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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 00:02

L'Eglise s'affranchit du pouvoir des laïcs

Par Jean Chélini




La désagrégation de l'Empire carolingien provoque en l'an mil une décadence morale et religieuse. Une réforme s'impose. Elle est menée à bien sous la férule du pape Grégoire VII, qui interdit le mariage des prêtres et le trafic des investitures.



Le jeune Othon III, couronné en 996, s'installe à Rome en cette fin de millénaire. Enfermé dans son rêve impérial, il choisit comme résidence l'Aventin. Il introduit dans son entourage l'étiquette byzantine, réorganise l'administration de Rome, promue de nouveau au rang de capitale de l'Empire chrétien, et désigne son vieux maître Gerbert d'Aurillac comme pape sous le nom de Sylvestre II. Ni le pape ni l'empereur n'ont le temps ou les moyens de développer de concert leur politique universelle : en l'an mil, un soulèvement des Romains oblige Othon à s'enfermer dans le château Saint-Ange, puis à fuir en emmenant Sylvestre II, en février 1001. Un an après, il meurt, suivi quelques mois plus tard par le pontife. Dans le siècle qui s'ouvre, l'Empire et la papauté, loin de s'accorder harmonieusement, vont s'affronter violemment, tandis que dans l'Europe chrétienne, qui s'étend vers ses marges géographiques, s'affirment de nouveaux pouvoirs et apparaissent de nouvelles manifestations politiques et religieuses.

Jusque vers 1040, toute la période est marquée par de nombreux signes et prodiges. En 1014, une comète allume des incendies sur son passage. En 1033, une longue éclipse épouvante les populations. La nature se dérègle, il naît des monstres. Les épidémies, le mal des ardents et la famine ravagent les populations, comme cette terrible disette qu'observe Raoul Glaber en Bourgogne, vers 1033. Les clercs dénoncent ce déchaînement de Satan : les bûchers s'allument pour les hérétiques à Orléans et pour les sorcières à Angoulême. En Orient aussi le mal triomphe : dans sa folie, le sultan Hakim a fait détruire au pic et à la pioche le Saint-Sépulcre.

Pour arrêter de tels fléaux, les clercs proposent à leurs contemporains de faire pénitence. Les communautés juives, jusqu'alors préservées de toute persécution systématique, sont accusées en Occident de bafouer le Christ et, en Orient, d'avoir été les instigatrices de la destruction du Saint-Sépulcre. Elles subissent les premiers pogroms. L'antisémitisme chrétien prend alors racine dans la volonté de purification de la chrétienté. Avant de mourir, beaucoup de chrétiens demandent à revêtir la robe monastique pour bénéficier du statut spirituel privilégié du moine et des prières de la communauté. Ceux qui en ont les moyens et la volonté prennent la route de Jérusalem, où le Saint-Sépulcre a été rebâti aux frais des empereurs byzantins entre 1027 et 1048.

Il faut établir un lien très fort entre la volonté de pénitence manifestée par tant d'esprits et le mouvement de la Paix de Dieu qui se développe dans le premier tiers du XIe siècle en Occident. La Paix de Dieu touche surtout la classe en voie de constitution des milites, les hommes de guerre professionnels, les chevaliers comme on prend l'habitude de les appeler. Des conciles de paix se tiennent en France dès la veille de l'an mil, mais connaissent une véritable explosion autour de 1033. Ces assises s'achèvent par la prestation d'un serment des chevaliers présents, énumérant les personnes et les cas auxquels s'étend la Paix de Dieu : les clercs et les églises, les pauvres, les veuves, les marchands et les pèlerins. Dans ce cheminement vers la paix s'introduit une nouvelle exigence : l'arrêt de toutes les hostilités pendant les temps liturgiques les plus importants, comme le chroniqueur Raoul Glaber nous le rapporte vers 1035, c'est la trêve de Dieu !

