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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 00:36

 

 

Moïse et le monothéisme

par Sigmund Freud

1939

10ème partie

9ème partie

8ème partie

1ère partie

III

Moïse, son peuple et le monothéisme :

 

III. L' analogie

C'est dans un domaine en apparence très éloigné de notre problème que nous découvrirons la seule analogie satisfaisante touchant le curieux processus observé dans l'histoire de la religion juive, mais cette analogie est si complète qu'on pourrait presque parler d'identité. Nous y retrouvons le phénomène de latence, l'apparition de manifestations inexplicables qu'il faut cependant expliquer, la nécessité d'un événement passé et ensuite oublié et aussi cette compulsion qui, s'imposant à la pensée logique, domine la vie psychique, trait qui n'entre pas en jeu dans la genèse de l'épopée.


Cette analogie, nous la trouverons dans la psychopathologie, dans la genèse
des névroses humaines, c'est-à-dire dans un domaine du ressort de la psychologie individuelle, alors que les phénomènes religieux, eux, appartiennent à la psychologie des foules. On verra que cette analogie n'est pas aussi surprenante qu'elle n'apparaît à première vue ; elle équivaut plutôt à un postulat.


On appelle traumatismes les impressions reçues dans le jeune âge et plus tard oubliées et nous leur assignons un rôle très important dans l'étiologie des névroses. Mais est-il bien vrai que l'étiologie des névroses soit en général traumatique? A ceux qui affirment cette origine, on objecte immédiatement qu'en certains cas il n'est guère possible de retrouver et de mettre en évidence, dans l'histoire précoce du névrosé, un semblable traumatisme. Souvent nous en sommes réduits à ne rien découvrir d'autre qu'une réaction insolite à certains événements, à certaines obligations que tout être est obligé de subir. Nombre d'individus les supportent de la façon que nous qualifions de normale. Quand il ne nous est possible d'expliquer l'apparition d'une névrose qu'en invoquant telle prédisposition constitutionnelle, héréditaire, nous sommes naturellement tentés de dire que la névrose n'a pas été acquise, mais qu'elle s'est lentement développée.


Toutefois il convient ici de noter deux faits - d'abord que la genèse des névroses se ramène partout et toujours à des impressions infantiles très précoces 1 et ensuite que dans certains cas dits « traumatiques », les effets résultent évidemment d'une ou de plusieurs fortes impressions ressenties dans l'enfance. Ces impressions ont échappé à une liquidation normale et l'on est ainsi tenté de dire que
si les événements en, question n'étaient pas survenus, la névrose ne se serait pas non plus déclarée. Il sera suffisant, pour atteindre notre but, de limiter à ces cas traumatiques nos recherches sur l'analogie, mais entre ces deux groupes, le fossé ne semble pas infranchissable. Il est très possible de réunir dans une conception unique les deux conditions étiologiques ; il s'agit seulement de définir ce qu'on considère comme traumatique. Si nous admettons que l'élément quantitatif seul donne à un événement son caractère traumatique, nous en devons conclure que lorsque cet événement provoque certaines réactions pathologiques insolites, c'est qu'il a été trop exigé de la personnalité. Nous dirons donc que certains faits agissent comme des traumatismes sur certaines constitutions, tandis qu'ils demeurent sans effet sur d'autres. De là, la conception d'une échelle mobile, de ce qu'on appelle une « série complémentaire » où deux facteurs concourent à l'étiologie, un moins de l'un étant compensé par un plus de l'autre. En général les deux facteurs agissent ensemble et ce n'est qu'aux deux extrémités de la série que nous pouvons parler d'une motivation simple. Ces réflexions nous amènent à conclure que nous ne devons pas attacher d'importance, en ce qui concerne notre analogie, à la différence entre étiologie traumatique et étiologie non traumatique.


Malgré les risques de répétitions, nous pensons qu'il est utile de grouper ici les faits qui présentent l'importante analogie en question. Les voici donc : nos recherches nous ont montré que ce que nous appelons phénomènes ou symptômes d'une névrose est dû à certains événements et impressions qui, justement à cause de cela, sont à nos yeux des traumatismes étiologiques. Nous avons deux tâches à remplir : rechercher, fût-ce d'une façon schématique, d'une part les caractères communs à ces événements et d'autre part, ceux des symptômes névrotiques.


a) Étudions en premier lieu les traumatismes. Tous se situent dans la première enfance jusqu'à la cinquième année environ. Les impressions reçues à l'époque où l'enfant commence à parler sont particulièrement intéressantes ; la période qui s'étend entre deux et quatre ans semble être la plus importante ; il n'est pas possible de déterminer avec précision à quel moment débute cette réceptivité aux traumatismes.


