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28 septembre 2007 5 28 /09 /septembre /2007 14:59

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, une biographie de Moïse Maïmonide dont nous poserons bientôt des extraits de son oeuvre majeure Le Guide des Egarés. personnage  riche et haut en couleur, né en Andalousie, médecin, penseur mystique, conseiller de Saladin et sans doute un des rares à avoir saisi le message "hermétique" de Moïse l'Initié Egyptien... notamment en ce qui concerne l'Âme...

 

 

 

Moïse Maïmonide

1135 - 1204

par Bernard Hoedts

 



Moïse Maïmonide est né en 1135 à Cordoue, en Andalousie, dans la maison familiale située à proximité du fleuve Guadalquivir. Son premier compagnon de jeux, alors qu'il avait à peine trois ou quatre ans, s'appelait Ali. C'est ainsi que très jeune, il apprit les rudiments de la langue arabe.

   Des années se passèrent dans la sérénité jusqu'à ce que Moïse eut l'âge de la Bar-Mitsva. La fête se déroula dans la joie et l'allégresse ; mais très vite, à cause de la maladie de sa mère, Rebecca, la peine et l'inquiétude prirent le relais. En effet, celle-ci s'affaiblissait de plus en plus, malgré les soins prodigués par l'oncle d'Ali, Abbas, le Mufti de Cordoue. C'est Moïse qui apportait à Rebecca les plantes médicinales préparées par Abbas pour son plus grand soulagement. La maladie fut quand même la plus forte et elle s'éteignit sans souffrir. Cet événement douloureux détermina Moïse à devenir médecin, mais aussi à se poser la question du devenir de l'âme et à poser les bases d'une quête mystique.

   Un autre événement inquiétait la communauté juive : la menace d'invasion des Almohades. Le père de Moïse, Rabbi Maïmon, voulait prendre contact avec les Juifs de Fès, qui pourrait être une ville d'asile, encore fallait-il pouvoir envoyer une missive jusque là-bas. Grâce à son fils, le messager fut Kader, le fils d'Abbas, qui justement était en instance de départ pour Fès.

Plusieurs années passèrent pendant lesquelles Moïse travailla intensément pour approfondir ses connaissances médicales, mais aussi pour noter ses réflexions concernant l'ésotérisme et la spiritualité, le Talmud et la Torah demeurant les deux piliers sur lesquels il élaborait ses recherches. Le jour de sa majorité, il quitta soudainement la maison familiale en laissant son père interloqué. Il alla vers Samuel, le rabbin qui l'avait formé pour sa Bar-Mitsva. Celui-ci l'hébergea un soir, et pour éviter que Moïse n'allât vers le monde musulman, il lui proposa d'habiter une maisonnette qui lui appartenait, proche d'un village voisin. C'est là qu'il commença à prodiguer ses premiers soins, tout en poursuivant ses recherches médicales, notamment par l'étude des plantes, en collaboration avec les marabouts. Ce n'est que deux ans plus tard qu'il retourna à Cordoue, retrouvant ainsi son père qui lui octroya son pardon.

   Kader était revenu de son long périple avec la réponse tant attendue. Les informations ainsi transmises confirmaient les inquiétudes émises : les Almohades, qui avaient évité Fès, se trouvaient à Gibraltar d'où ils allaient poursuivre leurs conquêtes sans pitié vers le nord. La décision était prise : il fallait partir, mais quand ? Samuel Ibn Soussan, qui avait rédigé le texte de la missive, estimait que les almohades allaient mettre deux à trois ans pour arriver à Cordoue. Abbas, qui aurait pourtant bien aimé que Moïse restât à ses côtés, l'incita cependant à quitter Cordoue avec sa famille. Un an s'écoula pendant lequel Moïse continua à travailler avec Abbas et les marabouts. Il était devenu un fin lettré en arabe, sans pour autant négliger l'Hébreu. Il participa à des réunions secrètes avec un prêtre et un marabout pendant lesquelles ils étudiaient et commentaient la philosophie d'Aristote.

   Ils quittèrent Cordoue au cours du mois d'avril, en une période où la nature était magnifique, ajoutant encore au déchirement du départ. Ce fut Kader, aidé de son serviteur Rachid, qui leur servit de guide. Sarah et Léa les servantes, qui depuis la mort de Rebecca s'étaient occupées avec affection de Moïse et de son frère David, furent également du voyage. Abbas s'occupa de tout et leur procura des tentes, dix ânes et cinq chevaux. La veille du départ, le père de Moïse avait offert sa demeure à Abbas, en pensant qu'elle servirait un jour de foyer à Kader.

