Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : LE PORTEUR DE LUMIERE
  • LE PORTEUR DE LUMIERE
  • : Qu'est-ce que l'Hermétisme ? L'Occultisme ? Le Spiritisme ? Savez-vous qu'à la base il n'y avait qu'un seul Enseignement et que ce sont les hommes qui ont inventé les religions ?
  • Contact

Texte Libre

Il y a  

  personne(s) sur ce blog

Recherche

Texte libre

Archives

5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 00:15

La part d'ombre des Lumières

Par Anne Bernet




Siècle des esprits éclairés, le XVIIIe revendique le droit de tout passer au crible de la raison et de la critique. Surtout la religion. Sans concessions.



Dans toute l'Europe, mais en France plus encore qu'ailleurs, ce temps est une période de rupture et de renouvellement. La régence de Philippe d'Orléans puis les jeunes années de Louis XV donnent le signal à une incoercible effervescence des idées, soutenue par un soudain et constant progrès des sciences et une ouverture au monde sans précédent. Au vrai, rien de nouveau dans tout cela, car la plupart des concepts discutés datent de plusieurs décennies mais n'ont pas trouvé l'occasion de se répandre. La nouveauté, en fait, sera de les mettre à la mode.

Tout au long du siècle, les anciens systèmes de pensée, politiques, religieux, philosophiques ou moraux, se désagrègent sous les assauts conjoints de la philosophie et du progrès scientifique, qui favorisent scepticisme, incroyance, puis remise en cause directe de la religion. Au Dieu du christianisme tend à se substituer, au moins dans les milieux éclairés, une divinité créatrice et organisatrice, tantôt qualifiée d'Etre suprême, tantôt de Grand Horloger, qui a pour caractéristique d'être parfaitement indifférente aux destinées humaines. Ainsi un vague déisme remplace-t-il - pour une frange de la noblesse d'épée ou de robe, mais aussi de la bourgeoisie - le catholicisme traditionnel, avec pour seuls principes ceux de la religion naturelle ; celle-ci est censée suffire aux « bons sauvages » de la lointaine Océanie, personnages largement mythiques réputés posséder les plus hautes vertus sans avoir jamais connu l'Evangile. Dès les années 1760, ce sentiment religieux vague et inconsistant perd du terrain au profit d'un athéisme qui, pour la première fois, ne craint plus de s'afficher. L'homme se trouve désormais au centre du monde et veut, à ce titre, tout soumettre au pouvoir de sa raison.

Le phénomène prend une ampleur jamais vue, avec la publication et la diffusion, rien qu'en France, pour la période courant de 1715 à 1789, de plus de deux mille ouvrages attaquant, plus ou moins ouvertement, le christianisme, et particulièrement la hiérarchie ecclésiastique. Si la législation protégeant la foi catholique demeure théoriquement en place, et même s'il lui arrive encore d'être ponctuellement appliquée dans toute sa rigueur, le fait est qu'elle n'apparaît plus dissuasive. Les explications sont simples.

Certes, la loi frappe, et lourdement, les responsables de publications non autorisées, l'édit de 1757 prévoyant la peine de mort pour les récidivistes ; certes, il arrive encore que certains auteurs, mineurs, et quelques lecteurs - tel un infortuné préparateur en pharmacie surpris en possession du Christianisme dévoilé jugé blasphématoire - soient expédiés aux galères ; certes, entre 1775 et 1789, la Sorbonne et le Parlement font condamner et saisir près de quatre-vingts livres dont les imprimeurs sont contraints de mettre la clef sous la porte, mais tout cela reste sans effet, car les véritables têtes pensantes des Lumières, très protégées, demeurent intouchables.

