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30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 20:33

 

 

 

  LA FRANC-MACONNERIE ET L'ANTISEMITISME


 
par Lucien SABAH

 

3ème partie

2ème partie

1ère partie

 

 

La lutte contre l'antisémitisme


Nous avons vu le Frère Priou, membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient intervenir contre les propositions de certains de ses Frères. Si nous avançons dans le temps, nous apprenons qu'une intervention est faite à propos de l'Affaire Dreyfus, le Frère Orateur, celui qui est chargé de faire respecter le Règlement dans la Loge menace de faire suspendre la discussion conformément aux dispositions du Règlement de l'Obédience 74.

 Si nous poursuivons la lecture de ces comptes-rendus, nous voyons au fur et à mesure que les membres de la Loge se préoccupent de savoir quel fut le comportement des candidats à la réception dans la Franc-Maçonnerie.


En fait la lutte est menée d'abord par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France qui s'inquiète de la situation en Algérie, sur divers plans : antijuif, contre les tendances séparatistes ou scissionniste de certains
"néos" ou nouveaux naturalisés, pour l'intégration des Musulmans.

Nous nous concentrerons sur l'aspect de la lutte contre l'antijudaïsme, notant que ces autres aspects sont toujours aussi contemporains et mériteraient des études particulières.


À Constantine, le Grand Orient arrive à détruire la Loge de Morinaud, pour créer la Loge Cirta, celle de Morinaud passant à la Grande Loge de France ; à Alger, la Loge Soleil Levant est reprise en main, à Oran, le Grand Orient aide le Frère Charruault, fonctionnaire qui y est affecté. C'est ce Frère qui mène le combat contre les tenants de l'antisémitisme et Bogros est finalement amené à démissionner de la Loge et à rendre ses archives 75.


Et nous allons voir des Loges passer de l'Obédience du Grand Orient à celle de la Grande Loge de France, simplement à cause de ces questions de racisme ou de nationalisme par exemple anti-espagnol, comme à Oran 76.


Mais cette tendance anti-juive si elle perdure chez certains Maçons comme le Frère Cavaignac, ministre de la guerre qui se déclare convaincu de la culpabilité de Dreyfus, ne sera plus qu'un souvenir, mauvais sans doute. Désormais, nous avons des avis de rejet de candidature de "profanes" par les Loges d'Algérie, parce qu'ils furent plus ou moins antisémites 77.


Aussi, c'est sans étonnement que nous lisons dans le travail de M. Ansky ou de M. Bourdrel que les "radicaux-maçons" algériens ont développé l'antisémitisme en Algérie, et qu'ils l'ont combattu 78 !


Mais parfois le monstre se réveille et c'est avec le plus grand étonnement que nous avons lu dans les mémoires posthumes du "Grand Maître" Riandey qu'il a déclaré à la police antimaçonnique de Vichy avoir toujours lutté contre l'influence juive dans les Loges 79. Ce Frère avait conservé son emploi de secrétaire général d'une mairie d'arrondissement à Paris, alors que le Frère Charruault, celui qui avait combattu l'antisémitisme devait démissionner de son poste de Conseiller municipal de Beauvais où il s'était retiré, en 1940 80 !


Pièces justificatives


Liste des Maçons de Livourne


Grâce à l'obligeance de M. Hivert-Messeca, nous avons pu vérifier une cote du fonds maçonnique de la B. N. : Fm² 572, Loge Napoléon à Livourne (Italie). Nous avons relevé les noms suivants sur les "Tableaux" de la loge :
1808 : Moïse Coen Bacri, né à Alger en 1784, négociant, absent.
Abraham Busnach, né à Alger le 20/3/1788, négociant, signe en français. Tous les deux sont Maîtres.
1810 : Bacri, Moïse, Cohen, 26 ans, né à Alger, Maître Parfait.
Burnack Moïse, 40 ans, né à Alger, Maître.
Burnack Abraham, 23 ans, né à Alger, négociant, Maître.
1812 Bacri Moïse Coen, Maître Parfait.
Cette dernière mention tend à montrer que Bacri Moïse Coen est allé au moins deux fois dans la loge Napoléon : la première fois, il a pu recevoir les trois premiers grades ensemble, comme cela pouvait se faire alors en "cas d'urgence". Par contre, il a dû revenir pour obtenir le 5° grade du Rite de Perfection ou du Rite Écossais Ancien Accepté, celui de Maître Parfait. Les frères de Lesseps faisaient partie de la loge. D'ailleurs voici le tableau de cette loge au 24 du 11° mois de 5807 (=24-1-1808) :


