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30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 01:02

 Alors points massorétiques pour fixer le sens du côté religieux judaïque  et traduction biaisée par les instances catholiques au travers de la Vulgate qui était interdite au vulgaire ne sachant pas lire le latin. L'auteur parle aussi de l'Inquisition qui fit brûler les livres judaïques parce qu'ils n'allaient pas dans le sens de l'Eglise Catholique Romaine. Mais s'ils l'ont fait c'est qu'il y avait une raison. Il ne faut pas trouver la Vérité. Parallèlement, l'auteur nous offre ici une version inédite de l'Exode, Moïse réformateur et dissident qui eut à faire à de nombreux ennemis...

 

 

AELOIM

ou

Les dieux de Moïse

par Pierre Lacour

de l'Académie des Sciences, Lettres et Arts de Bordeaux

1839

2ème partie

1ère partie

Tome I

Mais les Septante, mais la Vulgate, dira-t-on !

Les Septante, la Vulgate, pourquoi s'en préoccuper? Ce mot Vulgate, la DIVULGUÉE, indique d'ailleurs une interprétation convenue. La lecture n'en a
pas même été toujours permise. Au commencement du Xlllme siècle, il était expressément défendu aux laïques d'avoir les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. L'Eglise ne permettait que le Psautier, le Bréviaire ou les Heures de la bienheureuse Marie, encore fallait-il que ces livres ne fussent point traduits en langue vulgaire. Des sentences d'évêques ont même interdit l'étude de la Grammaire.

Tant de précautions, tant de craintes prouvent
qu'une interprétation autre que l'interprétation voulue est possible. Le sens que révélerait, que divulguerait à son tour cette version, est ce que j'appelle le sens intime ou rationnel, de RATIONALIS, raisonnable, conforme à la raison. En le cherchant, je ne prétends pas déclarer faux celui donné par la Vulgate ou les Septante; mais persuadé qu'indépendamment du sens littéral et massorétique, un autre sens existe, je le cherche, parce que je crois qu'il est non seulement intéressant, mais qu'il est utile de le chercher.
Veritatis studiosus semper et Deo placet, et cunctis hominibus utilis est.

Que ce sens ne soit
pas toujours conforme à ce que voudrait le dogme, on peut donc facilement le croire. Le craindre, ce serait douter du sens reçu. En 1490, l'lnquisition fît brûler les Bibles hébraïques; c'est-à-dire, à défaut de l'auteur, l'oeuvre ; à défaut de Moïse, le Pentateuque. Ce fut un acte de déraison, va-t-on dire, un trait de fanatisme poussé jusqu'à la démence. Ce fut tout ce qu'on voudra, n'importe : je ne relève pas ce fait pour le juger, mais comme moyen de sécurité. Ainsi j'observe, pour ma conscience et pour celle du lecteur qui craindrait de me suivre, que cette condamnation si extraordinaire, si grave dans ses conséquences, n'a pas été infirmée par la cour de Rome ; ce qui veut dire apparemment qu'en secret elle l'approuve, ou que le texte hébreu ne lui importe guère, puisqu'en fait d'actes de cette gravité, tout ce qu'elle ne désavoue pas, ne condamne pas, elle l'approuve. (La quantité des livres hébraïques brûlés par l'ordre de l'Inquisition est immense, et les pertes que la science a faites, tant sous le rapport de la langue hébraïque et de plusieurs interprétations, que sous celui des sciences en général, doivent l'être également. A Salamanque, Torquemada fit brûler plus de six mille volumes hébraïques. Quarante ans avant, le dominicain Lope de Barrientos avait fait brûler également la bibliothèque de Henri d'Aragon. En Italie, même fureur contre les livres hébraïques. — « Sixtus Senensis,dit Gaffarel à ce sujet, cet homme qui a écrit avec tant de violence et d'injustice contre les juifs, pensait probablement qu'après tant de bibliothèques hébraïques qu'on avait brûlées en Italie, et après douze mille volumes que lui-même vit réduire en cendres à Crémone; qu'après, dit-il, une si rigoureuse inquisition, il ne resterait plus de livres dans lesquels nous pussions lire et juger si ce qu'il avançait était véritable. Mais il avait oublié de faire brûler aussi les oeuvres de Galatin, ou pour mieux dire de Sebonde, qui montrent clairement que la plus grande partie de ce qu'il dit contre les Thalmudistes et les premiers Rabbins est faux. » )
 