b) Les événements en question sont, en règle généraL, totalement oubliés et restent inaccessibles au souvenir. Ils appartiennent à la période d'amnésie infantile, laquelle est souvent interrompue par quelques fragments de souvenirs.


c) Il s'agit d'impressions d'ordre sexuel ou agressif et certainement aussi de blessures précoces faites au moi (blessures narcissiques). Ajoutons que d'aussi jeunes enfants ne sont pas encore capables comme ils le seront plus tard de distinguer les actes sexuels des actes purement agressifs (interprétation «sadique» erronée de l'acte sexuel). Cette très frappante prédominance du facteur sexuel a besoin d'être théoriquement expliquée :


Ces trois points : apparition précoce au cours des cinq premières années, oubli, contenu agressivo-sexuel, sont étroitement liés. Les traumatismes sont ou bien des événements intéressant le corps du sujet ou bien des perceptions, surtout des perceptions visuelles ou auditives, donc des événements vécus ou des impressions. La connexion de ces trois points a été théoriquement établie grâce au travail analytique. C'est ce dernier seul qui doit nous permettre de
retrouver les incidents oubliés ou, pour parler de façon plus hardie mais plus incorrecte, de ramener à la mémoire des incidents. Contrairement à la croyance générale, la théorie nous enseigne que la vie sexuelle des êtres humains (ou ce qui y correspondra ultérieurement) connaît tôt une floraison qui se termine vers l'âge de cinq ans. Suit ce qu'on appelle la période de latence qui se prolonge jusqu'à la puberté et durant laquelle cesse l'évolution de la sexualité, celle-ci subissant même une rétrogradation. Cette théorie, qui se trouve corroborée par l'étude anatomique du développement des organes génitaux internes, nous amène à penser que l'homme descend d'une espèce animale dont la maturité sexuelle devait se produire vers la cinquième année. Elle nous fait aussi soupçonner que l'arrêt temporaire ainsi que l'évolution en deux temps de la vie sexuelle sont intimement liés à l'histoire de l'évolution humaine, au « devenir humain ». L'homme semble être l'unique animal à subir cette latence et à avoir cette sexualité différée.


Aucune observation, je crois, n'a jusqu'ici été faite à cet égard sur des primates, elle serait d'un grand prix pour notre théorie. Le fait que la période d'amnésie infantile coïncide avec le développement précoce de la sexualité ne saurait laisser la psychologie indifférente. Peut-être est-ce cet état de choses qui fournit les conditions nécessaires à l'éclosion des névroses, maladies qui semblent être un privilège humain et qui, ainsi envisagées, apparaissent comme des reliquats d'époques primitives, à la manière de certaines parties de notre corps.


Quels sont les caractères et les particularités communs à tous les symptômes névrotiques ? Il convient de noter ici deux points importants .


a) Les traumatismes ont deux sortes d'effets, des effets positifs et des effets négatifs. Les premiers constituent des tentatives pour remettre le traumatisme en valeur, c'est-à-dire pour ranimer le souvenir de l'incident oublié ou plus exactement pour le rendre réel, le faire revivre. S'il s'agissait d'un lien affectif précoce, ce tendre sentiment renaît de façon analogue en s'adressant cette fois à une autre personne. On donne à l'ensemble de ces efforts le nom de « fixations au traumatisme » ou encore d' « automatismes de répétition ». Ils peuvent être intégrés dans un moi soi-disant normal et conférer à celui-ci, en tant que tendances permanentes, leur caractère d'immuabilité bien que, ou plutôt du fait, que leur fondement réel, leur origine historique aient été oubliés. C'est ainsi qu'un homme qui a eu, dans son enfance, un attachement excessif et aujourd'hui oublié à sa mère, recherchera peut-être, toute sa vie durant, la femme dont il pourra dépendre et qu'il laissera le nourrir et l'entretenir. Une jeune fille, séduite dès son jeune âge, pourra organiser toute sa vie sexuelle ultérieure de façon à toujours provoquer de semblables assauts. Envisager ainsi le problème de la névrose nous permet d'aborder celui de la formation du caractère en général.