Vénérable d'honneur Guil. Capelle préfet du département de la Méditerranée ;
Vénérable Mathieu Lesseps 32° (REA) ex-consul général ;
Premier Surveillant Louis Nicolas, chef d'escadron gendarmerie ;
Deuxième Surveillant : Isaac Grant, négociant ;
Orateur : Pierre Cercignani, avocat ;
Secrétaire : Antoine Devoulx, négociant ;
Trésorier : Darius Mercati, directeur des Postes ;
Garde des sceaux : Georges Vitali, négociant ;
Experts : Joseph Terrazzi, négociant & Hippolyte Tiribilli, employé aux douanes ;
Maîtres des Cérémonies : Félix Vasse, négociant & Jean Grant , négociant ;
Terrible : François Scarpa, capitaine marine marchande ;
Couvreur : Moise Busnack, négociant ;
Économe : François Nazzar, négociant
Architecte : Jean Wulffen Jr, consul de Danemark ;
Trésorier des pauvres : Ange Carmi, négociant
Hospitalier : Ferdinand Manteri, négociant ;
Ordonnateurs des banquets : Cornelius Filippi, négociant & François Papanti, négociant ;
Adjoint au secrétaire : Jean-B. Magini, employé aux douanes ;
Adjoints aux maîtres des cérémonies : Moïse Coen Bacri (sic), négociant & Louis Battaglini, chirurgien.
Ancien vénérable : Auguste de Viany, Chef de bureau des douanes ;
Roses-Croix : Léon Vidal, négociant - Thomas Petrini, courtier - Daniel Moise, négociant.
Grand Écossais : Alexandre de La Valette, employé aux hospices ;
Élus : Herman Schbart, Ministre plénipotentiaire de Danemark ; Jean Bachelard, employé des
douanes.
Maître parfait : Vincent Saffandi, négociant
Maîtres : Théophile Boissi d'Anglas, commissaire des guerre - Julien Brunel, négociant - Isac Attias, propriétaire - Henri Mugniaini, négociant - Nicolas Giorni, avocat - Jean Walser, négociant - Paule Henry Wulfen, négociant - Abraham Busnach, négociant - Chrétien Due, négociant - Guillaume Mitechel, négociant - Antoine Granucci, officier de la compagnie départementale -Joseph Bernard, avocat - Jacob Recanati, négociant - Joseph Alliata, propriétaire - Joseph Pefetti, employé à la préfecture de Lucques - Gustave Wulffen, négociant.

Compagnon : Pierre Caire, négociant.


Apprentifs : Marciano Simonetti, consul général de Naples - Jacques Garbini, prêtre et docteur - François Massoni, aide de camp de S. A. I. le prince de Lucques - Jean Caselli, capitaine au 1er régiment de la garde nationale de Lucques - Maurice Vialis, négociant - Jean David, inspecteur des domaines à Pise - Isidore Giovannetti, directeur des postes - Jean Carmignani, professeur de droit criminel à l'université de Pise - Pierre Cilla, capitaine, Gendarmerie. -Jean Mutel, capitaine de gendarmerie à Livourne.


Frères absents : Jean, Bap., Lesseps, Pascal Lesseps, Pierre Massol, Auguste Mahelin, Philippe
Bertolacci, Charles Wiedman, Charles Balfour, Jean Pasco, Georges Aide' (sic), H. Alwein, J.-J. Lamarche, Georges Gaussen, Gérard Questroi, J. Joseph Lautier, Joseph Chauvet.


Apprentifs : Louis Buttafoco, Demetrius Maximum, Félix Lombard, Frédéric Brayer, Jacques Hergard, Auguste Renaudin,


Député au Grand Orient : Rouyer général de brigade


Associés libres : François Sequis, Jacques Ginot, J.-J. Melet, Mechin, Alesandre Desbeuf, Charles Prat, François Augear, Jean Toussaint Godard, Pierre Renard, Cas. Carre' (sic), Victor Morand, Bernard Oudin (tous officiers au 13e de Ligne). Eliert Lund, Niels Metersen, N. Cartensen, Truels Eger, Chresten Chrisiensen, Jorge Paulsen (Tous capitaines de marine marchande danoise).