Il est certain d'ailleurs que le dominicain Torquemada, malgré l'atrocité sans bornes de son fanatisme, n'était point un insensé. Sa conduite, au contraire, était très raisonnée ; le texte hébraïque mieux compris le prouvera. J'ignore quelle connaissance il pouvait en avoir, ou quels renseignements il avait eus, mais on observe, en effet, et nous venons de le voir, que ce texte n'a jamais été cité par Jésus ni par ses Apôtres, ou qu'il ne l'a jamais été d'une manière conforme à l'hébreu moderne de la Bible. On l'avait sans doute remarqué aussi, et c'en était assez (conséquence téméraire à la vérité) pour qu'on le regardât comme dangereux, comme anathématisé.

Torquemada ne pouvait agir que
conformément aux instructions qu'il avait reçues de Rome, et ce qui le prouve, c'est qu'il ne fut point révoqué, c'est qu'il n'encourut aucun blâme, c'est qu'il fut maintenu dans ses terribles, ou plutôt horribles fonctions, jusqu'à sa mort, arrivée huit ans après.

Or, le texte hébreu de la Bible, jugé et condamné par le Saint Tribunal, brûlé en acte de foi à Séville et sur la place Saint-Etienne à Salamanque,
mis à l'index en quelque sorte pendant le XVI siècle, proscrit dans les chaires des prédicateurs catholiques, déclaré dangereux, infecté de judaïsme et faisant judaïserles chrétiens qui le lisent, se trouve, attendu cette condamnation solennelle dont il ne pourrait être purgé que par l'adoption d'une version nouvelle, faite uniquement sur l'hébreu, sans recourir pour le sens à la traduction des Septante ou de la Vulgate ; ce texte, dis-je, a perdu le caractère et l'autorité que, dans le principe du Christianisme, les Pères lui attribuaient. On peutdonc, après tout, étudier ce texte sous un point de vue nouveau, purement philosophique et philologique; en chercher une nouvelle interprétation, sans s'effrayer du sens que cette interprétation pourra produire. L'anathème qui l'a frappé l'abandonne à là critique et aux investigations du monde, tradidit dispjutationi; son témoignage n'est plus qu'un témoignage humain, sujet à l'erreur comme tout ce qui vient des hommes.

Mais, il faut en convenir néanmoins, le sort de ce livre est bien étrange ! La doctrine religieuse qui
sans lui n'existerait pas, qui sans lui n'a point de base, est précisément celle qui le repousse. C'est elle qui voudrait le condamner au néant, et qui le fait brûler publiquement par la main des dominicains ou frères prêcheurs.

Son origine, sa conservation jusqu'au jour où ce dogme sort de son sein, ne sont pas moins extraordinaires.

Même la langue dans laquelle il est écrit. Elle est, dit-on, la langue primitive, celle que Dieu donna à Adam , a l'aurore de la vie et de la nature, celle avec laquelle il communiquait avec lui et ses enfants 10 : eh bien, l'oeuvre de Dieu et l'ouvrage de l'homme,
tout a été condamné, brûlé comme judaïque, dangereux et impie! Et le jugement n'a pas été infirmé par l'Eglise soulevée, et il n'a pas été cassé avec indignation, et il n'a pas été déclaré nul pour consoler le coeur etla conscience des fidèles ! Etait-il donc juste ? C'est par cette langue, c'est dans ce livre, que doit se révéler à nous l'existence réelle des ALÉIM ou Dieux de Moïse ; arrêtons-nous donc à quelques études préliminaires , et cherchons à connaître :

1° La cause de l'existence du Pentateuque et l'histoire de ce livre singulier;

2° L'origine et les progrès de la langue dans laquelle il est écrit.

 

ELOIM, LES DIEUX DE MOÏSE.


ÉTUDES PRÉLIMINAIRES.

I
LE PENTATEUQUE ET SON ORIGINE.


