du Pentateuque. Ainsi, l'on ne trouve jamais dans les livres de la Genèse et de l'Exode le moindre écho de l''occupation de la Palestine par l'Egypte, ni des opérations militaires égyptiennes dans ce pays ; or, du XVIIe au XIIe siècle avant notre ère, c'est-à-dire à peu près jusqu'à la fin du Nouvel Empire, l'Egypte a mené en Palestine une série d'offensives contre les puissances orientales qui occupaient ce pays. Dans la Palestine décrite par la Genèse et l'Exode, les Patriarches ne semblent avoir jamais affaire qu'aux princes locaux ; cela indique que ce ne peut être que la Palestine du IXe au VIe siècle avant notre ère, sur laquelle les dynasties éthiopiennes et libyennes n'avaient, en effet, plus de visées.
   Relevons encore parmi les très nombreux anachronismes du Pentateuque
des mentions des Philistins à des époques bien antérieures à leur arrivée en Palestine, au XIIe siècle.
   Autant d'anachronismes qui font que le Pentateuque est bien un Livre de Mémoire, mais
certes pas une référence historique fiable.
   Néanmoins, aux Etats-Unis, un courant dit "créationniste" s'entête à prendre la Bible au pied de la lettre et à propager agressivement un certain nombre de contre-vérités consternantes ; ainsi, selon eux, le monde aurait bien été créé en six jours, l'évolutionnisme est une fiction sans base et l'univers est vieux de quelques quatre mille ans. Au début du XXe siècle, les créationnistes parvinrent même à traîner en justice pour impiété un professeur qui enseignait les théories de Darwin et à le faire condamner. On eût pu espérer que cette fureur fanatique s'était éteinte avec le siècle, mais dans les années 1990, un nouvel assaut des créationnistes parvenait à faire interdire dans certains Etats l'enseignement de l'évolutionnisme.
   Rappelons que, toujours aux Etats-Unis, les témoins juridiques prêtent serment sur la Bible, toujours considérée comme Livre Révélé.

(11) Graf postula à l'origine que la source P, sacerdotale donc, consista en deux courants, l'un ancien et essentiellement narratif et l'autre ultérieur et de teneur législative. Cette théorie, prématurément rejetée, fut abandonnée par Graf lui-même au bénéfice d'une autre selon laquelle l'influence sacerdotale en tant que telle n'était pas divisible et qu'elle était postérieure au courant D ou deutéronomiste. Pour des raisons historiques exposées plus loin (voir note 13) et confirmée par la critique du XXe siècle, l'intuition primitive de Graf n'était pas entièrement sans justesse, car les récits sacerdotaux du Pentateuque s'insèrent à des moments historiques successifs. Mais il faut tenir compte de l'influence exercée à l'époque de Graf par le hégélianisme et le postulat d'une "évolution historique" qui serait théoriquement sans repentirs ni interactions.

(12) Ultérieurement repris sous le titre Prolegomena zur Geschichte Israels.

(13) L'intuition de Rudolf frisait la prescience : un demi-siècle plus tard, l'ensemble des biblistes rejeta, en effet, l'existence d'un corpus homogène de textes élohistes, comme il devait d'ailleurs rejeter l'hypothèse parallèle d'un pareil corpus yahwiste ancien. Ce n'est là qu'un exemple des questions nouvelles posées par la critique. Alors que les textes établis sous la désignation "yahwiste" avaient été présumés antérieurs ou contemporains de la monarchie davidique, soit le Xe siècle avant notre ère, certains auteurs, tels Martin Rose (Deuteronomist und Jawvist, Untersuchungen zu den Berührungspunkten beider Lieraturwerke, Zurich, 1981), en vinrent à conclure qu'une certaine partie d'entre eux au moins étaient bien plus tardifs.

(14) Ce qui n'exclut pas qu'il ait pu y avoir à une époque donnée des documents cohérents représentatifs d'un courant déterminé, comme pour le Deutéronome, depuis abandonnés et disparus.

Posté par Adriana Evangelizt

 

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
commenter cet article
17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 12:25

A ceux qui cherchent vraiment la Vérité et qui veulent la réhabiliter dans ce monde obscur qui tombe en décadence, nous conseillons de lire le livre de Gérald Messadié, Les cinq livres secrets de la Bible dont nous ne posons ici que l'Introduction. C'est un livre qui éclaire beaucoup sur la conception du Pentateuque. Pourquoi ? Parce qu'il y est reproduit la totalité de la Torah avec quatre sortes d'écriture pour que le lecteur voit à quel courant appartient la rédaction de la loi Mosaïque. Il y en a quatre dénommés Yahwiste, Elohiste, Sacertodal, Deutéronomiste. C'est un travail prodigieux que l'auteur a accompli là,d'autant qu'il est traduit de la version hébreue qui peut différer quelque peu de ce que l'on trouve habituellement dans l'Ancien Testament. L'auteur prévient d'ailleurs "Je me suis efforcé d'y conserver autant que possible la saveur, parfois rocailleuse du mot à mot, ne "francisant le texte que dans le seul but d'éviter des obscurités éventuelles."  Croyez le, ce livre est riche d'enseignements.

