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Mardi 29 juillet 2008 2 29 /07 /Juil /2008 20:35




La postérité d'Adam jusqu'à Noé,

selon les vues de Fabre d'Olivet

 


par André Savoret

 




Article en avant-propos du chapitre : "Quelques réflexions sur la Genèse de Moïse d’après la traduction de Fabre d’Olivet " de M. Heugel, dans l'ouvrage de cet auteur: En attendant les lis (1946)

 




Note préliminaire

Je tiens à souligner ici que la présente esquisse répondra strictement à son titre et que je ne chercherai pas à démêler quel sens Moïse attribuait aux personnages symboliques de la Genèse, ni dans quelle mesure Fabre d'Olivet avait pénétré la pensée profonde du grand Législateur des Hébreux. Je m'attacherai donc seulement, tâche suffisamment ardue, à expliciter dans la mesure du possible l’interprétation du théosophe de Ganges, en la dégageant des périphrases dont il l'a enveloppée. Comme les dites périphrases " louvoient " entre les trois sens principaux de chaque vocable, il nous faudra suivre cette marche nécessairement zigzaguante, soulevant le premier voile, écartant le second, mais respectant le troisième. Celui-ci en effet, ne peut être saisi pleinement par l'intellect que si ce dernier est illuminé par l'intuition, non une intuition quelconque, mais la Lumière du Verbe qui éclaire tout homme venant en ce monde, encore que tout homme ne soit pas apte à voir le soleil en plein midi !... Pour moi, n'ayant pas la prétention de tout savoir, on me pardonnera facilement si j'affirme, par voie de conséquence, n'avoir pas celle de tout dire.

Si je me permets de commenter Fabre d'Olivet, tout en sentant vivement ma petitesse en face de ce géant de l’intellection, c'est que d’autres l'ont déjà tenté pour leur compte, jetant dans le public des notions que je crois erronées et dénaturant ainsi la pensée de l'auteur. Or, c'est à cette pensée que je veux rendre hommage, dans la petite mesure où je crois l'avoir comprise.

Je viens d'affirmer que cette pensée avait été dénaturée. Un seul exemple : à la suite de Saint-Yves d'Alveydre, Papus, souvent inspiré, puis d’autres compilateurs décrivent Caïn comme étant " le temps centralisateur " et Abel comme " l'espace expansif ". C'est une opinion. Il serait abusif d'en rendre Fabre d'Olivet responsable.

Sa pensée est tout autre. Mais si l'on tenait absolument à voir le temps et l’espace dans les deux premières productions d'Adam, il faudrait de toute nécessité inverser leurs rapports. En effet, dans son Caïn, notre philosophe expose que le temps est justement le moyen employé par la Providence pour remédier aux tristes conséquences de la chute adamique. Et dans la Langue hébraïque restituée, il dit en substance que nous avons la notion sensible, matérielle, de l'espace, alors que nous avons du temps une notion intellectuelle.

Et l'espace, ainsi lié dans son raisonnement à la matière, est visiblement pour lui un élément centralisateur, oppressif, " caïnique ", alors que le temps se relie à l'activité providentielle ou verbale, libératrice et expansive.

Seul, F. Warrain, dans sa Synthèse concrète, sait demeurer dans le droit fil de Fabre. Il ne lui a manqué, pour rendre le présent travail superflu, qu’une base de départ plus assurée. C'est une telle base que je vise à rétablir, que les développements ultérieurs que je me permets de poser soient ou non entièrement fondés. Je dois dire tout de suite que cette base, Fabre d’Olivet en a disséminé les éléments, - avec quel art ! - à travers toute son œuvre. J'espère en fournir quelques exemples.

Injustement calomnié par quelques-uns de ceux qui l'ont démarqué sans l'avoir entièrement compris, camouflé en " suicidé " par ceux qui le firent assassiner, comme il ne serait pas impossible de le prouver, Fabre d'Olivet mérite, je crois, respect et admiration.

Si certaines de ses étymologies, surtout dans le domaine indo-européen, sont sujettes à révision, sa merveilleuse intuition, son instinct divinatoire du vrai, sa méthode transcendante d'exploration du passé demeurent intacts. Sachant ce que peu d’hommes de son époque et de sa race savaient, il ne se laissa pas entraîner par un orgueil quasi légitime, attitude qui contraste avec celle, toute de bluff et de hauteur, de certain geai paré de ses plumes.

Je ne puis terminer ce nécessaire préambule sans redire avec gratitude combien je suis son débiteur dans l'ordre intellectuel. Et c’est pour m'acquitter, bien imparfaitement et bien partiellement de cette dette que je me décide à l'exégèse qui suit si quelques erreurs ou lacunes s'y trouvent, elles m'appartiennent en propre. Je suis persuadé qu'avec l'aide du Ciel, l'intelligence du lecteur y remédiera aisément.

La lignée de Caïn.

Si l'on veut connaître les trois premières productions d'Adam telles que Fabre d'Olivet les entendait, il suffit de se rappeler qu'à l’exemple de nombre d'auteurs traitant de sujets réservés, l'auteur fournit la clé dans un autre ouvrage. Dans le cas qui nous occupe, c’est dans la Dissertation introductive à son Histoire philosophique qu’il convient de la chercher. Les trois éléments développés de la grande Tri-Unité et du grand Quaternaire humain sont l'Instinct, l’Animisme, l'Intellect, tissant, le premier, les éléments du corps, le second, ceux de l'âme, le troisième, ceux de l'esprit. Ces trois éléments, dans l'Homme Universel, Adam, seront donc : l'Instinct universel, l'Animisme universel, l'Intelligence universelle, - ou, nommément Caïn, Seth, Abel. Puisque chute il y a, dans le domaine où aboutit cette chute, c'est l’élément inférieur, instructif, Caïn, qui se montre le premier, comprimant, entravant, supplantant la manifestation des deux autres.

Et voici la " lignée " symbolique de cet Instinct universel, de ce centralisateur puissant, dont les deux pôles complémentaires sont jouir et posséder.

Hénok, c'est évidemment l'activité corporisatrice, la corporéité en général, grossière ou subtile (se reporter à la Dissertation déjà citée).

Cet Hénok fonde une ville, un circuit protecteur, ou plutôt c'est Caïn qui la fonde en lui donnant pour nom celui de son premier fils. C'est qu’il n'y a pas corporéité sans limitation spatiale. Nous avons là les conditions de la vie animalisée ou en voie d'animalisation. Dans une acception, on pourrait dire que Hénok représente, non plus l’Instinct universel, mais sa réflexion, l'Instinct individuel, pris collectivement.

Ainsi naît Whirad, " le tourbillon aveugle et désordonné " de la Sphère instinctive, le bouillonnement des appétits, l'instinct moteur, avec son double critère : posséder – jouir !

Apparait alors Mehuyaël, la plénitude physique, le développement organique. Le tourbillon instinctif a atteint la cadence où son vide va donner l'illusion du plein qui constitue la réalité sensible. (Identiques sont nos " pleins " matériels : des apparences suscitées par des centres énergétiques dont le mouvement est assez rapide pour donner l'impression sensorielle du " continu ".) Le verbe huya préfixé par le préformatif plastique et passif M-, signifie, comme l'indique avec soin Fabre d'Olivet, " annoncer, publier, rendre évident, palpable ".

Mais la contrepartie inévitable de cette prolifération de formes sensibles dominées par l'Instinct aveugle et tumultueux (lequel n’a encore ni l'Intelligence ni l'Animisme pour en régler la marche puisqu'il les a évincés sous les espèces du meurtre d'Abel), c'est leur dissolution inévitable. C'est là l'apparition de Methusaël, la mort-gouffre ! Toutes ces forces désordonnées, anarchisantes, qui veulent vivre égoïstement, chacune pour soi, de la vie de l'instinct, ne pouvant rien se concéder mutuellement, finissent par s’entre-dévorer et toute l'énergie caïnique ainsi dépensée en manifestation bruyante, ne pouvant s'anéantir au sens strict du mot, va retourner à l’état d'énergie latente, susceptible de se fixer ultérieurement sur un centre d'attraction moins éphémère. Si l'on me passe une image un peu forcée, ce sera le terreau qui ira engraisser la plante séthique.

Car subsiste, perpétuellement agissant, quoique insaisissable, le protéique Lamek....

Ici, il n'est peut-être pas sans intérêt de marquer une pause et de se rappeler que nous n'avons abordé qu'un seul des trois sens principaux de Caïn et de sa lignée et que nous ne lui avons donné qu’un seul de ses trois noms génériques. Un second sens n'est pas trop difficile à entrevoir. Caïn est, par exemple, le principe agglomératif agissant d'un corps céleste (et, analogiquement, d'une cellule, puisque tout est dans tout) non lumineux par lui-même. Je me suis étendu sur cette dernière précision dans un article de la revue Psyché, la Création des Luminaires. Hénok sera, dans ce cas, sphère gravitative ou le centre physique de celle-ci ; Whirad, son mouvement propre révolutif, et ainsi de suite. Il y a naturellement à ceci de multiples adaptations sociales ou individuelles, mais ce sont des adaptations. Rigoureusement parlant, l'homme " social " (ou sociable) est encore dans les limbes !...

Et nous revenons au très mystérieux Lamek, que nous avons fait semblant d'oublier afin de le mieux comprendre. Comme il est aussi simple à nommer que difficile à saisir dans son essence et dans ses opérations, je lui donne tout de suite les principaux noms qui conviennent, y compris ceux qui n'auront de raison d'être que pour le personnage du même nom que nous allons trouver bientôt dans la généalogie de Seth.

Lamek, " le lien qui arrête la dissolution, le flexible nœud des choses ", c'est, si l'on veut, le magnétisme (humain, terrestre, etc.), l’amour (instinctif ou autre, lien des sexes ou des contraires), la religion (au social), comme l'expose clairement notre auteur lui-même si l'on se donne la peine de relire ce qu'il dit des invasions des barbares et de leur christianisation, dans son Histoire philosophique, où il se sert, pertinemment, des mêmes termes par lesquels il caractérise la fonction de Lamek dans sa Langue hébraïque.

Ce Lamek a deux " épouses " ou facultés complémentaires : Whada et Tsila, l'" évidente " et la " voilée ".

Au sens planétaire que nous avons esquissé plus haut, et en nous restreignant à notre globe, Whada, l’Evidente, est la surface de la Terre (ou les forces qui vont y agir ; je préviens qu'il y a ici plus que je ne dis) ; Tsila, la Voilée, ce sont les entrailles du sol et leur géophysique. Au sens adamique ou anthropognosique, l'Evidente est la polarisation sexuelle masculine, tandis que la polarisation féminine est personnifiée par la Voilée.

La famille, la tribu, puis la société découleront plus tard de là, comme Fabre d'Olivet l'expose au commencement de son Histoire philosophique du Genre humain. Eloigné présentement de ma bibliothèque, je m'excuse de ne point produire le texte ou citer la page où notre auteur parle du rôle dévolu à Eros dans les cosmogonies antiques.

Dans son acception géophysique, l’Evidente développe les éléments plus légers de la superficie du globe (eau et air), source de toute fertilité, d'où pourront naître ultérieurement " labourage et pâturage ", culture et élevage, dont les débuts signaleront la fin de la vie purement sauvage et totalement instinctive de l'humanité. La Voilée diffuse la force centrale ou le " mercure des métaux " et préside à la métallisation même, germe de l'industrie et des recherches techniques. C'est là ce Thubal-Caïn, " père des forgerons " et des artisans de l'airain, puis du fer (intentionnellement ou non, la Bible respecte cet ordre, conforme à nos connaissances en préhistoire), dont les travaux étaient liés à ces " mystères " transmis dans les corporations cabiriques par ceux que l’antiquité grecque, pour ne parler que de celle-là, nous fait connaître - assez mal - sous les noms de Telchines et de Dactyles.

