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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 02:06

Alors pour ceux qui ne l'auraient pas lu, un livre assez décoiffant écrit par Howard Bloom, Le principe de Lucifer,  un best-seller suivi d'un second tome, Le cerveau global. Nous posons le premier chapitre. L'auteur y parle bien sûr de Lucifer et de ce que l'on entend par la notion de Mal.

Extrait d'un commentaire, sur l'ouvrage, de Pascal Jouxtel président de la société francophone de mémétique : http://www.memetique.org, auteur du livre Comment les sytèmes pondent - une introduction à la mémétique
(Le Pommier, 2005)

 

A travers une profusion d'exemples, dont certains sont empruntés à l'éthologie, d'autres à l'histoire, d'autre enfin à la psychologie ou à l'actualité, Bloom essaie de montrer que toute la construction mentale que les hommes (et notamment les grandes religions révélées) ont édifiée autour de la notion de Mal, est en fait une projection de certains mouvements intérieurs que nous avons en nous depuis l'aube des temps et que nous refusons de voir. Ce sont des appétits, des pulsions, des règles de préséance et des jeux de pouvoir, ou encore, ce que la critique de Jean-Caude Empereur souligne bien, des conflits mémétiques entre sous-cultures se battant pour le contrôle d'un ou plusieurs groupes humains. Ces monstres cachés sont pourtant inhérents au fonctionnement intime du monde biologique et du monde social.

Ainsi, Bloom montre comment on fabrique un ennemi pour l'accuser de tous les vices que l'on ne veut pas regarder au fond de soi. L'ennemi ultime qui nous dédouane de toutes nos culpabilités, c'est Lucifer. Le mème de Lucifer trouve sa ressource de propagation et de conquête des esprits dans la dissimulation, résultant (c'est moi qui le rajoute), de l'empilement des mèmes culturels qui visent depuis longtemps à nous distinguer de l'animal.

L'actualité récente donne une lumière toute particulière à la pensée de Howard Bloom, car on ne peut que s'interroger dans son sens en entendant un Président d'une grande nation civilisée définir un groupe d'Etats (critiquables à souhait) comme des 'Nations du Mal'. On nous a déjà fait le coup avec les communistes, et maintenant ce sont nos amis, n'est-ce pas ?

Il y a dans le livre de Bloom une demande de réconciliation avec Lucifer, celui-ci n'étant qu'une face cachée de nous-mêmes. C'est donc une réconciliation de l'homme avec sa nature ancienne que Bloom propose, une acceptation de nous-mêmes.

D'après moi, la réflexion qui consiste à repositionner l'homme et sa conscience à mi-chemin entre le règne biologique et le règne social est un des apports les plus profonds de la science mémétique.

Pascal Jouxtel

 

Le principe de Lucifer 1

Une expédition scientifique dans les forces de l’Histoire

par  Howard Bloom

1


QUI EST LUCIFER ?


Te voilà tombé du ciel, Astre brillant ! …

Tu disais en ton cœur : Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu…

Je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Très Haut.


Isaiah 14:12-14




Il y a mille huit cents ans dans la ville de Rome, un hérétique chrétien influent du nom de Marcion regarda le monde qui l’entourait, et en tira la conclusion suivante : le Dieu qui a créé notre cosmos ne peut pas être bon. L’univers était tissé de fils effroyables : violence, massacres, maladie et souffrance. Ces maux étaient l’œuvre du Créateur. Celui-ci ne pouvait être qu’une force perverse et sadique, dont il fallait entraver l’influence sur l'esprit des hommes.

Les chrétiens plus traditionnels trouvèrent une autre façon de traiter le problème du mal. Ils créèrent le mythe de Lucifer. Lucifer était un ange magnifique, courtisan de Dieu, l’un des plus grands parmi ceux qui peuplent les salles royales du paradis. Il était respecté, puissant, charmant, imposant par son assurance. Mais il avait un défaut : il voulait usurper le siège du pouvoir divin et s’emparer du trône de Dieu lui-même. Lorsque le complot fut découvert, Lucifer fut précipité hors du paradis, exilé sous la terre et jeté dans le lugubre domaine de l’enfer. Les anciens Dieux qui avaient participé au complot furent jetés dans les sombres grottes souterraines avec lui.

