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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 19:16

 

 

HISTOIRE DES INSTITUTIONS DE MOÏSE

 ET DU PEUPLE HEBREU

par Joseph Salvador

Tome II

1862

CHAPITRE III


POLYGAMIE

 


Dans l'ancienne loi, la polygamie se présente en général comme une concession aux mœurs et aux usages du temps, comme une tolérance. Fidèles aux vues de leur maître, les Hébreux ont tendu sans cesse à restreindre la polygamie. Dans tous les pays de l'Europe où la faculté leur était laissée d'y recourir, ils se sont bornés à prendre une seconde épouse, lorsque la première restait stérile après dix ans de mariage. Les Juifs de l'Arabie, qui résistèrent longtemps aux armes de Mahomet, lui reprochaient surtout d'avoir épousé trop de femmes. « Dès les premiers temps de leur dispersion, dit le Sanhédrin de Paris, les Israélites répandus dans l'Occident, pénétrés de la nécessité de mettre leurs usages en harmonie avec les lois civiles des États dans lesquels ils s'étaient établis, avaient généralement renoncé à la polygamie, qu'ils considéraient comme une simple faculté dépendant d'eux-mêmes. Le synode convoqué à Worms et présidé par le rabbin Guerson prononça anathème contre tout Israélite qui épouserait plus d'une femme. » (Léon de Modène - Décision du Sanhédrin de Paris Art. 11)

Toutefois n'y a-t-il pas quelques raisons tirées de la nature des choses qui déterminèrent le législateur à ne pas la défendre d'une manière absolue, comme il avait prohibé tant d'autres coutumes?

Remarquons, en effet, que la polygamie s'est perpétuée chez les peuples occidentaux comme en Orient. Seulement l'une en Orient est la polygamie dans la loi. l'autre en Occident la polygamie dans les mœurs, et c'est en grande partie sous l'influence de celle-ci que l'émancipation de la femme s'est accomplie chez les modernes. Des adages populaires semblent même la consacrer : Pour faire un ménage heureux, dit-on,
il faut que l'homme ait déjà usé de la vie. C'est pourquoi quelques docteurs hébreux ont émis que depuis sa puberté jusqu'à l'extinction de ses forces, l'homme exigeait deux femmes, l'une pour la volupté, l'autre pour la propagation.

En réalité, le développement de l'homme est complet peu de jours après celui de la femme, et
la femme se fane longtemps avant lui. Chez l'homme le besoin physique est en général dominateur. Ce que la femme demande surtout à l'autre sexe, c'est de l'adoration, c'est un véritable culte moral qu'on lui doit, à cause de la majesté de son rôle dans la conservation de l'espèce. Ce besoin de l'âme, qu'elle ne perd jamais, ouvre le champ à son imagination, et forme le principal secret de son existence. Qu'un homme de trente ans, sain de corps et d'esprit et une femme de vingt soient unis, ils se suffiront probablement l'un à l'autre toute leur vie, quoique l'homme ait déjà fait en amour une dépense de sentiments et de force équivalente au moins à celle de l'avenir.

Cette activité et cette durée plus grandes du physique de l'un des deux sexes devait être bien autrement sensible dans les premiers temps.
L'exercice soutenu de l'intelligence ne formait pas chez l'homme une puissante diversion, et l'état de la société n'entourait pas la femme de tant de causes excitantes.

De nos jours encore, avant que l'homme atteigne l'âge qui le met dans un rapport convenable avec la seule épouse qu'il soit en droit de reconnaître, ses sens lui parlent, et pour répondre à cette voix, quelle femme obtient-il ? Alors, malgré lai-même, il est entraîné à mutiler l'amour, non-seulement en séparant ses plaisirs de l'espoir d'être père, mais en les séparant du bonheur de sa compagne. Cette absence de contre-poids à l'ardeur de ses sens déprave souvent ses idées ; et bientôt, confondant toute chose, il ne voit plus dans la femme, cet être son égal et libre comme lui, qu'une créature inférieure, destinée seulement à satisfaire ses désirs.

