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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 00:31

Médias, politique et religions

Par René Rémond




Un professeur de philosophie et un romancier menacés de mort, des caricatures de Mahomet ou des propos pontificaux qui suscitent des tollés dans le monde musulman : comment réagissent les médias ? Réponses et analyse d'un spécialiste d'histoire politique, intellectuelle et religieuse.



Historia - Le 12 septembre dernier, le discours de Ratisbonne du pape Benoît XVI a été violemment rejeté par une partie de la communauté musulmane. Le débat médiatique qui a suivi a-t-il été équitable ?

René Rémond - Je ne sais pas si le débat a été médiatiquement équitable, mais j'ai été heureusement surpris par l'attitude des journalistes français. Un certain nombre d'entre eux a pris ses distances avec l'interprétation la plus simpliste et la plus réductrice des propos de Benoît XVI à Ratisbonne, laquelle a déclenché un incroyable déchaînement de violence dans le monde islamiste. Comme par exemple en Irak, où l'armée des moudjahidin menace de « fracasser les croix de la maison du chien de Rome », mais aussi dans d'autres pays, en Somalie notamment, où des leaders religieux invitent les fidèles à « traquer le pape et le tuer immédiatement ».Les journalistes français, dans leur ensemble, ont bien perçu que le pape, dans son discours, n'avait nullement jeté l'anathème contre l'islam. En fait, dans ce texte sur « la foi et la raison », thème qui le préoccupe particulièrement, Benoît XVI, soucieux de dissocier le fait religieux et la violence, s'est interrogé sur leurs rapports. D'où sa citation de l'empereur byzantin Manuel II, qui, lors du siège de Constantinople, à propos du djihad, interpelle son interlocuteur en lui tenant les propos suivants : « Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de neuf et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d'inhumain, par exemple le fait qu'il a prescrit que la foi qu'il prêchait, il fallait la répandre par le glaive. » Mais faire une citation n'implique nullement qu'on la reprenne à son compte et qu'on l'approuve, d'autant que le pape Benoît XVI a qualifié cette interpellation de Manuel II d'« étonnamment abrupte ».

Dans leur ensemble, les journalistes ont aussi fort bien compris que Benoît XVI n'avait pas mesuré qu'en reprenant cette citation condamnant Mahomet, il apparaîtrait à bien des chefs musulmans comme l'auteur d'une agression odieuse, quand bien même la suite de son texte démontre qu'il ne l'approuve nullement. Ils ont compris aussi que lors de ce discours donné à l'université de Ratisbonne, le pape avait voulu prononcer une leçon magistrale sur un problème philosophique. Et il l'a fait. Il faut conclure de cette affaire que Benoît XVI est un universitaire et un grand théologien, sans que cela implique forcément qu'il soit un chef politique. Il me semble que la pondération des médias français relève aussi d'une réaction contre la manipulation politique, à laquelle les extrémistes musulmans se sont livrés peu de temps auparavant à propos des caricatures de Mahomet. Même les plus anticléricaux en viennent à penser que l'islam est pire que le christianisme.

H. - Considérez-vous que les valeurs du christianisme sont mal prises en compte dans les médias ? Et si c'est le cas, comment l'expliquez-vous ?

R. R. - Il est hélas ! certain que les médias répandent une vision réductrice du christianisme, le bornant à une morale traditionnelle dépassée qu'ils rejettent catégoriquement et occultant ainsi ses valeurs essentielles. On ne veut voir dans le christianisme que des principes moraux, des interdits concernant la sexualité, inconciliables avec l'hédonisme, la recherche du plaisir immédiat, qui est aujourd'hui la règle. On lui reproche ainsi de nous « pourrir la vie ». En revanche, les médias ne font guère écho à d'autres implications du christianisme et à ce qui en constitue les fondements. Beaucoup ont oublié que Jean-Paul II a rappelé, lors de son premier voyage en France, que liberté, égalité, fraternité étaient des valeurs chrétiennes, qu'il a pris position contre la guerre, qu'il a toujours invité à préférer les pauvres aux riches et qu'il a condamné les méfaits d'un capitalisme sauvage. Au nom de l'émancipation des moeurs, le christianisme est assimilé à une sorte de morale inacceptable qui occulte les bases de la religion. Cette vision limitée du christianisme s'explique, je crois, par l'animosité profonde, ancrée dans notre inconscient collectif, par le souvenir de la tutelle pesante exercée autrefois par l'Eglise sur la société et sur les vies individuelles. Bien qu'elle ait aujourd'hui totalement disparu, ses conséquences pèsent encore sur l'image - en fait archaïque et fausse - que nombre de nos contemporains se font du christianisme.