   La première étape fut Grenade où Moïse devait rencontrer le marabout El Mansour, un médecin réputé et respecté dans toute la région. La lettre d'Abbas les fit accepter d'emblée par El Mansour qui leur proposa d'habiter une demeure proche de la sienne, car la transmission de son savoir alchimique se déroulerait sur plusieurs semaines. C'est en cette période que Rabbi Maïmon fit part de son inquiétude à son fils et la lui exprima en ces termes : « Nous avons pour chaque acte de notre vie des interprétations par trop différentes. Le fidèle s'y perd car, tu le sais Moïse, l'intelligence de nos savants ne va pas uniquement dans une direction mais dans de multiples voies. Tout cela dans le mélange invraisemblable et touffu de nos lois qui sont différentes, selon les personnes, les villes, les pays. Une œuvre grandiose et ambitieuse est à accomplir pour servir toutes les communautés : codifier toutes les règles en vigueur sur un même sujet afin d'établir une voie unique, et ensuite avoir l'autorité nécessaire pour l'imposer à tous. » Cette réflexion marqua Moïse pour la vie, et le travail qu'il accomplit en ce sens le fit connaître et admirer dans le monde, et pendant des siècles jusqu'à nos jours.

   Pendant ce temps, David se servait de son talent naturel pour négocier de nouvelles montures afin de poursuivre le voyage dans de bonnes conditions. Quand ils arrivèrent à Alméria, leur première démarche fut de trouver un bateau pour le Maroc. Grâce au trafic important avec Tanger, ils purent embarquer rapidement. Le trajet Tanger-Fès dura une douzaine de jours. La chaleur de l'accueil à Fès par Ibn Soussan et son entourage effaça la fatigue du voyage et laissa présager une installation heureuse. Très rapidement Moïse prit contact avec Ali Ben Hadge que lui avait recommandé son ami de Cordoue, Abbas. Moïse s'imposa un emploi du temps rigoureux, partagé entre l'étude médicale avec Ali, l'étude approfondie du Talmud et ses consultations de l'après-midi.

   Quelques semaines plus tard, Kader décida de retourner voir son père à Cordoue. Les adieux furent émouvants mais ils gardaient l'espoir de se revoir. Un an après, Rabbi Maïmon se remaria avec Myriam, fille d'un riche négociant en laine, Jéhuda Lévy. Moïse fut le parrain du fils né de cette union. Par un matin glacial du mois de décembre, des cavaliers Almohades vinrent chercher Moïse, pour qu'il soigne leur prince Omar, immobilisé près de Meknès ; c'est dire si la notoriété du toubib était grande. Difficile pour Moïse de ne pas obtempérer. Il vit donc le prince, le soigna pendant cinq semaines. Omar retrouva la santé et, pour remercier son toubib , lui offrit une somme très importante. Moïse refusa, préférant lui demander de protéger sa famille et tous les juifs de Fès. Ce fut oui pour la famille, mais non pour les autres. Omar voulut montrer sa détermination de « propagateur de la foi » en enlevant Ibn Soussan pour le contraindre à abandonner sa religion et devenir musulman. Devant son refus, il le fit décapiter.

   Dans ce contexte, la famille Maïmonide décida de quitter le Maroc pour aller en terre sainte. Grâce à un laissez-passer qu'Omar avait remis à Moïse pour qu'ils aillent se reposer à Centa, ses proches purent quitter Fès sans difficultés. C'est à Centa que Moïse rencontra un de ses correspondants, Ibn Aknine, qui allait devenir son fils spirituel. Ils embarquèrent très vite sur un bateau dont le capitaine était un homme sûr. Leur première escale fut Syracuse en Sicile. David, toujours en quête de négoce, alla en ville prendre contact avec la population. Dans une taverne, il fit la connaissance de chrétiens qui cherchaient un bon médecin pour soigner leur roi. David fit transporter ce dernier jusqu'au bateau où Moïse le soigna et le guérit. Pour le récompenser, un document dicté à un scribe lui fut remis immédiatement. En voici le texte : « Par la grâce de Dieu, en l'an 1165, le 25 avril, je délivre à Moïse Ben Maïmon, sa famille et sa suite un laissez-passer pour Jérusalem. Le très chrétien Richard cœur de lion ordonne, par le présent édit, à toute personne de favoriser leurs déplacements et ce, par tous les moyens. »

