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28 août 2007 2 28 /08 /août /2007 11:36

 

 

Chapitre extrait des  Oeuvres complètes de Volney

Recherches Nouvelles sur l'histoire ancienne

Tome I

1821

par Constantin François Volney

 

 21 ème partie  

20 - Division de Sem 3

19 - Division de Sem 2

18 - Division de Sem 1

 17 - Le système géographique des Hébreux 2 

16 - Le système géographique des Hébreux 1

15 - Mythologie de la Création 2

14 - Mythologie de la Création 1 

13 - Mythologie d'Adam et Eve

12 Des personnages antédiluviens 2

1 - Des temps antérieurs à Moïse 

CHAPITRE XIX.

Division de Sem.

 4ème partie

 

 

L’excessive chaleur rendant la terre inhabitable ; voilà le préjugé qui a égaré presque tous les anciens, et dont ne fût pas exempt Hérodote lui-même ; avec cette différence, honorable à son caractère, qu’il n’eut point la présomption de soumettre les faits à sa théorie, et qu’au contraire, en plusieurs occasions, il a eu la candeur de nous dire : Voilà ce qu’on m’assure cela ne me paraît pas croyable ; mais peut-être d’autres le croiront. Nous verrons bientôt que cette bonne foi l’a mieux dirigé que ses censeurs.

Pour revenir à notre question, nous disons que la persuasion où l’on était à Babylone. de la possibilité du circuit de l’Arabie, avait pour cause quelques traditions confuses ou dissimulées des anciennes navigations : leur souvenir dut s’obscurcir même chez les Orientaux, parce que les guerres continues depuis Salmanasar jusqu’à Nabuchodonosor, après avoir longtemps distrait, finirent par détruire les Tyriens et les Iduméens, agents de ces navigations, et plongèrent dans le trouble et l’ignorance, les générations qui leur succédèrent. A plus forte raison, les Grecs d’Alexandre, venus deux siècles et demi après que Tyr eut été dévastée par Nabuchodonosor, puis par Cyrus et ses successeurs, durent-ils ignorer des faits qui, par eux-mêmes, n’étaient pas éclatants ; surtout lorsque nous voyons ces mêmes Grecs peu et mal instruits dans toute l’histoire des rois ninivites et babyloniens, de qui ces faits furent contemporains.

Mais enfin, dira-t-on, ce petit peuple tyrien, séparé de la mer Rouge, par un espace de 90 lieues communes (de 2.500 toises) qu’occupaient quatre ou cinq nations souvent en guerre ; comment put-il entretenir les communications nécessaires à son commerce, et surtout comment put-il former et alimenter le matériel d’une marine soumise à beaucoup de casualités, c’est-à-dire, se procurer les métaux, les chanvres, les bois de construction, etc., quand il est avéré que les bords de la Méditerranée sont tellement dénués de ces objets, que, selon Strabon, Diodore et Pline, les indigènes n’y exerçaient la navigation qu’au moyen de grands paniers tissus de joncs ou de feuilles de palmiers, recouverts de peaux ou cuirs cousus et goudronnés ?

Sans doute ce sont là des difficultés, mais un examen attentif des faits sait les résoudre.

D’abord, quant aux communications, ce qui se passa entre Hiram et Salomon nous montre ce qui dut se passer avant et après ces princes ; il est sensible que les Tyriens durent avoir tantôt avec les Philistins, tantôt avec les rois de l’Idumée, des traités semblables à ceux qu’ils eurent avec David et Salomon, maîtres accidentels de cette contrée.

Quant au passage matériel des choses, il put se faire entièrement par terre, dans les cas d’alliance avec les Juifs et les Philistins ; mais en d’autres cas, il dut se faire par des moyens plus convenables à l’esprit d’économie d’un peuple.

