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30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 19:12

 

 

 LA FRANC-MACONNERIE ET L'ANTISEMITISME


 
par Lucien SABAH

2ème partie

1ère partie

 

 

L'antisémitisme.


Mais nous arrivons en 1890.

L'affaire Boulanger est quasiment réduite, l'Affaire Dreyfus va naître en 1894. Nous sommes dans notre sujet. Pourquoi ne pas commencer à l'évoquer avec le début de l'Affaire Dreyfus ?
Tout simplement parce que la politique antisémite ne naît pas avec cette affaire : l'Affaire est bâtie sur le substratum antisémite qu'est le pamphlet de Drumont, La France juive 37. La masse de la littérature antisémite est considérable dès cette époque, au point qu'on peut se demander pourquoi toute la France ne fut pas antisémite, certainement parce que les Français sont équilibrés. Mais certains esprits sont suffisamment échauffés pour croire que tous les Juifs sont des traîtres ou mieux qu'un Juif ne peut être qu'un traître.


Et puis, il y a la politique où il faut gagner des voix.


La politique.


En 1897, le Conseil de l'Ordre du Grand Orient tient séance et débat des élections législatives. C'est que depuis au moins 1877, lorsque le gouvernement de l'Ordre moral fermait plus de 20 loges du Grand Orient 38, alors que ce dernier s'engageait à fond dans le soutient de la République et qu'il supprimait de ses Statuts la référence au Grand Architecte de l'Univers, la Maçonnerie française était devenue plutôt politique que spéculative et comme très souvent les Maçons font bien ce qu'ils font, ils s'engagèrent à fond dans la défense des institutions républicaines. Pour cela il fallait gagner les élections. Donc, il y a préoccupations électorales au Conseil de l'Ordre lors de la séance du 14-4-1897.


Dès lors, il ne faut pas être étonné d'apprendre, par exemple, qu'au Convent de 1897, le délégué de la Loge de Mostaganem rende compte qu'il a voté pour la nomination au Conseil de l'Ordre du Frère Lucipia, parce que la Loge qu'il représente est 39 ou encore que le Grand Orient soutient un préfet, le Frère Humbert, menacé par le gouvernement 40, ce préfet qui a encore l'appui du Gouverneur général de l'Algérie Jules Cambon.


Et ici, nous entrons un peu plus dans le vif du sujet.


Jules Cambon a été pris à parti par le journaliste Yves Guyot, dans les colonnes du "Siècle" 41 qui lui reproche tout à la fois et son étiquette politique et d'avoir attisé les haines raciales en Algérie. À Jules Cambon, il est aussi reproché par d'aucuns d'avoir fait créer une Loge maçonnique à Alger pour défendre sa politique antisémite 42.


L'accusation était sévère, mais la preuve manquait, puisque les archives de la Loge en cause, Soleil Levant, ne se trouvaient plus à leur place aux archives du Grand Orient. Nous avons eu la chance de pouvoir les retrouver par hasard.

Naturellement dans le carton concernant cette Loge, il n'y a aucun papier affirmant qu'elle fut créée par Jules Cambon ; nous avons seulement une lettre dans laquelle l'un des fondateurs de la Loge, le Vénérable Lebourgeois écrivait au Frère Bergere, à Paris, rendant compte de l'installation de la nouvelle Loge, le 14 mars 1896, et où il ajoutait : "... J'ai fort à faire pour arriver. Il y a de bons éléments, j'en ai déjà réuni ; j'ai une vingtaine de FF ∴ et j'ai en vue cinq nouveaux. Mais je ne saurais dire combien la Maçonnerie est déconsidérée à Alger. Et ce sont les opportunistes qui s'alliant avec les Juifs ont créé cette situation. Le Frère Gueirouard et le Frère Gosset ont fait le reste. Maintenant, le Frère Letellier cherche à grouper autour de lui des intérêts en vue des élections prochaines. La lutte contre le cléricalisme est laissée de côté, car il ne faut pas s'aliéner les Pères Blancs en vue des élections.


"Je vais tâcher de réagir et je ferai de mon mieux..."
43.