   Quelques jours plus tard, le bateau reprit la mer et rejoignit Acre. De là, très rapidement, ils se rendirent à Jérusalem qui était aux mains des Croisés, et grâce à leur laissez-passer, ils purent visiter la ville à leur guise et notamment se rendre au mur des lamentations. Y séjourner définitivement était impossible. Ils n'envisagèrent pas non plus de s'implanter à Saint-Jean-d'Acre. Ils décidèrent alors, d'un commun accord, de se rendre en Égypte où la communauté juive était importante. David y alla d'abord en éclaireur. Il revint d'Alexandrie enthousiasmé par l'accueil qu'il y reçut.

   C'est pendant le voyage en bateau qui les transporta à Alexandrie que Moïse conçut les grandes lignes de son œuvre majeure, le guide des égarés . David, avec sa célérité habituelle, trouva une demeure confortable où ils s'installèrent, croyaient-ils, définitivement. Encore une fois, la tristesse et la peine les atteignirent. Myriam mourut en mettant au monde une fille que Rabbi Maïmon prénomma Rebecca en souvenir de la mère de David et de Moïse. Les nouvelles du Maroc et d'Espagne n'étaient pas bonnes non plus, les conversations forcées se multipliaient. Ibn Aknine avait été contraint de devenir musulman pour éviter la mort. Tout cela n'empêcha pas Moïse de travailler intensément. Sa notoriété s'amplifia et s'étendit jusqu'à Nurédine, le roi d'Égypte, qui ne tarda pas à le faire venir pour qu'il soigne sa favorite Yasmina. Le diagnostic fut rapide : Yasmina était asthmatique, une affection que Moïse connaissait bien et qu'il savait soigner. Les remèdes réussirent au-delà de toute attente ; quelques mois plus tard, Yasmina fut enceinte. Le roi nomma Moïse médecin officiel et lui demanda de venir habiter avec sa famille à Fostat, près du Caire et du roi.

   Une période heureuse s'intaura. Kader, l'ami de Cordoue, vint les rejoindre. Il remit à Moïse un manuscrit faisant état des dernières découvertes de son père Abbas, en alchimie et en médecine. Moïse, à la quarantaine, se maria avec Rachel, la fille du bibliothécaire du roi. De cette union naquit un fils qu'ils nommèrent Abraham. Moïse poursuivit avec opiniâtreté la rédaction de ses œuvres, le Commentaire de la Mishneh et le Guide des égarés . Après cette période heureuse, la tristesse arriva de nouveau avec la mort de Rabbi Maïmon. C'est le vizir Al Fadil qui fit son éloge funèbre, marquant ainsi tout l'intérêt du souverain pour la famille de Moïse et, au-delà, pour tous les juifs d'Égypte. Alors que David et Kader préparaient leur prochain voyage d'affaires, ils eurent l'agréable surprise de voir arriver Ibn Aknine. Sur cette terre tolérante d'Égypte, il put reprendre sa religion.

Lors d'un entretien avec le roi, dont la santé déclinait, celui-ci demanda à Moïse s'il avait une idée sur la personne qui avait les qualités pour lui succéder. Très sensible à cet insigne honneur qu'un souverain arabe accordait à un “chef” d'une petite communauté, Moïse lui demanda une semaine de réflexion. Dans la nuit qui précéda son rendez-vous avec le roi, Moïse vit en rêve Saladin sur un cheval blanc, triomphant, majestueux, auréolé de gloire. Ce rêve confirmait ce que pensait Moïse au sujet de Saladin, qu'il avait apprécié lors de différents entretiens. Sa réponse au roi était donc toute trouvée. Nurédine s'éteignit peu après, en l'an de grâce 1171, par une belle nuit d'été. Saladin prit donc la suite, aidé par le dévoué vizir Al Fadil.

   Un peu plus d'un an après, Moïse vit le roi préoccupé et lui en demanda la raison. « Connais-tu le sens de mon nom : Saladin, ou Salâh al Din ? Il signifie « le défenseur de la religion ». Je dois mériter mon nom, il me faut donc une victoire au nom de celui-ci. Tant que cette mission qui m'est dévolue ne sera pas accomplie, je ne serai pas à l'aise.

– Conquiers Jérusalem. Les croisés y ont fait beaucoup de mal, il est temps que tu libères le deuxième lieu saint de l'Islam.