On attribue à Moïse les cinq premiers livres de la Bible hébraïque, appelés le Pentateuque.
Ce sont :
LA GENÈSE, en hébreu SPhR BRAÇhIT;
L'EXODE, — SPhR ÇhMOUT;
LE LÉVITIQUE , — SPhR UIQRA ;
LES NOMBRES, — SPhR BMDBR;
ET LE DEUTÉRONOME, — SPhR DBRlM.
Si ces livres sont réellement de lui,
ils appartiennent à l'Egypte et au siècle d'Amenoph, car Moïse, dont on place l'existence sous le règne de ce prince, est un égyptien, né, élevé et instruit en Egypte.

On peut supposer encore la composition de ces livres beaucoup plus ancienne, si l'on adopte l'époque où Fl. Josêphe place la sortie des Hébreux d'Egypte et le passage de la Mer-Rouge.

Il semble, en effet, que cette sortie doit être antérieure au règne de Sésostris. L'Exode dit que le Pharaon qui poursuivit les Hébreux employa six cents charriots choisis, et Hérodote rapporte que Sésostris fit creuser en Egypte une si grande quantité de canaux, qu'il fallut renoncer à se servir de charriots, et qu'on en faisait un grand usage avant ce prince.

Le premier livre du Pentateuque, la Genèse, contient
des extraits de différents mémoires, dont plusieurs ne peuvent avoir été pris que dans les archives des temples égyptiens. Néanmoins, la Genèse n'a pas été composée pour des Égyptiens proprement dits : l'auteur y prépare en faveur des Israelites ou Hébreux, descendants de Jacob, le droit d'envahir un jour la terre de Chanaan (Gen. 9.25. — 15. 21., etc..).

Mais ces Israelites faisaient alors partie, depuis plus de quatre siècles, de la population égyptienne. Forcés par sept années consécutives de famine (Gen. 45.9 et suiv.) d'abandonner une des terres de Chus, l'Ethiopie orientale, au nord de la Mer-Rouge, ils avaient été reçus avec intérêt par les habitants de TZÔN ou Tânis et par ceux de NOPh ou MOPh, appelée depuis Memphis. Les paturages de Géshen leur avaient même été
généreusement cédés pour leurs troupeaux (Gen. 47. 6.). Une sorte de parenté attachée au souvenir de Chus, et la puissance de Joseph, leur avaient mérité cette bienveillante hospitalité. Les Égyptiens, même ceux de la Basse-Egypte, n'avaient point oublié qu'ils étaient, eux aussi, originaires de l'Ethiopie méridionale, autre pays de Chus à l'occident de la Mer-Rouge.

Séduits par cet accueil, les Israelites, quand la disette fut passée,
ne songèrent plus à quitter l'Egypte : témoins chaque jour des cérémonies religieuses les plus saintes et les plus solennelles, continuellement en relations avec un peuple chez qui l'attachement à la terre natale était un sentiment comparable à la piété filiale, ils avaient oublié, sans beaucoup de peine, leurs habitudes nomades, leur vieux langage, et jusqu'au nom du Dieu qu'avaient adoré leurs pères (Exod. 3. 13.).

Mais le bien-être dont ils jouissaient ne pouvait pas toujours durer ; de nouvelles circonstances, un nouveau règne, pouvaient le détruire. Après quelques siècles la terre de Géshen ne put suffire à leur population, devenue considérable ; ils se rapprochèrent alors des grandes villes, principalement de Tânis, de Memphis, de NO-AMON, l' habitation des ouvriers, des artistes, depuis la Diospolis du Delta ; de ON ou Héliopolis, et enfin de Phitom et de Rômses (Exod. 1. 11).

Accoutumés à une vie oisive, paresseux comme le sont tous les peuples pasteurs (Exod. 5. 17),
inhabiles dans les arts, ignorants dans les sciences, ils n'avaient la tradition d'aucune profession industrielle ; ils ne pouvaient même en exercer aucune, car dans ce pays, où les hommes étaient classés, la profession était la propriété de l'individu qui l'exerçait ; le Père la léguait aux enfants, et la loi défendait, même aux Égyptiens indigènes, de l'usurper : quitter l'état de ses pères pour en prendre un autre, c'était voler l'héritage d'autrui; ceux qui l'osaient étaient sévèrement punis.(Diod.) Ces étrangers ne purent donc assurer leur subsistance qu'en se livrant à des travaux humiliants et pénibles, que les souverains faisaient alors exécuter par des peuples vaincus et menés en captivité (Voy. Diod.,liv. 1).