On s'aperçoit, par exemple, que chaque auteur appelle Dieu d'une façon différente. Qu'il y a deux versions de la Création de l'homme et de la femme. Dans la première version, ils sont créés ensemble, dans la seconde, séparément. La femme vient après. Ce qui est déjà un signe du macho qui écrit. On s'aperçoit aussi surtout de tout ce que le courant sacerdotal a pu ajouter pour imposer au peuple des dimes et offrandes et faire reconnaître à perpétuité la lignée des Lévites comme seul représentant de Dieu, avec toutes les conséquences qui sévissent encore actuellement sur cet abus de pouvoir.

L'intrusion du Sacerdoce commence vraiment au chapitre XXV de l'Exode alors que Moïse est sur la montagne, c'est-à-dire avant que le Peuple impatient n'ait commencé à fabriquer le veau d'or sous la houlette du chef des Lévites, Aaron, ne l'oublions pas... ce qui est aussi un signe. Pour faire une parenthèse, lorsque le Peuple -qui en a marre d'attendre Moïse- dit à Aaron : "Allons! fais-nous un dieu qui marche devant nous, car ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir du pays d'Égypte, nous ne savons ce qu'il est devenu.", Aaron ne trouve rien de mieux que de répondre... "Ôtez les anneaux d'or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les-moi."  (Exo..32, 4) On voit là, la sagesse du Lévite. Mais surtout son goût de l'or. Alors qu'il est expressément donné comme conseil à Moïse, à plusieurs reprises,  par Jethro qui lui n'est pourtant pas israélite... "Choisis parmi tout le peuple des hommes capables, craignant Dieu, des hommes intègres, ennemis de la cupidité; établis-les sur eux comme chefs de mille, chefs de cent, chefs de cinquante et chefs de dix." (Ex. 18/21) On voit effectivement comme Aaron est l'exemple type de l'intégre... pour vous dire la vérité, nous ne croyons pas une seconde que Aaron soit le frère de Moïse. C'est une pièce utile, apportée à un moment précis dans le Pentateuque pour faire aller la politique "prédatrice" dans un sens, le sien et celui de ses descendants. Aaron est le premier de la lignée de la caste des prêtres, son titre Cohen Gadol. Aussi quand nous voyons certaine Maçonnerie usiter le terme "élus Cohen", nous y voyons tout un symbole de dévoiement. Car il y a, oui, maçonnerie et Maçonnerie. Mais pour revenir à nos brebis égarées, le fameux Aaron au lieu de chapitrer le troupeau ne trouve rien de mieux à dire que de donner les bijoux en or et..."Il les reçut de leurs mains, jeta l'or dans un moule, et fit un veau en fonte."  (Exode 32, 4). Il donne carrément l'exemple de sa fidélité envers Moïse. Mais bien sûr, avant ce geste symbolique du "frère", et malgré que Moïse ne soit pas là, l'Eternel parle et dit...

"Parle aux enfants d'Israël. Qu'ils m'apportent une offrande; vous la recevrez pour moi de tout homme qui la fera de bon coeur./ Voici ce que vous recevrez d'eux en offrande: de l'or, de l'argent et de l'airain;/des étoffes teintes en bleu, en pourpre, en cramoisi, du fin lin et du poil de chèvre;/des peaux de béliers teintes en rouge et des peaux de dauphins; du bois d'acacia;/de l'huile pour le chandelier, des aromates pour l'huile d'onction et pour le parfum odoriférant;/des pierres d'onyx et d'autres pierres pour la garniture de l'éphod et du pectoral. (Exode 25, 2 à 7)

Pour commencer. En n'oubliant pas que les "Ancêtres" sont dans le désert, affamés, assoiffés et plus misérables qu'autre chose. Dieu le miséricordieux demande donc à des pauvres de se saigner aux quatre veines pour LE satisfaire. Mais ce n'est pas tout, bien évidemment car Dieu ensuite veut aussi un sanctuaire, et pas n'importe lequel, voilà déjà pour l'Arche... 

"Tu la couvriras d'or pur, tu la couvriras en dedans et en dehors, et tu y feras une bordure d'or tout autour./Tu fondras pour elle quatre anneaux d'or, et tu les mettras à ses quatre coins, deux anneaux d'un côté et deux anneaux de l'autre côté./Tu feras des barres de bois d'acacia, et tu les couvriras d'or." (Exode 25, 11 à 13)

A partir du chapitre XXV du Pentateuque, ce n'est qu'une longue litanie où il ne ressort qu'une chose, Dieu veut de l'or, des  pierres  précieuses, les plus beaux tissus et autres folies...