– Et les premiers lieux saints d'Israël, n'est-ce pas, Moïse ? »

   Saladin prit conseil auprès de son vizir qui lui fit remarquer que les finances du royaume ne permettaient pas, dans l'immédiat, d'entreprendre quoi que ce soit. Saladin décida alors de conclure une trêve avec Renaud de Châtillon, qui tenait Jérusalem.

   Moïse, quant à lui, arrivait à la fin de sa première œuvre. Ayant rédigé 639 commandements pour régir la vie sociale et religieuse des juifs, il pouvait maintenant se consacrer corps et âme à son œuvre personnelle, le Guide des égarés . Saladin prit son temps pour construire une armée puissante. En automne de l'année 1187, il engagea une attaque décisive contre les Francs, prétextant la violation, par Renaud de Châtillon, de la trève conclue deux ans auparavant. Le 31 janvier 1188, Jérusalem tomba. Saladin, magnanime et prudent, évita un bain de sang et respecta les vaincus. Il décréta que les Juifs pouvaient s'y installer pour pratiquer librement leur religion. Ainsi, les Chrétiens avaient Rome, les musulmans avaient la Mecque et Médine, et les Juifs Jérusalem . Inch'Allah !

   Quelques années plus tard, Saladin chercha un nouveau moyen d'entretenir l'enthousiasme populaire. Il fit part de son souci à son conseil restreint où siégeait Moïse. Il fut envisagé de conquérir l'Irak, voire d'autres territoires... Mais le vizir et Moïse lui proposèrent une autre idée : « Saladin, tu as accompli le Djihad du second degré, la guerre pour libérer Jérusalem. Il te reste à accomplir le Djihad du premier degré : celui de l'âme et de l'élévation spirituelle. Organises donc une croisade religieuse pacifique, un pèlerinage vers les trois lieux saints, la Mecque, médine et Jérusalem. Un immense mouvement populaire se créera ; les gens se lanceront dans ce périple et oublieront leurs soucis quotidiens. Ils reviendront avec le titre de « Hadj » dévolu à ceux qui se sont rendus à la Mecque une fois dans leur vie. »

   Saladin approuva et demanda à Al Fadil de faire proclamer en Égypte et en Syrie que le roi irait en pèlerinage et que les sujets auraient à faire de même. Les espoirs placés dans ce triple pèlerinage furent plus que bénéfiques pour tous. Pendant ce temps, profitant de l'absence du roi, Moïse mit la dernière main à son œuvre. S'entretenant journellement avec Joseph Ibn Aknine, il lui confia ceci : « Il existe une union, une rencontre, entre la recherche ésotérique, à laquelle je me consacre depuis toujours, et l'intellect, l'intelligence. Dans cet état de grâce, l'homme devient un ange car il s'unit à la compréhension cosmique. On s'échappe de notre terre pour embrasser l'univers. »

   Au retour de Saladin, le Guide des égarés était terminé. Rédigé en arabe, et diffusé tout autour de la Méditerranée, il reçut partout un accueil enthousiaste. Samuel Ibn Tiboun, un des rabbins les plus lettrés de Syrie, écrivit à Moïse pour lui rendre hommage et lui demanda la permission de traduire son œuvre en hébreu. Moïse la lui accorda et lui demanda de venir le voir avec sa traduction. Puis Saladin, approchant de la soixantaine, contracta la malaria. Mais malheureusement, Moïse ne connaissait pas de remède à cette maladie-là. Il ne put que soulager le malade qui mourut en novembre 1193. Le successeur choisi par Saladin était Al Kamil, renommé en Syrie pour l'administration remarquable de cette partie du royaume. Il eut toute la confiance du vizir Al Fadil.

   Très affaibli, Moïse Maïmonide ne lira jamais la traduction de son œuvre en hébreu. Son âme quitta son corps en 1204. Le roi ordonna trois jours de deuil pour tous les habitants d'Égypte et de Syrie et décréta que Moïse devait être enterré en terre sainte. Les grands rabbins consultés proposèrent Tibériade car c'est là qu'avait vécu le grand Kabbaliste Rabbi Simon Bar Oharaï. Le roi fit graver en lettres d'or sur sa tombe ce court texte mis au point par Ibn Aknine et les rabbins :

« De Moïse à Moïse, il n'y eut que Moïse. »

Sources Rose-Croix org

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
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