Ainsi , la position sociale des Israëlites en Egypte avait pu devenir naturellement et sans animosité de la part des Égyptiens,
semblable à celle des esclaves, avilissante, et par conséquent odieuse, insupportable. Ils gémissaient sous le travail (5 Exod. 2, 23), et leurs plaintes , que n'écoutaient point les exacteurs du peuple et les inspecteurs des travaux publics (Exod. 5. 6.9. 10. 11), touchèrent les chefs principaux du Sacerdoce (Exod. 2. 24. 25).

A cette époque,
l'initiation égyptienne, méconnue par les princes que l'idolâtrie entraînait dans ses voies (Exod. 5.2), avait projeté une réforme théosophique semblable à celle qui avait eu lieu par l'influence d'Abraham. Le moyen qu'on devait employer pour l'obtenir était d'initier en quelque sorte les peuples, et de les éclairer en masse; de les faire sacrifier au Dieu de leurs pères (Exod. 3. 12.), et de leur révéler ensuite la doctrine professée dans le secret des Temples sur la nature et les attributions des intelligences célestes, appelées Dieux, ALÉIM, et selon la ponctuation des Massorettes AELOÏM.

Il fallait nécessairement choisir, pour conduire cette entreprise, un homme indépendant par sa naissance, car les Égyptiens naissaient stationnaires, liés au sol, attachés à une classe dont ils ne pouvaient sortir, et voués par la loi à une profession héréditaire. Il fallait donc que ce chef, que ce guide, fût étranger aux obligations qui retenaient les chefs ou prêtres initiateurs dans la localité où ils exercaient
leurs fonctions sacerdotales. Et cependant cet homme devait appartenir à l'Egypte, il fallait même qu'il y fût puissant, qu'il y fût en faveur près du Pharaon, et qu'il pût compter sur l'estime et la confiance du peuple.

Moïse l'israëlite, le fils adoptif de la fille du Pharaon même
, l'élève du Temple, l'allié du Sacerdoce (Exode. 18. 1), l'initié à toutes les sciences des Égyptiens, l'homme puissant en intelligence (Act. desAp. 7. 31), puissant en actions (Act. desAp. 7. 31), et qui avait commandé avec tant de succès l'armée que le roi d'Égypte avait envoyée contre les Éthiopiens (Fl. Jos.,liv.2.,ch. 5.), Moïse fut cet homme extraordinaire. La mission dont il fut chargé (MSÉ) et dont il eut le nom, MSÉ, MuSÉ, MUSÉE ou MOÏSE, exige d'autres explications ; j'y reviendrai en terminant.

Il fallait aussi pouvoir, par prudence (Exod. 8. 21. 22.) et sans blesser la sainteté des usages (Voy. ce que dit Porphyre),
éloigner momentanément du sol natal la portion du peuple par laquelle on devait commencer la réforme. Les Israélites furent choisis, parce qu'ils n'étaient point Egyptiens aborigènes. Leur ancienne habitation, avant qu'ils entrassent en Egypte, avait été sous la tente, dans le désert, à l'orient de la Mer-Rouge. Les conduire dans le désert par un voyage de quelques jours (Exod. 3. 18), pour y sacrifier solennellement au Dieu des ancêtres, ce n'était ni les ramener dans leur antique patrie, ils avaient été nomades, ni déserter l'Egypte.