Les réactions négatives tendent vers un but diamétralement opposé. Les traumatismes oubliés n'accèdent plus au souvenir et rien ne se trouve répété ; nous les groupons sous le nom de « réactions de défense » qui se traduisent par des « évitements », lesquels peuvent se muer en « inhibitions » et en « phobies ». Ces réactions négatives contribuent considérablement, elles aussi, à la formation du caractère. De même que les réactions positives, elles sont, somme toute, des fixations au traumatisme tout en obéissant à une tendance inverse. Les symptômes de la névrose proprement dite constituent des compromis auxquels contribuent toutes les tendances négatives ou positives issues des traumatismes. Ainsi c'est tantôt l'un, tantôt l'autre des deux composants qui prédomine. Ces réactions antagonistes engendrent des conflits que le sujet ne parvient généralement pas à résoudre.


b) Tous ces phénomènes, les symptômes comme les rétrécissements du moi et les modifications permanentes du caractère ont un caractère compulsionnel, c'est-à-dire que si leur intensité psychique est grande, ils prennent, vis-à-vis des autres processus psychiques adaptés au monde extérieur et qui obéissent aux lois de la pensée logique, une indépendance marquée. Nullement ou insuffisamment influencés par la réalité extérieure, ils ne tiennent guère compte des choses réelles ou des équivalences psychiques de celle-ci, de sorte qu'ils se trouvent aisément en opposition active avec elles. Ils constituent, pour ainsi dire,
un état dans l'État, un parti inaccessible, impropre au travail en commun, mais qui cependant réussit parfois à vaincre les autres, ceux qu'on appelle normaux, et à les domestiquer. Quand cela arrive, c'est que la réalité psychique interne en arrive à prédominer sur la réalité extérieure et la voie vers la psychose est ainsi ouverte. Même quand les choses ne vont pas aussi loin, il est impossible de méconnaître l'importance pratique de ces phénomènes. Les inhibitions, l'incapacité de s'adapter à l'existence qui sont le fait des gens en proie à une névrose, constituent, dans la société humaine, un facteur très important. La névrose peut être considérée comme la manifestation directe d'une « fixation » de ces malades à une époque précoce de leur passé.


Étudions maintenant la latence qui nous intéresse particulièrement du point de vue de notre parallèle analogique. Au traumatisme infantile peut succéder immédiatement
une névrose infantile ; cette dernière se manifeste par des efforts de défense qui s'accompagnent de symptômes. Une pareille névrose peut durer longtemps et provoquer de voyantes manifestations ou bien demeurer latente et passer inaperçue. C'est généralement la défense qui y prend le dessus, mais, quoi qu'il arrive, certaines modifications du moi se produisent et demeurent comme des cicatrices. Il est rare qu'une névrose infantile se continue sans interruption par une névrose de l'adulte. Il arrive bien plus fréquemment qu'une période de normalité lui fasse suite, processus qui est sans doute facilité ou permis par la latence physiologique. C'est plus tard seulement que la névrose deviendra définitivement manifeste par l'effet retardé du traumatisme.

Cela se produit soit au moment de la puberté soit un peu plus tard. Dans le premier cas, les pulsions renforcées par la maturité physique reprennent la lutte dans laquelle elles avaient d'abord succombé. Dans le second cas, la névrose se manifeste plus tard parce que les réactions et les modifications du moi provoquées par le mécanisme de défense nuisent à la réalisation des tâches nouvelles imposées au moi par la vie, de sorte que de graves conflits surgissent entre un monde extérieur exigeant et un moi qui cherche à protéger l'organisation si péniblement établie lors de sa lutte défensive. Cette période de trêve entre les premières réactions au traumatisme et l'apparition ultérieure de la maladie est un phénomène typique. La maladie peut être considérée comme une tentative de guérison, comme un effort tenté pour rassembler les éléments du moi que le traumatisme avait dissociés, pour en faire un tout puissant en face du monde extérieur.Toutefois cette tentative est rarement couronnée de succès si le travail analytique ne vient à la rescousse et même en ce dernier cas, la réussite n'est pas toujours certaine. Assez souvent, le processus s'achève par la destruction, le morcellement du moi ou par la victoire sur ce dernier de l'élément précocement dissocié et dominé par le traumatisme.


Pour convaincre le lecteur, il faudrait mettre sous ses yeux un exposé détaillé de la vie de nombreux névrosés. Mais l'ampleur et les difficultés de ce sujet transformeraient totalement le caractère de cet essai qui deviendrait un traité des névrosés. De plus, un petit nombre seulement de gens, ceux qui ont consacré leur vie à l'étude et à la pratique de la psychanalyse, seraient intéressés par ce travail. Or comme je m'adresse ici à un public plus nombreux, il ne me reste qu'à prier le lecteur de me faire confiance en ce qui touche les assertions que je formule. De mon côté j'admets bien que le lecteur ne se verra forcé d'adopter mes conclusions qu'après avoir vérifié le bien-fondé de mes théories.