La désagrégation de l'Empire carolingien, la disparition de l'ordre public provoquent une décadence morale, une résurgence des pratiques païennes, qui se manifestent même en Gaule et en Italie, christianisées depuis plus longtemps. La violence, les actes de cruauté, l'ivrognerie, la vengeance coutumière prolifèrent de nouveau dans toutes les classes sociales, favorisés par le morcellement féodal et les guerres privées. La morale sexuelle et conjugale s'effondre, les princes répudient les premiers leurs femmes et se remarient publiquement.

La société ecclésiastique n'échappe pas à cette décadence. A défaut de la protection impériale ou royale, les clercs recherchent l'appui des grands. Les princes laïques et les féodaux s'emparent progressivement à tous les niveaux des biens des églises sur lesquelles ils étendent leur tutelle. Les autorités religieuses prennent l'habitude de vendre les investitures : c'est la simonie. Certains souverains tirent du trafic des charges épiscopales des ressources lucratives, pratiquement les seules dont disposent les quatre premiers rois capétiens en France : Hugues Capet (987-996), Robert le Pieux (996-1031), Henri Ier (1031-1060) et Philippe Ier (1060-1108). Un autre vice se combine avec la simonie : la clérogamie, le mariage des prêtres, appelée communément nicolaïsme. Cette pratique est chose courante en Allemagne et en France. Une réforme générale s'impose.

Aux Xe et XIe siècles, l'idée de renouveau comme sa mise en oeuvre sont inséparables de Cluny. En réformant le monachisme, Cluny fait jaillir l'étincelle dans l'Eglise d'Occident tout entière. L'abbaye fondée en 909 par Guillaume duc d'Aquitaine, est exempte de toute autorité civile et religieuse et ne relève que de Rome, à qui elle doit payer, tous les cinq ans, dix sous d'or pour l'entretien d'un luminaire ! L'abbé de Cluny gouverne à la fois son abbaye - plus de 400 moines sous Hugues - et l'ensemble de la fédération, soit 1 450 maisons, dont 815 en France, 109 en Allemagne, 23 en Espagne, 52 en Italie, 43 en Grande-Bretagne, et sur plus de 10 000 moines, pour la première fois unis sous un père commun. En pratique, outre la diffusion de la réforme proprement monastique, les abbayes clunisiennes sont des centres d'initiative pastorale et civique. Deux abbés seulement se partagent le gouvernement de Cluny au XIe siècle : Odilon (994-1049) et Hugues (1049-1109). Sous leur abbatiat, l'abbaye bourguignonne atteint l'apogée de sa puissance matérielle et de son rayonnement spirituel.

Le 12 février 1049, l'évêque alsacien Brunon, de la famille des comtes d'Eguisheim, désigné par l'empereur Henri III pour la tiare, devient pape sous le nom de Léon IX (1049-1054). Dès son élection, il décide de tenir des assises réformatrices dans les grandes villes de la chrétienté. Malgré les entraves du roi de France Henri Ier, il réunit un premier concile à Reims ; divers prélats simoniaques y sont déposés. Deux canons y affirment l'indépendance du spirituel : « Nul ne peut s'arroger le gouvernement d'une Eglise, s'il n'a été élu par le clergé et le peuple » ; et la primauté du pontife romain : « Le pontife du siège romain est le seul primat apostolique de l'Eglise universelle. » A Mayence, où Henri III, plus habile que le roi de France, participe au concile, simonie et nicolaïsme sont condamnés.

Entre-temps, sous le patriarcat de Michel Cérulaire (1043-1058), les relations entre Constantinople et Rome se sont brusquement tendues. Les couvents et les églises des Latins à Constantinople sont fermés. Une vive controverse se déclenche à propos de l'usage des azymes dans la communion, dont les Latins se servent pour célébrer l'eucharistie, contrairement aux Grecs qui emploient du pain ordinaire. Le dialogue, mal engagé, s'achève encore plus mal lors de la légation romaine à Constantinople. Les légats, les cardinaux Humbert et Frédéric de Lorraine, ainsi que l'archevêque Pierre d'Amalfi excommunient le patriarche et ses partisans le 16 juillet 1054. Cérulaire riposte par une excommunication générale des Latins. Cette rupture définitive entraîne les autres patriarcats orientaux et les peuples d'Europe convertis au christianisme par les Grecs, c'est-à-dire les Serbes, les Bulgares, les Russes et les Roumains.

