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13 octobre 2007 6 13 /10 /octobre /2007 15:23

 

 

 

AELOIM

ou

Les dieux de Moïse

par Pierre Lacour

de l'Académie des Sciences, Lettres et Arts de Bordeaux

1839

3ème partie

2ème partie

1ère partie

Tome I

AELOÏM

LE PENTATEUQUE, DEPUIS MOÏSE JUSQU'A ESDRAS (ÔZRA )
APRÈS LA CAPTIVITÉ.

1

 


Près de trente-trois siècles se sont écoulés depuis ces événements, si petits en eux-mêmes et devenus si grands par leur influence. Le monde, changé tant de fois par les révolutions morales et politiques, ne ressemble en rien aujourd'hui au monde d'alors : les peuples, leurs lois et leurs Dieux même, tout a disparu ; et cependant, la nation Juive, le peuple de Moïse, avec ses lois et son Dieu, existe encore ; il existe, quoique mêlé comme alors avec des nations étrangères. Les progrès immenses du Christianisme et de l'Islamisme, les persécutions du moyen âge, rien n'a pu l'anéantir.

A côté de ce phénomène social, si difficile à comprendre, se présente un phénomène littéraire en apparence aussi inexplicable : ces livres entrepris à une époque si reculée, pour un peuple si différent de tous les peuples, ont depuis servi de base, de principe constituant, d'autorité sainte et irrécusable, pour prouver la vérité et le mérite de plusieurs systèmes religieux opposés à celui que Moïse avait en vue. Comment concevoir cette particularité unique sur la terre ? Le texte de ces livres est resté le même, nous dit-on : les mots de ce texte sont restés les mêmes ; il ne s'y trouve pas une lettre, pas un point, qui ne cache quelque grand trésor: comment les mêmes mots, les mêmes phrases et par conséquent une même signification, ont-ils pu justifier le pour et le contre, et prouver la vérité de croyances differentes et, de plus, ennemies 13 ?

Pour qu'un phénomène de ce genre ait eu lieu, une seule condition est possible: il faut, si le texte n'a pas été changé,
que la signification des mots ait été changée, ou plutôt il faut que dès le principe ce texte ait été susceptible en plusieurs endroits d'une double interprétation 14 . Il faut que dans la suite une volonté forte, une puissance législatrice jointe à un grand savoir, s'accommodant de l'un des sens, ait effacé et fait oublier l'autre, devenu ainsi le sens primitif ou intime.

Néanmoins cette singulière révolution dans le sens des mots suppose encore d'autres circonstances. Elle exige que
les livres de Moïse aient été excessivement rares, et pour ainsi dire perdus longtemps, afin que la langue hébraïque ayant cessé d'être en usage, quelques hommes seulement, dirigés par un chef, en aient reçu en dépôt l'intelligence.

Or, il se trouve que les choses arrivèrent ainsi par la captivité de Babylone. Pendant cette captivité, les Juifs oublièrent pour ne plus y revenir la forme et le sens hébraïque de la langue de Moïse ; c'est un fait que l'on ne conteste pas. Ils s'habituèrent aux formes grammaticales, aux significations chaldaïques et syriaques des mots de cette langue ; et les livres du Pentateuque n'étant plus compris par le peuple, il fallut, pour lui en donner l'intelligence, que les Scribes en modifiassent quelques expressions, ou que les Lévites les traduisissent en les lisant.

On trouve dans Néhémie, chapitre 8, verset premier et suivants, le détail circonstancié de la manière dont cette explication fut faite la première fois depuis le retour de la captivité, et après qu'OZRA ou
Esdras, scribe dont le nom signifie le secours, eut revu, rétabli et réformé le texte de Moïse.
On avait dressé sur une place publique, appelée la place des eaux, un MGDL, une tribune en bois, afin qu'il pût parler au peuple et en être vu. Au jour indiqué, tout ce peuple s'assembla comme s'il n'eût été qu'un seul homme. Alors on alla chercher Esdras, le scribe, pour qu'il apportât le livre de la loi de Moïse. Evidemment il n'en existait pas d'autre exemplaire.
Esdras, debout sur cette tribune faite en forme de chaire ou de tour, lisait au livre le tenant ouvert (déroulé) devant tout le peuple; et des Lévites placés dans les groupes expliquaient chaque phrase de la loi, l'interprétant en langue chaldaïque.— Ils lisaient, ils nommaient (UIQRAOU), chaque chose distinctement et séparément (MPhRSh, de PhRSh et PhRS), ils en donnaient l'intelligence, ils en faisaient faire l'explication (UlRiNOU ) dans l'assemblée.

Les Lévites transmettaient ainsi au peuple, soit directement soit par des interprètes qui les aidaient, les explications dont ils s'étaient assurés en recourant eux-mêmes à Esdras. Ils s'assemblaient vers Esdras, le scribe, et cela afin d'avoir l'intelligence des paroles de la loi; AD INTELLIGENDUM AD VERBA LEGIS '(Nehémie8/13).

Il reste donc à nous assurer de la rareté, ou même de la disparition des exemplaires du Pentateuque.