Dans le plan adamique, la spécification sexuelle particulière à l’humanité " engendre ", par Whada, Jabal, la transhumance, le nomadisme, la quête amoureuse, la recherche du perfectionnement (le mot propre est facile), et son frère qu'on pourrait qualifier de jumeau, encore que la Bible ne fournisse pas cette précision, Jubal, la musique, les arts, le chant amoureux, la notion du Beau, l'effort perfectif qui, utilitaire chez Jabal, devient désintéressé chez Jubal au moins dans son objet immédiat.

Le rôle de la Voilée, Tsila (ou l'éternel féminin), est instructif : Thubal-Caïn est la diffusion, le délayage des forces instinctives. (Ce nom curieux est formé de ceux de Caïn et d'Abel avec la préformante de réciprocité, th-.) Cette diffusion s'opère de deux façons : au moral, par la réaction opérée par la présence féminine dans les réflexes instinctifs masculins qu'elle modifie en mode involontairement mais nécessairement altruiste ; au matériel, parce que la multiplication des parturitions, donc des psychés instinctivées, diffuse et atténue l'énorme égoïsme instinctif fondamental, tandis que cette prolifération, cette subdivision de l'être instinctif en une foule d’émanations individuelles permet à la force contraire, longtemps comprimée par Caïn, Caïn de se détendre, de les baigner et d'en limiter l'activité néfaste, même malgré elles. Là encore, c'est ailleurs, dans son Caïn, que Fabre d'Olivet expose ses vues sur ce point (en note, si mes souvenirs sont exacts).

La " sœur " symbolique de Thubal-Caïn a nom Nawhama, la sociabilité, " le principe de la réunion en société ", comme dit à peu notre auteur, dont la mise en acte dépend, en effet, de la femme, et Fabre consacre un bon chapitre de son Histoire à cette démonstration !

Je n'aurai garde d'omettre, dans ce tableau des bases de la société primitive, le " frère " de Jabal, Maqena : la propriété, l’approbation.

En effet, dès que l’homme exerce son industrie par une activité rurale, pastorale ou autre, la notion de propriété prend corps et pose des problèmes dont la solution orientera dans telle ou telle voie la civilisation naissante.

Inutile d’aborder un plan plus subtil et de savoir ce qu'y peuvent représenter les personnifications que nous venons d'évoquer rapidement. Ce pourrait être présomption de ma part. J'ajoute que je n’ai nulle prétention mystagoqique ou initiatique et que je tiens à laisser ce rôle, périlleux à ceux qui s’estiment qualifiés pour le jouer, que ce soit à tort ou à raison.

Je passe sur le discours transparent de Lamek à ses " épouses ", qui se rapporte aux étapes de la manifestation du sens social dans l'humanité, pour aborder la lignée de Seth, non sans recommander à la sagacité du lecteur bien doué la note de la Langue hébraïque où Fabre d'Oivet rapproche nosha, " épouse ", du nom symbolique que nous allons bientôt rencontrer.

La lignée de Seth.

Si l’Instinct universel, Caïn, fonde la sphère instinctive (Hénok) pour tisser les éléments du corps périssable (Mehuyaël), il est logique de penser que Seth, l'Animisme universel, va travailler d'une façon analogue dans son domaine, selon les lois de sa fonction particulière et les circonstances spéciales que lui impose la manifestation préalable de Caïn.

Enosh, sa première production, sera l'homme corporel, individuel, comme le dit clairement le philosophe de Ganges. Trop clairement même, et ce n'est là que le sens le plus extérieur de ce terme. Car le Hénok de la lignée de Caïn est également, en un certain sens, l’homme corporel ou son armature, mais l'homme corporel qui a développé uniquement et au maximum ses seules facultés instinctives, sans que la sphère animique existante en germe et la sphère intellectuelle à plus forte raison interviennent. Elles restent à l’état de pures potentialités. J'ajoute que, dans la terminologie de notre auteur, " intellectuel " a un .sens plus vaste et plus haut que le sens usuel, quasi synonyme de " cérébral ".

Enosh est donc l'être individuel complet, l’âme incarnée dans une sphère instinctive développée, dans laquelle, par l'action de l'amour, d’abord bestial, puis progressivement épuré, la sphère animique se développe, s'actualise et tend à reprendre son emprise normal sur l’instinct. En naissant, nous sommes tous de petits Caïns, engoncés dans le pur instinct ; l'amour maternel, pour commencer, puis le reste, diffusent cette " force centrale ", et un temps arrive, dit " âge de raison ", où la force expansive animique devient susceptible de contrebalancer le poids de la concentration caïnique. Cet âge de raison, c'est 7 ans; 21 ans, 49 ans... ou jamais ! C'est un état d'être et non une date d'existence, le point d’équilibre où l’homme devient conscient de ses responsabilités et théoriquement capable d'affirmer sa volonté en modifiant en bien ou en mal sa destinée. Je note que le Destin est, sur le plan cosmique, l'équivalent de l'Instinct sur le plan humain. Toutes ces correspondances et ces généalogies symboliques nous semblent plus faciles à saisir si on les situe sur le schéma de la constitution humaine, éminemment transposable, tel que Fabre le pose dans sa Dissertation introductive.

Ce qui précède, pourquoi le dissimuler? - a un sens plus abstrait encore; ces différents sens s'entrelacent malicieusement sous la plume du maître, et le chemin que je puis essayer de parcourir à sa suite n'est qu'une série de détours ininterrompus. Seule, je le répète, la Lumière intérieure peut donner la vision unitive et synthétique des réalités vivantes. Ce qu'il est bon de taire (et Fabre d’Olivet n'a pas manqué à cette règle), c'est ce qui pourrait mettre des esprits plus curieux que qualifiés sur la voie de techniques psychurgiques ou hermétiques périlleuses.

Revenons à nos moutons. La production directe d’Enosh est Quïnan, c'est-à-dire un autre Caïn, multiplié en force et en nombre. Il est permis d'y reconnaître la prise de possession, " l'envahissement " par les facultés animiques, de chacune des facultés instinctives correspondantes. Cette transmutation psychique des désirs (et non leur anéantissement) est digne d'intérêt et a pour résultante une autre entité symbolique, Mahallaël, l'exaltation lumineuse. Le feu sombre du désir instinctif est transmué en la chaude lumière du désit animique. Ce mot, avec le préformatif M-, est bien éclairé par les vocables d’hébreu vulgaire construits sur la même racine, hilel, " splendeur, clarté ", nom de l’étoile du Matin (cf. Job), et helul, " exhaltation, glorification, actions de grâce ".

Cette transmutation, ou cette réversion de l'activité d'en bas vers la sphère supérieure, transforme l'activité désordonnée signifiée par Whirad en un mouvement harmonieux et durable, Ired, dont l’aboutissement sera un second Hénok, très différent par nature du premier fils de Caïn. Ce Hénok représente ici, si nous avons bien compris l'auteur, l'initiation effective, la seconde naissance. Un des nombreux sens de ce mot en hébreu est " initier, inculquer, commencer à se servir d'une chose pour la premiére fois " ; le féminin hénoka est la dédicace, l'inauguration, la consécration de quelque chose. Le premier Hénok introduisait, initiait l'être au mode le plus inférieur de son existence. Le second l'instaure dans un monde plus haut, le transplante dans son élément supérieur, et est, cette fois, l’ultime production séthique, comme l'autre était la première production caïnique (car ses deux fils Methusélah et Lamek représentent, le premier, une transition nécessaire, une simple modalité de son action, et, le second, un principe préexistant, déjà connu sous une autre forme). Methusélah, par opposition au Methushaël de la lignée caïnique, est bien la mort qui sert de conclusion à toute activité sensible individuelle, mais une mort qui restitue l'être à l'élément adamique, au monde glorieux et spirituel dont il s'était ségrégé. C'est pourquoi la Genèse mentionne que ce Hénok a cessé d’exister sans cesser d'être.

De cette mort même, laquelle n'est plus un gouffre où tout se dissout, sort un nouveau Lamek, -le même transformé, - un nouveau lien des choses : l'Amour rétablissant la communion entre la créature régénérée et le Verbe divin. Au sens social, ce lien est religion (en donnant à ce terme le sens qu'il avait autrefois), c’est-à-dire le moyen pratique, proposé implicitement à tous, mais utilisé en fait, de loin en loin, par quelques-uns, de réaliser le Grand Œuvre du Phénix.

Nous voici loin de la terre physique. Il nous faut y redescendre, car, en réalité, nous ne le savons que trop, la grande masse des émanations d'Adam n'est pas parvenue à " cesser d'exister sans cesser d'être ". Et cette masse est toujours à sauver. Mais, cette fois, l'Adamité réintégrée ou en voie de réintégration va venir au secours de l'Adamité déchue ou en voie de désintégration. Lamek (l’Amour) va déléguer, pour le salut de la Terre, une triple ambassade, une et triple : Noé (1), délégation locale de l'Adam réintégré (et, par lui, le Verbe rédempteur), Sem, Cham, Japhet (intelligence, instinct, animisme adamiques purifiés). Chacun de ces principes dominera plus spécialement dans une race terrestre, quoique aucune, parce qu'adamique, ne puisse être totalement dépourvue de l’un d'eux.

Dans un sens parallèle au premier, la triade émanée de Noé peut être assimilée à l'esprit, à l'âme et aux forces physiques de 1a Terre (ou plus exactement du binôme Terre-Lune).

Je dois ajouter à ce qui précède que les chapitres suivants vont prendre un caractère mi-symbolique, mi-hystorique, et ne sont pas en entier d'inspiration moïsiaque. Peu importe pour l'instant.

Je crois sage de m'en tenir aux quelques éclaircissements ci-dessus, sans les alourdir de considérations sur des problèmes intéressant la vie posthume et prénatale, par exemple.

Si j'ai pu établir que le meilleur exégète de Fabre d'Olivet était encore cet auteur lui-même, je n'aurai pas perdu mon temps, quelque opinion qu'on puisse professer par ailleurs sur la façon dont j'ai saisi ou non sa pensée véritable.

(1) Je ne crois pas faire trop fausse route en rapprochant la fonction noachique, dans une de ses acceptions, de celle qu'une certaine Ecole personnifie sous le vocable " Seigneur de la Terre ".

Sources :
Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

 

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Mardi 29 juillet 2008 2 29 /07 /Juil /2008 20:16


Le gui


Extrait de "Visage du druidisme"


par André Savoret 



 

 J'ai parlé déjà dans un précédent chapitre du nom sacerdotal du gui. Je n'y reviendrai pas, sauf pour dire que ce nom, très ancien, a fini par désigner toute espèce d'herbe à propriétés curatives, puis par devenir générique de n'importe quelle plante ou essence forestière. J'ai dit ailleurs (Revue Psyché, nov-déc. 1936) qu'un autre nom du gui était en Gaule Soli-Iacos "remède universel ", expression que nous retrouverons traduite chez Pline, et dont il existe un équivalent irlandais, an t-uil-ioc. Au même lieu, j'ai avancé une explication du nom de mois gothique et saxon où tombait la fête solsticiale du gui, par un mot signifiant "santé" et "salut", allusif à la fois au remède et à son inventeur. Par ces deux noms, nous savons que le gui (mot transmis du gaulois et non du latin viscum) était l'emblème de la Connaissance et, populairement, désigné comme " panacée ". 