"Tu feras un propitiatoire d'or pur; ./Tu feras deux chérubins d'or, tu les feras d'or battu... (Exode 25, 17/18)

Et de l'or battu, s'il vous plaît. Dieu sait ce qu'il veut. Passons maintenant à la table...  

"Tu feras une table de bois d'acacia..../Tu la couvriras d'or pur, et tu y feras une bordure d'or tout autour./Tu y feras à l'entour un rebord de quatre doigts, sur lequel tu mettras une bordure d'or tout autour./Tu feras pour la table quatre anneaux d'or.../Tu feras les barres de bois d'acacia, et tu les couvriras d'or (Exode 25, 23 à 26-28)

La vaisselle, bien évidemment, est du même acabit...

"Tu feras ses plats, ses coupes, ses calices et ses tasses, pour servir aux libations; tu les feras d'or pur.(Ex.25,29) Tu feras un chandelier d'or pur; ce chandelier sera fait d'or battu; (Exode25, 31)

De Exode 25, 3 à 26, 37, le mot OR est prononcé 24 fois sans parler de l'argent, des pierres  et tissus précieux, pourpre, etc... Dieu a des goûts très raffinés et il n'a que foutre de la misère du Peuple, c'est ainsi que nous le voyons, en sachant très bien que Dieu n'a JAMAIS demandé de telles choses. Ceci est l'oeuvre d'HOMMES CUPIDES qui ont profité de la naïveté, de l'ignorance et de l'inculture d'un Peuple. A savoir nos Ancêtres. Et dites-vous bien que chaque fois que certains d'entre eux ont voulu se rebeller, ils ont été froidement exterminés. C'est dire que ces "profiteurs" ne s'embarrassaient pas de préjugés pour éradiquer tous ceux qui auraient pu compromettre leur pouvoir. Un POUVOIR que Dieu leur aurait soit-disant donné... ainsi l'Eternel choisit lui-même qui doit le représenter...

"Fais approcher de toi Aaron, ton frère, et ses fils, et prends-les parmi les enfants d'Israël pour les consacrer à mon service dans le sacerdoce: Aaron et les fils d'Aaron, Nadab, Abihu, Éléazar et Ithamar.(Exode 28/1)

Et Dieu d'ajouter que la succession d'Aaron et de sa descendance est à perpétuité. Ainsi, ON est tranquille pour l'avenir, on s'enrichira pendant des générations en profitant de la crédulité du Peuple... "C'est une loi perpétuelle pour Aaron et pour ses descendants après lui." (Exode 28, 43) Cette phrase étant répétée un nombre incalculable de fois pour bien faire entrer ça dans la tête des ignorants. Pauvre de nous, quand on voit où l'Imposture nous mène aujourd'hui.

 

Les Cinq livres secrets dans la Bible

 

par Gérald Messadié

 

 

1ère partie

 

Avant-propos

    L'objet des pages qui suivent est d'offrir au lecteur, pour la première fois, une lecture entièrement nouvelle en profondeur des cinq premiers livres de l'Ancien Testament, le Pentateuque. Le travail dont il résulte est une synthèse de travaux poursuivis depuis plus d'un siècle par des équipes de spécialistes inconnus du grand public. Le titre du présent ouvrage est bien fidèle à sa teneur et n'est pas l'effet d'une métaphore aux ambitions médiatiques : les cinq livres du Pentateuque sont présentés ici pour la première fois au public dans leur formes originelles de la façon la plus scientifiquement précise à ce jour. Ce travail, ainsi que les recherches de biblistes internationaux dont il procède, n'est assujetti à aucune thèse ou hypothèse philosophique.  

    Que découvrira-t-on ? Que le Pentateuque n'a pas été écrit par un seul homme, Moïse, mais par des équipes différentes de scribes, de prêtres et de poètes au cours de six siècles, que ces rédacteurs se sont opposés pendant des siècles sur le nom de Dieu, ainsi que sur le siège légitime du nouveau royaume, Jérusalem ou Sichem, qu'on ignore qui a écrit le texte des Tables de la Loi, que les Dix commandements étaient onze, que Moïse a bien pénétré en Terre promise en dépit d'une incompréhensible interdiction divine, que l'histoire d'Adam et Eve est un ajout tardif, que les auteurs des différents Livres se sont opposés pendant des siècles également sur le fait que les enfants devaient expier la faute de leurs pères, qu'on ignore pourquoi les enfants de Moïse ont mystérieusement disparu des récits bibliques, certes, on trouvera tout cela. On comprendra également que le conflit dont Jésus fut la victime au 1er siècle dérivait d'un conflit sous-jacent dans le judaïsme depuis plusieurs siècles.

