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17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 16:47

 L'histoire d'Adam et Eve a donc été rajoutée très tardivement dans la Genèse. Et empruntée à d'autres traditions. Il faut bien se dire que tous ceux qui ont fait ces rajouts ne l'ont pas fait au hasard. Ils poursuivaient un but ou ... plusieurs. On connaît, dans tous les cas, la funeste conséquence du Péché Originel. Sur les femmes, notamment, et ce, dans toutes les religions, sans exception, et plus particulièrement chez les extrêmistes qui suivent aveuglément leurs livres dits "sacrés", à la lettre sans en saisir l'Esprit. La lettre tue, l'Esprit vivifie, nous le savons. L'élite sacerdotale sortie d'Egypte qui encadrait nos ancêtres incultes et ignorants possédait, bien évidemment, la Tradition orale soigneusement "gardée" et dissimulée au Peuple. Ainsi en était-il aussi en Egypte. Les "leaders" n'ont fait que reproduire ce qu'ils avaient déjà pratiqué avant de se faire éjecter d'Egypte. N'oubliez pas que pour nous la "véritable histoire" se passe au refoulement des Hyksos d'Egypte. Ces derniers étant des barbares sanguinaires qui ont ruiné l'Egypte. Aux dires des Egyptiens, une vraie calamité. Voilà le commentaire de Manéthon, un prêtre Egyptien qui a écrit l'histoire de l'Egypte sur ordre du Pharaon Ptolémée Ier « Sous le règne de Timaos, Dieu fut irrité, on ignore pourquoi, et des hommes de race ignoble, venant à l'improviste des régions orientales, envahirent l'Egypte, pénétrèrent dans la contrée et s'en emparèrent en peu de temps, presque sans combat; ils opprimèrent les chefs du pays, brûlèrent les villes avec fureur, et renversèrent les temples des dieux. Ils se conduisirent en ennemis cruels contre les habitants de l'Egypte, réduisirent en esclavage une partie des femmes et des enfants ; et, ce qui mit le comble aux malheurs de l'Egypte, ils choisirent un d'entre eux, nommé Salathis, et ils le firent roi. Salathis se rendit maître de Memphis, sépara par là la haute Egypte de la basse, leva des impôts, plaça des garnisons dans les lieux convenables, et fortifia particulièrementla partie orientale du pays. Méditant une entreprise contre les Assyriens, alors très puissants, Salathis se rendit dans le nome Méthraïte, releva une ancienne ville située à l'orient de la branche bubastique du Nil, nommée Avaris, la ferma de fortes murailles, et il y rassembla deux cent quarante mille hommes; il les visitait dans la belle saison; il les nourrissait, les comblait de présents, et les exerçait aux manœuvres militaires, afin d'inspirer le respect et la crainte aux nations étrangères. Salathis mourut après avoir régné pendant dix- neuf ans. »  En lisant Champollion, vous en apprendrez encore davantage. Pour lui, les Hyksos et les Juifs étaient ensemble. Flavius Josèphe ne cachant pas d'ailleurs que pour lui, les Israélites sont les descendants des Hyksos.

A ce niveau, nous nous permettons de dire que non, pas tous étaient des descendants des Hyksos ou pas tous sont des descendants du peuple qui passa quarante ans dans le désert. Parce qu'il y en avait beaucoup qui n'avaient jamais quitté Canaan ou d'autres pays environnants. C'est pour cette raison d'ailleurs qu'il y a eu une scission à une époque et deux royaumes. Les vrais Israélites n'étaient pas d'accord avec la nouvelle religion ramenée du Sinaï. Tout comme ils ne connaissaient pas l'Hébreu. D'autre part, il faut signaler aussi que la population judaïque était maintenue dans une grande inculture soigneusement entretenue par le Sacerdoce. Les pauvres ne savaient ni lire ni écrire, comme tant d'autres peuples... il n'y avait pas de surcroît de livre comme aujourd'hui. C'était donc les prêtres qui lisaient la Loi à leur convenance. Cela fait un peu comme lorsque la messe était dite en latin et que personne n'y comprenait goutte. Les vaticanistes ont bien retenu les leçons de leurs frères lévites et on peut même comparer l'Inquisition à l'extermination des Rebelles dans le désert. Il y a beaucoup de points communs entre ces deux religions. Moins le Peuple en sait, mieux c'est. Et l'on voit où ça mène.