Frères servants : Jean Ruffi, Ange Tagliazucchi, Fernand Frediani.).


La question prussienne.


Bulletin du Grand Orient de France, n° 3, 1844, pp 106 et 107 : "La position exceptionnelle des Maçons Israélites en Prusse semble préoccuper vivement les Maçons de l'Allemagne, de la France et de l'Angleterre, et on s'étonne à bon droit de cet ostracisme prononcé au nom de l'intolérance. Des observations ont été adressées à ce sujet au Grand Orient de France, qui les a renvoyées à l'examen d'une commission. Nous croyons pouvoir assurer qu'un article, dans lequel cette question sera examinée, paraîtra dans le prochain numéro du Bulletin".


Bulletin du Grand Orient de France, n° 6, décembre 1845, p 239 : "Des Maçons israélites en Prusse.


La position exceptionnelle des Maçons Israélites en Prusse continue à préoccuper non plus seulement les Maçons de l'Allemagne et de la France, mais aussi ceux de toutes les parties du globe ; c'est qu'en effet la question qui s'agite à l'égard de ces FF touche essentiellement à l'une des bases fondamentales de notre institution : la tolérance. Mais en France, où les leçons enseignées par l'histoire, implacable révélatrice des fautes du passé, ont appris ce qu'on pouvait craindre de l'oubli de ce principe inséparable de la vraie fraternité, cet anachronisme, oserons-nous dire politique, a soulevé de vives sympathies en faveur de ceux atteints par cette mesure renouvelée des siècles antérieurs. Plusieurs ateliers se sont adressés au Grand Orient et l'ont prié d'aviser aux moyens à prendre pour faire cesser un état de choses si contraires à l'esprit du dix-neuvième siècle. Le Grand Orient a pris en considération les demandes qui lui ont été soumises et qu'il a renvoyées à l'examen de la commission permanente. Cette dernière a consulté à cet égard de nombreux documents, ne voulant, dans une semblable affaire, négliger aucuns moyens pour éclairer sa religion, et l'un de ses membres sera incessamment chargé de présenter au Grand Orient un rapport sur cet important objet".


Bulletin du Grand Orient de France, n° 7, avril 1846, p 256 sqq. : Position exceptionnelle des maçons israélites en Prusse.


Cette question, qui a préoccupé et préoccupe encore si vivement les Maçons de tous les pays, vient d'être traitée au sein du Grand Orient de France, en sa séance du 3 de ce mois, et le Grand Orient a entendu avec le plus vif intérêt le rapport qui lui a été présenté à ce sujet, au nom de la commission permanente par le Frère Charrassin, son rapporteur.

Nous allons donner le texte de ce rapport, en faisant observer que le Grand Orient en a adopté les résolutions en leur entier, et a nommé une commission spéciale pour en suivre l'exécution.


Rapport sur la question relative a la position exceptionnelle

des maçons israélites en Prusse
présentée au G ? O ? de France, en sa séance du 3 avril 1846,
par le Frère Charrassin,
rapporteur de la commission permanente.96+01

 

"Très Chers Frères,
"De tous les coins du ciel de la Maçonnerie, à l'Est surtout et vers le Nord de la France, une voix unanime se fait entendre qui proteste contre l'espèce d'excommunication fulminée en Prusse contre nos Frères israélites. De Lyon, où cette voix solitaire, pour ne rien devoir au commun écho de la Maçonnerie française, s'exposait à mourir sans retentissement entre les limites d'une étroite circonférence ; des rives du Rhin au sommet des Vosges, de la Sarre à la Moselle et jusqu'aux rives de l'Escaut et de la Lys, partout alarmé, le sentiment de l'humaine confraternité s'est exhalée par d'éclatantes manifestations.