Madame de Pompadour, et elle est loin d'être la seule, ne cache pas son engouement pour Voltaire, bien que celui-ci affirme haut et fort sa haine du christianisme et de l'Eglise, dénonçant une religion née de « la lie du peuple » et son tissu d'âneries soutenu par l'imposture du clergé, appelant à « écraser l'Infâme », à savoir le Christ et ses représentants sur la terre, et déclarant : « Je suis las de leur entendre dire que douze hommes ont suffi à établir le christianisme et j'ai envie de leur prouver qu'il n'en faut qu'un pour le détruire. » Le patriarche de Ferney ne risque à peu près rien et peut à loisir attaquer toute croyance, car sa détestation englobe aussi bien le catholicisme que le protestantisme et s'étend, à l'excès, au judaïsme, au point de lui conférer de pénibles relents d'antisémitisme.

Il en va de même pour les autres grands auteurs du temps, à commencer par ceux de l'Encyclopédie, qui entourent leur travail de maintes précautions et, à la différence de Voltaire, préfèrent l'attaque sourde à l'assaut frontal contre la religion. Leur grande habileté est de faire passer dans l'opinion publique le concept de « fanatisme » qui finit par englober et discréditer toute croyance et toute pratique religieuses, vues comme survivances risibles d'un autre âge. Pourquoi ? Sans doute parce que ces personnalités sont sensibles, sinon à un discours antichrétien qui leur est étranger, du moins à des valeurs et des vérités rappelées par les philosophes et qui, pour l'essentiel, ne sont rien d'autres que des principes évangéliques soudain remis au goût du jour dans une version laïcisée.

Quelques grandes affaires ont aidé à ébranler l'opinion, relayées par Voltaire, personnalité médiatique avant la lettre. C'est la tragique erreur judiciaire qui, à Toulouse, en 1762, envoie à la roue le drapier protestant Calas, accusé à tort de l'assassinat d'un de ses fils, en fait suicidé, drame que la famille a tenté de camoufler, laissant place à l'hypothèse d'un crime motivé par la conversion supposée du jeune homme au catholicisme. C'est, en 1766, l'exécution du jeune chevalier de La Barre à Abbeville, accusé de blasphème et d'avoir mutilé un crucifix. Véritables scandales qui commotionnent la France éclairée et aboutissent, cette même année 1766, à l'acquittement d'un autre protestant toulousain, accusé, comme Calas, d'avoir tué sa fille pour l'empêcher de se faire catholique. Reste, et ce n'est pas le moins paradoxal, que ces condamnations ne sont pas le fait de l'Eglise, mais des cours de justice civiles, toujours en lutte plus ou moins ouverte tant avec la monarchie qu'avec l'épiscopat trop attaché à Rome aux yeux de magistrats gallicans. Une partie du haut clergé n'hésite pas à s'insurger contre la condamnation de La Barre, sentence jugée disproportionnée et ne relevant pas de la justice des hommes.

Dans ce climat, et dans un souci autant de tolérance que de charité chrétienne, Louis XVI, en 1787, charge Malesherbes de rendre un statut normal aux protestants, qui en sont privés depuis la révocation de l'édit de Nantes. Seuls les débuts de la Révolution empêcheront le roi de poursuivre dans cette voie et de conférer des droits équivalents aux juifs, mesure en cours qu'il n'aura pas le temps de concrétiser.

Pourtant, contrairement aux attentes de beaucoup, y compris les catholiques, le mouvement révolutionnaire ne conduit pas à cette tolérance, cette fraternité annoncée par les philosophes. Le fanatisme dénoncé par les encyclopédistes s'inscrit bientôt au premier rang des crimes capitaux poursuivis par le nouveau pouvoir. Reste à savoir ce que l'on place sous ce nom. En 1794, une carmélite de Compiègne interroge Fouquier-Tinville qui l'a condamnée à mort avec toute sa communauté. « J'entends par ce terme votre attachement à vos sottes croyances », répond l'accusateur public. Alors, la religieuse s'écrie : « Mes soeurs, quel bonheur ! Nous mourons pour la foi ! » La liberté se sera faite à son tour persécutrice.

Sources
Historia

Posté par Adriana Evangelizt

Partager cet article

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans RELIGION-INTEGRISME
commenter cet article

commentaires