Il y a plus : le Frère Lebourgeois déclare avoir eu un entretien avec le Gouverneur général :
" Le 28-10-1896,
"T ∴ C ∴ Frère Fontainas,
"Le Frère Jules Cambon, Gouverneur général de l'Algérie, m'avait donné rendez-vous ce matin. Nous avons eu une très longue conversation.
"Je lui ai demandé la permission de lui recommander le cas échéant, nos FF ∴ du Soleil Levant. Il s'est mis entièrement à ma disposition.
"La conversation s'est terminée d'une façon tout à fait inattendue pour moi.
"L'interpellation Fleury-Navarin, d'où dépend la solution de la question du Gouvernement
général, vient en discussion à la Chambre la semaine prochaine.
"Le Frère Jules Cambon, commissaire du gouvernement, n'est pas sans appréhension sur l'issue définitive. C'est la grande partie qui se joue. Il a eu tous les succès au Sénat, mais à la Chambre, il craint que les députés Etienne et Thomson ne fassent dévier la discussion et ne provoquent du scandale de façon à empêcher la Chambre de conclure.
"Il m'a exprimé le désir que les FF ∴ députés le soutiennent dans la discussion. Je lui ai répondu que tout ce que je pouvais lui promettre c'est que son désir serait connu en haut lieu.
"Voulez-vous, T ∴ C ∴ Frère, vous charger de cette mission. Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer combien, en cas de réussite, la Franc-Maçonnerie algérienne en profiterait.
"Inutile de vous en dire plus long. L'affaire est entre vos mains.
"Le temps me fait défaut pour écrire au Frère Bergere. Je pense que vous voudrez bien m'excuser auprès de lui.
"Bien frat ∴ à vous.
S. Lebourgeois
"P.S. Le Frère Jules Cambon est du rite écossais
." 44. Cette lettre est accompagnée par la suivante : "Je vous communique la lettre que le T ∴ C ∴ Frère Lebourgeois vient de m'adresser au moment de partir pour Alger ; elle me paraît extrêmement importante.
Voudriez-vous la communiquer à notre T ∴ C ∴ (?? deux abréviations illisibles) Président, le Frère Desmons ? Il appréciera s'il ne convient pas, d'appeler l'attention de nos FF ∴ députés sur l'utilité et l'opportunité d'une intervention en faveur du Frère Cambon ; il y a urgence, l'interpellation de MM Fleury R** devant avoir lieu la semaine prochaine.
Bien à vous
Signé : Fontaine : 45 !


Ainsi, l'affirmation selon laquelle cette Loge a été créée par Cambon prend plus de valeur.

Un Franc-Maçon "juif" d'une autre Loge d'Alger ne s'était pas mépris sur le sens de la création de cette nouvelle Loge : il s'agit du Frère Honel dont le fondateur du Soleil Levant écrit :
"... Les FF ∴ de Bélisaire acceptent de fait et paraissent le considérer avec calme. Il n'y a parmi eux qu'un Juif, le Frère Honel46 qui craint que nous n'acceptions pas chez nous les Israélites et qui se remue le plus qu'il peut. Il a agi vigoureusement contre nous auprès du Frère Delpech, sénateur, mais celui-ci a paru assez indifférent à tout cela ; on le poussait à faire une démarche auprès de moi ; il n'en a rien fait. Le Frère Honel en a été pour ses intrigues ; il n'est pas arrivé à agir sur l'opinion..."47.


Quand une plainte du fondateur de cette Loge aboutit à Paris, un de ses premiers membres, le Frère Benezet comprend
"que les Sieurs Lebourgeois et Ebert ne travaillaient que dans un intérêt particulier et ne voulaient se servir de la Franc-Maçonnerie que comme d'une aide servile à leurs ambitions personnelles..."48).


Dès lors, il nous semble évident que la Loge Soleil Levant a bien été fondée par le Frère Cambon, que ce Frère s'est servi de la propagande anti-juive pour essayer d'influer sur les élections en Algérie ! Il n'est pas le seul a avoir eu un tel comportement. Des Francs-Maçons tendent à exclure, en Métropole, des "profanes" issus de familles de confession juive.


En Métropole.


Le 26-2-1896, la Loge Fraternité des Peuples, de Paris, appelait l'attention du Conseil de l'Ordre du Grand Orient : "... il a certainement été porté à la connaissance du Conseil de l'Ordre que, durant ces deux dernières années, on avait vu surgir dans cette Loge une sorte de question sémitique, qui aurait pu reprendre des proportions inquiétantes pour l'Ordre... Certains Frères semblaient parfois plus soucieux de l'origine de leur religion que partisans de l'exacte vérité..."49.


