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30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 00:23

  Un livre très intéressant dans la mesure où il démontre, entre autre, que les inventeurs des points-voyelles ou points massorétiques ajoutés à l'alphabet hébreu de Moïse avait pour but de fixer la signification des mots afin de ne pas permettre une autre interprétation que celle des inventeurs... ainsi le voile s'est épaissi encore davantage pour masquer le vrai sens des mots ou images du prophète. D'autre part cette invention fut conçue lorsque furent constatés par les instances religieuses judaïques les progrès du Christianisme... on voit là le bon esprit...


 

AELOIM

ou

Les dieux de Moïse

par Pierre Lacour

de l'Académie des Sciences, Lettres et Arts de Bordeaux

1839

1ère partie

Tome I

OBSERVATIONS

 

AELOÏM ou les Dieux de Moïse !

Le rapprochement de ces mots est insolite, j'en conviens ; mais on comprendrait bien mal ma pensée, si, la jugeant d'après le choix que j'ai dû faire du mot AELOÏM , ou plutôt ALÉIM , on présumait que cet ouvrage n'a été entrepris et publié que dans des vues hostiles au Christianisme.

Mes vues se portent sur l'Egypte contemporaine de Moïse , et ne s'arrêtent qu'accidentellement et secondairement ailleurs.

Quant a ma pensée, je vais la dire; la voici :
Je ne crois pas que la nature humaine, que l'origine des êtres , que le mystère de la création, soit qu'on les considère chronologiquement selon le récit de Moïse, soit qu'on les étudie géologiquement d'après les découvertes modernes, deviennent plus inexplicables qu'ils ne le sont, parce qu'il aura été démontré, je le suppose, que le premier chapitre de la Genèse est le programme de six actes cosmogoniques que l'on jouait
devant les initiés dans les mystères de l'Egypte.

Je ne crois pas que le dogme de l'unité de Dieu soit compromis, parce qu'il aura été démontré, je le suppose également, que
Moïse met en action dans le Pentateuque un grand nombre de divinités subalternes, bien qu'il ne permette d'adorer que JEOVE, L'ADONI., le maître, le chef suprême, l'AUTOS, le LUI, qui domine tous ces ALLOÏ , tous ces autres, dits en hébreu ALOÏM ou ALEIM, ceux-ci. Je crois, au contraire, que le polythéisme de Moïse, avoué enfin et bien compris, serait un salutaire exemple de tolérance religieuse, et qu'il mettrait un terme à la fausse opinion que dans beaucoup de livres, excellents du reste, on se croit obligé de donner sur le mérite des vertus et de la morale des peuples païens.

Je ne crois pas que le Christianisme, cette institution si belle , si sainte, si pure, si aimable dans son auteur, puisse être moins aimé, puisse devenir moins cher aux esprits droits, aux âmes tendres et généreuses, à tous les gens de bien enfin, parce qu'il aura été démontré, je le suppose encore, qu'il n'est point une conséquence de la scène qui se passe dans le Jardin d'Eden, attendu que
cette scène est relative à l'initiation égyptienne, à l'enseignement professé dans les temples et aux obligations imposées au nouvel initié.

Enfin, je ne crois pas que la chaîne historique des temps primitifs, des temps antédiluviens, soit moins facile à expliquer, et surtout à croire et à comprendre, parce qu'il aura été démontré que cette prétendue chaîne généalogique n'est qu'un tableau systématique de la marche progressive de la société humaine dans une durée de 1650 à 1700 ans,
Etc., etc., etc.
Mais je crois qu'il serait temps de signaler
les récits appartenant à l'Egypte ou à la Chaldée, et ceux qui, purement allégoriques, ont été introduits dans le corps même des livres de Moïse. Je crois que ces récits peuvent être ramenés à leur signification vraie par une nouvelle étude des mots du texte, et j'en produis quelques preuves, en attendant mieux de la part des savants et des hébraïsants de profession. Je crois, en considérant le scepticisme ou l'esprit de réforme qui commande à la raison du siècle, qu'il n'y aurait point de danger à abandonner le sens littéral et convenu de ce texte partout où il blesse cette même raison, je dis plus, je crois cette détermination nécessaire, malgré toutes les difficultés qu'elle présente : salutaire aujourd'hui, elle sera sans effet plus tard.