   Le gui n'est autre que l'authentique Sôma, que l'Inde ne sait plus préparer et qu'elle a remplacé depuis bien des siècles par un substitut local. Les éloges adressées à Sôma (dont la mythologie a fait un dieu-lune, de même qu'elle a assiinilé l'amrita aux rayons lunaires), ces éloges, dis-je, s'adresse tantôt à la teinture, " remède universel ", tantôt à l'élixir, breuvage magique des initiés, tantôt, enfin, à la forme supérieure du symbole où le chêne est l'homme et le gui ou Sôma la Sagesse divine, la Lumière du Verbe. A considérer toutefois que dans une acception restreinte et limitée à la Gaule propre, chêne et gui représentent, au social, la puissance temporelle et l'autorité spirituelle, la subordination du collier d'or au collier d'ambre. 

   Les écrits canoniques de l'Iran, eux, nous avertissent que Haôma (équivalent iranien du Sôma) est double : blanc ou jaune, céleste ou terrestre, comme l'est le Mercure des Sages. Le jaune est la plante du sacrifice iranien, mais son prototype, le Haôma Blanc, appelé aussi Gaokerena (oreille ou céleste) se dresse sur le pic sacré Hara-Berezaithi, au centre de la mer Vurukasha "le large abîme". Non loin, croît son doublet, l'arbre Yadbesh (=chasse-maux). Ce Haôma céleste est personnifié sous les espèces d'un yazata ou génie bienfaisant. On lit dans le Yacna : "0 Zarathustra, je suis Haôma le pur, celui qui éloigne la mortalité." 

    Et Zarathustra de répondre : " Hommage à Haôma, saint parfait et très juste. Il guérit tous les maux; donne le salut... est le meilleur viatique pour l'âme... Il procure aux femmes stériles une brillante postérité, aux jeunes filles un époux juste et généreux... Honneur à Haôma qui rend le pauvre aussi grand que le riche, qui élève l'esprit du pauvre aussi loin que la sagesse des grands."

    C'est le sixième des Amesha-Cpenta ou "saints immortels", nommé Ameretât (=immortalité ambroisie) qui veille spécialelement sur Gaokarena. A la fin des temps, quand aura lieu la Résurrection générale (sur laquelle se tait la théologie de l'Inde), le suc de ce véritable " arbre de vie " conférera aux humains la vie éternelle. 

    Des siècles après Zoroastre, Pline parlera du gui en termes moins emphatiques, mais assez approchants quant au fond. Il mentionnera son rôle de remède universel, notera qu'il passait pour combattre la stérilité et qu'il était tenu pour la plante sacrée par excellence.

    Le gui de chêne et le rocher sont trois symboles étroitement associés par les druides. Trois symboles que ne désavouerait aucun hermétiste. Sous leur énigmatique simplicité se dérobent aux curiosités les vérités les plus profondes de la doctrine orthodoxe.

    Pour rester dans le domaine végétal, le gui et le chêne fournirent au druide davantage que des allégories incolores ou des symboles abstraits : Un arsenal thérapeutique, spagyrique et initiatique parfaitement objectif ! Au lecteur de démêler si c'est fortuitement que les symboles majeurs que je viens de rappeler ont pris place dans l'imagerie conventionnelle des hermétistes. Enumérer leurs ouvrages faisant allusion à certain chêne ou en reproduisant les frondaisons, ce serait en citer près des trois-quarts!

    Ce chêne, nous le rencontrons dans Flamel comme dans Cyliani dans l'ornementation des demeures philosophales de Bourges comme sur les peintures de l'athanor du Musée de Winterthur, chez Bernard Le Trévisan comme dans l'Amphithéâtre de l'éternelle sagesse. C'est l'arbre majestueux qui ombrage tout l'oeuvre hermétique ; c'est dans ses robustes branches que monte et descend l' "écureuil philosophique " d'un des médaillons du frontispice du Museum Hermeticum. Quant au gui, il me souvient que Paracelse, dans son Thesaurus Thesaurum alchimistorum, écrit, en traitant de la matière prochaine, qu'un des sujets minéraux " se trouve dans l'astre méridional et aussi sur la première fleur que le gui de la terre produit sur l'astre ". 

     Nombre d'auteurs font d'ailleurs allusion à certaine " herbe sans racines ", ou croissant sans le secours du sol, qui pourrait être, analogiquement, le gui. D'autres, il est vrai, précisent qu'il s'agit d'une algue qui a intrigué bien des chercheurs par son apparition quasi spontanée et sa disparition aux premiers feux du soleil, à de certaines époques de l'année. Algue verte et membraneuse, appelée Nostoch, Flos coeli, crachat de lune, archée céleste, chaos, - et j'en passe !… Noms prometteurs, qu'il faut se garder de prendre pour argent comptant, car les alchimistes, gens discrets, ne se servent jamais du mot propre lorsqu'il s'agit de leur magnésie, de leur feu ou de leur modus operandi.Toutefois, derrière ces appellations symboliques, gît peut-être un lièvre de belle taille.

    Pour en revenir au sujet végétal, dont la préparation présentait plus d'un point de contact avec le mercure des métaux, l'on peut dire, sans aller trop loin, que détaché au solsticê d'hiver, le gui de chêne était traité spagyriquement au cours du printemps suivant. Dans l'un et l'autre cas, une partie de l'oeuvre consistait a condenser une certaine énergie vivante (et je n'entends pas par-là le magnétisme humain) dans une substance que des purifications minutieuses rendaient apte à ce rôle de support. Du gui comme sujet et de la vigne comme moyen, les druides extrayaient les deux substances complémentaires de leur mercure végétal, animé par un agent sans lequel on restait dans l'ordre des manipulations chimiques. Au reste, le nom de Médecine universelle, donné en Gaule au gui est le même qu'emploient les herinétistes pour désigner leur élixir parfait. 
 

*
*  *

    Venons-en à la cérémonie de la cueillette de la plante sacrée. Pline la rapporte ainsi : " On ne peut omettre en parlant du gui la vénération dont il est l'objet dans toutes les Gaules. Les druides, - nom donné à leurs prêtres par les Gaulois, - ne connaissent rien de plus sacré que le gui et que l'arbre sur lequel il croît, à condition que ce soit un chêne-rouvre. C'est dans les bois de chênes-rouvres qu'ils ont leurs sanctuaires, et ils n'accomplissent aucun rite sans leur feuillage. Le nom des druides... fait peut-être allusion à ce culte des chênes... Ils pensent que tout ce qui croît sur ces arbres est d'origine céleste et que la présence du gui révèle la préférence de la divinité pour l'arbre qui le porte. Le gui se rencontre très rarement sur un chêne ; quand les druides en ont découvert, ils le cueillent en grande pompe. Pour ce rite, ils choisissent le sixième jour de la lune, jour qui leur sert à fixer le début des mois, des années, et de leur siècle de trente ans.

   Ils pensent que, dès ce jour-là, elle a acquis une grande vigueur... Ils donnent au gui un nom signifiant remède universel. Au pied de l'arbre porte-gui, ils préparent un sacrifice et un banquet. Ils y amènent deux taureaux blancs... Un prêtre vêtu d'une robe blanche monte sur l'arbre et coupe avec une faucille d'or le gui qui est recueilli dans un drap blanc. On sacrifie ensuite les victimes en demandant à la divinité que son don porte bonheur à ceux qui le reçoivent. Les Gaulois (il ne s'agit plus des druides) s'imaginent qu'un breuvage fait avec du gui peut rendre féconds les animaux stériles, et que le gui est un antidote contre tous les poisons. Tant il entre d'idées et de pratiques frivoles dans la religion de certains peuples. "

  M. Jules Toutain, qui a par ailleurs parfaitement saisi la haute importance de la cérémonie décrite par Pline et qui a montré que le sacrifice et le banquet sont inséparables de la cueillette proprement dite, rapporte à la lune l'expression " remède, universel ". Et, grammaticalement, je pense qu'il a parfaitement raison. Cependant, le fait subsiste que c'est bien le gui qui est encore désigné sous ce nom précis par des gens qui n'avaient nul besoin de Pline pour savoir comment se nommait chez eux la plante vénérée.

   L'erreur vient de Pline qui a mal saisi les indications qu'il recueillait sur une pratique qu'il qualifie de " frivole ". D'ailleurs, nous verrons bientôt, à propos du fameux "oeuf de serpents" qu'il n'était pas toujours bien informé, tant s'en faut !

    J'ai assez dit que les fêtes chrétiennes ont succédé aux gauloises. Noël est la fête de la venue du Christ, fête de l'Incarnation du Verbe en même temps que fête du solstice d'hiver et de la descente des gerrnes vitaux sur la terre. Pâques, inséparable de Noël, en un sens, fête solaire également (devenue luni-solaire pour de multiples raisons que je ne commenterai pas), correspondant à l'équinoxe de printemps et, selon l'enseignement antique, fête du départ des âmes lumineuses (que je ne commenterai pas non plus)... 

   Récolté cérémonieusement à Noël, dans une pompe tout exotérique, le gui était transformé en remède du corps et de l'âme au printemps : œuvre ésotérique, silencieuse, secrète, efficiente (2).

   Le calendrier de Coligny, axé sur un comput solaire pour ainsi dire normalisé ne pouvait porter mention d'une date qui variait avec chaque année. Il y avait bien une fête fixe du solstice d'hiver, chaque 7ème jour du mois Giamon, mais, justement parce que fixe, elle coïncidait bien rarement avec le solstice astronomique. D'autre part, les druides choisissaient chaque année non seulement le jour et l'heure de la fête rituelle du gui, mais de plus, ils en fixaient aussi le lieu. On sait que le gui ne se trouve pas souvent sur les chênes. est donc de simple bon sens d'admettre que, selon les découvertes et les circonstances, il se trouvait chaque année des régions où la cérémonie n'avait pas lieu, faute de son élément essentiel. 

   Je reviens au gui, envisagé cette fois comme " élixir du savoir ". 

   Je crois avoir mentionné que l'homéopathie en utilise les hautes atténuations dans nombre de dvsfonctions nerveuses et de troubles, psychiques (convulsions, somnambulisme, états choréiformes et épileptiformes). Il y a là une indication très nette que j'ai le devoir de souligner, en avertissant les imprudents qui se livreraient à des " expériences " avec des préparations plus ou moins " spagyriques " de cette plante, qu'ils courent des risques certains et graves. La quintessence tirée du gui, administrée dans certaines phases de l'initiation effective, favorisait au plus haut point certaines facultés dites " supra-normales " ou " paranormales " (malencontreuse qualification, qui dit, au fond, le contraire de ce à quoi je fais ici allusion). Comme le légendaire Elixir des Roses-Croix, dont elle se rapproche, cette liqueur était le medium de l'illumination pour ceux qui étaient aptes à la recevoir. Le revers de la médaille, c'était le danger d'hallucination, d'obsession ou de folie incurable pour quiconque eût osé s'en servir avant l'heure et sans une préparation, - même physiologique et diététique - suffisante. Inutile de souligner que, de cette heure, nul disciple n'était juge. Pour bon nombre d'entre ces derniers, n'ayant pas acquis la qualification jugée indispensable, l'élixir demeurait un symbole, et rien de plus. Et j'ai lieu de penser que les vrais druides - j'entends ceux parvenus au faîte de l'initiation effective - n'étaient guère plus nombreux parmi les Celtes que ne l'étaient les rares chênes porteurs du rameau d'or dans leurs vastes forêts.