L'urgence de réglementer la désignation du pape aboutit à l'adoption du décret sur l'élection pontificale par le concile du Latran d'avril 1059, sous le règne de Nicolas II. L'élection du pape est désormais réservée aux seuls cardinaux, sur proposition des cardinaux évêques. Autant que possible, elle doit porter sur un clerc romain et avoir lieu à Rome. Le clergé et le peuple gardent l'approbation par acclamation du nouvel élu. Le pas décisif libérant le siège de Pierre de la tutelle des laïcs est franchi. Le même concile publie des décrets sévères sur la réforme de l'Eglise : interdiction de l'investiture laïque des églises, interdiction d'entendre la messe des clercs mariés, concubinaires ou notoirement incontinents. A la mort du pape Alexandre II, en 1073, les bases de la réforme générale sont jetées.

A l'avènement de Grégoire VII, en 1073, le courant réformateur en Occident a acquis une puissance et une cohésion considérables. Il possède une équipe dirigeante à Rome, mais aussi des collaborateurs partout, et pour l'essentiel, ces hommes sont d'accord sur un programme réformateur. Le grand mot de la réforme devient libertas, la liberté pontificale. Par là, les réformateurs réclament pour l'Eglise le privilège - c'est le sens du mot libertas - de l'indépendance totale, la totale liberté d'action pour l'Eglise, l'absence de tout contrôle temporel ; en un mot, l'émancipation.

Avec Grégoire VII, âgé d'une cinquantaine d'années, le rythme de la réforme change : il devient rapide, voire saccadé ! Les difficultés sérieuses commencent avec les canons du synode romain de 1074. Les décrets conciliaires, qui prononcent la déchéance des simoniaques, appellent les fidèles à déserter leurs offices et à faire pression sur eux pour qu'ils se soumettent. Les légats, expédiés partout pour veiller à l'exécution des décrets, reçoivent un accueil peu chaleureux. En France, le synode de Paris (1074) déclare la loi du célibat contraire à la raison et dépassant les limites de la nature humaine. En Allemagne, les évêques de Bamberg, Brême et de Mayence prennent la tête de la résistance, appuyés sur les clercs mariés. La noblesse laïque, souverain en tête, soutient son clergé qu'elle a bien en main.

Grégoire VII réagit et, au début de l'année 1075, promulgue 27 brèves propositions appelées les Instructions dictées par le pape. Il est précisé, entre autres, que le pape peut déposer l'empereur et délier de leur fidélité les sujets d'un mauvais prince. Dans l'Empire, l'affaire prend une grande ampleur et tourne à la lutte à mort entre le pape et l'empereur Henri IV. En janvier 1076, ce dernier convoque un synode à Worms où 26 évêques déclarent le pape déposé. Il le notifie à Grégoire VII dans une lettre d'une violence inouïe qui se termine par l'apostrophe célèbre : « Laisse ce Siège apostolique. Moi Henri, par la grâce divine, je te dis avec tous nos évêques : descends, descends, toi qui es condamné à tout jamais. »

Appliquant à la lettre les principes énoncés dans les Instructions, Grégoire VII, en février 1076, excommunie l'empereur, le dépose et délie ses sujets de leur serment de fidélité.Henri IV, dans cette situation désespérée, décide de se soumettre. Il rejoint, en plein hiver, le pontife romain à Canossa, dans le nord des Apennins, où il se présente à trois reprises pieds nus dans la neige, devant la porte du château. Grégoire VII se laisse fléchir et, le 28 janvier 1077, lève l'excommunication, sans rendre le pouvoir temporel. La restauration d'Henri sera décidée après débat avec les princes et sentence arbitrale du pape.