------------


Le mot livre nous trompe. Tous les jours nous tenons sans embarras dans la main, sous une forme carrée peu volumineuse, non seulement le Pentateuque, mais tous les livres de la Bible. En moins de vingt-cinq secondes nous arrivons au verset que nous y cherchons ; et lorsque nous parlons de l'usage d'un livre chez les anciens, du Pentateuque par exemple, il ne nous vient pas en pensée que l'usage de ce livre n'était pas aussi facile pour eux que pour nous. Notre imagination nous présente toujours un volume in-4° ou in-8°, et nous prononçons d'après cette fausse idée.

Mais ce n'est pas cela : les livres chez les anciens étaient écrits sur des feuilles de palmier, sur l'écorce intérieure du tilleul ou du papyrus, sur des tablettes minces et enduites de cire, et sur des peaux de boucs ou de moutons.

Quand on avait des matières un peu longues à traiter, comme la Genèse ou les autres livres du Pentateuque, ou même le Pentateuque entier, on se servait communément de feuilles ou de peaux cousues les unes au bout des autres, on les nommait rouleaux, en latin volumina. Cette coutume était suivie par les Juifs, les Grecs, les Romains , les Perses et même les Indiens , et elle a continué quelques siècles après la naissance de Jésus-Christ. On comprend que ces peaux déroulées pour arriver à la fin d'un volume, pour y chercher une citation, un passage, devaient occuper une grande étendue, et de là est venue pour le mot volumineux la signification qu'il a en français. ll faut bien remarquer aussi que la forme carrée des livres était peu usitée chez les anciens, et il faut se souvenir qu'elle n'a été inventée que deux siècles et demi après Esdras, par Attale, roi de Pergame, à qui l'on attribue aussi l'invention du parchemin. Les volumes ainsi composés de feuilles ou de peaux attachées les unes aux autres, étaient roulés autour d'un bâton qui servait de centre à la colonne ou cylindre que formait le rouleau . Pour arriver tout de suite à un passage écrit vers la fin d'un livre considérable, comme un des livres du Pentateuque, il fallait opérer un grand développement du volume, et à moins d'une remarque faite d'avance, se livrer à une investigation longue et difficile.


Indépendamment de cela,il ne faut pas se figurer, et ce système de livres le fait aisément présumer, qu'avant l'époque de la captivité les livres du Pentateuque fussent aussi répandus qu'ils l'ont été un siècle ou deux après la version des Septante, lors de l'invention attribuée à Attale. Depuis Moïse jusqu'au temps de Josias, pendant neuf-cents ans, 36 ans avant la captivité, il ne paraît pas qu'il y ait eu jamais plus d'un seul exemplaire entier. Il serait impossible de prouver le contraire, parce qu'il faudrait d'abord prouver l'existence du livre.

Or, il n'est question du Pentateuque dans aucun livre canonique hébreu antérieur à la captivité : le livre de Josué, qui fait suite au Pentateuque, paraît appartenir au temps de cette captivité même, avant la révision des livres de Moïse par Esdras. L'auteur de la traduction des Apocryphes, pour faire suite à la Bible de Sacy, aurait été bien embarrassé s'il lui avait fallu prouver et expliquer comment avant l'incendie du Temple et pendant la captivité les livres de la loi étaient entre les mains des Prêtres, des Lévites et du peuple. La transcription de ces livres sur des peaux préparées formait deux cent quarante volumes ou rouleaux aux temps même d'Esdras.

Quant au Pentateuque, l'expression le livre de la loi ou plutôt de la doctrine, dans laquelle on croit le reconnaître, suppose un recueil d'ordonnances et non de livres historiques comme la Genèse et une grande partie de l'Exode. Dans Josué, le livre de la loi, TOURÉ, désigné deux fois, est autre que le Pentateuque, puisque les choses que Josué y écrivit (Jos. ch. 24. 25) ne se trouvent point dans le Pentateuque, puisque les bénédictions dont il parle (Ch. 8. 24) ne s'y trouvent pas non plus. Et probablement
ce mot était générique pour désigner tout livre sacré sans distinction du scribe ou du prophète auquel il était dû.

On peut se demander
où le livre de Moïse était déposé. Dans le Temple de Jérusalem apparemment, puisqu'il devait accompagner l'Arche (Deut. 31.26). La même question, en remontant aux temps antérieurs à la construction du Temple serait plus embarrassante. Ce livre n'a-t-il jamais été perdu de vue ? Cette seconde question peut étonner, on va voir si elle est ou non motivée. Je ne parle pas d'une copie que les Rois de Juda devaient avoir de ce livre ou d'une partie de ce livre pour leur usage : l'histoire de ces Rois, et en particulier celle du pieux Josias, prouve qu'ils ne l'avaient pas.

