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22 juillet 2007 7 22 /07 /juillet /2007 20:07

Rome : des mystes sous surveillance

 

Par Catherine Salles





Cybèle, Isis, Eleusis, Dionysos... toute une série de mystères d'origine orientale envahissent Rome, avec leurs rites plus spectaculaires les uns que les autres. C'en est trop pour le Sénat !

Les Romains n'apprécient guère les dérives des religions étrangères qui, pénétrant clandestinement dans leur ville, détournent les citoyens des valeurs nationales. La plupart de ces mouvements philosophico-mystiques séduisent en particulier par les promesses d'immortalité données à leurs adeptes. Au cours de « mystères » (cérémonies secrètes), le « myste » (initié) a la révélation fulgurante de la divinité à laquelle désormais il voue toute son existence. Il se plie dans sa vie quotidienne à des obligations rituelles et à des purifications traduisant sa foi personnelle.

Certains de ces mystères initiatiques sont célèbres dans le monde grec : ceux d'Eleusis où, chaque année, des centaines de pèlerins venus de tout le Bassin méditerranéen viennent vénérer Déméter et sa fille Korè (Perséphone) ; ceux des sectes orphiques promettant le bonheur suprême ; ou encore ceux de Dionysos dans lesquels les fidèles s'unissent au dieu par la frénésie collective des « orgies » (possessions inspirées). La loi du silence a bien fonctionné et nous ne savons pour ainsi dire rien du déroulement des mystères.

Les Romains, plus conservateurs, sont par principe hostiles au mysticisme incontrôlé des dévots des cultes à mystères. Ceux-ci menacent la religion officielle en donnant la priorité à l'individu aux dépens de la collectivité. Un épisode fort spectaculaire, daté de -186, illustre cette résistance des autorités romaines face aux nouvelles croyances. Depuis la fin du IIIe siècle av. J.-C., époque de la seconde guerre punique, de nombreux habitants d'Italie du Sud et de Sicile viennent se réfugier à Rome pour fuir les armées d'Hannibal. Ils apportent avec eux leurs pratiques cultuelles. A la suite d'un conflit familial entre un jeune homme et sa mère, le consul Postumius Albinus apprend l'existence au pied de l'Aventin d'un sanctuaire clandestin abritant les activités d'une « thiase » (confrérie) dionysiaque. L'enquête confidentielle menée par le consul révèle des pratiques inquiétantes pour Rome. Depuis peu une nouvelle prêtresse, Paculla Annia, a modifié les rites de l'initiation aux mystères de Bacchus. Ceux-ci, jusque-là réservés aux femmes, sont maintenant ouverts aux hommes, même très jeunes. Les cérémonies, au nombre de cinq par mois, se déroulent de nuit. Le voisinage se plaint des nuisances provoquées par ces bacchants, car le tapage les empêche de dormir. Les uns affirment que les fidèles défoulent leurs instincts les plus pervers dans des débauches collectives où des adolescents sont violés. D'autres disent avoir vu des bacchantes, vêtues de peaux de bêtes et les cheveux dénoués, plonger dans le Tibre des torches ardentes et les ressortir toujours enflammées. Les bacchants sont aussi accusés de falsifications de testaments et d'escroqueries pour alimenter leurs caisses. Les dénonciations vont plus loin : ceux qui ne veulent pas prêter serment sont jetés dans des machines infernales où ils trouvent la mort, et leurs cris sont couverts par le tintamarre des instruments de musique.

Des éléments inquiétants pour la cohésion nationale s'ajoutent à ces rumeurs circulant dans le peuple romain : les bacchants ne tiennent aucun acte pour sacrilège, ils amollissent et pervertissent les jeunes gens qui ne seront plus de bons soldats, ils constituent un « second peuple » dans Rome, car, dans leurs cérémonies, se trouvent mêlés hommes et femmes, enfants et vieillards, nobles et esclaves, Romains et étrangers. Sans véritablement vérifier le bien-fondé de ces accusations, le consul révèle au Sénat le danger dont la ville est menacée et n'hésite pas à diaboliser les pratiques des bacchants de l'Aventin. Sans hésiter, les sénateurs votent l'ouverture d'une enquête extraordinaire à Rome et en Italie sur ce groupe accusé de comploter contre l'ordre établi.

Pour éviter l'évasion des mystes, les portes de Rome sont barricadées et gardées par des patrouilles militaires qui arrêtent ceux qui tentent de fuir. Des policiers parcourent la ville pour s'emparer des prêtres et des fidèles de Dionysos. Terrifiés, beaucoup de Romains dénoncent leurs proches et leurs voisins dont certains se suicident pour échapper au châtiment. Des tribunaux d'exception jugent les accusés. Plus de sept mille hommes et femmes, de tout âge et de toute condition sociale, sont arrêtés à Rome et jugés sommairement. Ceux qui se sont contentés de répéter les formules sacrées sont emprisonnés. Ceux qui sont accusés de débauches, d'escroqueries, de crimes, subissent la peine capitale. Il y a tant de femmes parmi les condamnés à mort que le Sénat décrète la remise en vigueur du droit archaïque permettant au pater familias d'exécuter lui-même à l'intérieur de sa maison les femmes jugées coupables. A défaut d'une personne qui puisse légalement procéder à l'exécution, celle-ci a lieu en public.

Pendant plus de cinq ans, l'enquête se poursuit en Italie. Des milliers d'individus sont emprisonnés ou exécutés. Tous les autels et les temples dionysiaques sont détruits. Un sénatus-consulte interdit de célébrer à l'avenir des bacchanales à Rome et en Italie. Le hasard veut qu'on ait trouvé en Calabre le texte de ce sénatus-consulte gravé sur une table de bronze. Il précise que si quelqu'un se croit obligé de célébrer le culte de Bacchus, il doit demander l'autorisation au préteur et au Sénat.

Notre seule source pour l'affaire des Bacchanales, le récit de Tite-Live, ne contient que les pièces de l'accusation. Très probablement, la thiase dionysiaque de Rome ne comportait que quelques dizaines de fidèles, sans doute fort inoffensifs. Le dossier d'accusation contient les calomnies habituelles portées à l'égard de sectes religieuses plus ou moins clandestines - plus tard les mêmes reproches seront adressés aux communautés chrétiennes primitives. En fait, les activités des bacchants ont été montées en épingle par les groupes conservateurs du Sénat romain pour contrer les progrès des croyances et des moeurs venues de l'extérieur pendant la première moitié du IIe siècle av. J.-C. L

Agrégée de lettres classiques et docteur d'Etat, Catherine Salles vient de publier Voyage chez les empereurs romains, avec Jean-Claude Golvin (éditions Errance, 2006). Elle est l'auteur, entre autres, de Quand les dieux parlaient aux hommes. Introduction aux mythologies grecque et romaine (Tallandier, 2003).

La symbolique

Les mystes d'Eleusis, enfermés dans une grotte, sacrifient un animal puis reçoivent un épi de blé, signe de renouveau. Les initiés au culte de Cybèle se baignent dans le sang d'un taureau et simulent une union avec la déesse. Les adorateurs d'Isis jeûnent dix jours avant d'être acceptés dans le sanctuaire, vêtus d'une robe de lin.

Comprendre

Guerres puniques
Longue lutte entre Rome et Carthage dont l'enjeu est l'hégémonie en Méditerranée. La première guerre punique a lieu de -264 à -241, la seconde de -218 à -201.

Sources Historia




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Published by Adriana Evangelizt - dans RELIGION-INTEGRISME
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