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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 03:01

 

Le principe de Lucifer 3

Une expédition scientifique dans les forces de l’Histoire

par  Howard Bloom

3ème partie

2ème partie

1ère partie

DES TACHES DE SANG AU PARADIS

5


MÈRE NATURE, CETTE CHIENNE SANGLANTE



Nous ne voyons pas, ou nous oublions, que les oiseaux qui chantent paisiblement autour de nous vivent principalement d’insectes et de graines, et détruisent donc continuellement la vie.

Charles Darwin,
L’origine des espèces



Les hommes se (sont) toujours mutuellement massacrés(…). Croyez-vous (…) que les éperviers aient toujours mangé des pigeons ?(…) Eh bien ! (…) si les éperviers ont toujours eu le même caractère, pourquoi voulez-vous que les hommes aient changé le leur ?

Voltaire, Candide

 

En 1580, Michel de Montaigne, inspiré par la découverte des tribus du Nouveau Monde encore vierges des dernières complexités de l’Europe, instaura l'idée du " bon sauvage ". Près de deux cents ans plus tard, Jean-Jacques Rousseau popularisa ce concept lorsqu’il publia quatre œuvres proclamant que l'homme naît naturellement bon, plein d’amour et de générosité mais qu’il est corrompu par une force luciférienne : la civilisation moderne. Rousseau affirme que sans la civilisation, les hommes ne connaîtraient jamais la haine, les préjugés ou la cruauté.

Aujourd’hui, la doctrine de Rousseau semble plus puissante que jamais. Des écrivains et des scientifiques du vingtième siècle tels qu’Ashley Montagu, Claude Lévi-Strauss (qui considère Rousseau comme le " père de l’anthropologie "), Erich Jantsch, David Barash, Richard Leakey et Susan Sontag ont adapté cette notion pour condamner la civilisation industrielle actuelle. Ils ont été rejoints par plusieurs féministes, environnementalistes et extrémistes des droits des minorités. Même des organismes scientifiques aussi imposants que l’American Anthropological Association, l’American Psychological Association et la Peace and War Section de l’American Sociological Association ont rallié la cause, absolvant l’" homme naturel " de toute malveillance en ratifiant la " Déclaration de Séville ", manifeste international qui déclare que " la violence n’est ni notre héritage évolutionniste ni présente dans nos gènes. "

En conséquence, nous entendons presque chaque jour que la culture occidentale moderne, avec son consommateurisme, son capitalisme, ses programmes télévisés violents, ses films sanglants et ses technologies détruisant la Nature, " programme " la violence dans l’esprit grand ouvert des êtres humains. Notre société est, à ce que l’on suppose, un incubateur de tout ce qui nous terrifie.

Cependant, la culture n’est pas la seule responsable de la violence, de la cruauté et de la guerre. Malgré les assertions de la Déclaration de Séville, notre héritage biologique intègre le mal dans le fondement de la société la plus " naturelle ". Par ailleurs, la bataille organisée n’est pas l’apanage des êtres humains. Les fourmis font la guerre et vont jusqu’à massacrer et à réduire en esclavage un groupe ennemi. Les cichlidés* se regroupent et attaquent les étrangers. Les myxobactéries* * forment des " meutes " qui encerclent et démembrent leur proie. Chez les lézards, lorsqu’un ancien membre royal du clan a été défiguré par la perte de sa queue, il est harcelé par les autres lézards. Lorsque la reine est trop âgée, les abeilles femelles la chassent dans les couloirs de la ruche et fondent sur elle, la piquant sans relâche jusqu’à ce qu’elle meure. Et même les " supercoalitions " rivales d’une demi-douzaine de dauphins mâles se battent comme des gangs de rue, s’infligeant souvent de graves blessures. Les fourmis ne regardent pas la télévision. Les poissons vont rarement au cinéma. Les myxobactéries, les lézards, les dauphins et les abeilles n’ont pas été " programmés " par la culture occidentale.

De nombreux auteurs ont attiré l’attention à la fin des années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix en célébrant un retour à la terre nourricière. Ils pensaient que si nous supprimions l’agriculture à grande-échelle, les moteurs à combustion interne, les télévisions et les climatiseurs, la Nature recommencerait à nous offrir généreusement son paradis originel.