Mais l'absolution de Canossa montre l'impossibilité pour le pape d'être prince et prêtre à la fois. L'évangile commandait à Grégoire de pardonner, mais en obéissant à sa conscience de prêtre, le pape compromet sa victoire politique. L'empereur l'a bien compris : aussitôt absous, il reprend la lutte contre Grégoire VII, suscite un antipape sous le nom de Clément III, assiège Rome. Exilé, ayant abandonné Rome à l'antipape, fuyant vers le sud sous la protection des Normands, Grégoire VII meurt brisé de fatigue et de douleur, le 25 mai 1085 à Salerne.

Sur le plan temporel l'échec du pontife est total. Mais si l'on considère les progrès de la réforme ecclésiastique, il apparaît qu'il a remporté des avantages incontestables. L'accord, qui sera conclu le 23 septembre 1122 entre Henri V et le pape Calixte II, connu sous le nom de concordat de Worms ou pacte de Calixte, scinde en deux l'investiture. L'empereur renonce à la cérémonie par la crosse et l'anneau. Il s'engage à laisser librement se dérouler les élections épiscopales et l'installation par le métropolitain. En échange, le pape accorde à l'empereur ou à son mandataire le droit d'être présent à l'élection et de procéder ensuite à l'investiture temporelle de la masse des biens et des fonctions politiques annexées à la charge épiscopale, symbolisée par la remise d'un sceptre. A l'issue de la longue querelle, le pape est enfin le chef indépendant de l'Eglise catholique.

Entre-temps, la chrétienté occidentale s'est fixé d'autres objectifs. La destruction du Saint-Sépulcre, la conquête de la Terre sainte par les Turcs créent un choc dans les consciences. En 1063-1064, le pape Alexandre II accorde l'indulgence plénière à tous ceux qui participeront à la lutte contre les musulmans. A partir de 1070, plusieurs groupes de pèlerins allemands se rendent en Orient, organisés comme de petites armées dirigées par leurs évêques. Les conditions spirituelles et politiques de la croisade sont réunies. En France, le peuple chrétien n'attend plus qu'un mot d'ordre pour se mettre en marche.



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Professeur émérite à l'université d'Aix-Marseille III, Jean Chélini est l'auteur d'une Histoire religieuse de l'Occident médiéval (Hachette, 2002), Le Calendrier chrétien, notre temps quotidien (Picard, 1999) et L'Aube du Moyen Age, naissance de la chrétienté médiévale (Picard, 1991).
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Comprendre

Mal des ardents
Maladie provoquée par l'ergot de seigle.


Les fausses terreurs de l'an mil

Dans ses Annales ecclésiastiques, le cardinal Baronius, le premier, donne à l'an mil cette coloration terrifiante qu'il a conservée depuis. Les historiens contemporains Marc Bloch, Henri Focillon, Edmond Pognon et plus récemment Georges Duby ont montré l'inanité de la légende. Il faut donc bannir de nos esprits l'image d'une chrétienté terrifiée à l'approche du millénaire de l'Incarnation, dans l'attente de la fin du monde et du Jugement dernier. Dans les textes de l'époque, l'année même de l'anniversaire n'a pratiquement jamais retenu l'attention des annalistes. Mais un état d'esprit eschatologique a bien existé dans les milieux ecclésiastiques et s'est répercuté chez les fidèles. Le chapitre XX de l'Apocalypse de Jean précisait que le démon avait été enchaîné pour mille ans par l'ange, mais qu'au bout du millénaire, il devait être relâché pour un peu de temps afin d'exercer de nouveau son emprise sur les hommes. Or ces textes étaient très commentés en Occident. Othon III, le jour de son sacre, avait revêtu un manteau où étaient brodées des scènes de l'Apocalypse ! Les temps sont donc venus où le diable serait déchaîné.

Sources
Historia

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans RELIGION-INTEGRISME
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