    Mais le Pentateuque est néanmoins plus grand que la somme de ses éléments, même énigmatiques ou inconnus. Il est un Livre de Mémoire sur la naissance d'un peuple à son identité. Une vaste part de ses derniers trois Livres est une exhortation au ressaisissement dans une des  périodes les plus dures de son histoire, les deux siècles qui suivirent son démantèlement par les empires de Mésopotamie, ces deux siècles où Israël et le monothéisme faillirent sombre dans le polythéisme de Babylone.

    A un niveau encore supérieur, ce Livre de Mémoire est le témoignage des convulsions et des tribulations qui devaient aboutir à la naissance d'un Dieu unique, sous le signe duquel le monde entier se développe jusqu'à ce jour.

D'où la nécessité de la lecture en profondeur proclamée plus haut.

 

Quatre ou cinq Livres ?

 

 

    La situation qui, en ce début du IIIème millénaire, prévaut dans la connaissance du Pentateuque est comparable à celle de la traduction des Manuscrits de la mer Morte : bien que découverts il y a plus d'un demi-siècle, moins de la moitié en a été jusqu'ici traduite et bien moins de la moitié de cette moitié est accessible à un public qui voudrait en connaître la teneur. Pis encore, ces traductions font l'objet de querelles d'une véhémence souvent déconcertante. Or, le Pentateuque est le socle de l'ensemble des livres que nous appelons la Bible, sur lequel s'élèvent les trois grandes religions monothéistes. Fondateur du judaïsme, il est également considéré comme source du christianisme, ainsi qu'en attestent les nombreuses références que font Jésus, puis saint Paul à l'Ancien Testament. Enfin, il est tenu en grande révérence par l'islam. Telle est la raison pour laquelle judaïsme, christianisme et islam sont souvent appelés les Religions du Livre.

    Cependant, et bien qu'il soit l'ouvrage le plus diffusé et le plus lu au monde, le Pentateuque demeure mal connu. On ignore le plus souvent qu'il fut en réalité constitué de quatre Livres, les quatres premiers, c'est-à-dire qu'il fut d'abord un Tétrateuque ; ce ne fut qu'au retour d'exil, au VIème siècle avant notre ère, qu'on y ajouta un livre jusqu'alors indépendant, le Deutéronome. D'où la grande diversité des styles et des tons. Aujourd'hui encore, une lecture attentive du Deutéronome permet de saisir sa profonde différence avec le Tétrateuque. Et l'on ignore pareillement la diversité des courants qui ont présidé à la rédaction de l'ensemble.

    Or, les analyses de biblistes, qui permettent d'en comprendre l'histoire et les significations sous-jacentes ne sont connues que de quelques poignées de spécialistes, sans doute trop absorbés par leurs tâches pour faire bénéficier les profanes de leurs découvertes et réflexions. D'où l'entreprise de synthèse que voici.

Les pages que voici visent surtout à répondre à deux questions majeures :

- Qui a écrit le Pentateuque ?


- Et quand ?

 

Pourquoi tant de doublons, de contradictions, d'omissions ?

 

    Un bref historique s'impose pour saisir la substance de ces questions. Le Pentateuque, mot d'étymologie grecque (penta, cinq, et teukhos, étui, parce que les rouleaux du texte étaient protégés par des étuis), est considéré par la tradition comme écrit de la main même de Moïse. Pour le judaïsme en particulier, le Pentateuque revêt une importance suprême, puisque, au terme du dernier livre, Moïse enjoint aux siens : "Vous prescrirez à vos fils de garder et de mettre en pratique toutes les paroles de cette Torah." (Deut, XXXII, 46). Torah est, en effet, le nom hébraïque du Pentateuque, ensemble de récits d'intention historique et de prescriptions dont la teneur est tantôt législative et tantôt théologique, selon les interprètes (pour saint Paul, par exemple, la Torah est essentiellement théologique).

    Il commence avec la création du monde et s'achève avec la mort de Moïse, qui en est le personnage central. Il se présente à la fois comme le recueil des révélations divines directes dont Moïse a été le messager au bénéfice des Hébreux et comme l'histoire des origines du peuple Juif, depuis la captivité an Egypte jusqu'à la conquête de la Terre promise.

    Genèse, Exode, Nombres, Lévitique et Deutéronome sont des Livres d'une richesse considérable : métaphysique, théologie, législation et histoire y tissent des faisceaux croisés dont la diversité sollicité exégètes et historiens depuis quelques trois siècles. Les historiens  particulièrement ont analysé ce texte avec une attention croissante : quels éléments, en effet, peuvent être considérés comme historiques dans ce récit de la fondation du peuple d'Israël ? Et quels autres doivent être considérés comme ressortissant du mythe ?

    Les biblistes, pour leur part, ont tenté de répondre à des questions d'un ordre différent.