Si le Temple avait toujours été pour le peuple un lieu saint et sacré ;
si les Rois, les Sacrificateurs et les Lévites avaient toujours entretenu ce Temple avec soin, on concevrait difficilement que la perte du Pentateuque ait été possible. Mais qu'il s'en faut que les choses fussent ainsi ! Ce qui ressort évidemment des livres des Rois et du récit des chroniques, c'est que l'idolâtrie prévalait toujours dans le cœur des Hébreux sur le culte du vrai Dieu. Les Grands-Prêtres ou Sacrificateurs et les Lévites passaient avec une facilité singulière de l'un à l'autre. La plupart du temps le Temple était fermé, négligé, abandonné, quelquefois sans lumière, sans parfums et sans holocaustes.

Lorsque ce monument fut achevé, on y transporta l'Arche,
dans laquelle n'étaient que les deux tables de la loi (II Chron. 5. 10— I. Rois, 8. 9). Cette rédaction poussée dans ses conséquences, conduirait à nier l'existence du Pentateuque.

Mais n'est-il pas bien extraordinaire, bien inexplicable, que Salomon, parvenu à l'âge où la crainte religieuse se développe davantage dans l'esprit de l'homme ; que Salomon, qui avait tout vu, tout raisonné, tout étudié, abandonne le culte du Dieu dont il avait fait construire le Temple, et qu'il élève des hauts lieux à Camoush et à Moloc sur la montagne en face même de Jérusalem ? (Rois 11. 7. Les autels des faux dieux ne restèrent pas en dehors de Jérusalem ; on les éleva dans Jérusalem même. Sous Ezéchias, disent les Chroniques, liv. 2, ch. 30, 14, « on ôta les autels des faux dieux qui étaient dans Jérusalem, on ôta aussi tous les tabernacles où le peuple leur faisait des encensements, et on les jeta au torrent de Cedron. »)

Ainsi, le premier exemple d'infidélité auTemple et au culte du Dieu pour lequel il avait été erigé, fut donné par Salomon même.

Cinquante-sept ans après sa dédicace, le Temple, négligé depuis longtemps par Roboam, fils de Salomon est pillé par Sesac, roi d'Egypte, qui prit tout ce qui s'y trouvait (II. Chro. ch. 12. 9). Roboam, disent les Chroniques, abandonna la loi de JÉOVÉ, et tout Israël avec lui.— Ils bâtirent des hauts lieux, des images et des bocages sur toute haute colline et sous tout arbre verdoyant (I. Rois. 14. 23).

Après Roboam, sous Abias, le culte de JÉOVÉ étant encore abandonné, le Temple l'est aussi par conséquent. Asa, successeur d'Abias, fut même obligé d'employer la peine de mort sans distinction d'âge ni de sexe, pour détourner les Hébreux de l'idolâtrie ; CE QUI RÉJOUIT BEAUCOUP LE PEUPLE DE JUDA, disent les Chroniques, liv. 2. chap. 15, 13, 14, 15. Et toutefois, ajoutent-elles quelques lignes plus bas, verset 17, les hauts lieux ne furent point ôtés d'entre Israël, bien que le coeur d'Asa fût entier tout le temps de sa vie.

Sous Josaphat,
cinquante-sept ans après la dévastation du Temple, on voit apparaître un livre de la loi ou de la doctrine de JÉOVÉ ; ce livre n'a point le nom de Moïse (II Chro. 17. 9.). Les Lévites chargés de prêcher, d'endoctriner le peuple et de le ramener au culte du vrai Dieu, portaient, avec eux ce livre, ou plutôt la nouvelle ordonnance relative à la doctrine. Toutefois ces prédications n'eurent pas un grand succès, car les hauts lieux ne furent point ôtés et le peuple sacrifiait encore et faisait encensements sur les hauts lieux, n'ayant pas encore disposé son coeur envers le Dieu de ses pères (I Rois. 22. 44., et II. Chron. 20. 23), et pourtant il y avait cent vingt-deux ans que le Temple avait été construit.

Sous Joram, Achazias et Athalie,
pendant quinze ans, le culte des idoles domine, et par conséquent le Temple est négligé ; il est même pillé par Athalie.

Après Athalie, un enfant de sept ans est proclamé roi par le grand-prêtre Joada.
Toutefois les hauts lieux ne furent point ôtés (II.Rois. 12.3). A peine Joada est-il mort, que Joas suit l'exemple de ses prédécesseurs, et le Temple est encore abandonné.

Amazias régna vingt-neuf ans. Il fit ce qui est droit devant Jéovè,
mais non pas de coeur entier. Les hauts lieux ne furent point ôtés ; le peuple y sacrifiait toujours et y faisait des encensements (II. Rois. 14. 4. ).

Notes

13 In divinis litteris nihil superfluum, nec onerosum, nihilque rationi contrariam continetur. — Non est syllaba, vel apiculus in sacris litteris in cujus profundo non sit grandis quispiam thesaurus.

 
14 La
prétendue intégrité du texte hébraïque est un point de doctrine abandonné depuis qu'on est parvenu à détruire l'autorité absolue de ce texte.

15 On voit que ces dégradations du Temple n'étaient pas peu de chose, même après 16 ou 18 ans du règne d'un roi aussi pieux, aussi dévoué que Josias : qu'on juge par-là de l'état du Temple sous les règnes précédents.

 

Quatrième partie

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
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