Ce peuple de Tyr étant, comme l’on sait, maître de la mer de Syrie, il dut user de cet avantage pour se procurer un entrepôt rapproché, autant que possible, de la mer Rouge. Parmi plusieurs, la côte de Gaza lui en offrit un éminemment commode dans le lieu appelé El-arish qui, situé sur une plage déserte, loin des regards jaloux de tout gouvernement, avait le double mérite de la sûreté et du secret ; joignez-y un torrent d’eau douce (dit le torrent d’Égypte), à la vérité temporaire, et quelques sources saumâtres ombragées de palmiers. Ce havre, encore praticable, dut jadis être meilleur, quand les atterrissements continus de cette plage ne l’avaient pas ensablé ; sa distance au port d’Atsiom-Gaber est d’environ 45 lieues communes, c'est-à-dire de 5 à 6 journées de caravane. Le désert intermédiaire, très aride, ne peut se traverser qu’avec l’agrément des Arabes qui le parcourent ; il fut facile à un peuple riche, de mettre à sa solde des Bédouins toujours affamés ; leurs chameaux transportèrent tout ce que les Tyriens voulurent débarquer. Des discussions accidentelles avec les Iduméens, maîtres naturels d’Atsiom-Gaber, durent s’élever pour motifs d’intérêt et de péage ; elles, durent susciter l’idée de chercher ailleurs un établissement plus indépendant ; la plage au couchant du mont Sinaï, en offrait de tels ; les Phéniciens en profitèrent, de l’aveu exprès des historiens grecs, qui nomment, comme leur appartenant, une ville au local d’Elim, et un port, qui, chez les Arabes, conserve encore le nom d’El-Tor, mot identique à celui de Sour et Tyr. Ce lieu, favorisé de bonne eau douce et de palmiers dattiers, dut surtout fixer les Tyriens, qui, protégés par leurs vaisseaux, purent y être à l’abri des caprices des Arabes, leurs hôtes.

Mais ces vaisseaux, comment se trouvent-ils construits-là ? Nous répondons que les Tyriens firent alors ce qui se fait encore aujourd’hui, ce que l'histoire nous apprend s’être fait de tout temps : ils firent fabriquer sur la Méditerranée tous les agrès et les carcasses même des vaisseaux, et ils les transportèrent à dos de chameau d’un rivage à l’autre ; c’est ainsi que les Turks ont entretenu leur marine à Suez[23], depuis Sélim ; que,Soliman, en 1538, y fit passer une flotte entière de 76 bâtiments, fabriqués à Constantinople et sur la côte de Cilicie. C’est ainsi qu’Ælius Gallus, sous le règne d’Auguste, fit passer une autre flotte de 80 galères, à 2 et 3 rangs de rames, etc.

Mais de quelle espèce étaient ces vaisseaux tyriens ? Nous l’apprenons clairement d’Ézéqiel, en son intéressant chapitre XXVII, lorsqu’il dit : O Tyr ! tes enfants (ou tes constructeurs) emploient les sapins de Sanir à faire les planches (pour les bordages ou les ponts) de tes vaisseaux ; ils emploient les cèdres du Liban à faire tes mâts ; les aunes de Bazan à faire tes rames ; les buis de Ketim, incrustés d’ivoire, à faire les bancs de tes rameurs ; les fines toiles d’Égypte bariolées, à faire tes voiles ; l’hyacinthe et la pourpre des îles de Hellas, à teindre les tentes qui ombragent (tes nautoniers) : tu dis : Je suis d’une beauté parfaite...

Nous voyons, dans ce texte, que les vaisseaux de Tyr étaient à voiles et à rames, c’est-à-dire, du genre des galères dont l’usage est immémorial sur la Méditerranée ; par conséquent cette voile fût triangulaire. Celle que l’on appelle voile latine, qui a le mérite précieux de serrer le vent au plus près.

Le texte ne spécifie pas que les vaisseaux fussent pontés ; mais cet attribut des galères nécessité par la grosse mer, est une suite indispensable.

Maintenant d’où vient, dans le texte du livre des Rois, l’expression de vaisseaux de Tarsis, construits par Salomon et par Josaphat ? Les commentateurs en ont cherché l’explication au bout du monde : elle nous semble placée sous la main, et offerte par un état de choses encore présent à nos yeux.

En effet, nous voyons qu’en matière de constructions, chaque peuple et ci-devant chaque ville maritime, par certaines raisons de calcul ou de routine, ont donné et donnent encore à leurs vaisseaux des formes particulières, d’où leur sont venus des noms distincts. Ainsi l’on distingue les vaisseaux de Hollande, par leurs hanches plus larges, par leurs quilles plus aplaties ; les vaisseaux d’Angleterre, par leurs flancs plus effilés, par leurs quilles plus tranchantes ; les vaisseaux de Venise et de Gênes (quand ces villes furent républiques), par d’autres caractères particuliers ; en sorte que de très loin en mer, un œil expert sait de quel pays et même de quel chantier est un vaisseau. Hé bien, chez les anciens cet état de choses dut avoir lieu, et alors les différences durent être d’autant plus marquées que les peuples, dans un état habituellement hostile, avaient moins de rapports. Les vaisseaux de Carthage, ceux de Syracuse, d’Athènes, de Milet, durent avoir des caractères distincts ; or parmi les anciennes villes qui eurent une marine, et par conséquent des chantiers de construction, il s’en présente une célèbre qui eut tous les moyens de construire des vaisseaux désignés par son nom. Cette ville appelée Tarsus par les Grecs, la même que notre Tarsis des Hébreux, était située sur la côte de Cilicie, la plus riche de la Méditerranée en bois de marine, et le foyer perpétuel d’une navigation active, portée jusqu’à la piraterie.