Voilà l'esprit avec lequel il lui arrive de se présenter au mariage, comme au terme de ses belles années; voilà comment il prive des premiers élans du coeur son épouse unique, après avoir refusé ce nom à ses premières amours, à l'objet que les Hébreux appelaient la femme de ta jeunesse; en faveur de laquelle le prophète s'écriait : « Malheur à toi, si tu agis perfidement à son égard ; » et le talmudiste : « Que l'autel pleure sur cet homme. »

On connaît la folle harangue de Métellus Numidicus au peuple romain : « S'il était possible de n'avoir point de femmes, nous nous délivrerions de ce mal ; mais comme la nature a établi que nous ne pouvons guère vivre heureux avec elles ni subsister sans elles, il faut avoir plus d'égards à notre conservation qu'à des satisfactions passagères. » Que l'on compare ces paroles à celles de l'Ecclésiaste : « Fais toute l'œuvre que tu es capable de produire. Que tes vêtements soient blancs en tout temps ; que le parfum ne manque, point sur ta tête, et passe heureusement ta vie avec la femme objet de tes amours, qui t'a été donnée sous le soleil pour tous les jours de ta vanité ; car c'est là ta portion et ce qui te revient de ton travail *. »

Tous ces faits, qui sont d'une si haute importance dans l'appréciation des rapports sociaux, expliquent déjà pourquoi Moïse, après avoir porté des lois contre les atteintes au mariage et contre la prostitution,
fut conduit, non pas à consacrer en principe la polygamie comme un bien, mais à la tolérer. Les femmes, à ce qu'il paraît, étaient proportionnellement en grand nombre chez les Hébreux, et cette polygamie même concourait à leur assurer une sorte d'état. Dans les pays froids et tempérés où les recensements donneraient un égal nombre d'hommes et de femmes, on sent que d'autres combinaisons seraient rendues nécessaires. Montesquieu dit que dans certains pays de l'Asie où les garçons sont plus nombreux, il existe une loi qui permet à une femme de prendre plusieurs maris. A Rome, la même coutume fut admise. Caton prêta sa femme à Hortensius, sans se croire tombé dans une action déshonnête. Mais un principe tout particulier dirigeait les Romains; c'est que chez eux la femme passait pour la propriété de l'homme, qui pouvait dès lors disposer d'elle comme de tout autre bien.

La stérilité, commune en Syrie, fut encore pour Moïse une puissante raison de tolérer la polygamie, qui permettait d'y obvier. Enfin une autre raison non moins directe naissait de la nature particulière du climat et de la gêne extrême que la crainte des maux redoutables dont il sera parlé plus loin avait forcé d'établir périodiquement entre les deux époux.

La plupart de ces motifs sont étrangers à la température de nos contrées et A notre civilisation. Les difficultés à résoudre semblent donc devoir être posées de la manière suivante :

« Faut-il que l'homme arrivé à l'âge de puberté prenne immédiatement une épouse? Mais si l'affirmative est admise, n'aura-t-on pas à craindre qu'avant le terme de son existence pour l'espèce, l'équilibre ne se rompe entre les deux contractants, de sorte que l'homme éprouve, presque malgré lui, des désirs qui le porteraient vers d'autres objets? Si l'on admet entre l'époux et l'épouse une inégalité d'âge qui leur ouvre une égale carrière, sera-t-il utile au développement des facultés de l'homme, et sera-t-il possible que depuis l'heure de sa puberté complète jusqu'à celle du mariage, il se soumette à une contrainte absolue? Si la contrainte est utile et possible, pourquoi une prostitution légale, dont le plus grand désavantage ne consiste pas dans les atteintes portées à la santé publique, mais dans la dégradation avouée de l'être auquel nous devons le plus d'honneur sur la terre? Si la contrainte est impossible, pourquoi ne pas imaginer des combinaisons moins odieuses? pourquoi ne pas envisager les choses sous un point de vue plus haut, et ne pas tracer un cercle dans lequel toutes les variétés individuelles qui sont formées par la nature elle-même puissent se mouvoir à l'aise ? pourquoi enfin ne pas anéantir ces oppositions choquantes entre la loi morale d'un pays et sa loi réelle, qui conduisent bientôt au mépris de l'une ou de l'autre, et quelquefois de toutes deux?