Mais les vues philosophiques des chefs de cette sainte entreprise devaient malheureusement rencontrer des obstacles. Quelques prêtres, que leurs fonctions faisaient appeler Jannès et Jambrès (Épit. à Tim ., ch. 3. 8) , plus superstitieux ou moins avancés que les autres dans leurs vues sociales, ou craignant le départ définitif d'une population dont on se servait avec tant d'avantage pour construire des monuments, élever des chaussées et creuser des canaux, blâmèrent vivement ce projet en présence même du Pharaon ; ils en nièrent l'opportunité ; et opposant avec adresse raison à raison, puissance à puissance, ils retardèrent l'adhésion du Roi, ils endurcirent son coeur, comme dit Moïse (Le plan de réforme et l'opposition à ce plan partirent également du Sacerdoce. Chacun, selon l'esprit sacerdotal, s'expliquant et agissant sous l'inspiration des Dieux et par conséquent comme Dieu et au nom de Dieu, le texte de Moïse est exact lorsqu'il fait solliciter au nom de JÉOVÉ la liberté d'initier les Israélites, et lorsqu'il fait en même temps endurcir le coeur de Pharaon par JÉOVÉ. C'est l'opinion pour et contre agissant en même temps et émanant du même corps délibérant. Voilà tout le mystère de cette singulière expression : J'endurcirai le coeur de Pharaon..)

Cependant, il fallut céder à la supériorité de ce grand homme, à son influence politique et religieuse, et il se retirèrent. Rien ne pouvait plus empêcher
l'essai projeté, et toute la population riche et éclairée de No-Amon , de Tànis, de Moph et d'autres villes, s'associant à l'esprit de cette sainte pérégrination , offrit aux Israelites des dons et des facilités sans nombre.

Mais Moïse avait à peine gagné les frontières, atteint les gués de la Mer Rouge, près Suez, et profité de la marée basse pour passer dans le désert,
que
ces mêmes prêtres, usant de leur influence, fanatisèrent la populace de Tânis et de No-Amon et la soulevèrent contre lui. Le Pharaon de Tànis, naturellement disposé contre la réforme projetée, profita de ces circonstances, et trouvant près du Sacerdoce une excuse dans le soulèvement et les cris du peuple, dans les rapports intéressés de quelques chefs militaires ennemis d'un Israelite qui, dans la guerre d'Ethiopie, les avait devancés ; de quelques intendants des travaux qui perdaient à l'émancipation inévitable des Hébreux après l'initiation, ce Roi, dis-je, feignit de considérer les Israelites comme de véritables fugitifs, et se mit à leur poursuite. Ce prince, dont l'esprit et l'obstination ont été caractérisés par tous les maux allégoriquement décrits dans l'Exode, et qui ne cédait que vaincu par la présence même du mal, périt bientôt, ainsi qu'une partie de ceux qui l'avaient entraîné, en s'aventurant avec imprudence, après un trop long délai et au moment de la marée montante, sur les bas-fonds où Moïse avait passé la Mer-Rouge.11 (Note intéressante)

Témoin de ce désastre, Moïse ne pouvait douter du ressentiment profond que les Egyptiens en conserveraient contre lui et contre les Israelites. Il s'enfonca dans le désert, et alla camper au pied du Sinaï, aujourd'hui si célèbre. Devenu le chef militaire et le législateur d'un peuple exilé sans cause politique et pour un acte religieux, il continua la mission dont il était chargé et dont il garda le nom. Il prit alors la résolution de tourner l'esprit et les voeux des Israelites vers le pays de Chanaan, opposant aux regrets que leur inspirait le souvenir de l'Egypte l'espoir d'une terre promise. Il parvint à leur démontrer, par les traditions qu'il inséra plus tard dans la Genèse, que dès les premiers âges du monde, la possession de ce pays avait été annoncée à leurs pères par JÉOVÉ, le Dieu de leurs ancêtres, pour lequel ils avaient quitté l'Egypte.

 

C'est dans cette pensée qu'il rédigea les cinq livres qui lui sont attribués, et qui ne sont devenus si volumineux que par les additions qui y furent faites en divers temps après lui. Ces livres constituèrent en corps de nation cette population si longtemps nomade. Ce qu'il y a de très remarquable, c'est qu'au milieu des difficultés de sa position, malgré le penchant à peu près invincible des Hébreux vers l'idolâtrie; malgré leurs regrets et leurs murmures, malgré leurs révoltes, malgré leur misère de plus en plus pressante, Moïse eut la force de ne considérer que l'avenir de son peuple. Il prolongea, évidemment dans un but politique, le séjour des Hébreux dans le désert. Ils y passèrent un nombre d'années sur lesquelles il a jeté une obscurité impénétrable, et que l'on détermine à quarante (Deut. 2. 7-Josué 5. 6.), parce que ce nombre est symbolique des épreuves, de la privation, de la correction ou de la régénération morale 12. Il en profita pour habituer leur esprit aux formes d'un gouvernement théocratique pur, où Dieu, agissant, parlant, commandant lui-même pour l'exécution de la plus simple ordonnance, met la responsabilité sacerdotale à l'abri de toute enquête.