Mais Lucifer disposait toujours des attributs de son créateur et ancien maître. C’était un organisateur, un artisan potentiel de nouveaux ordres, une créature apte à rassembler des forces à sa propre façon. L’ange déchu ne resta pas allongé face contre terre dans la boue des grottes sombres. Son premier geste fut de mobiliser les Dieux querelleurs enfermés avec lui en enfer et de les organiser en une nouvelle armée.

Puis Lucifer partit à la conquête du monde, en choisissant comme pion une toute nouvelle invention divine, un couple innocent que Jéhovah venait de placer dans un jardin : Adam et Ève. Lorsque le Grand Séducteur tenta Ève avec la pomme de la connaissance, celle-ci ne put résister au fruit luciférien. Le péché d’Ève contre Dieu corrompit l’humanité entière. Depuis ce jour, l’homme aspire à Dieu, mais reste la victime du démon.

Marcion l’hérétique affirmait que Dieu était responsable du mal. Les chrétiens du courant dominant absolvèrent le Tout-Puissant de toute responsabilité, en imputant tous les maux au Prince des Ténèbres et à l’homme. Mais, curieusement, Marcion comprit la situation bien mieux que les disciples plus conventionnels de l’Eglise, car Lucifer est seulement l’un des visages d’une force plus importante. Le mal est une conséquence, une composante de la création. Dans un monde évoluant vers des formes toujours supérieures, la haine, la violence, l’agression et la guerre sont les éléments d’un plan évolutionniste. Mais où ces éléments s’insèrent-ils ? Pourquoi existent-ils ? Quel peut être l’objectif positif qu’ils cherchent à atteindre ? Voici quelques-unes des questions qui sont à l’origine du Principe de Lucifer.


* * *


Le Principe de Lucifer est un ensemble de règles naturelles, fonctionnant à l’unisson pour tisser une toile qui nous effraie et nous épouvante parfois. Chaque fil de cette tapisserie est fascinant mais l’ensemble est encore plus stupéfiant. En son centre, le Principe de Lucifer ressemble à cela : la Nature découverte par les scientifiques a créé en nous les pulsions les plus viles. Ces pulsions font en fait partie d’un processus dont la Nature se sert pour créer. Lucifer est le côté obscur de la fécondité cosmique, la lame tranchante du couteau du sculpteur. La Nature n’abhorre pas le mal, elle l'intègre. Elle l’utilise pour construire. Avec lui, elle conduit le monde humain vers des niveaux supérieurs d’organisation, de complexité et de pouvoir.

La mort, la destruction et la fureur ne dérangent pas la Mère de notre monde

Résultat : de nos meilleures qualités découle ce qu’il y a de pire en nous. De notre ardent désir de nous réunir provient notre tendance à nous déchirer. De notre dévotion envers le bien résulte notre propension à commettre les plus infâmes atrocités. De notre engagement envers les idéaux naît notre excuse pour haïr. Depuis le début de l’histoire, nous sommes aveuglés par la capacité du mal à porter un masque d’altruisme. Nous ne voyons pas que nos plus grandes qualités nous mènent souvent aux actions que nous abhorrons le plus : le meurtre, la torture, le génocide et la guerre.

Depuis des millénaires, les hommes et les femmes regardent les ruines de leurs foyers perdus et les morts adorés qu’ils ne reverront plus vivants, puis demandent que les lances soient transformées en émondoirs et que l’humanité reçoive le don de la paix.

* * *

Le Principe de Lucifer rassemble des données nouvelles extraites de diverses sciences pour former une lentille perceptuelle, avec laquelle nous pourrons réinterpréter l’expérience humaine. Il essaie d’offrir une approche très différente de la structure de l’organisme social.

Le Principe de Lucifer affirme que le mal est intégré à notre structure biologique la plus fondamentale. Cet argument fait écho à un argument très ancien. Saint Paul le proposa lorsqu’il créa la doctrine du péché originel. Thomas Hobbes le ressuscita lorsqu’il qualifia l’ensemble de l’humanité de brutale et mauvaise. L’anthropologiste Raymond Dart le remit en avant lorsqu’il interpréta les restes fossilisés découverts en Afrique comme des preuves du fait que l’homme est un grand singe tueur. Aussi vieux soit-il, ce concept a souvent eu des implications révolutionnaires. Il a été le fil auquel des hommes tels que Hobbes et Saint Paul ont accroché de nouvelles visions dramatiques du monde.