Tarsus, nous dit le savant Strabon (liv. XIV, p. 673), doit son origine aux Argéens qui, sous la conduite de Triptolème, cherchaient Io (c’est-à-dire que cette origine se perd dans les temps fabuleux). Solin, compilateur d’auteurs anciens, l’attribue à Persée (ch. XXXVIII, autre signe d’antiquité) : il ajoute qu’on l’appelait la mère des villes ; que ces peuples (les Ciliciens) avaient jadis commandé depuis la Lydie jusqu’à l’Égypte ; qu’ils furent dépossédés par les Assyriens, etc. Ceci cadre bien avec le discours de Sennachérib, disant à Ézéqiah que ses pères ont récemment conquis la ville de Adana (près de Tarsus) ; et avec l’anecdote de Jonas qui, sous le règne de Jéroboam II, environ 65 ans avant Sennachérib, s’enfuit à Tarsus, pour éviter de se rendre à Ninive : n’a-t-on pas droit de conclure qu’alors Tarsus était indépendante de Ninive ? L’épitaphe de Sardanapale, qui suppose que ce prince bâtit en un jour Tarsus et Anchialé, indique seulement qu’il répara, et qu’alors ces deux villes dépendaient des Assyriens. Le dixième chapitre de la Genèse en nommant Tarsis comme enfant, c’est-à-dire colonie de Ion, dépose dans le même sens que les Grecs en faveur de son antiquité. Quant à son industrie, Strabon continue : La rivière Kydnus traverse Tarsus, et forme au-dessous d’elle un marais navigable, qui jadis fut un port spacieux, ayant son embouchure dans la mer par un col étroit appelé Regma, c’est-à-dire rupture. Cette, ville est populeuse et a le rang de métropole ; ses citoyens ont une telle passion pour les sciences physiques et mathématiques, qu’ils ont surpassé en ce genre les écoles d’Athènes, d'Alexandrie et de toute autre ville savante qu’on pourrait nommer : il y a ceci de notable, qu’à Tarsus ce sont les indigènes qui sont les savants et les studieux ; il y vient peu d’étrangers. Ces indigènes, au lieu de rester dans leurs foyers, se livrent aux voyages pour acquérir ou perfectionner leurs connaissances ; et ces voyageurs s’expatrient volontiers pour s’établir ailleurs ; il n’en revient qu’un petit nombre : c’est le contraire des autres villes, si j’en excepte Alexandrie, etc.

Avec un tel caractère moral, et avec l’avantage des forêts de son voisinage et des métaux dont l’Asie-Mineure fut toujours riche, l’on a droit de croire que Tarsis eut très anciennement des chantiers actifs ; que par cette activité, ses constructeurs ayant acquis la science qui naît de la pratique, ils imaginèrent des formes de vaisseaux mieux calculées que celles de leurs voisins, et qui reçurent la dénomination de vaisseaux de Tarsis. Salomon, qui nous est dépeint comme un prince curieux en tout genre d’arts et de sciences, voulant avoir des vaisseaux sur la mer Rouge, et se trouvant obligé de les y construire de toutes pièces, sans être dirigé par aucune routine antérieure de son pays et de sa nation, Salomon a dû désirer de les construire sur le modèle le plus renommé, le plus parfait : il aura choisi celui de Tarsus ; et parce qu’il fallut que ces vaisseaux fussent transportés de toutes pièces par terre, pour être refaits à Atsiom-Gaber, pays sauvage et dénué d’ouvriers, ce prince habile les aura fait fabriquer ou acheter tout faits au chantier de Tarsus, opération, en pareil cas, toujours la plus économique et la plus sûre. Il est même probable que les Tyriens, dont le pays fertile, mais très petit, n’avait que des arbres fruitiers, prirent de bonne heure le même parti, et achetèrent des vaisseaux de Tarsis. Tel est le sens le plus naturel, et telle est sûrement l’origine de cette expression, vaisseaux de Tarsis, qui s’adapte très mal aux autres sens que les commentateurs lui ont donnés.