On lui reproche de ne leur avoir promis que des récompenses temporelles : mais
selon la pensée égyptienne antique, et selon la sienne par conséquent, l'homme ne peut pas engager la Divinité, lui imposer des obligations, la contraindre à payer un salaire, enchaîner sa liberté et forcer le don de sa grâce ; car cela aurait lieu si l'homme méritant par lui-même, la Divinité lui devait forcément une récompense. Suivant Moïse, le bonheur, la fortune, l'estime publique et la paix de l'âme, suivent toujours la fidélité aux devoirs, la piété, le travail, le mérite et le courage. Si par hasard le contraire se présente, la susceptibilité des dogmes théocratiques peut toujours soupçonner, ou découvrir même, une cause secrète du mal, car tout est péché au besoin.

Les conséquences de ce système, pour nous si étrange, sont QUE LE BONHEUR TEMPOREL ET LA PROSPÉRITÉ NATIONALE D'UN PEUPLE DÉPENDENT DE SA FIDÉLITÉ A SUIVRE LE DIEU QU'ONT, suivi SES PÈRES (Josué 24. 20.). Les Hébreux,ont été longtemps sans comprendre ce précepte, et leur histoire depuis Moïse jusqu'à la captivité,semble n'avoir été écrite que pour leur en démontrer la vérité.

La suite...

Notes

10 Préf. de la Clef des Lang., par M. l'abbé Latouche.

11  Cette explication naturelle du passage de la Mer Rouge était commune chez les Juifs, puisque Fl. Josèphe, qu'un miracle n'effrayait pas, termine son récit (liv. 2 ch. 7) sous son influence. C'était la manière dont un écrivain Caraïte, cité par Aben-Ezra ( Exode de M. Cahen), expliquait le miracle. C'était celle du Ch. Raleigh, cité par Rob. Cleyton ; de Joachim Vadian, etc. En 1650 on appelait encore cette opinion une exécrable impiété; et pour le prouver, on disait que la mer Rouge par son flux et reflux ne délaisse jamais son auge, étant toujours pleine et couverte d'eau de fond en comble.
Mais voici une affirmation d'un autre genre et qui est de fait. L'auteur du tableau de l'Egypte pendant le séjour de l'armée française, A. Galland, membre de la commission des sciences et arts séant au Caire pendant l'expédition (t. 1. p. 111. ), parle du voyage de Bonaparte à Souez, et dit :—« Le général en chef, accompagné d'une escorte considérable, a été voir ce port. Je ne parlerai point du canal... dont il a fait le premier la découverte,... ni des fontaines de Moïse;... je tais aussi quelques petites antiquités observées dans la route;... je me contenterai d'observer que le général passa la Mer- Rouge à cheval, et aussi heureusement que Moïse ; qu'à son retour, la marée se trouvant beaucoup plus haute, il fut sur le point d'éprouver le sort de Pharaon ; car le gué n'était plus praticable. Plus heureux ou plus habile, Bonaparte se tira d'affaire ; mais le général Caffarelli, privé d'une jambe, aurait couru des dangers sans l'intelligence et le courage d'un guide à cheval, qui fut de suite élevé au grade de brigadier. » ( Tableau de l'Egypte, etc., suivi de l'état militaire et civil de l'armée d'Orient. A Paris, an xui.— 1804.

12 Les épreuves des mystères chez les Perses étaient au nombre de deux fois 40. — Les Egyptiens avaient 40 juges des morts ; les épreuves dans la solitude, dans le désert, étaient de 40jours ou temps ; les mêmes par la privation ou le jeûne étaient de 40 jours.— La correction par la flagellation était de 40 coups moins un, crainte d'excéder.— Dans la régénération morale symbolisée par le déluge, le nombre 40 figure deux fois, avec les nombres 7, 17, 27 et 150.

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
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