    La révérence avec laquelle il est d'usage de lire le Pentateuque n'a pu dissimuler pour bien des lecteurs depuis des siècles un certain nombre de singularités qui s'expliquaient mal dans un texte qu'on disait rédigé par le seul Moïse. Les passages d'un lyrisme inspiré y contrastent avec des textes d'un caractère juridique aride, et les récits historiques avec des descriptions d'une minutie d'archiviste et des généalogies interminables. Certains passages sont d'un style familier, presque piquant et proche de ce qui prévalait à l'époque au style romanesque de notre temps, d'autres d'un style austère, avec une intention apologétique évidente, d'autres encore se rapprochent plus de la véhémence inspirée des  prophètes du VIIème siècle que de ce que le Pentateuque est censé être, une chronique du temps bien plus ancien des Patriarches.

    Plus troublante encore est l'abondance de doublons, contradictions, anachronismes et omissions qui parsèment l'ensemble des cinq Livres. En matière de doublons, il est ainsi loisible de se demander pourquoi l'on trouve dans la Genèse deux descriptions de la création du monde avec les animaux, puis l'homme et la femme (Gn. I, 11-13, 24-26 et 27-28, et II, 8-9, 19 et 7 et 22), la création de l'homme et de la femme étant associée dans le premier cas, et dissociée dans le second. Ou pourquoi l'on trouve deux récits de la manifestation divine à Moïse (ExIII, 1-6 et Ex. CI, 2-7) où Dieu se désigne de façons différentes, déclarant dans l'une : "Je suis le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob" et dans l'autre : "Je suis le Seigneur. Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob en tant que Dieu Tout-puissant", variation qui implique des interprétations différentes(1). Ou encore, pourquoi l'on y trouve deux Décalogues qui ne se correspondent pas (Ex. XX, 2-17 et Dt. V, 6-21).

    La liste de ces redondances est longue : outre les deux versions de la création du monde, on en trouve deux du Déluge, deux de l'Alliance entre Dieu et Abraham, deux de l'appellation du fils d'Abraham, Isaac, deux des allégations d'Abraham à des potentats, d'abord le pharaon, puis le roi Abimélek, selon lesquelles sa femme Sara était en fait sa soeur, deux versions encore du voyage de Jacob, fils d'Isaac, en Mésopotamie, deux autres de la révélation faite à Jacob à Beth-El, deux du changement de nom de Jacob en Israël, deux du Frappement du Rocher par Moïse... Respect ou myopie, l'on a pareillement ignoré ou voulu ignorer pendant longtemps la raison de ces nombreuses étrangetés. Voire, pourquoi Dieu est tantôt désigné sous le nom de Yahweh et tantôt sous le pluriel d'Eloha, Elohim, sans compter d'autres noms tels qu'Adonaï et El Shaddaï, alors que, si le texte avait été de la main de Moïse, il se serait abstenu d'utiliser un autre nom que Yahweh.

    Les contradictions n'étaient pas moins troublantes. L'une des plus déconcertantes porte sur la raison pour laquelle Moïse ne fut pas autorisé par le Seigneur à entrer en Terre promise. Il était l'homme auquel le Seigneur était apparu pour se révéler et pour guider son peuple hors d'Egypte. Or, il ne put que contempler la Terre promise du haut de la montagne. Grave frustration pour le héros. La clef en serait dans les circonstances du Frappement du Rocher, épisode fameux où, harcelé par les Hébreux assoiffés dans le désert, Moïse leur donne à boire, sur l'ordre de Dieu, en frappant un rocher et en en faisant jaillir une source. Selon le Livre des Nombres XX, 2-13, si Moïse ne mit jamais le pied en Terre promise, c'est parce qu'il ne se serait pas contenté de parler au Rocher, comme Yahweh le lui avait ordonné, mais qu'il l'aurait également frappé de son bâton : grave désobéissance qui l'aurait fait punir par Yahweh. Mais alors pourquoi le Livre de l'Exode, XNII, 2-7, qui raconte exactement le même épisode, ne souffle-t-il pas mot de ce manquement . Dans cette version, dont on sait maintenant qu'elle est antérieure à celle des Nombres, Moïse aurait obéi à Yahweh en frappant le Rocher (on apprendra au XXème siècle que ces deux passages exactement antinomiques sont en fait d'origines différentes : celui de l'Exode appartient au courant élohiste et celui des Nombres appartient, lui, au courant sacerdotal, deux courants dont les natures sont exposées plus bas).