 

 

 

 

Les Cinq livres secrets dans la Bible

 

par Gérald Messadié

 3ème partie

 2ème partie

1ère partie

Chronologie et caractères des quatre courants

 

    # Jusqu'en 1975 il apparaissait ainsi que le courant Yahwiste, J, semblait être le premier qui eût reçu les traditions orales pour les coucher par écrit, au Xe siècle avant notre ère, c'est-à-dire au début de l'époque royale. Son ou ses rédacteurs étaient du sud, Jérusalem et Judée, et leur idéologie était monarchiste ; les patriarches-prophètes, Abraham, Jacob, Moïse, y figurent comme des médiateurs choisis par Dieu entre Lui et les juifs ; mais l'autorité légitime sur le peuple juif est celle du trône de David dont le siège est à Jérusalem.

    # Le courant élohiste, E, est apparu au IXe siècle dans le nord ; c'est le courant légitimiste d'Israël proprement dit, par opposition au sud, Juda. Pour ses tenants, la lignée légitime du royaume voulu par Dieu est celle d'Ephraïm, le petit-fils de Jacob, et la capitale d'Israël n'est pas Jérusalem mais Sichem, qui fut effectivement la capitale de Jéroboam, schismatique roi du Nord.

Plusieurs auteurs estiment qu'à un certain moment les courants J et E auraient fusionné pour former un courant subsidiaire, dit "jéhoviste" Mais à partir de l'effondrement du royaume du Nord, Israël, au VIIIe siècles, ces deux courants se sont amenuisés, puisque la rivalité entre Israël et Juda avait disparu. Ce qui n'implique cependant pas que ces courants aient eux-mêmes disparus, comme le donnent à penser plusieurs indices.

    # Le courant deutéronomiste, D, est celui qui pose aujourd'hui le plus de problèmes aux exégètes ; en effet, s'il est certain qu'il exista un "livre de la Loi de Yahweh", un Deutéronome, antérieur au VIIe siècle (c'est celui qui fut découvert en 632 avant notre ère dans les caves du Temple, lors de la restauration de l'édifice sous le règne de Josias), on ne peut déterminer l'époque à laquelle il fut écrit, cerner ses auteurs ni définir avec certitude la part qui en demeure dans le Deutéronome qui nous est parvenu. 


   Dans l'ensemble, ce courant se distingue par sa soif de justice ; il se fonde sur le respect rigoureux de la Loi, mais son inspiration est spécifiquement laïque ; Israël ne peut survivre que par l'entière adhésion de tout le peuple à la loi mosaïque (il serait anachronique d'imaginer qu'il existait alors une autre loi que la loi religieuse). Et le respect de la volonté divine s'incarne dans l'observance scrupuleuse des lois de l'Alliance que Dieu a dictées à Moïse non seulement dans la plaine de Moab, mais également au mont Horeb, lors du renouvellement de l'Alliance. Le Deutéronome se distingue par des accents exaltés qui évoquent les prophètes, mais sa réserve à l'égard des prophètes est évidente : pour ses auteurs, il n'y a qu'un seul véritable prophète, Moïse.


   D est aussi un courant canonique : à partir de la perspective que lui donnent les siècles écoulés, il entend imposer une interprétation de l'histoire d'Israël. Pour lui, l'Alliance entre Dieu et le peuple juif a été renouvelée après la chute de Jérusalem ; c'est la base de son espérance. En effet, la chute de la Ville sainte a été vécue par le peuple juif comme une rupture de l'Alliance et interprétée comme la sanction de ses errements(15).