H. - D'un côté, la publication de caricatures jugées infamantes pour Mahomet déclenche une émotion mondiale, de l'autre, le détournement publicitaire de la Cène ne suscite que de très rares commentaires. Comment l'expliquez-vous ?

R. R. - Très aisément. Aujourd'hui, dans nos sociétés occidentales, nous avons appris à distinguer politique et religion. Et nous sommes conscients que les mises en cause des valeurs religieuses, leur utilisation à des fins publicitaires, les blasphèmes mêmes ne peuvent guère être interdits, puisque chacun est libre d'exprimer son opinion. La situation est en revanche toute autre dans le monde musulman où politique et religion se confondent. Rappelez-vous de la fatwa lancée le 14 février 1989 contre l'écrivain musulman britannique Salman Rushdie pour son interprétation « incorrecte » dans Les Versets sataniques. Mettre en cause la religion constitue un crime. Abjurer l'islam pour une autre religion vous condamne à mort.

H. - Parce qu'elle mentionnait l'usage de la violence par Mahomet, la tribune dans Le Figaro du professeur de philosophie Robert Redeker a valu à son auteur des menaces de mort. Parce que dans le roman intitulé O Maria, un écrivain maghrébin, Anouar Benmalek, a mentionné les atrocités commises de part et d'autre en Espagne à la fin du XVe siècle, y compris par les musulmans, une partie de la presse algérienne s'est déchaînée contre lui. A tel point que la DST a jugé nécessaire de lui assurer en France une protection qu'il n'avait lui-même pas demandée. Dans de telles conditions, est-il possible aujourd'hui de donner de la religion musulmane une version différente des thèses soutenues par ses adeptes les plus radicaux ?

R. R. - Nous vivons dans un temps historique qui s'est ouvert en 1979 avec la révolution islamique en Iran et l'arrivée au pouvoir de l'ayatollah Khomeiny, qui s'est fixé comme objectif d'imposer au monde une vision stricte, intransigeante, fondamentaliste de l'islam. Il a lancé ainsi un mouvement de fond, qui repose aussi sur le refus de la modernité. Toute son action se fonde sur une conviction binaire, un monde partagé en deux camps : celui du bien, l'islam, qui détient la vérité absolue, et celui du mal - les autres -, qu'il convient de réduire. Cette interprétation la plus radicale qui soit donne de l'islam une vision terroriste qui ne correspond pas à la réalité, réduisant au silence toute expression ouverte et libérale de l'islam. Il est vrai qu'il a fallu plusieurs siècles aux chrétiens pour faire l'apprentissage de la cohabitation et accepter une société plurielle, où plusieurs religions coexistent. Ce n'est pas encore le cas du monde musulman. Au fil des siècles, christianisme et islamisme ont eu deux histoires très différentes, qui ont connu une sorte de permutation. Au départ, le christianisme se développe, dans les persécutions, par la parole. La violence, exceptée celle qu'ils subissent, n'est jamais le fait des pères de l'Eglise. Cinq siècles plus tard au contraire, l'islam se diffuse par une stratégie guerrière. Puis quelques siècles après, le christianisme prend à son tour un visage guerrier, voulant imposer sa foi par la force si besoin est. C'est le temps de l'Inquisition et des croisades. A la même époque, au contraire, l'islam, devenu pacifique et tolérant, connaît son « âge d'or ». Aujourd'hui, hélas ! l'islam militant se veut fidèle à l'héritage conquérant de ses débuts, alors que le christianisme a trouvé la voie de la tolérance. Cela lui a demandé plusieurs siècles, c'est vrai ! Faudra-t-il donc attendre encore cinq cents ans pour que l'islam accepte de s'insérer dans une société de dialogue qui ne condamne aucune expression de la foi ? Ne soyons pas pessimistes ! N'oublions pas que, depuis quelques siècles, les rythmes s'accélèrent, l'Histoire double le pas. L



Propos recueillis par Georgette Elgey



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Agrégé d'histoire, docteur ès lettres, René Rémond fut le premier en France à occuper la chaire d'histoire du XXe siècle à la faculté des lettres de Nanterre en 1964. Président du Conseil supérieur des archives depuis 1988, il a été élu à l'Académie française le 18 juin 1998, au fauteuil de François Furet. Vient de paraître Religion et politique (Pleins feux) dans lequel figure sa conférence prononcée lors des rendez-vous de Blois 2005.
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Fatwa sur la liberté d'expression ?

Les caricatures de Mahomet publiées dans France-Soir valent à son directeur d'être limogé. Une tribune du Figaro signée Robert Redeker dénonçant "l'islamisation des esprits en France" oblige l'auteur à vivre caché. Benoît XVI, vilipendé après son discours de Ratisbonne. Critiquer l'islam est-il aujourd'hui encore possible ?


Sources Historia

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans RELIGION-INTEGRISME
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