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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 08:45

 

 

 

Quête du Graal et secrets de l'Eveil

(2ème partie)

par Guillaume DELAAGE

Son blog

LE SECRET  DE  MONTSALVAGE

 

Le Graal est un mot magique qui, depuis des siècles, se pare du manteau merveilleux de la légende. Son nom évoque l'épopée fantastique des valeureux chevaliers du roi Arthur qui partirent à sa Quête, affrontant mille périls, mille coups du sort. Aujourd'hui, tout cela paraît enfantin et désuet. Pourtant la Quête du Graal symbolise l'aventure spirituelle située en dehors du temps et de l'espace, qui correspond aussi bien au Moyen Age qu'à l'aube du XXIe siècle...

      Avant de considérer les aspects de la Quête, il faut brièvement faire un peu d'histoire pour rappeler comment les Anciens considéraient la Divine Coupe. D'aucuns penseront que le Graal est uniquement lié aux chevaliers de la Table Ronde puisque, d'après la légende, se serait le calice de la Sainte Cène que Joseph d'Arimathie aurait approché de la plaie du Christ en croix, afin d'y recueillir le Sang qui s'en écoulait. Il est bien évident que cela fait partie de la légende et qu'il fallait transposer pour le christianisme un symbole universel connu de toute antiquité.

      Chez les Egyptiens, le Graal est préfiguré par les cornes du dieu Apis portant le disque solaire ; pour les Mystères d'Eleusis, c'était le fameux Panier sacré ; pour la tradition judéo-chrétienne, c'est le lapis exillis (pierre tombée du front de Lucifer) ; ou encore, pour les Celtes, le chaudron de Dagda et la Coupe de Souveraineté ; et pour les Orientaux, la Corne d'abondance… Nous voyons donc que les religions et les civilisations n'ont fait qu'adapter à leur croyances ce symbole universel.

      Pour les auteurs du Moyen Age comme Chrétien de Troyes, Robert de Boron, Wauchier, Wolfram d'Esenhbach,
graal veut dire récipient, plat, coupe, puisque l'on retrouve sa racine dans des mots comme gruau, devenu ensuite grasal en langue d'oc. Mais arrêtons là ces considérations historiques pour arriver au thème même de cet exposé : la Quête du Graal.

      Nous venons de voir que cette quête conserve la même actualité qu'au Moyen Age. Au travers de ces paroles, certains pourraient objecter qu'il est difficile aujourd'hui de partir armé d'un écu, d'une lance d'un heaume et d'une épée, pour conquérir un vase sacré dans un royaume imaginaire. Rien n'est plus vrai. Mais alors qu'est-ce que la Quête ?


« Grimpez le long de cette brèche »


      La Tradition est très explicite à ce sujet puisqu'elle définit la Quête du Graal non comme une épopée extérieure à l'être, mais comme une grande aventure spirituelle intérieure offerte au chevalier prêt à l'affronter. D'après la légende du Graal, trois personnages réussirent cette Quête : Perceval, Bohort et Galaad. Leur aventure les met en présence de différents combattants, du Roi Pêcheur et enfin du château de Montsalvage. Ces trois thèmes se retrouveront dans toutes les traductions. En fait, il faut trouver, pour le chevalier, la brèche qui conduit d'un monde à un autre. Perceval l'a trouvée et son nom révèle cette découverte. N'est-il pas celui qui a percé le secret du Val ? En fait, il a su obéir au conseil du mystérieux Roi Pêcheur, à qui il rend visite dans le château du Graal :

      «
Grimpez le long de cette brèche, lui dit-il, qui est taillée dans le rocher, et, quand vous serez arrivé là-haut, vous verrez devant vous, dans une vallée, une maison où j'habite. Dans le roc, symbole de la densité, une brèche s'ouvre et monte : telle est la voie. »

      Nous n'insisterons pas sur les symboles propres à la chevalerie, mais cela fait certainement penser a Excalibur, l'épée du roi Arthur plantée dans la pierre. L'épée, symbole de la conscience, plantée dans la densité minérale, fait penser au plomb et à l'or. La coagulation de la matière censée représenter le corps physique mais aussi tout le psychisme de l'humain, et cette épée qui est la conscience aussi pure que l'or. Délivrer la conscience de la densité du corps et des multiples agrégats qui l'habitent, c'est le but de l'Eveil.

      La quête du Graal serait donc une transformation radicale de soi, la véritable alchimie. «
Découvre la pierre cachée au fond de toi... » dit le vieil adage alchimique. Il faut donc transformer le vieil homme en soi pour parvenir à découvrir l'Etre intérieur, c'est-à-dire le VÉRITABLE nous-mêmes. Trouver la faille qui permet de passer de ce monde d'apparences, où l'on croit être un EGO, à celui de la Réalité, où nous sommes une CONSCIENCE, tel est le secret du val ! Perce-val l'a trouvé, et après avoir grimpé vers la brèche sur la montagne qui symbolise la minéralité âpre du corps physique et de la densité du monde émotionnel, s'offre à lui le val -- c'est-à-dire cette étendue claire et paisible que connaissent tous les montagnards.