    # Enfin, le courant sacerdotal, P,également canonique, est, lui, spécifiquement religieux ; contemporain de D, il est comme lui partiellement inspiré par J et E à la fois, mais il s'en différencie et même s'y oppose tacitement en ce qu'il fait de l'établissement sacerdotal et des rites les instruments fondamentaux du rachat et du salut d'Israël : ainsi, chef des  prêtres, Aaron apparait comme investi d'un pouvoir égal, sinon supérieur à celui de Moïse. Les traits du principal auteur sacerdotal apparaissent clairement dans les textes P : pour R. E. Friedman(16), ce serait un prêtre qui vivait à Jérusalem à la chute de la ville, en 587 avant notre ère. Mais "principal auteur" ne signifie pas "seul auteur". De fait, le courant sacerdotal s'est constitués autour de prêtres exilés, soit en 722, soit en 587, et d'un Code Sacerdotal(17). Il semble cependant que d'autres textes sacerdotaux aqient été rédigés après le retour d'exil.

Plusieurs points unissent cepandant les courants P et D et en particulier celui-ci : l'identité du peuple juif passe obligatoirement par la séparation vis-à-vis des autres peuples, d'où l'interdiction des mariages mixtes. Pour l'un et l'autre, il fallait empêcher le peuple d'Israël de se fondre dans le mascaret de religions environnantes, plus "commodes", parce qu'elles offraient à la religiosité des supports visibles, alors que le Dieu juif est essentiellement métaphysique, et que tout ce qu'on peut en savoir est qu'il est masculin. En effet, apparus dans une époque où les juifs étaient menacés d'assimilation ethnique et religieuse par les puissances militaires environnantes, ces deux courants se présentent comme les garants à la fois de cette identité et de l'héritage juif en péril.

On peut à ce point-ci résumer la question dans les termes que voici : les quatre courants sont essentiellement politiques et religieux et le quatrième, P, essentiellement religieux.

Les deux courants D et P ont prolongé leur influence jusqu'à la rédaction de la version finale du Pentateuque, au IVe siècle. D'où les reflets qu'on en trouve dans d'autres Livres que dans le Pentateuque. Ainsi, l'on reconnait l'influence de D dans les livres de Josué, des Juges, de Samuel I et II, Jérémie... Postériedurs à J et E, les courants D et P se sont évidemment taillé la part du lion dans la récriture du Pentateuque. Relativement discrets dans les Livres des Origines, Genèse ou Exode, qui étaient en quelque sorte scellés par la tradition, ils dominent les Livres au contenu plus spécifiquement législatif  : ainsi une très grande partie du Lévitique est due au courant P, lui aussi, avec au moins trois chapitres D.

De toute le Pentateuque, le Deutéronome est le seul qui ne comporte quasiment aucune intervention des autres courants (les quelques interventions E et l'ajout P suggérés par certains biblistes ressemblent bien plus à des emprunts qu'à des ajouts).

Les quelques indications que voilà ne sauraient certes rendre compte de la littérature considérable sur l'Hypothèse documentaire et tel n'est d'ailleurs pas leur but. Il existe probablement autant de variantes de cette hypothèse que d'auteurs. Elle ne sauraient non plus définir dans le détail les orientations idéologiques des quatre courants.

Unpoint est certain : ces quatre courants se retrouvant dans les textes du Pentateuque, celui-ci leur est postérieur dans la forme que nous connaissons.