   C'est pourquoi je ne m'étendrai guère sur la préparation de l'arcane (au sens paracelsique du mot), ni sur les conditions accessoires mais indispensables de son utilisation.

   Je dirai seulement que son élaboration commençait là où finissait celle du simple remède. Et qu'elle exigeait la réitération de certaines opérations précédentes , un peu à la manière des trois mercures successifs de l'alchimie métallique, quoique en un moindre temps.

   Plante soli-lunaire, avec la disposition de ses branches et de ses feuilles géminées, ses caractéristiques numérales et angulaires, divisant la sphère en sixièmes et douzièmes, lui donnent 2 et 6 pour nombres naturels : L'harmonie des complémentaires d'une part et, de l'autre, l'équilibre et la perfection attachés traditionnellement à la mesure du cercle. Le gui est donc le symbole de l'amour chaste, de l'union des pôles contraires dans tous les plans de vie, relevés ou triviaux, pouvant exprimer selon les cas et l'objet en vue l'union conjugale, l'inviolabilité du serment, les rapports du maître et du disciple, la communion du divin et de l'humain, l'insulfuration du mercure des sages, etc... selon l'adaptation envisagée et le degré de réceptivité de chacun.

   Que le gui ait été lié aux coutumes du mariage et, surtout, des fiançailles, c'est ce dont subsiste maint témoignage, ce qu'on retrouve dans mainte tradition populaire. Je ne puis me livrer à cette recherche, d'ailleurs facile. Mais je ne saurais quitter le gui sans dire quelques mots sur l'oeuf de serpents, dont cet excellent Pline a parlé au rebours du bon sens, comme cela lui arrive quelquefois. Il en donne la genèse suivante :
   En été se rassemblent et s'enlacent une multitude de serpents collés par leur bave et leur exsudat. Il en résulte une boule appelée " oeuf de serpent ". Les druides (ou réputés tels) le disent projeté à l'air par les sifflements de ces reptiles. Il faut le recevoir dans un sayon sans qu'il touche le sol et le ravisseur doit s'enfuir à cheval, poursuivi par les ophidiens jusqu'à ce qu'une rivière s'interpose entre eux et lui. Comme les mages sont ingénieux à frauder, ils prétendent qu'une certaine lune est à choisir pour se procurer cet oeuf, comme s'il dépendait de la volonté humaine de faire coïncider l'opération des serpents avec l'époque voulue. (3)

   Et Pline d'ajouter : " Pour ma part, j'ai vu un de ces oeufs fameux chez les druides ; il était gros comme une pomme moyenne, sa coque était dure et portait de multiples cupules comme celles des bras du poulpe. "

   Naturellement, à la suite de Pline, plus d'un s'est empressé de reconnaître un oursin pétrifié dans le fameux " oeuf ", mais cet oursin n'a été montré à notre curieux que pour lui donner le change. Ses prétendues " propriétés " sur quoi j'ai jugé inutile de m'appesantir, sont purement symboliques et analogiques, mais invraisemblables, prises au pied de la lettre. Symbolique également le rite du " passage de l'eau ". La bonne foi de Pline n'est d'ailleurs pas en cause.
  Il ignorait que certains secrets n'étaient confiés ni aux " druides " schismatiques, ni même à tous les autres, indistinctement.
  Les druides qui l'ont renseigné, s'il s'agit bien de druides, ne savaient eux-mêmes que la moitié des choses, sans toutefois ignorer que ce n'en était qu'une moitié. Et s'ils eussent été réellement au courant, c'est-à-dire suffisamment qualifiés, ils n'eussent pu lui tenir un langage bien différent !...

   Selon la tradition, même " exotérique ", du druidisme, ce ne sont pas les serpents, mais leur bave qui forme une boule... qu'il faut recueillir dans un sayon sans qu'elle touche le sol, modus operandi mentionné par ce même Pline dans la cueillette du gui !... Au risque de passer pour un doux maniaque ou pour un charlatan de l'occulte toujours prêt à se retrancher derrière " le secret de l'initiation " dès qu'on le serre d'un peu près, je dirai que le récit fait à Pline et rapporté fidèlement par lui, renferme un des secrets majeurs du sanctuaire sous son apparence de conte à dormir debout. Et que ce secret n'est pas de nature à être divulgué, galvaudé, à la légère ! Certains, je l'espère, comprendront mon allusion et approuveront ma réserve, fortement motivée. Je me contenterai de dire ce qui peut l'être :
  Dans la préparation très secrète du gui, en tant qu'élixir du savoir (et non en tant que remède), l'on pouvait opérer de deux façons : soit sur la plante totale, soit exclusivement sur les baies visqueuses lesquelles, en cours de travail, prenaient l'aspect d'un " bave " ou d'une écume blanchâtre. L'on utilisait de préférence l'élixir extrait des feuilles à l'intérieur et l'onguent obtenu par la sublimation des baies à l'extérieur, sur l'emplacement de certains plexus. L'on pouvait en outre, selon la limite qu'on entendait assigner aux facultés " psi " de certains disciples, se borner à l'onction épidermique, sans faire usage l'élixir, notablement plus actif.

   Le tout, c'était de " monter à cheval ", c'est-à-dire, de maîtriser son véhicule psychique, et, surtout, de " passer l'eau " sans encombre. De l'autre côté du " fleuve " on était hors de danger, et initié effectivement (non en formules creuses) au degré où l'initiateur responsable le permettrait, degré dépendant à la fois du dosage judicieux des substances mises en oeuvre, de la durée de la préparation physiologique, et de la qualification acquise par l'initiable. 

Sources
Livres Mystiques

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Mardi 29 juillet 2008 2 29 /07 /Juil /2008 16:52

Ce texte est la continuation du précédent, la Gaule et les forces spirituelles. A noter la comparaison faite avec Israël qui a perdu son Âme après la mort de 'Moïse'...






 

La Vraie France (1)

 


- 1939 -


par André Savoret 

 

 

(1) Cet article est en quelque sorte le complément de la causerie intitulée « La Gaule et les Forces Spirituelles », reproduite dans l'Annuaire du Collège bardique des Gaules, IV, année, p. 17 et suiv.

J'ai déjà fait la distinction nécessaire entre la France éternelle, création directe des Puissances d'En-Haut, et la
France du moment, telle qu'elle apparaît, avec ses fluctuations, aux yeux de l'historien qui enregistre des faits et établit des statistiques.

    Faute d'une telle distinction, le problème du relèvement de notre Patrie est privé d'une partie - essentielle - de ses données, ce qui fausse ipso facto les solutions qu'il comporte.

    Nous savons que toutes les apparences matérielles sont le masque (en latin persona) à travers lequel s'expriment d'invisibles acteurs.  Chacun d'eux en est la personnalité consciente.  Et ces acteurs jouent, avec plus ou moins d'exactitude et de talent, le rôle que leur assigne le compositeur, c'est-à-dire l'Entité spirituelle qui, elle, et elle seule, sait exactement ce qu'elle veut et pourquoi elle agit et fait agir.

   Au même titre que n'importe quelle autre réalité, relative, chaque nation est constituée par ces trois éléments, et la France n'échappe pas à cette loi générale :
   Une personne qui en est le corps, l’aspect tangiblé, politiques, physiologique ; une personnalité, élément animateur et conscient, qui en est l'âme, l’aspect psychologique ; une Entité, élément principiel qui en constitue l’esprit.
 

* * *

   J'ai dit ailleurs (1) ce qu'on pouvait présumer de l'Entité France et de sa fonction statique. Je n'y reviendrai guère, préférant insister davantage sur son aspect dynamique.

   Les Anciens disaient volontiers que le monde était plein de dieux qui s'en disputaient l'empire. Et chacun connaît le rôle significatif que jouent les « Immortels » dans l'épopée homérique. Mieux encore ! Sous l'affabulation du génial poète de la vieille Hellade, nous saisissons parfaitement que, si les dieux se mêlent aux mortels, les uns pour défendre les autres pour démanteler Ilion, ce n'est pas par un vain caprice, mais parce que cette guerre symbolique est elle-même, avant tout, une théomachie, un conflit des dieux.

   Cette prééminence accordée aux Immortels par le judicieux Homère marque vigoureusement une conception spiritualiste de la vie des nations, ou plus exactement des cités où celles-ci existaient déjà en germe.

   Ce point de vue est assez proche de celui que j'essaie de présenter.

   Une nation véritable (2), une nation qui a un destin, des chefs, une unité relative, un génie propre, une telle nation n' est pas l’œuvre du hasard. Les vicissitudes de son développement, ses revers et ses triomphes, ses réalisations dans tous les domaines expriment une nécessité interne que les individualités les mieux douées, celles dont le nom en résumera l'histoire pour les siècles, sentent plus ou moins distinctement, mais qui reste lettre morte - ou peu s’en faut - pour leurs contemporains qui, eux, ne voient que la personne, le «masque».

   Essayons de nous représenter ceci plus objectivement.
   L'Entité France dispense sur les territoires où elle veut jouer son rôle
les forces spirituelles en relation avec sa fonction essentielle. Un magnétisme particulier baigne ce coin de terre et le vivifie. Les êtres individuels qui le traversent ou viennent s'y fixer à demeure ressentent plus ou moins cette ambiance subtile. Les uns la sentent en harmonie avec leur propre ambiance psychique ; d'autres y demeurent indifférents ; à d'autres encore, elle est hostile ou antipathique.

   Après des siècles et des siècles d'efforts, nous voyons se former, encore bien fluide et bien indécise, une Gaule pleine de luttes, de contrastes, d'incompréhensions mutuelles, mais où, tout de même, un petit noyau d'êtres d'élite réalise en soi, par anticipation, la splendide unité qui ne sera manifeste que bien plus tard, alors que le nom même de Gaule aura définitivement sombré avec les institutions qu'elle connut.

   L'élite dont je parle sera le support de l'influence spirituelle projetée par l'Entité. Aux heures graves, un chef, Druide ou Guerrier, la réfléchira et la condensera toute en lui.

   Mais un tel chef ne peut être un homme quelconque ; il doit appartenir à la très mince cohorte des génies, et son oeuvre matérielle ne sera rien, comparativement à l'impulsion spirituelle qui lui survivra. Qu'on pèse, par exemple, l'apport vraiment surhumain d'un Vercingétorix ! Selon les apparences, et à ne considérer que la « persona », c'est un vaincu, et la Gaule, en tant que nation indépendante, meurt de son échec. César et ses amis - notre Gaule, hélas ! n'en manquait pas - triomphent sur toute ta ligne.

   En réalité, le sacrifice de l'être de lumière a libéré des énergies incalculables, indestructibles. A l'heure suprême, il ne fait qu'un, pour ainsi dire, avec la personnalité de sa nation. La personne matérielle : hommes, institutions, cités, succombe. Mais l'Entité, qui n'y rencontre plus l'instrument de ses desseins, préside au remaniement total de ce coin de terre, vivifié d'un sang généreux. La personnalité Gaule ressuscite sous un autre aspect : la France.  Et cette dernière sera en peu de temps - quelques siècles - une réalité plus achevée que la réalité Gaule, malgré qu'encore imparfaite, alors que 12 pays du « vainqueur » apparent ne connaîtra pendant longtemps que la division et l'anarchie.

* * *

   Et toujours, l'Entité, infatigable, suscite des chefs.

