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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 21:59

 

 

 

 

 

Le mystère d'une présence

 

 

par Marie-Madeleine Davy

 

 


 

Dieu n’est pas un sujet de réflexion, de pensée ou de discours. Le Dieu dont on tenterait par la raison de prouver l’existence s’apparente à une idole. On peut le vénérer et se croire son serviteur fidèle. Ce Dieu apparaît accessible par l’intermédiaire de ceux qui ont pour mission d’établir des liens entre le profane et la sacré. Les faux dieux abondent. Ils sont aussi nombreux que les pseudo-gurus guidant leurs disciples vers des impasses vouées, le plus souvent à l’autosatisfaction.


Tout le problème est là. De quel Dieu s’agit-il ? Du Dieu vivant, caché (Deus absconditus) pour qu’on le cherche, un Dieu rempli d’amour pour ses créatures ou d’un Dieu susceptible de courroux, punissant les faux pas, les reniements, proclamant un géhenne pour ceux qui le trahissent ou le méconnaissent.

Le vrai Dieu laisse à l’homme la liberté de l’aimer, de répondre à son amour ou de le récuser. C’est à l’homme de choisir la lumière ou l’opacité ; mieux vaut l’athéisme que l’idolâtrie.

La croyance engendre la foi. Une foi terriblement mobile, susceptible de s’éclipser sans laisser derrière elle la moindre trace. On s’étonne parfois de la médiocrité d’un grand nombre d’adhérents aux différentes religions d’Orient ou d’Occident. Portée à la façon d’un vêtement ou d’un masque, l’option se localise dans l’extériorité ; elle flotte dans les franges de l’être. Ainsi, le dedans ne se trouve pas concerné. La religion de l’âme équivaut à une animation trop souvent fallacieuse, susceptible d’illusions.

Un tel comportement est naturel, parfaitement normal, d’une déconcertante banalité.

La sagesse exigerait de ne pas s’en affliger outre mesure, en comprenant qu’une croyance superficielle peut devenir un motif d’aliénation parmi d’autres. Et ceux-ci ne manquent point.

Traditions et religions.

Dans une démarche vers Dieu, quel est le rôle des traditions et des religions ? Tout dépend de la façon dont on est capable de les vivre. Elles peuvent remplir un rôle positif voire irremplaçable. Mal comprises, vécues d’une façon extérieure" elles risquent de stopper et même d’enliser. Liturgie et prière communautaires offrent une aide efficace. Si les formes s’estompent d’elles-mêmes et se retirent, tout devient différent. C’est à chacun de savoir ce qui lui convient et d’interroger sa propre conscience. Ce qui est tunnel pour l’un devient clarté pour l’autre. Traditions et religions n’ont pas à disparaître ; elles sont nécessaires pour la majorité des hommes. Le choix personnel permet de les utiliser avec profit et de les vivre suivant son propre état de conscience.

L’approche de la dimension divine rencontre de nombreux obstacles. La connaissance de soi s’impose tout d’abord. Il est impossible d’en faire l’économie. Découvrir ses propres aspects positifs et négatifs exige un véritable labeur. Et cela d’autant plus qu’il convient de se découvrir dans sa mobilité. Passer de l’extériorité à l’intériorité comporte à la fois des reculs et des bonds en avant. Habituellement, il convient de se contenter d’un pas à pas. La modestie, disons l’humilité, constitue une base essentielle.