Le terrain paraissait donc à peu près défriché. Il devenait possible de découper le Pentateuque selon les lignes que voilà, pour distinguer quel texte avait été écrit, à quelle époque et les influences historiques qu'il avait exercées ou subies. Les doublons et les contradictions s'expliquaient par des ajouts et des révisions apportés au cours des siècles. De fait, deux reconstitutions du Livre J furent publiées (18) ; elles étaient toutes deux riche du mérite de leur finesse analytique, mais comme il apparut par la suite, elles étaient entachées du formalisme inévitable de leurs thèses. Elles donnaient aussi à penser qu'il y aurait eu essentiellement un auteur J qui avait écrit d'un trait une vaste part du Pentateuque (Deutéronome excepté, évidemment). C'était peu plausible.

En effet, pendant ce temps-là, les analyses se poursuivaient, et le propre de l'analyse est d'être interminable.

 

L'histoire d'Adam et Eve : plus récente qu'on l'avait cru

 

A partir de 1975, en effet, certains problèmes apparurent dans le découpage qui avait semblé si simple : comme l'observe un spécialiste éminent, Joseph Blenkinsop (19), l'histoire de l'Eden, qui n'est rapportée que par J, est inconnue dans les textes antérieurs à l'Exil de Babylone. C'est-à-dire qu'au XIe, Xe ou IXe avant notre ère, époque à laquelle les courants yahwiste et élohiste étaient vivaces, personne ne connaissait cette histoire, devenue par la suite l'une des plus célèbres du monde, et que le rédacteur yahwiste est le seul à rapporter. Le premier écho qu'on en trouve est chez le prophète Ezechiel, qui la raconte à sa façon (20). C'est-à-dire encore que cette histoire date au plus tôt du VIe siècle avant notre ère. Autant dire, en termes d'histoire, qu'elle est assez récente. Et que c'est un ornement dramatique tardif, probablement recueilli au cours de l'exil et introduit dans la Genèse, pour capter l'attention des auditeurs par cette fable sur la Faute originelle.

Comment ne pas évoquer l'idée de Platon, selon qui le mythe est un résumé de philosophie ? Pour les biblistes, en tout cas, l'inspiration de la fable d'Eden se rapproche des écrits bibliques de sagesse, dit sapientiaux : or, ceux-ci sont postérieurs au retour d'Exil, c'est-à-dire au VIe siècle.

Mais l'analyse des textes ? Elle semblait infaillible ; elle avait daté le texte yahwiste au Xe siècle. Certes, ce texte comportait un anachronisme constant, qui est l'usage de la forme de Yahweh bien longtemps avant que Dieu se fût révélé à Moïse sous ce nom-là : les Patriarches ignoraient le nom Yahweh. Mais enfin, on pouvait admettre qu'un rédacteur yahwiste écrivant au Xe siècle avait jugé que cette forme du nom divin, éternelle et préexistante, pouvait être utilisée dans le récit d'évènements antérieurs.

Or, une analyse plus approfondie avait mené à des constatations troublantes : ainsi, l'histoire d'Adam et Eve comporte une multitude de termes qui ne sont apparus qu'assez tard en hébreu, vers les VIIe et VIe siècles avant notre ère justement. C'était fâcheux pour la thèse traditionnelle : pour le linguiste aussi bien que pour l'exégète historique, ce texte yahwiste avait donc été récrit, sinon rédigé trois à quatre siècles après l'époque supposée. Et même, un à deux siècles après la disparition du courant yahwiste, puisque ce dernier et le courant élohiste s'étaient éteints entre 721 et 701, sous l'occupation assyrienne des royaumes du Nord et du Sud, quand il n'y avait alors plus de légitimité du nord ou du sud à défendre.

La déduction de ces constatations linguistiques était encore plus déconcertante ; l'histoire du Paradis terrestre ressemblerait fort à un ajout écrit à la manière du courant yahwiste, ou peut-être à l'aide de documents anciens, désormais introuvables.

Mais le récit de l'Eden n'est qu'un exemple parmi de nombreux autres.