 
"L'Amitié Fraternelle de Bourg, La Fidélité à Lille, Les Vrais Amis de l'Ordre à Avize, Les Amis de la Vérité à Metz, ont plus expressément appelé l'attention du Grand Orient sur ce déplorable et solennel renoncement à la morale Maçonnique. La Fidélité de Lille vous conseillait "de menacer d'une rupture des Frères assez oublieux de leurs devoirs envers l'humanité pour faire revivre les préjugés du moyen âge". Les Amis de l'Ordre, à Avize, plus circonspects, peut-être plus prudents, mais tout aussi jaloux de la sainteté de nos devoirs, appréciant avec sagesse ce qu'il y avait de délicat et de difficile à s'immiscer dans l'administration d'une souveraineté étrangère, désiraient d'abord voir ouvrir des négociations et ramener le Sénat prussien par d'officieuses démarches, puis en cas d'inefficacité, d'appeler au secours du viol continué de la fraternité les armes même employées contre elle, et retourner en France contre les Frères prussiens l'excommunication dont on flétrit en Prusse nos Frères israélites.


"Enfin, Les Amis de la Vérité, le 29 juin 1845, entendirent les développements généreux, mais trop passionnés peut-être, trop débordants d'amères récriminations, par lesquels le Frère Landau engageait cette Loge à supplier le Grand Orient de convier à une ligue universelle contre les Loges souveraines de Berlin, tous les Grands Orients du monde pour frapper tous ensemble, comme d'un blocus général, la Maçonnerie d'entre l'Elbe et la Vistule, jusqu'à la révocation d'une si déplorable mesure. Ils nommèrent une commission particulière pour en faire rapport. Le 7 juillet suivant, cette commission s'associant au fond aux sentiments du Frère Landau, mais tempérant, avec une rare sagesse, ce qu'il y avait de trop orageux dans sa position, arrêta en principe :

 
"Que la tolérance est la vertu qui peut le plus contribuer à attaquer les préjugés et à combattre les erreurs... que la violence, au contraire, n'est pas l'arme qui convient pour les vaincre, et que toute autre voie que celle de la persuasion n'offrirait aucune chance de succès" ; que d'ailleurs le principe de la fraternité générale, voilée d'un nuage passager dans les Temples prussiens, compte pourtant à l'heure même, et jusque dans le sanctuaire, assez de zélés, assez de dignes défenseurs, pour qu'on puisse en augurer bientôt le pacifique triomphe : d'après ces motifs, la commission déclare "les mesures inopportunes", et propose à la Loge de renouveler sa protestation et de supplier le Grand Orient "de mettre tout à profit pour obtenir du suprême protecteur" le retour à une morale plus généreuse, et par cela même plus chère aux descendants d'un roi philosophe, et surtout pour faire ouvrir à titre de visiteurs, aux Maçons des Loges de France, ne fut-ce que par une juste réciprocité, l'entrée de toutes les Loges des rives de l'Oder.


"Enfin, dans sa séance du 4 août, la Loge de Metz écoutait la traduction d'un discours du Frère Kirsh, orateur de la Loge de Luxembourg et prêtre israélite. Ce Frère y rappelait cette grande parole de Salomon :
"Et même l'étranger qui n'est pas de ton peuple, Israël, et qui sera venu d'un pays éloigné pour glorifier ton nom, tu l'exauceras du haut du ciel, Grand Architecte de l'Univers !..." et, suivant cette grande idée comme une grande lumière, il se demandait si le Juif doit être moins que l'étranger pour les descendants de Salomon ! S'il n'est pas chrétien aussi par la croyance à l'unité de Dieu ? à l'immortalité de l'âme et surtout par la morale pratique ? Il se demandait si, pour différer sur la double nature du fils de Marie et sur les rapports du père, du fils et de l'esprit, sur le dogme de la présence réelle et sur d'autres particularités, comme aussi sur la manifestation, sur la direction miraculeuse de la pensée divine, le Juif ne marchait pas d'ailleurs sur les traces de Jean et du Christ ? Si le Christ, mort sur la croix pour l'humanité n'était pas pour lui, aussi bien que pour le chrétien, le sublime modèle du dévouement de toute la vie ? Si ce modèle sacré ne représentait pas pour tous deux le sacrifice continuel au bonheur du prochain ? Et si à ce titre tous les Juifs, comme tous les gens de bien, ne devaient pas s'efforcer de conformer toute leur vie à une vie si sainte, et n'étaient pas ainsi tous chrétiens du christianisme pratique, c'est-à-dire du véritable christianisme ? il se demandait enfin, si la Maçonnerie n'était pas précisément le temple commun, où tous, à l'abri des dogmes qui divisent, peuvent venir s'aimer dans la religion qui unit, et oublier les vaines et dangereuses spéculations des écoles religieuses.


