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22 juillet 2007 7 22 /07 /juillet /2007 20:26

 

Les cathares, clandestins... malgré eux

 

Par Anne Brenon





Ces "pasteurs de l'ombre" du XIe siècle, accusés de pratiques démoniaques opérées dans le plus grand secret, sont en réalité les représentants d'une Eglise organisée délivrant un culte public. C'est seulement sous la contrainte qu'ils ont dû se cacher. Récit.

La réputation de mystère des hérétiques vient de loin : des plus anciennes dénonciations religieuses qui les condamnèrent. Au Moyen Age, douze chanoines d'Orléans, probables précathares, sont les premiers connus à avoir été livrés au feu en 1022. Ils sont présentés par les chroniqueurs d'Eglise de leur temps comme de secrets serviteurs des ténèbres : « Ils adoraient le diable, qui leur apparaissait d'abord comme un nègre puis comme un ange de lumière... Lui obéissant, ils reniaient en cachette totalement le Christ et se livraient en secret à des abominations et des crimes qu'il serait honteux même de relater... », rapporte Adémar de Chabannes. Dénoncés au XIIe siècle, en Champagne et en Bourgogne, pour hanter lieux sombres et souterrains, exorcisés en Rhénanie par Hildegarde de Bingen pour pratiques démoniaques occultes, les cathares sont encore décrits, au début du XIIIe siècle, en Languedoc, par le théologien Alain de Lille, comme de ténébreux magiciens : « Dans leurs conciliabules, ils font des choses très immondes [...]. On les appelle cathares, de catus, car, à ce qu'on dit, ils baisent le derrière d'un chat. »

Si l'inanité de telles accusations de débauche et de sorcellerie a depuis longtemps fait long feu, le catharisme garde toujours l'image d'un culte de l'ombre réservé à de mystérieux adeptes, un ésotérisme d'initiés. Or, travaillant à partir d'une documentation abondante et diversifiée, l'historien a maintenant les moyens de bien connaître le catharisme, tant dans ses manifestations sociales ouvertes que dans ses ressorts religieux profonds ; et ce particulièrement dans les zones méridionales de l'Europe, comme l'Occitanie des XIIe-XIIIe siècles, où il put développer en paix ses structures avant d'être en butte à la répression religieuse.

On peut ainsi sans grande difficulté briser la carapace des mythes et situer la grande hérésie médiévale dans ses réalités ; où l'on constate que, loin de constituer une société secrète - secte, religion à mystère ou mouvement initiatique - le catharisme se présenta comme simple Eglise, publique et organisée, de « bons chrétiens » voués à la cure des âmes. L'Histoire montre aussi que ce fut le seul poids de la répression qui le contraignit à la clandestinité et fit de ses derniers bons hommes, traqués par l'Inquisition, des pasteurs de l'ombre.

Certes, le vocable « secte » fut abondamment appliqué au catharisme par ses adversaires, les clercs de l'Eglise de Rome, qui dénonçaient ainsi dans l'hérésie un ensemble de groupuscules sans légitimité religieuse. Mais au sens premier du mot hérésie - qui exprime une coupure, une faille, un processus de séparation - le catharisme ne peut-il apparaître comme une « secte », branche rebelle divergeant du tronc de l'orthodoxie ? Il est de fait que le catharisme appartient à la grande famille du christianisme et que sa manifestation historique, aux XIe-XIIe siècles, le situe clairement en rupture avec les nouvelles conceptions théocratiques et militantes mises en oeuvre par la papauté grégorienne. On peut voir historiquement, dans les cathares, des religieux chrétiens contestataires, refusant l'autorité du pape.

Mais eux-mêmes se définissent comme uniques héritiers légitimes des apôtres, formant la seule vraie Eglise chrétienne. C'est, selon eux, l'Eglise romaine qui est la « secte », celle qui anciennement a divergé. Ainsi l'exprimaient déjà les hérétiques brûlés à Cologne en 1143, face à leurs persécuteurs catholiques : « Les faux apôtres [...] vous ont fait dévier, vous et vos pères. Nous et nos pères, de la lignée des apôtres, nous sommes demeurés dans la grâce du Christ. » Il est de fait que la religiosité cathare manifeste des traits de christianisme archaïque.

Peut-on pour autant considérer la « sainte Eglise » des cathares comme une religion à mystère, prolongeant en plein Moyen Age de secrets enseignements mazdéens, manichéens ou simplement gnostiques ? La réponse est non. Les seules autorités du catharisme sont les Ecritures chrétiennes - le Nouveau Testament reçu en totalité, l'Ancien Testament presque entièrement, à l'exception de la Genèse.