Ici s'impose une précision indispensable. Pour le lecteur contemporain, les seuls termes à la manière de évoquent un faux ou, au mieux, un pastiche. C'est là un point de vue contemporain, qui reflète un système culturel où seule l'originalité est garante d'authenticité, c'est-à-dire de valeur, concept totalement inconnu aux temps antiques. Il convenait alors de se référer à un modèle stylistique approuvé de tous, et ce modèle était toujours ancien. D'où, aussi bien dans la Chine antique que dans l'Egypte du Nouvel Empire et dans la Grèce héllenistique, des retours à un style antique, dit archaïsant. L'Orient sémitique n'échappa pas à ce concept. A la fin du IIIe siècle avant notre ère, le mouvement de rébellion qui sépara les juifs traditionalistes des juifs hellénisés produisit ainsi une littérature pareillement archaïsante, dont l'ouvrage le plus connu est le Livre d'Enoch, rédigé par le courant dit essénien dans le style des prophètes.

Autre point qui rappelait une révision : contrairement à ce qu'on avait longtemps cru, le courant D avait modifié les textes des trois courants indiqués plus haut et son influence sur la version finale avait été plus profonde qu'on l'avait d'abord supposé.

 

Une étape cruciale : le passage de la tradition orale au texte écrit

 

La question originelle se posait de nouveau : qui avait donc rédigé le texte du Pentateuque tel que nous le connaissons et qui date au plus tôt du VIe siècle avant notre ère (21) ? Des auteurs de tendances différentes, certes, mais ces tendances ne s'étaient-elles pas fragmentées ? Et de quelle époque datait la mise en forme de leurs documents ? Car il convenait dès lors de distinguer entre deux notions essentielles : d'une part, celle de document et de l'autre, celle de composition. Dans bien des cas, en effet, les rédacteurs disposaient de documents anciens, J et E, avaient jugé nécessaire de les remettre en forme et avaient pour cela recouru à la composition.

Pour le comprendre, force est de revenir à l'histoire d'Israël.

Quand, humiliés et rebelles au retour de l'exil babylonien, les prêtres de Jérusalem prirent conscience de la nécessité d'un Livre de Mémoire autant que d'un Livre qui fonderait l'Israël futur, ils disposaient d'atouts précieux, mais ils n'en survivaient pas moins en tant que populations distinctes dotées d'une culture spécifique. Leur héritage était unique, puisqu'ils étaient alors, avec les Perses mazdéens, les seuls monothéistes du monde.

Des difficultés : l'entreprise de récupération des documents était ardue. Il fallut alors rassembler les morceaux épars des textes transmis depuis des siècles, qui se trouvaient aux quatre coins du pays, et qui sans doute, voire certainement, étaient souvent fragmentaires. Les envahisseurs avaient brûlé les sanctuaires, dispersé les prêtres et les manuscrits. Le parchemin n'existait pas, on écrivait sur des feuilles de papyrus, des planchettes de bois, des pièces de cuir que les rats et le temps avaient parfois grignotées.

Parfois la mémoire des chantres était plus fiable que le support matériel du texte. Car on méconnaitrait un aspect essentiel de l'impact de l'Ancien Testament et du Pentateuque en particulier si l'on négligeait le fait que sa récitation était psalmodiée selon des rythmes marqués par des signes de cantillation quo'n retrouve dans les versions écrites (22). D'où les répétitions si nombreuses qui prêtent à la lecture moderne une monotonie déconcertante. Seule cette forme psalmodiée, proto-musicale, permettait de graver une trace profonde dans les mémoires d'auditeurs qui ne savaient ni lire ni écrire. Car le rythme musical permet de mieux mémoriser un texte.

Rappelons à cet égard que le plus ancien alphabet sémitique n'apparaît qu'au XIIIe siècle avant notre ère, et que l'écriture courante n'apparaît qu'au IXe siècle, date à laquelle les caractères hébreux prennent leur forme(23). Ce qui incidemment fait bonne et définitive mesure de l'hypothèse, d'ailleurs exclue depuis plusieurs siècles, que Moïse ait pu écrire le Pentateuque, puisque Moïse ne peut être postérieur au XIIIe siècle. Il n'a été possible d'entreprendre une version écrite -encore très fragmentaire- des Cinq livres qu'au IXe siècle. Cette entreprise n'a évidemment pu se faire ex nihilo ; il existait un corpus de de récits transmis oralement. Les uns provenaient du nord et ils étaient élohistes, les autres du sud, et ils étaient yahwistes.