   Ceux-ci, le plus souvent, n'ont pas conscience de la mission spirituelle qu'ils remplissent plus ou moins exactement. Ils sont, pour la plupart, bien au-dessous de ce que l'Entité attendait d'eux.

   Cependant, lentement, maladroitement, ces chefs modèlent avec l'aide du temps une nation qui, en tant que personne matérielle, ne ressemble que de très loin à ce que veut réaliser l'Entité.  Et inlassablement cette dernière répand toujours sur la terre qu'elle s'est choisie les forces spirituelles adéquates, forces qui s'incorporent ici et là dans des héros ou des saints. L'image, longtemps demeurée floue, se précise.  Ce qu'est la vraie France, ce que doit devenir la France du moment, quelques-uns le sentent, le voient intérieurement. Puis cette perception se diffuse et le nombre de ceux qui la ressentent s'accroît. Finalement une France, toute petite, éclôt..

   Pour les contemporains, c'est une construction tout empirique, fragile et qu'ils estiment « raisonnablement » sans lendemain.  Cette France minuscule est, en effet, bien menacée, au dehors autant qu'au dedans. Mais elle a un roi, un roi qui croit en elle, qui croit au Christ, qui s'en estime le mandataire responsable et qui sent - parfois confusément parfois très clairement - le rôle qu'il lui faut jouer.

   Quoi qu'il arrive, cette France vivra ; sa personnalité vigoureuse, mais, hélas ! indisciplinée, s'affirme, se développe et sa personne du moment en suit à peu près les impulsions.

   Certes, la lutte continue, serrée, entre les éléments temporaires qui acceptent l'impulsion venue d'En-Haut et ceux qui s'y opposent. Mais cette lutte est inévitable. N'est-elle pas partout, en ce monde, et, en premier lieu, dans notre propre personne individuelle, toujours double, toujours en guerre contre elle-même ? Cela, c'est la Loi de la Terre ! La Loi d'En-Haut c'est l'harmonie, l'ordre, l'unité.

   Cette petite France qui sera un jour le cœur de l'Occident, le foyer le plus actif de la civilisation chrétienne a de puissants ennemis (3). Mais le Ciel veille. L'Entité anime des soldats qui sauveront ce corps qu'est la France du moment, par l'intermédiaire de cette âme qu'est sa personnalité agissante.

   Ce corps, cette France tangible, sera souvent malade, blessée, quasi moribonde. Mais la personnalité France, avec d'autres éléments individuels, reprendra son œuvre où elle l'avait momentanément suspendue et la guérison viendra, parfois incroyablement rapide, parfois progressive, quelquefois humainement inexplicable.

   Il n'y a qu'à consulter notre histoire pour constater que notre patrie tantôt s'affirme comme le pionnier de la civilisation chrétienne - et elle est alors victorieuse et florissante - tantôt s'écarte de sa voie traditionnelle - et elle connaît à brève échéance la défaite, la détresse, le chaos social et politique.

   L'on me dira sans doute que je viens d'énoncer un lieu commun, j'en conviens de bonne grâce, mais s'il devient vite insipide d'abuser des lieux communs, n'oublions pas qu'il est mortellement dangereux de les négliger.

   Après le chaos révolutionnaire, apparaît Napoléon qui y met fin avec la rapidité que l'on sait. Prédit trois siècles à l'avance par Nostradamus, cet être exceptionnel est aujourd'hui jugé bien diversement. Retenons seulement le rôle providentiel qu'il joua dans la première partie de sa vie publique, l'échec que lui valurent ensuite son orgueil et son ambition.

 

* * *

   Aujourd'hui, après cent cinquante ans de révolution athée, on peut dire que la personne de la France, est plus la caricature que l'image fidèle de sa personnalité. Et ceci, depuis bien des années, elle en a le sentiment, peut-être vague, mais tenace. Car elle aspire à guérir. Elle veut et doit vivre. Il est normal qu'elle cherche, instinctivement, le médecin qui portera remède à ses maux. Pour l'instant, elle ne sait trop où le trouver - ou le retrouver. Tout ce qu'elle sait, à la suite de coûteuses expériences, c'est qu'elle ne l’a pas encore trouvé et que les idéologies en lesquelles elle avait placé ses espoirs ne renferment pas le remède annoncé. Mais si la personne peut sembler gangrenée, n'oublions pas que l'Entité veille.  Qu'elle connaît, elle, et le médecin et le remède. Et que, comme par le passé, elle suscitera infailliblement, à l'heure voulue et de façon imprévisible, celui ou ceux qui seront le support humain de son action médiatrice.

   De nouveaux influx spirituels viendront baigner l'atmosphère du pays, les forces réorganisatrices se mettront à l’œuvre, comme tant de fois jadis, et les cellules mortes seront éliminées pour que la France reprenne son rang et son rôle réels, transfigurée ou plutôt - qu'on me passe ce néologisme hardi - transcorporée ! Elle reprendra conscience de sa vraie personnalité, condition nécessaire d'une renaissance profonde et durable. Et, à travers cette, personnalité, elle s'unira de nouveau à son Entité spirituelle, fille du Verbe et porteuse - elle - de Sa Lumière parmi les nations. Usons d'une comparaison empruntée aux Ecritures. Celle-ci soulignent le rôle analogue d'Israël parmi les nations, antérieurement à la venue du Christ. L'Entité ou le Principe qui suscita Abraham, Moïse, Daniel, Isaïe et quelques autres serviteurs conscients du Plan providentiel, cette Entité, dis-je, était libre et parfaitement indépendante des fautes, des écarts et des rébellions de telle ou telle génération dit peuple, élu sans doute, mais récalcitrant sans conteste

   Et toutes les énergies spirituelles accumulées en vue de l'aider à remplir sa mission se trouvèrent  spontanément libérées quand la personne d'Israël refusa de reconnaître son Sauveur. Elles cherchèrent ailleurs - car de telles énergies sont par définition indestructibles - un autre groupement humain qui leur servît de support et de diffuseur. Le peuple juif, abandonné à ses seuls instincts, tomba en putréfaction politique et sociale. Il lui fallait mourir ou changer radicalement - ce qui est aussi une mort d'un certain genre. Et il ne se survécut, comme nation, - quoique errante et dispersée, - qu'en se Vouant à un autre Maître, en se donnant à une autre Entité, opposée en tout à celle qu'il servait auparavant, puisqu'il est écrit : « Tu ne serviras pas deux Maîtres, Dieu et Mammon !»

   Si le groupement humain qui, dans sa personnalité, reprit le flambeau tombé des mains d'Israël  venait dans sa personne, son organisme matériel et social, à renier délibérément les principes qui constituent sa raison d'être et d'agir il n'en irait pas autrement pour lui que pour Israël, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Il consommerait son suicide moral et sa ruine matérielle, à moins qu'il ne retrouvât, lui aussi, un semblant de vie nationale et de raison d'être en se liant aux forces spirituelles inversives, toujours à l'affût.

   Et il en irait de même pour tout autre groupement national.

* * *

   La France ne saurait échapper à cette loi d'ordre général. Porteuse d'une certaine Lumière, il faut qu'elle la fasse rayonner autour d'elle ou qu'elle se renie elle-même. Malgré bien des éclipses, on peut affirmer hautement qu'elle n'en est heureusement pas là - au contraire.

   Sans la confondre avec la France « du moment », exaltons la France éternelle.  Ne nous y trompons pas. Cette France qui combat aujourd'hui sans passion et sans faiblesse, c'est à la fois l'une et l'autre. Agissons donc, dans la sphère où un juste décret du sort nous a placés, pour que le visage de cette France du moment ressemble toujours davantage à son modèle impérissable.

   Bien des signes encourageants nous montrent que cette oeuvre est en bonne voie. Persévérons dans cet effort qui s'offre à toutes les bonnes volontés. Cherchons à traduire toujours plus fidèlement le message d'En-Haut et les adversaires de la France seront réduits à l'impuissance, leurs projets d'asservissement seront confondus et notre patrie ne fera qu'un avec son radieux génie, cette France éternelle qui vaut qu'on se batte, qu'on se sacrifie - et qu'on se discipline, enfin - pour elle !

   Certes, partout, en toute contrée, l'ivraie et le bon grain sont mêlés.  Mais seulement pour un temps, jusqu'à l'heure de la moisson, comme le disent clairement les Evangiles.

   Et la moisson viendra. Ou plutôt elle vient déjà, mais nous ne savons plus discerner les signes des temps.

 

* * *

   « La figure de ce monde passe », nous dit saint Paul.  Oui, et celle des nations de ce monde également.  Mais rien ne meurt réellement.  La « figure de la France » a souvent passé au cours des siècles de son histoire, sans parler des temps ignorés où elle se modela lentement.  Qu'on se souvienne de la Gaule, des Invasions, de Charlemagne, du « petit roi de Bourges », de Napoléon, de nos républiques et de nos restaurations. Qu'on revive par la pensée les affres de l'An Mille, les horreurs de la guerre de Cent ans, les massacres et les guerres civiles de la Révolution, et, de ce tableau d'agonie et de deuil, qu'on passe à son antithèse, à nos gloires, à nos bonheurs, à nos oeuvres de lumière.

   Qui pourrait alors désespérer ?
   La France se sauve une fois de plus matériellement par les armes.  Soyons assurés
qu'elle Se Sauvera aussi spirituellement et qu'il lui reste encore à proférer, comme l'écrivait Jacques Heugel, voici quelques années, « une parole qui étonnera la Terre ».

(1) Voir le texte « La Gaule et les forces Spirituelles », de l'Annuaire du C. B. G. IV, année, p. 17 et suiv.

(2) Un conglomérat de peuples, artificiellement formé pour un temps, telle l'Allemagne actuelle, n'est pas une nation. Elle n'a pas de destin propre, mais est entraînée dans le destin de la nation qui la domine momentanément, en l'occurrence, La Prusse.

(3) Et l'on pourrait distinguer ici ses ennemis de principe de ses ennemis du moment, ses ennemis ouverts de ses ennemis occultes. Toute la trame asianico-templière apparaît brusquement en demi-lumière au moment de la Guerre de Cent ans, pour se replonger dans l'ombre d'où elle émergera trois siècles et demi plus tard !

Sources :
Livres Mystiques com

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Mardi 29 juillet 2008 2 29 /07 /Juil /2008 15:28

La France possède une Âme, une grande Âme et son Destin -quels que soient les hommes qui la dirigent- est d'aller -envers et contre tout- dans la Voie qui est la sienne propre. Je me suis justement permise d'émettre une opinion allant dans ce sens, voilà quelques temps, dans un blog "politique" et de dire que la France possédait l'Âme Celte. Ce qui est en contradiction totale avec l'homme qui préside à sa destinée aujourd'hui. Je le dis comme je le pense. Le premier Héros qui sentit cela fut Vercingétorix dont on sait le combat qu'il livra contre l'Occupant. En ce temps-là, la France se nommait la Gaule. Et le père de notre héros, Celtilius. Ce qui vaut mieux qu'un discours. Il ne faut pas oublier que -dans les Temps Anciens- chaque nom attribué à un individu ou à un lieu tenait lieu  de symbole. C'est tout ce qu'il subsiste d'ailleurs dans l'Ancien Testament pour trouver la Vérité. Des Noms et des Nombres perdus dans un fatras de contes ou de mythes. Pour trouver l'Origine des choses, il faut trier, enlever le Bon Grain de l'Ivraie. Vaste entreprise. La France possède donc un Noble Âme. Elle a été convoitée de tous temps par les Obscurs. Il semble qu'aujourd'hui ils en aient pris possession en plaçant un des leurs à la tête de notre pays dans le seul but de l'asservir et de la soumettre à des entités visant à la perdre. Mais les forces spirituelles oeuvrant pour Dame France ne la laisseront pas se damner pour ses ennemis de toujours. Le texte d'André Savoret a été écrit en 1938 mais il s'applique très bien au temps présent. Donc... patience...