"La Loge Saint Jean de Jérusalem, Orient de Nancy, demande l'avis du Conseil de l'Ordre sur le cas d'un profane présenté à l'initiation dans cette Loge, et qui est refusé, parce qu'il est Juif, et bien que les rapports résultant de l'enquête lui soient des plus favorables. C'est un homme honnête, patron d'une importante usine, adoré de ses ouvriers. Sa qualité de Juif est le seul 50 motif invoqué hautement par ceux qui ont entaché le scrutin.


Le Conseil, se conformant aux décisions qu'il a déjà prises dans des circonstances analogues, rappelle les FF ∴ de la Loge de Nancy à l'observation des principes de la Franc-Maçonnerie et des prescriptions formelles des articles 1 et 2 de la Constitution du Grand Orient de France.
Aux termes de l'article 63 du règlement général, le Vénérable nommera trois nouveaux commissaires pour procéder à une nouvelle enquête sur le profane qui paraît être, d'après les explications données, seulement ajourné à un mois. Le Conseil espère que, dans le nouvel examen auquel l'Atelier se livrera au sujet de ce profane, les membres de la Loge ne s'écarteront plus de l'esprit de tolérance qui est celui de notre Constitution, et qu'ils comprendront tous qu'il est absolument contraire à toutes les idées dont la Franc-Maçonnerie s'honore, de faire à un récipiendaire un grief de sa race ou de la religion dans laquelle il est né 51".

C'est en Algérie que nous avons l'illustration la plus parfaite de ce que le dévoiement de l'esprit maçonnique a pu réaliser.


Dans ses "Mémoires", l'ancien maire de Constantine, Morinaud raconte comment il a mené la lutte contre les Juifs dans sa ville. C'est lui, franc-maçon et maire de la ville, qui entraîne sa Loge Union et Progrès dans la campagne antisémite. Il s'en explique d'ailleurs longuement dans le premier tome de ses mémoires, le seul paru à notre connaissance 52. Il fait adopter par sa Loge une motion demandant l'expulsion de Juifs de la Franc-Maçonnerie à laquelle la Loge d'Oran, Union Africaine répond vivement 53.


Ce rappel ne présente aucun intérêt sauf quand on rappelle que Morinaud a été un des responsables de la Maçonnerie à Constantine, avec une audience nationale 54 et qu'au même moment où il engageait la lutte contre la communauté juive de sa ville, à Oran, le Vénérable de la Loge
Union Africaine, l'avocat Bogros, écrivait dans l'hebdomadaire que la Loge publiait sous son titre "Union Africaine" : " ****" 55.


À Alger, c'est le Frère Samary qui mène l'attaque contre les Juifs et demande l'abrogation du Décret Crémieux.


Il y a ici convergence de Francs-Maçons qui en veulent à leurs concitoyens juifs !


À Tlemcen, la Loge provisoire adresse une lettre au Conseil de l'Ordre du Grand Orient pour exiger la libération du "profane" Max. Regis, le maire antisémite d'Alger, qui venait d'être emprisonné pour outrage à magistrat 56.


La Loge de Mostaganem et l'antisémitisme.


Prenons l'exemple de la Loge de Mostaganem,
Trinosophes Africains, nous avons pu consulter les Livres d'Or pour cette période. Ils sont extraordinairement significatifs, nous nous permettrons d'en tirer quelques passages.


Lorsque le frère Mardochée Cohen démissionne de la Loge, cette demande suit son cours normal et une commission est régulièrement envoyée auprès de Cohen pour le faire revenir sur sa décision 57. D'ailleurs Cohen avait été élu Maître des Cérémonies en 1876 58.

Nous sentons les prémisses du malaise relatif à l'admission de juif dans la Loge en 1886, lorsque le vénérable décide de garder "sous le maillet" des rapports sur la demande d'initiation présentée par le profane Nissim Cohen, quelques temps plus tard, les rapports sont incomplets, et puis deux rapports sur trois étant défavorables, le candidat est ajourné à un an ; curieusement, il y a un nouveau vote un mois plus tard, le scrutin est alors de 4 boules noires sur 17, alors à la tenue suivante, le vénérable invite les frères opposants à l'initiation de Cohen à lui faire connaître les motifs de leur vote 59.