Je laisse aux esprits aidés d'une expérience beaucoup plus sûre que la mienne et aux femmes, dont le tact n'est pas moins puissant que toute notre raison, de déterminer ce qui existe de fondé ou d'imaginaire dans tout ceci. Le seul fait que je regarde comme certain, c'est que, malgré le juste orgueil que nous inspirent les progrès de notre civilisation, nous avons encore, sur une foule de points, le pied dans la barbarie *. »
 

*Quoique ces pages datent de près de quarante ans, à en juger en général d'après les tendances actuelles de la jeunesse, il me semble qu'elles n'ont nullement vieilli (1861).

Los obstacles opposés par la loi hébraïque à la polygamie n'étaient pas illusoires, dans un pays où le mari dotait lui-même la femme, où la constitution publique ramenait perpétuellement les richesses vers l'équilibre. L'homme qui prenait une seconde épouse devait toujours à la première, lors même qu'elle aurait commencé par être sa servante, l'entière exécution des trois obligations principales du contrat, nourriture, entretien, amitié conjugale ; sans quoi elle sortait libre de chez lui.

Le mot épouse et concubine sont souvent employés l'un pour l'autre dans les anciens livres. La nuance qu'ils indiquent est l'expression d'un état qui, sans être admis par les lois modernes, se renouvelle dans les mœurs. Les Romains aussi avaient deux degrés dans le mariage : le mariage par achat (per coemptionem) , en vertu duquel la femme (uxor) devenait comme la propriété du mari qui prenait sur elle toute la puissance du père, et le mariage par simple rapprochement (per usum), dans lequel cette femme appelée matrone restait sous la puissance paternelle et conservait la propriété de ses biens.

Toute femme libre d'Israël, en se mariant à un homme déjà lié à d'autres femmes, restait entièrement indépendante de celles qui l'avaient précédée. Et en cela, remarquez l'avantage de faire donner la dot par le mari. On avait du moins l'assurance, s'il adoptait plusieurs femmes, que c'était pour elles-mêmes et non pour accumuler plusieurs dots.

D'autres avantages résultaient de cette disposition. Un homme ne pouvait épouser plus d'une femme que lorsqu'il avait une certaine richesse ; et, par le fait de son mariage, sa richesse se répartissait. Enfin, il naissait de là plus de facilité à confondre les classes, et le nom de mésalliance n'entrait pas dans la langue du pays.

En effet, par quel moyen légal une femme née dans les classes inférieures avec une sensibilité profonde et des dispositions remarquables peut-elle de nos jours arriver au rang qui convient à sa nature ? Je n'en vois aucun. Nous nous sommes beaucoup occupés de nous-mêmes; nous avons marqué notre indignation que l'homme supérieur n'eût pas la facilité d'être porté rapidement du plus bas au plus haut de l'échelle; et nous avons oublié que le même besoin existe dans' l'autre sexe, avec les modifications qui lui sont propres. Nous avons oublié que la jeune fille renferme en elle autre chose que la richesse ou la puissance attachées à son nom; qu'elle a une importance personnelle qui doit être comptée dans l'ordre social; enfin, non-seulement nous n'avons ouvert aucune voie à son émulation légitime, mais nous avons admis comme dernière combinaison morale que la richesse devait se marier au nom ou à la puissance, la puissance à la richesse, et rien de plus.

Lorsqu'un Hébreu faisait de son esclave sa concubine, elle changeait de position, mais
elle conservait envers la première épouse une sorte d'infériorité qui disparaissait parmi les enfants. C'est de cette manière qu'en usent encore les Musulmans qui, dans les classes moyennes, ont bien moins recours à la polygamie qu'on ne le croit en général. L'épouse légitime a sous ses ordres les épouses de second rang qui l'entourent de respects et qui ont pour la maison du chef un attachement beaucoup plus étendu que de simples servantes.