Selon les uns, Tarsis signifierait la mer, par analogie au mot grec θαλάσση ; mais plusieurs passages des écrivains juifs repoussent cette explication : par exemple Jérémie dit : On apporte de l’argent de Tarsis et de l’or d’Ophaz (c. X, v. 9). Ophaz n’est ici qu’une altération d’Ophir, causée par la ressemblance de l’r et du z dans l’alphabet chaldaïque : en tout cas, Ophaz comme Ophir, étant une ville, Tarsis qui est mise en comparaison, ne peut qu'en être une autre ; il serait ridicule de dire : L’on apporte de l’argent de la mer et de l’or d’Ophaz.

Ézéqiel, en son chapitre XXVII, dit à la ville de Tyr : Les vaisseaux de Tarsis sont tes voituriers dans tes navigations. — Que signifierait, les vaisseaux de la mer ?

Le sens ne serait pas moins disparate dans les menaces d’Isaïe (chap. XXIII), à l’époque où Salmanasar réduisit Tyr aux abois (vers l’an 727) : Malheur à Tyr ! Jetez des cris de deuil, vaisseaux de Tarsis ! la maison où ils venaient (le port de Tyr) est (ou sera) renversée[24]. On les avait taillés (ou transportés) de la terre de Ketim pour eux (Tyriens). — Habitants des îles, faites silence : ce qui a été entendu sur l’Égypte (cris de deuil à l'occasion de la conquête par l’éthiopien Sabako), Tyr l’entendra (sur elle-même). — Passez à Tarsis, jetez des cris de deuil, habitants des îles ! O fille de Tarsis (Tyr) ! écoule-toi sur la terre comme un ruisseau (de pluie).

Dans tout ce passage, si, au lieu de Tarsis, on introduit le mot mer, l’on n’a point de sens raisonnable : Passez à la mer, habitants des îles, etc. Au contraire, Tarsis convient partout à la ville de Tarsus ; et cette convenance se confirme par son adjonction, 1° au pays de Ketim, qui chez les Hébreux désigne Cypre et la côte de Cilicie ; 2° aux îles qui chez eux désignent également Rhodes et l’Archipel. — Notez qu’Isaïe appelle ici Tyr fille de Tarsis (tirant d’elle sa puissance), comme ailleurs il l’appelle fille de Sidon (tirant d’elle sa naissance).

Il dit encore (ch. 2, v. 16) : Dieu manifestera sa grandeur sur tout ce qui est orgueilleux, sur tout ce qui est élevé, sur les vaisseaux de Tarsis, et sur tout ce qui est beau à la vue. » Cette comparaison des vaisseaux de Tarsis à ce qui est beau à la vue, n’indique-t-elle pas que les vaisseaux de cette ville étaient pour ces temps-là, et surtout pour les Hébreux, montagnards ignorants, un objet d’art étonnant, qui mérita une dénomination spéciale ? Cette même comparaison de beauté se trouve dans Ézéqiel, lorsqu’au chapitre 27 ; après avoir dépeint les vaisseaux de Tarsis, il fait dire, à Tyr : Je suis d’une beauté parfaite.

Mais, objectent encore les commentateurs, on lit dans le livre des Paralipomènes[25], que les vaisseaux du roi allèrent à Tarsis, et que Josaphat fit construire des vaisseaux à Atsiom-Gaber ; pour aller à Tarsis.

 FIN DE DIVISION DE SEM

Notes

23 Arrien, Rerum Indicarum, chap. 43 ; et De expeditione Alexandri, lib. 7, chap. 20 : il est étonnant qu’Arrien, homme d’esprit, n’ait pas vu que la prétendue impossibilité alléguée de sortir du golfe Persique eut la même cause que le découragement qui, sur les bords de l’Indus, s’opposa à ce que le conquérant poussât plus loin les expéditions guerrières dont son armée était excédée.

24 Voyez Thévenot, Voyage, liv. II, chap. 24 ; Niebuhr, Voyage, tome I, page 172 : et Volney, Voyage en Syrie, t. I ; tous témoins oculaires de ces transports.

25 L’hébreu autorise également le futur et le présent.

Posté par Adriana Evangelizt

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
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