Nous trouvons mention de la question juive au sein de la Loge dans cet extrait du Procès-Verbal du 17 février 1890 :

"Attaques contre la juiverie."
"D'après les règlements de la Constitution du Grand Orient de France, les ateliers ne doivent dans leurs tracés ne s'occuper ni de politique ni de questions religieuses.
"En conséquence, si le clan israélite est attaqué par le clan catholique, c'est à lui de se défendre. La Maçonnerie n'ayant de lien commun avec aucune confession, ne peut intervenir dans ces luttes sans compromettre un de ses principaux caractères qui a pour base la Tolérance.
"La Maçonnerie n'est ni catholique, ni protestante, ni juive, ni attachée à aucune secte religieuse.
"Que la secte qui est attaquée se défende par la voie de la presse, ou par tous autres moyens justes, c'est son droit.
"Les Juifs ne peuvent plus se présenter en opprimés.
"Le temps de l'inquisition est déjà loin. Celui de la liberté de conscience la remplace (sic).
La Maçonnerie reste donc au-dessus de ces luttes et sans s'en désintéresser ne peut prendre ouvertement aucun parti"
60.

Par contre la présence en ville du frère Mardochée Cohen semble poser des problèmes à la Loge lorsqu'il est question de dresser la liste de souscription pour la fête que la Loge veut organiser et le frère Brunet de déclarer : "En englobant tous les Maçons de Mostaganem, nous serions obligés aussi de comprendre les femmes de nos frères Antoine Pizzoli et Mardochée Cohen. Ces deux frères étant dans une situation maçonnique qui lui paraît absolument irrégulière, le Vénérable ajoute que dans le monde profane, il a eu souvent à subir de la part des profanes des invectives blessantes pour la Maçonnerie concernant l'initiation des frères Pizzoli et Mardochée Cohen et propose franchement des moyens possibles pour arriver à la radiation" 61. Mais, compte tenu du rapprochement de Pizzoli et de Cohen, nous pouvons penser qu'il s'agit de question commerciales et non pas raciales. Nous verrons même la Loge de Mostaganem écrire officiellement le Frère Ben Saadoun de Mazounah "pour l'engager à nous amener des indigènes" 62 .

En 1895, la Loge de Mostaganem adopte le vœu suivant :


"Considérant qu'il est urgent de dénoncer ce fait social qui avec raison, a pu être appelé le péril juif ;
"Considérant qu'il est urgent de mettre en garde les Ateliers contre l'envahissement de la Franc-Maçonnerie par les Juifs ;
"À l'unanimité, la Loge Les Trinosophes Africains
"Donne mission à ses délégués de combattre le voeu des Loges de Constantine et de soumettre à l'approbation du Congrès la résolution suivante : Le Congrès recommande aux Ateliers de la Fédération de ne recevoir dans leur sein, les Juifs, qu'avec la plus grande réserve et la plus grande circonspection ;
"S'associe au mouvement antisémite en tant que ce mouvement a pour effet d'attirer l'attention du gouvernement sur la situation privilégiée qui est faite aux Juifs dans les différentes administrations et dans l'armée, en leur confiant des postes qui devraient être exclusivement réservés à des Français" 63.


Continuons la lecture du
"Livre d'Or" de la Loge de Mostaganem, nous apprenons que le Frère Yvars a la possibilité de développer ses idées à propos de l'abrogation du décret Crémieux, lors de la réunion du 28-6-1897, peu après qu'il y a eu des incidents dans la ville 64, proposait que la Loge demande l'abrogation du décret Crémieux, avec effet rétroactif. Sa proposition recevait l'appui d'un autre membre de la Loge, lorsqu'un délégué au Conseil de l'Ordre, le Frère Priou, prenant la parole, donna une leçon de tolérance maçonnique au signataire de la proposition et, gentiment, lui fit comprendre qu'il valait mieux qu'il la retire 65. Si bien que lorsqu'un Frère est questionné sur sa conduite à propos de la question juive, sa réponse est significative : il ne sait plus ce qu'il doit faire par rapport à la Maçonnerie 66.

Les antisémites


Le 14-6-1897, la Loge délibère sur la situation du
"Frère Truc, huissier à Inkermann (qui) est menacé d'une révocation pour avoir, à la suite des troubles antijuifs, signé une pétition à l'adresse du Gouverneur Général désapprouvant les mesures prises à l'égard des jeunes gens de cette localité. Le Vénérable Rigaud donne connaissance des démarches faites par les cinq Lumières de l'Atelier auprès du Grand Orient pour éviter la révocation dont le Frère est menacé" ; à la suite de cette discussion, l'ordre du jour de la tenue porte : "Question anti-juive : le Frère Yvars donne lecture d'un travail qu'il a préparé à la hâte où il fait l'historique des troubles antijuifs qui ont pris naissance à Mostaganem et qui se sont étendus dans toute la province. Les troubles ont été provoqués par l'élément juif auteur d'un guet-apens aussi vil que lâche et digne seulement des enfants d'Israël.
"Il fait à grands traits l'historique de la richesse des Juifs et des moyens qu'ils emploient pour spolier la société.
"Il nous les montre tels que nous les connaissons : usuriers, s'attachant aux opérations de commerce mais incapables d'un travail manuel et ennemis par conséquent de la colonisation dont ils entravent l'essor par leurs opérations usuraires.
"Il conclut en proposant l'adoption d'un voeu tendant à l'abrogation du décret Crémieux.
"Après une discussion à laquelle prennent part plusieurs membres de l'Atelier, il est décidé que le Frère Yvars préparera ce voeu qui sera étudié par la commission pour être ensuite soumis au vote de l'Atelier"
67.