Les préceptes de Mahomet sur ce point sont une imitation de Moïse, accommodée aux mœurs des Arabes, et dénotent un très-grand fonds de sensibilité et de justice relative dans l'âme du législateur musulman.

« Le désir d'épouser une femme, soit que vous le fassiez paraître, soit que vous le receliez dans vos cœurs, ne vous rendra point coupables devant Dieu. Il sait que vous ne pouvez vous empêcher de songer aux femmes. Mais ne leur promettez pas en secret, à moins que l'honnêteté de vos paroles ne voile votre amour. Ce que vous leur donnerez doit répondre à vos facultés ; le riche et le pauvre les doteront différemment ; la justice et la bienfaisance régleront les dons. Si vous avez pu craindre d'être injustes envers les orphelins, craignez de l'être envers vos femmes; choisissez celles qui vous auront plu ; si vous ne pouvez les entretenir avec équité, n'en prenez qu'une, ou bornez-vous à vos esclaves: cette conduite sage vous facilitera les moyens d'être justes et de les mieux doter . »

Dans la Genèse, l'exemple le plus ancien de bigamie est celui de Lémech. L'une de ses femmes donna le jour à Jabal, père des pasteurs, et à Jubal, inventeur de plusieurs instruments de musique; l'autre à Tubalcaïn, le premier forgeron. Abraham eut plusieurs épouses, parmi lesquelles Sara, Agar et Kétura. La Genèse en donne trois à Esaû et quatre à Jacob : c'est pourquoi quelques rabbins élèvent à quatre, comme les Mahométans,
le nombre des femmes légitimes.

* Toutefois on doit dire de Jacob qu'en réalité il n'eut qu'une seule femme, Rachel. Les trois autres lui avaient été comme imposées.

Moïse et Aaron n'eurent qu'une seule épouse. La femme éthiopienne du législateur indique toujours la fille de Jéthro, à cause du nom d'Ethiopie qui s'étendait au pays arabe. Anne et Phénena sont les deux femmes du père de Samuel. Ce lévite, de la tribu d'Éphraïm, ne s'était associé la seconde qu'à cause de la stérilité d'Anne : son amour pour celle-ci n'en fut jamais altéré. Dans les fêtes, il lui réservait la portion la plus honorable du sacrifice; et quand il la voyait occupée de son malheur ou des traits piquants que Phénena lui avait lancés, il lui disait: « Anne, pourquoi pleures-tu? pourquoi ne manges-tu pas? pourquoi cette profonde affliction de ton cœur? Est-ce que l'amour que j'ai pour toi n'équivaut pas au bonheur d'avoir dix enfans? »

David eut un grand nombre d'épouses dont huit sont désignées par leur nom. En souvenir de ce prince, les rabbins ont porté jusqu'à dix-huit les femmes que le roi avait le droit de s'attacher. Quelle singulière manière de développer ce principe de Moïse : « Le roi ne s'entourera pas de beaucoup de femmes. » Enfin Salomon fut plus loin que son père et que tous ceux qui l'avaient précédé : il eut sept cents épouses et trois cents concubines. A la vérité ce grand homme nous assure, dans le livre de l'Ecclésiaste, que son dessein était de tout expérimenter, afin de mieux distinguer la raison d'avec la folie. Ce but était très louable, sans doute ; mais si ce nombre de mille ne cache pas quelque allusion allégorique à la multitude d'opinions étrangères qui furent introduites à Jérusalem et comme épousées pendant les jours de Salomon, on est autorisé à s'écrier que tout a ses bornes naturelles, même le goût, même les bienfaits de l'expérience * !  Je passe au divorce.

*0 Salomon, ô âge fortuné,
Roi philosophe et Platon couronné...
Mille beautés servaient à votre usage !
Mille ! on le dit. C'est beaucoup pour un sage.
Qu'on m'en donne une, et c'est assez pour moi,
Qui n'ai l'honneur d être sage ni roi. »
VOLTAIRE.

A suivre Répudiation et Divorce

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
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commentaires

roi 05/12/2007 19:54

ton blog est tres interressant .merci