La prédication des bons hommes, à l'intention de leurs fidèles et de leurs novices, est beaucoup plus proche qu'on ne le croit généralement de l'enseignement de leurs confrères catholiques ; elle s'en écarte toutefois sur quelques points, qui témoignent d'un ancien mode d'exégèse de ces Ecritures - dualisme marqué entre Dieu et ce monde, refus de l'Incarnation et exaltation de la personne divine du Christ, foi en la toute bonté du Père céleste et dans le salut universel de toutes les âmes humaines, anges tombés du Royaume.

Mais si l'espérance chrétienne du catharisme reflète assez globalement les anciens schémas gnostiques, c'est en les épurant de toute leur exubérante floraison mythologique, pour les inscrire dans la stricte rationalité d'un message évangélique. Le dualisme cathare n'est pas fondé sur des postulats manichéens mais, très largement, dans l'évangile et la première épître de Jean, ou sur la parabole du bon arbre et du mauvais arbre - qui ne peuvent porter que de bons et de mauvais fruits. « C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Matthieu 7, 20).

Au contraire d'une initiation « à mystère », cet enseignement religieux, défini comme « l'entendement du Bien », est par principe ouvert à tous, en vue de leur salut, et non réservé à une poignée d'élus. Ce n'est pas une révélation secrète, mais une prédication évangélique destinée à être partagée par le plus grand nombre, par tout le peuple chrétien. Ce n'est pas une gnose, mode de salut par diffusion au compte-gouttes d'une connaissance secrète, mais un processus d'évangélisation.

Il amène en effet à la pratique du salut chrétien par l'opération du Saint-Esprit, c'est-à-dire le consolament. Ce sacrement unique pratiqué par l'Eglise cathare, fondé en particulier dans les Ecritures de la Pentecôte, recouvre les fonctions de baptême, ordination, pénitence et extrême-onction. Il marque l'entrée en vie chrétienne consacrée, délie les péchés et ainsi sauve les âmes. Les croyants des villages occitans avoueront à l'Inquisition avoir cru que leurs « bons chrétiens » étaient « de bons hommes et de bonnes femmes, et qu'ils avaient le plus grand pouvoir de sauver les âmes... ».

« Toutes les âmes sont bonnes et égales entre elles, prêchaient ces bons hommes ; et toutes seront sauvées. » Nul ne sera exclu du salut de Dieu. L'universalisme de ce message, l'une des principales caractéristiques du christianisme cathare, est le gage de l'ouverture de ses structures d'Eglise.

Dans l'Europe du XIIe siècle, notamment en Champagne et en Rhénanie, l'hérésie - bien que caricaturée et réduite par la répression à la fuite perpétuelle et à la clandestinité - se révèle pourtant religieusement organisée. Les « pseudo-apôtres » brûlés à Liège et à Cologne dans les années 1135-1143, ont déjà leurs évêques. Bientôt, les documents révèlent des Eglises cathares bien structurées en Occitanie, puis en Italie. Elles y essaimeront en paix leurs maisons religieuses, protégées par une caste aristocratique tolérante - féodaux occitans, gibelins des cités italiennes - jusqu'à ce que la répression ne les rattrape, dans le courant du XIIIe siècle.

Quatre Eglises cathares, celles de l'Albigeois, du Toulousain, du Carcassès et de l'Agenais, se répartissent entre le comté de Toulouse, le comté de Foix et les vicomtés Trencavel ; vers 1225, est créée une cinquième Eglise, celle de Razès, autour de Limoux. Ce sont des Eglises épiscopales, groupées autour d'un évêque, successeur des apôtres et détenteur du pouvoir d'ordination, flanqué de deux coadjuteurs, le Fils majeur et le Fils mineur, et assisté d'un conseil d'Eglise. Cette hiérarchie est représentée au plan local par des diacres qui, chacun en sa circonscription, visitent les maisons religieuses de bons hommes et de bonnes femmes.

Ces établissements religieux sont innombrables, ouverts au sein des bourgades où ils jouent un rôle social non négligeable ; dirigés par un « ancien », ils se consacrent à la formation de novices, assurent une catéchèse de base à la population, reçoivent malades et miséreux. Couvents sans clôture, elles sont les bases omniprésentes d'une sorte de christianisme de proximité, qui ancre les Eglises cathares au sein d'une société médiévale ordinaire. Le plus souvent, les familles seigneuriales donnent elles-mêmes l'exemple de l'engagement dans les ordres cathares, à qui elles fournissent bons hommes et bonnes femmes.

Le culte est public, quasi officiel. Religieux et religieuses portent un habit régulier, de couleur noire, comme les bénédictins. La hiérarchie épiscopale, que les rituels cathares désignent sous le terme d'« ordre de sainte Eglise », monopolise les fonctions pastorales et sacerdotales ; évêques et diacres prêchent en chaire les dimanches et fêtes, sur l'évangile du jour ; ils sont aussi les ministres du sacrement, président les grandes cérémonies publiques des consolaments d'ordination où, devant une foule nombreuse de croyants et croyantes, les novices reçoivent l'imposition collective de tous les « bons chrétiens ».