Effectivement, le Frère Yvars donne lecture lors de la réunion suivante de son projet tendant à l'abrogation du Décret Crémieux :


"Faisant l'historique de la question juive, le Frère Yvars, dans un langage très dur pour les Juifs nous les montre usuriers, sans patrie, faisant de mauvais soldats et partant incapables d'être de bons citoyens. Il fait ressortir la précipitation qui a été apportée en 1871, au lendemain de nos désastres pour faire aboutir ledit décret Crémieux, donnant à tous les Juifs indigènes le titre de Citoyen français. Et par des considérants habilement agencés, il arrive à exposer son vœu concernant l'abrogation pure et simple du décret dont il s'agit avec une condition, c'est que la loi à intervenir aura un effet rétroactif.
"Le Vénérable dit qu'on a fait observer au Frère Yvars au sein de la commission des vœux qu'une motion identique avait été votée il y a deux ans par le Congrès de Constantine, mais que le Grand Orient ne lui a pas fait un accueil favorable. Avant de voter un pareil voeu, il est nécessaire de le discuter froidement en Loge, d'autant plus qu'il ne paraît pas répondre aux sentiments maçonniques exprimés dans l'article 1er de notre Constitution"
68.

Et c'est là que cela devint intéressant : la réunion se poursuit par la proposition du Frère Courtois qui ne demande rien moins que les "Frères de l'Orient qui occupent des Juifs les remplacent par des Français" et que la Loge "combatte l'influence financière des Juifs de la localité". Alors, le Frère Priou, membre du Conseil de l'Ordre prend la parole pour montrer à ses Frères comment ils se fourvoient dans ces considérations curieuses, amenant les Frères intervenant à se rétracter 69. Si bien que lors de la "tenue" suivante, le Frère Yvars présente une demande pour obtenir l'honorariat "à cause de certains déboires qu'il aurait eus en Loge" et devant les assaut de gentillesse, dont ceux de Priou, il accepte de rester membre de la Loge 70.


Cette passe ne suffit pas et le 6-12-1897, au cours de la discussion relative au bal que la Loge doit offrir, bal qui est un des événements de la saison, le Frère Chabault propose de
"n'inviter aucun Juif à notre bal. Le Frère Bertrand est étonné qu'une pareille propositions soit faite dans un local maçonnique. Elle est d'ailleurs anticonstitutionnelle et il compte sur la sagesse et sur les sentiments maçonniques du Vénérable pour ne pas ouvrir une discussion à ce sujet en Loge. Il trouve d'ailleurs étrange que ce soit un Frère aussi jeune que le Frère Chabault qui fasse une telle proposition. Le Frère Maury appuie le voeu présenté par le Frère Chabault espérant qu'on ne lui fera pas le même reproche en ce qui concerne une jeunesse maçonnique. Le Vénérable : C'est rouvrir la discussion que de répondre maintenant au voeu du Frère Chabault, proposition qui ne peut-être vidée actuellement" 71.

Encore une fois, il faut chercher l'explication de la sortie du Frère Chabault à une date ultérieure, et elle consiste simplement dans ce que les élections au Conseil Général vont avoir bientôt lieu, et comme le Frère Chabault a, au cours de la campagne, mis publiquement en cause la Maçonnerie, sa situation maçonnique est alors examinée par ses Frères 72 !


En 1899, les thèses antijuives vont avoir encore un écho au Convent du Grand Orient de France à Paris, lorsque le délégué de la Loge de Mascara, le Frère Meiss vote contre la déclaration que cette assemblée décide de proclamer 73.