"Telles sont, mes Frères, les trop justes plaintes de vos Loges : il est trop vrai que le principe de l'universalité maçonnique est entamé par quelques dispositions des statuts généraux de nos voisins du Nord ; que le mal est d'autant plus délicat à toucher, qu'il veut, pour être guéri, un retour sur une décision solennelle, et que ce retour, pour n'être pas parfois sans grandeur, peut n'être pas non plus sans danger pour la dignité et la considération d'un corps suprême. C'est assez dire l'embarras qui va environner votre délibération, où doivent se concilier à la fois les inflexibles devoirs envers l'Ordre, et les fraternels égards que mérite une puissance votre égale ; et ce qui ajoute encore et complique la situation, c'est la division du pouvoir souverain dans la constitution de cette puissance.


"Cent quatre-vingt-seize Loges y sont dirigées par trois Grandes Loges ; chacune de ces puissances travaille à sa manière, et dans un esprit et même d'après ses principes jusqu'à un certain point différent. Ces trois Grandes Loges sont la Grande Loge Aux Trois Globes, fondée par Frédéric II, qui administre à elle seule cent cinq Ateliers ; la Grande Loge d'Allemagne, qui en gouverne soixante, et la Grande Loge Royale York à L'Amitié, trente et un. Pour racheter le vice d'une action morcelée, et rattraper dans l'expédition des affaires générales une partie des avantages et de la régularité qu'assure seul en entier l'unité d'administration, les Grands Maîtres se réunissent au Prince royal, lien vivant, protecteur de ces trois familles, et ce comité forme la direction souveraine de l'Ordre. Il paraîtrait que rien de ses délibérations ne doit transpirer au dehors.


"Quant aux règlements généraux, ils demeurent en pleine exécution neuf années durant, et sont à ce terme soumis à révision. Or, à la Saint-Jean 5845, les neuf ans de l'ancienne loi expiraient, et avec eux sa vertu régulatrice ; et la loi révisée alors commençait à son tour sa neuvaine gouvernante. On y remarque, par malheur, la disposition suivante, triste héritage de sa devancière :


"Seront admis comme Frères visiteurs, à tous les travaux, excepté aux Loges délibératives, les Frères Chrétiens prouvant par un diplôme authentique qu'ils appartiennent à une Loge reconnue". C'est à cette barrière que les Israélites, consacrés sur vos autels ou sur les autels de la grande main de la fraternité ; c'est là que sur leur front humilié, le vieux préjugé, debout derrière les barreaux, comme une sentinelle sourde et muette, leur jette encore la malédiction barbare d'un autre âge.


"Assurément cette mesure n'est conforme ni aux principes essentiels de la Maçonnerie ni aux devoirs mutuels d'autorités en possession d'administrer les choses de la fraternité. Le Grand Orient de France réservant toujours, au foyer tout ouvert de sa nationale famille, des places pour les enfants de la famille prussienne, quelque religion qu'ils professent d'ailleurs, pourrait à bon droit se sentir blessé de ne pas trouver pour les siens un traitement semblable, de voir méconnus les droits sacrés conférés en son nom, et ses avances pour établir l'égalité des enfants des hommes. Il devrait se sentir blessé de voir en quelque sorte autour des champs de la Maçonnerie, par une contrefaçon sacrilège, s'étendre une manière de douane religieuse, pour fouiller à l'entrée des Temples le fond des consciences, et n'accorder l'hospitalité qu'aux croyances cotées au tarif pour passer en franchise.


"Mais le juste orgueil qui semble vous obliger à ne pas souffrir d'atteinte à notre nationalité maçonnique, ce dépôt remis à votre vigilance par les élections de vos Frères, n'est rien à notre avis auprès de cet autre dépôt dont le Grand Architecte de l'Univers a de toute éternité confié la garde au coeur de toute la Maçonnerie de la terre ; je veux parler du principe moral de l'Ordre entier.