 

 

La Gaule et les Forces Spirituelles (1)

 

par André Savoret

 



  Le sujet dont, je voudrais vous entretenir rapidement est infiniment vaste et complexe. Il se Peut qu'à m'écouter vous sentiez combien il me dépasse. Cela, je le sens aussi, croyez-le, et si je requiers d'abord votre indulgence, tenez pour assuré que ce n'est point là une simple clause de style.

  D'autres sujets m'auraient été plus familiers ; surtout, ils ne m'auraient pas donné, au même degré, l'impression d'être au-dessous de ma tâche.

  J'ai estimé que les heures angoissantes que nous venons de traverser, celles aussi que nous traverserons bientôt, selon toutes probabilités, me commandaient de faire passer au second plan mes recherches d'ordre purement intellectuel et, ce faisant, je ne crois pas m'écarter des principes fondamentaux autour desquels nous nous sommes groupés.

  Je n'ai pas la prétention de vous apporter  des vues neuves. Je pense, au contraire, que certaines choses connues doivent être redites, tant est puissante la faculté d'oubli de l'homme, - surtout quand cet homme a l'avantage, ou le défaut, comme on voudra, - d'être français.

  D’autres choses, moins connues, demanderaient à être mises en lumières, parce qu'essentielles. je m'y essaierai de mon mieux, mais, en guise de flambeau, vous devrez vous contenter de mon modeste lumignon.

  Laissez-moi d'abord préciser mon titre : La Gaule et les Forces Spirituelles.

  Dans mon esprit, - dans le vôtre aussi, je pense, - je ne puis séparer la Gaule de la France, le passé du présent, les hommes d'hier de ceux d'aujourd'hui. Et j'entends par « Gaule » une entité géographique, une continuité historique, une fonction biologique précise, remplie par un groupe humain, avec des fortunes diverses ; enfin, un rôle préétabli, - plus ou moins bien joué selon les époques, - dans le drame terrestre, fonction lui-même du Drame universel.

  Ce Drame, vous le Savez, C'est l'implacable et nécessaire combat engagé entre la Lumière et les Ténèbres, combat qui commence, pour nous, avec la Chute de l'Homme et ne se terminera qu'à sa définitive Rédemption.

  Les Forces spirituelles, ce sont toutes les Puissances émanées du monde divin d'une part, du monde infernal, de l'autre, - les unes pour nous sauver, les autres pour nous perdre, - Puissances dont nos cœurs, nos foyers et notre sol ont été, sont et seront jusqu'à la fin, les supports, les réceptacles, les champs de bataille.

  Quant aux forces psychiques, qui jouent ici comme partout je me garderai de les confondre avec les forces spirituelles qu'elles enveloppent et prolongent parfois, mais dont elles différent du tout au tout.

***

  Dire de la France qu'elle est « la fille aînée du Christ », c'est énoncer une banalité. Mais, pour banale qu'elle soit, cette assertion n'en est pas moins exacte. C'est notre gloire et notre misère, notre triomphe et notre croix, la source cachée de nos biens et de nos maux, la clé vivante de notre  Histoire, que cette « banalité » à laquelle nous ne prêtons presque aucune attention, à force d'en avoir eu les oreilles rebattues !

  N'oublions pas que les grandes vérités sont simples et qu'elles échappent trop souvent, par là-même, à nos cerveaux compliqués. Elles sont aussi très vieilles, « vieilles comme le monde », dit-on avec assez de raison… Aussi, elles ne frappent plus nos âmes, éprises de changement et de nouveautés.

  Donc, la France, « fille aînée du Christ », s'adresse à nous, Français d'aujourd'hui, comme elle s'adressa aux ancêtres disparus... Et que peut-elle nous demander, sinon que nous lui ressemblions, sinon que nous soyons, à son image, des enfants du Christ, conscients de leur tâche, de leur devoir, de leur mission ?

  Ne nous laissons pas, cependant, égarer par l'orgueil.

  Comprenons, - comprenons clairement, - que cette prééminence de la France, dans le domaine spirituel, est un honneur, lourd à porter - comme l'est tout honneur. Comprenons surtout qu'elle n'octroie à nous, Français éphémères, aucun mérite spécial, mais qu'elle nous crée des devoirs particulièrement difficiles, si nous voulons agir de telle sorte que chacun retrouve, dans le visage de la France d'aujourd'hui, les traits idéaux de cette France de toujours, porteuse, parmi les nations, du Labarum mystique.

  Si je voulais emprunter à une philosophie qui n'est pas « de chez nous », une image à peu près exacte, je pourrais dire, de cette France spirituelle, qu'elle est l'« impératif catégorique » des âmes qui se succèdent, depuis des millénaires, sur le sol qu'elle a élu pour champ d'activité.

  Plus simplement disons que chaque pays a sa mission, comme il a ses bornes réelles, fixées d'avance. La France, comme personne spirituelle, a reçu et accepté la sienne ne varietur.

  Les Français, comme individus et comme collectivité sans cesse renouvelée, - donc éphémères, - les Français, dis-je, sentent plus ou moins nettement l'aspect actuel de cette mission et, librement, s'y conforment ou s'y refusent, selon les circonstances et les époques. Dans la mesure où ils l'acceptent, ils sont aidés et protégés par Celui qui donna cette mission, le Verbe, et par celle qui l'incarne pour ainsi dire : la France vraie.

  Dans la mesure où ils s'en écartent, l'aide providentielle diminue et les envoyés d'En-Bas, qui haïssent eux, la vraie France, font échouer ses efforts ou en retardent les effets.

  Ainsi en est-il de la France, ainsi en fut-il de la Gaule ! J'ajouterai deux courtes remarques. Par la première, j'entends que toute nation qui remplit sa vraie fonction reçoit également l'aide d'En-Haut pour son accomplissement. La seconde est pour corriger une expression peut-être équivoque. Si un peuple s'écarte, du droit chemin, l'aide providentielle lui fait bien défaut, en proportion de la gravité de ses déviations. Dans la réalité, ce n'est pas cette aide qui diminue, c'est plutôt la réceptivité, la perméabilité de cette nation à l'influence divine, qui se restreint.

  La « variable », ici, c'est l'homme. Il s'enferme égoïstement dans sa chambre, ferme ses persiennes, tire ses rideaux... et s'indigne sincèrement de ne plus voir le soleil. Aujourd'hui beaucoup de nos compatriotes, - pour ne pas parler de nos voisins, - sont dans un tel cas. Aidons-les à y voir plus clair, c'est là une tâche aussi ingrate que nécessaire.

***

  J'ai parlé tout à l'heure de la France, comme « personne spirituelle », incarnant, pour ainsi dire, une mission à elle confiée par le Verbe. Certes, je ne saurais trop le répéter, toute nation a reçu sa mission particulière. Celle de la France est cependant, pour des raisons que je ne puis développer ce soir, la plus importante, la plus difficile aussi. Il est donc normal que ce soit celle dont l'accomplissement rencontre le plus d'obstacles - et reçoive les secours les plus éclatants et les plus imprévus.

  Ce n'est pas pour rien que le voeu de Louis XIII a fait du Royaume des Lys celui de la Reine des Anges.

  Ce n'est pas pour rien que Jeanne d'Arc, deux siècles avant Louis XIII, demanda à Charles VII de lui faire don de son royaume pour l'offrir, à son tour, au Roi du Ciel, dont le roi de France n'est depuis lors que l' « économe » - parfois infidèle.

  Ainsi la France est le seul pays qui ait reconnu Pour roi le Christ et la Vierge pour reine.

  Mais n'est-ce pas aussi le seul pays où le miracle se soit installé, pour ainsi dire, en permanence et où tout a été sauvé, tant de fois, alors que tout semblait - humainement - perdu ?

  je crois inutile de vous rappeler, l'une après l'autre, les pages merveilleuses de notre histoire. Vous les connaissez aussi bien que moi. Evoquez-les parfois quand le doute vous tenaille ; repassez-les dans votre mémoire et puisez-y une tranquille assurance quant aux Destins de notre patrie, car nous sommes à un de ces moments critiques où, seul, le rappel du passé peut donner la force d'envisager l'avenir sans désespérer !

  Mais croyez qu'à côté de ces « grands miracles », faute desquels notre France ne serait plus qu'un souvenir, il en est d'autres, beaucoup d'autres, moins connus, moins éclatants, voire ignorés, qui rétablirent, à maintes reprises, une situation irrémédiablement compromise par les hommes.

  Peut-être aurons-nous, une autre fois, l'occasion d'en reparler.

***

  La France, mes chers Collègues, n'est pas, essentiellement, le territoire qui porte aujourd'hui ce nom, lequel ne coïncide qu'approximativement avec les « Bornes » dont je vous parlais au début de cet entretien.

  Elle n'est, non plus, la somme ou la représentation abstraite des millions d'individus qui portèrent, portent et porteront le nom de Français.

  Elle est, spirituellement, une personne. Non pas une âme collective ; non pas ce que les occultistes appellent un Egrégore ; car tout Egrégore vient d'En-Bas. Il n'est, à proprement parler, que le champ des vibrations psychiques émises par les individus qui se sont succédé sur le sol national.

  Elle est, Elle, une création directe des Puissances d'En-Haut ; elle est la dépositaire d'un certain Message qu'elle nous propose de réaliser, sans cependant nous l'imposer.

 Elle est donc, à l'Egrégore national, ce que l'esprit est à l’âme ­ (et j'entends par âme le psychisme) - et, aux Français d'une époque déterminée, ce que l'esprit est aux cellules du corps par lequel il agit.

  On pourrait pousser beaucoup plus loin ces analogies et ces correspondances puisque, comme l'enseignaient les Anciens, « tout est dans tout ».

  Pour l'instant, revenons aux faits.

  On a nommé Jeanne « la Sainte de la Patrie ».

  Oui, certes !... Et Plus qu'une « Sainte », peut-être, car elle incarna visiblement la France, à une époque où ce mot n'avait pas pris, pour les hommes vivant sur notre territoire, le sens unitaire et plénier que nous lui donnons. Mais ce sens - qui de nous en douterait ?- était présent à l'esprit de Jeanne d'Arc. Qui donc lui aurait inculqué une telle notion, quand personne ne la possédait ?

  Ainsi, à le contempler longuement, le doux visage de Jeanne ne se confond-il pas avec le visage de la vraie France, de la France spirituelle, fille aînée du Christ, parmi ses autres filles les nations ?

  Et lorsque, dans la dispersion des clans gaulois, dans leurs luttes fratricides, dans l'oubli total de ce qu'aurait dû être la Gaule une, telle que la voyaient les Druides, dans la totale imprévision de ce que serait un jour, sous le nom de France, cette même Gaule restituée d'après un modèle que les hommes n'inventèrent jamais, lorsque dans cette anarchie sans remède parut Vercingétorix, qui douterait sérieusement qu'aux yeux de cet être de Lumière, la France, - la Gaule, si vous préférez,- ne fût pas déjà présente et vivante ?