Quant au paradoxe sur lequel repose cet ouvrage, le Polythéisme de Moïse, je ne veux ni le préparer dans une préface, ni le défendre contre les prejugés qu'il pourra heurter. Un temps vient où des opinions que l'ignorance avait posées comme bases, comme principes, compromettent les institutions sous lesquelles on les a placées : il faut qu'elles redeviennent ce qu'elles étaient, l'opinion de l'ignorance. Vouloir empêcher une réforme quand elle est nécessaire, c'est s'exposer à tout perdre. Refuser de toucher à des fondements qui compromettent l'existence d'un édifice, c'est vouloir que la ruine de l'édifice prouve que
les fondements étaient mauvais.

Apres cet exposé sincère, que le lecteur consulte ses opinions ou ses préjugés, et qu'il prenne ou laisse ce livre. Je ne lui ai point déguisé la nature des faits et des observations qu'il peut espérer ou qu'il doit craindre d'y trouver. S'il aime la vérité, si comme saint Augustin il entend au fond de son ame la voix de cette vérité qui lui crie : On se trompe ! on se trompe ! qu'il prenne et qu'il lise : peut-être sera-t-il frappé de quelques rayons lumineux assez vifs pour lui indiquer la route antique qui conduisait les hommes vers cette même vérité.

 

AVANT-PROPOS.


DE L'AUTORITÉ DU TEXTE HÉBREU DU PENTATEUQUE

 TEL QU'IL EST AUJOURD'HUI.


RENDEZ AUX DIEUX LE CULTE CONSACRÉ PAR LES LOIS, disait Pythagore.
Peut-on aujourd'hui, sans manquer à l'esprit de ce précepte, étudier le texte hébreu des livres de Moïse, et ne point se référer à l'interprétation reçue, base du culte consacré par les lois ?
Telle est la question qui se présente.

S'arrêter dès l'abord devant une difficulté semblable, n'est peut-être pas de ce siècle ; mais pour nous, qui tenons un peu du siècle passé, il n'est pas indiffèrent que nous soyons fixés d'une manière affirmative et rassurante. Comment, en effet, arriverions-nous jusqu'à la pensée intime d'un écrivain sacré, s'il nous fallait craindre de jeter un coup d'œil investigateur au-delà du sens apparent de ses paroles? Il n'est pas facile, disait Bacchylide, de trouver la porte des mots dont il n'est pas permis de parler.

Mais une interdiction de ce genre pour les mots des livres de Moïse, en tant que livres sacrés, ne peut plus exister, il faut que j'en prévienne le lecteur. Je ne parle pas du libre examen pour l'interprétation et le vrai sens des Écritures, suivant l'antidote du concile de Trente, ni de l'émancipation philosophique, ni du doute qu'elle oppose aux propositions les plus respectées et les mieux établies; je veux dire que le texte primitif de nos livres saints, que le texte hébreu, car je n'entends parler que de celui-là, a
perdu, comme autorité irréfragable, le caractère qu'il avait lorsque saint Jérôme disait : « On peut appeler hérétique quiconque explique l'Écriture autrement que le sens de l'Esprit- Saint le demande. » Ou saint Jérôme se trompait, ou le texte hébraïque n'est plus le même.

Depuis trois siècles et demi ce texte est placé sous le préjudice d'une condamnation prohibitoire, ou au moins expurgatoire, sans que la cour de Rome ait pensé à le réhabiliter.
Et d'ailleurs : 
Il y a toujours eu, suivant Richard Simon, de savants hommes dans l'Église, qui ont
accusé les juifs d'avoir corrompu à dessein le texte de l'Écriture, pour s'opposer plus fortement à la religion chrétienne.
Le P. Morin, dit-il, qui produit les témoignages des Pères et d'un grand nombre d'autres auteurs qui sont de ce sentiment, n'a pas pourtant osé se déclarer en leur faveur; ce qui est assurément
un grand préjugé pour les juifs, d'autant que le P. Morin a fait tout son possible pour diminuer l'autorité du texte hébreu et pour relever la version des Septante et de la Vulgate.