Malheureusement, ces auteurs avaient une vision déformée de la réalité pré-industrielle. Une troupe de lions confortablement installés apprécierait la Nature telle que les environnementalistes radicaux la rêvaient. L’on peut voir le sourire de chaque lion alors qu’il se lèche les pattes et s’étire sur le sol au côté de ses congénères, visiblement enchanté du confort que lui procure leur chaleur. L’on peut voir la bienveillance avec laquelle une mère empêche un lionceau de jouer à tirer sur sa queue. Elle lève ses énormes pattes et repousse doucement le petit lorsque ses morsures deviennent trop douloureuses. Mais la Nature n’a donné à ces lionnes qu’un moyen de nourrir leurs petits : la chasse. Cet après-midi, ces créatures paisibles déchireront une gazelle membre par membre. La bête paniquée essaiera frénétiquement d’empêcher les félins de s’approcher d’elle, mais ils lui briseront le cou et la traîneront à travers la plaine toujours vivante et se débattant. Les yeux ouverts, consciente, sa chair sera entaillée et déchirée.

Imaginez un instant que les lions se sentent soudain coupables de leurs habitudes alimentaires et jurent de renoncer à la viande. Que feraient-ils ? Ils s’affameraient et affameraient leurs petits. Parce qu’ils n’ont qu’une option : tuer. Tuer n’est pas une invention de l’homme mais de la Nature.

Les distractions de la Nature sont cruelles. Une tortue de mer femelle rampe péniblement vers le haut de la plage d’une île tropicale, traînant sa masse dans le sable. Elle creuse lentement un nid avec ses nageoires postérieures et y dépose ses œufs. De ces œufs naît un millier de bébés minuscules et irrésistibles, qui sortent du sable et clignent des yeux lorsque, pour la première fois, ils se trouvent face à la lumière, identifiant rapidement leur route grâce à un compas interne programmé génétiquement, puis entament leur premier parcours, une course vers la mer. Alors que les petits filent maladroitement sur la plage, se propulsant avec leurs nageoires conçues pour une tâche totalement différente, des oiseaux marins, attendant ce festin, fondent en piqué pour déguster les uns après les autres ces mets riches en protéines. Sur un millier de petites tortues, seules trois arriveront peut-être saines et sauves dans les vagues de l’océan. Les oiseaux ne sont pas des créatures sadiques dont les instincts ont été déformés par une overdose de télévision. Ils sont tout simplement engagés dans le même effort que les bébés tortues : l’effort de survie.

Hegel, philosophe allemand du dix-neuvième siècle, a dit que la vraie tragédie ne se produit pas lorsque le bien combat le mal mais lorsqu’un bien combat un autre bien. La Nature a fait de cette forme de tragédie une loi fondamentale de son univers. Elle offre à ses enfants le choix entre la mort et la mort. Elle propose aux carnivores deux options : mourir de faim ou tuer pour se nourrir.

La Nature est comme un sculpteur qui améliore continuellement son œuvre mais pour ce faire elle taille dans la chair vivante. Pire encore, elle a ancré son modus operandi répréhensible dans notre propre physiologie. Si vous avez parfois l’impression d’être plusieurs esprits dans un seul sujet, vous avez probablement raison. En réalité, vous avez plusieurs cerveaux. Et ces cerveaux ne sont pas toujours d’accord entre eux. Le Docteur Paul D. MacLean fut le premier chercheur à énoncer le concept du " cerveau trine ". Selon MacLean, près de la base du crâne humain se trouve le tronc du cerveau, qui sort de la colonne vertébrale telle l’extrémité lisse d’une canne. Au-dessus de cette souche rudimentaire se situe une masse de tissus cérébraux que nous ont légués nos plus vieux ancêtres terrestres, les reptiles. Il y a environ trois cents millions d’années, lorsque ces animaux tournèrent le dos à la mer et clopinèrent sur la terre, leur premier objectif était la simple survie. Les nouveaux terriens devaient chasser, trouver un partenaire, délimiter leur territoire et se battre pour le défendre. Le mécanisme neuronal qu’ils développèrent se chargea de ces fonctions élémentaires. MacLean l’appelle " cerveau reptilien ". Le cerveau reptilien est toujours à l’intérieur de notre crâne tel un noyau au cœur d’une pêche. Il participe vigoureusement à nos activités mentales et nous envoie ses ordres primitifs et instinctifs à toute heure du jour et de la nuit.

Longtemps après que les premiers reptiles se furent éloignés de la plage, leurs arrière-arrière-petits-enfants, bien souvent déplacés, développèrent quelques améliorations nécessaires à leur survie. Parmi ces mises à niveau, on peut citer la fourrure, le sang chaud, la capacité à nourrir des œufs à l’intérieur de leur propre corps et la réserve portative de nourriture pour bébé que nous appelons du lait. Ces créatures remodelées n’étaient plus des reptiles. Elles étaient devenues des mammifères. Les caractéristiques innovantes des mammifères leurs donnèrent la capacité de quitter les tropiques luxuriants pour se diriger vers le nord glacé. Leur sang chaud leur permettait de survivre aux rigueurs d’une période glaciaire, mais il y avait un prix à payer. Avec le sang chaud, les mammifères adultes ne pouvaient plus se contenter de pondre un œuf et de le laisser là. Les mammifères femelles devaient protéger leurs enfants pendant des semaines, des mois et même des années. Et cela nécessitait une organisation sociale plus soudée qui puisse prendre soin de ces groupes de mères et de petits pendant l’allaitement.