    Quant aux omissions, moins faciles à déceler, elles sont néanmoins nombreuses. A la fin du XXème siècle, on allait, en effet, s'étonner de ce que les autres Livres de l'Ancien Testament, qui pourtant abondent en références au Pentateuque, ne parlent jamais de l'histoire, pourtant célébre, d'Adam et d'Eve au Paradis. La tenaient-ils donc pour douteuse ? Ou bien, pis encore, ne la connaissaient-ils pas ? Et dans ce cas, pourquoi ? Et pourquoi, alors que les enfants d'Aaron sont longuement cités, ceux de Moïse, dont l'importance est pourtant supérieure à celle de son frère, ne sont cités qu'une fois et plus jamais mentionnés (non plus que la femme madianite de Moïse) ?

Mais ce ne sont là que des exemples.

La suite... Deuxième partie

Notes

 

1 - La première déclaration implique que Dieu était de tout temps le Dieu des Hébreux, la seconde, qu'il le devint à partir de Sa manifestation à Abraham.

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
commenter cet article
17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 12:01

On continue sur le livre de Volney avec la mythologie d'Adam et Eve qui n'était pas dans la Torah au commencement. Cet épisode a été rajouté après. Nous poserons tout de suite en suivant un extrait de livre qui en parle.

 

Chapitre extrait des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

 

CHAPITRE XVI

Mythologie d’Adam et d’Ève

12 Des personnages antédiluviens 2

11  - Des personnages antédiluviens 1

 10 - Du personnage appelé Abraham 2

9 - Du personnage appelé Abraham 1

8 - De la tour de Babel

7 - Examen de la Genèse en particulier 2

 6 -  Examen de la Genèse en particulier1 

 5 Suite de "Problèmes cités par l'époque citée"

4  Problèmes résolus par l'époque citée

3 - Suite des preuves

 

En effet, prenez une sphère céleste dessinée à la manière des anciens ; partagez-la par le cercle d’horizon en deux moitiés : l’une supérieure, qui sera le ciel d’été, le ciel de la lumière, de la chaleur, de l’abondance, le royaume d’Osiris, dieu de tous les biens ; l’autre moitié sera le ciel inférieur (infernus), le ciel d’hiver, le séjour des ténèbres ; des privations et des souffrances, le royaume de Typhon, dieu de tous les maux. A l’occident et vers l’équinoxe d’automne, la scène vous présente une constellation figurée par un homme tenant une faucille1, un laboureur qui chaque soir descend de plus en plus, dans le ciel inférieur, et semble être expulsé du ciel de lumière ; après lui vient une femme, tenant un rameau de fruits beaux à voir et bons à manger : elle descend aussi chaque soir et semble pousser l’homme, et causer sa chute : sous eux est le grand serpent, constellation caractéristique. des boues de l’hiver, le Python des Grecs, l’Ahriman des Perses, qui porte l’épithète d’Aroum dans l’hébreu. Près de là est le vaisseau attribué tantôt à Isis, tantôt à Jason, à Noé, etc. ; à côté se trouve Persée, génie ailé, qui tient à la main une épée flamboyante, comme pour menacer : voilà tous les personnages du drame d’Adam et d’Ève, qui a été commun aux Égyptiens, aux Chaldéens, aux Perses, mais qui reçut des modifications selon les temps et les circonstances. Chez les Égyptiens, cette femme ( la Vierge du Zodiaque) fut Isis, mère, du petit Horus, c'est-à-dire du soleil d’hiver qui, languissant et faible comme un enfant, passe 6 mois dans la sphère inférieure pour reparaître à l’équinoxe de printemps, vainqueur de Typhon et de ses géants : Il est remarquable que dans l’histoire d’Isis, c’est le Taureau qui figure comme signe équinoxial, tandis que chez les Perses, c’est le Bélier ou l’Agneau, sous l’emblème duquel le dieu Soleil vient réparer les maux du inonde : de là naît l’induction que la version des Perses est postérieure au vingt et unième siècle avant notre ère, dans lequel le Bélier devint signe équinoxial ; tandis que là version des Egyptiens peut et doit remonter à près de 4200 ans, époque où le Taureau devint signe de l’équinoxe du printemps2.

L’auteur juif, qui sans cesse écarte les indices de l’idolâtrie, et substitue un sens moral au sens astrologique, a supprimé ici plusieurs détails ; mais il a conservé un trait qui forme un nouveau lien de sa version à celles des Égyptiens et des Perses ; lorsqu’il fait dire à Dieu, maudissant le serpent : J'établirai la haine entre la race de la femme et entre la tienne, et son rejeton écrasera ta tête3. Ce rejeton est l’enfant que dans les anciennes sphères célestes, la vierge (Isis, Ève) portait dans ses bras ; et dont l’histoire, prise en contresens, est devenue si célèbre dans le monde. Le lecteur qui désirera plus de détails sur ce sujet, en trouvera de démonstratifs dans l’ouvrage de Dupuis, aux articles Apocalypse et Religion chrétienne. Et nous bornant au récit de la Genèse , relativement à Adam et au lieu de délices où il fut placé ; nous observons que deux des fleuves mentionnés comme y ayant leur source, savoir, le Tigre et l’Euphrate, indiquent encore une origine chaldéenne, car ils appartiennent spécialement à la Chaldée. Le . Le troisième, appelé Gihoun, est sans contredit le Nil, puisqu’il entoure la terre de Kus, qui est l’Éthiopie ou l’Abyssinie.