Troisième partie

 

Notes :

37 E. Drumont, La France juive, Paris, s. d. (1886).


38 BGO, 1877, passim ; les loges suivantes sont fermées par Foutrou : Orion, Gaillac ; Les Amis de la Parfaite Union, Perpignan ; L'Humanité, Nevers; La Parfaite Égalité, Paris ; Triple Essence, Saint-Malo ; La Fraternité, Avallon ; L'Auguste Amitié, Condom ; La Fraternité, Brive ; Amis Persévérants etc., Perigueux ; La Cosmopolite, Vichy ; La Justice, Marmande ; Les Coeurs Réunis - L'Encyclopédique - La Française des Arts - La Parfaite Harmonie - Les Vrais Amis Réunis, Toulouse ; La Ligne Droite, Auch ; La Fraternité, Caussade ; Les Arts et l'Amitié, Aix ; La Persévérance, Vienne.

 
39 AGO, LA, 25-10-1897, Compte-rendu du Frère Maillols.


40 BGO, Convent 187**, p**.


41 Y. Guyot, L’œuvre de M. Jules Cambon, Paris, s. d.


42 ****

43 A.G.O., Alger, Soleil Levant, Lettre de Lebourgeois à Bergere, 19-3-1896.


44 A.G.O., Alger, soleil levant, Lettre à Fontainas, 28-10-1896.

 
45 A.G.O., Alger, Soleil Levant, Lettre du 28-10-1896 à Brugere.

46 Ce Frère fut aussi président du Consistoire israélite d'Alger, Cahiers de la GLF, **.


47 A.G.O., Alger, Soleil Levant, Lettre de Lebourgeois à Bergere, 24-1-1896.


48 A.G.O., Alger, Soleil Levant , Rapport sur la réclamation adressée au Grand Orient de France par le Frère Stanislas Lebourgeois.


49 L. Sabah, la Franc-Maçonnerie à Oran, 1832-1914, Paris, 1991, p 494, n 42.

 
50 Souligné dans le texte.


51 BGO, Conseil du 31-5-1897, pp 15 & 16.

52 E. Morinaud, Cinquante années d'histoire politique du département de Constantine, mes mémoires, première campagne contre le Décret Crémieux, Alger, 1941.


53 P. Lamarque, Le Grand Orient de France et l'antisémitisme, Humanisme, n° 120-121, déc. 1977, p 68.


54 Au Congrès des Loges de Constantine, dans "sa" ville, en 1895, les congressistes acceptent une motion demandant l'abrogation du Décret Crémieux, une lettre qu'il adresse au Convent est ovationnée en 1896, BGO, 1896, Convent, p 354.

 55 Union Africaine , *.

56 A.G.O., Tlemcen, Loge Union, Lettre du 27-3-1898, au Grand Orient : "Nous avons la faveur de porter à votre connaissance l'extrait de procès-verbal suivant de la tenue solennelle du 23-3-1898 de la Respectable Loge l'Union, Orient de Tlemcen :
"Sur la proposition d'un de nos Frères, l'atelier vote à l'unanimité l'ordre du jour suivant :
"La Respectable Loge l'Union de Tlemcen, tout en blâmant la conduite du journaliste Max. Régis, un des fauteurs de troubles d'Alger, proteste contre son arrestation arbitraire qui constitue une violation flagrante des droits de la liberté individuelle et des principes contenus dans la déclaration des Droits de l'Homme.
"La Respectable Loge l'Union de Tlemcen décide que sa protestation sera envoyée au Conseil de l'Ordre et à toutes les Loges algériennes.
"Elle prie en outre le Conseil de l'Ordre de vouloir bien intervenir auprès des pouvoirs publics pour demander la mise en liberté de Régis...".


57 AGO, LA, 19-5-1879.


58 Ibid., 4-12-1876.

59 AGO, LA, TA, 5-7, 18-10, 25-10, 8-11 1 15-11-1886.

 
60 Ibid., AGO, LA, 17-2-1890.


61 Ibid., 5-1-1891.


62 A.G.O., LA, 28-3-1892.

68 A.G.O., LA, Mostaganem, 28-6-1897.


69 A.G.O., LA, Mostaganem, 28-6-1897.


70 A.G.O., LA, Mostaganem 5-7-1897.


71 A.G.O., LA, Mostaganem, 6-12-1897.


72 A.G.O., LA, Mostaganem, 3-10-1898.


73 BGO, Convent, 1899, p 14. Cf. annexe *.

(Paru dans la Revue des Etudes Juives, janvier 1996, t 155, fasc. 1-2)


Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans FRANC MACONNERIE
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