Ce qui bloque l’élan et son dynamisme peut provenir d’un état de tristesse. Celui-ci décolore et fane prématurément toute éclosion. La beauté n’est jamais découverte dans sa splendeur et la joie demeure inconnue. La vanité, l’orgueil, la fatuité rendent inaccessible l’accès à l’essentiel. L’orgueilleux peut se vanter d’un savoir, mais la véritable connaissance et l’amour lui échappent. Le gonflement de l’ego produit un certain délire, conséquence de l’inflation du moi. C’est pourquoi les sages nous apprennent que l’ascèse du mental et du cœur s’avère nécessaire. Cette ascèse provoque un état de veille, c’est à dire d’attention. Pas d’accès au vrai Dieu sans une perpétuelle conversion. Celle-ci concerne l’homme dans sa totalité. Ce retournement se poursuit durant toute l’existence ; il concerne à la fois le dehors et le dedans. A ce propos, les divisions proposées par Philon d’Alexandrie demeurent toujours valables. L’homme enraciné dans le soma (le corps) et aussi dans sa psyché n’aura pas la même approche de Dieu que celui en qui l’éveil à l’esprit a pu se produire. Tout dépend de la capacité de l’homme. C’est elle qui détermine son expérience du divin. Ce n’est pas en se détournant des religions que le progrès survient. La réalité s’avère différente. Il importe de se quitter soi-même. S’abandonner dans un suprême renoncement engendre un vide. La "nature ayant horreur du vide", ce vide appelle le plein : l’esprit va pouvoir occuper la place vacante. Répétition du mystère de l’Annonciation. Dieu ne saurait s’imposer. En toute liberté, l’homme va prononcer un "oui" au dedans, un "oui" qui se déploie et dont on peut percevoir l’écho.

La passion de l’absolu

La véritable orientation vers Dieu suppose un départ du sensible vers l’intelligible. Ce mouvement est provoqué par une passion de l’Absolu. Peu à peu la passion se meut en séduction. Dans sa totalité, l’homme est happé par le mystère divin ; il est possédé par lui. Cette séduction l’arrache au monde qui passe. Ses racines sont peu à peu transposées dans la dimension divine. Toutefois, en raison de sa faiblesse et de sa fragilité, il risque toujours d’être retenu par l’agitation, la diversité de ses désirs et leur véhémence. Il s’égare... et il revient, il se détourne... et se retourne de nouveau vers l’essentiel. Par ignorance, il peut momentanément prendre de faux chemins, chercher à l’extérieur qu’il possède au-dedans, écouter les voix des sirènes, céder à la tentation du discours, croire que Dieu s’éloigne lorsqu’il n’est plus perçu dans ses reflets. En effet, Dieu n’a pas à être senti, il échappe totalement aux sens extérieurs. Seuls les sens intérieurs peuvent par instant saisir la réalité de sa présence. Expérience fugitive dont la brièveté peut déconcerter. Cependant, cette expérience laisse des traces. l’éblouissement a brûlé le regard du dedans, l’oreille intérieure a capté la sonorité d’une parole ou mieux encore entendu la voix d’un silence habité : la plénitude du silence dont la densité s’avère plus ample que des paroles, des mots, des syllabes proférées. L’amour est un mystère. Chacun le sait, rien de plus difficile que d’aimer. On croit aimer Dieu et l’on s’aime soi-même ; on suppose chercher Dieu et c’est une façon de se découvrir, sans pour autant se dépasser.

Comment savoir qu’on l’a rencontré, non l’idole, mais le Dieu vivant ? L’idole apporte l’inquiétude. Or, de la plénitude résulte la paix, une paix qui n’est pas tout d ’abord sans angoisse ni souffrance. Cependant, à travers les treillis, auxquels fait allusion le Cantique des Cantiques (2, 8), il peut se présenter des instants de vision. Vision voilée par amour pour ne pas anéantir le "voyant" par excès de lumière. Une contemplation s’ébauche, un savourement, une douceur... On voudrait voir et on s’écrie : "Montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix" (Cant. 2, 14).

Présence et absence

Parfois, l’absence est cruelle, Telle l’épouse du Cantique (5, 2 sv.), l’aimée croit entendre la voix de celui qu’elle aime, elle tire le verrou de la porte de son cœur, la voici ouverte à la Présence... Il n’y a rien. Épreuve d’une absence ou plutôt d’un Présence non éprouvée. L’erreur serait d’aller sur la place publique, c’est à dire au-dehors, et d’interroger : "Avez-vous vu mon bien-aimé ; dites-moi, l’avez-vous vu ?" C’est uniquement au-dedans que se déploie la patiente attente.