Tout cela nécessitait quelques ajouts à l’ancien cerveau reptilien. La Nature s’adapta en construisant une enveloppe de nouveau tissu neuronal qui entoura le cerveau reptilien comme la chair juteuse de la pêche enveloppe le noyau. MacLean appela cet ajout le " cerveau mammalien ". Le cerveau mammalien guidait le jeu, le comportement maternel et un certain nombre d’autres émotions. Il poussait nos ancêtres à fourrure à rester groupés en bandes nourricières.

Plus loin sur le chemin sinueux du temps, quelques-uns de nos ancêtres hirsutes tentèrent une nouvelle expérience. Ils se mirent sur leurs pattes postérieures, regardèrent autour d’eux et utilisèrent leur esprit et leurs mains pour exploiter le monde. Ce furent les premiers hominidés. Mais les aspirations protohumaines étaient peu réalistes sans la création d’un autre accessoire cérébral. La Nature s’adapta, enveloppant les deux vieux cortex de rechange (les cerveaux reptilien et mammalien) d’une fine couche de substance neuronale toute neuve. Cette nouvelle structure, tendue autour de l’ancienne comme la peau d’une pêche, était le néocortex, le cerveau primate. Ce cerveau primate, qui comprend le cerveau humain, avait des pouvoirs impressionnants. Il pouvait visualiser l’avenir. Il pouvait soupeser une action potentielle et en imaginer les conséquences. Il pouvait supporter le développement du langage, de la raison et de la culture. Mais le néocortex présentait un inconvénient : il n’était qu’un vernis fin apposé sur les deux anciens cerveaux. Et ceux-ci étaient toujours aussi actifs, mesurant chaque parcelle de donnée communiquée par les yeux et les oreilles et émettant de nouveaux ordres. L’être humain pensant, quelle que soit l’exaltation de ses sentiments, écoutaient toujours les voix d’un reptile exigeant et d’un ancien mammifère bavard. Elles venaient toutes deux du plus profond de son crâne.

Selon Richard Leakey, éminent paléoanthropologue, la guerre n’existait pas tant que les hommes n’avaient pas inventé l’agriculture et commencé à acquérir des biens. Sous-jacent à l’idée de Leakey, nous pourrions trouver le vœu nostalgique que l’agriculture disparaisse et que nous retrouvions la paix. Mais Leakey a tort. La violence n’est pas le produit du bâton fouisseur et de la houe.

Dans le désert de Kalahari, au sud de l’Afrique, vit un peuple nommé les !Kung. Les !Kung n’ont pas d’agriculture et très peu de technologie. Ils vivent des fruits et des plantes que les femmes cueillent, et des animaux que les hommes chassent. Leur mode de vie est tellement simple que de nombreux anthropologues les ont étudiés, convaincus que les !Kung vivent comme ont vécu nos ancêtres il y a plus de dix mille ans, avant la domestication des plantes. Dans les premières années de l’ethnographie des !Kung, les anthropologues s’enflammèrent. Ces gens simples n’avaient pas de violence, dirent-ils. L’anthropologie avait découvert la clé de l’harmonie parmi les hommes : l’abolition du monde moderne et le retour à la chasse et à la cueillette.

Richard Leakey utilisa les !Kung comme modèles de pré-agriculteurs idylliques. Le mode de vie des !Kung prouvait que s’ils n’avaient pas de charrue, les hommes n’auraient pas d’épée. Mais des études plus récentes révélèrent un fait brutal et inédit. Les hommes !Kung résolvent les problèmes d’adultère par le meurtre. Par conséquent, le taux d’homicide est plus élevé chez les !Kung qu’à New York.

La violence des !Kung se produit principalement entre individus. Chez les êtres humains et les animaux, cependant, la plus grande violence n’existe pas entre individus mais entre groupes. L’exemple le plus effroyable en est la guerre.