Et le peuple chrétien des bourgades occitanes, qui voit bons hommes et bonnes femmes suivre ouvertement « la voie de justice et de vérité des apôtres », se persuade que telle sera aussi un jour, pour lui, la voie du salut de Dieu. Nulle rupture, nul fossé entre une caste sacerdotale et le monde laïque : chaque croyant est un « bon chrétien » en puissance.

La croisade contre les albigeois (1209-1229), prêchée par le pape contre les princes occitans protecteurs d'hérétiques et gagnée par le roi de France, change radicalement la donne, renversant le rapport de forces. Après la soumission des comtes et dynasties seigneuriales qui les soutenaient, les Eglises cathares, passent toutes dans la clandestinité ; mais, peu à peu, l'Inquisition, installée par la papauté à partir de 1233 sur le pays vaincu et épaulée par le pouvoir royal, va s'employer à les en débusquer par la persécution, démantelant ses réseaux de solidarité. Soutenue par une population croyante encore nombreuse et fervente, l'Eglise interdite résistera durant un siècle.

Après la chute de Montségur, forteresse pirate tenue par une poignée de chevaliers occitans rebelles, et le grand bûcher du 16 mars 1244 qui emporte dans les flammes la hiérarchie des Eglises cathares qui s'y était réfugiée, la clandestinité devient désespérée. Les derniers bons hommes et bonnes femmes errants battent la campagne de cache en cache, sous la protection de croyants terrorisés par l'Inquisition. C'est alors que se forge leur image de prédicants furtifs et clandestins. Les Eglises occitanes meurtries rassemblent des lambeaux de leur hiérarchie au refuge de l'Italie, où l'Inquisition peine à s'implanter - jusqu'à ce que la victoire définitive des partisans du pape (guelfes) sur ceux de l'empereur (gibelins), en 1269, n'ouvre la porte à la répression.

Dans la première décennie du XIVe siècle encore, l'extraordinaire tentative de reconquête cathare du midi de la France, opérée par Pèire Autier, montre combien l'hérésie, exsangue mais intacte, avait gardé souffle et grandeur après un siècle de persécution systématique. Seule la violence de la répression put en venir à bout. Sous la traque de l'Inquisition, avant d'être livré au bûcher avec tous ses frères, Pèire Autier prêchait encore pour la vraie Eglise chrétienne : « Car il y a deux Eglises ; l'une fuit et pardonne (Matthieu 10, 23) ; l'autre possède et écorche. » L'Eglise des bons chrétiens n'avait nulle vocation à cette dure clandestinité dont elle mourut.

Archiviste paléographe et diplômée en sciences religieuses de l'Ecole des hautes études, Anne Brenon est conservateur honoraire du Patrimoine de France. Elle a publié : Le Dernier des cathares, Pèire Autier (Perrin, 2006) et Les Cathares (Albin Michel 2007).

La symbolique

Le sud de la France, fief des comtes de Toulouse, voit se développer à la fin du XIIe siècle, une Eglise différente de l'Eglise catholique, où les prêtres-pasteurs se nomment "parfaits", où il n'existe qu'un seul sacrement, le consolament, une communauté nommée albigeoise, ou cathare. Pas de symbole, ni de lieu de prière, ni même une croix. En effet, la croix appelée, à tort, croix cathare, n'est autre que la croix de Toulouse (ou du Languedoc ou occitane) : une croix grecque à branches égales rectilignes, cléchée (ses extrémités sont en forme d'anneaux de clés) et pommetée d'or, dont les extrémités sont triplement bouletées et perlées. Il s'agit à l'origine d'une roue solaire à douze rayons, chaque anneau représentant un signe du zodiaque.

Repères

1167
Création des quatre évêchés cathares : Albi, Agen, Carcassonne et Toulouse.
1209
Début de la croisade contre les albigeois.
1210
Mutilation des habitants de Bram, chute de Minerve - où sont brûlés 140 cathares -, Termes et Puivert.
1215
Quatrième concile du Latran. Soumission de Toulouse face à Simon de Montfort.
1218
Mort de Simon de Montfort lors du second siège de Toulouse.
1226
Départ pour la croisade de Louis VIII.
1227
Les cathares deviennent clandestins.
1233
L'Inquisition est ordonnée par le pape Grégoire IX.
1243
Début du siège de Montségur.
1244
Fin théorique du catharisme.

Comprendre

Consolament
Appelé aussi "saint baptême de Jésus-Christ". Mariage mystique réalisé entre l'âme du fidèle et l'Esprit-Saint qui prend la forme d'un baptême spirituel transmis par l'imposition des mains.


Sources
Historia

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans RELIGION-INTEGRISME
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