Vossius n'a pas en tant de modération dans le livre qu'il a écrit pour autoriser les Septante, et pour
diminuer en même temps l'autorité de l'exemplaire des juifs. Il ne s'est pas contenté de dire que la traduction grecque des Septante était divine, et faite par des prophètes inspirés de Dieu 1 , mais il a apporté tout ce qui lui a été possible pour décrier le texte hébreu d' aujourd'hui. Il prétend que les juifs ont corrompu malicieusement leurs exemplaires, tant dans la chronologie que dans les prophètes; et afin qu'on ne doute pas de ce qu'il avance, il marque le temps de cette corruption, qu'il assure être arrivée un peu après la destruction de Jérusalem 2.

Ainsi, nous pouvons chercher l'entrée de ce texte et marcher avec sûreté de conscience.

Cela étant, j'observerai que lorsqu'on étudie certaines expressions du texte hébraïque, et qu'on le fait avec l'intention de rétablir la force, le sens profond, le sens intime que l'étymologie peut leur donner dans certains passages, on se trouve alors dans l'impossibilité absolue de traduire mot pour mot la phrase que l'on a en vue ; et néanmoins, comme on ne peut plus se confier à l'interprétation voulue par l'habitude et quelquefois par le dogme, on tombe nécessairement dans le doute sur le sens réel de ces passages.

Cette difficulté, qui peut mener plus loin qu'on ne pense, se fait principalement sentir dans les premiers chapitres de la Genèse; Les faits qui s'y trouvent ont une apparence historique, et en réalité ce sont
des enseignements allégoriques dont le sens intime est couvert, soit par la massore attribuée à Esdras, soit par la transcription imparfaite de quelques mots hébreux privés de leurs voyelles primitives, soit enfin parce que ces mots sont naturellement équivoques et veulent, pour être compris, qu'on les explique par une périphrase.

Toutes les traductions deviennent sinon inexactes, du moins incomplètes, quand elles abordent ces narrations ; elles ne mettent en évidence que le sens matériel et apparent, tel qu'on le donne depuis vingt et un ou vingt-deux siècles, et
le sens intime, le sens rationnel, reste caché. Vouloir le trouver en ne consultant que des traductions, ce serait peine perdue; les paraboles ou allégories hébraïques ne s'expliquent pas par un cela veut dire. Leur signification est en grande partie dans le double sens des mots. Cette signification est fort souvent éclipsée par d'autres plus en faveur; mais soyons persuadés qu'elle ne peut pas être un mystère impénétrable ; et c'est ici le cas de rappeler le mot de la Pythie, invenies si quaesieris. Surtout souvenons-nous que cette signification ne doit pas être ce que les pères allégoristes appelaient des sens sublimes. On la trouvera en recourant aux dictionnaires et à l'analyse étymologique des mots; en sorte qu'on pourrait presque dire qu'il n'y a réellement rien de caché dans ce texte, et qu'il ne faut que regarder pour voir, qu'écouter pour comprendre, si, pour voir, il ne fallait écarter le sens vulgaire ou restreint de quelques expressions, et si, pour comprendre, il ne fallait éloigner de sa pensée des propositions auxquelles on est habitué depuis l'enfance, propositions qu'on reçoit et qu'on n'examine pas.

Ainsi, par exemple, on rend très imparfaitement l'idée que Moïse avait en vue, lorsqu'on traduit EShC ou ÈÇhC du verset deuxième, chapitre premier de la Genèse, par ce seul mot ténèbres- et AOUR ou AUR du troisième verset, par lumière 3.

EÇhC exprime dans cet endroit l'idée d'une résistance compressive ; d'un empêchement qui ne permet pas d'avancer, qui arrête le développement d'une chose ; et l'ensemble du texte indique qu'il faut faire sentir toute la puissance de cette signification.