Le quatrième, appelé Phishoun ou Philon, n’est point aussi facile à désigner, parce que la terre dHevila, qu’il entoure, n’a pas une position claire, ainsi que nous le dirons bientôt ; seulement on peut assurer qu’il n’y a point de raison solide à le prendre pour le Phase de Colchide. D’ailleurs lorsque le texte nous dit que ces quatre fleuves sortaient d’une même source, il nous avertit qu’il y a encore ici de l’allégorie, puisque rien de tel n’existe dans la géographie connue, à moins qu’il n’ait voulu indiquer, pour cette source l’Océan, duquel les anciens peuples ont souvent cru que sortaient les fleuves et les rivières ; mais ici le mot de l’énigme est plus compliqué, plus ingénieux : il faut, le trouver dans cette même doctrine astrologique qui vient de nous en éclaircir d’autres. Or dans cette doctrine, et conformément au génie oriental, qui exprime tout par figures, il paraît que les adeptes représentèrent le Zodiaque sous l’image d’un fleuve dont le cours entraîne tous les événements du ciel et de la terre. Pour exprimer ce qui se passe pendant la saison d’été, ils peignirent au bord de ce fleuve, à la porte, c’est-à-dire à l’équinoxe du printemps qui ouvre la belle saison, ils peignirent un arbre, vêtu de ses feuilles, emblème sensible de la végétation, ce fut l’arbre de vie, le lignum vitæ de l’Apocalypse, portant 12 fruits, un pour chaque mois. Jusqu’à l’automne le jardin où étaient ce fleuve et cet arbre, était un lieu de délices ; mais venait ensuite le semestre d’hiver, saison de ténèbres, de souffrances, empire du mal. L’homme qui goûta les fruits de cette seconde période, acquit l’expérience des deux états ; il eut la science du bien et du mal ; et lorsqu’il revint à la porte du printemps, l’arbre de vie ne fut plus que l’arbre de cette science. Ce texte fut trop riche pour être négligé par les prêtres moralistes ; en suivant cette première idée du Zodiaque, devenu fleuve, le monde se trouva entouré de l’Océan ; par la raison que Océan et fleuve s’expriment par un seul et même mot chaldéen arabe, Bahr. De là cette antique opinion exprimée par Hésiode et par Homère, que l’Océan est comme une ceinture autour de la terre ; ici nous avons la sphère terrestre (la géographie) confondue avec la haute sphère : cette confusion dont nous voyons un trait dans les quatre fleuves de la Genèse , est devenue un système complet dans les livres non moins anciens des sectes indiennes de Bouddha. Tout ce que ces livres, conservés au Thibet, à Ceylan, au Birmah et dans l’Inde ; nous disent du monde entouré de 7 montagnes ; de 7 mers entre ces 7 montagnes, formant 7 grandes îles ; chaque mer et chaque montagne avec un nom distinct et des qualités relatives aux métaux, l’or, l’argent, etc., et aux couleurs, rouge, vert, etc. ; aux pierres précieuses ; tout ce qu’ils disent de la division du monde en quatre parties, et des quatre faces du mont Righel ou Merou (qui est l’Olympe) : tout cela, qui au sens littéral est absurde et sans type physique, devient raisonnable et vrai, quand on le prend pour une description du monde céleste et de ses divisions physiques, selon les systèmes anciens. Il y a cette particularité dans la cosmogonie du Thibet, que près d’un grand arbre, qui est la figure du monde, sont placés 4 rochers, desquels sortent quatre fleuves sacrés, dont l’un fait face à l’orient, l’autre au midi, le troisième au couchant, et le quatrième au nord ; c’est-à-dire qu'ils sont placés aux quatre portes du cercle zodiacal (les 2 solstices et les 2 équinoxes) ; et afin que l’on ne s’y trompe point, chacun de ces 4 fleuves est caractérisé par la tête d’un animal3 qui, dans le Zodiaque lunaire indien, est affecté à l’un de ces points du cercle céleste. Nous avons ici une analogie sensible avec les quatre fleuves de la Genèse qui, chez les Chaldéens comme chez les Indiens, ont été la figure des influences célestes s’écoulant du grand fleuve Zodiaque par les quatre portes du ciel, c’est-à-dire par les coupures des solstices et des équinoxes qui ouvraient chaque saison et. déterminaient son caractère. Il est à remarquer que l’historien Josèphe, qui, en sa qualité de prêtre, ne fut pas étranger à la doctrine secrète, dit que le fleuve Phison est le Gange, ce qui indique une sorte de parenté entre les deux systèmes : il ajoute que chacun de ces fleuves a un sens moral ; que l’Euphrate signifie dispersion (il a voulu dire division, séparation, pharat)4 ; le Tigre, rapidité ; le Phison, multitude ou abondance ; et le Gihoun, venant d’Orient. Ne serait-ce point ici la cause des noms de ces 4 fleuves qui, par l’effet du hasard, se seraient trouvés avoir le nom des qualités attribuées aux époques des influences.