      Au fond, nous revenons ici sur un point très important de toute la quête initiatique transformer : notre être vil, c'est-à-dire équilibrer vertus et vices, canaliser l'énergie anarchique en nous-mêmes. Du reste, dans le
Perceval de Chrétien de Troyes, nous voyons le héros combattre à plusieurs reprises avec sept chevaliers gardant le château. Perceval les bat tous.

      Un vieil homme lui raconte ensuite que ces combats symbolisent le combat intérieur avec ce que l'Eglise nomme les 7 péchés capitaux. Nous avons là la clef qui permet de comprendre que la découverte de soi passe par le combat en soi., à travers le monde. C'est pour cette raison que la Table Ronde symbolise ce monde, et Arthur qui préside à cette Table, (à rapprocher du latin
arctus) associe ce roi aux constellations de la Grande et de la Petite Ourse, "sièges" stellaires les plus élevés puisque pôles du ciel et constituées chacune de sept étoiles. La Table Ronde et son Roi ne seraient autre que l'image du monde, gouverné par sept forces en l'homme.


Graal et magie divine  


      Dans les différents récits du Graal, les symboles sont nombreux. Il ne sera pas évoqué ici leurs aspects. Toutefois, arrêtons-nous une dernière fois sur un élément qui ne manque pas d'intérêt : le château au cinq tours. Le héros parvenant au terme de sa Quête arrive devant un château dont quatre tours sont blanches et la cinquième qui se dresse plus haut que les autres, au centre, est vermeille. Nous sommes ici dans ce que les anciens nommaient "le Saint des Saints".

      Par les quatre tours, la vision répartit cardinalement l'espace, et par la cinquième, le centre en l'homme : l'être divin, axe de notre propre monde intérieur. La Quête du Graal se situe donc en soi. Nous avons là l'équilibre créé par l'ajustement du pentagramme en l'homme : les quatre éléments plus l'Akasha ou esprit. La découverte du Graal permet d'obtenir l'équilibre des quatre éléments en soi pour exprimer parfaitement le cinquième. C'est ce que Franz Bardon dit dans ses ouvrages. Chez la majeure partie d'entre nous, ces forces sont déséquilibrées et ne permettent pas l'ouverture de notre véritable conscience. C'est pourquoi la Théurgie propose de "nettoyer" notre nature grossière en équilibrant nos éléments, comme Héraclès nettoya les écuries d'Augias. C'est ce que l'alchimie offre aussi, car la Tradition est Une, bien qu'elle puisse revêtir plusieurs vêtements.

      Tous les grands archétypes permettent de décliner un symbole selon plusieurs histoires. Nous avons vu sommairement que le Graal prit plusieurs formes selon les époques et les civilisations. Il serait donc intéressant de considérer cette notion alchimique à travers Jason et la Toison d'or sous cet aspect. Le propre d'un symbole authentique est de pouvoir coller à plusieurs formes de recherches, si bien que l'on peut l'orienter selon différents degrés d'expression. Nous l'avons dit : un symbole a plusieurs niveaux d'interprétation. Le Graal, par exemple, est un vase, mais aussi un livre, une pierre.
[Voir De Thot-Hermès à la Tradition primordiale, de Guillaume Delaage - Editions Ramuel]

      Un alchimiste trouvera dans le symbolisme de l'histoire tous les éléments expliquant le Grand Œuvre. Un théurge, les étapes de sa purification, etc. A titre d'exemple, analysons l'histoire de Jason et la Toison d'or, aventure mythologique bien connue. Nous n'allons pas ici détailler les différentes péripéties rencontrées par Jason, mais considérer quelques simples symboles. Jason, comme Arthur, prend 49 marins (49 chevaliers pour Arthur) afin de partir en Colchide pour chercher la Toison d'or. Il construit un bateau : Argos, dont la racine
arché signifie principal, comme l'axe est le principe même où tout se meut, comme Arthur est l'axe polaire. Ce bateau est rond, comme est rond le ballon alchimique, comme est ronde la Table d'Arthur.


Tuer le Roi pour s'éveiller
 


      Jason doit trouver la toison du bélier Chrysomèle (qui signifie pommes d'or), qui fut badigeonné d'or par Hermès lui-même. Lorsque Jason va gagner l'épreuve et revêtir la toison, il va d'abord voir se répandre le sang de Médée (dont la racine Méduse signifie le sang du dragon), rouge comme le Graal. C'est toujours cette même Médée qui découpa en morceaux Aeson, le père de Jason, en le faisant bouillir dans un énorme chaudron pour lui rendre ensuite la vie. Il en sort alors plus jeune et mieux portant. C'est ce qui se passe à la fin de l'œuvre alchimique ; il faut porphyriser le faux prophète. La mythologie alchimique dit : « On tue les vieux rois. » C'est le même langage, « mise à mort des vieux rois », que l'on trouve dans les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz. Et ils sont régénérés... C'est aussi ce qui se passe dans la Quête du Graal avec le Roi malade qu'il faut régénérer par le Graal.