  Sont-ce les événements dont il fut témoin, sont-ce les vues de ceux qu'on ose à peine nommer ses « compatriotes » qui lui fournirent les éléments de sa vision prophétique ?

  N'est-ce pas, au contraire, son verbe ardent qui inspira aux Celtes, brouillons et particularistes, cette notion du « malheur commun », des « libertés communes », notion que le génie - tristement matériel -, d'un César s'avoue incapable d'expliquer ?

  Quel aveu, mes chers Collègue, et à quelles profondeurs ne nous entraîne-t-il pas ! ...

  Oh, ! je le sais bien, le contraste entre Vercingétorix et sont adversaire a été largement exploité par les historiens. Si largement, même, qu'on s'excuse de reprendre, une fois de plus, un thème facile et souvent ressassé.

  Eh bien, il me semble, justement, que le parallèle doit être poussé plus avant et n'être pas réduit à la simple opposition de deux termes très relatifs : « courage contre technique », ou « générosité contre calcul »... Si nous réfléchissons à la totale incompréhension d'un César devant le sacrifice sans restriction du héros gaulois, - sacrifice librement consenti à une entité qui ne se révélera à tous que bien des siècles plus tard, - le contraste s'accentue jusqu'à devenir une opposition irréductible : celle de deux êtres, - toits deux exceptionnels, - incarnant chacun, à un degré suréminent, deux principes éternellement antagonistes !

  Et ce contraste, dans la Gaule de Vercingétorix aussi bien que dans la France de Jeanne d'Arc, nous montre, presque à découvert, l'élément spirituel que j'indiquais tout à l'heure comme le facteur essentiel de notre histoire nationale.

  Pourtant, de cette histoire, nous ne voyons guère que les faits. Sauf aux instants décisifs, tout apparaît connue le résultat de l'empirisme organisateur, le fruit de l'occasion, et il semble bien que la France soit le produit, inachevé, d'une suite d'heureux maquignonnages. Telle est du moins l'apparence, mais nous sommes ici pour rechercher, justement, ce qu'il y a derrière cette apparence. Aussi, je ne puis faire mien le « slogan » facile des « quarante rois qui firent la France », pour cette raison bien simple que mille rois ne l'auraient pas « faite » davantage.

  Notez que je m'incline volontiers devant l’œuvre des Capétiens, « rassembleurs de la terre de France », comme je m'incline, à peu d'exceptions près, devant les quarante rois précités.

  Mais, du peu qui précède, vous aurez sans doute conclu avec moi qu'on ne « fabrique » pas un pays, je veux dire un vrai pays, un pays qui a un destin, une mission, une lumière propre à répandre. Les pays formés de pièces et de morceaux, par des assembleurs, soit patients, soit géniaux, ces pays-là disparaissent comme ils ont apparu précisément parce qu'ils sont des créations humaines, et rien d'autre qu'humaines.

  J'ai parlé des « rassembleurs de la terre de France ». Approfondissez ce terme : rassembler n'est pas assembler, mais, strictement, assembler de nouveau, reconstruire d'après un modèle préexistant.

  La vérité me semble donc plus belle que le slogan que j'ai malmené, voici quelques instants.

  Pour faire la France ou, plus véridiquement, pour lui rendre ses bornes invisibles, mais immédiatement perceptibles à notre vue interne, nos rois ont lutté et travaillé, à leur honneur.

  « Ils ont bien mérité de la Patrie », comme on dit (et ce lieu commun a plus de profondeur qu'on ne le pense). Ils ont dû, pour atteindre ce résultat, accepter, plus ou moins consciemment, de collaborer à l’œuvre providentielle et de suivre les inspirations transmises par l'âme de la France, toujours vivante et forte, quelle qu'ait pu être temporairement l'étendue apparente du territoire ainsi nommé.

***

  Ne désespérons donc point ; nous n'en avons pas le droit. Travaillons plutôt, nous aussi, à remodeler la Franc, physique d'après son type indestructible et, plus encore, à remodeler la France morale, intellectuelle et spirituelle - en commençant par notre propre foyer - d'après le modèle impérissable que le passé nous a légué. Ne serons nous pas aidés dans la mesure où nous nous efforcerons d'agir ?

  Et puis, à cette lumière qui donne à l'Histoire son véritable relief, qui nous permet d'en extraire la signification profonde, sachons reconnaître où nous en sommes, ce qui nous fait défaut, ce par quoi nous sommes vulnérables, afin de retrouver non seulement le sens de nos vicissitudes historiques, ce qui serait peu, mais aussi, mais surtout, quel est, pour l'heure présente et pour les proches heures à venir, le Mandat du Ciel en ce qui concerne les destinées de notre patrie.

  Si nous nous orientons dans ce sens, Si nous sommes prêts à tous les sacrifices, à toutes les luttes, à tous les efforts pour obéir à ce Mandat, la France, j'en suis persuadé retrouvera vite son vrai visage ; elle remplira de nouveau sa vraie fonction parmi les nations et redeviendra, « dans le temps », la fille aînée du Christ, qu'elle n'a d'ailleurs jamais cessé d'être, en Esprit, « hors du temps » !

(1) Extrait d'une causerie faite en décembre 1938.

Sources
Livres Mystiques com

Posté par Adriana Evangelizt

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Vendredi 19 octobre 2007 5 19 /10 /Oct /2007 07:04

 

 

 

 

L'expérience de l'Ange


par Marie-Pascale Rémy

 



Après une Expérience de Mort Imminente, Marie-Pascale Rémy a entamé un long cheminement spirituel qui l’a menée à partager ses découvertes à travers des ouvrages et conférences. Pour elle, loin du folklore, la présence de l’Ange Gardien est bien réelle. Elle n’est autre que la présence de Dieu en nous. Comment communiquer avec lui ? Comment comprendre ses messages et s’éveiller dans sa présence ? C’est ce dont elle nous parle ici.

Outre son corps physique, l’être humain possède une réalité intérieure composée de ses pensées et de ses émotions de même que toutes les pulsions et les motivations qui le poussent à agir. Ce monde intérieur est invisible, c’est-à-dire qu’il ne peut être perçu avec les sens physiques : on ne peut pas voir ses pensées ni entendre le son de ses émotions, les toucher, les sentir, les goûter. Et pourtant, nous savons bien que ce monde existe. Pourquoi ? Parce que nous en faisons l’expérience intérieure, intime. Nous l’expérimentons en nous-mêmes grâce à notre Moi, à notre Je. C’est le Moi qui fait l’expérience des pensées, des sentiments et des pulsions qui me poussent à agir. Le Je ou moi inférieur est le porteur de la conscience de soi, basée sur la capacité de se souvenir. Nous avons conscience de nous-mêmes, nous savons que c’est à nous que les choses arrivent, que nous sommes nous et pas notre voisin.

La science matérialiste d’aujourd’hui tend à faire croire que le monde intérieur de l’être humain est le fruit de son corps physique : les pensées sont des sécrétions du cerveau et les émotions, le résultat d’échanges hormonaux ou chimiques.

Pour certains scientifiques, tout ce que nous éprouvons intérieurement vient du corps physique. Nous pleurons à cause d’un échange chimique qui se produit dans notre corps. La tristesse est la manifestation d’un déséquilibre entre certaines substances du corps. Mais on ne nous explique pas la raison de ce déséquilibre. Qui commande au corps cet échange qui fait pleurer nos yeux ? Ce n’est certainement pas le corps physique qui est à l’origine des pensées ou des émotions mais plutôt le Je.

Ce ne sont pas nos pensées, nos émotions ou nos volitions qui nous font exister. Nous existons indépendamment d’eux. C’est le Je qui éprouve les choses, qui pense, a des émotions, des motivations et des pulsions qui le poussent à agir.

Le corps physique est l’instrument du Je. C’est le Je qui façonne le corps physique pour qu’il devienne un instrument efficace pour agir dans le monde, conformément à ce qu’il est. La physionomie, les gestes et la façon d’agir sont l’expression du Je.

Certes, en ce qui a trait au corps physique, entrent en ligne de compte certains facteurs comme l’hérédité et l’éducation. On ressemble toujours plus ou moins à ses parents et on est façonné par notre éducation, mais il existe une part de soi qui n’est conditionnée ni par l’hérédité ni par l’éducation : c’est le Je. Les frères et soeurs sont eux-mêmes différents. Ces différences sont le fruit de l’individualité, du Je. On peut percevoir aussi une différence chez les jumeaux. Si on prête attention à leurs gestes, par exemple, des divergences se manifestent, que ce soit dans leurs mouvements, leur démarche, etc. Nous sommes tous différents les uns des autres, et c’est ce qui fait la grandeur de l’être humain.

Il reste à savoir d’où vient le Je ? Pourquoi je suis moi ? Pourquoi suis-je comme je suis ? Comment se fait-il que nous possédions des aptitudes innées ou des dispositions particulières que les autres n’ont pas ?

Si l’on refuse le hasard qui n’explique rien, on peut penser que le Je a sans doute un passé. A notre naissance, nous venons du monde spirituel et portons un bagage. Nous n’arrivons pas sur terre sans aucune expérience, mais avec certaines richesses et une Intention de vie bien précise. C’est ce qui fait notre génie, ce caractère distinctif qui forme la nature de notre individualité et fait son originalité. Nous préexistons à notre corps physique. Nos dispositions innées viennent de notre existence préterrestre. C’est la raison pour laquelle nous pouvons observer une grande différence entre les enfants qui viennent au monde.

En vérité, l’idée de préexistence va à l’encontre de ce que nous croyons aujourd’hui. Nous sommes en effet restés sur ce qu’en a dit l’Église puisque la préexistence ou l’innatalité a été déclarée hérétique par les religions chrétiennes. Celles-ci font commencer l’homme à la naissance ou à la conception. Pourtant, l’homme devra un jour reconnaître qu’il existait déjà avant d’être né ou même conçu dans le monde physique. Avec déférence, comme un don sacré, il devra accepter ce qui lui a été légué par les mondes divins avant sa naissance terrestre afin de se dégager et de ne jamais tomber sous l’emprise totale du matérialisme.

En résumé, ce que nous sommes dans cette vie est le résultat de ce que nous avons vécu dans le monde spirituel avant de nous incarner.

Le Petit Robert nous dit que le destin est «l’ensemble des événements qui arrivent par hasard ou non dans la vie d’un être humain, résultant de causes distinctes de sa volonté». Destin et destinée appartiennent à la famille des mots dont la racine est ester qui signifie être debout sur la base de - stin - c’est-à-dire fixer. La destinée concerne ceux qui se tiennent debout (les hommes) et fixe celui qui se tient debout dans une certaine direction.

La mythologie grecque faisait du destin une puissance supérieure aux dieux. Ainsi, le destin qui régit toutes choses avait décidé que Zeus aurait un jour un fils qui le détrônerait et chasserait les dieux de l’Olympe. Ce fils était Prométhée, celui qui, pour avoir donné le feu aux hommes, fut enchaîné à un pic rocheux du Caucase et condamné à se faire dévorer le foie par un aigle rouge. Zeus, tout Dieu qu’il était, ne put rien faire pour éviter le destin. Puissance souveraine réglant d’avance tout ce qui doit être, le destin est appelé karma chez les Orientaux et providence chez les chrétiens. La providence, du latin providere (prévision, prévoyance), est le sage gouvernement de Dieu sur sa création, orienté vers son accomplissement final.