Au reste les Indiens ont aussi leur paradis, et les 4 fleuves qui en sortent, viennent également d’une source commune, placée au point de partage des eaux de l’Indus, de l’Oxus (appelé Gihoun par les Arabes) et de deux autres rivières. Chaque peuple a dû chercher et trouver chez lui ces fleuves d’un monde primitivement fictif, et la ressemblance des noms qu’ils portent est un indice de la source commune de toutes ces idées. Prétendre, avec les missionnaires chrétiens, que cette source est dans les livres de Moïse, d’où elle se serait répandue chez tous les peuples, est une hypothèse insoutenable, surtout quand ces livres sont une énigme qui ne s’explique que par les livres des autres peuples. La vérité est que le petit peuple hébreu, plus obscur chez les anciens que les Druses chez les modernes, a pris sa part des idées que le commerce et la guerre répandirent dès la plus haute antiquité, et rendirent communes aux grandes nations civilisées, telles que les Égyptiens, les Chaldéens, les Assyriens, les Mèdes, les Bactriens, et les Indiens, qui tous eurent leurs collèges de prêtres astronomes et astrologues, livrés aux mêmes travaux, par conséquent soumis aux mêmes révolutions de découvertes, de disputes, d’erreurs de perfectionnement que nous voyons dans tous les siècles agiter les corps savants et même ignorants. Plus on a pénétré, depuis 30 à 40 ans, dans les sciences secrètes, et spécialement dans l'astronomie et la cosmogonie des Asiatiques modernes, les Indous, les Chinois, les Birmans, etc., plus on s’est convaincu de l’affinité, de leur doctrine avec celle des anciens peuples nommés ci-dessus5 ; l’on peut dire même qu’elle s’y est transmise plus complète à certains égards, et plus pure que chez nous, parce qu’elle n’a pas été aussi altérée par des innovations anthropomorphiques qui ont tout dénaturé... Cette comparaison du moderne à l’ancien est une mine féconde, qui n’attend que des esprits droits et dégagés de préjugés pour fournir une foule d’idées également neuves et justes en histoire ; mais, pour les apprécier et les accueillir, il faudra aussi des lecteurs affranchis de ces mêmes préjugés ennemis de toute idée nouvelle, etc.

La suite... Mythologie de la Création 1ere partie

1 Voyez la sphère de Coronelli.

2 A proprement parler, le système des deux principes, considéré relativement à l’hiver et à l’été, ne convient point au climat de l’Égypte, où l’hiver est une saison douce et agréable : l’on peut dire qu’il n’y est point un système primitif et naturel.... Mais lorsque les prêtres furent parvenus à la connaissance générale des phénomènes du globe, tant par leurs propres recherchés que par les relations des Phéniciens et des Scythes ; alors, embrassant sous un seul point de vue les opérations de la nature végétante et animée, ils imaginèrent l’hypothèse de la diviser en un principe de vie, qui fut le soleil, et un principe de mort qui fut le froid et les ténèbres ; et c’est sur cette base, vraie à bien des égards, que se sont échafaudées des fictions qui ont tout défiguré ! Quant au changement des signes du Zodiaque par la précession des équinoxes, on l’estime à 2130 ans par signe, à raison de 71 ans pour chaque degré, et de 50 secondes par an.

3   Genèse, chap. 3, v. 15. La Vulgate dit : elle (la femme) écrasera ; mais le texte hébreu porte le genre masculin lui, relatif au rejeton (Zara).

4 Voyez Alphabetum thibetanum, in-4°, page 186. L’auteur missionnaire fait cette remarque intéressante, que le système des Bouddhistes du Thibet diffère de celui des Brahmes, en ce que, dans ce dernier, les figures des 7 mers et des 7 montagnes qui sont les 7 sphères célestes, et leurs intervalles, sont elliptiques ou ovales, tandis que dans le premier elles sont purement circulaires : c’est une raison de penser (ajoutée à plusieurs autres), que la secte de Bouddha est plus ancienne que celle des Brahmes, les formes elliptiques étant un perfectionnement des premières idées, qui furent les circulaires pures.

5 De là, le mot latin fretum.

6  Voyez Bailly, Astronomie indienne, et l’Histoire de l’astronomie ancienne. Voyez aussi les Mémoires asiatiques.

Posté par Adriana Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
commenter cet article