J’ai essayé d’employer le sujet du caractère inné du mal chez l’homme, comme l’ont fait ceux qui ont traité le sujet par le passé, pour proposer une restructuration de la façon dont nous concevons l’activité d’être humain. J’ai utilisé les conclusions de sciences avant-gardistes (l’éthologie, la biopsychologie, la psychoneuroimmunologie et l’étude des systèmes adaptatifs complexes, entres autres) pour suggérer une nouvelle façon de considérer la culture, la civilisation et les mystérieuses émotions qui vivent dans la bête sociale. Le but est d’ouvrir la voie vers une nouvelle sociologie, qui dépasse les limites étroites des concepts durkheimiens, weberiens et marxistes, théories qui se sont avérées inestimables pour l’étude du comportement humain collectif, tout en l’enfermant simultanément dans l’orthodoxie.

Nous devons construire une image de l’âme humaine qui fonctionne. Non pas une vision romantique de la Nature nous prenant dans ses bras pour nous sauver de nous-mêmes, mais une reconnaissance du fait que l’ennemi est en nous et que la Nature l’y a placé. Nous devons regarder en face le visage sanglant de la Nature et prendre conscience du fait qu’elle nous a imposé le mal pour une raison. Et, pour la déjouer, nous devons comprendre cette raison.

Car Lucifer est presque comme les hommes tels que Milton l’ont imaginé. C’est un organisateur ambitieux, une force s’étendant avec puissance pour maîtriser jusqu’aux étoiles du paradis. Mais ce n’est pas un démon distinct de la générosité de la Nature. Il fait partie de la force créative elle-même. Lucifer est, en réalité, l’alter ego de Mère Nature.

2


L’ÉNIGME CLINT EASTWOOD



Nous nous considérons comme des individus virils, des personnages à la Clint Eastwood, sûrs d’eux et capables de prendre des décisions en faisant fi des pressions du groupe qui étouffe les pensées les moins indépendantes des personnes qui nous entourent. Eric Fromm, gourou psychanalytique des années soixante, popularisa l’idée que l’individu peut contrôler son propre univers. Fromm nous dit que le besoin des autres est un défaut de caractère, une marque d’immaturité. La possessivité dans une relation amoureuse est une maladie. La jalousie est un défaut de caractère de première importance. L’individu mature est celui qui peut avancer dans ce monde en totale indépendance, tel une navette interstellaire fabriquant son oxygène et sa nourriture. Cet individu sain et rare, comme Fromm voulait que nous le croyions, possède le sentiment indestructible de sa propre valeur. Il n’a donc pas besoin de l’admiration ou du réconfort que les faibles désirent ardemment.

Fromm était piégé dans une illusion scientifique devenue un dogme dominant. Selon la théorie évolutionniste actuelle, telle qu’elle est présentée par des scientifiques tels que E. O. Wilson de Harvard et David Barash de la University of Washington, seule la compétition entre individus compte.

Cependant, cette idée largement acceptée demande une analyse plus poussée. Chez les êtres humains, les groupes sont trop souvent les moteurs principaux. La concurrence qui existe entre eux nous a amenés sur le chemin inexorable qui conduit aux plus hauts niveaux d’ordre. C’est l’une des clés du Principe de Lucifer.

Au premier abord, cette notion semble élémentaire, à peine digne d’être explorée plus avant, mais elle possède des implications révolutionnaires. Ce livre entend montrer comment la concurrence entre les groupes peut expliquer le mystère de nos émotions autodestructrices (dépression, anxiété et sensation d’impuissance) ainsi que notre féroce attachement à la mythologie, à la théorie scientifique, à l’idéologie, et notre penchant encore plus féroce pour la haine.

La concurrence entre groupes résout l’énigme récemment découverte par les chercheurs en psychoneuroimmunologie dans le système immunitaire. Elle est la réponse aux mystères éternels révélés par les dernières études sur les endorphines et le contrôle. Et elle apporte même des solutions à certains de nos dilemmes politiques les plus déconcertants.