Le AOUR, AUR 4, se dit de la lumière et du feu producteur de la lumière ; mais dans le verset trois il indique principalement la lumière qui précède de quelque temps le lever du soleil. C'est l'aurore ou l'aube du jour. Le soleil, créé dan s la quatrième époque cosmogonique et après la lumière, prouve qu'il faut conserver au mot AOUR ce sens très remarquable. On voit alors que Moïse entendait, par la lumière, l'aube du monde, l'aurore de la création. L'idée est assez grande, assez belle, pour qu'on ne la dédaigne pas.


Ce sens restreint, cette interprétation superficielle, dont il n'est pas permis de s'écarter, par la raison même qu'on pourrait le faire, car la loi ne défend pas l'impossible, a été fixée par l'invention des points-voyelles, appelés points massorétiques. L'alphabet hébreu se compose, dit-on, de vingt-deux consonnes. — Comme un mot qui n'a point de voyelles peut se prononcer de plusieurs manières différentes, on a inventé de petits points, qui servent de voyelles, et qui ne changent rien dans les lettres hébraïques ni dans le texte sacré. Ces points-voyelles sont au nombre de quatorze; savoir : cinq longs, cinq brefs et quatre très-brefs. ( Gram. de Ladvocat. )

Ainsi, par ce système, le nom de Moïse, qui s'écrit MShÉ ou MSÉ, et qui pourrait être lu MuSÉ ou MuSÉe, ce qui, dans bien des circonstances, serait un trait de lumière, nous est imposé par la ponctuation massorétique avec la prononciation MoSÉ, et toute voie à des rapprochements heureux nous est fermée.

Nous restituerons à l'alphabet hébreu les voyelles dont on l'a privé fort mal à propos, et qui sont A, 0, É, È, I et OU , que nous venons d'expliquer. Ce sont la 1ère, la 16me, la 5me, la 8me, la 10me et la 6me, dans l'ordre ordinaire des lettres de l'alphabet.

Mais l'objet principal de la ponctuation massorétique était de fixer la signification des mots, de manière à ne pas permettre une autre interprétation que celle que les inventeurs de ces points avaient choisie pour tel ou tel passage.

Cette invention judaïque fut conçue et méditée en présence des progrès du Christianisme. Il semble donc qu'un sentiment de jalousie l'ait suggérée. Elle eut pour but d'entraver la facilité que les premiers chrétiens tiraient de l'interprétation allégorique ou rationnelle, pour amener au Christianisme des hommes de mérite et influents, comme l'avaient été tant de philosophes platoniciens. Le sens littéral, absurde ou impossible, imposé par cette invention, les en aurait éloignés 5.


Mais il était trop tard; et, dans le fait, il ne serait pas facile de dire ce que serait le Christianisme si les Saducéens s'étaient avisés des points voyelles un siècle avant l'ère chrétienne, et si les Pharisiens, contrariés par cette invention, avaient fini par l'adopter. « Les juifs, au temps de Notre Seigneur, ne s'appliquaient qu'à leurs traditions, aux allégories et aux paraboles. Le sens littéral de l'Écriture y était entièrement négligé ; et, par conséquent, on se souciait peu d'avoir des exemplaires corrects. Les Pharisiens, qui étaient alors les plus considérés de tous les docteurs juifs, ne consultaient pas dans les difficultés qui se rencontraient sur la loi, le texte de l'Écriture, mais les traditions de leurs pères ... Nous sommes redevables aux Pharisiens des exemplaires de la Bible que nous avons présentement- et les juifs d'aujourd'hui sont les successeurs de ces anciens Pharisiens, dont la doctrine a prévalu sur toutes les autres sectes. Au reste, bien que Notre Seigneur ait reproché aux Pharisiens de préférer les traditions à la parole de Dieu, il ne les a pas pourtant rejetées entièrement au contraire, il a suivi leur méthode dans l'explication de l'Écriture, et il a seulement condamné l'abus des traditions mal fondées.