      Comme nous pouvons le constater, un symbole authentique présente plusieurs niveaux d'interprétation et même plusieurs niveaux de conscience, c'est là toute sa force. Un symbole est un livre ouvert sur soi-même, et certains peuvent même communiquer directement avec l'esprit du symbole. C'est là le propre de certains initiés.

      Nous voyons donc que découvrir le Graal c'est découvrir l'être divin, le dieu vert en nous, tout comme la pierre du Graal est verte puisque émeraude. Le chevalier doit transmuter tous les métaux en lui, en comprenant bien le conseil du prud'homme qui claque comme une sentence : «
Il n'y a qu'une chose que le Graal et ses vertus secrètes ne pourront jamais tolérer en toi : la démesure dans les désirs. »

      Voilà une des clefs de la réussite, car la quête du Graal doit permettre au chevalier parti à sa découverte de dompter l'être inférieur en lui. Bientôt, pour Perceval, le château du Graal ouvre ses portes. Là, le roi pêcheur, assis sur une pourpre vermeille, l'attend. Le roi lui présente alors une épée nue qui par le milieu était tronçonnée, et lui dit : «
Je vous prie de la prendre et les deux pièces rejoignez. Puis, je vous conterai la légende du riche Graal et de la lance au fer royal. » Perceval prit les deux pièces et de cette lame « joint les aciers si parfaitement et avec tant d'adresse, que le jour qu'elle fut faite ne semble pas plus neuve ni plus belle. » Voyant cela, le roi prononça ces paroles qui concluent le périple de Perceval : « Beau Sire, ors écoutez. En armes vous avez pris beaucoup de peine, mais de par cette épreuve, je sais très bien que de par le monde, il n'en est aucun qui vous vaille. »

      La reconstitution de l'épée eut lieu sous un ciel d'or. Ce métal solaire confère à la quête sa pleine signification. L'épée surnaturelle, au contact du chevalier, se ressoude ; mais réciproquement, l'arme confirme la valeur exceptionnelle de celui qui en joint les tronçons. Perceval a donc réussi la quête. Il nous faut donc maintenant savoir ce qui, au-delà des textes et au-delà de la légende, se passe réellement pour celui qui veut tenter la quête du Graal.


L'ouverture de la conscience
 


      Transposée sur le plan spirituel et donc nécessairement à l'entendement humain, la démarche des chevaliers partant à la recherche du saint Graal trouve une concrétisation spirituelle par l'identification de l'homme à un chevalier parti pour affronter les différentes épreuves avant d'aboutir au château de Montsalvage qui est en réalité la forteresse qui sépare le monde de la conscience du monde physique et émotionnel dans lequel se complaît l'être humain. Il va alors rencontrer le Roi pêcheur.

      Après cette initiation par le saint Graal, le chevalier va s'insérer dans le monde qui est le sien. Mais de lui va jaillir une énergie qui va rayonner entre 2 et 20 mètres environ. Ce rayonnement, ou plutôt cette force d'amour (qui sera plus ou moins perçu par autrui), va donner une dimension particulière à l'être nouveau dans ses multiples actions dans la vie courante ; mais de plus, il permettra à toute personne ayant un contact avec cette aura d'être touché par un état de grâce par cet apport prodigieux que donne l'illumination du saint Graal. Dans ce groupe d'hommes ayant en son centre le chevalier illuminé va se créer une centrale qui donnera Vie, Amour et Lumière à tous ceux qui entreront et partageront le rayonnement de la personne.

      Vous l'aurez compris, la découverte du Graal se fait en soi, ce Divin Calice, c'est notre conscience que nos efforts et nos expériences de vie doivent permettre d'éveiller chaque jour davantage. Les Adeptes ont trouvé le Graal, car ils sont conscients d'eux-mêmes à 100%. Ce sont des Boudhhas, pour reprendre la terminologie orientale. Ils vivent dans ce monde comme tout un chacun, mais avec une perception des choses radicalement différente. Contrairement à l'homme commun, leur conscience est délivrée des contraintes de la matière, des contraintes du temps et de l'espace. Ils peuvent vivre ainsi sur plusieurs univers différents, voire rajeunir à volonté, mais nous n'aborderons pas cet aspect dans le présent article.

      Cet exposé aurait pu être plus complet, plus élaboré, mais à quoi bon enfler un texte par trop de détails ? Ce message d'Eveil que nous donne le Graal est d'une portée colossale. Si simplement, par la simple compréhension de notre nature, certains pouvaient considérer que nous croyons être éveillés mais que nous ne le sommes pas en réalité, un grand pas serait franchi vers la conquête intérieure.

      Un jour, il y a bien longtemps, un ami très proche m'a ouvert certaines portes sur ce chemin. Pourtant, à ce jour, je ne saurais dire qui il était vraiment. Je tenais, par reconnaissance, à lui rendre hommage ici car il nous a quittés. L'Eveil, le Graal, la conscience et les terres parallèles. Je me souviens de toi Lucien, en écrivant ces lignes...

Le blog de Guillaume Delaage

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans Chevalerie
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