"S'il est en effet quelque chose de clair pour nous, c'est que le cachet particulier qui distingue la morale maçonnique de toutes les autres, est l'universalité des grands sentiments qui en forme le fond ! Ce qui élève cette morale au-dessus de toute autre morale, c'est que ses inspirations divines enveloppent les battements de tous les coeurs et les mouvements de tous les esprits ; c'est qu'elle ne comporte, dans ses dimensions infinies, ni jalousie entre les sectes, ni concurrence entre les familles, les provinces, les nations industrielles ou politiques, ni rivalités, ni haines, ni privilèges de force, ni de race, ni de croyance, ni de couleur ! Son large drapeau, d'un pôle à l'autre, doit flotter au-dessus de tous les drapeaux divers ; il se déploie sur les étendards entre agités de Mahomet, comme sur ceux de Moise, sur la croix de Rome comme sur celle de Moscou, sur celle de Genève, comme sur celle de Londres, sur le Gange somme sur le Tibre, sur les Amazones comme sur l'Ohio ; sous son ombre ondoyante, au loin projetée, doivent un jour, parmi les distinctions effacées, vivre en frères, l'Indien et le Tatare, l'Américain et l'Arabe, le Grec et le Scythe, le Nègre et le Romain ; et tous ensemble, unis dans un même coeur, dirigés par un même esprit, former enfin la conscience commune du genre humain.


"C'est cette grandeur, cette généralité dans les pensées et les sentiments qui fait, n'en doutez pas, le propre, l'essence de nos doctrines. Détruisez ce grand caractère, et la Maçonnerie découronnée n'a plus rien à apprendre au monde, plus rien à lui faire pratiquer ; ses symboles devenus vides n'ont plus ni sens ni révélation ; et ses petites sociétés, éparses par le monde et sans objet, n'ont plus d'avance à offrir l'image de la grande société humaine ; elles ne sont plus comme autant de doux concerts s'exerçant et préludant à l'harmonie de l'ensemble, et s'efforçant même dès ce jour de réaliser dans un monde condamné, le bonheur promis au monde à venir !


"Détruisez ce grand caractère, et vous ne savez plus pourquoi tous les arts, toutes les professions, toutes les sciences et tous les cultes, toutes les activités, tous les travaux et toutes les pensées, toutes les religions et tous les climats se cherchent ici comme dans un rendez-vous commun ? Pourquoi toutes ces mains, que les habitudes et les moeurs tiennent à distance, viennent ici se serrer et s'unir dans une chaîne sans fin, et à travers les âges et les frontières, les mers et les montagnes, les usages et les préjugés ? Et vous ne savez plus pourquoi tombent ici les murailles d'airain, debout ailleurs entre les enfants des hommes, entre les fils du Christ et ceux de Mahomet, entre les noirs et les blancs, entre les races de l'Inde et celles de l'Europe, entre celles des nouveaux continents et celles de l'ancien ? Pourquoi disparaissent les distances et les aversions qui tiennent cantonnés dans des étages divers, forts et faibles, riches et pauvres, et ceux qui, courbés sur le métier ou la charrue, fécondent de leurs sueurs les champs et l'industrie, et ceux qui plus favorisés du ciel, cueillent dans le domaine de l'intelligence ou de la fortune une vie plus douce et moins semée d'épines ? Pourquoi se calment ici et brisent expirantes ces vagues que soulèvent toutes les passions, toutes les souffrances particulières, et qui, dans leur furie vagabonde, roulent les hommes, les familles et les peuples entrechoqués entre les ateliers, les héritages, les préjugés et les croyances diverses.


"Oui, c'est ici la grande école où chacun vient apprendre et développer en lui ce qu'il a de commun avec tous les autres et qui l'incorpore à l'humanité, et oublier ce qui lui est personnel et qui l'en isole ; c'est ici qu'aux vives flammes de l'égalité et de l'unité humaine, l'orgueil vient fondre ses armoiries, et le travail laver les flétrissures que la barbarie jeta trop longtemps sur son front humilié ! C'est ici que les enfants de l'industrie reconnaissent leurs frères dans les ouvriers et dans les rivaux qu'une aveugle concurrence désigne partout encore l'un à l'autre comme ennemis ou oppresseurs ! C'est ici qu'Arabe et chrétien, catholique et protestant, déposent leur armure de haine pour s'étreindre plus étroitement dans l'éternelle religion du genre humain, et que les fils de Moise et de Jésus viennent s'exercer à parler ensemble la grande langue, pour en répandre partout ensuite parmi les familles les fécondes harmonies.