«Saint Paul, qui avait été de la secte des Pharisiens, a aussi interprété l'Écriture par les préjugés de la tradition 6 ; et il semble même que
l'Eglise, dès le commencement, ait préféré cette manière d'expliquer la Bible, à celle de quelques nouveaux grammairiens qui ne s'attachent qu'aux mots. Aussi, ne voyons-nous pas que Notre Seigneur ni les Apôtres se soient mis en peine de citer les passages de l'Écriture, mot pour mot; ils ont eu  plus d'égard au sens qu'à la lettre du texte. Saint Jérôme remarque dans ses commentaires sur le prophète Michée, que quelques écrivains de son temps prétendaient que la plupart des passages du Vieux Testament, qui sont dans le Nouveau, n'y étaient point rapportés avec exactitude; mais que les paroles ou l'ordre étaient changés, et quelquefois même le sens, parce que les Apôtres ou Evangélistes se fiaient à leur mémoire. Il est néanmoins plus à propos de dire, que Notre Seigneur et les Apôtres citaient les passages du Vieux Testament, selon la méthode des Pharisiens, qui ne comptaient pas les mots du texte quand ils le citaient, étant persuadés que la religion dépendait plus des préjugés de la Tradition que des paroles simples de l'Ecriture, qui étaient sujettes à diverses explications. Si l'on examine avec quelque application la manière dont les apôtres argumentent dans le Nouveau Testament, on sera convaincu qu'ils n'ont eu égard dans leurs citations qu'au sens, et non à une certaine rigueur de grammaire qui éloigne quelquefois du véritable sens. Ils ont accommodé les témoignages qu'ils prenaient du Vieux Testament aux explications reçues et autorisées par la Tradition ; et leurs preuves ne sont même quelquefois que des allusions et des allégories. En quoi on ne peut pas les condamner, puisqu'ils suivaient une méthode approuvée par les principaux docteurs de ce temps-là 7. »

Il est évident que la plupart des pères auxquels le Christianisme doit tant, se seraient renfermés dans le platonisme pur, s'il leur avait fallu accepter
le sens littéral du texte hébraïque comme on le reçoit aujourd'hui. Saint Augustin lui-même n'aurait peut-être pas abandonné entièrement le manichéisme, puisqu'il avoue qu'il n'y a pas moyen de conserver le sens littéral des trois premiers chapitres de la Genèse sans blesser la piété, sans attribuer à Dieu des choses indignes de lui 8 : 0rigène, quem postapostolos ecclesiarum magistrum nemo nisi imperitus negabit, dit saint Jérôme, le fléau des hérétiques, comme l'appelle de Beausobre, aurait embrassé le platonisme, lui qui a si souvent usé de l'allégorie, lui qui convient que si l'on prend l'histoire de la création dans le sens littéral, elle est absurde, contradictoire.

Le Christianisme continuera-t-il à s'enchevêtrer
dans un système de ponctuation inventé pour le perdre ? Cela est présumable, mais assurément cela pourrait ne pas être, si l'on savait et si l'on osait le vouloir ; car enfin cela n'était pas du temps des Pères, c'est-à-dire, depuis les Apôtres jusqu'à l'époque de l'invention de ces points insidieux au commencement du VI siècle 9.

L'Église de ce temps-là avait compris
l'intention cachée sous l'apparence spécieuse de conserver la véritable interprétation du texte. C'est dans cette pensée, que le concile général de Constantinople, en 553, condamna Théodore, évêque de Mopsueste, qui avait expliqué les petits prophètes d'une manière purement historique, et selon la méthode des juifs. On appelait alors judaïsans ceux qui s'attachaient au sens littéral de la Bible.   Le T ou To de l'alphabet hébreu avait encore dans les premiers siècles du Christianisme la forme d'une croix ; quelques savants qui, sans doute, avaient deviné l'intention des Massorettes, leur ont attribué le changement de cette lettre en la forme actuelle du To hébreu. Son nom signifiait le signe, la marque, et dans quelques circonstances, comme on le voit dans Ezechiel, 9, cette forme, la croix, était appelée le signe du salut. On comprend que cette lettre ainsi figurée favorisait trop le christianisme, il fallut le changer.