Dian Fossey, qui a vécu dix-neuf ans parmi les gorilles des montagnes Virunga en Afrique Centrale et les a observés, considérait que ces créatures étaient les plus pacifiques sur terre. Pourtant, les gorilles des montagnes deviennent des tueurs lorsque leurs groupes sociaux se retrouvent face à face. Les affrontements entre unités sociales, selon Fossey, sont à l’origine de soixante-deux pour cent des blessures des gorilles. Soixante-quatorze pour cent des mâles observés par Fossey portaient les marques d’une bataille et quatre-vingt pour cent avaient perdu ou cassé une canine en essayant de mordre leurs adversaires. Fossey a même trouvé des crânes portant des cuspides de canines plantées dans leur sommet.

Un groupe de gorilles cherche délibérément un autre groupe et provoque un conflit. Les batailles qui en résultent entre tribus de gorilles sont acharnées. L’une des bandes suivies par Fossey était menée par un puissant mâle à dos argenté, un mâle énorme qui quitta une bataille avec la chair si déchirée que la tête d’un os du bras et plusieurs ligaments sortaient de la peau déchiquetée. Le vieux mâle dominant, que Fossey appelait Beethoven, avait été secondé dans ce combat par son fils, Icare. Icare quitta le lieu de la bataille avec huit blessures graves, là où l’ennemi l’avait mordu à la tête et aux bras. Le site où avait eu lieu le conflit était couvert de sang, de touffes de fourrure, d’arbrisseaux brisés et d’excréments diarrhéiques. Tel est le prix de la guerre préhumaine dans les montagnes Virunga.

Les gorilles ne sont pas les seuls êtres presque humains à se réunir en groupes pour partir à la recherche du sang. Au début des années soixante-dix, Jane Goodall a vécu quatorze ans au milieu des chimpanzés sauvages de la Réserve de Gombe en Tanzanie. Elle aimait les chimpanzés pour la douceur de leurs manières, si différentes de la violence des êtres humains. Bien sûr, il y avait des agressions, des bagarres et de la rage chez ces singes, mais l’horreur suprême, la guerre, n’existait pas.

Goodall publia un livre qui fit date sur le comportement des chimpanzés (In the Shadow of Man), œuvre qui, selon certains, prouva sans équivoque que la guerre était une création humaine. Après tout, les créatures considérées après des recherches génétiques et immunologiques comme nos plus proches cousins dans le royaume animal ne connaissaient pas la violence organisée et systématique.

Puis, trois ans après la publication du livre de Goodall, une série d’incidents qui l’horrifia se produisit. La tribu de chimpanzés que Goodall avait observée s’agrandit considérablement. La nourriture était plus difficile à trouver. Des disputes éclatèrent. Pour dissiper les tensions, le groupe se sépara en deux tribus distinctes. Un groupe resta sur l’ancien territoire. L’autre partit mener une vie nouvelle dans la forêt plus au sud.

Les deux groupes vécurent d’abord dans une paix relative. Puis les mâles du groupe le plus important commencèrent à faire des incursions au sud, dans la parcelle de terre occupée par la tribu dissidente. L’objectif des maraudeurs était simple : harceler puis tuer les séparatistes. Ils frappèrent leurs anciens amis sans la moindre pitié, brisant des os, ouvrant des blessures énormes et laissant mourir lentement leurs congénères mutilés. Lorsque ces attaques furent terminées, cinq mâles et une femelle âgée avaient été tués. Le groupe séparatiste avait été détruit et ses femelles sexuellement actives ainsi qu’une partie de son territoire avaient été annexées par les mâles de la bande de l’ancien territoire. Goodall avait découvert la guerre parmi les chimpanzés, une découverte qu’elle avait espéré ne jamais faire.

Des années plus tard, l’écologiste et biologiste Michael Ghiglieri partit en Ouganda étudier ce qu’était vraiment la guerre chez les chimpanzés. Il en conclut que " le chimpanzé heureux et chanceux s’était avéré être le plus meurtrier des anthropoïdes, un guerrier organisé et coopératif. "

La propension au massacre qui s’est manifestée durant la Révolution Culturelle Chinoise n’est donc pas un produit de l’agriculture, de la technologie, de la télévision ou du matérialisme. Ce n’est pas une invention de la civilisation occidentale ou de la civilisation orientale. Ce n’est pourtant absolument pas une inclination exclusivement humaine. Cela provient de quelque chose à la fois de sous- et surhumain, quelque chose que nous partageons avec les anthropoïdes, les poissons et les fourmis, une brutalité qui s’empare de nous par le biais des animaux qui vivent dans notre cerveau. Si l’homme a contribué d’une quelconque manière à cette équation, c’est de la façon suivante : il a appris à rêver de paix. Mais, pour atteindre ce rêve, il devra triompher de ce que la Nature a construit en lui.

Quatrième partie

 Posté par Adriana Evangelizt


 

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Published by Adriana Evangelizt - dans LUCIFER
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