"Si la Maçonnerie n'est pas l'immense atelier où les coeurs les mieux inspirés parmi toute secte, toute philosophie, où les âmes généreuses de chaque branche de l'intelligence et de l'activité de l'homme, où les penchants affectueux de toute contrée, divisés, excités sans cesse contre eux-mêmes, animés à une guerre intime par des luttes de tous les jours, peuvent enfin se préparer, se façonner au solennel apprentissage des moeurs humaines ; si la Maçonnerie n'est pas l'immense atelier où les âmes, trop à l'étroit dans la vie particulière de chaque industrie, de chaque clocher, de chaque adoration, de chaque race, de chaque nation, et lasses de porter plus que leur charge de haine et de mépris contre toute communauté qui ne vit pas de cette vie isolante, peuvent venir désapprendre les préjugés et les moeurs exclusives, et étudier par avance la grande vie de l'humanité, elle n'est plus rien qu'une secte ordinaire et n'a que faire en ce monde ; elle donne sa démission de toute fonction humaine. Si les fils du Coran ferment leur temple aux fils de l'Évangile, si ceux-ci aux fils de Moise, si les chrétiens de Rome à ceux de Londres ; pourquoi les blancs ne les fermeraient- ils pas aux noirs et les hommes de couleur aux races Mongoles ? Pourquoi pas les nobles aux enfants du peuple ? Pourquoi pas les Français aux Russes, les Slaves aux Allemands, l'Europe à l'Afrique ? Or, au milieu de cet univers en morceaux, au milieu de ces groupes séparés, barricadés les uns crainte des autres, parmi ce monde en mille compartiments isolés, se repoussant l'un l'autre, cherchez, je vous prie, ce que deviendrait le saint dogme de la fraternité universelle ? Cherchez sur ces milliers de bannières frémissant et s'entrechoquant au loin, le signe essentiel et distinctif de notre Ordre ! Et voyez autour de vous si le principe d'exclusion dans le sanctuaire n'est pas un principe de dissolution ? Si le souffle impie de ce principe, quelque sacrée que soit d'ailleurs
la raison qui l'invoque, le monument de la fraternité ne tombe point en ruine et ne menace pas de se dissiper comme une vaine poussière ! Et si chaque Maçonnerie, devenue nationale ou provinciale, ne descend pas aux maigres proportions d'une association particulière, d'une manière de confrérie ou de congrégation, sans enseignement propre, sans titre constitutif et méritoire dans les archives de l'humanité, sans lien général qu'elle étende sur le globe, où se puissent attacher les siècles, les familles, les nations et les continents, et qui la désigne et la caractérise entre toutes les autres corporations !


"C'est bien assez déjà que les mystères doivent demeurer fermés à la foule dont la triste ignorance emprisonne et étouffe la pensée ! C'est bien assez qu'une nécessité cruelle nous force ainsi à déshériter ces victimes sociales et à ne pas leur confier un apostolat qu'il les compromettraient sans profit pour elles-mêmes : nous ne devrions voir condamnés à ne jamais venir entendre la grande voix de la fraternité que les coeurs desséchés ou vides, ou corrompus sans retours, que les âmes flétries qui vivent et jouissent des larmes d'autrui, qui, se faisant une divinité d'elles-mêmes, y rapportent tout, et, consommées tout entières en elles, n'ont plus rien pour les souffrances ni pour l'enseignement des autres et ne sauraient être que membres morts d'une société toute vivante. Mais du moins n'élargissons pas ce cercle fatal ! Car la Maçonnerie sera d'autant moins la philosophie de l'humanité, d'autant moins elle-même, qu'elle élaguera du faisceau un plus grand nombre de rayons ! Le coeur simple et bon qui sait faire la grande prédication de l'exemple et de la vertu pratique, aussi bien que l'esprit éclairé qui sait la puissance du savoir, comme l'imagination brillante qui possède la magie des peintures ou l'émotion de la parole, tous doivent concourir à ses enseignements : et ces enseignements demeureront incomplets si dans un coin du monde, au fond d'une religion ou d'un peuple, dans quelque étage enfin de la vie qu'il puisse se rencontrer, un apôtre digne de l'Ordre pouvait, sous un vain prétexte, être écarté des tribus de la fraternité.