Le P. Houbigant, dont les biographes signalent la piété, fait une observation qui me paraît fort raisonnable, et qui laisse entrevoir comment on devrait traduire.

Les Massorettes
en ponctuant le texte hébreu , dit-il, ont souvent limité à une seule idée le discours des auteurs sacrés ; souvent l'écriture présente à la fois plusieurs bons sens qu'apparemment les auteurs sacrés y voyaient eux-mêmes. Ces hommes prophétiques auraient pris sans doute un autre tour, s'ils avaient jugé à propos de restreindre leur texte à une seule et unique interprétation légitime. Ils ne l'ont point fait : appartenait-il aux Massorettes de le faire pour eux ? Leur convenait-il de limiter la profondeur des Écritures ? et nous sied-il bien, à nous chrétiens, de ne voir avec eux dans les livres saints qu'une lettre sèche et souvent concentrée en un sens grammatical, pour fermer l'entrée a plusieurs sens allégoriques et aux autres points de vue que présente la Sainte Ecriture ?

Il est donc évident que,
pour avoir le sens d'un passage hébraïque, dont l'interprétation restreinte par la ponctuation massorétique présente ou une absurdité ou une impossibilité morale, il faut chercher ce sens dans les différentes significations du mot et rapprocher ces significations lorsqu'il est impossible de trouver une expression qui rende la valeur et l'énergie que le mot hébreu paraît avoir. La narration est beaucoup moins concise, il est vrai, mais elle est plus facile à comprendre ; et comme il ne s'agit pas de la forme mais de l'esprit du texte, mieux comprendre est ce qui importe.

La suite...

Notes

1 Saint Jérome a fait perdre aux Septantes cette qualité.

2 Hist. critiq. de l'Anc. Test., p. 101.

3 Pour rendre possible la lecture d'un mot hébreu où ne se trouvent pas de voyelles, et faire sentir l'orthographe de ce mot, supposez après la consonne un E muet, prononcé EU.

4 Dans tout le cours de cet ouvrage, les transcriptions OU, U, Y et 0 simple, sans accent, répondent à la sixième lettre de l'alphabet hébreu, appelée OUAOU, UOU et VAU. Cette variété de prononciation ne doit pas étonner: c'est ainsi que de DU, deux en grec, on fait DUO ; en latin, DUO ; en italien, DUE et DOPPIO ; en français, DOUBLE; en grec, DUAS; en latin, DYAS. — Ainsi, AUR-ORE, écrit en italien AUR-ORA, se prononce AOUR-ORA, comme ici le mot hébreu AOUR et AUR.

5 R. Sim. H. C., du V. T., p. 391.

6 « Dieu nous a rendus capables, dit-il, d'être les ministres, les serviteurs — non de la lettre, mais de l'esprit ; car la lettre tue , mais l'esprit vivifie. MOÏSE SE COUVRAIT LE VISAGE D'UN VOILE , afin que les enfants d'Israël ne comprissent pas le mystère de ce qui était rendu inutile. » ( Du sens abrogé, caché, couvert), 2de ép. aux Corinth., ch. 3. 6-13.

7 R. Simon, prêtre de la congrég, de l'Oratoire, Hist. crit. de l'Anc. Tes., pag. 97 et 98.

8 Saint Augustin, qui était savant dans la philosophie des Platoniciens, est sujet à se jeter dans des sens allégoriques. R. Sim., p. 388.

9 M. Cahen , après avoir traduit les ch. 2 et 3 de la Genèse, hasarde le mot allégorie: aussitôt, critique de tous côtés et sans miséricorde ; il semble que le Christianisme est perdu si l'histoire d'Adam et de la fatale pomme n'est véritable, et l'on oublie les découvertes de la géologie. Quelle maladresse!

Posté par Adriana Evangelizt


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Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
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