Et cela jusqu’au jour ou l’on comprendra, d’une façon soudaine, qu’il n’est pas nécessaire d’éprouver. Lorsque "Dieu est né dans l’âme et que l’âme est née en Dieu" comme dit si bien Maître Eckhart, il n’y a plus à chercher, ni au-dehors, ni au-dedans. Cet arrêt s’avère difficile à supporter. La recherche permettait de se sentir exister, d’où l’entrée subite dans un état inconnu, éprouvant du fait de sa nouveauté. "Les cieux sont ouverts" (cf. Ezé 1, 11 ; .Jn 1, 52). En effet, le monde invisible s’entrouvre. On ne voit rien et on voit ; on n’entend rien et on perçoit. Dans ce monde invisible, l’homme devient indigène. Une béatitude dilate le cœur et l’intelligence. Suprême déploiement, mystère d’un amour intelligible. On souhaiterait ne plus employer le "je", le "moi" qui encombraient et faisaient obstacle. "Je" et "moi" se gomment plus ou moins durablement.

On passe ainsi de la religion de l’âme à la religion de l’Esprit, de Dieu à la Déité avec tout ce que cela implique de distance. La foi s’éclipse, elle devient certitude. Plus d’alternances, sinon le tangage de sa barque minuscule sur Ies flots de la mer du monde. L’eau monte mystérieusement, elle atteint la margelle d’un puits d’eau vive situé au-dedans. Une liturgie intérieure s’élève avant de céder la place à l’ampleur d’un abyssal silence.

L’homme cesse d’être emprisonné en lui-même. Libre, il libère. Le cosmos tressaille de joie.

Le théophore considère la nature à la fois comme sa mère et son enfant. Action et contemplation se jumellent ; se mouvoir en Dieu signifie aimer tous les hommes, sans aucune distinction.

Survient un nouveau climat, une autre atmosphère, une renaissance. Il n’y a plus que Dieu. Béatitude de plus en plus fine, impalpable, tout en étant réelle : jubilation. En cet instant, tout s’efface. Plus de présence ou d’absence, plus de bonheur éprouvé ou d’angoisse ressentie. Sorte de néant de sensation et de certitude. On consent alors - non sans émotion - à tout abandonner. Un état de vacuité surgit, impossible à décrire. Cet état comporte un repos festif : une participation à l’indicible. Le vertige éprouvé tout d’abord s’éclipse : sorte de plongée dans l’inconnu. Est-on mort, est-on vivant ? On peut parfois se poser la question. Plus de joie, plus de souffrance : un au-delà de l’au-delà.

Le temps de l’éternité

Dieu n’est pas nommé. On a aussi perdu son propre nom. Les Personnes divines deviennent actives au-dedans. Elles ne sont plus à distinguer dans leurs opérations propres. Encore un fois, tout est Un. Dès lors, le consentement à l’arrachement de soi-même cesse de se présenter. Toute appartenance s’efface. Durant son cheminement, l’homme pouvait dans les moments cruels se tourner vers son passé, désirer revenir en arrière. Désormais, aucune trace de voie, ni en-deçà, ni au-delà. Un présent qui englobe le passé, le présent et l’avenir. Plus de culpabilité ou de pesanteur, d’où qu’elles puissent venir. Rien d’autre que l’instant, uniquement l’Un, la sainte unité et son mystère comprenant la révélation des secrets. Tout se déroule au-dedans au sein d’un profond silence et se répand au-dehors tel un vase dont le contenu déborde.

On comprend d’une façon foudroyante que le temps s’inscrit désormais dans l’éternité.

Le voyageur du dedans était passé par l’extrême solitude, la déréliction de l’esseulement.

Tel Job, il avait tout perdu, ses biens et sa famille. Désormais le monde I’invisible le visite.

Ses véritables amis appartiennent à l’autre rive, celle dont on ne revient pas.

Dans ce mystère de l’éternité, toute la création est aimée avec tendresse. A travers l’homme, l’Innommable opère des mutations et des métamorphoses. L’ami du mystère devient -avant sa mort- un ressuscité.

Si on lui posait la question : "Qu’est ce que Dieu est pour toi ?", il répondrait : "Une mystérieuse Présence ; l’expérience d’une Présence, d’un amour et d’une connaissance".

Sources Nouvelles Clés

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans DIEU
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