"Ainsi, réprouver en son nom un peuple tout entier, c'est prêter à l'Ordre de la fraternité universelle les passions étroites et presque vindicatives d'une croyance particulière et exclusive ; c'est en corrompre et en altérer l'essence et le but ; c'est faire, d'un principe commun à tous les hommes, un principe propre à certaine nation privilégiée et réduire l'unité humaine à une simple unité nationale ou moins peut-être ; c'est reculer aux siècles où chaque race se croyait plus pure que toutes les autres, et s'arroger le domaine de la terre, refoulant celles-ci à ses pieds, entre elle et les bêtes ! Devant cette profanation de la grande image de la Maçonnerie, le Grand Orient ne pouvait garder le silence : il devait tenter au moins de relever cette image aux yeux mêmes de l'autorité qui l'avait mutilée, tout en croyant, nous n'en doutons pas, et en voulant travailler à sa gloire. Mais le Grand Orient devait-il se contenter de répéter encore les protestations dont le monde maçonnique a déjà si vainement retenti ou bien appeler au secours de sa pensée méconnue la triste voix des représailles ?


"Sans doute il serait facile de mander avec son glaive l'ange chargé de défendre l'entrée de nos Temples à tous les Maçons de la Prusse : sans doute encore le Grand Orient pourrait se liguer peut-être avec la plupart des Grands Orients étrangers pour emprisonner l'intolérance chez elle et la ramener peut-être, par la nécessité d'une expansion étouffée, à de plus libérales pratiques. Il pourrait bien plus : jusque dans son sanctuaire, il irait audacieusement aborder une Maçonnerie rivale, où les fils d'Abraham serrés en foule, sous son Obédience, et plus généreux que les chrétiens, sauraient tendre des bras amis à des Frères prévenus et forcer enfin des portes jalouses à coup de persévérance et de dévouement : car au milieu des troubles et des embarras que cette administration nouvelle aurait ajoutés à la triple direction prussienne, il parait impossible qu'on pût longtemps retenir des Frères partout mêlés, partout enlacés déjà, et impatients de fortifier, de couronner tant de liens par celui d'une fraternité générale ! Non, ce mouvement entre les anciens et les nouveaux Frères viendrait tout droit sans aucun doute aboutir à une transaction sur le pied d'égalité : et les persécutions mêmes de l'autorité profane, si cette autorité avait pu s'y résigner, n'auraient fait qu'attacher plus vivement les opprimés à l'autel si douloureusement élevé et ajouter à leur influence la vertu du martyr !

A suivre...

 NOTES

74 Cf. Annexe 20-2-1899.

75 L. Sabah, Op. cit., p 292.

 
76 Pour tout ce développement, nous nous permettons de renvoyer à notre thèse, Op. cit., passim.

 
77 Cf. L. Sabah, Op. cit., passim.


78 M. Ansky, Les Juifs d'Algérie du décret Crémieux à la Libération, Paris, 1950, p 55 ; Ph. Bourdrel, Histoire des Juifs de France, Paris, 1974, p 258, n 1.


79 C. Riandey, Confession d'un Grand Commandeur de la Franc-Maçonnerie, Paris, 1989, p 197 :
"J'ai combattu, avec beaucoup d'autres, au prix de pénibles épreuves, l'envahissement de la Maçonnerie par les juifs, non pas par antisémitisme primaire, mais parce que la Maçonnerie, ouverte à tous les hommes de bonne volonté, qu'elles que fussent leurs opinions ou leurs croyances, ne devait devenir le champ d'expériences ou le champ d'action d'aucune secte, d'aucune confession, d'aucun parti, d'aucun particularisme".


80 Ch. Riandey, Op. cit., passim :
"Dans le conseil actuel - conseil élu en 1933 - il n'y aurait pas que deux Francs- Maçons, mais au moins trois : MM. Charruault, conseiller et Gourdain ont démissionné ; M. Girard, conseiller a été démissionné d'office par vous et il est assez étrange qu'un délégué à la propagande se permette par l'expression "seulement" de porter une critique contre un acte ministériel" A.N., 2 AG 517, rapport du préfet, 2-12-41.

(Paru dans la Revue des Etudes Juives, janvier 1996, t 155, fasc. 1-2)

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans FRANC MACONNERIE
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