Quoi qu'il en soit, je vais tenter d'exposer un cas où ressortent nettement toutes les particularités de la névrose dont je viens de parler. Il est évident qu'un seul cas ne saurait nous fournir toutes les clartés nécessaires. Aussi ne convient-il pas d'être déçu si son contenu semble très éloigné de l'analogie que nous cherchons.


Un petit garçon qui, ainsi qu'il arrive souvent dans la petite bourgeoisie, partageait la chambre de ses parents, avait maintes occasions régulières, avant même de pouvoir parler, d'observer les actes sexuels de ceux-ci, de les voir et surtout de les entendre. Dans la névrose ultérieure qui se manifesta dès après sa première pollution spontanée, l'insomnie s'avéra le plus précoce et le plus gênant des symptômes. Hypersensible aux bruits nocturnes, il lui était, une fois réveillé, impossible de se rendormir. Cette insomnie était un véritable symptôme de compromis qui traduisait, d'une part, sa défense contre les perceptions nocturnes, d'autre part, son effort pour rétablir un état de veille propre à lui faire retrouver ses impressions de jadis.

 
Ces observations ayant précocement éveillé en l'enfant une agressive virilité, il se mit à tripoter son pénis, et s'identifiant à son père dont il prenait ainsi la place, fit à sa mère diverses avances sexuelles. Les choses allèrent ainsi jusqu'au jour où sa mère, lui interdisant ces tripotages, le menaça de tout raconter a son père qui, dit-elle, ne manquerait pas pour punir l'enfant de lui couper le membre. Cette menace de castration suscita, chez le petit garçon, une violente réaction traumatique. Il renonça à son activité sexuelle et son caractère se modifia
. Au lieu de s'identifier à son père, il se mit à le craindre, adopta vis-à-vis de lui une attitude passive et, se montrant parfois insupportable, en vint même à le provoquer. Les châtiments corporels qu'il s'attirait ainsi prenaient pour lui, une signification sexuelle, de sorte qu'il s'identifiait, par eux, à sa mère maltraitée. Il se cramponnait toujours plus craintivement à celle-ci comme s'il ne pouvait un seul instant se passer de son amour dans lequel il voyait une protection contre le péril de castration venant de son père. Cette modification du complexe d'Oedipe se prolongea pendant toute la période de latence qui ne fut marquée par aucun trouble apparent. Il devint un enfant modèle, bien noté à l'école.


Jusqu'ici nous avons pu observer l'effet immédiat du traumatisme et confirmer le fait de la latence.


Avec la puberté survinrent les manifestations névrotiques et un second symptôme apparut, celui de l'impuissance sexuelle. Le jeune garçon ne cherchait plus à toucher sa verge qui avait perdu toute sensibilité et n'osait approcher sexuellement une femme. Toute son activité sexuelle se limitait à un onanisme psychique avec fantasmes sadico-masochistes dans lesquels se décelaient aisément les conséquences de ses précoces observations du coït parental. La poussée de virilité renforcée qu'apporte la puberté ne provoqua en lui
qu'une haine féroce et un sentiment de révolte contre son père. Cette attitude négative jusqu'à l'extrême à l'égard de son père était poussée si loin qu'elle lui faisait oublier son propre intérêt, provoquant son échec dans la vie et ses conflits avec le monde extérieur. Il ne réussissait pas dans sa profession parce que c'était son père qui l'avait poussé à embrasser celle-ci. Il ne se liait avec personne et n'était jamais en bons termes avec ses supérieurs.


Ainsi accablé de symptômes, affligé d'incapacité, il finit, après la mort de son père, par se marier, mais alors le fond de son caractère apparut et il rendit la vie impossible à tout son entourage.
Égoïste invétéré, despote brutal, il lui fallait manifestement tourmenter autrui. Il devint la copie fidèle de son père tel que son souvenir l'avait campé, c'est-à-dire qu'il ressuscitait l'identification à ce père, l'identification qu'enfant il avait faite pour des raisons d'ordre sexuel. Nous reconnaissons, dans cette partie de la névrose, le retour du refoulé dont nous avons dit qu'il devait être compté avec les effets immédiats du traumatisme et le phénomène de la latence, parmi les symptômes essentiels d'une névrose.

1 De sorte qu'il est insensé de prétendre, comme certains le font, qu'on peut exercer la psychanalyse sans rechercher les événements de la période infantile et sans tenir compte de celle-ci.

 

11ème partie - L'application 

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE JUDAÏSME
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