L’individualisme est, pour moi, un credo de grande importance. J’y crois avec force. Mais pour les scientifiques, c’est une chimère qui les mène vers une voie sans issue. En science, l’individualisme est réapparu sous la forme d’une proposition simple : si un élément de notre physiologie (une dent, une griffe, un pouce opposable ou le circuit neuronal sous-jacent à un instinct) a réussi à émerger du processus d’évolution, c’est pour une raison simple : il a permis à l’individu de survivre. Pour être plus précis, l’outil physiologique s’est montré utile dans la survie d’une longue lignée d’individus ayant chacun gardé un avantage concurrentiel grâce à cette partie de leur équipement biologique. Le problème est que cette prémisse de base a ses limites. Comme l’indique une récente recherche sur le stress, la survie de l’individu n’est pas le seul mécanisme du processus d’évolution.

La réaction de stress, caractérisée par de hauts niveaux de corticostéroïdes et des manifestations de lourde anxiété, est généralement décrite comme faisant partie d’un syndrome combat-fuite, ce mécanisme de survie, vestige des temps où les hommes devaient repousser les attaques de tigres à dents de sabre. Lorsque nos ancêtres primitifs étaient confrontés à une bête féroce, la réaction de stress les préparait, à ce que l’on suppose, à engager le combat avec l’animal ou à détaler loin du danger. Mais si la réaction de stress est un mécanisme si merveilleux pour l’autodéfense, pourquoi est-elle si invalidante ? Pourquoi les réactions de stress court-circuitent-elles nos pensées, paralysent-elles notre système immunitaire et nous transforment-elles parfois en tas de gélatine amorphe? Comment ces altérations peuvent-elles nous aider à survivre ?

Réponse : elles ne nous aident pas. Les hommes et les animaux ne luttent pas uniquement pour protéger leur existence individuelle.

A première vue, notre dépendance vis-à-vis de nos congénères semble, et c’est encourageant, angélique, mais c’est en réalité un cadeau empoisonné. Le psychologue de Harvard, David Goleman, paraphrasant Nietzsche, affirme, " La folie… est l’exception parmi les individus mais une règle dans les groupes. " Une étude menée par le psychosociologue Bryan Mullen montre que plus la foule est nombreuse plus le lynchage est brutal. Freud déclare que les groupes sont " impulsifs, changeants et irritables. " Ceux qui sont pris dans un groupe, soutient-il, peuvent devenir les esclaves infantiles de l’émotion, " gouvernés presque exclusivement par l’inconscient. " Balayés par les émotions d’une foule, les êtres humains tendent à dépasser les limites de leurs contraintes éthiques. Par conséquent, les plus grandes fautes humaines ne sont pas celles que les individus font en privé, ces petites transgressions d’une norme sociale fixée arbitrairement que nous appelons péchés. Les fautes suprêmes sont les meurtres collectifs perpétrés au cours des révolutions et des guerres, les sauvageries à grande échelle qui surviennent lorsqu’un groupe d’êtres humains essaie de dominer l’autre : les actes du groupe social.

La meute sociale, comme nous le verrons, est un soutien nécessaire. Elle nous donne l’amour et les moyens de subsistance. Sans sa présence, notre esprit et notre corps déclenchent littéralement un arsenal de mécanismes internes d’autodestruction. Si nous nous délivrons du fléau de la violence collective, ce sera par l’effort de millions d’esprits, rassemblés dans les processus communs que sont la science, la philosophie et les mouvements pour les changements sociaux. En bref, seul un effort du groupe peut nous sauver des folies sporadiques du groupe.

* * *

Ce livre traite du corps social dont nous sommes des cellules involontaires. Il traite des moyens dissimulés que ce groupe social utilise pour manipuler notre psychologie, et même notre biologie. Il traite de la façon dont un organisme social se bat pour survivre et œuvre à maîtriser les autres organismes de son espèce. Il traite de la façon dont, sans penser le moins du monde aux résultats à long-terme de nos minuscules actions, nous contribuons aux actes lourds et parfois attérants de l’organisme social. Il traite de la façon dont, par notre intérêt pour le sexe, notre soumission à des Dieux et à des dirigeants, notre attachement parfois suicidaire à des idées, des religions et de vulgaires détails de type culturel, nous devenons les instigateurs inconscients des exploits de l’organisme social.

La suite...

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LUCIFER
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