Si les traditions et religions révèlent que de tout temps l’homme était lié par un destin, aujourd’hui la notion de prédestination met mal à l’aise la plupart de nos contemporains. Avoir un destin préétabli ne paraît pas compatible avec la liberté. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’Occidentaux refusent purement et simplement l’idée qu’ils puissent avoir un destin. Il est vrai que le non-choix quant au déroulement de sa vie n’est plus conforme à l’évolution. Comment se positionner par rapport à cette question essentielle de l’existence humaine : l’homme est-il libre ou soumis à une nécessité ?

L’homme est à la fois libre et soumis à une nécessité. Il est libre du fait qu’il peut devenir créateur à l’intérieur des objectifs qu’il s’est lui-même fixés (par rapport à la forme qu’il donnera à ses objectifs) ; non libre quant aux buts choisis dans l’entre-deux vies (par rapport à l’essence de ses objectifs). Une position d’équilibre entre liberté et nécessité peut être créée grâce à la compréhension et au développement de la responsabilité. C’est par elle que l’être humain devient libre et créateur, car il s’avère capable de tirer profit de ses erreurs.

Toute destinée demande avant tout de se transformer, de devenir meilleur, de développer certaines qualités qu’on s’était engagé à manifester dans l’entre-deux vies. La destinée invite à se révéler, à devenir créateur de soi-même et du monde.

Lorsqu’on ne parvient pas à entrer dans la dynamique créatrice de la destinée, on s’expose au sentiment d’impuissance. On a l’impression de subir sa vie et de ne rien comprendre au sens profond de son existence. Les épreuves ne sont pas des punitions, mais des opportunités pour rester dans le droit chemin. Si, par exemple, on conserve le même travail alors que tout nous indique qu’on devrait en changer, il peut survenir des événements nous menant à être licenciés. D’un point de vue extérieur, cela peut paraître une catastrophe, mais en réalité, c’est sans doute une occasion permettant l’accomplissement de la destinée.

La destinée prend toute une vie pour se révéler. Il faut concevoir celle-ci comme une lente métamorphose de l’être, un mouvement, un déploiement, non seulement par rapport à sa vie actuelle, mais aussi à ses vies passées et à ses vies futures.

Dans toute destinée, il y a un lot d’épreuves nécessaires pour que le Je puisse acquérir de la force, de la détermination et se rapprocher du Moi supérieur. Nous avons une maladie, par exemple. On peut se dire que c’est le karma, la destinée : peut-être que par elle, on règle quelque chose qu’on a mal fait dans une vie précédente mais peut-être aussi que l’obligation de se battre pour survivre fera naître en soi une qualité comme la force intérieure. Dans ce cas-ci, la maladie n’est pas une compensation mais un moyen d’acquérir une nouvelle capacité. C’est un choix fait délibérément dans l’entre-deux vies qui ne vient pas forcément d’une faute de la vie précédente, mais qui prépare la vie future. Comme la destinée englobe à la fois le passé et l’avenir, il ne faut jamais tirer de conclusions hâtives, mais arriver à écouter, à bien se mettre dans son coeur pour pressentir si on est bien sur sa route, son chemin de vie, en sachant que les tuiles qu’on reçoit sur la tête ne sont pas des punitions mais des occasions de grandir.

Prendre conscience de son destin ne signifie pas savoir ce qu’on va devenir (pianiste, savant, etc.) mais comment on va le devenir. C’est choisir d’accomplir sa vie en y prenant volontairement part, en essayant d’en faire une oeuvre d’art.

En réalité, la destinée est constituée de deux formes d’existence : une existence terrestre (entre la naissance et la mort) et une existence céleste (entre la mort et une nouvelle naissance). Ces deux existences, qui forment la totalité d’une vie humaine, se déterminent l’une l’autre.

Le fil conducteur qui fait le lien entre les deux formes d’existence se manifeste :

- sur terre où la vie se déroule conformément aux engagements pris vis-à-vis de soi-même dans le monde spirituel ;

- dans le monde spirituel où les fruits et les échecs de la vie terrestre sont transmutés en nouvelles occasions et facultés.

Ainsi, la destinée, élaborée dans le monde spirituel, est plus tard vécue sur terre, et la vie sur terre est une préparation et une fondation pour l’existence céleste après la mort.

Le passage entre les mondes spirituel et terrestre est toujours marqué par l’oubli. Avant de s’incarner (au niveau de la sphère lunaire qui correspond au temps de la conception), l’être humain boit symboliquement l’eau du Léthé, ou boisson de l’oubli. Il perd le souvenir de son origine divine, des mondes cosmiques dans lesquels il a vécu jusqu’alors, oublie le pourquoi de son incarnation, ce qu’il veut réparer et ce qu’il veut créer.

Cet oubli des mondes cosmiques a été connu de tout temps et dans plusieurs traditions. Ainsi, dans le Niddah 30b du Talmud (loi et tradition juives compilées à Jérusalem et à Babylone, puis rédigées entre 200 et 500 après J.- C.), on dit que chaque individu, en tant que pur esprit, sait tout avant de naître. Toutefois, à la naissance, dès qu’il voit la lumière du jour, un ange le frappe au-dessus de la lèvre et il oublie tout. Il passe donc sa vie à essayer de se rappeler ce qu’il savait jadis.

Du fait de cet oubli, le souvenir de la destinée humaine est confié aux soins de l’ange gardien. C’est l’ange qui, nuit après nuit, souffle dans le coeur humain les inspirations susceptibles de mener l’individu là où il doit aller pour réaliser sa destinée. Se souvenir de sa destinée signifie entendre et accomplir les messages de son ange, c’est-à-dire retrouver le sens de sa vie et agir conformément à celui-ci.

La destinée se révèle à travers l’Intention qui sous-tend toute notre vie. Nous venons sur terre avec une intention forgée quand nous étions dans le monde spirituel et dont nous n’avons plus conscience dans notre vie quotidienne.

Dans le langage courant, «avoir une Intention» signifie que l’on se propose un certain but, qu’il y a quelque chose que l’on souhaite atteindre, obtenir ou devenir. Se fixer un objectif est essentiel dans la vie, car c’est ce qui nous fait vivre, nous donne le courage de nous lever chaque matin pour commencer une nouvelle journée et aller de l’avant. Derrière le but que nous nous fixons se cache ce qu’on peut appeler une intention. L’intention est le moteur de notre vie même si cela n’est presque jamais conscient ou clairement formulé. C’est cette intention particulière qui nous porte, nous donne le souffle et nous fait nous accomplir. Sans cette intention, nous ne pourrions pas vivre. L’intention est ce qui sous-tend toute notre activité dans le monde, nos rencontres et notre devenir. C’est elle qui forge notre destin. Elle n’est pas d’ordre matériel, mais d’ordre moral.

Manger, boire, dormir, travailler, se reproduire ou avoir des relations épanouissantes ne suffisent pas pour donner du souffle à sa vie. Il faut avoir d’autres motivations, plus profondes, d’ordre plus individuel. Nous avons besoin de donner un sens à notre vie, d’avoir une Intention au-delà des besoins physiques et affectifs. Les buts matériels comme gagner de l’argent ou se construire une maison sont vides de sens et ne sont pas porteurs de vie à moins qu’ils ne soient sous-tendus par une intention morale comme devenir meilleur ou acquérir une qualité. C’est dans l’Intention morale que se trouve l’ange. L’ange est présent dans tout projet, dessein ou idée à caractère moral. L’ange est essentiellement une Intention morale. On peut même dire que retrouver son intention de vie revient à fusionner avec son ange.

C’est une grâce et une bénédiction que de saisir son intention morale, car il n’est pas encore donné à l’homme de notre époque de s’approcher consciemment de son intention ou haut Idéal. Cette possibilité ne deviendra naturelle que dans quelques centaines d’années, à l’époque culturelle placée sous le signe zodiacal du Verseau. Tout homme déterminé peut cependant y parvenir dès aujourd’hui pour peu qu’il travaille sur soi, étudie, prie et médite. Ainsi, trois axes de travail aident à retrouver le sens de sa vie :

1. L’ouverture du coeur et le développement des qualités favorisant le souvenir de sa destinée

2. L’apprentissage du langage de l’ange (développer une pensée spirituelle par la lecture méditative et la méditation créatrice).

3. Prendre soin de ses nuits pour se souvenir de la rencontre avec son ange, par les rituels et la prière.

Quand on parvient graduellement à découvrir son plus proche idéal spirituel, on peut dire qu’on prend de l’avance sur son temps, on devient un pionnier en quelque sorte, car l’ange agit à travers soi de façon consciente. On collabore réellement avec lui. Ce n’est pas encore le cas aujourd’hui, car chez la plupart des hommes, l’ange ne peut agir que de façon inconsciente.

Lorsqu’on connaît le symbole de l’ère du Verseau : un ange qui verse de l’eau, celui qu’on appelle le Verseur d’eau, on peut effectivement supposer que, dans l’avenir, l’homme vivra la relation avec son ange de façon beaucoup plus consciente. Durant l’ère du Verseau, l’ange déversera son eau vive dans l’homme, comme il le fait déjà aujourd’hui, mais la différence est que l’homme recevra cette eau de façon consciente. Cette eau n’est rien d’autre que la connaissance vivante, innée et essentielle de l’intention morale. L’homme de l’ère du Verseau saisira son intention morale avec sa conscience de veille. Il accomplira dans une lucidité croissante ce qu’auparavant il faisait sans y voir clair, car il aura conscience de la raison de son incarnation terrestre. Il connaîtra naturellement son but de vie, l’idéal de ses aspirations spirituelles. Dégagé de plus en plus des contraintes extérieures, il sera capable de se déterminer par lui-même, acquérant ainsi plus de liberté qu’il n’en a aujourd’hui. À cet égard, le signe zodiacal du Verseau est aussi connu par les astrologues comme étant porteur de liberté.

La connaissance vivante de l’intention du coeur, répandue dans l’humanité, apportera beaucoup de bien sur terre, car les hommes feront l’expérience de leur place ici-bas. Ils sauront trouver leur place, rester à leur place, être à la bonne place et seront heureux d’y être...

Avoir une intention morale, c’est avoir la volonté d’édifier en soi et de donner au monde une nouvelle qualité, capacité ou faculté qui soit vraie, belle et bonne.

Dans l’intention morale, on a toujours la volonté de faire mieux, de progresser. On se ressent en devenir, non terminé et on travaille avec fermeté et endurance pour construire cette capacité en soi. Le regard intérieur est tourné vers l’avenir. L’Intention morale ne recherche pas la perfection en tant que telle, mais la progression, le fait de faire mieux, de toujours aller plus loin et plus haut. Et comme l’exprime si bien Saint-Exupéry dans Citadelle  : «Seule compte la démarche, c’est elle qui dure et non le but... Ce qui importe c’est d’aller vers et non d’être arrivé». Dans ce même livre, Saint-Exupéry écrit aussi : «Sur la terre, il n’y a pas d’aboutissement, rien que du travail d’enfantement...»

Dans l’envie de s’améliorer, on est vivant, car on reste en devenir, dans un éternel et perpétuel devenir. Tout peut encore arriver, tout reste toujours possible. Le nouveau, l’avenir peuvent se manifester chaque instant. Lorsqu’on cherche vraiment à s’améliorer, on est en contact avec son ange. On demeure humble, ouvert à l’apprentissage et à l’inconnu, car ce qu’on cherche à acquérir est nouveau pour soi. Cela appartient à l’avenir.

On peut ainsi résumer en disant que l’ange est une intention morale et qu’il se manifeste dans la volonté de progresser.

Posté par Adriana Evangelizt


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