Par ailleurs, les contradictions et doublons n'apparaissent qu'aux yeux du lecteur qui dispose de l'ensemble du Pentateuque et qui est suffisamment lettré pour le parcourir en quelques jours. Tel n'était certainement pas le cas au Xe, ni même au VIII, voire au VIe siècle avant notre ère, où seule une très faible minorité pouvait lire et écrire couramment ; certains passages du Pentateuque étaient sans doute plus souvent récités que d'autres, et ce n'étaient pas les mêmes qui étaient lus dans le sud et dans le nord.

On ne peut établir ici à quel moment la récitation chantée de l'Ancien Testament a fait place à la lecture au sens moderne du mot ; mais ce fut indéniablement tard, vers le IIIe ou IIe siècle avant notre ère, peut-être même plus tard. Il faut, quand on aborde l'impact, la diffusion et l'histoire du Pentateuque, garder en mémoire que ce ne fut réellement qu'à l'avènement de l'imprimerie à caractères mobiles, à la fin du XVe siècle de notre ère, que commença la lecture solitaire des textes. Jusqu'alors, seuls quelques rares scribes, prêtres et docteurs de la Loi avaient une connaissance globale du Pentateuque. D'où les doublons, contradictions et anachronismes qu'on y relève.

Quatrième partie

Notes

 (15) C'est le point de vue auquel souscriront les évangélistes du Nouveau Testament, qui insistent pour présenter Jésus comme le descendant légitime de David.

(16) Who Wrote the Bible ? Summit Books, New York, 1987.

(17) Olivier Artus, Le Pentateuque, Cahiers Evangile/Cert 1999.

(18) David Rosenberg et Harold Bloom, The Book of J, Grove Weidenfeld, New York, 1990.

(19) The Pentateuch, An Introduction to the Fist Five Books of the Bible, SCM Press Ltd. Londres, 1992.

(20) C'est la lamentation sur le roi de Tyr dans le Jardin d'Eden, où l'injustice s'introduit, entraîne la corruption de la sagesse et entraîne l'expulsion du Jardin (Ex. XXVIII, 11-19)

(21) En effet, le Deutéronome n'y aurait été incorporé qu'à la fin du VIe siècle. C'est la thèse d'Albert de Pury (Le cycle de Jacob comme légende autonome des origines d'Israël, J.A. Emerton éd., Louvain 989), à laquelle souscrit Robert Michaud, in Débat actuel sur les sources et l'âge du Pentateuque, Médiaspaul, Montréal, 1994, Les éléments J et E de l'histoire de Joseph seraient des transcriptions et mise en forme d'une tradition orale récente. Le "rajeunissement" de l'histoire de Joseph est peut-être excessif, mais divers points -et notamment le fait que le Deutéronome l'ignore totalement - donnent, en effet, à penser que plusieurs milieux lettrés, sacerdotaux et législatifs, la tenaient pour un midrash sans valeur fondatrice. Cette histoire se serait formée au VIIIe siècle avant notre ère, peut-être après la chute de la Samarie en 722, quand le sentiment de la prédestination d'Israël et de l'Alliance commençait à défaillir.

(22) Il faut ici rendre hommage aux travaux de Suzanne Haïk-Vantoura, résumés dans La Musique de la Bible révélée (1976), grâce auxquels on a compris l'usage des accents qui accompagnent la graphie de la Bible.

(23) Pierre Soisson, A propos de l'authenticité du Pentateuque, Cahiers du Cercle Ernest Renan n° 210.

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
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